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Théorie des jeux pour planificateurs stratégiques

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La théorie des jeux en appui des planificateurs ?

Christophe Lehmann
Dans Stratégique 2013/3 (N° 104), pages 203 à 210
Éditions Institut de Stratégie Comparée
ISSN 0224-0424
ISBN 9791092051032
DOI 10.3917/strat.104.0203
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La théorie des jeux
en appui des planificateurs ?

Christophe LEHMANN

E n admettant que le nombre et la valeur des pièces puis-


sent être assimilés au facteur Force, que l‟échiquier
simule le facteur Espace et la forme séquentielle repré-
sente le facteur Temps, le jeu d‟échecs avec un ensemble de règles et
de contraintes identiques pour les deux joueurs est une bonne modéli-
sation d‟un affrontement symétrique. Une partie au cours de laquelle un
protagoniste disposerait uniquement de la moitié des pièces ou dont les
déplacements de certaines figures seraient bridés, permettrait également
de rendre compte de la dissymétrie.
Pourtant, la réalité des conflits actuels fait la part belle aux
modes d‟action alternatifs qui surviennent en des lieux multiples, à tout
moment et de manière protéiforme, rendant obsolètes les facteurs
classiques d‟espace, de temps et de force, comme si un des joueurs
d‟échecs pouvait à tout instant de la partie introduire de nouvelles
pièces sur n‟importe quelle case, leur faire adopter de nouveaux mou-
vements pour les déplacer librement sur l‟échiquier, voire jeter un valet
de pique au milieu du plateau de jeu en proclamant “Je coupe”1.
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À ce titre, il est légitime de se poser la question si le jeu d‟échecs
en couverture de la PIA 05 de juin 2012 n‟illustre pas inconsciemment
l‟idée que les outils mis à disposition des planificateurs sont encore
largement imprégnés d‟une acception symétrique de la “dialectique des
volontés”. En particulier la confrontation des modes d‟action, telle que
prévue dans de nombreuses méthodes de planification, ne peut être que
stérile dans la mesure où les adversaires ne se conforment pas à des
règles ou conventions identiques, alors qu‟une comparaison requiert au
moins quelques variables communes entre les sujets étudiés. Il pourrait
ainsi s‟avérer judicieux de réviser cette étape, voire de la remplacer par

1
Analogie utilisée par le GBR Fantoni, ancien commandant de l‟École d‟état-major
général au sein de la Formation supérieure des cadres de l‟armée suisse.
204 Stratégique

un autre outil mieux à même de rendre compte de la complexité et de


l‟infinité des possibilités d‟action induites par cet adversaire “fongi-
que”2, tout en restant simple et accessible aux échelons de planification
les plus bas. En ce sens, la théorie des jeux et en particulier le théorème
de Bayes peuvent offrir de nouvelles pistes.
La théorie des jeux est en effet un outil mathématique qui a pour
objectif de rechercher des solutions adaptées à des situations conflic-
tuelles, en tentant de rendre compte des interactions entre des acteurs et
leurs stratégies. Depuis sa découverte dans les années 1920, puis son
essor au sortir de la seconde guerre mondiale, ses champs d‟application
n‟ont cessé de s‟étendre (sociologie, psychologie, anthropologie, scien-
ce politique, philosophie et même biologie) puisqu‟“elle s‟intéresse à
toutes les configurations dans lesquelles la situation de chacun dépend
du comportement de tous et constitue (…) la théorie mathématique des
comportements stratégiques”3. Bien que principalement utilisée en
économie4 et en gestion5, elle présente également des intérêts dans les
domaines des relations internationales et de la stratégie militaire6 ;
même si Hervé Coutau-Bégarie7 en a fortement limité la portée comme
outil du stratège, cela n‟exclut pas qu‟elle puisse présenter quelque
intérêt au niveau opératif, en particulier pour lever les difficultés liées à
l‟appréciation des modes d‟action d‟un adversaire asymétrique.
Si les facteurs Espace, Temps et Force ne sont plus aussi
prégnants pour comparer des modes d‟action entre adversaires dans un
rapport d‟asymétrie, le facteur Information en revanche est, comme l‟a
relevé le général Desportes8, devenu déterminant. Or, en théorie des
jeux, le type d‟informations dont disposent les joueurs lors du jeu est
un élément crucial. Par exemple, aux échecs, la théorie considère que
les joueurs ont, lors de la prise de décision, une information “parfaite”
car chaque joueur connaît les actions passées de son adversaire, et
“complète”, car chaque joueur connaît la structure du jeu (règles du jeu,
possibilités d‟action et leurs conséquences)9. Ces conditions ne sont
évidemment pas remplies face à un adversaire de type asymétrique qui
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2
Formule apparue récemment dans les Forces armées suisses et sensée rendre
compte de la nature imprévisible du lieu et du moment exact de l‟éclosion de champi-
gnons, alors même que les conditions propices sont bien connues.
3
N. Eber, Théorie des jeux, 2e éd., Dunod, 2007.
4
Deux Prix Nobel d‟économie ont été décernés à des théoriciens des jeux (1994 et
2005).
5
Pour les multiples applications dans le domaine, voir par exemple V. Dequiedt, J.
Durieu, P. Solal, Théorie des jeux et applications, Economica, 2011.
6
T. Schelling, Stratégie du conflit, trad. de l‟anglais par Raymond Manicacci,
Presses universitaires de France, 1986.
7
Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, 6e éd., ISC-Economica, 2008, p. 86.
8
“Dans les guerres probables, le renseignement prend une importance qu‟il n‟avait
pas jusqu‟alors”, V. Desportes, La Guerre probable, Economica, 2008, p. 132.
9
N. Daidj, A. Hammoudi, Le Management stratégique par la théorie des jeux,
Lavoisier, 2008.
La théorie des jeux en appui des planificateurs ? 205

