Cours Virologie 1ière BIOLOGIE 2024
Cours Virologie 1ière BIOLOGIE 2024
1. Historique
Les maladies virales étaient connues depuis des millénaires.
Les étapes de la découverte
- 19ème Siècle : définition sur des caractères négatifs : agents infectieux invisibles en
microscopie, non cultivable (différents des bactéries) et non arrêtés par les filtres (différents
des bactéries).
- 1898 : notion de virus filtrants « principe filtrant » : sève de tabac malade : Découverte du
virus de la mosaïque du tabac (VMT)
Premiers virus :
- animal : virus de la fièvre aphteuse
- humain : virus de la fièvre jaune
- bactérien : bactériophage
- Années 1930 : de l’invisible au moléculaire
- apport de la biochimie : notion de « cristal protéique infectieux »
- puis Virus de la Mosaïque du Tabac (VTM) riboprotéique
- apport de la cristallographie : VMT en bâtonnet
- apport de la microscopie électronique : le virus visible
- le phage du colibacille contient de l’ADN
- Années 1950 : les cultures cellulaires
- culture des virus
- premiers vaccins
- coloration négative en microscopie électronique :
- capsides à symétrie hélicoïdale ou cubique
- Définition de Lwoff en 1957 : compréhension de l’interaction entre virus et cellules
3.2 . Les virus ont un seul type d’Acide Nucléique ARN ou ADN
Les virus sont essentiellement constitués d’une molécule portant l’information génétique. Celle-
ci peut être présente sous forme soit d’ADN soit d’ARN dans les particules virales. Les deux
molécules ne coexistent pas dans la particule virale, ce qui oppose les virus aux autres formes
vivantes connues jusqu'à ce jour. On séparera ainsi les virus en fonction de leur composition ADN
ou ARN.
Il n'existe pas de scissiparité comme chez les bactéries et il n'y a pas de mitose comme dans
les cellules eucaryotes.
3.4 Les virus sont doués d'un parasitisme intracellulaire obligatoire
Les virus sont strictement dépendants du métabolisme d’une cellule. Ils ne peuvent se
reproduire qu'au sein d'une cellule hôte vivante, du fait qu’ils ne possèdent aucun système
enzymatique ou énergétique lui permettant d'assurer leur propre auto-réplication. Il est donc amené
à détourner et à utiliser pour sa propre biosynthèse l'ensemble des macromolécules de la cellule
qu'il parasite (ribosome, ARNt, activité enzymatique, système de régulation).
3.5 Les virus présentent une structure particulaire
Le virion présente une structure particulaire qui l'oppose aux être vivants à structure cellulaire
procaryote (les bactéries) ou eucaryote.
Toute particule virale est constituée d'au moins deux éléments constants et obligatoires:
1- le génome, de nature nucléotidique et composé d'acide nucléique (ADN ou ARN)
2- la capside, est une coque de nature protéique qui entoure le génome et est capable
d'assurer sa protection et sa survie dans le milieu extérieur.
L'ensemble acide nucléique et capside constitue une unité fonctionnelle que l'on appelle la
nucléocapside.
L'agencement des principaux constituants de la particule permet de reconnaître aux virions un type
de symétrie caractéristique (par exemple, symétrie hélicoïdale ou symétrie cubique).
Les virus limités à leur nucléocapside sont dits des virus nus. Dans certaines familles virales, la
nucléocapside est entourée d'une structure périphérique facultative appelée l'enveloppe.
Cette capside est constituée par l’assemblage de sous-unités protéiques répétitives parfois
appelées capsomères. L’ensemble formé par la capside et l’acide nucléique viral est appelé
nucléocapside.
La microscopie électronique a permis la mise en évidence de deux grands types de structures
capsidiales : des particules allongées et des particules sphériques.
Outre la capside et l’acide nucléique viral, certains virus sont entourés d’une enveloppe de nature
lipidique, parfois appelée peplos (manteau) : on parle alors de virus « enveloppés». Par contre,
en l’absence d’enveloppe, on évoque des virus «nus».
La capside est une structure protéique qui a comme rôle essentiel : la protection de l'acide
nucléique viral et possède en plus, chez les virus sans enveloppe, un rôle dans la reconnaissance
de la cellule hôte.
