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Contribution des Royautés Moosé à l'État au Burkina Faso

Ce document présente le cadre d'étude et la recherche sur la contribution des royautés dites traditionnelles à l'émergence de l'État au Burkina Faso entre 1880 et 1990. Il introduit le sujet, définit certains termes et présente brièvement le contexte colonial.

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Contribution des Royautés Moosé à l'État au Burkina Faso

Ce document présente le cadre d'étude et la recherche sur la contribution des royautés dites traditionnelles à l'émergence de l'État au Burkina Faso entre 1880 et 1990. Il introduit le sujet, définit certains termes et présente brièvement le contexte colonial.

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Université de Paris IV- Sorbonne

______________

U.F.R. d’histoire
____________

École doctorale des Mondes Contemporains

Contribution des royautés dites traditionnelles à l’émergence de l’État


en Afrique : le cas des souverains moosé du Burkina Faso (1880-1990)

Mémoire du Diplôme d’Études Approfondies « Islam contemporain »

Présenté par : M. BEUCHER, Benoît


Sous la direction de M. FREMEAUX, Jacques

Paris IV-Sorbonne, année universitaire 2004-2005

1
Illustration de la couverture : 10ème anniversaire de la Haute-Volta
(1947-1957) et Moro Naba Sagha, A.O.F., timbre-poste édité le 3 novembre 1958.

2
Remerciements

Nous souhaitons remercier un certain nombre de personnes sans qui ce travail,


certes imparfait, n’aurait pas existé. Nous pensons tout d’abord à M. le
professeur Jacques Frémeaux (Paris IV-Sorbonne), qui a permis la réalisation de
ce travail et la grande liberté de son traitement ; Michel Izard (Laboratoire
d’anthropologie sociale-Collège-de-France), qui nous a fait bénéficier de ses
précieuses connaissances depuis cinq ans ; Daouda Gary-Tounkara (Paris VII-
S.E.D.E.T.), pour ses remarques pertinentes et les corrections apportées à ce
travail ; le personnel des Archives nationales du Faso, qui nous ont ouvert avec
gentillesse les portes de leur institution.
Nous remercions également Sa Majesté Naaba Baõgho II, Son Excellence
Baloum Naaba Tanga II, Sa Majesté Boussouma Naaba Sonré et M. le
professeur Joseph Ki-Zerbo, qui nous ont consacré leur précieux temps afin de
répondre à nos innombrables questions sur la riche histoire du Moogo.
Enfin, nous remercions Irène B. Tiendrebeogo pour son soutien ; nous lui
dédions ce mémoire.
Nous espérons que nous n’aurons déçu personne par cette étude.

3
Avertissement

Nous avons pris le parti de ne pas « franciser » la terminologie moaga, et de


respecter l’orthographe en usage au Burkina Faso. Ainsi, plutôt que d’employer
le terme « Mossi », incorrectement utilisé au singulier comme au pluriel, pour
les adjectifs comme pour les substantifs, nous préférons employer le terme de
« Moaga » au singulier, « Moosé » au pluriel (lire « Mossé »), et « Moogo »
pour désigner le pays des Moosé au lieu de « Mossi ». En revanche, nous avons
laissé l’orthographe originelle dans les citations. Pour ce qui est de la
prononciation, la lettre « u » correspond au « ou », le « e » au « é » ; une voyelle
seule est brève, une voyelle double est longue. Le « s » n’a jamais valeur de
« z », et le « g » peut-être prononcé comme en français (Moogo central), ou
« r » dans certaines régions.

4
PREMIÈRE PARTIE

PRÉSENTATION DU CADRE D’ÉTUDE ET DE LA RECHERCHE

5
6
« Oui, il semble que le indigènes ne soient plus ce qu’ils étaient
et qu’ils ne soient pas devenus ce que nous eussions souhaité
qu’ils fussent. Il semble que la Colonie propose, et qu’un Dieu
inconnu dispose. C’est alors qu’ils nous faut « toujours garder
raison », rechercher à force de travaux, de soins et de
dévouement, la vérité qui nous unit aux hommes d’Afrique,
redresser les erreurs, et continuer à faire l’Afrique occidentale
française.1 »

1
Robert Delavignette, Afrique occidentale française, fascicule consacré à la Haute-Volta, Gouvernement
général de l’A.O.F., Paris, 1931, p. 125.

7
Introduction

La pensée de Robert Delavignette, citée en exergue, ne remet pas en cause la


légitimité ou l’efficacité de l’entreprise coloniale française en A.O.F. ; elle est
plutôt une clairvoyante appréciation des limites de son emprise sur l’état d’esprit
des populations passées sous domination de la France. Ces lignes ont été écrites
avec une certaine franchise si l’on considère que ce haut fonctionnaire de
l’administration coloniale les livre en 1931 à l’occasion de la grande exposition de
Vincennes, moment où l’« Empire français » atteint son apogée aux yeux de
l’opinion2. L’administrateur, qu’il soit civil ou militaire, ce « bâtisseur d’empire »
comme on aimait l’appeler alors, n’est plus présenté comme le maître absolu du
destin des populations colonisées. Au contraire, elles semblent n’avoir jamais cessé
d’être les acteurs à part entière des changements qui ont secoués leurs sociétés.
Delavignette va plus loin et pressent que les Africains ont fait le choix de ne pas
suivre tout à fait la « voie tracée par la France » pour reprendre une formule
consacrée. Le Gouverneur général Jules Brévié3 ne dit pas autre chose en 1930:
« Les masses indigènes évoluent souvent à notre insu sous l’influence de facteurs
insoupçonnés de leur caractère. Bien plus lorsque l’on croit prendre la direction
des courants les plus apparents de leur mentalité, on est frappé d’étonnement,
parfois, quand on constate à quelle distance des buts que l’on s’était fixés, on est
déporté par certaines forces profondes dont l’apparition brusque ou l’action
occulte prolongée déroute les prévisions les mieux établies. 4 »

2
En réalité, la situation sur le terrain est beaucoup plus nuancée. L’Afrique occidentale française est
frappée pour la première fois par la crise économique mondiale. Dans leur ensemble, les archives
produites dans la région donnent le sentiment qu’une véritable « sinistrose » s’est emparée de la
fédération.
3
Jules Brévié est Gouverneur général de l’A.O.F. de 1930 à 1936. En 1931, Jules Brévié fait adopter
une circulaire portant réorganisation de la justice indigène en A.O.F. et ordonne que soient consignées
les « coutumes » locales. Le tout devait être codifié en 1939 après la publication des Grands
Coutumiers de l’A.O.F. pour la plus grande satisfaction des autorités anciennes, dépossédées d’une
grande partie de leur droit fondamental de justice, officiellement du moins.
4
Brévié, Jules, « Discours du Conseil de Gouvernement », décembre 1930, in Delavignette, R.,
Afrique Occidentale Française, Paris, Société d’Editions géographiques, maritimes et coloniales,
publié par le Commissariat Général de l’Exposition coloniale internationale de Paris, 1931, p. 25.

8
Ce thème de l’impénétrabilité de l’esprit de ceux que l’on appelait les
« indigènes », l’action de « forces occultes » ou « surnaturelles » détenues par des
esprits malins, sont des topoï de la littérature coloniale. On les retrouve très souvent
dans les rapports de cercle ou de colonie, particulièrement au moment où les
fonctionnaires se heurtent à la résistance passive de leurs administrés. Au-delà d’un
effet de style visant à donner une touche d’exotisme à des écrits monotones, n’est-
ce pas là une façon pudique d’avouer les succès remportés notamment par les chefs
« coutumiers » ? C’est que ces hommes qui n’entendent en rien sacrifier leur
autorité « ancestrale » sur l’autel de la colonisation passent bien souvent pour les
détenteurs d’un pouvoir d’essence surnaturelle – voire divine – qui leur assure une
réelle autorité sur leurs sujets malgré la mise en place du régime colonial. Dans ce
cas, on peut à bon droit se demander qui sont les « vrais chefs de l’Empire » si tant
est que cette question appelle une réponse nette.
Sur le plan du droit, et en vertu des traités de protectorat signés dans la région
entre 1895 et 1897, les conquérants français sont incontestablement les maîtres du
pays ; mais lorsqu’il s’agit d’assurer des tâches aussi sensibles que la levée des
impôts, des travailleurs ou des tirailleurs, mais aussi la justice locale, le relais des
« chefs » paraît indispensable. Dans les zones qui se signalent très tôt par des
pouvoirs forts et parfois centralisés, l’administrateur maintient donc l’existence des
« chefferies ». Il les maintient, mais dans un certain état d’esprit que Joost Van
Vollenhoven, l’éphémère Gouverneur général de l’A.O.F., résume bien: s’il est
souhaitable de prendre en considération les « chefs coutumiers », en revanche
ceux-ci « n’ont aucun pouvoir propre d’aucune espèce, car il n’y a pas deux
autorités dans le cercle, l’autorité française et l’autorité indigène : il n’y en a
qu’une. Seul le commandant de cercle commande ; seul il est responsable. Le chef
indigène n’est qu’un instrument, un auxiliaire.5 »
Les élites africaines doivent par conséquent prouver qu’elles ont compris ce que
l’administration attend d’elles. Les « chefs indigènes » sont sommés d’entrer dans
le cadre colonial, à commencer par sa culture et ses méthodes de gestion des
hommes et de l’espace, fondées sur un pouvoir clairement territorialisé, une
bureaucratie animée par un esprit comptable et l’usage de l’écrit etc. Les cadres
« indigènes » sont donc envoyés à l’école en vue d’en faire d’efficaces auxiliaires

5
Circulaire du 15 août 1917, in Bulletin du Comité de l’Afrique Française, n° 1-2, déc. 1917, p. 270.

9
de l’administration6. Et après ? L’administration allait-elle attendre d’eux que tous
oublient leur histoire et abandonnent leurs prétentions au pouvoir ? Il n’en demeure
pas moins que, aussi variées qu’aient été les trajectoires de ces élites, tout allait
changer, à commencer par la nature de leur pouvoir, délégué par le conquérant,
ainsi que par son exercice, soumis en dernier ressort à l’appréciation de
l’administration. En cela, la conquête a incontestablement marqué une rupture dans
l’histoire des royaumes. Que les administrateurs soient réellement attachés à la
culture des populations dont ils ont la responsabilité, le pouvoir des chefs n’en a
pas moins été profondément altéré. Pierre Boilley l’a particulièrement bien montré
dans sa thèse consacrée aux Touaregs Kel Adagh de l’actuel Mali 7 qui ont perdu
leur rôle de guerriers protecteurs au bénéfice de la Pax gallicae. Et que dire des
fonctionnaires désireux de supprimer ces pouvoirs africains dans le but d’y
substituer l’administration directe de la France?
Nous avons pris le parti ici le parti de porter notre attention sur les souverains
régnant dans la partie centrale de l’actuel Burkina Faso8, ancienne Haute-Volta.
L’ensemble de ces formation politiques constituent le Moogo, c’est-à-dire le
« Monde » selon les populations moosé (moaga au singulier) qui l’occupent. Nous
pensons en particulier à l’importante figure du Moogo Naaba, littéralement le
« chef » (naaba au singulier, nanamsé au pluriel) du « Monde », qui règne sur le
très influent royaume de Ouagadougou9. Notre mémoire de maîtrise10 a montré que
ces « chefs » sont parvenus à s’adapter avec plus ou moins de bonheur aux avatars
de la domination coloniale à partir de 1897. Loin d’avoir succombé aux coups
portés par un demi siècle de domination française (1897-1960), ces souverains ont
beaucoup fait pour se maintenir au centre du jeu politique, d’abord à l’échelle du
cercle « du Mossi », puis de la colonie de Haute-Volta, et enfin de l’A.O.F. Cette
étude, réalisée en 2001, s’étendait de la conquête de Ouagadougou en 1896
jusqu’en 1958, veille de l’indépendance de la Haute-Volta (1960).

6
Voir la thèse de Denise Bouche, L’enseignement dans les territoires français de l’Afrique
occidentale de 1817 à 1920, Université de Paris I, Service de reproduction des thèses, Lille, 2 vol.,
1975, 947 p.
7
Boilley, Pierre, Les Touaregs Kel Adagh. Dépendances et révoltes : du Soudan français au Mali
contemporain, éd. Karthala, Paris, 1999, 644 p.
8
Voir carte p. 34.
9
Voir carte p. 35.
10
Beucher, Benoît, La figure du Moogo Naaba et la colonisation française, 1896-1958, mémoire de
maîtrise sous la direction de Jacques Frémeaux, Paris IV- Sorbonne, 2001, 178 p.

10
Mais ce cadre chronologique nous a vite laissé un goût d’insatisfaction, car nos
voyages répétés au Burkina nous ont conforté dans l’idée que les souverains
continuaient d’occuper une place importante dans la vie politique du pays.
L’anthropologue Georges Balandier, dans un récent article, a confirmé cette
impression : « Pensez » dit-il « qu’un pays comme le Burkina Faso inclut
l’immense peuple Mossi, gouverné depuis des siècles par un empereur ! Le
souverain des Mossi, le Mogho naaba, continue de trouver sa place plus que
symbolique, dans une société qui, globalement, se définit comme républicaine,
démocratique, avec Parlement, élections et gouvernements liés aux résultats
électoraux ! 11»
Nous nous sommes donc demandés si la capacité des souverains moosé à
instrumentaliser l’administration, capacité mise en lumière dans notre précédent
travail, n’a pas servi un dessein politique plus ambitieux dépassant le cadre
géographique que constitue la Haute-Volta ainsi que chronologique. En effet, les
souverains moosé de Ouagadougou, en particulier Naaba Koom II (1905-1942) et
Sagha II (1942-1957), sont parvenus à rendre leur présence indispensable auprès de
l’administration. Ils ont été en mesure d’influencer certaines décisions, et non des
moindres si l’on considère qu’ils ont obtenu la mise en place du gouvernement
colonial à Ouagadougou, passant de ce fait pour les principaux interlocuteurs
africains auprès du pouvoir central, mais aussi à rationaliser leurs commandements
territoriaux, à étendre leur influence sur l’ensemble du pays moaga et même sur la
colonie. Enfin, ils ont obtenu la reconstitution de la Haute-Volta en 1947, après une
suppression durement ressentie en 1932. Or, si l’on en croit les récents travaux de
l’anthropologue Michel Izard, spécialiste des Moosé, un processus de centralisation
et un rêve hégémonique avaient pris corps au sein des Cours royales bien avant la
conquête12. Ceci est vrai pour le royaume central de Ouagadougou et septentrional
du Yatenga13. Mais, à la fin du XIXème siècle, absorbés par des crises internes, les
souverains ont dû renoncer à ce projet qui, dès lors, s’est réduit à un pur fantasme,
privé en apparence de toute réalisation.
Notre étude débute au moment où l’explorateur Louis-Gustave Binger pénètre
dans la région en 1888. Nous pensons, en effet, que l’affirmation des États moosé

11
Balandier, Georges, « Ce que l’Afrique m’a appris », in L’Histoire, n° 293, déc. 2004, p. 55.
12
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, Paris, Ed.
Karthala, 2003, 394 p.
13
Voir carte p. 35.

11
ainsi que le grand dessein du renforcement des pouvoirs centraux (royaume de
Ouagadougou et du Yatenga) ont certes été mis en sourdine peu avant la conquête,
mais qu’ils ont paradoxalement ressuscité en pleine domination coloniale. Nous
avons tout lieu de croire que les rois ont tenté d’accompagner et surtout de
contribuer à l’émergence d’un État ayant désormais pour cadre la Haute-Volta, et ce
au gré de leurs intérêts. Ce phénomène semble avoir été poursuivi après
l’indépendance, ce qui aurait amené les nouvelles élites africaines, étrangères au
monde du pouvoir moaga au même titre que les administrateurs français, à faire
face à une compétition pour l’exercice du pouvoir très similaires à celles
rencontrées par leurs prédécesseurs coloniaux. C’est pour cette raison que nous
clôturons nos recherches en 1990, c’est-à-dire au moment où l’actuel président
Blaise Compaoré « normalise » ses relations avec la royauté qui a
vraisemblablement été impliquée dans le renversement du précédent chef d’État
Thomas Sankara en 1987.
De cet affrontement entre les acteurs anciens et nouveaux de l’émergence de
l’État est née une entité politique hybride, cumulant à la fois les apports de la
période pré-coloniale, coloniale et post-coloniale ; elle confirme l’idée selon
laquelle la formation de l’État peu emprunter des chemins aléatoires. Nous posons
l’hypothèse selon laquelle les souverains moosé ont contribué à la naissance du
Burkina tant dans le tracé de ses frontières, que dans son organisation interne et ses
rapports avec l’étranger. Cette contribution qui est toujours d’actualité, ne doit pas
être vue comme un paradoxe, mais plutôt comme la preuve que l’État burkinabè
manifeste là l’originalité de son fonctionnement. Ce phénomène semble d’ailleurs
s’appliquer à d’autres pays comme le montre le récent ouvrage Le retour des rois.
Les autorités traditionnelles et l’Etat en Afrique contemporaine 14.
Nos recherches privilégient donc l’étude d’une élite africaine entre la fin du
XIXème siècle et celle du XXème: les souverains du Yatenga et de Ouagadougou.
Entreprendre ce travail revient, en premier lieu, à s’accorder sur les mots qui
rendent compte au mieux de la nature du pouvoir exercé par les rois. Si
l’historiographie a largement contribué à parler à leur endroit de « chefs
traditionnels » ou « coutumiers », nous pensons en revanche que l’emploi de ces

14
Perrot, Claude-Hélène, Fauvelle-Aymar, François-Xavier (dir.), Le retour des rois. Les autorités
traditionnelles et l’Etat en Afrique contemporaine, Paris, éd. Karthala, 2003, 564 p.

12
termes fausse dès le départ toute analyse dynamique et complète des institutions
politiques moosé.
En effet, cette « titulature » ne semble pas pertinente au regard de la
complexité de l’action de ces hommes, ainsi que de la conception qu’ils se font de
leur fonction. Élisée Soumonni, dans un article consacré aux Oba (souverains) du
Bénin, met bien ce problème en lumière ; selon elle, le glissement sémantique qui
amène progressivement les Européens à parler de « chefs » plutôt que de « rois »
« procède (…) d’un changement fondamental du statut des autorités
traditionnelles après la conquête. Devenus agents d’exécution de l’administration
coloniale, les rois ne sont plus que des « chefs », au mieux des « chefs
supérieurs ». Le terme est donc (…) un terme colonial dévalorisant, puisque les
autorités traditionnelles, quelle que soit leur importance ou leur influence, sont
désignées par le même terme.15 » Partons donc du champ sémantique moaga du
pouvoir. Á l’origine, il n’existe qu’un seul terme pour désigner les détenteurs du
pouvoir : naaba en mooré (la langue des Moosé). Il qualifie celui qui détient le
« pouvoir de commander » (naam), quelle que soit l’étendue de son
commandement. Mais ceci n’est vrai qu’aux alentours du XV ème siècle, période au
cours de laquelle naissent les premières grandes formations politiques moosé, dont
le Wubritenga16, futur royaume de Ouagadougou.
Avant de pénétrer plus loin dans les arcanes du pouvoir moaga, il faut
néanmoins remarquer que les Moosé n’ont alors aucun terme équivalent à celui de
« roi » ; on peut encore parler de « chef » avec pertinence. Mais à une date
inconnue, et pour des raisons que nous évoquerons plus loin, un nouveau niveau de
pouvoir se superpose. Les « chefs » les plus importants prennent le titre de
« Dima », littéralement « qui n’est soumis à personne d’autre que Dieu ». Appuyé
par une construction idéologique qui donne un caractère divin à son pouvoir, le
naaba du Yatenga, de Ouagadougou ou de Tenkodogo acquièrent le statut de
« roi », et gouvernent sur des formations « vassales »17.
Dès lors, le titre de « chef » ne rend plus compte de ce nivellement de
pouvoir mais, au contraire, minimise le prestige et l’influence des souverains,

15
Ibid., p. 170, Soumonni, Elisée, « L’évolution des rapports entre pouvoir officiel et autorités
traditionnelles au Bénin et au Nigéria depuis la fin des années 1980 ».
16
De « Wubri », petit-fils de l’ancêtre fondateur des Moosé (Naaba Wedraogo) et tenga, « terre » ou
« pays ». Ce royaume a vraisemblablement été fondé vers 1495 selon la chronologie établie en 1970
par Michel Izard.
17
Voir carte p. 34.

13
puisque les traités de protectorat signés dans la région leur ôte toute souveraineté
de droit. Ne leur reste qu’un pouvoir nominal qui ne s’encombre plus des nuances
du protocole et des titulatures. Cependant, nous verrons qu’en pleine période
coloniale, cette structure hiérarchique continue de conditionner les relations entre
les chefs et explique les stratégies mises en œuvre par les souverains dans le but de
renforcer leur autorité tout en affirmant leur hégémonie sur le Moogo, ce qui va à
l’encontre de l’idée de « coutume » qui, elle, ne fait aucune distinction entre
nanamsé.
Aussi, nous réfutons l’idée selon laquelle ces souverains disposent d’un
pouvoir « traditionnel », car qu’entend-on par là ? Que ces hommes sont en réalité
prisonniers d’un ordre immuable qui ne permet aucune initiative propre, et qui les
rend foncièrement incapables de s’adapter à un nouvel environnement politique. La
colonisation en a été un. Mais les administrateurs se sont complus à retenir l’aspect
le plus pittoresque de la royauté. L’abondante littérature coloniale devait donc
laisser l’image de « chefs rétrogrades » et « exotiques ». En 1951, Guy Le Moal,
consacre ainsi un article à la Cour du Moogo Naaba, et ne retient de Naaba Sagha
II que l’interdit « traditionnel » dissuadant le souverain de quitter sa capitale depuis
des temps immémoriaux, sous peine d’exposer le royaume à de graves troubles. Or,
depuis le règne de Naaba Koom II (1905-1942), les souverains ont fait évoluer leur
fonction et entreprennent des voyages toujours plus nombreux et lointains, qui les
emmènent au Sénégal, au Soudan, en France ou encore en Côte-d’Ivoire. En ce
sens, les nanamsé ne sont donc pas des souverains « traditionnels », et nous en
apporterons la preuve.
Notons également que le terme « traditionnel » que nous remettons en cause
n’est pas seulement un héritage européen. Il a aussi été manipulé par les élites
africaines qui lui ont donné un sens différent selon les relations qui les liaient aux
souverains. Pour les populations non moosé qui leurs étaient hostiles,
« traditionnel » doit être compris comme « qui appartient au passé et qu’il faut
abattre ». Pour les Moosé, et notamment les intellectuels qui gravitent auprès des
Cours royales, il faut comprendre par là « qui est légitimé par les siècles et ne peut
être remis en cause ». Il ne faut donc pas s’y méprendre, les hommes proches de la
Cour ne sont pas les derniers à parler de « tradition » et de « coutume », à l’image
des élites concurrentes françaises ou voltaïques, qui ont tant peiné à asseoir leur
autorité dans l’esprit des populations.

14
Mais la recherche d’un terme alternatif semble soulever plus de problèmes
qu’elle n’en résout. Elle est pourtant indispensable. Pour notre part, nous
préfèrerons simplement parler de « souverains » ou d’« élite ancienne » à leur
propos, soit une infime fraction de la société qui se place au sommet de la pyramide
sociale, et dont le pouvoir remonte au moins aux XV ème-XVIème siècles.
Ces mises au point faites, passons maintenant à la présentation de la région
qui nous intéresse ici.

Présentation du cadre d’étude


Le Moogo, de sa naissance à la conquête française (XVIème siècle-1897)

Le Moogo, comme nous l’avons dit, est l’espace regroupant les formations
politiques moosé. Cette région épouse le bassin de la Volta Blanche. Á leur apogée,
les Moosé ont organisé un ensemble de royaumes, autour desquels gravitent de plus
petites unités de commandement, le tout couvrant environ 63.500 km². « Moogo »
signifie en mooré le « Monde », ce qui laisse à penser que les « conquérants », très
certainement venus du nord du Ghana actuel, considèrent l’espace qu’ils occupent
comme homogène. Il est très difficile de retracer les premiers temps de l’histoire du
Moogo, car les diverses traditions recueillies dans la région, laissent peu de trace
d’une conquête brutale réalisée par ces « envahisseurs » que seraient les Moosé. La
distinction entre « conquérant » et « autochtone » paraît donc difficile à établir. Le
terme « moaga » semble renvoyer à un métissage entre les populations venues du
Ghana septentrionnal et celles déjà établies dans le bassin de la Volta Blanche. En
effet, selon certaines versions, « moaga » désignerait un « produit impur », à moins
qu’il ne s’agisse de l’ « homme non circoncis », donc non sociabilisé.
Selon toute vraisemblance, il y a bien eu infiltrations successives de bandes
armées venues de la région de Gambaga (nord du Ghana) qui auraient offert leur
protection à des peuples incapables de se défendre faute d’organisation politique
suffisamment forte. En échange de cette offre de stabilité, les « autochtones » (ou
Nyoniosé) leur auraient concédé le droit de commander (le naam) tout en
conservant la maîtrise de la terre à vocation religieuse. La société moaga semble
donc être le fruit d’une coexistence pacifique.
Les Moosé, forts de ces premiers succès, multiplient les petits commandements
qui essaiment un peu partout dans l’actuel Moogo. C’est le cas du futur royaume de

15
Ouagadougou, fondé sous le règne de Naaba Wubri (1480 ?- 1520 ?)18. Afin de
donner une cohérence à cet ensemble disparate naît – à une date indéterminée – le
mythe de fondation des sociétés moosé19. Selon la version dominante élaborée dans
le Moogo central, une princesse, fille du roi de Gambaga, quitte son royaume
chassée par son père. Dans une course effrénée à dos de cheval, la jeune femme
gagne le pays moaga actuel avant d’y chuter. Elle croise alors accidentellement la
route d’un chasseur d’éléphant que certains disent Bisa 20. De leur union naît Naaba
Wedraogo21, considéré comme l’ancêtre de tous les Moosé. C’est la naissance du
Moos Buudu (descendance patrilinéaire des Moosé) qui tient lieu de véritable
construction identitaire.
Cette légende n’a rien d’anecdotique car, dans les esprits, elle vise à donner
corps à l’unité de ce conglomérat de petits commandements et de peuples qui
composent le Moogo. Tout en rappelant le lien qui unit de prétendus
« conquérants » (princesse de Gambaga) et de tout aussi prétendus « autochtones »
(le chasseur d’éléphant), l’épopée de la princesse légitime un mode de succession
au pouvoir qui se fonde sur la position occupée par chacun dans la lignée de
descendance de Naaba Wedraogo. Plus les branches sont proches de l’ancêtre
mythique, plus les naam sont forts. Ce système, dit « segmentaire », s’explique
bien si l’on considère que le « clonage des unités de commandement », pour
reprendre l’expression de Michel Izard, c’est-à-dire la multiplication des structures
de pouvoirs dont le modèle est le Wubritenga, finit par nourrir une politique de
centralisation qui vise à prévenir toute dissolution du pouvoir dans une multitude
de petites formations indépendantes ayant à leur tête un naaba.
On comprend dès lors la nécessité qu’il y a de justifier la hiérarchisation des
naam. Comme l’explique avec élégance Michel Izard, « La formation de l’État,
dans ce contexte, c’est la quête d’un dépassement d’une double antinomie : l’un et
le multiple, l’identique et le différent. Entre une dissémination à l’infini du naam,
propre à ruiner tout le projet politique moaga, et la constitution d’une entité
18
Nous précisons à chaque fois entre parenthèses les dates de règne des souverains, entendu que
celles-ci sont approximatives.
19
Ou plutôt les mythes de fondation si l’on considère que les traditions recueillies à Ouagadougou,
dans la région du Yatenga ou de Tenkodogo ne sont pas nécessairement concordantes et ont clairement
évolué dans le temps.
20
Les Bisa sont un peuple vivant dans le Bassin de la Volta Blanche. Ils occupent un petit espace
enclavé dans la partie méridionale du Moogo actuel. Les Bisa font partie des populations déjà
présentes dans la région avant l’arrivée des guerriers « ghanéens ».
21
« Wedraogo » signifie « étalon » en mooré. Ce nom aurait été donné en souvenir de la monture qui a
permis la rencontre des parents du premier des Moosé.

16
étatique unique (…), les Moosé ont choisi une voie moyenne, suffisante pour
permettre aux habitants du Moogo de vivre en paix et pour entretenir chez leur
chef l’illusion qu’ils poursuivaient l’aventure du début de leur histoire. 22 »
On voit donc apparaître la figure du dima23, celui qui n’est « soumis à personne
d’autres qu’à Dieu », autrement dit celui qui ne dépend d’aucun naaba. Selon la
coutume, le dima de Tenkodogo passe pour le « grand-père » symbolique des autres
souverains car celle-ci le considère, certainement à tort 24, comme le descendant de
Naaba Zungrana, fils énigmatique de Naaba Wedraogo. Puis vient le naaba de
Ouagadougou dont les origines remonteraient à une femme envoyée par Naaba
Zungrana dans le but de venir en aide aux populations « autochtones » de la région.
Vers 1540, suite à une discorde qui éclate au sujet de la succession au trône du
Wubritenga entre Naaba Kumdumyé (1540 ?-1563 ?) et Naaba Yadega (1540 ?-
1570 ?), une scission entraîne la naissance du Yatenga 25. Á une époque
probablement contemporaine ou postérieure apparaît le titre de Moogo Naaba,
« chef du Moogo » ou du « Monde », emblématique de cette quête d’unité en
perpétuel inachèvement. Dans ce jeu de rivalités qui oppose le royaume de
Ouagadougou à celui du Yatenga se fait sentir la nécessité de créer un niveau de
pouvoir supérieur à celui de dima. Dès lors, comment parler d’unité à propos d’un
ensemble politique qui compte une multitude de nanamsé, un peu moins de
dimdemba et trois moogo nanamsé, si l’on considère que les Tenkodogo, Moogo et
Yatenga nanamsé se partagent ce titre ?
Le moins que l’on puisse dire est donc que le Moogo Naaba n’est « que
symboliquement le « chef du Moogo26 », titre dont la création semble « moins
symptomatique d’un projet de réunion de tous les Moosé sous une autorité unique
que de la nostalgie d’une unité perdue dès le moment des origines.27 ». Nous
verrons que cette volonté d’unification et de centralisation du Moogo guide
sensiblement les relations entre les souverains et une administration qui ne juge que
par un jacobinisme centralisateur, doublé de la nécessité d’obtenir l’appui de ces

22
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit., pp.
113-114.
23
Dimdemba au pluriel.
24
Voir Kawada, Junzo, Genèse et dynamique de la royauté : les Mosi méridionaux (Burkina Faso),
Paris, éd. L’Harmattan, coll. « Etudes africaines », 2002, 396 p.
25
« Ya » pour Yadega, « tenga » : « terre », littéralement la « terre de Yadega ».
26
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit., p.
340.
27
Ibid., p. 112.

17
derniers. Se pose alors la question essentielle de l’émergence d’un modèle étatique
original qui sacrifie sa complétude au nom du statu quo politique propre à assurer
paix et stabilité au Moogo.
Comme nous l’avons dit, les commandements locaux se multiplient à mesure
que les Moosé s’étendent dans le bassin de la Volta Blanche. Partis à la conquête
d’un commandement territorial (un prince, naabiga28, peut posséder le naam et ne
posséder aucun « apanage »), les nanamsé issus des formations centrales fondent
leur propre royaume qui échappe peu à peu à l’autorité de ces dernières. Eux-
mêmes ont des fils qui souhaitent non seulement détenir le naam, mais aussi
exercer un véritable commandement territorial. Seulement les conquêtes moosé
trouvent leurs limites probablement à l’articulation des XVI ème et XVIIème siècles ;
l’espace moaga finit donc par être saturé. Aux générations qui se succèdent, les
ambitieux frustrés se multiplient. Il s’en suit que la figure du prince n’inspire plus
la confiance des pères, mais bien au contraire un ennemi potentiel qui n’attend
qu’une chose : que son frère ou son père disparaisse…de façon naturelle si
possible.
C’est de cette tournure des évènements que découle une nouvelle conception du
pouvoir. Bien que la transmission du naam de père en fils se généralise avant la fin
du XIXème siècle, les souverains chassent cependant de la Cour les prétendants au
pouvoir pendant qu’il en est encore temps, c’est-à-dire pendant leur minorité. Dans
le même temps, les rois délèguent une partie de leur autorité à des captifs, donc à
des non moosé, qui ne peuvent prétendre au pouvoir. Ces hommes qui doivent tout
à leur souverain ainsi qu’aux services rendus au royaume – et non à la coutume –,
constituent un corps de fonctionnaires stable puisque indifférent au décès des rois
qui l’ont constitué ; mais, progressivement, le système est dévoyé puisque, un peu à
l’image des grandes figures de l’appareil d’État louis-quatorzien, ces grands
fonctionnaires finissent par constituer des dynasties de serviteurs royaux.
L’existence d’un tel service royal est, selon nous, la preuve qu’ un pas de plus
est franchi sur le chemin de l’émergence de l’État. Celui-ci n’en est pas moins
royal. Les logiques segmentaires finissent par se dissipent ainsi sans disparaître
totalement, puisqu’elles doivent encore nourrir un imaginaire du pouvoir qui
légitime la prééminence de certains souverains qui, à cet égard, ne sont plus de

28
Naabiisé au pluriel, de «na », contraction de naam (« pouvoir ») et biiga (biisé au pluriel), « enfant ».

18
simples primus inter pares. On assiste ainsi à la naissance d’un « État
segmentaire » selon l’expression d’Aiden W. Southall29.
Le corps de fonctionnaire qui le compose comprend également les kug zidba30 à
Ouagadougou, nesomde au Yatenga. Ces hauts dignitaires restent généralement en
place plus longtemps que les souverains, si bien que Michel Izard définit le service
royal comme un « appareil d’État » constitué par l’«ensemble des fonctionnaires
royaux dont l’activité publique concourt au maintient et à la reproduction de
l’institution monarchique en tant que telle, c’est-à-dire indépendamment de la
personne particulière du monarque, et marque la présence et la permanence de la
présence de l’État.31 » Le pouvoir du roi est ainsi limité.
Au départ, ces hommes d’État ne sont que de simples serviteurs palatiaux. C’est
le cas du Widi Naaba32, principal « ministre » du Moogo Naaba de Ouagadougou
avant la conquête, qui, originellement, a reçu pour tâche le soin de l’écurie royale ;
quant au Baloum Naaba33, il était le serviteur du souverain à l’intérieur du palais,
puis le responsable du protocole royal. Progressivement, les serviteurs reçoivent
une charge de plus en plus lourde et sont chacun chargés d’introduire une fraction
des sujets auprès du souverain. La perversion du système apparaît vite puisque,
comme on peut s’y attendre, tous finissent par devenir « les canaliseurs
d’informations provenant de l’ensemble du royaume et, entre le royaume et le roi,
des filtreurs…34 » Ces hommes jouissent également d’une grande influence sur le
souverain, de sorte que le poids politique du dima dépend essentiellement de sa
force de caractère, surtout si l’on considère que les décisions essentielles sont
toujours débattues avec les kug zidba.
Mieux, une partie du service royal est chargée d’élire le souverain. Les
prétendants au trône, choisis de préférence parmi les fils aînés du défunt (à défaut
parmi ses frères), sont jugés en fonction de leurs capacités à prendre en charge les

29
Southall, Aiden W., Alur society: a study in process and types of domination, Cambridge, Heffer,
1956.
30
Kug zidba signifie littéralement « celui qui est assis sur la pierre » en référence à la place que ces
hauts-dignitaires occupent sur le Samandé (cour extérieure du palais royal) ; nesomba au singulier,
nesomdé au pluriel signifie « hommes de bien ».
31
Izard, Michel, Gens du pouvoir, gens de la terre. Les institutions politiques de l’ancien royaume du
Yatenga (Bassin de la Volta Blanche), Cambridge, Cambridge University Press/ Paris, éd. de la
Maison des sciences de l’homme, 1985, p. 407.
32
De « weefo », « cheval », « Widi » au pluriel : Widi naaba : « chef des chevaux ».
33
De belem, « se frotter les mains » certainement en référence à la salutation très respectueuse
adressée au chef (on frotte les mains de façon circulaire), le Baloum Naaba, selon Michel Izard, serait
ainsi un courtisan par excellence.
34
Ibid., p. 414.

19
affaires du royaume. Suffisamment âgés, en bonne santé, ils ne doivent souffrir
d’aucune tare physique ou mentale. Bref, le candidat doit se rapprocher le plus
possible de la figure idéale du souverain, dépositaire d’un pouvoir divin. Dans un
modèle de pouvoir qui n’est pas gérontocratique, le prétendant est choisi en vertu
de ses compétences, ce que souligne très bien le proverbe moaga selon lequel « ce
n’est pas le plus vieux qui connaît l’éléphant, c’est celui qui a le plus parcouru la
brousse35 ».
Les monarchies moosé sont incontestablement électives si bien que « Le
principe de la transmission héréditaire du pouvoir, pourtant toujours très
largement dominant, est battu en brèche. À la mort d’un chef nommé à titre
personnel et comme pour bien montrer qu’entre ce dernier et son successeur le
seul lien sera le mérite personnel, l’habitation du défunt est détruite et sa famille
définitivement interdite de séjour dans la localité en cause.36 » Avant la conquête,
probablement au XVIème siècle, la raison d’État l’emporte sur les logiques
dynastiques, tandis que, sous l’action de souverains réformateurs, se met en place
un système d’administration du royaume relativement centralisé.
Au XVIème siècle, passée la phase d’expansion maximale du Moogo et la
mise en place de structures bureaucratiques vers le XVIII ème siècle, les souverains
cherchent le mode d’administration le plus favorable au pouvoir central dont ils
sont les détenteurs. Ce processus emprunte des formes variées, et le royaume de
Ouagadougou ainsi que celui du Yatenga en offrent deux formes d’aboutissement.
Sous le règne de Naaba Warga (1737 ?-1744 ?), Ouagadougou devient ainsi la
capitale permanente du Moogo Naaba. Á partir de ce centre, le souverain assisté de
ses Kug zidba, nomme les kombemba37 (« chefs régionaux »), qui nomment à leur
tour les tengnanamsé38 (« chefs de village »). Au Yatenga, les choses sont un peu
différentes puisque le pouvoir est « nomade » jusqu’à ce que les officiers français
fixent en 1895 la capitale à Ouahigouya. En outre, il n’y a pas trois niveaux de
pouvoir mais deux puisque le Yatenga Naaba nomme les chefs régionaux qui
nomment à leur tour les chefs de village. Il semble également que le souverain ait
profité de la « géographie politique chaotique » du royaume afin de subordonner

35
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain, op. cit., p. 158.
36
Ibid.
37
Kombéré au singulier, Kombemba au pluriel.
38
Tengnaaba au singulier, tengnanamsé au pluriel. De « tenga »( « terre ») et « naaba » ( « chef »),
littéralement : « chef de terre ».

20
l’ordre territorial segmentaire qui prévalait à l’origine « à un ordre de nature
purement administrative 39».
Enfin, le pouvoir central de nature bureaucratique, ne dispose pas d’une
autorité absolue sur les affaires de l’État, notamment en matière de transactions
commerciales (c’est le cas du royaume de Tenkodogo), malgré la mise en place de
marchés royaux. En outre, le roi ne dispose pas d’armée permanente, et le soutien
des commandements « vassaux » n’est pas automatique en cas de conflit, mais
soumis à négociations. D’autre part, les États tampons, placés sous l’influence de
grandes formations centrales qui ne souhaitent pas s’affronter directement, ne sont
pas nécessairement partie prenante dans le processus centralisateur, à tel point que,
selon Michel Izard, « on pourrait reconstruire toute l’histoire géopolitique du
Moogo à partir des affrontements répétés entre les forces centralisatrices et les
forces contraires.40 »
Enfin, on peut se demander si, à l’instar des États occidentaux, le modèle
moaga repose sur une claire territorialisation. L’Afrique subsaharienne passe
souvent à tort pour une région qui ignore largement ce type de maîtrise de l’espace.
L’exemple du puissant royaume du Danxomè41 (actuel Bénin) ne va pourtant pas
dans ce sens. En ce qui concerne le Moogo, la question n’est pas tranchée et
nécessiterait des analyses plus fines. D’après nos entretiens oraux réalisés auprès
des ministres du Moogo Naaba ainsi que du Boussouma Naaba, souverain du
royaume éponyme, il nous semble que les chefs règnent avant tout sur des hommes,
bien plus que sur un territoire. Pas besoin de carte donc, car chaque sujet sait de
quel naaba il dépend. Si l’on passe à une échelle plus réduite, on constate que le
souverain ne sait pas lui même où se situent précisément les limites entre son
royaume et l’ « étranger ». Sur le terrain, les choses sont différentes car, dans les
zones frontalières, un élément naturel permet souvent d’avoir une idée précise des
limites du Moogo42.

39
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit., p.
263.
40
Ibid., p. 163.
41
Ce royaume connaît son apogée aux XVIIIème et XIXème siècles. On y trouve alors un appareil
administratif embryonnaire ainsi qu’un système fiscal avant la mise en place de la traite esclavagiste et
l’exportation d’huile de palme. Voir Perrot, Claude-Hélène, Fauvelle-Aymar, François-Xavier (dir.),
Le retour des rois. Les autorités traditionnelles et l’Etat en Afrique contemporaine, op. cit., p. 127.
42
Entretien oral avec le Baloum Naaba Tanga II, Ouagadougou, palais du Baloum Naaba, 26 juillet
2004 ; avec le Boussouma Naaba Sonré, Ouagadougou, Assemblée nationale du Faso, 13 juillet 2004.

21
Ces renseignements oraux sont corroborés par les notes prises par les premiers
officiers partis à la découverte de la région. Ainsi, en 1898, le lieutenant Voulet
remarque une « une grande rivière, le marigot de Kassini qui sépare le Mossi du
Gourounsi43 » ; le lieutenant Chanoine, quant à lui, ajoute que le Gourounsi 44 « est
enserré par les deux branches de la Volta : la Volta Blanche qui le sépare à l’est du
Mossi, du Mamprursi [Mamprusi] ; la Volta Noire qui le sépare à l’ouest du pays
des Oulé [Bwa], des Dagaré [Dagara] et du Lobi. La rivière Cassini limite le
Gourounsi au nord ; la rivière Bélélé au sud.45 »
Certes, on pourrait nous objecter que ces militaires utilisent ces limites
naturelles (fleuves, marigots etc.) par facilité, convention ou habitude. Mais, en
1909, Lucien Marc rapporte que ces frontières n’auraient pas été exclusivement
naturelles : « Avec leurs frontières actuelles, les Mossi sont presque partout
séparés par leurs voisins par des bandes de savane inculte de vingt à trente
kilomètres de largeur. Sur un seul point ils sont en contact permanent avec les
primitifs : c’est au Kipirsi dans la partie Ouest du Mossi.46 » Dans un paysage
monotone de savane, les cours d’eau ou les collines servent bien de frontières.
C’est ce que l’on constate dans la région de Kaya (royaume de Boussouma) dont
les habitants s’appuient sur un relief accidenté ainsi que sur une partie de la Volta
Blanche pour matérialiser la frontière avec son encombrant voisin de
Ouagadougou. Pour le Boussouma Naaba 47, les choses sont claires : traverser ces
frontières constituerait un incident diplomatique, pis encore, une déclaration de
guerre ; prétexter ne pas les avoir vues, un mensonge éhonté.
En somme, les royaumes moosé forment des États dont les caractéristiques
coïncident avec la définition qu’en donne l’anthropologue Marc Abélès, soit :

43
Extrait de l’article publié par le lieutenant Voulet : « Au Mossi et au Gourounsi », in Bulletin de la
Société de Géographie commerciale de Paris, Communication du 19 octobre 1897, Paris, tome XIX,
janvier 1898, in Merlet, Annie, Textes anciens sur le Burkina (1853-1897), Sépia, A.D.D.B., Paris-
Ouagadougou, 1995, p. 263.
44
Voir carte p. 35.
45
Extrait de l’article du lieutenant Chanoine : « Mission au Gourounsi », in Bulletin de la société de
Géographie commerciale de Paris, Communication du 19 octobre 1897, tome XIX, janvier 1898, Ibid.,
p. 272.
46
Marc, Lucien, Le Pays Mossi, Paris, éditions Larose, 1909, p. 129.
47
Entretien oral avec le Boussouma Naaba Sonré, du 13 juillet 2004, doc. cit.

22
« 1° L’existence d’une unité politique fondée sur la souveraineté
territoriale »
« 2° Un appareil de gouvernement spécialisé qui détient le monopole
de la violence légitime (la souveraineté) »
« 3° L’existence d’un groupe dirigeant qui se distingue par sa
formation, son
recrutement, son statut du reste de la population et monopolise
l’appareil de contrôle politique. 48 »

Mais en quoi cette situation géopolitique du Moogo conditionne la réaction


des souverains moosé face aux projets coloniaux mis en œuvre dans la région ?

Devant la « force », les souverains ne s’inclinent pas. Le cas du Moogo Naaba de


Ouagadougou sous domination coloniale (1896-1960).

De 1876 à 1880, l’expansion de la France reprend sur le continent africain


après consolidation des ses implantations au Sénégal. Empruntant tout d’abord une
voie de pénétration maritime qui longe le Golfe de Guinée, les conquérants
privilégient dans un second temps un axe terrestre ouest-est qui longe le fleuve
Sénégal vers le Tchad actuel. Les pays de la boucle du Niger auxquels
appartiennent les États moosé, occupent à ce moment l’attention des autorités
militaires. Le gouvernement français, encouragé par la compétition impérialiste
dont la Conférence de Berlin (1884-1885) a été une étape décisive, est bien décidé
à faire sauter le verrou que constituent l’empire de Samory Touré, qui fait écran
entre la Côte-d’Ivoire et le Soudan, ainsi que les possessions d’Ahmadou dans la
vallée du Sénégal. Depuis l’arrivée du colonel Archinard à la tête du
commandement du Haut-Fleuve, la politique française se durcit un peu plus, et les
États d’Ahmadou, puis de Samory, tombent entre 1889 et 1898. En 1893, le
Colonel Archainard s’installe à Bandiagara (actuel Mali), tandis que la résistance
du roi d’Abomey Béhanzin (actuel Bénin) est écrasée. La voie est dégagée pour
l’entrée des troupes d’Infanterie de Marine dans le Moogo. En août 1896, c’est
sous l’impulsion du capitaine Destenave et le commandement des lieutenants

Abélès, Marc, « État », in Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, éd. P.U.F., coll.
48

Quadrige, 2ème édition, 2002, p. 239.

23
Voulet et Chanoine, que le Yatenga est placé sous domination coloniale. Puis vient
le tour du royaume de Ouagadougou, pris sans guère de résistance en septembre de
la même année. Le Moogo Naaba Wobgho (1889-1897) est chassé du pouvoir, puis
remplacé par Naaba Sigiri (1897-1905), qui signe un traité de protectorat le 20
janvier 1897. Le royaume de Boussouma, quant à lui, a eu le malheur de résister, ce
qui lui coûtera très cher par la suite 49.
Devant ce que les Moosé appellent la « force », chacun semble s’incliner. Il
faut en effet peu de temps pour que l’ensemble du Moogo soit occupé par les
militaires français. Dans le même temps, le détachement militaire remplit sa
première mission qui consiste à « faire reconnaître son pouvoir50 ». Les troupes
françaises investissent à cette fin un lieu symbolique, « la place du marché devant
l’habitation du Naba51 », initiative classique qui, comme le souligne Jacques
Frémeaux, « paraît présenter une logique historique et sociologique de nature à
convaincre les indigènes de se résigner à l’inévitable » et constitue « un
avertissement pour qui chercheraient à reprendre les armes.52 » C’est quasiment
sans résistance que le royaume tombe. Le traité de protectorat « sur le Mossi » est
signé à cette occasion par Naaba Sigiri, un homme de paille nommé par le
lieutenant Voulet. Ce souverain, jeune et inexpérimenté, est un spectateur de la
mise en place du pouvoir colonial. Tout joue en effet contre lui. C’est que ce jeune
– trop jeune – Moogo Naaba ne dispose pas du soutien de ses sujets qui le
considèrent comme un usurpateur. De plus, le souverain connaît trop mal ses
adversaires européens pour en deviner les faiblesses.
Pourtant certaines sont de taille, comme la maigreur des effectifs
administratifs pour l’ensemble de la période coloniale. On peut, en effet, estimer
que dans cette région densément peuplée, chaque fonctionnaire, qu’il soit militaire
ou civil à partir de 1909, doit administrer entre 60 et 100.000 Voltaïques. De plus, à
la différence du Sénégal ou du Soudan, cette région est très peu connue des
Européens ; elle est bien loin des centres de décision si l’on considère que le
territoire, enclavé en plein centre de la boucle du Niger, est distant de près de 700
49
Le Boussouma Naaba, Naaba Koom (1890-1908) est destitué, tandis que ses successeurs qui règnent
à Bousouma, se voient écartés des affaires du royaume au profit du Salmatenga Naaba. La capitale de
ce dernier, Kaya, devient en 1923 le chef-lieu de la subdivision regroupant l’ensemble Boulsa, Mané,
Téma et Boussouma.
50
Frémeaux, Jacques, L’Afrique à l’ombre des épées, 1830-1930, S.H.A.T., tome 2 : Officiers
administrateurs et troupes coloniales, 1995, p. 51.
51
S.H.A.T., 5 H 186, Soudan 1, dossier 3, Rapport du Gouverneur du Soudan, 14 octobre 1896.
52
Frémeaux, Jacques, ibid.

24
km de Bamako, chef-lieu du Soudan, 1.100 km de Dakar, Gouvernement général
de l’A.O.F., ou encore de 1.300 km d’Abidjan, chef-lieu de la Côte-d’Ivoire à partir
des années 1930.
De fait, il est facile d’imaginer la lenteur et la difficulté des déplacements
que l’arrivée des voitures Lefèvre à l’extrême fin du XX ème siècle, puis à explosion
dans les années 1920, ou encore du chemin de fer Abidjan-Niger qui n’atteint
Bobo-Dioulasso qu’en 1934 et Ouagadougou en…1954, ne permettent pas de
compenser. Le réseau télégraphique quant à lui ne devient cohérent que dans les
années 1920. Dans ce contexte, les premiers fonctionnaires européens ont bénéficié
d’une importante marge de manœuvre. Le pays moaga a ainsi été un champ
d’expérimentations administratives plus ou moins heureuses, oscillant sans cesse
entre la tentation de l’administration directe et la nécessité de l’administration
indirecte.
Dans le même temps, une partie des grands dignitaires moosé, à commencer
par le successeur de Naaba Sigiri, Naaba Koom II, comprennent quel est le « talon
d’Achille » de l’administration et n’hésitent pas à en exploiter les failles. Ces
hommes politiques, avisés pour certains, comprennent que la mise en place de
l’État colonial se heurte à des faiblesses structurelles auxquelles ils sont sommés de
pallier faute d’aide matérielle conséquente de la Métropole ou de la Fédération.
Tant que leurs intérêts vont dans ce sens, les souverains coopèrent et en tirent des
contreparties non négligeables. Nous y reviendrons plus longuement dans la
quatrième partie de ce travail, mais il faut dès à présent souligner qu’en 1919, après
s’être lourdement acquittés de « l’impôt du sang » versé au cours de la première
guerre mondiale, le Moogo Naaba et ses chefs ont obtenu que le chef-lieu de la
Haute-Volta soit établi à Ouagadougou. Les nanamsé accompagnent alors de façon
volontaire la mise en place d’une administration centralisée qui rejaillit sur le
prestige du Moogo Naaba et qui prolonge une ambition née avant la conquête. La
zone d’influence du royaume ne cesse de s’étendre 53 pendant que, peu à peu, les
nanamsé « noyautent » le Conseil d’administration de la colonie. Devenant les
principaux interlocuteurs « indigènes » auprès des autorités coloniales, les
souverains parviennent à instrumentaliser la « coutume » et plus largement toute
53
On retrouve un cas très similaire au début du XX ème siècle dans le Nord-Nigéria. Laboratoire des
procédés d’administration directe britanniques, l’aristocratie peul parvient à y étendre sa zone
d’influence sur l’ensemble de la Northern Region en investissant les mécanismes économiques et
administratifs nouveaux. En 1908, le roi de Porto-Novo (colonie du Dahomey), promu au titre de « chef
supérieur des territoires du Bénin », voit aussi s’étendre l’assise territoriale de son commandement.

