19 Bonaparte
19 Bonaparte
7 51
Agenda de l'histoire Le mythe du grand homme
PAR V IRGINIE T AN LAY PAR GEORGES LAFFLY
9 Joséphine. 52
Éditorial: Bonaparte au lycée
PAR J EAN· PAUL ANGELELLI
La Fortune et la virtù 22
PAR D OMI NIQUE V ENNER
Années de jeunesse
10 et de formation
PA R É RIC P ERRIN
À quoi tient l'histoire
E NTR ETIEN AVEC J EAN D UTOURD
DE L' A C ADÉMIE FRANÇ AISE
26
PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC VATRÉ L'incomparable Joséphine
PAR AN DRÉ CASTELOT
29
Répétition générale en Italie
PA R JEAN É TÈVENAUX
31
Le vrai héros du pont d'Arcole
PAR F RÉDÉRI C VALLOIRE
35
Muscadins
contre sans-culottes Borwparte, le l B-Brumaire.
PAR GUY C HAM BARLAC
36 53
Le coup d'État de Fructidor Dossier : Le chaos africain,
PA R P IERRE B ESSAND· MASSENET la débâcle de l'humanitaire
ENTRETIEN AVEC BERNARD LUGAN
38 PROPOS RECUEILLIS PAR CHARLES VAVGEOIS
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Actualité de 1'histoire
Sa carrière se déroula à Aix-en- Des pièces fameuses, comme le pour cet ancien soldat une estime
DISPARITIONS Provence jusqu'à son élection au portrait de Descartes attribué à Frans d'autant plus exclusive que les
Collège de France en 1969. Son Hals, conservé au musée du Louvre, guerriers sont rares dans le panthéon
œuvre se ressent de 1'influence des son crâne, prêté par le musée de chrétien. On ne dénombre plus les
Pierre Grimal Annales et de Marx. Ainsi le concept l'Homme, ou encore des éditions lieux qui portent son nom, les églises
de classe et de rapports de originales de ses œuvres sont qui lui sont consacrées. Son
production irrigue-t-il son ouvrage présentées en parallèle. tombeau, à Tours, dont il fut
Décédé le 2 novembre dernier à
Guerriers et Paysans (1973). Même Les Néerlandais et Descartes. Institut l'évêque, était autrefois un lieu de
quelques jours de son quatre-vingt-
lorsqu 'il concède une place aux néerlandais. 121 , rue de Lille, 75007 Paris. pèlerinage pour 1'Occident tout
quatrième anniversaire, Pierre Tous les jours, sauf le lundi, de 13 heures à
grands événements (Le Dimanche de entier. D'après L'Histoire des
Grimal était l'un des plus éminents 19 heures. Jusqu'au 2 mars 1997.
Bouvines, 1973), ou quand la Francs de Grégoire de Tours, le
latinistes de notre temps. Professeur
représentation ternaire du mental corps de saint Martin ne reposerait
à la Sorbonne, il avait pendant près Napoléon
indo-européen mis en évidence par pas dans son tombeau - il aurait été
de quarante ans transmis à des
générations d'étudiants sa passion
Dumézil influence ses propres et la musique volé. Une thèse que les Hongrois ont
représentations (Les Trois Ordres ou retenue. Ils considèrent même que le
pour Rome et sa connaissance de l'imaginaire du féodalisme),
l'histoire latine. On lui doit aussi de « De tous les beaux-arts, la musique saint est mort en 397 en Hongrie. Ils
Georges Duby est tenté d'attribuer est celui qui a le plus d'influence s'apprêtent ainsi à célébrer eux aussi
nombreuses traductions, dont une priorité à 1'explication sociale
l'élégance et la rigueur restent sur les passions, celui que le le 1 600' anniversaire de sa mort. Le
des phénomènes et des législateur doit le plus encourager», souvenir du saint est resté très
inégalées. Volontiers comportements. Georges Duby a
anticonformiste, il avait su renoncer se plaisait à dire Napoléon vivace dans son pays d'origine. Des
souvent pris parti dans les affaires de Bonaparte. Le musée de 1'Armée rassemblements seront organisés en
à l'austérité de l'érudition la cité, affichant à 1'occasion les
universitaire pour toucher un plus organise, pour la deuxième saison avril à Sombathely, près de la
traces de ses anciennes sympathies consécutive, et avec le soutien de la frontière autrichienne, le lieu de
large public. Il a ainsi campé en leur marxistes.
redonnant vie, dans une série de Fondation Napoléon, un cycle naissance de saint Martin. Les élèves
biographies, les figures de Sénèque musical consacré à 1'Empereur. Le catholiques et les paroissiens du
1" mars, on pourra écouter un récital diocèse de Sombathely se rendront
(1978), Cicéron (1986), Tacite MANJVESTATIONS de morceaux choisis de Viotti, en pèlerinage à Tours en mai. Un
(1990) ... Tout au long de sa carrière,
Baillot, Kreutzer, Rode et Paisiello. colloque Saint Martin dans la
il s'est efforcé de rendre à Rome la
place qu'elle méritait: « Sans Le 6 mars, ce seront des airs et mémoire populaire se tiendra en
Descartes romances de salons d'après octobre dans la plus prestigieuse des
l'Empire romain la spiritualité
grecque ne nous aurait pas été et la Hollande Boieldieu, Garat, Jadin et Spontini. universités hongroises.
Le 8 mars, un concert intitulé Un
transmise. Fort longtemps on a
après-midi chez Joséphine offrira La Société
connu les philosophes grecs à
des musiques de Hummel, Field,
travers les auteurs latins : Lucrèce
Reicha, Haydn, Pinto, Pleyel, ou de géographie
a révélé Épicure, Cicéron a traduit
Clementi. Le 13 mars, Méhul,
Platon, et Sénèque a dévoilé les La Société de géographie, vénérable
Cherubini, Le Sueur, Rode seront
stoïciens. » Ardent défenseur de la institution qui a soutenu les plus
interprétés. Le 18 mars, sera
langue latine, il militait pour sa grandes expéditions des XIX' et XX'
présenté Le Favori de Joséphine de
diffusion et son usage. Ainsi avait-il siècles et participé de manière
Garat. Le 22 mars, des
fondé avec Jacqueline de Romilly décisive à la colonisation française,
réminiscences d'opéra. Et le 3 avril
une Société pour la sauvegarde des vient de célébrer ses 175 ans. Créée
en clôture du cycle, Tchaïkovski et
enseignements littéraires. Son en 1821 par un comité prestigieux
Beethoven.
ouvrage, La Civilisation romaine, (le chimiste Berthollet, le naturaliste
Cycle Napoléon et la musique. Musée de
publié initialement par Arthaud, fait l'Armée. Département musical. Hôtel national Cuvier, le physicien Gay-Lussac et
l'objet d'une nouvelle édition en des Invalides. 129, rue de Grenelle, 75007, le mathématicien Laplace
format de poche, Flammarion, Paris. Tél: 01 44 42 48 14. apportaient leur caution
René Descartes. Du 1" mars au 3 avril1997.
collection Champs, 384 pages, scientifique), la Société de
55 francs, parution 15 février 1997. René Descartes (1596-1650) a vécu géographie est la plus ancienne au
près de vingt ans aux Pays-Bas. L"année monde, et à la différence de ses
Georges Duby C'est d'ailleurs là qu 'il a rédigé la saint Martin homologues allemande (fondée à
plus grande partie du Discours de la Berlin en 1828) ou anglaise (à
Né en 1919, le médiéviste Georges méthode. L'Institut néerlandais de On célèbre en 1997 le 1 600' Londres en 1830), elle avait une
Duby est mort le 3 décembre 1996. Paris ne pouvait manquer de célébrer anniversaire de la mort de saint vocation universelle. Sous son
Après des études d'histoire à Lyon, le quatrième centenaire de la Martin, centurion romain, représenté patronage des explorateurs français,
il consacra sa thèse à 1'abbaye de naissance du philosophe. En étroite dans l'imagerie populaire partageant mais aussi étrangers comme
Cluny aux Xl' et XII' siècles, visant collaboration avec la Maison son manteau avec un pauvre. Le Livingstone, ont parcouru le Sahara,
à élucider le jeu des pouvoirs, Descartes d'Amsterdam, il a choisi culte du saint, né en Hongrie en 316, se sont enfoncés en Afrique noire,
« savoir comment la puissance du d'évoquer sa figure à travers les est répandu dans toute 1'Europe, ont remonté l'Amazone, grimpé sur
riche s'exerçait sur le paysan ». témoignages de ses contemporains. colporté par les Francs qui avaient l'Himalaya. La Société de
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ACTUALITÉ DE L'HISTOIR
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UALITÉ DE L'HISTOIRE
RÉPONSE : Le 22 juillet 1298, à la Enquête sur les anges, par Anne secrètes, par Thierry Wolton. Kerguelen, le phénix des mers
bataille de Falkirk, le roi Edouard l" Bernet. En janvier, chez Perrin. En janvier, chez Grasset. australes, par Alain Boulaire.
d'Angleterre avait remporté une En janvier, chez France Empire.
victoire écrasante sur les Écossais. L'héritage païen de la Russie, par Les bourreaux volontaires de Hitler,
Pour marquer sa volonté farouche de Francis Conte. par Daniel Goldhagen. Le Cœur de la Reine, l'impossible
briser leur résistance, il s'était emparé Fin janvier, chez Albin Michel. En février, au Seuil. amour de Marie-Antoinette, par
de la << pierre de la destinée »-ou Claude Dufresne.
<< pierre de Scone », du lieu où depuis Légendes de Bretagne, par Angèle Histoire de la Milice, par Pierre En janvier, chez Bartillat.
Kenneth MacAlpin, en 839, les rois Jacq. Giolitto. En janvier, chez Perrin.
d'Écosse étaient couronnés. Ce bloc de En janvier, chez France-Empire. Mac-Mahon , par Gabriel de Broglie.
grès mythique Oa légende veut qu'il ait La Légende des paras. En avril, chez Perrin.
transité par 1'Égypte, 1'Espagne, puis Histoire de/' Atlantique des origines La 6' Airborne, des Ardennes à la
à nos jours, par Paul Bute!. Baltique, par Jean Mabire. Charles de Foucauld, par Jean-
l'Irlande avant d'aboutir à Scone) était
En janvier, chez Perrin. En février, aux Presses de la Cité. Jacques Antier.
Je symbole de la monarchie écossaise.
En janvier, chez Perrin.
Edouard l" fit déposer la « pierre de la
Les empires occidentaux de Rome à Les camps soviétiques en France :
destinée »à l'abbaye de Westminster Bugeaud, par Jean-Pierre Bois.
Berlin, sous la direction de Jean les Russes livrés à Staline en 1945,
dans un réceptacle du trône sur lequel En février, chez Fayard.
Tulard. En février, aux PUF. par Georges Coudry. En janvier,
tous les souverains britanniques ont été
couronnés. chez Albin Michel.
Histoire de la Russie et de son Correspondance avec Karl Jaspers,
empire, par Michel Helier. L'affaire Aubrac : vérités et suivi de Correspondance avec
QUESTION : Dans l'intention de En janvier, chez Plon. Élisabeth Blochmann, par
censurer Brigitte Bardot dont mensonges d'un mythe de la
Heidegger.
certains propos leur avaient déplu, Résistance, par Gérard Chauvy.
Histoire de la Chine, par Danielle En janvier, chez Gallimard.
quelques maires irascibles et peu Fin janvier, chez Albin Michel.
Élisseff. En janvier, au Rocher.
galants ont retiré l'effigie de Géraldine, reine des Albanais, par
Le sacrifice et/' espoir. Cambodge,
Marianne à laquelle l'actrice avait La guerre de Trente Ans (1618- Joséphine Dedet.
prêté ses traits. Quelle est l'origine Laos, Vietnam- Tome 1, le sacrifice
1648), par Henry Bogdan. En février, chez Critérion.
de Marianne ? des peuples 1975-1983, par Philippe
En janvier, chez Perrin.
Franchini. En février, chez Fayard. Michael Collins, par Pierre Joannon.
RÉPONSE: L'idée de J'allégorie En février à la Table Ronde.
Monaco et ses princes, sept siècles
féminine coiffée du bonnet phrygien La Corse au XX' siècle, histoire des
d'histoire, par Alain Decaux.
revient aux révolutionnaires de heurs et malheurs d'une province Le destin de Marina Tsvetaeva, par
En janvier, chez Perrin.
1792. Quant au prénom de française, par Robert Colonna Claude Delay. En février, chez Plon.
Marianne, il remonte aussi à la Les Grimaldi, 700 ans d'une d 'Istria. En février, chez France
Révolution : une chanson de 1792 dynastie, par Philippe Delorme. Empire. Gyp, par Willa S. Silverman.
en langue occitane aurait commencé En janvier, chez Bali and. En mars, chez Perrin.
de le populariser. Les sociétés Biographies~
secrètes républicaines qui, après Je Le lB-Brumaire, par Thierry Lentz. Mémoires, par Jacques Le Roy
coup d'État de Louis-Napoléon mémoires~ Ladurie (édition établie par
En février, chez Jean Picollec.
Bonaparte, J'utilisaient dans leur correspondances Emmanuel Le Roy Ladurie et
langage codé, ont contribué à le Musée , nation, patrimoine, par Antony Rowley).
diffuser, avant que la Ill' République Dominique Poulot. Charlemagne, l'empereur à la barbe En janvier, chez Flammarion.
ne J'adopte. Depuis 1871, un buste En janvier, chez Gallimard. fleurie, par Robert J. Morrissey.
de Marianne symbolise dans chaque En février, chez Gallimard. Lucien Combelle, par Pierre
mairie la République. Mais, victimes La noblesse française , des Lumières Assouline.
des modes, les représentations de à la Belle Époque, par Suzanne Marie Stuart, par Philippe Erlanger En février, chez Calmann-Levy.
Marianne ont varié au cours du Fiette. En février, chez Perrin. (réédition). En janvier, chez Perrin.
temps. La V' République a choisi de Raymond Roussel (1877-1933 ),
lui prêter les traits de vedettes de Étre Jeanne d'Arc ou ne pas être Charles Quint, par Philippe Erlanger biographie d'un écrivain
J'écran ou de la chanson : Brigitte Napoléon, de Régine Pemoud et (réédition). En janvier, chez Perrin. excentrique et génial, par François
Bardot, Mireille Mathieu, Catherine Jean Tulard. En février, au Rocher. Caradec (édition revue et
Magellan. La terre est ronde, par augmentée). En février, chez Fayard.
Deneuve t'ont chacune incarnée.
Histoire de l'espionnage mondial, Jean-Michel Barrault.
par Claude Monique! et Étienne En février, chez Gallimard. Léon-Paul Fargue, par Jean-Paul
Goujon. En février, chez Gallimard.
LIVRES ANNONCf~s Genovefa. En janvier, au Félin.
Diane de Poitiers, par Ivan Cloulas.
Le chemin des Dames, par Pierre En février, chez Fayard. Aragon (1897-1982) , quel est celui
Miquel. En février, chez Perrin. qu'on prend pour moi ? par François
Essais~ documents La Reine Jeanne, par Dominique Taillandier. En janvier, chez Fayard.
Vichy et l'école, par Rémy Paladilhe. En janvier, chez Perrin.
Mythologie des Grecs, par Diodore Handourtzel. Jean d'Ormesson, par Philippe
de Sicile. En février, chez Noêsis. Sully, par Bertrand et Ségolène Dufay. En janvier, chez Bartillat.
En janvier, aux Belles Lettres. Barbiche. En février, chez Fayard.
Carnets de captivité, par Paul
Eros romain, sexualité et morale Reynaud. En février, chez Fayard. Le Poète et le Roi, Jean de La
dans/' ancienne Rome, par Jean- Fontaine en son siècle, par Marc
, l'ISCCS
P a~PS l't•a ,
Noël Robert. La France sous influence. Paris- Fumaroli. par )facha Manski
En janvier, aux Belles Lettres. Moscou : trente ans de relations En février, chez de Fallois .
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Janvier
Agenda de Les couronnes d'Aragon et de
Castille reviennent à son petit-fils, le
futur Charles Quint.
1er janvier
1565 - Premier jour de l'année,
depuis 1'édit royal signé par
!-;histoire 24 janvier
1865- Karl Marx fait publier dans le
Sozial Democrat une lettre injurieuse
en guise d'épitaphe à l'occasion de la
Charles IX, le 4 juillet 1564, faisant mort de Proud 'hon, le 16 janvier.
débuter J'année au premier janvier et
non plus à Pâques.
26 janvier
1939- La ville de Barcelone est
2 janvier spartakiste à Berlin, que J'on appelle libérée par les troupes nationalistes.
1963- Premier numéro de la revue 17 janvier
la<<semaine rouge ». Elle est écrasée 1941- À Kochang, victoire de la
Europe-Action qui se définit comme
nationaliste et européenne. Sa
à coups de canon cinq jours plus marine française, aux ordres du 27 janvier
tard, le Il janvier, par les corps- gouvernement de Vichy, qui écrase 1889- Le général Boulanger est élu
publication se poursuivra jusqu'en
francs aux ordres du ministre celle des Siamois, stoppant ainsi triomphalement député de Paris. Le
1967. Jean Mabire est son rédacteur
en chef depuis 1965. Cette revue, socialiste Noske. Les deux leurs visées territoriales sur mouvement boulangiste atteint son
principaux dirigeants du mouvement, 1'Indochine. apogée. Renonçant à marcher sur
fondée par Dominique Venner, joue
un rôle important dans le Rosa Luxemburg et Karl l'Élysée comme le souhaitent ses
renouvellement des idées après la fin Liebknecht, font l'objet d'exécutions partisans, et laissant au
sommaires.
19 janvier gouvernement le temps d'organiser
de la guerre d'Algérie. 1899- Création de la << Ligue de la la riposte, il s'enfuira bientôt à
patrie française », à l'initiative de l'étranger et se suicidera sur la tombe
8 janvier trois professeurs agrégés, Gabriel
1795- Décret du 19 nivôse, par de sa maîtresse à Bruxelles.
Syveton, Henri Vaugeois et Louis
lequel la Convention déclare Dausset, sous la présidence du poète
l'anniversaire de l'exécution du roi, François Coppée. Cette initiative
28 janvier
fête nationale. entend répondre à la mobilisation des 1918- La dette publique russe ainsi
intellectuels dreyfusards. que les emprunts du même nom, sont
9 janvier annulés par le gouvernement
soviétique.
1800 - Mort du général 20 janvier
Championnet. Né en 1762, promu 1795- Au Texel, les hussards
général en 1793, Championnet est 30 janvier
français, aux ordres du général
mis en 1798 à la tête de l'armée de 1879- Jules Grévy succède à Mac-
Pichegru, s'emparent de la flotte
Rome et chargé d'aller occuper Mahon inaugurant la << République
hollandaise, immobilisée dans les
Naples, où il établit la << république des républicains » qui compte un
glaces.
Parthénopéenne ». nombre important de francs-maçons
parmi ses membres.
21 janvier
13 janvier 1791 -Adoption par 1'Assemblée
Le général Maurice d'Elbée. 1327 -Fils du vindicatif Édouard l" constituante d'un décret qui édicte
Plantagenêt qui a tenté d'imposer son que « Dans tous les cas où la loi
3 janvier autorité à 1'Écosse et a vaincu prononcera la peine de mort, le
1794 - À la tête des troupes William Wallace à Falkirk (1298), criminel sera décapité, et ille sera
républicaines, le général Haxo Édouard II d'Angleterre est déposé par l'effet d'une "simple machine" »
s'empare de l'île de Noirmoutier, où par le Parlement à la demande de son (la guillotine). Cette loi sera
s'est réfugié le général d'Elbée, épouse, Isabelle de France, fille de appliquée à partir du 3 juin 1791.
blessé à la bataille de Cholet le Philippe le Bel.
17 octobre précédent. Le général 22 janvier
vendéen sera fusillé le 7 janvier. 14 janvier 1936- Avènement d'Édouard VIII,
1912- Raymond Poincaré devient roi d'Angleterre, qui sera contraint
4 janvier président du Conseil en d'abdiquer le 10 décembre et ne sera
1465- Mort à Amboise de Charles remplacement de son ennemi Joseph plus que le duc de Windsor.
d'Orléans, prince et poète qui avait Caillaux, partisan d'une politique
été retenu en captivité par les Anglais d'apaisement avec 1'Allemagne.
23 janvier
après la bataille d'Azincourt. Ferdinand li d'Aragon.
1516- Mort à Madrigalejo de
15 janvier Ferdinand Il d'Aragon. Par son
5 janvier 1925- Trotsky est exclu par Staline mariage avec Isabelle de Castille 31 janvier
1675 -Bataille de Turckheim, près du Comité révolutionnaire militaire (1469), il a scellé 1'unité espagnole. 1918- Le calendrier grégorien est
je Colmar. Turenne défait J'armée du de l'URSS. adopté en Russie, par décret du
Il achève la Reconquête par la prise
Jrand Électeur et assure la conquête de Grenade en 1492, ce qui, avec la gouvernement des Soviets. Jusqu'à
je 1'Alsace. 16 janvier fondation de l'Inquisition (1479) et cette date, le calendrier julien était en
1947- Le socialiste Vincent Auriol l'expulsion des juifs (1492), vaut au vigueur, en retard de treize jours sur
6 janvier devient le premier président de la couple royal le titre de Rois le calendrier grégorien, en usage en
1919- Début de 1'insurrection IV' République. catholiques décerné par le pape. Europe depuis la fin du XVI' siècle.
..
