Gestion des Risques Majeurs en Algérie
Gestion des Risques Majeurs en Algérie
Faculté de technologie
Département de génie des procédés
Spécialité : Hygiène et sécurité industriel
Module : Les risques majeurs
Les Risques
Majeurs
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Dr BOUAFIA Abderraouf
INTRODUCTION
Les événements à risques (séismes, cyclones, accidents, etc.) font régulièrement de
nombreuses victimes dans le monde. Leur violence et leurs conséquences sont
heureusement plus modérées sur le territoire algérien. Cependant, les événements que la
l’Algérie a connus récemment (le séisme de Boumerdès en 2003 et le séisme de Bejaïa en
2021, les feux de forêt, explosion de l’usine GNL de Skikda) etc, montrent, qu’en de
telles situations, les préjudices humains et matériels peuvent être considérables. La
majorité des villes algérienne sont exposées à au moins un risque naturel tel que les
séismes principalement et risque industrielle qui sont des risques majeurs national.
La politique algérienne de gestion des risques majeurs vise à répondre à trois objectifs
afin de rendre les personnes et les biens moins exposés et moins vulnérables :
Prévenir les dommages, réduire leur ampleur et les réparer ;
Informer les citoyens afin qu’ils deviennent acteurs dans cette gestion ;
Gérer efficacement les crises et les catastrophes quand elles surviennent.
La prise en compte des risques dans la société est nécessaire à tous les stades et à tous les
niveaux d’organisation.
L’expérience de l’Algérie dans les domaines de la connaissance des risques, de leur
prévention et de la gestion des catastrophes lui permet, depuis plusieurs années,
d’envisager différentes formes de coopération internationale pour répondre aux demandes
d’appui ou d’intervention de la part de ses partenaires étrangers.
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Une faible fréquence : l’homme et la société peuvent être d’autant plus enclins à
l’ignorer que les catastrophes sont peu fréquentes ;
Une énorme gravité : nombreuses victimes, dommages importants aux biens et à
l’environnement.
Un événement potentiellement dangereux n’est un risque majeur que s’il s’applique à une
zone où des enjeux humains, économiques, environnementaux ou culturels sont en
présence. D’une manière générale, le risque majeur se caractérise par de nombreuses
victimes, un coût important de dégâts matériels, des impacts sur l’environnement : c’est
la vulnérabilité qui mesure ces conséquences. Le risque majeur est donc la confrontation
d’un aléa avec des enjeux.
La société comme l’individu doivent s’organiser pour y faire face. Une échelle de gravité
des dommages a été établie par le ministère du Développement durable. Le tableau ci-
contre classe les événements naturels en six classes, de l’incident jusqu’à la catastrophe
majeure.
Six risques naturels principaux sont prévisibles sur le territoire national : les inondations,
les séismes, les mouvements de terrain, les feux de forêt, les cyclones et les tempêtes.
Les risques technologiques d’origine anthropique sont au nombre de quatre : le risque
nucléaire, le risque industriel, le risque de transport de matières dangereuses et le risque
de rupture de barrage.
Si les risques de transport collectif de personnes et les risques liés au transport de
matières dangereuses sont des risques technologiques, leur traitement varie en fonction
du lieu et des enjeux en présence.
La prise en compte des risques majeurs implique l’étude :
Des événements susceptibles de se produire ;
Des aléas en présence ;
Des mesures de prévention à mettre en œuvre ;
Des comportements à tenir par les divers échelons de responsables ;
Des procédures d’information des populations concernées.
La gestion des risques répond à une double logique :
Une logique de prévention pour empêcher l’aléa ou réduire les effets d’un possible
événement sur les personnes et les biens ; cette logique s’inscrit tout naturellement
dans une démarche de développement durable puisque la prévention s’efforce de
réduire les conséquences économiques, sociales et environnementales d’un
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développement imprudent de la société, à la différence de la réparation qui,
nécessairement, suit une crise ;
Une logique d’intervention au moment où survient l’événement dommageable.
Les deux logiques sont complémentaires car si la prévention n’est pas suffisamment mise
en œuvre, la société doit se résoudre à engager des dépenses importantes pour assurer la
gestion, puis la réparation de dégâts, parfois très importants, voire déplorer des pertes en
vies humaines.
Échelle de gravité des dommages
Dommages Dommages
Classe
humains matériels
0 Incident Aucun blessé Moins de 0,3 M€
Un ou plusieurs Entre 0,3 M€ et 3
1 Accident
blessés M€
2 Accident grave 1 à 9 morts Entre 3 M€ et 30 M€
Accident très Entre 30 M€ et 300
3 10 à 99 morts
grave M€
Entre 300 M€ et 3
4 Catastrophe 100 à 999 morts
000 M€
Catastrophe
5 1000 morts ou plus 3 000 M€ ou plus
majeure
Un événement potentiellement dangereux n’est un risque majeur que s’il s’applique à une
zone où des enjeux humains, économiques, environnementaux ou culturels sont en
présence. La vulnérabilité caractérise ces enjeux.
Exemple : un aléa sismique en plein désert n’est pas un risque ; un séisme à San
Francisco est un risque majeur.
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d’experts a défini une catastrophe comme étant une « perturbation de l’environnement de
l’humain qui excède la capacité de la communauté de fonctionner normalement ».
Les données relatives aux catastrophes recensées à l’échelle planétaire au cours des dernières
décennies font ressortir deux caractéristiques principales — une augmentation du nombre de
personnes affectées au fil du temps et une corrélation géographique. Comme le montre la
figure 1, la tendance est en effet nettement à la hausse, malgré des variations considérables
d’une année à l’autre. La figure 2 passe en revue les pays les plus sérieusement touchés par
des catastrophes majeures. Aucun pays du monde n’est à l’abri des catastrophes, mais ce sont
généralement les pays les plus pauvres qui paient le plus lourd tribut en vies humaines.
Figure 1 Nombre de personnes touchées chaque année par des catastrophes dans le monde entre 1967
et 1991
Figure 2 Nombre de décès causés par des catastrophes majeures en 1991 dans les 20 pays les plus
touchés
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(US Centers for Disease Control (CDC) (CDC, 1989)) distinguent trois grandes catégories de
catastrophes: les événements géographiques, comme les tremblements de terre et les éruptions
volcaniques; les événements climatiques, comme les ouragans, les tornades, les vagues de
chaleur ou de froid et les inondations; et, enfin, les événements engendrés par l’être humain,
notamment les famines, la pollution atmosphérique, les catastrophes industrielles, les
incendies et les incidents mettant en cause un réacteur nucléaire. Selon une autre
classification, fondée sur la cause, les catastrophes naturelles englobent les événements
climatiques et géologiques, alors que les catastrophes causées par l’activité humaine
comprennent les événements non naturels, technologiques et intentionnels provoqués par des
êtres humains (accidents de transport, guerres, incendies, explosions, rejets chimiques et
radioactifs, par exemple). Une troisième classification (voir tableau 2), établie par le Centre
de recherche sur l’épidémiologie des désastres à Louvain (Belgique).
Tableau 2 Définitions des différents types de catastrophes
Avalanche
Vague de froid Ecroulement d’ouvrages
Tremblement de terre Ecroulement de bâtiments
Secousse sismique Effondrement ou affaissement de
Inondation terrain dans une mine
Crue torrentielle Catastrophe aérienne
Rupture de barrage Catastrophe au sol Nationale
Eruption volcanique Catastrophe maritime (émeutes, guerre civile)
Coulée pyroclastique Accident industriel/technologique
Vague de chaleur Epidémie Sécheresse Explosion Internationale
Cyclone avec vents violents Désertification Famine Explosion de produits chimiques (conflits armés)
Tempête Grêle Pénurie de vivres ou Explosion nucléaire ou explosion
Tempête de sable mauvaise récolte thermonucléaire Déplacement de
Ondes de tempête Explosion dans une mine population
Orage Pollution Pluies acides Déplacement de
Tempête tropicale Pollution chimique personnes Réfugiés
Tornade Pollution atmosphérique
Invasion d’insectes Glissement de Hydrocarbures chlorofluorés (CFC)
terrain Pollution par les hydrocarbures
Coulée de terre Incendie
Panne d’électricité Incendie de forêt/feu de prairie
Tsunami et raz-de- marée
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La figure 3 précise le nombre total d’événements par type de catastrophe. La catégorie «
accidents » englobe tous les événements soudains causés par l’être humain ; elle vient au
second rang par ordre de fréquence, devancée seulement par les « inondations ». Les «
tempêtes » occupent la troisième place, suivies par les « tremblements de terre » et les «
incendies ».
