UNIVERSITE HASSAN II-CASABLANCA
FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES, ECONOMIQUES ET SOCIALES-
MOHAMMEDIA
Licence Droit Privé en langue française
Travaux dirigés en procédure pénale – Semestre 6
Pr A. CHAKRI
Thème:
LES POUVOIRS DU JUGE D’INSTRUCTION
Année Universitaire: 2023-2024
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Aux termes de l’article 85, du code de procédure pénale : « le juge d’instruction
procède, conformément à la loi, à tous les actes d’information qu’il juge utiles à la
manifestation de la vérité ». Cette formule est extrêmement large, elle implique que
le juge d’instruction a pour mission de faire éclater la vérité, aussi bien sur les faits
que sur la personnalité de leurs auteurs, aussi bien sur les aspects favorables à
l’inculpé que sur ceux qui lui sont défavorables ; c’est dans ce but que le juge est
investi de nombreux et puissants pouvoirs.
Aussi convient-il d’examiner successivement :
I- LES POURVOIRS D’INSTRCUTION DU JUGE D’INSTRUCTION
II- LES POURVOIRS DE JURIDICTION DU JUGE D’INSTRUCTION
I- LE POURVOIRS D’INSTRUCTION DU JUGE D’INSTRUCTION
Pour remplir sa mission de faire la lumière sur les circonstances de l’infraction et
sur la personnalité et délinquant, le juge d’instruction a reçu le pouvoir de procéder à
des mesures très diverses. IL peut faire lui-même toutes constatations matérielles
utiles, il peut entendre toute personne susceptible d’apporter des indications
intéressantes (témoins, inculpé, partie civile), il peut procéder à des investigations
(saisies et perquisitions). Le juge d’instruction a le pouvoir d’arrêter l’inculpé
(mandats), si celui-ci encourt une peine d’emprisonnement ou une peine plus grave.
A- Constatations matérielles
Le juge d’instruction peut procéder personnellement à des constatations
matérielles qui compléteront celles que la police judiciaire a déjà pu faire. Il en est
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ainsi par exemple, lorsqu’il se transportera sur le lieu de l’infraction, comme l’article 99
du code de procédure pénale l’autorise (à charge d’en donner avis au Procureur du
Roi qui peut l’accompagner). Au cours de ce transport, le juge sera assisté d’un
greffier qui écrira sous sa dictée, le procès-verbal des constatations faites ;le procès-
verbal doit être signé par le juge d’instruction et par le greffier. Des constations du
même ordre peuvent être faites par le juge à son cabinet, sur les pièces à convictions
qui ont été saisies.
B- Audition de certaines personnes
Les formalités ne sont pas les même selon qu’il s’agit d’entendre des témoins,
l’inculpé ou la partie civile.
a- Audition des témoins
L’article 117 du code de procédure pénale dispose que : « le juge d’instruction fait
citer devant lui, par un agent de la force publique, toutes les personnes dont la
déposition lui parait utile ». L’alinéa 2, du même texte précise que les témoins
peuvent être convoqués par huissier de justice, lettre recommandée ou par voie
administrative.
L’audition des témoins obéit à des formalités techniques précises. Le code de
procédure pénale précise que : « les témoins doivent être entendues séparément et
hors la présence de la personne inculpée » (art. 119, C.P.P.). Le juge pourra
cependant, par la suite, confronter les témoins avec l’inculpé, ou même confronter les
témoins entre eux.
Le juge fait préciser au témoin son identité et lui fait prêter serment. Le témoin
fait rapporter les faits qui sont à sa connaissance. Si le témoin ne parle pas l’arabe, le
juge fait appel à un interprète (art. 120,C.P.P.).
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Le témoin s’exprime verbalement ; cependant, étant donné que la procédure de
l’information est écrite, le juge d’instruction résume ensuite la déposition du témoin
et la dicte à son greffier. Pour éviter toute altération, la loi exige que le témoin relise
sa déposition lui-même et la signe. Si le témoin ne sait pas lire, le greffier lui en fera
la lecture, la signature est remplacée par une empreinte.