Les protéines de capside sont des protéines remarquables! elles sont capables de
polymériser par auto-assemblage pour former ces structures complexes que sont les capsides
virales.
Il ne peut exister que deux systèmes permettant l'assemblage des sous-unités protéiques et
de l'acide nucléique pour constituer les nucléocapsides virales :
- le système à symétrie hélicoïdale (virus à nucléocapside hélicoïdale)
- le système à symétrie cubique (virus à nucléocapside cubique ou icosaédrique)
a- les virus à symétrie hélicoïdale
La caractéristique des capsides à symétrie hélicoïdale est que les sous-unités protéiques
constituent à elles seules des unités morphologiques.
a) les virus végétaux à symétrie hélicoïdale l'exemple le plus classique est celui du virus de la
mosaïque du tabac : Le virus à la morphologie de bâtonnets allongés rigides. Il s'agit en fait d'un
cylindre creux. L'acide nucléique est un ARN linéaire monocaténaire qui s'enroule dans l'espace
selon une spirale de 8 nm de diamètre. La capside est constituée de 2200 unités de structure
protéiques toutes identiques.
La nucléocapside des virus animaux à symétrie hélicoïdale ne présente pas la rigidité en bâtonnets
du virus de la mosaïque du tabac. Elle est flexueuse, repliée ou spiralée, et toujours entourée
d'une enveloppe.
La caractéristique essentielle des virus à symétrie cubique est que les unités de structure
protéique ou capsomères se regroupent par 5 ou par 6 aboutissants en unités morphologiques
pentamères ou hexamères. Ces derniers sont eux même regroupés pour former une structure
géométrique régulière appelée l’icosaèdre présentant des faces et des sommets. Il constitue une
structure sphérique qui contient l’acide nucléique.
Par exemple les poxvirus ont une morphologie parallélépipédique. La nucléocapside occupe
une position centrale dans le virion et présente une forme en "lentille biconcave", les concavités
étant occupées par des structures denses appelées corps latéraux. Les bactériophages de la série
T paire présentent une symétrie binaire ou mixte : Ces virus nus possèdent une capside en deux
parties : une tête à symétrie cubique et une queue à symétrie hélicoïdale.
Elle est composée de : bicouche lipidique cellulaire, glycoprotéines virales (codées par le
génome viral) sous forme de spicules.
La face interne de l’enveloppe virale peut être dans certains cas associée à une protéine virale
= Matrice.
Elle a un rôle important dans la reconnaissance et l’attachement du virus sur la cellule cible via
ses glycoprotéines membranaires spécifiques des récepteurs cellulaires et un rôle dans le
processus de bourgeonnement du nouveau virus.
La structure lipido-protéique rend les enveloppes très sensibles aux actions physico-chimiques,
à l'action des solvants des lipides et en particulier à l'éther, aux détergents, aux sels biliaires, aux
variations de pH.
Tous les virus animaux ARN à nucléocapsides à symétrie hélicoïdale sont enveloppés :
orthomyxovirus, paramyxovirus, rhabdovirus. Quelques virus icosaèdriques à ARN (togavirus) et
des virus à ADN (herpesvirus, poxvirus) possèdent également une enveloppe.
6– CYCLE VIRAL
Ce sont toutes les étapes que doit subir un virus pour aboutir à la production de nouvelles
particules virales (virions).
le cycle d’infection d’une cellule décomposé en 3 grandes étapes
6.1 ATTACHEMENT, PENETRATION ET DECAPSIDATION
6. 1.1 – Attachement
C’est l’interaction entre le virus et la cellule hôte permettant la fixation du virus à la surface
cellulaire. Elle fait intervenir des molécules à la surface des deux contingents.
- A la surface des virus : + protéines de la capside (virus nus)
+ glycoprotéines d’enveloppe (virus enveloppés)
- A la surface de la cellule cible: + Récepteurs cellulaire
+ glycoprotéines ; protéines ; oligosaccharides
6.1.2 – Pénétration
Le mécanisme par lequel le virus entre dans la cellule dépend de la structure de la particule
virale. Le virus utilise différents mécanismes pour franchir la membrane plasmique.
- Modalités d’entrée des virus nus (non-enveloppés).