dissimule ses cartes et qui est susceptible de bluffer comme au poker :


lorsqu‟un ou plusieurs joueurs font face à une incertitude quant aux
autres joueurs, la théorie parle de jeux en “information incomplète” ou
jeux bayésiens. En émettant des hypothèses a priori sur la probabilité
de tel ou tel choix de son adversaire, un joueur actualise ses prévisions
en fonction des choix effectivement faits ou de signaux envoyés par
l‟autre joueur, en utilisant le théorème de Bayes10, d‟où la dénomina-
tion de ces jeux.
En confrontant en permanence les données disponibles avec des
hypothèses a priori, le théorème de Bayes peut ainsi être considéré
d‟un point de vue militaire comme un outil permettant de mesurer la
conformité entre la réalité et la planification, selon un procédé inductif
que ne renierait pas le général Desportes11. Son application principale
interviendra donc durant la conduite d‟une opération militaire, l‟accu-
mulation de renseignements mettant à jour les liens de cause à effet et
permettant d‟affiner les modèles ou les schémas collés sur les acteurs.
Il est toutefois nécessaire d‟amener des amendements aux étapes des
méthodes de planification afin de produire les hypothèses a priori et
donc des données exploitables.
Dans un premier temps, l‟analyse déductive des acteurs devra
s‟efforcer de dégager des conclusions partielles sur le référentiel social,
moral, éthique voire religieux de chaque protagoniste, en somme iden-
tifier les règles du jeu qu‟il est susceptible d‟appliquer et sa propension
au risque. Les actions possibles découlant de l‟analyse systémique dans
le spectre PEMSII12 mettront elles en lumière des typologies de coups
envisageables pour chacun des acteurs.
Même si le terrain ne conditionne pas autant le déploiement et
l‟utilisation des forces que pour des systèmes symétriques convention-
nels, l‟étude de la zone d‟intérêt sous un prisme ennemi conserve
néanmoins tout son sens. Le point de départ et le trajet emprunté pour
des actions ne peuvent plus être définis précisément du fait de la
dilution de la “manœuvre”, mais les objectifs peuvent malgré tout être
identifiés de manière plus ou moins claire à la lumière de la stratégie
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des acteurs révélée par l‟analyse systémique. S‟ils veulent frapper, ils

10
Étant donné deux évènements A et B, le théorème de Bayes P(A/B) = P ( B / A) P ( A)
P( B)
permet de déterminer la probabilité de A sachant B, si les probabilités de A, de B et de
B sachant A sont connues. En d‟autres termes, il utilise les probabilités comme moyen
de traduire numériquement un degré de connaissance et peut s‟appliquer à toute
proposition, quelle que soit la nature des variables.
11
“L‟intelligence de la dynamique complexe de la menace et de l‟environnement
global requiert autant de compréhension et d‟intuition que de rationalité. Il faut passer
du déductif à l‟inductif : au lieu de passer des faits à l‟idée, passer de l‟idée aux faits
pour les découvrir, de l‟intelligence du contexte à la détermination des cibles utiles”. V.
Desportes, op. cit.
12
PIA-5, annexe H, figure 15.
206 Stratégique