Chacun des feuillets du procès-verbal qui contient la déposition, doit être rédigée
par sans comporter aucune interligne, il doit être signé de tous ceux qui sont
intervenus ; de même, les ratures et les renvois doivent être approuvés par le juge, le
greffier, le témoin et l’interprète s’il y a lieu (art. 126,C.P.P.), à défaut d’approbation, il
seraient non avenus.
Les obligations qui pèsent sur le témoin permettent d’accorder une certaine
confiance à sa déposition.
1. Le témoin doit comparaitre, s’il ne le fait pas, le juge d’instruction peut
sur réquisitions du ministère public, le contraindre à comparaitre par la force
publique (art. 128, C.P.P.). En outre, le témoin défaillant est exposé à se voir appliqué
une sanction pécuniaire (amende de 1200 à 12 000 Dhs) sans possibilité de recours.
Cependant, le témoin peut être déchargé de cette amende, après réquisition du
ministère public, s’il comparait ultérieurement en présentant des excuses ou
justifications valables.
2. Le témoin qui est entendu par le juge d’instruction doit prêter serment
dans les termes suivants : « Je jure de témoigner, sans haine et sans crainte de dire,
toute la vérité et rien que la vérité. »(art.123, C.P.P). Les seules personnes dispensées
de prêter serment sont les mineurs âgés de moins de 18 ans, les ascendants,
descendants et conjoint de l’inculpé.
3. Le témoin doit révéler ce qu’il sait. Il est tenu en effet de dire toute la
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vérité, rien que la vérité conformément au serment précédemment prêté. Il s’expose
aux peines de faux témoignages s’il dissimule la vérité.
4. Il est à noter que le refus de déposer, expose aux mêmes peines que le
refus de comparaitre (amende 1200 à 12 000Dhs).
b- L’interrogatoire de l’inculpé et sa confrontation avec les tiers
Pour éviter tout abus dans les interrogatoires, une règlementation minutieuse a
été établie par le code de procédure pénale. Les dépositions y afférentes se trouvent
dans les articles 134, et suivants.
Cette règlementation diffère selon qu’il s’agisse de l’interrogatoire de première
comparution ou des interrogatoires ultérieurs.
1- L’interrogatoire de première comparution
Selon l’article 134, du code de procédure pénale. lors de la première
comparution, le juge d’instruction constate l’identité de l’inculpé et lui fait connaitre
chacun des faits dont il est saisi, et pour lesquels il est poursuivi. Mention des uns et
des autres est porté au procès-verbal. Si l’inculpé a déjà demandé l’assistance d’un
avocat celui-ci peut assister à cet interrogatoire.
S’il n’en est pas ainsi, le juge d’instruction avise la personne inculpée de son droit
de choisir un avocat, ou demander qu’il lui soit désigné un d’office. L’avocat désigné
ou choisi pourra communiquer librement avec la personne inculpée.
Si celle-ci est détenue, et pourra consulter sur le champ le dossier. Le juge
d’instruction avertit alors la personne en cause qu’elle ne peut être interrogée
immédiatement qu’avec son accord.
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Mention est faite sur le procès-verbal. Néanmoins, si l’inculpé désire faire des
déclarations, le juge d’instruction peut les recevoir immédiatement.
La personne inculpée laissée en liberté ou placée sous contrôle judiciaire, doit
déclarer au juge d’instruction son adresse personnelle pour recevoir les notifications
et l’aviser de tout changement d’adresse déclarée.
Il est à noter que l’article 135, prévoit une hypothèse ou le juge d’instruction peut
interroger sur le fond dès la première comparution, même si l’intéressée n’y consent
pas. Il en est ainsi s’il y a urgence à procéder à un interrogatoire ou une
confrontation. L’urgence peut résulter du fait qu’un témoin est en danger de mort, ou
du fait que des indices importants sont sur le point de disparaitre. Le procès verbal
doit mentionner expressément la cause d’urgence qui se présente en l’espèce.
