FORCE BONTEE
DE BAKARI DIALLO
EXPOSANTS
FATOU NDIAYE FATOU NDIAYE NGOM
AMINATA SARR KHARDIATA DIAKHATE
MARIE HELENE ROSALIE DIATTA
CLASSE :1e L2 A PROFESSEUR : MR MBAYE
Année Scolaire 2022 -2023
INTRODUCTION
I. DE QUOI S’AGIT CE TEXTE ?/ EN QUOI NIER ?
II. FORCE-BONTE ET SES APPORTS LITTERAIRES,
HISTORIQUES ET CULTURELS
III. FORCE-BONTE ET LA SOCIETE SENEGALAISE DU
DEBUT DU VINGTIEME SIECLE
IV. FORCE-BONTE ET LA NEGRITUDE
CONCLUSION
INTRODUCTION
Force-Bonté de Bakary Diallo est des romans écrits par des auteurs noirs pendant les
années ’20. Publiés à une époque où les auteurs francophones hors d’Europe étaient
exceptionnellement rares, ces deux ouvrages précurseurs auraient dû fortement marquer leur
temps. Ceci se trouve être le cas pour Batouala qui obtint le prix Goncourt de 1921, l’année
même de sa publication, fit l’objet d’une querelle farouche en France et fut salué par les
promoteurs de la Négritude. Diffusé en 1926, Force-Bonté passa relativement inaperçu.
En fait, il n’est pas exagéré d’affirmer que ce texte fut rejeté par la Négritude et que son
contenu continue d’être peu exploré. En effet, on tend à l’exclure des anthologies de
littérature africaine d’expression française. Cette particularité justifie-t-elle cette dénégation
quasi absolue de Force Bonté ? Une étude superficielle de l’œuvre renforce cette notion.
Pourtant, une analyse de quelques anecdotes de la vie personnelle de l’auteur fournit des
renseignements sur sa culture qui aident à expliquer son adulation du pouvoir colonial. Dans
le travail suivant, je me propose de prouver que Force-Bonté est une œuvre importante pour la
littérature africaine francophone en procédant de la manière suivante. D’abord, je replacerai
Force-Bonté dans son contexte et soulignerai son caractère pionnier. Ensuite, je mettrai en
évidence ses apports littéraires, historiques et culturels. Enfin, je l’examinerai à la lumière du
mouvement de la Négritude. Bakary Diallo (1892-1978), berger peul recruté par les tirailleurs
sénégalais, est le premier Africain francophone qui ait relaté par écrit son expérience de la
Grande Guerre. Bakary Diallo est né à Mbala, dans l'actuelle région de Saint-Louis, entre
Podor et Dagana.
Comme la plupart des tirailleurs sénégalais, Bakary Diallo ne savait ni lire ni écrire. Il est
fasciné par le chef blanc et par la puissance coloniale française, ne comprenant donc pas le
rejet de la tutelle française et encore moins les guerres contre la France.
Il s'engage dans l'armée française le 4 février 1911. Le 3 novembre 1914 il est grièvement
blessé à Sillery (Marne) et passe de longs mois à l'hôpital, puis devient l'interprète des troupes
sénégalaises en France, parlant le français, le peul, le toucouleur, le wolof et le bambara. Il est
un temps secrétaire du député Blaise Diagne.
Citoyen français en 1920, il est rétrogradé du grade d'adjudant indigène à caporal français. Il
devient portier à l’hôtel National de Monte-Carlo et occupe divers emplois à Paris.
En février 1928 il retourne au Sénégal et achève sa vie à Podor où il est nommé chef de
canton.
Écrits
Force bonté (1926), récit sur la France coloniale ; compte-rendu publié dans Revue Indigène,
nos 234-235, juillet-août 1928, p. 128-130
I. DE QUOI S’AGIT CE TEXTE ?/ EN QUOI EST –IL
PIONNIER ?
Très probablement apprécié des seuls sujets coloniaux admirateurs de la France et par les
Français désireux de maintenir l’illusion de bonne conscience au regard de la politique
coloniale,
Force-Bonté a fait lors de sa publication et aujourd’hui encore continue de faire l’objet de
critiques négatives. La majorité des chercheurs qui ont analysé cette œuvre s’accorde à
reconnaître l’auteur comme l’un des derniers panégyristes de la France et du pouvoir colonial.