25
forme de savoir sur la région, dans le but d’égaliser le rapport de force qu’ils
entretiennent avec les Européens 54.
Mais les souverains ne sont pas prêts à jouer le jeu du pouvoir à n’importe
quelle condition. Si le développement économique de la région est un objectif
commun, les nanamsé ne renâclent pas à intensifier les transferts de main-d’œuvre
voltaïque vers les grands chantiers aofiens (surtout en direction de la Côte-
d’Ivoire), à encourager la production cotonnière, ou encore à assurer la défense de
cette partie de l’Empire en fournissant des tirailleurs. Mais, si les souverains
estiment que leurs intérêts ne sont pas servis, ils sont également capables d’enrayer
la machine administrative. C’est précisément ce qui se produit après la suppression
de la Haute-Volta en 1932. La période se manifeste par l’hostilité des nanamsé ;
celle-ci prend la forme d’une résistance passive (refus de faciliter l’exécution des
ordres venus d’ « en-haut », de transmettre des informations sur l’état d’esprit des
administrés etc.), et ne s’assouplit qu’avec la création de la Haute-Côte-d’Ivoire
(1938), entité administrative censée préserver les intérêts moosé au sein de
l’ensemble ivoirien55.
Ajoutons que rarement la politique des souverains n’a été consensuelle à
l’égard de l’administration coloniale. Si le Yatenga Naaba milite aux côtés du
Moogo et du Tenkodogo Naaba pour le rétablissement de la Haute-Volta, ceci n’a
pas fait disparaître en lui ce goût délicieux de la séparation administrative d’avec
son rival de Ouagadougou et sa qualité de principal interlocuteur moaga auprès du
Gouvernement du Soudan entre 1932 et 194756. La question de la poursuite de la
centralisation administrative n’est donc pas tranchée, en tout cas, pas de façon
univoque.
54
Cette réinvention de la « tradition » est un enjeu de premier ordre pour les souverains dans la mesure
où les administrateurs s’appuient sur elle pour tracer les limites de cercle, ainsi que pour donner corps
à leur « politique indigène ». Elle prend un relief particulier au moment où l’on discute les modalités
du rattachement des cercles de la Haute-Volta à la Côte-d’Ivoire, au Soudan et au Niger. La version
dominante de l’histoire moaga, telle qu’elle est élaborée à Ouagadougou, renforce ainsi l’image d’un
« bloc » ou « empire » moaga, dont le démantèlement apparaît incongru, et dont le souverain de
Ouagadougou, par sa prétendue position généalogique dans le Moos buudu (descendance des chefs
moosé à partir de l’ancêtre-fondateur), serait la figure principale. Au même moment, un scénario
semblable se produit à Conakry où les chefs revalorisent leurs affiliations généalogiques et
« recréent » de la tradition. Voir Goerg, Odile, « De la tradition niée à la tradition revendiquée. Le cas
des chefs de quartier de Conakry (des années 1880 aux années 1950) », in Perrot, Cl.-H. et alii, Le
retour des rois, op. cit., p. 31. Ces exemples ne sont pas isolés.
55
En 1937, l’administration propose de créer une entité régionale propre au pays moaga rattaché à la
Côte-d’Ivoire : la Haute-Côte-d’Ivoire. Cependant, cette région dont la création ne devient effective
qu’en 1938, ne répond pas aux attentes du souverain ouagalais, qui compte bien redonner à sa capitale
tout l’éclat qui lui était promis dans les jeunes années de la Haute-Volta.
56
Le Yatenga est rattaché à la colonie du Soudan français de 1932 à 1947.

26
Après avoir de nouveau servi l’ « Empire français » pendant la seconde
guerre mondiale, Naaba Koom II puis Sagha II, fidèles à la Métropole, que celle-ci
soit vichyste ou gaulliste, finissent par obtenir le rétablissement de la Haute-Volta
en mai 1947. Á ce moment, le souverain de Ouagadougou jouit d’un prestige
considérable et prétend être la principale personnalité africaine de la Haute-Volta
au grand désarroi des populations non moosé57. La présence des chefs dans les
nouvelles structures de parti est bien réelle. Dès 1945, le Baloum Naaba de
Ouagadougou fonde l’Union pour la défense des intérêts de la Haute-Volta
(U.D.I.H.V.58), un parti au service des intérêts de son souverain, qui contrecarre
pour un temps les ambitions politiques du chef du Rassemblement démocratique
africain (R.D.A.) : Félix Houphouët-Boigny.
Contrairement à l’historien Magloire Somé, selon qui « ces chefs n’ont pas
su s’adapter à la situation politique nouvelle au lendemain de la seconde guerre
mondiale et ont tenu à afficher un traditionalisme qui était en décalage total avec
l’émancipation des élites59 », nous pensons que certains chefs ont su prendre la
mesure des changements politiques profonds qui découlent de la progressive
démocratisation de la vie politique du pays. À l’aube des indépendances, ils sont
encore en mesure de participer de l’intérieur à la vie publique de l’État et, en 1957,
la tentative de putsch menée par le jeune Naaba Kougri contre l’Assemblée
territoriale de Haute-Volta, ne doit pas masquer la vigueur avec laquelle certains
nanamsé continuent de s’immiscer dans les affaires locales, nationales et
internationales du pays jusqu’à aujourd’hui.

Une élite ancienne fortement ancrée dans le champ politique contemporain (1960-
1990)

57
Le timbre reproduit sur la page de garde du mémoire, nous semble significatif des ambitions du
souverain, et de la propagande mise en œuvre avec la complicité de l’administration. On voit, en effet,
se détacher la figure de Naaba Sagha II (1942-1957) sur fond de Haute-Volta ; celui-ci passe ainsi pour
le sauveur de la colonie.
58
Ce parti dont certains dénoncent la nature ethnique, prend le nom d’Union voltaïque (U.V.) en 1946,
puis de Parti social des masses africaines (P.S.E.M.A.), placé en 1954 sous la direction d’un
intellectuel moaga, le docteur Joseph Conombo.
59
Somé, Magloire, « Les chefferies moosé dans la vie politique du Burkina Faso depuis 1945 », in
Perrot, Cl.-H., et alii, Le retour des rois, op. cit., p. 242.

27
« Le soleil ! le soleil ! le soleil des Indépendances maléfiques remplissait
tout un côté du ciel, grillait, assoiffait l’univers pour justifier les malsains orages
des fins d’après-midi60 » s’écrit Fama Doumbouya, prince malien du Horodougou
sorti tout droit de l’imagination du romancier ivoirien Ahmadou Kourouma. Ces
propos sont le reflet poétique de la dureté des rapports entre les nouvelles élites
issues des indépendances dans la plupart des pays ouest-africains avec les élites
anciennes. C’est le cas en Guinée-Conakry, où le président Sékou Touré,
descendant de Samory Touré, mène, de 1957 à 1984, une politique autoritaire
teintée de socialisme. Les autorités « traditionnelles », attaquées de front,
représentent aux yeux du régime les forces centrifuges d’un État dominé par un
parti unique. Il en va de même au Bénin, voisin du Burkina, où l’action du
président Mathieu Kérékou ne souffre d’aucune équivoque. Á partir de 1975, le
président lance la « lutte anti-féodale » à l’encontre des forces anciennes. Selon le
chef d’État béninois, ces autorités, volontiers taxées d’ « obscurantistes » ou de
« rétrogrades », constituent un véritable obstacle à la mise en place d’une politique
d’inspiration marxiste-léniniste. Ce combat se traduit par une lourde vague
répressive qui frappe les « chefs traditionnels » tout comme ceux – et ils semblent
nombreux – qui les soutiennent. Le président béninois espère ainsi éviter les
déboires du curieux système « tripartite », mis en place en 1970, qui établit une
présidence tournante afin de « résoudre le nœud inextricable des rivalités à la fois
personnelles et tribales opposant MM. Apithy, Ahomadegbé et Maga, descendants
plus ou moins tous trois des anciennes familles régnantes de leur région
d’implantation 61».
Au Ghana, pays dont on connaît la proximité historique avec le Moogo, la
situation semble moins claire. C’est que Kwame N’Krumah, président de 1957 à
1966 et ami de Sékou Touré, mène une politique plus pragmatique à l’égard de
l’aristocratie akan. Considérant que celle-ci est un obstacle au progrès, il tente de la
soumettre au pouvoir central ; mais dans le même temps, ces élites anciennes sont
associées à l’action de l’État à condition qu’elles se familiarisent avec les pratiques
de gestion bureaucratique du territoire. En outre, le président ghanéen leur accorde
une place institutionnelle par la création – au niveau régional – d’une House of
60
Kourouma, Ahmadou, Les soleils des indépendances, Paris, 1970, éd. du Seuil, coll. « Points », p. 11.
61
Coquery-Vidrovitch, Catherine, Afrique noire. Permanences et ruptures, Paris, éd. l’Harmattan, 2è
éd., 1992, p. 131.

28
Chiefs (« Chambre des Chefs »). En 1966, le régime militaire qui s’est emparé du
pouvoir, revalorise le prestige de la « chefferie ». En 1979, Jerry Rawlings autorise
les autorités « traditionnelles » à régler en interne les problèmes de succession.
Cette politique plus équilibrée que celles mises en oeuvre en Guinée, au Bénin, où
au Mali, se rapproche de l’initiative opportuniste du président ivoirien Félix
Houphouët-Boigny.
Á partir de 1946, date de création du R.D.A., celui-ci joue sur deux tableaux
selon les intérêts du moment : celui de la « tradition » d’une part, et de la
« modernité » d’autre part. Mettant à profit ses liens de parenté avec l’aristocratie
baoulé, ainsi que son expérience d’administrateur provincial sous la domination
coloniale, Houphouët-Boigny donne corps à un « métissage linguistique et
idéologique » - « bricolage » qui atteint parfois le génie – dans le cas
d’Houphouët-Boigny62» comme l’estime Catherine Coquery-Vidrovitch.
Ces trajectoires politiques nous semblent intéressantes dans la mesure où les
voisins de l’actuel Burkina engagent des politiques qui sont connues des élites
voltaïques, que celles-ci soient anciennes ou nouvelles. Ces expériences fournissent
autant d’alternatives dont le nouveau régime voltaïque peut s’inspirer après 1960
pour accomplir son propre parcours de formation de l’État.
En Haute-Volta, l’indépendance se déroule dans un climat d’incertitudes
pour les nouvelles élites. D’abord parce que, dans le monde du pouvoir ancien,
elles ne sont rien d’autre que des « roturiers » (talsé). Ne pouvant espérer aucune
place dans les cadres hiérarchiques anciens, ces élites ont connu une ascension sous
la tutelle d’une administration coloniale dont les sociétés africaines semblent alors
heureuses de se débarrasser. De nouveau « en famille », les élites nouvelles, pas
plus que les rois, ne sont protégées par l’ancienne puissance coloniale. Devant la
crainte d’un règlement de compte politique qui doit, au final, sanctionner la
maîtrise de l’administration territoriale, les chefs d’État durcissent leur politique à
l’égard des souverains. Le premier président de la Haute-Volta, Maurice Yaméogo,
ne fait pas autre chose, lui qui se souvient si bien du putsch fomenté en octobre
1958 par Naaba Kougri (1957-1982). Dès lors, tout se passe comme si, à l’image
des officiers français de la conquête, le chef d’État n’avait qu’une seule priorité :
faire reconnaître sa souveraineté et administrer « directement » la Haute-Volta.

62
Coquery-Vidrovitch, Catherine, Afrique noire, op. cit., 1992, p. 131.

29
Une série de mesures vexatoires sont ainsi prises tout au long de son mandat
(1960 à 1966). Un décret présidentiel du 3 février 1962 abolit le port de tout signe
distinctif de la royauté : bracelets royaux, pagnes de couleur etc. En 1964, le
président tente d’étouffer les institutions moosé en interdisant le remplacement des
commandements vacants en-dehors du cadre d’élections villageoises. En 1965, une
disposition – éphémère – est prise afin de supprimer le traitement des chefs à moins
que ceux-ci n’occupent une fonction administrative. Dans le même temps, les
dignitaires moosé sont l’objet d’une étroite surveillance ; en témoigne les services
de sûreté intérieure qui, en 1965, se font l’écho d’une discrète réunion d’influents
nanamsé semblant intriguer contre le pouvoir central. L’un d’eux n’a-t-il pas
demandé si « le MAURICE [Yaméogo] là vit toujours ? 63» ? En 1966, le régime de
Yaméogo est renversé.
Á partir de ce moment, les relations entre les chefs d’État et les souverains
moosé vont emprunter des cours très sinueux. Ils s’assouplissent néanmoins sous le
régime militaire de 1966 à 1970, et en 1980. Á ce moment, la chefferie est en effet
officiellement reconnue. Mais tout se complique à nouveau sous le régime
d’inspiration socialiste du Capitaine Thomas Sankara (1983-1987). Le programme
révolutionnaire dont il est la figure charismatique vise à faire table-rase du passé
colonial64, mais aussi à « libérer » les populations voltaïques du « joug » des
autorités anciennes. Une véritable guerre sans nom est entreprise avec Naaba
Kugri, qui se voit privé d’électricité et, plus généralement, de toute aide matérielle
de l’État. Certainement trop ambitieux, Sankara ne prend pas la mesure de la force
d’inertie qui accompagne les institutions anciennes, et est renversé par son second,
Blaise Compaoré, actuel président du Burkina. Cet homme d’État, fort de
l’expérience acquise par son prédécesseur, n’entend pas reproduire les mêmes
erreurs et consent à « normaliser » ses relations avec les nanamsé. Cette politique
de rapprochement est essentiellement mise en œuvre à partir de 1990, date où une
élection pour le moins contestable inaugure le « règne personnel » de Blaise
Compaoré.
Il n’en demeure pas moins que, de 1960 à nos jours, aucune constitution
n’accorde de place à la « chefferie ». En revanche, si le corps royal en tant que tel
63
A.N.F., 7V 162, Fiche de renseignement sur les « activités du Moro-Naba Kougri », Direction des
services de la sécurité, Ouagadougou, 22 mars 1965. Voir sixième partie, p. 221.
64
Ceci explique la décision symbolique prise en 1984 de transformer le nom de Haute-Volta aux
consonances coloniales en « Burkina Faso », « Pays des hommes intègres » dans la langue moaga et
dioula.

30
se voit refuser tout rôle actif dans les structures officielles de l’État, qu’elles soient
administratives ou représentatives, rien ne leur est interdit en qualité de « simple »
citoyen. Mais que signifie « simple » lorsque l’on mesure la forte influence dont
jouissent les nanamsé sur les populations rurales? La population moaga étant
estimée à environ 5 millions d’âmes sur un total d’environ 11 millions de
Burkinabè, il est aisé de comprendre que, décidément, le naaba n’est pas un
citoyen ordinaire…surtout en période électorale ! En attendant que l’État puisse
structurellement étendre son influence sur tout le territoire, surtout à l’échelle
locale, le relais de la propagande d’État par la royauté, leader d’opinion, supplée
bon gré mal gré les carences de la Radio-télévision burkinabè, chaîne d’information
officielle, ou de la faiblesse de la presse écrite qui, bien que relativement libre de
ton, n’est guère lue dans un pays où le taux d’analphabétisme atteint des sommets.
Ajoutons qu’un souverain comme le Moogo Naaba de Ouagadougou, joue encore
une fonction diplomatique non-négligeable à travers l’importante communauté
moaga présente en Côte-d’Ivoire et ses rapports privilégiés avec l’Asanthene
(souverain asante) du voisin ghanéen. Les liens entre rois ont pu faciliter les
rapports entre les deux États comme l’attestent les compte-rendus des voyages
officiels du Moogo Naaba de 1977 à 2002.
Et si les nanamsé ne jouissent d’aucune place institutionnelle propre, ceci
n’est pas pour déplaire à certains chefs comme le Baloum Naaba de Ouagadougou
car, comme ce haut-dignitaire le rappelle avec justesse, « à quel ministère serions-
nous rattachés ? L’Intérieur ? La Culture ?65 ». Certains chefs préfèrent à cela le
flou constitutionnel qui leur laisse une plus grande liberté d’action 66 tandis que des
nanamsé parviennent à occuper certains sièges à l’Assemblée nationale 67. La
position des nanamsé face à l’État n’est donc pas univoque. Peut-être s’agit-il pour
la Cour de Ouagadougou de tester toutes les options et de mettre de côté un
maximum de solutions alternatives aux blocages que pourrait rencontrer sa volonté
de maintien au centre du jeu politique. Les élites anciennes peuvent donc jouer le

65
Entretien oral avec le Baloum Naaba Tanga II, Ouagadougou, palais du Baloum Naaba, 26 juillet
2004.
66
L’exemple ghanéen est éloquent. En 1992, la Constitution du pays accorde une place aux autorités
« traditionnelles » dans le processus de décentralisation. Mais peu à peu, celles-ci sont chassées de la
sphère administrative, et ne peuvent prendre part aux luttes de partis. La Constitution est donc un moyen
trouvé par l’État afin de contrôler les autorités anciennes tout en feignant le rapprochement.
67
C’est le cas du Larlé Naaba de Ouagadougou, député du C.D.P. (Comité pour la Démocratie et le
Progrès), parti majoritaire soutenant le président Compaoré, tout comme du Boussouma Naaba, député
P.D.P.-P.S. (Parti pour la Démocratie et le Progrès- Parti socialiste) de l’opposition.

31
jeu du régime ou contribuer à gripper la machine étatique. Par conséquent, la
contribution des nanamsé à l’émergence du Burkina doit être envisagée avec
circonspection et esprit de nuance.

32
Carte n° 1

Carte n° 2

33
34
Carte n° 3

Izard, Michel, Le Yatenga précolonial, éd. Karthala, Paris, 1985, p. 136.

35
DEUXIÈME PARTIE

LES MOYENS DE LA RECHERCHE

36
Les instruments de recherche

37
Notre étude s’appuie sur un large corpus de documents écrits, ce qui pose ce
premier problème au chercheur : reconnaître et recenser les sources et les études
qu’il juge utiles. Ce travail est facilité par l’existence de bibliographies et
d’inventaires d’archives dont il faut d’entrée de jeu souligner l’inégale qualité.

Bibliographies, catalogues inventaires

Commençons par les bibliographies. Il ne nous semble pas utile de présenter les
recensements effectués pour l’ensemble du continent africain – ils sont bien connus
–, nous nous intéresserons donc aux bibliographies régionales, et en particulier à
celles consacrées à l’actuel Burkina Faso. Et l’on est frappé, au premier abord, par
leur faible nombre. Seuls deux ouvrages publiés dans les années 1960 par Michel
Izard et Françoise Héritier peuvent êtres consultés avec profit. S’ils sont utiles pour
les travaux portant sur la période coloniale et pré-coloniale, en revanche, il faut
s’en remettre aux références citées dans les publications parues récemment pour la
période postérieure. Parmi celles-ci, on retiendra la bibliographie fournie une fois
de plus par Michel Izard dans son dernier ouvrage consacré au Moogo68, ainsi que
celles fournies dans les deux dernières études d’ensemble sur l’histoire du Burkina
Faso69. Une réactualisation des bibliographies existantes est donc attendue.
Les inventaires laissent également à désirer à l’exception notable de l’état des
fonds d’archives conservés en France. En effet, les inventaires sont en général
remarquablement détaillés et analytiques dans la plupart des cas. Ils donnent donc
une idée précise du contenu des pièces disponibles. Ceci est largement dû au travail
d’un archiviste français, Jacques Charpy70, et Sénégalais, Abdoulay Gamby
N’Diaye71, qui ont tous deux recensé avec précision les fonds de l’importante
« série G » (A.O.F., administration générale, affaires politiques), anciennement
détenus à Dakar, siège du Gouvernement général.
La qualité des inventaires consacrés aux archives locales du Burkina n’a, en
revanche, pas cessé de nous surprendre. Si dans un proche passé, l’historien
spécialiste du Burkina devait ses trouvailles archivistiques au hasard, qu’il soit sûr,

68
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit.
69
Massa, Gabriel, Madiéga Y. Georges, La Haute-Volta coloniale. Témoignages, recherches, regards,
Paris, éd. Karthala, 1995, 677 p. ; Madiéga, Y. Georges, Nao, Oumarou, (dir.), Burkina Faso, cent ans
d’histoire, 1895-1995, tomes 1 et 2, Paris-Ouagadougou, Ed. Karthala/ P.U.O., 2003, 2206 p.
70
Voir bibliographie, p. 135.
71
Ibid.

38
à présent, de ne rien sacrifier à ce charme. Certes, les premiers inventaires, réalisés
très récemment, se présentent sous forme analytique, carton par carton ; mais dans
bien des cas, ils ne rendent pas compte du contenu des documents. Un responsable
des archives explique cette situation par la recherche d’économies qui a amenée des
étudiants bénévoles à s’improviser archivistes. La meilleure façon de contenter son
désir de bien faire consiste donc à fouiller soi-même les cartons en se prémunissant
de courage : à l’historien succède ainsi l’archéologue-archiviste...
Enfin, signalons l’existence d’un inventaire que nous n’avons toujours pas pu
consulter, celui des archives des Pères Blancs (A.P.B.), dont nous montrerons plus
loin l’importance. Celui-ci recense toutes les pièces écrites et imprimées, ainsi que
la liste quasi exhaustive des cartes et plans produits ou utilisés par les missionnaires
à Ouagadougou, essentiellement pendant la période coloniale. Ajoutons que la
présence d’archives disséminées en Europe, ainsi qu’aux États-Unis, nous amène à
rechercher leurs inventaires, ce que nous n’avons pas pu faire à ce jour.

Cartographie, atlas

Il convient de rappeler la nécessité de travailler avec des instruments


cartographiques, dans la mesure où l’espace est une dimension essentielle pour la
compréhension du phénomène colonial. En effet, les territoires mis en place par les
diverses administrations européennes, sont en constante mutation : la création
(1919), suppression (1932), puis rétablissement de la colonie de Haute-Volta
(1947), en est un parfait exemple. De plus, ces colonies sont toutes solidaires les
unes des autres, qu’elles soient sous domination française, britannique ou
allemande. Ceci tient en grande partie aux déplacements des populations, aux
bouleversements géopolitiques (conquêtes, voisinage de puissances antagonistes
etc.), ainsi qu’aux flux économiques dont la Haute-Volta est témoin. Cette
constatation a, du reste, amené certains chercheurs à considérer le phénomène
colonial comme une étape majeure dans le processus de mondialisation dont il est
tant question aujourd’hui72. Nous verrons que cette orientation historiographique
guide en partie notre recherche.

Voir Frémeaux, Jacques, Les empires coloniaux dans le processus de mondialisation, Paris,
72

Maisonneuve et Larose, 2002, 389 p.

39
Parmi ces instruments, citons l’atlas de référence réalisé sous la direction de J.-
F. Ade Ajayi, et M. Crowder73, ainsi que les cartes plus récentes réalisées
conjointement par l’Institut géographique national (I.G.N.), ainsi que l’Institut
géographique burkinabè (I.G.B.), qui nous ont permis de dresser les cartes des
cercles voltaïques à partir des répertoires alphabétiques des villages les
composant74.

Dictionnaires, grammaires

Notre étude met en lumière certaines étapes de l’histoire contemporaine du


Burkina Faso, vues à travers deux perspectives : celle des Européens, mais aussi
des Moosé, si bien qu’un des points forts de notre travail consiste tout
naturellement à cerner de quelle façon ces sociétés africaines envisagent leur
rapport au pouvoir. Ceci suppose une connaissance suffisante de la langue locale
(le mooré), et surtout une fine analyse du vocabulaire politique moaga. Ceci ne
peut évidemment se faire sans outil linguistique approprié.
Nous avons à notre disposition un seul dictionnaire de référence publié par le
Révérend-Père Alexandre en 1953. Ce document est donc ancien et n’a pas été
réédité à ce jour, encore moins actualisé. De plus, il ne rend pas précisément
compte de la diversité linguistique du Moogo, qui connaît plusieurs dialectes,
certes très proches les uns des autres, mais parfois très différents lorsque l’on
touche au monde du pouvoir. Néanmoins, cet ouvrage est indispensable et rend
possible une analyse sémantique comparée du langage politique moaga et français.
Depuis, le département de linguistique de Ouagadougou a publié des fascicules qui
permettent de se familiariser avec la grammaire moaga75, ce qui ne réduit
aucunement les difficultés d’apprentissage d’une langue « à ton » pour tout
chercheur éloigné de son terrain d’investigation.

73
Ade Ajayi, J.-F., et Crowder, M., Atlas historique de l’Afrique, Paris, éd. du Jaguar, 1988, 174 p.
74
Gouvernement général de l’A.O.F., Colonie de Haute-Volta : répertoire alphabétique des cercles,
subdivisions, provinces, cantons et villages de la colonie, Ouagadougou, Imprimerie officielle du
Gouvernement de la Haute-Volta, 1923, 110 p. ; Répertoire général des localités de l’A.O.F. classées
par ordre alphabétique dans chaque colonie, Gorée, Imprimerie du Gouvernement Général, tome IV :
« Haute-Volta », 1927, 66 p.
75
Kinda, Jules, Moore langue vivante, Université de Ouagadougou, Département de linguistique, 3è
éd., juin 2003, 127 p.

40
En dernier lieu, nous souhaitons insister sur les services rendus par les
dictionnaires de philosophie et d’anthropologie ; disciplines qui permettent de
mettre à profit les outils conceptuels propres à enrichir une étude qui doit beaucoup
à la pluridisciplinarité comme nous aurons soin de le prouver.

Bibliothèques, centres de recherche et de documentation

Toutes les bibliothèques fréquentées l’ont été en France, et avant tout à Paris.
Trois méritent une mention particulière, puisque l’on y trouve une quantité
importante de publications relatives à ce qu’il est convenu d’appeler l’ « Outre-
mer ». Il s’agit tout d’abord de la Documentation française 76, où est déposé un
ensemble très riche de travaux réunis par les membres de l’ancien Comité de
l’Afrique française. Ceci explique que l’on y trouve un grand nombre d’ouvrages et
de périodiques coloniaux, ainsi que des travaux récents consacrés à l’Afrique. Cette
masse documentaire peut être complétée avec profit par les ressources de la
bibliothèque de l’Académie des sciences d’Outre-mer77, ainsi que la Bibliothèque
de documentation internationale contemporaine (B.D.I.C.) à Nanterre,
essentiellement pour les documents postérieurs à 1920, et en particulier pour les
périodiques, dont le journal Le Monde.
Signalons que de nombreux documents concernant le continent africain sont
déposés au Laboratoire d’anthropologie sociale 78, qui rassemble une quantité
importante d’ouvrages relatifs au Burkina, et en particulier aux Moosé. On y trouve
des périodiques à vocation sociologique ou anthropologique comme la revue
L’Homme ou le Journal de la Société des africanistes. Reste à citer la bibliothèque
du Centre d’études africaines de Paris I79 (C.R.A.), du Centre d’études africaines de
l’École des hautes études en sciences sociales 80 (E.H.E.S.S.), et bien évidemment
de la Bibliothèque nationale de France (B.N.F.), qui possède une grande quantité de
cartes, plans et documents iconographiques intéressants le Burkina. Enfin, il ne faut
pas négliger le Centre des Hautes études d’administration musulmane

76
Ancien C.E.D.A.O.M. (Centre d’Etudes et de Documentation sur l’Afrique et l’Outre-mer), 31, quai
Voltaire, Paris.
77
Rue La Pérouse, Paris.
78
Collège de France, 51, rue du cardinal Lemoine, Paris.
79
9, rue Malher, Paris.
80
54, bd Raspail, Paris.

41
(C.H.E.A.M.), devenu Centre des Hautes études sur l’Afrique et l’Asie 81, où l’on
trouve les fameux mémoires produits par cette institution.
Les centres de recherche, eux, ne sont hélas pas aussi centralisés. Ils sont au
contraire disséminés un peu partout en Europe, en Afrique et aux États-Unis. En
France, les deux dépôts d’archives coloniales les plus importants se trouvent au
Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales 82 (C.A.R.A.N.) à Paris,
ainsi qu’au Centre d’Archives d’Outre-mer (C.A.O.M.) à Aix-en-Provence.
Nous trouvons au C.A.R.A.N. une partie des archives conservées à Dakar et
microfilmées à partir de 1960, ainsi que les archives du Ministère de la France
d’Outre-mer qui y sont déposées depuis 1961. Ce centre de recherche permet de
rassembler un précieux corpus de documents, surtout ceux classés dans la série
« G ». Ils concernent donc avant tout la période coloniale. Ces fonds doivent être
complétés par ceux du C.A.O.M. (section Outre-mer des Archives nationales).
Nous y avons essentiellement trouvé les archives des pays voltaïques rattachés aux
colonies de Côte-d’Ivoire, du Soudan français et du Niger de 1932 à 1947, qui
manquaient à Paris et, point intéressant, de rares archives produites pendant la
seconde guerre mondiale. On peut enfin consulter les rapports des commissions
d’enquête en activité dans les territoires d’Outre-mer. Les originaux, quant à eux,
sont conservés aux Archives nationales du Sénégal (A.N.S.) à Dakar, qui possèdent
un riche ensemble de documents concernant l’A.O.F. pour la période 1895-1959,
mais également de précieuses monographies manuscrites sur le pays moaga,
rédigées au début du XXème siècle par des officiers coloniaux. Remarquons que
celles-ci n’ont jamais été publiées ou reprographiées.
Toujours en France, le Service Historique de l’Armée de Terre (S.H.A.T.) à
Vincennes offre de nombreux documents centrés sur les activités militaires
françaises dans la région, l’administration des cercles voltaïques jusqu’en 1909,
ainsi que la coopération militaire après 1960. Ces archives peuvent être complétées
par les fonds déposés au C.H.E.T.O.M. à Fréjus, où l’on retrouve les rapports
originaux relatifs à la conquête du Moogo (1895-1897). Enfin, des documents
cartographiques peuvent être consultés auprès de l’I.G.N. à Saint-Mandé.
La colonie de Haute-Volta étant entourée par le Togo allemand et la Gold Coast
britannique (actuel Ghana), des fonds la concernant sont, par conséquent,

81
13, rue Dufour, Paris.
82
11, rue des Quatre-fils, Paris.

42
disponibles à la Bundesarchiv allemande (Berlin et Coblence), ainsi qu’au Public
Record Office et au Foreign Office (Londres).
En Afrique, les sources sont dispersées, ce qui semble bien être le « reflet de
l’évolution d’un territoire au sein de l’A.O.F. 83 » pour reprendre l’expression de
l’historien burkinabè Claude Sissao. En effet, les constantes modifications de
l’assise territoriale des États sous domination coloniale expliquent le
« nomadisme » des centres de production d’archives un peu partout dans la sous-
région. Commençons par les archives conservées au Burkina. La création des
archives nationales (Ouagadougou), programmée dès 1960 sous prétexte
d’incidents frontaliers avec le Mali, n’est intervenue qu’en 1999. Cette institution
est rattachée à la Présidence du Faso qui y a transféré l’essentiel de ses fonds. Il
s’agit d’un ensemble très hétérogène, intéressant le territoire national et, au vu de
notre orientation de recherche, une majorité de documents postérieurs à 1960. Une
opération de transfert des archives déposées dans les pays voisins est en cours. Il
faut donc encore patienter et se rendre « à la source », notamment aux Archives de
Côte-d’Ivoire (A.N.C.I.) à Abidjan pour les documents consacrés aux cercles
voltaïques rattachés à la Côte-d’Ivoire de 1932 à 1947. Il en va de même pour les
fonds conservés aux Archives nationales du Mali (A.N.M.), qui paraissent bien
classés malgré la faiblesse des moyens dont dispose l’institution.
La ville de Ouagadougou offre d’autres centres d’archives moins connus. Nous
pensons en particulier aux archives de l’Assemblée nationale du Faso (A.N.F.) pour
la période 1945-1990, à la Mission catholique (Archevêché de Ouagadougou), qui
réunit les documents produits par les Pères Blancs dans la région, de l’ouverture de
la Mission (début du XXème siècle) jusqu’à l’indépendance, et enfin aux sièges des
grands quotidiens nationaux dont L’Observateur Paalga, Sidwaya.
Précisément, une grande partie des archives que nous passerons en revue, est
détenue à la Maison Généralice des Pères Blancs, jadis « Maison carrée », à Alger.
Ces documents ont été transférés84 à Rome en 1956. On y trouve pas moins de
2.500 manuscrits sur le Burkina, archives imprimées et produites par les Pères
Blancs, ainsi qu’une centaine de cartes et plus de 2.000 photographies du début du
siècle jusqu’à 197085.

83
Madiéga, Y. Georges, Nao, Oumarou, (dir.), Burkina Faso, cent ans d’histoire, op. cit., p. 73.
84
269, via Aurelia, Rome.
85
Voir Ouédraogo Didier, « Panorama des institutions archivistiques étrangères dépositaires de sources
de l’histoire du Burkina Faso », in Burkina Faso, cent ans d’histoire, op. cit., pp. 61-71.

43
N’oublions pas les archives audiovisuelles, et en particulier les films
documentaires, qui peuvent être consultés au Musée de l’Homme auprès du Comité
du film ethnographique, ainsi qu’au Centre de Documentation sur la Coopération 86,
qui dispose d’environ 5.000 films et de nombreux clichés sur l’Afrique noire et
Madagascar.

Présentation critique des sources


Problèmes d’accès et de conservation

Comme nous l’avons constaté, l’éparpillement des sources est un épineux


problème. Le recensement des divers fonds documentaires et archivistiques est
dévoreur de temps, leur consultation l’est davantage encore. Leur dépouillement
nécessite des moyens financiers conséquents, afin de réaliser les fréquents
déplacement à l’étranger que cette situation implique. Un autre problème d’accès
aux sources est posé par les fréquents remous politiques qui agitent la sous-région.
Nous pensons tout particulièrement au cas de la crise ivoirienne, qui rend
actuellement très incertain tout déplacement aux A.N.C.I. Les fonds qui y sont
détenus sont pourtant d’un grand intérêt pour notre période si l’on considère les
liens historiques étroits qui unissent les deux pays.
Enfin, certains documents ne sont pas, ou difficilement, consultables en raison
de leur caractère confidentiel et de la nécessité d’obtenir les dérogations qui en
découle. Ce problème s’est notamment posé au C.A.O.M. pour les archives
relatives aux opérations électorales en A.O.F. après 1945, et surtout à la
surveillance du Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A.). Il faut cependant
souligner qu’à notre grande surprise, des rapports politiques récents, pourtant
classés « très confidentiels », et émanant du Ministère de l’Intérieur et de la
Sécurité burkinabè, nous ont été communiqués sans la moindre difficulté. Ils nous a
même été possible d’en réaliser toutes les copies que nous souhaitions.
Après avoir levé ces problèmes d’accès, l’historien doit encore constater le
mauvais état de conservation des archives déposées au Burkina. C’est que les
documents ont subi diverses dégradations. Celles-ci sont souvent dues au climat et
à la poussière. Une quantité assez importante de papiers est ainsi rongée. Mais ces
dégradations peuvent aussi être volontaires, comme celles réalisées sous la
86
7bis, rue Huysmans, Paris.

44
révolution sankariste (1983-1987). En effet, ne dit on pas que certains documents
ont servi à caler les bureaux bancals de l’administration ? Il en résulte que les
documents antérieurs à 1960, plus fragiles que les autres, sont parfois illisibles.
Il s’agit bien d’un moindre mal si l’on considère l’ampleur relative de la perte
de certains fonds, du moins cette perte est-elle présumée. C’est le cas des archives
de l’ancien Centre national de la recherche scientifique et technique au Burkina
(C.N.R.S.T.), qui étaient classées par cercle et par thème, et dont nous avons
actuellement perdu la trace. Selon Annie Duperray, spécialiste de l’histoire du
Burkina, les archives coloniales rédigées dans les postes de la colonie ont été
conservées dans leur grande majorité. Nous ne les avons pourtant jamais eu sous
les yeux. Si l’écrivain malien Amadou Hampâté-Bâ a très justement alerté l’opinion
quant à la perte des sources orales africaines (« Quand un vieillard meurt, c’est une
bibliothèque qui disparaît »), il faudrait également ajouter que, désormais, les
bibliothèques sont elles-même menacées.
Un dernier problème d’accès aux sources tient à leur propre nature : il s’agit des
documents personnels, détenus – pour ce qui nous concerne – soit à la Cour des
hauts-dignitaires moosé (photographies, imprimés divers), soit par des chercheurs
comme l’historien burkinabè Albert Salfo Balima 87, membre de l’Académie des
Sciences d’Outre-mer, qui possède un important fonds documentaire partiellement
publié88.

Sources écrites

Les sources écrites disponibles sont très variées. Il s’agit de récits de voyage, de
monographies, de rapports administratifs, de périodiques ou encore de romans.
Mais, incontestablement, la masse documentaire la mieux représentée au regard de
notre étude est celle des nombreux rapports administratifs produits par les
fonctionnaires français puis africains.
Ces archives, rédigées par les chefs de poste, de subdivision, de cercle, de la
colonie ou de la Fédération, donnent généralement un aperçu du climat politique
ambiant, des religions, de la sa situation démographique, économique ou encore de
87
M. Balima est disposé à communiquer ses sources, et a rendu publiques ses coordonnées à l’attention
des chercheurs souhaitant obtenir ces documents. Il a été prévu que ces fonds soient reversés à terme aux
Archives nationales du Burkina.
88
Balima, Salfo-Albert, Les tribulations d’un Blanc au service des Noirs : le colonel Michel Dorange au
Burkina Faso, Ouagadougou, éd. Dimensions Services, 1997, 107 p.

45
l’histoire du peuplement. Produits périodiquement (les rapports en question sont
annuels, semestriels, trimestriels ou mensuels), classés selon l’étendue de la zone
intéressée (rapports d’ensemble, de cercle, de subdivision), ces documents sont
principalement destinés au Gouvernement général de l’A.O.F. à Dakar dans le but
d’en réaliser des synthèses expédiées à leur tour en Métropole à destination du
ministre des Colonies ou de l’Outre-mer. Ceci explique que ces archives, du moins
les originaux, se trouvent à Dakar sous la cote « G », et en particulier « 2 G » pour
le cas spécifique de la Haute-Volta 89. Les rapports ou courriers empruntant le
chemin inverse de la France, vers le Gouvernement général de la Fédération, des
colonies, puis des cercles, sont plus difficiles à se procurer, car éparpillés un peu
partout sur le continent comme nous avons eu l’occasion de le signaler plus haut.
Peu après l’indépendance, l’administration voltaïque a conservé en grande
partie les structures, ainsi que le mode de fonctionnement de son homologue
française. Les divisions administratives, notamment les cercles, sont restées en
place assez longtemps. Il ne faut donc pas être surpris de voir dans les documents
coloniaux et post-coloniaux de nombreuses ressemblances.
Ces sources officielles, à la fois françaises et voltaïques, sont particulièrement
précieuses, car elles constituent en général la seule trace écrite qui puisse nous
permettre de dresser l’histoire de l’ensemble de la période. On imagine cependant
la nécessité qu’il y a à les compléter avec des sources de différente nature. En effet,
celles que nous avons évoquées plus haut ne reflètent jamais que le point de vue de
l’administration coloniale qui n’hésite pas à déformer la réalité à son avantage. Les
exemples sont nombreux, cela passe des zones en crise décrites comme « calmes »,
à toute une littérature du « progrès » et du « bienfait » qui découlerait de l’ordre
colonial, en passant par la « mise au pas » et la « passivité » d’une « chefferie » qui
n’en finirait plus de subir le nouveau régime politique. Certains fonctionnaires
hésitent bien souvent à tenir informé le gouverneur général des échecs rencontrés
par leur administration, ou le tiennent délibérément dans l’ignorance de leur
politique par esprit d’indépendance, particulièrement sous le régime militaire
(1896-1909). Nous pouvons ainsi expliquer certains silences, certes très instructifs,
mais souvent difficiles à interpréter.
Selon toute vraisemblance, ces rapports ne sont cependant pas tous frappés du
sceau de la subjectivité ; nous pensons aux rapports produits par des fonctionnaires
89
Voir la liste détaillée des sources, cinquième partie, p. 160.

46
qui font l’aveu de leur échec, de leur impuissance (nous pensons à leur incapacité à
enrayer les soulèvements voltaïques avant 1918), ou encore de la « sinistrose » qui
suit les premiers signes de dépression économique en Haute-Volta à partir de 1931.
Mais ces analyses peuvent aussi se révéler très clairvoyantes et mettre en lumière la
curiosité de certains fonctionnaires coloniaux au sujet de la vie sociale, culturelle
ou politique de leur région de rattachement. Enfin, les antagonismes – voire les
franches rivalités – qui opposent les administrateurs simultanément en fonction ou
qui se succèdent, permettent d’obtenir des points de vue contradictoires sur certains
évènements (on pense notamment au cas des tensions qui divisent l’administration
civile et militaire au début du siècle, ou encore aux lignes très sévères rendues par
certains inspecteurs coloniaux à l’égard des fonctionnaires visités.)
Ces sources peuvent être complétées par les Journaux officiels (J.O.) des
colonies, de l’A.O.F. et de la République française, qui permettent de comprendre
le soubassement législatif et institutionnel sur lequel prennent forme les
évènements dont il est fait allusion dans les rapports administratifs.
L’ensemble des documents dont nous venons de parler sont très formels, ceci se
ressent notamment dans le style souvent stéréotypé qui s’en dégage. Il y a donc
grand intérêt à consulter les études réalisées par des officiers ou administrateurs
« éclairés », dont la forme est souvent plus libre. Deux types d’études nous
paraissent représentatifs de ce courant ethnographique qui part à la connaissance de
l’Afrique : le récit de voyage et la monographie, tous deux rédigés essentiellement
entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème en ce qui concerne les pays
voltaïques.
Les récits de voyage quant à eux sont l’œuvre d’explorateurs militaires, à
l’image du capitaine d’Infanterie de Marine Gustave Binger, auteur Du Niger au
golfe de Guinée en 1892. Ces études répondent à plusieurs attentes ; tout d’abord
établir des itinéraires possibles afin de préparer une éventuelle pénétration dans la
région : l’explorateur est éclaireur. Puis, dresser une évaluation des ressources
naturelles des pays conquis : l’explorateur est naturaliste. Enfin, donner l’idée la
plus précise possible des structures sociales et politiques dans le but d’en tirer parti
au moment de la conquête : l’explorateur est aussi ethnologue. Par conséquent, il
convient de ne pas passer à côté de la dimension politique de ces voyages, ce qui
n’oblitère pas nécessairement l’authentique curiosité de leur auteur. Cette
dimension est essentielle si l’on considère que l’on demande aux explorateurs

47
Binger et Voulet90 de passer des traités de protectorat dans les régions visitées.
Leurs récits rendent bien compte de cette volonté de découvrir les personnalités les
plus accommodantes, à qui les officiers pourraient un jour demander de faciliter
l’administration des pays conquis.
Mais rendons justice au récit de Binger, car celui-ci est – jusqu’à nos jours –
un ouvrage de référence pour l’histoire pré-coloniale des pays moosé. En effet,
l’auteur a donné dans ce livre une description remarquablement fine des sociétés
avec lesquelles il est entré en contact, même si sa vision du Moogo nous semble
particulièrement catastrophiste, certainement en raison de l’accueil pour le moins
glacial qui lui a été réservé à Ouagadougou…Cet officier se distingue de la plupart
des auteurs de récits de voyage, tributaires des informations de seconde main
livrées par des personnages qui n’hésitent pas à déformer la réalité afin de servir
leurs intérêts ou ceux de leur communauté.
Les monographies répondent à des attentes très similaires aux récits de voyage,
à la différence près que celles-ci sont rédigées après l’installation des Européens
dans la région. Leur qualité est souvent fonction des raisons qui ont motivé leur
rédaction. En effet, certains officiers écrivent par injonction administrative 91. Ceci
est vrai pour une grande partie des monographies rédigées entre 1905 et 1909.
D’autres travaux sont uniquement motivés par un réel intérêt porté aux populations
concernées, comme la monographie dite « de 1907 », réalisée par le capitaine
Lambert. Il s’agit en effet d’une belle étude qui n’a cependant pas suscité l’intérêt
du Gouverneur général de l’époque, ce qui explique qu’elle n’ait jamais été
publiée.
L’ensemble des monographies consacrées au Moogo a pour point commun
d’accumuler des matériaux historiques sur les chronologies dynastiques moosé.
Cette attention particulière s’explique par le fait que celles-ci permettent d’éclairer
l’organisation hiérarchique des sociétés moosé. S’il faut « diviser pour régner », il
vaut mieux que l’administrateur sache précisément comment jouer les uns contre
les autres. On comprend, dès lors, que ces monographies soient rédigées à
l’attention de fonctionnaires qui, bien souvent, ne connaissent rien à la région dont

90
Voir Voulet, Lieutenant, « Au Mossi et au Gourounsi », in Bulletin de la Société de Géographie
commerciale de Paris, Communication du 19 octobre 1897, Paris, tome XIX, janvier 1898, pp. 729-
751.
91
Voir Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit., p.
30 et sq.

48
ils ont la responsabilité. Ces lacunes ont souvent été complétées par des fiches de
renseignement, qui se présentent sous forme de formulaires, en principe mis à jour
annuellement, et qui visent à suivre de très près les agissements des « notables
indigènes ».
L’ensemble de ces travaux nous amène à penser que les Français connaissaient
bien mieux les sociétés administrées qu’on ne le croit. Et, si l’on trouve dans
certains récits des déformations quant à l’organisation des pays moosé, notamment
celles qui consiste à les faire passer pour un « empire homogène », il y a fort à
parier que ceci est volontaire dans la plupart des cas ; la nécessité de légitimer la
présence française aux yeux des puissances britanniques et allemandes 92 en
fournirait un bon prétexte. Nous en tirons la conclusion qu’il faut lire ces
documents avec beaucoup de circonspection. Mais, dans l’ensemble, les
administrateurs savent à quoi s’en tenir au moment de leur entrée en fonction, bien
que sonder « le cœur et les reins » d’une société étrangère soit toujours un exercice
bien hasardeux…
Á partir des années 1920, il semble que le « temps de la découverte » sombre
dans une somnolence intellectuelle qui doit durer quarante ans. Selon Michel Izard,
ceci s’expliquerait par le fait que « Les administrateurs semblent n’avoir plus la
curiosité, la disponibilité, peut-être la compétence de leurs aînés, tandis que les
chercheurs, encore très peu nombreux, paraissent ignorer le Moogo.93 » L’auteur
souligne un fait significatif : malgré le passage à Ouagadougou de la fameuse
mission Dakar-Djibouti (1931-1933) à laquelle participe Marcel Griaule, aucun
travail sur la région n’est entrepris.
Ceci tient certainement à un changement de priorité pour l’administration de
l’époque, car, à partir de la création de la Haute-Volta en 1919, il ne s’agit plus de
justifier la légitimité de la domination coloniale, pas plus que d’asseoir la
souveraineté de la France sur un territoire conquis alors depuis plus de vingt ans.
Les informations portent d’avantage sur des questions d’ordre économique (c’est le
thème de la « mise en valeur des colonies » popularisé à ce moment par Albert
Sarraut94), mais aussi sur la chefferie moaga, dont on attend qu’elle allège le travail
des fonctionnaires tout en optimisant le développement économique de la Haute-

92
Ceci fait l’objet de la 4ème Partie, pp. 97-133.
93
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit., p.
32.
94
Sarraut, Albert, La mise en valeur des colonies françaises, Paris, Payot, 1923, 675 p.

49
Volta (intensification de la culture du coton), mais aussi – et surtout – de la Côte-
d’Ivoire (acheminement de la main-d’œuvre voltaïque dans les plantations de
cacao). On trouve en outre des informations sur les remodelages administratifs
(modifications du tracé des cercles ou plus rarement de la colonie). Ce deuxième
âge des sources pourrait être celui de la gestion économique et financière de la
Haute-Volta.
Un fait d’envergure va ouvrir une troisième période. Il s’agit bien sûr de la
seconde guerre mondiale. De nouvelles préoccupations géopolitiques, très proches
des temps de la conquête, apparaissent : après 1940, la Gold Coast devient à
nouveau une zone de danger pour une administration coloniale qui entend associer
la « chefferie » à son dispositif de défense. La période qui suit le conflit est
marquée par la tenue des premières élections en Afrique. C’est pour cela que, à
nouveau, les rapports se font plus politiques. L’administration surveille un parti
qu’elle juge « subversif » : le Rassemblement démocratique africain (R.D.A.), tout
comme le positionnement politique de la chefferie dans les nouveaux rapports de
force qui se profilent. La mise en place d’institutions représentatives en Afrique,
ainsi que la constitution de nouveaux cadres africains prêts à prendre le relais de
l’administration coloniale à partir de 1956, semblent, en revanche, replacer la
chefferie dans l’ombre de l’histoire. Dans le même temps, l’administration ne
sacrifie en rien ses préoccupations économiques. Celles-ci retiennent toujours son
attention en raison de la mise en œuvre du Fonds d’investissement pour le
développement économique et social (F.I.D.E.S.) en 1946 95.
Puis, vient le temps du « transfert des compétences » programmé par la loi-
cadre de 1956, et la marche du territoire vers son autonomie à défaut de son
indépendance. De 1956 à 1960, l’administration s’apprête à quitter physiquement le
pays, et se préoccupe de former dans des délais très brefs les nouvelles élites
africaines qui prendront son relais, excluant totalement les élites anciennes de ce
moment de transition. Les sources de cette époque donnent le sentiment que les
nanamsé ont alors totalement perdu pied dans le nouvel environnement politique.
Ce troisième âge des sources est bien celui de la transition politique. Il marque le
franchissement d’un cap supplémentaire sur le chemin de l’assimilation réciproque
des modèles étatiques africains et européens.
95
Les rapports produits alors par l’administration sont consacrés en grande partie aux débats sur
l’utilisation des fonds du F.I.D.E.S., ainsi que sur les programmes de développement urbain qui
profitent, dans un premier temps, à Bobo-Dioulasso, puis dans un second temps, à Ouagadougou.