ENDA DE L'HISTOIRE
La Fortune et la virtù
eu d'hommes ont suscité autant de crent, d'autres, soudain, les donnent en
Sans en avoir l'air, dans son livre modernes. En second lieu, la disparition des
cent douze états du Saint-Empire, puis la
Le feld-maréchal Bonaparte, Jean Confédération germanique, tout cela selon la
volonté de Napoléon, aboutirent à tirer 1'Alle-
Dutourd donne à réfléchir en magne de sa léthargie. La France postrévolu-
tionnaire et impériale ayant créé 1'Allemagne
s'amusant. Si Louis XVI avait comme un biologiste fou crée un monstre, le
monstre, dès qu 'il a été assez robuste, s'est
défendu la Bastille, la face du jeté sur le sorcier, afin de le dévorer.
LAPLUME
DE RIVAROL
Le grief majeur que l'on a contre Rivarol
(mais que l'on garde soigneusement secret)
c'est qu'il a, comme on dit aujourd'hui :
démystifié la Révolution française. Ill'a vue et
peinte à la fois en réaliste et en poète, c'est-à-
dire évidemment telle qu'elle était, pleine
d'absurdités et d'horreurs, détruisant plus
qu'elle ne construisait, vouée enfin elle-même
à l'anéantissement. li l'a dénoncée comme
une époque de meurtres et de sottises. Il en a
prévu les conséquences ultimes. En 1790, il
sent déjà Napoléon : " Ou le roi aura une
armée, ou l'armée aura un roi. "
Ce que les historiens ne pardonneront
jamais à Rivarol, sans doute, en dépit des
preuves réitérées qu'il donne de sa
clairvoyance, c'est son irrespect. Les
historiens de droite eux-mêmes, s'ils
vomissent la Constituante, la Convention,
les sections, les sans-culottes et le reste,
n'osent pas faire de l'ironie. À travers le
temps, la Révolution leur apparaît comme un
bel orage, avec des nuages rouge sang et
des catastrophes majestueuses. Pour
Si Louis XV, en 1768, n'avait pas acheté la Corse à la République de Gênes, Bonaparte ne serait pas
Rivarol qui était, si j'ose dire, sur le tas, la
devenu empereur des Français. Peut-être serait-il devenu un feld-maréchal autrichien.
Révolution n'était qu'un événement
contemporain, fait ou subi par des hommes
et puis ma main m'a entraîné ... Cela dit, les plus juste mais la plus fixe. » Au reste, la
qu'il avait connus et qu'il jugeait selon leurs
philosophes et la monarchie vivaient en bonne France capétienne était une œuvre d'art lente-
normes réelles. Dans un événement
intelligence et aucun de ces penseurs ne sou- ment élaborée, sans laquelle les Français contemporain, Il n'y a jamais de poésie. La
haitait la mort du roi. Après les déchaînements n'étaient qu'une peuplade comme une autre. poésie vient ensuite ; elle naît du recul, qui
révolutionnaires, Chamfort et Condorcet efface des milliers de détails vulgaires, qui
mirent fin à leurs jours. Quant à Louis XVI, il - La grande leçon demeure pour vous dénature les causes, qui patine les faits.
reste pour moi une énigme. Tout à coup, il a eu que l'histoire n'est jamais écrite, et partant Et puis, nous n'avons pas connu
peur de son peuple. Son péché? Il s'est vu roi qu'elle n'a pas de sens? l'ancienne France ; nous n'avons plus l'idée
des Français et non roi de France. Il agit avec - J'aime l'idée du « nez de Cléopâtre ». de ce que fut cette civilisation compliquée,
la France pour les Français : c'est le contraire L'histoire a quelque chose de constamment for- vénérable et exquise. Rivarol l'a connue, lui ; il
qui convenait. Il ne comprit pas que les Fran- tuit : c'est une « petite science conjecturale >> voyait ce que le monde perdait par sa
çais n'étaient point les mêmes gens d'un siècle disait Renan. Une échauffourée idiote comme destruction, et vers quelle décadence on se
la prise de la Bastille aboutit après deux siècles dirigeait. Il était frappé par la grandeur des
sur l'autre, et qu'il ne fallait pas prendre au
à la Deuxième Guerre mondiale. Les trois ruines et la petitesse des démolisseurs. Il était
sérieux leurs passions éphémères, ni craindre
guerres de 1870, 1914, 1939 découlent directe- tout occupé du contraste entre le dérisoire de
de leur opposer des freins, fût-ce avec brutalité. l'ensemble et l'horreur quotidienne. Ces
ment de la mort de Louis XVI et de l'expulsion
sortes de disparates amusent
- Rien n'était donc moins fatal que la de Charles X. Staline, Hitler, Pol Pot sont
immanquablement les hommes supérieurs,
Révolution ? quelques-uns de nos enfants particulièrement
tout en les affligeant. " La populace, dit
- Il n'y a jamais eu aucune fatalité de la réussis. Ils n'auraient jamais existé sans la
Rivarol, est toujours cannibale, toujours
Révolution ! En 1788, rien n'était plus impro- prise de la Bastille. N'aurait-il pas mieux valu anthropophage. Pour elle, il n'y a pas de
bable qu 'un tel séisme. Cela marchait depuis coucher alors deux douzaines d'émeutiers sur Siècle des lumières. » C'est du même œil non
le pavé parisien, ce qui eût épargné plusieurs prévenu qu'il lit la Déclaration des droits de
Clovis et tout aurait pu continuer avec les
millions de morts, français et étrangers, jusqu'à l'homme et qu'il l'appelle " Préface criminelle
réformes nécessaires. L'artisan de la Révolu-
nos jours ? Nous autres Français, portons une d'un livre impossible"· Il y a là plus que de la
tion, c'est incontestablement Louis XVI.
lourde responsabilité devant 1'histoire. polémique, certainement, puisque de telles
PROPOS RECUEILLIS paroles irritent encore, après cent soixante
- Que regrettez-vous le plus dans la
PAR ÉRIC VATRÉ ans. Je ne connais que la vérité pour rester
monarchie?
scandaleuse aussi longtemps.
-Je regrette tout de l'ancienne monarchie Le feld-maréchal von Bonaparte. Considéra- JEAN DUTOURD
car c'était le régime le plus commode. On ne tions sur les causes de la grandeur des Français et Préface aux Plus belles pages de Rivarol.
choisissait pas qui devait succéder, d'où le de leur décadence, par Jean Dutourd. Flamma- Mercure de France, 1963.
mot de Rivarol , « La meilleure loi n'est pas la rion, 180 pages, 99 F.
Il
/
ET LA REVOLUTION
15 mai 1768. Traité de Versailles, par françaises. Le comte de Vaux devient gou- 4 juillet 1776. Déclaration d'indé-
lequel la République de Gênes remet la verneur militaire de la Corse et monsieur de pendance américaine.
Corse à la France. Marbeuf lui succède de 1770 à 1786. Juin 1777. Necker devient directeur
8 mai 1769. Les partisans de Paoli, 15 août 1769. Naissance à Ajaccio de général des Finances.
chef du mouvement indépendantiste corse, Napoléon, deuxième enfant de Charles Buo- 6 février 1778. Traité d'alliance fran-
sont vaincus à Ponte-Nuovo par les troupes naparte et de Letizia Ramolino, après Joseph, co-américain.
né en 1768, avant Lucien (1775), Élisa
(1777), Louis (1778), Pauline (1780), Caroline
(1782) et Jérôme (1784).
23 février 1771 . Réforme du chance-
lier Maupeou. En enlevant leurs pouvoirs
politiques aux Parlements, elle constituait la
dernière chance, pour la monarchie, de
conduire les réformes qui pouvaient per-
mettre de faire l'économie de la Révolution.
1 0 mai 177 4. Mort de Louis XV, c'est
son petit-fils, Louis XVI, âgé de vingt ans,
qui lui succède. Il écarte les ministres de son
grand-père, nomme Turgot au contrôle géné-
ral des finances le 24 août et rappelle les Par-
lements le 12 novembre.
1775. Institution en Corse d'États provin-
ciaux auxquels Charles Buonaparte, le père
de Napoléon, sera l'un des représentants de
la noblesse insulaire.
Charles Buonaparte (1746-1785), père de Letizia Ramolino (1750-1836), mère de Napo-
Napoléon. Homme de loi, il épousa tout d'abord 12 mai 1776. Disgrâce de Turgot. léon. Mariée à 14 ans (1764), elle mit au monde
la cause de Paoli, puis il l'abandonna pour se C'est l'échec de ce qui aurait pu être un treize enfants dont huit survécurent. Elle ne crut
rallier à la cause française. Mort d'un cancer. « despotisme éclairé » à la française. jamais à la durée de l'aventure de son fils.
Il
UN FILS DE SON TEMPS
Il
FILS DE SON TEMPS
Il
UN FILS DE SON TEMPS
LE GÉNOCIDE
VENDÉEN
malheureuse pour s'emparer d'Ajaccio, il
À l'annonce de la levée de 300 000 cherche refuge à Calvi avec sa famille pen-
hommes décidée par la Convention, dant que leur maison d'Ajaccio est saccagée
le 3 mars 1793, un soulèvement éclate dans par les partisans de Paoli.
le département de la Vendée (Bas-Poitou).
Dans ce pays rural, où la noblesse vit du Mai-juin 1793. Déclenchement
revenu des terres qu'elle exploite et non de d'insurrections fédéralistes à Marseille, Tou-
redevances et de droits féodaux, où la lon, Bordeaux, Lyon et Caen.
religion est profondément ancrée dans la
population, la vente des biens nationaux n'a 11 juin 1793. La famille Bonaparte se
pas profité aux paysans mais à la replie sur Toulon. Napoléon est affecté à
bourgeoisie des petites villes. Nice, au 4' régiment d'artillerie.
L'insurrection vendéenne, beaucoup plus
Juillet 1793. Napoléon rédige Le sou-
qu'un mouvement politique pour la
monarchie (les Vendéens n'ont pas bougé à per de Beaucaire, une brochure dans laquelle
l'annonce de l'exécution du roi), est une il défend les positions jacobines face à
révolte contre la bourgeoisie des villes, l'ennemi royaliste et aux républicains trom-
assimilée à juste titre à la classe dirigeante et pés que sont, à son avis, les fédéralistes,
bénéficiaire de la Révolution. Dès mars 1793, parmi lesquels il range désormais Paoli. Il
toute la Vendée s'embrase. La Révolution ne révèle en cette occasion un génie certain de Portrait tragique de la reine Marie-Antoinette
contrôle plus que les Sables-d'Olonne. Les la propagande. emprisonnée au Temple peu avant son exécution,
forces républicaines sont balayées à Saumur, le 16 octobre 1793.
Bressuire, Thouars, Fontenay-le-Comte, mais 27 juillet 1 793. Entrée de Robespierre
l'expansion de la révolte s'arrête après au Comité de salut public. Instauration d'un 16 octobre 1 793. Victoire de Watti-
l'échec devant Nantes, le 29 juin 1793, où gouvernement révolutionnaire qui reporte à gnies sur les Autrichiens. Exécution de la
Cathelineau est mortellement blessé. Malgré la conclusion de la paix la mise en œuvre de
Reine.
un nouveau succès des Vendéens à Torfou la Constitution de l'an I (décret du 10
(19 septembre 1793), les Bleus qui ont reçu octobre). 31 octobre 1793. Exécution des
de gros renforts mènent une contre-offensive députés girondins arrêtés le 2 juin.
et livrent bataille à l'armée catholique et 23 août 1793. Décret instituant la
royale autour de Cholet, du 15 au 17 octobre « levée en masse ». 11·17 décembre 1793. À Toulon,
1793. Vaincus, la route de la retraite coupée, sur initiative de Bonaparte, bataille pour le
Septembre 1793. Bonaparte est
les Vendéens passent la Loire et marchent fort Musgrave, ou « Petit Gibraltar », qui
nommé commandant de l'artillerie de l'Armée
sur Granville (et virée de Galerne»), espérant
de Carteaux, chargée de reprendre Toulon. Il y commande le contrôle de Toulon. Sa chute
s'emparer de ce port sur la Manche pour y
recevoir un soutien des Anglais. Contraints remplace Dammartin, blessé à Ollioules. entraîne l'évacuation des Anglais le 18.
de faire demi-tour, ils échouent devant
Angers, livrent une terrible bataille au Mans,
le 13 décembre, et achèvent de se faire
massacrer à Savenay, le 23 décembre 1793.
Les grandes opérations militaires sont
terminées. Derrière Charette et Stofflet, les
Vendéens se réfugient dans la guérilla. La
Vendée est dévastée par douze colonnes
infernales, organisées sous les ordres de
Turreau pour " exterminer sans réserve tous
les individus de tout âge et de tout sexe ». Le
génocide de la population vendéenne n'arrête
pas la résistance de Stofflet ou de Charette,
pris et exécutés en 1796. Ce n'est qu'après
l'avènement du Consulat qu'interviendra une
vraie pacification. Pour la seule Vendée,
Reynald Secher estime au moins à 117 000 le
nombre de victimes du génocide.
Pour plus de précisions, on peut se
reporter au n•s d'Enquête sur l'histoire :
" 1793, la Vendée, la Terreur ». L'imagerie populaire s'empare déjà des exploits du <<petit général » représenté lors du siège de
Toulon servant lui-même une pièce d'artillerie dont le canonnier vient d'être tué.
Il
1
SALUT PUBLIC
C'est à nous, et à nous seuls, les
monarchistes, qu'incombent cette lourde
tâche, ce devoir et cet honneur du salut
public. Je ne crains pas d'emprunter ainsi
au vocabulaire de la Révolution une des très
rares formules qui aient été
significatives (...).Cette formule a suscité
tout ce qu'il y a de courageux, d'honorable
et de patriotique dans la Révolution
française : la résistance à l'étranger. Sous la
Restauration, un ministre du roi remerciait le
Comité de salut public d'avoir sauvé
l'intégrité de la France. Le salut public est
désormais l'idée directrice des nationalistes
conscients, j'entends de ceux qui sont
royalistes. À d'autres de renouveler les
utopies funestes de 1789: s'il faut à tout prix
chercher l'inspiration dans l'histoire de
Noyades ordonnées par jean-Baptiste Carrier (1756-1794), envoyé à Nantes le 29 septembre 1793 notre grande crise, nous préférons aller à
par le Comité de salut public avec des pouvoirs illimités« pour purger la ville > >.11 organise le massacre 1793. Après tout un Danton continue un
en masse des « suspects »,faisant guillotiner, fusiller ou noyer plus de JO 000 personnes en trois mois, Henri IV, un Louis Xl, un Philippe Auguste,
sans distinction d'âge ou de sexe. Arrêté après le 9-Thermidor, il sera guillotiné le 16 décembre 1794. même s'il les continue misérablement. Un
Roland ou un La Fayette ne put rien que
22 décembre 1793. Bonaparte est 9 août 1794. Suspecté de sympathies troubler l'État ou le diminuer.
fait général de brigade, sur proposition des jacobines en raison de ses liens d'amitié avec CHARLES MAURRAS
Le Soleil, 17 mars 1900. Texte repris dans
représentants Barras et Fréron (amoureux Robespierre le jeune, Bonaparte est arrêté au
le Dictionnaire politique et critique.
de la belle Pauline Bonaparte), promotion lendemain du 9-Thermidor. Il est libéré Je 20
confirmée Je 6 février 1794. août à la grande satisfaction du général
Dumerbion, qui a besoin de lui sur le front du victorieuse sur Cairo. Amoureux de Désirée
23 décembre 1 793. À Savenay, Clary (la fille d'un riche négociant mar-
défaite définitive de l'armée catholique et Piémont, où Bonaparte va préparer l'attaque
seillais), il refuse d'aller commander en Ven-
royale, vaincue par l'armée de Mayence. dée une brigade d'infanterie et demande un
Sous J'action des « colonnes infernales >>, la nouveau congé.
Vendée va subir un véritable génocide.
1er avril 1795 ( 1 2 germinal
Printemps 1794. De son poste de an Ill). Émeute de la misère à Paris.
Nice, Bonaparte imagine une offensive
contre le Piémont mais, s'il est soutenu par le 5 avril 1 795. Paix de Bâle entre la Prusse
jeune frère de Robespierre, il se heurte au et la République qui se voit reconnaître la
refus de Carnot qui veut donner la priorité à possession de la rive gauche du Rhin.
la lutte contre 1'Espagne. 20-22 mai 1795 (1•• prairial
4 juin 1794. À la Convention, 1'abbé an Ill). Nouvelle émeute parisienne pro-
Grégoire réclame « l'anéantissement des voquée par la disette. La République, qui n'a
patois » et « l'imposition de la langue fran- pas les scrupules de J'ancienne monarchie,
fait tirer sur le peuple. La répression est diri-
çaise » .
gée par le général Menou. C'en est fini du
11 juin-27 juillet 1794. Période de rôle particulier joué par les faubourgs pari-
la« Grande Terreur>>. siens depuis 1789 dans le cours de la Révolu-
tion. Désormais, les thermidoriens se retrou-
26 juin 1794. Jourdan vainqueur à
Maximilien de Robespierre (1758-1794). Ce vent étroitement dépendants du pouvoir mili-
Fleurus des Autrichiens. La France est à
petit avocat d'Arras, pâle et propret, est nourri des taire.
J'abri de J'invasion. utopies de Rousseau qui justifient à ses yeux
toutes les cruautés. Exerçant un pouvoir dictato- 21 juillet 1795. Échec des émigrés
27 juillet 1 794 (9 thermidor
rial au sein du Comité de salut public à partir de débarqués à Quiberon.
an Il). La Convention vote J'arrestation de juillet 1793, il met Til Terreur à l'ordre du jour, au
Robespierre qui est exécuté le lendemain point d'effrayer ses complices qui le renversent 22 août 1795. Adoption de la Consti-
avec ses partisans les plus proches. un an plus tard pour sauver leur peau . tution de J'an III et du décret qui réserve les
ILS DE SON TEMPS
NAPOLÉON
ET JOSÉPHINE
deux tiers des sièges des futurs conseils aux 1 0 mai 1796. Bonaparte victorieux au
députés conventionnels sortants, décision pont de Lodi, sur 1'Adda.
scandaleuse qui suscite la colère dans Paris.
15 mai 1796. Le général entre en vain-
5 octobre 1795 (13 vendémiaire queur à Milan, qui l'accueille en libérateur. Il
an IV). Profitant de l'impopularité de la a 27 ans. Parme et Modène signent la paix.
Convention et de l'indignation provoquée par Bonaparte menace de démissionner quand
les « Deux Tiers », les royalistes, qui sont Carnot prétend affecter Kellermann à la
devenus puissants à Paris, préparent une défense du Piémont. Le Directoire s'incline.
insurrection. Barras, commandant de l'armée
15 juillet 1 796. Début du siège de
de l'Intérieur, fait appel aux anciens jacobins
Mantoue.
et à Bonaparte pour briser l'émeute qui
menace 1'Assemblée. En faisant amener par 3 et 5 août 1796. Wurmser est battu
Murat les canons du camp de Sablons, le par Bonaparte à Lonato et Castiglione.
général prend une part décisive à l'échec de
4 et 8 septembre 1796. Victoires
Gravure populaire illustrant les entre- 1'insurrection royaliste. La convention ther-
de Roveredo et de Bassano.
prises amoureuses de la séduisante José- midorienne lui rend hommage le 17 vendé-
phine. miaire et il est nommé le 24 général de divi- 15 novembre 1796. Tentative
sion, commandant en second de l'armée de infructueuse de franchissement du pont
Née Marie, Josèphe, Rose Tascher de La 1'Intérieur. Le 3 brumaire an IV, il prend le d'Arcole. Cet épisode sera ultérieurement
Pagerie aux Trois-llets, Martinique, le 23 juin commandement de cette armée après que magnifié par la légende napoléonienne,
1763, dans une famille de planteurs français, Barras eut abandonné cette fonction. Napo- d'autant que Bonaparte parvient à battre les
famille créole nullement métissée, celle que
léon francise son nom : Buonaparte devient Autrichiens le 17.
l'histoire connaît sous le nom de Joséphine
Bonaparte.
est la fille d'un lieutenant de l'infanterie de 14 janvier 1797. Victoire de Rivoli.
marine royale. Elle vient en France en 1779. 31 octobre 1795. Élection du
À seize ans, elle est mariée au vicomte 2 février 1 797. Capitulation de Man-
premier Directoire exécutif, dominé par Bar-
Alexandre de Beauharnais, dont elle a deux toue.
ras.
enfants, Eugène (futur général, prince
19 février 1797. Le pape est contraint
d'Empire et vice-roi d'Italie) et Hortense 4 février 1796. Scherer abandonne le
(future reine de Hollande après son mariage de signer le traité de Tolentino.
commandement de l'armée d'Italie, qui, sur
malheureux avec Louis Bonaparte qui lui recommandation de Barras, est confiée le 7 avril 1797. Un premier armistice est
donna plusieurs enfants, notamment le futur
2 mars à Bonaparte. signé avec les Autrichiens. Il est renouvelé le
Napoléon Ill).
13 et conclu de manière définitive le 18 avril
Président de l'Assemblée constituante, 9 mars 1796. Le général épouse José-
Alexandre est envoyé à l'échafaud en 1794 à Leoben, alors que l'armée d'Italie est arri-
phine Tascher de La Pagerie, égérie de Bar-
et Joséphine est emprisonnée. Libérée par vée à une centaine de kilomètres de Vienne.
ras et veuve du vicomte de Beauharnais,
Thermidor, liée aux Tallien et à Barras, dont
guillotiné sous la Terreur. 2 mai 1797. À la suite des « Vêpres de
on pense qu'elle est la maîtresse, elle
Vérone », qui ont vu les habitants se soulever
devient l'une des femmes les plus en vue de 27 mars 1 796. Bonaparte arrive à
Paris. En septembre 1795, elle rencontre le contre les troupes françaises (27 avril), Bona-
Nice pour prendre le commandement de
général Bonaparte, de six ans plus jeune parte déclare la guerre à la République de
l'armée d'Italie.
qu'elle, qui l'épouse civilement le 9 mars Venise. La ville de la lagune est occupée le
1796. Lui vouant un amour passionné et 29 mars 1796. Charette est fusillé à 15 mai. Bonaparte a pris ces initiatives sans
jaloux, Bonaparte la fait venir en Italie et Nantes. avoir informé le gouvernement de Paris.
souffre cruellement de ses infidélités. Après
l'Égypte, elle sait reprendre son cœur. Elle 1 2 avril 1 796. Victoire de Bonaparte 29 juin 1797. La Lombardie devient
exerce une grande influence mondaine et sur les Autrichiens à Montenotte, confirmée République cisalpine.
politique à l'époque du Consulat. à Dego le 15.