Les protéines de la capside virale interagissent avec le récepteur de la cellule cible. Pour
certains virus (1), cela déclenche un phénomène “d’altération” de la capside qui “injecte” le génome
à travers la membrane plasmique.
Pour d’autres (2 et 3), l’altération se produit après endocytose du complexe virus-récepteur.
L’altération de la capside conduit soit à l’injection du génome du virus à travers la membrane de
l’endosome (2), soit à une perméabilisation de la capside virale et de l’endosome (3) (les Rhinovirus
semblent utiliser ces 2 dernières stratégies).
6. 1.3 – Décapsidation
Cette étape aboutit à le destruction de la capside pour libérer le matériel génétique du virus
dans la cellule.
Elle peut se faire :
- immédiatement après attachement : picornavirus
- dans l’endosome : influenzavirus
- dans le cytoplasme : retrovirus
Dans la majorité des cas la décapsidation a lieu dans le cytoplasme même pour les virus qui se
répliquent dans le noyau
1. Rappel
Les virus sont des micro-organismes à la fois rudimentaires et complexes. Dotés d’une information
génétique (ADN ou ARN) plus ou moins importante, ils ne possèdent en revanche pas les éléments
cruciaux qui autoriseraient leur multiplication autonome, comme les acides aminés, certaines
enzymes ou les sources d’énergies (ATP). Pour cette raison, les virus ont besoin de la cellule hôte
pour se multiplier.
La notion d’hôte est ainsi fondamentale en virologie, et ceci à deux niveaux :
a)l’hôte en tant que en tant que cellule cible de l’infection virale : nous verrons dans ce chapitre les
principaux déterminants autorisant (ou non) la multiplication d’un virus dans une cellule, les
conséquences de cette infection sur le phénotype cellulaire et, à l’inverse, l’impact éventuel que
peut avoir le phénotype de la cellule cible sur la multiplication virale ;
b)l’organisme atteint par l’infection virale : nous verrons notamment l’importance de la réponse
immunitaire (et donc l’impact de l’immunocompétence ou, à l’inverse, de l’immunodépression) dans
le retentissement clinique des infections virales, avec en particulier la notion de maladies virales
opportunistes.
neurone détruit n'est pas remplacé. En revanche, si ce sont seulement les cellules gliales qui sont
détruites, certaines paralysies finiront par régresser.
b- Tolérance de l’infection
La cellule tolère l'infection. Le génome viral et le génome cellulaire se partagent le potentiel de
synthèse de la cellule et les deux métabolismes, cellulaire et viral, coexistent, selon un "compromis"
acceptable. L'infection latente induite par certains virus (notamment ceux de la famille des
herpèsvirus) est un bon exemple de ce modus vivendi.
Le premier virus cancérigène connu, découvert au début du siècle par Rous, est responsable de
sarcomes à développement rapide chez le poulet.
Chez l'homme, cinq catégories de virus sont liées à un cancer :
1) l'HTLV-1 humain (human T lymphotropic virus type 1), rétrovirus responsable de leucémies et
sarcomes à lymphocyte T;
2) le virus de l'hépatite B (HBV), impliqué dans le cancer primitif du foie,
3) le virus de l’hépatite C (HCV), aussi impliqué dans le cancer primitif du foie ;
4) les papillomavirus humains (HPV) 16, 18 et 31, associés notamment au cancer du col utérin ;
5) deux herpèsvirus de la sous-famille des Gammaherpesvirinae : le virus Epstein-Barr ou EBV,
associé notamment au lymphome africain de Burkitt, au carcinome; le 8ème herpèsvirus humain ou
HHV-8, associé notamment au sarcome de Kaposi.
franchie par les virus en cas de piqûre, érosion ou morsure (ou artificiellement par transfusion de
sang, greffe d’organe ou de tissu).