En plus d’avoir été très peu étudié, certains critiques ont même opté de totalement omettre
Force-Bonté des anthologies de littérature africaine francophone. En effet, dans la préface de
la seconde édition de l’œuvre de Diallo parue en 1985, le chercheur éminent de littérature
africaine, Mamadou Kane, souligne que certains spécialistes, comme Janheinz Jahn,
parviennent « à tenir la gageure de parler de Force-Bonté sans toutefois… en parler. Il le
mentionne une fois dans le texte, subrepticement, et dans l’index, où les renvois ne
correspondent à rien » (Diallo IV). Toutefois, le fait d’aller à l’encontre des nouveaux idéaux
qui rehaussaient la dignité de l’Afrique de cette époque, à mon avis, ne constitue pas des
raisons suffisantes pour justifier le manque d’intérêt que suscite le texte de Diallo. C’est ce
qui m’a conduit à effectuer des recherches pour démontrer le caractère injuste de la
négligence, voire la totale inattention, dévouée à Force-Bonté.
Pour arriver à une meilleure compréhension du texte de Diallo, il est nécessaire de le
replacer l’œuvre et aussi bien que l’auteur dans leur contexte. Bakary, qui mène une vie
relativement abritée, admet n’avoir jamais rencontré de blancs avant l’âge de seize ans. Cette
rencontre, qui a lieu dans un magasin où Bakary est en train de faire des courses pour préparer
son passage à la vie adulte, éveille son intérêt et marque le début d’une admiration sans bornes
pour les Français et leur langue. Appelé à devenir éleveur en raison de son appartenance
ethnique, Bakary n’excelle pas au métier de berger. Il s’essaie à l’agriculture qui ne lui réussit
pas non plus. Se sentant un homme inutile, il décide de quitter son village natal pour la ville.
Arrivé à Saint-Louis, il s’engage dans l’armée et devient tirailleur sénégalais sous l’instigation
d’un ami qui accentue l’ordre et l’égalité observés entre les soldats d’ethnies différentes. Dans
l’armée, Bakary s’émerveille de chaque découverte de technologie occidentale et désire
maîtriser toutes les compétences possibles. Son premier essai à l’écriture sur un mur
fraichement blanchi à la chaux lui coûte huit jours d’emprisonnement. Une punition bien
sévère pour une faute relativement minime ! Sa formation militaire terminée, Bakary est
envoyé au Maroc pour étouffer l’insurrection des nationaux puis en France pour défendre la
mère patrie pendant la Première Guerre mondiale. Ce reportage des événements de la vie de
Bakary Diallo se poursuit jusqu’au moment qui précède son retour au Sénégal.
II. FORCE-BONTE ET SES APPORTS LITTERAIRES,
HISTORIQUES ET CULTURELS
Etant donné que le personnage principal et l’auteur de Force-Bonté se confondent, on
peut présumer que ce texte est une autobiographie. En tant que tel, il porte un coup d’œil
rétrospectif sur l’existence de Diallo, « sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa
personnalité » (Lejeune 14 pacte autobiographique). Pour commencer, Force-Bonté informe
le lecteur que Bakary Diallo est demeuré analphabète jusqu’au début de sa carrière militaire.
Donc, il existe une possibilité très minime que son texte constitue un chef-d’œuvre littéraire.
En effet, le caractère esthétique de Force-Bonté, qui souligne son admiration idolâtre de la
France, laisse à désirer. Je suppose que ces deux caractéristiques, que je viens de mentionner,
doivent avoir contribué à reléguer cette dans les oubliettes de la littérature africaine
francophone. En dépit de ces aspects négatifs, il est indéniable que Force-Bonté accentue des
traits pragmatiques chez le jeune peulh. Par exemple, Bakary s’avère être une personne qui
n’a pas peur de prendre des risques. Alors qu’il aurait pu choisir de croupir dans son village
suite à son échec dans les carrières pastorale et agricole, il choisit de donner un nouveau cours
à sa vie en émigrant à SaintLouis. Ceci marque une certaine cassure avec la société africaine
ancestrale qui accorde une extrême importance aux traditions. De plus, son action annonce
une nouvelle tendance qui est celle de ne pas se confiner uniquement aux coutumes
ancestrales. Cette attitude se retrouve encore dans le genre littéraire qu’il adopte pour sa
rédaction.