devront tôt ou tard accepter de se rendre sur l‟échiquier : ainsi, les


conclusions partielles tirées de l‟analyse de l‟environnement livreront
un catalogue de leurs cibles potentielles.
Au final, ces déductions partielles agrégées en conclusions déter-
minantes mettront en lumière des couples13 “actions possibles – cibles
potentielles”, en d‟autres termes livreront un ciblage rudimentaire mais
avec les yeux de l‟ennemi. De plus, elles permettront de générer une
modélisation systémique de type “acteur – référentiel de valeurs –
typologie d‟action – cibles potentielles – aspects temporels – autres
facteurs” qui tentera, pour l‟instant empiriquement, de relier un effet à
ses causes14.

Figure 1 – Modélisation systémique reliant une action à ses causes

La théorie des jeux procède des deux hypothèses que sont la


prise en compte par les joueurs de la connaissance qu‟ils ont, ou des
anticipations qu‟ils font du comportement des autres acteurs et la
rationalité des joueurs dans la poursuite de leurs objectifs. Quand bien
même certains modes d‟action peuvent apparaître insensés dans notre
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référentiel de valeurs, il serait toutefois erroné de dénier toute intelli-
gence à ce type d‟adversaire. Au contraire, la plupart des actions
cachent en fait un degré avancé de planification dont peut être déduite
une forme de rationalité. En reconnaissant un caractère rationnel aux
actions de l‟adversaire, celles-ci peuvent être modélisées par un ratio
investissement-bénéfice pour un objectif ou une typologie d‟objectifs
considérés. Une action sera ainsi examinée dans une relation entre
l‟effort, les risques et les moyens à mettre en œuvre pour la réaliser et

13
L‟événement A de l‟équation.
14
Cela revient en fait à créer les termes P(B) – la probabilité a priori de la survenance
d‟un facteur interne ou externe B – et P(B/A) – la probabilité de ce facteur B dans le
cas de la survenance de l‟évènement A – du théorème de Bayes.
La théorie des jeux en appui des planificateurs ? 207

les bénéfices ou les effets qui pourront en être retirés. Dans la majeure
partie des cas, un adversaire rationnel tendra à maximiser le rapport
investissement-bénéfice ce qui produira un indicateur important sur la
probabilité d‟occurrence de l‟action en question sur l‟objectif examiné :
on considérera ainsi comme plus probable une action obtenant un
maximum d‟effets pour un minimum de moyens mis en œuvre (voir
figure 2). Dans cette phase initiale de planification qui répond finale-
ment assez bien aux considérations d‟Hervé Coutau-Bégarie15 et qui
permet de compléter l‟équation bayésienne16, il est important de consi-
dérer ce rapport dans l‟absolu, sans intervention de la force amie.

Figure 2 – Analyse de probabilité d‟occurrence d‟une action A


sur une typologie de cibles

Comme cela a déjà été soulevé, le fait de ne pas se conformer ni


aux règles habituelles, ni aux facteurs temps et espace induit théori-
quement une infinité de possibilités desquelles il semble vain de vou-
loir faire ressortir une plus dangereuse ou une plus probable comme le
prévoit le développement des modes d‟action dans les méthodes de
planification encore largement inspirées par “l‟école des possibilités”17.
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15
Op. cit., p. 350 : “La caractéristique majeure de la stratégie (…) est son caractère
probabiliste. Au-delà de toutes les variables que l‟on peut théoriquement évaluer de
manière objective (l‟enjeu, les moyens ou le terrain…) il demeure une part irréductible
qui ne peut relever que d‟une appréciation subjective : celle qui tient au comportement
de l‟ennemi”.
16
L‟analyse bénéfice-investissement produisant la probabilité a priori de l‟événement
A – P(A), le théorème est complet et permet de déduire une probabilité que
l‟évènement A se produise, sachant que B s‟est réalisé.
17
Cf. Hervé Coutau-Bégarie, op. cit., pp. 353-354, faisant référence au commandant
Bernis : “L‟école des possibilités part de la situation présente pour déterminer les
solutions qui s‟offrent à l‟ennemi. (…) L‟inconvénient est qu‟en obligeant à prendre en
compte une grande diversité d‟hypothèses, elle risque d‟entraîner une dispersion des
208 Stratégique

On pourra ici recourir plus avantageusement à la cindynique qui, afin


de réduire le champ des possibles, examine différents scénarii à la
lumière de leur probabilité et de leur dangerosité, sous forme de catalo-
gue des risques (figure 3). Duquel, et compte tenu de la multiplicité des
combinaisons imaginables, il ne s‟agit plus d‟établir des modes d‟ac-
tion, mais une cartographie des risques (figure 4) qui permettra surtout
d‟illustrer et valoriser le travail d‟analyse préalable.

Figure 3 : Matrice d‟évaluation et catalogue des risques


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moyens au détriment de l‟idée de manœuvre, (…) surtout à l‟époque contemporaine


avec la dilatation des théâtres d‟opération”.
La théorie des jeux en appui des planificateurs ? 209

Figure 4 : Cartographie des risques d‟une action A


rapportée à l‟environnement

L‟intérêt de cette méthode est multiple. À partir de cette carto-


graphie, une confrontation des modes d‟action redevient réalisable et
productive. Elle permet en effet de mesurer l‟impact des modes
d‟action BLEU sur la mitigation des différents risques identifiés, en
termes soit d‟augmentation du coût, soit de baisse du bénéfice pour
l‟adversaire. Elle permettra également lors du jeu de guerre d‟adapter
les propres actions afin d‟appliquer au mieux les effets dans un esprit
d‟économie des forces, telle que préconisée par le général Beaufre18
pour faire face aux stratégies indirectes.
Elle permet également de rendre compte d‟un contexte d‟opéra-
tions sur le territoire national ou peut même être étendue aux forces de
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l‟ordre19. Elle ouvre finalement un nouveau champ pour la Recherche

18
“Il faut éviter de se laisser déborder par la manœuvre en surface en pratiquant une
stricte économie des forces mettant en défaut la « manœuvre de Médine ». Ceci con-
duira à limiter la protection généralisée des personnes et des biens grâce à une forte
densité d‟occupation dans des zones réduites et bien choisies en fonction de leur
importance politique et économique et à consentir dans le reste du pays à un certain
degré d‟insécurité. Les postes qui y seront laissés n‟auront pour but que d‟y maintenir
un système de renseignement, grâce auquel on pourra y déclencher une série d‟opéra-
tions destinées à empêcher l‟organisation de bases adverses. Dans certains cas même,
on pourra laisser l‟ennemi s‟installer à loisir pour pouvoir le détruire plus facile-
ment”. A. Beaufre, Introduction à la stratégie, Hachette, 1998, p. 172.
19
Cette méthode a entre autres été utilisée pour les planifications des forces de
sécurité civiles et militaires suisses lors du Sommet de la Francophonie en 2010.
210 Stratégique

opérationnelle qui peut modéliser les interactions20 et affiner les prédic-


tions au fil des expériences en multipliant les indicateurs21 et les
variables.
À ceux qui objecteront que cette méthodologie requiert des
connaissances scientifiques trop poussées ou qu‟elle prétend vouloir
remplacer la réalité par une théorie, on opposera des recherches récen-
tes en psychologie expérimentale22 montrant que le théorème de Bayes
serait à la base même de notre mode de pensée et de raisonnement. Il
décrirait en effet un procédé typique de l‟apprentissage humain qui
consiste à chercher, par tâtonnement et itération, les causes possibles
d‟un phénomène et à prédire la probabilité d‟une action future à la
lumière des informations consignées par les expériences passées. La
méthode proposée, combinant analyse systémique, probabiliste et
inductive, laisse ainsi toute sa place à “l‟intuition” du chef qui peut,
sans aucun calcul, faire parler toute son expérience de l‟adversaire…
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20
Le théorème de Bayes peut en effet être mis en réseau afin de rendre compte de
l‟enchaînement et de l‟enchevêtrement de causes multiples reliées entre elles, comme le
figurent certains schémas issus de l‟analyse systémique. Chaque intersection de cause-
effet peut ainsi être reliée par un calcul bayésien améliorant le modèle lors de chaque
observation ; il est même envisageable d‟y intégrer le mode d‟action BLEU retenu, afin
de mesurer l‟impact des actions amies sur le système adverse.
21
En matière de ratio investissement-bénéfice ou des conséquences d‟une action (par
exemple nombre de blessés ou de morts, coût de remise en état, dégâts environ-
nementaux, dégât d‟image, durée d‟indisponibilité, etc.).
22
Cf. Science & Vie, n° 1142, pp. 60-61.

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