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Sous la direction de
Membre du jury :
Avertissement
La Faculté n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises
dans cette thèse ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.
2
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Remerciements
Je tiens à remercier tout particulièrement le Professeur Hervé LECUYER pour avoir
accepté de diriger cette recherche, pour son soutien, ses encouragements et son attention tout
au long de ce travail.
Enfin, je souhaite remercier tous ceux qui m’ont aidé à mener à bien ce travail.
3
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Résumé
Tandis que le formalisme juridique constitue un thème fréquent en droit français, une
telle recherche fait défaut en droit comparé. En effet, le thème est habituellement présenté
sous l'angle de ses manifestations variées. En conséquence, une étude globale sur le
formalisme du contrat en droits français et vietnamien nous permet de mieux connaître ses
caractéristiques dans chaque système juridique.
Le formalisme peut être fréquemment envisagé comme une règle juridique en vertu de
laquelle la formalité est exigée par la loi pour la validité ou l’efficacité d’un contrat. Il
s’impose à la conclusion du contrat. A cet égard, il serait une exception au consensualisme.
Mais depuis quelques décennies, le formalisme ne cesse de se propager en droit moderne,
notamment en droit de la consommation. Ce phénomène semble d’autant plus paradoxal que
le principe du consensualisme domine en droit moderne.
Avec ce développement du formalisme, une série de questions affleure : quels sont ses
caractéristiques en droits français et vietnamien ? Les deux systèmes présentent-ils des
caractères communs ? Quelle place le formalisme occupe-t-il en droit moderne : est-il
considéré comme une exception au consensualisme ou comme un instrument légal de sécurité
juridique ?
Cette recherche a ainsi pour finalité de répondre à toutes ces questions. Elle est articulée
en deux parties. Dans la première partie, il s’agit du formalisme accentué dont la formalité
s’impose pour la validité ou l’existence du contrat. Dans la deuxième partie, il s’agit du
formalisme atténué : la formalité est requise pour l’efficacité du contrat.
4
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Principales abréviations
al. alinéa
Arr. Arrêté
Art. Article
CA Cour d'appel
Cass. 1re civ., 30 mars 1999, no 96-22.707 Cour de cassation, 1re chambre civile,
date, numéro de pourvoi
5
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Circ. Circulaire
Concl. Conclusions
Dir. Directive
Doctr. Doctrine
éd. édition
esp. espèce
Fasc. fascicule
in Dans
Instr. Instruction
J.-Cl. Juris-Classeur
L. Loi
n° numéro
6
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
obs. observations
p. page
préc. précité
Procédures Procédures
Rapp. Rapport
Règl. Règlement
7
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
S. Recueil Sirey
s. suivant
t. Tome
V. voir
8
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Sommaire
Introduction ....................................................................................................... 10
Chapitre préliminaire : l’évolution du formalisme en droit des contrats ..................... 17
Section I. L’histoire du formalisme du contrat en droit français.............................. 18
Section II. L’histoire du formalisme du contrat en droit vietnamien ....................... 30
9
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Introduction
1
A. BENABENT, Droit civil, Les obligations, 12e, éd., Montchrestien, 2010, n° 101 ; B. STARK, H.
ROLAND, L. BOYER, Droit civil, Les obligations, 2. Contrat, 6e, éd., Litec, 1998, n° 167 et s.
NGUYEN Ngoc Dien, commentaire des contrats spéciaux du droit civil vietnamien, éd., Jeunesse,
2005, n° 49. La condition de forme ne figure pas parmi les conditions essentielles pour la validité
d’une convention à l’article 122, alinéa 1, du Code civil vietnamien. Ainsi, on peut confirmer que c’est
le principe du consensualisme qui domine. De la même façon, il se confirme en droit français puisque
la forme n’est pas en général une condition de validité du contrat énoncée par l’article 1108 du Code
civil français.
2
Cela s’explique par le fait que le consensualisme est un facteur de simplicité, de rapidité et
d’économie. Sans lui, la conclusion des contrats entre absents est difficile, voire impossible ; toute
manifestation tacite de volonté est sans valeur.
3
V. infra, n° 14-25.
4
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, Droit civil, Les obligations, 1. L’acte juridique, 14e, éd.,
Sirey, 2010, n° 190 et s.
5
Ph. MALAURIE, L. AYNES, Ph. STOTTEL-MUNCK, Les obligations, 3e, éd., Defrénois, 2007, n°
535. Voir aussi A. BENABENT, op. cit., n° 101.
6
Ch. LARROUMET, Droit civil, Les obligations, Le contrat, t. 3, 6e, éd., Economica, 2007, n° 138.
7
J. GHESTIN, Traité de droit civil, La formation du contrat, 3e, éd., LGDJ, 1993, n° 375 et s. ; Fr.
TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, 10e, éd., Dalloz, 2009, n° 132.
10
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
8
X. LAGARDE, Observations critiques sur la renaissance du formalisme, JCP éd., G. 1997.I.170, n°
4 ; M. NICOD, Le formalisme en droit des libéralités, thèse, Université de Paris XII, 1996, n° 1 ; J.-L.
AUBERT, Le formalisme, Rapport de synthèse, Defrénois, 15 août 2000, n° 15-16, p. 931 ; F.
LUCET, Consensualisme et formalisme, RJ com., 1995, p. 44 ; Ch. LARROUMET, Droit civil, Les
obligations, Le contrat, t. 3, 6e, éd., Economica, 2007, n° 138.
9
M.-A. GUERRIERO, L’acte juridique solennel, éd., LGDJ, 1974, p. 7.
10
Ibid.
11
Ibid.
12
V. par exemple, M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 7 ; Y. JEANCLOS, Formalisme ou
consensualisme : la sempiternelle querelle du droit des contrats, in Hommages à G. BOULVERT, éd.,
La centre d’histoire du droit du LARJEJEPTAE, 1987, p. 334 et s. ; J. GHESTIN, Traité de droit civil,
La formation du contrat, 3e, éd., LGDJ, 1993, n° 362 ; A. LAGARDE, Les paradoxes du formalisme
informatif, in Mélanges J. CALAIS-AULOY, Etudes du droit de la consommation, éd., Dalloz, 2004,
n° 1, p. 597.
13
M.-A. GUERRIERO, op. et loc cit..
14
P. MOENECLAYE, De la naissance du formalisme dans les obligations civiles et commerciales
françaises, thèse, Lille, 1914.
15
L. JOSSERAND, Désolennisation du testament, Chron., D.H. 1932, p. 73.
16
R. ROUXEL, Recherche des principes généraux régissant l’évolution contemporaine du formalisme
des actes juridiques, thèse, Université de CAEN, Faculté de droit, 1934.
11
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
sécurité juridique. Cette contradiction est traitée tour à tour par J. FLOUR17, puis par
Monsieur X. LAGARDE : « il n’est plus possible d’affirmer que le législateur est formaliste
tandis que la jurisprudence serait consensualiste. Les deux le sont »18.
Cependant, il convient de constater que les études ci-dessus n’ont pas encore démontré
les caractéristiques du formalisme attachées à son évolution, notamment celles après le XXe
siècle. Face à une telle insuffisance, une série de questions sur le formalisme affleurent : les
raisons du formalisme en droit contemporain sont-elles comparables à celles qui prévalaient,
par exemple, à l’époque romaine ou au moyen âge ? Le formalisme actuel est-il comparable à
celui d’antan ? Les sanctions de son inobservation sont-elles toujours similaires ? Enfin, et
surtout, et ce sera la question relative à l’intérêt de la thèse : l’approche comparative du
formalisme du contrat en droit français et en droit vietnamien présente-elle un quelconque
intérêt pour deux pays ?
3. « Il n’y a pas d’action consciente sans but »19. Avant de comparer le système
français et le système vietnamien sur le formalisme du contrat, il est souhaitable d’en
expliquer les raisons. En effet, notre étude répond à trois types de besoin différents.
4. En premier lieu, elle répond à une question d’actualité qui est de savoir quelle
place le formalisme occupe dans le droit contemporain. Est-il considéré comme une exception
au consensualisme ou un instrument légal de sécurité juridique ? Ainsi, nous allons tenter de
dégager les caractéristiques du formalisme, ainsi que son rôle à l’égard du consentement des
parties. Dès lors, nous pourrons identifier la place exacte du formalisme dans la formation du
contrat et nous pourrons mieux comprendre pourquoi il se développe en droit contemporain,
notamment en droit spécial tel que le droit de la consommation.
5. En deuxième lieu, notre étude répond aussi au besoin du juriste. En effet, les
relations économiques franco-vietnamiennes se sont grandement développées. Nombreux sont
17
Dans l’étude consacrée aux mélanges de G. RIPERT, J. FLOUR justifie que la reconnaissance du
formalisme, réelle dans la loi comme dans la pratique, n’exclut pas une certaine hostilité des
tribunaux ; car si de nombreuses lois ont, depuis le Code civil, soumis beaucoup d’actes juridiques à
des formalités diverses, les tribunaux apprécient avec le libéralisme, les exigences légales relatives au
formalisme ; J. FLOUR, Quelques remarques sur l’évolution du formalisme, in Mélanges de RIPERT,
t. 1, éd, LGDJ, 1955 p. 93 et s.
18
X. LAGARDE, Observations critiques sur la reconnaissance du formalisme, JCP, éd. G.
1999.I..170.
19
R. PERROT, De l’influence de la technique sur le but des institutions, Thèse, Paris, 1947, n° 1, p. 4.
12
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
les contrats qui se forment chaque jour et qui impliquent le Vietnam et la France. Au
Vietnam, la négligence de la condition de forme prive fréquemment le contrat de sa validité,
notamment celui dont l’objet est l’immeuble. Connaître le droit vietnamien, sur la question du
formalisme du contrat, devient alors indispensable pour les juristes français. Cependant, les
documents sur le droit vietnamien diffusés en français ne nous renseignent pas sur cette
question. Par conséquent, la mettre en lumière en la comparant avec le droit français, comme
nous le ferons de manière détaillée, reste, sans doute la meilleure manière de connaître le droit
vietnamien sur ce point.
20
M.-C. PONTHREAU, Le droit comparé en question entre pragmatique et outil épistémologique,
RIDC, 2005, p. 9. D’après cet auteur, l’étude comparative du droit comparé est destinée à « trouver la
meilleure solution juridique et aider ainsi à la rédaction et à la l’amélioration des codes et des lois »,
art. cit., p. 9.
21
V. infra, n° 93 et s.
22
Actuellement, M. GRIMALDI assure « la présidence d’un groupe de travail dont l’objet est de
proposer les adaptations nécessaires du Code civil en ce qui concerne le droit des sûretés réelles et
personnelles et des travaux sur la refonte du droit des obligations sont également conduits sous la
présidence du Professeur P. CATALA » (v. Célébration du bicentenaire du Code civil : JCP 2004, p.
533).
23
En ce sens, C. WITZ (« L’influence des codifications nouvelles sur le Code civil de demain », in Le
Code civil 1804-2004, Livre du bicentenaire, Dalloz-Litec 2004, p. 701) : « L’article 1184 du Code
civil, qui donne une vision tronquée de la résolution, mériterait d’être réformé ».
24
« Les grandes traditions sont celles qui savent accueillir de nouvelles sources et pratiques sociales,
en rejetant tout absolutisme, au rebours du discours de l'incommensurabilité ou de l'irréductibilité », G.
CANIVET, Premier Président de la Cour de cassation, « La convergence des systèmes juridiques du
point de vue du droit privé français », in XVIème Congrès de l'Académie internationale de droit
13
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
comparé, Brisbane, 14-20 juillet 2002 (le lecteur peut trouver l’intégralité de cette intervention sur le
site de la Cour de cassation française).
25
M. NICOD, op. cit., n° 21.
26
S. BECQUE-ICKOWICZ, Le parallélisme des formes en droit privé, éd., Panthéon Assas, 2004, n°
24.
27
E. SILZ, Définition de la forme des actes au point de vue de l’application de la règle « locus regit
actum » en droit international privé, thèse Paris, 1929, n° 136. Voir également M. NICOD, op. cit., n°
25.
28
F. GENY, Science et technique en droit privé positif, t. 3, éd., Sirey, 1921, n° 203.
29
R. IHERING, op. cit., p. 159.
14
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
d’un procès) »30. Dans cette situation, il faut constater que la volonté des parties s’extériorise
librement.
30
G. CORNU, op. cit., V° « Forme ».
31
J. FLOUR, Quelques remarques sur l’évolution du formalisme, in Le droit privé au milieu du XXe
siècle, études offertes à G. RIPERT, t. 1, 1950, n° 4, p. 96. V. également, J.-L. AUBERT, Le
formalisme (Rapport et synthèse), Defrénois, 15 août 2000, n° 15-16, p. 931.
32
G. CORNU, Vocabulaire juridique, 8e, éd., PUF, 2008, V. « Formalisme ».
33
V. FORRY, Le consensualisme dans la théorie générale du contrat, éd., LGDJ, 2007, n° 232.
15
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
11. Après avoir exposé les termes utilisés, présentons le plan de la thèse. En effet,
l’étude sur le formalisme du contrat en droits français et vietnamien qui a pour ambition de
démontrer les caractères du formalisme, contient deux parties principales. Dans la première
partie, il s’agit de présenter le formalisme accentué, quand la forme s’impose pour la validité
ou l’existence d’un contrat (Première partie). Dans la seconde partie, l’attention sera portée
sur le formalisme atténué, quand la forme requise n’est qu’une condition de l’efficacité du
contrat (Deuxième partie).
Avant d’entrer dans l’examen du contenu de la thèse, il est utile de rappeler l’évolution
historique du formalisme en droits des contrats français et vietnamien afin de mieux
comprendre le formalisme du contrat en droit moderne, ou celui-ci étant l’héritage d’une
évolution progressive, dont le point de départ est l’ancien droit romain34.
34
M. VILLEY, Leçons d’histoire de la philosophie du droit, rééd., Dalloz, 2002, p. 17.
16
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
13. Pour répondre exactement à ces questions, l’on doit examiner l’histoire du
formalisme du contrat en droits français et vietnamien. Celle-ci se divise en deux sections :
l’histoire du formalisme du contrat en droit français (Section I) et cette même histoire en droit
vietnamien (Section II).
35
V. infra, n° 59-68, 198-208, 252-255, 341-358.
17
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
15. Dans l’ancien droit romain, les contrats sont formalistes37. La volonté des
parties est en elle-même impuissante à donner naissance à un acte juridique38. La forme et le
contrat sont liés au sens où la première relève de l’essence du second. Par conséquent,
l’obligation contractuelle ne nait que de l’accomplissement d’une forme rituelle telle que les
paroles solennelles, la remise de la chose.
En premier lieu, il est nécessaire de citer le nexum qui est l’une des plus anciennes
opérations juridiques39. C’est un contrat qui est conclu par l’accomplissement de formes
solennelles40. De tels rites font que le créancier remet au débiteur un lingot d’airain en
présence de cinq témoins ; puis le créancier fait une déclaration solennelle (nuncupatio) en
présence des mêmes personnes41. Dans ce cas, le nexum est un contrat rigoureusement
36
M-A. GUERRIERO, op. cit., p. 7 ; J. GHESTIN, Traité du droit civil, Formation du contrat, 3e, éd.,
LGDJ, 1993, n° 362 ; Y. JEANCLOS, Formalisme ou consensualisme : La sempiternelle querelle du
droit des contrats, in mélanges en hommages à Gérard BOULVERT, Centre d’histoire du droit
L.A.R.J.E.P.T.A.E, en 1988, p. 334 et s ; R. ROUXEL, Recherche des principes généraux régissant
l’évolution contemporaine du formalisme des actes juridiques, thèse, Faculté de droit de Paris, 1934,
p. 11 ; J. BONNECASE, Traité théorique et pratique de droit civil, t. 2, éd., Sirey, 1925, n° 380.
37
J. BART, Histoire du droit privé de la chute de l’Empire romain au XIXe siècle, 2e, éd.,
Montchrestien, 2009, p. 84.
38
D. DEROUSSIN, Histoire du droit des obligations, éd., Economica, 2007, p. 112 et s.
39
J.-Ph. LEVY, Histoire des obligations, Cours de droit en 1978, p. 24.
40
J.-L. GAZZANIGA, Introduction historique au droit des obligations, éd., PUF, 1992, n° 100.
41
B.JHERING, L’esprit du droit romain dans les diverses phrases de son développement, éd., A.
Marescq, 1877, p. 142 ; V. également, J. LEVY - A. CASTALDO, op. cit., n° 442.
18
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
formaliste car sa forme requise pour sa naissance est la forme rituelle, sacramentelle : la chose
symbole et la présence des tiers.
En deuxième lieu, c’est le contrat verbis qui apparaît après le nexum42. C’est aussi un
contrat formaliste car sa formation se matérialise par l’échange convergent d’un dialogue oral
entre le créancier et le débiteur43. En effet, la question et la réponse doivent présenter une
rigoureuse symétrie sous peine de nullité de l’engagement44. Tel est le cas du créancier qui
stipule : « Promets-tu cent ? » et le débiteur lui répond «Je promets cent ». En conséquence,
ce contrat verbis exclut la possibilité de stipuler pour des muets et des sourds qui ne peuvent
entendre les formules prononcées.
En troisième lieu, le contrat litteris45 illustre encore le contrat formaliste dans le droit
romain primitif. Il est de même un contrat solennel, unilatéral de droit strict qui ne peut être
conclu qu’entre romains et dans lequel l’obligation naît à la suite de formalités d’écritures
accomplies sur un registre de comptabilité, le codex accepti et expensi, que possède le
créancier46. Ce dernier inscrit avec l’accord de son débiteur, une sorte de caisse fictive sur son
codex et porte le débiteur comme bénéficiaire. Cette seule inscription fait naître l’obligation
sans qu’une mention symétrique sur le codex du débiteur soit nécessaire. Autrement dit,
l’inscription sur le codex est une forme solennelle obligatoire visant à donner naissance au
contrat.
42
Nous l’appelons « le contrat verbis » car il consiste en un dialogue entre le créancier (stipulant) et le
débiteur (promettant).
43
J.-Ph. LEVY, A. CASTALDO, Histoire du droit civil, 2e, éd., Dalloz, 2010, n° 445 et s.
44
J. GAUDEMET, Droit privé romain, 2e, éd., Montchrestien, 2000, p. 265.
45
J. GAUDEMET, op. cit., p. 266 ; J.-Ph. LEVY, A. CASTALDO, op. cit., n° 449.
46
J.-Ph. LEVY, A. CASTALDO, op. cit., n° 450.
47
E. CHEVREAU, Y. MAUSEN, C. BOUGLE, Introduction historique au droit des obligations, éd.,
Litec, 2007, n° 33 et s..
48
Ibid.
19
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
droit contemporain, la remise de la chose dans le droit romain intervenant dans la formation
du rapport obligatoire n’est pas nécessairement l’objet du contrat. Elle peut consister en une
fraction de l’objet du contrat, en nature ou en équivalent, ou en une représentation symbolique
de l’objet du contrat49.
16. Un bref aperçu sur quelques contrats formalistes dans le droit romain primitif
suffit pour conclure que ce type de contrats est très formaliste au sens le plus rigoureux du
terme. Cela peut s’expliquer par l’influence de l’environnement économique, social et
religieux romain sur le système juridique en général et les contrats en particulier. En effet,
dans la société romaine archaïque, l’économie est essentiellement rurale, agricole, entretenue
par les anciens Achéens, plutôt stagnante et communautariste. Dans ce contexte, la relation
juridique entre les individus découle, en réalité, de la religion. Ainsi, la rigidité du formalisme
présente de grands avantages. Il rend l’acte facile à prouver, précise le moment où il est
conclu, et ne laisse aucun doute sur l’effet qu’on en attend.
D’abord, les contrats consensuels apparaissent à côté des contrats formels. Il s’agit de
contrats de bonne foi, synallagmatiques parfaits ou imparfaits qui se forment par le simple
échange des consentements des parties, sans qu’aucune forme ne soit imposée. Ils peuvent
aussi se conclure entre absents, par correspondance ou par un représentant51. Or, la liste des
contrats consensuels se limite au nombre de quatre : l’achat-vente, le louage, la société, le
mandat52. Ils émergent progressivement dans un contexte de mutations économiques et de
développement des échanges avec l’étranger. Ils s’avèrent donc mieux adaptés à la pratique
des échanges du commerce.
49
A.-E. GIFFARD, R. VILLERS, Droit romain et ancien droit français, 4e, éd., Dalloz, 1976, n° 223 et
s.
50
E. CHEVREAU, Y. MAUSEN, C. BOUGLE, op. cit., n° 25.
51
J-Ph. LEVY, op. cit., p. 211.
52
A. E. GIFFARD, R. VILLERS, op.cit., p. 47-85 ; J-Ph. LEVY, A .CASTALDO, op. cit., n° 466 et
s..
20
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Ensuite, c’est la rigidité du formalisme qui s’atténue en droit romain ultérieur. Dans
l’ancien droit romain, la forme verbis était très rigoureuse53. Mais depuis le IIe siècle, cette
forme s’est peu à peu modérée. Le droit romain n’exige plus de formules sacramentelles.
Seule l’exigence de « concordance de fond »54 est requise. Par exemple : « Promets-tu de
donner ? – Pourquoi pas ? »55. L’atténuation de la forme verbale se manifeste non seulement
par la dégradation de la concordance des paroles mais encore par la langue de la
communication56. Depuis le IIIe siècle, « la langue de la question peut être différente de celle
de la réponse, il suffit que la réponse corresponde à la question »57. En vérité, la formalité
verbale a changé de type. Le recours aux verba solemnia et directa est alors devenu obsolète ;
il suffit que la stipulation suppose l’échange effectif de paroles, qu’elle soit rédigée avec
n’importe quelle expression destinée à exprimer le consentement des parties. Autrement dit,
par rapport à la forme de la stipulation primitive, la forme verbis faisait figure d’un objet
d’érosion considérable de la rigueur. Comme la forme verbale, la rigidité de la forme écrite
s’est aussi atténuée. Il s’agit du contrat literies des pérégrins, découlant de leurs coutumes et
de leurs pratiques, appelé chirographa, devant des témoins. Ceux-ci, souvent au nombre de
six, scellent l’acte avec le débiteur. Ces actes sont en usage à Rome avant la fin de la
république, d’imitation usuraire. L’acte chirographe correspond encore à l’acte rédigé à la
première personne, écrit de la main même du débiteur devant au moins deux témoins. A
travers cet acte scellé par les témoins mais également par lui-même, le débiteur établit une
reconnaissance de dette au profit de son créancier. Ces deux façons d’écrire ont été
controversées sur la condition de validité ou sur une simple règle de preuves dans la doctrine
française, quoi que la rigueur de la forme de ce contrat soit considérablement atténuée.
53
V. supra, n° 15.
54
L’expression est empruntée à J.-Ph. LEVY et A. CASTALDO, op.cit., n° 446.
55
D. 45. 1.1 ; 2 cité par E. CHEVREAU, Y. MAUSEN, C.BOUGLE, op.cit., n° 30.
56
J. GAUDEMET, op. cit., p. 255 ; Voir également de cet auteur la traduction du texte d’ULPIEN
(Commentaire sur SABINUS, Dig. 45, 1, 1) sur la stipulation, op. cit ; p. 386, n° 137.
57
G. LEPOINTE et R. MONIER, Les obligations en droit romain et dans l’ancien droit français, éd,
Sirey, 1954, p. 186.
58
E. CHEVREAU, Y. MAUSEN, C.BOUGLE, op.cit., n° 44.
21
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
ultérieur, de nombreuses exceptions ont été apportées à cette règle par la jurisprudence, le
préteur et les constitutions impériales, qui ont reconnu que le seul accord de deux ou plusieurs
personnes sur le même objet pouvait avoir une valeur juridique : cet accord est appelé pacte.
Trois sortes principales de pactes pouvaient être révélées : le pacte adjoint, le pacte prétorien,
le pacte légitime. Les pactes dégradent la rigueur du formalisme primitif car la reconnaissance
du lien entre des obligations contractuelles est établie par le seul objet réciproque des parties
contractantes.
18. Ainsi, force est de conclure que la rigidité du formalisme du contrat du droit
romain ultérieur s’atténue considérablement par rapport à celle de l’ancien droit romain. C’est
une véritable évolution du contrat visant à s’adapter à la pratique des échanges du commerce
en plein essor dans la société romaine ultérieure.
D’une part, sous l’influence du droit romain redécouvert, les contrats réels qui se
forment par la remise d’une chose sont nombreux pendant cette période, comme, le prêt ou le
dépôt ou le gage61. La remise d’une chose est un élément de formation de l’obligation
contractuelle dans la mesure où elle permet de reconnaître l’existence du contrat et de
59
A.-E. GIRARD, Manuel élémentaire de droit romain, 8e, éd., Par F. SENN, Paris, 1929, p. 624.
60
J.-Ph. LEVY, Le consensualisme et les contrats des origines au Code civil, Revue des sciences
morales et politiques, 1995, p. 213.
61
J. –L. GAZZANIGA, Introduction historique au droit des obligations, éd., PUF, 1992, p. 151, 152.
22
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
conférer une action. A côté des contrats réels qui sont à l’origine du droit romain, il existe un
autre contrat réel qui n’apparaît qu’à cette époque62. Techniquement, il repose, comme les
contrats réels du droit romain, sur le formalisme de la tradition, c’est-à-dire que la remise
d’une chose est une condition indispensable à sa formation. Pourtant, l’on constate des
divergences frappantes entre ces deux contrats réels. Si la remise de la chose dans le droit
romain est la chose matérielle, celle-ci, qui est la remise d’un écrit, symbolise la remise
matérielle63. « Ceci mérite d’être souligné en raison de son aspect tout à fait inédit. Il est
probable que l’usage de l’écrit dans les obligations contractuelles est un emprunt au droit
romain maladroitement interprété. Cette remise de l’écrit comme établissant un contrat réel de
vente est caractéristique du contexte de l’ancien droit français »64. Citons notamment la vente
qui est un contrat réel caractéristique de cette période. Par exemple, la vente réalisée au
comptant qui consiste en un « transfert de propriété accompagné d’un paiement de prix
concomitant »65, selon la formalité rituelle prévue ou la vente, se réalise par la remise
d’arrhes. Dans cette vente, la remise d’une chose symbolique est une condition indispensable
à sa formation, à défaut de laquelle le contrat ne produit pas d’effet juridique.
D’autre part, le contrat formel de l’ancien droit français, quant à lui, présente de fortes
similitudes avec les engagements de l’ancien droit romain primitif. En effet, il ne peut être
conclu que par l’accomplissement d’un rite solennel. Tel est le cas de la festuca qui « consiste
essentiellement en une promesse rituellement prononcée accompagnée d’un geste rituel et
symbolique »66. Tel est aussi le cas du denier à Dieu qui manifeste le caractère récurrent de
l’élément immatériel des formes rituelles67. Cet élément symbolique participe de la structure
du formalisme. Tel est encore le cas de la paumée qui constitue certainement un des modes
d’engagement contractuel parmi les plus hautement symboliques. Les parties se trouvent liées
par le contrat une fois qu’elles se sont tapées dans la main.
62
G. LEPOINTE et R. MONNIER, Les obligations en droit romain et dans l’ancien droit français, éd.,
Sirey, 1954, p. 453 ; A. ESMEIN, Etudes sur les contrats dans le très ancien droit français, éd., Paris,
1883, p. 19.
63
G. LEPOINTE et R. MONNIER, op. et loc. cit.
64
V. FORRY, op. cit., n° 98.
65
G. LEPOINTE et R. MONNIER, op. cit., p. 452.
66
G. LEPOINTE et R. MONNIER, op. cit., p. 453.
67
A.-E. GIRRARD et R. VILLERS, Droit romain et ancien droit français, éd., Dalloz, 3e éd., 1970, p.
158 : « Il était possible aux chrétiens respectueux des commandements d’engager leur foi sans faire
appel à la divinité. Il suffisait pour cela d’accompagner les paroles indiquant l’engagement contractuel
d’un geste appelé fides manualis ou corporalis geste consistant à mettre sa main droite dans celle de
l’autre partie ou dans celle d’un tiers ».
23
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
20. A vrai dire, dans l’ancien droit français, les contrats sont donc formalistes. Ils
ne se forment que par l’accomplissement d’un rite sacramentel. Cette rigidité de la forme
solennelle de l’ancien droit français paraît s’opposer à l’émergence du principe du
consensualisme qui domine dans le droit français à partir du XVe siècle.
68
J.-Ph. LEVY, A.CASTALDO, op. cit., n° 527 et s.
69
Ibid.
70
F.-X. TESTU, Les glossateurs, Regards d’un civiliste, RTD Civ. 1993, p. 279 et s.
71
Ibid.
72
Ibid.
73
G. ROUHETTE, Contribution à l’étude critique de la notion de contrat, thèse, Paris, 1965, I, p. 49 ;
G. AUGE, Le contrat et l’évolution du consensualisme chez GROTIS, éd., Sirey, 1968, p. 99 et s., in
Archives de philosophie du droit T. XIII sur les notions du contrat, p. 99- 114.
24
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
est considéré comme un pécheur. La fidélité à la parole est d’autant plus indispensable qu’elle
« porte sur quelque chose que l’on permet de faire ». A vrai dire, le principe du
consensualisme intègre, au-delà du rejet des formes obligatoires, une dimension bilatérale,
une relation d’interdépendance quant aux intentions exprimées, d’où l’importance de
l’échange des consentements.
74
Les auteurs connus de l’école du droit naturel comme GROTIUS, POTHIER, LOISEL DOMAT ont
fourni de nombreux apports à la naissance du principe du consensualisme à travers l’oeuvre des
philosophes et des juristes.
75
J.-Ph. LEVY, A.CASTALDO, op. cit., n° 541 et s..
25
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Finalement, le législateur du droit civil français retient que « tous actes portant donation entre
vifs seront passés devant notaires, …, sous peine de nullité ».
Le contrat de mariage devant être passé par acte authentique découle aussi de la
coutume d’Orléans aux XVIIe et XVIIIe siècles76. Une telle formalité est destinée à permettre
aux époux de connaître la nature de la convention qu’ils passent entre eux, à la demande de
leurs familles77. Elle a également pour but d’informer les tiers revendiquant le sort de certains
meubles et immeubles. C’est pourquoi le législateur français du Code civil 1804 dispose que
le contrat de mariage doit être passé par un acte devant notaire.
Les contrats d’importance économique passent aussi devant un notaire en vue d’avoir
une garantie de leur exécution. Tel est le cas de la constitution d’hypothèque qui est une sorte
de contrat revêtant une grande importance économique. D’ailleurs, dans le courant du XVIIe
siècle, dans l’ancienne France, l’hypothèque fut considérée comme un droit réel. Par
conséquent, elle ne pouvait pas naître d’un simple échange de consentements reposant sur le
sceau de l’autorité publique, sur la force exécutoire de l’acte notarié. C’est l’explication
donnée par l’article 2416 du Code civil français : « l’hypothèque conventionnelle ne peut être
consentie que par un acte notarié ».
23. A côté des contrats solennels que nous avons dégagés, citons encore la
formalité requise pour l’efficacité du contrat qui constitue églement une dérogation au
principe du consensualisme. Il s’agit alors de la forme probatoire et de la forme de publicité.
76
R.-J. POTHIER, Ouvres complètes, Tome 7, Traités du Contrat de mariage et de la puissance du
mariage, Paris 1882, p. 28 ; Y. JEANCLOS, Formalisme ou consensualisme : La sempiternelle
querelle du droit des contrats, in Mélanges hommages à G. BOULVERT, publiés par le Centre
d’histoire du droit du L.A.R.J.E.P.T.A.E, 1987, p. 348.
77
E. LESERGENT, La pratique notaire orléanaise, de la coutume au Code civil ; Les contrats de
mariage orléanais de 1650 à 1850, thèse, Paris II, 2006, p. 252.
78
J. MESTRE, La subrogation personnelle, éd., LGDJ, 1979, n° 78 et s. .
26
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
79
J.-Ph. LEVY, A. CASTALDO, op. cit., n° 588 ; A.-E. GIFFARD, R. VILLERS, op. cit., n° 314 ; Y.
JEANCLOS, art. cit., p. 344.
80
Cité par J.- L. GAZZANIGA, Introduction historique au droit des obligations, éd., PUF, 1992, n°
159.
81
J.- Ph. LEVY, A. CASTALDO, op. cit., n° 588.
82
ISAAMBERT, Recueil général des anciennes lois françaises depuis 420 jusqu’à la Révolution de
1789, Paris, 1882, t. XXI, p. 341 ; Voir également, A. BITOUZE, Le double aspect de la publicité
foncière, institution civile et institution de police, thèse, Faculté de droit, Université de Rennes, 1960,
p. 5.
83
Article 26 de la loi du 11 brumaire, an VII.
27
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
dans le Code civil français 1804. Après cette date, la législation postérieure rétablit le principe
selon lequel le transfert du droit foncier à titre onéreux doit faire l’objet d’une publicité84.
24. L’évolution du formalisme du contrat doit encore être citée après la naissance
du Code civil français, en 1804. Plus particulièrement, au début du XXe siècle, elle est bien
constatée : certains auteurs refusent une reconnaissance du formalisme du contrat en droit
français85. Pour soutenir leur analyse, ils s’appuient sur la définition du formalisme, aux
termes de laquelle la reconnaissance de ce dernier ne constitue pas systématiquement des
exceptions au principe du consensualisme. Ainsi, ces auteurs fortifient l’observation selon
laquelle il existe une survivance du formalisme après la naissance du Code civil français
1804. En revanche, dans la première moitié du XXe siècle, d’autres auteurs décèlent une
évolution au sens d’ « une reconnaissance du formalisme »86. Ils argumentent sur le
développement d’un formalisme souple en matière commerciale.
Néanmoins, à partir du XXe siècle, la liste des contrats solennels ne cesse de s’allonger
en droit privé. Une série d’exemples peut illustrer ce phénomène. Tel est le cas de la loi du 3
janvier 1967 relative à la vente d’immeuble à construire, qui dispose que la vente d’immeuble
à construire est un contrat solennel. Cette loi marque le point de départ d’un important édifice
protecteur, tant du point de vue du droit de la construction que de celui du droit de la
consommation. Puis la loi du 22 décembre 1972 impose l’écrit et certaines mentions
concernant les ventes à domicile ; celles du 10 janvier 1978 et du 13 juillet 1979 réglementent
le crédit à la consommation et imposent aux banques de respecter des modèles-types ; la loi
du 31 décembre 1989, relative au surendettement des particuliers, confère un caractère
impératif au modèle de mention manuscrite pour tout cautionnement donné pour un
consommateur.
84
La loi du 23 mars 1855 et le décret du 4 janvier 1955.
85
V. par exemple, BONNECASE, Traité de Baudry-Lacantinerie, t. II, n° 381 cité par M.-A.
GUERRIERO, op. cit., p. 7.
86
P. MOENECLAEY, De la reconnaissance du formalisme dans les contrats en droit civil et
commercial, thèse, Paris, 1914.
28
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
29
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Ainsi, la division de cette section marque une caractéristique par rapport à celle du droit
français. Elle se divise en trois sous-sections. Tout d’abord, il conviendra de dégager
d’anciennes institutions juridiques vietnamiennes car celles-ci, qui influent beaucoup sur la
conception du contrat dans l’ancien droit vietnamien, sont opposées à celles du droit romain,
de sorte qu’elles influencent le formalisme du contrat (1). Ensuite, il s’agira d’expliciter
pourquoi le principe du consensualisme domine dans l’ancien droit vietnamien (2). Enfin,
nous présenterons certains contrats formalistes dans l’ancien droit vietnamien (3).
27. L’ancien droit civil vietnamien, avant d’être en contact avec le droit français en
1858, présente les caractères du système juridique extrême-Oriental. Ce dernier s’exprime par
plusieurs caractères opposés au système juridique occidental. Une série de caractéristiques de
l’ancien droit civil vietnamien que nous pouvons démontrer s’opposent à celles du droit
français, telles que la pauvreté du droit civil, l’absence de caractère juridique général, la
confusion du droit pénal, du droit civil et l’ignorance de la distinction du droit public et du
87
J. GHESTIN, op. cit., n° 362.
88
V. surpa, n° 14.
89
P.-J. SIVESTRE, Considérations sur l’étude du droit annamite, 2e, éd., Paris, 1922, p. 316.
90
A. MIRABEN, Précis de droit annamite et de jurisprudence en matière indigène, éd. E Plon Nourrit,
1896, p. 120 ; Manh Tuong NGUYEN, L’individu dans la vieille cité annamite, Essai de synthèse sur
le Code des LE, éd., Presse, 1932, p. 156.
91
F.-G. LEPAGE, Le contrat de vente en droit annamite, éd., Domat-Montchrestien, 1937, p. 50.
92
Ibid.
30
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
droit privé, etc.93. Ce sont les défaillances de l’ancien droit vietnamien. Dans ce cas, il
convient de constater que celui-ci se distingue nettement de l’ancien droit français puisque ce
dernier présente des caractères relativement sophistiqués94.
28. Cette négligence du droit civil constitue le premier caractère de l’ancien droit
vietnamien que certains auteurs français ont identifé au cours de leurs recherches. Ainsi,
PHILASTRE et SCHREINER ont observé que « le législateur annamite s’est abstenu de
formuler des lois sur des principes généraux, qu’il s’est, au contraire, attaché à citer une
infinité de cas particuliers, les groupant avec plus ou moins de bonheur, et rendant ainsi la
déduction des règles générales fort laborieuse sinon impossible »97. En ce sens, TRAN Van
Chuong a écrit : « si on ôte les règles du droit de famille il n’en reste à peu près rien »98. Plus
particulièrement, lorsque l’on examine les règles de l’ancien Code vietnamien99, on s’aperçoit
qu’il n’y a guère que quelques dispositions isolées en matière civile accompagnées
invariablement d’une peine pénale. Force est donc de constater que l’ancien droit vietnamien
ne comporte pas beaucoup de règles en matière civile. Cette caractéristique s’oppose
nettement à celle du droit romain100.
29. Dans la mesure où la pauvreté des règles du droit civil est en cause, les
coutumes constituent une source très importante pour régler les rapports entre les individus
93
F.-G. LEPAGE, op. cit., p. 38 et s.
94
D. DEROUSSIN, op. cit., p. 110 et s.
95
J. –L. GAZZANIGA, op. cit., n° 25.
96
TRAN Van Chuong, Essai sur l’esprit du droit sino - annamite, éd., LGDJ, 1922, p. 15.
97
PHILASTRE, Code annamite, 2e, éd, Ernest Leroux, 1909, p. 3 ; A. SCHREINER, Les institutions
annamites en Basse - Cochinchine avant la conquête française, éd., Saigon, 1900, p. 209.
98
TRAN Van Chuong, op. cit., p. 196.
99
Dans l’ancien droit vietnamien, il y avait deux Codes : le Code des dynasties de LE 1483 et le Code
des dynasties de NGUYEN 1812.
100
TRAN Van Chuong, op. cit., p. 196.
31
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
101
P. AQUARONE, Les sûretés immobilières en Indochine, Essai théorique et critique, éd., Domat-
Montchrestien, 1936, p. 2.
102
E. LURO, Cours d’administration, éd., Saigon, 1875, p. 145.
103
E. LURO, Pays d’Annam, 2e, éd., Leroux, 1897, p. 230 ; F. LEPAGE, Le contrat de vente en droit
annamite, éd., Domat - Montchrestien, 1937, p. 31.
104
PHAM Quang Dau, Les principes fondamentaux du nouveau Code civil annamite de 1931, éd.,
Librairie de l’université de Bordeaux, 1933, p. 25 et s.
105
TRAN Van Chuong, op. cit., p. 69 et s.
106
F.-G. LEPAGE, op. cit., p. 40.
107
TRAN Van Chuong, op. cit., p. 143.
32
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
mais qui méritent cependant d’être punis parce qu’ils sont contraires à la morale ou à l’ordre
public, selon l’interprétation de l’ensemble de la doctrine vietnamienne108.
Cette caractéristique du droit vietnamien distingue donc ce dernier du droit romain, qui
assure une distinction fondamentale entre le droit et la morale. En effet, la morale qui
n’intervient que pour compléter la force des préceptes juridiques n’est pas une source du droit.
A l’inverse du droit romain, le précepte juridique de l’ancien droit vietnamien ne fait que
compléter et assurer la force des règles morales ; autrement dit, la morale régit principalement
les relations entre les individus.
31. Une autre caractéristique du droit vietnamien est que celui-ci est une législation
répressive, en ce sens que toute affaire, même civile, comporte invariablement une peine
pénale109. Cette remarque se justifie pour un certain nombre de dispositions civiles dans les
deux anciens Codes vietnamiens qui entraînent toujours une sanction pénale110. Par exemple,
l’article 354 du Code de LE 1483 dispose que « ceux qui achèterons des rivières et des terres
en usant de contrainte seront punis d’une peine d’abaissement de deux degrés. On autorisera
la constitution de l’ancien prix de vente ». Plus précisément, lorsqu’on consulte l’article 270
du même Code, l’on s’aperçoit qu’il réglemente aussi que « ceux qui, ayant donné des terres
et des rizières en nantissement à quelqu’un, les vendront à titre définitif à une autre personne
avant d’avoir remboursé au créancier nanti l’argent qu’ils en avaient primitivement reçu, et
seront punis de 50 coups de rotin et d’un abaissement d’un degré. On poursuivra la restitution
de l’ancien prix convenu, qui sera rendu à la personne primitivement nantie ». Plus encore,
l’article 137 du Code de NGUYEN 1812 énonce expressément une sanction pénale de 80
coups de bâton pour le domestique s’il s’enfuit avant l’expiration du contrat de louage111.
Toutes les dispositions civiles présentent ainsi, en général, le point commun d’être
accompagnées d’une peine pénale. Autrement dit, l’ancien législateur vietnamien a ignoré la
distinction entre le droit civil et le droit pénal.
108
Par exemple, TRAN Van Chuong, op. cit., p. 33 ; A. MIRABEN, Précis de droit annamite, éd., E.
Nourrit et Cie, p. 251 ; NGUYEN Chanh Tam, Le Code de LE et le Code de NGUYEN étaient –ils
des Codes nationaux ? In Histoire de la codification juridique vietnamienne, éd, Facultés de droit de
Montpellier 2001, p. 200.
109
P.-L.-F. PHILASTRE, Etudes sur le droit annamite et chinois, Le Code annamite, 2e, éd., Paris
Ernest-Leroux, 1909, p. 358 et s.
110
Dans l’ancien droit vietnamien, il y avait deux codes : le Code des dynasties de LE 1483 et le Code
dynasties de NGUYEN 1812.
111
P. –J. SIVESTRE, Considération sur l’étude du droit annamite, 2e, éd., Saigon, 1922, p. 342.
33
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
33. Constatons dès lors que les caractères de l’ancien droit vietnamien se
distinguent nettement du système juridique romaniste. Ils indiquent que le niveau de la
science juridique dans l’ancienne société vietnamienne est très naïf par rapport au droit
romain. L’environnement économique, social et politique est, il est vrai, totalement différent,
influençant les caractères de chaque système juridique comparé. Dans l’ancien pays
vietnamien où l’économie est essentiellement agricole, les besoins et les échanges sont peu
nombreux ; les rapports entre les individus sont très simples, et ils ne demandent donc pas une
réglementation précise et détaillée en matière de droit civil113. Dans la société romaine en
revanche, les échanges économiques des plébéiens font sa prospérité. Il est alors nécessaire
d’avoir un droit civil pour régler les rapports entre individus. Ensuite, sous l’influence de la
pensée confucianiste, l’ordre social114, dans la société d’extrême–orient est organisé en classes
et catégories de personnes. Les droits et les devoirs de l'individu vis-à-vis de ses semblables
sont déterminés en fonction du lien naturel ou social existant entre eux ; il existe
effectivement des différences entre nobles et roturiers, entre supérieurs et inférieurs, jeunes et
vieux, habitants du pays et étrangers. L'ordre public implique la soumission absolue des
112
J.-M. CASBASSE, Manuel d’introduction historique au droit, 3e, éd., PUF, 2009, n° 21.
113
G-H. CAMERLYNCK, Le cours de droit annamite, T. 1, éd., Sirey, 1938, p. 193.
114
L’ordre social découle de la doctrine confucianiste imprégnée des actes des individus dans
l’ancienne société vietnamienne.
34
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
individus aux règles découlant de ce principe tant du point de vue moral que juridique115. En
revanche, les rapports des citoyens romains se fondent sur l’égalité formelle. Ils ont des droits
civiques, politiques, et n’obéissent qu’à la loi. La notion de loi est fondamentale (au sens
étymologique) dans la mesure où elle est l’œuvre, non pas d’une divinité ou d’un seul, mais
au minimum de plusieurs et, au maximum, de tous les citoyens. Pour les deux raisons
principales précitées, les caractères de l’ancien droit vietnamien sont divergents avec ceux du
droit romain.
34. Si l’ancien droit civil vietnamien, avant 1858, représentait les caractères du
système juridique extrême-oriental, le droit civil vietnamien, après 1858, est un système
juridique romaniste en raison de l’influence du droit français dans le contexte de la
colonisation116. Après l’occupation française, la plupart des dispositions du droit civil
vietnamien découlent des dispositions françaises en raison du caractère prépondérant du droit
civil français117. Plus précisément, si l’on consulte le Code civil tonkinois de 1931, l‘on
s’aperçoit que presque toutes ses dispositions procèdent du Code civil français de 1804118.
Cependant, dans le cadre de cette étude, il ne nous est pas permis de dénombrer tous les
articles de ce Code découlant du Code civil français en raison de leur trop grand nombre.
35
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
vietnamienne ont cependant été légalisées. Elles étaient compatibles avec les activités civiles
au Vietnam durant cette époque. De fait, ces dispositions règlent bien des rapports entre les
particuliers puisqu’elles se construisent sur la même base d’équité et de bonne foi, la
convergence de deux systèmes juridiques vietnamien et français. En réalité, le droit civil
vietnamien, pendant cette époque, était le produit d’une concorde entre la tradition juridique
vietnamienne et la technique juridique du droit moderne. Malheureusement, toutes ces
dispositions ont été supprimées par une résolution de la Cour populaire suprême en 1959.
35. Après l’abrogation du droit civil élaboré par les législateurs français, le
Vietnam « s’est délibérément écarté des systèmes occidentaux, tourné vers celui de l’Union
des républiques socialistes soviétiques et des pays de l’Est, dont elle a adopté les conceptions
politiques, les modes de régulation sur les modèles desquels elle a formé ses cadres »121. Dans
ce système où l’Etat est tout puissant et régit tout, la place du droit est très limitée122. On
pourrait donc affirmer que les dispositions légales du contrat ont été absentes. C’est pourquoi
l’on ne peut donner des caractères du droit civil en général et des caractères du droit des
contrats en particulier à cette époque, qui reste la période obscure du droit civil vietnamien.
36. Considérant l’ensemble des études historiques du droit vietnamien, nous nous
permettons-nous d’apporter certaines observations. Depuis l’Antiquité jusqu’à l’occupation
française, ce dernier présente les caractères du système juridique extrême-oriental, qui
diffèrent nettement du droit romain. Puis, après l’occupation française, les caractères du droit
civil vietnamien sont ceux du droit civil français. Pendant la période du dirigisme
économique, le droit civil vietnamien est totalement détruit. A l’heure actuelle, grâce aux
auteurs français, le législateur vietnamien est en train de construire et d’améliorer le droit
civil. Le droit vietnamien moderne présente plusieurs caractères semblables au droit français
en matière civile et commerciale, puisque l’élaboration du droit vietnamien s’inspire
principalement du droit français123.