Figure 3 Nombre total d'événements par type de catastrophe, 1967-1991
D’autres données sur la nature, la fréquence et les conséquences des catastrophes, naturelles ou non, survenues
entre 1969 et 1993, ont été extraites du rapport de 1993 de la FISCRCR.
Bien que l’on évalue actuellement la gravité des catastrophes en fonction du nombre de décès,
il est impératif de prendre également en considération le nombre des personnes touchées. A
l’échelon mondial, les personnes affectées par les catastrophes sont près de mille fois plus
nombreuses que celles qui y succombent et, pour beaucoup d’entre elles, la survie devient
tellement difficile après le choc qu’elles se retrouvent encore plus fragiles et démunies face à
de nouveaux coups du sort. Cette constatation vaut aussi bien pour les catastrophes naturelles
(voir tableau 3) que pour les catastrophes causées par l’activité humaine (voir tableau 4), tout
particulièrement les accidents chimiques, dont les effets sur les sujets exposés ne se
manifestent bien souvent que des années, voire des décennies plus tard. La vulnérabilité
humaine face à la catastrophe est la préoccupation centrale des stratégies de prévention et de
planification préalable.
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Tableau 3 Nombre annuel moyen de victimes de catastrophes naturelles entre 1969 et 1993, par région
Tableau 4 Nombre annuel moyen de victimes de catastrophes non naturelles entre 1969 et 1993, par région
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Tableau 6 Nombre annuel moyen de victimes de catastrophes non naturelles entre 1969 et 1993, par type de
catastrophe
Accident
Accident Incendie Total
technologique
Tués 3 419 603 3 300 7 321
Blessés 1 596 5 564 699 7 859
Autres victimes 17 153 52 704 32 771 102 629
Sans-abri 868 8 372 8 829 18 069
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Incendie 37 115 236 166 29 583
Les chiffres relatifs à l’année 1994 (voir tableaux 9 et 10) montrent que l’Asie demeure la
région la plus exposée aux catastrophes, avec, en tête de liste, les inondations, les vents
violents et les accidents majeurs. Bien que les tremblements de terre soient associés à un taux
de mortalité élevé, ils ne sont en fait pas plus fréquents que les catastrophes technologiques
majeures. Mis à part les incendies, le nombre de catastrophes non naturelles est légèrement
inférieur, en moyenne annuelle, à celui des 25 années précédentes. En revanche, le nombre
moyen de catastrophes naturelles est plus élevé, sauf dans le cas des inondations et des
éruptions volcaniques. En 1994, on a recensé davantage de catastrophes d’origine humaine en
Europe qu’en Asie (39 contre 37).
Tableau 9 Catastrophes naturelles : nombre par région du monde et par type en 1994
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Les risques naturels
Incendie de forêt
Avec 4.2 millions d’hectares de zones boisées, l’Algérie est régulièrement soumise à des
incendies de forêt. Les régions méditerranéenne et aquitaine sont particulièrement exposées à
ce risque. Face à ce constat, l’État mène une politique de prévention active axée autour de la
priorité de l’information du public et des usagers de la forêt.
Cependant, l’ensemble du territoire algérien reste susceptible de subir un feu favorisé par des
événements climatiques particuliers comme les tempêtes ou les périodes de sécheresse
(incendies, accumulation de bois morts au sol).
Bien que rarement meurtriers en Algérie, ils n’en demeurent pas moins dangereux,
notamment pour les pompiers et dans une moindre mesure pour les populations. Par ailleurs,
les incendies de forêt sont très coûteux par les moyens de lutte qu’ils mobilisent ou les dégâts
qu’ils occasionnent. Leurs impacts économiques, matériels et environnementaux peuvent être
très importants.
Sur le plan économique, les incendies peuvent causer la destruction et l’endommagement
d’habitations, de zones d’activités économiques et industrielles ou des réseaux de
communication qui induisent généralement des pertes d’exploitation. Ce phénomène est
accentué par le mitage qui correspond à une présence diffuse d’habitations en zones
forestières et la diminution des distances entre zones urbaines et secteurs boisés
L’impact environnemental d’un feu peut également être considérable. La destruction de
milieux impacte fortement la faune et la flore habituelles des zones boisées ; elle entraîne une
modification du paysage, favorise une perte de qualité des sols et un risque important
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d’érosion consécutif à l’augmentation du ruissellement sur un sol dénudé. Suivant les milieux
et la fréquence des incendies, les effets peuvent être plus ou moins définitifs.
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Les risques naturels
Séisme
Chaque année, plus de 150 séismes de magnitude supérieure ou égale à 6 sur l’échelle de
Richter (séismes potentiellement destructeurs) se produisent à la surface du globe. En Algérie,
c’est à Boumerdès 2003 et dernièrement à Bejaïa en 2021. Les séismes sont, avec le
volcanisme, l’une des manifestations de la tectonique des plaques. La politique algérienne de
gestion de ce risque repose sur la prévention (information du citoyen, normes de construction)
et la préparation des secours. L’Algérie est considérée comme ayant une sismicité moyenne
en comparaison de celle d’autres pays du pourtour méditerranéen. Dans ces régions
montagneuses, outre les effets catastrophiques mêmes d’un séisme, les très nombreux
glissements de terrain potentiels répertoriés peuvent aggraver les conséquences.
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Les risques technologiques
Activité industrielle
Les exemples d’accidents industriels majeurs dans le monde sont nombreux, mais certains ont
été plus marquants par leur ampleur, leur violence et leurs conséquences : Feyzin en France
(1966), Flixborough en Grande-Bretagne (1974), Seveso en Italie (1976), Bhopal en Inde
(1984), Mexico (1984), Enschede aux Pays-Bas (2000), Toulouse (2001), Buncefield en
Grande-Bretagne (2005).
Un risque industriel majeur est un événement accidentel qui se produit sur un site industriel et
entraîne des conséquences immédiates graves pour le personnel, les populations avoisinantes,
les biens, l’environnement ou le milieu naturel. Ce risque est lié à l’utilisation, au stockage ou
à la fabrication de substances dangereuses. La notion de risque industriel repose sur la
combinaison de l’aléa et des enjeux. Néanmoins, la classification des installations à risque
repose sur le potentiel de dangers, indépendamment de l’évaluation du risque. Les risques
industriels en Algérie sont principalement liés à l’implantation des sites dits à hauts risques.
On parle de sites classés Seveso seuil haut du fait de la réglementation spécifique les
régissant. Tout accident industriel peut avoir des conséquences humaines, économiques,
environnementales et sanitaires, plus ou moins graves ; l’accident impacte le site où il s’est
produit, mais il peut également toucher l’extérieur du site.
Un accident industriel peut avoir plusieurs causes :
❖ Une défaillance du système : mécanique ou liée à un mauvais entretien ;
❖ Une erreur humaine : erreur de manipulation, méconnaissance des risques, défaut dans
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l’organisation ou le processus ;
❖ Un emballement réactionnel : réaction chimique mal maîtrisée, génération de gaz, de
produits corrosifs ou toxiques ;
❖ Des causes externes : séisme, inondation, panne électrique, chute d’un avion ;
❖ Un incident sur une installation voisine ;
❖ La malveillance : sabotage, attentat.
Les générateurs de risques industriels sont regroupés en deux familles :
❖ Les industries chimiques qui produisent des substances chimiques de base, des
produits destinés à l’agriculture (engrais, produits organiques dégageant des
poussières inflammables), les produits pharmaceutiques et de consommation courante
(eau de javel, ammoniaque, détachants) ;
❖ Les industries pétrochimiques qui produisent l’ensemble des produits dérivés du
pétrole (essences, goudrons, gaz de pétrole liquéfié).
Ces établissements sont fixes et produisent, utilisent ou stockent des produits répertoriés dans
une nomenclature officielle spécifique.