2) Les interrogatoires ultérieurs
Avant tout interrogatoire, le juge d’instruction est tenu de convoquer le conseil
de la personne poursuivie de façon à ce que le conseil puisse assister à
l’interrogatoire. En effet la personne poursuivie ne peut être entendue, à moins
qu’elle n’y renonce expressément, qu’en présence de son conseil, ou tout au moins
après que celui-ci ait été dument appelé (art. 139, C.P).
Cette convocation doit être faite soit par lettre recommandée ou avis, ou
verbalement avec un émargement au dossier de la procédure (art. 139, al. 2, C.P.P).
Elle doit l’avoir été dans un délai suffisant (deux jours francs avant l’interrogatoire).
La procédure sera mise à la disposition de l’avocat un jour au moins avant
l’interrogatoire. Le dossier ainsi communiqué à l’avocat doit comprendre
intégralement toutes les pièces de la procédure.
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Les déclarations de l’inculpé sont consignées au procès-verbal, lequel doit être
signé par ce dernier.
3) Confrontations
Chaque fois que la personne mise en examen doit être confrontée, que ce soit
avec un ou plusieurs témoins, avec la partie civile ou d’autres personnes poursuivies ;
le but de la confrontation est d’obtenir des personnes intéressées des précisions
supplémentaires. Des demandes lui seront adressées ou seront formulées par elle.
Ainsi, toutes les règles et formalités prévues pour le cas de l’interrogatoire devraient-
elles s’appliquer à la confrontation.
Le procès-verbal relatant la confrontation doit être signé par toutes les personnes
ayant pris part à la confrontation.
C-Audition de la partie civile
Le juge d’instruction peut également entendre la partie civile, lorsqu’il en existe
une en la cause. Il en sera ainsi lorsque l’information aura été ouverte sur constitution
de partie civile (la victime ayant agi par voie d’action) ou par voie d’intervention,
lorsqu’elle joint son action civile à l’action publique.
Partie au procès pénal, la partie civile ne peut être entendue sous serment, elle
fait ses déclarations dans les mêmes conditions que la personne poursuivie. Elle aussi,
peut être assistée d’un avocat et ce dès sa première comparution. Lorsqu’il en est
ainsi, la partie civile ne peut être entendue qu’en présence de son conseil ou lui
dument appelé. Ainsi, le juge d’instruction doit convoquer le conseil de la partie civile
avant l’audition de celle-ci et tenir le dossier de la procédure à sa disposition.
Le ministère public peut demander à assister à l’audition de la partie civile dans
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les mêmes conditions que la personne poursuivie.
L’assistance du conseil à lieu aussi bien à l’audition proprement dite qu’à toute
confrontation de la partie civile avec l’inculpé ou avec des témoins.
L’audition de la partie civile donne lieu à la rédaction d’un procès-verbal dans les
mêmes formes que pour la déposition d’un témoin ou l’interrogatoire de la personne
poursuivie.
D-Perquisition et saisies
a-Perquisitions. La décision de procéder à une perquisition est prise par le juge
d’instruction. Elle peut s’exécuter dans tous les lieux ou peuvent se trouver des objets
dont la découverte serait utile à la manifestation de la vérité. Si le lieu de la
perquisition se trouve dans Le ressort du tribunal, le juge s’y transporte avec son
greffier, après avoir avisé le ministère public, qui a d’ailleurs la faculté de
l’accompagner (art.99,C.P.P).
Il est de même si le lieu de perquisition se trouve dans un autre ressort, puisque
le juge d’instruction peut se transporter, si les nécessités de l’information l’exigent,
sur toute l’étendue du territoire national. Il doit alors, prévenir préalablement le
procureur du Roi du ressort du tribunal dans lequel il se transporte, il mentionne
d’autre part dans son procès-verbal les motifs de son transport (article 100, C.P.P).
Toutes les formalités destinées à assurer la sauvegarde des libertés individuelles
(respect des heures légales, sauf en matière de terrorisme : arts.101 et 102, C.P.P.), le
respect du secret professionnel (perquisition dans le cabinet d’un avocat ou d’un
médecin : art. 103, al. 2 et 3,C.P.P) doivent être observées.