121
P. BEZARD, Bicentenaire du Code civil : le Vietnam, in Le Code civil 1804 – 2004, Livre du
bicentenaire, éd., Dalloz-Litec, 2004, p. 653.
122
Ibid.
123
P. BEZARD, Bicentenaire du Code civil : Le Vietnam, in Le Code civil 1804-2004, Livre du
bicentenaire, éd., Dalloz et Litec, 2004, p. 651 et s.
36
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
encore justifié sa domination dans l’ancien droit vietnamien. Dans cette sous-section, nous
allons expliquer les raisons qui donnent naissance au principe du consensualisme dans
l’ancien droit vietnamien. Elles sont au nombre de trois : la doctrine du respect124, la bonne
foi et les rapports des parties contractantes.
124
La doctrine du respect est une partie de la pensée confucianiste (551-479 avant J. C.).
125
TRAN Van Chuong, Essai sur l’esprit du droit sino - annamite, éd, LGDJ, 1922, p. 139 et s.
126
V. supra, n° 31.
127
Les pensées, confucianiste, bouddhiste et taoïste créées durant la période de (551 à 470 A.-C). J.C.
« elles se présentent avec un point commun : l’humanité, justice, droiture, bonne foi », E. LANGLET,
Le peuple annamite, ses mœurs, croyances et traditions, éd., Berger-Levrault, Paris, 1913, p 10 et s.
Pour cette raison, on peut dire que la bonne foi s’apparente aux pensées. Dans l’ancienne société
vietnamienne, le Confucianisme, le Bouddhisme, et le Taoïsme constituaient de la philosophie plus
d’une religion.
37
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
128
P. J. SILVESTRE, op. cit., p 319.
38
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
43. Cependant, le principe du consensualisme n’est pas absolu ; une place est
concédée au formalisme. Presque tous les contrats se concluent par le seul échange des
consentements des parties sous une forme quelconque. Toutefois, il en existe certains dont la
validité dépend de l’accomplissement d’une forme déterminée, soit un acte authentique, soit
une formalité de publicité.
44. Si nous remontrons à l’ancien droit civil vietnamien, nous trouvons seulement
deux contrats formalistes, pour lesquels le droit érige le respect d’une certaine forme en
condition de validité du contrat. Le premier est le contrat de mutation foncière129.
La connaissance des dispositions légales du droit des contrats est très sommaire, faute de
documents juridiques d’archives. Les plus anciennes que nous pouvons connaître sont l’article
365 du Code des dynasties des LE de 1483. Cet article dispose que ceux n’ayant pas recours
aux fonctionnaires ou au chef de leur village pour la rédaction et la certification de la
mutation foncière, seront punis de 80 coups de bâton et d’une amende proportionelle à la
gravité des faits130. Ensuite, ces dispositions sont reprises à l’article 30 du Code de la
procédure de TRINH de 1777, qui exige également que les transmissions des fonciers soient
conclues devant les notables du village131. Un siècle plus tard, un édit des dynasties de TU
DUC (1861) impose aux parties au contrat de vente immobilière la forme authentique dans le
village où se trouve l’objet du contrat132.
Toutes ces dispositions présentent donc le point commun d’être accompagnées d’une
peine pénale très sévère pour assurer leur observation. Par conséquent, le respect de la forme
de la mutation foncière est nécessaire pour les parties contractantes. Les actes établis
contrairement à cette règle sont considérés comme nuls133.
129
G. DÜRRWELL, Doctrine et jurisprudence en matière civile indigène, éd., Saigon, 1900, p.12.
130
Article 365 du Code des dynasties de LE 1483.
131
Le Code de procédure des dynasties de TRINH promulgué en 1777, cité par R. GUEYFFIER, Du
Dia Bo de MINH MANG au livre foncier de Cochinchine, in Recueil Législation, Doctrine et
jurisprudence, 1928, t. 32., p 3.
132
Cité par Bienvenue, Régime de la propriété en Annam, thèse, Rennes, 1911, p. 81 ; V. également
F.-G. LEPAGE, Le contrat de vente en droit annamite, éd., Domat - Montchrestien, 1937, p. 111.
133
Précité par Fr.G. LEPAGE, op.cit., p. 111 ; voir également DANG Trinh Ky, Le nantissement des
personnes dans l’ancien droit annamite, éd., Domat Montchrestien, 1933, p 61.
39
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
passé devant les notables du village134. La forme authentique est une condition de validité de
ce contrat.
134
« Le nantissement des personnes est un contrat de louage de services, accessoire à un contrat de
prêt et destiné à garantir et aussi à amortir la dette », DANG Trinh Ky, Nantissement des personnes
dans l’ancien droit annamite, éd., Domat –Montchrestien, 1933, p. 55.
135
G. H. CAMERLYMCK, Cours de droit civil annamite, éd., Sirey, 1938, p 175.
136
L’article 188 du décret de 1925 l’établit pour la Cochinchine ; l’article 883 du Code civil de
Tonkin.
137
L’article 190 du décret 1925, l’article 1360 du Code de Tonkin en 1931.
40
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
être consentie que par acte notarié ». Or, le législateur n’a pas imité tous les contrats solennels
dans le Code civil français. Il prend toujours en compte la coutume locale. Tel est le cas du
contrat de mariage et de la donation. L’exigence d’une rédaction en la forme authentique du
Code civil français de1804 s’applique au contrat de mariage et à la donation. Néanmoins, en
droit vietnamien, cette dernière n’est pas un contrat solennel, mais consensuel sauf donation
d’un immeuble. Quant au contrat de mariage, le législateur ne pose aucune règle, il est réglé
par des rites coutumiers. Autrement dit, le contrat de mariage n’est pas un contrat solennel en
droit vietnamien ; cela demeure encore aujourd’hui.
Ensuite, outre l’acte authentique, il existe une formalité que les parties contractantes
doivent parfois accomplir : la formalité de la publicité. Elle est aussi exigée pour la mutation
foncière. Nous savons que vers l’année 1805, sous les dynasties MINH MANG, un cahier du
registre des terres avait été créé en vue de favoriser la perception des impôts, pilier essentiel
du système fiscal dans l’ancien pays vietnamien. Ces dispositions prescrivent que la mutation
foncière doit être adressée à l’autorité administrative locale pour être inscrite sur le cahier
foncier138. Certes, cette inscription est un devoir pour le futur propriétaire ainsi que la
certification de la propriété foncière. Puisque, dans l’ancien droit vietnamien, toute terre
appartient au Souverain, à l’Empereur, l’occupation n’a aucune valeur, en dehors de
l’investiture de l’autorité impériale ; bien plus, elle est un délit139. On ne peut devenir
propriétaire que par une concession du souverain. Pour cette raison, tout propriétaire foncier
est tenu de faire une inscription sur le cahier foncier. Cette inscription est une véritable
formalité de publicité parce que toutes les informations relatives aux terres y sont
minutieusement décrites. En effet, les tiers peuvent se renseigner facilement sur le titulaire du
droit de propriété.
Après la période colonisée par la France, cette formule a été reprise par le législateur
français au Vietnam. Tout d’abord, une décision du 20 mai 1871 du Gouvernement français
au Vietnam dispose, dans chaque village, un cahier de description des champs analogue au
cahier foncier sous les dynasties MINH MANG140. Ensuite, l’article 505 du Code civil de
Tonkin de 1931 dispose que « l’inscription au registre foncier, partout où il existe, est
nécessaire pour l’acquisition de la propriété foncière ». De même, la jurisprudence rend
138
R. GUEYFFIER, Le livre foncier de Cochinchine, in Recueil législation, doctrine jurisprudence,
1928, tome, 32, p. 6. et s.
139
Articles 87 et 90 du Code annamite, PHILASTRE, éd., Ernest Leroux, 1909, I, p. 439 et p. 474.
140
R. GUEYFFIER. art. cit., p. 1 et s. ; D. PENANT, La question foncière en annam-tonkin, Recueil
Penant, 1908, p. 33 et s.
41
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
plusieurs arrêts pour confirmer ou réfuter un droit sur immeuble en considération des
décisions précitées. Autrement dit, l’inscription sur le cahier foncier constitue une
présomption de propriété en faveur de l’inscrit, condition de la validité du contrat141. Pour
cette raison, ces arrêts sont vivement critiqués par la doctrine, puisque cette inscription est une
formalité purement fiscale, ne portant pas atteinte au fond du contrat142. Malheureusement, le
législateur français garde l’ancienne disposition afin de favoriser la perception des impôts,
bien qu’il connaisse la nature de cette formalité.
46. Depuis quelques années, le Vietnam construit les dispositions du droit privé en
général et celles du droit des contrats en particulier. Sous l’influence des systèmes juridiques
étrangers, notamment du droit français, à travers les travaux des experts français, le
formalisme du contrat existe parallèlement au consensualisme qui demeure un principe
fondamental du droit privé. C’est un impératif de sécurité juridique qui est invoqué pour
justifier son maintien. Il est difficile d’analyser son évolution pendant cette période puisque sa
durée est très courte.
141
Cass. civ. 1e, 19 janvier 1888, in Journal judiciaire 1891, p. 216 ; Cass. civ. 1e, 9 octobre 1890,
Journal judiciaire 1892, p. 207 ; Cass., 1e, 16 juillet 1890, Recueil général de législation, Doctrine et
Jurisprudence coloniales, publié sous la direction de PENANT, p. 249 ; cass. 1e, 28 janvier 1916,
Recueil de législation et Jurisprudence coloniales, publié sous la direction de P. DARESTE, 1917, III,
p. 205.
142
F.-G. LEPAGE, op. cit, p. 173.
143
Décision n° 772 /CT-TATC du 10 juillet 1959 de la Cour suprême populaire.
42
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
1959 jusqu’à la naissance du Code civil vietnamien en 1995, le droit des contrats vietnamiens
en général et les règles concernant le contrat en particulier sont considérés comme étant
absents. C’est véritablement une période obscure pour le droit civil vietnamien.
A vrai dire, l’étude de l’histoire du formalisme du contrat en droit comparé nous permet
de déceler non seulement les divergences des contrats formalistes mais encore les
caractéristiques de chaque système juridique. Elle constitue une importante contribution pour
mieux comprendre le formalisme du droit contemporain que nous allons à présent examiner.
43
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
48. On parle de formalisme accentué lorsqu’une forme est imposée pour la validité
du contrat, à peine de nullité ou d’inexistence. Cette forme constitue en effet une condition
supplémentaire de formation du contrat, venant s’ajouter aux conditions de fond144. Par
défaut, l’accord de volontés des parties ne peut faire naître des obligations contractuelles ;
cette opération juridique est atteinte de nullité, sinon d’inexistence145. Ce groupe comprend
deux types de contrat : les contrats solennels et les contrats réels.
Dans le premier cas, nous décelons les caractéristiques des contrats solennels et leur
régime juridique. Nous verrons alors les points différents et similaires à propos de ce thème
en droits français et vietnamien (Chapitre 1).
Dans le second cas, ce sont les caractéristiques des contrats réels que l’on va examiner.
Dans ce cas, nous ferons non seulement une comparaison en droit français et vietnamien sur
la catégorie des contrats réels, mais révélerons aussi une nouvelle conception de cette
catégorie des contrats au regard du droit moderne (Chapitre 2).
144
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, Droit civil, Les obligations, 1. L’acte juridique, 14e, éd.,
Sirey, 2010, n° 303 ; Ch. LARROUMET, op. cit., n° 508 ; J. CARBONNIER, Droit civil, Les biens,
Les obligations, 1e « Quadrige », éd., PUF, 2004, n° 1004 ; D. MAINGUY, J.-L. RESPAUD, Droit des
obligations, Collection dirigée par M.-L. RASSAT et G. ROUJOU de BOUBEE, éd., Ellipses, 2008,
n° 47.
145
Ibid.
44
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
49. Pour commencer, il convient de noter que le droit positif français ne donne
aucune définition légale du contrat solennel146. Pour remplir cette lacune, la doctrine française
a donné au terme de « contrat solennel » la définition suivante : « un contrat est solennel dès
l’instant que l’expression du consentement doit être, à peine de nullité, et sans équivalent
possible, extériorisée selon la forme impérativement déterminée par la loi »147. A la différence
du droit français, le droit vietnamien consacre une disposition à ce type de contrat. Il s’agit de
l’article 134 du Code civil, selon lequel « lorsque la loi subordonne la validité d’un acte de la
vie civile à l’accomplissement d’une condition de forme et que les parties n’observent pas
cette condition… l’acte de la vie civile est réputé nul »148.
146
Ph. MALINVAUD, D. FENOUILLET, Droit des obligations, 11e, éd., Litec, 2010, n° 66.
147
J. GHESTIN, Traité de droit civil, La formation du contrat, 3e, éd., L.G.D.J., 1993, n° 431. Voir
aussi Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, 10e, éd., Dalloz, 2009, n°
137. Selon le Vocabulaire juridique, le contrat solennel est ainis défini : « formaliste ; plus
précisément, dont la formation est subordonnée, à peine de nullité absolue, à l’accomplissement de
formalités déterminées par la loi ; se dit par opposition à consensuel de certains actes juridiques,
contrats, conventions », G. CORNU, Vocabulaire juridique, 8e, éd., PUF, 2008, V. « Solennel ».
148
Article 134 du Code civil vietnamien.
45
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
51. Comme on le sait, la plupart des contrats se forment par le seul échange des
consentements des parties exprimés en une forme quelconque. Néanmoins, pour certains, la
volonté des parties ne produit d’effets juridiques que si elle s’est manifestée selon une forme
impérativement prédéterminée par la loi149. Cette forme est appelée « la forme solennelle ».
Ainsi, deux aspects principaux doivent être décelés. En premier lieu, il s’agit de
déterminer les rapports entre la forme solennelle et le consentement (§1). Dans ce premier
paragraphe, nous révélerons plusieurs éléments qui séparent le droit français du droit
vietnamien. Ainsi, et par exemple, la forme solennelle en droit français est une forme
impérativement déterminée pour extérioriser le consentement des parties, alors qu’en droit
vietnamien, elle est envisagée comme une seule condition supplémentaire s’ajoutant aux
conditions de fond. En second lieu, il importera de préciser ce qu’est le caractère impératif de
la forme solennelle en droits français et vietnamien (§2). De ce point de vue, nous étudierons
l’impérativité de la forme solennelle en droit comparé.
149
M.-A. GUERRIERO, op. cit., 29 ; L. AYNES, Le formalisme et prévention, in Le droit du crédit au
consommateur, Ouvrage collectif sous la direction et avec une préface de I. FADLALLAH, éd., Litec,
1982, n° 11 et s.
46
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
53. Afin de répondre à ces questions, nous envisagerons deux points : le fondement
de la forme solennelle (A) et les formalités étrangères à l’extériorisation du consentement (B).
150
R. SALEILLES, De la déclaration de volonté, éd., Paris, 1909, p. 1. V. aussi A. RIEG, Les rapport
sur les modes non formels d’expression de la volonté en droit civil français, in Les modes non formels
d’expression de la volonté, Travaux de l’association Henri Capitant, t. XX, 11968, n° 3, p. 42 ; M.-A.
GUERRIERO, op. cit., p. 30 ; F. LIMBACH, Le consentement contractuel à l’épreuve des conditions
générales, de l’utilité du concept de déclaration de volonté, éd., LGDJ, 2004, n° 96 et s..
151
B. NUYTTEN et L. LESAGE, Regards sur les notions de consensualisme et de formalisme,
Defrénois, 1998, p. 500.
152
DINH Trung Tung, Commentaires du Code civil, édition judiciaire, 2005, p. 178. V. aussi, S.
BECQUE-ICKOWICZ, La parallélisme des formes en droit privé, éd., Panthéoon Assas, 2004, n° 61.
47
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
54. Nul ne peut nier que la liste des contrats solennels en droit français ne cesse de
s’allonger depuis quelques décennies, notamment en droit de la consommation. Comment
interpréter ce phénomène ? Qu’est-ce qui conduit le législateur français à en allonger la liste ?
Quant au droit vietnamien, évolue-t-il comme le droit français ?
Pour traiter ces questions, il nous faut examiner le fondement de la forme solennelle qui
se divise en deux aspects : le premier est l’étude sur les rapports entre la forme solennelle et le
consentement (1) ; le second, les finalités de la forme solennelle (2).
55. Introduire cette étude des rapports entre la forme solennelle et le consentement,
suppose brièvement rappelés les rapports entre la forme et le consentement dans le contrat
consensuel. Comme on le sait, le consentement, dans le contrat consensuel, peut être
extériorisé de n’importe quelle manière, dès lors qu’il est sérieux et certain. Pourtant, il
présente « l’inconvénient de permettre des consentements irréfléchis, donnés à la légère ou
même inexistants. De plus, il ne donne pas aux tiers une assurance sur l’acte ou son
contenu » ; il « peut mettre l’une des parties à la merci de l’autre, qui nierait son
engagement »153.
153
Ph. MALAURIE, L. AYNES, Ph. STOFFEL-MUNCK, op. cit., n° 535; A. BENABENT, op. cit.,
n° 101 ; J. GHESTIN, op. cit., n° 375 et s.
154
M.-A. GUERRIERO, L’acte juridique solennel, éd., LGDJ, 1975, p. 31. Voir aussi Fr. GENY,
Science et technique en droit privé positif, t. 3, éd., Sirey 1921, n° 203 ; J. FLOUR, Quelques
remarques sur l’évolution du formalisme, in mélanges G. RIPERT, éd., LGDJ, 1950, p. n° 4 ; Y.
FLOUR, A. GHOZI, Les conventions sur la forme, Defrénois, 15 août 2000, p. 911, n° 10 ; J.
GHESTIN, op. cit., n° 431.
155
Article 931 du Code civil français.
48
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Qu’il s’agisse « d’une forme libre ou d’une forme solennelle, la forme apparaît, tout
d’abord, devoir être identique : mode d’extériorisation du consentement, la différence tenant à
ce qu’elle est libre »158 dans le contrat consensuel alors qu’elle est imposée dans le contrat
solennel159.
En effet, en droit vietnamien, « lorsque la loi subordonne la validité d’un acte de la vie
civile à l’accomplissement d’une condition de forme, et que les parties n’observent pas cette
condition, le tribunal, à la demande de l’une ou toutes les parties, fixe un délai dans lequel les
parties doivent accomplir la condition prescrite. Si, à l’expiration de ce délai, les parties ne s’y
sont pas conformées, l’acte de la vie civile est réputé nul »161. Face à une telle règle, il serait
erroné de remarquer que la forme solennelle, condition de validité du contrat, est
exclusivement imposée pour l’extériorisation du consentement. En effet, si c’est une forme
imposée pour l’extériorisation du consentement, par défaut la manifestation des volontés doit
être sanctionnée par la nullité de l’acte juridique dès lors que celle-ci a été violée. Or, l’article
134 du Code civil vietnamien de 2005 énonce expressément que l’acte juridique n’est nul que
si la condition de forme n’est pas accomplie dans un délai précis162. Dans ce cas, le législateur
156
Article 1394 du Code civil français.
157
Article 1250-2 du Code civil français.
158
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 32.
159
J. FLOUR, art. cit., n° 4 ; G. COUTURIER, Les finalités et les sanctions du formalisme, Defrénois,
15 août 2000, n° 15-16, p. 880 ; D. MAINGUY, J.-L. RESPAUD, Droit des obligations, Cours
magistral, Collection dirigée par M.-L. RASSAT et G. ROUJOU de BAOUBEE, éd., Elipses, 2008, n°
168.
160
V. supra, n° 56.
161
Art. 134 du Code civil vietnamien. V. aussi, arrêt n° 198/GDT-DS, 1e Civ., la Cour populaire
suprême, 12 novembre 2003.
162
Aux termes de l’article 124, alinéa 2 du Code civil vietnamien, « quand la loi dispose qu’un acte de
la vie civile doit être établi par écrit, authenticité, enregistré ou autorisé, le respect de ces formalités est
obligatoire ».
49
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
vietnamien permet aux parties de régulariser le défaut de forme légale en vue de rendre
valable l’acte juridique.
Plus précisément, citons, à titre d’exemple, l’article 443 du Code civil vietnamien qui
dispose que « toute vente de locaux à usage d’habitation doit être établie sous la forme d’un
acte authentique ». La première Chambre civile de la Cour populaire suprême a pu considérer
que « le contrat de vente de locaux à usage d’habitation passé entre les époux A et monsieur
B, le 26 février 2001 manque à la condition de forme prévue par l’article 443 du Code civil
vietnamien ; de cette sorte, le contrat ne prend pas ses effets juridiques »163. De fait, certains
arrêts rendus par la Cour d’instance et de grande instance se sont prononcés en faveur de la
nullité du contrat sans demander aux parties d’accomplir la condition de forme. Ces arrêts ont
été censurés par la première Chambre de la Cour populaire suprême. D’après son
interprétation, il faut, tout d’abord, demander aux parties de compléter la condition de forme
dans un délai d’un mois164. A l’expiration de ce délai, si celle-ci n’est pas faite par les parties,
le contrat sera sanctionné par la nullité. Cette solution se justifie pour deux raisons
principales. D’une part, le droit vietnamien veut diminuer les cas où la nullité est prononcée
au motif de l’absence de forme légale. D’autre part, il veut informer les contractants sur le fait
que la loi leur demande de le passer en forme légale.
La différence la plus nette entre le droit français et le droit vietnamien réside dans la
notion de forme solennelle. En droit vietnamien, elle consiste non seulement dans l’acte
authentique, l’acte sous seing privé, mais encore dans l’enregistrement (forme de publicité) et
l’autorisation165. Il est évident que les deux dernières formalités ne peuvent être considérées
comme des formes imposées pour l’extériorisation des consentements, mais plutôt commes
des formalités administratives.
Selon ce qui précède, on peut conclure que les rapports entre la forme solennelle et le
consentement du droit français se distinguent nettement de ceux du droit vietnamien. La
forme solennelle est imposée pour l’extériorisation des consentements en droit français tandis
163
Décision n° 152/ 2006/ DS-GDT, de la Chambre civile de la Cour populaire suprême, le 18 juillet
2006.
164
Ibid. Voir également la décision n° 01/2003/NQ-HDTP en date du 16 avril 2003, définissant
quelques dispositions légales dans les résolutions des litiges civils et familiaux du conseil des
magistrats de la Cour suprême populaire, titre I.
165
L’article 124, alinéa 2, du Code civil vietnamien dispose : « Quand la loi dispose qu’un acte de la
vie civile doit être établi par écrit, authentique, enregistré ou autorisé, le respect de ces formalités
légales est obligatoire ».
50
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
que ce lien est incertain en droit vietnamien. En conséquence, il faut constater que la forme
solennelle en droit vietnamien est envisagée comme une condition de validité plutôt que
comme une forme requise pour l’extériorisation du consentement.
57. Par ailleurs, soulignons que la forme solennelle est imposée par la loi qui doit
être respectée. « Mais l’exigence des formes solennelles n’exclut pas nécessairement qu’une
part de liberté puisse être laissée aux sujets de droit dans la conclusion des contrats
solennels »166. En réalité, « la volonté s’exprime en toute liberté, …elle conserve donc
toujours le choix du moyen par lequel elle s’affirme »167.
Tout d’abord, on peut citer, à titre d’exemple, l’article 931 du Code civil français. En
vertu de cet article, « tous les actes portant donation entre vifs seront passés devant notaires,
dans la forme écrite ordinaire des contrats ; et il en restera minute, sous peine de nullité ». Cet
article exige que le contrat de donation entre vifs soit passé devant notaire, lequel recueille le
consentement des parties. Mais la loi française ne règlement pas la manière selon laquelle
celui-ci doit être exprimé par les parties devant notaire. Ainsi, la jurisprudence française
admet qu’un sourd-muet illettré peut conclure une donation, bien qu’il ne puisse ni parler ni
écrire manifestant par des signes et des gestes intelligibles pour tout le monde une volonté
sans équivoque168. De plus, l’article 931 du Code civil français n’interdit pas la signature
distincte par les parties, c’est-à-dire le donateur et le donataire, à des dates différentes169. La
seule condition est que le notaire soit présent à chaque signature pour former le contrat. Cette
solution a été admise par la jurisprudence française depuis très longtemps170. On conclut que
les parties peuvent choisir le mode d’extériorisation des volontés, même si la forme requise
pour la validité du contrat est la forme solennelle.
166
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 35.
167
M.- A. RIEG, Rapport sur les modes non formels d’expression de la volonté en droit civil français,
in Les modes non formels d’expression de la jurisprudence générale de la volonté, éd., Dalloz, 1972,
p. 41, n° 2.
168
Req. 30 janvier 1844. S. 1844. I. 102, D. Jus. Gén. V Disp. Entre vifs, n° 231 ; Req. 17 décembre
1878, D. P. 1879. I. 409, S. 1879. 1. 209, note J. ORTILIEB, le donateur s’est exprimé par le biais de
signes et de gestes devant le notaire et il a appelé, capables de comprendre les signes et de les traduire.
169
Ce sujet Jean-Louis BRIDOUX, La pluralité des dates de signature de l'acte notarié. Mémoire
DSN, Lille II, 1982.
170
CA Caen. 25 janv. 1845 : J. Not. 1846, art. 12630.
51
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Le cas de l’hypothèque conventionnelle est plus clair171. Si cette dernière « ne peut être
consentie que par un acte passé en forme authentique », la jurisprudence française juge que la
promesse d’hypothèque peut être valablement conclue sous une quelconque forme172. De plus,
elle admet la validité d’une hypothèque constituée par acte sous seing privé, à la condition de
celui-ci ait été régulièrement déposé au rang des minutes d’un notaire173. De ce fait, nous
confirmons qu’il existe une part de liberté d’extériorisation des volontés des parties dans la
constitution d’hypothèque.
Surtout, la loi donne souvent aux parties un choix entre plusieurs formes limitativement
déterminées pour l’extériorisation du consentement. Tel est le cas lorsqu’elle dispose que le
contrat doit être passé par écrit, les parties pouvant le conclure soit par acte authentique, soit
par acte sous seing privé. Les parties ne sont pas totalement libres de choisir le mode
d’extériorisation du consentement. Cela peut être illustré par une série d’exemples en droit
français : forme solennelle des contrats de convention collective de travail174, d’engagement
maritime175, etc…
58. A vrai dire, la forme solennelle en droit français est la forme impérativement
prédéterminée pour l’échange du consentement des parties. Néanmoins, il existe une part de
choix dans le mode d’extériorisation du consentement des parties dans cette forme légale. En
droit vietnamien, la forme solennelle n’est pas véritablement une forme exclusivement
imposée pour l’extériorisation du consentement et qui n’est considérée que comme la seule
condition supplémentaire de formation du contrat. Par conséquent, le champ d’extériorisation
du consentement des parties du droit vietnamien est plus large que celui du droit français.
171
Aux termes de l’article 2147 du Code civil français, « l’hypothèque conventionnelle ne peut être
consentie par acte notarié ».
172
Req. 3 novembre 1903, DP, 1906, 1. p. 529.
173
Cass. req., 5 novembre 1860 : S. 1861, 1, p. 858. – Cass. civ., 11 janvier 1893 : DP 1895, 1, p. 179 ;
S. 1894, 1, p. 12. – Cass. 3e civ., 7 avril 1993 : Juris-Data n° 1993-000638 ; Bull. civ. 1993, III, n° 55 ;
Defrénois 1993, art. 35617, n° 104, obs. L. AYNES ; RD imm. 1993, p. 402, note Ph. DELEBECQUE
et Ph. SIMLER ; JCP G 1993, I, n° 3717, obs. Ph. SIMLER.
174
Article 132.2 du Code du travail.
175
Article 4 de la loi 13 décembre 1926.
52
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
59. Selon la plupart des auteurs176, les raisons qui conduisent le législateur à
soumettre certains contrats à la forme solennelle sont diverses177. Tantôt elle assure la
protection des intérêts privés (a), tantôt elle réalise la satisfaction des intérêts publics (b). « Il
arrive, d’ailleurs, fréquemment que ces deux raisons se recoupent »178.
60. Tout d’abord, la forme solennelle a pour finalité de protéger les contractants179.
Elle est envisagée comme un instrument légal destiné à renforcer le consentement en attirant
leur attention sur la gravité de certains contrats ayant une importance considérable180. Cela
s’explique par le fait que l’exigence d’une forme solennelle soit couvre l’acte en son entier,
soit impose des mentions obligatoirement insérées dans le contrat en vue d’éclairer son
contenu.
61. En effet, lorsque la forme solennelle est un acte sous seing privé, un
engagement écrit s’avère plus précis qu’un « engagement oral qui risque d’être pris à la légère
ou d’être frauduleusement capté »181. L’exigence d’un acte sous seing privé permet, de fait,
une rationalisation du vouloir. « Toute la force du rite d’écriture est d’agir sur la délibération
du contractant, il invite à la vigilance. Or, à bien y réfléchir, il apparaît que ce sont les
modalités concrètes du rite formel qui lui permettent d’assurer cette fonction première de
prévention »182. Cette justification est plus nette encore lorsque la loi exige des mentions
insérées dans le contrat en vue de donner des informations complètes183. Au regard du droit
176
V. par exemple, M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 38 et s. ; J. GHESTIN, op. cit., p. 375 et s.
177
S.-B. ICKWICZ, op. cit., n° 63 ; G. COUTURIER, art. cit., p. 880.
178
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 40.
179
J. HAUSER, Le pacte civil de solidarité est-il un contrat consensuel ou un contrat solennel,
Defrénois, 30 mai 2001, n0 10, p. 673.
180
J. FLOUR, Quelques remarques sur l’évolution du formalisme, in Le droit privé au milieu du XXe
siècle, Etudes offertes à G. RIPERT, t. 1, LGDJ, 1950, p. 93 ; X. LAGARDE, Observations critiques
sur la renaissance du formalisme, JCP éd. G. 1999.I.170 ; F. LUCET, art. cit., p. 46 ; G. CORNU, Le
fond et la forme dans le droit de la famille, Revue Annales de droit de Louvain, t. XLIX, 1/1989, p.
261.
181
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, Droit civil, Les obligations, L’acte juridique, 14e, éd.,
Sirey, 2010, n° 310.
182
I. DAURIAC, Forme, preuve et protection du consentement, in Ruptures, mouvements et continuité
du droit, Autour de Michelle GOBERT, éd., Economica, 2004, n° 8, p. 408.
183
J. CALAIS-AULOY, L’influence du droit de la consommation sur le droit civil des obligations,
RTD civ. 1994.239, p. 240.
53
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
comparé, nous ne trouvons aucun élément qui sépare le droit français du droit vietnamien
quant au rôle protecteur du consentement de la forme sous seing privé. La solennité « évite les
surprises car, lorsque l’on traite verbalement, il arrive fréquemment que l’on s’aperçoive plus
tard que la portée de l’engagement n’est pas celle qui avait été prévue à l’origine, et des
difficultés s’élèvent »184.
63. La rédaction d’un acte authentique en droit français est donc requise pour les
contrats importants et dangereux tels que le contrat de mariage189, la donation190, la
constitution d’hypothèque191, la subrogation conventionnelle consentie par le débiteur192, la
vente d’immeuble à construire193, etc. Plus précisément, l’exigence de la rédaction d’un acte
184
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 40.
185
J.-L. AUBERT, La responsabilité civile des notaires, 5e, éd., Defrénois, 2008, n° 62 et s.
186
Article 5 de la loi notariée du Vietnam.
187
Cass. 1e civ., 21 juillet 1921, D. 1925, 1 p. 29.
188
P.MALAURIE, L. AYNES, P. STOFFEL-MUNCK, Les obligations, 3e, éd., Defrénois, 2007, n°
537.
189
Article 1394 du Code civil français.
190
Article 931 du Code civil français.
191
Article 2127 du Code civil français.
192
Article 1250-2 du Code civil français.
193
Article L.261-11 du Code de la construction et de l’habitation français.
54
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
64. Effectivement, l’échange du consentement entre les parties dans l’acte notarié
en droits français et vietnamien est considérablement renforcé. Cependant, il convient de
préciser que son rôle dans les deux systèmes juridiques est limité à l’efficacité de l’acte. Le
notaire n’apprécie que ce qui est exposé par les parties200. Ce sont elles qui définissent le but
et les conditions de l’opération ; il n’a pas à en vérifier les motifs ou la sincérité. De même, il
194
Fr. TERRE, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les successions, Les libéralités, 3e, éd., Dalloz, 1997, n°
456.
195
X. LAGARDE, Réflexions sur le fondement de l’article 931 du Code civil, RTD. Civ. 1995, p. 25,
n° 4 et s.
196
L. ATTUEL-MENDES, Protection générale et spéciale du consentement en matière de vente
d’immeuble à construire, RDI, 2007, p. 379.
197
Article 467 du Code civil vietnamien.
198
Article 450 du Code civil vietnamien.
199
Article 343 du Code civil vietnamien.
200
L’article 35 de la loi notariée du Vietnam 2006.
55
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
n’a pas à attirer leur attention sur des éléments accessoires et ne garantit pas leur
comportement avant ni après la conclusion de l’acte. De plus, le notaire ne peut empêcher une
personne de conclure à un prix avantageux, ni de privilégier une partie par rapport à l’autre. Il
n’a pas non plus à s’immiscer dans la relation contractuelle puisque l’opportunité de l’acte lui
échappe. Ce sont là tous les points communs entre les deux systèmes juridiques. Néanmoins,
le droit français se sépare du droit vietnamien quant au devoir de conseil du notaire201. Dans le
système juridique français, le devoir de conseil du notaire est étranger à l’expression de la
volonté ; sa sanction est recherchée sur le terrain de la responsabilité extracontractuelle202. Le
manquement du notaire à son devoir n’a pas d’influence sur la validité de l’acte. Il offre
simplement aux parties la possibilité d’obtenir la réparation de leur préjudice, si le défaut
d’information ou la mauvaise information en est la cause et si l’acte est objectivement
inefficace. Dans le système juridique vietnamien, à l’heure actuelle, il n’y a aucune
disposition spéciale réglant la responsabilité du notaire en cas de faute commise dans
l’activité professionnelle.
Par conséquent, il ne fait aucune doute que la forme solennelle en droits français et
vietnamien constitue un instrument pour protéger les parties contre un engagement à la légère,
éclairant ainsi leur volonté en leur faisant prendre conscience de la gravité ou de la nature
particulière de l’acte qu’elles s’apprêtent à conclure, et évitant les erreurs parfois liées à
l’utilisation d’un langage défectueux.
Tel est le cas de la forme solennelle du contrat de donation en droit français ou celle en
droit vietnamien205 qui sont destinées à protéger la famille du donateur contre les effets de ce
201
C. GIGUENET-MAUREL, Le devoir de conseil des notaires, éd, Defrénois, 2006, n° 6.
202
J.-L. AUBERT, op. cit., n° 13 et s.
203
S. BECQUE-ICKOWICZ, op. cit., n° 65 ; J. FLOUR, Sur une notion nouvelle de l’authenticité,
Defrénois, 1972, n° 37, p. 1012.
204
V. infra, n° 131.
205
Aux termes de l’article 467 du Code civil vietnamien, « la donation de biens immeubles est passé
par un acte écrit qui doit être authentifié et enregistré ».
56
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
contrat206. En effet, elle « peut dissuader d’y recourir, donc de garantir la préservation du
patrimoine familial ; encore, le notaire le sachant peut-il attirer l’attention du candidat
donateur sur les conséquences de son acte au regard du patrimoine familial, lorsque son geste
affecte ce dernier (la donation serait faite à un tiers), voire lorsqu’il a vocation à gratifier tel
ou tel membre de la famille (il est opportun que le notaire informe alors l’intéressé des suites
de son acte, notamment à l’heure de l’ouverture de la succession »207. De même manière, on
peut affirmer que la forme solennelle (l’acte authentique) du contrat de constitution
d’hypothèque en droits français et vietnamien a pour finalité de protéger les tiers.
206
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 42.
207
H. LECUYER, art. cit., n° 115. Voir aussi J.-F. MONTREDON, J.-Cl. Civil, V° Article 931, fasc.
20, n° 7 ; M. NICOD, le formalisme en droit des libéralités, thèse, Université de Paris XII, 1996, n°
430 et s.
208
En droit vietnamien, il n’existe pas de contrat de mariage. Les époux sont soumis au régime de la
communauté universelle ou parfois légale.
209
M. DAGOT, Le certificat notarial prénuptial, JCP éd. G 1977, 1, 2838, n°7.
210
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, op. cit., n° 336.
211
J. FLOUR, Sur une notion nouvelle de l’authenticité, art. cit., n° 37.
212
J. MESTRE, La subrogation personnelle, op. cit, n° 78 ; J. HAUSER, art. cit., p. 673.
57
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
fraude et protège les intérêts des créanciers intermédiaires entre le dernier inscrit et le premier
venu.
66. La forme solennelle est aussi destinée à protéger l’intérêt public, plus
exactement elle a pour finalité de garantir à la fois l’intérêt public et l’intérêt privé, ces deux
objectifs se recoupant.
Il est alors prouvé que la forme solennelle protège le consentement en incitant les
parties à la réflexion, évitant ainsi de s’engager à la légère. En ce sens, elle est destinée à
protéger la sécurité des relations économiques et sociales, c’est-à-dire les intérêts publics. A
titre d’exemple, citons l’exigence de la rédaction d’un acte notarié du contrat de donation qui
a pour objectif, non seulement de faire réfléchir les parties, mais encore de garantir la preuve
et l’irrévocabilité de celle-ci, voire sa publicité dans la mesure où les actes notariés doivent
faire l’objet d’un enregistrement. L’irrévocabilité de la donation a, bien entendu, un but de
protection évident, tant du donateur que du donataire, qui est assuré de conserver
définitivement le bien. De même, nous pouvons justifier facilement la forme solennelle du
contrat de mariage, du contrat de subrogation par le débiteur, du contrat de constitution
d’hypothèque, qui satisfait aussi à la sécurité de la circulation des biens.
De plus, la forme solennelle, pour autant qu’elle ne soit pas poussée à l’extrême,
renforce généralement la sécurité des transactions contractuelles. Elle évite en effet toute
discussion ultérieure sur la formation du contrat et sur son interprétation. On citera, à titre
d’exemple, la lettre de change dans les deux systèmes jurdiques, l’exigence des mentions
obligatoires répondant à sa circulation en toute sécurité. C’est la raison pour laquelle
Monsieur GHESTIN écrit : « le formalisme des effets de commerce est ainsi une garantie
pour les tiers, en même temps qu’il assure la rapidité et la simplicité des opérations
commerciales »213.
67. Il convient de citer, dans cette étude, quelques finalités caractéristiques du droit
vietnamien. D’une part, la forme solennelle a aussi pour but de déjouer une fraude fiscale.
Une des raisons conduisant le législateur vietnamien à soumettre tels ou tels contrats en
matière immobilière à une forme authentique est de favoriser la perception des impôts.
D’autre part, le droit vietnamien exige la rédaction d’un écrit quelconque pour la validité de
plusieurs contrats figurant dans la loi sur le commerce, même si ce sont des contrats entre
213
J. GHESTIN, op. cit., n° 380.
58
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
commerçants. Selon le législateur vietnamien, l’exigence d’une forme écrite a pour finalité
d’assurer la sécurité juridique des transactions économiques. Cette opinion trouve son origine
dans un système économique planifié214. Ainsi en est-il, par exemple, des contrats de vente
internationale des marchandises215, de promotion216, de publicité217, de représentation
commerciale218 et de commission219, qui doivent être constatés par écrit à peine de nullité.
69. En droit français, la forme solennelle est impérativement déterminée par la loi
pour l’extériorisation du consentement. Elle ne doit pas être confondue avec d’autres
formalités qui peuvent aussi être exigées par la loi pour la validité ou l’efficacité des contrats,
mais sans concerner le consentement. Ces formalités que l’on appelle « formalités
substantielles » contiennent deux types principaux : les formalités habilitantes (1) et les
formalités de contrôle (2). En droit vietnamien, il existe aussi les formalités substantielles
214
Voir plus loin, M.-S. KHALIL, Le dirigisme économique et les contrats, éd., LGDJ, 1967.
215
Article 27, alinéa 2 de la loi sur le commerce du Vietnam.
216
Article 90 de la loi sur le commerce du Vietnam.
217
Article 110 de la loi sur le commerce du Vietnam.
218
Article 142 de la loi sur le commerce du Vietnam.
219
Article 159 de la loi sur le commerce du Vietnam.
220
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 48-49.
59
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
comme en droit français, mais les formalités de contrôle sont considérées comme une forme
solennelle, d’après l’article 134 du Code civil vietnamien.
70. Une des conditions essentielles pour la validité du contrat est d’être
subordonnée à l’existence d’une qualité chez l’auteur de ce contrat221. Elle implique que les
parties doivent avoir des capacités de jouissance et d’exercice. Cependant, cette règle
comporte des atténuations dans certains cas et le défaut ou l’insuffisance de capacité peuvent
être palliés par la réalisation et l’observation de certaines formalités prévues par la loi222. Ces
formalités « confèrent à une personne le pouvoir d’exercer ses fonctions ou d’agir au nom
d’autrui, ou à un incapable celui d’agir en son nom grâce à l’autorisation reçue »223. De ce
point de vue, le droit français et le droit vietnamien présentent plusieurs points communs.
71. Tout d’abord, l’on constate que les formalités dans les deux systèmes
juridiques sont destinées à permettre à un incapable de contracter malgré sa capacité réduite.
En droit français, celui-ci conclut le contrat par l’intermédiaire de son représentant, de son
administrateur légal ou de son tuteur224. De toute évidence, ces formalités n’empêchent pas
que les tiers soient libres de choisir le mode d’extériorisation du consentement, à moins, bien
entendu, que le contrat ne soit soumis à de véritables formes solennelles225. C’est ainsi
qu’elles ne sont pas une forme ayant pour objet la manifestation du consentement mais une
véritable condition de fond. En ce sens, elles ne peuvent pas être considérées comme une
forme solennelle.
221
L’article 1108 du Code civil français dispose : « Quatre conditions essentielles pour la validité
d’une convention : Le consentement de la partie qui s’oblige ; Sa capacité de contracter ; Un objet
certain qui forme la matière de l’engagement ; Une cause licité dans l’obligation ».
222
L. AYNES, Formalisme et prévention, art. cit., n° 26.
223
CORNU, Vocabulaire juridique, 8e, éd., PUF, 2007, V. « habilitant » ; V., également G. LEGIER,
G. LARDEUX, J.- Cl. Civil, fasc. 72, n° 103.
224
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, op. cit., n° 97.
225
Ch. LARROUMET, Droit civil, Les obligations, Le contrat, t. III, 6e, éd, Economica, 2007, n° 506.
60
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
En droit vietnamien, l’article 21 du Code civil précise que « toute personne physique
âgée de moins de six ans révolus est dépourvue de toute capacité d’exercice en matière civile.
Tout acte de la vie civile mettant en cause une personne âgée de moins de six ans doit être
conclu et exécuté par son représentant légal ». De même, l’article 22 du même Code dispose
« tout acte de la vie civile mettant en cause un incapable doit être conclu et exécuté par le
représentant légal de celui-ci », c’est-à-dire que la conclusion du contrat doit passer par des
tiers. Certes, les formalités donnant à un incapable le droit de passer un contrat par
l’intermédiaire d’un tiers ne sont pas des formes solennelles puisqu’elles ne répondent pas à la
notion de forme solennelle.
Sous l’influence du droit français, l’article 20, alinéa 1 du Code civil vietnamien dispose
aussi que « le mineur ayant atteint l’âge de six ans résolus ne peut conclure et exécuter les
actes de la vie civile qu’avec le consentement de son représentant légal ». Dans ce cas, la
formalité de l’assistance, exigée par la loi, est requise pour conférer la capacité à l’auteur de
l’acte. Elle est une condition de fond, bien distincte de la forme solennelle définie par
l’article 134 du Code civil. Effectivement, la formalité prise en droits français et vietnamien
est une modalité pour fortifier la capacité réduite des incapables ; autrement dit, ce n’est pas
une forme solennelle mais une condition de fond.
73. Enfin, la protection des incapables la plus sévère concerne le représentant légal
d’un incapable qui ne reçoit pas toujours de la loi le pouvoir illimité de le représenter. En
226
G. RAYMOND et Ch. BARRETEAU -RAYMOND, Droit de l'enfance et de l'adolescence, 4e, éd,
Litec, 2003, n° 804.
227
J. GHESTIN, Traité de droit civil, Formation du contrat, 3e, éd, LGDJ, 1993, n° 454.
228
M. STORCK, J.- Cl. Civil Code, Art. 1398 et 1399, n° 1.
61
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
principe, le pouvoir de représentation existe pour les actes courants. Toutefois, des
précautions particulières sont exceptionnellemnt requises pour des actes présumés d’une
certaine gravité.
En droit français, la loi exige l’autorisation d’une autre personne, ou d’un organe tels
que le conseil de famille ou le juge des tutelles, requise afin de donner au représentant légal
d’un incapable, au tuteur ou administrateur légal, le pouvoir d’accomplir les actes. A défaut
de cette formalité, le contrat passé par le représentant légal est évidemment nul : il y a en effet
un vice de fond (défaut de pouvoir, donc de qualité de l’auteur du contrat), et non un vice de
forme puisque l’autorisation n’a rien à voir avec la condition du consentement de l’auteur du
contrat (du représentant légal, en l’espèce). A titre d’exemple, l’administrateur légal ou le
tuteur peuvent exécuter une vente d’immeuble d’un mineur ou d’un majeur en tutelle avec la
seule autorisation du juge des tutelles ou du conseil de famille avant la conclusion de l’acte229.
De même, en application de l’article 457 du Code civil français, le tuteur « ne peut donner en
antichrèse les immeubles de sa pupille qu’avec l’autorisation du conseil de famille »230. Ainsi
donc, ces formalités sont des « formalités substantielles, inhérentes au fond, à la structure de
l’organe »231 .
La solution est analogue dans le système juridique vietnamien : pour certains contrats
patrimoniaux de l’incapable de grande valeur, le représentant de ce dernier doit avoir
l’autorisation d’une autre personne ou d’un organisme. Cette formalité est nécessaire pour
passer ces contrats en vue de mieux protéger les intérêts de l’incapable232. Cependant, on
constate que la loi vietnamienne ne précise pas ce qu’est un bien de grande valeur.
229
J. MASSIP, Vente, in Gaz. Pal. 2 avril 2005, n° 92, p. 21.
230
S. PIEDELIEVRE, Rép. Civ., V. Antichrèse, 2005, n° 16.
231
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 58.
232
Article 69 du Code civil vietnamien 2005.
233
L. ANYES, art. cit., n° 27.
62
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Selon les finalités de contrôle, nous pouvons diviser les formalités en deux catégories
principales. Il s’agit parfois du contrôle de la simple régularité d’un acte que la loi soumet à
des conditions précises (a) ou plus souvent de son opportunité au regard d’intérêts publics ou
privés que la loi a entendu protéger (b)236.