Partageant la prodigieuse ascension de
4 septembre 1797 ( 18 fructidor
son époux, elle est couronnée impératrice 13 avril 1796. Défaite des Sardes à an V). Le coup d'État conduit par le
en 1804 après la célébration de leur mariage Millesimo. Ils sont de nouveau battus à Mon- Directoire contre la majorité royaliste issue
religieux. Mais Napoléon, à qui elle n'a pu dovi le 21 et définitivement séparés de leurs des élections est appuyé par les troupes
donner d'héritier, impose le divorce le alliés autrichiens. envoyées par Bonaparte sous le commande-
16 décembre 1809. Largement dotée et ment d'Augereau.
conservant le titre d'impératrice, Joséphine 28 avril 1 796. La Sardaigne est
meurt à la Malmaison le 29 mai 1814. contrainte, par Bonaparte, de signer l'armisti- 17 octobre 1797. C'est Bonaparte
ce de Cherasco. qui négocie en personne la paix de Campo-
Il
UN FILS DE SON TEMPS
BERNADOTTE
ET BONAPARTE
formio avec 1'Autriche, qui reçoit Venise en
compensation de la perte de la Belgique et du Hoche disparu, quels étaient les autres
Milanais. C'est également lui qui va négocier grands chefs militaires capables de faire
pièce à Bonaparte, de le devancer et,
à Rastadt la question de la rive gauche du
brusquant la République, de ceindre à sa
Rhin.
place le laurier de César ? Pas Augereau
27 octobre 1 797. Le Directoire bien sûr, qui faisait beaucoup de bruit avec
nomme Bonaparte commandant de l'armée ses grandes bottes, sa voix tonnante et ses
d'Angleterre. déclamations de troupier, mais jetait moins
d'éclat par l'esprit. Ni Jourdan non plus, qui
25 décembre 1 797. Bonaparte croyait encore au jacobinisme et se
entre à 1'Institut et y occupe le siège laissé commettait gratuitement avec les
vacant par Carnot. vociférateurs des clubs. Pichegru,
compromis dans une très fâcheuse intrigue
8·20 février 1798. Un voyage avec des agents royalistes, était en Guyane
d'enquête permet à Bonaparte de mesurer les où l'avait déporté le Directoire. Moreau,
difficultés d'un débarquement en Angleterre. soldat lymphatique, était peu loquace, mais
Dès son rapport du 23 février, il conseille ce laconisme ne recouvrait que d'assez
plutôt une action contre le Hanovre ou contre molles arrière-pensées, aussi indécises que
l'Égypte, cette deuxième hypothèse ayant sa sa physionomie et son comportemént. Quant
préférence. à Masséna, il était en Suisse, face à l'armée
de Souvarov, et sa victoire de Zurich le sauva
11 mai 1798 (22 floréal 15 lui-même d'une disgrâce imminente, car le
an VI). Nouveau coup d'État réalisé par Directoire, qui ne l'appréciait pas, avait déjà
les directeurs contre les députés jacobins qui Bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798. CeUe
arrêté sa destitution.
viennent d'être élus et qui sont invalidés. facile victoire remportée sur les mamelouks contri-
buera grandement à la légende de Bonaparte. Alors qui ? Bernadotte sans doute, et
19 mai 1798. La flotte de l'amiral Bernadotte seul.
Fin, subtil, un Béarnais, courtois et peu
Brueys quitte Toulon, s'empare de Malte le 26 septembre 1 799. La victoire sûr, riche en paroles et déclarations
11 juin et débarque le corps expéditionnaire à
remportée par Masséna à Zurich contre les intrépides rarement suivies d'effet ou plutôt
Alexandrie le 1" juillet. jamais. «Menteur comme Henri IV», dira
Russes met la France à l'abri de l'invasion.
21 juillet 1798. La victoire des Pyra- Barras, qui eût volontiers fait de Bernadotte
9 octobre 1 799. Bonaparte débarque son candidat contre Bonaparte. Bernadotte
mides ouvre les portes du Caire aux Français.
à Saint-Raphaël. Le lendemain, Avignon lui avait l'appui des clubs, de la gauche
1er août 1798. Nelson détruit par sur- fait un accueil triomphal. révolutionnaire, et se posait alors en
prise la flotte française restée au mouillage à rigoureux démocrate. Quand on sait comme
Aboukir. 16 octobre 1 799. Il est à Paris et il acceptera plus tard le titre de prince de
rend visite à Gohier, président du Directoire, Ponte-Corvo, puis la couronne de Suède,
5 septembre 1798. La loi Jourdan qu'il rencontre au complet le lendemain. cette rigueur républicaine laisse un peu
établit le service militaire obligatoire. Dans son hôtel de la rue de la Victoire, il songeur. Il était de cette race d'ambitieux
16 avril 1799. Après avoir pris Gaza, reçoit Talleyrand, Roederer, Maret et Fouché, que le climat de l'armée développe assez
Jaffa (où la peste s'abat sur l'armée), Bona- mais garde ses distances vis-à-vis de Barras. bien quand elle est travaillée par la
politique : ambitieux remuants, mais
parte échoue en mai devant Saint-Jean-
23 octobre 1 799. Première rencontre irrésolus.
d'Acre, que défend son ancien camarade
avec Sieyès qui va être l'âme du complot En fait, tous ces généraux se détestaient
Phelippeaux. Cet échec contraint Bonaparte à
visant à un changement de régime. entre eux, s'épiaient mutuellement. Ce qu'a
regagner la France. réussi Bonaparte, tous avaient plus ou
9 novembre 1799 ( 18 brumaire moins rêvé de le faire pour leur propre
25 juillet 1799. Les Français rempor-
tent une victoire sur l'armée turque débar- an VIII). Après que des mouvements compte. Le pays attendait, réclamait
quée à Aboukir. militaires effectués durant la nuit eurent confusément un sauveur ; l'homme et le
inquiété les députés, le conseil des Anciens moyen étaient indifférents ; l'essentiel était
15 août 1799. Le général Joubert est tué décide le transfert de l'Assemblée à Saint- de " finir ta Révolution ». Le régime était si
à Novi, alors que Sieyès, l'un des directeurs, Cloud, sous la protection du général Bona- déconsidéré qu'" à défaut de Bonaparte,
comptait sur lui pour un coup d'État. quelque autre chef d'armée aurait fait un
parte. La démission de trois directeurs
tB-Brumaire comme lui.»
23 août 1799. Bonaparte quitte clan- (Sieyès, Roger Ducos, Barras) est acquise PIERRE BESSAND·MASSENET
destinement l'Égypte, abandonnant ses alors que les deux autres, Moulin et Gohier, Le tB-Brumaire. Hachette, 1965.
troupes et son camarade Kléber. sont consignés au Luxembourg.
Il
FILS DE SON TEMPS
L'ARGENT
DU COMPLOT
Quel fut le rôle de la grande banque dans
la préparation de Brumaire ? Les banquiers
Lecouteulx de canteleu, futur sénateur
d'Empire et régent de la Banque de France,
ainsi que Jean-Frédéric Pérégaux, dont la fille
avait épousé Marmont, aide de camp de
Bonaparte, ont apporté leur soutien. Michelet
parle des « grandes distributions d'argent »
qui furent opérées par un traitant du nom de
Collot, que Bonaparte connaissait bien pour
l'avoir employé en Italie, où ce Collot avait
assuré le ravitaillement de l'armée en vivres
- en vivres viandes. Bourrienne, qui devait
par la suite recueillir les confidences
désabusées de l'ancien traitant, évalue à
500 000 francs-or le montant des avances
consenties par Collot.
Il semble qu'au dernier moment on ait
manqué ou craint de manquer d'argent. Réal
survint rue de la Victoire et prévint
Bonaparte qu'il y avait 600 000 francs
disponibles dans les caisses de la police.
Le général Bonaparte qui vient d'être hué par les Cinq-Cents, le 19-Brumaire, s'adresse aux soldats,
les prenant à témoin de son infortune. Dans un instant, Murat donnera l'ordre de disperser les députés
- " Et Fouché ? demanda le général.
par la force.
- Il est prêt à les livrer sur un reçu de
votre main. »
Fouché donna les 600 000 francs, il 10 novembre 1799 (19 brumaire du Directoire par trois consuls provisoires :
prétend même dans ses Mémoires qu'il en an VIII). Alors que les Cinq-Cents réagis- Bonaparte, Sieyès, et Roger Ducos. Le 12
donna 900 000 et que les fonds avancés par sent contre le coup d'État, l'intervention de décembre, les deux derniers seront remplacés
Collot se seraient montés à deux millions, ce par Cambacérès et Lebrun.
qui, écrit-il, "fit voguer l'entreprise"· Lucien Bonaparte, président de séance, et des
Autre banquier très fameux, Ouvrard était troupes rassemblées à l'extérieur disperse les 15 décembre 1 799. Promulgation
l'ami intime de Barras et, n'ayant à ce titre opposants. Une assemblée réduite vote la dis- de la Constitution de l'an VIII et début du
aucune raison de souhaiter le succès de solution du corps législatif et le remplacement Consulat.
Bonaparte, s'était ostensiblement tenu à
l'écart. Mais a-t-on jamais vu un financier
bouder longtemps contre son portefeuille ?
Du balcon de sa maison, au coin de la
Chaussée-d'Antin et de la rue de Provence,
Ouvrard, le 18 au malin, ville cortège de
Bonaparte descendre les boulevards, le
général seul en tête de son état-major, allant
vers son destin au pas de son cheval, suivi de
ses officiers chamarrés d'or et d'argent, dans
le frémissement d'enthousiasme qui se
propageait le long du parcours parmi les
Parisiens matinaux. Séance tenante, Ouvrard
fit tenir à l'amiral Bruix, qu'il savait très lié
avec Bonaparte, l'épître que voici : " Citoyen
amiral, le passage du général Bonaparte, se
rendant au Conseil des Anciens, quelques
mouvements de troupes, me font pressentir
qu'il se prépare du changement dans les
affaires politiques ; cette circonstance peut
nécessiter des besoins de fonds. Je vous
prie, mon cher amiral, d'être l'interprète de
l'offre que je fais d'en fournir. » Ouvrard, qui
avait fait fortune en tant que munitionnaire
puis comme banquier du Directoire,
poursuivra sa carrière mouvementée sous le Les trois consuls, élus le 12 décembre 1799 : Cambacérès, Bonaparte et Lebrun. Pour éliminer les
Consulat et le Premier Empire. jacobins, Bonaparte leur avait emprunté leur arme Ûl plus efficace : le mensonge des mots. Le 18-Brumai-
re, Ûl Révolution fut confisquée sous prétexte de défendre les institutions républicaines.
Il
DES JUGEMENTS CONTRADICTOIRES
RÉPONSES
'L88I 'J!OIIDS !D[) "7 'aqJSZl<l!N J!J~P)}J~ (SI 'I:'Z6I 'pJilÂil~ '81:'8I '<~qWOI·iiJinO,p SiiJ!QWiJW
'1:'98I 'JiiSJilii/Un iiJ!DUUO!P!a '<JJUVJ:J ilp iiJ!OIS!H '<lii!AUJilfi sanbJilf (6 ·puepqnll<lllli!J ap ~U<l}I·SJOJUilJ~ (!:'
UOS ap UO!l!P~ <lJ~JW<lJd 'assnOJil1 <lJJ<l!d (!II 'Z98l 'u!dW;;[,l '1:'08I
'1:'08I PII!Of 'lUOd ilp liiJDJnSUOJ np iiJ!OIS!H 'SJa!II.L aqdtopy (8 <lJQWaAOU SZ at 'nllaiQ<!UJilJUO~ ap anAaJJU<l,l
<!p <lUUOJilQ Ill Ç <lJll<ll '<~JlSJilW <lp qd<!SOf (tl '6I6I I!JAil ap SJOI 'aJJilS <lt}UilAil nad UO;;JtOdllN <!p SJUaW
'LZ8I 'aJilj~Jd 'll<~MWOJJ ·o:inH JOP!A (ZI 'aiS1JDU0!3iJJ UO!IJlf,l SUilp tllJJSJW JjJ;;Jp;;JJ~ (L ·))q~A sodoJd xnll adtld at Jlld aJJilJ asuod<;~J
<~tqnop 'Âu:IJA ap paJJIV uot<~S liA <l!d (f
'ff6I 'anaqJilH '8t6I 'UOtd
'u!dW;;J.t 1<~ JVtnsuoJ n ·unapew sJn01 (II 'iliJWJD UOS Jil iiJUDJ:J D7 'allfill!) <!p Sa!Jili!J (9 'L68I
'ananbsll~ 's?U!JDJ?a s<17 ·s~JJilfi aJpnllw (z
'696I '<lSJA~J.L ap SUOJl '6f6I 'l<li!J!W U!QIV
·!P~ 't<~nb Jill UOiJJOdDN 'UJW<lll!fi!) puau (OI 'Si1J!DU!n3UDS SiiJOP! xn<~a 'JapnllQ UO;;Jl (S '8t6I 'J<lSSilJ!) 'S?J?POW Si17 'PJilUUOfi taqy (I
"'
ANNEES DE JEUNESSE ET DE FORMATION
De Brienne
à Vendémiaire
PAR ÉRIC PERRIN
Patriote corse dans sa prime jeunesse, élève officier peu intéressé par le service de la France,
c'est la Révolution qui va faire du jeune Bonaparte un jacobin virulent. Le siège de Toulon
sera l'occasion de briller une première fois en attendant Vendémiaire.
L
e 17 décembre 1793, un nom inconnu
fuse des canons de Toulon, celui de
Bonaparte. Ce jour-là, il ne se contente
pas de chasser les Anglais du promontoire de
1'Aiguillette, réputé inexpugnable, il conquiert
la notoriété à la pointe de l'épée. Napoléon
Bonaparte n'avait été jusqu'alors que le spec-
tateur indifférent des premiers épisodes de la
Révolution. Personne, à l'époque, ne sait qui
est et d'où vient ce jeune militaire aux longs
cheveux noirs et à l'uniforme d'artilleur flot-
tant autour d'un corps maigrelet.
Ses parents, Charles Buonaparte et Letizia
Ramolino, chargés d'enfants, ont connu
l'argent rare et la frugalité. D' une famille de
petits hobereaux corses, le père du futur empe-
reur n'a eu de cesse, jusqu 'à sa mort prématu-
rée en 1785, de se faire reconnaître une
noblesse datant de deux siècles. Cette obstina-
tion a ouvert les portes de Brienne à son
deuxième fils, Napoléon, né à Ajaccio, le
15 août 1769, un an seulement après le ratta-
chement de l'île gé~oise à la couronne de
France. L'école royale militaire de Brienne- Napoléon au siège de Toulon. Gravure de propagande postérieure à l'événement, représentant
le-Château, tenue par les pères Minimes, lejeune général écouté et respecté, ce qu'il deviendra d'ailleurs peu après.
accueille les enfants de la noblesse désireux
d'embrasser la carrière des armes. Le jeune Insulaire et fier de l'être,« l'arrière-cadet français et boursier du roi, il se sent profondé-
Napoléon doit cette filière à son tempérament Buonaparte >> ne dissimule pas sa francopho- ment déraciné. Rebelle au latin et à la gram-
autoritaire et batailleur, tandis que son frère bie, se rêve résistant paoliste et fait savoir que maire, il dévore les livres d'histoire et de géo-
aîné, Joseph, garçon calme et modeste, est la présence des Français en Corse lui est graphie. Ses très bonnes notes en mathéma-
destiné à l'état ecclésiastique. odieuse. En vain lui rappelle-t-on qu 'i l est tiques lui valent sa nomination, en 1784, au
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ANNÉES DE JEUNESSE
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ANNÉES DE JEUNESSE
13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795). Se sachant impopulaires et craignant d'être balayés par les électeurs, les membres de la Convention avaient décidé
· (23 et 31 août 1795), avant de se séparer, que les deux tiers des futurs membres du nouveau corps législatif (500 sur 750) seraient choisis par cooptation parmi
les sortants. Un référendum truqué sanctionna cette décision (205 000 voix contre 108 000 et plusieurs millions d'abstentions). Les sérieux espoirs des royalistes
d'accéder légalement au pouvoir par une victoire électorale étant ainsi ruinés, il restait l'action de la rue sur l'assemblée, pratique républicaine éprouvée.
S'appuyant sur 30 des 40 sections de Paris, sur une partie de la garde nationale et sur les muscadins, les royalistes tentent une « journée». Barras fut chargé
d'écraser cette menace. Il fit appel à un jeune général réputé jacobin, Bonaparte, mis à l'écart depuis Thermidor. Pour renforcer les troupes de la Convention, il
fit sortir de prison 1 500 «patriotes» et détenus de droit commun promptement munis d'armes et d'eau-de-vie. Comme il avait de l'humour, Barras les appela le
«bataillon sacré>>. Le 13-Vendémiaire, les royalistes qui marchaient sur les Tuileries se heurtèrent aux troupes de Bonaparte quai Voltaire et rue Saint-Honoré.
Elles allaient fraterniser quand le Corse fit tirer au canon sur les muscadins devant l'église Saint-Roch. Il y eut 200 morts du côté royaliste. L'insurrection était
brisée. La République, contrairement au roi, n'avait pas hésité à faire tirer sur le peuple. Elle crut triompher sous la protection d'un militaire. Elle venait seulement
de désigner celui qui, bientôt, la détruirait.
ralliement à la Révolution. Et Marmont souli- teur des côtes des Bouches-du-Rhône et du daigne, d'inquiéter sa capitale et de le décider
gnera dans ses Mémoires : « Il fut révolution- Var, ce qui lui permet d'appeler sa famille promptement à la paix. Son plan nécessite la
naire surtout par calcul et ambition. » auprès de lui et de la secourir. En mars 1794, il prise de Ceva et de Vado, afin de changer le
Convaincu que la force est du côté de la reçoit le commandement de l'artillerie à théâtre des opérations et de pénétrer en Pié-
Convention et que les autres ne sont donc que l'armée d'Italie. Robespierre le jeune écrit à mont. Ainsi propose-t-il le plan de campagne
des rebelles sans espoir, Bonaparte se lie fort son frère Maximilien : «J'ajoute aux patriotes qu'il exécutera brillamment plus tard.
opportunément avec les représentants en mis- que je t'ai déjà nommés, le citoyen Buonapar- Le coup d'État du 13-Vendémiaire (5
sion : Robespierre le jeune et Saliceti, son te, général en chef de l'artillerie, d' un mérite octobre 1795) lui remet le pied à 1'étrier. Pour
compatriote, qui le nomme commandant de transcendant. Ce dernier est corse ; il n'offre défendre la Convention contre les insurgés
l'artillerie du siège de Toulon, ayant remarqué que la garantie d'un homme de cette nation royalistes, Barras fait appel aux officiers jaco-
ses commentaires avertis sur la tactique à qui a résisté aux caresses de Paoli, et dont les bins disgraciés. Les canons, rapportés par
suivre pour chasser les Anglais et s'emparer propriétés ont été ravagées par ce traître. » Murat des Sablons, permettent à Bonaparte
du port que contrôle une municipalité hostile d'écraser les forces de Danican sur les marches
aux enragés de la Convention. La première de l'église Saint-Roch. Le 16 octobre, il est
Grâce au dispositif de Bonaparte, Toulon marche du trône nommé général de division et devient général
.retombe aux mains des jacobins. Cet exploit en chef de l'armée de l'Intérieur, le 26. La
lui vaut, le 22 décembre 1793, d'être nommé Quand survient le 9-Thermidor et la chute République a été sauvée, mais elle devra désor-
général de brigade et consacre sa réputation. de Robespierre, Bonaparte se trouve, plus mais tenir compte des généraux, sans lesquels
« Là le prendra l'histoire pour ne plus le quit- qu'il ne voudrait, engagé avec les vaincus du rien ne pourra plus se faire. À la veille de se
ter, a dit Las Cases, là commence son immor- jour. dissoudre, la Convention a fait gravir à Napo-
talité. »Il s'est fait des camarades, dont la for- Dénoncé au Comité de salut public, il ne léon Bonaparte la première marche du trône.
tune sera liée à son épopée, Marmont, Junot, sera lavé de toute accusation que le 9 août E.P.
Duroc, Suchet, Muiron ... 1794. S'ensuit une longue période d'incertitu- Grand Prix 1993 de la fondation Napoléon
Robespierre le jeune lui propose le com- de et d'insécurité pendant laquelle il rédige pour son livre Le maréchal Ney, Éric Perrin a
mandement de l'armée de Paris. Mais, deux mémoires sur 1'armée d'Italie. Il préconi- consacré, en 1995, un ouvrage au vrai Vidocq et
conscient des inconvénients d' un poste aussi se, non pas de demeurer sur la défensive, mais prépare actuellement une biographie de l'impé-
exposé, Bonaparte lui préfère celui d'inspec- de porter la guerre dans les États du roi de Sar- ratrice Marie-Louise (éditions Perrin).