50
L’ensemble de ces archives officielles peuvent être utilement complétées
par des articles de presse ainsi que des périodiques. Si certains expriment avant tout
le sentiment du « Parti colonial », c’est le cas par exemple du Bulletin du Comité
d’Afrique française (B.C.A.F.) et de son supplément des Renseignements
coloniaux ; d’autres périodiques publiés sous la houlette du Gouvernement général
de l’A.O.F., constituent une masse documentaire de qualité, réalisée bien souvent
par des hommes curieux et compétents. L’essentiel a été publié dès 1918 dans le
Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques de l’A.O.F. Cette entreprise
scientifique bénéficie d’un second souffle avec la création, en 1938, de l’Institut
français d’Afrique noire (I.F.A.N.), confié à l’énergique naturaliste Théodore
Monod. L’I.F.A.N. parvient à constituer une précieuse bibliothèque et publie ses
travaux dans des Mémoires classés en deux séries : « A » pour les sciences
naturelles, et « B » consacrée aux sciences humaines. Ces Mémoires et Bulletin de
l’I.F.A.N. se sont révélés utiles, non seulement pour la masse de connaissances
qu’ils délivrent sur les sociétés africaines, mais aussi sur la façon dont les
scientifiques appréhendent alors l’histoire de la région. Cette information est
précieuse si l’on considère que ce type de documentation était lu par les
administrateurs en poste.
Le quatrième et dernier âge des sources est celui de la quête de légitimité de
l’acteur politique hybride qu’est l’homme d’État africain issu de la « nouvelle
élite ». Les documents officiels de cette période (1960-1990) sont calqués sur ceux
de l’administration française ; bien qu’identiques dans la lettre, ils sont en revanche
bien différents dans l’esprit. Ces sources exhalent une véritable obsession pour le
renseignement et la sécurité. Rien de surprenant à cela, c’est que les premiers
gouvernements indépendants sont généralement fragiles, et les forces antagonistes
puissantes.
En Haute-Volta, le nouveau personnel politique a pour ennemi la « chefferie
traditionnelle », qui n’a pas accepté son éviction de la scène politique dans les
derniers temps de la domination coloniale (1956-1960). Les chefs moosé comptent
bien régler leurs comptes « en famille », entre Africains. Les affaires de sorcellerie
parviennent jusqu’au ministre de l’Intérieur et de la sécurité 96, tandis que le chef
96
Voir sixième partie, p. 220. Ce document nous semble très révélateur de ce que nous appelons le
« métissage » politique. Il confirme l’idée selon laquelle l’homme politique africain a une identité
propre, et qu’il faut ainsi repenser entièrement les rapports entre les nouveaux détenteurs du pouvoir et
les élites anciennes, qui ont paradoxalement autant de points communs entre eux que de différences.
C’est l’histoire d’un amour-haîne qui rythme l’histoire du pays jusqu’à aujourd’hui.

51
d’État, Maurice Yaméogo, met en place une politique d’affaiblissement des
pouvoirs anciens qui n’aurait pas fait rougir les premiers administrateurs
coloniaux… Mais la recherche de la plénitude de l’exercice de sa souveraineté
commande à l’État « républicain » de ne pas mésestimer la
« chefferie traditionnelle ». Celle-ci est reconnue comme actrice à part entière de la
vie politique du pays, mais à contre-cœur et bien involontairement. Cette période
s’achève en 1990, moment où l’actuel président burkinabè, Blaise Compaoré,
« normalise » ses relations avec les élites anciennes.
Tous ces documents sont en rapport – de près ou de loin – avec
l’administration, que celle-ci soit européenne ou africaine. Si cette masse
documentaire nous livre, dans bien des cas, des points de vue contradictoires, nous
avons néanmoins senti la nécessité de rechercher des sources d’une autre nature qui
permettraient d’obtenir des informations nuancées sur la période. C’est pour cette
raison que nous avons été amené à nous intéresser au cas de la Mission catholique
de Ouagadougou. C’est que celle-ci a été très influente, en particulier sous
l’impulsion de l’énergique Vicaire apostolique Joanny Thévenoud 97.
Les archives de la Mission catholique constituent un trésor pour l’historien.
Les raisons en sont nombreuses. Tout d’abord, ces sources couvrent la majeure
partie de la période étudiée, puisque les Pères Blancs produisent leurs rapports (les
diaires) de la fondation de la Mission de Ouagadougou, en 1901, jusqu’en 1970.
Ces diaires sont des rapports quotidiens rédigés par les missionnaires. Chaque
année, les Pères Blancs en réalisent une synthèse censée rendre compte des
activités de la Mission, du climat social et politique du vicariat. Les synthèses sont
ensuite transmises à la Maison Généralice à Rome.
On le voit, la structure administrative de la Mission ressemble beaucoup à
son homologue coloniale, mais les ressemblances s’arrêtent là. À la différence du
fonctionnaire, le missionnaire reste bien plus longtemps sur place 98. Il prend
souvent le temps d’étudier minutieusement les populations dans le but de les
évangéliser, mais aussi par pure curiosité. Les contacts entre le missionnaire et les
Moosé sont donc plus fréquents que ceux établis par l’administration, et font des
Pères Blancs de véritables médiateurs de savoir auprès des autorités coloniales.

97
Joanny Thévenoud est vicaire apostolique de Ouagadougou de 1922 à 1949.
98
Il n’est pas rare que les missionnaires restent en poste plusieurs décennies dans la même région.
C’est le cas notamment de Joanny Thévenoud, qui a déjà dix-huit ans d’expérience sur le terrain avant
d’obtenir le vicariat de Ouagadougou qu’il dirige vingt-sept ans.

52
C’est certainement pour toutes ces raisons que le Père Blanc nous livre
généralement une vision assez précise et clairvoyante des évolutions sociétales et
politiques qui transforment les pays voltaïques.
Mais, ce qui paraît bien plus important de notre point de vue, c’est que le
missionnaire entretient par nature un esprit critique à l’égard de l’administration
coloniale. Non pas que ces deux acteurs aient en permanence des vues et des
préoccupations radicalement différentes, mais il apparaît bien vite que la mission
constitue un contre-pouvoir aux autorités coloniales99. Les diaires nous livrent ainsi
une vision originale des évènements, qui permet le croisement des sources avec les
archives administratives. Reste à donner la parole à l’acteur africain de cette
histoire.

Les sources orales : un palliatif aux silences de l’écrit ?

Les documents écrits sont nécessairement lacunaires. La variété des sources


écrites dont nous disposons n’est pas suffisante pour en remplir les silences. Un
point de vue est particulièrement bien représenté par l’écrit : celui des élites
européennes. Celui de son homologue africaine l’est surtout après 1960, mais on
peut s’interroger sur sa représentativité si l’on tient compte du déficit de démocratie
qui prévaut dans ce pays. Et l’élite ancienne ? Par quelle voie s’exprime-t-elle ? Et
les populations administrées ? Le problème semble d’autant plus insoluble que l’on
a coutume de dire que les sociétés africaines, dans leur majorité, ignorent l’écrit.
Mais ce n’est pas tout, car nous savons que la vie des hommes « ordinaires » n’a
généralement pas retenu l’attention des historiens, pas plus que celle des gardiens
africains de la mémoire (griots, tambourinaires royaux etc.), plus attachés à
recueillir les res gestae des élites que celles du peuple. Pour l’historien, il ne reste
qu’une voie pour remédier à ce problème: collecter patiemment les récits de vie
dévoilés à l’oral.
Cette collecte présente évidemment l’inconvénient de porter sur des faits
que la plupart des personnes interrogées n’ont pas vécu. Elles sont donc
généralement livrées après un long mûrissement des évènements et du discours à
tenir, qu’elles soient le fait de la personne interrogée ou de la société dont elle est

99
Benoist, Joseph-Roger, (de), Eglise et pouvoir colonial au Soudan français. Administrateurs et
missionnaires dans la Boucle du Niger (1885-1945), Paris, éd. Karthala, 1987, 545 p.

53
issue, si bien que les Moosé ont ce dicton : « Quand la mémoire s’en va ramasser
du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît 100 » ; et Michel Izard d’ajouter avec
justesse que « ces sociétés ne cessent pas de fabriquer du passé, de la tradition, de
la coutume, avec les paroles et les actes du présent : (…) c’est le passé qui est vu
depuis le présent101 ». Il convient cependant d’introduire plusieurs nuances à ce
propos, car la déformation de la mémoire n’est pas le propre de l’oralité ; l’écrit ne
peut être blanchi de tout soupçon. Cependant la source orale y est certainement plus
sensible, car elle est en constante maturation, en interaction continue entre l’auteur,
son milieu, et… l’enquêteur102. Les différences tiennent surtout à la diversité des
sources orales et des conditions de leur production. Essayons donc d’en dresser une
typologie.
Le classement par genre nous semble être le plus simple. Selon Jean-Noël
Loucou103, le discours oral peut être regroupé en trois genres : la tradition littéraire
(épopées, poésie, devises etc.) dont la forme est fixe, la tradition ésotérique, par
définition hermétique, et la tradition ordinaire, simplement censée livrer la pensée
de l’énonciateur. Si le spécialiste de la période pré-coloniale privilégie les deux
premières formes, le contemporaniste, lui, ne retiendra avant tout que la dernière,
peut-être parce que celui-ci se sent bien mal armé pour recevoir et interpréter les
discours littéraires et ésotériques.
La tradition orale, tout comme les autres, a ses codes. Mais le ressenti de
l’environnement dans lequel elle est produite est plus aisé, et l’interprétation par
conséquent plus commode. La plupart du temps, elle permet d’isoler une pensée
personnelle ou collective, mais dans une dimension essentiellement synchronique :
le discours est un avis, une vue d’esprit à un moment donné de la vie de
l’informateur et dans un contexte donné, ce qui ne signifie pas que le poids du
passé ne pèse en rien sur le discours. Les traditions littéraires et ésotériques, elles,
ont mûri plus longtemps et ont été élaborées par une communauté d’esprit plus
large, si bien que ses racines demeurent souvent impénétrables.

100
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIè siècle, op. cit., p.
146.
101
Ibid., p. 140.
102
Voir sixième partie, p. 200.
103
Loucou, Jean-Noël, La tradition orale africaine, guide méthodologique, Abidjan, éd. Neter, 1994,
118 p.

54
Toujours selon Jean-Noël Loucou, la tradition orale peut-être classée en
plusieurs types de discours, dont nous ne retiendrons que ceux rencontrés sur le
terrain104. Nous pourrions dresser le tableau récapitulatif suivant :

Typologie de discours oraux


Type de Informations livrées Profil de l’informateur
discours
Protocolaire Quasiment aucune. Le discours Les chefs coutumiers :
protocolaire est purement formel. Moogo Naaba, Baloum
Nous y avons été confronté à la Naaba. En général, des
Cour des nanamsé. Le discours « chefs » qu’il n’est pas
consiste à éviter d’aborder le sujet possible de rencontrer
précis pour lequel on est venu voir hors de leur palais, à la
le « chef ». C’est un discours de différence des nanamsé
politesse, qui permet de prendre exerçant un mandat
connaissance de l’enquêteur avant politique. L’entretien est
une éventuelle audience. Il vise à d’autant plus rigide que
tester la patience du chercheur, son la personne interrogée
sérieux et ses motivations. est âgée.

Informel Les informations sont très variées Il s’agit le plus souvent


et souvent plus riches que l’on ne de Burkinabè dont le
peut s’y attendre. Il peut s’agir de hasard nous a fait
récits généraux, locaux, de croiser la chemin. En
souvenirs de vie etc. Ils donnent l’occurrence une ma-
une bonne idée du contexte jorité d’instituteurs.
culturel dans lequel nous
enquêtons, et les informations ne
sont guère soumises à la censure.
Ce discours est celui du vécu et du
ressenti.
Personnel Ce type de discours nous Nous avons rencontré
renseigne, par nature, sur les essentiellement de simples
trajectoires individuelles des citoyens contactés en raison
personnes interrogées, et de leur expérience
contribuent à donner une vision d’évènements qui ont
plus fine des évènements qui nous retenu notre attention (les
paraissent intéressants. Mais les migrants moosé établis en
informations de ce type doivent Côte-d’Ivoire par exemple).
être collectées en grand nombre
pour que les informations qui y
sont extraites s’avèrent
pertinentes.
Rationalisé Les renseignements sont plus Les grands dignitaires de la
représentatifs d’un courant de Cour du Moogo Naaba dont
pensée que d’une réflexion ou le Larlé Naaba ; mais aussi
d’un vécu personnel. Le discours le Boussouma Naaba qui
104
Ibid., pp. 25-26.

55
est souvent très distancié ; il livre une lecture de l’
répond à des préoccupations histoire plus représentative
collectives, ou de corps (celui des des royaumes moosé
hauts dignitaires). Pour le cas de la indépendants du nord.
Cour du Moogo Naaba, il a été
très utile pour mettre en lumière le
discours officiel élaboré dans
l’entourage du souverain à propos
de la vie politique moderne de la
royauté.

Cette classification n’a rien de définitif et n’est pas exempte de failles,


puisque certains interlocuteurs peuvent être rangés dans la catégorie des hauts
dignitaires « traditionnels », de l’élite « républicaine », ou des simples citoyens.
Cet essai de classification n’a pas d’autre ambition que de donner les grandes
tendances communes à la variété des discours dont nous avons été dépositaires.
Enfin, comme nous l’avons dit, la teneur des entretiens oraux est évolutive,
si bien que les retours « au pays » sont une vertu à condition d’être réguliers. En
effet, la réitération des entretiens oraux auprès du même informateur crée un climat
de confiance. La personne interrogée apprend à connaître celui qui le questionne et
réciproquement. La mise en confiance qui s’installe alors permet de libérer le
discours et, dans certains cas, de sortir de l’entretien formel et aseptisé pour
dévoiler des convictions intimes. Ce constat nous est apparu dès notre premier
entretien réalisé à la Cour du Moogo Naaba en juillet 2001. L’ambiance au sein de
la Cour était très lourde, puisqu’un climat de suspicion à l’égard des visiteurs
étrangers s’était installé après qu’un journaliste français se soit fait passer pour un
historien. De tout cela devait sortir un article peu flatteur sur la royauté. Il nous a
fallu quatre ans pour obtenir la confiance du souverain, et nous pouvons dire que
cet effort est bien loin d’être arrivé à son terme.
Une autre vertu tient à ne pas sous-estimer le hasard des rencontres, qui
nous a permis d’obtenir des informations auxquelles nous ne nous attendions pas
auprès d’interlocuteurs tout aussi surprenants. Les entretiens réalisés au village
autour d’une calebasse de dolo (bière de mil), ou à Ouagadougou dans des lieux de
sociabilité, peuvent ainsi livrer des informations particulièrement utiles sur
l’emprise des élites anciennes sur la vie quotidienne des Moosé, ou encore sur le
sentiment de ces derniers à l’égard des prises de position publiques des « chefs ».

Documents audiovisuels

56
Le caractère contemporain de notre étude élargit encore une masse
documentaire déjà importante. Aux sources écrites et orales s’ajoutent les sources
audiovisuelles pour la période de l’après-guerre jusqu’à nos jours. Elles sont tout
d’abord cinématographiques. Nous pensons en particulier au film tourné par Jean
Rouch en 1957 à l’occasion des funérailles du Moogo Naaba Sagha II 105. Elles sont
aussi radiophoniques, en témoigne la série d’émissions intitulée « Les comtes du
Larlé Naaba », diffusée en Haute-Volta, mais aussi en Côte-d’Ivoire pour la plus
grande satisfaction de l’importante communauté moaga qui y réside. Réalisées à
l’initiative du Larlé Naaba Abgha (1907-1982), historien et « chef coutumier », ces
émissions ont pour but de revaloriser la culture moaga, ainsi que l’élite ancienne.
Au dire des Burkinabè, ce programme a beaucoup perdu de son éclat après le décès
de l’illustre conteur. Les sources télévisuelles, quant à elles, sont bien plus récentes.
Il s’agit pour l’essentiel d’émissions diffusées par la Radio-télévision du Burkina
(R.T.B.), où les apparitions de nanamsé au cours des campagnes électorales et des
grandes réjouissances nationales, sont fréquentes.
Cette présence médiatique est un discours en soi. Nous pensons qu’elle
traduit bien la volonté du gouvernement actuel de toucher l’opinion moaga en
mettant en scène une chefferie qui rehausse en retour son propre prestige. Elle
renforce sans conteste l’emprise culturelle moaga sur l’ensemble d’un pays pour
qui l’histoire du Moogo ne fait pas nécessairement sens. Les chefs sont présents
partout, de la remise de prix sportifs (Tour du Burkina de cyclisme), aux fêtes
nationales, en passant par les remises de prix scolaires, les opérations de forage, ou
encore les campagnes de vaccination.

Comme nous pouvons le constater, de nombreuses sources permettent de mettre


en œuvre une étude approfondie sur l’histoire contemporaine du Burkina et de ses
acteurs coutumiers. Malgré cela, nous verrons que les études historiques sur le
rapport entre l’émergence de l’État contemporain en Afrique et, a fortiori, au
Burkina, n’ont guère suscité l’enthousiasme des chercheurs, bien que cette
tendance s’infléchisse depuis quelques années.

105
Jean Rouch, Moro Naba, Paris, C.N.R.S. audiovisuel, film réalisé en 1957, 28 mn.

57
TROISIÈME PARTIE

ÉTAT DES CONNAISSANCES, PISTES DE RECHERCHE, HYPOTHÈSES

58
59
L’état des connaissances
Pouvoirs, contre-pouvoirs et État en Afrique : contre la thèse « évolutionniste »

L’historiographie européenne consacrée à l’État en Afrique a été victime


d’une vision ethnocentrique du phénomène politique, de ses caractéristiques et des
étapes de sa formation. Elle a longtemps envisagé l’émergence de l’État selon un
seul et unique modèle, ignorant ainsi la pluralité des temps qui rythment l’histoire
des sociétés, mais aussi une réelle créativité politique dont découle la multitude des
solutions trouvées par les hommes afin de mettre en place l’organisation socio-
politique qu’ils estiment la plus efficace. Au temps des empires coloniaux, ce

60
modèle à exporter est celui de l’État occidental, défini selon Max Weber comme
« une institution politique ayant une « constitution » écrite, un droit
rationnellement établi et une administration orientée par des règles rationnelles ou
« lois », des fonctionnaires compétents.106 » Selon cette définition pour le moins
rigide, il découle nécessairement que ce modèle « n’est attesté qu’en Occident avec
cet ensemble de caractéristiques, et ce, en dépit de tout rapprochement
possible.107 » Dans cette perspective, l’État occidental est envisagé comme la
dernière étape d’un long processus historique qui remonte à la Grèce antique, et qui
ne pourrait être surpassé. L’État, défini selon ces critères, ne serait donc pas
spécifiquement occidental, mais avant tout universel. On comprendra mieux
pourquoi il a tant été question d’« exporter » ce modèle.
Au XIXème siècle, l’explorateur se plait à décrire l’organisation des sociétés
qu’il rencontre comme s’il celles-ci lui offraient la possibilité de remonter dans le
temps. Les régimes politiques africains sont, en effet, moins vus comme des
contrats sociaux originaux que comme la reproduction plus ou moins fidèle des
étapes jadis parcourues par l’Occident sur le long chemin de la maturité politique.
Dans cette littérature du temps des découverte, les grands empires du Mali ou les
royaumes moosé, revêtent l’apparence d’organisations « féodales », en témoigne
l’omniprésence d’un champ lexical cher aux médiévistes.
Précisément, la thèse « évolutionniste » de l’État consiste à concevoir la
création de celui-ci comme inéluctable, et son mode d’évolution comme standard.
Si l’on suit ce raisonnement jusqu’à son terme, les sociétés africaines – dans ce
processus inexorable – sont en retard, et l’Occident, par son intrusion dans ce
continent, se sent investi d’une mission qu’il assume avec plus ou moins de
conviction: acheminer les hommes qu’il soumet sur le chemin de l’État
« moderne », les sortir des modes d’organisation « tribaux », « claniques »,
« familiaux » ou « féodaux », jugés moins réfléchis, moins aboutis et par
conséquent moins efficaces.
De cette thèse découlent trois conséquences. D’une part, l’historiographie
consacrée à l’Afrique minimise l’ampleur des constructions étatiques réalisées ou
en cours de réalisation lors de la pénétration européenne au sein du continent.
D’autre part, elle pose la thèse de l’ « extranéité génétique » de l’État, c’est-à-dire

106
Bayart, Jean-François, L’Etat en Afrique : la politique du ventre, Paris, 1989, p. 319.
107
Ibid.

61
son inévitable importation par l’Occident, principalement au cours de la
colonisation, si bien que, jusqu'à nos jours, il est courant d’entendre parler de
« greffe » de l’État ; tandis que les chercheurs du M.A.L.D. (Mutations africaines
dans la longue durée, Paris I), préfèrent quant à eux parler de « transmission de
l’État colonial », sans perdre de vue que le concept étatique a pu être réapproprié
par les élites africaines108. Enfin, cette thèse rend plus difficile à concevoir la
contribution des élites anciennes à la formation de l’État contemporain.
Un nouveau courant de pensée émerge dans les années 1940, encouragé par
les anthropologues E. Evans-Pritchard et Meyer Fortes109. Rien d’étonnant à ce que
ces pionniers ne soient pas historiens, car il ne faut pas oublier qu’à ce moment,
l’historicité des sociétés africaines est fortement contestée, au point que celles-ci
passent trop souvent pour des « objets de manipulations extérieures110 ». Leur
enclavement constitue un argument fréquemment évoqué pour expliquer la
prétendue absence du fait politique chez ces hommes volontiers taxés d’
« enfantins ». Au contraire, les travaux de Fortes et Pritchard ont introduit les
sociétés africaines dans l’analyse du fait politique ; associées à celles de Jan
Vansina, leurs recherches adoptent une approche diachronique du fait politique,
accordant enfin à ces sociétés une place dans l’histoire. Cependant, si ces travaux
constituent une réelle avancée, tous s’inscrivent dans une perspective
évolutionniste de l’État.
En effet, Fortes et Pritchard proposent une classification des sociétés en
fonction du degré d’aboutissement du processus étatique, mais aussi de son
prétendu degré de complexité, bien évidemment envisagé selon les critères
occidentaux du moment111. Ce schéma mental a considérablement orienté les
perspectives de la recherche africaniste. En témoigne le classement proposé en
1962 par Hubert Deschamps dans son ouvrage de vulgarisation sur Les institutions
politiques d’Afrique noire. Celui-ci invite les lecteurs à hiérarchiser les modes
d’organisation des sociétés africaines selon trois catégories, qui constituent autant
108
La démarche de Daniel Rivet, Charles-Robert Ageron et Jean-Pierre Chrétien, fondateurs du
séminaire intitulé « Transmission de l’État colonial » en 1997, consiste précisément à souligner à la
fois les permanences et les ruptures dans les pratiques du pouvoir telles qu’elles ont existé depuis la
période pré-coloniale.
109
Evans-Pritchard, E.E., et Fortes, M., éd., Systèmes politiques africains, trad., Paris, P.U.F., 1964,
226 p. (1ère éd. anglaise : 1940).
110
Bayart, Jean-François, L’Etat en Afrique, op. cit., p. 22.
111
Ces sociologues distinguent les systèmes politiques africains en deux groupes : celui où
l’organisation politique et la parenté se mêlent (groupe B), et celui où l’organisation administrative
sert de cadre à la structure politique.

62
de degrés d’aboutissement. On trouve tout d’abord les « anarchies » : « C’est peut-
être l’organisation la plus ancienne112 » nous dit-il, puis les « chefferies »,
essentiellement « féodales », et enfin les « États », qui sanctionneraient
« L’aboutissement de cette évolution où une influence extérieure (Islam, guerres,
etc.) amène l’absorption des chefferies ou des anarchies par un des chefs ou un
conquérant étranger113 ». Aujourd’hui, cette conception historique semble bien
désuète. Elle a d’ailleurs été remise en cause dès les années 1950, sous l’influence
d’Aiden W. Southall114, qui conclue à l’excessive simplicité de la classification
établie par Fortes et Pritchard, puisque, selon lui, des sociétés ont pu développer
des institutions étatiques tout en maintenant des logiques segmentaires. Il n’en
demeure pas moins que les modes de classification dichotomiques n’ont pas
disparu de l’historiographie récente.
Il faut attendre une nouvelle fois l’initiative de deux anthropologues, Henri
J.M. Claessen et Peter Skalnik115, pour mettre en évidence la profonde imagination
politique dont font preuve des sociétés pourtant communément jugées « en retard ».
Pour ces chercheurs, il ne fait aucun doute que l’émergence de l’État n’est pas une
finalité en soi. Au contraire, de multiples solutions alternatives ont été trouvées
dans le but de procéder à une hiérarchisation pérenne de la société. C’est à cette
idée que revoit le concept d’« évolutions sociales alternatives» formulé par Dimitri
M. Bondarenko, Leonid E. Grinin et Andrey V. Korotayev 116. Mais ces auteurs
reconnaissent également l’existence de structures étatiques originales, les « Early
States » (« États précoces »), là ou d’autres n’y voient qu’une étape préalable à la
naissance de l’État « moderne ». Ces structures sociales ne sont pas alternatives,
mais analogues, puisque celles-ci possèdent leurs propres caractéristiques,
notamment « certains caractères qui relèvent des sociétés sans État : le politique et
la parenté y sont souvent étroitement imbriqués, les liens de réciprocité et de
redistribution y demeurent encore prédominants. 117 »

112
Deschamps, Hubert, Les institutions politiques de l’Afrique noire, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ?,
1965, p. 13.
113
Ibid.
114
Southall, Aiden W., Alur society: a study in process and types of domination, Cambridge, Heffer,
1956.
115
Claessen, H.J.M. et Skalnik, P., (éd.), The early State, La Haye-New-York- Paris, Mouton, 1978.
116
Grinin, Leonid et alii, The early state, its alternatives and analogues, Volgograd, Uchitel
Publishing House, 2004, pp. 3-17.
117
Abélès, Marc, « Etat », in Bonte, P., Izard, M. (dir.), Dictionnaire d’anthropologie et d’ethnologie,
Paris, éd. P.U.F., coll. Quadrige, 2ème édition, 2002, p. 241.

63
Cette théorie fait écho au concept d’ « État segmentaire » ; elle a été
appliqué par Junzo Kawada dans sa thèse consacrée au royaume de Tenkodogo 118.
Au sein de cette formation moaga, la dévolution du pouvoir est systématiquement
commandée par la position généalogique des prétendants au trône : plus le lien du
prince avec les ancêtres mythiques est proche, plus les chances d’obtenir le bonnet
de chef sont importantes. Mais dans le même temps, tout un système de contre-
pouvoirs est mis en place, si bien que l’action du roi « vise généralement à limiter
l’influence des princes en les écartant de l’appareil administratif où il met à
contribution des nobles qui n’appartiennent pas à sa lignée et des hommes recrutés
dans des strates inférieures, serviteurs, voire même esclaves 119 ». Nous y
reviendrons. L’hypothèse de l’existence de ce système politique mixte semble
confirmée par l’étude des sociétés asante (actuel Ghana), qui sont passées d’un
modèle de monarchie sacrée à un processus de « révolution bureaucratique 120 » aux
XVIIIèmeet XIXème siècles. On retrouve une évolution similaire au Congo autour des
XVème et XVIème siècles, ainsi qu’au Bénin vers le XV ème siècle121. Nous verrons que
ce schéma offre des ressemblances avec la situation qui prévaut dans le Moogo.
L’ensemble de ces avancées prouve que le processus étatique, ainsi que les
projets de modernisation des institutions politiques qui en découlent, ne sont pas
seulement des accidents historiques. Elles ont, bien au contraire, été mises en
œuvre par les élites anciennes dans le soucis de maintenir l’unité de leurs zones de
commandement et, par contre-coup, de renforcer leur autorité. Parce que ce
processus original de marche vers l’État est né d’un long mouvement de l’histoire,
certains chercheurs estiment qu’il n’a pu être radicalement interrompu par la
conquête coloniale. Ces considérations amènent Jean-François Bayart à formuler
une autre hypothèse : « L’État en Afrique repose sur des fondements autochtones et
sur un processus de réappropriation des institutions d’origine coloniale qui en
garantissent l’historicité propre », si bien qu’ « il ne peut plus être tenu pour une
simple structure exogène.122 » L’auteur en tire la conclusion suivante : « Au sein
d’un système donné de pouvoir coexistent plusieurs espaces-temps dont

118
Kawada, Junzo, Genèse et dynamique de la royauté : les Mosi méridionaux (Burkina Faso), Paris,
éd. L’Harmattan, coll. « Etudes africaines », 2002, 396 p.
119
Abélès, Marc, « Etat », ibid.
120
Bayart, Jean-François, L’Etat en Afrique, op. cit., p. 37.
121
Ibid.
122
Bayart, Jean-François, L’Etat en Afrique, op. cit., p. 317.

64
l’ajustement est problématique et toujours précaire.123 » Dans ce cas, l’hypothèse
d’une contribution active des élites anciennes à la formation de l’État ne paraît plus
seulement envisageable, mais fortement probable.
Bien entendu, cette contribution suppose que les pouvoirs anciens soient
parvenus à limiter sensiblement les profondes déstructurations socio-politiques
héritées de la période coloniale, à savoir la perte officielle de la souveraineté, la
pénétration de la religion chrétienne – menace parfois mortelle pour les fondements
mystiques du pouvoir ancien – ou la montée en puissance de nouvelles élites qui
entendent bien profiter de l’opportunité qu’offre le cadre colonial pour prendre le
relais des « chefs ».
J.-F. Bayart pousse jusqu’à l’extrême ce raisonnement et établit des liens
clairs entre les pratiques du pouvoir anciennes et nouvelles, européennes et
africaines : « l’Etat postcolonial n’est pas sans ressembler à ses prédécesseurs
coloniaux et précoloniaux. Il obéit à une règle de l’inachèvement. Il fonctionne
comme un rhizome de réseaux personnels et assure la centralisation par le
truchement des liens de la parenté, de l’alliance et de l’amitié, à l’instar de ces
royaumes anciens qui possédaient les principaux attributs étatiques au sein d’une
matrice lignagère et conciliaient de la sorte deux types d’organisation politiques
réputés à tort incompatibles.124 » Il s’agit d’une orientation résolument nouvelle de
la recherche qui ne se positionne pas seulement à contre-courant des thèses
« évolutionnistes » que nous avons évoquées, mais aussi de la littérature de
« résistance », qui postule l’inaptitude des pouvoirs anciens à se réformer face à la
domination européenne.

La réaction des élites anciennes face à la domination coloniale : contre la


littérature de « résistance »

L’essor qu’a connue l’histoire africaine dans les années 1960-1970 ne doit
pas masquer une réalité : l’Outre-mer, et en particulier l’Afrique, sont toujours les
parents pauvres de la recherche ; à tel point que Jacques Frémeaux s’interroge :
« Les colonies sont-elles la « face cachée » de notre histoire ?125 » Et que dire des

123
Ibid.
124
Ibid., p. 318.
125
Mohamed-Gaillard, S., Romo-Navarette, M., et alii, Des Français Outre-mer, Presses de
l’Université Paris-Sorbonne, 2005, p. 17.

65
travaux portant sur les élites anciennes en Afrique ? Certes, on assiste depuis les
années 1990 au revirement de cette tendance, mais celui-ci n’en est qu’à ses débuts.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et le tableau des études portant sur la
« chefferie » dans les universités francophones d’Afrique est édifiant :

Nombre de travaux francophones sur la chefferie africaine (1974-1995)


Zone Pourcentage Idem : Idem : Pourcentage
des travaux période période total de
d’étude
sur la che- coloniale post- travaux sur
fferie :période coloniale la chefferie
pré-coloniale
Bénin 26,3 30 0 20
Burkina 6 2,8 0 1,3
Faso
Congo 13 0 0 8
Côte- 44 2,7 0 15
d’Ivoire
Guinée 25 11,1 0 18
Mali 30,8 6,6 0 16
Niger 52,2 16,6 0 42
Sénégal 25 7 0 13
D’après C. Coquery-Vidrovitch, « Les travaux francophones en histoire de la chefferie », in Perrot,
C.-H, et alii, Le retour des rois, op. cit., p. 519.

D’après les calculs réalisés par Catherine Coquery-Vidrovitch, seulement


16,6% des études produites entre 1974 et 1995 portent sur la chefferie 126. Le Niger
offre un contre-exemple qui ne cache pas la faiblesse de la recherche burkinabè
dans ce domaine (1,3% des travaux seulement…), et ce malgré l’omniprésence des
« chefs » dans la vie politique et sociale du pays. Le même auteur note qu’en
France, la situation n’est pas meilleure, puisque « le nombre de recherches sur la
chefferie proprement dite [y] est étonnamment faible.127 » Comment expliquer cette
lacune globale de l’historiographie contemporaine ?
Selon nous, le poids de la littérature de « résistance » ou du « joug » sur les
travaux, explique en partie le peu d’intérêt porté sur une frange de la société
considérée, à tort, comme passive ou impuissante face au phénomène colonial.
Tandis que certains chefs auraient été « broyés » par la conquête, d’autres seraient

126
Ce chiffre prend également en compte les études trans-périodes que nous n’avons pas figurées sur
le tableau par soucis de clarté.
127
C. Coquery-Vidrovitch, « Les travaux francophones en histoire de la chefferie », in Perrot, C.-H, et
alii, Le retour des rois, op. cit., p. 514.

66
parvenus à préserver leur pouvoir traditionnel par un acte de résistance active ou
passive. Mais cette dialectique qui oppose la « tradition » à la « modernité » est
fâcheuse, car elle établit deux équations opposées et trop simplistes. On aurait ainsi
d’un côté des « chefs » tenants d’un ordre ancien et immuable et, de l’autre, de
nouvelles élites occidentales et africaines toutes deux « progressistes ». Pourtant,
nous pensons avec J.-F. Bayart que « les acteurs sociaux contemporains
chevauchent sans arrêt les secteurs arbitrairement circonscrits de la tradition et de
la modernité. Il est même douteux qu’ils aient une claire conscience de leurs
frontières. (…) Dans ces circonstances, les acteurs des sociétés africaines
poursuivent des stratégies familiales, thérapeutiques, économiques ou politiques
qui transcendent les clivages habituels auxquels on cherche à les rattacher.128 »
Cette remarque clairvoyante pose pour corollaire la relativisation des
pouvoirs coloniaux sur les élites anciennes, que les modes d’administration soient
prétendument « directs » ou « indirects ». Ces lignes, extraites de la synthèse
consacrée à l’Afrique occidentale française, et réalisée sous la direction de C.
Coquery-Vidrovitch, ne semblent pourtant pas aller dans ce sens: « Depuis le
décret foncier de 1904, la souveraineté de la France s’étend sur tout l’espace de
l’A.O.F. (…) la réalité de la situation coloniale serait plus justement résumée dans
la formule lapidaire : « beaucoup d’assujettissement, très peu d’autonomie, un
soupçon d’assimilation ». Il n’y a pas eu francisation de l’A.O.F., simplement
suppression des structures politiques proprement africaines pour y substituer
structures coloniales et enseignement colonial. (…) sous la férule de
l’administration directe, les chefferies africaines, qu’une véritable politique
d’association aurait pu revivifier, continuaient de s’étioler.129 » L’auteur semble
davantage faire part des fantasmes de certains administrateurs que de la réalité du
terrain. La multiplication d’études de cas sur le sujet révèle au contraire la
complexité des rapports entre les deux formes de pouvoir, qui ne sont jamais
parvenues à s’imposer tout à fait à l’autre, loin s’en faut.
Dans autre ouvrage d’ensemble publié la même année, C. Coquery-
Vidrovitch montre bien que l’administration a été plus pragmatique et que la
collaboration avec les élites anciennes a assuré leur maintien sur le devant de la

128
Bayart, Jean-François, L’Etat en Afrique, op. cit., pp. 31-32.
129
Coquery-Vidrovitch, (dir.), L’Afrique occidentale au temps des Français, colonisateurs et
colonisés (1860- 1960), éd. La Découverte, Agence de Coopération Culturelle et Technique, 1992, pp.
90-92.

67
scène politique, malgré l’inévitable dénaturation de leur pouvoir. Mais, une fois de
plus, cette historienne fait des chefs des acteurs passifs de la période coloniale, dont
on ne voit pas quelles ont été les stratégies pour parvenir à ce résultat. Les carences
d’une administration ne disposant pas « du personnel, des moyens financiers et
techniques et des forces de pression suffisants130 » sont mises en évidence, tandis
que les chefs ayant obtenu une certaine délégation de pouvoir passent pour des
« alliés politiques biens choisis et bien dressés. 131 » À ce stade, nous estimons que
ce type d’analyse n’apporte rien de plus que ce qui a été consigné dans les archives
par des fonctionnaires qui n’avouent que très rarement l’ascendant pris par les
élites anciennes sur leur administration. On comprend aisément que ceux-ci
préfèrent plutôt souligner le manque de moyens dont ils disposent dans le but
d’alléger toute part de responsabilité personnelle, mais aussi d’obtenir des moyens
supplémentaires.
Dans L’Afrique à l’ombre des épées, Jacques Frémeaux nous fait également
part des obstacles auxquels l’administration se heurte lorsque celle-ci souhaite
mobiliser les ressources humaines, lever l’impôt ou nommer les chefs ; c’est que,
comme l’auteur le rappelle avec justesse, « si commander peut s’employer
intransitivement, comme si tout se réduisait à la volonté du chef, la réalité impose
de commander à des hommes.132 » On voit que les possessions nord-africaines,
pourtant mieux dotées que celles situées en-deçà du Sahara, ne sont pas davantage
épargnées. Mais les explications ne se limitent pas à cela. J. Frémeaux souligne
aussi la réciprocité des relations de pouvoir entre colonisateurs et colonisés. Celles-
ci ont été très sensibles dans le domaine du renseignement. Ainsi, en Algérie, Abd
el-Kader cherche-t-il dans les journaux français des informations sur ses
adversaires ; et l’illusion des relations parfois courtoises entretenues par les
officiers français avec les notables ne trompent pas toujours ces derniers, car « Les
chefs indigènes sont assez conscients du caractère d’espionnage que comportent
ces contacts pour tenter d’en limiter au maximum les effets 133 » : Ahmadou, chef de
l’empire Toucouleur, met ainsi en place un réseau de surveillance autour de

130
Coquery-Vidrovitch, Catherine, Afrique noire. Permanences et ruptures, Paris, éd. l’Harmattan, 2è
éd., 1992, p. 115.
131
Ibid.
132
Frémeaux, Jacques, L’Afrique à l’ombre des épées, 1830-1930, S.H.A.T., 1995, tome 2 : Officiers
administrateurs et troupes coloniales, p. 66.
133
Ibid., p. 45.

68
Galliéni, tandis que Samory fait de même auprès de Péroz dans la savane
soudanaise.
L’idée selon laquelle les élites « indigènes » ont pu participer très
activement à l’histoire coloniale de leur pays est fortement présente dans l’ouvrage
de David Robinson134 consacré aux grandes figures des ordres soufis de la zone
sénégalo-mauritanienne de 1880 à 1920. Ces marabouts ont, en effet, élaboré des
« parcours d’accomodation » avec les autorités coloniales, c’est-à-dire une série de
compromis et d’ajustements réciproques des sphères d’influence. Ces rapports
auraient permis aux élites musulmanes de préserver « une autonomie considérable
dans les domaines religieux, social et économique, tout en abandonnant la sphère
politique à leurs gouvernants non musulmans.135 » Remarquons que le
renforcement du contrôle de ces marabouts sur une production arachidière en
pleine expansion, aussi bien que la diffusion de leur conception de la religion du
Livre, se conçoivent mal sans immixtion dans la sphère politique. Les « parcours
d’accomodation » élaborés par les élites issues des quatre communes sénégalaises
(Saint-Louis, Dakar, Gorée et Rufisque) en apportent la preuve. En effet, l’exemple
de Mody Mbaye, Saint-louisien né en 1871, montre bien comment certaines figures
sont parvenues à « s’organiser tant dans la sphère publique que privée, et à
exercer efficacement des pressions sur les autorités coloniales.136 » Maître d’école,
puis secrétaire travaillant pour le compte de « chefs supérieurs » nommés par le
pouvoir colonial, Mody Mbaye « était un observateur critique de ce que faisaient
l’administration et ses chefs, et il savait comment mettre les autorités coloniales
dans l’embarras.137 » Si son action au sein de l’administration prend fin dès 1902,
sa trajectoire montre en revanche qu’à cette époque, toutes les élites anciennes
n’ont pas déserté la sphère politique, même dans une colonie étroitement liée à la
Métropole comme le Sénégal. Ce nouvel éclairage sur l’histoire africaine s’inscrit
donc à contre-courant de la littérature de « résistance », et justifie que l’on mette à
l’épreuve les essais de périodisation dissociant systématiquement les périodes pré-
coloniales, coloniales et post-coloniales.

134
Robinson, David, Sociétés musulmanes et pouvoir colonial français au Sénégal et en Mauritanie,
1880- 1920. Parcours d’accomodation, Paris, éd. Karthala, 2004, 380 p.
135
Ibid., pp. 13-14.
136
Robinson, David, Sociétés musulmanes et pouvoir colonial français, op. cit., p. 222.
137
Ibid.

69
Selon G. Balandier, il paraît difficile de séparer radicalement ces trois
phases historiques, car la vie politique contemporaine du continent aurait « cumulé
leurs apports »138. Ce type de découpage chronologique s’avère d’autant moins
opérant pour qui souhaite rendre compte des trajectoires des élites africaines dans
la durée. Ceci apparaît clairement si l’on suit les parcours de formation des
souverains moosé à l’époque coloniale. Certains plongent leurs racines bien avant
la conquête, et conditionnent nécessairement le regard que portent ces élites sur les
évènements auxquels elles sont confrontées, ou tout simplement sur la nature de
leur fonction. Par exemple, une étude trans-période peut mettre en lumière la
continuité des aspirations des rois moosé qui souhaitent voir s’élargir l’influence de
leur royaume alors que celui-ci n’a aucune existence officielle.
Hélas, ce type de travaux sont encore trop rares 139. Et, malgré la publication
du Retour des rois dont nous tirons ce constat, il n’en demeure pas moins que sur
trente-deux contributions, seulement cinq sont clairement à cheval sur au moins
deux périodes couramment isolées. Certes, on pourrait objecter que le format des
articles permet difficilement d’y entreprendre une étude dans la longue durée,
d’autant plus que la faiblesse des travaux sur le sujet ne permet guère une étude
d’ensemble ; mais il s’agit aussi d’un choix de périodisation clairement assumé,
puisque cette publication est le fruit d’un colloque portant sur les « Rois et chefs
dans les États africains de la veille des indépendances à la fin du XX ème siècle. »
Ceci n’enlève cependant rien à l’intérêt de l’ouvrage, dans la mesure où celui-ci
compte parmi les rares études sur lesquelles nous avons pu nous appuyer afin
d’élaborer nos propres axes de recherche.
Les séquelles de la littérature de « résistance » ne portent pas seulement sur
la chronologie, mais aussi sur les découpages géographiques qui prennent trop
souvent en compte le cadre national contemporain dans lequel vivent les sociétés
étudiées. Ce type de recherches ignore trop souvent les logiques trans-territoriales
de populations pour qui le cadre territorial imposé par le colonisateur ne fait pas
nécessairement sens. J.-F. Bayart a mis l’accent sur ce problème, non sans malice,
puisque selon lui, l’État contemporain n’est pas « l’intégration horizontale de
communautés hétérogènes que les puissances européennes, entre deux verres de

138
Balandier, G., « Le contexte sociologique de la vie politique en Afrique noire », in Revue française
de science politique, IX (3), septembre 1959, pp. 598-609.
139
D’après C. Coquery-Vidrovitch, les travaux trans-périodes représentent 1,6% des travaux consacrés
aux chefferies dans l’échantillon présenté p. 66.

70
sherry, autour d’un tapis vert, à Berlin, auraient regroupées dans un cadre
territorial arbitraire140 ».
En somme, les travaux sur les élites anciennes présentent de réelles
faiblesses tant au point de vue quantitatif que qualitatif. Des études récentes et de
grande qualité se sont toutefois affranchies des carcans intellectuels souvent issus
de la période coloniale. Notre travail s’inscrit incontestablement dans cette voie
tracée par de grands africanistes, qu’ils soient historiens ou anthropologues. Mais
ce tour d’horizon général de l’historiographie africaniste est-il représentatif de
l’ensemble des études consacrées au Burkina Faso ?

Présentation critique des principaux ouvrages consacrés au Burkina Faso

Si les travaux consacrés à la chefferie sont généralement peu nombreux, le


constat n’est a fortiori pas plus brillant concernant le Burkina. Les synthèses sur
l’histoire de ce pays sont extrêmement rares, et les travaux consacrés à la période
pré-coloniale sont sur-représentés. Nous avons donc très peu de travaux sur la
période coloniale et encore moins sur l’indépendance. À ce propos, que dire des
travaux « trans-périodes », si ce n’est qu’ils suivent une tendance générale, c’est-à-
dire une quasi absence peu importe les régions prises en considération ? Du point
de vue géographique, les champs de recherche s’inscrivent essentiellement dans le
cadre national, et le caractère parfois anachronique de cette démarche ne semble
pas toujours faire froid aux yeux. On le voit, le bilan dressé plus haut pour
l’ensemble de la production africaniste, s’applique aussi au cas spécifique des pays
voltaïques. Mais comment expliquer de pareilles lacunes ?
Le désintérêt, assez général, pour la région est une première piste
d’explication. Peut-être est-ce dû au caractère peu spectaculaire de l’histoire des
pays voltaïques, qui, après tout, ne font guère parler d’eux à l’exception de leur très
importante contribution aux courants migratoires « aofiens ». En effet, pour la
grande déception de certains historiens, les États du bassin de la Volta n’ont pas eu
leur Samory Touré, leur Ahamadou, ou encore leur Abd el-Kader ; ils n’ont pas
davantage constitué une « vitrine » de la colonisation française, comme ce fut le
cas de la Côte-d’Ivoire ou du Sénégal. Enfin, si tout un pan de la littérature

140
Bayart, Jean-François, L’Etat en Afrique, op. cit., pp. 65-66.

71
exotique a suscité l’attrait de certains historiens pour les sociétés touaregs,
mandingues ou arabo-musulmanes, on ne trouve rien sur les royautés moosé qui
sont fort peu connues avant la fin du XIX ème siècle. Les difficultés de la recherche
de terrain serait une seconde piste d’explication, mais nous y reviendrons.
Le vide de la production historiographique atteint son apogée dans les
années 1920 à 1960. Au milieu des années 1950, le réveil a lieu en douceur avec les
travaux d’André Prost141, Père Blanc, qui consacre en 1953 une importante étude
relative à la langue des moosé. Dans la même période, le Moogo attire de plus en
plus de chercheurs étrangers, dont l’anthropologue américain Elliott P. Skinner, qui
mène entre 1955 et 1957 une série d’enquêtes de terrain sur le royaume de
Ouagadougou. En 1964, le tout donne naissance à un ouvrage synthétique, The
Mossi of Upper-Volta (Les Mossi de Haute-Volta)142, qui adopte une démarche
essentiellement historique. L’étude prend pour point de départ la formation et
l’organisation des formations politiques moosé peu avant la conquête, elle s’achève
avec l’incorporation progressive des anciennes élites dans le jeu politique moderne
de la Haute-Volta à la veille de l’indépendance.
On regrettera cependant que, par manque de recul, l’auteur présente les
tenants de la royauté comme définitivement sortis de l’échiquier politique suite à la
malheureuse tentative de coup d’État menée par Naaba Kougri en 1958. Cette
orientation n’a, hélas, pas favorisé les études ultérieures associant les trois périodes
pré-coloniale, coloniale et post-coloniale. Ajoutons à cela que, malgré un titre
plutôt prometteur, E. P. Skinner concentre l’essentiel de son analyse sur le Moogo
central, comme si l’étude de l’ensemble des Moosé pouvait s’y résumer. On
pourrait faire le même constat à propos de l’ouvrage publié en 1963 par le Larlé
Naaba Yamba Tiendrebeogo sur l’Histoire et coutumes royales des Mossi de
Ouagadougou143 ; car ce livre semble être le reflet de la centralisation intellectuelle
à Ouagadougou certainement mise en place dès les premiers temps de l’occupation
française.
Par « centralisation intellectuelle », nous voulons dire qu’un trop grand
nombre de chercheurs ont concentré leurs enquêtes orales sur l’important royaume
141
Prost, A., « Notes sur l’origine des Mossi », in Bulletin de l’I.F.A.N., n° 15, série B, Sciences
sociales, 1953, pp. 1333-1338.
142
Skinner, Elliott P., Les Mossi de la Haute-Volta, Paris, éd. Internationales, 1972 (version française),
447 p.
143
Larhallé Naba Yamba Tiendrebeogo, Histoire et coutumes royales des Mossi de Ouagadougou,
Ouagadougou, Presses Africaines, 1964, 205 p.

72
de Ouagadougou, certes très influent, mais dont l’histoire n’est pas représentative
de l’ensemble du Moogo, comme certains hauts-dignitaires ouagalais aimeraient le
faire croire. En réalité, la chefferie sait bien tirer partie de cette soif de
renseignement en « filtrant » ses informations et en élaborant une version officielle
de l’histoire du pays moaga qui tourne à son avantage et lui accorde une influence
exagérée sur ses homologues. Ce dessein idéologique pose le problème de la façon
dont le chercheur doit envisager les études réalisées par Skinner ou le Larlé Naaba :
doivent-elles être considérées comme des sources ?
Aussi, si l’étude d’E.P. Skinner est assez fiable, elle n’en demeure pas
moins une source pour la période 1950-1960, puisque les propos de l’auteur sur
cette période reflètent avant tout l’état d’esprit du moment, c’est-à-dire le discrédit
jeté sur les élites anciennes par le président Maurice Yaméogo entre 1960 et 1966.
L’œuvre du Larlé Naaba est encore moins équivoque si l’on tient compte du projet
qui a prévalu à sa naissance. En effet ce « ministre » du Moogo Naaba ne pouvait
pas tenir une distance raisonnable à l’égard du discours historique. Principal
dignitaire de la Cour de Ouagadougou, le Larlé Naaba est à la fois un observateur,
mais aussi un acteur de la royauté. Lui aussi a écrit sous le régime de Maurice
Yaméogo, et après avoir pris toutes les précautions, l’historien y trouve des
informations particulièrement intéressantes sur l’élaboration d’une tradition
dominante nourrie de déformations, d’omissions et d’exagérations au sein de la
Cour. Ce travestissement historique consiste notamment à faire entrer certaines
régions indépendantes dans le giron d’un Moogo dont les divisions internes sont en
partie gommées. L’histoire des origines des Moosé telle qu’elle est dressée par le
Larlé Naaba, s’inscrit ainsi dans la continuité des travaux de M. Delafosse et
d’A.D. Delobsom.
Dans le même temps, l’histoire du Moogo bénéficie de l’attention portée
par des anthropologues britanniques (John Fage, Myron J. Echenberg), israélien
(Nehema Levtzion), japonais (Junzo Kawada) et français (Michel Izard). Dans un
premier temps, leur analyse s’est concentrée sur les chronologies dynastiques
élaborées dans les Cours du Moogo. Celle-ci vise à établir une armature
chronologique fiable à partir de laquelle est reconstituée l’histoire du peuplement
de la région. Á ce propos, les travaux de Michel Izard et de Junzo Kawada se sont
révélés très précieux afin de cerner l’émergence des premières formations moosé.
C’est le travail de ces deux auteurs que nous aimerions présenter maintenant.