76. En droit français, nous trouvons toutefois quelques contrats soumis à une
formalité obligatoire dont le but est de contrôler simplement sa régularité. Sans doute, cette
exigence légale porte gravement atteinte au principe de la liberté contractuelle puisque le seul
échange des volontés des parties ne suffit pas pour produire les effets juridiques recherchés
par une ou des parties contractantes. A la différence du droit français, à notre connaissance,
nous ne trouvons aucune disposition légale énonçant cette formalité en droit vietnamien.
234
L’article 8 du Code civil vietnamien énonce le « principe du respect de la morale, des bonnes
mœurs et des belles traditions nationales ». Ainsi, « tout acte est frappé de nullité s’il est violé par une
interdiction légale ou une atteinte portée à la morale ». Article 128 du Code civil vietnamien.
235
Article 6 du Code civil français.
236
J. GHESTIN, op. cit., n° 465 ; A. BENABENT, op. cip., n° 130.
63
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
237
Article R. 310-6 du Code des assurances français.
238
L. 12 juillet 1909, art. 9 ; Décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 ; M. BOUDOT, Rép. Civ. Dalloz., V.
Bien de famille, 2008, n° 6 ; J. GHESTIN, op. cit., n° 466, p. 432.
239
Y. SELLIER, Rép. trav. Dalloz., V. Apprentissage, 2008, n° 89 ; V. C. trav., art. L. 117-14, al. 1e,
mod. par l'art. 37 de la L. no 2005-882 du 2 août 2005 ; A. BENABENT, Droit civil, Les obligations,
12e, éd., Montchrestien, 2010, n° 133, p. 99.
240
Y. SELLIER, op. loc. cit., n° 89.
241
Y. SELLIER, op. loc. cit., n° 122.
64
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
objet de contrôler si toutes les conditions de validité du contrat sont satisfaites242. De fait, le
contrat soumis à de telles formalités a d’ores et déjà recueilli le consentement, mais sa
perfection nécessite des formalités de régularité243. Cela s’explique par le souhait de vérifier
le respect des conditions légales imposées au contrat par l’autorité publique (juge du tribunal
d’instance ou organisme habilité) pour des contrats considérés comme graves244. Certes, ces
formalités ne concernent pas le mode d’extériorisation du consentement des parties. C’est
pourquoi elles ne peuvent pas constituer la forme solennelle.
79. Il ne s’agit pas d’un simple contrôle de la régularité du contrat, mais bien d’un
contrôle de l’opportunité du contrat. Bien entendu, le contrôle d’opportunité est constitutif
d’une atteinte au principe de la liberté contractuelle plus grave que celui de la régularité du
contrat. En effet, l’auteur qui désire conclure un contrat, doit « s’adresser auparavant à
l’administration pour solliciter son accord »245. Dans cette hypothèse, l’autorité investie par la
loi d’un pouvoir de contrôle pourra refuser de l’autoriser à passer un contrat si elle estime que
celui-ci est inopportun. Les exemples de telle situation abondent dans les systèmes juridiques
français et vietnamien.
242
M. –A. GUERRIERO, op. cit., p. 64-65.
243
B. THULLIER, L’autorisation, Etude de droit privé, éd., LGDJ., 1996, n° 70, p. 57.
244
J. GHESTIN, op. cit., n° 467, p. 433.
245
A. BERNARD, L’autorisation administrative et le contrat de droit privé, RTD. Com., 1987, p. 2.
246
Les articles 119-6, 119-7 du Code minier français.
65
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
De même, la loi française impose le contrôle des actes juridiques relatifs à l’exploitation
de l’énergie hydraulique, et à la distribution d’énergie électrique247. Les motifs qui conduisent
le législateur à imposer ces autorisations sont les mêmes. « L’Administration a agréé le
cessionnaire en raison de la confiance qu’il lui inspire, de l’importance de ses ressources
financières, de sa probité reconnue, de ses capacités industrielles, de la valeur propre de son
administration. Un changement de cessionnaire est de nature à entraîner des modifications
profondes dans la manière dont le service public sera géré. L’Administration, maîtresse du
service, a le droit d’exiger que le cessionnaire agréé par elle, accomplisse personnellement,
jusqu’au bout la tâche qu’il a acceptée, et n’en confie pas l’exécution à un cessionnaire qui
n’aurait pas la confiance des pouvoirs publics »248. En réalié, elle ne relève pas de la forme
solennelle parce qu’elle ne concerne pas le mode d’extériorisation du consentement.
247
Voir l’article 12 de la loi du 16 mars 1919 (relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique), pour
mes concessions et l’article 16.
248
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 68.
249
NGUYEN Ngoc Khanh, Le contrat du Code civil vietnamien, édition judiciaire, 2007, p. 176 ;
HOANG Thi Thanh, L’acte de la vie civile est frappé de nullité en raison de l’inobservation de la
forme légale, Revue de la Cour populaire, n° 09/2001, p. 14 et s.
250
V. supra, n° 56.
251
V. par exemple, DO Van Dai, Droit des contrats vietnamien, Arrêts et commentaires d’arrêts, 2e.
éd., Politique nationale, 2009, n° 15.
66
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
252
Pour connaître les autres contrats qui doivent être soumis à la formalité de contrôle en droit
vietnamien, il faut consulter le décret n° 59/2006/ ND-CP du 12 juin 2006 réglementant les
dispositions de la loi commerciale relative aux marchandises et services interdits, limités ou autorisés.
253
Article 19, al. 6 de la loi n° 14/2003/QH11, 26 novembre 2003, portant sur l’entreprise de l’Etat
vietnamien.
67
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
84. On sait que la forme solennelle s’impose à la conclusion du contrat ; par voie
de conséquence, elle ne peut être modifiée par l’une ou l’autre des parties. A cet égard, l’on
peut observer qu’elle n’est pas susceptible d’équipollence (1). Cependant, les parties ont la
liberté de ne pas réaliser un acte juridique soumis par la loi à des formes solennelles, mais un
acte différent qui leur permettra d’aboutir à un résultat équivalent. C’est le formalisme de
substitution (2).
254
V. supra, n° 55 et s.
255
M.- A. GUERRIERO, op. cit., p. 104.
256
J. GHESTIN, op. cit., n° 431 ; M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 104; P. BRASSEUR, Le
formalisme dans la formation des contrats, approches de droit comparé, in Le processus de formation
du contrat, Centre de droit des obligations, éd., LGDJ, 2002, n°23, p. 627 ; S. SAUNIER, Recherche
68
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Cependant, il arrive parfois que la loi donne le choix entre plusieurs formes limitativement
déterminées257. Dans cette hypothèse, le contrat laisse une latitude mais demeure solennel, car
les parties ne sont pas libres d’opter pour n’importe quel mode d’extériorisation du
consentement.
La solution est également retenue à propos de l’acte sous seing privé déposé au rang des
minutes d’un notaire. Il n’est pas susceptible d’équivalence, même s’il semble être au plan de
sa nature juridique, assimilé à un acte authentique263. Ainsi en est-il, par exemple, de l’article
931 du Code civil français qui dispose que « tous actes portant donation entre vifs seront
passés devant notaires dans la forme ordinaire des contrats et il en restera minutes à peine de
nullité ». Il n’est donc pas admis que la donation puisse être faite par acte sous seing privé
déposé aux rangs des minutes d’un notaire264. De même, la jurisprudence française n’a jamais
admis la validité du contrat de mariage conclu par acte sous seing privé, même si celui-ci est
déposé au rang des minutes265.
sur la notion de formalisme en droit administratif français, éd., Presses universitaires d’Aix-marseille,
2005, p. 389 et s.
257
V. supra, n° 57.
258
Cass. civ., 7 février 1898 : DP 1901, 1, p. 68. – Cass. req., 23 octobre 1905 : DP 1906, 1, p. 32. –
Cass. 1e civ., 12 juin 1967 : JCP G 1967, II, 15225. – 1e juin 1977 : Bull. civ. I, n° 259. – CA Paris, 16
mars 1981 : Cass. 1e civ., 16 mars 1999 : Juris-Data n° 1999-001120 ; Bull. civ. I, n° 104.
259
Cass. civ., 7 février 1898 : DP 1901, 1, p. 68. – Cass. req., 23 octobre 1905 : DP 1906, 1, p. 32. –
Cass. 1e civ., 12 juin 1967 : JCP G 1967, II, 15225. – 1e juin 1977 : Bull. civ. I, n° 259. – CA Paris, 16
mars 1981.
260
Article 1394 du Code civil français.
261
Article 1250-2 du Code civil français.
262
Article 2416 du Code civil français.
263
J. GHESTIN, Traité de droit civil, La formation du contrat, 3e, éd., LGDJ, 1993, n° 432.
264
Civ. 1e, 17 octobre 2007 : Bull. civ. I, n° 322.
265
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 113.
69
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Par ailleurs, si l’on admet la validité de l’acte consenti par acte sous seing privé déposé
au rang des minutes d’un notaire, c’est à la condition que cet acte soit déposé par toutes ses
parties, et que l’acte de dépôt contienne une réitération du consentement donné dans l’acte
sous seing privé. Le consentement des parties doit être exprimé dans l’acte de dépôt qui est un
acte authentique. Cet acte doit être régulier en la forme, et contenir les clauses de l’acte
juridique. Il existe un acte juridique distinct contenant la manifestation de volonté des parties,
auquel l’acte sous seing privé antérieur n’apporte rien. L’acte juridique contenu dans l’acte
sous seing privé est, en réalité, refait selon une forme authentique ; la solution est donc
juridiquement correcte.
88. Quant au droit vietnamien, il n’a jamais admis la validité du contrat en forme
sous seing privé lorsque la loi le soumet à une forme authentique270. La justification de cette
solution est que l’exigence de la forme authentique, impérativement déterminée par la loi, doit
être respectée par les parties. Dans cette hypothèse, il convient d’observer que le droit
vietnamien converge vers le droit français. En dépit de cela, à l’égard du contrat solennel
266
Art. 2146 du Code civil français.
267
Cass. civ. 27 août 1844, S. 1844, 1, 740 ; DP, 1844, 1, 396 note PAU, 16 juillet 1852, DP, 1854, 2,
205 ; Cass. req. 5 novembre 1860, S. 1861, 1, 858 ; DP, 1861, 1, 300 ; Paris, 7 juillet 1886, S. 1887, 2,
65, note Ch. LYON-CAEN ; Paris, 24 janvier 1928, DH, 1928, 277 ; TGI Evry-Corbeil, 26 avril 1972,
Gaz. Pal. 1972, 2, p. 732 ; Cass. 3e civ. 7 janvier 1987 : Bull. civ. III, n° 4 ; Gaz. Pal. 1987, 1, p. 219,
note. S. PIDELIEVRE; Defrénois, 1987, art. 34120, p. 1490, n° 112, note L. AYNES ; Cass. 3e, civ. 7
avril 1993, Bull. civ. III, n° 55 ; Defrénois 1993, art. 35617, p. 1063, n° 104, note L. AYNES ; JCP éd.
G, 1993, I, 3717, n° 12,obs. Ph. SIMLER et Ph. DELEBECQUE, rapport l’exclusion de l’exigence de
cogestion prévue par l’article 215, al. 3 C. civ. En cas de simple promesse d’hypothèque : Cass. 3e,
civ. 29 mai 2002 : Bull. civ. III n° 118 ; Defrénois, 2002, art. 37611, n° 81, obs. G. CHAMPENOIS.
268
M. DAGOT, Les sûretés, éd., PUF, coll. Thémis, 1981, p. 320.
269
S. BECQUE-ICKOWICZ, op. cit., n° 254.
270
Arrêt n° 62/ DSPT, de la Cour populaire de la province de TRA VINH, 7 mai 2004.
70
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
rédigé par acte sous seing privé déposé au rang des minutes d’un acte notarié, la solution du
droit vietnamien s’oppose au droit français.
En effet, l’article 134 du Code civil vietnamien dispose : « lorsque la loi subordonne la
validité de l’acte de la vie civile à l’accomplissement d’une condition de forme et que les
contractants n’observent pas cette condition, le tribunal, à la demande d’une ou de toutes les
parties peut fixer un délai dans lequel les parties doivent accomplir la condition prescrite ». La
Cour de suprême populaire a immédiatement donné une interprétation à cet article. Aux
termes de la décision N° 01/2003/NQ-HDTP de la Cour suprême populaire concernant la
mise en œuvre des résolutions de quelques litiges en matière civile et familiale, celle-ci a
retenu que « si la vente de locaux à usage d’habitation n’observe pas la condition de forme
légale, lorsque le litige a lieu, le tribunal, à la demande d’une ou des parties, peut fixer un
délai d’un mois dans lequel les parties doivent remplir l’exigence de forme ». Effectivement,
le droit vietnamien admet la validité de tout contrat consenti par acte sous seing privé déposé
au rang des minutes d’un notaire.
L’on peut noter que cette solution en droit vietnamien a été à l’origine de la pratique
juridique au Vietnam au cours des années 90. Durant cette époque, un certain nombre de
contrats en matière de vente immobilière sont passés en forme sous seing privé, tandis que la
loi vietnamienne les soumettait à une forme authentique, à peine de nullité271. Certes, de tels
engagements n’ont pas observé la forme légale. De ce point de vue, la Haute juridiction
vietnamienne a voulu diminuer les cas de nullité liés à l’inobservation de la forme solennelle,
car elle pensait que la nullité suscitait parfois un « retentissement social », ne protégeant pas
l’intérêt d’une ou des parties. Elle a permis aux parties de réparer le défaut d’accomplissement
de la forme légale272. C’est la raison pour laquelle le Code civil vietnamien actuel donne une
solution assez hasardeuse pour le défaut de forme légale. Nous l’apprécions cependant, car
elle s’adapte à la pratique vietnamienne.
2. Le formalisme de substitution
271
PHAN Tan Phap, La nullité de l’acte de la vie civile et ses conséquences en cas d’inobservation de
la forme légale, Revue de la Cour populaire, n° 6/2002, p. 29.
272
NGUYEN Van Cuong, Nullité de l’acte de la vie civil en cas d’inobservation de la forme légale,
Revue de la Cour pupulaire, n° 1/2002, p. 29 et s.
71
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
procédé qui leur permet de réaliser un contrat273. De ce point de vue, il existe un formalisme
de substitution.
90. Dans le premier cas, l’article 931 du Code civil français énonce que « tous
actes portant donation entre vifs seront passés devant notaire, dans la forme ordinaire des
contrats ; et il en restera minute, sous peine de nullité ». La jurisprudence française, depuis la
naissance du Code civil, a pourtant admis la validité de certaines donations non notariées. Il
s’agit, dans ce cas, d’une donation déguisée, masquée sous l’apparence d’un acte à titre
onéreux, d’une donation indirecte qui n’implique pas de simulation, et d’un don manuel qui
organise une remise matérielle du bien fourni274. En droit vietnamien, contrairement au droit
français, la donation n’est un contrat solennel que lorsque son objet porte sur un bien
immeuble. Ainsi, la question du formalisme de substitution en matière de donation n’est pas
posée en droit vietnamien.
273
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 117.
274
H. LECUYER, Des donations échappant au formalisme légal, Dr. et patr., 05/2003, n° 115.
275
A. COLOMER, Rép. civ. Dalloz., Don manuel, n° 13, 2008 ; P. BROSSOLLES, Théorie et
pratique des dons manuels, éd, A. Rousseau, 1885, p. 44 ; M. PLANIOL et G. RIPERT, Traité
pratique de droit civil français, t. 5, 2e, éd, LGDJ., 1952, n° 341 et 377 ; H.-L. MAZEAUD, J.
MAZEAUD, F. CHABAS, Leçon de droit civil, Successions - Libéralités, 4e éd, Montchrestien, 1999,
n° 1461 ; J. GHESTIN, op. cit., n° 435.
276
La doctrine moderne explique que la forme notariée a pour « finalité la protection du donateur dont
l’importance ne permet pas de comporter des exceptions », X. LAGARDE, Réflexions sur le
fondement de l’article 931 du Code civil, RTD civ., 1997, p. 25, n° 6.
72
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
équivalente à celle de la forme notariée énoncée par l’article 931 du Code civil français277.
Ainsi, la tradition du don manuel permettrait au donateur de prendre conscience de la gravité
de son acte, par le sacrifice direct qu’elle impose278. Puis, la dissimulation exigée par la
donation déguisée, se cachant en effet derrière un acte à titre onéreux, apporterait une
protection suffisante à la volonté du donateur, celui-ci étant nécessairement conscient de la
portée de son acte279. Enfin, on sait que la protection du donateur serait remplie en cas de
donation indirecte par l’emprunt d’une voie détournée, puisque cette donation s’effectue par
un acte neutre, dont la nature ne permet pas de dire s’il est fait à titre onéreux ou à titre
gratuit280.
Il importe donc de constater que cette explication est une déduction logique de la
doctrine moderne en reposant sur la théorie d’équivalence. En effet, il existe un formalisme de
substitution ou de remplacement : l’intérêt que l’exigence d’un acte authentique tend
habituellement à sauvegarder, est ici protégé par un procédé différent, mais équivalent281.
277
J. FLOUR, op. loc. cit. ; A. PONSARD, Les donations indirectes en droit civil français, thèse
Dijon, 1946, p. 128 ; H. LECUYER, art. cit., n° 115.
278
J. FLOUR et H. SOULEAU, Droit civil, Les libéralités, éd., Armand Colin, 1982, n° 81.
279
J. FLOUR et H. SOULEAU, op. cit., n° 105.
280
H. LECUYER, art. cit., n° 115.
281
J. FLOUR, H. SOULEVAU, op. cit., n° 79.
282
CA. Lyon, 11 juin 1956 : D. 1957, somm. p. 36.
283
Aux termes de l’article L. 511-1 du Code de commerce, « la lettre de change contient
1o La dénomination de lettre de change insérée dans le texte même du titre et exprimée dans la langue
employée pour la rédaction de ce titre;
2o Le mandat pur et simple de payer une somme déterminée;
3o Le nom de celui qui doit payer, dénommé tiré;
4o L'indication de l'échéance;
5o Celle du lieu où le paiement doit s'effectuer;
6o Le nom de celui auquel ou à l'ordre duquel le paiement doit être fait;
7o L'indication de la date et du lieu où la lettre est créée;
73
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Or, le même article instaure un certain nombre de règles supplétives permettant d’éviter
la nullité de la lettre de change incomplète, et réduisant le nombre des mentions réellement
obligatoires. En effet, en l’absence d’une indication d’échéance, la lettre de change est
considérée comme payable à vue285. A défaut de mention du lieu de paiement, celui désigné à
côté du nom du tiré est réputé être le lieu du paiement et, en même temps, du point de vue
cambiaire, le lieu de domicile du tiré286. Enfin, la traite qui n'indique pas le lieu de sa création
est considérée comme étant souscrite dans le lieu désigné à côté du nom du tireur287.
Ainsi, ces exemples nous montrent qu’il existe une équivalence entre les mentions
obligatoires énoncées par le premier alinéa de l’article 511-1 du Code de commerce et les cas
8o La signature de celui qui émet la lettre dénommé tireur. Cette signature est apposée, soit à la main,
soit par tout procédé non manuscrit ».
284 Article 511-1, II du Code de commerce.
285
Article L. 511-1, III du Code de commerce.
286
Article L. 511-1, IV du Code de commerce.
287
Article L. 511-1, V du Code de commerce.
288
Cass. Req. 19 juillet 1939, S. 1939. 1. 289 ; Cass. req. 15 janvier 1940, S. 1940. 1. 31 ; Cass. com.
9 novembre 1970 et 9 mars 1976, préc. no 44.
289
Cass. com. 3 avril 2002 [no 98-15.193, Bull. civ. IV, no 65, RJDA 8-9/2002, no 930, Banque et
droit, juillet-août 2002, p. 44, obs. T. BONNEAU, LPA., 11 septembre 2002, p. 7, obs. E.C.
290
D. GIBIRILA, Rép. Com. Dalloz. V. Lettre de change, 2009, n° 64.
74
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
75
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Le droit français retient ces deux modes d’interprétation de la forme solennelle. Dans la
première interprétation, la rédaction d’un écrit n’est, en principe, exigée qu’à des fins
probatoires. Cette analyse se fonde sur l’idée selon laquelle le consensualisme est le principe
et, en conséquence, toute disposition qui lui porte atteinte doit être expressément formulée291.
Aussi, dans le doute, l’exigence légale d’une forme est interprétée comme une simple
atténuation au principe du consensualisme (règle de preuve), plutôt que comme une véritable
dérogation à celui-ci (solennité). C’est en ce sens que la jurisprudence française s’est
prononcée, à propos de la transaction civile dont l’application s’écarte, en matière
commerciale292, du contrat d’assurance293, des contrats d’édition294, de la cession des parts
sociales295, des baux d’habitation296, etc. Dans cette situation, l’interprétation de la forme
solennelle en faveur du consensualisme conduit la lecture de ces articles au risque de n'être
qu'un rappel des articles 1341 et suivants du même Code civil français, qui imposent
également la preuve écrite en matière de contrat, tout en permettant de la remplacer par des
preuves considérées comme équivalentes. Ainsi interprétés, ces articles peuvent perdre toute
utilité, excepté lorsqu’ils interdisent le recours à des preuves équivalentes, dans certains cas
d’exception visés aux articles 1341 et suivants du Code civil. Par exemple, la preuve de ces
contrats est soumise à l'exigence de l’écrit, même si l'intérêt en cause est inférieur à 1500 €297.
291
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 177 et s. ; A. BENABENT, op. cit., n° 105.
292
Article 2044 du Code civil.
293
Article L. 112-3 du Code d’assurance.
294
L’article 131-2 du Code de la propriété intellectuelle.
295
Article 221-14 du Code de commerce.
296
Cf., aussi pour le contrat de l’architecte : Civ. 3e, 11 juin 1986, D. 1987. 285, note A. GOURIO,
pour l’article 11 du décret du 20 mars 1980.
297
Cass. civ. 8 janvier 1879, S. 1879.1.216 ; 9 juin 1947 ; Cass. 2e civ. 26 juin 1975, Gaz. Pal. 1975.2,
somm. 222.
298
Ph. REMY, obs., Rev. trim. dr. civ. 1982, p. 430.
299
Soc. 29 janvier 1953: D. 1953. 237, le 20 octobre 1965: D. 1965. 811.
76
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
exemple concerne l’exigence d’un écrit du contrat de prêt d’argent qui est une condition de
validité de la stipulation d’intérêts300. L’exigence d’une forme écrite est de « permettre une
meilleure information d’une partie et de garantir l’intégrité de son consentement, le rôle
probatoire de l’instrumentum, bien que non négligeable, ne paraît pas l’objectif principal du
législateur qui recherche avant tout la protection du consentement »301.
95. Dès lors, nous pouvons conclure qu’en droit français, afin de savoir si une
forme constitue la preuve ou la validité du contrat, il faut rechercher, dans chaque cas, le but
que le législateur a voulu atteindre en imposant la rédaction d’un écrit302. En réalité, cette
interprétation soulève de grandes difficultés dans sa mise en œuvre. En droit vietnamien, ces
difficultés n’ont pas lieu en présence d’une conception générale de la forme solennelle303.
2. La forme convenue
96. La forme solennelle est une des conditions de validité du contrat. Il arrive
parfois que les parties dans un accord préalable conviennent qu’un contrat, en principe
consensuel, devrait être passé en respectant certaines formes304. Par exemple, elles peuvent
convenir que la levée de l’option, dans une promesse de vente, doit se faire par l’envoi d’une
lettre recommandée305. De ce fait, il convient de s’interroger sur la nature de la stipulation de
la forme : serait-elle considérée comme une forme solennelle ?
300
Civ. 1e, 24 juin 1981: Bull. civ., I, n° 233; R., p. 49; D. 1982. 397, note BOIZARD (1re esp.); JCP
1982. II. 19713, note VASSEUR (3e esp.); 14 février 1995: D. 1995. 340, note S. PIEDELIÈVRE;
JCP 1995. II. 22402 note CHARTIER, 8 octobre 1996: Bull. civ. I, n° 34. Com. 18 février 1997: Bull.
civ. IV, n° 52; R., p. 235.
301
L. LEGIER, op. cit., n° 168.
302
J. GHESTIN, Les obligations, le contrat, éd, LGDJ, 1980, n° 277.
303
V. supra, n° 49.
304
Y. FLOUR, A. GHOZI, Les conventions sur la forme, Defrénois, 2000, Journée Jacques FLOUR,
n° 37211, p. 913 ; S. SAUNIER, Recherche sur la notion de formalisme en droit administratif français,
t. I, éd, Presses universitaires d’Aix-marseille, 2005, p. 362.
305
J. GHESTIN, op. cit., n° 436. Voir aussi M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 85.
77
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
97. En droit français, si les parties ont expressément subordonné la validité de leur
accord à l’accomplissement d’une forme (rédaction d’un acte authentique ou d’un acte sous
seing privé), le contrat n’existera qu’après la réalisation de cette forme. De ce point de vue,
nous constatons que la forme que les parties s’imposent conventionnellement « en fixant le
mode d’extériorisation du consentement dans le futur contrat »306 n’est pas la forme
solennelle ; elle est d’une « autre nature que le formalisme qu’impose la loi »307. La différence
de nature se traduit par deux aspects : d’une part, la forme solennelle supprime la liberté de
choisir le mode d’expression de la volonté des parties. En tant qu’exception au
consensualisme, elle ne peut avoir qu’une origine légale. Or, les parties sont libres de choisir
le mode d’extériorisation du consentement dans la forme convenue. D’autre part, la sanction
du défaut de forme solennelle est distincte de celle de forme convenue. Si la nullité apparaît
comme la sanction de l’inobservation de la forme solennelle, les solutions sont différentes en
matière de forme convenue308. « Il n’existe pas à notre connaissance de décision ayant
sanctionné une exigence de forme conventionnelle par la nullité. Les sanctions
conventionnelles de forme devraient plutôt trouver une sanction adéquate dans la caducité,
s’agissant du sort réservé aux actes valables selon les exigences légales mais auxquelles il
manque une condition de formation ou d’efficacité d’origine partielle ou totale volontaire »309.
Ainis, nous en déduisons que la forme convenue en droit français n’est pas la forme
solennelle.
En revanche, la question doit se poser lorsque les parties n’ont pas précisé leurs
intentions. L’écrit est-il stipulé pour former l’acte juridique ou uniquement pour le prouver ?
Force est de constater qu’aucun texte légal en droit français ne traite de ce problème. Afin de
connaître la réponse à cette question, il appartient aux juges de fond de lever l’ambiguïté en
s’inspirant des circonstances de l’affaire et des comportements des parties310. Ainsi en est-il,
par exemple, de la clause qui prévoit que l’acte sous seing privé constatant l’accord des
parties sur la chose et sur le prix, doit être réitéré par acte authentique, et qui différait jusque-
306
M.-S. ZAKI, Le formalisme conventionnel, Illustration de la notion de contrat-cadre, Revue RIDC,
04/1984, n° 1, p. 1043.
307
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, op. cit., n° 139 ; J. GHESTIN, op. cit., n° 436. J.
CHEVALLIER, obs. Rev. civ. 1966, p. 529.
308
J. GHESTIN, op. cit., n° 431 et s.
309
V. FORRY, Le consensualisme dans la théorie générale du contrat, éd., LGDJ, 2007, n° 158.
310
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, op. cit., n° 139.
78
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
98. Alors que la forme convenue n’est pas réglementée par le Code civil français,
elle est abordée d’une manière subtile en droit vietnamien. Il s’agit de l’article 404 du Code
civil. Aux termes de ce texte, lorsque les parties conviennent dans un avant-contrat, de réaliser
une convention par une forme, le contrat n’est formé qu’après que cette forme a été
accomplie, sauf preuve contraire. En présence d’une telle disposition, la formation du contrat
est subordonnée à la fois par les conditions de fond et par la forme convenue si cette dernière
s’impose de manière conventionnelle aux parties.
Nous apprécions cette disposition ; en effet, elle présente un intérêt tout particulier pour
les négociations à la fois longues et complexes, nécessitant la conclusion d’accords-cadres. Il
est très fréquent qu’après de longues négociations, les parties signent un document informel
appelé soit « Accord préliminaire », soit « Convention », soit « Lettre d’intention », contenant
les termes de l’accord obtenu au moment, mais ils ne déclarent pas leur intention de rédiger
un document formel ultérieurement (Sous réserve du contrat, Accord formel à suivre). Dans
cette situation, si les deux parties ou une seule parmi elles, ne disent pas clairement qu’elles
ont l’intention d’être liées avant la rédaction du document formel, il n’y aura pas de contrat
avant le moment donné, même si les parties ont trouvé un accord sur tous les aspects
311
Ibid.
312
Par exemple, Civ. 3e, 16 juillet 1974, D. 1974. 681, note MALAURIE ; Répertoire Defrénois 1975,
art.30882, n° 3, p. 383, note AUBERT ; Com. 17 avril 1980, JCP éd. N, 1980.I.8848 ; Civ. 3e, 14
janvier 1987, note J. SCHMIDT, D. 1988. 82.
313
Par exemple, Civ. 12 décembre 1968, B. III, n° 548, p. 421 ; Civ. 5 février 1971, D. 1971, p. 281,
rapport CORNUEY.
314
A. WEIL, Fr. TERRE, Droit civil, Les obligations, éd., Dalloz, 1980, p. 143 ; Fr. GORE, Rapport
général, in Association Henri Capitant 1968, Paris, 1972, p. 21 ; SOUCHON, Forme et preuve de
contrat, France, 1979, p. 39 ; M.-S. ZAKE, art. cit., n° 12, p. 1049 ; Ch. LARROUMET, Droit civil,
Les obligations, Le contrat, t. III, 6e, éd., Economica, 2007, n° 510.
315
M-A. GUERRIERO, op. cit., p. 87.
79
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
99. Finalement, il faut constater que la forme convenue n’est pas une exception au
principe du consensualisme, mais simplement une présomption logique quant à ce que les
parties sont censées avoir voulu, sauf preuve contraire. D’ailleurs, elle n’est pas la forme
solennelle puisqu’elle est extérieure à la notion de contrat solennel que nous avons
précédemment abordée en droit comparé.
80
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
100. Dans la section précédente, nous avons décelé les caractères du contrat
solennel par rapport au contrat consensuel. Il convient maintenant de préciser la particularité
de son régime à l’égard du contrat consensuel.
101. Les contrats solennels sont très divers, tant en droit français qu’en droit
vietnamien. Certains de ces contrats sont complexes alors que d’autres sont très simples. Tout
au long de l’histoire du formalisme du contrat, on observe que l’évolution des contrats
solennels s’est faite dans le sens d’une simplification des formes solennelles. Dans l’ancien
droit romain, elles étaient très compliquées et matérialisaient l’acte juridique316. En droit
contemporain, en revanche, lorsque le principe du consensualisme domine, elles ne sont
qu’une condition supplémentaire de formation, venant s’ajouter aux conditions de fond en vue
de garantir la sécurité des relations contractuelles.
316
V. supra, n° 15.
81
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Ainsi, la forme solennelle est très simple, comme c’est le cas lorsque la loi
traditionnelle impose à la conclusion du contrat la rédaction d’un acte écrit qui peut être un
acte authentique (A) ou un acte sous seing privé (B). Aujourd’hui, il faut, en autre, souligner
que l’écrit est une des formes solennelles les plus répandues dans le droit contemporain, mais
il n’est pas unique. En plus de cette forme, la loi impose toutefois des mentions obligatoires
pour la conclusion de certains contrats (C).
A. L’acte authentique
102. Pour certains contrats assez rares, la forme solennelle consiste dans
l’intervention d’un officier public qui confère l’authenticité aux contrats. C’est l’exigence la
plus sévère ; elle s’inspire des raisons de l’information et de la protection des parties
lorsqu’elles font des actes particulièrement importants et dangereux dans leur vie
patrimoniale317. L’acte authentique a alors pour objet d’éviter que ces contrats soient conclus
sans réflexion et de protéger les parties contre toute pression extérieure318.
103. En droit français, le Code civil 1804 vise quatre contrats principaux devant être
rédigés par acte notarié : la donation319, le contrat d’hypothèque320, le contrat de mariage321, la
subrogation conventionnelle consentie par le débiteur322. Les lois ultérieures y ont ajouté
quelques autres contrats tels que la vente d’immeuble à construire à usage d’habitation ou
professionnel et d’habitation323, ou encore le contrat de location-accession à la propriété324,
etc…
Les contrats solennels du droit vietnamien sont-ils aussi les contrats solennels du droit
français ? C’est une question qui doit être traitée en droit comparé. Tout d’abord, il importe de
constater que la plupart des contrats que la loi française soumet à l’authenticité ne sont pas
des contrats solennels dans le système juridique vietnamien, sauf le contrat de constitution
317
X. LAGARDE, art. cit., n° 11; NGUYEN Ngoc Dien, op et loc cit.,
318
V. supra, n° 60 et s.
319
Article 931 du Code civil.
320
Article 2416 du Code civil.
321
Article 1394 du Code civil.
322
Article 1250-2 du Code civil.
323
L. 261-11 du Code de la construction et de l’habitation.
324
Article 4 de la loi du 12 juillet 1984.
82
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
d’hypothèque325. Par exemple, le contrat de mariage, en droit français, est un contrat solennel
alors qu’il est méconnu en droit vietnamien. Au Vietnam, il n’existe aucun contrat qui
détermine le statut matrimonial des époux, fixe leurs droits respectifs sur les biens du ménage,
ainsi que leur pouvoir. De fait, les époux sont soumis au régime de la communauté universelle
ou exceptionnellement légale326. Ensuite, le contrat de donation en droit vietnamien se divise
en deux types selon l’objet du contrat : la donation de biens meubles et la donation de biens
immeubles. La donation d’un bien meuble est un contrat réel qui « prend effet dès l’instant où
le donataire le reçoit »327. Néanmoins, la donation de biens immeubles est un contrat solennel
dont la formation est subordonnée à diverses formalités (acte authentique et
enregistrement)328. En droit français, la donation est un contrat solennel mais sa portée ne
s’appliquerait qu’à la donation dont l’objet est l’immeuble. Le droit français a admis « la
donation échappant au formalisme légal »329 dont le meuble est l’objet de prédilection. Enfin,
le contrat de subrogation consentie par le débiteur est un contrat solennel en droit français
tandis qu’il n’est qu’un contrat solennel en droit vietnamien si son objet concerne le bien
immeuble330.
104. Quant à celui qui est habilité à conférer l’authenticité aux contrats solennels
soumis à l’exigence d’un acte authentique, le droit français, pour les quatre contrats figurant
dans le Code civil, confère au notaire « un monopole lorsqu’il s’agit de constater les
conventions entre les particuliers »331. Cela se traduit nettement dans les textes légaux. En
effet, l’article 931 du Code civil dispose : « tous actes portant donation entre vifs seront
passés devant notaires » ; les termes sont les mêmes pour l’acte d’emprunt et la quittance,
éléments de la subrogation conventionnelle consentie par le débiteur332. L’article 1394
325
En droits français et vietnamien, le contrat de constitution d’hypothèque est un contrat solennel. De
ce point de vue, l’article 2416 du Code civil français dispose que « l’hypothèque conventionnelle ne
peut être consentie que par l’acte notarié », à peine de nullité. De même, l’article 343 du Code civil
vietnamien prévoit : « l’hypothèque doit être conclue par écrit ; elle peut faire l’objet d’un contrat
séparé ou d’une clause insérée dans le contrat principal. L’acte écrit constituant une hypothèque doit
être authentifié ou enregistré dans les cas prévus par la loi ».
326
Article 27 de la loi sur la famille et le mariage de 2000.
327
Article 466 du Code civil vietnamien
328
Article 467 du Code civil vietnamien.
329
H. LECUYER, art. cit.,
330
Article 316 du Code civil vietnamien. Voir également, arrêt n° 15/DSPT du 11 novembre 2003 de
la Cour de la province de Vinh Long.
331
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 290.
332
Article 1250-2 du Code civil français.
83
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
dispose, quant à lui, que « toutes les conventions matrimoniales seront rédigées par acte
devant notaire »333. Quant à l’article 2416 du même Code, il prescrit que « l’hypothèque
conventionnelle ne peut être consentie que par acte notarié ». Dans tous ces textes, l’exigence
d’une forme authentique est toujours celle d’une forme notariée. L’authenticité ne saurait
découler de sources autres. En réalité, le notaire détient un monopole d’authentification des
contrats solennels. Les lois ultérieures ont ajouté d’autres contrats solennels dont l’un des plus
notables est la vente d’immeuble à construire, lorsque celui-ci doit être à usage d’habitation
ou à usage professionnel et d’habitation. Aux termes de l’article 261-11 du Code de la
construction et de l’habitation, « le contrat doit être conclu par acte authentique », sous peine
de nullité absolue334. De même, la loi du 12 juillet 1984 dispose, en ce qui concerne le contrat
de location-cession dans le domaine immobilier, que « le contrat de location-accession est
conclu par acte authentique »335, sous peine de nullité336. Ces textes réglementent la solennité
qui est l’authenticité. A l’égard des contrats solennels prévus par les lois ultérieures, un
certain nombre d’officiers publics peuvent être retenus pour rendre leur authenticité.
105. Du point de vue de la forme, notamment concernant l’acte notarié, qu’il soit ou
non solennels, il doit respecter certaines formalités. En droit français, la doctrine divise les
333
Article 1394 du Code civil français.
334
Civ. 3e, 5 décembre 1978, Bull. civ. III, n° 361, p. 277 ; JCP N 1979. II. 149, note B. STEMMER ;
RD imm. 1979. 222, obs. J.-Cl. GROSLIERE et Ph. JESTAZ ; D. 1980. Jur. 219, note N. PHU DUC ;
Les grands arrêts de droit immobilier, par l'équipe de recherche du Centre de recherches et d'études de
droit immobilier de la faculté de droit d'Aix-Marseille III, sous la direction de J.-L. BERGEL, Dalloz,
2002, n° 75, p. 464, comm. C. BOUTY.
335
Article 4 de la loi du 12 juillet 1984.
336
Cass. 3e civ. 13 décembre 2000 : Bull. civ. III, no 191, Constr.-Urb. 2001, no 27, obs. D. SIZAIRE.
84
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
formalités de l’acte notarié en deux catégories. Tout d’abord, les formalités, dites
« réglementaires » sont sans incidence sur la validité de l’acte et leur défaut n’est sanctionné
que par une amende. C’est ainsi que les règles de rédaction proprement dites – absence de
blanc et de rature, numérotation des pages et mention du nombre de pages, sommes énoncées
en lettres337, etc, – n’affectent pas, en principe, « le caractère authentique de l’acte et
n’emportent que des sanctions limitées, telles la nullité de la mention manuscrite ajoutée dans
un interligne au lieu de faire l’objet d’un renvoi paraphé par le notaire et les signataires de
l’acte »338. Ensuite, d’autres règles de formalités dites « instrumentaires » sont nécessaires à la
validité de l’acte. En effet, les actes notariés doivent être signés par les parties et le notaire, le
cas échéant par les témoins. Le défaut de signature de l’une d’elles est donc sanctionné par la
nullité de l’acte notarié, en application de l’article 23 du décret de 1971339.
106. Outre les formalités obligatoires pour tout acte notarié, la loi impose toutefois,
pour certains actes solennels, des formes supplémentaires requises pour leur validité. Par
exemple, selon l’article 1394 du Code civil français, « toutes conventions matrimoniales
seront rédigées par acte devant notaire, en la présence et avec le consentement simultanés de
toutes les personnes qui y sont parties ou de leurs mandataires ». Les formalités
supplémentaires sont édictées à peine de nullité du contrat de mariage, la nullité pouvant
résulter de l’absence d’une date unique : celle des signatures, qui sont obligatoirement
simultanées, de toutes les parties concernées340. Ces exigences s’expliquent par diverses
raisons. D’une part, la loi française a entendu « assurer la protection des intéressés. Elle a
craint que l’on obtienne plus facilement des accords successifs qu’un accord simultané.
D’autre part, la présence nécessaire de toutes les parties permet une discussion générale des
clauses du contrat, favorisant l’obtention d’un consentement éclairé »341.
337
Articles 7 et suivants du décret n° 71-941 du 26 novembre 1971.
338
J.-L. AUBERT, La responsabilité civile des notaires, 5e, éd., Defrénois, 2008, n° 69.
339
Civ. 1e, 28 novembre 1972 : JCP G 1973.II.17461, note DAGOT ; Defrénois 1973.933, note
MORIN ; Civ, 1e, 17 octobre 2007 : Bull, civ.I, n° 322.
340
Cass. civ. 29 mai 1854 : DP 1854, 1, p. 207 ; S. 1854, 1, p. 437. – Cass. 1e civ., 5 février 1957 : JCP
G 1957, II, 10051, note COLOMER ; D. 1957, 196.
341
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 304.
85
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
civil, reproduit à l'article L. 261-3 du présent code, il doit garantir l'achèvement de l'immeuble
ou du remboursement des versements effectués en cas de résolution du contrat à défaut
d'achèvement », sous peine de nullité. Ces mentions obligatoires s’expliquent par le fait que le
législateur veut satisfaire les impératifs du consentement, des tiers et de la sécurité juridique
en droit de la construction342.
107. En droit vietnamien, la loi édicte aussi les formalités de l’acte notarié. Ainsi,
celui-ci doit indiquer « le nom et le lieu d’établissement du notaire »343 qui le reçoit, l’endroit
où l’acte se conclut, la date de l’acte apposé par chaque partie. Il doit être écrit dans un même
contexte, sans blanc ni surcharge ni interligne dans le corps de l’acte344. Il doit être signé par
les parties et le notaire345. Observons dans ce cas que les formalités requises pour l’acte
notarié du droit vietnamien sont similaires à celles du droit français. Ceci nous indique que le
droit français influence le droit vietnamien en matière de droit notarial. En rédigeant la loi
notariale, le législateur vietnamien s’est principalement inspiré droit français.
108. De toute évidence, les contrats solennels ne sont pas tous des contrats devant
être dressés par acte authentique. « La solennité consiste, à l’égard de certains d’entre eux,
dans la nécessité de rédiger un écrit, lequel peut aussi bien être fait en forme authentique que
sous seing privé »346.
109. Tout d’abord, il convient de citer les contrats devant être rédigés par écrit pour
leur validité. Bon nombre d’exemples peuvent être puisés en droit français comme la cession
du brevet d’invention347, les contrats de représentation, d’édition et de production
audiovisuelle348, le contrat de promotion immobilière, lorsqu’il est relatif à un immeuble à
86
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Comme le droit français, le droit vietnamien dispose aussi que la rédaction d’un écrit
quelconque est la condition de validité pour tels ou tels contrats. Il est impossible d’énumérer
la liste complète et l’on se borne à citer les plus communs : le bail de local d’habitation356, le
contrat d’assurance357, la vente internationale de marchandises358, le contrat de promotion359,
le contrat de publicité360, le contrat de représentation commerciale361, le contrat de
commission362, le gage363, le nantissement364. Au regard de ces contrats, il importe de
constater que l’écrit, condition de validité du contrat, est fréquemment utilisé pour les contrats
en matière commerciale ; il présente en effet des avantages qui méritent d’être cités selon
l’avis de la doctrine vietnamienne. L’écrit assure le consentement des parties et contrôle la
validité au fond du contrat, ce qui diminue les possibilités d’annulation pour vice du
consentement ou toute autre cause de nullité365.
349
Article L. 222-3 du Code de la construction et de l’habitation.
350
Article L. 231-1 et 231-2, et article L. 232-1 du Code de la construction et de l’habitation.
351
Article L. 117-12 du Code du travail.
352
Article L. 122-1 du Code du travail.
353
Article 3 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989.
354
Article 6 de la loi n° 89-421 du 23 juin 1989.
355
Articles 15 et 17 de la loi n° 92-645 du 13 juillet 1992.
356
Article 492 du Code civil vietnamien.
357
Article 570 du Code civil.
358
Article 27, alinéa 2 de la loi sur le commerce du Vietnam.
359
Article 90 de la loi sur le commerce du Vietnam.
360
Article 110 de la loi sur le commerce du Vietnam.
361
Article 142 de la loi sur le commerce du Vietnam.
362
Article 159 de la loi sur le commerce du Vietnam.
363
Article 327 du Code civil vietnamien du Vietnam.
364
Article 362 du Code civil.
365
V. par exemple, PHAM Hoang Giang, l’influence de la condition de forme sur la validité du
contrat, Revue de l’Etat et du droit, n° 03/2007, p. 48 ; PHAM Van Cuong, art. cit., p. 29.
87
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
110. Quant aux conditions de l’acte sous seing privé en droit français, en toute
hypothèse, une condition indispensable est la signature des parties366. De fait, un acte
authentique irrégulier peut valoir acte sous seing privé, s’il est au moins revêtu de la signature
des parties367. Selon Mme GUERRIERO, la signature est « une marque personnelle identifiant
le signataire, apposée volontairement, dans l’intention de signer »368. La signature, d’après la
formule utilisée par IHERING pour la forme générale, est « le sceau de la volonté juridique
arrêtée »369. Le rôle psychologique de la signature est bien connu, les parties ayant
généralement conscience de ne s’engager qu’après l’avoir apposée. Dans le système juridique
français, la signature n’est pas légalement définie. Cependant, des décisions de justice ont
refusé d'assimiler à des signatures l'apposition d'une croix370. La croix « ne peut avoir la
valeur d'une signature même lorsqu'elle est accompagnée de celle des témoins »371, de simples
initiales ou d'empreintes digitales, solution également affirmée à propos d'un simple
commencement de preuve par écrit. La signature des parties est une condition exclusive pour
la validité de l’acte sous seing privé en droit français.
Sous l’influence du droit français, la signature des parties constitue aussi une condition
de validité de l’acte sous seing privé en droit vietnamien. L’article 404, alinéa 4 du Code civil
précise que « le contrat passé par écrit est conclu au moment où la dernière partie signe
l’acte ». A vrai dire, la signature est exigée à la fois pour identifier les contractants et attester
de leur volonté. Mais en réalité, il n’existe aucune définition légale de la signature en droit
vietnamien, même si elle est utilisée dans de nombreux domaines, et notamment en matière
contractuelle. Cette absence de toute définition peut s’expliquer d’une part, par le fait que la
signature apparaît comme une condition coutumière au Vietnam et d’autre part, parce qu’il
s’agit d’une notion inhérente à l’esprit humain. C’est sans doute l’évidence du contenu de ce
terme qui en exclut toute tentative de définition officielle.
366
J. GHESTIN, op. cit. n° 686; Cass. 1e civ., 30 oct. 2008, n° 07-20.001, F-D, CNP Assurances X et
a. : JurisData n° 2008-045637; Contrats, conc. consom. 2009, comm. 1, note L. LEVENEUR.
367
Civ. 1e, 11 juillet 1955 : Bull. civ.I, n° 294 ; 8 août 1967 : ibid.I, n° 106 ; RTD civ. 1968. 147 obs.,
CHAVALLIER.
368
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 326.
369
IHERING, L'esprit du droit romain, trad. MEULENAERE, 1877, t. 3, p. 179.
370
Par exemple, Cass. civ. 8 juillet. 1903 : D.P. 1903, 1, 507.
371
Cass. civ. 15 mai 1934 : D.P. 1934, 1, 113.