Il
/
L~incomparable
Joséphine
PAR ANDRÉ CASTELOT
A
u mois de septembre 1795 (vendémiaire
an IV), le général en « disponibilité »
Bonaparte fait la connaissance, chez
Thérésia Tallien, de la jolie Rose de Beauhar-
nais, qui sera un jour prochain « l' incompa-
rable Joséphine ». Née Tascher de La Pagerie,
vieille famille de planteurs français, originaire
des Trois-Ilets, hameau de la Martinique, elle
est veuve d'Alexandre de Beauharnais. Son
premier et ennuyeux mari, vicomte de sa
propre autorité, avait été élu président de
1'Assemblée constituante, avant de se faire
guillotiner par la machine que - comme tant
d'autres apprentis sorciers- il avait contribué
à lancer. Intime de Thérésia, cette jolie créole
à la mode a été enfermée pendant la Terreur et,
depuis sa libération, mène une existence assez
légère. Elle a frôlé la mort et s'étourdit
aujourd'hui, à la fois pour essayer de ne plus
penser au cauchemar et pour trouver le protec-
teur qui l'aidera à vivre. Elle n'a plus l'éclat
de ses vingt ans, mais elle est si adroite pour
se maquiller qu'elle attire davantage mainte-
nant qu 'autrefois le regard des hommes. Elle Une matinée chez Barras. Le peintre a représenté joséphine assise en compagnie de son jeune amant.
Il
L'INCOMPARABLE JOSÉPHINE
bamboche à cheveux épmpillés >> qui, avec Elle a emmené son amant avec elle !
trente-sept mille loqueteux sans solde, l'esto- Bien des années ont passé ... Joséphine mou-
mac creux et chaussés de paille tressée, pré- rut, alors que l'Empereur se trouvait exilé à l'île
tend vouloir combattre 1'empire d'Autriche et d'Elbe. En revenant à Paris, en 1815, après la
le royaume de Piémont ! Masséna le toise. défaite de Waterloo, et avant de prendre le che-
« Sa petite taille, raconte-t-il, sa figure chétive, min de l'exil, Napoléon poussa la porte de la
ne nous prévinrent pas en sa faveur. Le por- chambre en rotonde, la chambre de Malmaison,
trait de sa femme qu'il tenait à la main, et drapée de casimir amarante brodé d'or, là même
qu' il fit voir à tous, son extrême jeunesse, par- où Joséphine avait rendu le dernier soupir...
dessus tout, nous persuadèrent que cette nomi- Son souvenir l'enveloppa ...
nation était encore l'œuvre de l'intrigue ... » On Le sacrifice de s'être séparé d'elle n'avait
raconte que Bonaparte, en se découvrant, les rien produit d'heureux pour lui. La légende
força à l'imiter, puis qu 'il aurait remis sa coif- avait raison : il semble qu'en répudiant sa
fure sans que les autres aient osé se recouvrir. compagne, il avait perdu son étoile. Cette étoi-
« Demain, je passerai l'inspection de tous les 15 le qui brilla dès qu'il fut à ses côtés, cette étoi-
corps et après-demain, je marcherai sur le qui, après avoir encore jeté quelque feu au
Rose-Joséphine Tascher de La Pagerie (1763- début de 1812, s'éteignit- hasard troublant-
l'ennemi. >> 1814). Elle n'était plus de première jeunesse
Ce fut exact à trois ou quatre jours près. lorsque Joséphine ne fut plus qu'une exilée.
quand elle fit la conquête du général Bonaparte.
Sur la place de la République, pour donner Mais, en plus du« bon ton» de l'Ancien Régime, Comme l'avait dit l'un de ses grognards alors
une âme à son armée, il passe ses troupes en du tact, de l'intelligence et de la conversation, elle que les choses commençaient à mal tourner :
revue. Il circule entre les rangs, interroge ses avait, dit-on, une grâce irrésistible. « Il ne fallait pas qu'il quittât sa vieille ; elle
hommes familièrement et les stimule en leur nous portait bonheur et à lui aussi ! >>
promettant que bientôt ils pourront dire avec Barras, alerté par Joseph, demande alors à Le divorce et ses conséquences - le maria-
orgueil : « J' étais de l'armée d'Italie. >> Puis, Carnot de calmer Bonaparte en rejetant la res- ge avec une archiduchesse et la venue au
remontant à cheval, il lance des phrases lapi- ponsabilité de l'absence de Joséphine sur le monde du roi de Rome - avait bien marqué le
daires qui vont devenir immortelles : « Sol- Directoire « dans la crainte que les soins que point culminant de son inhumaine fortune.
dats, vous êtes nus, mal nourris et nos maga- lui donnerait son mari ne le détournassent de Après, ce fut bien vite - tragiquement vite - le
sins sont vides; ceux de l'ennemi regorgent de ceux auxquels la gloire et le salut de la patrie commencement de la fin.
tout : c'est à vous de les conquérir. Vous le l'appellent >>. Il l'avait dit à Metternich, le 26 juin 1813 :
voulez, vous le pouvez, partons! >> « J'ai fait une bien grande sottise en épousant
Chaque nuit, il rêve qu'il serre sa femme Bien que volage, une archiduchesse ; j'ai commis là une faute
dans ses bras : « Je n'ai pas pris une tasse de impardonnable ! >>
elle fut son étoile
thé sans maudire la gloire et l'ambition qui En divorçant d'avec sa compagne, n'est-ce
me tiennent éloigné de l'âme de ma vie. >> Il pas de la fortune qu'il s'était séparé?
Mais il fallait maintenant que, coûte que
n' ignore pas le genre d'existence que la créo- A-t-il pensé aussi qu'il l'avait trompée
coûte, la créole se décidât ! Bonaparte, dans
le, << bâtie de dentelle et de gaze », a pu mener. avec cynisme, avec cruauté, sous ses yeux, en
ses lettres, n'avait-il pas annoncé que si sa
Victorieux, quelques mois plus tard, il ne se souciant nullement de la peine qu ' il pou-
femme était réellement malade, il accourrait à
demande à Joséphine de venir le retrouver en vait lui faire ? Il se fâchait même lorsque,
Paris ? N'avait-il pas déclaré que, sans José-
Italie. Elle n'y met aucun empressement. C'est toute dolente, elle le regardait les yeux lourds
phine, il estimait ne plus être utile à 1'Italie ?
le cadet de ses soucis. Elle a bien autre chose de reproche et, trop souvent à son gré, noyés
Bref, il était prêt à laisser là les diplomates
en tête, car elle est tombée éperdument amou- de larmes. Bien sûr, elle l'avait trompé, elle
implorant alors 1'armistice et à abandonner son
reuse d'un certain lieutenant Hippolyte aussi- et trompé la première ...
armée à qui voudrait la prendre. Ainsi toute la
Charles, de neuf ans plus jeune qu 'elle. Il est Songe-t-il à tout cela, ce jeudi 29 juin
conquête dépendait des coucheries de Joséphi-
irrésistible ! De plus, il l'amuse follement ! 1815, devant ce lit de Malmaison, ce lit où
ne ! Or, rien, jusqu'alors, n'avait pu
Pas comme Napoléon ! Le souvenir de son veillent deux cygnes aux ailes déployées ?
convaincre l'infidèle à quitter son cher et bel
« Elle était pleine de grâce pour se mettre
mari ne la gêne nullement. Le nom du général Hippolyte qui la faisait rire aux larmes, et
Bonaparte se trouve sur toutes les lèvres ... sauf
au lit, pour s'habiller. J'aurais voulu qu'un
savait si joliment la chiffonner dans son bou-
sur celles de sa femme. Albane la vît alors pour/a dessiner: .. Elle était
doir en rotonde !
Bonaparte est entré en vainqueur à Milan,
femme dans toute la force du terme, mobile,
Cette fois , les cinq directeurs se fâchent et
et dans toutes ses lettres, il supplie Joséphine
vive et le cœur le meilleur... C'est la femme
- le 24 juin - mettent de force Joséphine dans
de venir le rejoindre. Elle se prétend malade,
que j'ai le plus aimée. >>
sa voiture. « Plongée dans un chagrin extrê-
A.C.
et ne pas pouvoir quitter Paris. Bonaparte écrit me, fondant en larmes >> , nous dit un témoin,
Auteur d'un grand nombre de livres, d'émis-
alors à son frère Joseph : « Mon ami, je suis elle laisse enfin Paris. Mais, dès les premiers sions radiophoniques et télévisées sur la période
au désespoir. Ma f emme, tout ce que j'aime tours de roues sur le chemin d'Italie, ses de la Révolution et de l'Empire, André Castelot
dans le monde, est malade. Ma tête n'y est larmes sèchent : en face d'elle, touchant ses a publié une biographie de Joséphine chez Perrin
plus... Je l' aime à la fureur et je ne puis rester genoux, se trouve Hippolyte, le joyeux - et qui vient d'éditer une nouvelle version de son
plus loin d'elle. >> beau - boute-en-train. Bonaparte et de son Napoléon.
NAISSANCE D'UN CHEF
Répétition
générale en Italie
PAR JEAN ÉTÈVENAUX
B
onaparte et l'Italie. La relation très moment où toute la famille dut fuir devant les
forte entre l'homme et le pays s'est paolistes - il réussit à passer en Corse, décou-
tas prononcée dans les termes pé en cinq séjours, un total de quatre ans et
inscrite dans une perspective qui
n'était pas que française, car toute la Péninsule deux mois, soit plus de la moitié des sept ans
apportés par la chronique, mais et huit mois de cette période ! 1'Ancien Régi-
fut concernée et, au-delà, l'ensemble euro-
péen. D'autre part, il ne faut pas en voir que me et la Révolution étaient vraiment accom-
e sens n'en est certainement pas
les contours militaires, car le commandant en modants pour ce militaire à mi-temps ...
rahi. On ne pouvait être plus élo- chef y a exercé un véritable proconsulat - et
même un pré-consulat- civil et politique. À l'école de Guibert
[uent dans la promesse de butin, En tout cas, cette terre dont était issue sa
famille sembla remplacer la Corse dans son C'est pendant l'hiver 1793-1794, au lende-
~erspective qui a toujours donné imaginaire affectif. Jusque-là, cet officier avait main de la chute de Toulon, que Bonaparte
tout fait pour vivre dans l'île de Beauté, pro- prépara ses premiers plans de campagne pour
u cœur aux armées de tous les longeant de façon éhontée ses congés pour y l'Italie. Il pensait que c'était par là qu'il fallait
demeurer : d'octobre 1785 - date de sa sortie attaquer l'Autriche et, protégé par Augustin
~mps et de tous les pays. de l'École militaire - jusqu'à juin 1793 - Robespierre - qui l'envoya en mission à
SSANCE D'UN CHEF
-
NAISSANCE D'UN CHEF
1
1!1
MUSCADINS CONTRE SANS-CULOTTES
P
réfiguration des Camelots du roi et avaient organisé le mouvement, décident le
des « Rats noirs » d'après 1968, ils lendemain matin de fermer le Club des jaco-
sont jeunes, armés de forts gourdins bins. Ainsi disparut cette société qui , aux
et parfumés de musc, d'où le surnom de heures les plus féroces de la Révolution,
muscadins. Commis de bureau, clercs de avait présidé à ses destinées.
notaire, magasiniers , artisans ou étudiants, Dès le lendemain, des rapports de police
ils pourchassent les sans-culottes à coups de constataient qu 'il suffisait « d'avoir l' mr
bâton, en attendant les coups de sabre et les jacobin pour être apostrophé, insulté et
coups de fusil. même battu ». Désormais, le triomphe des
Dès la fin de la Terreur, ils surgissent jeunes muscadins va s'accentuer tandis que
dans Paris, tenant le haut du pavé, se distin- tutoiement et bonnet rouge disparaissent des
guent par une tenue recherchée et excen- usages.
trique. Les gravures de l'époque les repré- Ils obtiennent que les restes de Marat
sentent vêtus d'un habit vert bouteille ou soient retirés du Panthéon, où ils avaient été
jaune et ils ont soin de parer leur redingote solennellement transportés seulement quatre
d'un collet de velours noir - pour porter le mois auparavant. Ils réclament même que
deuil de Louis XVI - et de dix-sept boutons, son cercueil soit jeté à la voirie ou l'égout.
rappelant le petit prisonnier du Temple, Après avoir « démaratisé » le Panthéon, les
Louis XVII. muscadins réclament d'y faire porter le corps
Leur singulière habitude de· prononcia- de Charlotte Corday...
tion d'où la lettre « r » est absente leur vaut À la fin de floréal, J'effervescence est à
aussi Je surnom d'Incroyables et les Mer- son comble, et l'on va assister à l'affronte-
veilleuses répondent aux muscadins. La ment décisif entre les muscadins et ce qui
mode après le puritanisme en usage sous la
subsiste de la sans-culotterie. Les 1" et
Révolution est aux « nudités », et les belles
2 prairial (20-21 mai 1795), le tocsin sonne
amies des muscadins s'enveloppent de robes
dans les faubourgs et la populace se soulève.
très serrées qui ne cachent rien de leurs
« Ce soil; disent les femmes, les cravates des
charmes.
muscadins seront à bon marché. »
Ils se recrutent non parmi la noblesse
Les insurgés envahissent la Convention
mais dans la bourgeoisie, le monde des
et le député Féraud est abattu. Mais les sans-
lettres, de la boutique et des théâtres. Cette
culottes laisseront passer l'occasion de
jeunesse, que ses adversaires disent
reprendre le pouvoir.
« dorée », ne possède pas la richesse, mais
elle représente, par ses manières, la Dès le 4 prairial, l'Assemblée se ressaisit
recherche de son costume, l'opposé de la et envoie, non plus seulement les muscadins
sans-culotterie. Elle fait contraste, dit Hyde mais également les hommes de la garde
de Neuville « avec les façons grossières et la nationale pour s' opposer aux révoltés. Ceux-
saleté officielle du costume des jacobins ». ci étaient commandés par un Noir de Saint-
Un muscadin, gourdin au poing.
Après Thermidor, la Convention s'était Domingue, Guillaume Delorme. un colosse
employée à démanteler Je terrible comité de Les muscadins appuient de toutes leurs qui régnait sur les ouvriers des faubourgs et
Salut public, qui avait été J'organe moteur de forces les mesures prises contre les plus san- sur leurs femmes parmi lesquelles il s'était
la Teneur. L'influence passe désormais au glants des révolutionnaires. Ils applaudissent f01mé une SOI1e de harem.
comité de Sûreté générale, épuré des der- au jugement et à la condamnation de Fou- Menacés d'un bombardement, les sans-
niers robespierristes et composé exclusive- quier-Tin ville, de Carrier, bouJTeau de la culottes prennent peur, se rendent et livrent
ment de thermidoriens, qui devint Je maître Vendée, et de leurs complices. leurs canons et leurs canonniers, dont le
de la police. Les véritables chefs du gouver- Dans la rue, dans les cafés, au Palais- « nègre » Delorme, qui sera guillotiné le len-
nement sont ceux de la majorité nouvelle : Royal, les muscadins poursuivent les sans- demain. Ce sera la dernière insuJTection
Tallien, Féraud, Banas et Fréron. Ces ther- culottes, et des bagarres s'ensuivent, au populaire de la Révolution. C'était la fin des
midoriens ont besoin d'une sorte de milice cours desquelles ils ont presque toujours le jacobins.
pour s'opposer aux sans-culottes, encore dessus. Peu à peu, le pouvoir de la rue passe Restent les muscadins. Après les avoir
puissants, surtout dans les faubourgs. de leur côté. Le 19 brumaire an III utilisés, les profiteurs du Directoire se met-
C'est Fréron qui se charge de l'organiser (9 novembre 1794), armés de bâtons et de tent à les craindre, et un certain 13 vendé-
en puisant parmi les plus ardents et les plus sabres, ils attaquent les jacobins dans leur miaire an IV (5 octobre 1795) ils les feront
décidés des muscadins. Ils ne tardent pas à repaire de la rue Saint-Honoré. canonner par un petit général connu pour son
représenter une force d'environ deux ou trois Deux jours plus tard, ils récidivent. Fré- jacobinisme.
mille jeunes gens. ron et le comité de Sûreté générale, qui GUY CHAMBARLAC
Il
1 8 FRUCTIDOR AN v
~
Un coup d~Etat
républicain
PAR PIERRE BESSAND-MASSENET
Q
uand Robespierre, au 9-Thermidor,
conseils du Directoire, qui étirent Barthélémy à la place de Letourneur lors du renouvellement annuel
avait entraîné dans sa ruine ses amis
d'un des cinq directeurs. Le conflit entre la majorité parlementaire de droite et les trois directeurs de
jacobins, l'événement avait été le gauche, Barras, La Revellière, Reubell, s'aigrit au sujet des titulaires des ministères, les députés ayant
signal d'une joie délirante, universelle mais demandé le départ de ministres estimés trop jacobins et la majorité directoriale ayant riposté en
bientôt remplacée par la hantise confuse, renvoyant deux ministres qu'elle jugeait trop modérés. On se trouva alors devant une situation bloquée à
constante, de voir se renouveler tout ce qu'on laquelle la minorité trouva la solution du coup d'État.
avait enduré et exécré pendant près de deux
ans. Or le Directoire n'avait pas su ou voulu se poignée de fanatiques, s'indignait de cette cher le vice caché qui entretient la division
hausser au-dessus des vengeances et animosi- mauvaise foi persistante, officielle, qui consis- des Français. N'est-ce pas une chose inconve-
tés politiques, répudier l'hypocrisie et le secta- tait à ne reconnaître pour républicains, pour nante de se servir toujours de cette e"\]Jres-
risme jacobins ; il avait conservé dans ses patriotes, que les militants révolutionnaires, sion : les patriotes ? N'est-ce pas faire une
écrits, dans ses allocutions, cette terminologie les derniers fidèles de Robespierre, les anciens injure au peuple que de paraÎtre soupçonner
de 1793, dont le seul souvenir était insuppor- habitués des clubs. « C'est là et non ailleurs, qu'il existe dans son sein une classe distincte
table au public. La France, à l'exclusion d'tine écrit un journaliste parisien, qu'il faut cher- de citoyens qui seule mérite ce titre de
Il
1
18 FRUCTIDOR AN V
HOCHE
OULE REVERS
patriotes ? Ne pourrait-on pas assurer au Cet avilissement progressif de la Révolu- DE LA MÉDAILLE
gouvernement que la grande majorité de la tion, amorcé en Thermidor avec la chute de
nation ne voudrait pas être patriote comme Robespierre, avait en effet duré cinq ans. Cinq
ceux qui prennent si exclusivement ce titre ? >> ans - alors que dans une correspondance datée
À force de dénoncer comme factieuse et de 1795 on relève déjà cette réflexion : << Les
de briser toute manifestation des idées libé- esprits se précipitaient en 1789 vers la Révo-
rales, antiterroristes et - dans ce sens - réac- lution, aujourd'hui, ils se précipiteraient vers
tionnaires, le Directoire avait fait le lit d'un un gouvernement qui la finit à toujours » (1 ).
néo-jacobinisme. Non sans stupeur, le pays C'est que la crise fatale du régime a été à deux
avait vu reparaître au conseil des Cinq-Cents reprises bloquée et suspendue par le recours à
une extrême gauche forte de plus de deux l'ultime ressource des révolutionnaires aux
cents députés. Ce qui s'était passé en 1793 abois: l'intervention de l'armée.
s'est reproduit aussitôt, du moins en cris, En octobre 1795, le 13 vendémiaire, alors
menaces et intimidations. Les clubs, malgré que les colonnes des Parisiens insurgés, scan-
l'interdiction prononcée contre eux, ont à nou- dalisés par les ultimes décrets de la Conven-
veau surgi, notamment en plein cœur de Paris, tion, convergeaient vers les Tuileries, c'est Mort de Hoche, 19 septembre 1797.
dans une salle voisine des Tuileries, où les l'artillerie cantonnée aux Sablons, près du bois
orateurs, croyant ressusciter Robespierre, exi- de Boulogne qui, amenée en hâte, avait balayé Quinze jours après Fructidor, Hoche, à
geaient des épurations, réclamaient des armes le Carrousel, les quais, la rue Saint-Honoré, et son quartier général de Wetzlar, mourait
pour les « patriotes », proposaient de rétablir fait place nette. Le rôle de Bonaparte en cette subitement dans des conditions qui, alors,
la loi des suspects, le Comité de salut public, affaire a été par la suite exagéré ; ce n'était parurent suspectes. Accès de phtisie
au besoin la guillotine, et de renouveler les encore qu'un petit général obscur, assez râpé galopante sans doute. Seulement voilà : il a
visites domiciliaires. « Notre nom est Jacobin , une altercation avec Barras, se brouille avec
et récemment destitué pour insubordination et
proclamait le député Destrem, notre société le Directoire à la veille d'un coup d'État,
opinions politiques trop avancées ; il prit tou-
quitte Paris, sachant trop de choses
est celle des jacobins, nous sommes et voulons tefois une part vigoureuse, efficace, au succès
évidemment, et quinze jours après il est
être jacobins. >> de la journée, mais ni plus ni moins que plu- mort. La réputation de Barras était
sieurs autres généraux ou officiers supérieurs détestable ; de là à parler de poison ...