Les conséquences d’un accident dans ces établissements sont regroupées selon trois
typologies d’effets :
❖ Les effets thermiques liés à une combustion d’un produit inflammable ou à une
explosion ;
❖ Les effets mécaniques liés à une surpression résultant d’une onde de choc
(déflagration ou détonation) provoquée par une explosion. L’explosion peut être issue
d’un explosif, d’une réaction chimique violente, d’une combustion violente
(combustion d’un gaz), d’une décompression brutale d’un gaz sous pression
(explosion d’une bouteille d’air comprimé) ou de l’inflammation d’un nuage de
poussières combustibles ;
❖ Les effets toxiques qui résultent de l’inhalation d’une substance chimique toxique à la
suite d’une fuite sur une installation.
Le risque industriel peut ainsi se développer dans chaque établissement dangereux. Afin d’en
limiter l’occurrence et les conséquences, l’État a répertorié les établissements les plus
dangereux et les a soumis à réglementation.
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Accident industriel
Les installations classées pour la protection de l’environnement
Les services de la protection de l’environnement font l’objet d’une réglementation spécifique
et doivent respecter des prescriptions édictées par voie d’arrêtés ministériels et/ou
préfectoraux du fait des dangers ou inconvénients qu’elles présentent pour l’environnement,
la santé, la sécurité, la salubrité publique et le voisinage. Les activités concernées sont
définies dans une nomenclature qui les classe sous le régime de déclaration (D), déclaration et
contrôle périodique (DC) ou d’autorisation (A), parfois assortie de servitudes (AS) en
fonction de la gravité des dangers ou inconvénients qu’elles peuvent présenter.
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maîtrise des risques sans information transparente des employés et des riverains des
installations.
Correspondance entre l’ampleur du risque et le classement ICPE ou Seveso
17
Les risques technologiques
Transport de marchandises
dangereuses
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❖ Un choc contre un obstacle (avec production d’étincelles) ;
❖ L’inflammation accidentelle d’une fuite ;
❖ Une explosion au voisinage immédiat du véhicule ;
❖ Un sabotage.
60 % des accidents de TMD concernent des liquides inflammables. Un incendie de produits
inflammables solides, liquides ou gazeux engendre des effets thermiques (brûlures) qui
peuvent être aggravés par des problèmes d’asphyxie et d’intoxication liés à l’émission de
fumées toxiques.
Un dégagement de nuage toxique qui peut provenir d’une fuite de produit toxique ou résulter
d’une combustion (même d’un produit non toxique). En se propageant dans l’air, l’eau et/ou
le sol, les matières dangereuses peuvent être toxiques par inhalation, par ingestion directe ou
indirecte, par la consommation de produits contaminés et par contact.
Selon la concentration des produits et la durée d’exposition, les symptômes varient d’une
simple irritation de la peau ou d’une sensation de picotements de la gorge à des atteintes
graves (asphyxies, œdèmes pulmonaires). Ces effets peuvent être ressentis jusqu’à quelques
kilomètres du lieu du sinistre. Les conséquences d’un accident impliquant des matières
dangereuses sont généralement limitées dans l’espace, du fait des faibles quantités
transportées. Néanmoins, le facteur humain (proximité d’une salle de séminaire ou de
spectacle, d’un camping, d’une école), les enjeux économiques et environnementaux peuvent,
comme pour les risques industriels, constituer un facteur aggravant des conséquences de
l’accident.
Par exemple, en 1997, à Port-Sainte-Foy (Dordogne), une collision au niveau d’un passage à
niveaux entre un camion-citerne transportant 31 tonnes de produits pétroliers et un autorail a
fait 12 morts et 43 blessés ; l’incendie de la citerne s’est propagé aux wagons de voyageurs et
à une maison.
19
Les accidents chimiques majeurs
Au cours du siècle qui s’achève, ce sont les guerres, les transports et les activités industrielles
qui ont provoqué les catastrophes non naturelles les plus désastreuses pour l’être humain. A
l’origine, seules les personnes occupant certains emplois étaient touchées par les catastrophes
industrielles ; avec le temps toutefois, et surtout depuis la seconde guerre mondiale, la
croissance et l’expansion rapides de l’industrie chimique et le recours à l’énergie nucléaire ont
créé de graves dangers, même pour les personnes à l’extérieur des lieux de travail et pour
l’ensemble de l’environnement. Nous nous intéresserons ici aux accidents majeurs mettant en
jeu des produits chimiques.
La première catastrophe chimique d’origine industrielle dont nous ayons gardé trace remonte
au XVIIe siècle. Bernardino Ramazzini en a fait le récit (Bertazzi, 1989). Les catastrophes
chimiques contemporaines diffèrent tant par la manière dont elles se produisent que par le
type de produits chimiques en cause (BIT, 1991). Les risques potentiels sont fonction aussi
bien de la nature particulière du produit que de la quantité présente sur les lieux. Toutes ces
catastrophes ont cependant une caractéristique commune: ce sont des événements échappant à
tout contrôle — incendies, explosions, rejets de substances toxiques — qui peuvent faire de
nombreuses victimes à l’intérieur et à l’extérieur des installations et causer des dégâts
matériels et écologiques considérables.
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Kérosène 32 16 Bitburg, Allemagne, 1954
Isobutane 7 13 Lake Charles, Louisiane, Etats-Unis, 1967
Boues de pétrole 2 85 Pernis, Pays-Bas, 1968
Propylène – 230 Saint Louis, Illinois, Etats-Unis, 1972
Propane 7 152 Decatur, Illinois, Etats-Unis, 1974
Cyclohexane 28 89 Flixborough, Royaume-Uni, 1974
Propylène 14 107 Beek, Pays-Bas, 1975
Un tour d’horizon des travaux consacrés aux accidents chimiques majeurs révèle plusieurs
caractéristiques communes aux catastrophes industrielles contemporaines. Nous les
analyserons brièvement ci-après, de manière à pouvoir non seulement établir une
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classification d’intérêt général, mais également apprécier la nature du problème et les défis à
relever.
Les catastrophes avérées
Les catastrophes avérées sont des rejets dans l’environnement qui ne laissent subsister aucune
ambiguïté quant à leur source et leur danger potentiel. Les catastrophes de Seveso, de Bhopal
et de Tchernobyl en sont de bons exemples.
Bhopal est probablement la pire catastrophe chimique industrielle de tous les temps (Das,
1985a, 1985b; Friedrich Naumann Foundation, 1987; Tachakra, 1987). Dans la nuit du 2
décembre 1984, à la suite d’une fuite de gaz, un nuage mortel a recouvert la ville de Bhopal,
dans le centre de l’Inde, faisant des milliers de morts et des centaines de milliers de blessés en
l’espace de quelques heures. L’accident a été provoqué par une réaction d’emballement
survenue dans l’un des réservoirs de stockage de méthylisocyanate (MIC). Ce réservoir en
béton, qui renfermait quelque 42 tonnes de ce composé utilisé dans la fabrication de
pesticides, s’est fissuré, libérant dans l’atmosphère le MIC et d’autres produits de
dégradation. Au-delà des conséquences tragiques évidentes de cet accident, on n’a pas encore
complètement évalué ses effets éventuels à long terme sur la santé des personnes affectées ou
exposées (Andersson et coll., 1986; Sainani et coll., 1985).
22
Les risques technologiques
Barrages et digues
Un barrage est un ouvrage artificiel ou naturel, établi en travers du lit d’un cours d’eau,
retenant ou pouvant retenir de l’eau. Les barrages ont plusieurs fonctions qui peuvent
s’associer :
❖ La régulation de cours d’eau (écrêteur de crue ou maintien d’un niveau minimum des
eaux en période de sécheresse) ;
❖ L’irrigation des cultures ;
❖ L’alimentation en eau des villes ;
❖ La production d’énergie électrique ;
❖ La retenue de rejets de mines ou de chantiers ;
❖ Le tourisme ;
❖ Les loisirs ;
❖ La lutte contre les incendies.
Une digue est un remblai longitudinal, naturel ou artificiel, le plus souvent composé de terre.
Sa fonction principale est d’empêcher la submersion des basses terres se trouvant le long de la
digue par les eaux d’un lac, d’une rivière ou de la mer.