88
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
111. Pour certains contrats, la loi n’exige pas seulement que le consentement des
parties soit manifesté dans un écrit qui peut être sous seing privé. Elle exige, en outre, afin
d’éviter des difficultés sur le degré de précision que l’écrit doit atteindre, des mentions
obligatoires372. Cette technique juridique est devenue un instrument important de mise en
œuvre de l’obligation de renseignement qui pèse plus lourdement sur certaines parties. Le
degré d’exigence varie considérablement d’une loi à l’autre et dépend du niveau de protection
que le législateur désire accorder à tel ou tel contractant. Voici deux aspects principaux des
mentions obligatoires que nous allons examiner : les mentions de la date et du lieu de
formation (1) et les mentions obligatoires (2).
112. En principe, la mention de la date n’est pas exigée pour la validité d’un acte
sous seing privé en droit français. Exceptionnellement, la loi soumet certains contrats à une
date précise. Par exemple, la date est une mention obligatoire pour la validité des effets de
commerce : lettre de change373, billet à ordre374, bordereau375. En l’absence de cette mention,
les effets de commerce sont nuls. Celle-ci permet de vérifier la capacité de son auteur, de
déterminer l’échéance ou le délai de paiement et, dans le cas du bordereau, le point de départ,
même à l’égard des tiers. La date est également imposée, à peine de nullité, pour le bulletin de
souscription d’un plan épargne376, le bulletin de souscription d’actions377.
En droit vietnamien, la solution est similaire à celle du droit français. La date n’est pas,
en règle générale, une condition de validité de l’acte sous seing privé, sauf lorsque la loi en
décide autrement. Ainsi, l’article 16 de la loi du 29 du novembre 2005 sur les effets de
commerce dispose que la date est une condition de validité des effets de commerce. Cette
solution a été inspirée du droit étranger, notamment du droit français que le rédacteur
vietnamien a consulté en tant que référence principale.
372
A. SINAY-CYTERMANN, Protection ou surprotection du consommateur, JCP éd.,G. 1994.I.3804.
373
Article L. 511-1, I, 7° du Code de commerce.
374
Article L. 512-1, I, 6° du Code de commerce.
375
Loi n° 81-1 du 2 janvier 1981.
376 L. 3 janvier 1972, art. 16.
377 D. 27 mars 1967, art. 61, al. 1er et 163, al. 1e.
89
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Suivant l’article 16 de la loi du 3 janvier 1972 sur le sujet, ce contrat doit mentionner, à peine
de nullité, le lieu et la date de la signature. Les textes sur les effets de commerce exigent aussi
l’indication du lieu de l’émission de l’acte, mais son absence n’entraîne pas la nullité du titre
qui est alors réputé souscrit dans un autre lieu. En revanche, en droit vietnamien, il n’existe
aucun texte exigeant la mention du lieu de la rédaction du contrat, sauf pour le cas des effets
de commerce comme en droit français.
114. Pour la validité d’un grand nombre de contrats solennels, la loi n’impose pas
seulement la rédaction d’un écrit. Elle exige en outre que celui-ci comporte des mentions
relatives à l’objet du contrat, en vue d’éviter des discussions ultérieures.
115. Ainsi en est-il, par exemple, du cas du contrat d’hypothèque aérienne en droit
français. L’article L. 122-5 du Code de l’aviation civile dispose ainsi que l’hypothèque
aérienne « doit mentionner chacun des éléments sur lesquels porte l’hypothèque ». D’autres
articles sont plus exigeants et précisent davantage les indications qui doivent figurer sur
l’écrit. Cette exigence des mentions obligatoires destinées à mieux informer les contractants,
est fréquemment utilisée en droit social. Plus précisément, le contrat d’engagement maritime
doit contenir un certain nombre de mentions obligatoires : le service pour lequel le marin
s’engage, la fonction qu’il doit exercer, le montant des salaires et accessoires ou la base de
détermination des profits, la durée du contrat, durée précise ou durée maximale, le délai de
préavis en cas de résiliation unilatérale378, ou encore l’adresse et le numéro du téléphone de
l’inspecteur du travail maritime379. L’article 9 du Code de travail maritime exige, en outre,
une formalité particulière : « toutes clauses et stipulations du contrat d’engagement doivent à
peine de nullité être annexées au rôle d’équipage ». On constate donc qu’une série de
mentions obligatoires doivent être précisées pour le contrat d’engagement maritime. Cela
s’explique par le fait que le législateur veut mieux protéger le consentement de la partie
présumée être la plus faible380. De même, à propos du contrat d’apprentissage, l’article 117-11
du Code de travail doit préciser « le nom du ou des maîtres d'apprentissage, les titres ou
diplômes dont ils sont titulaires et la durée de leur expérience professionnelle dans l'activité
378
Articles 10-1 et 11 du Code de travail maritime.
379
Article 9, alinéa 2 du Code de travail maritime.
380
Ch. BOURRIER, La faiblesse d’une partie au contrat, éd, Bruyant, 2003, n° 90.
90
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Surtout, les mentions obligatoires sont très utilisées en droit de la consommation en vue
de protéger la partie présumée la plus faible dans les relations contractuelles. Tel est le cas du
droit de la construction ou de certaines opérations immobilières dans lesquelles plusieurs
textes spéciaux imposent, à peine de nullité, un écrit qui, dans certains cas doit être
authentique, et où figurent obligatoirement des renseignements relatifs à l’immeuble, au coût
des travaux, au délai de livraison. En effet, l’article 261-11 du Code de la construction et de
l’habitation dispose que la vente d’immeuble à construire doit préciser les mentions suivantes
: la description de l'immeuble ou de la partie de l'immeuble vendu ; b) son prix, les modalités
de paiement de ce prix ; c) le délai de livraison de l'immeuble, qu'il ne faut pas confondre
avec le délai d'achèvement ; d) les garanties de bonne fin, lorsque la vente revêt la forme
d'une vente en l'état futur d'achèvement ; e) la condition suspensive de l'obtention des prêts
des articles 16 et suivants de la loi du 13 juillet 1979, devenus les articles L. 312-15 et
suivants du Code de la consommation ; f) enfin, l'article L. 261-11 mentionne encore la
notification du plan de financement de l'opération de construction lorsque le vendeur a
obtenu, avant la conclusion du contrat, un prêt spécial à la construction de la part du Crédit
foncier ou du Comptoir des entrepreneurs ; cependant, ces prêts ont pratiquement disparu
depuis la loi no 77-1 du 3 janvier 1977 portant réforme du financement de la construction.
Cette solution est alors destinée à protéger le consentement des acquéreurs381.
116. En droit vietnamien, il existe aussi certains contrats dont la validité dépend de
la rédaction des mentions obligatoires, comme en droit français. A titre d’exemple, l’on peut
citer certains contrats en matière immobilière. L’article 70 de la loi du 29 juin 2006 sur les
opérations immobilières dispose que la vente de l’immeuble à construire doit contenir les
mentions suivantes : « 1° Identification des parties ; 2° Informations relatives à l’immeuble
énoncées à l’aliéna 3 de l’article 11 de la présente loi ; 3° Prix ; 4° Modalités et délai de
paiement ; 4° Délai de livraison de l’immeuble ; 5° Droits et obligations des parties, 6°
Garantie ; 7° Clause du différend ». L’article suivant de la même loi dispose aussi que le
contrat de transfert du droit d’usage d’un fonds de terre doit comporter les éléments suivants :
« 1° Nom, prénom et adresse des parties ; 2° Droits et obligations des parties ; 3°
Informations relatives au droit d’usage du fond de terre ; 4° Prix ; 5° Modalités et délai de
381
L. ATTUEL-MENDES, Protection générale et spéciale du consentement en matière de vente
d’immeuble à construire, RD imm., 2007, p. 379 et s.
91
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
117. Puisque la forme solennelle est une condition de validité du contrat, l’accord
des volontés n’établit aucune relation contractuelle si elle fait défaut. Dans cette hypothèse, le
contrat n’existe pas et ne peut donc produire aucun effet juridique. Cette solution s’applique
également, lorsque les parties ont manifesté leur volonté dans une forme autre que la forme
légale, même très proche, ainsi que cela a été démontré ; l’utilisation d’une forme autre que la
forme légale équivaut à une absence de forme.
92
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
A. La détermination de la sanction
1. L’inexistence ou la nullité
93
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
influencée par la maxime « forme donne l’être à la chose », voyait dans la transgression du
rite une atteinte à ce qui fait l’essence de l’acte juridique solennel. Ainsi, AUBRY et RAU ont
écrit : « l’acte qui ne réunit pas les éléments de fait que suppose sa nature ou son objet, et en
l’absence desquels il est logiquement impossible d’en concevoir l’existence, doit être
considéré non pas seulement comme nul, mais comme non avenu ; il en est de même de l’acte
qui n’a pas été accompagné des conditions et des solennités indispensables à son
existence »382.
121. A notre avis, la forme solennelle en droit français est une forme
impérativement déterminée pour l’extériorisation de la volonté des parties. Ainsi, si la volonté
se manifeste en dehors des formes requises (que la solennité ait été omise ou seulement mal
accomplie), elle ne crée aucun lien d’obligation contractuelle. Dans cette hypothèse,
« l’absence d’extériorisation constitue, lorsque l’acte juridique envisagé était solennel, à la
fois un vice de fond et un vice de forme »385. Ainsi donc, la sanction de l’inobservation de la
forme solennelle ne peut pas être l’inexistence mais seulement la nullité.
De plus, on remarque que lorsqu’un texte légal prévoit l’inobservation des formes
solennelles, il doit être sanctionné par la nullité du contrat. Ainsi en est-il, par exemple de
l’article 261-11 du Code de la construction et de l’habitation. Aux termes de ce texte, « cette
nullité ne peut être invoquée que par l’acquéreur et avant l’achèvement des travaux »386. De
même, on ne peut, non plus, parler d’inexistence à propos du contrat d’apprentissage qui n’est
pas rédigé sous une forme écrite. Il existe, mais il est nul pour inobservation de la forme
382
AUBRY et RAU, Droit civil français, Les obligations, t. IV, 6e, éd., par BARTIN, 1942.
383
RIPERT et BOULANGER, t. 1, n° 628 et suivants ; R. JAPIOT, Des nullités en matière d’actes
juridiques : essai d’une théorie nouvelle, éd., LGDJ, 1909, p. 183 et suivants.
384
M-A. GUERRIERO, op.cit., p. 360. Voir aussi, J. GHESTIN, op. cit., n° 739.
385
M. NICOD, Le formalisme en droit des libéralités, thèse, Paris XII, 1996, n° 297.
386
Article 261-11 du Code de la construction et de l’habitation français.
94
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
légale. C’est bien ce qu’admet, la Cour de cassation française qui prononce la nullité des
contrats d’apprentissage qui ne sont pas rédigés par écrit en vue de protéger les jeunes
travailleurs387. Au total, on constate que la sanction de l’inobservation de la forme solennelle
n’est pas l’inexistence, mais la nullité.
124. Observons en général que la nullité, dans le système juridique français, causée
par l’inobservation d’une condition de formation du contrat est dominée par une distinction
fondamentale entre la nullité absolue et la nullité relative388. La première est édictée dans un
but d’intérêt général, alors que la seconde a pour finalité de protéger des intérêts privés389.
Lorsque cette qualification s’applique à la nullité sanctionnant le défaut d’accomplissement de
la forme solennelle, la plupart des auteurs estiment que la violation de la forme solennelle a
387
Y. SELLIER, Rép. Trav, V. Apprentissage, n° 2.
388
Ch. LARROUMET, Droit civil, Les obligations, Le contrat, Conditions de formation, 6e, éd.,
Economica, 2007, n°527.
389
B. STARK, H. ROLAND, L. BOYER, op. cit., n° 1007.
95
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
pour sanction une nullité absolue390. Ceci s’appuie sur le fait que même si la forme solennelle
a parfois pour but la protection des parties, elle tend généralement à la protection de l’intérêt
général ou du moins, d’un intérêt privé général391. Plus précisément, la forme notariée
imposée au contrat de donation est destinée à protéger à la fois le donateur et sa famille (le
patrimoine de la famille) et l’ordre public successoral ; l’hypothèque conventionnelle
consentie par le débiteur, le constituant et le créancier et plus généralement le crédit ; le
contrat de mariage, les époux et le patrimoine familial. Or, lorsque les intérêts publics et
privés s’entremêlent, il est normal de faire prévaloir l’intérêt général. De cette façon, il
convient de constater que si la volonté doit être manifestée selon une forme impérative,
laquelle est une condition de formation du contrat, toujours déterminée en vue de l’intérêt
général392 : c’est sans doute pourquoi on estime que la nullité des formes solennelles doit être
absolue.
Toutefois, en prenant appui sur les composantes du régime de la nullité relative, certains
auteurs estiment que les formes, mêmes solennelles, ne devraient être sanctionnées que par
une nullité relative pour tels ou tels contrats solennels393. Ainsi en est-il, par exemple, de
l’article 211-11 du Code de la construction et de l’habitation, « l’inobservation des
dispositions du présent article entraîne la nullité du contrat. Cette nullité ne peut être invoquée
que par l’acquéreur et avant l’achèvement des travaux ». L’article 222-3 du même Code
dispose également : « l’inobservation des dispositions du présent article entraîne la nullité du
contrat de promotion immobilière. Cette nullité ne peut être invoquée que par le maître de
l’ouvrage et jusqu’à l’achèvement des travaux ». La nullité dans ces cas, ne peut être invoquée
que par un seul intéressé et pendant un bref délai. Ce sont les caractères de la nullité relative.
C’est pourquoi ces auteurs concluent que la nullité sanctionnant l’inobservation de la forme
solennelle peut être relative.
D’après nous, la qualification d’une nullité (absolue ou relative) à partir d’une règle de
régime de la nullité, pour la sanction de l’inobservation de la forme solennelle, est
390
Ch. LARROUMET, op. cit., n° 541 ; V. J. CARBONNIER, Droit civil, Les obligations, t. 4, 22e,
éd, 2000, n° 48 ; M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 355-398 ; A. BENABENT, Droit civil, Les
obligations, 12e, éd., Montchrestien, 2010, n° 208.
391
G. COUTURIER, La confirmation des actes nuls, éd., LGDJ., 1972, n° 276 ; Civ. 1e, 29 novembre
1989, D. 1990, IR 7 ; JCP 90, IV, 29 (défaut de signature du notaire).
392
Ph. MALAURIE, et L. AYNES, Succession, Libéralités, éd., Cujas, 2000, n° 393.
393
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, Droit civil, Les obligations, 1°. L’acte juridique, 14e, éd.,
S., 2010, n° 354.
96
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
97
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
B. Le régime de la nullité
1. L’action en nullité
394
J. GHESTIN, op. cit., n° 384.
395
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 372.
396
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 371.
98
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
397
Civ. 15 juin 1962, Gaz. Pal. II. 182, D. 1962. 529.
398
B. STRARCK, H. ROLAND, L. BOYER, Droit civil, Les obligations, 6e, éd., Litec, 1998, n°
1024.
399
V. DELAPORTE, Recherche sur la forme des actes juridiques en droit international privé, thèse,
Université de Paris I, 1974, n° 44.
99
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Force est donc de constater que la détermination des sujets en droit français ayant la
qualité d’invoquer la nullité attachée au défaut d’accomplissement de la forme solennelle
dépend de sa finalité prévue par le législateur. En effet, si elle est imposée pour l’intérêt
général, la nullité peut être invoquée par tout intéressé. Au contraire, si elle a pour objectif
d’assurer la protection des intérêts privés, la sanction de son absence est demandée par les
personnes que la loi a entendu protéger. En définitive, si l’on veut connaître celui qui a le
droit d’invoquer la nullité attachée au défaut de la forme solennelle, on doit identifier la
finalité que le législateur entend atteindre en imposant une forme légale.
Cela nous indique donc que le nombre de personnes ayant le droit d’invoquer la nullité
résultant de l’inobservation de la forme solennelle au Vietnam est limitatif par rapport au droit
français. En droit vietnamien, les parties peuvent se prévaloir du défaut d’accomplissement de
la forme solennelle sans exception alors qu’en droit français, les titulaires susceptibles
d’invoquer la nullité du vice de forme solennelle dépendent de la finalité de la forme
solennelle à laquelle le législateur a entendu aboutir. On constate donc que la règle de la
forme solennelle du droit français apparaît comme un instrument légal destiné à garantir la
sécurité juridique. Celle du droit vietnamien n’est pas vraiment convaincante.
100
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
132. Le droit d’invoquer la nullité « peut s’éteindre soit par la confirmation de l’acte
nul, soit par sa régularisation, soit, enfin, du fait de la prescription extinctive »400. En
conséquence, on s’interroge sur l’application de ces règles en matière de nullité sanctionnant
la forme solennelle.
133. La confirmation est « l’acte par lequel une personne renonce unilatéralement à
se prévaloir de la nullité relative d’un acte juridique et qui, exprès ou tacite, peut résulter
d’une exécution spontanée »401. Elle ne s’applique cependant pas à la nullité sanctionnant le
vice de forme solennelle, même si celle-ci est relative402. Si l’acte juridique dont la forme
requise est irrégulière doit être refait afin qu’il prenne ses effets juridiques, le nouvel acte se
substitue sans rétroactivité à l'acte irrégulier de forme légale403.
L’article 1339 du Code civil français prévoit ainsi que « le donateur ne peut réparer par
aucun acte confirmatif les vices d’une donation entre vifs, nulle en la forme ; il faut qu’elle
soit refaite en la forme légale ». « Cette solution est générale et vaut pour tous les actes
juridiques solennels. Permettre à l’auteur d’un acte juridique solennel, nul pour inobservation
de la forme légale, de le confirmer serait l’autoriser à éluder la forme solennelle »404. De
même, la nullité d’un contrat de mariage pour défaut de présence et de consentement
simultanés des deux époux à l’acte ne peut pas être couverte par un acte postérieur de
confirmation405 ; l’acte doit être refait dans la forme légale406. Encore, une donation nulle pour
défaut d’acte notarié n’est pas confirmée par son exécution. L’acte nul doit être réparé dans la
forme légale, et ne produit ses effets juridiques qu’en ce jour-là.
Cependant, il existe une exception à la règle de l’article 1339 du Code civil français.
L’article 1340 du même Code dispose que « la confirmation ou ratification, ou exécution
volontaire d’une donation par les héritiers ou ayants cause du donateur, après son décès,
emporte leur renonciation à opposer soit les vices de forme, soit toute autre exception ». Ce
texte permet aux héritiers du donateur de confirmer l’absence des formes impérativement
400
Y. PICOD, Rép. Civ. Dalloz, V. Nullité, 2010, n° 44.
401
G. CORNU, Vocabulaire juridique, éd., PUF, 2007, 8e, « Confirmation ». p. 205.
402
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, Droit civil, Les obligations, 1. L’acte juridique, 14e, éd.,
Sirey, 2010, n° 346.
403
Civ. 1e, 4 mai 1966, D. 1966. 553, note MALAURIE.
404
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 376.
405
G. COUTURIER, La confirmation des actes nuls, éd., LGDJ, 1972, n° 274.
406
Cass. civ., 26 avril 1869 : S. 1869, 1, p. 297 ; DP 1869, 1, p. 246. – Cf. PONSARD, op. cit. n° 71,
p. 138.
101
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
énoncées par l’article 931 du Code civil comme le défaut de signature d’une des parties407 ou
celui de procuration authentique408. Le fondement de ce texte a soulevé quelques difficultés,
mais suivant la doctrine dominante, « après le décès du donateur, les règles ne protègent plus
que l’intérêt privé de la famille »409. Les héritiers, maîtres de leur droit, peuvent dans ces
conditions abdiquer la protection légale : « le donateur mort, ses héritiers sont mis à même
d’agir pour défendre leur droit ; s’ils y renoncent, c’est qu’ils reconnaissent que la donation
était loyale et la volonté de leur auteur pleinement libre. La loi n’a pas à se montrer plus
difficile qu’eux »410. Plus généralement, « la nullité doit être considérée comme relative, le
droit critique étant réservé aux héritiers, à ceux dont la confirmation est admise aux termes de
l’article 1340 »411.
En droit vietnamien, le terme de « confirmation » est méconnu pour deux raisons. Sur le
plan du droit positif, force est de constater qu’aucun texte légal ne réglemente la confirmation
des actes nuls. De même, sur le plan de la jurisprudence, on ne connaît aucun arrêt prononçant
la confirmation des actes nuls. C’est pourquoi, à l’heure actuelle, il nous est impossible de
comparer la confirmation des actes nuls entre les droits étudiés. D’une façon générale, il
importe de constater que la forme solennelle est une formalité impérativement prédéterminée
par la loi en ce sens qu’elle est d’ordre public. En conséquence, le droit français n’admet pas
la confirmation des actes nuls pour cause de violation de la forme solennelle, ce qui est tout-à-
fait raisonnable.
407
Cass. req., 26 novembre 1862 : DP 1863, 1, p. 71.
408
CA COLMAR, 2e ch. civ., 13 novembre 1992.
409
G. COUTURIER, La confirmation des actes nuls, éd., LGDJ, 1972, n°267.
410
RIEPERT et BOULANGER, Traité de droit civil d’après le traité de PANIOL, t. IV, 1959, n° 3275.
411
G. COUTURIER, La confirmation des actes nuls, éd., LGDJ, 1972, n° 267.
412
J. GHESTIN, op. cit., n° 799; B. STARCK, H. ROLAND, L. BOYER, op. cit., n° 920.
102
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Pour les effets de commerce, en revanche, une possibilité de régularisation est admise
en cas d’absence de mentions non substantielles. Par exemple, si le tireur émet l’effet en
laissant un blanc à la place du nom du bénéficiaire, le titre ne vaut pas lettre de change. La
mention suivante est ensuite ajoutée : « cette régularisation a pour effet de transformer un titre
incomplet en une lettre de change régulière, ayant la même valeur que si elle avait été telle à
l’origine »415. Ce titre est aussi valable à l’égard de tous ceux entre les mains desquels il
parvient après avoir été complété, ces derniers ne pouvant se voir opposer l’exception tirée
d’une irrégularité du titre ayant disparu. « Cette solution, dérogation au droit commun,
s’explique par le désir d’obliger tous ceux qui sont intervenus dans le titre, en raison de la
disparition du vice, les tiers de bonne foi ont pu se fier à la régularité apparente du titre »416.
413
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 377.
414
Civ. 15 juin 1962. Gaz. Pal. 1962. II. 181, D. P. 1962, 569, Rapport. Civ. 19 août 1845, D. 1845. I.
378. V., aussi Civ. 3 juin 1958. Bull. 1958. I. 391.
415
Paris 27 novembre 1967, Gaz. Pal. 1968, I, 144 ; LYON et RENAULT, t. IV, n° 469. LESCOT et
ROBLOT, T. I, n° 200 et suivants.
416
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 380.
417
Arrêt n° 1145/2005/DS-PT du 06 juin 2005 de la Cour de la Ville de Ho Chi Minh.
103
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Ainsi donc, comment expliquer cette solution en droit vietnamien ? Devant une telle
solution, on constate que les parties peuvent régulariser l’acte juridique lorsque sa forme
requise a été omise. Cette solution peut être envisagée comme une mesure destinée à faire
disparaître le vice de forme infectant un acte juridique en vue d’éviter sa nullité418.
Assurément, la solution du droit vietnamien s’oppose à celle du droit français, car ce dernier
ne permet pas aux parties de régulariser l’acte atteint d’un vice de forme, ce qui aurait
emporté la nullité de l’acte juridique. En réalité, la solution du droit vietnamien s’avère
compatible avec les activités contractuelles au Vietnam, parce qu’elle a pour finalité
d’informer les parties d’une disposition légale qu’elles méconnaissent souvent dans le but de
réduire les cas de nullité sanctionnant le vice de forme légale.
418
NGUYEN Van Cuong, art. cit., p. 30.
419
A.-M. SOHM-BOUGEOIS, Rép. Civ. Dalloz, V. Prescription extinctive, 2010, n° 1 et s.
420
La présence de la prescription extinctive en matière civile s’explique pour deux raisons. D’une
part, elle repose sur le droit naturel et qui est une mesure de protection du genre humain. D’autre part,
elle a pour finalité de garantir la stabilité du patrimoine contre les réclamations trop longtemps
différées. On retrouve l'idée plus générale que les actions en justice doivent avoir un terme, pour que
les hommes jouissent de la sécurité et de la tranquillité, sans lesquelles il n'y a pas de vie, pas de
société possible.
421
V. par exemple, B. FAUVARQUE-COSSON, Commentaire de la loi du 17 juin 2008 portant
réforme de la prescription en matière civile, Recueil Dalloz, 2008, p. 2512.
422
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 367.
104
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
réelles que personnelles se prescrivent par trente ans ». Ce délai était d’une longueur
excessive, ce qui avait pour conséquence « une stagnation de l’activité humaine »423.
423
Ph. MALAURIE, Exposé des motifs, in Avant-projet de réforme du droit des obligations et de la
prescription, sous la direction de P. CATALA, La documentation française, 2006, p. 193 ; Voir aussi
C. BRENNER et H. LECUYER, La réforme de la prescription, JCP E, 12 février 2009, 1169, n° 1.
424
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 386.
105
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
nous pouvons conclure sans ambiguïté que le délai de l’action en nullité pour l’inobservation
de la forme solennelle en droit vietnamien qui est de deux ans, s’applique communément aux
vices de forme énoncée par l’article 134 du Code civil vietnamien.
Ce délai n’est-il pas trop court ? Il nous semble trop bref. En droit français, il est de cinq
ans, hormis quelques exceptions en droit spécial. Il « représente un juste équilibre entre le
risque qu'un délai de prescription trop long ne crée de l'insécurité juridique et le risque qu'un
délai trop court ne devienne une source d'injustice pour les titulaires de droit »425. « Ni trop
long, il assure la sécurité juridique, sert le commerce juridique, est conforme aux progrès
technologiques, qu'il s'agisse des transports ou des moyens de télécommunication, et réduit
les coûts de conservation des preuves. Ni trop court, il évite les injustices et le jugement moral
de récompense d'un péché. Il serait ainsi paré de toutes les vertus »426. En droit vietnamien, on
constate que le délai de deux ans n’est pas raisonnable parce que la condition de forme est
fréquemment violée par les parties contractantes en raison de la méconnaissance du droit des
contrats. Afin d’éviter les inconvénients émanant d’un délai trop court en droit vietnamien, il
est nécessaire de rétablir un délai, raisonnable, pour l’inobservation de la forme.
Toutes ces dérogations apportées aux règles normales de la mise en œuvre de la nullité
s’expliquent par le fait que l’action de nullité s’avère inutile dans ces cas. Il reste à se
demander si de pareilles dérogations peuvent être apportées aux effets de la nullité.
425
Rapport n° 83 (2007-2008) de M. L. BETEILLE, Commission des lois 14 novembre 2007, p. 35.
426
C. BRENNER et H. LECUYER, La réforme de la prescription, JCP E.1169, 12 février 2009, n° 22.
427
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, op. cit., n° 357 et s ; Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y.
LEQUETTE, op. cit., n° 418.
106
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
une seule clause illicite ou abusive. C’est dans cette situation que l’on envisage une nullité
partielle dans la mesure où une seule clause interdite est nulle, les autres dispositions du
contrat pouvant subsister.
La question qui se pose alors est celle de savoir si de telles règles s’appliquent à la
nullité de l’inobservation de la forme solennelle en droit français et en droit vietnamien ? Y a-
t-il une place pour la nullité totale et pour la nullité partielle sanctionnant le vice de forme
solennelle, et quelle est cette place ?
140. A supposer que la forme solennelle ne soit pas respectée, l’on doit admettre
que le contrat est totalement nul. On ne peut imaginer l’existence d’un contrat lorsqu’elle fait
défaut. Force est donc de constater que la totalité du rapport contractuel est atteinte par la
sanction du vice de forme solennelle. Cela influence toutes les stipulations du contrat ;
aucune distinction ne peut être opérée entre ce qui serait valable et ce qui ne le serait pas. En
droit français, la jurisprudence « affirme d’une façon constante cette solution, en précisant que
toutes les dispositions du contrat, même celles qui seraient accessoires, sont atteintes par la
nullité »428. Plus précisément, si l’on suppose qu’un contrat de mariage en droit français est
sanctionné par la nullité, en cas d’inobservation de la forme solennelle, toutes les clauses qui
y sont stipulées en faveur des tiers ne peuvent produire aucun effet juridique429. En droit
vietnamien, cette solution s’applique également à la nullité sanctionnant le vice de forme
solennelle. Ainsi en est-il de la décision n° 198 du 12 octobre 2003 dans laquelle la première
Chambre civile de la Cour suprême populaire s’est prononcée en faveur de la nullité totale
sanctionnant le défaut de la forme authentique du contrat de vente d’immeuble430. Suivant
cette logique, la nullité frappant le vice de forme solennelle doit être totale.
428
Ch. LARROUMET, Droit civil, Les obligations, Le contrat, 6e, éd., Economica, 2007, n° 572.
429
AUBRY et RAU, Droit civil français, t. VIII, 7e, éd., Librairies techniques, 1973, par
A. PONSARD, n° 71.
430
La décision n° 198/GDT-DS du 12/11/2003 de la première Chambre civile de la Cour suprême
populaire.
431
L’article 1907, alinéa 2 du Code civil français.
107
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
simple règle de preuve. Mais, dans un deuxième temps, par l’arrêt du 24 juin 1981 et sur le
fondement de l’article 4 de la loi du 26 décembre 1966, elle s’est prononcée en faveur de la
forme solennelle. « Si l’omission, dans un contrat de prêt d’argent, de l’indication du taux
effectif global de l’intérêt conventionnel n’entraîne pas la nullité du contrat, il résulte de la
combinaison des articles 1907, alinéa 2, du Code civil et 4 de la loi n° 66-1010 du 28
décembre 1966 qu’en matière de prêt d’argent, l’exigence d’un prêt mentionnant le taux
effectif global est une condition de la validité de la stipulation d’intérêt et que, dès lors, il ne
peut être fait application du taux stipulé dans le contrat sans que les juges aient à rechercher si
l’omission d’une telle mention est de nature à induire l’emprunteur en erreur sur les
conditions du prêt »432. Dès lors, il convient de conclure que la nullité frappant le défaut de la
stipulation du taux d’intérêt conventionnel n’affecte pas le contrat de prêt tout entier, qui est
une seule nullité partielle433. Cette solution est raisonnable, à notre avis, car l'annulation du
contrat dans son ensemble se retournerait contre l'emprunteur que la loi a voulu protéger et
celui-ci se verrait contraint à un remboursement immédiat. Effectivement, la qualification de
nullité partielle s’avère être une sanction efficace pour réaliser, dans certaines circonstances,
le but de la règle de droit. Cette nullité protége ici mieux que la nullité totale.
b) La rétroactivité de la nullité
141. Considérons l’expression suivante : « Vu le principe selon lequel ce qui est nul
est réputé n’avoir jamais existé »434. Deux aspects éclairent cela : il « est insusceptible de
produire des effets dans le futur. D’autre part, les effets produits dans le passé sont en principe
effacés, la situation devant être remise dans l’état antérieur à la passation »435 du contrat. En
effet, si le contrat « n'a pas encore été exécuté, la nullité aura pour unique effet de fermer aux
parties toute action en exécution forcée du contrat. Si, en revanche, il a déjà fait l'objet d'une
exécution, totale ou partielle, ses effets passés seront remis en cause : on aura alors recours à
la fiction de la rétroactivité afin de revenir à l’état antérieur au moment de la conclusion »436
du contrat. C’est ce qui résulte de la rétroactivité de la nullité que les droits français et
vietnamien admettent ensemble. Dans le cadre de cette thèse, il convient de s’interroger
432
Cass. 1e civ., 24 juin 1981 : Bull. civ. I, n° 234, préc. - Dans le même sens, V. Cass. 1e civ., 26 mai
1982 : Bull. civ. I, n° 197 ; JCP G 1982, IV, 278.
433
Cass. 1e civ., 22 juillet 1986 : JCP G 86, IV, 302 : Bull. civ. I, n° 219.
434
Cass. 3e civ., 2 octobre 2002 : Contr. Consom. 2003, comm. n° 23, obs. L. LEVENEUR.
435
Y. PICOD, Rép. Civ. Dalloz, V. Nullité, n° 80.
436
Y. PICOD, op. cit., n° 81.
108
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
encore sur son application en matière de nullité sanctionnant le vice de forme solennelle dans
les deux droits.
437
Ph. MALINVAUD, D. FENOUILLET, op. cit., n° 398.
438
J. PIEDELIEVRE, Des effets produits par les actes nuls, thèse Paris, 1914 ; X. PERRIN, La
conversion par réduction des actes et des personnes juridiques, Essai d’une théorie en droit français,
thèse Dion, 1911 ; Ph. SIMLER, La nullité partielle des actes juridiques, éd, LGDJ, 1969, n° 13. En
droit français, la conversion par réduction se définit comme « un procédé intellectuel de revalorisation
des actes nuls, qui consiste à faire sortir d’un acte juridique nul un autre acte juridique valable auquel
le premier peut être ramené, c’est-à-dire sauver l’acte inclus des parties et si ses conditions de validité
se trouve réunies », G. CORNU, Vocabulaire juridique, op. cit., V. « Conversion et réduction ».
439 A. BOUJEKA, La conversion par réduction : contribution à l'étude des nullités des actes
juridiques formels, RTD com. 2002, p. 223, n° 19.
440
Cass. com. 18 mars 1959, Bull. civ. III, n° 148, RTD com. 1959 obs. obs. J. BECQUE et
H. CABRILLAC, 909 ; CA Orléans, 6 mars 1963, JCP 1964. II. 13618, note C. GAVALDA,
RTD com. 1964. 367, obs. J. BECQUE et H. CABRILLAC.
441
Cass. com., 10 février 1971 : Bull. civ. IV, n° 42 ; RTD com. 1972, p. 126, obs. CABRILLAC et
RIVES-LANGE. - Comp. Cass. com., 7 novembre 1979 : Gaz. Pal. 1980, 1, pan. jurispr. p. 44, obs.
J.D. ; RTD com. 1980, p. 115, obs. CABRILLAC et RIVES-LANGE. - 17 juillet 1990 : Express Doc.
17 juillet 1990. - Dans le même sens, V. CA Angers, 5 avril 1990 : Juris-Data n° 043089. - V.
cependant en sens contraire : CA Montpellier, 15 mai 1990 : Juris-Data n° 000019.
109
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
143. Lorsqu’un contrat solennel est sanctionné par la nullité pour vice de forme, la
question est de savoir si une obligation naturelle peut néanmoins en découler en droits
français et vietnamien443. Dans cette situation, il importe de constater que le contrat solennel
dont la forme fait défaut ne peut pas donner naissance à une obligation naturelle444. Cette
constatation s’appuie sur deux raisons essentielles. D’une part, il n’est pas possible d’admettre
qu’une partie contractante soit tenue d’une obligation naturelle puisqu’il lui est impossible de
renoncer à la nullité pour l’inobservation de la forme solennelle. Cette solution, qui était déjà
celle de POTHIER, trouve appui dans l’article 1339 du Code civil français. Ce texte dispose,
en effet, que « le donateur ne peut réparer par aucun acte confirmatif les vices d’une donation
entre vifs, nulle en la forme ; il faut qu’elle soit refaite en la forme légale ». Il a été montré
que ce texte est général et s’applique à tous les contrats solennels nuls en la forme. D’autre
part, il est nécessaire de remarquer que « la forme solennelle est imposée impérativement à la
manifestation de la volonté de l’auteur de l’acte juridique. Cette exigence a un caractère
contraignant. Admettre la validité de l’exécution d’un contrat solennel nul en la forme, au
motif que l’auteur est tenu d’une obligation naturelle, serait permettre d’éluder trop
facilement l’exigence impérative de la forme solennelle »445.
442 Cass. com., 10 février 1971, préc. - V. cependant en sens contraire CA Metz, 2 avril 1987.
443
L’obligation naturelle se définit comme
444
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 392.
445
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 395.
110
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
n’est pas susceptible d’équivalence et ne peut être régularisée. Par conséquent, le défaut
d’accomplissement de cette forme doit être sanctionné par la nullité de l’acte juridique.
111
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Dans le droit romain, auparavant, la catégorie des contrats réels était une atténuation des
formes solennelles449. La remise de la chose les remplaçait en constituant une condition
exclusive pour la formation de ces contrats450. L’admission du principe du consensualisme en
droit moderne « n’a pas entraîné cependant le rejet de la catégorie des contrats réels, qui sont
encore admis par la doctrine »451, notamment par la doctrine classique, appelée « partisans de
la catégorie des contrats réels ». Néanmoins, cette thèse est contestée par une partie de la
doctrine moderne, appelée « détracteurs de la catégorie des contrats réels », qui présente ces
derniers comme étant consensuels et synallagmatiques. Ceux-ci estiment que la remise de la
chose n’est pas une condition de formation du contrat, mais son premier acte d’exécution452.
Or, la thèse des détracteurs devient de moins en moins pertinente avec l’évolution des contrats
réels, depuis les années 1920. De fait, cette évolution est, semble-t-il, favorable aux
arguments des partisans de la catégorie453.
446
J. GHESTIN, Traité de droit civil, La formation du contrat, LGDJ, 3e, éd., 1993, n° 447 ; Fr.
TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, 10e, éd., 2009, n° 147 ; J.
FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, op. cit, n° 304 ; A. BENABENT, op. cit., n° 129 ; Ph.
MALAURIE, L. AYNES, Ph. STOFFEL-MUNCK, Les obligations, 4e, éd., Defrénois, 2009, n° 425.
447
R. HOUIN, La distinction de contrats synallagmatiques et unilatéraux, thèse, Paris, Faculté de droit,
1937, p. 226.
448
Ph. MALINVAUD, D. FENOUILLET, Droit des obligations, 11e, éd., Litec, 2010, n° 320.
449
V. supra, n° 15.
450
Ibid.
451
J. GHESTIN, op.et loc cit., n° 447. En ce sens, V. Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, op.
cit., n° 447 ; J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, op et loc cit.
452
V. infra. n° 157 et s.
453
V. infra., n° 166 et s.
112
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
146. Devant une telle incertitude entourant la catégorie des contrats réels, il convient
de s’interroger sur son existence et de déterminer ses caractères en droit moderne. De ce point
de vue, il importe de constater que cette question n’a rien de nouveau en doctrine française.
Au début du XXe siècle, COMBESCURE avait posé la question de l’existence d’une
catégorie des contrats réels : « Existe-t-il encore des contrats réels en droit français »454 ?
Quatre-vingts ans plus tard, Madame M.-N. BACHELLIER a répété la même question dans
un article consacré à l’étude du contrat réel : « Existe-il encore des contrats réels en droit
français ? Ou la valeur des promesses de contrat réel en droit positif ? »455. Mais à l’heure
actuelle, elle demeure entièrement dans l’actualité du droit moderne.
Afin de connaître la place exacte de la catégorie des contrats réels dans le droit spécial
des contrats, il est nécessaire de déterminer les caractères de la remise de la chose, c’est-à-dire
les rapports entre celle-ci et l’échange des consentements dans le processus de la formation du
contrat que les auteurs ci-dessus n’ont pas encore envisagés. En effet, si la remise de la chose
participe de la formation du contrat, il faut admettre qu’il existe incontestablement une
catégorie des contrats réels en droit moderne puisque le seul consentement ne suffit pas à
créer un contrat définitif. En revanche, si celle-ci ne joue aucun rôle dans la formation du
contrat, il convient de conclure que la catégorie des contrats réels n’existe plus en droit
contemporain puisqu’elle sépare « le moment de la tradition réel de celui de l’expression du
consentement, les deux notions devenant ainsi totalement étrangères l’une à l’autre »456.
147. Il en résulte que l’étude des contrats réels peut se diviser en deux sections : la
conception traditionnelle du contrat réel (Section 1) et la conception moderne du contrat réel
(Section 2).
454
M.-F. COMBERCURE, Existe-t-il des contrats réels en droit français ? Revue critique de la
législation et de la jurisprudence, 1903.477 et s.
455
M.-N. JOBARD-BACHELLIER, Existe-t-il encore des contrats réels en droit français ? Ou la
valeur des promesses de contrat réel en droit positif ? RTD civ, 1985, p. 1 et s.
456
M.-N. JOBARD-BACHELLIER, art., précité, n° 6, p. 6.
113
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
149. Après avoir présenté les arguments des partisans de la catégorie des contrats
réels (§1), nous allons relever ceux de ses détracteurs (§2).
150. Selon ses partisans, le Code civil français a conservé la catégorie des contrats
réels en remontant au droit romain458. Ce sont des contrats formalistes et unilatéraux par
nature qui se forment par la remise de la chose, objet du contrat, comme par exemple, les
contrats de dépôt, de prêt à usage, de prêt de consommation et de gage (l’ordonnance n° 2006-
346 du 23 mars 2006 relative aux sûretés supprime la remise de la chose du contrat de gage).
Cette thèse s’appuie sur deux arguments essentiels : les textes du Code civil (A) et la tradition
réelle inspirée du droit romain (B)459.
114
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
151. Les arguments auxquels les partisans se réfèrent en vue de soutenir la catégorie
des contrats réels consistent dans les travaux consacrés au projet du Code civil et des articles
de ce code. D’après ces textes, le projet du Code civil français indique l’intention de maintenir
de la catégorie des contrats réels460.
152. Ensuite, apparaissent les articles du Code civil français par lesquels les
partisans se justifient pour assurer leur thèse465. En effet, l’article 1875 du Code civil définit le
prêt à usage comme « un contrat par lequel l’une des parties livre une chose à l’autre pour
s’en servir à la charge par le preneur de la rendre après s’en être servi ». L’article 1892 du
même code dispose aussi que le prêt de consommation « est un contrat par lequel l’une des
parties livre à l’autre une certaine quantité de choses qui se consomment par l’usage, à la
460
J. GHESTIN, op. cit., n° 448, p. 413.
461
P.-A. FENET, Recueil complet des travaux préparatoires du Code civil, T. II, 1836, p. 380.
462
P.-A. FENET, op. cit., p. 387.
463
P.-A. FENET, Recueil complet des travaux préparatoires du Code civil, T. XIV, 1836, p. 432. Voir
aussi C.-C. PLESNILA, Analyse critique de la théorie des contrats réels, éd., L. LAROSE et L.
TENIN, 1910, p. 59.
464
P.-A. FENET, op. cit., p. 204.
465
J. GHESTIN, op. cit., n° 448; J. FLOUR, J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, op. cit.,n° 300 ; B.
STARCK, H. ROLAND, L. BOYER, Droit civil, Les obligations, Contrat, 6e, Litec, 1988, n° 216, p.
77.
115
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
charge par cette dernière de lui en rendre autant de même espèce et qualité ». En matière de
dépôt, l’article 1915 suivant indique que « le dépôt, en général, est un acte par lequel on reçoit
la chose d’autrui, à la charge de la garder et de la restituer en nature ». Notamment, l’article
1919 de ce code souligne la nature réelle du contrat de dépôt en énonçant qu’« il n’est parfait
que par la tradition réelle ou feinte de la chose déposée ». Enfin, il ne faut pas oublier de citer
l’article 2071 avant l’ordonnance n° 2006-346 du 23 mars 2006 qui définissait ainsi le
nantissement : « un contrat par lequel un débiteur remet une chose à son créancier pour sûreté
de la dette »466. Son caractère réel se manifestait nettement par le contrat de gage en l’article
2076 [ancien] du même Code : « dans tous les cas, le privilège ne subsiste sur le gage
qu’autant que ce gage a été mis et est resté en la possession du créancier, ou d’un tiers
convenu entre les parties ».
En se livrant à la lecture de ces textes, les partisans observent ainsi que la livraison
d’une chose (art. 1875 et 1892), sa remise (art. 2071) ou sa réception (art. 1915) est
considérée comme une condition de formation des contrats visés. C’est la raison pour laquelle
ils admettent la catégorie des contrats réels en droit français comme élément du droit positif.
En réalité, cette observation a été envisagée depuis les premières années qui suivent la
promulgation du Code civil. A titre d’illustration, « DEMOLOMBE précise qu’il a presque
honte d’être obligé de procéder à ce fastidieux travail : la condition tenant à la tradition de la
chose dérive de la nécessité même ; à ce point que c’est presque une naïveté de l’exprimer.
Conçoit-on un prêt sans numération d’espèces et qu’une partie soit obligée de rendre, quand
elle n’est pas reçue ! »467. Et, LAURENT « exprime le même sentiment ; si l’on procède à la
lecture mot pour mot des articles du Code civil sur le dépôt, on estime l’autorité des textes du
Code civil à l’appui de la catégorie des contrats réels »468.
Par conséquent, les partisans estiment que les rédacteurs du Code civil français ont
incontestablement conservé la catégorie des contrats réels. C’est la première explication
textuelle qu’ils évoquent en vue de soutenir cette catégorie469.
B. La tradition réelle
466
Il s’agissait du contrat de nantissement (gage) avant la réforme de l’ordonnance du 23 mars 2006.
467
Ch. JAMIN, Eléments d’une théorie réaliste des contrats réels, in Etudes offertes à J. BEQUIN,
Droit et actualité, éd, Litec, 2005, n° 9, p. 386. Voir aussi C. DEMOLOMBE, Traité des contrats ou
des obligations conventionnelles en général, T. 1, 1e, éd., Durand § Hachette, Paris, 1868, n° 32.
468
Ch. JAMIN, op et loc cit.
469
C.-C. PLESNILA, op. cit., p. 58.
116
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
153. Les partisans évoquent non seulement les textes du Code civil, mais également
la tradition réelle en vue de soutenir la catégorie des contrats réels en droit français470. Ils
pensent en effet qu’elle « correspond à une notion qui trouve son origine en droit romain »471.
« Il n’est pas douteux qu’elle a été consacrée par le Code civil et la jurisprudence y reste
attachée »472.
154. La tradition réelle de la remise de la chose est une condition de formation des
contrats réels en droit français que les partisans expliquent en se fondant sur la différence
entre la plupart des contrats consensuels et certains exigeant la remise de la chose473. « On
divise les contrats en ceux qui se forment par le seul consentement des parties et qui pour cela
sont appelés contrats consensuels tels que la vente, le louage, le mandat, etc., et ceux où il est
nécessaire qu’il intervienne quelque chose outre le consentement : tels sont les contrats de
prêt d’argent, de prêt à usage, de dépôt, de nantissement, qui par la nature du contrat exigent
la tradition de la chose qui est l’objet de ces conventions. On les appelle contrats réels »474.
Plus précisément, le contrat de nantissement était un contrat réel, puisqu’il ne pouvait « se
faire que par la tradition de la chose qui [était] donnée en nantissement »475. Le prêt à usage
relève « aussi de la classe des contrats réels, c’est-à-dire, de ceux qui ne se forment que par la
tradition de la chose. En effet, on ne peut concevoir de contrat de prêt à usage, si la chose n’a
été délivrée à celui à qui on en accorde l’usage, l’obligation de rendre la chose, qui est de
l’essence de ce contrat, ne pouvant pas naître avant que la chose ait été reçue »476. Voici
l’argument que l’on retrouve à propos du dépôt : « Le contrat de dépôt est un contrat réel, qui
ne peut se faire que par la tradition que le déposant fait au dépositaire de la chose dont il lui
confie la garde »477.
470
Par exemple, M. DEVINCOURT, Instituts de droit civil français, Greffier, Paris, T. III, 2e éd, 1809,
p. 245 ; M. TOULLIER, Le droit civil français suivant l’ordre du Code civil, T. VI, Paris, éd., 1821, n°
17 et s. ; Travaux de la Commission de réforme du Code civil, 1947-1948, p. 282 et s.