Les opérations de perquisition donnent lieu à l’établissement d’un procès-verbal
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qui doit être dressé sur le champ.
b-Saisies. IL appartient au juge d’instruction de procéder à la saisie des objets ou
documents qui lui paraissent utiles à la manifestation de la vérité. Il le fait au moment
même où la pièce intéressante est découverte. La saisie peut porter sur des objets
appartenant à des tiers ou sur lesquels un tiers possède un droit de rétention (arts
104 et ss, C.P.P.).
Les objets ou documents saisies sont immédiatement inventoriés et mis sous
scellés.
Toute personne, y compris, l’inculpé et la partie civile, qui prétend avoir droit sur
un objet ou un document placé sous la main de la justice peut en réclamer la
restitution (art. 106, C.P.P.).
Pendant tout le cours de l’information, c’est le juge d’instruction qui est
compètent pour statuer sur cette demande. Le juge d’instruction statue par
ordonnance motivée dans les 8 jours de la demande après avis du ministère public. Il
peut ordonner la restitution, soit d’office, soit sur réquisition du ministère public, ou
la refuser par ordonnance motivée.
Les parties peuvent exercer un recours contre l’ordonnance du juge d’instruction
devant la chambre correctionnelle dans les 10 jours de sa notification.
E-Les mandats du juge d’instruction
Pour accomplir les actes d’instruction, et notamment pour être en mesure de
procéder à l’audition des témoins ou à l’interrogatoire de l’inculpé, de confronter au
besoin les uns aux autres, il faut que le juge d’instruction ait le pouvoir d’obliger les
intéressées à comparaitre devant lui, et même, s’il en est besoin, de conserver la
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personne poursuivie à sa disposition et de la priver de tout ou une partie de sa liberté
durant le temps nécessaire à la réunion des preuves.
Ce pouvoir est matérialisé par quatre sortes de mandats : le mandat de
comparution, le mandat d’amener, le mandat de dépôt et le mandat d’arrêt.
a- Le mandat de comparution .C’est une sorte de convocation solennelle que le
juge d’instruction adresse à un individu visé. Il a pour objet de mettre la personne à
laquelle il a été discerné en demeure de se présenter devant le juge à la date et à
l’heure indiquées sur le mandat (article 144,C.P.P.).
La personne à qui le mandat est notifié, se présentera librement, le juge devra
alors l’interroger immédiatement (art. 145, alinéa. 1,C.P.P.).
Si la personne ne se présente pas, le juge pourra alors, discerner un mandat
d’amener contre elle.
b- Le mandat d’amener Le mandat d’amener est beaucoup plus énergique,
puisqu’il permet d’arrêter l’individu. C’est en effet l’ordre donné par le juge à la force
publique de conduire immédiatement devant lui l’inculpé (art. 146, CP.P.). L’article 146,
alinéa 2, précise que : « le mandat d’amener est notifié et exécuté par un officier ou
agent de la police judiciaire ou par un agent de la force publique. Celui-ci le présente
à l’inculpé et lui en délivre copie ».
Ainsi, en cas de mandat d’amener, la police va rechercher l’individu visé, et
comme le nom de mandat d’amener l’indique, l’amener devant le juge d’instruction.
Donc il s’y rendra sous la conduite de la police et le porteur du mandat peut requérir
à cette fin, la force publique.
Le juge d’instruction à qui l’on amène la personne, objet du mandat, doit
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l’interroger en principe dès son arrivée (art. 147, al 1, C.P.P). Si l’interrogatoire ne peut
être immédiat, le juge a la possibilité de le faire conduire à l’établissement
pénitentiaire, en attendant l’interrogatoire, qui ne peut tarder plus de vingt-quatre
heures (article 147, al.2). S’il en était autrement, il y aurait détention arbitraire à la
charge de tout magistrat ou fonctionnaire ayant ordonné ou toléré cette détention
(article 148, du code de procédure pénale.).