En général, les sociétés africaines traditionnelles tendent à accorder la priorité au
groupe aux dépens de l’individu. Pourtant, Bakary Diallo choisit d’écrire une «
autobiographie », un genre littéraire dans lequel une personne raconte son histoire selon sa
propre perspective. En faisant ce choix, Diallo devient un pionnier de la littérature africaine
francophone moderne qui met l’emphase sur la spécificité individuelle. On peut citer en
exemple L’enfant noir de Camara Laye, Une vie de boy de Ferdinand Oyono, et Carte
d’identité de Jean-Marie Adiaffi. En plus de se montrer novateur dans le domaine littéraire,
Diallo annonce également un changement dans les structures sociales qui se renforce dans
des romans comme Une si longue lettre de
Mariama Ba. Car, en tant que Peuhl, Bakary aurait dû devenir éleveur, métier pour lequel il
n’a aucune aptitude. Au lieu de chercher à améliorer ces compétences pastorales, il quitte son
village natal pour la ville où il se fait soldat. Son nouveau métier lui permet d’acquérir de
nouvelles aptitudes comme la lecture et l’écriture, de voyager à Dakar, au Maroc et en France.
Toutefois, il convient de signaler que la nouvelle existence de Bakary lui cause bien des
griefs. Au Maroc, il souffre de voir les hommes s’entretuer. Pendant son service militaire, il
est mis à la geôle à plusieurs reprises pour des fautes minimes et même pour avoir voulu faire
valoir ses droits. De plus, il séjourne longtemps à l’hôpital suite à une fracture de la mâchoire
reçue au cours de la Première Guerre mondiale. A la fin de son récit, Diallo décide de devenir
berger des hommes, d’écrire un livre et de retourner voir sa famille au Sénégal. Enfin, il est
également intéressant de noter qu’en plus de mettre l’accent sur l’individu, le texte de Bakary
Diallo constitue également un processus initiatique. A ce titre, il comporte trois étapes : une
prise de conscience, un départ et une décision de revenir à ses sources.
Si Force-Bonté possède des caractéristiques de l’autobiographie, il est nécessaire de
souligner que le texte n’adhère pas rigidement aux particularités du genre. Car si l’histoire est
narrée à partir de la perspective de Bakary, la communauté ne disparaît pas totalement. En
effet, Bakary Diallo se fait le porte-parole de différents groupes qu’ils côtoient auprès des
Français qui constituent les premiers destinataires de son texte. Par exemple, dans son
reportage de la campagne marocaine, Bakary s’étonne que ses sentiments positifs pour la
France ne soient pas partagés par les Marocains. Il attribue ce fait à une incompréhension de
la bonne volonté française. Car, il ne saurait accepter que la France puisse traiter ces gens
avec méchanceté, et de manière délibérée ! Ces anecdotes établissent des repères historiques
qui peuvent être corroborés à travers des articles de journaux de l’époque ; les réminiscences
associées à sa carrière militaire peuvent également être vérifiées dans les archives. C’est pour
cela que Force-Bonté pourrait être également considéré comme les mémoires d’un soldat
peulh sous la bannière française et comme citoyen de seconde classe en métropole. Ce tracé
du parcours de Bakary permet de reconstruire officieusement une histoire alternative des
colonisés racontée par eux-mêmes ; il faut rappeler que le colonisateur détenait le monopole
de l’écriture. C’est probablement pour cela que le chercheur Edgard Sankara affirme que « the
memoirs are a good supplement to oral tradition
[…] they testify to the new identity of Africans, who now have their own scriptures and
history »
(450).
En plus de fournir des informations sur la personnalité de Diallo, Force-Bonté nous
permet également d’entrevoir des aspects importants de la culture peuhle. Constituant le
groupe ethnique le plus nombreux de l’Afrique de l’Ouest, les peulhs sont des bergers
nomades disséminés sur plusieurs territoires où ils tendent à former des groupes minoritaires.
