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Analyse Linéaire La Courbe de Tes Yeux

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La poésie du XIXe au XXIe siècle

Paul Eluard, « La Courbe de tes yeux », Capitale de la douleur, 1924

Analyse linéaire (en bas de document)

I) INTRODUCTION

Le poème « La courbe de tes yeux » est l’avant-dernier du recueil de Paul Eluard, un des chefs de file du
mouvement surréaliste, Capitale de la douleur, publié en 1926 et dédié à Gala, sa muse et première épouse.
Ce poème, constitué de trois quintils, de décasyllabes pour les deux derniers et de vers de trois mesures
différentes – trois alexandrins, un octosyllabe et un décasyllabe – pour le premier, est un éloge de la femme
aimée, dont le pouvoir des yeux est source de vie.

Le blason : c’est une forme de poème court à la mode au XVIème siècle, versifié et à rimes plates ; il renferme
soit l’éloge (soit la satire, on parle de contre-blason) d’un être ou d’un objet.
Le sujet du blason : souvent le corps féminin, ou une partie de celui-ci.
Mais attention :
Ici, ce ne sont pas exactement les yeux qui sont décrits, car le regard a avant tout une fonction symbolique, il
y a un pouvoir vital du regard de la femme sur le poète amoureux, cela escamote la dimension descriptive

II) BIOGRAPHIE

Paul Eluard (Eugène Grindel) 1895-1952 : pilier du surréalisme qui s'intéresse à l'imaginaire, au rêve et à
l'inconscient dans les années 1920.
Attention : ce poème n’est pas un poème surréaliste, le langage n’est pas « éclaté », c’est un poème d’amour
Surréalistes : fait partie du groupe surréaliste avec André Breton, Louis Aragon, Marx Ernst
Après une crise personnelle existentielle qui a entraîné son voyage-fuite en 1924 en Océanie pdt 6 mois,
Eluard publie son premier recueil en 1926, le plus important : Capitale de la douleur dédié à sa muse Gala.
3 éléments vont marquer son œuvre :
maladie : pbs pulmonaires été 1912, sanatorium pendant de longs mois, il lit bcp
guerre : mobilisé, volontaire pour le front, partage de la solidarité
amour : rencontre une étudiante russe au sanatorium (Gala), séparation pendant la guerre et mariage
en 1917
1929 : fuite de Gala avec S. Dali, longue période de deuil, rencontre de Nush (épousée en 1934)
2e guerre : engagement politique
1946 : mort de Nush qui foudroie le poète – rencontre de Dominique – mort brutale en 1952

III) PUBLICATIONS
 Capitale de la douleur (1926) - La courbe de tes yeux est l'avant dernier du recueil. Placé sous le
signe de la joie d'aimer et du partage amoureux. - Les Dessous d’une vie (1926) - L’Amour la Poésie
(1929)

IV) ANALYSE DU POEME


3 parties : éloge de la femme à partir de la courbe de ses yeux / bonheur de ce couple heureux /
ouverture sur le monde.

A. TITRE : Le premier vers fait office de titre. Les yeux sont des ouvertures, fenêtres ouvertes sur le
monde extérieur par lesquelles on observe l'essence des choses (Courbe : ligne, forme qui
s'infléchit en forme d'arc (la courbe des sourcils - Auréole : cercle lumineux autour d'un astre, d'un
objet)

B. LES THEMES ABORDES


Les yeux de la femme sont le miroir du monde : le monde n’existe que tant qu’il est reflété par
les yeux de la femme : courbe des yeux : celle du globe, fusion parfaite – profusion des images,
richesse que recèle le regard de la femme, accumulation de groupes nominaux (2 ème quintil) –
thème de la nature et de la naissance. Les yeux et le cœur (les sentiments), deux images très
courantes chez Eluard et les surréalistes. Les yeux chez Eluard ne sont pas le miroir de l'âme