Aussi, l’alinéa 4, de l’article 147 du code de procédure pénale décide-t-il que la
personne, à l’expiration du délai de vingt-quatre heure, doit être conduite d’office,
par les soins du chef de l’établissement pénitentiaire, devant le magistrat du ministère
public compètent qui requerra le juge d’instruction, ou en son absence , tout autre
magistrat du siège, de procéder immédiatement à l’interrogatoire, faute de quoi
l’individu en question sera libéré.
c- Le mandat de dépôt Selon l’article 152 du code de procédure pénale, le
mandat de dépôt est l’ordre donné par le juge d’instruction au chef de
l’établissement pénitentiaire, de revoir l’inculpé et de le détenir préventivement.
Comme son nom l’indique, le mandat de dépôt permet de détenir l’individu, mais il
ne permet pas de le rechercher ou de l’arrêter.
L’inculpé peut s’y trouver parce qu’il a répondu à une convocation qui lui avait
été adressée ; après l’avoir entendu, si le juge d’instruction estime nécessaire de le
détenir et si l’infraction constitue un crime ou délit punissable de peine privative de
liberté, il délivre alors contre lui un mandat de dépôt après avoir pris en son encontre
une ordonnance de mise en détention préventive.
Il est possible également que l’inculpé soit venu devant le juge d’instruction
à la suite d’un mandat d’amener ; le juge fait alors succéder au mandat d’amener un
mandat de dépôt dans les mêmes conditions.
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Il est possible enfin, que l’intéressé soit déjà détenu pour une autre cause. Ainsi le
mandat de dépôt ne peut jamais être décerne avant que le juge n’ait entendu
l’inculpé.
d- Le mandat d’arrêt Aux termes de l’article 154, du code de procédure pénale :
« le mandat d’arrêt est l’ordre donné à la force publique de rechercher l’inculpé et de
le conduire à l’établissement pénitentiaire indiqué sur le mandat où il sera reçu et
détenu. »
Il est à noter que le mandat d’arrêt ne peut être employé que si la personne
recherchée est en fuite, ou si elle réside hors du territoire du Royaume et si
l’infraction entraine une peine privative de liberté.
Il est souligné encore, que le juge d’instruction, ne peut discerner un mandat
d’arrêt qu’après avoir pris l’avis du ministère public.
Le mandat est notifié ou exécuté par un officier ou agent de la police judiciaire,
dans les mêmes conditions que le mandat d’amener.
L’inculpé arrêté est conduit sans délai dans l’établissement pénitentiaire indiqué
sur le mandat, et le chef de cet établissement délivre à l’agent d’exécution, la
reconnaissance de la remise de l’inculpé (art. 155, C.P.P).
Si l’arrestation a eu lieu hors du ressort du juge d’instruction, l’inculpé est d’abord
conduit devant le procureur du Roi du lieu de l’arrestation qui procède à la
reconnaissance de son identité, reçoit ses déclarations et transfèrement le procès-
verbal ainsi dressé au juge d’instruction compétent et requièrent le transfert de
l’inculpé (art. 156, al.2, CP.P.).
Une fois incarcéré dans l’établissement pénitentiaire indiqué, l’individu recherché
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doit être interrogé par le juge d’instruction dans les 48h de la détention. A défaut ; il y
aurait détention arbitraire (arts. 156, alinéa 1, C.P.P.).
II- LES POURVOIRS DE JURIDICTION DU JUGE D’INSTRUCTION
Le juge d’instruction, en dehors du pouvoir d’instruction qui tendent à découvrir
la vérité, possède aussi des pouvoirs de juridiction, c’est une « juridiction
d’instruction », il est chargé de prendre, au cours de la phase de l’instruction
préparatoire, des décisions à l’occasion des incidents contentieux qui peuvent se
produire, et il est appelé à juger s’il existe ou non contre l’inculpé des charges
suffisantes pour justifier sa comparution devant la juridiction de jugement.
Le juge d’instruction est amené à exercer au cours de l’information, ses pouvoirs
de juridiction en différentes occasions, que l’on peut grouper en trois stades : lors de
l’ouverture de l’information, au cours et à la fin de l’information.
A- Lors de l’ouverture l’information
Au stade de l’ouverture de l’information, le juge d’instruction peut être amené à
rendre différentes ordonnances.