Un système sur mesure républicains, Brune, Carteaux, Murat, Gardan- quoique à l'époque, comme le dit
ne, qui ne marchandèrent pas leur zèle. La plu- tranquillement Thibaudeau, ce ne fût pas le
Ces jacobins n'avaient pas craint non plus part des insurgés provenaient des classes genre ! De toute façon, cette disparition
d'accentuer le côté socialiste de leur doctrine moyennes ou aisées de la capitale ; ils laissè- délivrait Bonaparte d'un concurrent
et d'imposer un emprunt forcé sur les riches rent plusieurs centaines des leurs couchés sur éventuel, le plus sérieux de tous. Hoche,
- l'impôt en soi étant considéré comme un le pavé. Du moins la leçon fut-elle comprise, moins impulsif que Bonaparte, cavalier
« châtiment infligé à la fortune acquise ». Cet et la bourgeoisie copieusement étrillée rentra aimable et aimé des dames, masquait sous
emprunt était en fait un surcroît d'impôt ajouté sous terre, permettant ainsi à la Convention de les dehors d'une gravité précoce et le calme
à la contribution foncière. Mais les grosses se survivre à elle-même, puisque les deux tiers d'un beau visage aux traits réguliers un
fortunes réussirent à se volatiliser comme par des conventionnels prirent place d'autorité puissant fonds d'orgueil, où l'envie et la
enchantement pour n'être << qu'à peine écor- dans les assemblées législatives du Directoire jalousie avaient leur place. Il y a des lettres
nées >> , tandis que le poids de la taxe tombait et cinq d'entre eux formèrent le Directoire de Hoche dénonçant des camarades à Marat
lourdement sur les propriétaires fonciers et les proprement dit. en 1793, qui sont terribles pour sa
Le régime ainsi provisoirement sauvé réputation d'honnête homme. Ce grand
gens de moyenne et petite aisance.
soldat pouvait manifester une certaine forme
Résultat classique: l'argent a disparu. Cha- poursuiVIt tant bien que mal sa carrière
de générosité envers ses adversaires du
cun diminue sa dépense, annule ses com- jusqu'au printemps de 1797. De nouvelles
champ de bataille, mais il était aussi sans
mandes, les ouvriers n'ont plus d'ouvrage. << Il élections eurent lieu alors qui virent triompher
scrupules pour se débarrasser de collègues
faudra , conseillait un ironiste, qu'ils aillent en dans des proportions stupéfiantes, au-delà de qui l'irritaient ou dont la popularité risquait
demander aux clubs qui trouvent le remède à tout pronostic, des adversaires déclarés . du de gêner la sienne : le rude Kléber par
tout. >> Déconfiture qui aggrave encore la fanatisme révolutionnaire. Sur 216 conven- exemple, son propre lieutenant, qu'il ne
dégradation de l'esprit public. La commémora- tionnels sortants, une douzaine seulement craignit pas de signaler aux gens du
tion du 14-Juillet - quatre mois avant furent réélus ; soixante-six départements sur Directoire comme <<un de leurs plus
Brumaire- n'a été qu'une formalité sans écho. quatre-vingt-quatre avaient choisi pour dépu- redoutables ennemis "· Albert Duruy,
<< Après s'être passionné jusqu'à l'excès pour tés des candidats antijacobins. Ces nouveaux rappelant cette lettre de Hoche au Directoire,
la vie publique, on y est devenu absolument élus n'étaient pas tous nécessairement antiré- conclut : " On ne tombe jamais que du côté
indifférent ... >> Même dans les faubourgs pari- publicains ; mais, divisés entre eux, comme il où l'on penche, et quand un homme finit par
siens les plus portés jadis à la fermentation arrive à toute coalition spontanée issue d'un la délation, il est presque certain qu'il a
révolutionnaire, la parole jacobine a quasiment succès à 1' ampleur inattendue, ils finirent par commencé par l'envie. "
perdu tout effet. Bref, le retour des jacobins morceler leur majorité en autant de fractions P. B.-M.
aura été la médecine qui achève le patient. qu 'il peut y avoir de tendances jalouses et
RUCTIDOR AN V
UNCOMPLOTFORTÀPROPOS
Les éléments qui permirent le (Bonaparte conservant les originaux et
déclenchement des opérations menées les pièces annexes) mettaient
le 18-Fructidor au matin par le général officiellement en cause le général
Augereau étaient parvenus fin juin au Pichegru, placé grâce à son ami Carnot
Directoire, expédiés d'Italie par au poste hautement stratégique de
Bonaparte. président du conseil des Cinq-Cents.
Il s'agissait de la copie d'une partie De nombreuses pressions se sont
des révélations explosives du comte exercées sur le Directoire pour retarder
d'Antraigues qu'il venait de faire arrêter Ousqu'à la prise de pouvoir par Pichegru)
en Italie. Cet étonnant aventurier, agent la divulgation des pièces adressées de
secret du comte de Provence, Milan par Bonaparte. Celles mettant en
correspondait avec la haute émigration cause Pichegru ne furent publiées qu'au
et les cabinets européens. En décembre lendemain du 18-Fructidor, d'abord dans
1795, il avait recueilli à Venise les une version expurgée sous le titre de
confidences et une partie des archives Pièce trouvée à Venise (sic) dans te
du comte de Montgaillard qui s'était portefeuille d'Antraigues, et écrite
entremis six mois plus tôt dans une entièrement de sa main.
négociation entre le général Pichegru, Les armées françaises qui avaient
le prince de Condé et Wickham, l'agent largement pénétré en Suisse avaient
diplomatique anglais près la diète également mis la main sor des émigrés
helvétique. Mais alors que le comte et leurs papiers. Or les documents saisis
d'Antraigues fuyait fin mai 17971'avance confirmaient la collusion d'hommes
française en Italie, il avait été capturé à politiques et de militaires avec la
Trieste par le général Landrieux. Amené Le général Jean-Charles Pichegru (1761-1804) avait été Grande-Bretagne et l'Autriche. L'une de
sous bonne garde à Milan, il avait été répétiteur de mathématiques à l'école de Brienne, et Bonaparte ces découvertes (la correspondance du
traité avec égards par Bonaparte à la fut son élève. Simple soldat en 1780, sergent-major en 1789, général Klinlin), accablait Pichegru, et
demande de Joséphine et de la Pichegru fréquente le Club des jacobins de Besançon et en d'autres (les papiers Tinseau
comtesse d'Antraigues qui était alors la devient le président. Lors du passage du 3' bataillon du Gard à d'Amondans et d'Arthez), le général
plus célèbre cantatrice européenne. Besançon, il s'en fait élire lieutenant-colonel et part à sa tête Le Michaud d'Arçon, employé en l'an Il
Pour retrouver sa liberté, le comte vers le Rhin. Il est général de division en août 1793, et devient au Comité de salut public.
d'Antraigues reconnut l'existence d'une peu après commandant en chef de toute l'armée du Rhin. Passé Ces révélations présentaient un tel
conspiration royaliste à Paris et à l'armée du Nord au début de 1794, il conquiert la Hollande et danger que le général Moreau, ami de
s'empare de la flotte hollandaise bloquée dans les glaces au
authentifia les papiers trouvés dans son Pichegru, alors à la tête des armées
Texel. De passage à Paris au moment où éclate l'insurrection
portefeuille rouge, des pièces que républicaines qui avançaient en Suisse,
du 12-Germinal (l " avri/1795), il prend la tête des troupes de la
Bonaparte conserva par-devers lui. Convention et réprime les troubles avec énergie. De retour à retarda l'envoi à Paris de caisses de
Dans ces documents, on trouvailles l'armée du Rhin, il entre en pourparlers avec les royalistes. Le documents saisis par ses soldats.
noms de députés et de militaires connus Directoire, l'ayant appris, exige sa démission. Pichegru se fait Il renia cependant son ami dès le
pour leurs opinions républicaines. alors élire par le Jura au conseil des Cinq-Cents et se fait porter 19-Fructidor, afin d'éviter la déportation.
Bonaparte eut sans doute aussi à la présidence de l'Assemblée par la majorité royaliste. 11 est Les papiers adressés par Bonaparte,
connaissance (ou copie) d'un codicille proscrit après le coup d'État du 18-Fructidor et déporté en s'ajoutant aux aveux des membres de la
secret que Louis XVI, apprenant sa Guyane. Il s'en évade en 1798, rejoint Londres. Il prend part à " Manufacture "• sur l'imminence d'un
condamnation à mort, avait apposé sur son la conspiration de Cadoudal contre Bonaparte, vient secrète- coup d'État royaliste, avaient fourni à
ment à Paris, est dénoncé et arrêté. Emprisonné au Temple, il y
testament. Cette pièce dont Antraigues Reubell et La Reveillère le prétexte du
est retrouvé étranglé, le 5 avril1804.
avait mis l'original en lieu sûr était coup de force contre les Conseils.
particulièrement embarrassante pour le L'attitude de Barras, en cette
comte de Provence puisque son frère, au moment Sandrier des Pommelles, chef de la circonstance, avait été décisive.
de mourir, y exposait les raisons pour lesquelles " Manufacture » (organisation secrète royaliste) Se désolidarisant nettement de Carnot, il
il lui refusait la régence de principe qu'il confia et correspondant parisien du comte participa au comité clandestin formé par Reubell
en effet à Marie-Antoinette. Ce document que d'Antraigues, qu'elle abrita un temps chez elle et La Reveillère qui, s'appuyant sur le sabre
toutes les cours d'Europe, et surtout la Grande- dans son hôtel de la rue de Varennes. d'Augereau, permit aux " triumvirs » de
Bretagne, eussent voulu récupérer- également Bonaparte avait aussi trouvé sur Antraigues retrouver une majorité docile dans les Conseils.
le futur Louis XVIII qui en connaissait de nombreuses lettres originales établissant la OLIVIER BLANC
l'existence-, avait été remis par le roi martyr complicité de Pichegru avec des représentants Journaliste et historien, Olivier Blanc a publié
entre les mains de Malesherbes. Sur le point de la coalition royaliste (dont le fameux Fauche- Les espions de ta Révolution et de l'Empire
d'être arrêté, celui-ci l'avait confié à son amie Borel). (Perrin, 1995). Son prochain livre, à paraître en
madame Blondel, la tante d'Antraigues, qui fut Les révélations partielles émanant mars 1997, sera consacré aux Libertines, ou ta
arrêtée en mai 1794. Elle le transmit à temps à d'Antraigues dont le Directoire reçut copie recherche du bonheur au Siècle des lumières.
Il
1
18 FRUCTIDOR AN
Le véritable patron du Directoire était Investissement des Tuileries par les troupes d'Augereau qui forcent la grille du Pont-Tournant et
alors Barras, homme d'argent et de plaisir, qui désarment la garde du Corps législatif.
n'avait jamais considéré dans toutes les cir-
constances de la Révolution que le moyen Hoche, ayant fait prématurément avancer ses parvenaient à instituer, à la place du chaos
d'avancer ses affaires, tantôt jacobin pronon- régiments à proximité de la capitale, la révolutionnaire, un gouvernement durable,
cé, tantôt violent réacteur, immoral et scep- manœuvre fut éventée, dénoncée bruyamment pacificateur, libéré de toute hypothèque jaco-
tique jusque dans la moelle des os, disant de par les adversaires du Directoire, et Hoche dut bine, ralliant enfin la presque totalité des Fran-
lui-même avec son flegme impayable : « Les être désavoué et renvoyé, assez amer, à son çais, c'était la porte fermée à ses ambitions
temps de guerre civile ne sont pas des temps quartier général. personnelles. Il voulait bien chasser un jour les
de morale ! » Barras se mit donc en quête du révolutionnaires et clore la Révolution, mais
général qu 'il lui fallait pour purger le corps Augereau, que ce fût à son profit. Bourrienne a expliqué
législatif de toute opposition malséante. Deux en termes limpides ce que furent alors les réac-
un sabreur émérite tions de Bonaparte : « Il pensait d'abord à
grands soldats étaient en mesure de remplir cet
office : Hoche, qui venait de rejeter l'ennemi lui-même ... >> Soutenir le Directoire, c'était
au-delà du Rhin et d'installer son quartier Bonaparte, lui, dans son palais de Milan « défendre son propre avenir en protégeant un
général en pleine Prusse rhénane ; Bonaparte, ou sa résidence de Monbello, se conduisait régime qui n'avait pour lui d'autre justifica-
qui avait en quelques semaines conquis 1'Italie déjà en conquérant qui agit, parle, traite pour tion que de lui garder la place jusqu'à son
du Nord jusqu'à l'Adriatique. Rival de gloire son propre compte, administre à sa guise les retour >> . Il n'épargna donc pas les manifesta-
de Bonaparte, Hoche ne se souciait pas de peuples qu'il a vaincus ou libérés et leur impo- tions oratoires, « fulminant des outrages, du
laisser le proconsul de l'Italie, seul, plus en se ses lois. Parlant des directeurs, il disait, bavardage et des fanfaronnades » contre les
vue que n'importe lequel des autres généraux dans son jargon où le français et 1' italien « factieux » qui déshonoraient la représenta-
de la République, recueillir toutes les chances s'entrechoquaient bizarrement : « Je leur fais tion nationale et mettaient la République en
qui pouvaient découler de si grandes circons- peur et besoin. » Seulement il mesurait péril, les menaçant de repasser les Alpes pour
tances. Appelé à Paris, Hoche vit Barras, se 1'importance des événements survenus à Paris, les mettre au pas. « Ce jeune homme, disait
mit d'accord avec lui. « Nous sommes conve- il comprenait que la France était à la croisée Mallet, veut du fra cas, des honneurs et un
nus, écrira Barras, que son armée se pronon- des chemins et que cette crise pouvait orienter rôle ... » Mais il ne se souciait pas de participer
cera. » Le mot a une curieuse consonance le cours de l'histoire pour de longues années. en personne à cette petite guerre d'avocats et
avec celui de « pronunciamiento >> . Mais Si les partis modérés arrivaient à leurs fins et de journalistes qui mettaient Paris en ébulli-
Il
RUCTIDOR AN V
LES HOMMES
DE LA RÉVOLUTION
Le jacobinisme exulta. On vit dans l'escor-
C'est le cas de le dire, comme Béranger : te d'Augereau cavalcader des personnages
«Hommes noirs, d'où sortez-vous ? "Car si dont les figures évoquaient les heures les plus
quelques-uns des premiers révolutionnaires sinistres des années passées. Une fois encore,
et des plus actifs, tels Mirabeau, Laclos ou la victoire était restée aux gens de la Révolu-
Barère, appartenaient, par tempérament et
tion ; mais ils l'avaient payée d'un prix qui
par l'esprit au dernier tiers du XVIII' siècle, le
leur serait fatal. Victoire si l'on veut, mais vic-
plus grand nombre était composé de gens de
toire mortelle. On n'invite pas impunément les
robe, de beaux parleurs et d'hommes
militaires à prendre parti dans les affaires
d'affaires, formés à l'idéologie
encyclopédique, adhérents à ce qu'on
"' publiques et à résoudre, tambour battant, les
appelait « les nouveautés "• membres de
c conflits d'opinion. Déjà, dans un article écrit
sociétés de pensée, et d'une ambition peu après Vendémiaire, Rœderer, qui sera l'un
supérieure à leurs moyens. C'est leur état
Augereau (1757-1816). Bonaparte, qui ne des complices de Bonaparte, avait averti le
souhaitait pas participer en personne au coup gouvernement que sa situation à l'égard des
d'esprit qu'il s'agit de présenter : une
d'État ourdi par la gauche du Directoire, lui avait généraux était tout à fait changée ; que ceux-ci
extrême suffisance, un besoin d'échafauder
délégué l'un de ses lieutenants, sabreur émérite, dépendaient moins de lui qu'il n'avait lui-
des systèmes destinés à remplacer ce qui
parfait soudard et jacobin bon teint, le pittoresque
était et à reprendre la société par la base en même besoin d'eux ; et qu'un gouvernement
Augereau. Avec son grand plumet, ses bottes
la débarrassant des " chimères , religieuses, rouges brodées d'or et ses doigts chargés de ne doit jamais dépendre de la moralité de ses
en supprimant les privilèges de la noblesse, brillants, ce colosse fit sensation. Il exécuta la agents. « En dépendre, c'est être sous leur
les derniers vestiges de la féodalité, en besogne sans états d'âme. Devenu empereur, autorité ; et même s'y trop confier, c'est la
substituant au régime monarchique celui des Napoléon en fit un maréchal. corrompre. D'ailleurs, il est des dangers qu'il
assemblées en permanence, en restituant au faut prévoir et non attendre, et dont il n'est
" peuple , les droits dont on l'avait frustré au tion, ni de prêter lui-même la main aux plus temps de parler quand ils sont présents. »
cours des âges et qui lui appartenaient. besognes d' un régime non moins décrié que Après Fructidor, ce fut pire ; car cette fois, les
Ici première scission, d'où devait sortir la chancelant. Il fit choix, pour l'opération proje- révolutionnaires avaient en quelque sorte
division rapide des Girondins et des tée par Barras, d'un de ses lieutenants, sabreur « pris par la main les généraux pour leur faire
Montagnards, des modérés et des extrêmes, émérite, parfait soudard, au poumon sonore, franchir cette frontière idéale de la liberté
scission qui, après quatre-vingts ans, se ancien maître d'armes, le pittoresque Auge- civile, ce Rubicon, qui, comme dans la Répu·
retrouvera dans celle, intra-démocratique,
reau. Ce colosse, avec son grand plumet, ses blique romaine, retenait les légions loin du
des opportunistes et des radicaux. D'un côté,
bottes de maroquin rouge brodées d'or et les Forum, et les avaient introduits, l'arme au
les réformateurs par étapes. De l'autre, les
doigts chargés de brillants, fit sensation. poing, dans le Sénat». L'exemple était donné,
réformateurs d'un seul coup.
« Quel fier brigand ' » s'écria l'un des direc- la besogne de curetage politique ordonnée à un
Il y a un style révolutionnaire comme il y
teurs, ébahi. général ne pouvait manquer d'offrir à d'autres
a un tempérament révolutionnaire,
caractérisé par un mélange de menaces et
un sujet de réflexions personnelles et de les
d'adjurations larmoyantes, style qui se Une victoire inciter à comparer leur puissance avec celle
retrouve dans les documents publics empoisonnée d'un régime dont ils étaient le seul rempart.
comme dans les correspondances privées, Et, par un fatal retour des choses, les coups
où le mot de« vertu , revient à chaque ligne, Dans la nuit du 17 au 18 fructidor d'État confiés aux soins de l'armée allaient
et qui sue l'hypocrisie... (3-4 septembre 1797), le fier brigand fit inves- contribuer à familiariser les Français avec
À côté des primaires et se mêlant à eux, tir par ses troupes les Tuileries et occuper les l'idée que« la Révolution finirait par un mili-
il y eut aussi les ratés de la littérature, du salles des assemblées législatives ; au fur et à taire ». Ainsi les révolutionnaires avaient-ils
barreau, de la bohème, les " n·eveux , ou mesure que les députés non conformistes sur- eux-mêmes scellé leur sort et, simultanément,
" arrière-neveux de Rameau "• aspirant à venaient, ils étaient pris comme dans une sou- celui de la Première République, compromise
n'importe quel emploi, puis s'en dégoûtant et ricière, appréhendés, puis conduits en prison, et confondue avec eux.
en cherchant un autre, et finalement La morale y trouve presque son compte. Car
d'où la plupart devaient être ensuite expédiés à
échouant dans une bureaucratie criminelle on ne peut à la fois condamner Brumaire et jus-
Cayenne. Le président du conseil des Cinq-
comme la Sûreté générale, ou simplement tifier Fructidor. Le césarisme est sorti de Fructi-
Cents n'eut que le temps de dicter aux secré-
administrative, branlante et fictive. Car la dor, et c'est le jacobinisme qui l'a enfanté.
taires cette suprême phrase : « Le conseil est
paresse et l'impéritie professionnelle jouèrent P. B.-M.
dissous par la force armée », et fut jeté à bas
leur rôle dans le grand bouleversement Pierre Bessand-Massenet était un de ces
politique et social de 1789. Ne pas faire ce
de son fauteuil. Au Luxembourg, l'un des
rares historiens qui savent concilier la qualité de
que l'on a à faire, ou le faire faire par un autre,
deux directeurs suspects d'intelligence avec
l'érudition, l'élégance du style et la sûreté du
fit partie de l'Évangile des Droits de l'homme. les « factieux » fut arrêté dans son lit ; l'autre jugement. Il a publié plusieurs ouvrages sur la
LÉON DAUDET se sauva de justesse par le jardin. Comme un Révolution, le Consulat et l'Empire, ainsi qu'une
Deux idoles sanguinaires, des députés encadré par les soldats protestait histoire du 18-Brumaire.
la Révolution et son fils Bonaparte. au nom de la loi, un officier lui répondit : « La
Albin Michel, 1939. loi, c'est le sabre. » Réplique qui ne devait pas 1. Mallet du Pan, Correspondance, 6 septembre
être perdue. 1795, 1, 298.
Ill
PORTRAIT D~UN JEUNE AMBITIEUX
e général Bonaparte, en [Link] ~a diacre en Corse, c'est lui qui m'a élevé. En
Il
UNE EUROPE TROP PETITE POUR SON AMBITION
La campagne ~
d->Egypte
PAR JEAN-JOËL BRÉGEON
U
n peu trop souvent, l'expédition
d'Égypte se réduit à quelques images
qui participent à la légende dorée mais
aussi à la légende noire de Bonaparte. Il y a
d'abord le choc entre les Français, disposés en
carré, et la flamboyante cavalerie mamelouke
<< au pied des pyramides » ; c'est ensuite le
désastre d'Aboukir et le sacrifice de Du petit-
Thouars et autres Casabianca, père et fils. Un
peu plus tard, Bonaparte, empêtré en Palestine,
touche les pestiférés de Jaffa. Gros a magnifié
le geste, authentique, mais qui n'abolit pas Le JO mars 1798, Bonaparte embarque à Toulon pour l'Égypte avec 13 vaisseaux de ligne,
l'ordre formel d'euthanasie donné par le même 15 frégates et 280 transports, 36 000 hommes, une pléiade de généraux et de savants.
