Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 1
Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris
Cours Matériaux pour l’Ingénieur
Année Scolaire 2005-2006
Examen. Durée : 3 heures avec documents
I/ Quelques comportements des polymères à différentes échelles
I.1 La pelote statistique
a- On considère une chaîne isolée de polyéthylène linéaire (PE) contenant N = 10 000
segments C–C (et donc, en première approximation, N = 10 000 groupements CH2). Par
rapport au segment précédent chaque segment peut occuper trois positions sur le cône de
valence, qui définissent trois conformations locales ou conformères (anti ou trans, gauche+,
gauche -). Ces trois positions sont supposées équiprobables.
1. Quel est le nombre de conformations globales accessibles à la chaîne ?
2. En déduire l’entropie de la chaîne.
3. Exprimer cette entropie par mole de maillon C–C. On donne la constante des gaz
parfaits R = 8,314 J mol-1 K-1.
b- L’ensemble des conformations globales de la molécule définit la pelote statistique.
1. Calculer son rayon de giration. N = 10 000, CN = 6, longueur du segment C-C b=
0,154 nm.
2. Comparer la valeur obtenue à l’ordre de grandeur de l’épaisseur des lamelles
cristallines.
3. Quelle est la masse volumique de la pelote statistique ? Quelle conclusion en tire-t-on
sachant que la masse volumique du polymère fondu est de l’ordre de 0,8 g/cm3. On
donne les masses atomiques C=12 g, H=1 g, le nombre d’Avogadro NA= 6,022 10 23.
4. Quel est alors le rayon de giration dans le polymère fondu ?
5. Quel est l’effet d’un écoulement ou d’un étirage du polymère fondu sur la pelote
statistique et le nombre de conformations ? Quelle est la situation extrême ?
Fig. 1
2 Matériaux pour l’ingénieur
I.2 L’élasticité caoutchoutique
Dans l’expérience de la figure 1, deux rubans de caoutchouc naturel sont tendus et accrochés
entre les extrémités d’un cadre support et une aiguille mobile autour d’un axe. Si l’on chauffe
avec une flamme le ruban de gauche, l’aiguille va-t-elle s’incliner à droite ou à gauche ?
Justifier le résultat.
I.3 Le polymère solide
a- On considère qu’un polymère semi-cristallin est un mélange d’une phase cristalline de
module d’élasticité Ec et d’une phase amorphe de module d’élasticité Ea. Par analogie avec les
composites, bâtir deux modèles simples permettant de calculer le module d’élasticité de ce
polymère à partir de Ec, Ea et du taux de cristallinité en volume αc.
b- Analyser brièvement la pertinence de ces modèles, en tenant compte de
- la structure des cristaux polymères ;
- l’organisation des cristaux et de la phase amorphe. Y a-t-il un seul type de phase amorphe ?
- la morphologie sphérolitique.
II/ Morphologie semi-cristalline du polybutène
Le polybutène-1 isotactique est un polymère vinylique dont l’unité constitutive est
- CH2-CH-
|
C2H5
II.1 Morphologie finale
Un film de polybutène d’épaisseur 150 µm a été préparé par refroidissement lent à partir de
l’état fondu. La morphologie de cet échantillon est observée à la température ambiante par
microscopie optique entre polariseur et analyseur croisés (Fig. 2).
Fig. 2. Morphologie d’un film de polybutène après un refroidissement lent.
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 3
a- Expliquer brièvement ce que l’on voit sur cette micrographie.
b- Des préparations similaires ont été effectuées sur d’autres films selon 6 protocoles
différents indiqués sur la figure 3. Pour chaque condition, on observe la préparation par
microscopie optique, d’où l’on tire la mesure du diamètre moyen des sphérolites, Ds. Par
ailleurs, dès la fin du refroidissement, on a mesuré par calorimétrie l’enthalpie de fusion ∆Hf.
Les résultats ont également été reportés sur la figure 3.
Quelle est l’influence de la vitesse de refroidissement sur la taille des sphérolites et le taux de
cristallinité ? L’enthalpie de fusion théorique du polybutène 100% cristallin est 18 cal/g.
Interpréter brièvement ces résultats à l’aide des concepts présentés dans le cours.
Fig. 3. Caractéristiques morphologiques d’échantillons de polybutène cristallisés dans 6
conditions différentes.
II 2 Observation de la croissance cristalline
Un autre film de polybutène de 150 µm d’épaisseur a été fondu entre deux lames de verre à
200°C puis transféré très rapidement sur la platine chauffante à 80°C d’un microscope optique
en transmission muni d’un polariseur et d’un analyseur croisés. Des photos ont ainsi été prises
au cours de ce maintien à 80°C à des temps successifs de 40 s (Fig. 4a), 80 s (Fig. 4b) et 120 s
(Fig.4c). On notera qu’au temps t = 0 s, l’image était uniformément noire.
a- Décrire brièvement ce que l’on voit sur ces micrographies en termes de mécanismes de
cristallisation.
b- Par définition, la vitesse de croissance radiale d’un sphérolite est G(t) = dr(t)/dt où r(t) est
la valeur du rayon du sphérolite à l’instant t. C’est une constante à une température de
cristallisation donnée.
1. Vérifier cette dernière affirmation en mesurant la vitesse de croissance de trois sphérolites
observés sur les micrographies.
2. Quelle est la frontière de deux sphérolites apparus en même temps : observation et calcul.
3. Quelle est la frontière de deux sphérolites apparus à des instants différents : observation et
calcul.
4 Matériaux pour l’ingénieur
Fig. 4. Observations de la solidification d’un film de polybuténe à 80 °C.
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 5
c- Dans quelle mesure peut-on dire que la germination est essentiellement hétérogène ?
d- La théorie d’Avrami donne une expression de la fraction volumique de polymère
transformée en sphérolites sous la forme générale :
α(t) = 1 – exp [-α’(t)]
où α’(t) serait la fraction volumique que l’on obtiendrait si les sphérolites pouvaient
apparaître et croître sans contrainte, indépendamment les uns des autres.
1. On calculera α(t) avec les hypothèses simplificatrices suivantes : les sphérolites sont des
sphères qui apparaissent instantanément à partir de N0 germes répartis dans le volume V de
l’échantillon. Leur vitesse de croissance est constante. Critiquer ces hypothèses.
2. Prédire à l’aide du modèle d’Avrami au bout de quel temps la cristallisation du matériau
sera achevée à 99%. On utilisera les valeurs des paramètres déterminées à partir des
expériences.
III/ La dure vie d’un alliage d’aluminium
De nombreux alliages d’aluminium sont élaborés, des alliages corroyés (servant à produire
des pièces par mise en forme de demi-produits) et des alliages de fonderie (solidifiés dans leur
forme quasi-définitive). Parmi les alliages corroyés, on distingue les nuances trempantes,
c’est-à-dire à durcissement structural, et les nuances non trempantes.
III.1/ Donner un exemple d’une nuance à durcissement structural et d’un traitement thermique
industriel associé.
III.2/ Au cours de la déformation plastique d’un alliage à durcissement structural, quels sont
les deux mécanismes principaux de franchissement des secondes phases créées ?
Les tôles d’aluminium utilisées classiquement pour réaliser des pièces de structures
automobiles par emboutissage sont les familles 5000 (Al-Mg) et 6000 (Al-Mg-Si). Ces
nuances sont les plus adaptées aux applications automobiles quant aux exigences de mise en
forme, d’aspect pour les pièces apparentes, de résistance à la corrosion, de rigidité pour les
pièces de renfort et également de coût.
Nous nous intéressons dans la suite de cette exercice à la série d’alliages 5000, Aluminium-
Magnésium, qui ne sont pas trempants, mais durcis par écrouissage.
Le diagramme d’équilibre Al-Mg est donné à la figure 5.
6 Matériaux pour l’ingénieur
Figure 5 : Diagramme d’équilibre Al-Mg
III.3/ Que se passe-t-il pour un mélange de composition Al-1%Mg au cours d’un
refroidissement quasi-statique depuis l’état liquide (on précisera les températures et les états
associés) ?
III.4/ Pourquoi la température de fin de solidification sera-t-elle plus basse dans la pratique ?
La figure 6 présente une image de la structure de solidification de cet alliage
Figure 6 : Microstructure de solidification
III.5/ Avec quelle technique d’observation l’image de la figure 6 a-t-elle été obtenue ?
On y distingue deux familles de grains.
III.6/ Expliquer la cinétique de croissance des grains de chacune de ces familles.
III.7/ Chaque grain de la figure 6 présente-t-il une composition chimique homogène ?
Pourquoi ?
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 7
III.8/ Indiquer une technique qui permettrait de mesurer l’orientation cristallographique de
chacun des grains ?
***
On déforme ensuite à froid ce matériau (écrouissage de ε = 1) et on obtient une structure
présentée à la figure 7.
Figure 7 : Microstructure d’un état déformé
La mesure de la contrainte d’écoulement est obtenue en compression (Figure 8).
250
200
Contrainte équivalente (MPa)
150
100
50
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Déformation équivalente
Figure 8 : Courbe contrainte-déformation (courbe lissée)
III.9/ Estimer, à 15 % près, le travail à fournir pour déformer ce matériau jusqu’à ε = 1, par
unité de volume.
III.10/ Comment se répartit l’énergie dissipée lors de cette déformation ?
***
On effectue un traitement thermique à 300°C pendant 5 minutes et 30 minutes sur des
échantillons déformés de ε = 1 (Figures 9 et 10).
III.11/ Expliquer la présence d’une nouvelle famille de grains. Quelle loi pourrait-on utiliser
pour représenter modéliser cette cinétique de formation de nouveaux grains ?
8 Matériaux pour l’ingénieur
Figure 9 : Microstructure après déformation de 1 à froid, et traitement thermique à 300°C
pendant 5 minutes
Figure 10 : Microstructure après déformation de 1 à froid, et traitement thermique à 300°C
pendant 30 minutes
On effectue ensuite un traitement thermique identique sur des échantillons ayant subi des taux
d’écrouissage différents (c’est-à-dire différents niveaux de déformation) et on mesure la taille
moyenne des grains après recristallisation complète à une température donnée T1. Les valeurs
sont données dans le tableau ci-dessous :
Taux d’écrouissage Taille des grains recristallisés (µm)
0,05 Pas de recristallisation
0,1 Pas de recristallisation
0,2 Pas de recristallisation
0,3 150
0,4 98
0,5 72
0,6 48
0,8 41
0,9 39
1 35
1,1 32
1,2 30
III.12/ Tracer la courbe de la taille des grains recristallisés en fonction du taux d’écrouissage
et expliquer la notion de déformation critique. Quel est l’ordre de grandeur de cette
déformation critique ?
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 9
Une tôle emboutie à partir d’un flan plat présentera une géométrie respectant le design, si bien
que la déformation induite par l’emboutissage sera hétérogène. Les pièces industrielles
peuvent présenter des formes complexes qui nécessitent plusieurs opérations avec différents
outils.
III.13/ Si l’on souhaite redonner une certaine ductilité au matériau dans certaines zones de la
pièce - pour des opérations de finition ultérieures, par exemple -, quel traitement thermique
peut-on préconiser (Température à retenir comparativement à T1 pour un traitement
thermique et/ou déformation locale subie par le matériau lors de la première mise en forme
avant ce traitement thermique) ?
III.14/ Après la durée de vie du véhicule, le matériau pourrait être recyclé. Donner un
exemple d’une pièce (d’un autre secteur industriel) dans laquelle ce métal pourrait se
réincarner.
*****
________________________________________________________________________
10 Matériaux pour l’ingénieur
Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris
Cours Matériaux pour l’Ingénieur
Année Scolaire 2005-2006
Corrigé
I/ Quelques comportements des polymères à différentes échelles
I.1 La pelote statistique
a-
4. W = 3N-1.
5. S = k ln W = k (N-1) ln 3. ~ k N ln 3.
6. Par mole de maillon, s = S NA / N = R ln 3 = 9,134 J mol-1 K-1.
b-
6. <s2> = (1/6) CN N b2 = N b2, d’où <s2>1/2 = b N1/2 = 15,4 nm.
7. C’est le même ordre de grandeur.
140000
8. ρ = = 0,015g / cm 3 .
4
6,022 .10 23 × π (15,4.10 −7 ) 3
3
Les chaînes macromoléculaires sont donc fortement imbriquées pour obtenir la densité du
fondu.
9. C’est le même.
10. Les macromolécules vont être étirées et orientées par l’écoulement (cf. image du plat
de spaghettis). La pelote statistique n’est plus isotrope. Le nombre de conformations
accessibles diminue. La situation extrême est celle où la chaîne est complètement
étendue, en zig-zag planaire.
I.2 L’élasticité caoutchoutique
Les rubans de caoutchouc sont tendus, ce qui étire les macromolécules dans le sens de la
sollicitation et diminue le nombre de conformations (cf. I.1b5). Si l’on chauffe le ruban de
gauche, celui-ci va vouloir revenir à son état d’équilibre, caractérisé par des chaînes en
pelotes statistiques. Il en résulte une diminution de l’allongement élastique du ruban de
gauche. L’aiguille va donc s’incliner à gauche.
I.3 Le polymère solide
a- Les deux bornes E1 (Kelvin-Voigt) et E2 (Reuss) sont données par :
E 1 = α c E c + (1 − α c )E c
1 α (1 − α c )
= c +
E2 Ec Ec
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 11
b- Commentaires :
- les cristaux polymères sont anisotropes, d’où des modules différents selon les trois
directions a, b, c de la maille cristalline ;
- ces modèles sont compatibles avec une organisation en lamelles cristallines séparées par de
la phase amorphe, et peuvent même être utilisés pour prendre en compte la variation de
l’orientation des lamelles par rapport à la direction de sollicitation, à l’intérieur d’un
sphérolite ;
- cependant, ils ne tiennent pas compte des interactions entre phase amorphe et phase
cristalline. Il existe en effet une phase amorphe « libre » et une phase amorphe « liée » à la
phase cristalline, qui joue un rôle important dans le comportement mécanique.
.
II/ Morphologie semi-cristalline du polybutène
II.1 Morphologie finale
a- La figure 2 montre une morphologie sphérolitique typique. Un sphérolite est un agrégat
polycristallin constitué de cristallites radiales, séparées par de la phase amorphe, qui croissent
à partir d’un centre pour occuper l’espace offert. A trois dimensions, il a la symétrie
sphérique. En deux dimensions, par exemple dans certains cas de cristallisation entre lame et
lamelle de verre, il a une symétrie cylindrique (sphérolite disque).
Le contour sphérique circulaire se maintient jusqu’à la rencontre avec d’autres sphérolites. Il
se développe alors des frontières, qui donnent au sphérolite le contour polygonal observé Fig.
2, et qui seront étudiées en II.2.
Les sphérolites ont des propriétés optiques particulières. On voit l’une d’entre elles sur la
figure 2 : la croix de Malte.
b- Lorsque l’on passe de 5 à 1, la vitesse de refroidissement augmente et
- la taille des sphérolites diminue, ce qui est dû à l’augmentation du nombre de germes.
- l’enthalpie de fusion et donc le taux de cristallinité, xc = ∆Hf /∆Hf0, diminuent : 51,1% (5) ;
48,3% (4) ; 42,2% (3) ; 37,2% (2) ; 36,7 % (1). Lorsque la vitesse de refroidissement
augmente, les molécules ont moins de temps pour s’organiser.
II.2 Observation de la croissance cristalline
a- La figure 4 montre les mécanismes élémentaires de la cristallisation : apparition de
sphérolites (phase de germination) et développement de ces sphérolites (phase de croissance)
jusqu’à la rencontre avec d’autres sphérolites et développement de frontières.
b-
1. La vitesse de croissance de trois sphérolites observés sur les micrographies a été mesurée
partir de l’accroissement de leur diamètre entre deux temps d’observation. Sur la figure 1,6
cm = 20 µm.
12 Matériaux pour l’ingénieur
1 1,45 − 0,65 20
G1 = = 0,125µm / s
2 80 − 40 1,6
1 1,55 − 0,7 20
G2 = = 0,133µm / s
2 40 1,6
1 1,65 − 0,8 20
G3 = = 0,133µm / s
2 40 1,6
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 13
La vitesse de croissance est bien constante, aux fluctuations de mesure près. Nous prendrons
la valeur moyenne G= 0,130 µm/s.
2. Frontière de deux sphérolites apparus en même temps : on observe que la frontière entre
deux sphérolites de même taille est rectiligne. Au front de croissance, un point de la frontière
en formation est situé à égale distance des centres des deux sphérolites, et appartient donc à la
médiatrice du segment les joignant.
3. Frontière de deux sphérolites apparus à des instants différents : la frontière entre deux
sphérolites de taille différente est curviligne. Considérons deux sphérolites apparus à des
instants différents t1 et t2 (t1<t2). A l’instant t, un point de la frontière en formation est situé à
une distance R1 = G (t-t1) du centre du premier sphérolite et à une distance R2 = G (t-t2) du
centre du second. R1-R2 = G (t2-t1) = constante, ce qui définit un arc d’hyperbole.
c- On peut dire que la germination est essentiellement hétérogène, car une grande partie des
sphérolites est apparue au début de la cristallisation. Ceci n’est toutefois qu’une
approximation. On dénombre ainsi 24 sphérolites à 40 s, 34 à 80 s, et 36 ou 37 à 120 s.
d-
4π N 0 3 3
1. α ′(t ) = Gt
3 V
La germination n’est pas parfaitement instantanée. La vitesse de croissance est bien constante,
mais l’hypothèse d’une croissance parfaitement 3D peut être discutée du fait de la géométrie
des échantillons.
2. Un taux de transformation de 99% est atteint pour un temps t défini par :
4π N 0 3 3
0,99 = 1 − exp − Gt
3 V
4π N 0 3 3
ln100 = Gt
3 V
1/ 3
3V ln 100
t =
3
4πN 0G
V est le volume de la préparation : V = 11 925 × 150 = 1 788 750 µm3. Comme la
germination n’est pas purement instantanée, nous avons fait deux calculs, avec N0 = 24 (t = 40
s) et N0 = 36 (t = 120 s), ce qui donne : 292 ≤ t ≤ 334 s.
III/ La dure vie d’un alliage d’aluminium
De nombreux alliages d’aluminium sont élaborés, des alliages corroyés (servant à produire
des pièces par mise en forme de demi-produits) et des alliages de fonderie (solidifiés dans leur
forme quasi-définitive). Parmi les alliages corroyés, on distingue les nuances trempantes,
c’est-à-dire à durcissement structural, et les nuances non trempantes.
14 Matériaux pour l’ingénieur
III.1/ Donner un exemple d’une nuance à durcissement structural et d’un traitement thermique
industriel associé.
Alliages d’aluminium à durcissement structural : séries 2000 (Al-Cu et Al-Cu-Mg), 6000
(Al-Mg-Si) , 7000 (Al-Zn-Mg et Al-Zn-Mg-Cu).
Exemple TD XX (Traitements thermiques) : 2024. Traitement thermique : mise en solution
à haute température (env. 500 °C), trempe (à l’eau par exemple), maturation à l’ambiante,
revenu de plusieurs heures à une température mi-chaud (par exemple 200 °C).
III.2/ Au cours de la déformation plastique d’un alliage à durcissement structural, quels sont
les deux mécanismes principaux de franchissement des secondes phases créées ?
Précipités = obstacles au déplacement des dislocations
cf Chapitre XIX (Durcissement et renforcement des matériaux) : deux mécanismes en
compétition, le contournement (mécanisme d’Orowan), et le cisaillement des précipités.
Les tôles d’aluminium utilisées classiquement pour réaliser des pièces de structures
automobiles par emboutissage sont les familles 5000 (Al-Mg) et 6000 (Al-Mg-Si). Ces
nuances sont les plus adaptées aux applications automobiles quant aux exigences de mise en
forme, d’aspect pour les pièces apparentes, de résistance à la corrosion, de rigidité pour les
pièces de renfort et également de coût.
Nous nous intéressons dans la suite de cette exercice à la série d’alliages 5000, Aluminium-
Magnésium, qui ne sont pas trempants, mais durcis par écrouissage.
Le diagramme d’équilibre Al-Mg est donné à la figure 5.
Figure 5 : Diagramme d’équilibre Al-Mg
III.3/ Que se passe-t-il pour un mélange de composition Al-1%Mg au cours d’un
refroidissement quasi-statique depuis l’état liquide (on précisera les températures et les états
associés) ?
T > 650°C : alliage à l’état liquide
T ~ 650°C : début de la solidification
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 15
630<T<650°C : domaine biphasé liquide + phase solide riche en Al (α)
T ~ 630°C : fin de la solidification (en supposant une descente en température quasi-
statique)
T< 630°C : une phase solide (α)
III.4/ Pourquoi la température de fin de solidification sera-t-elle plus basse dans la pratique ?
La diffusion est loin d’être instantanée dans la phase solide, si bien que les premiers
cristaux solidifiés conserveront quasiment leur composition chimique de début de
solidification. Lorsque la température continue de descendre, la solidification progresse et
les nouveaux cristaux solides possèdent une composition chimique donnée par la ligne de
solidus d’un diagramme à l’équilibre. Les domaines solides présentent donc un gradient de
composition chimique, et la ligne de solidus réelle, hors équilibre, est obtenue en
considérant la composition moyenne du volume solide. Cette ligne de solidus est décalée
par rapport à celle d’un diagramme d’équilibre. Et ce décalage induit une température de
fin de solidification plus basse. Se rapporter au TD XII (Solidification)
La figure 6 présente une image de la structure de solidification de cet alliage
Figure 6 : Microstructure de solidification
III.5/ Avec quelle technique d’observation l’image de la figure 6 a-t-elle été obtenue ?
En microscopie optique.
On y distingue deux familles de grains.
III.6/ Expliquer la cinétique de croissance des grains de chacune de ces familles.
Le refroidissement se produit à partir des parois verticales (gauche et droite de l’image),
donc suivant un gradient de température horizontal. Chaque grain est constitué de
dendrites d’axes primaires parallèles. On identifie :
- des grains colonnaires (horizontaux et allongés) croissant vers le centre (germination sur
les parois) à partir des deux parois latérales
- des grains équiaxes (quasi-sphériques) dans la bande centrale (germination au cœur de la
pièce et croissance radiale)
16 Matériaux pour l’ingénieur
III.7/ Chaque grain de la figure 6 présente-t-il une composition chimique homogène ?
Pourquoi ?
Cf question III.4. Chaque grain est constitué de dendrites dont les axes primaires sont
parallèles. C’est le résultat de la solidification à partir d’un germe. On obtient, comme
expliqué ci-dessus à la question III.4, des gradients de composition chimique lors de la
solidification, i.e. une ségrégation mineure (par opposition à la ségrégation majeure à
l’échelle de la pièce solidifiée complète).
III.8/ Indiquer une technique qui permettrait de mesurer l’orientation cristallographique de
chacun des grains ?
Par diffraction, par exemple, d’électrons rétro-diffusés (EBSD), ou de rayons X.
***
On déforme ensuite à froid ce matériau (écrouissage de ε = 1) et on obtient une structure
présentée à la figure 7.
Figure 7 : Microstructure d’un état déformé
La mesure de la contrainte d’écoulement est obtenue en compression (Figure 8).
250
200
Contrainte équivalente (MPa)
150
100
50
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Déformation équivalente
Figure 8 : Courbe contrainte-déformation (courbe lissée)
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 17
III.9/ Estimer, à 15 % près, le travail à fournir pour déformer ce matériau jusqu’à ε = 1, par
unité de volume.
Travail pour effectuer la déformation plastique = Aire sous la courbe estimée par l’aire du
trapèze (0 ;0) (1;0) (1;200) (0;100) soit environ 150 J/m3
III.10/ Comment se répartit l’énergie dissipée lors de cette déformation ?
Auto-échauffement pour environ 90 %, création de défauts et évolution de la
microstructure pour le reste.
***
On effectue un traitement thermique à 300°C pendant 5 minutes et 30 minutes sur des
échantillons déformés de ε = 1 (Figures 9 et 10).
III.11/ Expliquer la présence d’une nouvelle famille de grains. Quelle loi pourrait-on utiliser
pour représenter modéliser cette cinétique de formation de nouveaux grains ?
Germination et croissance de nouveaux grains (présentant une orientation
cristallographique propre) à l’état solide qui peut être modélisée, par exemple, à l’aide de la
loi d’Avrami (cf Chapitre XII) avec une croissance gouvernée par la diffusion.
Figure 9 : Microstructure après déformation de 1 à froid, et traitement thermique à 300°C
pendant 5 minutes
Figure 10 : Microstructure après déformation de 1 à froid, et traitement thermique à 300°C
pendant 30 minutes
On effectue ensuite un traitement thermique identique sur des échantillons ayant subi des taux
d’écrouissage différents (c’est-à-dire différents niveaux de déformation) et on mesure la taille
18 Matériaux pour l’ingénieur
moyenne des grains après recristallisation complète à une température donnée T1. Les valeurs
sont données dans le tableau ci-dessous :
Taux d’écrouissage Taille des grains recristallisés (µm)
0,05 Pas de recristallisation
0,1 Pas de recristallisation
0,2 Pas de recristallisation
0,3 150
0,4 98
0,5 72
0,6 48
0,8 41
0,9 39
1 35
1,1 32
1,2 30
III.12/ Tracer la courbe de la taille des grains recristallisés en fonction du taux d’écrouissage
et expliquer la notion de déformation critique. Quel est l’ordre de grandeur de cette
déformation critique ?
160
Taille moyenne des grains (mm)
140
Pas de recristallisation
120
100
80
Restauration
60
40
20
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1 1,1 1,2 1,3
Déformation à froid avant traitement thermique
Déformation critique εc comprise entre 0,2 et 0,3.
Une tôle emboutie à partir d’un flan plat présentera une géométrie respectant le design, si bien
que la déformation induite par l’emboutissage sera hétérogène. Les pièces industrielles
peuvent présenter des formes complexes qui nécessitent plusieurs opérations avec différents
outils.
III.13/ Si l’on souhaite redonner une certaine ductilité au matériau dans certaines zones de la
pièce - pour des opérations de finition ultérieures, par exemple -, quel traitement thermique
peut-on préconiser (Température à retenir comparativement à T1 pour un traitement
thermique et/ou déformation locale subie par le matériau lors de la première mise en forme
avant ce traitement thermique) ?
Examen Matériaux 2006 (Enoncé et corrigé) 19
Si déformation locale supérieure à εc, traitement thermique à une température supérieure
ou égale à T1.
Si déformation locale inférieure à εc, recristallisation pas garantie même à une
température supérieure à T1… autres essais de déformation - traitements thermiques
nécessaires pour affiner la connaissance du matériau.
III.14/ Après la durée de vie du véhicule, le matériau pourrait être recyclé. Donner un
exemple d’une pièce (d’un autre secteur industriel) dans laquelle ce métal pourrait se
réincarner.
En une pièce pour l’aéronautique ou l’emballage (canette, bol Guy Degrenne). Ma foi, pas
si désagréable de se réincarner ainsi …
*****