Introduction aux Espaces Vectoriels
Introduction aux Espaces Vectoriels
6 Espaces Vectoriels
Sommaire
6.1 Espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
6.2 Exemples fondamentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
6.3 Sous-espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
6.4 Espace vectoriel de type fini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
6.5 Sommes et intersections de sous-espaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
6.6 Opérations élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
L’ensemble des vecteurs du plan, l’ensemble des vecteurs de l’espace, l’ensemble des fonctions,
l’ensemble des suites, l’ensemble des polynômes, l’ensemble des matrices,..., sont des ensembles très
différents mais pourtant qui partagent des propriétés communes. Par exemple, on peut additionner deux
vecteurs du plan, et aussi multiplier un vecteur par un réel. Mais on peut aussi additionner deux fonctions,
ou multiplier une fonction par un réel. Même chose avec les suites, les polynômes, les matrices,... La
notion d’espace vectoriel est une structure fondamentale des mathématiques modernes qui cherche à
dégager les propriétés communes que partagent ces ensembles pourtant très différents afin d’obtenir
des théorèmes généraux qui s’appliqueront aussi bien aux vecteurs du plan, de l’espace, aux espaces de
fonctions, aux suites, aux polynômes, aux matrices,...
(E, +) muni des axiomes À à Â est appelé groupe (additif) et muni des axiomes À à Ã est appelé
groupe commutatif.
Vocabulaire 6.1. + Les éléments de E sont appelés les vecteurs et ceux de K les scalaires.
+ La loi interne est appelée l’addition (vectorielle) et la loi externe la multiplication (scalaire).
+ L’élément neutre 0E de la loi interne est appelé vecteur nul.
Preuve. Exercice.
Remarque 6.1. Le point à de la Proposition 6.1 nous permet de simplifier la notation : d’ores en
avant nous indiquerons l’oppose d’un vecteur u par −u et non plus par uop . Quand cela ne posera pas
d’ambiguïté, nous supprimerons également les indices dans les symboles des opérations « +E » et « ·E »,
qui deviendrons simplement « + » et « · ».
Remarque 6.2. L’espace nul est le seul espace vectoriel réel n’ayant qu’un nombre fini d’éléments.
En fait, Si E est un espace vectoriel non nul, E contient un vecteur u 6= 0E , donc E contient tous les
éléments αu, α ∈ R. Ces éléments sont tous différents, par le dernier point de la Proposition 6.1. E a
donc une infinité d’éléments.
Les indices du coefficient aij indiquent qu’il se trouve sur la i−eme ligne et j−eme colonne de la
matrice. Si m = n on dira que la matrice est carrée. L’entier n est alors appelé l’ordre de la matrice.
Soit M (m × n, R) l’ensemble de toutes les matrices à m lignes et n colonnes. L’addition et l’action
scalaire sont définies composante par composante :
a11 a12 · · · a1n b11 b12 · · · b1n a11 + b11 a12 + b12 ··· a1n + b1n
a21 a22 · · · a2n b21 b22 · · · b2n a21 + b21 a22 + b22 ··· a2n + b2n
+ .. =
. .. .. .. .. .. .. ..
.
. . . . . . . . .
am1 am2 · · · amn bm1 bm2 · · · bmn am1 + bm1 am2 + bm2 · · · amn + bmn
6.3.1 Définition
Définition 6.2
Soit E un K−espace vectoriel. Une partie F de E est un sous-espace vectoriel de E si :
À OE ∈ F ;
Á pour tout u,v ∈ F , u + v ∈ F ;
 pour tous λ ∈ K et u ∈ F , λ · u ∈ F .
Vocabulaire 6.2. + L’axiome Á de la définition signifie que F est stable pour l’addition.
+ L’axiome  de la définition signifie que F est stable pour la multiplication par un scalaire.
Au lieu de montrer l’axiome À de la définition, on peut juste montrer que F est non vide.
Exercice de cours 6.1
Montrer que P = {(x,y) ∈ R2 ; x − y = 0} est un sous-espace vectoriel de R2 .
Solution
Théorème 19 –
Soient E un K−espace vectoriel et F un sous-espace vectoriel de E. Alors F est lui-même un
K−espace vectoriel pour les lois induites par E.
Preuve. Exercice.
Définition 6.3 Combinaison linéaire
Soit {u1 ,...,un } une famille de vecteurs d’un espace vectoriel E sur K. On dit qu’un vecteur u de E
est une combinaison linéaire des ui s’il existe une famille de scalaires {α1 ,...,αn } telle que
n
P
u= αi ui .
i=1
Exemple 6.1. Tout vecteur de Rn s’écrit comme combinaison linéaire des vecteurs
Donc he1 , e2 , . . . , en i = Rn .