471
Ch. LARROUMET, Droit civil, Les obligations, Le contrat, T. III, 6e, éd., Economica, 2007, n°
519.
472
Ibid.
473
Le contrat consensuel est celui qui se conclut par le seul accord des volontés, sans qu’aucune
condition de forme ne soit requise.
474
POTHIER, Traité des obligations dans œuvres de POTHIER annotées par BUGNET, t. II, p. 10, n°
10. Voir aussi C.-C. PLESNILA, op. cit., p. 62.
475
Ibid.
476
POTHIER, Traité du prêt à usage et du précaire, n° 6.
477
POTHIER, Traité du contrat de dépôt, n° 7.
117
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
L’argument qui s’appuie sur la tradition réelle résultant de la remise d’une chose est
assez convaincant pour les partisans du contrat réel. Cet argument avait premièrement été
évoqué donné par POTHIER, puis repris par les partisans : « on estime que les quatre contrats
de prêt à usage, de prêt de consommation, de dépôt et de gage appartiennent bien à la division
des contrats réels, dont nul ne nie l’existence »478. La catégorie des contrats réels correspond,
selon les mots de LAROMBIER, « encore aujourd’hui à quelque chose de vrai. Car cette
distinction tient au fond même du contrat. Le prêt, le dépôt, le commodat, le nantissement
supposent essentiellement la remise d’une chose. S’il n’y a pas de chose remise, il n’y a pas
non plus de contrat qu’on puisse ainsi qualifier »479.
155. Enfin, cela est important, des solutions jurisprudentielles confortent vivement
la thèse des partisans480. En considérant les textes du Code civil français, les juridictions
françaises jugent que quatre contrats de ce Code ne se forment qu’après la remise effective
d’une chose481.
C’est d’abord « le prêt d’argent – qui – n’est réalisé que par la tradition de la somme
prêtée. Il en résulte que le risque de perte des fonds ou de la chose prêtée ne pèse sur
l’emprunteur qu’après qu’ils lui aient été remis, ce qui est contraire à la solution admise en
matière de vente par l’article 1338 du Code civil, et, plus généralement, pour tous les contrats
consensuels »482. Ensuite, le dépôt ne se forme valablement par la remise effective de la chose
au dépositaire483. Enfin, le gage n’est pas valable, même entre les parties, si l’objet donné n’a
pas été remis au créancier ou au tiers désigné par lui. Ainsi, les partisans estiment que la
jurisprudence subordonne la formation de ces divers contrats à la remise effective d’une
chose. Autrement dit, il existe incontestablement une catégorie des contrats réels en droit
français, d’après ses partisans. Effectivement, cet argument est convaincant et incontestable
478
Ch. JAMIN, op. cit., n°10.
479
L. LAROMBIERE, Théorie et pratique des obligations, éd, Pedone-Lauriel, Paris, T. I, 1885, n°
1107. Voir aussi Ch. JAMIN, Eléments d’une théorie réaliste des contrats réels, art. cit., n° 10.
480
J. GHESTIN, op. cit., n° 449 ; B. STARCK, H.ROLAND, L. BOYER, Droit civil, Les obligations,
Contrat, 6e, éd., Litec 1998, 217 et s.
481
Cass. com 1e, 14 novembre 1995; Cass. civ, 1e, 12 juillet 1977, Bull. civ., I, n° 330, p. 260 ; Voir
pour le prêt à usage, R. FABRE, Le prêt à usage en matière commerciale, Rev. Trim. dr. com., 1999,
p. 1995 et s., ; Cass. civ., 5 décembre 1906, D. 1908.1.545 ; Cass. civ., 12 novembre 1946, D.
1947.1.109, Colmar, 8 mai 1945, S. 1947.2.117.
482
J. GHESTIN, op. cit., n° 449.
483
T. civ. Seine 18 janvier 1905 : Gaz. Trib. 18 juin 1905.
118
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
156. Aux termes de ces arguments, les partisans du contrat réel estiment, d’une
façon radicale, que les quatre contrats réels du Code civil constituent une survivance
découlant du droit romain. Cette thèse ne nie cependant pas que, « dès l’échange des
consentements, et avant même la remise de la chose, des obligations naissent déjà entre les
parties : le prêteur s’oblige à remettre l’argent, […]. Mais il s’agit là d’avant-contrat, de
promesses de contrats, distincts du contrat qui sera ultérieurement formé »484.
157. A la différence de ces partisans, les détracteurs n’admettent pas la catégorie des
contrats réels en droit français comme constituant un élément du droit positif485. Ils critiquent
en effet la thèse des partisans (A) et classent ces contrats parmi les contrats consensuels (B).
158. Rejetant la catégorie des contrats réels, les détracteurs pensent qu’elle n’existe
plus en droit français moderne. De fait, ils rejettent les arguments des partisans qui s’appuient
sur les travaux préparatoires du Code civil et la nature de la remise de la chose.
Les travaux préparatoires et les ambiguïtés des textes du Code civil ne soutiennent pas
la catégorie des contrats réels que les détracteurs expliquent, contrairement aux arguments des
partisans. Tout d’abord, lorsque ceux-ci se référent à ces travaux, ils remarquent que la
catégorie des contrats réels ne figure pas dans la division des contrats486. En conséquence, ils
484
B. STARK, H. ROLAND, L. BOYER, Droit civil, Les obligations, Contrat, 6e, éd., Litec, 1998, n°
217.
485
Par exemple, A. VIGIE, Cours élémentaire de droit civil français, Rousseau, Paris, T. III, 1892, n°
1015 ; Ch. LYON-CEAN, note sous Cass. civ., 19 février 1894, S. 1894, 1, p. 273 ; G. BAUCRY-
LACANTINERIE et A. WAHL, De la société, du prêt, du dépôt, éd., Larose, Paris, 1898, n° 701 ; F.
COMBESCURE, existe-t-il des contrats réels en droit français ? Revue critique de la législation et de
la jurisprudence, 1903p. 477 et s ; C.-C. PLESNILA, Analyse critique de la théorie des contrats réels,
éd., L Larose et L. Tenin, 1910 ; R. HOUIN, La distinction des contrats synallagmatiques et
unilatéraux, thèse, Paris, Faculté de droit, 1937, p. 225 et s. ; B. STARK, H. ROLAND, L. BOYER,
op. et loc. cit, n° 216 et s., Ch. LARROUMET, Droit civil, Les obligations, Le contrat, Economica, T.
III, 6e, 2007, n° 522.
486
Par exemple, le projet du Code civil présenté le 24 thermidor an VIII, cité par P.-A. FENET,
Recueil complet des travaux préparatoires du Code civil, T. I. p. 178 et s.
119
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
concluent « que l’intention du législateur de 1804 a été d’éliminer du Code civil les contrats
réels comme catégorie à part »487. D’ailleurs, ces auteurs insistent sur les ambiguïtés des
textes du Code civil pour franchir le pas488. « Si le prêt, le dépôt ou le gage sont bien des
contrats réels, ils sont nécessairement unilatéraux ; or, les différents chapitres du Code civil
traitant de chacun de ces contrats contiennent des dispositions relatives aux obligations des
deux parties, ce qui caractérise les contrats bilatéraux »489. Plus précisément, ils contestent
que le dépôt soit qualifié de contrat réel au motif que l’article 1921 du Code civil dispose que
« le dépôt volontaire se forme par le consentement réciproque de la personne qui fait le dépôt
et de celle qui le reçoit »490.
Au regard de la thèse des partisans du contrat réel, celle de ses détracteurs utilise
également les travaux préparatoires du projet du Code civil, non pour soutenir la catégorie des
contrats réels mais pour la réfuter.
159. Ensuite, si les partisans s’appuient sur la tradition réelle afin d’admettre la
catégorie des contrats réels, les détracteurs expliquent que cette tradition est inutile. Admettre
la catégorie des contrats réels dans un système caractérisé par le principe du consensualisme
n’est pas exact parce qu’elle ne constitue pas une survivance du passé.491 En ce sens, ils
remarquent que « cette théorie est inexacte en elle-même, fausse dans ses conséquences et
incohérente »492.
La thèse des partisans est inexacte et inacceptable parce qu’elle donne à la remise un
rôle qu’elle ne peut cependant pas avoir dans la conclusion du contrat, d’après les détracteurs
du contrat réel493. Ainsi, ils remarquent que la remise est une condition de formation du
contrat sans laquelle le consentement n’a aucune valeur ; c’est le cas des contrats dans le droit
romain494. De tels contrats ne sauraient être reconnus étant inclus dans le système du droit
487
C.-C. PLESNILA, Analyse critique de la catégorie des contrats réels, éd., L. LAROSE et L.
TENIN, 1910, p. 55.
488
M.-F. COMBESCURE, Existe-t-il des contrats réels en droit français, Revue de la critique et de la
législation et jurisprudence, 1903, p. 482 et s.
489
Ch. JAMIN, art. cit., n°14, p. 391.
490
F. COMBESCURE, art. cit., p. 483.
491
F. COMBESCURE, art. cit., p. 478; Ch. LARROUMET, op. cit., n° 522.
492
C. -C. PLESNILA, op. cit., p. 76 et s.
493
Ibid.
494
Ibid.
120
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
En conséquence, les détracteurs estiment que la catégorie des contrats réels est privée
d’intérêts dans un système consensualiste comme le système français.
160. En voyant dans la catégorie des contrats réels une survivance historique, source
de complications inutiles, les détracteurs « proposent de ramener ces contrats à l’épure du
droit commun. Se formant par le seul échange des consentements, comme le veut le
consensualisme, ils revêtiraient du même coup un caractère synallagmatique : la remise de la
chose ne serait plus une condition de formation du contrat, mais le premier acte d’exécution
de celui-ci »499.
A cet égard, la remise de la chose dans le contrat de gage ne serait pas une condition de
formation du contrat, mais seulement une conséquence juridique. En effet, le consentement
des parties suffirait à faire naître le gage. « Ce gagiste a des droits et peut en user contre le
constituant ; car il est impossible, si l’on admet que l’acquéreur de la propriété peut se faire
mettre en possession, d’admettre que le titulaire d’un droit réel ne le puisse pas ; et c’est
lorsqu’il aura été mis en possession, et alors seulement, que naîtra pour lui l’obligation de
495
F. COMBESCURE, art. cit., p. 478.
496
C.-C. PLESNILA, op. cit., p. 78.
497
B. STARCK, H.ROLAND, L. BOYER, Droit civil, Les obligations, Contrat, 6e, éd., Litec 1998,
219.
498
Ibid.
499
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, Dalloz, 10e, 2009, n°147.
Voir aussi M. COMBERCURE, art. cit., p. 484; C.-C. PLESNILA, op. cit., p.117 et s., ; M.
PLANIOL, G. RIPERT, Traité pratique de droit civil français, Obligations, T. VI, LGDJ, éd., 1952, n°
121 ; J. GHESTIN, op. cit., n° 451 ; Ch. LARROUMET, op. cit., n° 522.
121
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
restituer »500. Il en est de même de la remise de la chose dans les contrats de prêt (le contrat de
prêt à usage et le contrat de prêt de consommation) en droit français où le premier acte
d’exécution de l’obligation résulte de l’accord des volontés des parties. Le prêteur doit livrer
son bien à l’emprunteur, sinon il doit être condamné à des dommages-intérêts
compensatoires501. La solution est identique pour le contrat de dépôt. La remise de la chose ne
peut pas être une condition de formation du contrat. Autrement dit, « le réalisme de
l’opération, hérité du droit romain, s’est largement effacé »502.
161. Quant aux promesses de contrats réels, « les contrats de prêt, de dépôt et de
gage peuvent faire l’objet de promesses antérieures qui ont un caractère consensuel. Au cas où
le promettant n’exécuterait pas sa promesse, il pourrait être condamné à des dommages-
intérêts mais non à une exécution forcée de la remise de la chose »503. Dans ce cas, « il existe
un lien intime de corrélation entre l’obligation née d’une telle promesse à la charge du prêteur
ou du constituant du gage et les obligations incombant à l’emprunteur et au gagiste, en vertu
de l’article 1184 du Code civil, en cas d’inexécution de ces dernières, notamment si les
intérêts ou amortissements partiels ne sont pas versés ou effectués aux échéances
convenues »504.
500
M. COMBESCURE, art.,cit., p. 483.
501
Ibid.
502
J. HUET, Traité de droit civil, Les principaux contrats spéciaux, 2e, éd, LGDJ, 2001, n° 33129.
503
F.TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, 10e, Dalloz, 2009, n° 148.
Voir aussi M. PLANIOL, G. RIPERT, Traité pratique de droit civil français, Obligations, T. VI, éd.,
LGDJ, 1952, n° 121, p. 133.
504
Ibid.
505
Ch. LARROUMET, op. cit., n° 522 ; R. HOUIN, La distinction de contrats synallagmatiques et
unilatéraux, thèse, Paris, Faculté de droit, 1937, p. 232 et s.
506
M. PLANIOL, G. RIPERT, op. et loc cit.
122
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
restitution ne peut, de toute façon, naître que si la chose a été remise à celui qui doit la
restituer507.
162. Ainsi, devant une telle controverse entre les partisans et les détracteurs, on
constate que ces deux thèses n’emportent pas totalement la conviction.
En premier lieu, quant à la thèse des détracteurs du contrat réel, les arguments ne sont
pas pleinement convaincants. En effet, on ne saurait dire que le principe du consensualisme
suffit à exclure la catégorie des contrats réels. De plus, les textes du Code civil français et les
solutions de la jurisprudence française nous montrent expressément que la catégorie des
contrats réels existe encore en droit français508. En ce sens, une partie de la doctrine française
a été conduite à « critiquer la critique » : « Je ne vois pas pourquoi l’on abandonnerait, pour
des raisons philosophiques qui me paraissent douteuses une tradition très ancienne avec
laquelle on a vécu et qui n’a pas d’inconvénient. Je considère votre théorie antiréaliste comme
démodée : elle date de 1900, de l’époque de l’individualisme »509.
En second lieu, quant à la thèse des partisans, les arguments manquent aussi de
pertinence et ne sont pas complets. D’abord, il est impossible de conclure que la catégorie des
contrats réels en droit français est une survivance du droit romain510. Autrement dit, elle est
irréversible depuis le droit romain. Ensuite, les explications ne sont pas suffisantes. En effet,
les partisans ne remarquent, de manière superficielle, que la catégorie des contrats réels, et
n’ont pas encore dégagé profondément la nature de la remise de la chose, spécificité de ce
contrat. Ce manquement sera complété dans l’étude suivante511.
123
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
réels ; la fonction et le rôle de la tradition sont difficiles à cerner avec certitude512. Le système
juridique vietnamien ayant été récemment construit, son analyse dans ces développements ne
se justifiait pas.
512
P. MURALT, Le prêt à usage en droit allemand et en droit suisse, éd., Ccorbaz, 1923, p. 14 et s.
124
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
164. Comme on le sait, la thèse des partisans et celle des détracteurs de la catégorie
des contrats réels ne sont pas vraiment convaincantes faute d’une argumentation elles-même
convaincante513. Ainsi, nous nous proposons d’examiner la conception moderne du contrat
réel, ce qui nous permettra d’identifier sa nature dans le droit spécial des contrats.
Dans le système juridique français, le droit privé en général et le droit des contrats en
particulier découle du droit romain, bien que l’on assiste à l’évolution remarquable des
dispositions juridiques515. Ainsi, M. V. FORRY observe la catégorie des contrats réels : « elle
ne peut être ni considérée comme entièrement dévolue aux conceptions romaines, ni comme
tournée vers leur abandon total »516. En d’autres termes, elle est une évolution des contrats
réels, plongeant ses racines dans le droit romain. Cela s’explique par « la veille institution du
513
V. supra, n° 151.
514
Le Code civil vietnamien a été élaboré en 1995 et a été réformé en 2005.
515
J.-Ph. LEVY, Le consensualisme et les contrats des origines au Code civil, Revue des sciences
morales et politiques, 1995, p. 210.
516
V. FORRY, op. et loc cit. Voir aussi N. MOULIGNER, Le contrat réel dans l’évolution du droit
des contrats, RRJ, 1e septembre 2004, n° 8, p. 237.
125
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
droit romain [qui] est remplacée par des formalités plus subtiles et adaptées à l’évolution de la
société »517. Dans le droit romain, le contrat réel n’était formé que par la remise d’une chose
qui devait être ultérieurement rendue518. L’obligation portait sur cette restitution. C’était le
prêt de consommation, la fiducie, le dépôt, le commodat et le gage. En droit moderne, lorsque
le principe du consensualisme a triomphé, il n’a cependant pas entrainé le rejet de la catégorie
des contrats réels, encore admise par les partisans519. Pourtant, depuis la fin du XIXe siècle,
les critiques de cette catégorie sont de plus en plus nombreuses. Les détracteurs ne cessent
d’attaquer la thèse des partisans et considèrent ces contrats comme étant consensuels et
synallagmatiques520. Or, en réalité, la thèse des partisans semble perdre sa pertinence en
raison de l’évolution notable des contrats réels.
167. L’évolution des contrats réels se traduit donc à travers trois contrats spéciaux
que l’on a l’occasion de connaître en droit français : le don manuel (A) ; le contrat de prêt
d’argent (B), et le plus récent, le contrat de gage (C).
168. Le don manuel apparaît comme la première évolution des contrats réels dans le
système juridique français. A l’époque de la naissance du Code civil 1804, il « était admis à
titre d’exception au principe de la solennité des donations, en raison du peu de valeur des
meubles corporels »521. Ce contrat pouvait avoir pour objet uniquement des meubles, on y
voyait alors une application extrêmement restreinte compte tenu de la composition des
fortunes. Le plus souvent, il ne dépassait guère en importance le cadeau d’usage. En effet, lors
de la rédaction du Code civil, « le don manuel était une très ancienne tradition inoffensive, la
fortune mobilière étant encore peu de chose en 1804 »522. C’est pourquoi, le Code civil est
resté silencieux sur le sujet, se reposant à cet égard sur les traditions et la jurisprudence du
passé. « Le don manuel d’aujourd’hui n’est pas autre sous le côté légal qu’aux derniers temps
de l’ancien droit, car le Code n’ayant rien dit de lui, on doit croire qu’il a voulu consacrer les
517
Ibid.
518
V. supra, n° 15.
519
V. supra, n° 150.
520
V. supra, n° 157 et s.
521
A. COLOMER, Rép. civ. Dalloz, V., Don manuel, 2010, n° 13. V. aussi P. BROSSOLLES, La
théorie et pratique des dons manuels, éd., A. Rousseau, 1885.
522
G. PACILLY, Le don manuel, éd., Dalloz, 1936, n° 25, p. 62.
126
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
points acquis en pratique lors de sa rédaction »523. Cette théorie, « embrassée par la majorité
des auteurs classiques, repose sur un syllogisme, restant muette à l’égard de la technique
libérale pourtant très vivace »524.
169. Mais, depuis les années 1920, la théorie des auteurs classiques n’est plus
admise par la plupart des auteurs français525. En réalité, le don manuel « commence à faire
son apparition parmi les contrats réels dans les principaux ouvrages de droit civil »526. C’est
est « un contrat par lequel, en dehors de toute exécution d’une prétendue obligation antérieure
et par conséquent dans une intention libérale, une personne fait remise matérielle de la main à
la main, directement ou par intermédiaire, à une autre personne qui accepte, d’une chose
mobilière susceptible d’être transmise par voie de simple tradition, sans que la double volonté
de donner et recevoir ait à s’exprimer autrement que par tradition réelle »527.
Cette définition du don manuel nous indique clairement deux éléments nécessaires et
suffisants à sa validité. Le premier élément de ce contrat exige la remise effective d’une
chose : « si le donateur demeurait en possession, se contentant de dire au donataire que
désormais il possèdera à titre précaire pour le compte de celui-ci, c’est-à-dire en somme s’il y
avait tradition freinte, il faudrait un écrit, et c’est la logique puisque la validité du don manuel
repose sur la nécessité d’une tradition réelle »528. Le seul consentement des parties ne suffit
donc pas, la tradition réelle étant la cause efficiente du don manuel, indispensable à sa
perfection, elle en est un élément constitutif. Le deuxième élément est incontestablement le
consentement des parties comme la condition est requise pour tout contrat. En effet, « le
consentement de ce dernier se manifeste par le fait qu’il prend possession de l’objet donné en
connaissance de cause ; il n’apparaît pas autrement. En réalité, nul ne saurait contre son gré
devenir donataire. Le consentement des parties donne son sens à la tradition qui est par elle-
523
P. BRESSOLLES, Théorie et pratique des dons manuels, éd., A. Rousseau, 1885, p. 10.
524
TROPLONG, Droit civil expliqué, Donations entre vifs et testaments, Paris, 1855, n° 1041 ;
D'AGUESSEAU, L. 290, t. IX, p. 361 ; A. COLOMER, op. cit., n° 13.
525
G. PACILLY, op. cit., n° 103; J.-F. MONTREDON, La désolennisation des libéralités, éd, LGDJ,
1989, n° 105 ; Ch. LARROUMET, op. cit., n° 523 ; B. STARCK, H. ROLAND, L. BOYER, op. cit.,
n° 221; N. PETERKA, Les dons manuels, éd., LGDJ, 2001, n° 581 ; M. NICOD, thèse, préc., n° 92 et
361 ; X. LAGARDE, Réflexions sur le fondement de l'article 931 du Code civil , RTD civ. 1997,
p. 25.
526
Ch. JAMIN, Eléments d’une théorie réaliste des contrats réels, in Etudes offertes à J. BEQUIN,
Droit et actualité, éd., Litec, 2005, n° 27.
527
G. PACILLY, Le don manuel, thèse, éd., Dalloz, 1936, p. 18. Voir également R. TENDLER, Le
don manuel : une institution anachronique ?, D., 1989, Chron., p. 245.
528
G. PACILLY, op. cit., n° 48, p. 136.
127
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
même un acte abstrait : intervient-elle seule, on ne sait si l’objet est livré à titre précaire ou en
propriété, à titre onéreux ou gratuit. Le consentement indique la cause de la tradition »529.
170. La Cour de cassation en 1960 s’est notamment prononcée sur la nature réelle
du don manuel en jugeant qu’il « … n’a d’existence que par la tradition réelle que fait le
donateur de la chose donnée, effectuée dans des conditions telles qu’elle assure la
dépossession de celui-ci, et assure l’irrévocabilité de la donation »530. Effectivement, elle « ne
se borne pas à affirmer la nécessité de la tradition réelle ; elle justifie cette exigence. La
tradition réelle, qui opère le dépouillement actuel, est un équipollent de l’acte notarié exigé en
minute, elle dépouille irrévocablement le donateur, à raison de l’article 2279 qui supprime la
revendication des meubles »531.
171. De même que le droit français, le droit vietnamien ne donne pas une définition
spéciale pour le contrat de don manuel, bien que le Code civil comporte quelques dispositions
générales réglementant communément le contrat de donation. Aux termes de l’article 464 du
même Code, « la donation est une convention par laquelle le donateur, sans contrepartie,
remet un bien qui lui appartient et en transfère la propriété au donataire, qui l’accepte ». Cette
définition ayant une portée générale s’applique à toute donation, y compris le don manuel.
L’article 466 suivant précise les effets juridiques du don manuel : « la donation prend effet
dès l’instant où le donataire le reçoit. La donation d’un bien meuble dont le droit de propriété
doit être enregistré conformément à la loi, prend effet dès que la formalité d’enregistrement
est accomplie ». Il résulte de ces textes que deux éléments constitutifs doivent être réunis pour
529
G. PACILLY, op. cit., n° 51.
530
Cass. 1e civ., 11 juillet 1960 : Bulletin, civ. I, n° 382 ; D. 1960, p. 702, note P. VOIRIN. Dans le
même sens, Cass. 1e civ., 19 novembre 1996 : Juris-Data n° 1996-004438. Cass. 1e civ., 7 juin 1995 :
Juris-Data n° 1995-002381. – Cass. 1e civ., 11 mars 1997 : pourvoi n° 95-15. 924. – CA Paris, 29 mai
1962 : D. 1962, somm. p. 129. – CA Riom, 17 mars 1988 : Juris-Data n° 1988-048468. – CA Poitiers,
19 juin 1993 : Juris-Data n° 1993-046076.
531
Cass. 1e civ., 11 juillet 1960 : Bull. civ. I, n° 382 ; D. 1960, p. 703, note P. VOIRIN. Voir aussi Ch.
JAMIN, art. cit., n° 27, p. 401.
532
G. PACCILLY, op. cit., n° 14 et s; A. COLOMBER, Rép. civ. Dalloz, Don manuel, 2010, n° 17.
128
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
la validité du contrat de don manuel en droit vietnamien : l’accord de la volonté des parties et
la remise effective de la chose dont la réunion est, en somme, sa condition d’existence. Dans
cette situation, le don manuel du droit vietnamien est analogue à celui du droit français,
conformément aux interprétations de la doctrine et de la jurisprudence françaises.
173. Mais depuis les années 1978, le contrat de prêt d’argent, en droit français, a
évolué sous l’influence du droit de la consommation. A peu de mois d’intervalle, le législateur
français lui a consacré deux textes de première importance. Ce sont les lois n° 78-22 du 10
janvier 1978 relative à l’information et à la protection des consommateurs dans le domaine de
certaines opérations de crédit, et n° 79-596 du 13 juillet 1979 relative à la protection des
emprunteurs dans le domaine immobilier, qui semblent écarter la nature réelle des prêts
qu’elles régissent534. Ces deux lois mettent donc fin aux discussions entre le caractère réel et
consensuel du contrat de prêt d’argent en matière de droit de crédit à la consommation.
En effet, l’article 7 de la loi du 10 janvier 1978, figurant actuellement dans l’article 311-
15 du Code de la consommation, indique que le contrat de crédit mobilier est « parfait » et
que l’opération est « définitivement conclue » par l’effet de l’acceptation. Quant au crédit
immobilier, les textes de la loi du 13 juillet 1979 et la version actuelle de l’article 312-14 du
Code de la consommation, sont certes moins explicites. Ils indiquent aussi que le contrat se
forme par « l’échange de l’offre et de l’acceptation, sans mentionner aucune formalité
533
V. FORRAY, Le consensualisme dans la théorie générale du contrat, éd., LGDJ, 2007, n° 175, p.
121.
534
N. MOULIGNER, Le contrat réel dans l’évolution du droit des contrats, Revue de la recherche
juridique, Droit perspectif, 01/09.2004, n° 6, p. 2235 et 2236.
129
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
supplémentaire »535. De ces dispositions, l’on peut constater que les contrats de prêt d’argent
en matière de crédit régis par le Code de la consommation, dès l’acceptation, et avant la
remise, sont déjà conclus. Dans cette situation, le législateur français « a définitivement
rompu avec le système du contrat réel »536. Ces dispositions, destinées à protéger les non-
professionnels contre les abus des professionnels en matière mobilière et immobilière,
soumettent la formation du contrat au respect d'une réglementation précise de la publicité et
du contenu de l'offre préalable dont un certain nombre de mentions sont imposées.
535
B. PETIT, La formation successive du contrat de crédit, in Le droit du crédit au consommateur,
Travaux de la conférence d’agréation, sous la direction I. FADLALLAH, Litec, éd., 1982, n° 51, p.
128.
536
GODE, Commentaire de la loi n° 79-596 du 13 juillet 979, RTD civ., 1979, p. 850.
537
M. BEAUBRUN, La notion de consommateur de crédit, in Le droit du crédit au consommateur,
Travaux de la conférence d’agréation, sous la direction de I. FADLALAH, éd., Litec, 1982, p. 7, n° 5.
538
Cass. 1e, civ., 27 mai 1998, Bull.civ. I ; n° 267 ; D., 1999, jurisprudence, p. 194, note M.
BRUSCHI ; somm. p. 28 observation M-N. JOBARD-BACHELLIER ; D., 2000, somm. p. 50,
observation J.-P. PIZZIO ; Defrénois, 1998, p. 1054, observation Ph. DELEBECQUE ; Defrénois,
1999, p. 21, n. S. PIEDELIEVRE ; LPA., 16 juillet 1999, n° V. DEPART-SEBAG.
539
Cass. 1e, civ., 28 mars 2000, : Bulletin, civ. 2000, I, n° 105 ; JCP 2000, II, 10296, concl. J.
SAINTE-ROSE ; Ch. JAMIN, art. cit., n° 12.
540
Cass. 1e civ., 28 mars 2000, n° 97-21.422, Bull. civ. I., n° 105, JCP G 2000, II, n° 10296, concl.
SAINTE-ROSE Y., D. 2000, p. 482, note S. PIEDELIÈVRE, D. 2000, somm., p. 358, obs. Ph.
DELEBECQUE, D. 2001, p. 1615, obs. M.-N. JOBARD-BACHELLIER, D. 2002, p. 640, Defrénois
2000, p. 720, obs. AUBERT J.-L., JCP N 2000, p. 1270 obs. LOCHOUARN Y., Contrats, conc.,
consomm. 2000, comm. 106, obs. L. LEVENEUR.
130
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
541
Civ. 1e, 27 novembre 2001 ; Bull. civ. I, n° 297 ; D., 2002, p. 119, note Y. CHARTIER; JCP
2002.II.10050, note S. PIEDELIEVRE; Defrénois 2002, p. 259, obs. R. LIBCHABER.
542
Cass. Civ. 1e, 4 juin 2002, Bull. civ. I, n° 159 ; JCP 2002.IV.2276 ; « le caractère consensuel d’un
contrat n’impose pas que les volontés contractuelles soient formulées de manière expresse ».
543
Cass. 1e civ. 28 mars 2000, préc.,
544
Ibid.
545
Com. 21 janvier 2004, Bull. civ. IV, n° 13 ; D. 2004. 1149.
546
Com. 21 janvier 2004, Bull. civ. IV, n° 13 ; D. 2004. 1149, note C. JAMIN ; RTD com. 2004.352,
obs. D. LEGEAIS; JCP G 2004. II. 10062, note S. PIEDELIEVRE ; D. R. MARTIN, De l'ouverture de
crédit, RD banc. fin. mars-avr. 2004. 134.
547
F. GRUA, « Le prêt d’argent consensuel », D., 2003, p. 1492. L’auteur estime encore qu’il « y a un
paradoxe à entrer dans le consensualisme en chargeant le contrat d’une obligation en éventuel
décalage par rapport aux volontés. Ce n’était peut-être pas par dévotion envers le droit romain qu’on
classait le prêt d’argent parmi les contrats réels, mais simplement parce qu’on tablait sur l’hypothèse
minimale et prudente que l’accord des volontés ne couvrait que le remboursement », n° 4.
548
J. HAMEL, G. LAGARDE et A. JAUFFRET, Traité de droit commercial, t. 2, éd., Dalloz, 1966, n°
1786 ; Ch. JAMIN, art. cit., n° 4.
549
F. GRUA, art. cit., n° 6.
131
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
175. En droit vietnamien, il existe une différence avec le droit français en ce qui
concerne le contrat de prêt de consommation, notamment le prêt consenti par l’établissement
du crédit. En effet, aux termes de l’article 471 du Code civil vietnamien, « le prêt de
consommation est une convention par laquelle le prêteur livre à l’emprunteur un bien ; à
l’échéance, l’emprunteur doit restituer au prêteur un bien de même espèce, de même quantité
et de même qualité que le bien prêté et ne doit payer les intérêts que s’il en a été convenu ainsi
entre les parties ou que si la loi le prévoit ». D’après cette définition, le contrat de prêt, en
droit vietnamien, est similaire à celui du droit français. Néanmoins, l’article 473 du Code civil
vietnamien dispose que « le prêteur est tenu de livrer le bien prêté conformément à la qualité,
à la quantité, à la date et au lieu préalablement déterminés par les parties ». Cette disposition
s’avère alors contradictoire par rapport à la définition du contrat de prêt de consommation, car
elle impose au prêteur une obligation de transférer de l’argent à l’emprunteur. Autrement dit,
elle présente le caractère consensuel du contrat de prêt de consommation, tandis que l’article
471 exige la remise de la chose pour la formation du contrat de prêt. Cette contradiction a été
550
J. HUET, Les principaux contrats spéciaux, sous la direction de J. GHESTIN, éd., LGDJ, 2001, n°
22129.
551
Ph. DELECBECQUE, Fr.-C. DUTILLEUL, op. cit., n° 832.
552
V. FORRY, op. cit., n° 175.
132
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
tranchée par la jurisprudence qui s’est prononcée en faveur du caractère réel du contrat de prêt
de consommation553.
Ainsi, le prêt consenti par un professionnel du crédit en droit vietnamien est un contrat
réel. Cette solution diffère donc de celle du droit français puisque selon ce droit, le prêt
consenti par un établissement de crédit est un contrat consensuel. Au regard de la
comparaison entre le droit français et le droit vietnamien, nous constatons que la solution en
droit français est plus intéressante que la seconde. En effet, le maintien de la catégorie des
contrats réels constitue le moyen d’attirer l’attention de celui qui effectue la remise sur le fait
qu’il se soumet à la bonne foi de son cocontractant, lequel ne sera tenu de restituer que plus
tard. M. SAINTE-ROSE estime que « l’immense majorité des prêteurs sont des
professionnels qui n’ont pas besoin d’une protection particulière ». Il explique ainsi que les
professionnels du crédit « font signer aux emprunteurs de véritables contrats d’adhésion en
multipliant à leur profit des clauses stipulant des conditions et des garanties […] le
formalisme issu de la volonté des parties ne diffère pas sensiblement de celui imposé par le
législateur »554. C’est pourquoi l’on vante la solution du droit français à l’égard du prêt
consenti par un professionnel du crédit.
176. Dès lors, il est permis de constater que l’évolution récente du contrat de prêt
d’argent est une belle illustration dans l’étude de l’évolution des contrats réels en droit
français. Cette évolution, sous l’influence du droit de la consommation, joue un rôle important
pour la requalification de la catégorie des contrats réels.
C. Le contrat de gage
553
Cour d’appel de HaNoi, arrêt n° 45, 22 avril 2005.
554
M. SAINTE-ROSE, art. cit.,
133
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
l’essence même du gage »555. En d’autres termes, la remise effective de la chose constituait,
en principe, une condition de validité du gage, de sorte qu’à défaut, la convention entre les
parties n’était qu’une simple promesse de gage556.
Pour certains d’entre eux, la dépossession est totalement absente, leur efficacité est
subordonnée à l’accomplissement d’une formalité de publicité. Ces gages et nantissements
ressemblent à des hypothèques mobilières sans cesser totalement d’être des gages ou des
nantissements puisque le législateur et la jurisprudence les ont organisés à titre de garantie. Ils
555
V. également Cass. req., 26 mars 1907 : DP 1909, 1, p. 58 ; Journ. not. 1907, art. 29127, p. 680. -
Cass. civ., 19 février 1894 : DP 94, 1, p. 420 ; S. 94, 1, p. 273, note LYON-CAEN ; Journ. not. 1894,
art. 25543, p. 661. - Cass. req., 24 janvier 1905 : DP 1905, p. 493 ; S. 1905, 1, p. 113, note Ch. Lyon-
Caen. - CA Paris, 17 juin 1935 : Defrénois 1936, art. 24561, p. 510. - Cass. civ., 28 juin 1938 :
Defrénois 1939, art. 25479, p. 283. - Cass. com., 12 novembre 1958 : Bull. civ. III, n° 387 ; - 6 avril
1960 : Bull. civ. III, n° 147, mais l'arrêt se borne à se retrancher derrière le pouvoir souverain des
juges du fond relativement à l'intention des parties.
556
Cass. 1e civ., 6 janvier 1994 : Juris-Data n° 1994-000053 ; Bull. civ. 1994, I, n° 4 ; JCP G 1994, I,
3765, n° 18. – CA Paris, 3e ch., 10 oct. 1964 : D. 1965, p. 126. – CA Paris, 29 juin 1993 : RJDA 1993,
n° 826.
557
D. LEGEAIS, Réflexions sur le gage, JCP. 1996. I.3897, n° 5.
558
P. CROCQ, Rép. civ. Dalloz.,V. Gage, n° 18. Voir aussi V.J. HAMEL, Le gage sans dépossession
du débiteur, D. 1945, Chron., 37.
559
P. CROCQ, op. cit., n° 18.
134
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
560
Loi du 18 juillet 1898.
561
Loi du 8 août 1913.
562
Loi du 21 avril 1932.
563
Décret du 24 juin 1939.
564
Loi 12 septembre 1940.
135
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
179. L’extension des gages spéciaux sans dépossession, très utilisée en pratique,
entraîne la discordance entre le gage commun énoncé par le Code civil et les gages spéciaux
disposés par les lois spéciales. Afin d’adapter le droit du gage à la vie économique et de
redonner une cohérence à cette sûreté, le législateur français a élaboré l’ordonnance n° 2006-
346 du 23 mars 2006 figurant dans les articles 2284 à 2488 du Code civil. Aux termes de
l’article 2336, le contrat de gage est « parfait par l’établissement d’un écrit »567. Cette
disposition a donc mis fin au caractère réel du contrat de gage, « sa validité supposant
désormais seulement la rédaction d’un écrit et la dépossession, au profit du créancier ou d’un
tiers convenu n’est plus une simple condition d’opposabilité du gage laquelle peut être
remplacée par l’accomplissement d’une formalité de publicité si les parties préfèrent
constituer un gage sans dépossession »568. Autrement dit, le contrat de gage devient un contrat
solennel puisque l’écrit constitue une condition de formation du contrat569. En l’absence de
celui-ci, le contrat de gage n’est pas valable.
565
Cass. com. 28 janvier, 1997, Bull. civ. IV, no 35, Dalloz Affaires 1997. 382, Dr. sociétés 1997,
chron. 16, obs. Y. CHAPUT, RTD civ. 1998. 705, obs. P. CROCQ, JCP 1997. II. 22791, rapp. J.-
P. RÉMERY, JCP 1997. I. 4033, no 19, obs. P. DELEBECQUE, D. 1997, somm. 214, obs.
A. HONORAT, D. 1998. 140, obs. M.-N. JOBARD-BACHELIER, Rev. proc. coll. 1998. 203, obs.
B. LEMISTRE ; CA Paris, 15 novembre 2001, D. 2002, AJ 88.
566
V. Cass. 1e civ. 10 juillet 1996, Bull. civ. I, no 312, RTD civ. 1996. 955, obs. P. CROCQ , RD
bancaire et bourse 1996. 236, obs. F.-J. CREDOT et Y. GERARD.
567
L’article 2336 du Code civil français ne s’applique pas au gage commercial. En matière
commerciale, l’écrit n’est pas requis, comme le veut l’article L. 521-1 du Code de commerce français
qui énonce que le gage « se constate à l'égard des tiers, comme à l'égard des parties contractantes,
conformément aux dispositions de l'article L. 110-3 », c’est-à-dire par tous moyens. Autrement dit, le
gage commercial est un contrat consensuel qui est parfait dès la rencontre des consentements.
568
P. CROCQ, op. cit., n° 23.
569
L. AYNES, Le projet de réforme du droit des sûretés, RLDC, n° 03/2006, n° 25.
136
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
acte. L’exigence de dépossession est remplacée par l’exigence d’un écrit. Certes, cette
solution accentue le formalisme du contrat de gage en vue de moderniser les sûretés réelles
mobilières.
181. Selon ce qui précède, soulignons que certains contrats réels en droit français
ont évolué depuis la naissance du Code civil, notamment à partir de 1920. Cette évolution
constitue une importance considérable afin de requalifier la catégorie des contrats réels en
droit moderne.
570
Cour d’appel de Khanh Hoa, n° 245, le 15 juillet 2005.
137
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Selon les partisans de cette théorie, quatre contrats spéciaux, dans le Code civil français
1804, doivent être qualifiés de contrats réels. Tel est le cas des contrats de gage (l’ordonnance
n° 2006-346 du 23 mars 2006 relative aux sûretés a supprimé la condition de remise de la
chose), de dépôt, de prêt de consommation et de prêt à usage. La doctrine et la jurisprudence
ultérieures y ajoutent le contrat de don manuel571. Cette thèse s’appuie sur deux arguments
notables : l’argument textuel et la tradition réelle. Elle s’explique surtout par la remise de la
chose qui est une condition exclusive pour la formation du contrat. Cependant, force est de
constater qu’elle nous convainc en raison du défaut de précision des rapports entre la remise
de la chose et le consentement des parties. Cette étude nous permet donc de compléter cette
carence et de proposer la conception moderne de la catégorie des contrats réels.
183. Sous l’influence du Code civil français, le Code civil vietnamien retient
également la catégorie des contrats réels en reprenant ses textes. Il subordonne la validité de
certains contrats à la remise effective d’une chose. Aux termes de l’article 512 du Code civil
vietnamien, « le prêt à usage est une convention par laquelle le prêteur remet une chose à
l’emprunteur pour que ce dernier s’en serve gratuitement pendant un certain temps. A
l’expiration du prêt à usage ou à la satisfaction de l’objectif poursuivi par le prêt,
l’emprunteur doit restituer la chose prêtée ». Cet article, qui adopte l’article 1875 du Code
civil français cité, exige la remise de la chose comme condition de formation du contrat de
prêt à usage. A propos du contrat de prêt de consommation, l’article 471 du Code civil
vietnamien dispose : « le prêt de consommation est une convention par laquelle le prêteur
livre à l’emprunteur son bien ; à l’échéance, l’emprunteur doit restituer au prêteur un bien de
même espèce, de même quantité et de même qualité que le bien prêté ». Celui-ci s’inspire
alors de l’article 1892 du Code civil français. Enfin, en matière de dépôt, l’article 559 du
Code civil vietnamien reprend aussi l’esprit de l’article 1915 du Code civil français : « le
571
V. supra, n° 168.
138
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
dépôt est une convention par laquelle, une partie, le dépositaire, reçoit un bien que lui confie
l’autre partie, le déposant, à la charge de le garder et de le restituer en nature ».
A vrai dire, sur le plan du droit positif, ces textes du Code civil vietnamien reprennent
ceux du Code civil français. Ils précisent que la remise de la chose est une condition
supplémentaire de formation du contrat, venant s’ajouter aux conditions de fond. Cela
s’explique par le fait que les rédacteurs vietnamiens ont consulté le Code civil français, ainsi
que les avis de la doctrine française au cours de la rédaction de leur Code civil. Cependant, les
contrats de don manuel et de gage présentent un point très différent de ceux du Code civil
français. L’article 466 du Code civil vietnamien retient en effet que le don manuel « prend
effet dès l’instant où le donataire reçoit le bien », c’est-à-dire qu’il se forme par la remise
effective de la chose. Comme on le sait, en ce qui concerne le contrat de gage, c’est un contrat
réel en droit vietnamien. Sur le plan de la jurisprudence vietnamienne force est de constater
qu’il n’y a pas encore de solutions relatives à la remise de la chose. Ainsi, nous avons des
difficultés à montrer minutieusement les caractères de la remise de la chose du contrat réel en
droit vietnamien.
A. La remise de la chose
185. La remise de la chose, élément spécifique du contrat réel, doit marquer un acte
volontaire fort de rupture entre le propriétaire et son bien. Elle est donc envisagée selon deux
aspects : la notion de la remise de la chose (1) et ses effets (2).
1. La notion de la remise
572
G. CORNU, Vocabulaire juridique, 8e, éd, PUF, 2007, V. « remise ».
139
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Le dessaisissement physique est une opération qui met effectivement la chose, objet du
contrat réel, à l’accipiens576. Il fait corps avec la remise du contrat réel. Lorsqu’il fait défaut,
la remise de la chose n’existe pas ; par voie de conséquence, l’accord des volontés des parties,
qui ne vaut que la promesse de contrat réel, ne peut donner naissance au contrat577. A titre
d’exemple, notons que le dessaisissement physique de la chose du contrat de don manuel
conditionne la formation du contrat. De fait, « le don manuel n’a d’existence que par la
tradition réelle que fait le donateur de la chose donnée effectuée dans des conditions telles
qu’elle assure la dépossession de celui-ci et l’irrévocabilité de la donation »578. Le
dessaisissement physique de la chose constitue préalablement la formation du don manuel,
avant ce dessaisissement le donateur pouvait renoncer à la promesse qu’il avait faite et qui
était sans valeur juridique579. Il en est de même du dessaisissement physique de la chose dans
le contrat de prêt qui est une condition de formation de ce contrat. S’il n’a pas lieu, l’accord
des volontés ne peut produire d’effets juridiques du contrat recherché par les parties580. De
même encore, le dessaisissement physique du contrat de dépôt décide de la formation du
573
A.-F. EYRAUD, Le contrat réel, Essai de renouveau par le droit des biens, thèse, Université de
Paris 1, 2003, n° 162 et s.
574
G. CORNU, op. cit., V. « dessaissement ».
575
A.-F. EYRAUD, op. cit., n° 163.
576
N. DECOOPMAN, La notion de mise à disposition, RTD. Civ., 1981, n° 5 et s., p. 302 ; A.-F.
EYRAUD, op. cit., n° 164.
577
Cass. civ., 18 mai 1898 : DP 1900, 1, p. 481, note L. SARRUT ; S. 1898, 1, p. 433, note C. LYON-
CAEN. – Cass. civ., 21 mars 1938 : DH 1938, p. 257. – Cass. com., 12 novembre 1958 : Bull. civ.
1958, III, n° 387. – Pour le prêt, Cass. 1e civ., 12 juillet 1977 : Bull. civ. 1977, I, n° 330. – Cass. 1e civ.,
20 juillet 1981 : Bull. civ. 1981, I, n° 267 ; RTD civ. 1982, p. 427, obs. P. REMY.
578
Par ex., Cass. 1e civ. 11 juillet 1960, préc. ; CA Paris, 19 mars 1991, D. 1991, IR 126, JCP, éd. N,
1991.II.311 ; comp. Cass. 1re civ. 4 février 1964, Bull. civ. I, no 66.
579
TGI Paris, 1e ch., 23 mars 1994, Mouvement SIONA, Association française de soutien à la
YECHIVA BABA Sale : Juris-Data n° 1994-043227 ; A. DEBEAURAIN, Les formes modernes du
don manuel : JCP N 1979, I, p. 276. - V. J.-Cl. Civil Code, Art. 931, fasc. 10 ou Notarial Répertoire,
V° Donations entre vifs, fasc. 10. - Rappr. M.-N. JOBARD-BACHELLIER, art. cit., n° 17 et s.
580
Cass. 1e civ., 20 juillet 1981 : Bull. civ. 1981, I, n° 267 ; RTD civ. 1982, p. 427, obs. REMY.
140
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
contrat de dépôt. S’il fait défaut, il n’y a pas de contrat de dépôt581. A fortiori, nous pouvons
conclure que le dessaisissement physique de la chose fait corps avec l’existence du contrat
réel.
Un seul dessaisissement ne suffit pas pour créer la remise effective de la chose, laquelle
exige encore la détention de l’accipiens du bien remis.
581
Cass. 1e civ. 20 juillet 1981, Bull. civ. I, no 267.
582
R. SACCO, Un cryptotype en droit français : la remise abstraite ? In Mélanges R. Rodière, Dalloz
1981, p. 273 et s.
583
Selon l’article 1921 du Code civil, « le dépôt volontaire se forme par le consentement réciproque de
la personne qui fait le dépôt et de celle qui le reçoit ». Par conséquent, pour qu’il y ait consentement et
contrat de dépôt, il faut que le déposant ait l’intention de dessaisir intellectuellement la chose.