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La poésie du XIXe au XXIe siècle

mais le miroir du monde extérieur. Le regard est évoqué en tant que fonction symbolique,
comme réceptacle de la vie de la femme et du monde
La femme valorisante, ses qualités :
Son regard a un pouvoir révélateur, il fait apparaître le monde : Et si je ne sais plus tout ce que
j’ai vécu V4 / C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu V5 / Le monde entier dépend de tes
yeux purs V14 / Et tout mon sang coule dans leurs regards V15
- La femme a une influence apaisante : berceau V3 / ailes couvrant V8
- La femme a une fonction protectrice cœur V1 / douceur V2
- Elle pacifie le monde : chasseurs des bruits V10
- Elle est source de vie : sources des couleurs V10 – Parfums éclos d’une couvée
d’aurores V11 (c’est par elle que le jour se lève et que les couleurs et les parfums
existent
- Elle a une action purificatrice Le monde entier dépend de tes yeux purs V14
La femme est l’intermédiaire entre le poète et le monde
La femme est aussi le lieu de la « totalité », car elle synthétise 3 éléments :
Air : vent V7 – ciel V9 / Eau : rosée V6 - mer V9 / Feu : lumière V8 – astres V12
Et contient aussi le monde végétal : Feuilles – Mousses V6 – Roseaux V7 - Paille V12
Ainsi que le règne animal : Ailes V8 – Couvées V11
Et également les 3 sens représentés :
- La vue : couleurs V10 – champ lexical de la lumière lumière V8
- L’ouïe : bruits V10 = le regard de la femme rétablit le silence et le calme
- L’odorat : sourires parfumés V10 – parfums éclos V11
Le poète vit seulement à travers le regard de la femme aimée : « Et si je ne sais plus tout ce que
j’ai vécu/C’est que tes yeux ne yeux ne m’ont pas toujours vu ». Ce poème renverse la tradition
en matière de poésie, car traditionnellement, c’est la femme qui se met à exister au moment où
elle tombe amoureuse. Les V4 & 5 montrent une parfaite imbrication des deux êtres.
L’amour : L’amour par le biais de l’image de la femme valorisée et valorisante ; il y a un
renversement dans ce poème, car ce n’est plus la femme qui naît au monde en naissant à
l’amour, mais l’inverse, c’est le poète qui naît grâce à la femme aimée « Et si je ne sais plus
tout ce que j’ai vécu/C’est que tes yeux ne yeux ne m’ont pas toujours vu »
Ce poème est un chant du bonheur :
- Bonheur d’être deux (avec Gala) - Fusion jusqu’à la perte du sentiment de soi : tes yeux /
mon cœur V1 – Mon sang / leurs regards V15 ; ce dernier vers montre que la vie du poète est
happée par le regard de cette femme - La fusion est heureuse puisque on retrouve l’image du
cercle (microcosme, perfection) qui est aussi comme un cercle de protection.
- Lyrisme sobre : célébration de la femme exempte d’épanchement exaltée, les propos du
poète sont avant tout poétiques – il n’y a pas non plus de modalités exclamatives (=/ de
Baudelaire)

C. PUBLICATIONS
 Capitale de la douleur (1926) - La courbe de tes yeux est l'avant dernier du recueil. Placé sous le
signe de la joie d'aimer et du partage amoureux. - Les Dessous d’une vie (1926) - L’Amour la Poésie
(1929)

V) ANALYSE DU POEME LA COURBE DE TES YEUX


3 parties : éloge de la femme à partir de la courbe de ses yeux / bonheur de ce couple heureux /
ouverture sur le monde.

A. COMPOSITION (STRUCTURE)
Structure circulaire du poème qui suggère l’ondoiement (ondulation) du regard
Tout dans ce poème est ondoyant et cyclique : le v15 revient au v1
- Assonances en [ou] >> courbe (cf. vers 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 13, 15).
- Cette cadence circulaire est aussi marquée par la fantaisie des rimes souples comme une courbe.