Il peut tout d’abord répondre au réquisitoire du procureur du Roi ou à la plainte
avec constitution de partie civile, par une ordonnance de refus d’informer. Il en est
ainsi lorsque, de l’exposition des faits, il ressort suffisamment net que les agissements
reprochés ne constituent pas une infraction, ou que l’action publique n’est pas
recevable ou se trouve déjà éteinte.
Il peut également, s’il s’agit d’une plainte avec constitution de partie civile, refuser
d’informer à raison de l’irrecevabilité de cette constitution de partie civile parce que
les conditions de fond ou de forme exigées par la loi ne lui semblent pas être réunies
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en l’espèce (art. 93, C.P.P.). En cas de contestation, ou s’il déclare irrecevable la
constitution, le juge statue après communication du dossier au ministère public, par
une ordonnance motivée.
Si au contraire le juge d’instruction admet la recevabilité de la plainte avec
constitution de partie civile déclenchant l’action publique, il imposera à la partie lésée
une consignation (art. 95, C.P.P.), dont il fixera le montant par voie d’ordonnance.
Il devra aussi communiquer au parquet cette plainte de la partie civile et à cette
fin, il rendra une ordonnance de soit-communiqué c'est-à-dire qu’il ordonnera que le
dossier soit communiqué au procureur du Roi comme le prévoit l’article 93, du code
de procédure pénale.
Enfin le juge peut rendre aussi, au début de l’information, une ordonnance
d’incompétence lorsque, ayant examiné les conditions dans lesquelles l’affaire se
présente, il constate qu’au point de vue de la compétence d’attribution ou de la
compétence territoriale, l’affaire n’est pas de son ressort (art. 215, du C.P.P.). Par cette
ordonnance, il se dessaisit de l’affaire.
Mais dans la plus part des cas le premier acte juridictionnel du juge d’instruction
et une ordonnance décidant d’informer sur l’affaire dont il est saisi et ouvrant ainsi
l’information à laquelle il va procéder.
B- Au cours de l’information
Au cours de l’information, le juge d’instruction est amené à rendre nombreuses
ordonnances.
Il peut par exemple rendre une ordonnance refusant de procéder à un acte
d’instruction quelconque sollicité par le ministère public, ou par une des parties
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(inculpé ou partie civile). Il en est ainsi des expertises sollicitées par les parties, y
compris l’expertise médicale ou médico-psychologique demandée par l’inculpé (art.
88, al. 4, C.P.P.). Cette ordonnance constitue un acte de juridiction qui doit être
motivé.
Très souvent au cours de l’information, le juge sera amené à communiquer le
dossier au parquet, soit spontanément, soit sur la réquisition de celui-ci. Il le fait par
ordonnance de soit-communiqué. Si une partie civile se constitue par voie
d’intervention, alors que l’information est déjà ouverte, le juge rendra une
ordonnance pour statuer sur la recevabilité de cette constitution (art.93, C.P.P.), après
avoir rendu préalablement une ordonnance de soit-communiqué.
C’est aussi par ordonnance motivée que le juge d’instruction refuse une expertise
sollicitée (art.194, C.P.P.), la désignation de plusieurs expertises ou rejette les
demandes présentées par les parties à la suite du dépôt du rapport des experts.
Les décisions les plus importantes que le juge d’instruction est appelé à prendre
en vertu de son pouvoir de juridiction au cours de l’information interviennent en
matière de détention préventive- (arts. 175 et ss, CP.P.) ou de placement sous
contrôle judiciaire (arts. 160 et ss, C.P.P).
Tout d’abord c’est par une ordonnance spécialement motivée, que le juge
d’instruction peut ordonner la mise en détention préventive de l’inculpé (article 175,
infini). Ensuite, c’est par ordonnance que le juge peut prolonger la détention
préventive, qu’il accorde ou refuse la mise en liberté de l’inculpé sollicitée par celui-ci
ou par son conseil ou par le ministère public (arts. 177 et 179, C.P.P). Enfin, c’est par
ordonnance que le juge place l’inculpé sous contrôle judiciaire et détermine dans
celle-ci ou dans des ordonnances ultérieures, l’obligation imposée à l’intéressé (art.
160, C.P.P).