73
En 1957-1958, Michel Izard accomplit ses premières recherches
sociologique dans la partie nord-ouest du Moogo. Depuis, cet anthropologue s’est
particulièrement concentré sur l’étude du Yatenga, non sans avoir réalisé la
première synthèse sur l’histoire pré-coloniale de l’ensemble des formations
politiques moosé144. Ses nombreux ouvrages sur la région sont incontournables ; ils
nous livrent une masse d’information fort utile sur l’idéologie du pouvoir moaga, le
naam145. Sa dernière publication, Moogo, l’émergence d’un espace étatique ouest-
africain au XVIème siècle, parue en 2003, retrace l’histoire du Moogo des origines à
la stabilisation des formations étatiques. Á la différence des travaux antérieurs,
l’auteur privilégie une approche davantage géo-politique, et dresse un bilan critique
des connaissances produites sur la région depuis les années 1960. Ce travail nous a
été particulièrement précieux compte tenu de la proximité des thèmes que nous
souhaitons développer dans nos études doctorales ; il nous a également sensibilisé
au problème du décloisonnement des frontières parfois fines qui séparent
l’anthropologie, la sociologie et l’histoire.
Néanmoins, il existe bel et bien une différence d’approche entre l’histoire et
l’anthropologie. En effet, nous n’avons pas vocation à isoler ou modéliser les
mécanismes de stratification sociale, ainsi que les rapports au pouvoir, comme si
une sorte de loi devait inéluctablement orienter l’action des hommes. Tout ceci
nous paraît aller à l’encontre d’une mise en perspective dans la durée ou dans
l’espace qui, elle, doit introduire des nuances et mettre en lumière des variations
dans les pratiques du pouvoir. Mais ce travail suppose que l’on puisse disposer
d’une datation fine des évènements, ce qui semble difficile à constituer pour la
période pré-coloniale.
Ceci est d’autant plus sensible dans une région qui se signale par la quasi
absence d’écrits et de fouilles archéologiques. Cette situation rend quasi impossible
tout croisement avec les sources orales recueillies auprès de personnes qui n’ont
évidemment pas vécu la période dont il est question. Ces considérations n’enlèvent
cependant en rien l’intérêt du travail de Michel Izard, elles sont davantage un
avertissement pour l’historien qui risque d’être chagriné: il est préférable de porter
144
Izard, Michel, Introduction à l’histoire des royaumes mossi, Paris/ Ouagadougou, C.N.R.S.-
C.V.R.S., 2 tomes, Recherches voltaïques n° 12, 1970, 210 p. et 13, 428 p.
145
Voir Izard, Michel, Gens du pouvoir, gens de la terre. Les institutions politiques de l’ancien
royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche), Londres/ Paris, Cambridge University Press/ éds.
de la Maison des sciences de l’homme, 1985, 563 p., en particulier pp. 23-28 pour la modélisation du
mode de transmission du naam.

74
attention à la compréhension des dynamiques sociales et politiques, plutôt qu’à la
concaténation des évènements qui les constituent.
Les recherches de Junzo Kawada146, quant à elles, se concentrent sur la
partie sud-ouest du Moogo, plus précisément sur la région de Tenkodogo, malgré
quelques investigations entreprises en 1967 dans le Moogo central. Le regard de ce
chercheur japonais, à l’abri de tout lien avec l’ancienne puissance coloniale tout
comme avec les sociétés étudiées, est particulièrement riche. Il a le mérite d’abattre
cette frontière intellectuelle qui a circonscrit le champ de la recherche entre un
espace britannique (actuel Ghana) et français (actuel Burkina). Bien évidemment,
cette barrière n’a pu qu’entraver l’étude de sociétés apparentées et à cheval entre
les deux États avant la colonisation. Son travail pose très clairement la question de
l’origine des Moosé, et l’insistance avec laquelle Kawada a tenu à décloisonner son
champ de recherche nous a conforté dans l’idée qu’il fallait faire de même.
Les travaux sur la période contemporaine ne devaient pas être aussi
nombreux et riches. Cette situation ne laisse pas les intellectuels burkinabè
insensibles, en particulier les directeurs des centres de documentation que nous
avons rencontré. Ceux-ci nous ont fait part de leur regret de ne pouvoir sortir de
leurs rayons qu’une infime quantité de volumes consacrés à l’histoire récente de
leur pays. Il faut effectivement attendre les années 1990 pour assister à la parution
d’ouvrages généraux.
Le coup d’envoi est donné par Jeanne-Marie Kambou-Ferrand, qui aborde
dans sa thèse147 l’histoire de la pénétration coloniale dans les pays voltaïques de la
fin du XIXème siècle à 1914. Son travail, très bien documenté, nous livre une lecture
précise de la mise en place de la domination française dans la région jusqu’à ce que
l’administration coloniale parvienne à faire rentrer peu ou prou les pays de l’actuel
Burkina dans son giron. Il est cependant fâcheux de constater que la veille de la
première guerre mondiale marque le point final de l’ouvrage, alors qu’une série de
troubles secouent l’ouest-Volta en 1915 et 1916.
Ces évènements prouvent pourtant avec netteté qu’à ce moment, le pouvoir
colonial n’a pas fermement établi son autorité sur l’ensemble des pays voltaïques.

146
Cette thèse a été publiée très récemment en France sous le titre Genèse et dynamique de la
royauté : les Mosi méridionaux (Burkina Faso), Paris, éd. L’Harmattan, coll. « Etudes africaines »,
2002, 396 p.
147
Kambou-Ferrand, Jeanne-Marie, Peuples voltaïques et conquête coloniale. 1885-1914, Burkina
Faso, Paris, éd. A.C.C.T.- L’Harmattan, 1993, 465 p.

75
On peut également reprocher à l’auteur de ne traiter cette période que sous l’angle
des initiatives européennes et, par conséquent, de ne pas suffisamment porter
attention aux stratégies mises en place par les populations colonisées dans le but
d’adoucir la lourde tutelle que le pouvoir colonial fait peser sur elles. Mais ne sont-
ce pas là les oripeaux de la littérature de résistance ? Remarquons également que le
cadre géographique se limite aux frontières de l’actuel Burkina comme l’indique le
sous-titre. Ainsi, l’histoire des premiers temps de la domination française est-elle
envisagée comme si un cadre national préexistait, et peut-être comme si toute
l’action du conquérant devait inéluctablement conduire à la création pourtant
tardive et incertaine de la Haute-Volta (1919).
Cet angle national domine la publication de deux autres synthèses plus
générales. La première, La Haute-Volta coloniale148, publiée en 1995 sous la
direction de Gabriel Massa et Y. Georges Madiéga, est un recueil d’articles très
hétérogènes, car aussi bien écrits par des témoins que par des historiens. Mémoire
et histoire sont donc étroitement associées, ce qui nous renvoie une fois de plus à la
question du projet qui a guidé cette publication. Il en va de même pour la seconde
synthèse, qui propose de nous livrer « un siècle de l’histoire du Burkina Faso149 »
de 1895 à 1995.
Tout se passe comme si l’histoire devait constituer le ferment d’une identité
voltaïque ou burkinabè, quitte à gommer certaines zones sombres qui entraveraient
cette quête. Un tel projet identitaire, mais aussi la soif de reconnaissance
internationale, explique certainement la raison pour laquelle le préfacier de
l’ouvrage n’est rien de moins que le chef d’État burkinabè, Blaise Compaoré, qui
estime que cette publication, « racine du présent et du futur du Burkina,
participera au renforcement de l’identité nationale, nécessaire à la mobilisation
des citoyens en faveur du développement du pays.150 » L’illustration de la
couverture n’est pas moins explicite. On y voit en effet le territoire burkinabè, un
drapeau planté en son centre, et, de part et d’autre de celui-ci, un casque colonial en
morceau. Comment aurait-on pu symboliser autrement ce projet de consolidation
du sentiment national ? Comme l’aurait laissé entendre la littérature du « joug », le
Burkina semble devoir inéluctablement éclore de l’œuf colonial. Cet État cherche

148
Massa, Gabriel, Madiéga Y. Georges, La Haute-Volta coloniale, op. cit.
149
Madiéga, Y. Georges, Nao, Oumarou, (dir.), Burkina Faso, cent ans d’histoire, [Link].
150
Ibid., p. V.

76
donc son Renan, et si ces synthèses ont le mérite d’exister, elles n’en constituent
pas moins une historiographie de combat dont il faut souligner les pièges, ou tout
au moins les faiblesses.
En effet, une première surprise attend le lecteur : on y trouve quasiment
aucun écrit sur l’histoire du royaume de Ouagadougou. Nous savons pourtant
quelle est l’importance des institutions royales en pays moaga, et nous ne pouvions
pas imaginer un instant que la constitution d’un territoire dont le centre nerveux se
superpose avec la capitale du Moogo Naaba, n’attire pas plus la curiosité des
contributeurs. Est-ce là le signe d’une amnésie collective ? Certainement, que celle-
ci soit consciente ou non, car cette période est compromettante pour la royauté qui,
à bien des égards, pourrait se voir reprocher sa collaboration avec le pouvoir
colonial. Cette histoire n’a également pas beaucoup de chance d’être fédératrice,
surtout si l’on considère les vives tensions qui opposent les Moosé aux populations
ouest-voltaïques après 1945, c’est-à-dire au moment où les politiciens moosé,
associés à la royauté, ont cherché à renforcer leur hégémonie sur la Haute-Volta
tout juste rétablie. On comprendra que les historiens africains préfèrent centrer
leurs études sur une histoire pré-coloniale moins « chaude » et plus « noble », car
pure de toute « souillure » coloniale.
On attend donc davantage une synthèse sur l’histoire des pays voltaïques,
plutôt qu’un recueil d’articles et de témoignages, et ce malgré le pas encourageant
que constituent ces publications. Cette attente risque d’être longue, d’autant plus
que les moyens de la recherche au Burkina sont très faibles et n’accordent que très
peu de mobilité aux jeunes étudiants africains. De fait, les archives écrites leur sont
souvent inaccessibles, les bibliothèques universitaires sont médiocrement fournies,
tandis que les voyages d’études se limitent souvent au territoire national. Dans ces
conditions, rien d’étonnant à ce que l’on voit fleurir toute une série d’études
régionales ou nationales.
Au vu de ce tour d’horizon nécessairement trop bref, il apparaît clairement
que le chantier dans lequel nous sommes engagés est immense, bien qu’il ait été
déblayé par des analyses remarquables. Mais voyons à présent quels sont les enjeux
de notre sujet ainsi que les axes de recherche, les hypothèses et la méthodologie
retenus.

77
Présentation du projet de recherche
Problématique et élaboration de l’hypothèse générale

En 2000, notre mémoire de maîtrise visait à répondre à une question en


apparence simple : comment expliquer la pérennité des institutions royales des
Moosé de Ouagadougou au XXIème siècle? Le parti pris consistait à centrer notre
étude sur le royaume de Ouagadougou et, en particulier, sur la personne du Moogo
Naaba ; puis de circonscrire un champ chronologique qui correspond à peu près à la
période coloniale (1896-1960). Nous pensions alors que les raisons expliquant la
pérennité des institutions royales devaient plonger leurs racines au moment où la
« chefferie » semblait n’avoir plus rien à attendre, mais au contraire tout à perdre
de l’histoire. Sa place actuelle dans la vie socio-politique du Burkina ne pouvait
reposer sur des fondements récents, et la période coloniale ne pouvait être celle de
la dissolution de la royauté. Pourtant, à en croire les études existantes sur le sujet,
la royauté n’avait pas survécu à la période coloniale. Dans le même temps, les
hommes de pouvoir qui se sont succédés avant la conquête auraient cédé leur place
à des hommes de pailles aux côtés parfois « donquichottesques », comme ce Naaba
Sagha II parti en croisade dans les années 1940 pour reconstituer la Haute-Volta
démembrée.
Toute l’histoire coloniale de la région semblait se dérouler au rythme du
conquérant français. Si l’administration maintenait la « chefferie » en vie, celle-ci
semblait artificielle, soumise à tous les aléas, et imposée par la force des choses.
C’est que l’administration se heurtait « à un obstacle incontournable, la pénurie de
personnel.151 ». Annie Duperray a néanmoins soulevé l’hypothèse selon laquelle
l’autorité « du Moog naaba de Ouagadougou [fut] vraisemblablement
renforcée152 », mais la plupart des historiens continuent de la présenter comme
moribonde. Il est vrai qu’aucun travail ne permet d’envisager une autre issue pour
la royauté. Cette histoire des élites anciennes nous semblait trop vite expédiée et,
quitte à ne trouver aucune pièce nouvelle à ce puzzle, nos courts séjours au Burkina
nous ont au contraire conforté dans l’idée qu’il fallait persévérer dans nos
recherches afin d’apporter quelques nuances à ces constats pessimistes.

151
Duperray, Annie, « La Haute-Volta (Burkina Faso) », in Coquery-Vidrovitch, (dir.), L’Afrique
occidentale au temps des Français, op. cit., p. 261.
152
Ibid.

78
Au fur et à mesure que nous consultions les archives coloniales et que nous les
croisions avec nos entretiens oraux, il nous a semblé qu’à l’exception du premier et
du dernier souverain de la période coloniale153, les Moogo nanamsé sont parvenus à
se maintenir au centre du jeu politique et même à tirer parti des armes que leur
offrait bien involontairement l’administration : la centralisation accélérée du
pouvoir, l’armature administrative et les infrastructures propres à ancrer plus
profondément l’autorité du souverain sur le pays moaga, les outils médiatiques
capables d’assurer son rayonnement sur le Burkina actuel mais aussi bien au-delà,
etc.
Inspirés par l’ensemble du travail réalisé par Michel Izard, nous pouvions
difficilement imaginer que la soif de pouvoir des souverains, l’imagination et la
ruse que ceux-ci déploient à son service, ne se soient effacées si vite. Le Balum
Naaba Tanga II, lui-même, se plaît à rappeler avec humour que : « Les Moosé
aiment le pouvoir. Il y a toujours la parenté à plaisanterie 154 entre les Samo et les
Moosé, et ils [les Samo] disent que quand deux Moosé tombent dans un puits, l’un
d’eux devient chef.155 » Tout n’a donc pas disparu avec la colonisation, et comme le
dit avec élégance l’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo, « la volonté absolue de
régner, c’est ça la continuité. Il y a un fil qui se brise parfois, mais il finit toujours
par se reformer, c’est ça l’histoire.156 » Au fur et à mesure de nos investigations,
nous avons émis l’hypothèse selon laquelle le Moogo Naaba, assisté d’une partie
de sa Cour, est parvenu à infléchir certaines orientations politiques prises par
l’administration coloniale, ou à rendre sa collaboration incontournable, tandis que
cette dernière a également utilisé la « chefferie » pour mettre en place sa
domination.
Nous avons vu là un phénomène d’« instrumentalisation réciproque » qui
n’est pas propre à la Haute-Volta, mais peut certainement être généralisé partout où
sont durablement entrés en rivalité des élites anciennes « indigènes » et des
pouvoirs nouveaux « exogènes ». Cette situation de double dépendance se trouve
153
Naaba Sigiri (1897-1905) et Naaba Kougri (1957-1982) qui ne semblent pas – pour des raisons très
différentes – avoir su s’adapter aux bouleversements qui ont marqué leur règne : pour l’un la mise en
place de la domination coloniale, pour l’autre le brusque élargissement du corps électoral en Haute-
Volta.
154
La parenté à plaisanterie (rakiré) consiste à tourner en ridicule son interlocuteur, ce dont les Moosé
peuvent bien se permettre avec leurs « cousins » symboliques, en général des Samo. Ces plaisanteries
rituelles visent à détendre les liens sociaux et éviter les confrontations entre les communautés parfois
opposées en raison de litiges fonciers.
155
Entretien avec le Balum Naaba Tanga II, Ouagadougou, le 26 juillet 2004.
156
Entretien avec Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou, le 1 er août 2003.

79
au cœur des romans du Malien Amadou Hampâté-Bâ 157. On y voit évoluer des
personnages pittoresques, dont la figure de l’ « indigène interprète », qui sait
profiter des faiblesses du Commandant de cercle et utiliser sa position de médiateur
– voire d’écran – entre le fonctionnaire et les administrés. Ce notable « indigène »,
peu scrupuleux, tire en retour prestige et cadeaux en nature. Certes, on pourrait
nous objecter qu’il ne s’agit là que d’un roman, mais celui-ci est basé sur
l’authentique vécu de l’auteur, qui témoigne, à travers le prisme des sociétés
africaines, de ce qu’a été la domination coloniale au Soudan français. C’est tout le
sens de la très belle autobiographie intitulée Amkoullel, l’enfant peul.
Néanmoins, nous ne pouvions pas tomber dans l’excès inverse à celui de la
littérature de « résistance », à savoir surestimer l’emprise des forces anciennes sur
l’administration. Bien entendu, tout est affaire de lieux, d’acteurs et de temps ; en
somme, de l’état du rapport de force au moment où se déroulent les évènements.
L’hypothèse de l’« instrumentalisation réciproque » des élites anciennes et
nouvelles a néanmoins permis d’éclairer un peu plus les raisons pour lesquelles
Ouagadougou est devenue la capitale de la Haute-Volta en 1919, comment et dans
quelle mesure la royauté a tiré parti de cette centralisation administrative, et enfin
comment celle-ci a été capable d’entrer de plein pied dans la vie politique voltaïque
après 1945. Nous avons également pu mettre en lumière la « dilatation » de la
sphère d’autorité du souverain à mesure que le régime colonial créait ou intensifiait
de nouvelles solidarités régionales.
Mais nous devons être critique envers nous-mêmes et admettre que ce
travail souffrait d’un certain nombre d’imperfections, dont la prise de conscience
nous a amené à réorienter notre projet de recherche. C’est celui-ci que nous allons
dévoiler à présent.
La première limite de notre mémoire de maîtrise tient au choix délibéré de ne
traiter que de la période coloniale. D’abord parce que l’historiographie
contemporaine nous y incitait, et ensuite parce que le temps dont nous disposions
n’était pas suffisant pour élargir nos repères chronologiques et géographiques.
Nous avions donc cherché des bornes significatives : 1896 pour la pénétration
française dans le royaume de Ouagadougou, 1958 qui marque à la fois le transfert
des compétences de la Métropole vers les colonies, mais aussi la curieuse tentative
157
Bâ, Amadou Hampâté, Amkoullel, l’enfant peul, Arles, éd. Actes Sud, 1992, 535 p. et Oui mon
commandant ! Mémoires, Arles, éd. Actes Sud, 1994.

80
de « putsch » entreprise par Naaba Kugri. Après ? Nous pensions que la royauté
était entrée dans une longue période de déclin. Nous verrons qu’ils s’agit d’une
erreur induite par l’influence de la littérature de « résistance » dont nous avons mis
en évidence les travers.
La deuxième limite tient au choix de se concentrer sur la figure du Moogo
Naaba. C’est en effet celle qui apparaît le plus fréquemment dans les sources
imprimées, et nous ne disposions alors pas du temps nécessaire pas pour réaliser
des enquêtes de terrain consistantes auprès d’un nombre significatif de grands
dignitaires. Nous avions aussi estimé que cette figure historique, au-delà de la
singularité de chaque personnalité, était le reflet de toute une organisation sociale
et, à ce titre, un miroir dans lequel nous pouvions mirer l’histoire commune à
plusieurs générations d’hommes de pouvoir européens et africains. Il n’a pas fallu
beaucoup de temps pour réaliser l’intérêt qu’il y aurait eu à élargir notre étude à
l’ensemble des serviteurs du Moogo Naaba, mais aussi aux autres souverains
moosé et leur suite. Cette impression n’a cessé de s’imposer à nous depuis la
soutenance de notre maîtrise en 2000.
Enfin, ce travail épousait strictement le cadre territorial de la Haute-Volta,
dessiné conjointement par les médiateurs de savoir africains (dont la Cour du
Moogo Naaba) et les administrateurs coloniaux. Là encore, nous avons compris
que les espaces, bien délimités sur les cartes, interagissent entre eux et jouent le
rôle de ce que les géographes appellent une « interface », c’est-à-dire une zone
mouvante constituant à la fois une barrière et un lieu d’échange. Par exemple, si les
Moosé ont développé des réseaux diplomatiques et commerciaux dans la sous-
région, ceux-ci n’ont pas disparu avec la conquête ; ils ont pu se superposer à ceux
mis en place par le pouvoir colonial. Les souverains moosé ont tiré profit de cette
superposition à de nombreuses reprises, notamment en encourageant les levées de
main-d’œuvre en direction des plantations ivoiriennes, tirant en retour l’extension
de l’influence d’un royaume de Ouagadougou qui, de droit, n’existait plus. Notre
cadre géographique devait donc être décloisonné, et nous devions repenser l’espace
comme le « champ du possible » politique le plus proche possible de celui qui
prévalait à cette époque, à savoir une vaste zone transcendant les frontières
coloniales.
Remédier à ces trois limites revenait inévitablement à formuler une nouvelle
hypothèse qui rendrait mieux compte de la présence – bien réelle – de certains

81
dignitaires moosé dans les affaires de l’État à l’époque contemporaine. En effet,
bien avant la période coloniale, les souverains moosé ont caressé l’espoir de
renforcer l’influence de leur État (le Yatenga, Ouagadougou) sur la multitude de
commandements satellites qui forment le Moogo. Nous émettons l’hypothèse selon
laquelle ce projet n’a pas été enterré avec la colonisation, mais, au contraire, qu’il a
changé d’échelle dans des proportions inédites. Selon nous, la volonté de ces
souverains consistant à étendre leur autorité sur le Moogo, puis sur l’État voltaïque,
et même sur la sous-région, est le substrat sur lequel ont reposé les rapports de
force entre les souverains « traditionnels » d’une part, et une nouvelle élite
européenne puis africaine d’autre part. Ce jeu politique très complexe traverse les
trois périodes pré-coloniale, coloniale et post-coloniale. Il est la manifestation de
l’originalité du parcours de formation de l’État au Burkina, parcours emprunté par
des élites anciennes qui ne se sont pas trouvées là par égarement.
Cette hypothèse implique que nous développions de nouveaux axes de
recherche afin d’en vérifier la solidité et, surtout, de mettre en lumière
l’incorporation réciproque de conceptions a priori hétérogènes de l’État à travers le
cas que nous offre le Burkina Faso.

Les axes de recherche

Après avoir senti la nécessité d’ouvrir plus en « aval » notre chronologie,


nous avons eu la chance de découvrir un précieux fonds d’archives déposé aux
Archives nationales du Burkina. Celui-ci rend bien compte des rapports entretenus
par les élites anciennes avec les gouvernements voltaïques, puis burkinabè, après
1960. De nombreux rapports émanant du ministère de l’Intérieur et de la
Présidence, montrent bien que la chefferie retient toujours l’attention des décideurs
politiques. Nous pensons que ceci révèle quelques similitudes entre les
préoccupations des élites au pouvoir après l’indépendance et leurs prédécesseurs
coloniaux. C’est que, dans les deux cas, ces fonctionnaires tentent de bâtir un État
sur le modèle français, c’est-à-dire reposant sur un pouvoir central fort, clairement
territorialisé, dépassant les clivages culturels des populations qui le composent,
ainsi que sur des logiques d’attribution et d’exercice du pouvoir répondant – en
principe du moins – sur la légitimité des urnes. Mais la mise en place de ce modèle
se révèle être plongée dans un permanent état d’inachèvement, conséquence des

82
faiblesses structurelles du pouvoir central (faible développement des réseaux
électriques, des canaux modernes d’information, des infrastructures routières, du
corps administratif etc.), et parce que l’appui informel des élites anciennes s’avère
toujours incontournable.
Un des axes essentiels retenu dans le cadre de nos études doctorales est, par
conséquent, celui des conditions de l’émergence, puis de la formation de l’État
contemporain, là ou des logiques sensiblement éloignées préexistaient. En effet,
après 1960, les élites africaines ont hérité d’une structure politique incomplètement
absorbée par le modèle occidental ; nous pensons aux institutions royales toujours
présente dans les rouages de l’administration, même si ceci n’a rien d’officiel. En
revanche, l’affirmation de l’État indépendant s’est heurtée à des problèmes
sensiblement différents en raison de la nature évolutive du corps politique africain
ancien et nouveau.
Notre étude doit donc prendre en compte de nouveaux acteurs, ce qui ouvre
un deuxième axe de recherche : celui de la nature des élites qui ont contribué à
donner au Burkina son visage actuel. Par commodité, nous pourrions céder à la
tentation de les ranger dans trois catégories : celle des acteurs « traditionnels »,
« coloniaux » et « républicains ». Or, ce classement pose plus de problèmes qu’il
n’en résout car il ne tient pas compte de la capacité d’adaptation dont fait preuve
chaque protagoniste. En effet, nous montrerons dans la quatrième partie de ce
mémoire, que le Moogo Naaba, lui-même, n’a peut-être jamais été une figure
« traditionnelle », pas plus avant qu’après la conquête. Les fondements de son
pouvoir sont certes anciens, mais sa fonction a évolué à mesure que le souverain a
dû faire face aux bouleversements du climat politique ouest-africain. Sans ce
constat, comment expliquer la pérennité des institutions monarchiques ?
Ainsi, le Moogo Naaba et ses « ministres » sont à la fois les gardiens de la
coutume mais aussi des fonctionnaires rétribués par les administrations françaises
et africaines. Á ce titre, certaines prérogatives dévolues au naaba se sont révélées
inédites. Nous pensons à son rôle d’administrateur veillant à la levée des impôts,
des tirailleurs ou de la main-d’œuvre moaga pour le compte de la Métropole. Et
que dire des fonctionnaires africains chargés de surveiller les activités
maraboutiques de Moogo Naaba Kougri en 1961 ? Peut-on affirmer que le ministre
de l’Intérieur, qui a certainement lu avec gravité ce document selon lequel un «
marabout (…) aurait pour mission de travailler grâce à ses talismans et ses gris-

83
gris à rehausser le prestige de plus en plus défaillant du Chef Supérieur des Mossis
auprès des Autorités Gouvernementales158 », soit représentatif d’une élite
« nouvelle » et « moderne » ? Non, ce corps politique est issu d’un métissage qui
n’est pas vécu simplement, puisque celui-ci est obligé de défendre en permanence
sa situation à la tête de l’État. Cette place lui est contestée par une élite ancienne,
forte d’une histoire pluriséculaire, mais qui a beaucoup à se faire pardonner auprès
des Moosé pour sa collaboration avec le pouvoir colonial. En fin de compte,
l’homme d’État africain contemporain ressemble au conquérant français des
premiers temps en ce que son pouvoir ne repose sur aucun mouvement long de
l’histoire, mais au contraire sur une certaine violence qui, elle, fait toujours sentir
ses effets avec brièveté. Rien d’étonnant donc à ce que les premiers régimes soient
autoritaires et soucieux d’abattre par tous les moyens la monarchie. Reste pour ces
gouvernements le sacre des élections mais, pour l’obtenir, mieux vaut bénéficier du
concours de la royauté, qui en attendra forcément une contrepartie.
Enfin, les dynamiques spatiales qui conditionnent l’histoire de l’État
constituent un troisième axe de recherche. En effet, l’État n’est évidemment pas
une simple construction de l’esprit. Il prend vie dans un cadre territorial, défini
avec plus ou moins de clarté, puis il s’épanouit « au-dedans » dans la mesure où il
met en jeu des forces internes qui s’affrontent ou s’accordent selon des logiques
géopolitiques locales. En revanche, l’État vit également « en-dehors », en ce sens
qu’il n’est pas une construction absolue, détachée de toute contrainte extérieure. La
construction même de l’État peut-être conditionnée par des logiques régionales.
Cela a été le cas du temps de l’A.O.F., où l’existence, tout comme la suppression de
la colonie, était fonction de la situation d’ensemble. Après 1960, le rayonnement de
la Haute-Volta est également conditionné par la force de sa diplomatie, domaine
que la royauté n’a pas déserté. Ce modelage spatial de l’État dans sa physionomie,
son fonctionnement interne et son rayonnement externe, ne peut être compris en
faisant abstraction de l’action discontinue mais réelle des élites anciennes.
Nous voyons donc tout l’intérêt qu’il y a à ne se laisser enfermer dans
aucun schéma mental, aucune barrière intellectuelle, qui nous empêcherait de voir
l’évidence. Désormais, nous allons montrer qu’il en va de même du point de vue
méthodologique.
158
Archives nationales du Faso, AN 7V 162, Fiche de renseignement confidentielle de la Direction des
services de sécurité destinée au ministère de l’Intérieur, Ouagadougou, 5 décembre 1961. Voir sixième
partie, p. 220.

84
La méthodologie

Nous devons bien avouer que nous n’avons aucune idée préconçue sur la
meilleure méthode à adopter afin de mener à bien nos investigations. Nous avons
préféré le pragmatisme, et avons fait évoluer nos techniques d’enquête au rythme
de nos expériences de terrain. Il va cependant de soi que nous n’avons pas négligé
les méthodes qui sont à la base de toute enquête historique, dont celle de la critique
des sources.
Sans rentrer dans un débat qui dépasserait le cadre de ce travail, nous
rappellerons simplement que nous n’avons pas pour ambition de dévoiler la vérité
que recèlerait un siècle de l’histoire d’un État ouest-africain, mais plutôt de nous en
rapprocher le plus possible et, pour reprendre l’expression de Paul Veyne, d’en
dévoiler les « intrigues » 159. Bien évidemment, pour accomplir ce travail qui n’est
jamais qu’une quête du « probable », il est nécessaire de « faire parler » nos
sources avec le plus de rigueur possible. Ce travail critique doit permettre de
vérifier la solidité des hypothèses que nous avons émises.
Passé le recensement de notre corpus, nous pouvons passer à la critique
interne du document, c’est-à-dire l’analyse de son contenu, sa mise en perspective
en fonction de l’auteur ou du contexte de production. Puis, vient le croisement des
sources qui s’avère le plus souvent très difficile à réaliser pour deux raisons. La
première tient à la faible quantité de documents écrits dans l’entourage des
souverains. Cette situation complique le travail de confrontation avec les sources
administratives. La seconde raison tient à la nécessité, par défaut, de croiser les
documents écrits avec les sources orales, ce qui pose le problème du décalage
chronologique qui sépare la production de ces deux types de documents, mais aussi
celle de la nature de leurs auteurs qui sont acteurs des évènements pour le premier
cas, observateurs pour le second.
Hélas, nous avons souvent tiré de nos recherches des informations
particulièrement intéressantes, mais impossible à corroborer. Nous pouvons donner
l’exemple d’un document daté de 1965, et qui semble prêter à la chefferie des

159
Veyne, Paul, Comment on écrit l’histoire, Paris, éd. du Seuil, coll. « Points Histoire », 1971, p. 123
et sq.

85
intentions de renverser le gouvernement de Maurice Yaméogo 160. Mais, une
suspicion, ou une rumeur, ne permettent évidemment pas d’établir une relation
entre les réunions secrètes des « chefs coutumiers » et la chute du régime en 1966.
Dans ce cas, nous serions tenté de faire état du contenu du document en signalant
que rien ne vient le confirmer. Mais, la plupart du temps, nous avons préféré écarter
provisoirement ce type d’informations jusqu’à ce que nous puissions les valider par
croisement.
Un autre problème de méthode consiste à se demander de quelle façon nous
allons conduire nos enquêtes orales. La première question – et elle est épineuse –
consiste à bien choisir ses interlocuteurs car, ceux que l’on croyait être les
meilleurs informateurs ne l’ont pas toujours été. Puis vient le problème du
questionnaire. Doit-on en réaliser un ? L’entretien doit-il être directif, semi-directif
ou libre ? Nous pensons qu’il est vain de trancher la question au préalable. Pour
notre part, nous avons pris le parti de toujours élaborer une grille de questions.
Celle-ci nous permet de reprendre le fil de l’entretien en cas où notre interlocuteur
s’éloignerait trop de la question posée ; elle nous permet aussi de vérifier
qu’aucune interrogation majeure n’a été omise.
En général, le questionnaire s’avère utile pour ceux qui ne s’expriment pas
avec spontanéité. Nous avons été confronté à cette difficulté au cours de nos
entretiens avec le Baloum Naaba Tanga II161. Nous avons en effet compris que le
« ministre », par réserve, ne nous dirait rien en-dehors d’un questionnaire
préalablement établi. En revanche, notre grille de questions, nécessairement
générale au départ, n’a pas empêché la libération de la parole du haut-dignitaire ;
peut-être à l’usure il faut l’avouer. En revanche, le questionnaire a été parfaitement
inutile avec le Boussouma Naaba Sonré, souverain et député de l’opposition, bien
rôdé à cet exercice de style. Il a suffit d’une seule question pour que l’homme
politique anticipe le reste, et même nous engage sur des sujets réellement inédits.
En somme, nous pensons une fois de plus que le maître-mot est le
pragmatisme, puisque nous avons dû, à chaque instant, nous adapter à nos
interlocuteurs. Le questionnaire, lui-même, s’affine nécessairement à mesure que
nous renouvelons nos enquêtes de terrain.

160
Fiche de renseignement sur les activités de Naaba Kougri, Direction des Services de Sécurité,
Ouagadougou, le 22 mars 1965, A.N.F., série 7 V, carton 162. Voir sixième partie, p. 221.
161
Voir sixième partie, pp. 200-209.

86
Enfin, nous devons nous interroger sur la représentativité des personnes
interrogées. Le problème se pose tout d’abord parce que leur nombre est resté très
limité faute de temps et de moyens, si bien que la plupart de nos informateurs
appartiennent au monde du pouvoir, qu’il soit officiellement exercé dans les
institutions représentatives de l’État, ou bien en marge de celles-ci. La plupart de
ces personnes appartiennent à la tranche d’âge quarante-soixante ans, ce qui ne
permet pas de mettre en lumière d’éventuels effets de génération. Mais, si l’on y
regarde de plus près, notre échantillon est plus divers qu’on ne pourrait le croire :
on y trouve des souverains dont la rivalité est séculaire (le Moogo Naaba et le
Boussouma Naaba), des hauts-dignitaires qui se tiennent à l’écart des jeux de partis
(le Baloum Naaba), ou qui y sont étroitement liés (le Larlé Naaba) ; enfin, certains
sont des députés de l’opposition, d’autres du parti majoritaire.
Bien entendu, les entretiens ont été conservés sur microcassette ou par écrit.
Chaque document porte la mention de l’informateur, de la date, heure et lieu de
l’enregistrement.
Ajoutons à tout ce qui a été dit, que nous avons choisi d’adopter une démarche
pluridisciplinaire. Nous pensons en effet qu’aucune piste de réflexion ne doit être
écartée sous prétexte que celle-ci a été élaborée dans un autre champ heuristique.
Nous pensons, en effet, que l’interdisciplinarité a pour vertu de ne condamner
aucune voie d’accès à la compréhension des évènements ; c’est pour cela que nous
avons mis à profit les outils conceptuels et méthodologiques mis au point par les
géographes, les sociologues ainsi que les anthropologues. Il faut remarquer que
l’histoire africaine s’y prête bien, notamment en raison de la longue expérience
acquise par les anthropologues dans ce domaine, ainsi que la nature des
phénomènes envisagés.
Á titre d’exemple, rappelons que la pérennité des institutions monarchiques
s’explique aussi bien par le profond attachement des Moosé à des formes anciennes
de liens sociaux, qu’à la dimension religieuse du titre de dima ou encore à la
volonté de voir préservé un patrimoine culturel, dont les chefs sont les garants là
les griots et les musées sont absents. La question des modes de différenciation
sociale, des relations entre le savoir et le pouvoir, ou de la constitution de capitaux
de prestige (les voyages à l’étranger des souverains, leurs parcours de formation),
symboliques (la dimension religieuse du roi), matériels (la capacité du Moogo
Naaba à entretenir ses réseaux « clientélistes »), ont été remarquablement étudiées

87
par certains sociologues et philosophes (nous pensons à Pierre Bourdieu, ou à
Michel Foucault162), et peuvent être adaptées avec profit dans le cadre d’un travail
historique163.
Enfin, il nous reste à explorer une dernière piste méthodologique : la
prosopographie. Celle-ci consiste à découvrir un groupe à travers les individus qui
le composent. Cette approche permet en outre de comprendre ce qu’une trajectoire
a d’exceptionnel ou d’exemplaire pour reprendre l’expression de Dominique
Barjot164. Après avoir dégagé un groupe d’individus généralement identifié comme
tel (des parlementaires, des chefs d’entreprise ou la Cour royale de Ouagadougou),
l’historien constitue une série de fiches sur chacun de ses membres. Celles-ci
comportent des critères dont l’élaboration est déterminante ; il s’agit généralement
de la date de naissance, du milieu social et géographique, de la formation, du
parcours professionnel, de la confession ou encore de l’orientation politique de
l’intéressé. Puis, on dresse un tableau de concordance mettant en relation
l’ensemble des fiches afin de comprendre ce qui caractérise réellement le groupe
dont il est question, mais aussi ce qui fait l’originalité de ses membres.
En ce qui nous concerne, le groupe s’apparente à une élite africaine : celle
des nanamsé, que ceux-ci soient souverains ou serviteurs. L’idéal consisterait à
collecter un maximum de données sur des chefs ayant exercé leur fonction à peu
près au même moment, puis de reproduire ce travail par tranches chronologiques de
vingt-cinq à trente ans, soit environ une génération selon les démographes. Ceci
permettrait de dégager des effets de génération, et certainement une véritable
différence d’appréciation sur la politique à suivre selon que le naaba soit né bien
avant la conquête (c’est le cas de Naaba Sigiri, qui souffre d’un manque chronique
d’autorité jusqu’à son décès en 1905), ou après (nous pensons à Naaba Sagha II qui
parvient à prendre la mesure des logiques électorales après 1945).

162
Noiriel, Gérard, Qu’est-ce que l’histoire contemporaine ?, Paris, Hachette Supérieur, 1998, pp. 189-
193.
163
Voir Robinson, David, Sociétés musulmanes et pouvoir colonial français, [Link]., pp. 19-20. Cet
auteur adapte le concept de « capital social et symbolique » afin de caractériser les relations de
dépendance mutuelle qui unissent l’administration coloniale aux chefs religieux de la zone sénégalo-
mauritannienne (1880-1920), relations qui apparaissent ainsi moins déséquilibrées qu’à première vue,
puisque les acteurs africains parviennent à mobiliser des ressources non pas militaires ou matérielles,
mais religieuses et de savoir. Celles-ci sont « échangées » avec l’administration contre la possibilité de
conserver un rôle religieux et de pénétrer la sphère économique.
164
Mohamed-Gaillard, S. et alii, Des Français Outre-mer, Presses de l’Université Paris-Sorbonne,
2005, p. 11.

88
Cette méthode a déjà permis de relativiser certains clichés hérités de la
période coloniale – mais aussi pré-coloniale – dont celui qui fait passer le Moogo
Naaba pour le détenteur d’une fonction figée, intemporelle, faisant de la sorte trop
peu de cas de sa personnalité. Nous avons pu au contraire distinguer des hommes
dont le parcours ou l’action se sont révélés singuliers 165. La mise en perspective de
ce corps politique dans la durée a mis en lumière la capacité d’adaptation de ces
élites (interventions politiques de plus en plus personnelles des souverains,
diversification de leur parcours de formation…), mais aussi des permanences avec
leurs prédécesseurs (enseignement traditionnel, volonté d’assurer la pérennité des
institutions royales, maintien de réseaux clientélistes, mode d’accession au pouvoir
de père en fils etc.)
Ces outils méthodologiques devraient permettre l’exploration d’un certain
nombre de pistes de recherche que, faute de temps, nous n’avons toujours pas pu
entreprendre, et qu’il nous faut évoquer à présent.

Les pistes à explorer

Nos recherches se sont élargies aux principales formations politiques


qualifiées de « royaumes », à savoir le Yatenga, le royaume de Boussouma, de
Ouagadougou et de Tenkodogo. C’est en effet à partir de ces formations que
gravitent un ensemble d’espaces tampons ou périphériques, dont les relations
entretenues avec les formations centrales sont encore mal connues et attendent
toujours qu’on on livre une lecture dynamique. En effet, ces liens ont pu se
distendre ou se renforcer tandis que l’administration coloniale redessinait sans
cesse la carte administrative du Moogo et revoyait ses intérêts géopolitiques. Il est
également aisé d’imaginer que l’autorité des souverains était soumise à la bonne
volonté que manifestaient les nanamsé voisins à l’égard du travestissement de
l’histoire du Moogo : le protocole ne trompe pas, chacun connaît la place que le
souverain de Ouagadougou occupe dans la hiérarchie ancienne : le Moogo Naaba
n’est jamais que le « petit-fils » du Tenkodogo Naaba, le « frère » du Yatenga

165
Beucher, Benoît, « La figure du Moogo Naaba, chef des Moosé de Ouagadougou, sous la
domination française : pérennité d’une fonction et singularité des hommes (1896-1958) », Des
Français Outre-mer, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2005, pp. 139- 152.

89
Naaba166. Bien évidemment, le rayonnement politique des souverains dépend
également de l’ensemble des sujets moosé, ceux que l’aristocratie nomme avec
mépris les talsé, ou « gens du commun ».
Ces centaines de milliers de Moosé ont laissé peu de traces dans les
archives. C’est que, selon les sources coloniales, ces populations auraient
profondément intériorisé les liens de soumission absolue qui les lient à
l’aristocratie. Ces « sujets » auraient été, par excellence, les témoins passifs de cette
période. À l’administration donc de les sortir de leur « torpeur », et d’accomplir le
« 1789 du Mossi » ! En dépit du peu d’intérêt que suscite l’immense majorité de la
population, Robert Delavignette attirait dès 1931 l’attention de l’administration sur
elle: « Les notables, ce sont d’abord les chefs indigènes, les chefs de canton, les
seigneurs traditionnels dont l’importance politique et sociale est considérable (…)
Et le paysan qui règle dans son village les sacrifices à la terre, c’est pas moins un
notable. Et il serait dangereux que celui-là ne fut pas notre ami.167 » Nul doute que
tous les sujets n’aient pas accepté de bonne grâce la politique décidée « au
sommet », qu’elle soit le fait des fonctionnaires européens ou moosé.
C’est que ces « simples gens » avaient les moyens de mettre à mal les
autorités. Il s’agissait de véritables stratégies de « fuite », dont certaines
consistaient à déserter la Haute-Volta au profit de la Gold Coast. L’exode de
milliers de Moosé en direction de la colonie britannique a privé la classe dirigeante
d’une partie des moyens de sa politique, puisque celle-ci était fondée sur sa
capacité à mobiliser ces hommes pour le compte du pouvoir colonial moyennant
rétribution. La fuite des populations moosé en Côte-d’Ivoire a été tout aussi
problématique pour les souverains dans la mesure où la diaspora moaga a fini par
gagner son autonomie. La voix des sujets moosé s’est également faite entendre
avec plus de force à partir du moment où ces derniers accédaient au statut de
citoyens – au même titre que leur souverain… –, et que s’élargissait le corps
électoral voltaïque après 1945. De ce point de vue, il serait tout à fait judicieux
d’interroger les habitants de la région de Bobo-Dioulasso qui ont particulièrement
souffert des visées hégémoniques des Moosé, leurs « frères de l’Est »,.

Voir sixième partie, pp. 210-219.


166

167
Delavignette, Robert, Afrique Occidentale Française, Paris, Société d’Editions géographiques,
maritimes et coloniales, publié par le Commissariat Général de l’Exposition coloniale internationale de
Paris, 1931, p. 161.

90
Á l’échelle de la cellule familiale, il nous reste à cerner les stratégies
élaborées par les dignitaires à l’époque contemporaine, dont certains documents
récents laissent à penser qu’elles ont pu jouer un rôle important dans leurs
tentatives de créer ou de maintenir leurs réseaux d’influence. Cette valorisation des
stratégies familiales a pourtant été mise en évidence pour la période pré-coloniale,
notamment à travers le pugsyuré168, cet échange dans lequel les femmes occupent
une place centrale, et qui lie le bénéficiaire au donateur. Les femmes constituent
bien une richesse, parfois convertie en capital politique. Or, ces pratiques n’ont
certainement pas disparu, même si celles-ci ont probablement changé de nature.
Nous pensons que l’entretien de ce type de réseaux stratégiques a pu permettre aux
souverains de s’allier avec des personnages influents, aussi bien dans le domaine
politique qu’économique. Ainsi, tel oncle du Moogo Naaba Kougri, président de la
Banque d’Émission de Bamako, se voit-il proposé en 1961 une place au sein du
gouvernement169.
Nous allons désormais tâcher de comprendre comment ces stratégies ont été
mises en place en pleine domination coloniale et, surtout, comment une partie de la
Cour du Moogo Naaba est parvenue à se réformer pendant l’entre-deux-guerres
afin de se maintenir sur le devant de la scène politique.

168
Nabaloum, Marianne, « Le napogsyure ou le corps comme objet de production sociale et de
distribution politique : les napugubio de la cour royale de Waiguyo (royaume du Yaadtenga) fin XVI è-
fin XIX è siècles », article à paraître, 2003, 23 p.
169
Arrivée à Ouagadougou de M. Congo Kassoum, oncle de l’Empereur des Mossis, fiche de
renseignement de la Direction des Services de Sécurité, Ouagadougou, le 1 er décembre 1961, A.N.F.,
série 7 V, carton 162.

91
Plan provisoire de thèse

Première partie : présentation du champ de recherche

Chap. 1 - Les contraintes de l’environnement

Un pays enclavé dans la Boucle du Niger

Une nature ingrate ?

L’adaptation des hommes et l’accélération de la dégradation du milieu

Chap. 2 - Brève histoire du peuplement du Moogo

L’origine des Moosé : le berceau « ghanéen » et la marche vers le Nord

Le mythe de la conquête moaga: l’octroi du pouvoir en échange de la


protection des populations autochtones

Analyse du vocabulaire moaga : espace et pouvoir

Les Moosé et leurs relations hors du « monde » : Moogo et Gurungo

Deuxième partie : le Moogo contemporain : du rêve impérial au


cauchemar de la pénétration française (fin du XIX è siècle- 1919)

Chap. 3 - Un aménagement géopolitique du Moogo guidé par le soucis du


compromis ?

92
De la nébuleuse moaga à la stabilisation des grands royaumes moosé
(XVème -XVIème siècles)

L’instrumentalisation du mythe fondateur moaga : le Moogo Naaba,


« père » des royaumes périphériques

Ouagadougou et ses rivaux : Yatenga, Busuma et Lallé

Formations centrales et États-tampons ou comment éviter la guerre


frontale

Chap. 4 - Le Moogo dans le plan de conquête des officiers « soudanais »

Ouagadougou, pierre angulaire de la stratégie française dans la Boucle du


Niger ?

Les chevaux du « Mossi », un enjeu pour Samory et les Français

L’état des renseignements du conquérant quant au Moogo et à son


organisation

L’ « école soudanaise » et les méthodes de conquête des officiers français


dans la région

Chap. 5 - Une première organisation autoritaire du Moogo colonial et l’esquisse


d’une
politique territoriale moaga

La « course au clocher » et la simplification opportuniste de la carte


politique du Moogo

Divide ut regnes : l’encouragement à la dissidence des royaumes


périphériques

Une « administration maigre » pour le Moogo

93
La contribution de la chefferie à l’effort de guerre, pour une stratégie de
préservation du Moogo (1914-1918)

Troisième partie : de la création à la suppression de la Haute-Volta, la lutte


pour l’hégémonie moaga au sein du nouveau territoire (1919-1947)

Chap. 6 - Un renouvellement du corps politique « traditionnel » ?

De nouvelles attentes pour la fonction de naaba

Le réaménagement du pouvoir au sein de la cour

La superposition de multiples réseaux d’influence : le credo de la souplesse

Chap. 7 - Ouagadougou doit rayonner : la question de la centralisation


administrative

Ouagadougou, capitale du royaume et chef-lieu de la jeune colonie (1919)

Les chefs du Moogo central, premiers interlocuteurs indigènes auprès du


pouvoir colonial

Les fonctions de représentation de la chefferie moaga en A.O.F. et en


Métropole

La seconde guerre mondiale en Haute-Volta : la place du Moogo dans le dispositif


de défense de l’ Empire français (1942-1944)

Chap. 8 - Les obstacles à l’accomplissement du dessein impérial des Moosé

Bobo-Dioulasso la rivale

La fuite des Moosé en Gold Coast : une saignée démographique et politique

Les revers de la centralisation administrative

Ouagadougou attend son chemin de fer

La dislocation de la Haute-Volta ou la « séparation des fils du Moogo


Naaba » (1932-1947)

94
Quatrième partie : le crépuscule de l’indépendance et le rayonnement
extérieur de la royauté (1947- 1982)

Chap. 9 - L’ère des élections en Haute-Volta : la difficile transmission de l’État


colonial

Le Moogo, « réservoir de main d’œuvre » et … d’électeurs

Les voix de la contestation dans l’Ouest-Volta

Le déclin du pouvoir des chefs en Haute-Volta (1947-1960)

L’élite républicaine et la chefferie : deux rivaux pour le contrôle de


l’administration territoriale (1960- 1982)

Chap. 10 – Une première tentative de contrôle des diasporas moosé en Côte-


d’Ivoire, au Soudan et en Gold Coast

L’instrumentalisation des Moosé de Côte-d’Ivoire par la chefferie: un


remède aux difficultés intérieures ?

Du tambour traditionnel aux ondes radios : Larlé Naaba Abgha (1907-


1982), voix de la royauté ouagalaise à l’étranger

Les contacts entre les chefs moosé de Haute-Volta et la diaspora de Gold


Coast, un pas supplémentaire dans l’élaboration de la politique
« étrangère » de la royauté

Chap. 11 - La royauté moaga, outil diplomatique au service de l’État

L’intrusion de la diplomatie moaga dans les affaires diplomatiques des


Ière, IIème et IIIème Républiques (1960- 1980)

Le rapprochement du Moogo Naaba et de l’Asanthene de Kumasi, œuvre de


consolidation des « relations fraternelles et cordiales entre les deux
peuples »

Cinquième partie : l’avènement de l’État révolutionnaire et les derniers


feux de la royauté (1982-1990)

Chap. 12 – La fougue de la jeunesse contre le poids de la tradition : Thomas


Sankara déclare la guerre à la royauté

Une idéologie révolutionnaire incompatible avec l’institution royale

95
Le contrôle des finances de la monarchie par l’État : la guerre de
l’électricité

Révolutions sociales et forces conservatrices : un espace d’action pour les


souverains

Quand les « féodaux » veulent la tête du chef de l’État : les implications


présumées de la royauté dans la chute du régime sankariste (1987)

Chap. 13 – La normalisation des rapports entre la royauté et l’État : le régime de


Blaise Compaoré (1987-1998)

Des nanamsé dans l’hémicycle du Faso, un naaba devant chaque bureau de


vote : le soutien au parti majoritaire (C.D.P.)

Les apparitions audiovisuelles de la royauté : les nanamsé, relais du


gouvernement auprès de l’opinion moaga

Les fonctions de représentation du Moogo Naaba à l’étranger, dernière


prérogative du souverain ?

QUATRIÈME PARTIE

LE RENOUVELLEMENT DU CORPS POLITIQUE MOAGA PENDANT


L’ENTRE-DEUX-GUERRES (1919-1938)

96
97
Introduction

Ce chapitre vise à mettre en lumière les capacités d’adaptation des élites


anciennes face au nouvel ordre politique introduit par la colonisation. Á cette fin,
notre attention se portera essentiellement sur le cas des hauts dignitaires du
royaume de Ouagadougou, de la création de la colonie de Haute-Volta en 1919
jusqu’à la création de la Haute-Côte-d’Ivoire en 1938. Nous pensons en effet qu’à
cette époque, les nanamsé, sollicités par un Lieutenant-gouverneur désireux de
faire de la Haute-Volta une « perle » de l’A.O.F., profitent de cette parcelle de
pouvoir qui leur est ainsi offerte pour réaliser une « mise à niveau » des rapports de
force entretenus avec l’administration. Pour accomplir ce dessein, certains hauts-
dignitaires moosé sont prêts à envoyer leurs enfants à l’ « école des Blancs » afin
de se familiariser avec la culture et les attentes de l’administration coloniale, mais
aussi à adopter la religion chrétienne dans le but d’obtenir le soutien de l’influente
Mission catholique. Les « chefs » profitent également des opportunités qui leur
sont offertes pour accomplir des voyages à l’étranger, ou encore obtenir une place
au Conseil d’administration de la colonie à partir de 1920. Nous verrons qu’à cet
égard, la trajectoire du Baloum Naaba Tanga (1910-1950 170) a été exemplaire.
Mais si le moyens de la politique des nanamsé paraissent nouveaux, les projets
de ceux-ci le sont certainement moins. En effet, la volonté d’accompagner le
170
Il s’agit des dates correspondant à sa prise de fonction en qualité de serviteur du Moogo Naaba.