Ils valorisent la beauté, la probité, la sagesse, l’intelligence et la discrétion, entre autres
choses. De plus, où qu’ils se trouvent, ils vivent selon des règles de l’art d’être peulh, le
Pulaaku ou Pulaagu. Le Pulaagu inclut des notions comme la « suavité » qui se démontre par
la générosité et l’hospitalité. De plus, il faut noter que la société peule est fortement
hiérarchisée, et l’aîné est respecté et même craint. Ces informations concernant les peuls sont
essentielles à une compréhension objective de certaines réactions de Bakary qui peuvent être
vues comme inacceptables. Par exemple, quand Mme Hasselmans l’héberge gratuitement
dans une chambre de sa maison pendant son séjour en France, elle lui dit : « Prends garde de
ne pas casser la glace ; c’est que maintenant cela coûte cher ! » (Diallo 160). Cette mise en
garde paraît inutile puisque Bakary n’est pas un enfant. Ces paroles de son hôtesse auraient pu
provoquer la colère de toute autre personne, mais pas Bakary du fait de la retenue
caractéristique des peulhs. Par ailleurs, étant donné que cette ethnie valorise l’hospitalité, il est
difficile pour lui de concevoir qu’une maîtresse de maison puisse délibérément manquer de
respect à son invité au lieu d’assurer son bien-être. Dans sa culture, on n’insulterait pas son
invité, même pas par inadvertance. Pour cette raison, je suppose qu’au cas où il aurait compris
le caractère injurieux des propos de son hôtesse, il les attribue probablement à des différences
culturelles. Aussi, pour avoir grandi dans une société hiérarchisée où les forts prennent soin
des faibles, Bakary n’arrive pas à s’expliquer l’attitude de son supérieur dans le dépôt des
malades qui lui assignent huit jours de prison pour avoir fait une requête légitime.
III. FORCE-BONTE ET LA SOCIETE SENEGALAISE DU
DEBUT DU VINGTIEME SIECLE
Bien que Force-Bonté ait été et continue d’être condamné pour avoir fait l’éloge de la
force-bonté française, il est nécessaire de signaler que cette attitude était assez normale au
Sénégal pendant la période coloniale. En effet, les recherches que j’ai effectuées jusqu’ici
m’ont permis de découvrir plusieurs choses. Pour commencer, un nombre considérable des
Sénégalais de cette époque, comme Bakary, admirent la France et une faction importante de la
population sénégalaise, dont Massyla Diop (demi-frère de Birago Diop) « was in the vanguard
rector of Senegalese assimilationist tendencies, advocating the complete and rapid integration
of Africans into French culture and politics » (Michelman 9). Dans une certaine mesure,
l’histoire soutient que la notion d’une France colonisatrice bonne et bienfaitrice était courante
aussi bien pendant la période où la Négritude battait son plein et peut-être même pendant les
premières années qui ont suivi l’indépendance.
Deux films d’Ousmane Sembène, Camp de Thiaroye et La noire de… illustrent ce fait.
Dans, Camp de Thiaroye paru en 1988, il est rapporté l’histoire vraie de tirailleurs qui ont
participé à la Seconde Guerre Mondiale. De retour du service combattant, au lieu de recevoir
leur paye, ces militaires sont bannis dans un camp et finalement massacrés par la « mère patrie
». Il est important de remarquer que, pendant toute leur épreuve, ces tirailleurs n’abandonnent
jamais leur croyance en la bonne foi de la France au point de relâcher l’officier qu’ils avaient
pris comme otage pour s’assurer de recevoir leur salaire. De même, dans La noire de… où
l’action se passe peu après l’indépendance, il est donné à une jeune femme la chance
inespérée d’aller en France. Enthousiasmée par cette opportunité, elle chante son bonheur de
voyager en France tout en piétinant un monument consacré à ses compatriotes africains, ne
sachant pas que ses patrons lui réservent une vie d’esclave là-bas. Ses différents exemples
étendus sur plusieurs décennies appuient le côté ordinaire de l’admiration de Bakary Diallo.