Les muqueuses, au niveau de l’œil, l’arbre respiratoire, le tube digestif, le tractus génito-urinaire,
présentent en surface des cellules épithéliales vivantes. Certains éléments protecteurs sont
associés aux muqueuses : sécrétion de mucus, pH extrêmes (tube digestif, vagin), enzymes
protéolytiques (larmes, tube digestif), tapis muco-ciliaire (bronches). Cependant, ces cellules
constituent une barrière moins efficace que la peau, voire une véritable porte d’entrée, en raison de
leur caractère fréquemment sensible et permissif vis à vis de nombreux virus. De fait, de
nombreuses infections virales ont une porte d’entrée muqueuse, les virus infectant l’homme par
inhalation (grippe), ingestion (entérovirus) ou par rapport sexuels (HIV, herpès génital). À noter que
des ulcérations de la muqueuse génitale, dans le cadre d’une maladie sexuellement transmissible
(MST) comme l’herpès génital, favorisent la transmission du HIV.
Cette reconnaissance déclenche l’immunité naturelle innée, qui ne nécessite aucune immunisation
préalable. Ainsi, elle intervient dans les heures, voire les minutes suivant l’infection. Elle met en jeu
de nombreux acteurs (cytokines, cellules sentinelles, cellules NK) aux actions diverses et
enchevêtrées : action proprement antivirale, mais aussi potentialisation mutuelle de ces éléments
de défense naturelle, et préparation de la ligne de défense suivante constituée par l’immunité
acquise.
a- Cytokines
Parmi une vingtaine de cytokines, les interférons alpha et béta (IFN-α) sont produits par les
cellules infectées et les cellules dendritiques. En se fixant aux cellules saines, ils y induisent un état
antiviral par la synthèse de protéines antivirales d'information cellulaire. Ces dernières bloquent la
traduction des ARN messagers viraux par des mécanismes complexes. Par ailleurs, ces IFN
stimulent les cellules NK.
Ces IFN ont une spécificité d'espèce mais n'ont pas de spécificité de virus (large spectre): les virus
sont tous inducteurs d'interférons et sensibles aux interférons, mais à des degrés divers. Les IFN
sont, comme les hormones, actifs à très faibles doses et peu toxiques. Leur rôle dans les défenses
naturelles antivirales est probablement très important car des animaux des laboratoires, infectés de
façon asymptomatique par divers virus, font après administration de sérum anti-interféron une
infection mortelle. La fixation des IFN sur la cellule y induit la transcription de plus de 300 gènes, et
l’on est loin de connaître tous leurs effets. Le traitement par IFN-α a une activité partielle mais bien
démontrée dans les hépatites B et C.
c- Cellules NK
Les cellules NK (natural killer) ont une activité antivirale directe : elles reconnaissent les cellules
infectées comme étant anormales et les lysent (comme elles lysent les cellules cancéreuses). Par
ailleurs, elles secrètent diverses cytokines. Elles expriment à leur surface des récepteurs de type
Toll Like (TLR), qui font partie des PRR, impliquées dans la reconnaissance du non-soi. Ainsi, vis-à-
vis d’un agent infectieux ou d’une cellule cancéreuse, elles développent une manifestation de
xénophobie primaire, indifférenciée, rapide, et souvent efficace. A contrario, la sensibilité
particulière du nouveau-né à certaines infections virales, comme l’herpès, s’explique par
l’immaturité physiologique transitoire de ses macrophages et de ses cellules NK.
d- Complément
En coopération avec des anticorps naturels, à spécificité large, le complément lyse les cellules
infectées et les virus à enveloppe.
e- Fièvre
La fièvre est un autre moyen de défense de première ligne : au fur et à mesure que la température
augmente, la multiplication virale diminue, car la plupart des virus ne se multiplient pas ou mal à
40°C.
a- Schéma général
L’immunité acquise est plus subtile que l’immunité innée. Les cellules effectrices sont, pour
l’essentiel, les lymphocytes B (à l’origine de la sécrétion d’anticorps) et les lymphocytes T CD8+
(aboutissant à la lyse les cellules infectées, appelés alors CTL pour cytotoxic T lymphocytes).
Chaque lymphocyte cible un antigène particulier, fait de quelques peptides (épitopes), grâce à un
récepteur spécifique situé à sa surface, anticorps pour les lymphocytes B, et TCR (T cell receptor)
pour les lymphocytes T.
Pour s’attacher de façon spécifique aux divers épitopes des innombrables agents infectieux
menaçant notre organisme, une variété considérable de ces récepteurs est nécessaire alors que
quelques centaines de gènes suffisent à coder les récepteurs impliqués dans l’immunité innée. Les
gènes codant cette multitude d’anticorps et de TCR proviennent de multiples réarrangements,
s’effectuant dans les cellules lymphocytaires, entre gènes du génome humain.