98
processus de formation de l’État colonial semble servir de vieux rêves, notamment
ceux qui consistent à renforcer le mouvement de centralisation administrative au
bénéfice de Ouagadougou et, par contrecoup, d’asseoir l’hégémonie des Moosé
centraux sur leurs voisins. La question du contrôle de la Cour sur les problèmes de
développement économique du royaume n’est pas davantage perdue de vue. On
s’en souvient, les lacunes des pouvoirs centraux dans ce domaine ont largement
entravé l’achèvement de la mise en place des États pré-coloniaux, et cette fois, les
« chefs » n’allaient pas passer à côté de l’opportunité d’influer sur la gestion du
budget de la colonie par le biais des postes qu’ils occupent dans l’administration
coloniale.
Nous verrons aussi que cette politique a eu des effets aussi réels que limités ;
car, si la suppression de la Haute-Volta en 1932 est vécue comme un profond échec
par la Cour royale, il n’en demeure pas moins que son action marque un tournant
dans l’histoire de l’émergence d’un État non pas colonial ou moaga, mais bien
métissé.

De nouvelles attentes pour la fonction de naaba


La fonction de naaba : un statut remodelé au gré des turpitudes du régime colonial

Le 20 janvier 1897, le traité de protectorat imposé par la France au jeune


Moogo Naaba Sigiri (1897-1905), est suffisamment clair pour ne laisser à ce
dernier aucun espoir de jouir des prérogatives jadis dévolues au souverain de
Ouagadougou. Sur ce point, l’article 5 du traité est clair, puisque Naaba Sigiri
« place sous le protectorat exclusif et sous la souveraineté absolue de la France le
Mossi et tous les territoires qui en dépendent légitimement.171 » Tandis que les
effectifs de l’administration sont insignifiants, le Commandant du cercle de
Ouagadougou n’a qu’un souhait : abattre la monarchie moaga afin d’exercer une
administration directe. Dans un court moment de lucidité, la suppression des
institutions royales n’est pas immédiatement mise à l’ordre du jour. On entend
davantage accorder au Moogo Naaba un pouvoir nominal dans le but de faciliter la
compréhension ainsi que l’exécution des ordres venus du pouvoir colonial.
Mais cette politique dite « indigène » se durcit brutalement après l’entrée en
fonction du premier administrateur civil du « Mossi », M. Carrier, « nabaphobe à
171
Traité de paix et de protectorat sur le Mossi, Ouagadougou, 20 janvier 1897, A.N. 200 MI 999.

99
outrance172 » et qui a en tête une formidable ambition, accomplir le « 1789 du
Mossi173 ». Cette politique, aussi volontaire qu’utopique et brutale, semble
révélatrice des relations traditionnellement entretenues entre les administrateurs
« soudanais » et les élites anciennes. C’est ce que souligne avec un certain esprit de
corps le Capitaine Dinaux, commandant de la compagnie saharienne de Tidikelt en
1909, selon qui, chez les « officiers d’Afrique [du Nord] », « c’est la méthode
douce, l’apprivoisement, la mise en confiance », tandis que « Du côté des
Soudanais, c’est le règne de la force, résultant du manque d’intermédiaires et
d’une mentalité due aux conquêtes coloniales récentes. 174 »
Cette situation pouvait-elle perdurer, sachant qu’en 1908, l’ensemble du
Moogo – soit environ deux millions d’hommes – est administré par…dix
Européens175 ? Au départ, le Moogo Naaba ainsi que ses ministres ont pour
principale tâche de participer à l’édification matérielle du chef-lieu, ainsi qu’à la
levée de l’impôt de capitation. Progressivement, la situation évolue. Le jeune
Naaba Koom II (1905-1942)176, élu Moogo Naaba à l’âge de seize ans à la grande
satisfaction d’une administration qui ne voyait en lui qu’un homme de paille,
commence à comprendre tout le parti qu’il peut tirer de la nécessaire collaboration
avec le Commandant de cercle. En 1914, l’occasion lui est fournie de devenir à
nouveau un chef de guerre. Le souverain est sommé de lever des troupes et, selon
les rapports du moment, semble s’acquitter de ce devoir avec un zèle qui comble
l’administration au-delà de ses espérances. Naaba Koom II et ses nanamsé s’en
voient récompensés dès 1917, à travers les dispositions prises à leur égard par
l’éphémère gouverneur de l’A.O.F. Joost Van Vollenhoven. Celui-ci recommande
aux administrateurs de cercle de prendre en considération les « chefs coutumiers »
sans pour autant abdiquer la moindre parcelle de leur autorité 177. Mais la plus
grande des récompenses est incontestablement la création, en 1919, de la colonie de
Haute-Volta, détachée du Soudan français, et qui fait des Moosé l’ethnie
majoritaire au sein du nouveau territoire.

172
Note prise sur place par le Vicaire apostolique de Ouagadougou, Joany Thévenoud en 1908, in
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, Paris, éd. de la Savane, 1956, p. 45.
173
Ibid., p. 44.
174
Note du Capitaine Dinaux, in Frémeaux, Jacques, L’Afrique à l’ombre des épées, tome 2, op. cit., p.
39.
175
Benoist, Joseph-Roger, (de), Eglise et pouvoir colonial au Soudan français. op. cit., Paris, éd.
Karthala, 1987, p. 26.
176
Voir sixième partie, photo., p. 129.
177
Circulaire du 15 août 1917, op. cit., p. 270.

100
Son premier Lieutenant-gouverneur, Édouard Hesling (1919-1927), a servi
Joseph Galliéni à Madagascar. Cette expérience a certainement beaucoup contribué
à nourrir ses ambitions à l’égard d’une colonie qu’il entend développer jusqu’à en
faire un vitrine de l’A.O.F. La tâche s’annonce rude, et l’association des nanamsé
incontournable. C’est dans cet état d’esprit que le gouverneur invite ses
subordonnés à réaliser tout l’intérêt qu’il y a à « conserver avec le plus grand soin
les commandements indigènes traditionnels, et même de les renforcer tout en les
guidant dans leur fonctionnement.178 » Les élites anciennes conservent leurs
anciennes prérogatives (assurer la levée de l’impôt, exercer une justice de premier
degré, faciliter les levées de travailleurs prestataires), mais sont sommées de mettre
plus de cœur à l’ouvrage dans l’espoir de dynamiser l’économie voltaïque. Les
chiffres de l’intensification de la campagne cotonnière donnent la mesure de
l’effort consenti : en 1924, la production est évaluée à trois-cents tonnes ; elle est
vingt fois supérieure en 1926 !
Dans la même période, le chantier du chemin de fer « de Côte-d’Ivoire179 »
nécessite la levée annuelle de 1.000 à 3.200 hommes pour le seul cercle de
Ouagadougou. L’administration l’avoue elle-même, cette tâche est ingrate et
« donne aux chefs chargés de l’assurer un souci constant 180 », mais ceux-ci relèvent
le défi. En retour, le Moogo Naaba, tout comme sa suite, est confirmé dans son
statut de fonctionnaire rétribué par le pouvoir colonial, d’autant plus méritant que
l’administration loue cet « officier de la Légion d’Honneur, chef incontesté du
Mossi, (…) investi actuellement d’un rôle représentatif d’importance capitale, qui
nous a apporté sans réserve l’autorité considérable qu’il tire de son titre, de la
tradition, de la possession des fétiches sacrés, de sa valeur et de son prestige
personnels.181 »
Dans les faits, il semble que le souverain et ses hauts dignitaires aient
mieux tiré leur épingle du jeu que le texte ci-dessus ne veut bien le laisser croire ;
car pour le gouverneur de la Haute-Volta, si les « chefs » permettent « d’avoir en
pays mossi des subdivisions deux à trois fois plus peuplées que la majorité des
cercles de l’A.O.F. (…) », celui-ci doit bien admettre que « contrairement à nos
178
Rapport annuel de la Haute-Volta, Lieutenant-gouverneur E. Hesling, Ouagadougou, 1923, A.N. 200
MI 1701.
179
Le projet initial entend relier Abidjan au fleuve Niger.
180
Doc. cit.
181
Gouvernement général de l’A.O.F., « Exposition coloniale internationale de 1931 : la Haute-
Volta », in Société d’Editions géographiques, maritimes et coloniales, Paris, 1931, p. 54.

101
principes démocratiques les véritables ressortissants de nos administrateurs sont
les chefs de province ou de canton, et non les populations elles-mêmes. 182 » La
figure du naaba s’en trouve renforcée au point que, selon les Pères Blancs de
Ouagadougou, « tout reposait sur eux au Mossi183 ». L’administration n’y est pas
pour rien, et les « chefs » n’ont pas été les spectateurs passifs de ce revirement de
situation. Nous croyons en effet que l’idée selon laquelle « la bonne volonté
consciente » que les chefs « apportent à relâcher les liens de la routine pour entrer
dans la voie de l’évolution que nous leur traçons 184 », n’est qu’un discours convenu
qui cache les aspirations profondes d’un corps politique en mutation, soucieux de
prolonger un vieux désir de renforcement de son pouvoir.

La permanence des prérogatives et des aspirations du corps politique moaga

Si les premiers temps de l’occupation française ont été durs pour Naaba
Sigiri ainsi que Naaba Koom II (au début de son règne), les souverains moosé
parviennent néanmoins à comprendre quel parti ils peuvent tirer de procédés
administratifs français qui, du reste, ne s’opposent pas forcément terme à terme
avec leurs aspirations.
On se souvient ainsi qu’au milieu du XVIIIème siècle, le roi de Ouagadougou
a tenté de centraliser l’administration du royaume en imposant une seule résidence
royale. Grande était également sa volonté d’imposer l’hégémonie du Moogo central
sur le reste du pays. Enfin, le contrôle des relations commerciales par le pouvoir
central tendaient à se renforcer grâce à l’organisation du marché de Ouagadougou
et la nomination de percepteurs qui y exerçaient leur fonction pour le compte du
Moogo Naaba. Tous ces projets n’avaient, en revanche, jamais connu de réalisation
satisfaisante, et le souverain n’exerçait aucun contrôle direct sur son royaume, à
l’exception du domaine royal. La situation lui était même parfois très défavorable
comme le prouve la guerre menée en plein cœur du royaume par un de ses
« vassaux », le Lallé Naaba, de 1885 à 1897185. Cependant, bien que le souverain

182
Rapport annuel de la Haute-Volta, 1925, [Link].
183
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 59.
184
Rapport politique annuel de la Haute-Volta, 1925, [Link].
185
Une guerre de douze ans a opposé le naaba de Lallé (voir carte p.35) au Moogo Naaba de
Ouagadougou, avant que les Français n’infléchissent brutalement l’issue du conflit en exécutant le
naaba frondeur en 1897. Pour plus de précisions, voir Yaméogo, Sékakonba, Le conflit Lalle-
Ouagadougou, 12 ans d’hostilités, mémoire de maîtrise, Université de Ouagadougou, 1990.

102
soit privé de la souveraineté de droit depuis 1897, il n’en demeure pas moins que
Naaba Koom II parvient à s’entendre avec l’administration pour achever ces projets
dans des conditions qu’il aurait évidemment espérées meilleures.
Le premier grand chantier qui retient l’attention du souverain est celui de la
centralisation administrative. La recherche d’un chef-lieu pour la toute nouvelle
colonie de Haute-Volta permet alors tous les espoirs, d’autant plus que le choix de
Ouagadougou est pressenti. Il faut rappeler que la capitale du Moogo Naaba était
déjà le centre administratif du vaste cercle « du Mossi ». La capacité des nanamsé à
comprendre, voire à anticiper, les attentes de l’administration, renforçait l’intérêt
d’y établir le chef-lieu. Malgré de réelles hésitations186, l’administration finit par
trancher en sa faveur. Capitale incertaine du royaume avant la conquête, la ville
doit désormais prendre le dessus sur les autres résidences royales (Ouahigouya
pour le royaume du Yatenga, Kaya pour le royaume de Boussouma etc.), ainsi que
sur Bobo-Dioulasso, et rayonner sur les 100.000 km² et quatre millions d’habitants
que compte la Haute-Volta.
Tandis que la vieille capitale du Moogo Naaba se développe et se fond avec
les bâtiments administratifs européens dans un « curieux et gauche mélange
d’architecture européenne et locale187 », le prestige de Naaba Koom II se renforce
symétriquement, puisque celui-ci passe pour le principal interlocuteur indigène en
Haute-Volta, et a sous la main la possibilité d’influencer l’administration coloniale.
Et les décisions prises entre 1920 et 1922 d’ériger les subdivisions de Ouahigouya,
de Tenkodogo, de Koudougou et de Kaya en cercle 188, n’entament en rien l’autorité
du Moogo Naaba qui exerce « son autorité morale sur des Cercles à l’instigation
du Gouverneur, au lieu de l’exercer sur des Subdivisions à l’instigation du
Commandant de cercle.189 » Cette superposition du service royal avec le pouvoir
colonial explique en partie que la figure du Moogo Naaba occupe une place
centrale dans la gestion administrative de la colonie.
Ceci n’est pas nouveau, car dès 1897, le Lieutenant Voulet souligne que
« Dans un empire aussi fortement hiérarchisé, il n’y avait aucune possibilité de
traiter avec un autre que le Mogho-Naba, chef légitime, qui seul, pouvait conclure

186
Beucher, Benoît, La figure du Moogo Naaba et la colonisation française, [Link]., pp. 78-82.
187
Delavignette, Robert, Afrique Occidentale Française, op. cit., pp. 67-68.
188
Lettre du Gouverneur général de l’A.O.F. au Ministre des Colonies, Ouagadougou, 31 décembre
1922, A.N. 200 MI 1693.
189
Rapport politique, Ouagadougou, Colonie de Haute-Volta, 2 ème trimestre 1920, A.N. 200 MI 1693.

103
un traité et accepter officiellement la présence de la France.190 » Avec la
centralisation des services administratifs à Ouagadougou, l’autorité du souverain
prend une nouvelle dimension, et justifie que Robert Delavignette, non sans goût
pour l’exotisme, fasse passer le souverain pour une des plus grandes figures
« indigènes » de l’A.O.F., parmi des « seigneurs aux noms prestigieux :
l’Aménokall des Oullimiden, l’Aastafidelt des Touaregs de l’Aïr, le Sutan de Zinder
(…) tous feudataires de la Forêt, de la Savane et du Désert. 191 »
Au-delà d’une place de choix acquise dans la littérature coloniale, le
souverain de Ouagadougou, ainsi que ses « ministres », ont obtenu des avantages
plus consistants. Naaba Koom II peut ainsi nommer directement les « chefs de
canton » dans un rayon d’environ cent kilomètres. L’ensemble des documents pour
la période prouve que l’administration n’a pas simplement fait avaliser ces
nominations par les souverains. Celle-ci est bien consciente du fait que l’investiture
accordée par les Yatenga et Moogo Naaba « conserve aux yeux des indigènes une
importance qui n’est pas négligeable192 ». Naaba Koom II parvient ainsi à imposer
la candidature d’hommes qui ne sont pas bien vus de l’administration.
C’est précisément ce qui se produit en août 1922 dans le canton de
Kombissiri. Le candidat du Moogo Naaba, « au regard fuyant et faux, obséquieux,
orgueilleux, très coléreux, fier193 », selon le Chef de subdivision, est pourtant
confirmé dans sa nomination « en souvenir de l’amitié portée au père [par Naaba
Koom II].194 » Bien plus encore, le souverain, épaulé par son Baloum Naaba,
profitent tous deux de cette autorité retrouvée pour éliminer les lignages
encombrants au bénéfice de membres de leur famille. Ainsi voit-on le Baloum
Naaba Tanga obtenir de l’administration la révocation du chef de canton d’Ipelsé
(province du Baloum Naaba) au profit d’un neveu du souverain 195. Il est frappant de
constater que ce processus visant à introniser des membres du lignage royal à la
tête des formations périphériques, prévalait dès le XVI ème siècle.
Tout ceci amène le Moogo Naaba et ses « ministres » à contrôler plus
étroitement le royaume de Ouagadougou, d’autant plus que les pénuries de
190
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 12.
191
Delavignette, Robert, Afrique Occidentale Française, op. cit., p. 96.
192
Rapport politique annuel, Ouagadougou, Colonie de Haute-Volta, 1925, A.N. 200 MI 1708.
193
Rapport du chef de Subdivision Bailly à l’occasion des affaires de succession au canton de
Kombissiri, 21 août 1922, A.A.N. 5 P, carton 218.
194
Ibid.
195
Lettre du Chef de la Subdivision de Ouagadougou à M. l’Administrateur de Cercle du Mossi,
Ouagadougou, 31 juillet 1922, A.A.N. 5 P, carton 218.

104
fonctionnaires coloniaux196 ne permettent pas un maillage administratif serré du
territoire. Cette logique se retrouve également au-delà du royaume, peut-être à
l’échelle du Moogo tout entier. Pour s’y prendre, la Cour de Ouagadougou tente de
mettre à profit sa position de médiatrice de savoir dans un pays peu connu des
étrangers. Là encore, la pratique n’est pas neuve, mais elle prend un tour particulier
au moment où Édouard Hesling entend établir un « commandement indigène »
cohérent et solide.
C’est que pour se faire, le fonctionnaire a pour première mission de
« capter les personnalités politiques et religieuses susceptibles de nous aider »,
puis d’augmenter « le prestige et l’autorité des chefs ralliés qu’il intéresse à
l’œuvre entreprise.197 » Mais celui-ci n’est pas à l’abri des tentatives de
manipulation de ces « faiseurs d’histoire » que sont les rois moosé ; d’autant plus
que, comme le rappelle très justement Michel Izard, « le système administratif
français, en renforçant la centralisation de l’autorité traditionnelle, a contribué à
réduire en nombre et à officialiser les canaux coutumiers de circulation de
l’information, dans le même temps où l’école, publique ou privée, servait de relais
à la vulgarisation d’une histoire parfaitement conventionnelle, coupée des sources
vives d’une mémoire collective qu’on ne cherchait plus à activer.198 » Comme nous
le verrons plus loin, la Cour de Ouagadougou est le haut lieu d’une tradition
dominante qui fait passer l’ensemble composite qu’est le Moogo pour un « bloc »
unitaire, à la tête duquel règnent « des chefs déjà installés depuis des siècles selon
une hiérarchie nettement établie et de jour en jour renforcée par la coutume. 199 », et
au-dessus d’eux, le Moogo Naaba de Ouagadougou, tout naturellement investi du
titre de « chef suprême » par l’administration.
Il en résulte une vision hiérarchique du Moogo pour le moins contestable,
où la figure du Moogo Naaba serait prééminente à l’égard du naaba du Yatenga et
de Tenkodogo. Toujours selon cette version dominante, les autres rois seraient les
subordonnés de Ouagadougou, à l’image du naaba de Boussouma. L’élaboration de
196
Tout au long de son gouvernorat (1919-1927), Edouard Hesling ne cesse de pointer du doigt ces
carences d’effectifs. On peu estimer qu’en moyenne, la Haute-Volta ne dispose d’à peine plus d’ un
administrateur européen pour 60.000 Voltaïques, ce qui la place loin derrière le Soudan (1 pour
32.000), la Côte-d’Ivoire (1 pour 25.000) ou le Dahomey (1 pour 19.000) en 1921.
197
Ministère de la Guerre, Manuel à l’usage des troupes employées Outre-mer, 1ère Partie, Paris,
Imprimerie nationale, 1923, p. 199., in Frémeaux, Jacques, L’Afrique à l’ombre des épées, tome 2, op.
cit., p. 45.
198
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique…, op. cit., p. 232.
199
Gouvernement général de l’A.O.F., « Exposition coloniale internationale de 1931 : la Haute-Volta »,
op. cit., p. 53.

105
ce nouveau cadre hiérarchique a des conséquences bien réelles. C’est que les soldes
perçues par les hauts dignitaires en qualité d’auxiliaires de l’administration sont
versées en conséquence. Même si celles-ci peuvent paraître insuffisantes aux yeux
des rois, il n’en demeure pas moins que ce nivellement des traitements tourne
largement en faveur du Moogo Naaba. Ceci a pour conséquence de permettre à ce
dernier, ainsi qu’à certains serviteurs200, de renforcer leurs réseaux clientélistes ainsi
que leur prestige.
On comprendra que la suppression de la Haute-Volta et le rattachement du
Moogo central à la Côte-d’Ivoire en 1932, marquent un coup d’arrêt dans ce
processus de centralisation. La capitale du Moogo Naaba occupe alors une position
excentrée201, tandis que les services administratifs fuient la ville. Dans le même
temps, Naaba Koom II perd partiellement son ascendant sur ses voisins moosé, et
en particulier sur ceux du Nord, rattachés à la colonie du Soudan 202. De son côté, le
Yatenga Naaba Tigré (1914-1954) valorise son titre de Moogo Naaba en se
présentant comme le premier interlocuteur moaga avec les autorités du Soudan, sa
colonie de rattachement.
Cette situation, difficile pour Naaba Koom II, est quelque peu atténuée par
la création en 1938 de la Haute-Côte-d’Ivoire et l’installation à Ouagadougou d’un
représentant du Lieutenant-gouverneur de Côte-d’Ivoire, chargé d’administrer les
cercles moosé. Les rapports de l’époque sont très optimistes : « Ainsi » peut-on lire
en 1938, « peu à peu, l’immense et large avenue Hesling voit, derrière les double
rangées de caïlcédrats qui l’encadrent harmonieusement, surgir des constructions
neuves et riantes (…) Et, à nouveau, comme du temps de l’ancienne Haute-Volta,
cette avenue magnifique qui relie la ville de Ouagadougou à la Résidence
Supérieure, sera « construite » (sic) sur tout son parcours de plus de deux
kilomètres, le long duquel sera groupée la cité administrative de la capitale du
pays mossi restauré.203 » En réalité, le Moogo Naaba Koom II ne verra pas ce
résultat de son vivant, et encore moins la renaissance de Ouagadougou en qualité
de chef-lieu de colonie. Mais pendant cette période (1919-1932), le souverain et

200
Certains serviteurs royaux comme le Baloum Naaba reçoit en 1925 un traitement annuel supérieur
au roi de Boussouma. Le Moogo Naaba, quant à lui, perçoit en 1920 un traitement annuel cinq fois
supérieur à celui du Yatenga Naaba Tigré.
201
Voir carte p. 133.
202
Idem.
203
Rapport de la tournée d’inspection du Lieutenant-gouverneur de Côte-d’Ivoire en Haute-Côte-
d’Ivoire, Ouagadougou, 30 mai 1938, A.N.F. 3 V, carton 25.

106
quelques « ministres » clairvoyants sont parvenus à donner de la royauté une image
beaucoup plus moderne, et à conforter de la sorte l’administration dans l’idée que
la participation des élites anciennes est un choix légitime.

L’école et les voyages officiels : une ouverture sur le monde « moderne »

Certains souverains Moosé, dont Naaba Koom II, comprennent qu’il leur
faut relever le défi de la mise en place de l’État colonial s’ils souhaitent maintenir
les institutions royales en vie. Cela suppose que les « chefs » soient en mesure de
comprendre les attentes de l’administration, et d’influencer celle-ci. Or, comment
faire si ce n’est apprendre le français, se frotter de très près aux services
administratifs, ou encore visiter le pays d’où viennent ces administrateurs à la
mentalité si différente ? Se dégage alors un profil idéal du prétendant au trône. En
effet, le collège électoral responsable de la nomination des souverains valorisent de
plus en plus les candidats ayant effectué leur formation à l’ « École des Blancs »,
mais qui ont aussi pu visiter la Métropole, ou combattre dans l’armée française.
Nous pensons que cette prise de conscience a eu lieu, pour l’essentiel, aux
lendemains de la première guerre mondiale.
Si Naaba Koom II, ainsi que le Baloum Naaba Tanga, n’ont pas été à
l’école, ces derniers n’entreprennent pas moins des voyages à l’étranger qui leur
permettent de mieux comprendre à qui ils ont affaire dans le rapport de force qui
les oppose avec l’administration.
Les premiers voyages effectués par le souverain sont réservés au pays
moaga lui-même. Pour comprendre l’importance de ces « tournées », il faut se
souvenir de l’interdit coutumier qui empêchait le souverain de quitter sa capitale.
Naaba Koom II n’hésite pas à bousculer la « tradition », et accepte d’effectuer une
tournée des cercles moosé dans la même voiture que le Lieutenant-gouverneur. Le
Moogo Naaba profite de cette situation pour rappeler à ses sujets qui est leur chef.
Les Moosé vivant en-dehors de la capitale peuvent enfin mettre un visage sur le
« Chef du Monde », ce personnage jadis si lointain.
Naaba Koom II en profite également pour encourager les efforts de
modernisation entrepris dans la colonie, et qui, selon lui, doivent profiter à terme
au royaume de Ouagadougou. C’est ainsi qu’un rapport datant de 1923 fait part de

107
l’enthousiasme du souverain pour « tout ce qui est manifestation du progrès. Les
automobiles nouvellement arrivées, les tracteurs et trains sur route, les moteurs de
l’usine, l’huilerie, la machine à glace (…) toutes ces choses nouvelles attirent
fortement son attention, la retiennent ; il se complait à les observer et cherche à les
comprendre.204 » Puis, le champ de ses voyages s’élargit à la sous-région puisqu’en
1925, Naaba Koom II entreprend avec son Baloum Naaba un séjour à Dakar, siège
du gouvernement général de l’A.O.F., où il accompagne le Lieutenant-
gouverneur205. Il semblerait que « Son retour sain et sauf au milieu de ses sujets,
qui l’attendaient avec anxiété, [ait] dérouté l’opposition des vieux chefs ennemis du
progrès206 », plus sûrement, le souverain a marqué des points contre les nanamsé
les plus « frileux », crispés sur une conception ancienne du pouvoir. Naaba Koom
II conforte ainsi la position de principale personnalité « indigène » que lui
reconnaît l’administration.
Dans le même temps, le Moogo Naaba, probablement conseillé par le
Baloum Naaba, décide d’envoyer ses deux fils (dont le prétendant au trône) faire
leurs études en France. La demande en est faite à la Mission catholique « afin
qu’ils y reçoivent une éducation européenne et une instruction chrétienne.207 »
Dans un premier temps, Issoufou Congo, fils aîné du souverain, est scolarisé en
1922 à l’école régionale de Ouagadougou. Puis, avec son frère Étienne, il fréquente
l’école professionnelle de Gorée et de Carthage en Tunisie, avant de recevoir son
instruction militaire dans le Midi de la France. En 1927, Issoufou, futur Naaba
Sagha II (1942-1957), revient en Haute-Volta avec l’intention de moderniser le
canton de Djiba, traditionnellement dévolu à l’héritier présomptif du trône. Avec
son frère, il prend en charge les frais d’étude de ses cadets 208, dont certains
deviennent infirmier ou docteur en droit. Il entreprend de nouveau un voyage
officiel en France209, pays qu’il quitte en 1931. Dès lors, et si l’on en croit le
docteur Joseph Conombo, proche d’Issoufou, « c’est principalement vers les
204
Rapport politique annuel, Colonie de Haute-Volta, Ouagadougou, 1923, A.N. 200 MI 1701.
205
Le souverain, attendu au Conseil du gouvernement de l’A.O.F., reçoit à ce titre une allocation
journalière « au titre de dépense politique », Journal officiel de la Haute-Volta, n° 147, 1 er décembre
1925, p. 241.
206
Rapport politique annuel, Colonie de Haute-Volta, Ouagadougou, 1925, A.N. 200 MI 1708.
207
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 80.
208
En 1925, un des fils du Moogo Naaba, Moumouni Congo, va même bénéficier d’un secours
financier de la Colonie afin de réaliser des études à l’école Perrey de Tunis. Ces fonds sont votés par le
Conseil d’Administration de la Haute-Volta où siège le Vicaire apostolique de Ouagadougou, proche de
Naaba Koom II, ainsi que son Baloum Naaba. On imagine que ces réseaux ont pu forcer la décision du
Conseil.
209
Voir sixième partie, photo., p. 130.

108
intellectuels qu’il se tourne, [et il] invite maints étudiants chez lui pendant les
vacances pour parler instruction, évolutions.210 »
Au fond, si l’administration prétend instruire les chefs pour en faire de
fidèles exécutants de la politique coloniale, les nanamsé, quant à eux, font preuve
d’initiative et réalisent une « mise à niveau » dans le but d’être en capacité
d’infléchir un certain nombre de décisions administratives prises à proximité de la
Cour jusqu’en 1932, et, par la force des choses, de se maintenir au centre du jeu
politique. Dans la foulée, le « chef supérieur » du Moogo prend la tête de file du
mouvement de scolarisation des « fils de chef », et assure l’avenir politique de ses
enfants au moment où l’analphabétisme (en français) constitue un handicap sérieux
pour quiconque veut se frayer une place dans le système colonial. Cette position
sera particulièrement salutaire pour les autorités anciennes qui tenteront leurs
chances aux élections après 1945, essentiellement à partir du moment où la réforme
électorale de 1946211 impose l’usage du français aux candidats. En outre, l’attention
portée sur le souverain de Ouagadougou, ainsi qu’à son entourage, lui accorde le
privilège d’une formation scolaire internationale aux dépens des autres dimdemba.
Le bilan de cette politique porte ses fruits dès 1925, moment où
l’administration n’hésite pas à reconnaître qu’elle a « la chance de trouver dans le
haut état-major mossi de Ouagadougou des chefs non seulement dévoués et
clairvoyants mais encore assez libéraux qui nous suivent volontiers dans la
politique d’évolution sociale que nous avons entreprise 212 ».
Mais dans le même temps, cette mise à niveau de certains chefs provoque
une révolution de palais à Ouagadougou, car tous les dignitaires n’ont pas su
profiter des opportunités qui leur auraient permis de faire évoluer leur fonction, et,
du même coup, les rapports hiérarchiques au sein de la Cour. Celle-ci est pourtant
le lieu de la recomposition des rapports de force entre kug zidba (« ministres »)
d’une part, et entre ces derniers et leur souverain d’autre part.

210
Discours du docteur Joseph Conombo prononcé à l’occasion du décès de Naaba Sagha II devant
l’Assemblée Territoriale de Haute-Volta, 1957, A.A.N. 1 P, carton 1118.
211
A ce propos, E.P. Skinner écrit qu’en 1946, « De nombreux chefs avaient le droit de vote, mais du
fait que leurs pères s’étaient opposés à ce qu’ils reçoivent une instruction dans les écoles patronnées
par les missions, rares étaient ceux qui pouvaient se présenter devant les électeurs. » In Skinner,
Elliott P., Les Mossi de la Haute-Volta, [Link]., p. 399.
212
Rapport politique mensuel, juillet 1925, [Link].

109
Le réaménagement du pouvoir au sein de la Cour
Rappel de la composition de la Cour et de sa structure hiérarchique
« traditionnelle »

Á Ouagadougou, la Cour est composée de cinq grands serviteurs royaux


appelés kug zidba. Les classer par ordre d’importance relève du défi, car le poids de
ces serviteurs a pu varier dans le temps et en fonction de la personnalité de chacun.
D’après le protocole en usage à la Cour, le Widi Naaba serait une sorte de
« premier ministre », mais dans les faits, le Baloum Naaba est le dignitaire le plus
proche du roi. Cependant, une chose est certaine : à l’origine, ces hommes étaient
de simples serviteurs royaux, souvent d’origine captive, dans tous les cas des
roturiers, puis, ces derniers se voient progressivement accorder des fonctions
toujours plus importantes, à mesure que grandit la méfiance du roi à l’égard des
jeunes princes ambitieux.
Devenus de véritables fonctionnaires de l’État royal, ces kug zidba
introduisent les sujets moosé auprès du souverain et filtrent ainsi la réalité sociale
et politique du royaume, puisque le Moogo Naaba ne peut avoir de contact direct
avec son royaume. Ajoutons que, si l’on en croit Michel Izard, ces hommes
assurent la continuité gouvernementale face à la discontinuité des règnes dans la
mesure où ils restent en place après le décès du souverain. Une fois constituée, la
Cour se compose comme suit : on trouve en premier lieu le Widi Naaba, chef
suprême de la cavalerie – non permanente – ; puis le Baloum Naaba, intendant en
chef du palais, chef du protocole ; le Gunga Naaba, chef de l’infanterie – également
non permanente – ; le Larlé Naaba, gardien des tombeaux royaux et de la tradition ;
enfin, le Kamsaogho Naaba, eunuque chargé du harem royal. Ce sont eux qui, sous
le patronage du Widi Naaba, et à l’exception du Kamsaogho Naaba, délibèrent pour
élire le Moogo Naaba. C’est dire que ces derniers jouent un rôle considérable dans
la vie politique du royaume avant la conquête.
Dans ce contexte, le pouvoir décisionnel du souverain tient à sa force de
caractère, car certains Kug zidba peuvent limiter très sensiblement la marge de
manœuvre du roi. Ainsi, avant la conquête, le Widi Naaba, aurait été une figure «

110
considérable par l’influence qu’il exerce, par son expérience, son autorité, la
grande connaissance des affaires qu’il a dirigées ou dont il a été l’inspirateur sous
le règne des trois derniers Nabas : Koutou, Sanom et Bokary.213 » Encore en 1942,
l’oraison funèbre prononcée en hommage à Naaba Koom II laisse entendre que ce
dosage du rapport de force au sein de la Cour aurait perduré ; le roi aurait ainsi été
« très lent à juger, de peur de déplaire ou de faillir, il s’en remettait toujours aux
conseils de ses ministres, qu’il aimait beaucoup et qu’il consultait tout en les
dirigeant.214 » Pourtant, à bien lire les archives coloniales, une chose a changé. Le
Widi Naaba n’apparaît plus guère dans les rapports politiques, bien qu’il fut le
personnage le plus influent à la Cour, comme nous l’avons vu plus haut. Ceci est
plus vrai encore pour le Kamsaogho Naaba, dont le déclin semble avoir commencé
peu avant la conquête. En revanche, la personne du Baloum Naaba occupe
largement l’attention de l’administration. Est-ce à dire que les deux premiers
serviteurs se sont effacés au profit du troisième ?

La chute du Kamsaogho Naaba : un exemple à ne pas suivre

On l’a vu plus haut, le Kamsaogho Naaba occupe une fonction jugée pour le
moins désuète par les Français : il est l’eunuque gardien des innombrables épouses
du Moogo Naaba, si bien que l’on voit mal quels services les autorités coloniales
auraient pu attendre de ce serviteur. Mais il ne faut pas réduire la chute du
Kamsaogho Naaba à la vacuité de sa charge. La lecture des archives de la Mission
catholique nous amènent plutôt à évoquer une série de maladresses dont il a été
responsable, et qui ont eu le don d’agacer à la fois les fonctionnaires coloniaux
mais aussi les Pères Blancs. Déjà en 1904, un rapport politique rapportait que
Naaba Sigiri, affichant ouvertement son mécontentement face à la mise en place
d’une administration directe en pays moaga, aurait été « excité en secret par un de
ses eunuques ». Les fonctionnaires coloniaux avaient dû proférer au pauvre
serviteur « la menace énergique d’être envoyé au loin, en résidence obligatoire »,
afin de mettre « aussitôt un peu de sagesse et de réflexion dans la cervelle du

213
Voulet, Lieutenant, « Au Mossi et au Gourounsi », in Bulletin de la Société de Géographie
commerciale de Paris, Communication du 19 octobre 1897, Paris, tome XIX, janvier 1898, in Merlet,
Annie, Textes anciens sur le Burkina (1853-1897), Sépia, A.D.D.B., Paris-Ouagadougou, 1995, p. 267.
214
Cette oraison funèbre a été composée en français par Alexandre Ima, un chrétien, employé au
service des transports. In Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 215.

111
pauvre amputé 215»… En 1908, son implication dans la révolte dite « du Mossi » est
également implicitement évoquée. Cela avait suffi pour que le naaba soit destitué
sur le champ. C’est à ce moment que disparaît des actes officiels le nom même de
Kamsaogho Naaba.
Le successeur du naaba destitué semble avoir été aussi hostile à l’égard de
la Mission catholique qu’aux diverses politiques mises en place par
l’administration. En 1914, celui-ci a causé bien des ennuis au Manga Naaba, chef
d’un canton ressortant de sa province, qui a souhaité y voir s’établir un poste
missionnaire. Le Kamsaogho n’a alors pas hésité à accuser le Manga Naaba
d’exactions auprès du commandant de cercle avant de se rétracter, et d’offrir ses
excuses aux Pères Blancs216. Ce manque de discernement – et surtout de
pragmatisme – lui a coûté cher puisque ce haut-dignitaire voit, en mai 1927, sa
province supprimée, puis rattachée à celle du Larlé Naaba, créée deux ans plus tôt
pour services rendus. Á n’en pas douter, cette expérience a cependant été
instructive pour les autres Kug zidba qui ont ainsi vu ce qu’il ne fallait pas faire
pour espérer occuper une place influente à Ouagadougou. Á l’opposé, la trajectoire
politique du Baloum Naaba offre l’exemple même de la réussite, tout comme d’un
authentique savoir-faire politique.

L’ascension du Baloum Naaba Tanga (1910-1950): la recette de la réussite

On est tout d’abord frappé par la longévité de sa prise de fonction : quarante


ans. Ce haut-dignitaire, très proche du souverain, est parvenu à traverser tant bien
mal l’essentiel de la période coloniale, et à s’imposer comme un serviteur royal très
influent, tant auprès de son souverain, que de l’administration coloniale ou de la
Mission catholique. Sa stratégie consiste précisément à opérer un rapprochement
d’avec ces trois forces et, par contre-coup, à se retrouver au centre des réseaux
d’influences tissés entre celles-ci.
Cet homme, née peu avant la conquête (1892), est propulsé sur le devant de
la scène politique après la création de la colonie de Haute-Volta. Très vite, Naaba
Tanga se fait remarquer par sa volonté d’apprendre le français. Il suit à cette fin des
cours de « perfectionnement » dans cette langue, ce qui n’échappe pas à Robert
215
Rapport politique mensuel, Colonie de Haute-Volta, Cercle de Ouagadougou, juin 1904, A.N. 200
MI 1634.
216
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 62.

112
Delavignette, qui comprend une fois de plus avec perspicacité le caractère ambigu
de la démarche de ce serviteur royal qui, « à quarante ans, apprit à écrire et à lire
notre langue pour mieux nous servir et servir son maître 217 ». Dès 1920,
l’administration coloniale présente cet homme comme « ouvert à toutes les idées
du progrès218 ». Ceci lui vaut d’être élu membre à vie au Conseil des notables le 1 er
avril 1920219, Conseil qui a pour objectif de former « une élite qui sera, plus tard,
capable de contribuer plus étroitement et de manière plus personnelle à la vie
économique et financière de la colonie 220 ».
Seize jours plus tard, le Baloum Naaba entre au Conseil d’administration de
la colonie. Mais ce n’est pas tout, car en 1923, ce haut-dignitaire siège au Conseil
de gouvernement de l’A.O.F. On aurait pu croire que la suppression de la colonie,
en 1932, allait interrompre cette ascension, mais force est de constater qu’il n’en a
rien été. C’est que la suppression de l’administration voltaïque n’a pas empêché le
Baloum Naaba de poursuivre sa carrière dans sa colonie de rattachement, la Côte-
d’Ivoire, où il exerce en 1933 la fonction de délégué indigène au Conseil
d’administration. Ce beau parcours dans les arcanes du cursus honorum colonial,
lui vaut une série de distinctions qui augmentent toujours plus son prestige aux
yeux de ses administrés. Fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1924, il reçoit la
distinction de Commandeur de l’Étoile noire du Bénin en 1939, et est même décoré
par le Saint- Siège à Rome221. Il n’en faut pas plus pour comprendre que cet homme
a su s’adapter aux nouvelles réalités de l’ordre colonial, et, avant tout, utiliser sa
position de fonctionnaire colonial au service de Naaba Koom II. Ce tandem dispose
ainsi d’un réseau d’influence au sein de l’administration, par le truchement de la
Mission si besoin.
Le Baloum Naaba augmente encore son capital de prestige en se rendant en
France à l’occasion de l’Exposition coloniale de Marseille en 1922, puis à
l’Exposition intercoloniale de Vincennes en 1931222. Dans le même temps, ce
serviteur du Moogo Naaba n’hésite pas à peser de tout son poids pour convaincre

217
Delavignette, Robert, Afrique Occidentale Française, op. cit., p. 31.
218
Rapport politique trimestriel, Colonie de Haute-Volta, Cercle de Ouagadougou, 2 ème trimestre 1920,
A.N. 200 MI 1693.
219
Journal officiel de la Haute-Volta, Circulaire du 16 juin 1919 portant création du Conseil des
notables du Cercle de Ouagadougou, Ouagadougou, juin 1919, p. 410.
220
Ibid.
221
Ouédraogo, Kouliga Ernest, (Abbé), Baloum Naaba Tanga. 1892-22 août 1950, fascicule publié à
l’occasion des cinquante ans du décès de Naaba Tanga, Ouagadougou, août 2000, 11 p.
222
Voir photos p. 130.

113
Naaba Koom II de tout faire pour effacer les soupçons d’ « archaïsme » qui pèsent
sur la royauté. Le Baloum Naaba ouvre la voie en utilisant sa position de « notable
indigène » bien en vue afin de moderniser l’agriculture en pays moaga. Il est ainsi
le premier à faire usage des charrues attelées, ce qui lui vaut de nombreux prix
agricoles lors des foires de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso ou Abidjan. Son
ambition ne s’arrête pas là car, le dignitaire, responsable de Bilbalogo (quartier de
Ouagadougou traditionnellement dévolu au Baloum), entreprend sa rénovation
urbaine et ouvre ainsi la voie à d’autres chantiers dans la capitale. Tout ceci n’aurait
pas été possible sans les fonds votés par un Conseil des notables qui lui est dévoué,
et dont les suggestions sont suivies de très près par le commandant de cercle « en
ce qui concerne notamment la fixation du taux des impôts indigènes et
l’établissement du programme annuel de certains travaux d’intérêt général.223 »
Dans le même temps, Naaba Tanga poursuit la politique de renforcement
du pouvoir central sur les formations périphériques. Celui-ci n’hésite pas à profiter
de la vacance du pouvoir à la tête du canton de Lallé, jadis réfractaire à l’autorité
du Moogo Naaba, pour administrer directement le canton avant d’y placer son
frère, Michel Ouédraogo, en 1922 avec l’assentiment de l’administration qui
récompense de cette façon ses états de service. La volonté de Naaba Tanga de se
mettre au niveau des attentes du pouvoir colonial, se révèle donc particulièrement
payante, d’autant plus que la décision prise par le Lieutenant-gouverneur de
« procéder à des nominations moins précipitées », ainsi qu’à l’« épuration des
cadres locaux indigènes » selon des « règles éprouvées de sélection224 », laisse en
réalité une grande marge de manœuvre au Moogo Naaba et son Baloum, seuls
habilités à déterminer qui peuvent être les bons candidats.
Une telle ascension politique doit autant à l’administration qu’à la Mission
catholique. On sait que le Baloum Naaba entretient de très bons rapports avec le
Vicaire apostolique, Joany Thévenoud225. L’énergie avec laquelle ce dernier
convainc l’administration d’associer le Baloum Naaba à la gestion de la colonie,
n’est donc pas très surprenante.
L’amitié entretenue par ces deux hommes remonte à l’inauguration du
village modèle de Pabré en 1917, précisément là où devait naître le premier petit
223
Rapport politique annuel, Colonie de Haute-Volta, Ouagadougou, 1923, A.N. 200 MI 1701.
224
Journal officiel de la Haute-Volta n° 112, Lettre adressée par le Lieutenant-gouverneur Fousset aux
chefs de service du gouvernement, ainsi qu’aux commandants de cercle, Ouagadougou, 15 juin 1924,
p. 79.
225
Voir sixième partie, photo., p. 132.

114
séminaire de la colonie 226. Le Baloum Naaba faisait alors partie de ces chefs qui ont
réservé un accueil chaleureux au vicaire. En 1927, la décision prise par Naaba
Tanga de faire baptiser ses enfants est un geste particulièrement apprécié par
l’homme d’Église, qui n’ignore pas à quel point son œuvre d’évangélisation
dépend de la faveur des nanamsé. Cette volonté d’ouverture est certainement
sincère, il ne nous appartient pas d’en juger, mais à coup sûr, elle offre à Naaba
Koom II la possibilité de jouer sur un réseau d’influence d’autant plus important
que la Mission catholique entretient d’excellents rapports avec le Lieutenant-
gouverneur Hesling, et que Mgr Thévenoud, fort d’une longue expérience de
terrain, jouit d’une réelle autorité morale sur les fonctionnaires.
L’exemplarité du parcours du Baloum Naaba, ainsi que la focalisation de
l’attention portée sur ce personnage par le pouvoir colonial, nous conduisent
inéluctablement à poser la question des rapports hiérarchiques entre les serviteurs
royaux – nous avons vu qu’ils n’étaient sanctionnés par aucune coutume –, mais
surtout entre les hauts-dignitaires et le souverain ; nous imaginons mal, en effet,
qu’une telle ascension n’ait pas froissé l’orgueil de certains nanamsé, et nous
pensons que ce problème de rapports de force interne à la Cour a dû être résolu au
même titre que celui opposant la royauté à l’administration.

Les nouveaux rapports entretenus entre le Moogo Naaba et le service royal

Nous nous souvenons que cette question s’est déjà posée avant la conquête,
et que les relations entre le roi et « son » service royal repose – si l’on veut faire
simple – sur des rapports de force permanents, ainsi que sur un rapport au temps et
à l’espace différents puisque les Kug zidba ne sont pas élus à chaque avènement du
roi, et que ces derniers ont seuls la possibilité de quitter la capitale pour établir un
lien direct avec les sujets moosé. Enfin, ces relations sont conditionnées par un
évènement de taille : le souverain est élu par les quatre Kug zidba les plus influents
(Larlé, Baloum, Widi et Gunga nanamsé), si bien que, d’un certain point de vue, le
souverain est la « chose » de ses « ministres ».
Sans surestimer le charisme du souverain, il convient néanmoins de rappeler
que celui-ci peut surprendre et mener une politique très volontaire et réformatrice,

226
De ce petit séminaire doit sortir toute une génération d’ « évolués » qui occupent par la suite des
fonctions clés dans l’administration.

115
comme le Moogo en a connu sous Naaba Kumdumye (1540 ?-1566 ?) ou Warga
(1737 ?-1744 ?)227. Dans le cas où la personnalité du roi est suffisament forte, il est
celui qui guide ses « ministres » tout en sachant les écouter, et, finalement, prendre
les décisions en dernier ressort. Si Naaba Sigiri (1897-1905) n’était que le prête-
nom du pouvoir colonial et, qu’à ce titre, il ne semblait disposer d’aucune marge de
manœuvre au sein de sa propre Cour, les choses sont très différentes sous le règne
de Naaba Koom II. Tout semble changer suite au voyage officiel à Dakar effectué
par le roi en 1925 et qui marque, selon l’administration, le « désir de
commandement effectif et du contrôle direct de ses vassaux228 ». Mais, l’influence
croissante du Baloum Naaba sur les affaires du cercle de Ouagadougou, puis sur la
colonie, a-t-elle constitué un obstacle au désir du souverain de se dégager de la
contrainte que constitue la Cour ?
Dès son accession au pouvoir (1905), le souverain aurait pu caresser cet
espoir parce que les officiers français qui administrent le « cercle du Mossi » de
1897 à 1907 ont calqué l’organisation de la royauté sur un modèle pyramidal bien
connu de ces militaires. Ce schéma s’est maintenu tout au long de la période
coloniale. Au sommet se trouve bien évidemment le Moogo Naaba, fait « chef
supérieur », et qui délègue une partie de son autorité aux cinq Kug zidba, eux-
mêmes placés à la têtes de « chefs de canton ». Dans les faits, les choses sont très
différentes puisque le souverain ne jouit alors que d’un pouvoir nominal sur ses
sujets.
C’est qu’en 1900, les administrateurs estimant « plus assuré l’obéissance
de cinq ou six princes médiocres que celle d’un chef trop puissant 229 », ont accordé
aux Kug zidba un commandement territorial. Ces derniers, qualifiés par
l’administration de « ministres », deviennent également des « chef de province ».
Chacune de ces provinces forme un vaste secteur dont le centre est Ouagadougou,
et dont les limites sont matérialisées par les axes routiers qui s’en dégagent. Il
semble que les Kug zidba aient particulièrement tiré profit de cette mesure, puisque
celle-ci fait d’eux non plus de simples serviteurs, mais de véritables « chefs »

227
Naaba Kumdumye (1540 ?-1566 ?) a considérablement étendu le Moogo, et a rationalisé
l’organisation des commandements territoriaux. Naaba Warga (1737 ?-1744 ?) quant à lui, a
réorganisé en profondeur le service royal, alors composé de deux corps : un moaga, l’autre d’origine
captive.
228
Rapport politique annuel, 1925, [Link].
229
Rapport établi par le Chef de bataillon Simonin, Cercle de Ouagadougou, 21 juillet 1900, A.N.
200 MI 1621.

116
230
exerçant un commandement territorial . Non seulement cette mesure n’est plus
discutée, mais elle est au contraire renforcée en 1938, puisque l’administration
décide de regrouper les provinces dans le souci de « former un tout homogène de
chaque territoire, de maintenir un même nombre de ressortissants à chaque chef,
de rapprocher de Ouagadougou le Ouidi Naba et le Larallé Naba dont l’autorité
n’est pas encore fermement établie.231 » Les ministres ont donc la possibilité
d’administrer directement une partie du royaume. Malgré sa détermination à
renforcer le pouvoir des « ministres », l’administration ne tarde pas à réaliser que
l’affaiblissement du pouvoir du Moogo Naaba déséquilibre l’administration du
cercle. La période qui suit le premier conflit mondial voit donc le pouvoir du
souverain ménagé.
Á partir de 1925, peut-être pour reprendre la main sur certains « ministres »,
le souverain bouscule la coutume et prend part activement aux tournées du
Commandant de cercle de Ouagadougou. Dans le même temps, on l’a vu, le
souverain effectue en personne des voyages officiels, notamment au Sénégal et en
France. Dès lors, tout se passe comme si un partage des tâches s’opérait au sein de
la Cour. Le souverain reste l’inspirateur de la politique à tenir à l’égard de
l’administration ; il conserve toute son autorité morale. Pour préserver celle-ci, le
roi prend les décisions dans l’ombre, tandis que ses « ministres » agissent dans la
lumière. C’est probablement dans cet état d’esprit que le souverain laisse à son
Baloum Naaba l’initiative de se rapprocher très étroitement de la Mission
catholique, ce que la fonction de Moogo Naaba, gardien du culte animiste, n’aurait
pas permis. Si l’initiative des autorités anciennes se révélait contre-productive, ceci
ne devait pas rejaillir directement sur le souverain, mais sur les Kug zidba qui
prenaient ainsi leur part de responsabilité.
On voit ainsi que l’action des nanamsé, qu’ils soient issus de l’aristocratie
ancienne (le roi et les princes), ou du monde des « roturiers » (les serviteurs
royaux), n’est pas univoque. Ces relations de pouvoir – remodelées au gré des
intérêts de la monarchie – s’insèrent dans un jeu de réseaux complexe où sont mis
en rapport la royauté, l’administration et la Mission catholique. C’est la souplesse
de ces réseaux ainsi que leurs limites que nous souhaiterions désormais mettre en
lumière.
Voir sixième partie, pp. 200-209.
230

Projet de regroupement des commandements provinciaux, Colonie de Haute-Volta, Cercle de


231

Ouagadougou, 5 juillet 1938, A.N.F. 3 V, carton 13.