Les causes de rupture peuvent être diverses :
✓ Techniques : défaut de fonctionnement des vannes permettant l’évacuation des eaux,
vices de conception, de construction ou de matériaux, vieillissement des installations ;
✓ Naturelles : séismes, crues exceptionnelles, glissements de terrain (soit de l’ouvrage
lui-même, soit des terrains entourant la retenue et provoquant un déversement sur le
barrage) ;
✓ Humaines : insuffisance des études préalables et du contrôle d’exécution, erreurs
d’exploitation, de surveillance et d’entretien, malveillance.
23
La rupture peut être :
Progressive dans le cas des barrages en remblais, par érosion régressive, suite à une
submersion de l’ouvrage ou à une fuite à travers celui-ci (phénomène de renard) ;
Brutale dans le cas des barrages en béton, par renversement ou par glissement d’un ou
plusieurs plots.
Une rupture de barrage entraîne la formation d’une onde de submersion qui se traduit par une
élévation brutale du niveau de l’eau à l’aval. La carte du risque représente les zones menacées
par l’onde de submersion qui résulterait d’une rupture totale de l’ouvrage.
24
Les risques technologiques
Activité nucléaire
Découverte par Becquerel en 1896, la radioactivité a suscité de nombreux espoirs de par ses
premières applications : radiographie, radiothérapie… Les accidents de Tchernobyl en 1986 et
de Fukushima en 2011 ont montré les dangers potentiels des utilisations de l’énergie nucléaire
La radioactivité et les rayonnements émis peuvent avoir des conséquences néfastes sur
l’homme et sur l’environnement. Le risque nucléaire provient d’éventuels accidents qui
conduisent à un rejet d’éléments radioactifs à l’extérieur des enceintes ou des conteneurs
prévus pour les contenir. Les accidents peuvent survenir :
lors d’accidents de transport ;
lors d’utilisations médicales ou industrielles de radioéléments ;
en cas de dysfonctionnements graves sur une installation nucléaire industrielle.
Dans une centrale nucléaire française à réacteur à eau pres- surisée (REP), il y a
irradiation lorsque l’homme se trouve sur le trajet des rayonnements émis par une
source radioactive :
l’irradiation globale a des effets immédiatement graves au- dessus de 1 Gy ;
l’irradiation partielle au dessus de 3 Gy
25
Localisation des centrales nucléaires électriques
En France, elle pourrait concerner le personnel de la centrale mais pas les populations, plus
éloignées.
La protection face à l’irradiation se fait par des écrans (plomb, métal). Il y a contamination
lorsque les substances radioactives se sont répandues dans le milieu et elle peut être :
atmosphérique lorsque les suspensions sont dans l’air ;
surfacique lorsque les suspensions se sont fixées.
26
La protection face à la contamination se fait par le confinement. Pour les travailleurs
directement affectés aux travaux sous rayonnements ionisants (DATR), la limite
réglementaire globale admise est de 50 mSv par an ; les limites sont rame- nées à 3/10e de
cette valeur pour les travailleurs non DATR et 1/10e pour le public. Des directives Algérienne
fixent les limites admises pour l’ingestion, l’inhalation et les limites de radioactivité des
aliments avec trois catégories : pour nourris- sons, produits laitiers, autres denrées.
Il existe deux types d’effets du risque nucléaire sur l’homme :
Les effets non-aléatoires dus à de fortes doses d’irradiation ; ils apparaissent au-dessus
d’un certain niveau d’irradiation et ils engendrent l’apparition de divers maux
(malaises, nausées, vomissements, brûlures de la peau, fièvre, agitation) ; au-dessus
d’un certain niveau, l’issue fatale est certaine ;
Les effets aléatoires engendrés par de faibles doses d’irradiation ; ils n’apparaissent
pas systématiquement chez toutes les personnes irradiées et se manifestent longtemps
après l’irradiation (plusieurs années) ; les manifestations sont principalement des
cancers et des anomalies génétiques.
La contamination de l’environnement concerne la faune (effets plus ou moins similaires
l’homme), la flore, qui est détruite ou polluée, les cultures et les sols qui peuvent être
contaminés de façon irréversible (exemple de Tchernobyl).
27
La prévention des accidents majeurs dans les
installations à haut risque
On trouvera ci-après un certain nombre d’indications pour la mise en place d’un système de
prévention destiné aux installations présentant des risques d’accident majeur. La première
partie repose sur deux documents de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et, la
seconde, sur une directive du Conseil des Communautés européennes.
La perspective de l’Organisation internationale du Travail
Le texte qui suit est en bonne partie tiré de deux publications : Prévention des accidents
industriels majeurs (BIT, 1991) et La maîtrise des risques d’accident majeur : guide pratique
(BIT, 1993), complétées et actualisées par la convention (no 174) sur la prévention des
accidents industriels majeurs, 1993. Chacun de ces documents vise à protéger les travailleurs,
la population et l’environnement contre les risques d’accident majeur en proposant des
mesures pour :
1) prévenir ces accidents dans les installations industrielles à hauts risques ;
2) limiter le plus possible leurs conséquences sur site et hors site, notamment par
a) l’aménagement d’un périmètre de sécurité entre les installations présentant des
risques d’accident majeur et les habitations et autres établissements du voisinage
fréquentés par la population, tels qu’hôpitaux, écoles et magasins ;
b) l’élaboration de plans d’intervention appropriés.
On trouvera plus de précisions à ce sujet dans la convention de l’OIT de 1993, dont un aperçu
est proposé ci-après.
Les installations présentant des risques d’accident majeur peuvent, en raison de la nature et de
la quantité des produits dangereux qui s’y trouvent, provoquer un accident majeur relevant de
l’une des catégories générales suivantes :
La prévention doit être fondée sur une approche systématique, dont voici les principaux
éléments :
Les installations qui présentent des risques d’accident majeur doivent être exploitées
conformément à des normes très rigoureuses de sécurité. En outre, les exploitants ont un rôle
extrêmement important à jouer dans l’organisation et la mise en œuvre du système de
prévention. Comme l’indique le tableau suivant, il leur appartient en particulier :
L’exploitant d’une installation susceptible d’entraîner un accident majeur doit avant tout
s’attacher à prévenir ce risque. Pour cela, il faut qu’il connaisse la nature du danger, les
événements qui pourraient provoquer un accident et les conséquences que celui-ci pourrait
avoir. Autrement dit, pour pouvoir adopter des mesures efficaces, l’exploitant doit se poser
les questions suivantes :
✓ Les produits toxiques, explosifs ou inflammables utilisés dans l’installation
constituent-ils un risque d’accident majeur ?
✓ Existe-t-il des produits chimiques ou des agents qui, s’ils entraient en interaction,
pourraient présenter un risque toxique ?
✓ Quelles sont les défaillances ou les erreurs qui pourraient provoquer des anomalies
susceptibles d’entraîner un accident majeur ?
✓ En cas d’accident majeur, quelles seraient les conséquences d’un incendie, d’une
explosion ou d’un rejet de substances toxiques pour les travailleurs, pour la population
vivant au voisinage de l’installation, pour l’installation elle-même et pour
l’environnement ?
✓ Que peut-on faire pour prévenir un tel accident ?
✓ Que peut-on faire pour atténuer les conséquences d’un éventuel accident ?
L’étude des dangers
Pour répondre à ces questions, la meilleure approche consiste à effectuer une étude des
dangers, afin d’établir pourquoi des accidents peuvent se produire et comment on peut les
éviter ou, du moins, en atténuer les effets. Le tableau suivant récapitule les différentes
méthodes de diagnostic des dangers.
Tableau : Etude des dangers : méthodes
Méthode Objet But Moyens
1. Etude préliminaire 1. Détermination des 1. Adéquation du
1. Canevas logiques
des dangers dangers système de sûreté
2. Matrices
d’interactions
3. Listes de contrôle
2. Canevas
4. Analyse des effets d’investigation,
des défaillances diagrammes et
schémas
5. Etude systématique
des dangers et des
conditions de
fonctionnement
2. Détermination de la 3. Arbre des
6. Analyse du 2. Optimisation des
probabilité enchaînements, arbre
déroulement des systèmes de sécurité
d’apparition des des causes, calcul des
accidents (inductive) (disponibilité, fiabilité)
risques probabilités
7. Analyse régressive
du processus causal
(déductive)
3. Atténuation des 4. Modèles
8. Analyse des
3. Détermination des conséquences, mathématiques des
conséquences des
conséquences optimisation des plans processus physiques et
accidents
d’intervention chimiques
La sûreté de fonctionnement et d’exploitation
On trouvera ci-après un aperçu général des dispositions à prévoir pour maîtriser les risques.