584
R. RODIERE, Ph. DELEBECQUE, Rép. Civ. Dalloz, V. Dépôt, 2010, n° 62 ; Fr. COLLART
DUTILLEUL, Ph. DELEBECQUE, Contrats civils et commerciaux, 8e, Dalloz, 2007, n° 797 ; Voir
aussi T. com. Seine, 5 mars 1952, D., 1952. 484.
585
Cass. civ. 1e, 5 juillet 1973 : Gaz. Pal. 1973 , 2, som., p. 178. V. aussi. J. DEBEAURAIN, Les
formes modernes de don manuel, JCP N et I, 1979.I, n° 11, p.278.
141
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
De toute évidence, la détention doit être faite d’une manière effective. Cela signifie que
la remise de la chose est effectivement détenue par l’accipiens ou le tiers, conformément aux
conventions entre les parties. Ainsi en est-il de la détention de la chose, objet du contrat de
don manuel. Dans ce cas, la jurisprudence exige que la remise soit « effectuée dans des
conditions telles qu’elle assure la dépossession définitive et irrévocable du donateur »588,
c’est-à-dire la détention effective de la chose. Un autre exemple se trouve dans la détention du
contrat de prêt de consommation. Tant que cette dermière n’est effectivement pas entre les
mains du bénéficiaire, le contrat de prêt n’est pas formé589. Celui-ci « n’a droit qu’à des
dommages-intérêts en cas d’inexécution et non à l’exécution en nature, la promesse et le prêt
reprennent leurs distances »590. Cette solution s’applique fréquemment à l’ouverture de crédit
cambiaire. Tant que l’emprunteur ne s’est pas approprié la somme, objet de l’ouverture de
crédit, le prêteur peut toujours se rétracter591. D’une façon générale, il peut constater que la
détention effective détermine la remise effective de la chose du contrat réel.
586
Civ. 26 juin 1905 : DP 1905. 1.513, concl. BAUDOUIN.
587
V. Cass 1e civ., 8 mars 1978 : Bull. civ. I, n° 98 ; JCP G 1978, IV, 149. - CA Versailles, 19 janvier
1990 : Juris-Data n° 1990-040145. - CA Orléans, 9 mars 1990 : Juris-Data n° 1990-041265.
588
Par ex., Cass. 1e civ. 11 juillet 1960, préc. ; CA Paris, 19 mars 1991, D. 1991, IR 126 , JCP, éd. N,
589
Civ. 1e, 20 juillet 1081, Bull. civ.I, n° 267, p. 220 ; Gaz. Pal. 12-13 mars 1982, Pan., P. 93, note
J.D.
590
Ph. REVY, Que le prêt de consommation est un contrat réel, RTD civ., 1982, n°428. Dans un arrêt
du 20 juillet 1981, la Cour de cassation a approuvé la Cour d’appel de Paris qui a considéré qu’un prêt
de consommation, contrat réel, ne se réalisait que par la détention effective de la chose prêtée à
l’emprunteur lui-même, ou à un tiers qui la reçoit et la détient pour le compte de l’emprunteur.
591
Cass. com., 21 janvier 2004 : Juris-Data n° 2004-022000, note O. SALATI, « L'ouverture de crédit
ne constitue un prêt qu'à compter de son utilisation par l'emprunteur », JCP N et E, n° 18,, 29 avril
2004, 649.
142
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
189. En droit vietnamien, la remise de la chose, objet du contrat réel peut être
analogue à celle du droit français. Elle se forme lorsqu’elle suppose les deux éléments réunis :
le dessaisissement et la détention de la chose. Cela peut se justifier par le fait que les contrats
réels du droit vietnamien s’inspirent du droit français. En effet, les articles 512 pour le prêt à
usage, 471 pour le prêt de consommation, 466 pour le don manuel et 559 pour le dépôt,
incorporent dans la définition de ces divers contrats la détention effective de la chose réalisée
par l’accipiens. C’est pourquoi l’on peut affirmer que la notion de la remise de la chose en
droit vietnamien, est similaire à celle du droit français, même si les solutions
jurisprudentielles font défaut à l’heure actuelle.
190. Nous pouvons donc en déduire que la remise de la chose en droits français et
vietnamien suppose à la fois les deux éléments : le dessaisissement et la détention effective de
la chose. Au-delà de cette notion, il est utile de s’interroger sur ses effets.
192. Tout d’abord, il faut observer que la remise de la chose n’effectue pas le
transfert de propriété du bien au profit de l’accipiens, selon la règle de l’article 1138 du Code
civil français qui s’appliquerait généralement au contrat, mais elle réalise divers transferts,
conformément à l’esprit de chaque contrat spécial. Elle entraîne tantôt un transfert de
propriété ou d’utilisation, tantôt un simple transfert de détention du bien.
Conformément à la règle énoncée par l’article 1138 du Code civil français593, la remise
dans certains contrats réels réalise le transfert de propriété du bien au profit de l’accipiens dès
592
J. DEBEAURAIN, Les dons modernes de don manuel, JCP N et I, 1979.I. p. 278.
593
Selon l’article 1138 du Code civil français, « l’obligation de livrer la chose est parfaite par le seul
consentement des parties contractantes. Elle rend le créancier propriétaire et met la chose à ses risques
143
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
lors qu’elle est accomplie. Tel est le cas, par exemple, de la remise de la chose, objet du
contrat de don manuel en droits français et vietnamien qui effectue un transfert de propriété de
la chose donnée. Dans ce cas, le donataire devient propriétaire du bien dès lors que la remise
est effectivement accomplie594. Il en est de même quand la remise de la chose du contrat de
prêt de consommation permet à l’emprunteur de devenir propriétaire de la chose prêtée, dès
son accomplissement. L’article 1893 du Code civil français dispose : « par l'effet de ce prêt,
l'emprunteur devient le propriétaire de la chose prêtée ; et c'est pour lui qu'elle périt, de
quelque manière que cette perte arrive ». L’article 472 du Code civil vietnamien précise
également que « l’emprunteur devient propriétaire du bien prêté à partir du moment de la
réception du bien ». A propos de la remise du contrat de dépôt irrégulier qui efffectue un
transfert de propriété au profit du dépositaire595, l’article 1931, alinéa 2, du Code civil français
déclare expressément : « le dépôt des sommes monnayées doit être rendu dans les mêmes
espèces »596. Dans ces contrats, la remise de la chose effectue le transfert de propriété597.
dès l’instant où elle a dû être livrée, encore que la tradition n’en ait point été faite, à moins que le
débiteur ne soit en demeure de la livrer ; auquel cas la chose reste aux risques de ce dernier. ».
594
Fr. TERRE, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les successions, Les libéralités, 3e, éd, Dalloz, 1997, n°
493 et s.
595
Il y a dépôt irrégulier lorsque les parties conviennent que le dépositaire restituera non la chose
remise mais une chose semblable. Le dépôt irrégulier est donc celui qui porte sur une chose que les
parties ont considérée comme fongible.
596
Par ailleurs, l’existence du dépôt de chose de genre se déduit aussi de l’article 1293 du Code civil
qui précise que la consommation – et celle-ci n’est possible qu’entre dettes portant également sur une
somme d’argent, ou sur des choses fongibles de la même espèce, dit l’article 1291 – ne peut avoir lieur
quand l’un des deux créanciers ces choses de genre entre les mains du dépositaire, qui aurait déjà dû
les restituer, et que cela empêche qu’elles soient disponibles pour se compenser avec les choses du
même genre que le créancier doit au dépositaire ; étant d’allure exceptionnelle, cette règle n’est pas
étendue au mandat par les tribunaux, V. Com. 8 mars 1967, Bull. civ. III, n° 107.
597
M.-N. JOBARD-BACHELLIER, Exist-t-il des contrats reels en droit français? Ou la valeur des
promesses de contrat réel en droit français, RTD civ., 1985, n° 13, p. 10.
144
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
l’emprunteur, est en effet, d’utiliser le chariot aux fins prévues et de le restituer après
usage598.
Contrairement aux deux cas déjà cités, la remise n’opère ni transfert de propriété ni
transfert d’usage ; elle réalise simplement une transmission de la chose en vue de sa détention.
Ainsi en est-il de la remise du contrat de dépôt en droits français et vietnamien, ayant pour
finalité de recevoir « la chose d’autrui, à la charge de la garder et de la restituer en nature »599.
Au fond, la remise de la chose est essentielle à son existence et transfère une obligation de
garde sur la chose d’autrui.
A vrai dire, la remise de la chose, objet du contrat réel opère différents transferts. En
effet, elle transfère la propriété pour le don manuel, le dépôt irrégulier et le prêt de
consommation, l’usage pour le prêt à usage, et enfin la simple détention de la chose pour le
dépôt régulier. Ce sont les points communs entre le droit français et le droit vietnamien.
194. La remise porte en principe sur tous les meubles corporels puisque ceux-ci sont
faciles à déplacer. Ainsi en est-il, par exemple, de la remise dans le don manuel en droit
français et en droit vietnamien qui ne porte que sur les biens meubles corporels sauf
exception600 en raison de la propriété pouvant se transmettre par simple tradition de la main à
598
J. GHESTIN, op. cit., n° 450, p. 416.
599
Article 1915 du Code civil français. De même, l’article 559 du Code civil vietnamien dispose que
« le dépôt est une convention par laquelle, une partie, le dépositaire, reçoit un bien que lui confie
l’autre partie, le déposant, à la charge de la garder et de la restituer en nature, moyennant une
rémunération, sauf s’il s’agit d’un dépôt gratuit ».
600
La remise de la chose du contrat de don manuel ne peut pas porter sur les meubles soumis à
formalités spéciales de transfert de propriété, bien qu’ils soient susceptibles de tradition réelle. En
effet, le respect de la formalité fait obstacle à ce que la tradition associée au concours des volontés du
donateur et du donataire opère un effet translatif. Aussi, considère-t-on généralement que les navires,
les bateaux de navigation intérieure et les aéronefs échappent à l'emprise du don manuel au motif que
leur transfert requiert une immatriculation.
145
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
la main601. En conséquence, il est aisé d’avancer que la remise n’a pas pour objet des biens
immeubles. Autrement dit, ces biens ne peuvent pas « être l’objet d’un don manuel »602 au
motif de la tradition manuelle.
Comme la remise dans le don manuel, la remise dans le contrat de dépôt en droits
français et vietnamien ne peut avoir pour objet que des choses mobilières. De cette façon, elle
ne porte pas sur des immeubles parce qu’ils ne peuvent pas être déplacés603. En ce sens, la
jurisprudence a admis que « le fait par un propriétaire de confier ses clefs à un individu pour
donner ses soins à sa maison, pourrait être considéré comme un dépôt des clefs et même des
meubles, mais non de la maison »604. De la même façon, la remise dans le contrat de prêt de
consommation ne peut pas porter sur le bien immeuble puisqu’il est incompatible avec la
nature de ce contrat605.
Néanmoins, la situation est différente pour la remise de la chose dans le contrat de prêt à
usage. Elle peut porter sur les biens immeubles606. Dans un arrêt du 5 juillet 1960, la Cour de
cassation a statué sur la responsabilité d’un incendie survenu dans un bois où des scouts
avaient été autorisés à camper, considérant que ceux-ci avaient bénéficié d’un véritable prêt à
usage607. Dans ce cas, la remise du contrat à usage, moyen de transfert d’usage de la chose au
profit de l’emprunteur, est parfaitement adaptable aux biens immeubles. Le fondement de
cette solution est que l’on ne s’attache pas à la nature de la corporalité de la chose, objet de la
remise, mais à sa maîtrise.
195. Quant aux biens corporels et incorporels, la remise de la chose présente deux
aspects différents. Tout d’abord, les biens corporels sur lesquels la remise porte facilement, «
peuvent se transporter d’un lieu à un autre, soit qu’ils se meuvent par eux-mêmes, comme les
601
M. PLANIOL et G. RIPERT, t. 5, no 383 ; MAZEAUD, t. 4, 2e vol., no 1463 ; Fr. TERRE et Y.
LEQUETTE, op. cit., no 493 ; Ph. MALAURIE et L. AYNES, Droit civil : Les successions. Les
libéralités, 1993, Cujas, no 398 ; J. FLOUR et H. SOULEAU, Les libéralités, éd., A. Colin, 1982,
no 83.
602
Cass. com., 8 juillet 1997, note L.MARTIN. JCP N et I. 1998 n° 1, p. 17.
603
BEUDANT et LEREBOURS-PIGEONNIERE, t. 12 par R. RODIERE, n° 269. - Pourtant V. C.
civ., art. 1961-2° prévoyant le séquestre d'un immeuble.
604
R. RODIERE, Ph. DELEBECQUE, Rép. civ. Dalloz, V. Dépôt, 2010, n° 14.
605
J.-R. MIRBEAU-GAUBI, Rép. civ. Dalloz, V. Prêt, 2010, n° 287.
606
BEUDANT et LEREBOURS-PIGEONNIÈRE, Cours de droit civil français, t. 12, n° 619 ; M.
PLANIOL et G. RIPERT, Traité pratique de droit civil français, t. 11, par SAVATIER, éd., LGDJ,
1932, n° 1128.
607
Cass. 1e civ. 5 juillet, D. 1960. 709.
146
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
animaux, soit qu’ils ne puissent changer de place que par l’effet d’une force étrangère, comme
les choses inanimées »608. Plus précisément, « la remise du don manuel porte sur tous les
biens mobiliers corporels, parce que leur propriété est transmissible de la main à la main »609.
De même, la remise dans le contrat de dépôt en droits français et vietnamien a pour objet les
biens corporels, conformément à l’esprit du dépôt déduit de l’article 1919 du Code civil
français610, ainsi que celui de l’article 512 du Code civil vietnamien. Il ne fait aucun doute que
la remise du contrat de prêt à usage porte aussi sur les biens corporels, d’après la finalité du
prêt à usage. Effectivement, la remise s’avère compatible avec ces derniers.
A la différence des biens corporels, il paraît difficile, pour la remise, d’être compatible
avec les biens incorporels. En effet, la jurisprudence française juge que la remise dans le don
manuel ne porte pas sur les biens incorporels car leur nature abstraite les rend impropres à une
remise de la main à la main611. A titre d’exemple, la remise d’un livret de caisse d’épargne est
impuissante à transférer par don manuel la créance contre la banque612. Or, il existe, en réalité,
une exception en matière de don manuel. La jurisprudence française admet que sa remise peut
porter sur certaines choses incorporelles telles que les valeurs mobilières dématérialisées613,
« une œuvre inconnue, non signée, son possesseur, présumé propriétaire, qui n’a pas
l’intention de révéler le véritable auteur doit être présumé titulaire du droit moral de
divulgation et du droit patrimonial d’exploitation »614.
Comme la remise du contrat de don manuel, celle du contrat de dépôt ne peut pas faire
l’objet de biens incorporels car ceux-ci ont une existence purement abstraite, qui ne peuvent
608 Cependant, il faut dire que la remise des dons manuels est insusceptible de porter sur les biens
corporels en raison des conditions de fait très particulières dans lesquelles ils sont remis à leur
bénéficiaire, soit en raison des conditions juridiques de leur transfert. Par exemple, les présents et
cadeaux d’usage, les véhicules automobiles dont l’immatriculation est obligatoire, qui sont exclus des
dons manuels.
609 A. COLOMER, Rép. civ. Dalloz, Don manuel, 2010, n° 106. Voir aussi M. PLANIOL et G.
RIPERT, t. 5, n° 383 ; MAZEAUD, t. 4, 2e vol., n° 1463 ; Fr. TERRE et Y. LEQUETTE, Les
successions. Les libéralités, 2e éd., 1988, Précis Dalloz, n° 493 ; Ph. MALAURIE et L. AYNES, op.
cit., n° 398.
610 R. RODIERE, Ph. DELEBEECQUE, Rép.civ. Dalloz, V. Dépôt, éd., 2010, n° 15.
611
A. COLOMER, op. cit., n° 116. Voir aussi CA Nancy, 29 avril 1893, DP 94.2.335 ; CA Riom,
1er février 1973, D. 1973. somm.159, Gaz. Pal. 1973.2.797, note D. MARTIN.
612
G. PACILLY, thèse, préc., n° 112 ; N. PETERKA, thèse, préc., n° 379.
613
H. HOVASSE, Valeurs mobilières dématérialisées, JCP N et I, 1998, n° 47, p. 1666.
614
J. DEBEAURAIN, Les formes modernes de don manuel, JCP N et I, 1979.I, n° 49, p. 285.
147
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
pas donner lieu à garde615. Cette solution s’applique également à la remise dans le contrat de
prêt de consommation au motif que la consomptibilité d’une chose n’est pas compatible aux
biens incorporels. Cependant, à l’égard du contrat de prêt à usage, la remise s’applique
facilement aux biens incorporels comme la « licence de marque ou de brevet sans
rémunération »616 du fait que ces biens soient compatibles avec l’esprit des contrats de prêt à
usage617. Cette solution est reprise par le droit vietnamien. Aux termes de l’article 513 du
Code civil vietnamien, « toute chose qui ne se consomme point par l’usage, peut faire l’objet
d’un prêt à usage ». Ce texte indique que la plupart des types de biens peut faire l’objet d’une
remise. On en déduit que la remise du contrat de prêt à usage, en droit vietnamien, peut porter
sur les biens incorporels.
196. Enfin, la question est de savoir si la remise dans le contrat réel peut porter sur
les biens fongibles et consomptibles. La réponse dépend de chaque nature de contrat réel.
D’abord, si la remise effectue un transfert de propriété vers l’accipiens ou la détention des
biens, elle peut avoir des biens fongibles pour objet. Tel est le cas de la remise du don manuel
en droits français et vietnamien qui a pour objet les biens fongibles, puisqu’elle effectue un
transfert de propriété au profit du donataire.
La remise dans le prêt de consommation porte de même sur les biens fongibles : par
exemple, un grain de blé diffère d’un autre grain de blé ; ceci correspond à l’esprit du prêt de
consommation. Notamment, l’article 1892 du Code civil français énonce expressément que la
remise porte sur les biens fongibles : « le mutuum est un contrat par lequel l’une des parties
livre à l’autre une certaine quantité de choses qui se consomment par l’usage, à la charge par
cette dernière de lui en rendre autant de même espèce et qualité ». De même, l’article 471 du
Code civil vietnamien précise que les biens fongibles peuvent être l’objet d’une remise dans
le prêt de consommation : « le prêt de consommation est une convention par laquelle le
prêteur livre à l’emprunteur un bien ; à l’échéance, l’emprunteur doit restituer au prêteur un
bien de même espèce, de même quantité et de même qualité que le bien prêté ».
En outre, une même conclusion s’impose pour le contrat de dépôt. De ce point de vue,
l’article 1931, alinéa 2, du Code civil français dispose : « le dépôt des sommes monnayées
doit être rendu dans les mêmes espèces qu’il a été fait, soit dans le cas d’augmentation, soit
615
R. QUENAUDON, J.-Cl. Civil Code, Art. 1915- 1920, Fasc. unique, n° 23 ; R. RODIERE : Rép.
civ. Dalloz., V. Dépôt, n° 14. - Ph. MALAURIE et L. AYNES, op. cit., n° 861.
616
J.-R. MIRBEAU-GAUVIN, Rép. Civ. Dalloz, V. Prêt, 2010, n° 19.
617
T. civ. Seine, 23 juin 1903, Gaz. trib. 1903.2.138.
148
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
dans le cas de diminution de valeur ». Ainsi, sa remise a pour objet une chose fongible, par
exemple, « des sommes d’argent déposées chez un banquier, et dont celui-ci peut se servir à
chaque instant et à son gré, la force majeure à la charge du banquier »618. La remise du contrat
de dépôt en droit vietnamien fait l’objet de biens fongibles parce que la finalité du contrat est
seulement la garde des biens ; peu importent les biens fongibles ou non-fongibles.
A l’inverse, la remise dans le contrat de prêt à usage ne peut pas avoir pour objet des
biens fongibles. En effet, les articles 1879 du Code civil français et 513 du Code civil
vietnamien donnent une même formulation : « toute chose qui ne se consomme point par
l’usage, peut faire l’objet d’un prêt à usage »619. Or, la doctrine et la jurisprudence admettent
que la remise peut certainement porter sur les biens fongibles si l’usage dont les parties sont
convenues n’est pas de les consommer. Tel est le cas de la remise portant sur les denrées
destinées à l’exposition620.
197. Dès lors, il est permis de conclure que la remise dans le contrat réel est
parfaitement adaptable à plusieurs types de biens, et elle effectue divers transferts juridiques,
conformément à l’esprit de chacun. D’abord, elle effectue plusieurs transferts suivant la
nature de chaque contrat spécial. Ensuite, elle s’avère compatible non seulement aux biens
meubles corporels, mais aussi à d’autres types de biens tels que les biens immeubles, et les
618
R. RODIERE et Ph. DELEBECQUE, Rép. civ. Dalloz.., V. Dépôt, n° 136.
619
L’article 513 du Code civil vietnamien. En droit français, l’article 1878 du Code civil français
indique aussi : « toute ce qui est dans le commerce, et qui ne se consomme pas par l’usage, peut être
l’objet de cette convention ».
620
Fr. GRUA, N. CAYROL, J.-CL. Civil Code, Art. 1874, Fasc. unique, n° 12.
621
G. BAUDRY-LACANTINERIE et A. WAHL, Traité théorique et pratique de droit civil, t. XXIII,
De la société, du prêt, du dépôt : 3e éd., 1907, n° 601 ; C. AUBRY et C. RAU, Droit civil français, t. 6,
7e éd., Litec, 1975, par A. PONSARD et N. DEJEAN de La BATIE, § 39 ; M. PLANIOL et
G. RIPERT, Contrats civils, t. XI, par A. ROUAST, J. LEPARGNEUR, R. SAVATIER et
A. BESSON, Traité pratique de Droit civil français, éd., LGDJ, 1954, n° 1128.
149
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
meubles incorporels et parfois incompatible, selon chaque contrat spécial. Ainsi, elle a pour
finalité de protéger les parties contractantes.
198. Comme on le sait, la remise de la chose dans le contrat réel suppose à la fois le
dessaisissement et la détention de la chose. En ce sens, elle présente des relations avec le
consentement des parties (1). La remise traduit l’extériorisation de la volonté des parties
contractantes. Elle s’inscrit naturellement dans la formation du contrat, assurant ainsi la prise
de conscience sur les parties de leur engagement. De ce fait, elle a pour finalité d’établir une
relation contractuelle d’équilibre au profit du tradens (2).
200. Dans le premier cas, la remise s’intègre dans l’échange du consentement des
622
parties . Elle le matérialise sans elle aucun lien d’obligation contractuelle ne peut être
noué623. Ainsi en est-il de la remise dans le don manuel en droits français et vietnamien :
« la simple promesse verbale de gratification est sans aucune valeur juridique, quand bien
même elle aurait été acceptée par le bénéficiaire »624. En réalité, « le don manuel n’a
d’existence que par la tradition réelle que fait le donateur de la chose donnée, effectuée dans
des conditions telles qu’elle assure la dépossession de celui-ci et assure l’irrévocabilité de la
donation ; la remise seule caractérise le don manuel et avant cette remise le donateur peut
renoncer à la promesse qu’il a faite »625.
622
G. PACILLY, op. cit., n° 84, p. 219; A. COLOMBER, op. cit., n° 74.
623
H. LECUYER, Des donations échappant au formalisme légal, Dr et patr., 2006, n° 115 et s.
624
V. A. DEBEAURAIN, Les formes modernes du don manuel, JCP éd., N et I. 1979. I. p. 267 et s.
Voir aussi M.-N. JOBARD-BACHELLIER, Existe-t-il encore des contrats réels en droit français ? Ou
la valeur des promesses de contrat réel en droit positif, RTD civ., 1985, n° 15, p. 11 ; G. PACILLY, Le
don manuel, éd, Dalloz, 1936, n° 80, p. 209.
625
Par ex., Cass. 1e civ. 11 juillet 1960, préc. ; CA Paris, 19 mars 1991, D. 1991, IR 126 ; JCP, éd. N,
1991.II.311 ; comp. Cass. 1e civ. 4 février 1964, Bull. civ. I, no 66. Voir aussi A. COLOMER, Rép.
civ. Dalloz, V. Don manuel, 2010, n° 46.
150
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Par conséquent, toute remise intervenant après le décès du donateur est sans effet
juridique même si sa volonté paraît certaine. Lorsque la remise doit « s’opérer par
l’intermédiaire d’un tiers qui se présente comme un mandataire du donateur, la jurisprudence
estime systématiquement que, faute de remise avant le décès du donateur, la remise cesse de
valoir par la suite »626. Dans ce cas, la jurisprudence nie la promesse consensuelle du don
manuel, c’est-à-dire qu’elle réfute l’échange des volontés des parties. De même, la seule
remise effective ne peut pas être qualifiée de don manuel si elle n’accompagne pas leur
consentement. La jurisprudence française s’est prononcée en ce sens : « le don manuel est nul
lorsque le prétendu donateur avait un ramollissement cérébral », s’il a été victime de
« manœuvres louches »627.
Pour qu’un acte puisse être qualifié de don manuel, le concours des volontés des parties
et la remise de la chose sont nécessairement concomitants. En fait, le moment donné du
concours des volontés doit coexister avec la remise effective de la chose. C’est pourquoi l’on
peut confirmer que la remise, dans le contrat de don manuel, matérialise le consentement des
parties.
201. Dans le deuxième cas, la remise participe aussi à la formation du contrat réel
mais elle ne matérialise pas le consentement des parties, qui confortent spontanément leur
volonté par voie d’une expression tacite de consentement. Dans cette perspective, la remise
n’encadre pas l’expression du consentement, qui constitue donc un formalisme moins rigide
que celui du premier cas. Il s’agit de la remise des contrats de prêt, de dépôt et de gage628 qui
« vivifie le consentement des parties »629 d’une façon définitive.
A cet égard, l’échange des volontés, qui peut créer un lien d’obligation contractuelle, ne
suffit pas pour créer un contrat définitif. Dans ce cas, la jurisprudence admet la validité des
promesses consensuelles de contrats réels d’une façon réduite, par exemple ; comme les
promesses de contrat de prêt630, de contrat de dépôt631 et de gage632. « Au cas où le promettant
626
M.-N. JOBARD-BACHELLIER, art. cit., n° 15, p. 11.
627
Cass. req. 15 mai 1935, DH 1935.329 ; adde : TGI Avesnes, 30 mars 1971, Gaz. Pal. 1972.1.somm.
5 ; Cass. 1re civ. 4 janvier 1984, D. 1984, IR 476, obs. D. MARTIN.
628
Il s’agissait du contrat de gage avant la réforme de l’ordonnance du 23 mars 2006.
629
BAUDRY-LACANTINERIE, et A. COLIN, Traité de droit civil, 3e éd., 1905, t. 1, p. 527.
630
Cass. 1e civ., 20 juillet 1981 : Bull. civ. 1981, I, n° 267 ; RTD civ. 1982, p. 427, obs. P. RÉMY.
631
Cass. 1e civ., 20 juillet 1981 : Bull. civ. 1981, I, n° 267.
632
CA Douai, 26 janvier 1893 : S. 1893, 2, p. 233, note C.L.C.
151
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
202. La remise de la chose dans le contrat réel présente des liens variables par
rapport aux consentements des parties en droit français. D’une part, elle matérialise leur
consentement ; d’autre part, elle le renforce. A la différence du droit français, le droit
vietnamien matérialise le consentement des parties dans tous les contrats réels. En effet, la
jurisprudence n’admet pas la validité des promesses de contrats réels. Si le promettant
n’exécute pas sa promesse, il ne peut pas être condamné à des dommages-intérêts.
Véritablement, cette solution, en droit vietnamien, correspond à la conception du droit
français de la remise de la chose dans le don manuel. Elle peut être expliquée par la tradition
du droit vietnamien : l’absence de remise de la chose est considérée comme caractérisant
l’inexistence du lien d’obligation contractuelle.
203. La remise participe à la formation du contrat réel ; sans elle, le seul accord des
volontés des parties ne peut donner naissance au contrat définitif. A juste titre, elle contribue à
protéger leur consentement quant à la détermination de la chose, objet du contrat. En effet, on
observe que les contrats réels ont pour but la restitution d’une chose transmise sauf don
manuel. Les parties s’entendent au préalable sur la nature, la quantité et la qualité de la chose.
Dans cette situation, elles ont pour finalité de mieux prendre conscience de la nature et de la
portée de leur engagement en remettant l’objet de la convention au moment où le contrat est
conclu. Cette observation s’explique plus clairement par l’objectif de la remise de la chose
dans les contrats de don manuel, de prêt et de dépôt.
204. Le don manuel est un contrat réel, c’est-à-dire qu’il « n’a d’existence que par la
tradition réelle que le fait pour le donateur de la chose donnée, effectuée dans des conditions
telles qu’elle assure la dépossession de celui-ci, et assure l’irrévocabilité de la donation »634.
633
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, op. cit., n° 148.
634
Cass. 1e civ., 11 juillet 1960 ; Bull. civ.I, n° 382 ; D. 1960, p. 702, note P. VORIN.
152
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Ainsi, la remise constitue une condition de validité du don manuel, non en raison d’une
quelconque nature des choses, mais parce qu’elle est, au moins en partie, censée considérée
comme un formalisme de substitution par rapport à l’acte authentique, puisqu’elle a aussi
pour objet de protéger le donateur635. En ce sens, VOIRIN écrivait : « la tradition réelle, qui
opère le dépouillement actuel, est un équipollent de l’acte notarié exigé, en principe, par
l’article 931, parce que, comme l’acte notarié rédigé en minute, elle dépouille irrévocablement
le donateur […] Le disposant est donc protégé contre les entraînements irréfléchis »636.
En conséquence, si « le don manuel est devenu un contrat réel, c’est donc aux fins de
protéger le donateur contre les éventuelles défaillances de sa propre volonté. La logique
instrumentale l’a emporté sur des considérations tirées de la nature des choses »637.
635
H. LECUYER, art. cit., n° 115 et s.
636
VOIRIN, note, cit., p. 19.
637
Ch. JAMIN, Eléments d’une théorie réaliste des contrats réels, in Etudes offertes à J. BEGUIN,
Droit et actualité, éd., Litec, 2005, n° 27, p. 401. Voir aussi N. PETERKA, Les dons manuels, thèse de
l’Université de Paris 2, éd., LGDJ, 2001, n° 338.
638
Ch. JAMIN, art. cit., n° 27, p. 401.
639
Cass. 1e civ., 7 mars 2006, n° 02-20.374, Bull. civ. I, n° 138, JCP G 2006, II, n° 10109, note S.
PIEDELIÈVRE, RDC 2006, p. 778, obs. P. PUIG., Dr. & patr. 2006, n° 152, p. 90, obs. Ph.
STOFFEL-MUNCK.
640
L. LEVENEUR, Classification des contrats : le rétrécissement de la catégorie des contrats réels est
engagé, JCP G 2000, 30 août 2000, n° 35, p. 12 ; GHESTIN, La formation du contrat, 3e, éd., LGDJ,
n° 452 ; J. FLOUR et J.-L. AUBERT, E. SAVAUX, n° 313 ; Fr. TERRE, Ph. SIMLER et Y.
LEQUETTE, op. cit., n° 142.
153
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
207. Force est donc de constater que la remise de la chose a pour finalité de protéger
les parties. Elle est envisagée comme une formalité destinée à vivifier leur consentement en
leur permettant d’attirer l’attention de celui qui y procède, et qui prend ainsi conscience de se
déposséder unilatéralement, sur la gravité du contrat et les dangers auxquels il s’expose :
risque de détournement de l’objet du dépôt, risque de non restitution de l’objet du prêt. Pour
cette raison, elle traduit l’importance du déplacement de valeur et exprime une conception
moins intellectuelle, plus concrète, et par là, plus vraie, des relations contractuelles. Ainsi,
l’échange du consentement du contrat réel est plus renforcé que celui du contrat consensuel en
raison de la présence d’un formalisme de la remise qui participe à la formation du contrat.
Quant au droit vietnamien, la remise de la chose du contrat réel a aussi pour finalité de
protéger l’un des contractants jugé en situation d’infériorité. L’explication de cette
observation est analogue à celle du droit français. La remise matérielle de la chose qui fait
l’objet du contrat est un moyen d’attirer l’attention de celui qui doit l’effectuer sur le fait qu’il
se soumet à la bonne foi de son cocontractant, lequel ne sera tenu de la restituer que plus tard.
208. Dès lors, il ne fait aucun doute que la remise de la chose constitue un moyen de
protéger les contractants. Cette explication sous l’angle de la protection des parties renforce la
thèse des partisans soutenant la catégorie des contrats réels. Mais cela ne signifie pas que les
contrats réels en droit moderne n’ont pas changé depuis le droit romain. En fait, ils n’ont
cessé de se développer, notamment pendant les quelques dernières décennies. La tradition
réelle de la chose du contrat réel, en droit moderne, a évolué dans le droit romain, en vue de
641
Ibid.
642
Ch. JAMIN, art. cit., n° 29, p. 403.
643
Ibid.
154
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
155
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
209. On parle de formalisme atténué lorsqu’une forme est requise pour l’efficacité
du contrat. A cet égard, il se sépare du formalisme accentué sur deux points.
644
V. supra, n° 49 et s.
645
I. DAURIAC, art. cit., n° 12.
156
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
211. La forme probatoire peut se définir comme celle qui est imposée pour prouver
l’existence et le contenu d’un acte juridique646. Ce sont les règles de preuve qui témoignent de
la vigueur du phénomène formaliste dans le droit des obligations.
La preuve des actes juridiques, en droit civil français, se caractérise par les formes
probatoires, c’est-à-dire que l’admissibilité des moyens de preuve est limitée, leur force
probante est prédéterminée et hiérarchisée par le droit positif647. La loi ne permet
effectivement de recourir qu’à l’emploi des moyens de preuve déterminés par elle-même648.
Le juge tenu par les règles légales ne dispose d’aucun pouvoir pour en apprécier la portée. Si
ces moyens sont rapportés conformément aux prescriptions légales, il doit s’incliner. Ce sont
les règles régissant la preuve des actes juridiques en droit civil français que l’on appelle «
système de la preuve légale ». On met donc en valeur ce système pour ses utilités649.
646
V. DELAPORTE, Recherches sur la forme des actes juridiques en droit international privé, thèse,
Université de Paris 1, 1974, n° 11.
647
H. ROLAND, L. BOYER, Introduction au droit, éd., Litec, 2003, n° 1667 ; Ch. LARROUMET,
Droit civil, Introduction à l’étude du droit privé, t. 1, 5e éd., Economica, 2006, n° 557 ; Ph.
MALAURIE, L. AYNES, Introduction générale, 2e, éd., Defrénois, 2005, n° 195 ; H. et L.
MAZEAUD, J. MAZEAUD, F. CHABAS, Leçons de droit civil, Introduction à l’étude du droit, 12e,
éd., Montchrestien, 2000, p. 550.
648
Fr. TERRE, Introduction générale au droit, 8e, éd., Dalloz, 2009, n° 609.
649
P. LECLERCQ, Le nouveau droit civil et commercial de la preuve et le rôle du juge, in Le droit des
preuves légales du défi de la modernité, Actes du colloque du 24 mars 2000, p. 99.
650
NGUYEN Cong Binh, Manuel de droit de la procédure vietnamienne, édiction judiciaire, 2005, p.
155.
157
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Les formes probatoires, en droit civil français, sont visées par l’article 1341 du Code
civil français qui dispose qu’ « il doit être passé acte devant notaires ou sous signatures
privées de toutes choses excédant une somme ou une valeur fixée par décret, même pour
dépôts volontaires, et il n’est reçu aucune preuve par témoins contre et outre le contenu aux
actes, ni sur ce qui serait allégué avoir été dit avant, lors ou depuis les actes, encore qu’il
s’agisse d’une somme ou valeur moindre. Le tout sans préjudice de ce qui est prescrit dans les
lois relatives au commerce ». Aux termes de cet article, l’écrit en matière d’acte juridique est
placé au-dessus de tous les autres moyens de preuve. Pour prouver un contrat, le demandeur
651
NGUYEN Cong Binh (sous la direction), Manuel de procédure civile vietnamienne, Ediction
judiciaire, 2005, p. 156.
158
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
doit en apporter la preuve littérale (Section 1), ou bien démontrer qu’il peut bénéficier des
exceptions prévues par la loi (Section 2).
159
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
214. Les règles de la preuve légale sont énoncées par l’article 1341 du Code civil
français. Elles seront alors examinées sous deux aspects : les conditions de la preuve
préconstituée que la loi exige pour prouver un acte juridique (§1) et sa mise en œuvre (§2).
215. Tout d’abord, on peut remarquer que l’article 1341 du Code civil français pose
une condition à l’exigence de la preuve littérale : l’objet de l’acte juridique excédant la
somme fixée par décret doit passer par écrit. Cependant, cet article ne précise pas le mode de
calcul de la somme à prendre en compte. Ainsi, il est nécessaire de déterminer la portée (A) et
l’objet de la preuve littérale (B).
216. L’article 1341 du Code civil français prévoit la portée des règles de preuve
préconstituée d’un acte juridique. Il indique clairement le domaine d’application de la preuve
préconstituée (1). Dans ce cas, les règles s’adressent seulement aux personnes qui participent
à la conclusion de l’acte juridique. En d’autres termes, elles ne concernent pas les tiers et sont
d’ordre privé (2).
217. Le domaine d’application des règles de l’article 1341 du Code civil se traduit
selon deux aspects. En premier lieu, la preuve littérale est imposée pour justifier l’existence
d’un acte juridique. Dans ce cas, il est interdit de prouver, par témoins ou présomptions, un
acte juridique dont l’existence est déniée par l’adversaire. En second lieu, elle est requise pour
prouver le contenu de l’acte juridique, c’est-à-dire qu’il est aussi interdit de rapporter
librement les moyens de preuve contre le contenu d’un acte juridique. Force est de constater
que si le premier cas ne fait guère doute, le second, en revanche, soulève plus de difficultés.
160
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Les contrats exprès ne soulèvent aucune difficulté. De toute évidence, l’article 1341 du
Code civil leur est applicable. Les exemples d’une telle situation abondent en droit français,
de sorte qu’il est difficile de citer tous ces contrats. Dans cette perspective, quelques exemples
suffisent pour justifier notre observation. Ainsi en est-il, par exemple, de la vente dont la
question ne se discute plus depuis longtemps : la preuve par écrit est requise pour établir un
contrat de vente, car la prise en possession des biens vendus ne suffit pas pour prouver le
contrat, étant donné qu’il peut avoir une autre cause654. Il en est de même des contrats de
fourniture s’agissant de fourniture d’eau655 ou de fourniture d’aliments656. Le dernier exemple
concerne certains contrats réels en tant que contrat de dépôt et contrats de prêt, et la même
solution leur est applicable. La preuve littérale est requise pour prouver leur existence car la
remise de la chose peut avoir diverses causes. Cette dernière peut être faite à titre de dépôt ou
de prêt comme elle peut être aussi faite à titre de don manuel. C’est la raison pour laquelle la
jurisprudence française a décidé que le prêteur qui demande le remboursement d’une somme
d’argent doit en apporter la preuve par écrit657.
Comme les contrats exprès, la jurisprudence affirme depuis longtemps que les contrats
tacites doivent être prouvés selon les règles des articles 1341 et suivants du Code civil
français. De ce point de vue, la solution de la jurisprudence est certaine. Dans un arrêt d’une
Cour d’appel en faveur de l’existence d’un contrat d’alimentation en eau au motif de la
réunion de diverses présomptions, la Cour avait condamné la société au paiement de diverses
652
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, Traité de droit civil, Introduction générale,
4e, éd., LGDJ, 1994, n° 659.
653
M. OUDIN, J.-Cl, Civil code, Art. 1341- 1348, Fasc. 20, n° 19.
654
Cass. com. 7 juillet 1949, Bull. civ. II, n° 278 ; Cass. 1e civ. 13 juillet 1966, Bull. Civ. I, n° 429. En
effet, la prise en possession d’une chose peut faire l’objet du contrat de donation. Par exemple, on doit
distinguer le contrat de vente du contrat de donation.
655
Cass. 3e civ., 28 mars 2006 : Juris-Data n° 2006-032999.
656
Cass. 1e civ., 25 janvier 1989 : Bull. civ. 1989, I, n° 41 ; RTD civ. 1990, p. 79, obs. MESTRE.
657
Cass. 1e civ., 24 mai 2005 : Juris-Data n° 2005-028572.
161
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
sommes de montants supérieurs à 5 000 francs. Pourtant, cet arrêt a été cassé par la Cour de
cassation puisqu’il n’était pas conforme aux règles de l’article 1341 du Code civil français658.
219. A vrai dire, pour établir l’existence d’un contrat dont la valeur de l’objet est
supérieure à 1.500 euros, le plaideur doit apporter la preuve par écrit selon les règles de
l’article 1341 du Code civil français. Cependant, l’application de ces règles semble délicate
pour le don manuel. L’exigence de l’écrit, posée par l’article 1341 du Code civil français, se
heurte tant au formalisme de l’acte, qui se présente comme un contrat réel qu’à la règle
connue de l’article 2276 du même Code662. De ce point de vue, la jurisprudence française
« s’est efforcée de combiner ces deux textes, distinguant selon que la preuve du don manuel
incombe au donateur et au donataire »663.
658
Cass. 3e civ., 28 mars 2006 : Juris-Data n° 2006-032999.
659
M. OUDIN, op. cit., n° 24.
660
V. Cass. crim. 1e juin 1987: Bull. crim. no 224 ; 3 janvier 1985: Bull. crim., no 3.
661
Cass. crim., 3 janvier 1985 : Bull. crim. 1985, n° 3. - Cass. crim., 1e juin 1987 : Bull. crim. 1987, n°
224.
662
L’article 2276 du Code civil français dispose : « En fait de meubles, la possession vaut titre.
Néanmoins celui qui a perdu ou auquel il a été volé une chose peut la revendiquer pendant trois ans, à
compter du jour de la perte ou du vol, contre celui dans les mains duquel il la trouve ; sauf à celui-ci
son recours contre celui duquel il la tient ».
663
M. OUDIN, J.-CL, Civil Code, Art. 1341 à 1348, Fasc. 20, n° 54.
162
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
français, puisque c’est son adversaire qui se trouve en possession du bien. Dans cette
situation, il doit rapporter la preuve par écrit, conformément aux règles des articles 1341 et
suivants du Code civil français, à moins de recourir à l’aveu judiciaire ou au serment
décisoire, afin de prouver l’existence d’un don manuel664. En revanche, il peut arriver que le
bénéficiaire du don manuel « ait besoin d’[en] faire la preuve […], alors qu’il n’est plus en
possession du bien, soit qu’il lui ait été soustrait, soit qu’il l’ait cédé à un tiers par un
contrat »665. Dans ce cas, il ne peut plus invoquer le bénéfice de l’article 2276 du Code civil,
et par voie de conséquence, celui-ci peut être prouvé par tous moyens666. D’ailleurs, quand
une personne affirme que le bien a été détourné et non donné, la jurisprudence française
permet au défenseur d’invoquer la règle de l’article 2276 du Code civil : « en fait de meubles,
la possession vaut titre ». Sa possession du bien lui confère une présomption de propriété ; en
d’autres termes, il n’a pas à se soumettre aux règles de l’article 1341 du Code civil français667.
664
Cass. 1e civ., 6 novembre 1957 : Bull. civ. I, n° 425. - CA Orléans, 28 mars 1990 : Juris-Data n°
1990-041265.
665
M. OUDIN, op. cit., n° 55.
666
J.L MOURALIS, Rép. Dalloz. Civ., V, Preuve, n° 1122.
667
J. FLOUR et H. SOULEAU, Les Libéralités, op. cit., n° 95.
668
Cass. 1e civ. 27 avril 1977, note Ch. GAURY, D. 1977.413.
669
V. pour une vente de matériel, Cass. 1e civ., 10 novembre 1959 : Bull. civ. 1959, I, n° 504. - Pour
une vente de fonds de commerce, Cass. 3e civ., 6 juin 1969 : Bull. civ. 1969, III, n° 464. - Pour une
cession de clientèle civile, Cass. 1e civ., 15 juill. 1975 : Bull. civ. 1975, I, n° 241 ; JCP G 1976, II,
18414, note T. IVAINER. - Pour une vente de manteau, CA Reims, 27 mai 1980 : Gaz. Pal. 1980, 2, p.
554.
163
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
n’était pas contestée par les parties670. La solution de la jurisprudence française n’est donc pas
cohérente dans la détermination des éléments essentiels du contrat.
En revanche, la situation devient plus simple lorsque la contestation porte sur d’autres
éléments contractuels. En effet, la jurisprudence consacre la liberté de la preuve pour établir
ces éléments si l’existence du contrat n’est pas discutée. Par exemple, pour déterminer une
parcelle de terrain comprise dans un partage ou une vente et désignée de façon ambiguë dans
l’acte, pour préciser les lieux loués, indiqués de façon imprécise dans le bail671, pour connaître
l’étendue des pouvoirs conférés au mandataire par un mandat tacite672, etc., la preuve d’une
telle situation est librement rapportée. La détermination de ces éléments peut alors être
considérée comme l’interprétation du contenu, et non pas comme l’élément essentiel du
contrat. Autrement dit, l’interprétation du contrat n’est pas soumise aux règles de l’article
1341 du Code civil français.
221. Aux termes de cette étude, il importe de constater que les règles de preuve
littérale sont requises pour prouver l’existence et le contenu de l’acte juridique, même s’il
existe parfois une incertitude à propos de la justification de son contenu. Cependant, elles
contiennent des limites d’application.
222. La règle de la preuve littérale ne concerne que les parties à l’acte juridique.
Elle doit être apprécié au regard des personnes auxquelles elle s’adresse et quant à la
possibilité qu’elles ont d’y déroger. Dans cette perspective, elle ne concerne pas les tiers, et
est d’ordre privé.
223. Il est logique que l’exigence d’une preuve préconstituée s’impose seulement
aux parties à l’acte et non aux tiers673. Ces derniers, ne faisant pas partie de l’opération
juridique considérée, se trouvent dans l’impossibilité de se ménager un écrit674. En
conséquence, les tiers ne sont pas soumis aux règles de l’article 1341 du Code civil français,
670
Cass. soc., 24 mars 1958 : Bull. civ. 1958, IV, n° 456.
671
Cass. 3e civ., 22 janvier 1970 : Bull. civ. 1970, III, n° 50. - Cass. 3e civ., 6 décembre 1977 : Bull.
civ. 1977, III, n° 421.
672
Cass. civ., 10 juillet 1945 : D. 1946, jurispr. p. 181, note P. MIMIN.
673
A. BENABENT, Droit civil, Les obligations, 12e, éd., Montchrestien, 2010, n° 119 ; P.
MALAURIE, L. AYNES, P. STOFFEL-MUNCK, Les obligations, 4e, éd., Defrénois, 2009, n°568.
674
F. FERRAND, Rép. pr. Civ. Dalloz, V. Preuve, n° 178.
164
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
de sorte qu’ils ont la possibilité de recourir aux témoignages et aux présomptions pour
prouver un acte juridique auquel ils sont étrangers ; cet acte constitue à leur égard un simple
fait juridique675.