IV. FORCE-BONTE ET LA NEGRITUDE
En ce qui concerne la Négritude, il est important de signaler que ses membres
fondateurs sont des universitaires qui étudient en France. Par conséquent, ils ont acquis un
certain niveau intellectuel et ont accès aux archives et aux bibliothèques, ce qui leur offre de
meilleures possibilités d’analyser la colonisation et ses effets sur les colonisés. Ressortissant
de différents pays peuplés en grande partie par des Noirs, ils sont plus aptes à comprendre la
diversité et la richesse des cultures nègres dans diverses régions du monde. Leurs études
avancées et spécialisées leur offrent une meilleure perception des peuples africains et des
diasporas africaines et de la France en tant que pouvoir colonisateur. C’est probablement pour
cela que les partisans de la Négritude ont adopté Batouala. Même s’il existe des raisons qui
justifient le rejet de ForceBonté et l’adoption de Batouala, ce serait une erreur de penser que
le premier texte est totalement mauvais et le second dénué d’aspects négatifs. Selon les
militants de la Négritude, l’obtention du prix Goncourt par Maran en 1921 symbolise le
triomphe du génie du Noir jusquelà considéré inférieur à celui du Blanc. De plus, le fait que le
roman soit décrié par les Français, qui y voient une attaque contre l’administration coloniale,
appuie son caractère réfractaire. Toutefois, il n’empêche que le roman comprend certaines
ambigüités quant à son militantisme pour la cause nègre. Dans le chapitre huit, où on retrouve
des exemples des injustices de l’administration coloniale, Maran souligne également la
coopération de certains locaux comme Bissibi’ngui, le milicien. Par ailleurs, alors que le
chapitre cinq présente une image d’Africains capable de raisonner, dans le chapitre suivant où
se décrit le gan’za, ils sont peints comme des enfants qui profitent de l’absence des adultes
pour se livrer au chaos et à la débauche. Par conséquent, il n’est pas insolite que le critique
Chidi Iknonné ait affirmé que « Batouala could have been included among the textbooks
prescribed for the colonial officers-in-training »
(Ikonné 8).
Publié pendant une époque où il s’effectue une prise de conscience chez les Noirs de la
valeur de leurs cultures et de leurs traditions, tout texte qui se consacrerait à faire l’éloge du
pouvoir colonial était sûr de se faire rejeter. En plus d’aller à l’encontre des aspirations
idéologiques de son temps, Force-Bonté était rédigé dans un genre alors peu populaire. Donc,
nulle surprise que le texte ait fait l’objet de peu d’attention. Pourtant, lorsqu’on étudie
ForceBonté, on y découvre des anecdotes peu flatteuses pour l’administration coloniale. Par
exemple, établir une distinction entre la citoyenneté civile et la citoyenneté militaire pour les
tirailleurs signalent que tous les hommes ne sont pas égaux sous la bannière française. En
raison de l’adulation de Diallo pour la France et de sa candeur naïve, cette anecdote
particulière ainsi que certaines autres auraient pu être utilisées par les partisans de la négritude
pour accentuer le caractère néfaste de la colonisation. Cependant, quand on se souvient que le
mouvement était principalement militant, il n’est pas étonnant que ces particularités leur aient
échappé du fait de leur subtilité. Quand Senghor publie, en 1967, un article dans lequel il
redéfinit la Négritude comme un mouvement qui ne reposerait désormais plus sur le
militantisme, on pourrait penser que le temps de Force-Bonté était enfin venu. Ce ne fut
malheureusement pas le cas et, sans la deuxième édition de 1985, la disparition de Force-
Bonté aurait été complète.
CONCLUSION
Quoi que cette brève étude ait accentué certains mérites de Force-Bonté, on ne saurait
nier la légitimité de la réaction des promoteurs de la Négritude à l’endroit de cette œuvre.
Aujourd’hui que le combat pour la reconnaissance des valeurs nègres ne représente plus une
pomme de discorde, je pense que le temps est venu de réexaminer ce texte. En effet, aussi
longtemps qu’on persistera à analyser Force-Bonté comme l’un des nombreux textes des
littératures francophone et anglophone du début du vingtième siècle, je crois qu’on continuera
de passer à côté de la complexité de Force-Bonté. C’est pour cette raison que j’affirme qu’il
est temps qu’on s’attèle à analyser ce texte de manière impartiale.