La conception des éléments de l’installation
Les différents éléments d’une installation doivent pouvoir résister aux contraintes suivantes :
efforts statiques, efforts dynamiques, pressions internes et externes, corrosion, chocs
thermiques, phénomènes extérieurs (vent, neige, séismes, mouvements du sol). Lors de la
conception d’une installation présentant des risques d’accident majeur, l’exploitant doit donc
considérer les normes de construction agréées comme des prescriptions minimales à respecter.
Les systèmes de commande et de régulation
Dans une installation conçue de manière à supporter toutes les contraintes susceptibles de
s’exercer dans des conditions de fonctionnement normales ou dans les situations anormales
prévues, c’est au système de régulation qu’il appartient de garantir le respect des limites de
sécurité ainsi posées.
Tout dispositif de régulation oblige à surveiller à la fois les paramètres du processus et les
éléments actifs de l’installation. Le personnel d’exploitation doit être suffisamment formé
pour comprendre le fonctionnement et l’importance des systèmes de régulation. Pour qu’il
n’ait pas à s’en remettre entièrement au bon fonctionnement de systèmes automatiques, il
convient de combiner ceux-ci avec des alarmes acoustiques ou optiques.
Il faut savoir aussi que tout système de régulation peut présenter des problèmes de
fonctionnement dans certaines situations, par exemple pendant les phases de démarrage et
d’arrêt, qui exigent une attention particulière. C’est pourquoi l’exploitant doit vérifier
régulièrement les procédures de contrôle de qualité en vigueur dans son établissement.
Les systèmes de sécurité
Toutes les installations présentant des risques d’accident majeur doivent être équipées de
systèmes de sécurité, dont la nature et la conception dépendent des dangers qui leur sont
propres. Voici un aperçu des systèmes de sécurité existants :
Systèmes visant à éviter tout écart par rapport aux conditions d’exploitation
admissibles ;
Systèmes visant à prévenir toute défaillance des éléments critiques sous l’angle de la
sécurité ;
Systèmes visant à assurer l’alimentation en énergie ;
Systèmes d’alarme ;
Dispositifs de protection ;
Mesures visant à prévenir les erreurs humaines et les défauts d’organisation.
L’entretien et la surveillance
La sécurité d’un établissement et le bon fonctionnement des éléments critiques dépendent
directement de la qualité de l’entretien et de la surveillance.
L’inspection et les réparations
Il est nécessaire d’établir un plan d’inspection des installations, destiné au personnel
d’exploitation, fixant le calendrier des inspections et les procédures à suivre. Des règles
strictes doivent être adoptées pour l’exécution des travaux de réparation.
La formation
Les personnes pouvant avoir aussi bien une influence négative qu’une influence positive sur la
sécurité, il faut s’attacher à réduire la première et à favoriser la seconde. On peut atteindre ces
deux objectifs en sélectionnant le personnel avec soin et en lui assurant une bonne formation,
complétée par des évaluations périodiques.
L’atténuation des conséquences
Même lorsqu’on a évalué les dangers et pris les mesures voulues pour y faire face, on ne peut
exclure totalement la possibilité d’un accident. C’est pourquoi le souci de la sécurité doit
aussi conduire à prévoir et à mettre en œuvre des dispositions pour limiter les conséquences
d’un éventuel accident.
Ces mesures doivent être adaptées aux risques identifiés. Elles doivent en outre être
complétées par une formation adéquate du personnel d’exploitation, des équipes
d’intervention et des responsables des services publics. Seuls la formation et les exercices de
simulation permettent de rendre les plans d’intervention suffisamment réalistes pour s’avérer
efficaces en cas de besoin.
Les rapports de sécurité aux autorités compétentes
Selon les dispositions en vigueur dans le pays, l’exploitant d’une installation présentant des
risques d’accident majeur est en principe tenu de soumettre certaines informations aux
autorités compétentes. Cette obligation comporte souvent trois volets :
Identification/notification de l’installation présentant des risques d’accident majeur (y
compris toute modification envisagée);
Soumission de rapports de sécurité périodiques (révisés en fonction de toute
modification apportée à l’installation);
Déclaration immédiate de tout accident, suivie d’un rapport détaillé.
Les droits et les obligations des travailleurs et de leurs représentants
Les travailleurs et leurs représentants doivent être consultés, selon des mécanismes de
coopération appropriées, sur tout ce qui peut contribuer à la sécurité de leur environnement
professionnel. Ils doivent pouvoir donner leur avis, en particulier lors de l’élaboration des
rapports de sécurité ainsi que des plans et procédures d’intervention et des comptes rendus
d’accident, et avoir accès à ces documents. Ils doivent recevoir une formation en matière de
prévention des risques et d’intervention en cas d’accident majeur. Enfin, les travailleurs et
leurs représentants doivent avoir la possibilité, dans les limites de leurs fonctions, de prendre
des mesures correctives lorsqu’ils ont un motif raisonnable de croire qu’il existe un risque
imminent d’accident majeur. Ils ont également le droit de notifier tout danger aux autorités
compétentes.
Les travailleurs ont l’obligation d’appliquer toutes les mesures prévues pour la prévention des
accidents majeurs et la maîtrise des événements susceptibles de conduire à de tels accidents.
Ils doivent également, le cas échéant, se conformer à toutes les procédures arrêtées dans les
plans d’intervention en cas d’accident.
Le plan d’intervention extérieur doit indiquer les organismes dont le concours pourra être
nécessaire en cas d’accident ; ceux-ci devront connaître exactement le rôle qu’ils auront à
jouer. Les hôpitaux et le personnel médical, par exemple, devraient déterminer comment ils
prendront en charge un afflux important de victimes et quel traitement leur administrer. Il
faudra procéder régulièrement à des exercices pratiques, avec la participation de la population,
pour tester l’efficacité du dispositif.
Si l’on prévoit que tel ou tel accident majeur pourrait avoir des conséquences au-delà des
frontières nationales, il faut que les autorités des pays concernés en soient pleinement
informées et que des mesures de coopération et de coordination leur soient proposées.
Pour remplir leurs fonctions, les inspecteurs devront avoir les qualifications et la formation
appropriées. Ce sont vraisemblablement les entreprises elles-mêmes qui disposeront des
moyens les plus importants et des compétences techniques les plus larges pour contribuer à
cette formation.
L’évaluation portera sur toutes les opérations de manutention et de transport des substances
dangereuses.
Elle s’intéressera aussi aux conséquences éventuelles d’une instabilité des procédés de
fabrication ou de toute modification importante des paramètres d’exploitation. Il conviendra
d’examiner également l’emplacement des éléments de stockage ou de mise en œuvre des
substances dangereuses les uns par rapport aux autres.
De même, il faudra déterminer les conséquences des défauts d’alimentation en énergie ou en
fluides d’exploitation.
Enfin, les conséquences des accidents majeurs susceptibles de se produire seront évaluées
pour la population des zones circonvoisines ; ce critère devrait être déterminant pour la
délivrance des autorisations d’exploitation.
L’information de la population
On a pu constater, à l’occasion d’accidents majeurs, en particulier lors de rejets toxiques, qu’il
est extrêmement important d’informer préventivement la population des zones situées autour
des installations sur :
a) la façon dont elle serait avertie de l’existence d’une situation d’urgence;
b) le comportement à adopter; c) les soins à administrer aux personnes atteintes.
Quand la population vit dans des habitations en dur, on conseille généralement aux gens de
rentrer chez eux, de fermer toutes les issues, de débrancher tous les appareils de ventilation ou
de climatisation et d’écouter la radio locale pour recevoir des instructions.
La plupart des pays ne disposant sans doute que de ressources en personnel limitées, il est
primordial de définir de façon réaliste les tâches prioritaires.
Le matériel
Il est possible d’aller assez loin dans la mise en place du système de prévention des risques
d’accident majeur avec très peu de moyens matériels. Les inspecteurs n’ont pas besoin de
beaucoup plus que le matériel d’inspection dont ils disposent déjà. Il faut, en revanche,
développer les connaissances et l’expérience technique et assurer la transmission des
informations du groupe d’experts à tous les éléments du dispositif : instituts du travail
régionaux, organes d’inspection, entreprises. Des possibilités et des moyens de formation
supplémentaires devront être créés s’il y a lieu.
L’information
Il est capital, pour la mise en place du système de prévention des risques d’accident majeur,
d’avoir accès aux informations pertinentes et d’en assurer la transmission rapide à tous ceux
qui en ont besoin pour leurs tâches de sécurité.
Il existe une abondante documentation sur les différents aspects de la prévention des risques
d’accident majeur ; utilisée de manière sélective, elle constitue une source d’information
importante pour le groupe d’experts.
La responsabilité des pays exportateurs
Lorsque, dans un pays membre exportateur, l’utilisation de produits, de technologies ou de
procédés dangereux est interdite parce qu’elle constitue une source potentielle d’accident
majeur, ce pays doit mettre à la disposition de tout pays importateur les informations relatives
à cette interdiction, ainsi qu’aux raisons qui l’ont motivée.
Pour l’identification des installations présentant des risques d’accident majeur, la directive
européenne utilise des critères fondés sur les propriétés toxiques, inflammables et explosibles
des substances chimiques (voir tableau suivant).
Tableau : Substances dangereuses selon la directive des Communautés européennes
Elle donne en outre, en annexe, une liste de 180 substances assortie des quantités seuils.
Quand ces substances sont présentes, dans une installation (ou un ensemble d’installations du
même exploitant distantes de moins de 500 m les unes des autres), en quantités supérieures à
celles indiquées dans la liste, l’activité est considérée comme présentant des risques
d’accident majeur. Les quantités seuils s’échelonnent entre 1 kg pour les substances
extrêmement toxiques et 50 000 tonnes pour les liquides hautement inflammables. Quelques
substances devant faire l’objet d’un stockage séparé figurent sur une liste distincte.
En plus des gaz et liquides inflammables et des explosifs, la liste contient des produits
chimiques comme l’ammoniac, le chlore, le dioxyde de soufre et l’acrylonitrile.
Pour faciliter l’application d’un système de prévention des risques d’accident majeur et inciter
les autorités compétentes et les exploitants à le mettre en œuvre, il faut établir des priorités et
concentrer les efforts sur les installations les plus dangereuses. Le tableau suivant propose une
liste de produits à considérer en priorité dans cette perspective.
Tableau : Produits chimiques à considérer en priorité pour l'identification des installations
présentant des risques d'accident majeur
Dénomination Quantité (>) No dans la directive CE
Substances inflammables en général
Gaz inflammables 200 t 124
Liquides hautement nflammables 50 000 t 125
Substances inflammables particulières
Hydrogène 50 t 24
Oxyde d’éthylène 50 t 25
Substances explosibles
Nitrate d’ammonium 2 500 t 146 a
Nitroglycérine 10 t 132
Trinitrotoluène 50 t 145
Substances toxiques
Acrylonitrile 200 t 18
Ammoniac 500 t 22
Chlore 25 t 16
Dioxyde de soufre 250 t 148
Sulfure d’hydrogène 50 t 17
Cyanure d’hydrogène 20 t 19
Sulfure de carbone 200 t 20
Acide fluorhydrique 50 t 94
Acide chlorhydrique 250 t 149
Trioxyde de soufre 75 t 180
Substances très toxiques
Isocyanate de méthyle 150 kg 36
Dichlorure de carbonyle (phosgène) 750 kg 15
Cette liste doit permettre de recenser un certain nombre d’installations présentant des risques
d’accident majeur. Si le nombre de ces installations est trop grand en regard des moyens dont
disposent les autorités, il conviendra d’établir de nouvelles priorités en relevant les quantités
seuils indiquées. On peut appliquer le même principe dans les entreprises pour délimiter des
périmètres critiques. Vu la diversité et la complexité des activités industrielles en général, il
est impossible de considérer que les installations comportant des risques d’accident majeur se
limitent à certains secteurs. Toutefois, l’expérience montre que ces installations se
rencontrent principalement dans :
Au cours des vingt dernières années, les efforts déployés pour tenter d’atténuer l’impact des
catastrophes — le plus souvent par des mesures de secours largement improvisées après coup
— se sont peu à peu réorientés vers la prévision et la préparation. C’est de cette démarche que
s’inspire en particulier le programme de la Décennie internationale de la prévention des
catastrophes naturelles (DIPCN) proclamée par l’Organisation des Nations Unies (ONU).
Désormais, tout plan global de gestion des risques de catastrophes naturelles et
technologiques comporte donc les quatre étapes ci-après:
planification préalable;
préparation aux situations d’urgence; intervention d’urgence;
retour à la normale et reconstruction.
Pour se préparer aux catastrophes, il faut non seulement prendre des mesures de prévention ou
de réduction des risques, mais aussi anticiper les situations d’urgence et développer les
moyens d’intervention. L’étude des dangers et l’évaluation de la vulnérabilité sont deux
activités scientifiques qui doivent servir de base aux actions concrètes décidées par les
services d’intervention, en collaboration avec les planificateurs, pour réduire les risques et se
préparer aux urgences.
La plupart des professionnels de la santé considèrent que leur rôle en matière de préparation
aux catastrophes se limite à prévoir les soins d’urgence à dispenser à un grand nombre de
victimes. Si l’on veut, à l’avenir, réduire de façon radicale l’impact des catastrophes, il faudra
bien pourtant que le secteur de la santé soit associé à l’élaboration des mesures préventives et
à toutes les étapes de la planification préalable, aux côtés des scientifiques, des ingénieurs et
des décideurs. Cette approche interdisciplinaire pose un défi de taille au secteur de la santé en
ce début de siècle, alors que les catastrophes, naturelles ou engendrées par l’activité humaine,
se font de plus en plus destructrices et entraînent des pertes humaines et matérielles sans
cesse plus lourdes étant donné l’expansion des populations dans le monde entier.
Les catastrophes naturelles et les catastrophes complexes ont en commun qu’elles provoquent
des déplacements massifs de populations dont les besoins nutritionnels et sanitaires
nécessitent une gestion spécialisée.
Le monde moderne est aussi de plus en plus habitué aux catastrophes technologiques ou
d’origine humaine, comme la pollution atmosphérique, les incendies et les accidents
chimiques et nucléaires, ces derniers étant les plus graves aujourd’hui. Le présent article porte
sur la prévention des catastrophes chimiques, les accidents nucléaires étant abordés ailleurs
dans la présente Encyclopédie.
Dans cette catégorie, les catastrophes les plus destructrices sont les inondations, les ouragans,
les tremblements de terre et les éruptions volcaniques. On a déjà largement fait état des
succès obtenus en matière de prévention grâce aux systèmes d’alerte rapide, à la cartographie
des risques et aux techniques de construction parasismiques. Ainsi, c’est la surveillance
météorologique par satellite à l’échelle de la planète, conjuguée à un système régional d’alerte
rapide et à une bonne planification des évacuations, qui explique les pertes humaines
relativement réduites (14 morts) recensées après le passage du cyclone Hugo, le plus violent
enregistré jusqu’ici dans les Caraïbes, sur la Jamaïque et les îles Caïmans, en 1988. De même,
en 1991, lors d’une éruption volcanique parmi les plus violentes du siècle, l’alerte donnée par
les scientifiques philippins qui surveillaient de près le Pinatubo a permis de sauver des
milliers de vies humaines. Mais le recours à la technologie n’est que l’un des aspects des
dispositions qui peuvent être prises pour limiter les conséquences d’un sinistre. Les lourdes
pertes humaines et économiques engendrées par les catastrophes dans les pays en
développement soulignent le rôle déterminant que jouent les facteurs socio-économiques à cet
égard, principalement la pauvreté et, par conséquent, la nécessité d’en tenir compte dans la
mesure où ils contribuent à accroître la vulnérabilité.
Dans tous les pays, prévenir les catastrophes naturelles est une priorité parmi d’autres. C’est
un objectif auquel on peut contribuer de différentes façons — techniques de construction,
législation, éducation, etc. — dans le cadre d’un programme général de réduction des risques
et de promotion d’une véritable culture de la sécurité dans l’ensemble de la société. C’est
aussi une garantie de qualité des investissements (dans l’immobilier et les projets
d’équipement, par exemple), indissociable de toute politique de développement durable.
La prévention des catastrophes ne saurait s’improviser; elle doit être structurée à tous les
niveaux de l’administration (Etat, région, collectivités locales), selon des modalités qui
peuvent varier dans la pratique, la responsabilité de son organisation étant par exemple
confiée, dans certains cas, à des organes déjà en place comme les forces armées ou les
services de protection civile. Dans les pays où les risques naturels sont élevés, tous les
ministères ou presque sont concernés.
Lorsqu’il existe un système national de prévention des risques naturels, c’est dans ce cadre
qu’il convient d’aménager le dispositif d’intervention en cas de catastrophe technologique,
plutôt que de créer des instances entièrement nouvelles. Le Centre d’activité du Programme
pour l’industrie et l’environnement du Programme des Nations Unies pour l’environnement
(PNUE/IE/ PAC) a créé à cette fin le Programme d’information et de préparation au niveau
local: un processus pour répondre aux accidents technologiques (APELL) (Awareness and
Preparedness for Emergencies at Local Level: A Process for responding to technological
accidents (APELL)), fruit d’une action concertée entre l’industrie et les pouvoirs publics en
vue de prévenir les accidents technologiques et de réduire leurs effets dans les pays en
développement, en faisant prendre conscience des risques présentés par certaines installations
et en contribuant à l’établissement de plans d’intervention en cas d’urgence.
Que ce soit dans un pays comme le Royaume-Uni, relativement peu exposé aux risques
naturels en dehors des vents violents et des inondations, ou comme les Philippines,
régulièrement frappées par toute une série de calamités qui constituent une sérieuse menace
pour l’économie et même pour la stabilité politique du pays, il convient d’évaluer
systématiquement la probabilité et les répercussions éventuelles des différents types de
catastrophes naturelles. Partout dans le monde, chaque danger doit faire l’objet d’une
évaluation scientifique portant au moins sur les points suivants:
cause(s);
répartition géographique, magnitude ou intensité et fréquence probables; mécanismes
physiques de destruction;
éléments et activités les plus vulnérables;
conséquences sociales et économiques éventuelles en cas de catastrophe.
Dans les régions très exposées aux tremblements de terre, aux éruptions volcaniques et aux
inondations, les experts doivent établir des cartes des zones dangereuses afin de prévoir le
lieu et l’impact d’une catastrophe éventuelle. Ces études serviront ensuite, d’une part, à
réglementer l’occupation des sols de manière à réduire les risques à long terme, d’autre part, à
planifier la gestion des situations d’urgence. Dans la plupart des pays en développement, la
cartographie des risques sismiques et volcaniques est encore balbutiante. La développer est
l’un des principaux objectifs de la Décennie internationale de la prévention des catastrophes
naturelles.
Dans le cas des risques naturels, l’évaluation des dangers nécessite une étude détaillée des
catastrophes enregistrées au cours des siècles passés et un vaste travail géologique sur le
terrain, afin de relever les traces des phénomènes majeurs, tels que tremblements de terre et
éruptions volcaniques, jusqu’aux temps les plus reculés. Cela dit, il ne suffit pas de savoir
comment se sont déroulés ces phénomènes dans le passé pour pouvoir prédire de façon
infaillible la probabilité qu’ils ont de se reproduire à l’avenir. Il existe des méthodes
hydrologiques agréées pour prévoir les inondations et il est facile de repérer bon nombre de
zones dangereuses de ce point de vue, simplement parce qu’elles se situent dans des plaines
inondables bien délimitées. Dans le cas des cyclones tropicaux, le relevé des zones littorales
touchées permet d’évaluer la probabilité qu’un ouragan frappe en un point précis de la côte au
cours d’une année, et l’on peut aussi prévoir efficacement la trajectoire et la vitesse d’un
ouragan au moins 72 heures avant qu’il ne s’abatte sur le sol, pour peu qu’une surveillance
soit déclenchée dès sa formation. On sait par ailleurs que les tremblements de terre, les
éruptions volcaniques et les pluies torrentielles sont souvent accompagnés de glissements de
terrain, et les études effectuées au cours des dix dernières années donnent de plus en plus de
raisons de penser que ce risque est particulièrement élevé sur les versants de nombreux grands
volcans en raison de l’instabilité des masses accumulées pendant les périodes d’activité.
En ce qui concerne les catastrophes technologiques, les collectivités publiques doivent faire
l’inventaire des activités industrielles dangereuses exercées sur leur territoire. Nous
connaissons désormais — car les exemples d’accidents majeurs ne manquent pas — les
risques que peuvent présenter ces activités en cas de dysfonctionnement d’un processus ou de
défaillance d’un système de sécurité. De nombreux pays industriels ont mis en place des plans
d’intervention assez détaillés en prévision des accidents chimiques qui pourraient se produire.
L’évaluation des dangers et de leurs effets potentiels doit être suivie d’une évaluation des
risques. Si le terme «danger» peut se définir comme la possibilité de causer un préjudice, le
«risque» désigne quant à lui la probabilité qu’un phénomène naturel d’un type particulier et
d’une ampleur donnée entraîne des morts, des blessés ou des dégâts matériels. Le risque peut
se quantifier comme suit:
Il est beaucoup plus difficile, à l’heure actuelle, d’apprécier la vulnérabilité en fonction des
causes de mortalité et de traumatismes selon les différents types d’impacts ; en effet, en
l’absence de classification normalisée en la matière, les seules données dont on dispose, dans
le cas également des tremblements de terre, sont des chiffres bruts qui ne permettent même
pas d’établir un bilan exact des pertes. Un effort considérable de recherche épidémiologique
reste donc à faire pour développer les bases scientifiques de la prévention des catastrophes.
On peut à présent représenter graphiquement, grâce au calcul mathématique d’échelles de
risque, les zones les plus menacées de destruction en cas de séisme ou de chute de cendres
d’origine volcanique; ce sont précisément celles où il faut concentrer les moyens de
protection civile. L’évaluation des risques, conjuguée à l’analyse économique, joue ainsi un
rôle déterminant dans le choix des options de prévention.
Outre les caractéristiques structurelles des ouvrages, l’autre aspect important de la vulnérabilité
concerne les infrastructures et les services essentiels, à savoir: les transports;
les télécommunications;
les approvisionnements en eau; les réseaux d’égouts;
la distribution d’électricité; les services sanitaires.
En cas de catastrophe, ces services peuvent tous être anéantis ou lourdement endommagés.
Toutefois, comme la nature de la force destructrice varie selon le danger naturel ou
technologique, les mesures de protection doivent être conçues en fonction de l’évaluation des
risques. Les techniques informatiques de représentation cartographique facilitent cette tâche.
Après avoir évalué la vulnérabilité, il faut trouver les moyens de l’atténuer et de réduire le
risque global.
Il existe pour cela toute une série de mesures techniques adaptées aux circonstances. Ainsi,
dans les zones exposées aux tremblements de terre, les nouvelles constructions devraient
répondre aux normes parasismiques et les anciens bâtiments mis en conformité avec les
exigences de cette réglementation. Les hôpitaux peuvent être transférés sur d’autres sites ou
«renforcés» pour offrir une plus grande résistance à des phénomènes comme les tempêtes de
vent, par exemple. Dans toutes les zones exposées à des vents violents ou à des éruptions
volcaniques, les plans d’aménagement doivent absolument prévoir de bonnes routes qui
serviront de voies d’évacuation en cas d’urgence. A long terme, le plus important est de
réglementer l’occupation des sols afin d’empêcher l’urbanisation des zones dangereuses
comme les plaines inondables, les pentes de volcans en activité ou les abords de grands
complexes chimiques. Il faut éviter d’accorder une confiance aveugle aux solutions
techniques, car elles peuvent soit engendrer un faux sentiment de sécurité dans les zones
dangereuses, soit aller à l’encontre du but recherché en augmentant le risque d’apparition de
catastrophes en principe rares (construction de digues le long de cours d’eau sujets à de fortes
crues, par exemple).