On trouve généralement que la notion de tiers fait partie des notions récurrentes en droit
des contrats dont la compréhension ne saurait, par définition, être unique. En la matière, la
Cour de cassation considère comme tiers au contrat « ceux qui n’y ont été ni parties, ni
représentés, et qui n’ont pas non plus la qualité de créanciers d’une partie ou d’ayants cause
universels d’une des parties »679. Toutefois, elle admet qu’un héritier, du moins lorsqu’il agit
en déclaration de simulation, peut bénéficier de la liberté de la preuve680.
675
H. et L. MAZEAUD, J. MAZEAUD et Fr. CHABAS, Leçons de droit civil, Introduction à l’étude
du droit, 12 éd., Montchrestien, 2000, n° 405 ; Ph. MALINVAUD, Introduction à l’étude du droit, 12e
éd., Litec, 2008, n° 537.
676
Cass. 2e civ. 16 juillet 1964, Bull. civ. II, no 565 ; 26 novembre 1965, ibid. II, no 948 ; Cass. soc.
11 octobre 1967, ibid. IV, no 624.
677
Com. 30 juin 1980, Bulletin, IV, n° 279, p. 226.
678
Civ. 1e, 7 février 1989, Bulletin, I, n° 71, p. 46 ; Civ. 1e 24 novembre 1987, Bulletin, I, n° 309, p.
221.
679
F. FERRAND, op. cit., n° 179.
680
Cass. 1e civ. 19 avril 1958, Bull. civ. I, no 188 ; 5 janv. 1983, Bull. civ. I, no 10.
681
Cass. 3e civ. 15 mai 1974, Bull. civ. III, no 201 ; Comp. Cass. 3e civ. 28 juin 1978, ibid. III, no 271.
165
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
contrat contre un tiers, c’est une situation de fait et non un acte juridique qu’il entend prouver
parce que le contrat est opposable aux tiers, il n'a à leur égard aucun effet obligatoire. Il s'agit
en principe d'obliger le tiers à respecter le contrat, à en tenir compte comme d'une situation de
fait »682. Ainsi, la Cour de cassation française a affirmé : « si, en principe, les conventions ne
nuisent ni ne profitent à ceux qui n'y ont pas été parties, il ne s'ensuit pas que le juge ne puisse
pas considérer que les clauses d'un contrat aient pour effet de créer une situation de fait vis-à-
vis des tiers »683. La situation étant de fait pour les tiers, le contrat devrait pouvoir être prouvé
contre eux comme un simple fait et non comme un acte juridique. Cette solution s’avère donc
très contestable684.
225. Dans ces deux cas, c’est le premier qui semble l’emporter. Le plus souvent, le
contentieux porte non sur la preuve du contrat, mais sur son opposabilité aux tiers ; en réalité,
la jurisprudence est très peu abondante. Et, c’est une chance que la Cour de cassation ait
affirmé : « s’il est permis aux tiers de contester par tous modes de preuve la sincérité des
énonciations contenues dans les actes écrits qu’on leur oppose […] il appartient aux parties à
un acte d’en rapporter la preuve contre les tiers dans les termes du droit commun »685.
682
M. OUDIN, J.-Cl. Civil Code, Art. 1341-1348, Fasc., 20, n° 67.
683
Cass. com., 19 oct. 1954 : Bull. civ. 1954, III, n° 306 ; D. 1956, p. 78. - Cass. 3e civ., 21 mars 1972
: Bull. civ. 1972, III, n° 193.
684
A. BENABENT, op. cit., n° 119.
685
Cass. 3e civ., 15 mai 1974 : Bull. civ. 1974, III, n° 201.
686
V. infra. n° 251 et s.
687
J.-L. MOURALIS, Rép. Civ. Dalloz, V. Preuve, n° 1092.
688
Ibid.
689
Cass. civ. I, 29 juin 1960: Bull. civ., n° 355; Cass. Com., 24 mars 1965: Bull. civ., n° 264; Cass.
Civ. II, 9 février 1966 : Bull. civ., n° 178. D. FERRIER, La preuve et le contrat, in Mélanges Michel
CABRILLAC, éd., Litec, 1999, p. 105 et s., n° 8.
166
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
A cet égard, elle permet aux parties d’échapper aux règles de la preuve préconstituée,
posée par l’article 1341 du Code civil, par convention sur la preuve690. Ceci a bien été affirmé
par la Cour de cassation. Dans un arrêt remarqué de la première Chambre civile, rendu le 8
novembre 1989, la Cour de cassation a admis la validité « d’une clause déterminant le
procédé de preuve de l’ordre de paiement et que, pour les droits dont les parties ont la libre
disposition, ces conventions relatives à la preuve sont licites »691. Aucune forme particulière
ne semble requise692, de sorte que les parties peuvent faire la preuve autrement que par écrit,
même si le montant du litige dépasse la somme prévue par ce texte693.
Les conventions sur la preuve peuvent alors être divisés en deux catégories : celles qui
atténuent la rigueur du mode de preuve légale et celles qui, au contraire, imposent un mode
plus rigoureux que celui proposé par la loi694. Dans le premier cas, il est admis que les parties
peuvent renoncer à la règle de l’article 1341 et convenir entre elles de recourir à la preuve
testimoniale. Cette solution est admise depuis longtemps par la jurisprudence française695.
Dans le second cas, les parties peuvent aggraver les exigences de l’article 1341 du Code civil
français en convenant que la preuve doit être apportée par acte authentique696. La licéité d’une
telle convention sur la preuve suppose toutefois que les parties aient la libre disposition des
droits en cause697.
690
A. BENABENT, Droit civil, Les obligations, 12e, éd., Montchrestien, 2010, n° 112 ; Ph.
MALAURIE, L. AYNES, Introduction générale, éd., Defrénois, 3e., 2009, n° 199 ; V. DEPADT-
SEBAG, Les conventions sur la preuve, in La preuve, sous la direction de C. PUIGELIER, éd.,
Economica, 2004, p. 13 et s ; H. ROLAND, L. BOYER, op. cit., n° 1669.
691
Cass. 1e civ., 8 novembre 1989, Bulletin civ. I, n° 342.
692
R. LE BALLE, Des conventions sur le procédé de preuve en droit civil, thèse, Paris, 1923, p. 74.
693
F. CHAMOUX, La preuve dans les affaires : de l’écrit au microfilm, éd., Litec, 1979, p. 33.
694
V. DEPADT-SEBAG, Les conventions sur la preuve, in La preuve, sous direction de C.
DUIGELIER, Economica, éd., 2004, p. 17 ; R. LEGEAIS, Les règles de la preuve en droit civil,
permanence et transformations, thèse, Poitiers, 1954, p. 140 ; Y. FLOUR, Les conventions sur la
forme, Defrénois, 15 août 2000, n° 15-16, p. 911.
695
Cour de Rennes, 25 février 1841, S., 1841-2-429 ; Req., 6 janvier 1936, DH, 1936, p. 116 ; Req., 24
mars 1942, DC, 1942. p. 64.
696
V. DEPADT-SEBAG, art. cit., p. 17.
697
Cass. 1re civ. 8 novembre 1989, D. 1990. 369, note CH. GAVALDA.
167
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
convention résultera de l’inscription figurant au compteur placé chez l’abonné. Les contrats
bancaires, par lesquels un établissement remet à son client une carte de paiement, en même
temps que le code confidentiel permettant de l’actionner, prévoient que l’enregistrement
informatique par l’ordinateur de la banque vaudra preuve des ordres de paiement, réalisé au
moyen de la carte et du code correspondant »698.
227. Les conventions sur la preuve sont donc valables mais limitées699. Elles doivent
respecter les principes généraux du droit civil, bien que ceux-ci ne soient pas expressément
repris dans les articles du Code civil français700. Elles ne sont pas admises en deux cas701. En
premier lieu, quand elles reviennent à priver le juge de son pouvoir d’appréciation, son rôle ne
consistant plus qu’à vérifier l’existence ou à constater l’absence des conditions prévues par les
parties702. En second lieu, quand elles vont jusqu’à établir une véritable règle de fond sous
couvert d’une convention sur la preuve. Dans l’hypothèse où les parties conviennent de la
force probante attachée à l’élément de preuve obtenu par le mode qu’elles ont choisi de
retenir, il leur est possible de s’interdire toute contestation de la preuve rapportée703. Dans ces
deux cas, la jurisprudence n’accepte pas la validité des conventions sur la preuve. Au-delà,
certaines matières sont hostiles à de telles conventions sur la preuve. Il en est ainsi du droit de
la consommation. Sont susceptibles d’ « être abusives des clauses qui renverseraient la charge
de la preuve au détriment du consommateur »704.
228. Par les conventions sur la preuve, les parties peuvent renoncer aux règles de
l’article 1341 du Code civil français en considération son caractère privé. Et, cette
renonciation doit être suffisamment claire et non équivoque705.
698
V. DEPADT-SEBAG, art. cit., p. 18.
699
Cass. Civ., 1e, 8 novembre 1989, note G. VIRASSAMY, JCP éd., G, 1900.II.2157, n° 11 et s.
700
M.-H. TONNLIER et F. DUPUIS-TOUBOL, Le commerce électrique vaut bien une réforme du
droit de la preuve, JCP E, 1998 p. 2012.
701
Cass. civ. 1e, 8 novembre 1989, JCP 1990. 21576, note G. VIRASSAMY.
702
D. AMMAR, Preuve et vraisemblance, contribution à l’étude de la preuve technologique, RTD civ.,
1993, p. 518 ; V. DEPADT-SEBAG, art. cit., p. 22.
703
Ibid.
704
A. BENABENT, op. cit., n° 112 ; V. DEPADT-SEBAG, art. cit., 26 et s.
705
F. FERRAND, op. cit., n° 181 ; J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1096.
168
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
La renonciation d’une partie aux règles de l’article 1341 du Code civil permet à l’autre
de prouver par tous moyens de preuve. Elle peut être expresse ou tacite706. De fait, elle résulte
souvent d’une attitude ou d’un comportement707. A cet égard, la jurisprudence française
admet depuis longtemps que la renonciation d’une partie au bénéfice d’une promesse de vente
fasse échec à l’exigence de la preuve littérale708. Il est également admis que la renonciation au
bénéfice d’une clause d’un contrat puisse se prouver librement, bien que l’article 1341 du
Code civil français interdise de prouver outre et contre un écrit par témoins ou
présomptions709. Si la renonciation aux règles de l’article 1341 est justifiée, le demandeur peut
recourir aux témoins ou aux présomptions pour prouver l’existence et le contenu du contrat.
Dans cette situation, l’appréciation des moyens de preuve doit être laissée au pouvoir
souverain des juges de fond.
229. Dès lors, il convient de conclure que les règles de la preuve préconstituée en
droit français concernent seulement les parties à l’acte juridique et non les tiers. Même si elles
énoncent que les parties à cet acte juridique doivent le passer par écrit, elles leur permettent
d’y échapper au motif de leur caractère privé. Cependant, afin de mieux préciser la portée de
ces règles, nous allons examiner l’objet de la preuve littérale de l’article 1341 du Code civil
français.
231. L’article 1341 du Code civil français exige l’obligation de passer un acte de
toutes choses excédant la somme ou la valeur fixée par décret. Initialement, elle était de 150
706
Cass. Soc. 3 août 1949, Bull. civ. III, n° 894; 19 octobre 1954 ibid. III, n° 750; Cass. 1e civ. 5
novembre 1952, ibid. I, n° 286.
707
M. REBOURG, La preuve de l’engagement par volonté unilatérale, RRJ, 2004-4, p. 1405, n°12 et
s.,
708
Cass. req., 14 mai 1946 : D. 1946, jurispr. p. 374.
709
Cass. com., 25 juin 1958 : Bull. civ. 1958, III, n° 280 ; Gaz. Pal. 1958, 2, p. 194.
169
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
francs en 1804710. Cette somme a été portée à 5.000 (ancien) francs en 1948, puis à 50
(nouveau) francs en 1958711. Une loi du 12 juillet 1980 est venue modifier cet article de telle
sorte qu’il renvoie désormais à un décret fixant le seuil d’exigence de l’écrit. Le décret n° 80-
533 de juillet 1980 en établissait le montant à 5000 francs712. Finalement, c’est le tout récent
décret n° 2004-836 du 20 août 2004 qui a élevé la somme à 1500 euros.
Force est constater que le chiffre du seuil de l’article 1341 du Code civil français a
évolué avec le temps. Cette solution s’explique, bien évidemment, par la dévaluation de la
monnaie qui devrait nécessairement entraîner la fixation d’un seuil plus élevé713. En effet,
avant 1980, alors que la preuve écrite était requise dès qu’on excédait 50 francs, ce seuil étant
pratiquement toujours dépassé714. Dans ce cas, les règles relatives au mode de calcul de cette
somme étaient devenues pratiquement sans intérêt715. Il était donc logique d’augmenter la
valeur à 5000 francs en 1980, montant qui atteint 1500 euros aujourd’hui716. En présence
d’une telle disposition du droit positif, il est facile de déterminer le seuil légal de la valeur de
l’objet de l’acte juridique.
710
J. VIATTE, La preuve des actes juridiques, Commentaire de la loi n° 80-525 du 12 juillet 1980,
Gaz. Pal. 1980.2.581.
711
F. CHAMOUX, op. cit., p. 10.
712
H. et L. MAZEAUD, J. MAZEAUD, Fr. CHABAS, Leçons de droit civil, Introduction à l’étude du
droit, 12e, éd. Montchrestien, par M. JUGLART, 2000, n° 392.
713
J. VIATTE, La preuve des actes juridiques, commentaires de la loi n° 80-525 du 12 juillet 1980,
Gaz.Pal, 1980.2.581 ; F. CHAMOUX, La preuve dans les affaires de l’écrit au microfilm, éd., Litec,
1979, p. 12.
714
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, Traité de droit civil, Introduction générale,
LGDJ, 4e, éd., 1994, n° 661.
715
F. CHAMOUX, La preuve dans les affaires de l’écrit au microfilm, éd., Litec, 1979, p. 10.
716
Décret n° 2004-836 du 20 août 2004.
170
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
A l’inverse, il est possible que le demandeur, ayant souscrit un contrat portant sur un
engagement d’une valeur de 1200 euros, demande en justice un montant supérieur à 1500
euros pour inexécution ou mauvaise exécution de son obligation par le cocontractant. Dans
cette hypothèse, le demandeur bénéficie de la liberté de la preuve, puisque le montant initial
de l’engagement ne dépassait pas 1500 euros, même si le montant finalement demandé en
justice excède cette somme720.
233. Cependant, il ne faut pas oublier l’article 1342 suivant du Code civil qui
dispose que « la règle ci-dessus s’applique au cas où l’action contient, outre la demande du
capital, une demande d’intérêts qui, réunis au capital, excèdent le chiffre prévu à l’article
précédent ». Ce texte précise alors que pour calculer la valeur d’un contrat et appliquer les
règles de l’article 1341 du Code civil français, il faut additionner la valeur des prestations
principales et celle des prestations accessoires qui ont été stipulées. En effet, si le demandeur
ne réclamait que le paiement des intérêts ne dépassant pas 1500 euros, il serait quand même
tenu de prouver par écrit, dès lors que le cumul des prestations principales et des intérêts
conduit à une valeur supérieure à 1500 euros. Dans ce cas, on ne doit ajouter les prestations
accessoires à la prestation principale que si elles ont été stipulées dans la convention. En
revanche, les intérêts échus postérieurement à l’introduction de la demande en justice ne
717
AUBRY et RAU, t. 12, § 762, p. 251 ; F. FERRAND, op. cit., n° 193.
718
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1158.
719
AUBRY et RAU, op. et loc cit.
720
Cass. crim. 2 août 1937, S. 1941.1.161 ; CA Montpellier, 21 avril 1937, DH 1937.414 ; T. civ.
Sedan, 10 juillet 1934, S. 1935.2.24 ; T. corr. Laon, 3 novembre 1934, DH 1935.64.
171
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
devraient pas être pris en compte pour le calcul du montant de l’engagement, car ils n’étaient
pas prévisibles lors de la conclusion de la convention.
On constate ainsi que ce texte vise les intérêts échus au moment de la demande en
justice tandis qu’il « méconnaît que, lorsque le contrat a été conclu, par exemple un prêt
d’argent, le créancier ne pouvait pas savoir quel serait le montant des intérêts impayés au jour
où il demanderait le remboursement du capital »721. Ainsi donc, il ne serait pas véritablement
convenable dans le calcul du seuil légal.
235. Aux termes de cette étude, il est permis de conclure que la condition posée par
l’article 1341 du Code civil français à l’admission de la preuve par témoins ou présomptions
est que la valeur de l’objet de la convention soit inférieure à la somme fixée par décret. Si la
valeur est indéterminée, pour diverses raisons, on peut présumer que les seules preuves
recevables sont l’écrit, l’aveu ou le serment724. Quand l’objet de la convention ne porte pas
sur une somme d’argent et que les parties prétendent user de la preuve par témoins ou
présomptions, elles devront procéder à l’évaluation de son objet, sous contrôle du juge. Mais,
en pratique, cette hypothèse est très rare car il est facile de déterminer la valeur de l’objet
d’une convention dans la plupart des cas.
721
M. OUDIN, op. cit., n° 44.
722
R. MOUGENOT, Droit des obligations, la preuve, éd., Lacier, 2er 1997, n° 42.
723
F. FERRAND, op. cit., n° 194.
724
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1164.
172
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
236. Les règles supplémentaires sont celles qui règlementent des cas particuliers où
l’exigence d’une forme écrite est requise pour prouver l’existence et le contenu d’un acte
juridique. De ce point de vue, elles sont minutieusement prévues par les articles 1343 à 1346
du Code civil français, et ont pour finalité d’éviter que le demandeur détourne les règles de
l’article 1341 du Code civil français725.
Selon l’article 1343 du Code civil français, « celui qui a formé une demande excédant le
chiffre prévu à l’article 1341 ne peut plus être admis à la preuve testimoniale, même en
restreignant sa demande primitive ». Le texte signifie que le demandeur n’est pas autorisé à
échapper aux règles de l’article 1341 du Code civil en réduisant ses prétentions.
Effectivement, cette disposition est pratiquement sans utilité puisque la somme prise en
compte est celle de l’engagement ou de l’acte initial et non celle de la demande. En
conséquence, il serait impossible de réduire unilatéralement la valeur de l’engagement initial.
237. L’article suivant du Code civil français dispose que « la preuve testimoniale,
sur la demande d’une somme même inférieure à celle qui est prévue à l’article 1341, ne peut
être admise lorsque cette somme est déclarée être le restant ou faire partie d’une créance plus
forte qui n’est point prouvée par écrit ». Cette règle ne permet en effet pas au « demandeur de
fractionner sa créance dans plusieurs instances afin d’espérer bénéficier de la liberté de la
preuve si le montant qu’il réclame ne dépasse pas les 1500 euros »726. En matière de droit des
contrats, on constate donc qu’elle ne s’applique pas au contrat puisque la valeur d’un contrat
au sens de l’article 1341 du Code civil français découle non pas du montant réclamé, mais de
la valeur réelle de son objet.
238. En vertu de l’article 1345 du Code civil français, « si, dans une même instance,
une partie fait plusieurs demandes, dont il n’y ait point de titre par écrit, et que, jointes
ensemble, elles excèdent la somme prévue à l’article 1341, la preuve par témoins n’en peut
être admise, encore que la partie allègue que ces créances proviennent de différentes causes,
et qu’elles se soient formées en différents temps, si ce n’était que ces droits procédassent par
succession, donation ou autrement, de personnes différentes ». Le texte ajoute : « le principe
est que lorsque, dans une instance, une partie forme plusieurs demandes et qu’elle ne peut
présenter d’écrit pour aucun des engagements, la preuve libre ne peut être admise pour aucune
725
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, Traité de droit civil, Introduction
générale, 4e, LGDJ., 1994, n° 661.
726
F. FERRAND, op. cit., n° 196.
173
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
des demandes si leur total dépasse 1500 euros »727. En d’autres termes, elle doit dresser un
écrit dès le premier engagement si l’on sait qu’elle aura à nouveau l’occasion de traiter
ensemble, au point qu’un jour la totalité des créances accumulées dépassera 1500 euros,
même si aucune d’entre elles n’excède ce chiffre.
239. L’article dernier 1346 du Code civil français dispose que « toutes les
demandes, à quelque titre que ce soit, qui ne seront pas entièrement justifiées par écrit, seront
formées par un même exploit, après lequel les autres demandes dont il n’y aurait point de
preuves par écrit ne seront pas reçues ». Effectivement, cette règle « fait un pas de plus dans
la sévérité en matière d’application des règles probatoires. Elle se place sur un terrain
procédural en interdisant au demandeur possédant plusieurs créances non constatées par écrit
contre un même débiteur, d’en demander le paiement dans des instances séparées »730. Elle est
destinée à éviter les détournements possibles de l’article 1345 en formant autant de demandes
en justice qu’il y aurait de créances distinctes. La sanction de la méconnaissance de l’article
1346 du Code civil consiste en l’irrecevabilité des demandes postérieures. Il semble même
que le juge puisse relever d’office cette dernière, même si le demandeur était en mesure de
prouver le bien-fondé de celles-ci par un mode de preuve parfait tel que l’aveu ou le serment.
727
F. FERRAND, op. cit., n° 197.
728
M. OUDIN, op. cit., n° 45. V. Cass. civ., 10 décembre 1901 : DP 1902, 1, p. 407 ; S. 1902, 1, p.
404.
729
M. OUDIN, op. et loc cit. V. Cass. civ., 10 décembre 1901 : DP 1902, 1, p. 407 ; S. 1902, 1, p. 404.
730
F. FERRAND, art. cit., n° 199.
174
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
240. A vrai dire, ces textes limitent l’application des règles de l’article 1341 du
Code civil français et en diminuent la valeur, en d’autres termes pour certains cas particuliers,
l’exigence d’une forme écrite littérale est imposée à l’acte juridique dont la valeur de son
objet est inférieure à 1500 euros. Par conséquent, pour connaître quel est exactement le seuil
de la règle de la preuve préconstituée au sens de l’article 1341 du Code civil français, Il est
nécessaire d’examiner non seulement ses proproes règles, mais encore celles posées par les
articles 1342 à 1346 du même Code qui sont fréquemment négligées. Cependant, il faut dire
que l’article 1341 n’est pas une seule règle de preuve préconstituée en droit français. Il existe
notamment des cas pour lesquels le droit français allonge l’exigence d’une preuve littérale.
Dans cette hypothèse, on parle d’exigence d’une forme littérale pour prouver certains
contrats, même si leur valeur est inférieure au chiffre auquel se réfère la loi.
241. Il convient de remarquer qu’un certain nombre de textes spéciaux issus des lois
ultérieures disposent que tel ou tel contrat doit être rédigé par écrit. Toutefois, la sanction de
l’inobservation de l’écrit n’est pas toujours prévue ; par conséquent, cela pose une question
d’interprétation des textes légaux.
Les exemples d’une telle situation abondent en droit français, il suffit d’en citer quels-
uns. Ainsi en est-il, par exemple, de l’article 2044 du Code civil français qui énonce que « la
transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née, ou préviennent
une contestation à naître. Ce contrat doit être rédigé par écrit ». Il en est de même de l’article
L. 112-3 du Code d’assurance qui dispose que « le contrat d'assurance et les informations
transmises par l'assureur au souscripteur mentionnées dans le présent code sont rédigés par
écrit, en français, en caractère apparents ». De même, à propos du contrat de vente de voyage
et de séjours, l’article R. 211-8 du Code de tourisme dispose que « le contrat conclu entre le
vendeur et l'acheteur doit être écrit ». Dans tous ces textes, il convient de savoir si l’exigence
de l’écrit est une condition de validité de l’acte ou simplement l’unique moyen de sa preuve.
242. Afin d’y répondre, il convient d’examiner, dans chaque cas, le but que le
législateur a voulu atteindre en imposant la rédaction d’un écrit. De ce point de vue, Monsieur
GHESTIN explique : « il faut rechercher la justification de la forme prescrite et adapter le
plus exactement possible son régime juridique à ce but, notamment quant à la sanction la plus
adéquate et aux assouplissements qui peuvent lui être opportunément apportés »731. En
731
J. GHESTIN, op. cit. n° 277.
175
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
général, l’écrit est alors interprété en faveur d’une règle de preuve. A titre d’exemples, on
peut citer les contrats de transaction732, de baux d'habitation soumis à la loi du 6 juillet
1989733, d’assurance734, etc., dont l’exigence de la rédaction d’un écrit est une condition de
preuve. Ce cas s’appuie sur l’argument selon lequel le formalisme est une exception au
consensualisme ; par voie de conséquence, il doit être interprété étroitement735. Néanmoins, il
arrive parfois que l’écrit soit d’interprétation au sens large du terme, c’est-à-dire qu’il serait
d’une forme solennelle736.
En revanche, la réponse est plus facile que dans l’hypothèse susvisée lorsque les textes
légaux sont explicites. L’article 1715 du Code civil français énonce ainsi que « si le bail fait
sans écrit n'a encore reçu aucune exécution, et que l'une des parties le nie, la preuve ne peut
être reçue par témoins, quelque modique qu'en soit le prix, et quoiqu'on allègue qu'il y a eu
des arrhes données ». En effet, la question de la forme solennelle ou probatoire de l’exigence
de l’écrit a bien été réglée. Cet article indique clairement que l’écrit est requis pour la preuve
du contrat, même si les enjeux « modiques » ne permettent pas aux parties d’échapper aux
règles de la preuve littérale737.
Mais si l’écrit instrumentaire fait défaut, le contrat peut-il être prouvé par l’aveu
judiciaire, le serment décisoire, voire les témoins ou présomptions, en cas de perte due à la
732
Par exemple, Cass. 1e civ., 18 mars 1986 : Bull. civ. 1986, I, n° 74. - Cass. 1e civ., 2 mai 1990 :
Juris-Data n° 1990-001304. - Cass. 1e civ., 10 octobre 1995 : Bull. civ. 1995, I, n° 360. - CA Fort-de-
France, 13 avril 1950 : JCP G 1951, II, 5989, note R. RODIERE. - CA Pau, ch. soc., 4 septembre 2006
: Juris-Data n° 2006-324613.
733
Cass. 3e civ., 7 février 1990 : Bull. civ. 1990, III, n° 40 ; RTD civ. 1990, p. 679, obs. P. REMY ;
Defrénois 1991, p. 550, note J.-L. AUBERT.
734
Cass. 1e civ., 14 novembre 1995 : Bull. civ. 1995, I, n° 402 ; JCP E 1996, pan. p. 36 ; D. 1996,
somm. p. 187. - V. déjà Cass. civ., 22 janvier 1947 : JCP G 1947, II, 3724, 1e esp., note A. BESSON ;
D. 1947, jurispr. p. 233, note P. L.-P. - Cass. soc., 27 février 1947 : JCP G 1947, II, 3724, 2e esp., note
A. BESSON.
735
V. supra. n° 94.
736
Ibid.
737
R. RODIERE, Traité de droit maritime, n° 63 cité par G. LEGIER, op. cit, n° 179.
176
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
force majeure ou en présence d’un commencement de preuve par écrit ? Il est généralement
admis que le contrat peut être prouvé par l’aveu ou le serment, ou encore par témoignages ou
présomptions s’il existe un commencement de preuve par écrit. Cependant, à chaque fois, le
contrat ne peut pas être prouvé par témoins en cas d’absence de l’écrit, même s’il existe un
commencement de preuve par écrit. Tel est le cas du contrat d’assurance que l’on ne peut
prouver par témoignages738. Cela s’explique alors par « le contrat d’assurance [qui] est un acte
juridique complexe aux clauses nombreuses, s’échelonne dans le temps, et est susceptible
d’intéresser les tiers »739.
En cas de disparition de l’écrit, causée par un cas fortuit ou une force majeure, « le
contrat peut sans doute être prouvé par tout moyen, comme le permet expressément l’article
1348 du Code civil. Cette disposition, qui ne fait qu’exprimer une conséquence naturelle de
ces événements, doit s’appliquer en toute hypothèse, même si le texte spécial qui exige un
écrit ne prévoit pas ce tempérament »740. Bien entendu, une double preuve s’impose alors, car
il faut prouver à la fois la rédaction d’un écrit instrumentaire et sa perte en raison de la force
majeure ou du cas fortuit.
245. Dès lors, on peut conclure que la preuve préconstituée s’applique au contrat,
plus généralement à l’acte juridique, ayant une valeur supérieure à un seuil fixé par décret.
Pour prouver l’existence et le contenu d’un contrat, le demandeur doit rapporter la preuve par
écrit selon les règles de l’article 1341 du Code civil français. Néanmoins, pour savoir
738
G. NOGUERO, Charge de la preuve de l’écrit du contrat d’assurance, RID 2009.307.
739
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 185. Voir aussi, M. PICARD et A. BESSON, Les assurances
terrestres en droit français, t. 1, Le contrat d'assurance, éd., LGDJ. 1982, n° 56.
740
G. LEGIER, op. cit., 177.
741
Civ, 1e, 12 avril 1976, RTD. Com, 1978. 103, obs. H. DESBOIS ; M.-A. GUERRIERO, op. cit., p.
180.
177
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
comment ces règles de preuve préconstituée sont en œuvre en droit français, nous allons les
examiner dans un second temps.
246. Les règles de la preuve préconstituée usent de deux procédés principaux afin
d’aboutir à leurs objectifs. En premier lieu, elles exigent que les parties concluent l’acte
juridique en forme écrite que l’on appelle souvent « écrit instrumentaire » (I). En second lieu,
elles édictent des sanctions juridiques au cas de non observation de cette exigence (II).
A. L’écrit instrumentaire
247. L’article 1341 du Code civil français énonce expressément qu’il « n’est
reçu aucune preuve par témoins ou présomptions contre et outre le contenu aux actes, ni sur
ce qui serait allégué avoir été dit avant, lors ou depuis les actes », même s’il s’agit d’une
somme ou valeur moindre. Cet article interdit de prouver par présomptions ou témoins des
inexactitudes ou omissions qui auraient eu lieu lors de la rédaction de l’écrit ; la même
prohibition s’applique aux modifications prétendument apportées après la rédaction de l’écrit.
Ainsi, il importe de préciser quels sont les actes bénéficiant de la protection prévue par
l’article 1341 du Code civil français (A), et d’expliquer pourquoi le législateur leur confère la
force probante ; autrement dit, nous démontrerons les finalités de l’écrit instrumentaire (B).
248. L’acte qui bénéficie de la force probante, posé par l’article 1341 du Code civil
français, consiste généralement en l’acte authentique et l’acte sous seing privé. La loi
ultérieure y ajoute l’acte d’avocat. Evidemment, chaque acte juridique doit remplir ses
conditions légales. A chaque fois, il existe des liens de dépendance entre les deux premiers.
La sanction, en cas de non-respect des conditions requises pour l’acte instrumentaire, est que
celui-ci ne fait pas preuve de l’engagement, mais peut constituer un commencement de preuve
par écrit.
En premier lieu, « l’acte authentique est celui qui a été reçu par officiers publics ayant le
droit d’instrumenter dans le lieu où l’acte a été rédigé et avec les solennités requises »742. Les
actes authentiques les plus importants du point de vue de la preuve des contrats sont les actes
742
Article 1317 du Code civil français.
178
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
notariés puisque la loi confère aux notaires le monopole de constater les conventions conclues
entre particuliers743. Quant à leurs formalités, qui varient selon chaque type d’acte
authentique, « les trois conditions toujours exigées sont la langue française, la signature
manuscrite de l’officier public et l’indication de la date de l’acte »744.
L’acte authentique est instrumenté par des officiers publics ; en conséquence il « fait
pleine foi de la convention qu’il renferme entre les parties contractantes ». En outre,
soulignons que l’acte authentique n’est pas une solennité et que celui qui comporte une
irrégularité de forme n’est pas dépourvu de toute force probante. En effet, il a celle d’un acte
sous seing privé, s’il est signé par les parties contractantes745. Lorsque l’acte a été signé par le
notaire, mais non par une des parties, il vaut, dit la Cour de cassation, commencement de
preuve par écrit746. Dans ces deux cas, il faut constater qu’il y a conversion par réduction.
249. En second lieu, concernant l’acte sous seing privé, il est utile de remarquer
qu’il est plus libre dans sa rédaction que l’acte authentique ; rien en dehors de la signature des
parties n’est essentiel, ni la date, ni l’état civil, ni même la mention couramment utilisée « lu
et approuvé »747. Cependant, à chaque fois, la loi française est un peu plus exigeante pour
certaines catégories d’actes sous seing privé, en imposant la formalité dite du « double » pour
ceux relatant des conventions synallagmatiques et celle de la mention manuscrite de la valeur,
en chiffres et en lettres, en cas de promesse unilatérale748.
Ainsi, l’article 1325, premier alinéa, du Code civil français dispose : « les actes sous
seing privé qui contiennent des conventions synallagmatiques ne sont valables qu’autant
qu’ils ont été faits en autant d’originaux qu’il y a de parties ayant un intérêt distinct ». Cette
règle s’explique par la volonté du législateur qui est « d’assurer à chaque contractant une
situation égale aux autres en lui permettant d’obtenir les prestations auxquelles l’écrit lui
743
P.-E. NORMAND, La loi, le contrat et l’acte authentique, JCP N, 1990.I.359.
744
Ph. MALAURIE, L. AYNES, Ph. STOFFEL-MUNCK, op. cit., n° 577.
745
L’article 1318 du Code civil français dispose que « l’acte qui n’est point authentique par
l’incompétence ou l’incapacité de l’officier, ou par un défaut de forme, vaut comme écriture privée,
s’il a été signé des parties ». Civ. 1er, 11 juillet 1955 : Bull. civ. I, n° 294 ; 8 août 1967 : ibid. I, n°
106 ; RTD civ. 1968. 147, note CHEVALIER.
746
Cass. soc. 16 juin 1966, JCP 1966.IV.111.
747
Civ, 1e, 27 janvier 1993 : Bull. civ. I, n° 39 ; JCP 1994.II.22195, note PETEL-TEYSSIE ; JCP N
1993.II.256, note LEVENEUR ; Defrénois 1993.730 note AUBERT ; 21 février 2006 : Bull. civ. I, n°
93 ; D. 2007. Pan. 1906, note T VASSEUR ; RTD civ. 2006. 768 note MESTRE et FAGES.
748
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, op. cit., n° 690.
179
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
donne droit »749. Si cette condition fait défaut, l’acte sous seing privé perd sa force
probante750. Cependant, elle contient certaines exceptions. Tout d’abord, lorsque l’une des
parties a déjà intégralement exécuté ses obligations au moment de la rédaction de l’écrit, il
n’est pas nécessaire d’établir l’acte en double, car il n’y a plus qu’une obligation et il suffit
que l’écrit permettant de la prouver soit entre les mains du créancier751. Ensuite, les parties
peuvent éviter la rédaction de plusieurs écrits en déposant l’unique exemplaire de cet acte
entre les mains d’un tiers ; de cette sorte l’égalité des parties est assurée, car le tiers qui
conserve l’acte le produira à la demande de l’une ou l’autre partie752.
A propos de l’engagement unilatéral, l’article 1326 du Code civil français dispose que
« l’acte juridique par lequel une seule partie s’engage envers une autre à lui payer une somme
d’argent ou à lui livrer un bien fongible doit être constaté dans un titre qui comporte la
signature de celui qui souscrit cet engagement ainsi que la mention, écrite, de la somme ou de
la quantité en toutes lettres et en chiffres ». Effectivement, la formalité de la mention écrite ne
s’impose que pour les engagements unilatéraux ayant pour objet une somme d’argent ou un
bien fongible753. Elle n’est exigée ni pour les contrats synallagmatiques ni pour les actes
extinctifs tels qu’une renonciation. Comme l’exigence du double original, celle de la mention
écrite constitue une règle de preuve dont la méconnaissance n’entraîne pas la nullité du
contrat, l’acte qui en est dépourvu vaut commencement de preuve par écrit754.
250. En troisième lieu, ce sont des lettres missives qui sont couvertes par les règles
de l’article 1341 du Code civil si elles sont assimilables à une preuve littérale755. A cet égard,
749
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, Traité de droit civil, Introduction générale,
LGDJ, 4e. éd., 1994, n° 690, p. 668. V. aussi J. MESTRE, obs. RTD civ. 1993, p. 358.
750
Civ. 3e, 26 juin 1973: Bull. civ. III, no 444 ; 23 janvier 1991: Ibid. III, no 35; 13 févrer 1991: ibid.
III, no 58; Defrénois 1991. 1264, obs. J.-L. AUBERT.
751
Civ. 1e, 14 décembre 1983: Bull. Civ., I, n° 298, 13 janvier 1993 : Bull. civ., I, n° 16. V. obs. J.
MESTRE, RTD civ. 1994. 610.
752
Civ. 3e, 5 mars 1980: Bull. civ. III, no 52. La remise à un tiers constituant une exception au
principe posé par l'art. 1325, la preuve du consentement à cette remise incombe à celui qui s'en
prévaut. Civ. 3e, 15 avril 1992: Bull. civ. III, no 131; D. 1992. Somm. 398, obs. KULLMANN.
753
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 292 et s.
754
Civ. 1e, 16 janvier 1985 : Bull. civ. I. n° 24 ; RTD civ. 1986. 758 note J. MESTRE ; Com. 26 juin
1990 : Bull. civ. IV, n° 275-277 ; JCP 1992. II. 21923, note SIMLER ; 20 octobre 1992 : Bull. civ. I,
n° 259 ; 10 janvier 1995, JCP N 1995.II.1006 note BILLIAU ; 27 juin 1995 : D. 1996. 133 note
MICHABOUDET ; 23 février 1999 : D. 1999. 411, note ANCEL.
755
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, op. cit., n°
180
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
la Cour de cassation française laisse aux juges de fond le pouvoir souverain d’apprécier si la
valeur probatoire qui peut s’attacher à des lettres missives produites par les parties756.
Les lettres missives s’assimilent en général aux actes sous seing privé, mais il existerait
différentes conséquences entre ces deux actes. Par exemple, l’omission de la formalité du
« double », dans un acte sous seing privé, rend recevable tous les moyens de preuve contre et
outre les énonciations de celui-ci : la même omission ne permet pas d’écarter l’article 1341 du
Code civil quand elle affecte une lettre missive757. Pour cette raison, on admet que la formalité
du double ne s’y applique pas.
251. En quatrième et dernier lieu, il importe de citer l’acte d’avocat consacré par
l’article 3 de la loi n° 2011-331 du 28 mars 2011 en modifiant la loi n° 71-1130 du 31
décembre 1971. Tout d’abord, l’article 66-3-1 de la loi le définit de façon suivante : « En
contresignant un acte sous seing privé, l’avocat atteste avoir éclairé pleinement la ou les
parties qu’il conseille sur les conséquences juridiques de cet acte »758. En créant un acte
contresigné par avocat, le législateur français « ajoute un terme à l’alternative actuellement
offerte au justiciable entre l’acte authentique et l’acte sous seing privé »759. L’objectif
poursuivi est celui d’une plus grande sécurité juridique pour les actes conclus entre les parties,
grâce à l’intervention plus fréquente des avocats760.
Ensuite, l’article 66-3-2, à propos de sa force probante, prévoit que : « l’acte sous seing
privé contresigné par les avocats de chacune des parties ou par l’avocat de toutes les parties
fait pleine foi de l’écriture et de la signature de celles-ci tant à leur égard qu’à celui de leur
héritiers ou ayant cause. La procédure de faux prévue par le Code de procédure civile lui est
applicable ». D’après cet article, l’acte d’avocat bénéficie d’une force probante spécifique,
intermédiaire entre celle de l’acte authentique et celle de l’acte sous seing privé non reconnu
simple761. « L’acte contresigné fait pleine foi, entre les parties, leurs héritiers ou leurs ayant
756
Cass. req., 30 juin 1930 : S. 1930, 1, p. 373.
757
Cass. civ. 6 février 1928, D. 1928.1.149 note GABOLDE ; S. 1928.1.265, note G. GENY ; Cass. 1e
civ., 7 juillet 1958, Bull. civ. I, n° 361.
758
Article 66-3-1 de la loi n° 2011-331 du 28 mars 2011.
759
P. MICHAUD, Acte d’avocat : l’acte de la liberté contractuelle sera-i-il une révolution ? Gaz. Pal.,
29 mars 2011, n° 88, p. 11. V. aussi O. DUFOUR, L’acte contresigné par un avocat est né ! LPA, 30
mars 2011, n° 63, p. 3.
760
J. VAROCLIER, L’acte d’avocat : much ado about nothing ? Gaz. Pal., 28 juin 2011, n° 179, p.
14 ; O. DUFOUR, L’acte contresigné par un avocat est né, LPA, 30 mars 2011, n° 63, p. 3.
761
L’article 1322 du Code civil français admet une force égale à l’acte authentique, au sous seing privé
« reconnu », c’est-à-dire non contesté par la partie à laquelle il est opposé. Cet article dispose en effet :
181
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
cause, de leur signature et de leur écriture, si bien que les parties et leurs ayant cause ne
pourront désavouer leur signature ou écriture à l’aide de la procédure de vérification
d’écriture ».762 Néanmoins, ces personnes pourront contester le contenu de l’acte en recourant
à la procédure de faux, distincte de la procédure d’inscription de faux valable entre les actes
authentiques.
Enfin, l’article 66-3-3 de la même loi complète le dispositif : « l’acte sous seing privé
contresigné par avocat est, sauf disposition dérogeant expressément au présent article,
dispensé de toute mention manuscrite exigée par la loi ». Cette exigence est réglementé dans
l’article 1326 du Code civil, qui impose, pour tout « acte juridique par lequel une seule partie
s’engage envers une autre à lui payer une somme d’argent ou à lui livrer un bien fongible », la
nécessité d’une mention, de la main du débiteur, « de la somme ou de la quantité en toutes
lettres et en chiffres ». En revanche, l’article susvisé dispense les parties des mentions
manuscrites du fait de l’intervention de l’acte d’avocat puisque son contreseing a une même
fonction que la mention manuscrite prévue par l’article 1326 du Code civil français763.
A vrai dire, le droit français renforce la force probante de l’acte contresigné par avocat
en raison de l’intervention du professionnel juridique. Cette caractéristique se distingue du
droit vietnamien. En effet, il n’existe pas l’acte d’avocat en droit vietnamien en tant que
catégorie juridique distincte puisqu’il n’a pas d’effet juridique particulier.
« l’acte sous seing privé, reconnu par celui auquel on l’oppose, ou légalement tenu par reconnu, a,
entre ceux qui l’ont souscrit et entre leurs héritiers et ayants cause, la même foi que l’acte
authentique ».
762
B. CORINNE, Loi n° 2011-331 du 28 mars 2011 de modernisation des professions judiciaires ou
juridiques et certaines professions réglementées, RLDC, 2011, n° 82, p. 69.
763
L. LEVENEUR, La loi du 28 mars 2011 et les mentions manuscrites, Contrats, conc. consom., mai
2011, n° 5.
764
F. CHAMOUX, op. cit., p. 7 ; F. GONTHIER, Réflexion sur la notion d’écrit, JCP N et I, 1999.
182
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
efficace. Ces fonctions conduisent donc le législateur à conférer la force probante à l’écrit
instrumentaire765.
Ainsi, quand un litige survient, l’écrit facilite la tâche du juge en évitant l’imprécision
des témoignages. De cette façon, l’objectif de recherche de la vérité d’une allégation et la
volonté du juge de statuer en son intime conviction, marquant l’évolution du droit de la
preuve vers sa libéralisation croissante, ne doivent pas occulter la recherche de sécurité et de
limitation des litiges.
765
D. FERRIER, La preuve et le contrat, in Mélanges M. CABRILLAC, éd., Litec, 1999, n° 9.
766
Ph. THERY, Les finalités du droit de la preuve en droit privé, in Droit, n° 23, La preuve, éd., PUF,
1996, p. 43.
767
Ph. THERY, Les finalités du droit de la preuve en droit privé, in Droits, 23, La preuve, éd., PUF,
1996, p. 41 et s. ; R. LEGEAIS, Les règles de preuve en droit civil, permanences et transformations,
thèse, Université de Poitiers, 1954, p. 36.
768
J. CHEVALIER, La charge de la preuve, Cours de droit civil approfondi, éd., Cours de droit, 1958-
1959, p. 10.
769
Ibid.
183
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
255. Au regard de la comparaison avec la forme solennelle, nous observons que les
finalités de la preuve préconstituée se rapprochent de celles de la forme solennelle770. En
effet, la forme solennelle, preuve écrite préconstituée « participe directement à
l’extériorisation de l’acte juridique »771. Elle constitue aussi un moyen de protéger le
consentement des parties et de conserver la trace de leur accord, comme on vient de le voir.
Ces convergences fonctionnelles entre les deux formes légales s’expliquent par l’identité des
procédés que chacune utilise : l’écrit et la signature. L’acte sous seing privé ainsi que l’acte
authentique sont des titres littéraux772. S’ils sont généralement envisagés comme modes de
preuve préconstituée, ils sont encore requis pour la validité des actes solennels. L’acte
instrumentaire est toujours indique ; peu importe qu’il soit dressé pour la preuve ou pour la
validité formelle773.
257. L’article 1341 du Code civil français ne permet pas la preuve par témoignages
ou présomptions, il contredit les énonciations d’un écrit774. Cette règle vaut également lorsque
le demandeur invoque les inexactitudes de l’écrit lui-même, lorsqu’il prétend que celui-ci a
été modifié verbalement par ses défenseurs. De plus, l’interdiction de l’article 1341 du Code
770
V. FORRY, Le consensualisme dans la théorie générale du contrat, éd. LGDJ, 2007, n° 197 et s.
771
Ibid.
772
I. DAURIAC, Forme, preuve et protection du consentement, in Ruptures mouvements et continuité
du droit, Autour de Michelle ROBERT, éd. Economica, 2004, p. 405.
773
I. DAURIAC, art. cit., n° 7, p. 407.
774
H. ROLAND, L. BOYER, op. cit., n° 1702.
184
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
civil est expressément étendue à « ce qui serait allégué avoir été dit avant, lors ou depuis les
actes ». Le demandeur ne peut prouver une allégation contredisant les énonciations d’un écrit
que par écrit, aveu ou serment775.
Néanmoins, l’interdiction de l’article 1341 du Code civil français n’est jamais absolue.
Dans certains cas, les preuves peuvent être rapportées par témoignages ou présomptions
contre les énonciations de l’écrit. Ce sont les hypothèses où les preuves qui visent soit à
éclairer, soit à établir la volonté réelle des parties qui doivent être rapportées au moyen de
simples témoignages ou de présomptions (a). Mais elles visent aussi à contredire un écrit
établissant clairement la volonté des parties, ne pouvant être prouvée que par écrit (b).
258. En général, les allégations soumises aux règles de preuve préconstituée contre
les inexactitudes d’un écrit découlent de trois hypothèses. Certaines tendent à établir que
l’acte attaqué est simplement erroné, autrement dit que sa rédaction ne traduisait pas la
volonté réelle des parties, sans que cette discordance ait été voulue. D’autres visent à
démontrer que les parties ont volontairement établi un écrit ne traduisant pas leur volonté
réelle, c’est-à-dire qu’il y a eu simulation. Parfois, il est prétendu que les parties, depuis
l’établissement de l’écrit, ont exprimé une volonté distincte de ce qui y était exprimé.