117
La superposition de multiples réseaux d’influence : le credo de la souplesse et
ses limites
Un réseau au sein de l’administration coloniale : la cas d’Antoine Dim Delobsom
(1897-1940)

Nous l’avons vu, le Baloum Naaba est un auxiliaire de l’administration ;


cependant, sa fonction de serviteur royal ne peut lui permettre d’entretenir des
relations plus étroites avec le pouvoir colonial au risque de perdre son crédit aux
yeux des Moosé. Or, la royauté, si elle souhaite demeurer en capacité d’influencer
l’administration, doit s’appuyer sur des hommes ayant réalisé leur ascension au
sein du système colonial, tout en étant fidèle à leur monarque. Mais ces hommes
sont difficiles à trouver en-dehors de la Cour, car ceux que les Français appellent
les « évolués », c’est-à-dire les Africains parfaitement alphabétisés en français et
qui adoptent un mode de vie quasi occidental, sont peu nombreux en Haute-Volta.
C’est que les moyens dont dispose la colonie afin de développer les écoles sont
dérisoires, tandis que l’absence d’activités industrielles ou commerciales à grande
échelle, ainsi que la faiblesse du développement urbain, ne créent pas les conditions
propres à voir significativement apparaître une petite bourgeoisie locale.
Malgré ces difficultés, Naaba Koom II a pourtant trouvé l’homme
providentiel. Il s’agit d’Antoine Dim Delobsom232, un Moaga, fils de chef de
canton . Il a été scolarisé à l’École des fils de chefs à Kayes (actuel Mali), y réalise
l’apprentissage du français, puis intègre l’administration voltaïque « au titre
européen, privilège qu’il ne partageait alors qu’avec deux autres à
Ouagadougou233 ». Il ne tarde pas à se faire remarquer par Robert Arnaud (1873-
1950), inspecteur des affaires administratives et écrivain sous le pseudonyme de
Robert Randau. Ce haut fonctionnaire réalise que la bonne administration de la
colonie nécessite une fine connaissance du pays. Certes, ceci n’est pas une
préoccupation nouvelle, l’administration militaire en avait une conscience aiguë,
mais le régime civil ne semblait guère s’en préoccuper, sûr qu’il était de pouvoir
facilement imposer un nouvel ordre socio-politique. La crise économique qui

232
Voir sixième partie, p. 131.
233
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 166.

118
frappe la région, et en particulier la Haute-Volta dès 1931, dissipe cette prétention.
Tandis que l’on décide en haut lieu de la suppression de la colonie, l’administration
locale revoit ses prétentions à la baisse et admet qu’elle n’a pas suffisamment tenu
compte à la fois des « traditions et coutumes » moosé, mais aussi de l’élite
ancienne.
Antoine Dim Delobsom ne fait pas mystère de son projet, qui consiste à
« renseigner le plus exactement possible l’Administration locale sur la race
Mossi234 ». Robert Arnaud, mentor du jeune écrivain, ne dit pas autre chose de cet
homme qui, « à la demande de ses chefs, rédigea quelques rapports sur des points
d’ethnographie qu’il leur fallait connaître pour régler de façon équitable des
affaires délicates.235 » L’administration coloniale sait bien que ces « points
d’ethnographie », obscurs, lui échappent largement, et qu’aucun écrit ou aucune
épopée composée ou récitée loin d’une Cour royale ne sont disponibles. Robert
Delavignette, encore lui, souligne avec franchise les lacunes du pouvoir colonial.
N’écrit-il pas en 1931 que « L’histoire des indigènes nous est encore inconnue. » ?
« Et » poursuit-il, « comment la connaître ? Comment la découper en périodes
pour la découper à l’école ? Où sont les sources ? Pas d’archives. Ni pierres ni
médailles.236» Il faut donc passer par les nanamsé, médiateurs de savoir que,
décidément, il est difficile de contourner.
Á cette époque, Delobsom présente un intérêt certain pour le pouvoir
colonial ; d’abord en raison de ses origines « nobles », qui sont sensées faire de lui
un informateur fiable en ce qui concerne les structures hiérarchiques
« traditionnelles », mais aussi du fait qu’à cette époque, celui-ci n’exerce aucune
charge coutumière, mais manifeste au contraire son désir de servir fidèlement la
Métropole. C’est à ce moment précis qu’est réactivé le processus de
travestissement de l’histoire moaga. Ce projet n’est guère perceptible dans son
premier article, publié en 1928, sur la Cour du Moogo Naaba 237. En 1932, à
l’occasion de la parution de son ouvrage majeur, L’Empire du Mogho-Naba, les
choses sont bien différentes, le contexte également. En effet, on se souvient qu’il
s’agit de l’année où est décidée la suppression de la Haute-Volta. Le contexte de
234
Delobsom, Antoine Dim, L’empire du Mogho-Naba. Coutumes des Mossi de la Haute-Volta, éd.
Montchrestien, Paris, 1932, p. 13.
235
Ibid., p. II de la préface rédigée par Robert Arnaud.
236
Delavignette, Robert, Afrique Occidentale Française, op. cit., p. 23.
237
Delobsom, Antoine Dim, « Le Morho-Naba et sa cour », in Bulletin du Comité d’Etudes
Historiques et Scientifiques de l’A.O.F., 1928, pp. 386- 421.

119
parution incite donc à la méfiance ; le contenu confirme cette première impression.
En effet, cet ouvrage qui relate l’histoire des Moosé des origines à la conquête
coloniale, apparaît bien comme un medium destiné à véhiculer l’idée selon laquelle
le Moogo ne peut être divisé et la royauté contournée. Il est bien l’œuvre d’un
Moaga indigné par l’éclatement du Moogo, au même titre que Naaba Koom II, son
souverain.
Dans cette publication, Delobsom renforce le mythe du « bloc mossi », qui
trouverait à sa tête un « Empereur », le Moogo Naaba, chef « suprême des Mossi ».
Si l’auteur reconnaît l’indépendance du Yatenga, en revanche, celle des royaumes
de Boussouma, Konquizitenga, Risiam et Yako sont niées238. Selon Delobsom, ces
royaumes, qu’il qualifie de « petits états soi-disant indépendants239 », n’auraient à
leur tête que de modestes « roitelets », incontestablement placés sous l’autorité du
Moogo Naaba, « Roi des Rois ». Delobsom pense ainsi influencer l’administration
afin que celle-ci renforce l’autorité du Moogo Naaba sur des rois jadis très
encombrants pour le pouvoir central.
C’est d’ailleurs avec une certaine hardiesse que Delobsom dénonce la
politique suivie à ce sujet par le pouvoir colonial. Selon ce fonctionnaire,
« l’administration locale s’est trop immiscée dans l’organisation de l’Empire
Mossi ; on a complètement faussé la physionomie et diminué le prestige du Mogho-
Naba ; ce sont autant de causes qui ont permis au fonctionnaire mal renseigné
auquel nous avons fait allusion [?], de dire que l’autorité de l’Empereur du Mossi
sur les chefs vassaux était nominale. 240 » Á cette époque, nous savons que le
Moogo Naaba, boudé par l’administration, mène une véritable résistance
passive qui vise, sinon à paralyser l’État, du moins à entraver son bon
fonctionnement, dans le but de rendre éclatant tout l’intérêt qu’il y a à solliciter ses
services. Les relations entre savoir et pouvoir prennent donc un tour nouveau ; elles
confirment une expérience similaire dont nous fait part l’historien Gérard Pescheux
à propos des royautés Asante (actuelle Gold Coast), selon qui « la connaissance de
l’histoire et l’usage qui en est fait sont des armes et des atouts qui permettent de
(re-)affirmer l’autorité et le pouvoir de celui ou celle qui la détient et en use.241 »

238
Voir carte p. 35.
239
Delobsom, Antoine Dim, L’empire du Mogho-Naba., op. cit., p. 8.
240
Ibid., p. 54.
241
Pescheux, Gérard, Le royaume asante (Ghana). Parenté, pouvoir, histoire : XVII è- XX è siècles,
Paris, éd. Karthala, 2003, pp. 16-17.

120
Mais le projet de Delobsom ne s’arrête pas là, car celui-ci tient aussi à
rééquilibrer les rapports de force entre le Moogo Naaba et ses « ministres », au vu
de l’ascension spectaculaire du Baloum Naaba. Ainsi, selon l’auteur, « On a grand
tort de croire qu’avant l’occupation française, les ministres de l’Empereur avaient
une grande autorité sur les chefs de canton. Le rôle véritable des ministres, nous
l’avons déjà dit, était de servir d’intermédiaire entre l’Empereur et les Chefs de
canton, mais ils ne pouvaient, à aucun titre et sous aucun prétexte, s’immiscer
dans les affaires du canton, le « Kombéré » [chef de canton] étant le seul seigneur
dans le territoire dont le commandement lui a été donné en apanage par le Mogho-
Naba.242 » Dans ce cas précis, Delobsom recommande de (re)mettre en place une
hiérarchie entre les « ministres » qui, en réalité, n’a jamais été clairement établie, et
opte pour l’établissement de liens plus directs entre le Moogo Naaba et ses chefs de
canton, les kombemba.
C’est en cela que nous voyons dans cet ouvrage la poursuite du vieux rêve
de centralisation du pouvoir à Ouagadougou, à la fois à l’échelle du cercle, mais
aussi de l’ensemble du Moogo. Mais, les années qui suivent la publication de
L’Empire du Mogho-Naba, ne devaient pas voir la réalisation de ce projet. En 1938,
alors qu’est créée la nouvelle entité administrative de Haute-Côte-d’Ivoire,
Delobsom obtient, avec le soutien appuyé de Naaba Koom II, sa nomination à la
tête du canton de Sao, nonobstant les réticences du Commandant de cercle 243:
« juste » récompense octroyée par un souverain à son sujet méritant… Nous savons
que peu de temps avant la mort de Delobsom, intervenue en 1940, le Lieutenant-
gouverneur de Côte-d’Ivoire a tenu, avec insistance, à se procurer ses travaux dans
le but d’établir une politique plus « proche » des réalités sociales d’un bout de
Haute-Volta bien inconnu à Abidjan. C’est dire que son œuvre a été suivie d’effets,
d’autant plus si l’on considère que sa vision « unifiante » des pays moosé est
relayée jusqu’à nos jours dans un certain nombre de publications, vision qui,
comme le remarque Michel Izard, est « pour le moins discutable.244 »

L’entrecroisement des réseaux : complémentarités, souplesse et limites

242
Delobsom, Antoine Dim, L’empire du Mogho-Naba., op. cit., p. 49.
243
Rapport politique, Colonie de Côte-d’Ivoire, Haute-Côte d’Ivoire, Cercle de Ouagadougou, A.N.F.,
série 3 V, carton 13.
244
Izard, Michel, Moogo, l’émergence d’un espace étatique…, op. cit., p. 33.

121
L’ensemble des réseaux d’influence, mis en place essentiellement à partir de
1919 par les élites anciennes, converge sur la personne du Moogo Naaba. Celui-ci
dispose de relais au sein de l’administration locale (Cercle de Ouagadougou) et
fédérale (A.O.F.), voire métropolitaine à travers le personnage de Robert Arnaud,
mais également auprès de la Mission catholique dont nous avons évoqué
l’influence. Sans qu’il nous soit possible de discerner clairement quelle est la part
de responsabilité du souverain dans ce processus d’adaptation des élites anciennes,
il apparaît néanmoins que celui-ci soit, en quelque sorte, le chef d’orchestre de la
politique à suivre à l’égard des fonctionnaires coloniaux. Tout ceci n’exclue
nullement le fait que le roi puisse être fortement influencé, voire devancé, dans ses
actions par certains hauts dignitaires. Il convient également de remarquer que
Naaba Koom II n’est pas toujours en mesure de faire jouer pleinement ses réseaux
en raison de leur caractère instable car en constante interaction entre eux ; ainsi, il
va de soi que les relais d’influence dont dispose le roi à l’égard de la Mission
portent leurs fruits à condition que les Pères Blancs soient en bons termes avec
l’administration.
Néanmoins, un premier réseau d’influence est stable ; il le devient toujours
plus à mesure que le processus de centralisation se renforce sous l’action conjuguée
de l’administration et de la Cour ; il s’agit bien sûr de l’armature du pouvoir
ancien, c’est-à-dire la chaîne de commandements territoriaux qui passe de la Cour
royale au village en passant par la province et le canton. Cette structure ne connaît
de limite qu’aux franges des royaumes indépendants qui, malgré le travestissement
historique réalisé dans l’entourage du Moogo Naaba, savent bien que leur
indépendance ne peut être réellement remise en cause. Cette administration
parallèle fonctionne généralement de façon autonome à l’égard de la maigre
administration voltaïque. Comme nous l’avons souligné, ce réseau n’est pas enrayé
par l’hypothétique émergence de contre-pouvoirs aux élites anciennes, dont les
anciens tirailleurs auraient pu grossir les rangs, ainsi que les cadres « indigènes »
de l’administration (ils sont trop peu nombreux), ou encore les grands commerçants
ou planteurs, que l’on trouve surtout en Côte-d’Ivoire.
Ce constat doit beaucoup à la composition « ethnique » de la Haute-
Volta245, qui compte une très large majorité de Moosé (près de 55 % de la
population totale dans les années 1920), incontestablement soudée par un profond
245
Voir carte p. 33.

122
respect portée à l’endroit de la royauté. Ce n’est donc pas peu dire que le souverain
dispose d’une autorité morale sur des centaines de milliers de Voltaïques. Á travers
le relais des commandements subalternes, le roi est en capacité de mobiliser des
milliers de Moosé appelés à combattre aux côtés de la France, ou à aider celle-ci à
réaliser ses projets économiques par l’envoi d’innombrables travailleurs, en Côte-
d’Ivoire pour l’essentiel. Tout ceci ne se fait pas nécessairement de gaîté de cœur,
notamment du point de vue de la multitude de nanamsé subalternes, dont on peut se
demander s’ils comprennent tous les exigences de leur souverain, mais qui, en tout
état de cause, ne semblent pas discuter les décisions prises en haut-lieu.
C’est à partir de ce socle solide que les élites anciennes ont pu mettre en
place leurs réseaux au sein de l’administration coloniale et de la Mission
catholique, car dans les deux cas, les nanamsé sont sollicités afin de faciliter la
mobilisation des administrés pour les uns, la conversion au christianisme pour les
autres. Mais les réseaux tissés parmi les acteurs de la colonisation, qu’ils soient
laïques ou religieux, sont instables, au même titre que les rapports entretenus entre
ces derniers. On sait que les bonnes relations mises en place avec les Pères Blancs
par le Moogo Naaba, et surtout par le Baloum Naaba, ne sont pas dénuées d’
arrière-pensée, puisque les missionnaires disposent d’une véritable influence auprès
des fonctionnaires européens.
En 1917, Mgr Thévenoud n’avait pas hésité à user de cette autorité pour
demander que l’administration renonce à inquiéter le frère du Moogo Naaba, le
Djiba Naaba, reconnu coupable d’exactions246. Naaba Koom II se souvient avoir
obtenu gain de cause et ses relations avec Mgr Thévenoud en sont sorties
renforcées. Mais le Vicaire apostolique ne peut pas tout pour son précieux allié
moaga. Le Moogo Naaba le sait, et a conscience des difficultés que peut rencontrer
la Mission avec les fonctionnaires coloniaux, ce qui explique, selon le Vicaire
apostolique de Ouagadougou, que le souverain ne soit pas prêt à s’impliquer
davantage dans ce rapprochement. C’est bien ce que comprend Mgr Thévenoud en
1927, lorsque celui-ci écrit que « Le Mogho-Naba, toujours disposé à rendre à la
Mission les services, assez rares, qu’elle peut avoir à lui demander, et ne manquant
jamais de faire acte de présence aux grandes fêtes religieuses, se souvient qu’il fut
un temps où la Mission n’avait pas l’oreille de l’Administration, et il se demande
de quoi sera fait demain. Aussi, s’il ne trouve pas mauvais que ses sujets se
246
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., pp. 72-73.

123
convertissent, et s’il est dans les meilleurs termes avec nos jeunes chrétiens
évolués, (…) il ne va pas jusqu’à permettre que le Bon Dieu prenne pied dans sa
propre maison.247 » C’est que les Pères Blancs n’ont pas toujours été en odeur de
sainteté auprès de l’administration locale 248. On remarque à ce propos que
l’influence des nanamsé n’a jamais été aussi grande qu’aux moments où Pères
Blancs et fonctionnaires ont vécu en bonne intelligence. Ceci est vrai pour une
grande partie de la période qui nous intéresse ici.
Sous le gouvernorat d’Hesling (1919-1927), ces réseaux ont pu fonctionner
avec efficacité, en raison de l’estime que celui-ci attache à l’œuvre évangélisatrice
des Pères Blancs. Ce témoignage d’estime, le gouverneur la rend publique dès son
entrée en fonction. Lors d’un discours prononcé auprès de la petite communauté
européenne vivant dans la colonie, Hesling rassure la Mission, et lui témoigne sa
sympathie en souvenir de son expérience algérienne, qui a familiarisé ce haut
fonctionnaire à l’entreprise du Cardinal Lavigerie, fondateur de la Mission des
Pères Blancs. Aussi, rien d’étonnant à ce que Hesling encourage Mgr Thévenoud à
prendre part au Conseil d’Administration de la Colonie, avec un Baloum Naaba
propulsé sur le devant de la scène par l’entremise de ce dernier.
Tout vient se compliquer avec le conflit qui éclate entre Antoine Dim
Delobsom et les Pères Blancs. Suspecté d’être franc-maçon, la Mission
n’entretenait pas moins des relations cordiales avec ce fonctionnaire moaga ; elle a
même favorisé la rédaction de L’Empire du Mogho-Naba. Mais en août 1932, deux
femmes « promises », selon la coutume, à Delobsom entrent au catéchisme,
situation inacceptable pour un homme qui souhaite voir sa descendance
nombreuse… Delobsom porte plainte contre la Mission « pour enlèvement » auprès
du Lieutenant-gouverneur. Ce dernier n’y donne pas suite, voyant là « surtout le
fait d’un homme qui voulait marcher entre deux civilisations, en ne retenant de
chacune que les avantages.249 » Le climat se dégrade, à tel point que le Lieutenant-
gouverneur de Côte-d’Ivoire doit intervenir en personne afin de résoudre la crise.

247
Ibid., p. 134.
248
Les relations entre l’administration et la Mission sont, en effet, particulièrement tendues à partir de
1903. Á ce moment, l’administration gèle les subventions consacrées par les Pères Blancs au
développement scolaire. Les années suivantes ont vu la situation empirer. On se souvient que c’est
également à ce moment que le Commandant de cercle Carrier met en place une politique
d’affaiblissement de la monarchie. Mais le « 1789 du Mossi » n’a pas eu lieu, et, en Haute-Volta, le
« Dieu des Chrétiens » n’a pas succombé aux coups portés par cet administrateur républicain et libre-
penseur.
249
Baudu, Paul, Vieil Empire, jeune Eglise, op. cit., p. 167.

124
Plus grave encore, cette affaire rejaillit sur Naaba Koom II, les missionnaires
craignant en effet que Delobsom n’agisse « sur le Mogho-Naba, impressionné par
cet évolué si bien au courant des papiers mystérieux des Blancs.250 »
En réalité, la position du souverain est loin d’être si compromettante
puisque tous les réseaux mis en place durant la période sont placés à son service, en
toute discrétion de surcroît. Le souverain peut ainsi jouer les uns contre les autres,
et dispose d’un assez large éventail de moyens de pression pour que l’on puisse en
souligner la souplesse.
Cependant, les stratégies visant à entraver ou à accompagner le processus
de mise en place de l’État colonial trouvent leurs limites. Á cet égard, la
suppression de la Haute-Volta est bien une sanction de l’histoire à laquelle Naaba
Koom II assiste avec impuissance. Il en va de même pour l’interruption brutale des
travaux sur le chantier du « chemin de fer du Mossi251 », sensé relier Abidjan à
Ouagadougou. Le Moogo Naaba a pourtant beaucoup œuvré pour la réalisation de
cette voie ferrée. En 1930, des menaces portées par les réseaux du souverain au
sein du Conseil des Notables n’ont rien changé à cette situation. Les nanamsé ont
pourtant été clairs : « Les chefs ont pu jusqu’à maintenant recruter facilement cette
main d’œuvre en faisant croire à la population qu’elle travaillait pour elle-même
en ce sens qu’elle bénéficierait plus tard du Chemin de fer. Sachant qu’il ne
viendra pas au Mossi le recrutement sera plus difficile.252 » Cette impuissance est
également la règle sous le règne de Naaba Sagha II (1942-1957), successeur de
Naaba Koom II, qui n’hésite pas, en 1946, à bousculer la tradition en mobilisant
l’ensemble des rois moosé pour ces deux causes.253
En somme, les relations entre les élites anciennes et l’administration se
brouillent, si bien que celle-ci évoque à ce sujet l’exsitence d’une grave « crise
d’autorité254 ». Nous savons que celle-ci se manifeste essentiellement par le refus
de la part des souverains de faciliter le relais des ordres en direction des masses
paysannes. En somme, si cette forme d’ « entrisme » pratiquée par la royauté au
250
Ibid., p. 180.
251
Voir carte p. 133.
252
Vœu des chefs indigènes de la Haute-Volta porté à la connaissance du Conseil des Notables pour sa
réunion du 18 octobre 1930, A.N.F. série 8 V, carton 151.
253
Cette réunion a cela d’exemplaire que la « coutume » interdisait formellement aux souverains de se
rencontrer : l’un d’eux devait nécessairement mourir dit-on. Considérant que le Yatenga, Moogo et
Tenkodogo nanamsé sont égaux sur le plan symbolique, cet interdit visait à proscrire tout problème de
protocole, car, en effet, quel naaba devait baisser le couvre-chef en premier ?
254
Rapport politique annuel, Colonie de Haute-Volta, Cercle de Ouagadougou, 1932, A.N. 200 MI
1745.

125
sein du système colonial porte ses fruits à l’échelle locale – on assiste
effectivement à la revalorisation de son statut, le renforcement aléatoire de la
centralisation administrative à Ouagadougou aux dépends de Bobo-Dioulasso etc.–,
cependant, celle-ci ne permet pas aux nanamsé d’influencer en profondeur les
décisions prises au niveau fédéral, comme celles qui consistent à établir des voies
ferrées transfrontalières, remodeler l’assise territoriale des colonies, prérogatives de
Dakar ou de la rue Oudinot. La royauté a pourtant été mise en garde dès la
première année de l’occupation française, puisque, dans l’article 5 du traité de
protectorat signé en 1897, celle-ci abandonnait, de jure, la maîtrise complète de son
destin, et, en particulier, toute capacité à décider en dernier ressort.

Nous pensons avoir fait la démonstration que le corps politique moaga, compris
comme l’ensemble des hauts dignitaires gravitant autour de la Cour royale et
continuant à exercer des fonctions à l’époque coloniale, est parvenu à prendre la
mesure des changements intervenus dans la vie politique de la région depuis la fin
du XIXème siècle. Loin d’avoir abandonné leur soif de pouvoir, ainsi que leurs
vieilles visées hégémoniques, ces dignitaires ne disposent pas pour autant d’un
pouvoir « traditionnel », entendu comme « figé ». Le Moogo Naaba, ainsi que
certains serviteurs, ont su, au contraire, renouveler leurs alliances auprès des
acteurs d’un jeu politique profondément bouleversé et en constante mutation. Au
cours de cette période, c’est la nature même du pouvoir des nanamsé qui a changée.
Toujours naaba, ces hommes ont constamment en tête les limites floues de leur
royaume, limites qui se superposent avec celles de l’État colonial dont ils sont
chargés d’assurer le bon fonctionnement en qualité d’auxiliaires de
l’administration, du moins tant que la « politique indigène » ne compromet pas le
fantasme d’un Moogo unifié.
Toute l’histoire de la contribution des forces anciennes aux nouvelles structures
étatiques, semble se faire dans l’ombre, à travers un chantage permanent, qui
nourrit le rapport de force entre élites anciennes et nouvelles, jusqu’à aujourd’hui
encore255. Nous savons qu’il n’y a pas eu conquête armée du royaume de

255
Nous en voulons pour preuve les raisons qui sous-tendent la reconstitution de la Haute-Volta en
1947. Si, en 1946, celle-ci n’est pas à l’ordre du jour, tout change avec l’attitude ambiguë du Moogo
Naaba à l’égard de Félix Houphouët-Boigny, président d’un parti (le R.D.A.) jugé « subversif » par le
gouvernement français. Le souverain menace l’administration de ne rien faire pour enrayer la
progression de ce parti en direction du pays moaga, très peuplé comme on le sait. Chacun comprend
bien qu’un marché – pour ne pas dire un chantage – peut être conclu : « lâcher » le leader ivoirien en

126
Ouagadougou : quasiment aucun coup de feu n’a été tiré en 1897, mais il n’y a pas
moins eu des batailles, plus profondes, plus longues, menées entre les élites
anciennes et les pouvoirs coloniaux. À défaut de disposer de la force, les
souverains disposent du savoir, du prestige, de l’ascendant sur les Moosé. Cette
réaction « occulte » des élites africaines, Robert Delavignette la voyait ainsi: « La
part du Blanc. C’est dans la vie traditionnelle, la part que les Indigènes font au
Blanc, au maître d’un ordre nouveau. Ils la font pour avoir la paix. C’est comme
une part du feu. Ils semblent qu’ils veuillent ainsi limiter l’action du chef étranger.
La meilleure défense contre la nouveauté révolutionnaire de notre civilisation, ce
n’est pas la révolte, mais l’apparente docilité et la subtile discrimination entre ce
qui peut être abandonné et ce qui doit être sauvé. Tout cela n’est pas médité, mais
provient d’une habitude aussi forte qu’un réflexe.256 »

Photo n° 1 Moogo Naaba Koom II (1905-1942) vers 1931-1932.

échange de la reconstitution de la colonie. Le cadre territorial de l’actuel Burkina renaît ainsi en 1947,
et, après de nouvelles tergiversations, Ouagadougou en obtient à nouveau le statut de capitale.
256
Delavignette, Robert, Afrique Occidentale Française, op. cit., p. 135.

127
128
Photo. n° 2. Exposition coloniale de Vincennes? 1931. On voit au premier rang, premier à
partir de la gauche, le Baloum Naaba. Tanga, au second rang, cinquième à partir de la
gauche, Louis-Gustave Binger. Document fourni par le Baloum Naaba Tanga II.

Photo. n° 3. Exposition coloniale de Vincennes? 1931. Au centre, le Baloum Naaba Tanga, à


sa gauche, le Djiba Naaba, futur Naaba Sagha II (1942-1957). Document fourni par le
Baloum Naaba Tanga II.

129
Photo. n° 4. Exposition coloniale de Vincennes? 1931. Réunion des "chefs traditionnels" de
l'A.O.F. Au premier rang, au centre, le président Paul Doumer. Au troisième rang, cinquième
en partant de la droite, le Baloum Naaba Tanga.

Photo. n° 5. Antoine Dim Delobsom (1897-1940)

130
Photo. n° 6. Monseigneur Joanny Thévenoud (1878-1949). Archives des Pères Blancs

131
Carte n° 4

132
CINQUIÈME PARTIE

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

133
Sources écrites (archives)

Archives de l’Assemblée nationale du Burkina (A.A.N.)

Série 1 P,

Divers :

Cote Sujet Dates


296 Constitution de la Ière République 1960-1961
311- Sessions ordinaires et extraordinaires, procès- 1959-1961
323 verbaux
428 Proclamation de l’indépendance, notes, rapports, 1959-1963
correspondance, documents
472 Réaction de la chefferie coutumière au projet de 1980
réforme de l’administration voltaïque
482 Discours prononcés par les responsables de 1960-1980
différentes institutions, documentation
520 Débats parlementaires, adoption des textes 1959-1960
521 Lois, résolutions, annexes, procès-verbaux 1959-1964
525- Budget de l’Etat 1958-1965
526
527- Bordereaux 1959-1965
528
567 Discours du président de l’Assemblée nationale 1959-1966
pour le premier anniversaire de l’indépendance,
lettre ouverte des étudiants voltaïques en 1960,
correspondance générale, discours
574 Grande chancellerie, textes sur les ordres voltaïques, 1960-1966
personnalités bénéficiaires, textes, correspondances,
décrets, décisions
590 Grande chancellerie, textes sur les ordres voltaïques, 1962-1965
personnalités bénéficiaires, textes, correspondances,
décrets, décisions
591 Textes réglementaires et législatifs 1960-1965
660 Anniversaire de l’indépendance voltaïque, message 1961-1963
du chef de l’Etat, coupures de presse
702 Organisation de la justice locale en A.O.F. ?
719 Actes administratifs, décrets, arrêtés, circulaires, 1950-1963
décisions, notes
753 Poursuites à intenter contre des fonctionnaires du 1916-1917
Haut-Sénégal-Niger, actes de l’administrateur en
chef Vidal (1916-1917), rapports, correspondance
dont une lettre du chef de bataillon Crave au
commandant de la région Est Macina, au lieutenant-
gouverneur du Soudan, Kayes, 13 mai 1898 au sujet
des tirailleurs auxiliaires et diverses questions ;
lettre du lieutenant-gouverneur du Soudan Vidal au
Gouverneur-général de l’A.O.F., service des affaires
musulmanes, 25 décembre 1915 relative aux

134
difficultés de levée des troupes dans le Soudan
760 Débats parlementaires, lois, résolutions, procès- 1958-1960
verbaux
764- Débats parlementaires, séances de la session 1958-1959
769 budgétaire et
session constituante
770 Etat préparatoire des débats, documents 1959
802 Syndicats libres de la Haute-Volta, communications, 1959
recommandations, résolutions
809 Renseignements biographiques, liste alphabétique 1959

Conseil général :

Cote Sujet Dates


984 à Sessions ordinaires et extraordinaires ?
996
1000 Commission permanente, débats parlementaires des 1948-1953
sessions ordinaires et extraordinaires
1010 à Commission permanente, actes administratifs 1948-1953
1012

Assemblée territoriale :

Cote Sujet Dates


1015 Election au Conseil de la Région des Territoires 1946-1958
d’Outre-mer, 1958 ; réorganisation municipale en
A.O.F., Code du travail, fédérations primaires,
1946-1958
1016 à Débats parlementaires 1953-1958
1030
1032 Assemblée de l’Union française 1952
1033 Assemblée de l’Union française 1949
1035 à Sessions ordinaires et extraordinaires 1952-1958
1041
1042, Débats parlementaires 1954-1958
1043
1055 Organisation administrative du territoire, 1955-1956
subdivisions et cercles
1058 Réformes municipales 1957-1958
1059 Indemnités à allouer aux fonctionnaires 1958
1061 Rapport de présentation du projet de revalorisation mars 1955
des émoluments perçus par les chefs coutumiers,
Ouagadougou
1063 Octroi de concessions provisoires, de terrains 1949-1954
1064 Octroi de concessions provisoires, de terrains 1954-1958
1067 Finances, organisation des budgets locaux, gestion, 1951-1952
exercice, 1951-1952 ; délibérations
1068 Finances, organisation des budgets locaux 1953
1069 Finances, organisation des budgets locaux 1954

135
1070 Finances, organisation des budgets locaux 1955
1071 Finances, organisation des budgets locaux 1956
1072 Finances, organisation des budgets locaux 1957
1073 Finances, organisation des budgets locaux 1958
1074 Finances, organisation des budgets locaux 1957-1959
1115 1954-1958
Ville de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso,
urbanisation, édifices publics à usage domestique et
entretien

1118 Discours de Joseph Conombo à l’occasion des 1949-1962


obsèques de Sa Majesté le Moro Naba Sagha II
(1957) ; rapports, 1955-1957, décret présidentiel du
3 février 1962 relatif au port des insignes ou
manifestations extérieures de la chefferie sur tout le
territoire ; allocution prononcée par Soromo
Mathias, président de l’Assemblée territoriale lors
de l’ouverture de la session budgétaire de 1956
favorable à la reconnaissance administrative de la
chefferie ; délibération n° 57 au sujet du projet de
loi fixant le statut des chefs coutumiers en A.O.F.,
en A.E.F., au Cameroun et au Togo, conseil général,
Gouverneur-général, territoire de Haute-Volta,
séance du 28 mars 1949, soumission à examen du
statut des chefs coutumiers
1128 Organisation des élections des Assemblées des 1954-1958
Territoires d’Outre-mer, étude sur l’évolution de la
chefferie traditionnelle en A.O.F., rapports
1136 Application de la loi-cadre en A.O.F., statut des 1957
chefs coutumiers

Série 5 P :

Cote Sujet Dates


Carton Elections de 1957, renseignements de gendarmerie 1957
29
Carton Textes réglementant la chefferie traditionnelle, ?
124 rapports du cercle de Ouagadougou
Carton Textes sur la chefferie coutumière, chefferie de ?
161 Ouagadougou
Carton Chefferie et secrétaires ?
184
Carton Rapports de cercle ?
187
Carton Réorganisation administrative des territoires de ?
197 l’A.O.F.
Carton Recrutements militaires 1905-1909
211
Carton Chefferie du cercle de Ouagadougou : organisation 1922-1957
218 (1935-1938) ; affaire de succession du canton de

136
Kombissiri, 21 août 1922 ; révocation du chef de
canton d’Ipelse, province du Baloum, 31 juillet
1922 ; affaires de succession, province du Larlé,
1924, 1927, 1929 et 1930 ; succession du canton de
Doulougou, 1932 ; condamnation en justice du
Doulougou Naaba, frère du Moogo Naaba (1932) ;
climat politique dans le cercle de Ouagadougou
suite à la suppression de la Haute-Volta (1932) ;
nominations de chefs diverses, 1918, 1922, 1923,
1927, 1929, 1930 ; problème de rémunération du
Baloum Naaba (1924) ; politique du chef de la
Subdivision centrale de Ouagadougou à l’égard du
Moogo Naaba, 20 décembre 1954 ; problème des
travaux forcés en pays mossi (1957)
Carton Chefferie de Kongoussi ?
221
Carton recrutement militaire ?
224

Carton Rapports mensuels de cercle 1933


231
Carton Rapports du Grand conseil de l’A.O.F. 1953
243
Carton Elections municipales 18 novembre
262 1956
Carton Communes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, 1958
270 rapports

Carton Bulletin du Grand conseil de l’A.O.F. ?


281
Carton Elections cantonales, 1957 ; archives des affaires 1957-1958
297 réglées (1958)
Carton Assemblée Territoriale, organisation des élections 1957
312
Carton Assemblée Territoriale, révision des listes 1948-1955
314
Cartons Rapports mensuels des cercles ?
328 et
329
Carton Groupements mossi et gurmantché, rapport annuel 1949
331
Carton Grand conseil de l’A.O.F. octobre 1956
430
Carton Conseil Général de l’A.O.F. : délibérations ?
469
Carton Assemblée Territoriale, élections 1952
475
Carton Assemblée Territoriale, élections 1952
476
Cartons Contentieux divers 1960-1961

137
477 et
478

Archives nationales de Côte-d’Ivoire (A.N.C.I.)

Série B : correspondance générale


Série E : affaires politiques
Série D : administration générale
Série G : enseignement
Série S : travail et main-d’œuvre dont SS 1904, correspondances et rapports sur les
exodes en Gold Coast, 1930-1935.
Voir en particulier les sous-séries DD et EE (administration générale, main d’œuvre,
impôts, taxes, ethnographie, gestion communale etc.)

Archives nationales du Faso (A.N.F.)

Série 1V, présidence du Faso, secrétariat général. Fonds de 1956 à 1994, 550 cartons.
Série 2V, 240 articles, 10 mètres, 1944-1991.
Série 3V, 77 articles, 4,80 mètres, 1931-1974.
Série 4V, 41 articles, 1,20 mètre, 1957-1980.
Série 6V, 163 articles, 7,20 mètres, 1948-1980.
Série 7V, fonds d’archives de la présidence du Faso.
Série 8V
Série 11V

Série 1 V :

Cote Sujet Dates


1V Personnalités politiques, dossiers individuels 1957-1973
203
1V Affaires générales, contentieux, projets de décrets, 1959-1980
207 correspondance
1V Surveillance des mouvements étudiants, rapports, 1958-1965
208 correspondance
1 V Rapports de présentation des affaires soumises au 1959
269 conseil des ministres
1V Relevés des décisions prises au conseil des 1959
270 ministres
1V Textes adoptés au conseil des ministres 1959-1960
271
1V Dossiers soumis au conseil des ministres 1959-1960
272
1V Etablissement des plans, financements, rapports de 1953-1957
464 présentation, programmes
1V Etablissement des plans, financements, rapports de 1958-1962
465 présentation, programmes

Série 3 V :

Cote Sujet Dates

138
3V 6 Rapports sur les activités de G. d’Arboussier; Le 1941-1942
Maréchal, journal du poste de Ouagadougou, 11
mai 1941, problème des manifestations de
patriotisme à Ouagadougou ; rapport sur les
activités de G. d’Arboussier, Ouagadougou, le 5
novembre 1942
3V 9 Plans d’équipement administratif de Ouagadougou 1946-1953
3V 12 Correspondance, téléphones, circulaires, notes 1931-1968
dont : annonce de la création de la Haute-Côte
d’Ivoire (1937) ; décret d’application portant
création de la Haute-Côte d’Ivoire, 13 juillet 1937 ;
problèmes de fonctionnement administratif de la
Haute-Côte d’Ivoire (1938) ; problèmes de
fonctionnement soulevés par l’Administrateur
supérieur des colonies auprès des administrateurs
commandants de cercle de la Haute-Côte d’Ivoire,
25 août 1942; télégramme-lettre, Abidjan, 24 juillet
1941, du gouverneur Boisson à l’administrateur
supérieur de Ouagadougou relatif au problème des
tirailleurs moosé démobilisés ; recrutement de la
main d’œuvre mossi pour l’effort de guerre (1941)
3V 13 Colonie de Côte d’Ivoire : correspondance générale 1938-1941
dont : regroupement des subdivisions composant les
provinces des ministres du Moogo Naaba, 5 juillet
1938 ; problème de la succession de A. Dim
Delobsom à la tête du canton de Sao, septembre
1938 ; problèmes de surveillance de la frontière
avec la Gold Coast, 1941 ; place des chefs moosé
dans le dispositif de défense de la frontière ;
surveillance des missions chrétiennes américaines ;
mise en place d’un système d’alarme par tambours
le long de la frontière avec la Gold Coast ;
surveillance du Moogo Naaba et des forces
gaullistes basées en Gold Coast
3V 14 Correspondance générale 1940-1951
3V 15 Correspondance du gouverneur Roland pré-adressé 1952
aux cercles
3V 16 Cabinet du gouverneur : télégrammes officiels 1953-1960
départs
3V 18 à voir ?
3V 25 Missions et visites ministres, gouverneurs etc., dont : 1938-1951
tournée du Gouverneur de la Côte d’Ivoire en
Haute-Côte d’Ivoire, Ouagadougou, 30 mai
1938 ; Bulletin d’information de l’A.O.F., « passage
en Haute- Côte d’Ivoire de l’Inspecteur Général des
colonies HUET en mission », Ouagadougou, 23 mai
1938 ; regroupement des provinces des ministres du
Moogo Naaba ; lettre du chef de la sûreté de la
Haute-Volta au Gouverneur de la Haute-Volta à
Ouagadougou (28 septembre 1949) relative à une

139
mission parlementaire à Ouagadougou ; télégramme
en clair du 8 mars 1950 à propos du Yatenga
Naaba ; lettre du Gouverneur de la Côte d’Ivoire,
R. Prévost, Abidjan, le 6 juillet 1945 lors de la visite
du Général Chassard à Ouagadougou ; lettre du 4
mai 1946 d’A. Mouragues, administrateur des
colonies au Moogo Naaba ; télégramme officiel,
affaires courantes, d’Abidjan à Ouagadougou, 14
mai 1946, signé A. Marchand, administrateur en
chef des colonies, à l’occasion de la visite officielle
du Gouverneur de la Gold Coast à Ouagadougou ;
visite du Gouverneur du Soudan Louveau à
Ouagadougou (8 octobre 1947) ; visite des vice
consuls des U.S.A. Krapson et Buzbec à
Ouagadougou, 17 janvier 1947 ;; visite d’une
mission parlementaire auprès du Moogo Naaba dans
le but de faciliter l’équipement du territoire de la
Haute-Volta, Communiqué de l’Agence France
Presse, Bobo-Dioulasso, le 23 avril 1948

Série 7 V :

Cote Sujet Dates


7V 63 Correspondance 1958-1969
7V 96 Conseil de gouvernement, Lettres africaines n° 1957,1958,1959
2 à 96, 1958-1959
7V 160 Chefferie coutumière, dont une fiche de 1959, 1980
renseignement sur les activités du syndicat des
chefs coutumiers, Ouagadougou, 11 juin 1959,
surveillance du Baloum et du Larlé Naaba ;
bulletin de renseignement du commandant de la
gendarmerie nationale, le lieutenant-colonel
Niezen, au président de la République, relatif à
la problématique nomination du Conquistenga
Naaba, 5 février 1980
7V 162 Contentieux Moro Naba ; lettre du commandant 1959-1994
de cercle du Yatenga Bourdier au ministre de
l’Intérieur à Ouagadougou, Ouahigouya, le 23
février 1959, question de la revalorisation de la
situation matérielle du Yatenga Naaba ;
Présentation d’un projet de réorganisation
administrative de la Haute-Volta, question de la
décentralisation ; fiche de renseignement,
ministère de l’Intérieur de la Haute-Volta,
direction des services de sécurité, Ouagadougou,
1er décembre 1961, pression des chefs moosé
dans le but de placer des proches au
gouvernement ; fiche de renseignement « autour
de la chefferie du canton de Téma »,

140
Ouagadougou,14 décembre 1961 et 6 février
1962 ; position du régime de M. Yaméogo quant
aux affaires de la chefferie 1962 ; visite de
Naaba Kougri à Abidjan,1963 ; décret du 14
mars 1966 portant création de l’Organisme
Régional de Développement de la Région de
Ouagadougou ; lettre du ministre de l’Intérieur
Somé Y. Gabriel au Moogo Naaba Kougri,
Ouagadougou, 7 janvier 1972, problèmes de
nomination à la chefferie; Compte rendu du
commandant de la brigade de gendarmerie de
Boulsa relatif à la visite rendue au chef de
canton de Boulsa par sa Majesté le Moro-Naba,
Ouagadougou, 6 juin 1975 ; visite de Naaba
Kougri au Ghana, rencontre avec l’Ansantehene
de Koumassi 1977 ; Bulletin de Renseignement,
ministère de l’Intérieur et de la Sécurité,
Ouagadougou du 10 mai 1978 relatif aux
plaintes de commerçants ouagalais auprès du
Moogo Naaba ; lettre de l’inspecteur général
d’Etat, président de la Commission nationale
pour la réforme administrative à M. le président
du Comité Militaire de Redressement pour le
Progrès National, chef de l’Etat, Ouagadougou,
20 mars 1981, problème de la reconnaissance
administrative de la chefferie ; télégrammes de
divers chefs d’Etat dont français à l’occasion du
décès de Naaba Kougri 1982 ; lettre manuscrite
de Sa majesté Nabaguigma, Empereur du
Yatenga à son excellence le Médecin-
Commandant Jean-Baptiste Ouédraogo,
Président du Comité de Salut Public, chef
d’Etat, Ouahigouya, 8 février 1983 relative à la
demande de reconnaissance de la chefferie ;
lettre d’invitation de F. Mitterand adressée à
Naaba Baongho en vue des festivités du 14
juillet 1994

7V Ville de Ouagadougou ?
419,420,
451,
484
7V 415 Photographies ?

Série 8 V

Cote Sujet Dates


8V 11- Correspondance générale ?
16
8V 11 Correspondance générale 1958-1959

141
8V 12 Correspondance générale 1960-1963
8V 20 Télégrammes en clair 1950-1975
8V 28 Circulaires (personnel) 1955-1960
8V 30 Correspondance générale, dont une lettre du 1954-1976
ministre de l’Intérieur Salambre Sibiri aux
commandants de cercle relative à la suppression
des traitements des chefs coutumiers, Ouagadougou,
25 janvier 1965
8V 31 Bulletins de notes 1952-1959
8V 32 Traitements et salaires, indemnités 1953-1980
8V 96 Visite de chefs nigériens proposant au Moogo 1959
Naaba la constitution d’une « Fédération du
Mossi », Lettre Africaine, n° 59, Dakar, le 14 février
1959
8V Moogo, pays moaga ; dynastie des Moogo Naaba 1982 ?
338
8V Circulaires 1954-1980
136
8V Découpages administratifs 1955-1981
138
8V Correspondance, dont : lettre du commandant de 1949-1957
139 cercle de Ouagadougou F. Battesti au gouverneur de
la Haute-Volta, Ouagadougou, 29 mars 1954,
demande de création d’une subdivision centrale à
Ouagadougou ; lettre du ministre de l’Intérieur au
commandant de cercle de Ouagadougou, Manga en
faveur d’une politique de déconcentration
administrative, 24 octobre 1957; lettre du ministre
de l’Intérieur de la Haute-Volta aux commandants
de cercle relative à l’assise territoriale des
subdivisions, Ouagadougou, 10 août 1957.
8V Correspondance 1958-1961
140
8V Rapports politiques et économiques annuels, 1954-1959
143 dont : rapport politique annuel de la Haute-Volta
pour 1957 ; rapport économique annuel pour 1958,
Ouagadougou, 1er juillet 1959 ; rapport annuel de la
Haute-Volta pour 1959, Ouagadougou, 3 mai 1960,
problème de la migration des travailleurs moosé au
Ghana
8V Rapports mensuels 1957-1971
146
8V Conférence des commandants de cercle de la 1959
150 République de Haute-Volta, Ouagadougou, 1er et 2
juin 1959, procès-verbal des débats notamment en
matière « d’africanisation des cadres »
8V Vœu des chefs indigènes de la Haute-Volta, Conseil 1930, 1960
151 des notables du cercle de Ouagadougou, 18 octobre
1930 ; procès-verbaux des conseils des notables ;
dont procès-verbal de la réunion du Conseil des

142
notables, Ouagadougou, 5 février 1960, appui de la
chefferie pour la construction de puits en brousse
8V Dossiers du personnel 1956-1982
152
8V Affaires judiciaires 1954-1957
175

Série 11 V

11V 102 : généalogie des Moogo nanamsé de 1889 à 1982.

Archives nationales du Mali (A.N.M.)

Fonds anciens :
Séries A et B : Actes officiels, correspondance générale ( décisions des commandants
supérieurs de 1883 à 1920, correspondance aux arrivées et départs de gouverneurs
généraux, correspondance par ville)
Série D : Monographies, études, coutumiers (plus de 300 notices ethnologiques,
géographiques, politiques, économiques, militaires, par cercles, villes, tribus, etc.)
dont 1D 28 : Etudes sur l’Islam et les tribus du Soudan (Marty, 1918)
Série E : Politique générale dont 1 E (Affaires politiques) et 2 E (politique indigène) ;
1 E 11 à 13 : rapports politiques du Soudan (1896- 1920) ; 1 E 185 à 219 :
correspondance par cercles, instructions ministérielles aux commandants de cercle.

Sous- série 2 E : Fiches de renseignement sur les chefs et notables et leur évolution
(cartons 2 E 50, 53 et 71) ; 2 E 83 : Rapport de la mission Demaret (1909- 1919)
5 E : Relations extérieures et conventions de délimitations frontalières
Série N : opérations militaires
Série G : éducation
Série M : justice indigène
Série U : archives, correspondances diverses

Fonds récents :
Série A : actes officiels dont A 12, arrêtés et décisions, 1941-1944
Série B : Correspondance, du gouverneur, des bureaux, de l’armée, des cercles etc.,
dont B 25, correspondance du Gouverneur du Soudan français, 1932-1934 ; B 35,
correspondances sur les différents services du gouvernement ; B 377,
correspondances diverses, 1932-1943

Série D : Administration générale


Série E : affaires politiques, politique musulmane et politique indigène dont IE 1,
rapports politiques d’ensemble, 1931-1936 ; IE 2, rapports politiques d’ensemble
1937-1950 ; IE 161, affaires politiques, 1936-1947 ; IE 164, situation politique en
pays moaga, Côte-d’Ivoire, 1937 ; 5 E 18, rattachement de Sikasso-Ouahigouya à la
Côte-d’Ivoire ; 5 E 22, questions concernant les frontières du Soudan français, 1935-
1939 ; 5 E 23, limites territoriales des cercles du Soudan français, 1925-1939

143
Archives des Pères Blancs (A.P.B.), Vatican ; Archives des Pères Blancs de
Ouagadougou (A.P.B.O.)

A.P.B.O., diaires de Ouagadougou des 4 et 8 mars 1905 : détail du parcours


d’intronisation de Naaba Koom II ; politique du résident du Mossi, le capitaine
Lambert concernant les modalités d’intronisation.
Diaire du 23 mars 1942 : conditions d’accession à la chefferie de Naaba Saagha II.
Diaires des 14 juillet 1901, 1905, 1906, 1907 : imposition d’un nouveau calendrier
administratif, participation de la chefferie moaga aux cérémonies du 14 juillet.
Diaire du 14 juillet 1909 : critique de la mise en scène de la chefferie à l’occasion de
la fête nationale par les Pères Blancs.

Diaires détenus au Vatican :


Série de 1901- 1912 notamment consacrée aux activités de l’école des Pères Blancs à
Ouagadougou, de même pour l’année 1933.

Centre des archives d’Outre-mer (C.A.O.M.)

Série A : actes officiels ( bulletins et journaux officiels)


Série A1 : A.O.F. : cartons 1 à 6, carton 9, situation militaire et emplacement des
troupes, recrutement indigène de 1890 à 1939 dans les Territoires militaires, le Haut-
Sénégal-Niger et le Soudan.
Série A.P., affaires politiques dont le carton 2762, dossier 1 : A.O.F., mission
d’inspection Picanon, 1916. Sur le recrutement en A.O.F. (voir aussi carton 3036,
dossiers 1 à 11 ; carton 3048, Mission d’inspection Demaret, 18 juin 1919, rapport n°
6. Documents sur le travail forcé au Haut-Sénégal-Niger.
Série A.P.C., archives privées, lettres d’officiers
Série D : affaires militaires (notamment sur le Soudan de 1880 à 1898, 1D 57 à 169 ;
sur le Haut-Sénégal-Niger de 1900 à 1920, 1D 199 à 220 ; période de guerre 1914-
1920, 2D 1 à 23 ; défense et organisation militaire de 1763 à 1920, 5D 1 à 73)
Série EE : Robert Randau et ses voyages en A.O.F., dont le carton EE2, 730, lettre
d’Arnaud au ministère des Colonies, 21 novembre 1905

Série G : administration générale, affaires politiques dont :


Sous- série 2G : affaires politiques, A.O.F., rapports périodiques, Haute-Volta
Sous- série 5G : affaires politiques, A.O.F., rapports périodiques, Côte-d’Ivoire
Sous- série 10G : affaires politiques, administrative, Haute-Volta
Sous-série 17G : affaires politiques, administrative, Soudan (1821-1920)

Série J : éducation
Série M, justice
Série N : section Afrique, 7N 2079 à 2082, recrutement des indigènes de 1882 à
1920.
Voir fonds Haute-Volta : dossier « décorations ».

144
Afrique, documents généraux :

Cote Sujet Dates


Carton Explorations et missions 1802-1913
III,
dossiers
1 à 45
Carton Expansion territoriale Des origines à
IV, 1916
dossiers
1 à 71

Afrique occidentale française :

Cote Sujet Dates


Carton I Correspondance générale ?
Carton Coupures de presse relatives à la politique française 1908-1909
II,
dossier 5
Carton Explorations, missions, voyages 1895-1919
III,
dossiers
1à9
Carton Expansion territoriale et politique indigène 1897-1913
IV
Carton Troupes de Marine ; dossiers 1 à 5 : rapports 1896-1908
XVI militaires (1896-1900) ; dossiers 6 à 11 : rapports
d’ensemble sur la situation militaire et les rapports de
chefs de poste (1902-1903) ; dossiers 20 et 21 :
recrutements militaires (1907-1908)
Fond de la Direction des Affaires politiques

Agence économique de la France d’Outre-mer (dossiers documentaires pour chaque


colonie et photographies par colonie)

Affaires politiques, Haute-Volta, Côte-d’Ivoire :

Cote Sujet Dates


Carton Dossier 8 : lettre du gouverneur général de l’A.O.F. 1945-1947
2154 au ministre de la France d’outre-mer, 11 juillet
1946, sur la place du Moogo Naaba dans les
nouvelles formations politiques après 1945 ; lettre
du Moogo Naaba adressée au ministre de la France
d’Outre-mer, 21 juillet 1946 ; lettre du premier
bureau des affaires politiques, septembre 1946 ;
lettre du ministre de la France d’outre-mer,
septembre 1946, sur le problème de
l’administration de la Haute-Côte d’Ivoire ; lettre

145
du 1er bureau des affaires politiques adressée au
ministre de la France d’outre-mer, 12 septembre
1946, proposition de reconstitution de la Haute-
Volta ; dépêche de l’A.F.P. datée du 2 mai 1947
annonçant la reconstitution de la colonie
Carton Dossier 11 : administration, politique indigène et 1943-1957
2178 chefferies, dont une lettre du Moogo Naaba au chef
de bataillon Blanc, chef de la mission militaire de la
France combattante en Afrique Occidentale
Britannique, 9 juillet 1943 ; lettre d’A. Mouragues,
gouverneur de la Haute-Volta au ministre de la
France d’outre-mer, 1er septembre 1949 concernant
l’octroi d’une concession agricole en Côte d’Ivoire
au bénéfice du Moogo Naaba.
Carton Dossier 6 : voyage en France du Moogo Naaba, 1953
2186 1953 ; « note pour le directeur du cabinet du
ministère de la France d’outre-mer », de la part du
2ème bureau, direction des affaires politiques, 21
mars 1953 ; raisons politiques de la visite du
souverain en France ; lettre de la direction du 2ème
bureau au ministre de la France d’outre-mer, 24
octobre 1953, octroi d’une concession agricole en
Côte d’Ivoire au bénéfice du Moogo Naaba
Carton Lettre du lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire 10 octobre
2198 adressée au gouverneur général de l’A.O.F. 1934

Carton Dossier 3 : mort de Naaba Kom II, dérogation 1957


2279 nécessaire
Carton Dossier 20 : affaires politiques, crise politique en déc.1957-
2283 Haute-Volta, dérogation nécessaire fév.1958
Cartons Rapport n° 77, mission Haute-Volta conduite par 1931-1932
3068, l’inspecteur des colonies Sol, 1931-1932 ; note du
3069 lieutenant-gouverneur de la colonie de Haute-Volta
Fournier, 1932 ; affaires politiques, rapport du
service de l’enseignement de la Haute-Volta n° 58,
mission d’inspection de 1931-1932.

Soudan :

Cote Sujet Dates


Carton I, Correspondance générale ?
dossiers
1 à 12
Carton Explorations et missions 1889-1904
III,
dossiers
1à7
Carton Expansion territoriale et politique indigène ; dossiers 1889-1897
IV 1 à 9 : l’expansion territoriale de 1890 à 1902 ;

146
dossiers 1 à 9 pour les traités de 1889 à 1897 ; dossier
11 : affaires musulmanes.

Carton Administration générale, traitant de l’organisation 1890-1908


VII, politique et administrative, de la modification des
dossiers cercles (1890- 1907) ; sur les notes historiques et
1 à 10 économiques (1903- 1908)

Carton Enseignement 1891-1910


X,
dossiers
1à7

Archives militaires, Outre-mer :

Cote Sujet Dates


Carton 4 Opérations au Soudan 1914-1917
Carton 5 Soudan, circulaires et instructions ?

Sous-série 2G :

14 2 G 41-22 : rapport annuel, 1941, cercle de 1941


MIOM Ouagadougou, colonie de la Côte d’Ivoire ; lettre
1829 adressée par le Moogo Naaba au gouverneur
général de l’A.O.F. P. Boisson, représentant du
maréchal Pétain, 16 septembre 1941 ; rapport sur la
mission des Pères Blancs, 1941, Haute- Côte
d’Ivoire.

14 2 G 43- 99 : rapport annuel, cercle de 1943


MIOM Ouagadougou, colonie de la Côte d’Ivoire
1850
14 Rapport politique annuel, colonie de la Côte 1944
MIOM d’Ivoire, cercle de Ouagadougou
1853
14 2 G 46- 28 : rapport annuel, cercle de 1946
MIOM Ouagadougou, colonie de la Côte d’Ivoire
1873

Sous-série 5G, Côte-d’Ivoire :

Cote Sujet Dates


14 5 G 12: Moogo Naaba; lettre du Moogo Naaba 1937-1938
MIOM destinée au ministre des colonies, 27 mars 1937 ;
2117 rapport politique annuel, 1937, colonie de la Côte
d’Ivoire ; lettre du gouverneur de Coppet au
ministre des colonies, 27 janvier 1937 ; réponse du
ministre des colonies au gouverneur général de
l’A.O.F., 15 mai 1937 ; lettre du bureau des

147
affaires politiques et administratives de la Côte
d’Ivoire au gouverneur des colonies Mondon, 18
mai 1937 ; télégramme du Moogo Naaba au
gouverneur général de l’A.O.F., 10 janvier 1938 ;
lettre du Moogo Naaba reproduite dans le rapport
politique annuel de 1937, colonie de la Côte
d’Ivoire, 27 mars 1937.

14 5 G 21 : cercle de Ouagadougou ?
MIOM
2120
14 5 G 25 : chefs mossi, région administrative de la ?
MIOM Haute-Côte- d’Ivoire
2121
14 5 G 45: Haute-Volta : rapport politique mensuel, 1932-1948
MIOM septembre, novembre, avril 1945, colonie de la
2125 Côte d’Ivoire, cercle de Ouagadougou, rapport
politique annuel, 1948, colonie de la Haute-Volta ;
note portant sur l’ « état d’esprit de la population
ouvrière de la Haute-Côte d’Ivoire », 29 septembre
1947

Sous-série 10G, Haute-Volta :

14 10 G 20 : incidents à Ouagadougou 1934


MIOM
2199

Sous-série 17G, A.O.F., affaires politiques :

Cote Sujet Dates


14 ?
MIOM 17 G 98 : témoignage de loyalisme des chefs
2305
14 ?
MIOM 17 G 140 : rapports
2317 concernant les chefs et les évolués indigènes.

14
MIOM 17 G 249 : situation politique du Mossi 1934
2361

148
Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales de France (C.A.R.A.N.)

Série A : actes officiels ( bulletins et journaux officiels), dont Journal officiel de la


Haute-Volta, 15 octobre 1919- 31 décembre 1932 ; puis 1948-1953. Journal officiel
de la Côte d’Ivoire.
Série A.P. : archives privés, lettres d’officiers, dont papiers Mangin
Série D : gouvernement général de l’A.O.F.
Série F : Gold Coast
Série G: administration générale, affaires politiques dont :

Sous- série 2G : affaires politiques, A.O.F., rapports périodiques, Haute-Volta


Sous-série 4G : missions d’inspection des colonies, 1874-1919
Sous- série 10G : affaires politiques, administrative, Haute-Volta
Sous-série 17G : affaires politiques, administrative, Soudan (1821-1920)

Série J : éducation
Série M, justice
Série N : section Afrique, 7N 2079 à 2082, recrutement des indigènes de 1882 à
1920.
Voir fonds Haute-Volta : dossier « décorations ».

Série A.G. :

4 AG 445 Audience accordée au « Chef suprême des 26 juin 1953


Mossis » par le président de la République
française

Série A.P., papiers Mangin :

Cote Sujet Dates


149 AP 5 et 6 Mission Mangin en A.O.F. 1910
149 AP 9 « Troupes Noires, documentation » 1866-1912
149 AP 10 « Troupes Noires, documentation » 1908-1910
149 AP 11 Emploi des troupes 1912-1919
149 AP 12 Commission interministérielle, articles de 1919-1924
presse divers

Série F, Gold Coast :

14 MI 599 à Gold Coast, dont : F7 et 8, relations des 1848-1919


605 (3F1/16) colonies françaises avec la Gold Coast,
1895-1919 ; F9, exodes indigènes, 1917-
1919 ; F14/16, incidents de frontière, 1903-
1917 ; F46, missions d’inspection des
colonies, 1874-1919

149
Sous-série 2G :

200 MI 999 Traité de paix et de protectorat sur le 20 janvier


Mossi 1897

Rapports d’ensemble, Haut-Sénégal-Niger :

Cote Sujet Dates


200 MI 1614 Rapport politique annuel, 2e territoire 1900
militaire, Ouagadougou
200 MI 1615 Rapport politique mensuel adressé au 1905, 1907
gouverneur général de l’A.O.F. (fév.
1905) ; rapport politique annuel, cercle de
Ouagadougou (1907)
200 MI 1618 Rapports mensuels et annuels, IIe Territoire 1900-1901
militaire, Ouagadougou
200 MI 1621 Rapport politique annuel du Haut-Sénégal 1900
et Moyen-Niger, Ouagadougou
200 MI 1634 2 G 25/19, rapports politiques mensuels, II e Janv. à déc.
Territoire militaire, Ouagadougou 1904
200 MI 1645 2 G 7/31 : Rapports d’ensemble du Haut- 1904, 1907,
Sénégal et Niger destinés au Ministère des 1908
Colonies ; rapports politiques mensuels et
annuels
200 MI 1664 2 G 12/7 : rapport d’ensemble pour les 1912
troupes du groupe A.O.F.

200 MI 1668 2 G 12/37 : rapport annuel, chemin de fer 1912


Kayes- Niger
200 MI 1681 2 G 16 : Haut- Sénégal et Niger, 1916
rapports politiques annuels et trimestriels,
dont un concernant les révoltes de 1915-
1916 en pays voltaïque

Rapports politiques annuels, Haute-Volta :

Cote Sujet Dates


200 MI 1691 2 G 19 : rapport politique trimestriel, 2è trim. 1919
colonie de la Haute- Volta ; mise en place
de services administratifs étoffés à
Ouagadougou
200 MI 1693 Rapports politiques trimestriels et annuels, 1920-1921
colonie de Haute-Volta, cercle de
Ouagadougou ; affaires de revalorisation de
la solde des chefs ; lettres du Gouverneur
général des colonies

150
200 MI 1701 2 G 23/21 : rapport politique annuel, 1923
colonie de la Haute-Volta, cercle de
Ouagadougou, mise en scène de la
chefferie de Ouagadougou accompagnant le
progrès ; prérogatives du conseil des
notables de Ouagadougou
200 MI 1708 2 G 25/19 : rapports politiques annuels et 1925-1926
mensuels, colonie de Haute-Volta, cercle de
Ouagadougou ; participation de la chefferie
à l’effort de scolarisation de la région ;
conséquences politiques du voyage effectué
par le Moogo Naaba à Dakar en 1925
200 MI 1711 2 G 26/17 : rapport politique annuel, 1926
colonie de Haute-Volta
200 MI 1719 2 G 28/15 : rapport politique annuel, 1928
colonie de Haute-Volta
200 MI 1723 2 G 29/16 : rapport d’ensemble annuel, 1929
colonie de la Haute-Volta, éducation des
fils de chefs moosé
200 MI 1729 2 G 30/10 : rapport politique annuel, 1930
colonie de la Haute-Volta
200 MI 1737 2 G 31/10 : rapport politique annuel, 1931
colonie de la Haute-Volta
200 MI 1738 2G 31 : rapport politique et administratif 1931
annuel, colonie de la Haute-Volta
200 MI 1741 2G 31 : rapport politique annuel, colonie de 1931
la Haute-Volta
200 MI 1744 Rapport politique annuel, colonie de la 1932
Haute-Volta
200 MI 1745 2 G 32/16 : rapport politique annuel, 1932
colonie de la Haute-Volta, cercle de
Ouagadougou
200 MI 1892 Rapport politique annuel, colonie de la 1948
Haute-Volta

Sous- série 4G, missions d’inspection des colonies, 1874-1919 :

4G 1/2 Correspondance et rapports 1874-1899


4G 3/29 Missions d’inspection 1904-1919

Sous-série 15G, affaires politiques, administratives, Soudan, 1821-1920 :

Cote Sujet Dates


15G 190 Soudan, dont: situation des pays voltaïques 1897-1898
et en particulier, puissance des souverains
moosé
14 MI 1003 à 15G 21/61 : Correspondance générale du ?
1014 Commandant supérieur du Soudan, des

151
commandants de cercle
14 MI 1014 à 15G 62/82 : Correspondance indigène 1840-1900
1018
14 MI 1018 à 15G 83/107 : Généralités, affaires 1880-1920
1026 politiques etc.

Série 17G, affaires politiques A.O.F., 1895-1920 :

14 MI 1061 à 17G 15 : déplacements du député Blaise 1914-1919


1078 Diagne

Sous-série 18G, affaires administratives, A.O.F., 1893-1920 :

18G 2 A.G.G.- A.O.F., Situation politique et 7 octobre


militaire de nos possessions d’Afrique 1899
occidentale, rapport du général Trentinian,
Paris

Archives de Fréjus (CHETOM).

Sous-série 15H, opérations militaires au Soudan :

Cote Sujet Dates


15H Dossier 1, « comptes-rendus mensuels des faits 1906-1908
29 militaires intéressant la situation politique de
l’A.O.F. »
15H Historiques généraux de la conquête du Soudan 1878-1899
35
15H Opérations diverses dont : dossier 1, mission 1895-1899
38 Destenave et Voulet (1895-1898) ; dossier 4,
J.M.O., mission Voulet au Mossi ; dossier 6,
rapports d’opération diverses dans la région Niger-
Volta (1898-1899) ; dossier 7, récit d’ « un épisode
de l’occupation de la Boucle du Niger, 1896-
1898 » ; dossier 9, rapport de tournées de police au
Yatenga, 1899 ; dossier 10, bulletins de
renseignements expédiés au résident de France à
Bandiagara (1899-1903).

15H Opérations diverses dont : dossier 2, organisation du 1895-1932


39 Soudan français, répartition des troupes, (1895-99)
15H Haute-Volta, Islam ?
83-87

Afrique orientale allemande :

15H Dossier 1, historique de la conquête de l’Est africain ?


140

152
Sous-série 18H, Afrique occidentale française :

18H Situation militaire de la fédération Avant 1914


10

Service historique de l’Armée de terre (S.H.A.T.)

Sous-série 5H, opérations militaires au Soudan et en Haute-Volta, administration


Sous-série 1K 108 : fonds privé Archinard

Cote Sujet Dates


5H 1 Dossier 2, projet d’organisation administrative et 1899-1910
défensive de l’A.O.F. par le Commandant
Destenave, 30 juillet 1899; dossier 4, rapport annuel
du Cdt supérieur des Troupes de l’AOF au ministre
de la guerre sur les troupes en service pour 1902 ;
dossier 5, rapport annuel du Commandant supérieur
des Troupes au ministre de la guerre sur les troupes
et services de l’AOF pour 1903-1904 et 1907-1910 ;
état du potentiel militaire des régions voltaïques en
1904 ; rapport annuel des troupes du groupe A.O.F.
pour l’année 1904, 1907 et 1909, rapport du
recrutement de tirailleurs moosé en 1909 ; dossier 7,
ordres généraux et circulaires, 31 mars 1904- 18 oct.
1913 ; dossier 11, rapports des administrations du
Soudan relatifs au questionnaire du Colonel Mangin
sur le recrutement des tirailleurs,1910.

5H 2 Rapports sur les opérations de recrutement en 1918


A.O.F.
5H 6 Rapport sur le recrutement des indigènes 1918-1921
5H 9 Dossier 1, emplacement des troupes 1905-1936
5H 10 Dossier 1, station des troupes en A.O.F., 1940 ; 1940-1945
dossier 2 à 6, station des troupes en A.O.F., 1941-
1945
5H 14 Documentation politique et militaire sur l’A.O.F. et ?
l’A.E.F. et autres colonies dont britanniques
5H 16 Dossier 8, rapports et fiches sur la mortalité des 1944-1945
tirailleurs sénégalais. Fiche sur le mouvement en
faveur de l’indépendance de l’Afrique Noire
5H 39 Dossier 5, évacuation de la Haute-Volta 26 sept.-19
déc. 1961
5H 61 Dossier 3, documents relatifs au Sénégal, Soudan, 1960
Niger, Côte d’Ivoire, Haute-Volta
5H Haute-Volta, photos visites officielles, 1931-1974
169 manifestations officielles, vie quotidienne
5H Soudan 1, dossier 1 : correspondance, ordres, 1896-1898

153
186 circulaires et télégrammes du Lieutenant-
Gouverneur du Soudan français (1896-1898) ;
dossier 3 : lettre de Menvielle, Résident de
Bandiagara, au gouverneur du Soudan à propos du
danger constitué par Samory dans la région, 16
octobre 1896; lettre du lieutenant Voulet, rapport
relatif à la campagne du Mossi, 19 septembre 1896;
Commandant Brunet au Gouverneur du Soudan,
télégramme relatif aux diverses menaces qui pèsent
sur le pays Mossi,10 novembre 1896
5H Dossier 1, correspondance, télégrammes, rapports 1905-1918
187 reçus du Territoire militaire du Niger

5H Rapports politiques, bulletins de renseignement sur 1896-1936


189 la situation du Soudan (1er trimestre 1898) et des
différents cercles du Soudan
5H Opérations et reconnaissances diverses 1893-1899
192
5H Reconnaissance du Résident du Yatenga 1902-1903
193
5H Dossier 1, rapports sur les opérations de police dans déc. 1915-
196 le bassin de la Volta par la colonne du colonel oct. 1916
Molard
5H Carte du Haut-Niger au Golfe de Guinée (1889), du 1889, 1930
203 Soudan français (1930)

Sources orales

Baloum Naaba Tenga II, « ministre » du Moogo Naaba chargé du protocole,


introducteur des étrangers à la Cour de Sa Majesté. Entretien réalisé en son palais le
26 juillet 2004 de 10h à 12h

Boussouma Naaba Sonré, Dima de Boussouma, député de l’opposition au Parlement


du Faso (P.D.P./P.S.). Entretiens réalisés le 31 juillet 2003 à l’Assemblée nationale de
10h à 11h30 ; le 13 juillet 2004 à l’Assemblée nationale de 11h à 12h ; le 20 juillet
2004 à l’Assemblée nationale de 16h 30 à 18h.

Ki-Zerbo, Joseph, Historien, spécialiste d’histoire africaine, Samo. Entretien réalisé à


son domicile le 1er août 2003 de 14 à 15h.

Larlé Naaba Tigré de Ouagadougou : « Ministre » du Moogo Naaba, plus haut


dignitaire de la Cour, entretien réalisé au palais du Larlé Naaba, quartier Larlin, 29
mai 2001.

154
Ouédraogo, Norbert, oncle du Balum Naaba Tanga II, catholique, entretien réalisé au
palais du Balum Naaba en sa présence, 30 juillet 2003, de 9h15 à 11h30.

Salo, Samuel : directeur de l’U.F.R. d’histoire, Université de Ouagadougou, entretien


réalisé à son domicile, Quartier Tampouy, réalisé le 2 juin 2001.

155
Bibliographie

Instruments de travail

1 – Bibliographies, catalogues, inventaires

1.1. – Bibliographies, inventaires généraux

Bibliothèque nationale de France, Catalogue de l’histoire de l’Afrique, Paris, 1969.

Brasseur, Paul et Maurel J.F., Les ressources bibliographiques de l’Afrique de


l’Ouest et de l’Afrique équatoriale d’expression française, Bibliothèque de
l’Université de Dakar, 1970, 88 p.

Centre de recherches africaines, Etudes africaines en Europe. Bilan et inventaire,


Paris, éd. Karthala, 1981, 2 tomes, 655 et 714 p.

Favier, J., (dir.), Les Archives nationales, état général des fonds, Paris, Archives
nationales, 1980, 713 p., tome III, « Marine et Outre-mer ».

Ghali, Noureddine, La Bibliothèque umarienne de Ségou, Paris, 1985 (inventaire


complet du fonds Archinard)

Guide des sources de l’Afrique au Sud du Sahara, I, Archives, Zug, 1971, XIX, 959
p. (pp. 198-525, état détaillé des séries géographiques de l’Afrique)

Ministère des Armées, S.H.A.T., Guide bibliographique sommaire d’Histoire


militaire et coloniale française, Imprimerie nationale, Paris, 1969, 522 p.

Ministère de la Coopération, Liste des Etudes et Rapports rassemblés au Centre de la


Documentation de la sous-direction des Etudes Générales, liste n° 1, Paris, 1963, in-
4°, ronéo.

Thomassery, M., Catalogue des périodiques d’Afrique noire francophone (1858-


1962) conservés à l’IFAN, Dakar, 1965, 117 p.

1.2. – Bibliographies, inventaires régionaux

Brokensa, D., et Kotei, S.J.A., « A bibliography of Ghana, 1958-1964 », in African


Studies, X, 2, 1967, pp. 35-79.

Charpy, Jacques:

- Répertoire des archives. Série D. Affaires militaires, 1763-1920, Rufisque,


Imprimerie du Gouvernement général, 1956, 90 P.

156
- Répertoire des archives. Série G. Politique et administration générale, 1782-
1920, Rufisque, Imprimerie du Gouvernement général, 1955, 53 p.

- Répertoire des archives. Série G. Politique et administration générale. Sous-


série 5G et sous-série 6G, Rufisque, Imprimerie du Gouvernement général, 1955, 33
p.

- Répertoire des archives. Série G. Politique et administration générale. Sous-


série 15G, Rufisque, Imprimerie du Gouvernement général, 1954, 43 p.

- Répertoire des archives. Série G. Politique et administration générale. Sous-


série 17G à sous-série 23G, Rufisque, Imprimerie du Gouvernement général, 1955,
36 p.

Cissé, Ibrahim, Répertoire numérique du fond d’archives de la Présidence du Faso,


Ouagadougou, mars 2003, 50 p.

Decalo, Samuel, Burkina Faso, Oxford, Santa Barbara, Denver, Clio Press, 1994,
132 p.

Faure, Claude, Les archives du Gouvernement général de l’Afrique occidentale


française, Paris, E. Larose, publication du Comité d’Etudes historiques et
scientifiques, 1922, 59 p.

Favier, Jean, Les archives nationales. Etat général des fonds. 3 : Marines et
outremers, Paris, Archives nationales, 1980, 713 p.

Gervais, Raymond, « Archival documents on Upper-Volta: here, there and


everywhere », in History in Africa, 1993, n° 20, pp. 379- 384.

Huart M., Izard, F., Bibliographie générale de la Haute-Volta, 1926- 1955, 1970.

Izard, Françoise, Bibliographie générale de la Haute-Volta, 1956- 1966, Recherches


voltaïques, n° 7, 1967, 300 p.

Izard, Michel, « Bibliographie générale des Mossi », in Etudes voltaïques, nouv.


série, n° 3, 1962, pp. 103-111.

N’Diaye, Abdoulay Gamby :

- Archives nationales. Répertoire des archives. Sous-série 2G. Rapports


périodiques. Première tranche : 1895-1960, Dakar, Archives Nationales, 1967, 1,
199 p. (texte) ; 2, 90 p. (index)

- Archives nationales. Répertoire des archives. Sous-série 2G. Rapports


périodiques, mensuels, trimestriels, semestriels et annuels des gouverneurs,
administrateurs et chefs de service. Deuxième tranche : 1941-1960, Dakar, Archives
Nationales, 1975, 393 p.

Johnson, A.F., A bibliography of Ghana, Londres, Longmans, 1964, 210 p.

157
Société française d’histoire d’outre-mer, 90 ans de publications. Tables
bibliographiques (1913- 2003), Publications de la Société française d’histoire
d’outre-mer, Paris, St-Denis, 2003, 190 p.

Soubeiga, Pascal, Répertoire sommaire du Fond d’Archives transféré au Centre


national des Archives, Ouagadougou, février 1999.

Trille, Marc, Répertoire numérique du fond de la Présidence du Faso, Ouagadougou,


2000, 36 p.

2 – Cartographie, atlas

Ade Ajayi, J.-F., et Crowder, M., Atlas historique de l’Afrique, Paris, éd. du Jaguar,
1988, 174 p.

Atlas du Burkina Faso, 4ème édition, éd. Jeune Afrique, coll. « Les Atlas de
l’Afrique », 2001, 62 p.

Atlas de Côte-d’Ivoire, ORSTOM et université d’Abidjan, 1971.

Brasseur, G., Le Moal, G., Carte etno-démographique de l’Afrique occidentale.


Feuilles n° 3 et 4 Nord. Note de présentation, Dakar, I.F.A.N., 1963, cartes et
fascicules sous portefeuille.

Cartes historiques d’Afrique occidentale, Sénégal et Haut-Sénégal-Niger (1802-


1899), Paris, Société des africanistes, Musée de l’Homme, 1969.

I.F.A.N., Cartes ethno-démographiques de l’Afrique occidentale, Dakar, I.F.A.N.,


1952-1964, 5 fascicules.

I.G.N., Carte touristique et routière du Burkina-Faso au 1/100.000ème, I.G.N./


I.G.B., Paris/ Ouagadougou, 1994.

I.G.N., Carte touristique et routière de l’Afrique Nord et Ouest au 1/ 4.000.000 ème,


janvier 2002.

Meillassoux, Cl., 13 cartes historiques d’Afrique occidentale (1802- 1899), Paris,


Musée de l’Homme, 1970.

Pallier, Ginette, Géographie générale de la Haute-Volta, Limoges, publication de


l’U.E.R. des Lettres et des Sciences humaines, 1978, 241 p.

158
3 – Dictionnaires, encyclopédies, grammaires

Alexandre, R.P., La Langue Möré, Dakar, I.F.A.N., 1953, tome I, 408 p. ; tome II,
507 p., Mémoires de l’I.F.A.N., n° 34.

Bonte, P., Izard, M., (dir.), Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris,


éd. P.U.F., coll. Quadrige, 2ème édition, 2002, 842 p.

Cambridge History of Africa

Froger, F., Etude sur la langue des Mossi (boucle du Niger), suivie d’un vocabulaire
et de textes, Paris, éd. Leroux, 1910, XVI-4, 259 p.

Kinda, Jules, Moore langue vivante, Université de Ouagadougou, Département de


linguistique, 3è éd., juin 2003, 127 p.

McFarland, D.M., Historical dictionnary of Upper-Volta, African Historical


dictionaries, n° 14, The Scarecrow Press inc., Metuchen, N.J. and London, 1978, 217
p.

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contenant sous chaque article des Codes de nombreuses références aux articles
correspondants et aux lois d’intérêt général, les arrêtés de principe les plus récents

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Billard, 1925, 2143, 90 p.

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Delavignette, Robert, Les vrais chefs de l’Empire, Paris, 1939.

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- Les Frontières de la Côte-d’Ivoire, de la Côte-d’Or et du Soudan, Masson et


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- Haut-Sénégal et Niger, Paris, Larose, 1912, 3 volumes, sur les Moosé, voir le
tome 2, pp. 122- 149.

- Histoire de l’A.O.F., d’après les travaux et les indications de M. Delafosse,


adaptée aux Ecoles indigènes par J.L. Monod, Paris, Librairie Delagrave, 1926, 343
p.

- Enquête coloniale dans l’Afrique Occidentale et Equatoriale, Paris, 1930,


XXXVI -582 p. (Cartes, illustrations)

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- Afrique Occidentale Française, Paris, Société d’Editions géographiques,


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- « Où va l’A.O.F. ? », in Bulletin du Comité de l’Afrique française, mai 1933,


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cartes.

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(d’abord publié sous forme de livre à Alger en 1906).

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- Le pays mossi et sa population. Etude historique, économique et géographique


suivie d’un essai d’ethnographie comparée, Ouagadougou, Cercle de Ouagadougou,
1907, manuscrit déposé aux Archives de la France d’Outre-mer.

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1908, n° 6, pp. 65-84, n° 7, pp. 150-172.

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Langlumé, Lieutenant :

- Notice sur le cercle du Yatenga (Sénégambie et Niger), 1905, manuscrit déposé


aux Archives de la France d’Outre-mer.

- « La région du Yatenga », Revue des Troupes Coloniales, 1906, pp. 475- 500,
pp. 606- 629.

Mangin, Général, Charles, « Races d’A.O.F. », la Revue des Troupes coloniales, (y


sont publiées les monographies de cercle établies en 1910), 1924, n° 171, 172 ; 1925
n° 173, 175 ; 1926 n° 181 à 184 ; 1927 n° 185 à 188 ; 1929 n° 193 ; 1933 mars-avril.

Mangin, P. Eugène, Les Mossi. Essai sur les us et coutumes du peuple mossi au
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éd. Challamel, 2è éd., 1921.

Manuels à l’usage des troupes employées Outre-Mer, série de manuels, 380 p. Dont
« Problèmes militaires, organisation générale aux exercices tactiques », 140 p. ;
« Eléments de recherches et de renseignements », 120 p. ; « introduction générale
historique », 50 p. ; « Médecine, hygiène », 80 p. ; « Travaux divers », 125 p.

Marc, Lucien :

- Le Pays Mossi, Paris, éditions Larose, 1909, VIII- 189 p.

- « Note sur la géographie du Mossi », in La Géographie. Bulletin de la Société


de géographie, XIX (1), 1909, pp. 45-54.

Merlet, Annie, Textes anciens sur le Burkina (1853-1897), Sépia, A.D.D.B., Paris-
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Monteil, Lieutenant-Colonel, Parfait Louis :

- Vade-Mecum de l’officier d’infanterie de Marine, Paris, Baudouin et


Compagnie, 1884, 12, 336 p.

- De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad. Voyage au travers du Soudan et du


Sahara accompli pendant les années 1890-1891-1892, Paris, Félix Alcan, 1894, 464
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Archives de la France d’Outre-mer.

164
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Archives nationales du Sénégal ainsi qu’aux Archives de la France d’Outre-mer.

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2.4. Haute-Volta coloniale (1919-1960)

Afrique Nouvelle :

- n° 132, 12 fév. 1950 (réunion de Tenkodogo afin de discuter des débouchés


économiques de la Haute-Volta)

- 5 novembre 1956, p. 6 ( à propos du P.D.U. et la place qui y est accordée à


Naaba Saaga II)

- 2 avril 1957, p. 6 ( On y trouve des renseignements sur le R.D.A. et la


participation de Ouezzin Coulibaly aux élections de 1957)

- 21 février 1958, p. 1 (Ce numéro se fait l’écho de l’accession au trône de Naaba


Kugri en 1957)

Agence des Colonies, Haute-Volta, Paris, 1948, carte.

Agence de la France d’Outre-Mer :

165
- Haute-Volta, ministère de la France d’Outre-Mer, publication éditée par
l’Agence de la France d’Outre-Mer et le territoire de Haute-Volta, Paris, 1951, cartes.

- Haute-Volta, ministère de la France d’Outre-Mer, publication éditée par


l’Agence de la France d’Outre-Mer et le territoire de Haute-Volta, Paris, 1953, 31 p.,
cartes.

Baudu, P., Vieil Empire, jeune Eglise, Paris, éd. de la Savane, 1956, 283 p.

Bordarier, P., « Avec les Mossis de la Haute-Volta », in Tropiques, 1949, n° 306, pp.
13-21.

Casablanca, « Haute-Volta », in A.O.F., Magazine mensuel illustré, 2ème série, n° 12,


novembre 1955, 10 p., photos.

Chéron, Georges :

- « Contribution à l’histoire du Mossi : Traditions relatives au cercle de Kaya


(Haute-Volta), in Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques de l’A.O.F.,
Gorée, Sénégal, VII, 1924, pp. 648-651 et 672 ; l’auteur y fait état des nominations
effectuées par le Moogo Naaba dans la région de Boussouma avant 1896.

- « La Cour de Boussouma Naba », in Bulletin du Comité d’études historiques et


scientifiques de l’A.O.F., Gorée, VIII, 1925, pp. 304-312 ; on y trouve notamment
une comparaison de la cour de Boussouma avec la structure palatiale de
Ouagadougou, cet article met en évidence le clonage des unités de commandement
moosé à partir de la capitale du Moogo Naaba.

Commissariat de l’A.O.F., La Haute-Volta, Exposition nationale coloniale de


Marseille, 1922, Montauban, Imprimerie Barrier, 28 p.

De Beauminy, André, « Une féodalité en A.O.F., les Etats Mossi », in Bulletin


d’information et de renseignements coloniaux, XXXV, 1925.

Delobsom, Antoine Dim :

- « Le Morho-Naba et sa cour », in Bulletin du Comité d’Etudes Historiques et


Scientifiques de l’A.O.F., 1928, pp. 386- 421.

- L’empire du Mogho-Naba. Coutumes des Mossi de la Haute-Volta, éd.


Montchrestien, Paris, 1932, 303 p.

- Les secrets des sorciers noirs, avec une préface de Robert Randau, Paris, E.
Nourry, collection Science et Magie, 1934, 299 p.

Durrieu, Révérend-Père, « le Mossi », in Revue militaire de l’Afrique occidentale


française, 1935, p. 71.

Gouvernement général de l’A.O.F. :

166
- Colonie de Haute-Volta : répertoire alphabétique des cercles, subdivisions,
provinces, cantons et villages de la colonie, Ouagadougou, Imprimerie officielle du
Gouvernement de la Haute-Volta, 1923, 110 p.

- Répertoire général des localités de l’A.O.F. classées par ordre alphabétique


dans chaque colonie, Gorée, Imprimerie du Gouvernement Général, tome IV :
« Haute-Volta », 1927, 66 p.

- « Exposition coloniale internationale de 1931 : la Haute-Volta », in Société


d’Editions géographiques, maritimes et coloniales, Paris, 1931, 167 p.

- La Haute-Volta, Paris, Agence économique de l’A.O.F., 1931, 10 p.

« Haute-Volta », in A.O.F., Magazine mensuel illustré, n° 12, éd. Inter-Presse, nov.


1955, in-4°, 50 p. (Photos)

« Haute-Volta : le congrès de l’Union voltaïque », in Bulletin du comité de l’Afrique


française, mars 1955, p. 63.

Journal officiel :

- Débats de la République française, 1er mars 1948, p. 1881 ; ce document rend


compte des débats suscités par la reconstitution de la Haute-Volta en 1947.

- Débats de la République française, 22 juin 1949, p. 749 et 767.

- Débats de l’Assemblée de l’Union française, 22 juin 1949, p. 769 ; on y trouve


des éléments sur la lutte engagée par le Moogo Naaba contre le R.D.A.

- Débats de la République française, avril-décembre 1955, p. 2534 ; il est ici


question de la place à accorder à la chefferie dans le nouveau cadre administratif qui
se profile.

Juglas, J.J., « Pourquoi nous avons reconstitué la Haute-Volta », in La France


d’Outre-Mer, mai 1948, p. 162.

L’Afrique française :

- XLII, 1932, pp. 523-533 (à propos du démantèlement de la Haute-Volta en


1932).

- XLVIII, 1938, p. 21 (sur la constitution de la Haute Côte-d’Ivoire en 1938).

- LXIV, 1955, p. 63 ( A propos de l’action politique de Jospeph Conombo ainsi


que de la création du P.S.E.M.A.)

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1937, pp. 495-496.

167
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1922, pp. 133-136.

Le Moal, Guy :

- « L’histoire et la légende mossi », in Albums de l’A.O.F., 3 décembre 1951, pp.


95- 105.

- « Peuple mossi », in Encyclopédie mensuelle d’Outre-mer, janvier 1954, pp. 17


– 21.

Le Monde, 23 octobre 1958 ; article consacré à la tentative de coup d’Etat de Naaba


Kugri en octobre 1958.

Lettre Africaine, n° 59, Dakar, 14 fév. 1959, pp. 1-2 (sur la création d’une éventuelle
« Fédération du Mossi »)

« Ouagadougou, capitale politique et économique », in Chroniques d’Outre-mer, n°


8-9, août-septembre 1952, pp. 37-38.

Pedrals, D.P. de, « Le Mogho-Naba », in Encyclopédie mensuelle d’Outre-mer, juillet


1953, p. 207.

Prost, Révérend-Père, André, « L’Empire Mossi », in Grands lacs, 1938.

Randau, R., « L’animisme en Haute-Volta », in Le Monde colonial illustré, 1932, n°


105, p. 102.

Renseignements coloniaux, XXXIII, 1923, p. 441 (sur les soldes et les hiérarchies
ainsi que Naaba Koom II)

Territoire de Haute-Volta, Activités des ministères du Conseil de Gouvernement :


année 1957, Koulouba, Imprimerie du Gouvernement, 1957, 234 p.

2.5. Haute-Volta, Burkina Faso depuis 1983, (1960-2002)

Afrique Nouvelle, 10 août 1960, p. 8, à propos de l’indépendance de la Haute-Volta


en 1960.

Carrefour Africain, Ouagadougou, 4 décembre 1960, p. 3, on y trouve le discours


prononcé par Maurice Yaméogo à l’occasion de l’indépendance de la Haute-Volta.

Conseil National de la Révolution, Programme populaire de développement :


octobre 1984- décembre 1985, C.N.R., Ouagadougou, Imprimeries nationales, 1984.

Constitution de la IVè République du Burkina Faso, Les publications de l’Assemblée


nationale, Ouagadougou, avril 2003, 48 p.

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Reste, J.-F., Terre d’Ombre et de Lumière, Paris, 1936, 214 p.

2.7. Littérature

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Carpenter, Allan et Baker, Janice E., Enchantment of Africa : Upper-Volta, Chicago,


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trouve quelques souvenirs de la révolte de 1915-1916 dans la Boucle du Niger.

Delafosse, Maurice, Broussard ou les états d’âme d’un colonial suivis de ses propos
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Londres, Albert, Terre d’ébène, Albin Michel, 1929.

Kourouma, Ahmadou, Les soleils des indépendances, Paris, 1970, éd. du Seuil, coll.
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1930, 254 p.

Randau, Robert :

- Le chef des porte-plume. Roman de la vie coloniale, Paris, éd. du Monde


Nouveau, 1922, 246 p.

170
- A l’ombre de mon baobab, Immoralités paresseuses, Paris, éd. du Monde
Nouveau, 1923, XVI - 227 p.

- Le parfait explorateur, Paris, éd. Baudinière, 1924, 123 p.

2.8. Périodiques à dépouiller

Attaques de la chefferie après 1956, voir :


Afrique Nouvelle, 12 novembre 1957, p. 1
Afrique Nouvelle, 15 octobre 1957, p. 1
Afrique Nouvelle, 5 février 1957, p. 3
Afrique Nouvelle, 19 février 1957, p. 2
Afrique occidentale française (AOF) magazine devenu le Mensuel illustré de l’AOF,
éd. Casablanca.
Annuaire et Mémoires du comité d’études historiques et scientifiques de l’A.O.F.,
annuel (dont 1916, 1917, 1920…)
Bulletin de l’Afrique noire (surtout statistique)
Bulletin de Comité de l’Afrique française
Cahiers d’Etudes africaines (1960)
Colonies et Marine, mensuel fondé en 1917, Paris
History in Africa (1974)
Journal officiel de la République française (J.O.R.F.)
Journal officiel de l’A.O.F. (J.O.A.O.F.)
Journal officiel de la Haute-Volta (J.O.H.V., 1920-1959)
Journal officiel de la Côte d’Ivoire (J.O.C.I., 1932-1947)
Journal de la Société des Africanistes, L’Homme (surtout ethnographique)
Le Mois en Afrique ; Politique africaine (surtout politique)
L’Armée coloniale, hebdomadaire fondé en 1909, Paris.
La Dépêche coloniale, hebdomadaire à partir de 1914, fondé en 1896, Paris.
La Dépêche Coloniale Illustrée, mensuel fondé en 1901, Paris.
La Presse Coloniale, hebdomadaire à partir de 1915, fondé en 1906, Paris.
La Revue diplomatique et coloniale, mensuel fondé en 1896, Paris.
La Revue Indigène, mensuel fondé en 1906, Paris.
La Revue des Questions coloniales et Maritimes, bi-mensuel à partir de 1915, fondé
en 1910, Paris.
La Revue des Troupes Coloniales, mensuel fondé en 1907, Paris.
L’Union Coloniale, Bulletin de la Section A.O.F., comptes-rendus des travaux,
mensuel fondé en 1905, Paris.
Les Annales Coloniales, mensuel fondé en 1900, Paris.
Questions Diplomatiques et coloniales, bi-mensuel fondé en 1897, Paris.
Présence africaine (surtout culturel)
Revue française d’histoire d’Outre-Mer (héritière de la Revue d’Histoire des
Colonies fondée en 1913).

171
The Journal of African History (fondé en 1960)
Tradition et modernité, périodique fondé et dirigé par Larle Naaba Tigré, 1996-1997.

Études récentes

1. – Histoire générale

Bloch, Marc, Apologie pour l’histoire, Paris, A. Colin, 1949, 2è éd. 1993.

Bourdé, Guy et Martin, Hervé, Les écoles historiques, Paris, éd. du Seuil, coll.
« Points histoire », 2è éd., 1997, 394 p.

Braudel, Fernand, « La longue durée », in Annales E.S.C., n° 4, octobre-décembre


1958, pp. 725-753.

Descamps, Florence, L’Historien, l’archiviste et le magnétophone. De la constitution


de la source orale à son exploitation, Paris, Comité pour l’histoire économique et
financière, Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, 2001, pp. 15-139.

Duluck, S., Zytnicki C., Décoloniser l’histoire? De l’histoire coloniale aux histoires
nationales en Amérique latine et en Afrique (XIX è- XX è siècles), Paris, Publications
de la Société d’histoire d’outre-mer, 2003.

Girardet, R., Mythes et mythologie politiques, Paris, éd. du Seuil, coll. « Points
Histoire » 1990.

Leroy-Ladurie, Emmanuel, L’Etat royal. 1460-1610, Paris, Hachette, coll.


« Pluriel », 1987, 461 p.

Noiriel, Gérard, Qu’est-ce que l’histoire contemporaine ?, Paris, Hachette Supérieur,


1998, 251 p.

Ricoeur, Paul, La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, Paris, éd. du Seuil, 2000.

Veyne, Paul, Comment on écrit l’histoire, Paris, éd. du Seuil, coll. « Points
Histoire », 1971, 438 p.

2. – Histoire de l’Outre-mer : généralités

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d’Outre mer, Paris, 1975, 10 volumes classés par territoires.

Ageron, Charles- Robert, France coloniale ou parti colonial, Paris, PUF, 1978, 302
p.

Bouche, Denise, Histoire de la colonisation française, éd. Fayard, Paris, 1991, 601 p.

172
Brunschwig, Henri, Mythes et réalités de l’impérialisme colonial français (1871-
1914), Paris, Armand Colin, 1960, 201 p.

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et contre-modèles idéologiques et culturels, Cahiers Jussieu, Presses universitaires de
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Monde de Paris VII (cf. articles de M. Chemillier-Gendreau et E. Le Roy).

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Paris, Maisonneuve et Larose, 2002, 389 p.

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1996, 347 p.

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de l’Union française, tome X, 1956, pp. 1- 54, on y trouve une allusion à la
candidature du Baloum Naaba aux élections de 1945.

Mabileau, A. et Meyriat, J., Décolonisations et régimes politiques en Afrique noire,


Paris, Colin, 1967, 276 p.

Mouralis, Bernard, Piriou, Anne, (dir.), Robert Delavignette, savant et politique


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Thobie J., Meynier G., Coquery-Vidrovitch C., Ageron Ch.-R., Histoire de la France
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pp. 5-95.

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convention du 14 juin 1898 », in Revue française d’histoire d’outre-mer, Paris,1965.

3. – Afrique : ouvrages généraux

173
3.1. – Méthodologie

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Ki-Zerbo, Joseph, « La tradition orale : une source de l’histoire de l’Afrique », in


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3.2. – Afrique: synthèses, généralités

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Ageron, Ch.-R., et Michel, M., (dir.), L’Afrique noire. L’heure des indépendances,
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Brunchwig, Henri :

174
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- Noirs et Blancs dans l’Afrique noire française, ou comment le colonisé devint


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1974, 4ème édition : janvier 1993, 491 p.

D’Almeida-Topor, Hélène :

- et Chanson-Jabeur, Ch., Lakroum, M., (dir.), Les transports en Afrique,


l’Harmattan, 1992, 361p.

- L’Afrique au XX e siècle, Paris, éd. Armand Colin, 1993, 363 p.

Decraene, Philippe, Le panafricanisme, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ?, n° 847,


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Deschamps, Hubert :

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École normale supérieure, Sciences de l’homme et conquête coloniale : constitution


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supérieure, 1980, 238 p.

Frémeaux, Jacques :

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établissements côtiers aux confins sahariens, 1993, 191 p.

- tome 2 : Officiers administrateurs et troupes coloniales, 1995, 311 p.

Gifford et Louis, R., France and Britain in Africa : Imperial rivalry and colonial
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Ki-Zerbo, Joseph :

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- A quand l’Afrique ?, éd. de l’Aube- d’En bas, Zurich, 2003, 196 p.

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Mboloko, Elikia (dir.), Afrique noire. Histoire et civilisation XIX è- XX è siècle, Paris,
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éditions africaines, 1979, 272 p.

- L’Afrique occidentale française de 1944 à 1960, Dakar, Les Nouvelles éditions


africaines, 1982, 617 p.

- Eglise et pouvoir colonial au Soudan français. Administrateurs et


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Bouche, Denise, L’enseignement dans les territoires français de l’Afrique


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reproduction des thèses, Lille, 2 vol., 1975, 947 p.

176
Brasseur, Paule, « Pluridisciplinarité et politique au Soudan français : la mission des
« compétents techniques » du général de Trentinian (1898-1899) », in Sciences de
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157, cet ouvrage dresse l’ inventaire des ressources de ces territoires pour l’année
1900.

Coquery-Vidrovitch, (dir.), L’Afrique occidentale au temps des Français,


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Culturelle et Technique, 1992, 460 p.

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- West Africa under colonial rule, Londres, Hutchinson, 1968, 540 p., dont
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- West african resistance, the military response to colonial occupation, London,


Hutchinson, 314 p.

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géographiques, maritimes et coloniales, 1931, 4è, 240 p.

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- « Paying the blood tax: military conscription in French West Africa, 1914-
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- Colonial Conscripts: The Tirailleurs Senegalais in French West Africa, 1857-


1960, Porstmouth, New Hampshire, 1991.

Fall, Babacar, Le travail forcé en Afrique Occidentale Française (1900-1946), Paris,


éd. Karthala, coll. « Hommes et sociétés », 1993, 346 p.

Faur, J.-C., La mise en valeur ferroviaire de l’A.O.F. (1880-1939), Paris, Sorbonne,


1969, 357 p.

Hesling, Liliane, Une Vie comme un jour : en Afrique, 1917-1957, Le Cannet, 1988,
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Meniaud, Jacques, Les Pionniers du Soudan, avant, avec et après Archinard, 1879-
1894, préface d’Ernest Roume, Paris, Société des Publications modernes, 1931, tome
I, 574 p ; tome II, 556 p. (portraits et cartes)

Tessières, Y. de, «Un épisode du partage de l’Afrique, la Mission Monteil de 1890-


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Triaud, Jean-Louis, «L’Islam en Afrique de l’Ouest. Colloque de l’Association pour
l’Avancement des Etudes Islamiques », mars 1981.

Vaudouhê, C., La création de l’A.O.F. (1895-1904), thèse de 3ème cycle histoire,


Paris-Sorbonne, 1974, 401 p.

3.4. – Histoire du pouvoir, histoire de l’État

3.4.1. – Etudes des sociétés, anthropologie politique

Adler, Alfred, Le pouvoir et l’interdit. Royauté et religion en Afrique noire, Albin


Michel, 330 p., l’auteur y a réalisé une étude comparative de diverses sociétés
africaines dont celles des Moosé, au sujet desquelles il met en évidence la
transformation du capital féminin en capital politique.

Amselle, J.-L., M’Bokolo, Elikia, Au cœur de l’ethnie : ethnie, tribalisme et Etat en


Afrique, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », Série Anthropologie, 1985,
225 p.

Balandier, Georges :

- « Les mythes politiques de la colonisation et de la décolonisation en Afrique »,


in Cahiers Internationaux de Sociologie, XXXIII, 1962.

- Anthropologie politique, Paris, PUF, 1967, 240 p., dont le chapitre II consacré
aux conflits généalogiques notamment dans la société moaga, et les conséquences
pour celle-ci des montages généalogiques.

- Le Détour, pouvoir et modernité, Paris, éd. Fayard, coll. « L’espace du


politique », 1985, 266 p.

Bourdieu, Pierre, « Le Capital social. Notes provisoires », Actes de la recherche en


sciences sociales, n° 31, 1980, pp. 2-3.

Chrétien, J.-P., et Prunier, G., Les ethnies ont une histoire, Paris, Karthala et ACCT,
1989, 439 p.

Claessen, H.J.M. et Skalnik, P., (éd.), The early State, La Haye-New-York- Paris,
Mouton, 1978, dont un article de Skalnik consacré à l’émergence de l’Etat dans les
pays du Bassin de la Volta : pp. 469-494.

Elias, Norbert, Qu’est-ce que la sociologie ?, éd. de l’Aube, Agora pocket, 1991, voir
en particulier le chapitre III, pp. 82-93, consacré aux réseaux de relations qui
conditionnent la conservation ou la perte du pouvoir des notables. L’auteur dresse
une analyse du pouvoir comme « concept relationnel ».

Evans-Pritchard, E.E., et Fortes, M., éd., Systèmes politiques africains, trad., Paris,
P.U.F., 1964, 226 p. (1ère éd. anglaise : 1940).

178
Grinin, Leonid et alii, The early state, its alternatives and analogues, Volgograd,
Uchitel Publishing House, 2004, 535 p.

Hobsbawm, Eric, et Ranger, Terence, The Invention of Tradition, Cambridge, 1983,


Cambridge University Press, pp. 211-262.

Izard, M., Smith, P., (éds.), La fonction symbolique. Essais d’anthropologie, Paris,
éd. Gallimard, pp. 265- 288.