Dans cette optique, la préparation aux situations d’urgence passe obligatoirement par
l’information de la population.
Il est important que les habitants des zones situées à proximité d’installations dangereuses
sachent comment ils seront avertis de l’existence d’une situation d’urgence (déclenchement
d’une sirène en cas d’émission de gaz toxiques, par exemple) et quel comportement ils
devront alors adopter (rentrer chez eux immédiatement, fermer les fenêtres et ne pas sortir
avant d’y être autorisés). En cas d’accident chimique, il est indispensable de pouvoir définir
rapidement le risque sanitaire résultant d’un rejet toxique, c’est-à-dire identifier le ou les
produits chimiques en cause, se renseigner sur leurs effets immédiats et à long terme, et
déterminer, le cas échéant, si la population a été exposée. L’établissement de lignes de
communication avec les centres antipoison et les services médicaux spécialisés dans le
traitement des intoxications chimiques est une mesure essentielle à prévoir.
Malheureusement, il est parfois difficile, voire impossible, de savoir quelles sont les
substances entrant en jeu dans des réactions d’emballement ou dans des incendies d’origine
chimique; même si le produit est facilement identifiable, il arrive que l’on connaisse mal,
voire pas du tout, sa toxicité chez l’être humain, en particulier ses effets à long terme, comme
on a pu le constater après le rejet accidentel de méthylisocyanate à Bhopal. Or, il est certain
que l’absence d’informations sur les risques encourus rend extrêmement difficile la prise en
charge médicale des victimes et de la population exposée, ou encore la décision d’évacuation.
Sachant que toutes les données toxicologiques disponibles ne seront peut-être pas suffisantes
pour faciliter la prise de décisions en cas d’accident majeur ou même d’incident limité où un
risque d’exposition «aiguë» est suspecté, il importe de constituer à l’avance une équipe
pluridisciplinaire qui sera chargée de recueillir toutes les informations utiles, d’entreprendre
rapidement une évaluation des risques pour la santé et d’apprécier la situation de
l’environnement, afin d’éviter la contamination du sol, de l’eau et des récoltes. Les personnes
qui la composeront devront avoir les compétences voulues pour confirmer la nature du rejet
chimique et effectuer les études d’impact que requiert la situation.
Dans le cas des catastrophes naturelles, l’épidémiologie est également très utile pour
l’évaluation des besoins sanitaires ultérieurs et pour la surveillance des maladies infectieuses.
La collecte d’informations sur les conséquences de la catastrophe est un travail scientifique
qui devrait également être intégré au plan d’intervention et confié à une équipe spécialement
désignée à cet effet. Très importants pour la coordination des secours, ces renseignements le
sont aussi dans la mesure où ils peuvent contribuer à l’amélioration du plan d’intervention.
Quel que soit le partage des responsabilités en matière d’intervention et de coordination des
opérations, variable selon les pays et les circonstances, il doit être décidé à l’avance. Sur les
lieux du sinistre, on pourra installer le poste de commandement ou de coordination dans un
véhicule particulier; il conviendra d’assurer des contacts par radio entre les différentes
équipes en cas de saturation ou de défaillance des lignes téléphoniques.
Il faut évaluer la capacité d’intervention des hôpitaux en cas d’accident majeur, compte tenu
de leurs effectifs, de leurs infrastructures (salles, lits disponibles, etc.) et de leurs moyens de
traitement (médicaments et matériel). Les hôpitaux devraient eux aussi disposer de plans
d’urgence détaillés pour faire face à l’arrivée soudaine d’un grand nombre de victimes et être
en mesure, le cas échéant, d’envoyer des équipes volantes sur le terrain pour aider les
sauveteurs à dégager les survivants et à procéder au tri des blessés. Il peut arriver que les
grands hôpitaux ne soient plus à même de remplir leur mission en raison des dommages
causés par la catastrophe, comme ce fut le cas lors du tremblement de terre à Mexico en
1985, et qu’il faille dès lors, dans un premier temps, les remettre en état et les aider à rétablir
leurs services. Dans l’éventualité d’un accident chimique, il est important d’établir des
contacts préalables avec les centres antipoison et de pouvoir compter plus généralement sur le
concours d’un vaste éventail de professionnels de la santé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de
la zone sinistrée, pour assurer une bonne prise en charge des victimes. Enfin, le plan
hospitalier doit aussi prévoir les moyens qui permettront de faire parvenir rapidement du
matériel et des médicaments aux équipes d’intervention sur le terrain.
Le matériel d’intervention
Le plan d’intervention
Les différents services d’intervention, ainsi que les organismes chargés de la santé publique,
de l’hygiène du travail et de la protection de l’environnement devraient tous posséder leurs
propres plans en cas de catastrophe; ceux-ci formeront, ensemble, le dispositif général
d’action. Outre les procédures établies par les hôpitaux, il faut prévoir des plans
d’intervention spécifiques pour différents types de catastrophes, compte tenu des résultats de
l’analyse des dangers et des risques. Des protocoles thérapeutiques devraient être élaborés
pour les diverses catégories de lésions et de traumatismes envisagés: syndromes d’écrasement
dus à l’écroulement des bâtiments en cas de tremblement de terre, brûlures et lésions internes
causées par l’inhalation de substances toxiques en cas d’éruption volcanique, par exemple. En
ce qui concerne les accidents chimiques, il faudrait définir au préalable des procédures de tri
médico-chirurgical et de décontamination et prévoir l’administration éventuelle d’antidotes,
ainsi que le traitement d’urgence des lésions pulmonaires aiguës causées par des gaz toxiques
irritants. Les mesures arrêtées devraient être suffisamment souples pour s’adapter aux
situations d’urgence liées au transport de substances toxiques, en particulier dans les régions
où il n’y a pas d’installations fixes qui obligeraient normalement les autorités à élaborer des
plans d’intervention détaillés. Le traitement d’urgence des lésions dues à des agressions
mécaniques et chimiques est un aspect essentiel de l’intervention des services de santé; il
nécessite une formation spéciale du personnel hospitalier en médecine des catastrophes.
D’autres dispositions sont également à prévoir pour l’implantation des centres d’évacuation et
la prise en charge des personnes évacuées, notamment sur le plan médical. La prévention et le
traitement du stress, chez les victimes comme chez ceux qui leur portent secours, ne devraient
pas non plus être négligés. Dans certains cas, les troubles psychologiques sont les principaux
effets, sinon les seuls, observés sur la santé des populations concernées, en particulier lorsque
les mesures prises pour faire face à la crise engendrent elles-mêmes une anxiété excessive. Ce
type de problème se pose aussi dans le cas des accidents chimiques et des accidents dus aux
rayonnements, mais il peut être limité si on sait l’anticiper.
La formation
Le personnel médical et les autres professionnels de la santé, dans les hôpitaux et les centres
de soins primaires, ne sont généralement pas familiarisés avec les interventions d’urgence en
situation de catastrophe. Tout comme les membres des autres services de secours, ils
devraient donc recevoir une formation pour s’y préparer. Les exercices sur table sont très
utiles à cet égard, à condition d’être aussi réalistes que possible, car les simulations à grande
échelle sont souvent d’un coût prohibitif.
On entend par là le retour de la zone frappée par la catastrophe à l’état dans lequel elle se
trouvait auparavant, grâce à une série d’actions sur le plan social, économique, psychologique
et écologique qu’il convient de planifier à l’avance. Pour les accidents chimiques, cette phase
comprend en outre la recherche d’agents susceptibles d’avoir contaminé l’eau et les sols,
ainsi que la mise en œuvre des mesures de décontamination que requiert éventuellement la
situation.
Conclusion
Par rapport aux interventions de secours, les efforts de préparation aux catastrophes ont été
relativement peu encouragés jusqu’ici à l’échelle internationale; pourtant, malgré leur coût
non négligeable, les mesures de protection bénéficient désormais d’un vaste corpus de
connaissances scientifiques et techniques dont l’application rigoureuse devrait permettre
d’atténuer sensiblement les conséquences sanitaires et économiques des catastrophes dans
tous les pays.