Les lymphocytes T CD4+ sont, en position centrale, les chefs d’orchestre de l’immunité acquise :
une fois informés par les cellules dendritiques qui leur présentent les antigènes viraux élaborés à
partir du virus infectant (processing ou apprêtement), des lymphocytes CD4+ auxiliaires (helper ou
Th) favorisent, par la sécrétion de diverses cytokines, d’une part l’évolution des lymphocytes B en
plasmocytes producteurs d’anticorps circulants, et d’autre part l’évolution des lymphocytes T CD8+
en CTL.
La mise en place de l’immunité acquise demande un délai de plusieurs jours ou semaines. Il
persiste ensuite une mémoire immunitaire : grâce à la constitution de cellules à mémoire B ou T, à
longue durée de vie et spécifiques de l’antigène immuno-inducteur, une réinfection par le même
virus entraîne un redéploiement rapide de l’immunité acquise (anticorps et CTL spécifiques), et cela
particulièrement au niveau des muqueuses, porte d’entrée de la plupart des virus dans l’organisme.
b- Anticorps
Les anticorps sont produits par les lymphocytes B (dont ils sont les récepteurs de surface) et
excrétés sous forme circulante (dans le sang et les liquides biologiques) par les plasmocytes. Les
anticorps protecteurs peuvent être assimilés aux anticorps neutralisants. Ceux-ci annulent ou
réduisent le pouvoir infectieux des virus in vitro en culture cellulaire, ou in vivo chez l'animal
d'expérience. Ces anticorps neutralisants sont dirigés contre les antigènes de surface du virus
(capside pour les virus nus, glycoprotéines d’enveloppe pour les virus enveloppés). Les anticorps
dirigés contre les antigènes internes du virus, également suscités par l’infection, ne sont pas
protecteurs ; ils témoignent simplement de l'infection. En effet, la neutralisation par les anticorps est
Point important, ces antigènes viraux ne sont reconnus par le TCR de la surface des lymphocytes T
CD8+ que s’ils sont transportés et présentés à la surface de la cellule infectée par un composant du
complexe majeur d’histocompatibilité (CMH, ou MHC en anglais) de classe-I. On dit que la cytolyse
par les CTL connaît une restriction CMH-I. Cette lyse exige le contact entre cellules cibles et
cellules immunitaires à travers une double reconnaissance de l’antigène viral, par le CMH-I et par le
TCR ("complexe ternaire"). C'est le "baiser qui tue", avec les "deux bras" du CTL : sécrétion d’une
part de perforines et de granzymes (sérines protéases) qui nécrosent la cellule infectée, et d’autre
part de Fas-ligand qui en se liant au Fas de la cellule infectée y déclenche un signal de mort
programmée (apoptose).
Il existe d’autres mécanismes de cytotoxicité à médiation cellulaire, notamment la cytotoxicité des
cellules tueuses (cellules K, pour Killer) dépendant des anticorps, ou ADCC (antibody-dependant
cell-mediated cytotoxicity). Grâce à un récepteur au fragment Fc des IgG, ces cellules
reconnaissent et tuent les cellules infectées recouvertes d’anticorps viraux IgG.
a- Camouflage
Le camouflage des virus consiste à ne pas se faire reconnaître du système immunitaire. Trois
procédés essentiels sont utilisés :
*Variabilité génique ou antigénique : c’est la modification des épitopes par mutation (ou parfois par
recombinaison génétique). Cela concerne surtout les virus à ARN, comme les virus de la grippe et
le virus de l'hépatite C, car l’ARN polymérase ARN-dépendante qui réplique le génome n'a pas de
mécanisme de correction des erreurs, d'où la facilité des mutations. La transcriptase inverse (ADN
polymérase ARN-dépendante) du HIV manque également d'un mécanisme de correction d'erreur.
*Latence virale : après la primo-infection, le génome viral persiste dans la cellule, intégré ou non
dans le génome cellulaire, mais il ne s'exprime pas, ou n'exprime qu'une partie de son information
génétique. Ainsi, il ne produit pas d'antigène et échappe donc aux défenses immunitaires. C'est le
cas, notamment, des herpèsvirus, des polyomavirus, des papillomavirus, du virus de l'hépatite B,
des rétrovirus. Ces virus latents échappent également aux antiviraux qui sont essentiellement des
inhibiteurs de la multiplication virale. Donc, le virus en phase de latence "survit en faisant le mort" et
il est difficile ou impossible de le déloger.
*Perturbation des processus de présentation antigénique : les herpèsvirus, en particulier, sont
passés maîtres en la matière, inhibant soit le processing des antigènes viraux et leur transport à la
surface des cellules (infectées ou présentatrices d’antigène), soit l’expression des molécules du
CMH (classe I ou II), dont la co-expression est nécessaire à la bonne reconnaissance de ces
antigènes viraux par l’immunité adaptative.
b- Sabotage
Le sabotage des mécanismes de défense de l'hôte consiste à détruire ou perturber directement les
acteurs et mécanismes de la réponse immunitaire, innée ou adaptative. Ainsi, les herpèsvirus (et en
premier lieu, le CMV) peuvent perturber le fonctionnement des cellules NK, tandis que le HIV va
essentiellement toucher les cellules T CD4+, acteurs essentiels de l’immunité adaptative.
A côté de ces effets cellulaires directs, un autre mécanisme important repose sur la production de
protéines virales altérant ou bloquant les différents mécanismes de défense. C'est le fait des gros
virus à ADN (poxvirus, adénovirus, herpèsvirus) chez qui une grande partie du génome va coder
pour des protéines capables de perturber le fonctionnement des facteurs cellulaires solubles
impliqués dans l’immunité : il s'agit en particulier de protéines capables d'antagoniser les IFN et
autres cytokines antivirales, ou le complément. Ces protéines virales sont, pour une grande part,
des homologues de protéines cellulaires de notre système de défense antivirale, jouant ainsi le rôle
de leurres. Elles viennent sans doute du piratage de gènes cellulaires. Ainsi on parle de virokines,
analogues de cytokines cellulaires, de virorécepteurs, analogues des récepteurs de virokines
cellulaires.
Enfin, certains virus (adénovirus et herpèsvirus) sont capables d'inhiber l'apoptose des cellules
infectées induites par l’immunité, facilitant ainsi la persistance de l’infection virale.
Le maternage et l’allaitement peuvent enfin être responsables d’une transmission d’une infection
virale de la mère à l’enfant, notamment pour les virus présents au niveau du lait maternel. Ceci est
surtout vrai et préoccupant pour le HIV dans les pays en voie de développement : les efforts pour
une prévention de la transmission du virus au moment de l’accouchement risquent d’être annihilés
si l’on n’est pas capable de permettre à ces femmes d’avoir accès à un allaitement artificiel
prolongé de qualité.
b- Transmission horizontale
Elle rend compte de la majorité des transmissions des infections virales entre un sujet infecté et un
sujet cible. Cette transmission est dite directe lorsqu’elle implique un contact entre le sujet source et
sa cible. Trois voies de transmission directe sont principalement utilisées :
- voie aérienne ou salivaire, pour les virus excrétés au niveau salivaire ou au niveau des voies
aériennes supérieures ;
- voie féco-orale, pour les virus excrétés au niveau des selles (souvent par l’intermédiaire des
mains contaminées) ;
- voie sexuelle, pour les virus se répliquant au niveau du tractus génital.
La transmission peut également se faire de façon indirecte, lorsque le virus infectant se retrouve au
niveau d’aliments ou d’eaux souillés (ex : épidémies de gastro-entérites virales), de supports inertes
(seringues ou autre matériel biomédical) ou biologiques (produits sanguins contaminés ou greffes),
ou bien qu’il passe par un intermédiaire animal (arthropodes ou mammifères infectés).
Le terrain joue un rôle crucial: gravité de l'infection à herpes simplex chez le nouveau-né ou chez le
nourrisson atteint d'eczéma, gravité générale des infections à herpèsvirus chez les sujets
immunodéprimés.
L'âge intervient, avec, paradoxalement pour certains virus, davantage de formes symptomatiques
chez l'adulte que chez l'enfant : pour les infections à poliovirus (paralysies), virus de l'hépatite A
(ictère), virus Epstein-Barr (mononucléose infectieuse).