B. SCHEMA METRIQUE
3 strophes de 5 vers (quintil)

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La poésie du XIXe au XXIe siècle

A la fois alexandrins classiques (2 groupes de 6 syllabes), décasyllabes et octosyllabes, comme si le


poète hésitait à choisir entre conventions poétiques traditionnelles et liberté prônée par le
surréalisme.
Pas de rimes véritables (quelques rimes plates tout au plus).
 1èr quintil : hétérométrique :
- 1V alexandrin
- 2V octosyllabique
- 3V / 4V : alexandrin
- 5V décasyllabique
- V1 - 2 : rime suivie
- V4- 5 : rime suivie
- V3 : isolé
 2ème quintil : décasyllabe
- V6 - 7 : rime suivie
- V8- 9 : rime défectueuse plus une homophonie (lumière/mer)
- V10 : isolé
 3ème quintil : décasyllabe
- Pas de rimes
- Allitération en « r »
Bilan : Type de vers - (1er quintil : alex/octos/alex/ décas/ - 2ème quintil : décas – 3ème quintil : décas)
Rime : ordre vers désordre (1er quintil : suivie/isolée/suivie – 2ème quintil : suivie/défectueuse/isolé – 3ème
quintil : pas de rimes)

C. RYTHME
- Phrases souvent construites sur des balancements (« Et si... c’est que... », « Comme le jour
dépend de... le monde entier dépend de... »)  impression de parallélisme
- Rimes rares, allitérations et assonances donnent une unité phonique : « danse > douceur >
jour > mousse > rosée > roseaux > chasseurs > sources des couleurs > paille des astres >
regards... »
- La nature (en particulier dans le 2ème quintil.

D. COMPOSITION (STRUCTURE)
Structure circulaire du poème qui suggère l’ondoiement (ondulation) du regard
Tout dans ce poème est ondoyant et cyclique : le v15 revient au v1
- Assonances en [ou] >> courbe (cf. vers 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 13, 15).
- Cette cadence circulaire est aussi marquée par la fantaisie des rimes souples comme une courbe.

ANALYSE LINEAIRE
1ère strophe
V1 La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
V2 Un rond de danse et de douceur,
V3 Auréole du temps, berceau nocturne et sûr
V4 Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu,
V5 C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Vers 1 La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,


La longueur du premier vers met l'accent sur les deux éléments les plus importants : les yeux et le cœur
(les sentiments), deux images très courantes chez Eluard et les surréalistes. Les yeux sont des ouvertures,
des fenêtres ouvertes sur le monde extérieur par lesquelles on observe l'essence des choses.
Assonances en [ou] autant de (sonorités sourdes), donne une certaine intimité
Vers qui allie le concret (« courbe de tes yeux ») et l’abstrait (« le tour de mon cœur ») et peut être
interprété à deux niveaux :
- Le regard de Gala remplit le cœur de bonheur
- Ce regard est assez enveloppant (puisqu’il « fait le tour ») pour abriter le cœur et l’âme (idée
confirmée par les vers 2 & 3 : « rond de danse, auréole, berceau »).
Champ lexical du cercle : courbe / tour V1 – rond de danse V2 – auréole / berceau V3

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La poésie du XIXe au XXIe siècle

- . On remarque un chiasme entre le vers 1 et 15 :


Chiasme : croisement, parallélisme inversé. Un couple d’éléments correspondant à un autre couple
d’éléments apparaît en sens inverse. Le chiasme souligne une opposition ou au contraire, un parallélisme :
Ma commère la Carpe y faisait mille tours / avec le brochet son compère
V1 courbe de tes yeux / tour de mon cœur – tout mon sang / leurs regards
En confrontant le 1er et dernier vers, on voit que la femme est qualifiée par son regard, l’homme par son
sang (le cœur renvoyant métaphoriquement au sang) « fait le tour » V1, connotant un enlacement, est
redoublé V15 par « coule »
Vers 2 Un rond de danse et de douceur,
Assonance [on] / [an] : évoque douceur – [d]
Vers 3 Auréole du temps, berceau nocturne et sûr
Eluard précise la fonction habituelle de l’œil que l'on ouvre à la naissance (auréole du temps) et que l'on
ferme la nuit (berceau nocturne)
L’auréole donne une symbolique divine au sujet, comme le berceau une connotation maternelle, infantile.
L’auréole montre une sacralisation de la femme
Vers 4 Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu,
Dès que le poète prend conscience du refuge crée par le regard de Gala, tout le passé dans lequel il n’a
pas connu Gala s’abolit (vers 4 & 5) Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu, C’est que tes yeux ne m’ont
pas toujours vu.
Vers 5 C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.
Lorsque les yeux de l'amant ne sont pas vus par ceux de la femme aimée, l'être est comme plongé dans
l'obscurité, comme aveugle sur lui-même et sur le monde