Bonaparte. Enfin, 1'on ne peut faire l'économie
de la folle aventure de la pierre de Rosette,
avec sa triple inscription, arrachée au sable par rion d'Égypte. Mais il faut bien la dépasser lait lui porter un coup fatal et frapper en Égyp-
le capitaine Bouchard puis confisquée par les pour mieux la restituer dans sa complexité et te pour mieux ruiner son grand commerce, sa
Anglais qui 1'exposeront à Londres. ses contradictions. Sur ses origines, on a long- position en Méditerranée, ses communications
L'imagerie a sa place et doit la conserver temps cru que tout avait été dit. La France vers l'Inde; le Directoire avait hâte d'éloigner
dans cette aventure singulière que fut l'expédi- n'avait plus qu ' un ennemi , l'Angleterre ; il fa!- le plus glorieux de ses généraux, une forte tête
Il
LA CAMPAGNE D'ÉGYPT
1!1
AMPAGNE D'ÉGYPTE
Alors que Bonaparte et ses officiers pre- Dès juillet, les Anglais débarquèrent dans
naient leurs quartiers dans les palais mame- le delta une deuxième armée turque. Bonapar-
louks, Nelson surprit Villeneuve à Aboukir et te la tailla en pièces, tout près d'Aboukir. Ce
infligea aux marins français une défaite irré- qui tombait à pic pour faire oublier l'autre
médiable. Le général Caffarelli du Falga y per- Aboukir ! Mais le rêve oriental de Bonaparte
dit tous ses équipements scientifiques et les tourna court lorsqu'il reçut des rapports qui
officiers supérieurs leurs réserves de cognac et avaient franchi le blocus, lui narrant quelle
de bourgogne. Bonaparte déclara que, politique menait le Directoire et à quelles
contraints de rester en Égypte, prisonniers de défaites en Allemagne et en Italie avait
leur conquête et pareils à des naufragés, les conduit l'aventurisme de ces politiciens. Il
Français s'y installeraient et, s' il le fallait, se n'eut pas l'ombre d'une hésitation : il décida
feraient musulmans ! Pour achever la conquête, de quitter 1'Égypte avec juste une poignée de
Desaix partit en Haute-Égypte pour y fidèles. Sachant qu ' il n'aurait pas l'aval des
pourchasser les débris de l'armée mamelouke. officiers supérieurs qui n'étaient pas de sa
Avec détermination et enthousiasme, Bonaparte coterie, il leur joua ce tour pendable mais lais-
s'occupait de tout, tel un proconsul ou un vice- sa les clés de 1'Égypte au plus vaillant d'entre-
Bonaparte musulman et consul. << Tout ce eux : Kléber.
roi. En fait, son souci venait d'Asie. Soutenus
qu'il disait sur Mahomet, sur l'islam, sur le
Coran, il en riait lui-même, mais il désirait que par la logistique anglaise, les Turcs descen-
cela fût répété ... >>(Bourrienne). daient vers 1'Égypte, par la Syrie. Il partit à Début de l'égyptologie
leur rencontre, parcourut la Terre sainte,
renouant, lui et ses mécréants de soldats, avec Cette désertion mit 1'Alsacien dans une
BONAPARTE les prouesses des croisés. Mais à Saint-Jean- rage qu'il lui fallut rentrer. L'essentiel était de
FACE À L'ISLAM ct' Acre, il conduisit le siège de façon détes- sauver le corps expéditionnaire. Kléber avait
table. Au point que le tyranneau local, l'étoffe pour le faire et encore les moyens, mais
En débarquant en Égypte, les Français
ai-Jazzâr, bien secondé par ses conseillers pas la fibre coloniale. Il ne put jouir de son
prétendaient y répandre les "immortels
militaires anglais et émigrés (Phelippeaux), le admirable victoire d'Héliopolis sur les 40 000
principes de 89 "· Mais la population ne
tint en échec. La peste s'en mêlant, il fallut hommes du Grand Vizir (20 mars 1800) car il
voulut rien entendre. Ayant constitué un rentrer, sévèrement étrillé. fut poignardé par Sylayman 1'Alepin.
gouvernement à sa dévotion, une dizaine de
cheikhs réunis dans un "diwan "•
Bonaparte chercha à les séduire. Il accepta
quelques joutes théologiques avec les
"ulama" d'Al-Azhar, gardiens de
l'orthodoxie. Quand il leur demanda de
rendre une sentence invitant les musulmans
à lui prêter serment d'obéissance, les
" ulama " lui conseillèrent de se faire
musulman ... "Alors 100 000 Égyptiens et
100 000 Arabes viendront de l'Arabie, de
Médine, de La Mecque se ranger autour de
vous. Conduits et disciplinés à votre
manière, vous conquerrez l'Orient, vous
rétablirez dans toute sa gloire la patrie du
Prophète."
Puis on passa aux modalités pratiques,
circoncision et interdits alimentaires. Les
" ulama " proposèrent une dispense pour
les convertis à condition qu'ils donnent un
cinquième de leurs revenus aux veuves
pieuses. Mais on resta là, toutes ces
manœuvres obéissant à une subtile
rhétorique destinée dans les deux camps à
gagner du temps. Seul, le général Menou
crut bien faire en se convertissant à l'islam.
Il fut la risée de l'armée. Après avoir écrasé les mamelouks au pied des Pyramides, le 21 juillet 1798, Bonaparte s'empare du
J.-J. B. Caire une semaine plus tard. Mais après la destruction de la flotte à Aboukir, il sera prisonnier de sa
propre conquête.
1!1
LA CAMPAGNE D'ÉGYPT
Il
/ / /
Le 18-Brumaire
PAR JEAN TULARD
DE L'INSTITUT
Il
18-BRUMAIRE
gagnée par le général Bonaparte ! C'est ce conseil des Anciens gagnés à Sieyès hésitent
petit homme maigre et noù; que vous voyez là , encore. Bonaparte considère que ces « imbé-
monté sur ce grand cheval jaune comme l'or, ciles >> font bien des façons, mais il doit
qui caracole avec son long sabre à la main, s'incliner. On retarde tout de quarante-huit
devant ces tas de pierres taillées qu'on appelle heures.
des pyramides et qui dit à ses soldats : "De là- Le plan est simple. Faire d'abord le vide à
haut, quarante siècles vous contemplent !" » la tête de l'exécutif ct considérant le précédent
Loin de diminuer sa popularité, l'éloigne- de la chute du roi en août 1792, déclarer que la
ment l'a grandie. À Avignon, le 11 octobre, il Constitution est renversée. Réunir les conseils
descend place de I'Oulle à l'hôtel du Palais- hors de Paris (on continue à craindre les fau-
National. « La foule, raconte Boulart, dans ses bourgs même désarmés) pour qu'ils délèguent
mémoires, était immense. À la vue du grand leurs pouvoirs à deux commissions qui rédige-
homme, l'enthousiasme fut à son comble, l'air ront, sous la houlette de Sieyès, une nouvelle
retentit d'acclamations et du cri de "Vive constitution. Investi d'un commandement mili-
Bonaparte !" et cette foule et ce cri l' accom- Lucien Bonaparte (1775-1840) en tenue de taire, Bonaparte aura pour mission de les inti-
pagnèrent jusqu'à l'hôtel où il descendit. président des Cinq-Cents. Dans cette fonction, il mider. Le 9 novembre (18 brumaire), tout se
C'était un spectacle électrisant. À peine arri- joue un rôle capital le 19-Brumaire à Saint-Cloud, passe parfaitement. Sieyès et Roger Ducos,
vé, il reçut les autorités et les officiers. Dès ce sauvant par son sang-froid une situation que vùmt membres du Directoire, remettent leur démis-
moment, on le regardait comme appelé à sau- de compromettre la nervosité de son frère. sion. Talleyrand se rend auprès de Barras.
ver la France de la crise où /'avaient jetée le Celui-ci se laisse plus facilement convaincre
pitoyable gouvernement du Directoire et les Demeure Sieyès. L'ancien abbé, qui avait que prévu et signe une lettre où il affirme qu 'il
revers de nos armées. >> joué un grand rôle au début de la Révolution « rentre avec joie dans le rang de simple
Cette fois, le fruit est mûr. Le Directoire puis avait adopté un silence prudent à la citoyen >>. Gohier et Moulin, qui refusent de se
est totalement discrédité sur le plan intérieur et Convention pendant la Terreur, rêve depuis démettre, sont consignés au palais du Luxem-
la situation militaire, malgré des succès 1789 de donner à la France une constitution, sa bourg sous la garde de Moreau. Le vide est fait.
brillants de Masséna et Brune, demeure préoc- Constitution. Impossible de réviser la Constitu- Au conseil des Anciens, Cornet, de bonne
cupante, nécessitant 1'appel à un sauveur. tion de 1795 -il faut un délai de neuf ans entre heure, annonce que la République est mena-
Quand Bonaparte passe à Lyon, le la proclamation et sa mise en œuvre. Il est donc cée. Stupeur des députés encore mal réveillés.
13 octobre, la ville s'illumine en son honneur. nécessaire de la renverser. Pour un coup d'État, Ils votent un décret qui les livre à Bonaparte :
Même accueil chaleureux à Nevers. un général est indispensable. Sieyès avait cru - Article premier : Le Corps législatif est
Le 16 au matin, il est à Paris. Il prend du trouver ce général en Joubert, mais celui-ci est transféré dans la commune de Saint-Cloud.
repos, puis, le soir, se rend chez Gohier qui tué à Novi. Moreau ? Il hésite comme à son Les deux conseils siégeront dans les deux ailes
préside le Directoire. habitude. Déjà, il avait communiqué bien tardi- du palais.
Le pouvoir est à prendre, mais il lui faut vement au Directoire, le succès du coup d'État - Article deuxième : Ils y seront rendus
des alliés. du 18-Fructidor assuré, les preuves de la trahi- demain 19 brumaire à midi. Toute continua-
La meilleure solution serait de se faire son de Pichegru. C'est Moreau lui-même qui tion des fonctions et des délibérations est
élire au Directoire. Certes, Bonaparte n'a pas recommande Bonaparte à Sieyès : « Voilà votre interdite ailleurs et avant ce temps.
l'âge requis mais il est des arrangements avec homme. Il fera votre coup d'État bien mieux - Article troisième : Le général Bonaparte
l'état civil. Gohier et l'obscur général Moulin que moi. >> Commissaire du Directoire auprès est chargé de 1'exécution du présent décret ; il
s'y refusent. La voie légale, ou à peu près de l'administration du département de Paris, prendra toutes les mesures nécessaires pour la
légale, se ferme. Réal favorise le rapprochement. làlleyrand, sûreté de la représentation nationale.
Bonaparte pourrait se rapprocher de Bar- Joseph Bonaparte, Fouché, ministre de la Poli- - Article quatrième : Le général Bonaparte
ras, son protecteur. Seulement les rapports des ce, entrent dans le complot. est appelé dans le sein du conseil pour y rece-
deux hommes se sont refroidis. Sans doute à voir une expédition du décret et prêter ser-
cause de Joséphine. Mais Bonaparte pouvait-il La conjuration ment.
ignorer, quand il l'a épousée, qu'elle avait été Bonaparte prend aussitôt en main ses sol-
la maîtresse de Barras ? De toute manière, Très vite, des rumeurs circulent. Le Jour- dats par une vibrante harangue.
Barras penche maintenant pour une restaura- nal des hommes libres dénonce les menées de Le soir, le complot semble avoir réussi.
tion monarchique et a son homme de main, le Sieyès. Lors d' une rencontre entre Bonaparte « Cela n'a pas été trop mal aujourd'hui >>,
général Hédouville. et Bernadotte, ce dernier affirme en regardant confie Bonaparte à son secrétaire Bourrienne.
Se tourner vers ceux que l'on appelle les son rival dans les yeux : « Je ne désespère pas En réalité, les conspirateurs ont commis une
néo-jacobins ? Ils semblent avoir le vent en de la République et j'ai la conviction qu'elle erreur. Contrairement à la suggestion de
poupe, ayant gagné les dernières élections, résistera aux ennemis de l'intérieur et du Sieyès, ils n'ont pas neutralisé la quarantaine
mais ils font peur. Au demeurant ils ont leurs dehors. >> Il insiste sur « ennemis de de néo-jacobins actifs du conseil des Cinq-
généraux dont Bernadotte qui hait Bonaparte, l'intérieur >>. Cents, 1'autre conseil plus jeune et moins
surtout depuis qu'il a épousé Désirée Clary, Il faut aller vite. La date du 7 novembre favorable au complot. Il eût fallu faire le coup
l'ancienne fiancée de Bonaparte. ( 16 brumaire) est choisie. Mais les députés du d'État en une seule journée.
•
18·BRUMAIRE
LE PREMIER
CONSUL
Le coup d'État de Brumaire, loin d'être
dirigé contre la Révolution, était destiné à la
sauver. Bonaparte, revenu d'Égypte, apparut
comme le sauveur qu'on cherchait. Dès son
arrivée à Fréjus, il fut accueilli au cri de
" Vive la République "· Il traversa la France
en triomphateur. Un républicain ardent,
Baudin, député des Ardennes, mourut de
joie en apprenant son retour. Baudin mettait
son espoir dans le jeune général qui, le
13-Vendémiaire et le 18-Fructidor, avait prêté
main forte à la Révolution. Il ne faut pas
À Saint-Cloud, le JO novembre 1799, la manœuvre de Bonaparte tourne au désastre. C'est alors que
oublier non plus que le 18-Brumaire fut
Murat ordonne aux soldats : << Foutez-moi tout ce monde dehors ! » En quelques minutes la salle est
organisé à l'intérieur du gouvernement lui-
vide. On retrouvera des défroques de députés jusque dans la Seine. Ainsi finit en vaudeville la l '" Répu-
même. Deux des directeurs sur cinq, Sieyès blique qui avait commencé dans le sang.
et Roger Ducos, étaient d'accord avec
Bonaparte, et Sieyès était un des pères de la Le deuxième acte a pour décor le château La confusion est totale. À la tombée de la
Révolution. Il tenait le conseil des Anciens. de Saint-Cloud, le 10 novembre 1799 (19 bru- nuit, Anciens et Cinq-Cents rescapés se retrou-
Lucien Bonaparte présidait le conseil des maire). Six mille hommes « défendent » le vent pour prendre acte du vide de l'exécutif.
Cinq-Cents. palais. Ils sont sous les ordres de Bonaparte et Le Directoire est remplacé par un triumvirat
De cinq directeurs, on passait à trois ont pour rôle d'intimider les députés. Or c'est de consuls : Bonaparte, Sieyès et Roger
consuls. Tout de suite, le général Bonaparte Bonaparte qui se laisse intimider. Son discours Ducos. Le Corps législatif (d'où soixante et un
fut le premier, le seul. Il gouverna, rassurant devant les Anciens, pourtant en majorité députés sont exclus) est ajourné. Deux com-
les révolutionnaires nantis et la masse gagnés aux idées de Sieyès, passe mal. Bona- missions sont chargées de préparer une nou-
paisible de la population. Il effaçait les parte fait preuve de trop de nervosité. Il se velle constitution.
restes du jacobinisme, l'impôt forcé rend ensuite devant le conseil des Cinq-Cents. Il n'y eut aucune résistance à Paris. C'est
progressif et l'odieuse loi des otages. Tout de suite, c'est le chahut. Destrem apos- en province que se manifesta une brève oppo-
Il rendait les églises au culte et pacifiait la trophe Bonaparte : « Général, est-ce donc sition. Finalement, le sang a peu coulé, à
Vendée par l'arrêt des persécutions pour cela que tu as vaincu ? » Lucien Bona- l'opposé du coup d'État du 2 décembre de
religieuses. Il annonçait la fin de l'atroce parte, qui préside, n'arrive pas à rétablir le 1851. Les adhésions seront rapides, sanction-
misère due aux assignats, misère que le calme. Les députés dénoncent la présence des nées par un plébiscite arrangé par Lucien
Directoire, malgré ses promesses, avait été soldats, demandent des explications que Bona- Bonaparte, devenu ministre de l'Intérieur.
impuissant à guérir. La Révolution, née de la parte paraît incapable de leur fournir. Il doit Mais le coup d'État a perdu sa significa-
peur du déficit, avait ouvert un gouffre. sortir, suffoquant, pâle, le visage légèrement tion initiale. Œuvre de Sieyès qui s'appuyait
La mort du papier-monnaie n'avait pas été ensanglanté (probablement des boutons qu 'il a sur un général pour intimider les opposants,
un remède. On comprenait pour la première grattés dans son énervement). Soudain, un cri c'était un coup d'État parlementaire. Il devait
fois que la réorganisation des finances et le retentit : « Aux voix la mise hors la loi du être approuvé par une majorité de députés
retour à la prospérité dépendaient d'une général Bonaparte ' >> Un tel vote (qui doit confiant à Sieyès le soin de rédiger une nou-
réorganisation politique et d'un être ratifié par le conseil des Anciens) marque- velle constitution. L'impéritie de Bonaparte l'a
gouvernement fort. Sans le dire, on rait la fin de Sieyès et de Bonaparte. Ainsi finalement servi. Il a fallu faire donner la
reconnaissait que tout n'avait pas été si périt Robespierre. Déjà prudent, Fouché a fait troupe. C'est donc un coup d'État militaire et
mauvais sous l'Ancien Régime, et que le fermer les barrières de Paris. Où fuir ? Mais l'homme fort devient inévitablement le géné-
plus grand mal était l'anarchie. Lucien Bonaparte, qui préside, sauve le com- ral Bonaparte, reléguant au second plan Sieyès
La Constitution de l'an VIII, remaniée par plot. Il dépose ses insignes de président, ce qui qui ne donnera pas à la France sa constitution.
le Premier Consul, fut approuvée par trois suspend le vote, sort, monte à cheval et impro- Ainsi la Révolution s'achève-t-elle sur l'avè-
millions de voix. On avait déjà soumis bien vise un discours devant les soldats qui montent nement de ce « messie botté >> qu 'annonçait,
des projets de gouvernement aux électeurs : la garde. Il affirme qu 'on a voulu poignarder en avril 1792, Robespierre.
jamais une majorité si forte n'avait été son frère et aurait même montré le visage J. T.
ensanglanté de ce dernier. Les soldats de la Jean Thiard, professeur à la Sorbonne et à
obtenue. On peut donc se demander si la
garde parlementaire hésitent, mais il y a ceux l'Institut d'études politiques de Paris, directeur
France, en 1789, ne s'était pas abusée sur
d'études à l'École pratique des hautes études, est
ses désirs, si elle n'avait pas aspiré à qui sont venus de Paris et qu 'entraînent sans
membre de l'Académie des Sciences morales et
l'autorité plus qu'à la liberté. tarder Murat et Leclerc, officiers de l'état- politiques. Spécialiste incontesté de la Révolu-
JACQUES BAINVILLE major de Bonaparte. « Foutez-moi tout ce tion, du Consulat et du l" Empire, il a publié et
Histoire de France. monde dehors » , hurle Murat en entrant dans dirigé un grand nombre d'ouvrages, notamment
Réédition Godefroy de Bouillon. la salle où siègent les Cinq-Cents. En quelques La France de la Révolution et de l'Empire
minutes la pièce est vidée au son du tambour. (PUF, 1995) et Le temps des passions (1996).
LE MYTHE DU GRAND HOMME
BONAPARTE AU LYCEE
que quelques lignes, mais plus copieusement
L
a rentrée 1996 a marqué l'application
d'un nouveau programme d'histoire dans le Nathan qui distingue la réorganisa-
dans les classes de seconde. Faisant tion de la France et 1' « encadrement de la
une large place aux fondements lointains du société », et note que « l'administration cen-
monde contemporain, on ne trouvera évoquée tralisée façonne encore dans une large
l'histoire de France que dans les deux der- mesure la France d'aujourd'hui ». Il y a
nières parties des livres portant sur la période cependant des réserves pour le Bordas qui,
révolutionnaire et l'Europe de 1815 à 1848. Il après avoir admis que le Code civil respecte
est même précisé dans le Bulletin officiel que les acquis révolutionnaires, critique « une
la période 1799-1815 doit être traitée dans conception restrictive de la liberté et de
une tranche horaire de Il à 13 heures ... l'égalité ». « La femme est la grande victime
Le Consulat est traité différemment sui- du Code civil » pour le Nathan. Et le livret
vant les manuels (1). Soit dans un sous-cha- imposé aux ouvriers est souligné, mais le
pitre à part, titré << Le Consulat et l'Empire Magnard précise que ces ouvriers « étaient
(1799-1815) », soit dans un ensemble por- encore peu nombreux ».
tant sur « La République et l'Empire » Le Breal estime que cette « réorganisa-
(Belin) ou « La période révolutionnaire » Bonaparte par David. tion de la France » fut un « compromis » et la
(Magnard) . Ce dernier livre entreprend de création de la Légion d'honneur est précédée
casser la continuité historique pour lui sub- de la formule « Les hochets de la vanité ».
retrouve dans le Real (sic) : « Bonaparte
stituer une étude par thèmes qui ne laisseront La volonté de pacification sur les plans
interrompt le processus démocratique inau-
aucun souvenir dans la mémoire des élèves. politique et religieux est également notée
guré en 1789 »...
Bonaparte apparaît d'abord comme un dans tous les livres avec le pardon aux révo-
Ici, il est intéressant de rechercher en
général politique. Le Bordas est le seul à le lutionnaires et aux royalistes, la volonté de
amont si les livres ont signalé les avatars du
définir comme « un jeune général de la Bonaparte de restaurer le catholicisme
suffrage universel utilisé pour la première et
noblesse corse pauvre, réputé pour ses idées comme « religion d'État » (Concordat) et
seule fois lors de l'élection de la Convention
jacobines », et dont l'action le 13-Vendé- d'encadrer l'Église et le clergé.
en septembre 1792 et dans un climat tel que
miaire est résumée dans une formule incisive : Mais cette consolidation des acquis de la
la participation fut faible. Ce qui est reconnu
« il entre dans l'histoire, en même temps que Révolution, à qui a-t-elle profité ? « À la
par le Magnard « une caricature (sic) de
l'armée ». richesse foncière et aux notables » (Bordas).
participation », par le Nathan « la Conven-
Mais, par la suite, sa carrière militaire est « Aux notables anciens et nouveaux »
tion fut élue par une minorité de la popula-
traitée sommairement et souvent dans (Nathan) . « À la bourgeoisie » (Hatier). « À
tion », par le Hachette « peu de votants » et
d'autres sous-chapitres portant sur les guerres la bourgeoisie et aux possédants »
par le Breal « un dixième du corps électo-
et sur l'impérialisme révolutionnaire que (Hachette). « À la bourgeoisie, aux fonction-
ral ». Quant au Directoire, il avait rétabli le
Napoléon étendit à l'Europe. C'est pourtant naires et aux officiers» (Mag nard).
suffrage censitaire et procédé aux coups
cette gloire militaire qui explique l'appel au Ce régime n'avait-il pas des bases plus
d'État (Fructidor) quand les élections lui
« sabre » d'un certain clan directorien « Il
larges qui peuvent expliquer que, seules, les
étaient défavorables.
défaites militaires de 1814 et 1815 y met-
était auréolé par ses victoires en Italie et en Au-delà de sa constitution, le Consulat
tront fin ?
Égypte » (Nathan) . C'est« l'appel au soldat » est caractérisé comme « un exécutif fort »,
Le Nathan est le plus objectif qui salue
(Breal), « la recherche d'un pouvoir fort » mais « à partir des principes révolution-
dans le Consulat une formule convenant à
(Mag nard), la concrétisation de « l'armée naires » (Hachette), un « régime autoritai-
« une nation de paysans propriétaires » et
arbitre des conflits intérieurs» (Bordas). re » pour le Bordas qui définit le « bonapar-
même pour le « petit peuple des villes» .
Mais le 18-Brumaire ne fut pas un tisme » comme « un chef, un peuple ». Pour
Ce qui est admettre que, finalement, les
simple coup d'État. C'est la prise du pouvoir Je Belin, « Bonaparte fixe la Révolution ».
principes d'autorité et de propriété ont été
par Bonaparte et la mise en place d'un nou- Pour le Hatier « une dictature » avec « un
préférés aux libertés politiques et aux droits
veau régime qui conduira par étapes à État autoritaire et centralisé ». Pour le
abstraits. Sujet de dissertation proposé par le
l'Empire. Breal, « un césarisme démocratique ».
Nathan : « Bonaparte, héritier ou fossoyeur
Les bases en sont jetées dans la Constitu- Si certaines de ces formules sont péjora-
de la Révolution ? » Les deux, mon général...
tion de l'an VIII. C'est sur cette Constitution tives, il est à noter que la période de la
JEAN-PAUL ANGELELLI
ratifiée par le plébiscite de février 1800 que Convention jacobine longtemps exaltée ou
naissent les jugements politiques. Certes, glorifiée dans l'historiographie scolaire est !) Ces manuels sont au nombre de sept. Dans
Bonaparte a rétabli le suffrage universel maintenant jugée sans complaisance. 1'ordre (alphabétique), Belin , Bordas, Breal,
mais si le .« peuple est consulté, il n' élit L'œuvre administrative, financière, légis- Hachette, Hatier, Mognard, Nathan . Ils sont rédi-
pas » (Belin) . Le plébiscite est « largement lative est partout traitée, encore que trop gés par des collectifs de professeurs des lycées et
truqué » (Nathan) et la même remarque se rapidement dans le Belin qui ne lui consacre collèges.
Ill
dossier
Le chaos africain :
la débâcle de 1'humanitaire
ENTRETIEN AVEC BERNARD LUGAN
L'Afrique centrale est un enjeu mondial de première grandeur. Maître de conférence à l'université de Lyon-Ill, chargé de
La région interlacustre qui englobe l'est de l'immense Zaïre et des l'histoire de l'Afrique, auteur de nombreux ouvrages sur la
pays anglophones comme l'Ouganda, ainsi que des pays colonisation et ses conséquences, Bernard Lugan est
francophones comme le Rwanda et le Burundi, est riche en certainement l'expert français le plus compétent et le plus lucide
matières premières très recherchées. Jadis, la France y disposait en la matière. Il n'est pas seulement titulaire du seul doctorat
de grands atouts. On verra dans l'entretien que nous a réservé d'histoire ès lettres consacré au Rwanda (1 700 pages, université
Bernard Lugan comment ces chances ont été ruinées depuis 1981. de Provence, 1983), il est aussi un homme de terrain.
À l'opposé, les États-Unis, jusqu'alors relativement indifférents et Responsable de la mission archéologique et universitaire
soumis à leurs propres préjugés, ont peu à peu adopté une française au Rwanda de 1972 à 1983, il y enseigna à l'université,
politique de froid réalisme favorable à leurs intérêts ainsi qu'à la nouant des relations avec les représentants de toutes les ethnies
remise en ordre de cette région déchirée par d'inextricables et parcourant en tout sens l'Afrique centrale et australe. Nous
conflits ethniques. l'avons rencontré.
À la fin du printemps 1994, quand les Hutu du Nord eurent achevé le génocide des Tutsi et des Hutu du Sud (un
du sud Kivu, sont inconnus des
million de morts), la France déclencha l'Opération Turquoise pour tenter de sauver l'armée hutu en déroute. Cette anthropologues. Pour ces der-
intervention fut camouflée en intervention humanitaire. niers, le mot est un néologisme
récent servant à désigner la popu-
lation tutsi anciennement installée
génocide des Tutsi et des Hutu du France, fuyait en totale débandade ceux du Rwanda et du Burundi, sur les hauts plateaux dominant
Sud (environ un million de morts), devant 10 000 Tutsi qui avaient disloquent 1' armée zaïroise et les lacs Kivu et Tanganyika. Ces
la France déclencha l'Opération entrepris de reconquérir le pays vident les camps de réfugiés. Tutsi sont venus dans la région en
Turquoise afin de tenter de sauver fondé par leurs ancêtres au plusieurs vagues.
l'armée hutu en déroute. Cette XIV' siècle. Pour les Hutu, le trau- - Les Thtsi ont-ils atteint Ils ont fait parler d'eux, pour
opération fut camouflée en inter- matisme était d'autant plus fort leurs objectifs ? la première fois, dans les années
vention humanitaire. que les miliciens interhamwe et - Pour les Tutsi, cette cam- 1963-1965 au moment de la
Résultat, c'est avec armes et l'appareil d'État pensaient en avoir pagne de 1996 met un terme à la rébellion muleliste qui ensanglan-
bagages que l'armée hutu et les définitivement guerre de 1994. ta alors l'est de ce qui était encore
milices d'égorgeurs se réfugièrent terminé avec les Comme avant Déclenchée par le Congo. Contre le marxiste Pierre
au Zaïre. Tutsi puisque la France en Mulele et ses hordes emplumées,
À tout cela, il y a aussi un
la colonisation,
500 000 d'entre 1994, l'Opéra- les guerriers tutsi banyamulenge
quatrième responsable : l'humani- eux venaient les Tutsi sont tion Turquoise entrèrent en guerre aux côtés de
taire qui, durant presque trois ans, d'être « génoci- redevenus les avait privés l'armée congolaise, alors enca-
a nourri, au Zaïre, réfugiés et dés ». L'adminis- la principale d'une victoire drée par des mercenaires. C'est
assassins, permettant aux égor- tration hutu pro- force régionale totale. À l'abri aux Banyamu1enge que l'actuel
geurs de refaire leurs forces et de voqua alors un du bouclier fran- Zaïre doit largement de ne pas
préparer la reconquête du Rwan- immense exode, forçant les popu- çais, l'armée hutu en déroute avoir perdu sa province du Kivu.
da. C'est le même lobby humani- lations des zones qu 'elle contrôlait avait en effet pu trouver refuge au Les Banyamulenge pensaient
taire qui poussa ces derniers mois encore à fuir au Zaïre afin d'y pré- Zaïre. Trente mois plus tard, le donc avoir bien mérité de leur
à une intervention militaire. parer une reconquête ultérieure. Hutuland qu'elle y avait constitué patrie mais la guerre du Rwanda a
Des centaines de milliers de n'existe plus et le Zaïre est désta- fait d'eux des étrangers sur leur
- L'est du Zaïre a donc été paysans abandonnèrent alors leurs bilisé. propre terre.
transformé en sanctuaire et en terres. Tous n'étaient pas des Les Tutsi sont redevenus la
base d'attaque du Rwanda où assassins. Mais les assassins les principale force régionale, comme - Les États-Unis semblent
sont revenus les Thtsi. utilisaient comme boucliers. ils l'étaient déjà avant la colonisa- avoir compris, mieux que la
-Au printemps 1994, pour les Et voici qu 'à l'automne 1996, tion. La région renoue donc avec France, où était leur intérêt ?
Hutu , l'impensable s'était produit : en moins de deux mois et au terme son histoire. -Depuis l'arrivée des socia-
l'armée hutu, forte de 45 000 d'une guerre éclair, les Banyamu- Mais il s'en est pourtant fallu listes au pouvoir en 1981, la Fran-
hommes entraînés et armés par la lenge-Tutsi du Zaïre, appuyés par de peu que la victoire soit une ce a accumulé les fautes poli-
Ill
Mo•<lÙ• .®
tiques en se dressant systémati-
quement contre les Tutsi et en
"
soutenant avec acharnement les
Hutu. Dans cette région où les
dominants traditionnels sont les
Tutsi, c'est autour d'eux seule-
ment que la recomposition ethni-
co-étatique peut être effectuée.
Eux seuls ont le sens de 1'État.
Toute politique fondée sur le
Zaïre ou sur le soutien aux Hutu
n'est que construction sur du
sable.
Bien différente fut l'attitude
amencaine. Instruits par les
échecs de leur politique en Soma-
lie ou au Liberia et lassés de
l'anarchie zaïroise, les USA ont
décidé d'affirmer différemment :.:';'
Professeur à l'université de
Bristol, l'auteur cherche à connaître
Livres livre deuxième des Macchabées.
1 L'intrusion de la culture grecque dans
l'Orient datait d'Alexandre le Grand.
La Palestine dépendant de 1'aire de
domination des généraux grecs
1
devenus rois, les Séleucides, régnant à
jans quel monde et dans quelles Antioche (la ville où le nom de
:irconstances est née la mythologie ' << chrétien » a été inventé). Jésus
grecque ancienne. Dans une passe une panie de son enfance dans
première partie, il examine les lieux ce mi 1ieu où le judaïsme est traversé
)Ù des poètes itinérants racontaient d'influences platoniciennes et
jes histoires, le foyer, les fêtes pythagoriennes. Il prêchera d'ailleurs
Jubliques, les banquets, les /eschai une doctrine qui remplace les
:Jes lieux où les gens discutent). commandements de la loi de Moïse
Puis, à travers le paysage, la famille, par « aime:-vous les um les au1res », 1
.a religion, il étudie les rapports entre caractéristique de la '< philanthropia >> 1
)i 1'ouvrage est séduisant et parfois Massa-Pairault parallèlement des textes apocryphes, de Dionysos, où les Mystes mangent
irôle (ainsi le parallèle entre Hercule c'est-à-dire secrets qui étaient la chair du dieu démembré. est pour
:t Davy Crockett), si certaines pages commentés en ptivé ou après une les Juifs une abomination. Que dire de l
L'auteur appartient au monde des
;ont neuves (sur la montagne par initiation. Du Il' au VIII' siècles, l'idée de boire le sang d'un homme,
étruscologues français, un monde
:xemple) ou salubres (Freud et le cette littérature fleurit, conservant d'un Dieu. d'un homme-dieu, le
1
•
LIVRES
Il
Apaches, voyous (6 février) et suscitant des haines par des raisons politiques (Pie XI Le temps des
et gonzes poilus forcenées comme des fidélités était favorable à la politique chemises vertes
Le milleu parisien du début tenaces. Ce livre constitue une étude européenne d'Aristide Briand, bête par Robert O. Paxton
du siècle aux années soixante fouillée de la vie politique française noire de 1'AF) que par des motifs
par Claude Dubois sous la III' République. religieux qui eurent cependant leur Cet historien américain avait
Fayard. Notes et index (des personnes et part. Depuis longtemps l'Église publié en 1973 un livre controversé
Mirontons malgracieux, gouapes des thèmes) , 1 195 pages, 250 F.
s'inquiétait de voir un mouvement sur le France de Vichy qui fut
à surin, julots tatoués, flanqués de J.P.A.
aussi important dirigé par un exploité par les milieux favorables à
leur marmite d'un côté,« hommes agnostique fort éloigné du message une culpabilisation de la France.
d'affaires » en rider, de l'autre : ils La condamnation
évangélique. Quand la condamnation Dans une étude plus nuancée, il
sont tous là (photos à l'appui), réunis de L'Action française fut levée en 1939, le vide, créé par la traite de la profonde crise du monde
par les soins de Claude Dubois (le par Philippe Prévost condamnation de l'AF, dans la rural français entre les deux guerres,
<< Titi » du Figaroscope) , grand
France encore catholique, avait été d'où émerge la personnalité
chroniqueur de l'armée du crime. Il Sur une décision qui déchira le rempli par la démocratie chrétienne charismatique d'Henri d'Halluin dit
ne s'en défend pas, elle le fascine ; il catholicisme français, l'auteur a en attendant le progressisme. Dorgères, leader d'envergure d' un
le reconnaît « les voyous de l'ancien consulté les archives du quai d'Orsay La librairie canadienne. 29, rue de la mouvement paysan qu 'il assimile à
temps avaient du panache ». et les carnets du cardinal Baudrillart. Parcheminerie, 75005 Paris. Annexes et une classe dans les années trente.
L'évocation a du prix : de Vidocq à Il n'a aucun mal à démontrer que la index, 210 pages, 120 F. Orateur doué, il excellait dans
Manda, de Casque d'or à Mesrine mise à 1'index de l' AF par le Vatican J.P.A. l'agitation de masse. Paxton en parle
règnent les vrais, les arcans. Puis,
en 1926 s'explique peut-être autant avec sympathie, même s'il ne
c'est le clan Zemmour, les années
70, et l'évolution de la pègre vers le tranche pas le cas Dorgères plus
réactionnaire et antiparlementaire
business. Entre temps, on est passé Les armes qui ont fait l'histoire
des apaches et autres gonzes poilus que fasciste ... Pétainiste mais pas
par Dominique Ve1mer collaborateur après 1940, il fut à
au milieu. Très à l'aise, Dubois
excelle à situer les frontières. Il sait l'origine de la Corporation
Aux heures éclatantes des victoires comme aux heures sombres des paysanne de Vichy et des lobbies
tout de Bébert l'enjôleur, Jules des
Sables, Jean le Frisé, mais son cœur boucheries, dans la boue, le froid, la neige ou les sables, sur le pavé gras agricoles après 1945 (CNJA,
est du côté du Balajo, le musette de des villes et dans la broussaille des maquis, elles ont été l'espoir des FNSEA, etc.). L'homme était trop
la Bastoche, où officiait au soufflet à hommes : espoir de vaincre, espoir de vivre, espoir de changer enfin ce personnel pour peser sur la
douleurs son ami Jo Privat, mémoire monde dans 1'odeur de la poudre et l'ébranlement des détonations ... politique nationale. Son action resta
du mitan. À lire pour la justesse du Symboles de foi, de peur mais aussi de courage, les armes sont, bien engluée dans des rivalités
ton. souvent l'ultime argument de ceux qui ont mis « leur peau au bout de leurs paralysantes. Il reste quelque chose
Parigramme. 143 pages, 165 F. idées». du dorgerisme dans la nostalgie
E.V. actuelle d'un uni vers rural
Oui, les armes ont fait l'histoire. Mieux encore, les armes sont
disparu ...
1'histoire. Elle témoignent, bien sûr, à leur manière, des progrès constants Le Seuil, collection L'univers historique.
Le colonel
d'une civilisation technicienne, mais aussi de l'époque qui les a vu naître, 312 pages, 160 F.
deLa Rocque et si nombre d'entre elles, filles des défaites, furent forgées pour de J.P.A.
par Jacques Nobécourt lointaines revanches, d'autres ont pris d'emblée une solide option sur
l'aventure coloniale ou la conquête des << pays-frères >> ... Hommes d'influence
Copieuse biographie, très
Dominique Venner sait fort bien cela, lui qui, naguère, crapahuta là-bas, du xx~ siècle
renseignée, de l'homme qui dirigea,
dans les djebels calcinés d'Algérie avant que de se croiser pour les valeurs par Yves Chiron
entre 1930 et 1939, les Croix-de-feu
puis le Parti social français (PSF) qui d'une Europe debout, aux temps héroïques de la guerre froide et de la
compta plus d'un million décolonisation. Et si, homme fait, l'ex-chef de section est resté amateur de Les hommes d'influence ne se
d'adhérents. Le colonel de La belles armes, l'écrivain engagé s'est mué, au fù des ans, en hisrorien cachent pas, mais préfèrent 1'action
Rocque fut le bouc émissaire aussi serein de la geste de ce siècle. Les armes forment donc, tout naturellement, efficace à la publicité. Yves Chiron
bien des gauches, pour qui il la trame même de son œuvre, résolument campée au carrefour de la en étudie sept, presque tous disparus,
incarnait le péril << fasciste >>,que des connaissance et de l'action. sauf Pierre Bergé, bienfaiteur de la
droites radicales qui lui reprochaient Ainsi, s'en remettant à Dominique Venner pour << parler d'armes », les gauche branchée et antiraciste. Dans
son immobilisme politique. Ses 1'ordre, Albert Kahn, René Cassin,
Éditions Crépin-Leblond- qui publient également le magazine spécialisé
activités de résistance lui valurent Jean Monnet, Louise Weiss,
Cibles- se donnaient les moyens du succès avec force anecdotes inédites
d'être arrêté en 1943 et déporté. À (féministe de choc, mais oubliée),
concernant les armes les plus célèbres, la course à la fortune de leurs Étienne Hirsch, Paul Delouvrier.
son retour de déportation en 1945, il
inventeurs, le tout pimenté d'agréables digressions littéraires ou Certains interviennent à la SDN
fut derechef emprisonné sur pression
du parti communiste et mourut peu cinématographiques. entre les deux guerres, d'autres
après. Le général de Gaulle lui rendit Un éclectisme de bon aloi se retrouve dans le choix des utilisateurs, de conçoivent la législation de
hommage mais seulement en 1961. Winston Churchill- sauvé par son pistolet Mauser- à André Malraux, l'Épuration ou les constitutions
Jacques Nobecourt entreprend de client chez Astra, en passant par James Bond << 007 >> et Elko Krisantem françaises. On les retrouve dans les
réhabiliter cette personnalité dont la (majordome de SAS le prince Malko Linge), sans oublier Patton ou John coulisses du mouvement européen.
doctrine politique imprécise résultait Wayne, Gavrilo Princip, fine gâchette aujourd'hui bien oubliée, Bonnot, Ils mêlent le pragmatisme à une
d'une sorte de nationalisme chrétien bien sûr et toute l'équipe des<< bandits en auto>>, mais aussi Guillaume II, idéologie plutôt mondialiste. En
et social que 1'on retrouvera après adepte de l'étui-crosse, ou le sous-lieutenant Ernst Jünger, virtuose du P.08 analysant les personnes et leurs
1945, aussi bien au RPF qu 'au MRP. et ultime détenteur de l'ordre<< Pour le mérite »... œuvres, 1'auteur ne tombe ni dans le
Il se dégage le portrait d'un homme Éditions Crépin·Leblond. 172 pages, 180 photos, 149 F. dénigrement ni dans le
plus modéré que ses partisans, ARNAUD SIBUET conspirationnisme. Il s'appuie sur la
refusant les épreuves de force documentation ouverte. Ce qui suffit
Il
LIVRES
Il
des récits de marins, de soldats et de
NOUVELLES PARUTIONS réprouvés. Il est aussi le plus original
des critiques littéraires. Depuis
plusieurs années, chaque semaine,
La Cité antique, par Fustel de pages, 85 F). Dans une perspective Israël, de la greffe rejetée à l'État dans Narional-Hebdo, il publie en
Coulanges, préface de François nullement libérale (les libéraux ne digéré, par Jean-Claude Rolinat absolue liberté le portrait d'un
Hartog (Champs/Flammarion, 520 comprennent rien aux révolutions), (Godefroy de Bouillon, 270 pages, écrivain disparu. Ainsi l'œuvre est-
pages, 45 F). Réédition de l'ouvrage réflexions d'un témoin (à Varsovie 150 F). Une histoire non convenue elle examinée dans sa totalité et
fameux (1864) du grand historien, en 1920 et à Moscou en 1929) sur la de l'État d'Israël, l'analyse de ses 1'écrivain restitué dans son hérédité,
alors inconnu, qui entendait révolution bolchevique. atouts et de ses faiblesses face à la son environnement, ses racines. De
démonter l'usage abusif fait par la Les surprises de la Loubianka, par nation palestinienne et au monde chacune de ces œuvres, Mabire
Révolution d'un modèle antique Vitali Chentalinski (Robert arabo-islamique. On lira en dégage un sens auquel les
artificiellement fabriqué par les Laffont, 368 pages, 149 F). contrepoint l'étude fouillée de Zeev professeurs de littérature ont
Jésuites autant que par Rousseau. Nouvelles découvertes dans les Sternhell, Aux origines d'Israël, rarement songé. Il le fait avec un
archives littéraires du KGB. Les Entre nationalisme et socialisme éclectisme parfait, une absence totale
Richard Cœur de Lion, par John
méthodes de la police bolchevique (Fayard, 590 pages, 190 F). de préjugé, de 1'humour et une sorte
Gillingham, préface de Ivan
(Tchéka) pour asservir de tendresse pour l'engagement quel
Cloulas (Noêsis, 500 pages, 150 F). Histoire des paysans de France, par
l'intelligentsia dans la période que soit le camp et la nationalité.