259. Lorsque l’écrit contient les inexactitudes provenant d’une erreur involontaire,
le demandeur ne peut pas apporter la preuve par témoins ou présomptions contre le contenu
inséré dans cet écrit. « Il appartient aux auteurs de l’écrit, ayant d’y apposer leur signature,
d’en vérifier les énonciations. S’ils ne le font pas, cette négligence est sanctionnée par
l’irrecevabilité de la preuve contraire par témoins, à moins que l’écrit ne comporte une erreur
manifeste »776. C’est ainsi que « deux époux, anciens dirigeants d’une société, ne peuvent pas
être admis à prouver par témoignages qu’ils ont souscrit une reconnaissance de dette au nom
de cette société, lorsque l’écrit fait état d’un prêt qui leur a été consenti à titre personnel »777.
De même, « un acheteur ne peut pas prétendre, en se fondant sur des témoignages, que
certains biens exclus de la vente par l'acte écrit étaient en réalité compris dans l'opération, ni
les ayants cause du vendeur prétendre l'inverse »778. Dans ces cas, la contestation porte
775
Cass. 1e civ. 22 mars 1977, Bull. civ. I, n° 140.
776
M. OUDIN, Art. 1341- 1348, Fasc. 30, n° 17.
777
M. OUDIN, op. et loc cit., Cass. com., 20 oct. 1969 : Bull. civ. 1969, IV, n° 300.
778
M. OUDIN, op et loc. cit.
185
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
souvent sur le montant de l’objet du contrat aux termes de l’écrit ; la preuve contraire ne
pourrait être rapportée que par écrit.
Mais la preuve peut être rapportée par témoins ou présomptions contre les inexactitudes
de l’écrit s’il contient des erreurs matérielles manifestes. Ainsi, lorsque les énonciations de
l’écrit ne correspondent pas à la réalité, le demandeur peut prouver par témoignages ou
présomptions contre celles-ci. Peu importe, à cet égard, que l’acte soit authentique ou sous
seing privé. Tel est le cas d’un acte qui, constatant une cession de créance, indique le cédant
comme ayant payé le prix, et le cessionnaire comme l’ayant reçu779. Tel est également le cas
lorsqu’une vente immobilière ne coïncide pas avec le compromis qui l’a précédée, ce dernier
ne portant que sur un local commercial, tandis que l’acte de vente porte, pour le même prix,
sur un local d’habitation qu’il n’avait pas été question de vendre780. Dans cette situation, la
jurisprudence permet aux parties de se prouver par tous moyens.
260. Dans le cas de la simulation, il existe une discordance volontaire entre l’écrit et
la volonté des parties. Celles-ci concluent un contrat qui semble exprimer leurs intentions
mais conviennent, par une contre-lettre, de stipulations différentes782. De toute évidence,
l’article 1341 du Code civil français n’est pas opposable aux tiers qui, en matière de
simulation, peuvent prendre tous moyens pour établir sa réalité. En revanche, la question peut
se poser lorsque ce sont les parties elles-mêmes ou l’une d’elles qui entendent établir la
simulation.
Lorsque la simulation n’est pas frauduleuse, le Code civil français la considère comme
une contre-lettre, correspondant à la volonté réelle des parties, ayant un effet obligatoire dans
leurs rapports. Elle se présente à leur égard comme un acte ordinaire, qui doit par conséquent
779
Cass. civ., 23 avril 1860 : DP 1860, 1, p. 228.
780
CA Versailles, 3e ch., 13 oct. 1995 : JurisData n° 1995-052356.
781
F. FERRAND, op. cit., n° 214.
782
G. CORNU, Vocabulaire juridique, 8e, éd., PUF, 2007, V. « simulation ».
186
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
être prouvé conformément aux règles des articles 1341 et suivants du Code civil français. Le
demandeur ne peut donc pas prouver contre l’acte ostensible écrit au moyen de témoignages
ou de présomptions. Ceci résulte d’une longue série d’arrêts de la Cour de cassation
française783. Cependant, la preuve de la simulation peut être rapportée par témoignages et
présomptions dans certains cas, même si la simulation n’est pas frauduleuse. Tels sont les cas
dans lesquels il existe un commencement de preuve par écrit ou une impossibilité de se
procurer un écrit.
261. L’acte juridique découle de la volonté des parties, et non l’inverse. Ainsi,
« l’établissement d’un écrit ne leur interdit pas de changer d’avis et de revenir sur les
dispositions qu’il contient »788. Mais si les parties contractantes rédigent un nouvel écrit
contredisant expressément le premier, un problème de preuve se pose. De ce point de vue,
l’article 1341 du Code civil français ne permet pas d’utiliser tous moyens de preuve pour
démontrer « ce qui serait allégué avoir été dit avant, lors ou depuis les actes ». Cette solution
s’applique encore à l’acte rédigé par écrit dont la valeur de son objet est inférieure aux taux
légaux, puisque « les modifications verbales alléguées par l’un des plaideurs portent atteinte à
783
V. p. ex., Cass. 1e civ., 9 mai 1955 : Bull. civ. 1955, I, n° 188 ; D. 1955, jurispr. p. 467. - Cass. 1e
civ., 24 octobre 1977 : Bull. civ. 1977, I, n° 379. - Cass. 3e civ., 23 mars 1982 : JurisData n° 1982-
700809. - Cass. 1e civ., 18 janvier 1989 : Bull. civ. 1989, I, n° 28.
784
Cass. soc., 10 mars 1939 : Gaz. Pal. 1939, 1, p. 848, deux arrêts en ss-note. - Cass. 1e civ., 13
novembre 1968 : Bull. civ. 1968, I, n° 275. - Cass. 3e civ., 19 avril 2000, n° 98-18.453.
785
Cass. civ., 5 août 1902 : S. 1903, 1, p. 319.
786
Cass. req., 2 mars 1904 : DP 1904, 1, p. 615.
787
Cass. 1e civ., 9 janvier 1961 : Bull. civ. 1961, I, n° 18.
788
M. OUDIN, op. cit., n° 21.
187
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
la force d’un écrit préexistant »789. De fait, l’application de cette règle ne manque pas en droit
français790.
Ainsi en est-il d’une clause écrite du bail qui stipule que le preneur ne peut faire aucune
construction sans le consentement exprès et par écrit du bailleur. Dans ce cas, la Cour de
cassation refuse que le preneur prouve par tous moyens qu’il est autorisé oralement à
entreprendre certains travaux791. Et, il faut encore admettre que, si un contrat est constaté par
écrit, la révocation ou la novation qui l’affecte ne peuvent se prouver que par écrit792. De
même, l’on doit administrer la preuve d’un abus de blanc-seing conformément à l’article 1341
du Code civil français793.
En définitive, nous pouvons conclure que les règles de l’article 1341 du Code civil
français interdisent la preuve par témoignages ou présomptions contre le contenu des actes,
bien qu’elles permettent en certaines situations exceptionnelles d’y échapper.
Ainsi, lorsqu’un demandeur invoque la nullité d’un acte, il n’attaque pas les
énonciations de l’écrit qui le constate, il se fonde plutôt sur des faits extérieurs à ce dernier. Il
est donc évident qu’il peut les prouver librement. De ce point de vue, il a été décidé qu’une
« personne trop faible puisse être physiquement assistée au moment d’apposer sa signature.
Mais une telle tolérance ne se justifie qui si, dans le même temps, le juge se reconnaît le
pouvoir de vérifier que cette signature correspond bien à la volonté de son auteur. Si le tiers
qui a guidé sa main a abusé de la situation, ce fait doit pouvoir être établi par tous
789
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1200. Voir aussi F. FERRAND, op. cit., n° 208.
790
Cass. 1e civ., 27 novembre 1967 : Bull. civ. 1967, I, n° 347; Cass. 3e civ., 8 janvier 1970 : Bull. civ.
1970, III, n° 26; Cass. 1e civ., 24 juin 1981 : Bull. civ. 1981, I, n° 233.
791
Cass. 1e civ. 27 novembre 1967, Bull. civ. I, n° 347.
792
Cass. 3e civ. 13 juin 1967, Bull. civ. III, n° 479.
793
Cass. 1e civ. 9 novembre 1977, Bull. civ. I, n° 409.
188
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
moyens »794. De même, lorsqu’un acte est attaqué en nullité pour vice du consentement, la
preuve ne se fait pas, non plus, contre et outre son contenu, qui n’est pas mis en cause. Elle
porte sur un fait extérieur : la violence, l’erreur ou le dol. Il est donc logique que la preuve soit
libre795.
263. Alors que la volonté des parties ne résulte pas clairement des énonciations de
l’acte, elle doit être interprétée pour en préciser le sens. En effet, on sait que l’article 1341 du
Code civil français restreint la recevabilité des moyens de preuve lorsqu’un demandeur veut
modifier ou compléter l’expression de la volonté des parties. Au contraire, il n’interdit pas le
recours à des témoignages ou à des présomptions pour interpréter des clauses obscures ou
ambiguës797. A cet égard, la jurisprudence française précise que « s’il n’est reçu aucune
preuve par témoins ou par présomptions contre et outre le contenu aux actes, cette preuve peut
cependant être utilisée pour interpréter un acte, s’il est obscur ou ambigu »798. Cette solution
s’applique au contrat de bail manquant de précision sur la désignation des lieux loués799, au
contrat de vente d'une propriété agricole qui ne contient aucune mention relative au droit de
794
M. OUDIN, Art. 1341 à 1348, Fasc. 30, n° 28. Voir aussi Cass. 1e civ., 19 juin 1951 : Bull. civ.
1951, I, n° 190.
795
Voir par exemple, Cass. req. 25 novembre, 1895, DP 1986.1.230 ; 9 mai 1905, DP 1908.1.476 ;
Cass. civ. 23 octobre 1940, Gaz. Pal. 1940.2.222 ; 4 janvier 1949, D. 1949. 135.
796
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1210.
797
M. PLANIOL et G. RIPERT, Traité pratique de droit civil français, t. 7, n° 1528 ; AUBRY et
RAU, op. cit., p. 264.
798
Cass. 1e civ., 19 octobre 1964 : Bull. civ. 1964, I, n° 451. - Cass. 1e civ., 3 mars 1969 : Bull. civ.
1969, I, n° 94. - Cass. 3e civ., 10 avril 1973 : Bull. civ. 1973, III, n° 270. - Cass. 1e civ., 2 février 1982
: inédit. - Cass. 1e civ., 11 avril 1995, n° 93-13.551, inédit.
799
CA Paris, 4 mars 1887, DP 1888.2.65.
189
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
replanter des vignes800, au contrat de louage d'ouvrage, lorsque l'objet du contrat est mal
défini dans l'acte801. Parfois, l’ambiguïté peut résulter d’une contradiction entre deux
clauses802 ou de la nécessité de combiner deux actes successifs, par exemple, lorsqu’il s’agit
de savoir si une parcelle immobilière est comprise dans le premier acte ou dans le second803.
264. Selon l’article 1341 du Code civil français, il est impossible de prouver par
témoins et présomptions « sur ce qui serait allégué avoir été dit avant, lors ou depuis les
actes ». Cette disposition indique clairement qu’elle interdit aux parties de rapporter la preuve
par témoins ou présomptions tenant à compléter le contenu de l’écrit lorsqu’une clause a été
omise lors de la rédaction de l’écrit. Dans un tel cas, elles sont libres de rédiger un nouvel
écrit, mais si elles ne le font pas, chacune est protégée par l’acte existant contre les prétentions
de l’autre.
Pour mieux comprendre ce point, il est nécessaire de l’illustrer par des exemples précis.
Tel est le cas du contrat de vente dont le montant du prix n’est pas mentionné. Ainsi, la Cour
de cassation française n’admet pas la preuve par témoins ou présomptions afin de prouver
cette absence805. De même, une partie ne peut pas « prouver librement qu’une société est
titulaire d’un bail en démontrant que le contrat a été signé par le gérant ès qualités alors que le
800
Cass. 3e civ., 10 avril 1973 : Bull. civ. 1973, III, n° 270.
801
Cass. 1e civ., 19 octobre 1964 : Bull. civ. 1964, I, n° 451.
802
Voir dans le cas d'actes de vente successifs dans lesquels la désignation d'une construction
commencée sur un terrain contredit la superficie indiquée pour celui-ci, Cass. 3e civ., 9 mai 1973 :
Bull. civ. 1973, III, n° 334.
803
Cass. req., 9 mars 1909 : S. 1910, 1, p. 28.
804
Cass. 1e civ., 21 avril 1976 : Bull. civ. 1976, I, n° 135.
805
Cass. 1e civ. 30 novembre 1959, Bull. civ. I, n° 504.
190
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
En revanche, en cas d’omission d’une clause qui ne fait pas de relation avec le contrat
et ne constitue pas de véritables stipulations entre les parties, la jurisprudence leur permet de
la prouver par témoignages ou présomptions. Ainsi en est-il, par exemple, de l’écrit sous seing
privé qui ne mentionne pas la date à laquelle il a été dressé. Dans cette situation, la
jurisprudence française confirme que l’article 1341 du Code civil ne lui est pas applicable.
Les témoignages et les présomptions sont donc recevables pour établir cette date808.
265. Selon ce qui précède, on constate que les règles de la preuve littérale de
l’article 1341 du Code civil français ont une conséquence importante sur l’établissement de
l’acte juridique. Si un contrat civil remplit toutes les conditions de validité, et sa rédaction de
l’écrit instrumentaire fait défaut, il interdit au demandeur de prouver l’existence et le contenu
de l’acte juridique. En dépit de cela, les règles ne sont jamais absolues en droit français car il
existe plusieurs exceptions qui y échappent.
806
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1197. Voir aussi F. FERRAND, op. cit., n° 206, Cass. com. 4
novembre 1963, Bull. Civ. III, n° 454.
807
J.-L. MOURALIS, op. cit, n° 1197, Cass. 3e civ. 23 janvier 1969, Bull. civ. III, n° 66.
808
Cass. req. 6 février 1872, DP 1872.1.253 ; 11 décembre 1901, DP 1903.1.114.
191
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
266. Nous vennons d’examiner les règles de principe dans la section précédente qui
instaurent l’obligation de la rédaction de l’écrit en matière de preuve des actes juridiques.
Dans la section présente, il importera d’examiner des exceptions aux règles de la preuve
littérale puisque chacune d’elles a pour conséquence de rendre la preuve libre. Dans ce cas, le
droit français laisse aux juges de fond le pouvoir souverain d’apprécier le crédit des moyens
de preuve que les parties rapportent pour prouver l’existence et le contenu d’un acte
juridique809.
809
H. et L. MAZEAUD, J. MAZEAUD, F. CHABAS, op. cit., n° 396.
192
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
267. L’article 1341, alinéa 2, du Code civil français réserve le jeu dérogatoire du
Code de commerce : « le tout sans préjudice de ce qui est prescrit dans les lois relatives au
commerce ». La preuve des actes juridiques en matière commerciale est alors réglée par
l’article L. 110-3 du Code de commerce. En vertu de cet article, « à l’égard des commerçants,
les actes juridiques peuvent se prouver par tous moyens à moins qu’il n’en soit autrement
disposé par la loi ». Auparavant, la règle était énoncée à l’article 109 du même Code : « les
achats et les ventes se constatent : par actes publics ; par actes sous seing privé ; par le
bordereau ou arrêté d’un agent de charge ou courtier, dûment signé par les parties ; par une
facture acceptée ; par la correspondance ; par les livres des parties ; par la preuve testimoniale,
dans le cas où le tribunal croira devoir l’admettre ». L’ancien article énumérait les actes ne
bénéficiant pas de la liberté de la preuve en matière commerciale. En dépit de cela, la
jurisprudence française lui reconnaissait une portée générale en jugeant qu’« aux termes de
l’article 109 du Code de commerce, il appartient aux tribunaux, statuant en matière
commerciale, de puiser les éléments de leur conviction, dans tous les moyens de preuve
établis par la loi »810.
810
Cass. civ. 1e, 17 mai 1892, DP. 92.1.604.
811
Y. GUYON, Droit des affaires, Droit commercial général et sociétés, éd., Economica, 11e, 2001, n°
78 ; G. PARLEANI, Un texte anachronique : le nouvel article 109 du Code de commerce, Chron., D.
1983, p. 68, n° 17.
812
J. ESCARRA, E. ESCARRA et J. RAULT, Traité théorique et pratique de droit commercial, les
contrats commerciaux par J. HEMARD, 1953, n° 30 et 31. - F. GORE, Droit des affaires, 1977, n° 41.
- J. GUYENOT, Cours de droit commercial, 1977, n° 136. - R. HOUIN et R. RODIERE, Droit
commercial, t. I, 1981, n° 512.
193
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
suppléer le défaut d’acte instrumentaire813. C’est pourquoi les règles de forme probatoire de
l’article 1341 du Code civil français s’avèrent inadaptées aux activités commerciales ; en
d’autres termes, il est important d’admettre la liberté de la preuve en matière commerciale.
813
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1384 ; REPERT, par ROBLOT, t. 1, n° 340.
814
Par exemple, Y. GUYON, Droit des affaires, Droit commercial général et sociétés, 11e, éd.,
Economica, 2001, n° 78.
815
Certains contrats commerciaux ne peuvent être prouvés que par écrit, même si la valeur de leur
objet est inférieure au seuil légal. Ainsi en est-il des contrats d'assurance (Art. 172-1 du Code des
assurances), des sociétés (Art. 1835 du Code civil).
816
L. LEVENEUR, Double condition délimitant la liberté de preuve en matière commerciale, JCP éd.,
E n° 50 1998, p. 1970 ; J.-B. BLAISE, Droit des affaires, Commerçants, Concurrence, Distribution, 5e
éd., LGDJ, 2009, n° 253 et s ; L. GRYNBAUM, Rép. com. Dalloz, V. Preuve, n° 14 et s. ; G.
PARLEANI, Un texte anachronique : le nouvel article 109 du Code de commerce, Chron., D. 1983.66.
194
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
817
Cass. com. 6 juin 1955 : Bull. civ. III, n° 201.
818
Cass. com. 31 mai 1965 : Bull. civ. III, n° 345, pour la preuve d'une commande de travaux. - Cass.
3e civ., 8 mai 1969 : Bull. civ. III, n° 367, pour un marché à forfait.
819
Cass. com. 14 octobre 1981 : Bull. civ. IV, n° 358. - Orléans 26 octobre 1971 : J.C.P. 72, II, 17082,
obs. J. STOUFFLET.
820
Cass. com. 14 février 1973 : Bull. civ. IV, n° 76. - Cass. 2e civ., 2 février 1983 : D.S. 1983, inf. rap.
470, obs. M. VASSEUR.
821
Cass. 1e civ., 23 mai 1977 : Bull. civ. I, n° 247 ; Rev. trim. dr. com. 1977, 711, obs. J. DERRUPPE.
822
Cass. 1e civ., 26 décembre 1950 : Bull. civ. I, n° 268 ; S. 1952, 1, 37, note MEURISSE. Voir aussi
Ph. MALAURIE, L. AYNES, La transactions, Defrénois, 1992.769, n° 19.
823
Cass. Com. 21 juin 1988, note Ph. DELEBECQUE, JCP 1989. II. 21170; G. PARLEANI, Un texte
anachronique : le nouvel article 109 du Code de commerce, D. 1983. Chron., p. 65 et s.
824
D. GUEVIEL, Art. 1341 à 1348, Fasc., 40, Contrats et obligations, Preuve testimoniale, Liberté des
preuves en matière commerciale, n° 74.
195
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
825
F. FERRAND, op. cit., n° 224.
826
Cass. com. 12 octobre 1982, Bull. civ. IV, n° 313.
827
Com. 16 décembre 1980, Bull. civ. IV, n° 425.
828
Cass. com. 19 mars 1980 : Bull. civ. IV, n° 136, RTD com., 1980, 759, obs. J. DERRUPPE.
829
L. LEVENEUR, Double condition délimitant la liberté de preuve en matière commerciale, JCP éd.,
E et N., 1998.1970.
196
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
273. L’acte mixte est « celui passé par un commerçant avec un non-commerçant ou
un commerçant agissant pour ses besoins propres »830. Tel est le cas du contrat de vente signé
par un commerçant et non commerçant ou du contrat de construction de maison conclu entre
une entreprise de travaux et un particulier. En effet, les obligations découlant d’un tel
commerçant sont commerciales tandis que celles provenant d’un particulier sont civiles. En
présence d’un tel acte mixte, il convient de s’interroger sur la règle de la preuve qui lui est
applicable.
274. Cette solution asymétrique est discutée par une partie de la doctrine
contemporaine. Certains auteurs la jugent raisonnable car elle concerne « les actes les plus
importants ; les commerçants, lorsqu’ils traitent avec des non-commerçants, [qui] doivent se
ménager une preuve par écrit »834. Cette solution s’explique notamment par la finalité de la
830
D. HOUTCIEFF, Rép. Com. Dalloz., V. Actes de commerce, n° 225.
831
G. RIPERT et R. ROBLOT, Traité de droit commercial, t. 1, 17e, éd., LGDJ, 1998, par M.
GERMAIN et L. VOGEL, n° 345 ; Y. CHARTIER, La preuve commerciale après la loi du 12 juillet
1980, in Aspects du droit privé en fin du 20e siècle, Etudes offertes en l’honneur de M. JUGLART,
éd., Montchrestien, 1986, p. 95, n° 9.
832
Cass. civ., 31 mars 1874 : D. 1875, 1, p. 229 ; S. 1875, 1, p. 365. - Cass. com., 8 juillet 1968 : Bull.
civ. IV, n° 226. - Cass. 1e civ., 23 mai 1977 : Bull. civ. I, n° 246 ; RTD com. 1977, p. 711, n° 1, obs. J.
DERRUPPE.
833
Cass. Req. 1e, juillet 1908, D.P. 1909.1.11 ; Cass. Soc. 30 octobre 1973, Bull. civ. V, n° 541, p.
496 ; Com. 20 mai 1980, Bull. civ. IV, n° 210, p. 169.
834
J.-B. BLAISE, Droit des affaires, Commerçants, Concurrence, Distribution, 5e, LGDJ, 2009, n°
254.
197
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
protection d’un non-commerçant qui est présumée plus faible que le commerçant835. En
revanche, d’autres auteurs affirment qu’elle n’est pas bonne, et gêne « les relations des
commerçants avec leur clientèle, parce que les commerçants devraient se réserver une preuve
écrite des opérations conclues avec les non-commerçants. Logiquement, il n’est pas
satisfaisant d’établir des régimes de preuve différents pour deux parties à un même
contrat »836. Quant à cette question, nous nous bornons à citer seulement les deux opinions de
la doctrine française, et nous ne lui consacrons pas une étude détaillée, car cela dépasserait le
cadre de cette étude.
835
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1398 ; R. MOUGENOT, Droit des obligations, La preuve, 2e, éd.,
Lacier, 1997, n° 59.
836
G. RIPERT et R. ROBLOT, Traité de droit commercial, par M. GERMAIN et L. VOGEL, t.1, 17e,
éd., LGDJ, 1998, n° 345. V. aussi, F. CHAMOUX, la preuve dans les affaires, éd., Litec, 1979, p. 92.
198
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
276. L’article 1347, alinéa 1er, du Code civil français dispose que les règles de
l’article 1341 du même Code reçoivent « exception lorsqu’il existe un commencement de
preuve par écrit ». Dans son alinéa 2, ce dernier est défini comme « tout acte par écrit qui est
émané de celui contre lequel la demande est formée, ou de celui qu’il représente, et qui rend
vraisemblable le fait allégué ». Ce texte indique clairement trois conditions cumulatives pour
l’existence d’un commencement de preuve par écrit : l’existence d’un écrit (A), l’origine de
l’écrit (B) et la pertinence de l’écrit (C).
278. Selon l’article 1347 du Code civil français, l’existence d’un écrit est une des
conditions de l’existence d’un commencement de preuve par écrit. Néanmoins, il ne donne
aucune explication sur la notion d’écrit à titre de commencement de preuve par écrit. Pour
combler cette lacune, la doctrine, tirée des solutions jurisprudentielles, le définit ainsi : « écrit,
mais non acte instrumentaire ; il ne vaut pas comme preuve écrite préconstituée. Cette
imperfection peut tenir à la forme, au but, ou au contenu de l’acte »838. Cette définition
signifie que l’écrit, à titre de commencement de preuve par écrit, est rédigé pour faire la
preuve, mais il est irrégulièrement établi, de sorte qu’il ne vaut pas comme preuve littérale839.
837
Fr. TERRE, op. cit., n° 646 ; H. MAZEAUD, La conception jurisprudentielle du commencement de
preuve par écrit de l’article 1347 du Code civil, thèse, Lyon, 1921.
838
J. CARBONNIER, Droit civil, t. IV, Les obligations : Coll. Thémis Droit privé, PUF, 22e, éd., Paris
2000, n° 96.
839
Fr. TERRE, op. et loc cit.
199
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Le commencement de preuve par écrit résulte souvent de l’acte sous seing privé rédigé
pour conserver la preuve, mais il manque une des conditions exigées par la loi. Dans cette
hypothèse, il ne peut pas valoir comme preuve parfaite. Les exemples d’une telle situation
abondent en droit français. Tel est le cas d’un contrat synallagmatique qui n’a pas été rédigé
en autant d’originaux qu’il y a de parties comme l’exige l’article 1325 du Code civil français,
qui constitue un commencement de preuve par écrit840. Il en est de même pour la mention
manuscrite exigée par l’article 1326 du Code civil qui est absente, insuffisante ou
contradictoire avec le texte de l’engagement, ce qui constitue un commencement de preuve
par écrit841. Lorsqu’un acte authentique est irrégulier et ne vaut pas un acte sous seing privé, il
peut « servir de commencement de preuve par écrit, à moins que l’irrégularité consiste dans
l’absence de signature des parties consécutive à un refus »842. Dans l’ensemble, on peut
conclure que le commencement de preuve par écrit émane de l’acte instrumentaire nul ; par
conséquent, ceci peut servir de commencement de preuve par écrit.
840
Cass. civ., 28 novembre 1864 : S. 1865, I, p. 5. - Cass. civ., 28 juillet 1926 : S. 1926, I, p. 291. -
Cass. civ., 15 janvier 1946 : D. 1946, p. 131 ; S. 1946, I, p. 29, note G.L. - Cass. civ., 29 janvier 1951 :
Bull. civ. 1951, I, n° 35, p. 28. - Cass. civ., 12 avr. 1956 : Bull. civ. 1956, I, n° 151, p. 123. - Cass.
com., 5 novembre 1962 : Bull. civ. 1962, III, n° 434, p. 358, préc. - Cass. soc., 29 mai 1963 : Bull. civ.
1963, IV, n° 438, p. 359.
841
Cass. Com., 27 mai 1986, Bull. civ. I, no 141 ; Cass. com. 26 juin 1990, 2 arrêts, ibid. IV, no 188 et
189, Defrénois Cass. 1e civ. 16 décembre 1981, Bull. civ. I, no 388 ; 16 janvier 1995, ibid. I, no 24,
RTD civ. 1986.758, obs. J. MESTRE 1990.1345, obs. L. AYNÈS ; Cass. 1e civ. 15 octobre 1991,
Bull. civ. I, n° 259, JCP 1992.II.21923, note Ph. SIMLER ; 23 juin 1992, D. 1992, IR 206 ;
20 octobre 1992, Bull. civ. I, n° 259, D. 1993, somm. 310, obs. L. AYNES ; 20 octobre 1993, JCP
1994.II.22351, note Ph. SIMLER ; Cass. com. 11 janvier 1994, 3 arrêts, Bull. civ. IV, n° 16, 17 et
18, RTD civ. 1994.899, obs. M. BANDRAC ; 31 mai 1994, Bull. civ. IV, n° 19, RRJ 1997-1, 335,
note J.-L. MOURALIS ; Cass. 1e civ. 29 février 2000, Bull. civ. I, n° 68 ; Cass. com. 23 mai
2000, ibid. IV, n° 107 ; Cass. 1e civ. 10 janvier 1995, JCP, éd. N, 1995.II.1006, note BILLIAU, même
solution pour une garantie autonome ; 27 juin 1995, D. 1986.133, note MICHA-GOUDET.
842
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1242.
843
Cass. crim., 26 juillet 1872 : DP 1872, I, p. 473.
844
Cass. Req. 28 novembre 1871.1.260.
845
Cass. 1e civ. 2 avril 1963, Bull. civ. I, n° 202.
846
Cass. 1e civ. 10 novembre 1971, ibid, I, n° 287.
200
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
écrits de toute nature peuvent servir de commencement de preuve par écrit, même s’ils ne sont
pas signés, à condition que leur origine ne soit pas douteuse847. De même, elle admet que le
document signé par le débiteur, dont la signature est raturée par le créancier, constitue
simplement un commencement de preuve par écrit848.
Néanmoins, la situation est bien différente pour les deux cas suivants. En premier lieu,
si l’acte irrégulier est requis pour la validité de l’acte juridique, il ne peut valoir de
commencement de preuve par écrit puisqu’il est radicalement nul pour vice de forme852. En
second lieu, si l’acte irrégulier est l’irrégularité de fond concernant le droit lui-même, il ne
peut non plus valoir de commencement de preuve par écrit, au motif de la nullité d’ordre
public. Tel est le contrat de location-gérance qui ne remplit pas les conditions prévues par les
articles L. 144-3 et L. 144-4 du Code de commerce, qui doit alors être déclaré nul853.
847
Cass. civ. 22 novembre 1948, D.1949.27.
848
1e civ. 16 juin 1993, Bull. civ. I, n° 219, D. 1995. 406, note RAFFI.
849
J. FLOUR, J.-L. AUBERT, Y. FLOUR, E. SAVAUX, op. cit., n° 57 ; Ch. LARROUMET, op. cit.,
n° 580 et les réf. cit. - J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 596 et s. et 614 et s. - Cass. 1e civ., 27 mai 1986 :
Bull. civ. 1986, I, n° 141, p. 141 ; Gaz. Pal. 1987, I, somm. p. 54, obs. H. CROZE et Ch. MOREL ;
JCP G 1987, II, 20873, obs. M. URIBARRI ; RTD civ. 1987, p. 765, n° 16, obs. J. MESTRE.
850
Civ. 1e, 27 mai 1986, Bull. civ. I, n° 141 ; Gaz. Pal. 1987.1. Somm. 54, note CROZE et MOREL ;
RTD civ. 1987, note J. MESTRE.
851
Civ, 1e, 14 février 1995, D. 1995. 340, note S. PIEDELIEVRE ; JCP 1995.II.22402, note
CHARTIER ; RTD civ. 1996. 174, note J. MESTRE.
852
J.-L ; MOURALIS, op. cit., n° 1244.
853
Cass. 3e civ., 18 mai 2005 : Juris-Data n° 2005-028440 ; JCP E 2005.
201
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Autrement dit, l’acte entaché de nullité d’ordre public ne constitue pas un commencement de
preuve par écrit854.
854
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1244.
202
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
281. Les écrits par nature sont une condition d’existence du commencement de
preuve par écrit, d’après l’article 1347 du Code civil français. Or, la jurisprudence ne s’est pas
bornée aux contours des écrits par nature855. Elle a interprété cette notion de façon extensive
au sens de l’article 1347 du Code civil français en admettant les écrits par assimilation. A cet
égard, l’enregistrement de la voix humaine, de déclarations verbales ou le comportement
d’une partie, peuvent constituer un commencement de preuve par écrit, s’ils remplissent les
conditions de l’article 1347 du Code civil français856.
Un enregistrement de voix humaine sur disque, sur fil ou bande magnétique peut être
reconnu comme un commencement de preuve par écrit, s’il est réalisé à la connaissance de
celui à qui on l’oppose857. Cette solution s’appuie sur l’argument selon lequel l’usage des
magnétophones ou de tout autre mode d’enregistrement de la parole remplit les mêmes
fonctions que l’écriture858. D’abord, l’enregistrement permet de conserver la trace fidèle des
paroles prononcées et d’identifier sans grande chance de se tromper celui dont elles
émanent859. On conçoit, en particulier, la réalisation d’un acte juridique unilatéral sur disque.
Il n’est pas plus facile de truquer la parole de celui qui dicte que de falsifier l’écriture de celui
qui écrit. La parole est identifiable au même titre que l’écriture et la signature. Ensuite, les
techniques de l’enregistrement (les données ou bases scientifiques) permettent encore
d’identifier l’auteur de la parole comme les rôles de l’acte instrumentaire. En effet, « la voix
d’une personne est aussi caractéristique de cette personne que ses empreintes digitales et il
doit être possible de découvrir scientifiquement sur une bande magnétique, reproduisant une
bande truquée par coupures et collages, par exemple, des anomalies provoquées par ce
truquage, d’en fixer l’emplacement, de mettre en évidence la fraude et d’indiquer sur quelle
portion de l’enregistrement elle a porté »860. Pour cette raison, la jurisprudence admet que
l’enregistrement de la voix humaine peut constituer un commencement de preuve par écrit.
855
H. MAZEAUD, La conception jurisprudentielle du commencement de preuve par écrit de l’article
1347 du code civil, thèse, Lyon, 1921, p. 88.
856
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1250.
857
P. MIMIN, La preuve par magnétophone, JCP G, 1957. I.1370.
858
Ibid.
859
Cass. 1e, 16 novembre 1954, note R. LEGAIS, JCP éd., G., 1955.II.8550.
860
Th. IVAINER, Le magnétophone, source ou preuve de rapports juridiques en droit privé, Gaz. Pal.
1966.2.91.
203
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
282. Les déclarations faites par une partie et reproduites dans un écrit peuvent
constituer un commencement de preuve par écrit865. Ainsi, l’article 1347, alinéa 3 du Code
civil français dispose : « peuvent être considérées par le juge comme équivalent à un
commencement de preuve par écrit les déclarations faites par une personne lors de sa
comparution personnelle »866. Cette « solution est légitime lorsque les parties comparaissent
et se soumettent aux interrogations posées »867. Il en résulte que deux possibilités se
produisent. Si la réponse est assez claire pour que le juge puisse y voir un aveu, la preuve est
faite868. Au contraire, si « la réponse est confuse, il ne peut y déceler qu’un indice du bien-
fondé de la prétention du plaideur ayant requis la comparution »869. Or, cette réponse donnée
oralement est reproduite dans un procès-verbal dressé par le greffier et le juge peut y voir un
commencement de preuve par écrit.
861
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1251.
862
Cass. 2e civ. 7 octobre 2004, D. 2005. 122.
863
N. LEGER, Enregistrement clandestin et loyauté de la preuve, JCP éd. G.2005.II.10025.
864
DENIS, Quelques aspects de l’évolution récente du système des preuves en droit civil, RTD civ.
1977. 671.
865
Cass. req., 3 avril 1864 : S. 1864, I, p. 215 : déclarations reprises dans un jugement. - Cass. req., 1e
août 1867 : S. 1867, I, p. 373 : idem. - Cass. req., 17 juillet 1934 : DH 1934, p. 475.
866
Article 1347, alinéa 3 du Code civil français.
867
H. ROLAND, L. BOYER, Introduction au droit, éd., Litec, 2002, n° 1789.
868
Cass. 1e civ., 21 mai 1968 : JCP G, 1968, II, 15617, obs. R.L.
869
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1258.
204
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Au contraire, si les comportements d’une partie ne se rattachent par aucun point et sous
aucun rapport à un écrit quelconque, ils ne peuvent pas constituer un commencement de
870
Cass. req., 3 avril 1864 : S. 1864, I, p. 215.
871
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1259.
872
Ibid.
873
J.-L. MOURALIS, op. cit, n° 1260.
874
Cass. req., 18 janvier 1904 : DP 1904, I, p. 295 ; S. 1904, I, p. 128.
875
Cass. 1e civ. 21 décembre 1959, Bull. civ. I, n° 548.
205
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
preuve par écrit. Par exemple, la déclaration d’une partie, qui est faite devant un expert ne
peut équivaloir à un commencement de preuve par écrit, c’est une convention alléguée876. Il
en est de même de « l’absence de dénégation de l’exactitude d’une affirmation formulée par
une partie devant un expert, [qui] ne vaut pas commencement de preuve par écrit de
l’existence de la convention prétendue »877. Ainsi, l’interprétation extensive par la
jurisprudence de la notion de commencement de preuve par écrit comporte incontestablement
une limite : « le support au moins indirect d’un écrit »878.
B. L’origine de l’écrit
D’après ce texte, le commencement de preuve par écrit peut provenir de deux cas :
l’écrit émane d’une part de la personne à laquelle il est opposé (1), d’autre part du
représentant (2).
285. Pour constituer un commencement de preuve par écrit, ce dernier doit être
« émané de celui contre lequel la demande est formée »879. Ainsi, il ne peut pas découler de
la personne qui s’en prévaut ni de celle à laquelle on l’oppose. En d’autres termes, le
commencement de preuve par écrit ne peut être l’œuvre ni du demandeur, ni du tiers. A titre
d’exemple, les lettres adressées à des tiers par le mandataire supposé ne constituent pas un
commencement de preuve par écrit à l'encontre de la personne contestant avoir donné
mandat880. Il en est de même des contestations émanant d’un locataire et de deux employés du
demandeur qui ne valent pas commencement de preuve par écrit881. De plus, l’écrit émanant
876
Cass. 3e civ., Bull. Civ. III, n° 363, Gaz. Pal. 1977.1.183, note J.V.
877
Ch. AUBRY et Ch. RAU, Cours de droit civil français, t. XII par P. ESMEIN, op. cit., n° 764.
878
Cass. 3e civ. 23 avril 1997, Bull. civil. III ; n° 88, obs. J. MESTRE, RTD civ. 1998.106 ; J.
GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, Traité de droit civil, Introduction générale, 4e
éd., LGDJ, 1994, n° 668.
879
Article 1347, alinéa 2, du Code civil français.
880
Cass. com., 15 janvier 1963 : Bull. civ. 1963, III, n° 42, p. 34.
881
Cass. 3e civ., 29 février 1972 : Bull. civ. 1972, III, n° 142, p. 102. - Cass. 1e civ., 10 février 1981 :
Bull. civ. 1981, I, n° 49, p. 40.
206
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
du tiers ne peut pas valoir commencement de preuve par écrit, même si ce dernier coïncide
avec le plaideur auquel ce document est opposé882. Cependant, s’il découle à la fois d’une
partie et d’un tiers, il peut servir de commencement de preuve par écrit car il n’émane pas
seulement du tiers883.
Par ailleurs, il convient de préciser que le commencement de preuve par écrit peut être
opposé aux ayants cause universels ou à titre universel de celui dont il émane. Ceux-ci sont
les continuateurs de la personne qui prend sa place dans le rapport d’obligation, de sorte qu
ceux-ci doivent être considérés comme les auteurs de l’écrit884.
286. La situation est simple lorsque l’écrit est l’œuvre du plaideur, alors qu’elle
devient compliquée en ce qui concerne le représentant de la personne à laquelle l’écrit est
opposé. A cet égard, l’article 1347, alinéa 2 du Code civil français dispose qu’un écrit doit
être « émané […] de celui qu’il représente ». Néanmoins, ce texte ne précise pas qu’un tel
écrit puisse servir de commencement de preuve par écrit à l’encontre du représenté. Ainsi, il
est nécessaire de préciser quelle est la portée du terme « représentation » au sens de l’article
1347 du Code civil français.
Tout d’abord, si le document écrit est fait par le représentant légal dans l’exercice de ses
pouvoirs, il peut constituer un commencement de preuve par écrit contre le représenté. Ainsi
en est-il lorsque le document du tuteur ou de l’administrateur légal est opposable à titre de
commencement de preuve par écrit au mineur ou au majeur incapable, du moins si le
représentant agit sans excéder ses pouvoirs885. De même, les documents des avocats
mandataires constituant des commencements de preuve par écrit sont opposables à leurs
clients886. En outre, les documents émanant de l’huissier qui représente la personne pour
laquelle il instrumente peuvent servir de commencement de preuve par écrit à l’encontre de
celui qui requiert ses services887.
882
Cass. Civ. 22 mai 1935, S. 1935.1.307; AUBRY et RAU, T. 12, par ESMEIN, § 764, p. 279.
883
Cass. 1e, Civ. 24 mai 1960, Bull. civ.I, n° 284.
884
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1275.
885
Cass. civ. 23 novembre 1869, DP 1870.1.24.
886
Cass. 1e civ. 5 octobre 1976, Bull. civ. I, n° 283.
887
Cass. req. 16 juin 1890, DP 1890.1.97, note PLANIOL.
207
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
287. Pour qu’un écrit soit considéré comme émané d’une personne envisagée, il doit
provenir effectivement de lui. Il est évident que l’existence d’une signature ou l’écriture
manuscrite de celui à qui on l’oppose justifie bien l’origine de l’écrit qui émane de lui892.
Quand l’écrit est seulement signé de la main de celui à qui on l’attribue, l’origine du
document n’est considérée comme établie que s’il s’agit d’une véritable signature. C’est
pourquoi, une croix, une empreinte digitale, l’apposition d’un sceau ne peut jamais être
considérée comme une signature893.
888
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1283.
889
Cass. civ. 24 novembre 1969, D. 1970.155.
890
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1284.
891
Cass. rep. 11 juin 1892, DP 1872.1.464 ; CA Alger, 17 octobre 1892, DP 1892.2.314.
892
Cass. 1e civ., 17 janvier 1961 : Bull. civ. 1961, I, n° 41, p. 33, préc. : texte non signé. - Cass. 3e civ.,
25 juin 1985 : JCP 1985, IV, 310. - Ch. LARROUMET, op. cit., n° 573 ; M. de JUGLART, A.
PIEDELIEVRE et St. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 238.
893
Cass. civ. 15 mai 1934, DP 1934.1.113 ; AUBRY et RAU, T. 12, par ESMEIN, § 764, p. 346 et s.
894
L.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1292. Cass. 1e civ. 17 janvier 1961, Bull. civ.I, n° 41.
895
Civ. 22 novembre 1948, D. 1949. 27. - Com. 10 juin 1953, Bull. civ. III, no 216. - Civ. 13 juillet
1955, ibid. I, no 304. - 23 novembre 1955, ibid. I, no 406. - 24 novembre 1969, ibid. I, no 355. - Civ. 3e,
29 février 1972, ibid. III, no 142.
208
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
C. La pertinence de l’écrit
288. L’article 1347 du Code civil français prévoit la troisième condition : pour
qu’un écrit puisse constituer un commencement de preuve par écrit, il faut qu’il rende
vraisemblable le fait allégué. On sait que le commencement de preuve par écrit produit un
déplacement du fait à prouver, en ce sens, il établit une vérité qui rend vraisemblables
l’existence et le contenu d’une allégation898.
L’écrit, à titre de commencement de preuve par écrit, doit être vraisemblable, c’est-à-
dire crédible, croyable, très plausible, moins que "vrai", mais plus que "possible899. La
condition vraisemblable signifie qu’il apporte certaines probabilités. En effet, il faut « une
relation suffisamment étroite entre le fait établi et celui qu’il faut prouver, afin que le juge soit
progressivement convaincu de la réalité du fait à démontrer ». Si cette relation fait défaut, il
est impossible de constituer un commencement de preuve par écrit. Tel est le cas de
l’endossement d’un chèque qui démontre simplement la réalité d’une remise de fond et ne
constitue pas un commencement de preuve par écrit des prêts invoqués900.
De toute évidence, le commencement de preuve par écrit n’est pas tenu de relater
directement et de façon positive le fait contesté901. Un tel écrit à titre de commencement de
preuve par écrit rend seulement vraisemblables les allégations du demandeur. Effectivement,
la force probante du commencement de preuve par écrit est moins que celle de la preuve
parfaite. Ainsi en est-il, par exemple, d’une lettre à travers laquelle une personne demande
896
J.-L. MOURALIS, op. et loc cit., n° 1298.
897
J.-L. MOURALIS, op. et loc cit., n°1299.
898
P. KINSCH, Entre certitude et vraisemblance, le critère de la preuve en matière civile, in Mélanges
en l’honneur du Doyen G. VIEDERKEHR, éd., Dalloz, 2009, n° 7.
899
G. CORNU, Vocabulaire juridique, 8e, éd., PUF, 2007, v. « Commencement de preuve par écrit ».
900
Cass. 1e civ. 3 juin 1998 : Bull. civ. I, n° 195 ; D. 1999.453, note RAVIGNEAUX; JCP
1999.II.10062, note PRIEUR; Defrénois 1999.99, note S.PIEDEILEVRE.
901
H. et L. MAZEAUD, J. MAZEAUD, Fr. CHABAS, Leçons de droit civil, Introduction à l’étude du
droit civil, 12e, éd., Montchrestien, 2000, n° 398, p. 563.
209
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
qu’un prêt lui soit consenti, ou reconnaît avoir reçu une somme sans donner d’autre précision.
De même, il n’est pas nécessaire de rendre vraisemblables tous les éléments du litige. A titre
d’illustration, quand il faut prouver le dépassement d’un devis, il suffit que le commencement
de preuve par écrit rende vraisemblable l’existence de ce dépassement dont l’étendue pourra
être démontrée postérieurement.
902
Fr. TERRE, op. cit., n° 646.
903
Cass. 1er civ. 10 mai 2000, Bull. civ. I, n° 138.
210
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
290. Les règles de l’article 1341 du Code civil français reçoivent la troisième et
dernière exception « lorsqu’une des parties, […] n’a pas eu la possibilité matérielle ou morale
de se procurer une preuve littérale, par suite d’un cas fortuit ou d’une force majeure »904. Dans
cette exception, il convient de distinguer l’impossibilité de rédiger un écrit au moment de la
conclusion de l’acte juridique (A), de l’impossibilité postérieure de présenter l’écrit
initialement établi (B).
Force est donc de constater que le caractère extraordinaire de tels événements n’est pas
quotidien. De ce fait, il n’y a pas beaucoup d’exemples en cette matière. L’on peut cependant
en citer quelques-uns tels que ruine, tumulte, naufrage, inondation, bombardement,
904
Article 1348 du Code civil français.
905
Ph. MALINVAUD, L’impossibilité de la preuve écrite, JCP éd., G. 1972.I.2468, n° 8.
906
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1324.
907
STARCK, ROLAND et BOYER, Droit civil, Introduction au droit, 5e, éd., Litec, 2000, n° 1628.
211
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
tremblement de terre, etc., dans la mesure où ils constituent des accidents imprévus au sens de
l’article 1348 du Code civil français908. Ces phénomènes peuvent être considérés comme une
force majeure qui « s’accompagne toujours d’une suspension de l’activité juridique là où ils
se produisent. On ne contracte pas dans le sauve-qui-peut général, sauf pour la préservation de
sa vie ou de ses biens. »909 De même, il y a impossibilité d’établir un écrit dans la mesure où
un contrat tient à la préservation des biens lors d’accidents tels que les dépôts ayant été
mentionnés par l’ancien article 1348 du Code civil français910.
En réalité, l’impossibilité matérielle qui résulte des obstacles extérieurs aux parties,
ignore les considérations psychologiques. Elle se produit rarement et exceptionnellement en
pratique. C’est la raison pour laquelle la jurisprudence laisse aux juges de fond le pouvoir
souverain d’apprécier cette circonstance.
293. L’impossibilité morale de rédiger un écrit a été insérée dans le Code civil
français depuis la loi n° 80-525 du 12 juillet 1980. