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Analyse des poèmes de Rimbaud

Ce texte présente trois poèmes d'Arthur Rimbaud extraits des Cahiers de Douai de 1870. Le premier poème décrit de manière crue le corps d'une femme sortant d'un bain, le deuxième évoque les sentiments amoureux d'un jeune homme de 17 ans, et le troisième décrit un soldat endormi dans l'herbe.

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Analyse des poèmes de Rimbaud

Ce texte présente trois poèmes d'Arthur Rimbaud extraits des Cahiers de Douai de 1870. Le premier poème décrit de manière crue le corps d'une femme sortant d'un bain, le deuxième évoque les sentiments amoureux d'un jeune homme de 17 ans, et le troisième décrit un soldat endormi dans l'herbe.

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Lecture linéaire n°1

« Vénus Anadyomène1 », Arthur Rimbaud


Extrait des Cahiers de Douai, 1870

1 Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête


De femme à cheveux bruns fortement pommadés2
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits3 assez mal ravaudés4 ;

5 Puis le col5 gras et gris, les larges omoplates


Qui saillent6 ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine7 est un peu rouge, et le tout sent un goût


10 Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara8 Venus ;


– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe9
Belle hideusement d’un ulcère10 à l’anus.

1. Anadyomène : qui sort (grec ancien) ; référence à la 6. Saillent : apparaissent en relief, ressortent.
naissance de Vénus.
7. Echine : colonne vertébrale ou dos, généralement d’un
2. Pommadés : enduits de pommade, de crème animal.
(cosmétique).
8. CLARA : célèbre, illustre (latin)
3. Déficits : ici, défauts, imperfections.
9. Croupe : arrière-train, généralement d’un animal.
4. Ravaudés : raccommodés, rapiécés.
10. Ulcère : lésion suintante au niveau d’une muqueuse.
5. Col : ici, cou.
Lecture linéaire n°2
« Roman », Arthur Rimbaud
Extrait des Cahiers de Douai, 1870

1 On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.


- Un beau soir, foin des bocks1 et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

5 Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !


L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon


10 D'azur2 sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser3.


La sève4 est du champagne et vous monte à la tête...
15 On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

1. Bocks : petites chopes de bière ; l’expression « Foin de… ! » marque le mépris, le rejet.

2. Azur : bleu intense ; désigne par extension le ciel.

3. Griser : enivrer.

4. Sève : liquide qui circule dans les végétaux.


III

Le cœur fou Robinsonne5 à travers les romans,


- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
20 Sous l'ombre du faux col6 effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,


Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines7...

IV

25 Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août8.


Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,


30 Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

5. Robinsonne : verbe inventé par Rimbaud, d’après le 7. Cavatines : airs d’opéras.


nom du personnage du roman d’aventures anglais de
8. Août : le « t » final peut être muet, et rime ici avec
Daniel Defoe, Robinson Crusoé (1719).
« goûté » (v. 27).
6. Faux col : col amovible qui s’attache à la chemise par des
boutons ; vêtement bourgeois typique du XIXème siècle.
Lecture linéaire n°3
« Le Dormeur du val1 », Arthur Rimbaud
Extrait des Cahiers de Douai, 1870

1 C’est un trou de verdure où chante une rivière


Accrochant follement aux herbes des haillons2
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

5 Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,


Et la nuque baignant dans le frais cresson3 bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue4,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls5, il dort. Souriant comme


10 Sourirait un enfant malade, il fait un somme6 :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;


Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
15 Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

1. Val : petite vallée. 5. Glaïeuls : plantes hautes à grandes fleurs.


2. Haillons : lambeaux, morceaux. 6. Somme : au masculin, terme apparenté au mot
3. Cresson : plante qui pousse en milieu humide. « sommeil », qui désigne un court repos, une
4. Nue : terme poétique pour désigner le ciel. sieste.

Texte complémentaire
« Ma Bohème1 », Arthur Rimbaud
Extrait des Cahiers de Douai, 1870

1 Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;


Mon paletot2 aussi devenait idéal3 ;
J’allais sous le ciel, Muse4 ! et j’étais ton féal5 ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

5 Mon unique culotte avait un large trou.


– Petit-Poucet6 rêveur, j’égrenais7 dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,


10 Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur8 ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,


Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

1. Bohême : c’est avant tout une région de la Tchéquie. 5. Féal : au Moyen Âge, le féal est celui qui jure une fidélité
Elle désigne ensuite un mode de vie fait de liberté, au sans borne à celui ou celle à qui il se voue.
mépris des règles établies.
6. Petit-poucet : personnage de conte, qui retrouve sa
2. Paletot : vêtement de dessus. maison en semant derrière lui des cailloux.

3. Idéal : il était tellement usé qu’il devenait une idée, un 7. Egrenais : retirer les grains.
simple concept.
8. Vin de vigueur : boisson qui ravive.
4. Muse : inspiratrice.

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