2ème strophe
V6 Feuilles de jour et mousses de rosée,
V7 Roseaux du vent, sourires parfumés,
V8 Ailes courant le monde de lumière
V9 Bateaux chargés du ciel et de la mer,
V10 Chasseurs de bruits et sources des couleurs,

Le second quintil est une longue juxtaposition de groupes nominaux qui montrent des éléments de l’œil et
d'éléments naturels, les cils comparés à des roseaux, les paupières assimilées à des feuilles ou à des ailes
protectrices et un bateau par la forme générale en amande des yeux.
Métaphores : invitation au rêve : les yeux invitent à rêver à ce que le monde a de plus doux.
La deuxième strophe introduit également un autre thème important dans l’écriture d’Eluard, celui de la
nature. Les quatre éléments sont représentés, la terre dans les feuilles et la mousse, l’eau dans la mer, le
feu dans le jour et la lumière, et l’air dans le vent et le ciel. De plus, cette strophe mélange habilement les
images de la nature, les couleurs et la lumière
Vers 6 Feuilles de jour et mousses de rosée,
Métaphore Feuilles de jour : ce sont les paupières qui s'ouvrent le matin au réveil, au lever du jour.
Métaphore Mousse de rosée : l'humidité des yeux, les larmes
Vers 7 Roseaux du vent, sourires parfumés,
Métaphore Roseau du vent : les cils
Synestésie sourires parfumés : le bonheur se voit dans le regard, association des sens : vue & odorat –
marque la féminité
Vers 8 Ailes couvrant le monde de lumière
Les paupières de la femme sont comme des ailes – paradoxe : ces ailes ne font pas de l’ombre, ce qui
serait logique, mais couvrent le monde de lumière
Métaphore
Vers 9 Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Métaphore Bateaux chargés du ciel : chez Eluard, les yeux ont souvent la forme d'amandes et par
extension, celle de la coque d’un bateau
Le ciel et la mer suggère que la femme a les yeux bleus et exprime symboliquement le fait qu’elle
contient le monde en elle – ciel (haut) / mer (bas) sont deux éléments essentiels à la vie
Vers 10 Chasseurs de bruits et sources des couleurs,
Métaphore Chasseurs de bruit : les paupières se ferment au moindre bruit.

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La poésie du XIXe au XXIe siècle

3ème strophe
V11 Parfums éclos d’une couvée d’aurores
V12 Qui gît toujours sur la paille des astres,
V13 Comme le jour dépend de l’innocence
V14 Le monde entier dépend de tes yeux purs
V15 Et tout mon sang coule dans leurs regards

Vers 11 Parfums éclos d’une couvée d’aurores


Thème de la nature, de la naissance – aurores : pureté (sens évoqué : odorat)
Vers 12 Qui gît toujours sur la paille des astres,
Référence chrétienne – adverbe d’intensité « toujours », emblématique des amoureux
Vers 13 Comme le jour dépend de l’innocence
Vers 13-14 : élargissement au monde, message moral : comme les yeux de Gala sont purs, le monde
entier qui s’y reflète peut retrouver l’innocence...
Vers 14 Le monde entier dépend de tes yeux purs
Le regard de l’amante a un pouvoir révélateur, il fait apparaître le monde (« Le monde entier dépend de
tes yeux purs »). Faire un rapprochement avec Baudelaire A une passante : la femme est aussi dotée d’un
pouvoir, celui de ressusciter le passé, et son corps relie l’homme à lui-même, et à ses souvenirs.
Vers 15 Et tout mon sang coule dans leurs regards
Echo approfondi du V1, le sang reprenant le cœur, le « Je » du poète

CONCLUSION
Le poème La courbe de tes yeux chante les yeux d'une femme mais qui ne se limite pas qu'au sens
physique. L’œil de la femme aimée n’est pas simplement un organe visuel, il a un rôle tout aussi
important, celui d’être un refuge et un principe de vie pour le poète.
Ce poème est un chant serein, magnifiant un amour épanoui et réciproque.

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