Par un médiéviste britannique, le Claude Michelet (Robert Laffont,
léniniste. Les écrivains transformés Ainsi, dans le troisième volume (Que
portrait véritable, situé au cœur de 302 pages, 249 F). Moins une histoire
en espions et en délateurs avant Ure ? 3) réunissant, comme les
son temps, du grand Plantagenêt. que des histoires de paysans.
d'être broyés. précédents soixante-quinze portraits
L'auteur se réjouit (p. 281) de
Sainte Brigitte de Suède, par d'écrivains accompagnés de savantes
Bénédicte Demeulenaere (Le Heidegger résistant, par Marcel l'offensive des « modernes contre les
bibliographies établies par Anne
Conche (Éditions de Mégare, 01370 anciens ». grâce à quoi, l'agriculture
Rocher, 136 pages, 79 F). Écrit dans Bernet, on voit cohabiter Maurice
Treffort, 28 pages, 51 F). L'auteur, fit « le plus prodigieux bond en avant
un style alerte, ce livre prend place Barrès et Henri Barbusse, Jean Cau
professeur à la Sorbonne, réfute les qui soit ». Progrès de la production,
au sein d'une série d'histoires de et Paul Claudel, Hugues Rebell et
accusations de crypto-nazisme mais mort programmée de la
saints (Patrick et Benoît). Histoires Boris Vian, André Malraux et
portées contre Heidegger. Plaidoyer paysannerie. Il fau t être aveugle pour
pieuses, légendes dorées, pleines de Thierry Maulnier, Rider Haggard et
philosophique où opère la séduction ne pas lier les deux phénomènes.
merveilles et de miracles, fort Henrik Ibsen, Moeller van den Bruck
éloignée donc de 1'histoire véritable de l'enchaînement impeccable des La ligne de mire, discours aux ou George Orwell. Ce qui compte
qu'il serait pourtant intéressant de idées par le questionnement. citoyens européens, tome 2, I988- aux yeux de Jean Mabire, ce n'est
décrypter. Jacques Bainville, l'Europe entre 1995, par Alain de Benoist (Le pas 1'art pour 1'art, bien que la
deux guerres, 1919-1936, par Labyrinthe, 220 pages, 120 F). On critique esthé[Link] présente.
Les Tudors, par Georges Minois
Christophe Dickes (Godefroy de lira avec un intérêt tout particulier le mais le ressort secret de chacun de
(Que Sais-Je? 3 140. 128 pages, 40 F).
Bouillon, 215 pages, 125 F). texte de 1995 sur l'individualisme et ces hommes et l'influence qu 'ils ont
L'avènement de la nouvelle dynastie
Analyse d'une pensée en action. la dissolution du lien social dans les exercée, parfois à leur corps
sous Henri VII à travers complots et
Pensée vérifiée par la qualité des sociétés européennes à la fin du XX' défendant. De volume en volume,
soulèvement, la rupture avec Rome
prévisions. siècle. prend forme la première hi stoire
et la religion nationale au règne
suivant (Henri VIII), l'affirmation Enquête sur la Tradition métapolitique de la littérature du XX'
Images du fascisme, 1943-I945
enfin d' une puissance montante sous aujourd'hui, par Arnaud Guyot- siècle.
(Éditions des Monts d'Arrée, Tél. :
Éditions nationales, 316 pages, 150 francs.
Élisabeth l'n. 0 l 40 67 77 06. Deux cassettes Jeannin (Guy Trédaniel , 205 pages,
Ouvrage en vente à la Libraisie Duquesne,
vidéo, 350 F). Films d'actualité sur 98 F). Dix questions (ou reviennent 27 avenue Duquesne, 75007 Paris,
Charette, l'homme et sa légende
le République sociale italienne et les noms d'Abellio, Evola ou tél • [Link].55.
(Librairie du Mémorial de Vendée,
Mussolini. Guénon) à douze auteurs. Pour D.V.
La Chabotterie, 85260 Saint-Sulpice
l'ampleur de leur prisme, le non-
le Verdon, Tel : 02 51 42 81 00) . La France libre, par J.-L.
initié retiendra particulièrement les PhUby, père et fils :
Catalogue << Charette et sa légende >> Crémieux-Brilhac (Gallimard,
réponses du Christian Guyonvarc 'h la trahison dans le
présentée au Mémorial de Vendée 970 pages, 198 F). Par un gaulliste
et de Paul Sérant.
en 1996. De magnifiques de la première heure, une histoire sang
reproductions en couleur retraçant la documentée et laudative qui se perd Histoire politique de ln France par Antony Cave Brown
vie et la mort du héros de la Vendée. souvent dans les détails. À noter depuis 1945, par Jean-Jacques
également dans la collection Que Becker (Armand Colin, 208 pages, Quel auteur de romans
Kit Carson, par Guild et Carter
Sais-Je (1078) une Histoire de la 73 F). Dans une collection destinée d'espionnage aurait osé imaginer un
(Le Rocher, 440 pages, 159 F). La
France libre par Jean-François aux étudiants d'études politiques. un destin aussi fabuleux que celui de
plus sérieuse biographie d'une des
Muracciole. aide-mémoire institutionnel, assorti Kim Philby? Philby, l'insaisissable
grandes figures de la Frontière,
de chronologies et de documents. espion du siècle, 1'acteur de la
séparant légende et faits réels. Viêt-nam, Pourquoi les États-Unis
ont-ils perdu la guerre ? par Les empires et ln puissance, La mystification qui trompa Hitler sur le
Que sont les Indiens devenus ? par lieu et le jour du débarquement en
Nguyen Phu Duc (Godefroy de géopolitique aujourd'hui, par Jordis
Ward Churchill (Le Rocher, 354 Normandie, l'agent double qui,
Bouillon, 420 pages, 165 F). Par un von Lohausen (Le Labyrinme. 260
pages, 148 F). Essai vengeur écrit infiltré au plus haut niveau dans les
ancien professeur de droit à Saigon, pages, 129 F). Réédition et mise à
par un Indien creek, dénonçant les rangs de 1'Intelligence Service, sema
ministre des Affaires étrangères par jour d'un ouvrage ca pi tai. Sous
techniques de spoliation et de la panique dans tous les réseaux de
intérim en 1973, la première étude 1'éclairage de la géopolitique et de la
déculturation des Yankees à renseignements occidentaux.
globale de l'échec américain, mais tradition habsbourgeoise, mille ans
l'encontre des Indiens. sacrifiant sans sourci ller ses amis à
aussi de la politique chinoise dans la d'histoire européenne. Une Europe
Le sourire de Lénine, par région. Les limites de J'analyse définie avant tout comme la la cause communiste, avant de
Malaparte (Perrin & Perrin, 140 stratégique américaine. communauté d'espace franc. disparaître en 1963 au cœur du
<< paradis soviétique >> . Il avait de qui
•
LIVRES
C'est le sang successifs ne semblent pas mesurer semble vouloir condamner au silence
de l'amour et le sang les implications de la présence en cet ouvrage décapant ...
de la peine France de près de cinq millions de Éditions Saint-Paul. 288 pages, 100 F.
PERE ET FILS musulmans, l'ouvrage dirigé par 3, rue Porte de Buc, BP 652, 78006
par Guy Dupré Versailles Cedex.
Annie Laurent apporte nombre de
LA TRAHISDI mises au point. Il est réalisé avec la J.K.
Ce recueil d'articles publiés dans
DAIS l ESAND les années 1959 à 1989 s'impose
collaboration de personnalités parmi
les plus qualifiées ; le professeur Une histoire
comme un vade mecum restituant la Roger Arnaldez, membre de du xxe siècle
mémoire vive, les tentations et les l'Institut et islamologue de Anthologie de Raymond
échecs des droites sur fond de guerre réputation internationale, le général Aron
franco-française. De Joseph de Maurice Faivre, historien spécialiste
Maistre à Maurras, d'Abellio à des communautés harkies, Jean-
André Hardellet, de Barrès à Jünger, À un détail près, cette anthologie
Pierre Péroncel-Hugoz, journaliste
Dupré retrace dans une langue soigneusement établie par Christian
au Monde qui fit œuvre de pionnier
somptueuse les itinéraires d'une Bachelier mérite son titre. Mort en
en dénonçant, dès 1983, dans son
famille d'esprit aux cent visages. 1983, Raymond Aron, malgré sa
Radeau de Mahomet, la montée en
Denses, nourries de références grande perspicacité, ne pouvait
tenir: son père, Sir John Philby, puissance de l'islamisme radical, le
historiques, littéraires, rendre compte des événements
avait inoculé dans ses veines démographe Yves Montenay, etc.
métaphysiques, ces pages épuisent le Vivre avec l'islam ouvre plusieurs immenses survenus à partir de 1989,
l'insidieux poison de la trahison. réunification allemande, implosion
contenu d'une bibliothèque très à débats à propos de << l'assimilation »
Successivement serviteur de sa de 1'URSS, bouleversements de
contre-courant des utopies modernes. et du << dialogue » islamo-chrétien.
gracieuse Majesté aux Indes avant la l'Europe orientale. Mais telle qu'elle
Guy Trédaniel. 288 pages, 140 F. On retiendra particulièrement la
Première Guerre mondiale, puis est, cette anthologie est précieuse
E.V. lumineuse analyse qu'Annie Laurent
explorateur intrépide dans les sables pour qui veut jeter un regard
du Moyen-Orient, conseiller privé du réserve aux « orientations
Vivre avec l'islam ecclésiales depuis Vatican Il» et à rétrospectif approfondi sur un siècle
roi Ibn Saoud, Sir John fut, à ce titre, qui commence vraiment entre 1914
l'instigateur de la mainmise Ouvrage collectif dirigé l'attitude ambiguë de la plupart des
par Annie Laurent pasteurs de l'Église de France face à et 1917. Raymond Aron tirait une
américaine sur les richesses
l'islam. Des observations dont la légitime fierté d'une intelligence
pétrolières du jeune royaume, au
rigueur dérange, puisque l'épiscopat qu'il appliquait avec un bonheur égal
détriment de l'Angleterre, son pays, Alors que les gouvernements
à l'épistémologie, à l'analyse
contre lequel il ne cessa jamais
économique, à la stratégie nucléaire
d'œuvrer. Écrite par l'auteur de La
Guerre secrète (chez le même Par delà droite et gauche., ou à l'histoire de la philosophie.
éditeur), cette double biographie est permanence et évolution des idéaux Esprit brillant et inclassable, détaché
en apparence de tout emballement
fascinante. et des valeurs non conformistes
Pygmalion-Gérard Watelet. 680 pages, 189 F. passionnel, il ne céda qu 'une fois à
par Arnaud lmatz
G.C. la colère. C'était après avoir entendu
la petite phrase du Général sur le
Docteur d'État en sciences politiques, Arnaud Imatz est connu pour ses « peuple d'élite, sûr de lui et
mstoit·e de
travaux sur la guerre d'Espagne et un ouvrage de référence sur José dominateur > >, qu 'il interpréta
la décentralisation Antonio Primo de Rivera. Comme ill ' observe dans 1'introduction de cet comme une critique. Rebelle aux
française essai, les idées non conformistes (celles des droites de conviction) ont fait systèmes, aux dogmes et aux
par Jean-Marc Ohnet 1'objet de travaux universitaires nombreux, mais écrits par des adversaires factions, son honnêteté intellectuelle
dans une intention dépréciative. Par delà droite et gauche s'inscrit dans scrupuleuse lui permit de
À l'ordre du jour, la une perspective toute différente. Après avoir analysé de façon remarquable comprendre même ce qu'il n'aimait
jécentralisation. Souvent mise en et neuve les idées dominantes à la fin du XX' siècle (mondialisme, droits pas. On lira avec un intérêt tout
;ause pour des affaires de de l'homme, antiracisme) et décrit les techniques utilisées pour neutraliser particulier le texte intitulé Nations et
;orruption. Celles-ci sont-elles 1'expression des idées non conformes, 1'auteur propose un vaste panorama empires rédigé en 1957, et qui
;onsubstantielles à celle-là ? Jean-
des idées de droite en France et en Europe depuis la Révolution. Un tel constitue un survol de 1'histoire du
\1arc Ohnet (directeur général de
travail n'avaitjamais été entrepris sous cette forme et sur une aussi longue monde dans la partie essentielle du
'Institut de la décentralisation,
durée. Imatz distingue actuellement deux grands courants d'idées. L'un, XX' siècle comparée à l'histoire
iirecteur de la revue Pouvoirs
qu 'il appelle traditionaliste (souvent d'inspiration chrétienne), rejette en universelle. Tout est intéressant, y
'ocaux) fait le point dans une
·igoureuse étude d'ensemble. Des bloc la modernité et rêve de restaurer une harmonie perdue, en partie compris ce qui est périmé. Se trouve
' libertés locales » chères à mythique. L'autre, qu'il nomme conservateur-révolutionnaire, (mouvance ainsi souligné combien le monde a
[ocqueville à la « collection de Nouvelle Droite), croit au dépassement dialectique de la modernité et à la changé en quarante ans, de 1957 à
"pays" autonomes >>, soulignée par permanence de l'essentiel sous des formes nouvelles. Peut-être existe-t-il 1997.
aujourd 'hui plus de passerelles entre adeptes de ces deux courants que ne Plon, 960 pages, index, 159 F.
3raudel, le débat oscille depuis un
;iècle et demi entre l'observance du le suggère l'analyse de leurs différences, ce dont témoigne l'apparition D.V
logme jacobin de 1'État unitaire, et récente d'un troisième courant syncrétiste, celui du populisme national
Pa:.rt'!'i r·•~ ali~t~.-~ pa•·
a nécessaire réforme structurelle auquel Imatz consacre plusieurs pages éclairantes. Il se montre en revanche
.kan-Paul An:,:..l..lli.
·econnaissant aux collectivités sévère pour la Nouvelle Droite qu'il place sous le seul éclairage de ceux
(;uy Clmmhad:lf'. (;illu ·•·l Cun•h· .
ocales le droit de « décider qui ne 1'aiment pas. À cette réserve près, cet ouvrage constitue un travail
.kan 1\app•·l, " :u·ha \l:m•ki.
oca/ement ». important et nécessaire, rédigé dans un style clair et agréable. L'éditeur eut Al'llmul Silnlf'l, Vi•·:,:ini•· Tanlm ,
.ivre de poche, coll. références . 351 pages, été bien venu de le compléter par un indispensable index.
16 F. F•·«'·.lf.•·i•· \'alluil·•·, ~:,.;, . \'ali·•<
Godefroy de Bouillon. 272 pages, 150 F.
E. V. Ch:u·l••' \'an:,:• ·ni,, lluminifJIU'
DOMINIQUE VENNER "''11114'1',
Vos réactions aux
numéros précédents
Clovis, général Le désastre de France, les Allemands eurent moins, ce chiffre a été réévalué à la
30 000 tués, soit trois fois moins que hausse. Le Dictionnaire cité plus
romain de 1940 les Français ». Pour ce qui concerne haut {tome 1, p 783) donne 120 000
les pertes françaises , j'ai toujours morts {militaires). Même chiffre
Dans votre n° 17, consacré à Clo- Je veux vous dire ma satisfaction entendu le chiffre de 100 000 à dans Histoire militaire de la France
vis, Dominique Venner écrit que de votre article " Le désastre de 120 000 soldats tués. Pour les Alle- {tome 4, 1993). Quant aux pertes
Clovis était à la fois roi des Francs 1940 » paru dans votre n°18. Vous mands, par contre, le nombre est allemandes pour la même cam-
et général romain comme d'ailleurs, vous êtes gardé d'un parti pris et du plus controversé. Où est la vérité ? pagne de France, Philippe Masson
avant lui, plusieurs autres chefs jugement tranché habituels faisant Quelques lignes au-dessus, vous (Histoire de l'armée Allemande,
francs, Teutomer , Richomer, etc. ressortir que c'est la société françai- écrivez aussi que « Rommel atteignit Perrin 1994, p. 124) donne 27 000
Quelles sont les sources auxquelles se tout entière qui s'est effondrée. Cherbourg après avoir effectué plus tués et 15 000 disparus.
on peut se référer au sujet de cette Quelques remarques s'imposent : de 2 000 km en 24 heures ». 2 000 D.V.
étonnante assimilation ? À l'opposé des nôtres, les blindés ou 200?
Jean-Claude Durieux ennemis étaient groupés en unités de Page 44, 3' colonne, 3' para-
masse ; /'aviation allemande avait la graphe, vous écrivez : « 200 000 sol- Philippe Henriot
Il ne s'agit pas d'une assimila- maîtrise de l'air ; notre système de dats anglais et 100 000 français
tion, mais d'une réalité. C'est le communication radio était inexistant pourront rendre grâce à Hitler Cité en page 63 de votre numéro
professeur Karl-Ferdinand Wer- aux niveaux subalternes ; quant au d'avoir arrêté la marche de ses blin- 18 au sujet de mon livre sur Philippe
ner qui, le premier, a mis en évi- flux insensés des civils sur les routes, dés aux portes de la ville ... ». J'ai Henriot, je tiens à répondre à ce
dence le rôle capital joué par les sa présence tient essentiellement à la toujours retenu que le corps expédi- docte critique : Je suis pointilliste.
Francs au sein de l'armée romaine désertion de leurs postes des autori- tionnaire britannique totalisait Mieux vaut pointillisme qu'« appro-
en Gaule dès le troisième siècle. tés administratives ... La capture de 100 000 hommes sous le commande- ximarionnisme ».
Collaborateur de notre numéro 17 près de deux millions d'hommes ne ment de Lord Gort. 100 000 ou Je suis sympathisanr du person-
{page 27, << Clovis et le miracle s'explique pas par un prétendu 200 000 soldats anglais ? nage. Je lui laisse la responsabilité
franc»), le professeur Werner est « refus de combattre », mais bien Georges Vandaele de l'affirmation. À force d' enquêres
membre de l'Institut. Voici les plutôt par la carence du commande- contradicroires er fravaux de pure
références précises de ses travaux ment aux échelons supérieurs. En Bien entendu, Rommel n'a pas recherche, Henriot s'est révélé pour
sur cette question : résumé, l'ennemi a gagné en 1940 parcouru 2 000 km pour atteindre moi de plus en plus arrachant. Atten-
- Les origines avant l'an mil, parce qu'il était le mieux organisé, Cherbourg, mais 200 km, ce qui dons le prochain biographe.
Paris, Fayard, 1984. {Tome 1 de le mieux motivé. est déjà beaucoup. Le zéro de trop
Historiquement parlan!, si j'ose
L'Histoire de France, dirigée par J. Terraubella est imputable à une coquille.
dire, il n'avait pas cessé, depuis
Jean Favier), ch. 10 et 11, pages Concernant l'évacuation de Dun-
1943 (après Stalingrad), d'expliquer
255-310. 263 ss. « Puissances des Mon enfance a été nourrie de kerque, le Dictionnaire Larousse de
le choix de sa posirion pour échap-
généraux francs dans l'Empire>>). récits de la Grande Guerre, où le la Seconde Guerre mondiale {1979,
Réédition « Le Livre de poche, per au capitalisme inhumain er au
soldat allemand était le plus souvent, tome 1, p. 545, article BEF) donne
références », n° 432, 1992, pages bolchevisme barbare, c'est-à-dire au
présemé comme un balourd. les précisions suivantes : " Le 3
287-350. Et dans « Le Livre du Le passage dans mon village, en juin voit la jin des rembarquements mondialisme et au communisme. Je
mois », Paris, 1995, 2 volumes, fin juin 1940, durant des heures, des à Dunkerque : 225 000 soldats n'ai pas cessé de cirer ses phrases
du tome 1 et début du tome 2. unités allemandes, dans un ordre et anglais et 115 000 Français ont été percutanres.
- La Conquête franque de la une discipline qui tranchaient avec transportés en Angleterre par les Devait-il amorcer un virage sur
Gaule. Itinéraires historiogra- le spectacle de la fuite de nos marines alliées. » Selon la même l'aile en prenanr conracr avec la
phiques d'une erreur. Bibliothèque troupes que nous avions vu précé- source, du 10 mai au 20 juin 1940, Résisrance, comme le firenr des
de l'École des Chartres, tome demment m'a profondément marqué. les pertes du corps expéditionnaire proches du Maréchal ? Ce n' érair
XXX, 1996, pages 7-45. {v pages Jean Vergnaud britannique en France n'ont été pas son genre, je /'ai, je crois, vrai-
19-34, spécialement page 33). Cet que de 3 500 tués. Concernant les men! monrré.
article donne les références Votre article « Le désastre de pertes militaires françaises de la François-René Nans
{auteurs et sources) sur la carrière 1940 » m'a particulièrement intéressé. même période, les statistiques du P.S. Philippe Hem·ior n'a jamais
romaine étonnante de plusieurs Vous y écrivez (page 45, 3' colonne, ministère des Anciens combattants parlé à Radio-Paris, mais comme
chefs francs dès le IV'-V• siècles. avant-dernier paragraphe) « qu'en (J.O. du 26 mai 1948, page 2 938) orareur narional sur la radio d' Éror
D.V. mai-juin 1940, pendant la campagne indiquaient 88 681 morts. Néan- de Vichy .