Exemple 6.2. Tout polynôme de R[X] s’écrit comme combinaison linéaire des polynômes 1, X, X 2 , X 3 , . . ..
Donc
h1, X, X 2 , X 3 , . . .i = R[X].
Exemple 6.3. Tout polynôme de l’ensemble Rn [X] des polynômes de degré au plus n, s’écrit comme
combinaison linéaire des polynômes 1, X, X 2 , . . . , X n . Donc
h1, X, X 2 , . . . , X n i = Rn [X].
Exemple 6.4. Dans l’espace M (m × n, R), soit Eij la matrice dont tous les coefficients sont nuls sauf
celui qui se trouve sur la i−eme ligne et la j−eme colonne est égal à 1. Toute matrice A ∈ M (m × n, R)
Xm Xn
s’écrit comme combinaison linéaire A = aij Eij . Donc
i=1 j=1
Dans le cas contraire, on dit que la famille est liée ou que les vecteurs sont linéairement dépendants.
Exemple 6.5. Les deux vecteurs (1, −1, 0) et (0, 1, −1) sont libres, alors que les trois vecteurs (1, −1, 0),
(0, 1, −1) et (1, −2, 1) sont lies, car on peut écrire (0, 0, 0) = −(1, −1, 0) + (0, 1, −1) + (1, −2, 1). On
en déduit une relation qui lie ces trois vecteurs : (1, −1, 0) = (0, 1, −1) + (1, −2, 1).
Proposition 6.2. À Toute sous-famille non vide d’une famille libre est une famille libre.
Á Une famille {u1 ,...,un } est liée si et seulement si, l’un de ses éléments est combinaison linéaire
des autres.
Remarque 6.3. Deux vecteurs v1 et v2 sont liés si et seulement si ils sont proportionnels, c’est a dire
que l’un est multiple de l’autre.
Ce résultat ne peut pas être généralisé à plus de deux vecteurs.
Proposition 6.3. Les vecteurs v1 , . . . , vk sont libres si et seulement si tout v ∈ hv1 , . . . , vk i s’écrit de
façon unique comme combinaison linéaire de v1 , . . . , vk .
Proposition 6.4. Toute sur-famille d’une famille génératrice est une famille génératrice.
6.4.3 Base
Définition 6.6 espace vectoriel de type fini
On dira qu’un espace vectoriel E est de type fini si il existe un sous-ensemble
fini S ⊆ E tel que E = hSi.
L’Exemple 6.1, l’Exemple 6.3 et l’Exemple 6.4 montrent que les espaces vectoriels Rn , Rn [X] et
M (m × n, R) sont de type fini. Par contre, l’Exemple 6.2 suggère que l’espace vectoriel R[X] n’est pas
de type fini, ce qui est effectivement le cas.
Définition 6.7 Base d’un espace vectoriel de type fini
Soit E un espace vectoriel de type fini. On dit qu’une famille B := {v1 , . . . , vn } est une base de E
si elle est à la fois libre et génératrice de E.
Proposition 6.5. Une famille {v1 , . . . , vn } de vecteur de E est une base si et seulement si tout vecteur
de E s’écrit de façon unique comme combinaison linéaire des éléments de la famille.
Preuve. Exercice.
Définition 6.8 Coordonnées
Soient B := {v1 , . . . , vn } une base de E et v ∈ E. On appelle coordonnées de v dans la base B,
n
P
la famille de scalaires (α1 , . . . , αn ) telle que v = αi vi .
i=1
Remarque 6.4. Une base est un ensemble ordonné de vecteurs, c’est a dire que l’ordre dans lequel
nous écrivons les vecteurs d’une base est important : les bases {v1 , v2 , v3 . . . , vn } et {v2 , v1 , v3 , . . . , vn }
ne sont pas la même base, bien que composées des mêmes vecteurs. L’intérêt de les distinguer est plus
évident si on pense à ce que les coordonnées expriment. Le vecteur de coordonnées (1, 2, 0, . . . , 0) dans
la base {v1 , . . . , vn } est le vecteur v1 + 2v2 alors que le vecteur de coordonnées (1, 2, 0, . . . , 0) dans la
base {v2 , v1 , v3 , . . . , vn } est le vecteur 2v1 + v2 . Pour cela, on utilisera souvent plutôt des parenthèses
pour écrire une base : (v1 , . . . , vn ).
Théorème 20 –
Soient {v1 , . . . ,vp } et {w1 , . . . ,wk } deux bases d’un espace vectoriel de type fini E. Alors k = p.
Preuve. En cours.
Définition 6.9 Dimension d’un espace vectoriel
Soit E un espace vectoriel de type fini. La dimension de E, notée dim E, est le nombre d’éléments
d’une quelconque base de E.