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C’est aussi par voie d’ordonnance que le juge d’instruction répondra aux
demandes de restitution des objets saisis qui lui sont présentées par les parties ou
par les tiers (art. 106, C.P.P.).
Il est à ajouter que c’est par ordonnance que seront prononcées les
condamnations contre les témoins qui ne comparaissent pas (article 128, C.P.P.).
A noter que toutes ces ordonnances ont un caractère juridictionnel et
susceptibles d’appel. Elles doivent être portées à la connaissance des parties par voie
de notification. Le procureur du Roi doit recevoir avis par les soins des greffiers.
C- A la clôture de l’information
A la fin de l’information, le juge d’instruction est appelé à prendre des décisions
juridictionnelles particulièrement importantes.
Lorsqu’il accomplit tous les actes d’information qu’il a cru utiles de faire et qu’il
ne voit pas ce qu’il peut faire de plus pour éclairer les faits ou la personnalité du
délinquant, le juge d’instruction doit se prononcer sur les suites à donner à l’affaire,
et rend alors ce que les article 214 et suivants du code de procédure pénale,
appellent une ordonnance de règlement que l’on nomme aussi « ordonnance de
clôture » de l’information. L’ordonnance de clôture dessaisie le juge d’instruction.
Avant de prendre cette décision le juge d’instruction, communique le dossier au
ministère public qui doit lui adresser ses réquisitions dans les 8 jours au plus tard, à
compter de la réception du dossier (art. 214, CP.P.).
Après réception des réquisitions, ou après expiration du délai, dans lequel elles
auraient dû parvenir, le juge d’instruction va clore son information par une
ordonnance de règlement « ordonnance de clôture ».
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Son ordonnance doit préciser les noms et prénoms, date, lieu de naissance,
domicile et profession de l’inculpé qu’elle concerne ; elle doit également indiquer la
qualification légale du fait imputé à celui-ci. Enfin, et surtout, elle doit être motivée de
façon précise (art. 221, C.P.P.), exposant les faits que l’infraction a fait ressortir et les
raisons qui décident le juge à régler le dossier dans un sens plutôt que dans l’autre.
Le juge a en effet le choix entre deux solutions, lorsqu’il clôture son information il
peut rendre soit une ordonnance de non-lieu, soit une ordonnance de continuation
des poursuites (ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel s’il s’agit d’un
délit, ordonnance de transmission au procureur général du Roi, s’il s’agit d’un crime.)
a- Ordonnance de non-lieu
Le juge d’instruction rendra une ordonnance de non-lieu lorsqu’en présence de
résultats objectifs apportés par l’information, il estimera qu’il n’y a pas lieu de
continuer les poursuites intentées (art. 216, C.P.P.). Cette ordonnance arrêtera l’action
publique qui avait était mise en mouvement par l’ouverture de l’information.
En outre, si au cours de l'information l'inculpé a été placé en détention
préventive, il doit être mis en liberté s'il n'est pas détenu pour une autre cause ; l'effet
du mandat dont il faisait l'objet prend fin, l'ordonnance de non-lieu est classée dans
les archives du greffier, à toutes fins utiles,
b- Ordonnance de renvoi devant la juridiction de jugement
Lorsque le juge d'instruction estime qu'il existe contre l'inculpé des charges
constitutives d'infraction à la loi pénale, il rend contre lui une ordonnance de
continuation des poursuites tendant au renvoi devant la juridiction de jugement.
Si les faits sur lesquels le juge d'instruction a conduit son information paraissent
constituer un délit, il rend une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel
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(art. 217, C.P.P.) et transmet alors le dossier au procureur du Roi, qui l'envoie sans
retard au greffier, qui fait donner une assignation au prévenu de comparaitre devant
le tribunal pour l'une ou l'autre des plus prochaines audiences en respectant les
délais légaux impartis de citation.
Si le juge d'instruction estime que les faits constituent un crime, il rend une
ordonnance de renvoi de l'accusé devant la chambre criminelle et ordonne que le
dossier soit transmis au procureur général du Roi aux fins de citation (art.218, du
C.P.P.).
La personne en détention préventive restera détenue, le mandat discerné contre
elle conserve sa force exécutoire.
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