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Basingstoke, Macmillian, 1993, pp. 62- 111.

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1914 », Cahiers d’Etudes africaines, n° 136, 1994.

Skalnik, P., « Questioning the concept of the State in indigenous Africa », in Social
Dynamics, 9, pp. 11-28.

3.4.2. – Histoire des « chefferies », royautés et des États, pouvoirs et contre-


pouvoirs

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juin 1990, pp. 51-60.

Aborisade, O., Local government and the traditionnal rulers in Nigéria, Ile-Ife,
1985, University of Ife Press.

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- « Les sociétés africaines face à l’Etat », in Pouvoirs, n° 25, Paris, 1983, pp. 23-
39.

- L’Etat en Afrique : la politique du ventre, Paris, 1989, 436 p.

Bazin, J., « Etat guerrier et guerres d’Etat », in Guerres de lignages et guerres


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contemporaines (Ordres sociaux), 1982, pp. 319-374.

179
Berque, Augustin, « Esquisse d’une histoire de la seigneurie algérienne », Revue de
la Méditerranée, 1949, n° 29, pp. 18-34 ; n° 30, pp. 168-180, l’auteur livre une
analyse de l’évolution rapide de chefs à la fois détenteurs d’un pouvoir
« traditionnel » et agents de l’administration coloniale.

Bernus E., Boilley P., Clauzel J., Triaud J.-L.,(dir.), Nomades et commandants :
Administration et sociétés nomades dans l’ancienne AOF, Paris, éd. Karthala, 1993,
246 p.

Boilley, Pierre, Les Touaregs Kel Adagh. Dépendances et révoltes : du Soudan


français au Mali contemporain, éd. Karthala, Paris, 1999, 644 p.

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Diop, Moustapha, « Autorité traditionnelle et mutations des sociétés africaines »,


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Forgeron, J.B., Les protectorats de la France en Afrique occidentale française et les


chefs indigènes, Bordeaux, thèse pour le doctorat en droit, 1920, 95 p.

Frémeaux, Jacques, Les bureaux arabes dans l’Algérie de la conquête, Paris, éd.
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met en lumière les conflits ainsi que les manipulations qui se sont heurtées aux
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198
SIXIÈME PARTIE

DOCUMENTS ANNEXÉS

Annexes

1. Entretiens oraux

199
Entretien oral réalisé auprès du Baloum Naaba Tanga II, « Ministre » du Moogo
Naaba, en son palais à Ouagadougou, le 26 juillet 2004.

Quelle était la position coutumière du Moogo Naaba par rapport aux autres
souverains ?
Lui-même avait son royaume, il n’avait aucun pouvoir sur les dimdemba
[souverains] ; ils étaient indépendants.
Comment définir la puissance du royaume de Ouagadougou dans ce cas ?
Bon, dans la mesure où il s’est détaché de Tenkodogo, il est venu par des conquêtes
toujours plus loin vers le Nord, d’où sa suprématie militaire. C’est à Ouagadougou
qu’il y a eu une guerre de succession. Le Yatenga s’en est détaché. C’est ce qui
justifie la puissance de Ouagadougou, car le noyau a éclaté.
Quels sont ces royaumes fondés par les hommes de la dynastie royale de
Ouagadougou ?
Seul le Yatenga.
Quelle était la puissance économique du royaume ? Les nanamsé avaient-ils le
contrôle du commerce ?
Avant, il y avait le système du troc. Il y avait des éleveurs, des agriculteurs.
Après il y a eu la monnaie : les cauris. C’est un royaume qui était à l’aise. Il y avait
un système de « banque » à la Cour du roi. On récoltait une certaine quantité chez le
chef en cas de soudure. Mais la chefferie ne s’immisçait pas dans les affaires
commerciales. Après la part du chef, tu es libre… La preuve, il y avait des gens plus
riches que les chefs. Chacun est laissé à sa propre initiative…Certains avaient plus de
bétail que les chefs ou plus de nourriture. Le chef n’avait pas le droit de lui demander
ça.
Mais alors, comment expliquer la puissance des chefs ?
Quand vous rentrez dans le village, sa propriété…vous avez le nombre de
résidents qui se trouvent dans sa cour. Ensuite, ce n’est pas donné à tout le monde
comme signe extérieur de richesse.

Et que possède-t-il en-dehors de ses signes extérieurs de richesse ?


On entre dans la hiérarchie, c’est-à-dire…il y avait les ministres rattachés au
palais, puis les chefs de canton. C’étaient les parents du Moogo Naaba à qui l’on
confère une certaine puissance…

200
Est-ce que le nombre de sujets placés sous les ordre du Moogo Naaba fait partie
de cette richesse ?
Oui, bien sûr.
Pourquoi un dima, celui de Ouagadougou en particulier, est appelé « Moogo
Naaba » alors que, sur le plan de la coutume, chacun est placé à égalité ?
L’origine du titre de Moogo Naaba est un grand point d’interrogation…En fait,
naaba, c’est le chef chez nous. Pour le mot Moogo, il y a deux interprétations. Le
Moogo, c’est l’univers. Ca veut dire aussi la savane. D’autres penchent pour dire
« chef de l’univers », du monde. D’autres pour « roi de la savane ». Je ne sais pas
lequel est le bon…Le Moogo, c’est l’ensemble des royaumes. Le dima de
Ouagadougou est le seul Moogo Naaba.
Mais qu’est-ce qui lui a valu ce titre exceptionnel ?
Je ne sais pas…Avant, le Moogo Naaba n’avait pas de résidence fixe. Un des
Moogo Naaba a institué la capitale. Par exemple, Wubri résidait à Ziniaré. Avant
d’avoir Ouagadougou comme résidence fixe, le Moogo Naaba n’en avait pas besoin
car tout l’univers lui appartenait. Et Ouagadougou même a son chef : le Wogodgo
Naaba.
Qu’est-ce qui explique que, pour les Moosé du Yatenga, les Moosé centraux sont
des gurunse ?
Peut-être sommes-nous plus proches des Gurunse. Mais ils [les yadsé,
habaitants du Yatenga] savent qu’ils viennent de Ouagadougou…
Y a-t-il eu des conflits avec les autres royaumes Moosé ?
Il y a souvent eu des conflits pour des problèmes de frontière ou pour des
question d’hégémonie…
Des royaumes étaient-ils alliés au Moogo Naaba ? Leurs chefs étaient-ils
nommés par le Moogo Naaba ?
Il y a une partie des Bisa que le Moogo [Naaba] nommait. Ce ne sont pas des
rois en tant que tels. Par exemple à Nioro, le Moogo [Naaba] nommait les chefs de
canton bisa. D’autres sont nommés sur place à cause de la distance avec
Ouagadougou et des fauves. Le Moogo [Naaba] a donné son accord pour qu’ils
soient nommés sur place.

Quelles sont les relations entre Ouagadougou et les royaumes périphériques ?

201
Les royaumes périphériques sont liés à Ouagadougou…C’est la conquête qui
les a amenés à Yako. La région est directement liée à Ouagadougou…En cas de
conflit, ils soutiennent le Moogo [Naaba]. Mais en général, c’est plutôt le Moogo
[Naaba] qui les soutient, car ils se trouvent à la périphérie, à la frontière. Le Moogo
[Naaba] envoie des détachements pour les soutenir, pour qu’il n’y ait pas de repli sur
Ouagadougou. Les différents royaumes gardent la frontière, surtout les chefs de
village ou les chefs de canton…
Sinon, après chaque conquête, le Moogo [Naaba] laisse un de ses fils. Quand il
nomme un de ses fils, leur Cour est calquée sur celle de Ouagadougou. Chacun a son
Widi, son Larlé, son Baloum [Naaba].
Ces rapports ont-ils changé avec la colonisation ?
Je ne pense pas que sur le plan de la coutumier, ça ait eu des conséquences
comme ça, puisque les villages sont restés intacts…
Dans l’esprit des chefs, et malgré la conquête coloniale, le royaume de
Ouagadougou existait-il toujours ?
Malgré la colonisation, le royaume existe toujours, malgré la République. On
ne peut pas se passer du Moogo. C’est pour ça que les hommes politiques en veulent
aux chefs ; car eux [les chefs], ils sont mieux écoutés par les vrais Moosé. Le
royaume passe avant le reste.
Quels ont été les principaux motifs d’affrontement entre les Français et les
chefs ?
Là où ça a été le plus difficile pour la chefferie traditionnelle, ce sont les
travaux forcés. Il fallait un certain nombre de personnes pour aller sur tel chantier. Il
fallait à la fois défendre la population et la réquisitionner. C’était difficile. C’est pour
ça qu’il n’y a pas eu une certaine entente entre la chefferie et les colons. Parfois, il y
a eu des demandes trop exagérées. On vous donnait un nombre d’arachides à
produire, tout ça, c’était vraiment pénible…
Pour ça, vous devenez un bourreau pour votre propre population. Ils ne
pouvaient pas s’entendre sur le terrain. Des chefs, quand ils ne pouvaient pas récolter
l’impôt, fuyaient là où c’était moins dur : au Ghana.
Le fait que Ouagadougou ait été un lieu très important pour l’administration
coloniale, n’a-t-il pas pesé particulièrement lourd sur le Moogo Naaba ?
La colonisation pesait lourd. Tous les vendredi, le Moogo [Naaba] devait
recevoir les ordres du gouverneur. Ce n’était pas facile pour le Moogo Naaba de

202
gérer cette situation. C’est pour ça que le Moogo [Naaba] a fait un déplacement à
Abidjan pour le chemin de fer et la reconstitution de la Haute-Volta. Il est même parti
à Dakar pour certaines revendications…Ca été très pénible pour lui…
Pourquoi l’éclatement de la Haute-Volta a été si mal vécu pour les chefs moosé
de Ouagadougou ?
C’était pas seulement un souci du Moogo [Naaba], mais aussi de Tenkodogo et
Ouahigouya [Yatenga]. Le Yatenga était rattaché au Mali, Tenkodogo au Niger et
nous à la Côte-d’Ivoire. Ca faisait éclater les royaumes moosé. Au vu de cette
situation, le Moogo Naaba, avec ses pairs, se sont mis d’accord pour la reconstitution
de la Haute-Volta…Ensuite, ceci [la dislocation de la colonie] a eu des effets
néfastes. C’est toute une population que l’on est parti envoyer en Côte-d’Ivoire. En
fait, on ne gagnait rien en retour. Aucune retombée de leurs déplacements…
Les chefs attendaient quel type de retombée ?
Normalement une compensation financière. Enfin…nous n’avons pas vendu la
population, mais…Il fallait que les familles rentrées au Burkina…Certains journaux
qui dépendaient du Moogo écrivaient qu’il recevait une somme d’argent par tête de
travailleur. C’est faux…
Comment ces travailleurs gagnaient-ils la Côte-d’Ivoire ? Le Moogo Naaba
était-il responsable du bon déroulement de ces déplacements ?
Les migrants partaient en voiture. Certaines personnes avaient les moyens. Ils
apprêtaient ces voitures…
Mais j’imagine que l’importance qu’occupait Ouagadougou aux yeux des
Français a aussi eu des avantages pour la chefferie.
Certainement, il y a eu les premières écoles, les bâtiments administratifs, les
dispensaires : l’urbanisation et quelques infrastructures…
Les chefs en ont-ils tiré du prestige ?
Certainement, car tout se passait à Ouagadougou. Quand il y avait une
convocation au niveau du territoire, tous les chefs étaient convoqués à Ouagadougou.
Tous les autres rois étaient appelés. Surtout le 14 juillet, le Moogo [Naaba] recevait
tous les autres chefs coutumiers qui le plaçaient en première position. Par ce
processus, tous les autres rois l’ont approuvé pour être leur président, leur premier
responsable à Ouagadougou, la capitale. Tous les chefs, par consensus, lui ont
accordé le droit d’agir en leur nom.

203
Cette proximité du pouvoir administratif et traditionnel a-t-elle permis au
Moogo Naaba d’orienter la politique des Français ?
En fait, le Moogo Naaba a pu dévier certaines décisions grâce à l’appui de
l’évêque de la place, car il était en bon terme avec l’évêque [Joanny Thévenoud]. Lui
était très écouté par l’administration coloniale… Il y a un événement qui s’est
produit : le Moogo [Naaba] était outré. L’évêque en déplacement à Manga, à environ
cent kilomètres de Ouagadougou, a été rejoint par le Moogo Naaba. Les colons ont
surseoit à leur décision.
Á quelle époque a eu lieu cet événement ? Ca c’est passé sous quel règne ?
C’était sous le règne de Naaba Koom, je n’en suis pas sûr. La Mission
catholique a beaucoup aidé la chefferie coutumière à combattre, enfin…à dire aux
colons de mettre beaucoup d’eau dans leur vin…
Quelles étaient les ambitions des souverains pour leur royaume à cette époque ?
Je ne sais pas répondre. Au moment où les intellectuels se sont retrouvés à Paris
pour l’Indépendance, les chefs ont adhéré…Il y avait ce désir de modernisation pour
le royaume.
Cette modernisation était-elle importante pour les chefs ?
Oui, il y a eu des bénéfices. Mon grand-père [Baloum Naaba Tanga] avait un
champ où il cultivait le coton. C’était un industriel. Il y avait des charrues. Il a été
décoré une fois en France lors d’une [Link] a permis beaucoup de choses. Les chefs
coutumiers ont initié la modernité, ils ont emmené la population à accepter certaines
parties de la modernisation…Il y a eu des effets positifs comme les écoles créées.
Dès le départ, les chefs ne voulaient pas que les enfants viennent. Mais on a
beaucoup accepté la modernisation. Naaba Sagha : ce n’est pas étonnant. Il a fait ses
études en France, il a été dans l’armée française. C’était un officier de l’armée
française. Ils étaient imprégnés de valeurs occidentales avant de venir sur le trône. Il
[Naaba Sagha II] a pu développer Djiba.
Qu’est-ce qu’a changé pour les Kug zidba la réorganisation de leur
commandement en secteurs ?
En fait, ça nous arrange car tout était regroupé. Il était loisible de sillonner la
province très facilement pour satisfaire les besoins des colons…
Je voudrais à présent revenir sur notre précédent entretien, et en particulier sur
les fortes migrations des Moosé en Côte-d’Ivoire. Comment ceci a-t-il été
ressenti par la chefferie ?

204
C’était une catastrophe pour le Moogo car il y a eu des bras valides qui sont partis.
Sur le plan économique, ce n’était pas rentable pour le Moogo…On disait d’envoyer
une certaine somme pour les impôts, parfois, on ne pouvait pas les récolter.
Beaucoup sont partis au Ghana…
La chefferie a-t-elle réagit différemment face à ces migrations au Ghana ?
En fait, des deux côtés ça été un problème. Pour la Côte-d’Ivoire, on était obligés. Au
Ghana, c’était de son propre gré. La chefferie était obligée de trouver des hommes.
Le problème, c’est la perte des bras valides, mais il n’y a pas eu de contrainte au
niveau de la chefferie. Quand ce n’était pas possible de récolter les impôts, les
populations ont fuit, les chefs ont perdu le contrôle de ces populations…Mais elles
n’oublient pas leur patrie. Elles savent que le Moogo Naaba est leur souverain. Même
si vous allez au Ghana, c’est ancré dans les esprits.
Á ce propos, quel était le sens des voyages effectués par le Moogo Naaba au
Ghana ?
Mon père est parti au Ghana au temps de Prempeh [II, Asantehene de Kumasi de
1931 à 1970]. Sa Majesté [le Moogo Naaba] est partie au Ghana. Une partie des
populations autochtones du Ghana, les Mamprusi, se réfèrent à nous. Ils viennent
voir Sa Majesté. Les Moosé aussi s’y sont installés. Ils ont des royaumes. Moogo
Naaba Kougri est parti là-bas lui-même. Naaba Baõgho s’est rendu vers 1997 ou
1998 à Kumasi. Il est aussi parti en Côte-d’Ivoire et à Dakar pour des revendications.
Les communautés moosé installées à Abidjan ont-elles gardé des liens étroits
avec le Moogo Naaba ?
Non, il n’y a pas de rapports avec le chef de la communauté moaga en Côte-d’Ivoire.
Le Moogo [Naaba] n’a pas d’instructions à donner. Les Moosé viennent présenter
leur respect au Moogo [Naaba], mais il ne s’immisce pas dans leur nomination. Le
Moogo [Naaba] est en retrait. C’est un peu difficile…en voulant leur donner des
instructions…comme ce sont deux groupes différents, ça risque de compliquer la
diplomatie républicaine. Mais parfois, ils nous font part de leurs difficultés.

L’arrivée des élections en Haute-Volta n’a-t-elle pas aussi été un grand


bouleversement pour les chefs ?

205
En fait, le Moogo Naaba… je crois qu’une élection a eu lieu où le Moogo [Naaba] a
désigné mon grand-père pour challenger Houphouët. Mon grand-père a été vaincu.
Après ça, il ne s’est pas investi là-dedans. Les Moosé ont été libres de leur choix.
Entre temps, il y a eu un mouvement qui regroupait les chefs coutumiers. Conombo
était le secrétaire du Moogo [Naaba]. Ce mouvement s’est disloqué. On a été battu
par le R.D.A…
Le Moogo [Naaba], présentement, est apolitique. C’est pourquoi Naaba Kougri
avait opté pour un parti, mais pas en tant que dirigeant. Il était sympathisant du
R.D.A. vers 1976-1978. C’est peut-être grâce à lui que Lamizana [président de la
Haute-Volta de 1966 à 1970] a été reconduit.
Quels ont été les rapports entre les chefs et les présidents qui se sont succédés
depuis 1960 ?
L’actuel Moogo Naaba est apolitique. Tous les chefs sont libres d’opter pour le
parti qu’ils désirent. Le Boussouma [Naaba] est P.D.P.-P.S., le Larlé [Naaba] est
C.D.P.
Les rapports entre le Moogo [Naaba] et la Ière République [1966-1970] de
Maurice Yaméogo : ça n’a pas du tout été ça. C’est depuis le coup d’État manqué de
Naaba Kougri [octobre 1958]. Il voulait restaurer la monarchie constitutionnelle. Il
est parti avec une armée entre guillemets. Ils avaient des lances, des arcs…Depuis, ils
ne se sont jamais entendu jusqu’à sa chute. Maurice voulait supprimer la chefferie.
Après le décès d’un chef, on ne pouvait pas procéder à sa succession. Il avait
conservé l’élection des chefs à l’échelle du village.
Lamizana ne s’est pas du tout attaqué à la chefferie. Mais il a conservé les
textes pris par Maurice comme la suppression de la rémunération des chefs. Mais
avec Lamizana, il n’y a pas eu d’accrocs.
Ensuite, il y a eu Saye Zerbo [président de 1980 à 1982]. Il n’y a pas eu
tellement de changement. Après Saye Zerbo, c’était Jean-Baptiste [Ouédraogo,
président de 1982 à 1983]. Lui aussi n’a pas totalement bousculé la chefferie.
Ensuite, il y a eu la Révolution [menée par le capitaine Thomas Sankara de 1983 à
1987] qui a traité la chefferie de tous les noms avec Thomas Sankara. Il traitait les
chefs de féodaux. Il est même parti jusqu’à couper l’eau et le courant du Moogo
[Naaba] car c’étaient les avantages que l’administration lui a accordés.
Avec ce régime [celui de Blaise Compaoré depuis 1987], on a pas de
problèmes. Ils ont du respect pour la chefferie coutumière. Nous servons de

206
médiateurs lors des crises politiques. Les partis nous consultent pour voir notre point
de vue, dans la mesure du possible.
Est-ce que le fait que le chef d’État soit moaga ou non a des conséquences sur les
rapports qu’ils entretiennent avec la chefferie ?
Lamizana n’est pas moaga, mais il a eu beaucoup de respect pour la chefferie.
peut-être parce que c’est un cousin à plaisanterie. Thomas Sankara était Silmimoaga
[métis associant des ascendances peules et moosé], mais le problème, c’est qu’il était
venu avec une idéologie [socialiste], car les Silmimoosé ont du respect pour la
chefferie.
Vous parliez tout à l’heure du rôle de médiateur que joue la chefferie au
Burkina. Est-ce le cas pour l’Afrique de l’ouest ? Je fais allusion à la rencontre
du Moogo Naaba avec l’Asanthehene de Kumasi visant à réchauffer les relations
entre le Burkina et le Ghana.
En fait, les rapports avec l’Asantehene permettent de mettre les chefs d’État à
l’aise. Quand Rawlings était au pouvoir, c’était un inconditionnel de la chefferie, de
l’Asantehene. Le Moogo [Naaba] peut servir de médiateur. Il facilite les rapports de
chef d’État à chef d’État.
Avec l’évolution actuelle du climat social au Burkina, comment voyez-vous
l’avenir de la chefferie ?
J’avoue que c’est un peu difficile de répondre. Il y a un laisser-aller à telle
enseigne que, de jour en jour, il devient difficile de contrôler la population. Avec la
démocratie, chacun est libre de tout faire en-dehors des limites. On se demande
jusqu’où ça va aller. La base de la chefferie est le respect d’autrui. Présentement, on
sent que le respect est en train de s’éclipser. Ils [les Moosé actuels] ignorent cette
valeur, c’est vulgaire…Si nous n’arrivons pas à donner une éducation civique à la
population, à l’avenir, la chefferie va prendre un grand coup…Je parle à la longue,
dans 20 ou 30 ans, si le respect s’effrite, ça va être très difficile pour la chefferie.
Souhaitez-vous obtenir un statut officiel au sein de l’actuelle IVème République ?
Si on nous assigne une place dans la Constitution, nous eront peut-être
embrigadés, canalisés. Jusqu’à présent, nous avons toute latitude d’agir comme on
veut. Ca, c’est l’avantage que l’on a. Maintenant, nous sommes en train de voir en
notre sein comment élaborer un statut avec l’approbation de l’État. Dès lors qu’il y a
un statut, nous n’avons plus notre liberté. La grande question, c’est à quel ministère

207
nous rattacher ? La Culture ? L’Intérieur ? De toute façon, nous sommes en train de
voir, d’élaborer un machin, un statut…
Que comptez-vous faire pour éviter que la chefferie « ne prenne un grand
coup » ?
C’est une question d’éducation…C’est les Moosé. Le chef a obligation de
respecter ses sujets. Il n’a pas le droit d’exclure un de ses sujets quelque soit son
opinion, sa race, sa religion. Quand vous êtes nommés, c’est le credo de tout chef.
Avant votre nomination, on vous le dit : vous êtes un tampuré [déchet] ! Il faut
accepter toutes les ordures, les gens de bonne fois comme les gens de mauvaise foi.
Le tampuré ne permet-il pas aussi de fertiliser les cultures ?
Il y a un proverbe chez nous. La traduction littérale de ce conseil moaga, c’est
« il faut que votre tête soit fertile, il ne faut pas qu’elle soit de granit ». Quand c’est
fertile, il y aura de l’abondance, toute la population pourra se satisfaire. Si elle est de
granit, elle ne sert à rien. C’est comme la devise du Moogo Naaba actuel : baõgho,
c’est là où il y a la fertilité. Son orientation politique, c’est que tout le monde soit
satisfait, qu’il y ait de l’abondance.

Entretien réalisé avec S.M. le Boussouma Naaba Sonré, député P.D.P.-P.S. Réalisé à
l’Assemblée nationale, le 20 juillet 2004 de 16h30 à 18h.

208
Qui a fondé le royaume de Boussouma ? Quand ?
Bon, je ne suis pas historien. Mais…Le royaume de Boussouma a été crée dans
la deuxième moitié du XVème siècle…je crois, il faudrait vérifier, par Naaba
Kumdumyé, sixième Moogo Naaba.
Quelle est la position coutumière de son dima au sein du Moogo ?
Le Boussouma Naaba est un dima. c’est un terme générique qui signifie « chef
supérieur ». Kir’wende ( ?), « qui ne dépend que de Dieu ». Il n’a pas de chef
hiérarchique au-dessus de lui. En Pays mossi, il y a quatre dima. Par ordre
protocolaire, il y a :
- Tenkodogo Naaba
- Moogo Naaba, dima de Ouagadougou
- Yatenga Naaba
- Boussouma Naaba
On peut aussi citer le dima de Fada-N-Gourma, qui est un cousin, un parent. S’il
vient à Ouagadougou, le protocole veut qu’il passe avant nous tous…On peut penser
que Boussouma est le dernier royaume indépendant créé.

Précisément, comment a-t-il été formé ?

Le Moogo Naaba est venu de Tenkodogo. De là, il a gagné Ouagadougou, puis


le Yatenga et le Boussouma. Mais Naaba Yadega [fondateur du Yatenga en 1540] a
probablement régné avant la fondation du Boussouma.
Le royaume de Boussouma est le plus proche du Moogo Naaba, ce qui rend les
choses plus douloureuses ; le Boussouma Naaba aurait dû régner après Naaba
Kumdumyé [1540 ?-1566 ?], car il était le fils aîné. Mais ne rentrons pas dans les
détails.

Le royaume de Boussouma était-il puissant, et sur quel plan ?

Le Boussouma était puissant, car il s’est imposé militairement au royaume de


Ouagadougou. Au départ, Ouagadougou n’était pas opposé à ce que Boussouma soit
un royaume indépendant. C’était un moyen de régler les tensions suite à la
succession de Naaba Kumdumyé. On tombait d’accord, chacun devait rester chez
lui ; un Moogo Naaba à Ouagadougou et un dima à Boussouma. Mais à ce moment,

209
la situation s’est tendue. Le Moogo Naaba Sanem [Sanom, 1871-1889] est entré en
conflit avec Naaba Ligidi de Boussouma. Les choses se sont gâtées, car le Moogo
Naaba a voulu donner des ordres au Naaba Ligidi, il avait le sentiment d’être
puissant.
Il n’a pas compté sur l’indépendance de Boussouma. Le souverain a dit que le
Moogo Naaba devait venir lui-même expliquer son problème. C’était une déclaration
de guerre.

Qu’est-ce qui explique que le Boussouma soit parvenu à tenir tête à


Ouagadougou ?

Le Boussouma Naaba est un grand stratège militaire. Ses habitants sont des
gens fins et intelligents. Ils ont l’art de tromper l’ennemi. Pourtant, à Ouagadougou,
ils étaient cinq à six fois plus peuplés que nous. Les combattants de Boussouma sont
venus incendier et dévaster le palais du Moogo Naaba ; ils ont dispersé le Rood
Wooko, le marché. La différence, c’est les hommes de valeur, la tactique militaire et
le courage des hommes. La différence, c’est plus la surprise.
Les autres venaient nous agresser, mais on connaissait le terrain. Il est plein de
collines. On a mené la guérilla. S’il y avait eu une bataille rangée…

D’après les récits du capitaine Binger, le royaume de Ouagadougou serait entré


en décadence à la fin du XIXème siècle. Qu’en pensez-vous ?

Ouagadougou était effectivement décadent. La preuve est la guerre qu’a mené


son propre chef de canton [celui de Naaba Sanem], le Lallé Naaba. Avec le
Boussouma, ils étaient redoutables. Le souverain n’arrivait pas à soumettre ses chefs
et ceux de Boussouma. Le Lallé et le Boussouma Naaba étaient complices. Ils ont
entretenu des relations secrètes. Ca commençait à remuer dans le Moogo. En fait, ça
dépend des hommes qui sont sur le trône.
Naaba Ligidi [de Boussouma] était un voyou, un filou et même un bandit…
Naaba Sanem était débonnaire et surtout pas aussi énergique.

Quelles étaient les relations des deux royaumes en-dehors de ce conflit ? Le


Moogo Naaba intervenait-il dans la vie politique du royaume et inversement ?

210
Avant la colonisation, il n’y a pas eu d’interventions. Une limite était tracée.
Aucun ne pouvait traverser la frontière. Le Moogo Naaba n’est jamais venu nommer
un chef à Boussouma. Pendant la colonisation, les chefs se rendaient auprès du
Commandant supérieur. Mais, dans l’esprit des populations, on croyait que les chefs
venaient voir le Moogo Naaba.
Après 1960, les hommes politiques ont voulu jouer des rivalités entre chefs
supérieurs. Sous la IIIème République [1978-1980], il y a eu beaucoup d’immixtions
erronées. Naaba Kugri [1957-1982] a été manipulé et instrumentalisé. D’abord, par
les colons, puis par les hommes politiques. Le coup de 1958 [le coup d’État manqué
du Moogo Naaba], c’est une affaire d’hommes politiques qui voulaient reprendre un
pouvoir perdu électoralement. C’est le cas notamment de Joseph Conombo. Le titre
d’ « empereur » n’était qu’une carotte.

Que dire de cette volonté du Moogo Naaba de dominer tous les chefs moosé et la
Haute-Volta ?

Le Boussouma Naaba étaient R.D.A.[Rassemblement démocratique africain]


sous le régime militaire de Lamizana [1966-1980]. Ils [les membres du R.D.A.] ont
exigé le retour des militaires à la caserne, là où se trouve leur place. Ils ont ainsi
obtenu la Constitution de la III ème République [1978] et programmé des élections. Les
partis ont organisé des programmes. Mais le chef de l’État, Lamizana, a compris que
les chefs politiciens ne pouvaient pas s’entendre. Le P.R.A. [Parti du Regroupement
africain]257, qui était minoritaire, a compris qu’il n’avait pas beaucoup de chances de
succès. Ils ont donc décidé de soutenir le général-président.
Le R.D.A., lui, a toujours dirigé le pays. Il avait remporté toutes les élections.
Un congrès a été convoqué pour éviter que l’on suive la voie de la facilité. Le
congrès a décidé que le R.D.A. présenterait uniquement un candidat issu du R.D.A.
Le secrétariat exécutif désigne donc des R.D.A. comme Kongo, Gérard Ouédraogo,
Joseph Conombo etc. Mais pour cela, ils ont imposé un vote. De là est né le « Front
du Refus R.D.A. », qui a coopté Ouédraogo. Pendant deux semaines, il a malmené
tout le monde : le Moogo Naaba et Lamizana. Par rétorsion, le dima de Boussouma a
257
Parti né de la scission du R.D.A. au cours du Référendum sur la Constitution de 1958. Ce parti,
soutenu par la métropole et qui compte Léopold Sédar Senghor dans ses rang, regoupe toutes la forces
politiques non R.D.A.

211
été humilié. Des informations ont traîné comme quoi le chef de Soubeiga 258 n’aurait
pas été légitime.
Le chantage était clair : si tu votes Lamizana, tu seras officiellement nommé par
le Moogo Naaba. Il avait fait la même bêtise à Conquizitenga. Cette ingérence n’a
pas eu lieu pendant la colonisation. Là, c’était la première fois qu’on le voyait.

Qu’a changé la colonisation dans ces rapports entre le Moogo Naaba et les chefs
indépendants ?

Avant les politiciens, on a fait la part des choses entre le pouvoir qui lui [le
Moogo Naaba] était accordé par les Blancs et sa propre réalité. Ce sont les hommes
politiques qui ont trafiqué ça. Quand on était entre nous, chacun savait qui il était.
Mais une situation a été inventée qui n’existait pas avant. C’est aussi comme ça que
l’on a crée les guerres ethniques. Nous, nous savons qui nous sommes sur le plan
coutumier.

Mais dans les faits, le Moogo Naaba a bien obtenu le développement de sa


capitale et tiré un certain prestige de cette situation…

C’est vrai que Bobo-Dioulasso avait un climat plus favorable pour les colons.
C’était un carrefour des commerçants musulmans. Mais l’élément essentiel
manquait : l’homme courageux, travailleur. Les Mossi étaient très organisés, très
efficaces aux yeux des colons.
En 1947, une concertation eue lieu avec le Moogo Naaba et les dirigeants
mossi. La clé était que les fils du Moogo Naaba se retrouvent ensemble. Ce n’était
pas normal cette division du Moogo entre le Mali, le Niger et la Côte-d’Ivoire à
laquelle nous étions rattachés avec Ouagadougou. C’est ensemble et de concert que
la restitution a été obtenue.

Le Moogo Naaba Sagha II est pourtant passé pour le « sauveur de la Haute-


Volta ». Des timbres à son effigie ont même été émis. Cela a dû agacer beaucoup
de monde…

258
Il s’agit d’une affaire de succession à un canton du ressort du Boussouma Naaba. Cette affaire a
rejailli sur le père de Naaba Sonré.

212
C’est la faute des intellectuels de Ouagadougou. C’est de Ouagadougou que
tout est écrit. Mais c’est vrai aussi que ceux-ci viennent à Ouaga, car tout est fait à
partir de là. Des fois, c’est plus commode de déléguer le Moogo Naaba pour les
affaires de chefferie, car il est déjà présent à Ouaga. Par exemple, il est le président
du Conseil supérieur du syndicat des chefs coutumiers. Mais ce n’est pas lui qui
décide. Seulement il était à côté de l’administration. On [l’administration] a fait en
sorte que le Moogo Naaba ait l’apparence du pouvoir, mais le Moogo Naaba était
plus un porte-parole.

Le souverain a finalement obtenu le rail à Ouagadougou. C’est une réalisation.

Ce chemin de fer était un projet visant à relier Abidjan au Niger. En 1947,


Ouaga devenait la capitale. Les Mossi centraux ont essayé de ramener le rail à eux
afin que Ouaga soit assurée d’être la capitale de la Haute-Volta. Mais c’est une œuvre
de tous.
En 1955, le rail est arrivé à Ouaga. Je m’en souviens, j’étais au lycée et nous
avons fait de petits drapeaux pour le célébrer. C’est tout le Burkina qui était là.
Finalement, en 1992, le rail a été prolongé jusqu’à Kaya, c’est dans ma province de
Boussouma. Les fils de Boussouma ont poussé à la construction de cette ligne. En
particulier, en 1992, c’est un ressortissant du royaume de Boussouma, Samporé
Mandé, qui était ministre des transports. Mais ils l’ont fait pour la région, pas pour le
dima.

Y a-t-il eu des Moosé du royaume qui ont migré à l’étranger ? Où sont-ils allés ?

Bien sûr, il y avait beaucoup de Mossi en Côte-d’Ivoire. Borromo, entre Bobo-


Dioulasso et Ouagadougou, était un relais. C’était un campement, un point de départ
pour Abidjan. Les chefs de Borromo sont des Mossi, même si les populations ne le
sont pas. Là-bas, on parle le mooré, car le chef est mossi.
La politique de Ouaga, elle, a profité de sa situation privilégiée pour rayonner et
jeter son ombre sur les autres royaumes. Dès l’instant où les Mossi quittent la Haute-
Volta, ils ne jurent que par le Moogo Naaba. Ceux qui ne sont pas Mossi se réclament

213
des Mossi. Ils sont classés comme ça, même si, en réalité, ils sont Peuls ou Bissa.
C’est comme les tirailleurs dits « sénégalais ».
Á l’intérieur de la Côte-d’Ivoire cependant, ils reprenaient le nom de leur village
d’origine. Quand le Moogo Naaba venait, on ne considérait que lui.

N’y a-t-il que le Moogo Naaba qui ait fait le déplacement à Abidjan ?

Non, mon grand-père a été à Abidjan pour la reconstitution de la Haute-Volta.


Sinon, pour ce qui est de l’importance du Moogo Naaba, tout ça a été organisé par le
Blanc. Le Boussouma Naaba a également été invité à Paris pour le 14 juillet 1957,
juste avant son décès [1958]. Le Moogo Naaba y a envoyé son Baloum [Naaba] je
crois. Nettement, le Moogo Naaba a été mis en avant et ça a influencé les
populations. Ca a abruti les Mossi de Ouagadougou, qui ne connaissent plus leur
propre histoire, mais celle qui est réécrite par les intellectuels de la capitale.

Après 1945, les règles du jeu politique en Haute-Volta sont devenues plus
démocratiques. Je fais allusion à l’avènement des élections. Est-ce que ceci a eu
une influence sur les relations entre les royaumes moosé ?

Les hommes politiques de Ouagadougou ont été favorisés, car les états-majors
des partis se trouvaient à Ouaga. Á l’époque, les hommes politiques n’étaient pas
puissants et les chefs jouissaient d’un ascendant fort sur les populations rurales. Ils
sont donc devenus des parrains politiques.
Á Ouaga, le bureau politique ne redescendait pas à la base. On se référait donc
au Moogo Naaba. Par exemple, le R.D.A. créé par Houphouët, avait pour berceau
Bobo-Dioulasso. Á l’époque du gouverneur [français], le Moogo Naaba [Sagha II] a
été utilisé contre le R.D.A. Le Baloum Naaba [Tanga] a servi d’interface pour
contenir l’expansion du R.D.A. Des tensions ont opposé le Moogo Naaba à
Houphouët, et celui-ci a compris qu’il fallait lui expliquer la situation. C’est pourquoi
il s’est déplacé à Ouaga rencontrer le Moogo Naaba. Puis le R.D.A. est devenu
majoritaire.
Comment les chefs ont-ils pu adhérer à un parti (le R.D.A.) ouvertement anti-
colonial et « anti-féodal » ? Si vous me permettez, je trouve assez paradoxal que
vous, dima, soyez apparentés [Link].-P.S. (socialiste)…

214
Mon père était déjà un député R.D.A. Il a adhéré à ce parti alors qu’il n’était
pas encore chef, car c’est un intellectuel diplômé de l’École William Ponty. Là, il a
rencontré un milieu engagé pro-R.D.A. Il a été pourchassé par le gouverneur. Puis, il
a été élu député R.D.A.
En 1967, je suis arrivé au trône. Lors des élections de 1970, je me suis présenté
sur la liste R.D.A. du Sanmatenga. J’ai été élu plus jeune député. Puis, j’ai été le
premier vice-président de l’Assemblée nationale.
Le « Front du Refus » a été créé pour appliquer le mot d’ordre du congrès
R.D.A. : ne pas élire un candidat qui ne soit pas membre du R.D.A. Certains ont
opposé leur refus à Lamizana, d’autres sont restés. Il y a alors eu scission. La
Constitution de la IIIème République n’autorisait que les trois partis issus des
législatives de 1978. Il fallait que tout le monde fusionne, selon ses affinités, avec un
des trois partis. Six membres du « Front du Refus » ont fusionné avec l’U.P.V. de Ki-
Zerbo. Au second tour, la campagne a été menée ensemble sous le nom d’un parti : le
F.P.V. (Front progressiste voltaïque).
En 1983, la révolution d’août [de Thomas Sankara] a autorisé le retour de la
formation politique F.P.V. qui avait été interdite. En 1992, le C.N.P.P.-P.S.D. [parti
socialiste de l’opposition] a été victime d’une scission, car ils ont été fusillés par le
pouvoir de Compaoré [actuel président du Burkina]. Le P.D.P. est né de là, mais une
partie est restée avec Blaise [Compaoré], le « Refus » avec Ki-Zerbo. Au P.D.P. se
sont joints les socialistes, ce qui a donné naissance au P.D.P.-P.S.

Il paraît assez logique que le Larlé Naaba soit actuellement député du C.D.P.
(Parti du président). Pensez-vous que le Moogo Naaba soit resté neutre à cet
égard ?

Le Moogo Naaba doit être C.D.P. pour que le Larlé [Naaba] soit C.D.P. Mais il
ne peut pas jouer directement ; il ne peut pas jouer personnellement en politique.
Ceux qui ne se déclarent d’aucun parti se disent honnêtes, mais nous, les chefs, nous
n’avons pas la possibilité d’être neutres.

Dans l’état actuel des choses, quel avenir voyez-vous pour la chefferie et son
action en politique ?

215
Tous les partis s’accordent sur une chose : la chefferie doit disparaître. En
attendant, chacun essaye d’utiliser la chefferie, car elle est encore représentative. Si
on empêche les chefs de faire de la politique, c’est aux partis que l’on nuit. Les chefs
ont intérêt à faire de la politique. Tant que notre statut n’est pas clair et défini. Le
chef n’a pas le droit à la neutralité dans la vie politique. S’il n’appartient à aucun
parti, il sera le suspect de tous. Si les chefs ne font pas de politique, d’accord, mais
alors, il faut les mettre dans un système qui leur permette d’apporter leur
contribution.
Les hommes politiques ne veulent pas que les chefs s’engagent en politique, car
ils craignent qu’ils les empêchent d’être leader, ils ont peur d’être cachés. Il faut
comprendre que quand on dit que les chefs ne doivent pas faire de la politique, cela
veut dire aussi que leurs fils ne le pourront pas. Or, il peut exister un partenariat
organisé pour rendre service à la République.
L’administration connaît bien ses limites ; elle connaît aussi le rôle que la
chefferie pourrait jouer, la délimitation des domaines de compétence. Mais nous,
nous avons été formés par vous, le Blancs. Vous avez tranché la tête de votre roi, et
celle de votre roi je crois…

Mais il y a eu encore d’autres rois après 1789. N’est-il pas question de s’inspirer
du statut des chefs en Afrique anglophone ? Vous qui êtes à la fois chef et
député, n’est-ce pas un de vos objectifs : trouver une place pour la chefferie au
sein de la République ?

La Constitution actuelle admet la libre pratique des coutumes et de la religion si


elles ne troublent pas l’ordre publique, ou quelque chose comme ça. Mais ce sont les
rapports entre la chefferie traditionnelle et l’administration qui doivent être définis.
On peut apporter quelque chose, car l’administration ne peut pas tout faire. Par
exemple, pour lutter contre le banditisme, l’administration a besoin de nous, car elle
a peut de moyens. Il faut de l’ordre sans que ça coûte autant. Le don de matériel pour
la police par la France259 ne suffit pas, la chefferie peut contribuer à préserver les
valeurs, la morale et la paix sociale.

259
En 2004, la police burkinabè a reçu quelques véhicules tout-terrain envoyés par la France.

216
Un membre de votre parti, le professeur J. Ki-Zerbo, a écrit dans son récent
ouvrage A quand l’Afrique, que le continent doit fonder ses propres institutions
politiques. Voyez-vous l’intégration de la chefferie dans l’action de l’État comme
un modèle de développement original des institutions burkinabè ?

La colonisation a été un phénomène. Nous restons dominés par le maître, nous


le flattons en imitant ses institutions. Il faut dépasser ça. Il faut trouver nos propres
racines, et, à partir de là, prendre un nouveau départ. C’est ce genre de
développement endogène prôné par Ki-Zerbo. Mais les résultats sur le terrain, c’est
un autre terrain…

Les dirigeants qui se sont succédés à la tête de l’État depuis 1960 n’ont-ils pas
irrémédiablement affaibli la chefferie.

Sous Yaméogo [1960-1966], tout chef qui disparaissait devait être remplacé par
un chef de village. Si le Moogo Naaba devait mourir, il serait remplacé par le chef de
la ville de Ouagadougou [Wogodgo Naaba]. Le chef de village doit être alors choisi
après des élections. Il doit être inscrit sur les listes électorales, sinon, il ne peut pas
prétendre à la chefferie.
Le but est de lutter contre les grandes familles héréditaires qui étaient
minoritaires dans les villages. Il s’agissait d’éliminer la souche royale et, de là, la
chefferie. Jusqu’en juin 1983 [prise de pouvoir par Sankara], la loi a été appliquée,
mais jamais en pays mossi. Là, aucune famille royale n’a été élue. Elle a succédé
selon la tradition. Les révolutionnaires sont arrivés. Ils ont cru comprendre que, si les
chefs existent, c’est pour jouer le rôle d’auxiliaires de l’administration. Ils restent les
propres collaborateurs de l’administration auprès des paysans. Ils pensaient les
supprimer.
Le seul rôle que devait jouer le chef était, comme sous la colonisation, tenir le
cahier sur lequel figure la liste des contribuables. Pour les révolutionnaires, leur seule
autorité s’exprime par là. Puis, ils ont voulu confier cette tâche aux C.D.R. 260 L’impôt
de capitation a été supprimé, mais la nomination de la chefferie est restée libre. Elle a

260
Les Comités de défense de la Révolution (C.D.R.) ont été mis en pace pour relayer la politique
gouvernementale à l’échelle locale. N’importe quel citoyen pouvait y trouver sa place, mais très vite,
les C.D.R. ont échappé au contrôle du capitaine Sankara, et se sont rendus responsables d’abus de
pouvoir.

217
même connu une recrudescence chez les intellectuels les plus farouches. Ils ont été
les premiers à postuler à la chefferie. On y trouve de plus en plus de cadres et
d’intellectuels.
Par exemple, pour l’élection du chef de canton à Fada-N-Gourma, vingt-trois
propositions de succession ont été enregistrées. Parmi elles, on y trouve de nombreux
cadres et hommes politiques, dont un ministre [ ?]…C’est comme une religion : on
ne peut pas supprimer la chefferie par simple décret.

2. Archives

218
219
A.N.F., série 7V, carton 162.

220
221
A.N.F. Série 7V, carton 162.

Liste des Moogo Nanamba de 1495 à nos jours


Les dates sont celles des règnes, elles ne sont véritablement connues qu’à partir de 1889.

1) Naaba Wubri (1495-1517)

2) Naaba Soarba

3) Naaba Naskiemde

222
4) Naaba Nasbire Fils de …

5) Naaba Nyingnemdo

6) Naaba Kumdumye (1540-1566)

7) Naaba Kuda (1566-1593)

8) Naaba Dawema Frère de ...

9) Naaba Zwetembusma

10) Naaba Nyadfo (1620-1660)

11) Naaba Nakye (1660-1670)

12) Naaba Namwegha (1670-1681)

13) Naaba Kiba (1681-1693)

14) Naaba Kimba

15) Naaba Koabgha

16) Naaba Zanna (1693-1702)

17) Naaba Ginga

18) Naaba Wubi (meurt vers 1729)

19) Naaba Moatiba (1729-1737)

20) Naaba Warga (1737-1744)

21) Naaba Zombre (1744-1784)

22) Naaba Kom I (1784-1791)

23) Naaba Sagha I (1791-1796)

24) Naaba Dulugu (1796-1825)

25) Naaba Sawadogho (1825-1842)

26) Naaba Kanfo (1842-1849)

27) Naaba Baogho (1849-1854)

28) Naaba Kutu (1854-1871)

29) Naaba Sanem (1871-1889)

30) Naaba Wobgho (1889-1897) CONQUETE (1897)

31) Naaba Sigiri (1897-1905)

32) Naaba Kom II (1905-1942)

33) Naaba Sagha II (1942-1957)

34) Naaba Kugri (1957-1983)

35) Naaba Baogho (1983)

D’après Izard, M., Introduction à l’histoire des royaumes mossi, op. cit., tome 1, p. 143.

Table des cartes

Burkina-Faso, principaux groupes ethniques ……………………………………..33

La Haute-Volta coloniale et les royaumes moosé …………………………………34

223
Les royaumes moosé en 1896 ……………………………………………………...35

La disclocation de la Haute-Volta (1932-1947) ………………………………….133

Documents iconographiques

Moogo Naaba Koom II vers 1931-1932 .................................................................129

Voyage de Naaba Tanga en France, 1931 (1) ……………………………………130

Naaba Tanga et Djiba Naaba en France, 1931 …………………………………..130

Réunion des chefs traditionnels de l’A.O.F., 1931 ………………………………..131

Antoine Dim Delobsom (1897-1940) ……………………………………………...131

Mgr J. Thévenoud (1878-1949) …………………………………………………...132

Documents écrits

Lettre de la Direction des services de sécurité voltaïque (5 déc. 1961) …………..220

Lettre de la Direction des services de sécurité voltaïque (22 mars 1965) ………...221

Tableaux

Typologie des discours oraux ………………………………………………………55

Nombre de travaux francophones sur la chefferie africaine (1974-1995) …………66

Table des matières

Remerciements ……………………………………………………………………….3

Avertissement …………………………………………………………………………4

224
Première partie: présentation du cadre d’étude et de la recherche

Introduction …………………………………………………………………………..8

Présentation du cadre d’étude ……………………………………………………..15

Le Moogo, de sa naissance à la conquête française (XVIème siècle-1897) …………..15

Devant la « force », les souverains ne s’inclinent pas. Le cas du Moogo


Naaba de Ouagadougou sous domination coloniale (1896-1960) …………………23

Une élite ancienne fortement ancrée dans le champ politique


contemporain (1960-1990) ……………………………………………………….…..28

Deuxième partie : les moyens de la recherche

Les instruments de recherche ……………………………………………………....38

Bibliographies, catalogues inventaires………………………………………….…….38

Cartographie, atlas…………………………………………………………….……...39

Dictionnaires, grammaires ………………………………………………….………..40

Bibliothèques, centres de recherche et de documentation …………………..………..41

Présentation critique des sources ………………………………………..…………44

Problèmes d’accès et de conservation ……………………………………......………44

Sources écrites ……………………………………………………………..…………45

Les sources orales : un palliatif aux silences de l’écrit ? ………………..…………...53

Documents audiovisuels …………………………………………………..…………..54

Troisième partie : état des connaissances, pistes de recherche, hypothèses

L’état des connaissances …………………………………………………………….61

Pouvoirs, contre-pouvoirs et État en Afrique : contre la thèse « évolutionniste » …...61

La réaction des élites anciennes face à la domination coloniale :


contre la littérature de « résistance » ………………………………………………66

Présentation critique des principaux ouvrages consacrés au Burkina Faso ………71

Présentation du projet de recherche …………………………………………….78

225
Problématique et élaboration de l’hypothèse générale ……………………………78

Les axes de recherche ……………………………………………………………...83

La méthodologie …………………………………………………………………...85

Les pistes à explorer ……………………………………………………………….90

Plan provisoire de thèse ………………………………………………………….93

Quatrième partie : le renouvellement du corps politique moaga pendant l’entre-


deux-guerres (1919-1938)

Introduction ……………………………………………………………………….99

De nouvelles attentes pour la fonction de naaba ………………………………100

La fonction de naaba : un statut remodelé au gré des turpitudes


du régime colonial ………………………………………………………………..100

La permanence des prérogatives et des aspirations du


corps politique moaga ……………………………………………………………103

L’école et les voyages officiels : une ouverture sur le monde « moderne » ……..108

Le réaménagement du pouvoir au sein de la Cour …………………………...111

Rappel de la composition de la Cour et de sa structure


hiérarchique « traditionnelle » …………………………………………………..111

La chute du Kamsaogho Naaba : un exemple à ne pas suivre …………………..112

L’ascension du Baloum Naaba Tanga (1910-1950):


la recette de la réussite …………………………………………………………..113

Les nouveaux rapports entretenus entre le Moogo Naaba


et le service royal ………………………………………………………………...116

La superposition de multiples réseaux d’influence :


le credo de la souplesse et ses limites …………………………………………..119

Un réseau au sein de l’administration coloniale :


le cas d’Antoine Dim Delobsom (1897-1940) ………………………………………119

L’entrecroisement des réseaux :


complémentarités, souplesse et limites ………………………………………………123

226
Cinquième partie : sources et bibliographie

Sources écrites (archives) ………………………………………………………….135

Sources orales ………………………………………………………………………155

Bibliographie ……………………………………………………………………….157

Instruments de travail ……………………………………………………………….157

Les sources (fin XIXème siècle-1960) ………………………………………………...160

Études récentes ……………………………………………………………………...173

Sixième partie : documents annexés

Entretiens oraux ……………………………………………………………………200

Avec le Baloum Naaba Tanga II …………………………………………………….200

Avec le Boussouma Naaba Sonré …………………………………………………....210

Archives ……………………………………………………………………………..220

Document des Services de Sécurité, 5 déc. 1961…………….…………….…………220

Document des Services de Sécurité, 22 mars 1965 ………………………………….221

Liste des Moogo Nanamba de 1495 à nos jours …………………………………..222

Table des cartes, documents iconographiques et écrits ………………………….223

Table des matières ………………………………………………………………….224

227

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