Exemple 6.6. L’Exemple 6.1 nous dit que dim Rn = n, l’Exemple 6.3 dit que dim Rn [X] = n + 1 et
l’Exemple 6.4 dit que dim M (m × n, R) = nm.
Exercice de cours 6.5 base d’un plan
3
Déterminer une base du plan vectoriel F := {(x, y, z) ∈ R ; 3x + 2y + z = 0}.
Preuve. Exercice.
Lemme 6.1. Soit {v1 , v2 , . . . , vk } une famille génératrice pour un sous-espace vectoriel F d’un espace
vectoriel E.
1. F est aussi engendré par la famille {v2 , v1 , . . . , vk } ;
2. F est aussi engendré par la famille {v1 + v2 , v2 , . . . , vk } ;
3. ∀α ∈ R, α 6= 0, F est aussi engendré par la famille {αv1 , v2 , . . . , vk }.
Preuve. Exercice.
Définition 6.12 Opérations élémentaires
Soit E un ensemble de vecteurs d’un espace vectoriel E. Les opérations élémentaires sur les
vecteurs de E sont :
1. échanger deux vecteurs de E ;
2. remplacer v ∈ E par v + w, avec w ∈ E ;
3. remplacer un vecteur de E par un multiple non nul du même vecteur.
Bien qu’apparemment anodines, les opérations élémentaires nous permettrons de résoudre tous les
problèmes de calcul de dépendance linéaire, donc au bout du compte presque tous les problèmes d’al-
gèbre linéaire.
Définition 6.13 Forme échelonnée
Le premier coefficient non nul sur une ligne d’une matrice est appelé le pivot de la ligne. Une
matrice est dite en forme échelonnée si :
1. les lignes nulles sont les dernières ;
2. chaque pivot se trouve à droite du pivot des lignes au dessus.
Une matrice est dite en forme échelonnée simplifiée si elle est en forme échelonnée et de plus :
3 tous les pivots sont égaux à 1 ;
4 tous les coefficients au dessus de ses pivots sont nuls.
Proposition 6.9. Soit M ∈ M (m × n, R) une matrice. Si M est en forme échelonnée, ses lignes non
nulles sont des vecteurs libres de Rn .
Preuve. Exercice.
On admet le résultat suivant. Sa preuve est simple mais pénible à rédiger.
Théorème 22 –
Toute matrice peut être transformée en une matrice en forme échelonnée, et même en forme éche-
lonnée simplifiée, par opérations élémentaires.
Proposition 6.10. Soit M une matrice et N une matrice obtenue à partir de M par opérations élémen-
taires. Alors M et N ont même rang.
Preuve. En cours.
Corollaire 6.3. Le rang par lignes d’une matrice M est égal au nombre de lignes non nulles d’une
quelconque forme échelonnée de M .
Méthode : Considérons dans Rn le sous-espace vectoriel F := h(a1,1 , . . . ,a1,n ), . . . ,(am,1 , . . . , am,n )i.
Soit v = (x1 , . . . ,xn ) ∈ Rn . Considérons les matrices
a1,1 · · · a1,n
a1,1 · · · a1,n . ..
. .. .. .
A := .. . et B := .
am,1 · · · am,n
am,1 · · · am,n
x1 · · · xn
Exercice 6.3
Établir pour quelles valeurs de k ∈ R le vecteur (1, 2, k) appartient au sous-espace F := h(1, 1, 1), (1, −1, 1)i.
Exercice 6.4
Soient F := h(1, 1, 1, 1), (2, 3, 3, 2)i et G := h(1, 1, 1, 0), (0, 1, 1, 1)i. Déterminer une base de F ∩G
et déterminer un sous-espace vectoriel H tel que F ⊕ H = G ⊕ H = F + G.
Exercice 6.5
Déterminer une base pour le sous-espace vectoriel
F := h1 − X + X 2 − X 3 , 1 + X + X 2 + X 3 , 1 + X 2 i.
Exercice 6.14
Pour E = R4 , dire si les familles de vecteurs suivantes peuvent être complétées en une base de E.
Si oui, le faire.
(1) (u, v, w) avec u = (1, 2, −1, 0), v = (0, 1, −4, 1) et w = (2, 5, −6, 1) ;
(2) (u, v, w) avec u = (1, 0, 2, 3), v = (0, 1, 2, 3) et w = (1, 2, 0, 3) ;
(3) (u, v) avec u = (1, −1, 1, −1) et v = (1, 1, 1, 1).
Exercice 6.15 Vector space over the field Q
R is a vector space over the field Q of rational numbers ! Let
√ √ √ √
Q( 2) := {a + b 2; a, b ∈ Q} and Q( 3) := {a + b 3; a, b ∈ Q}.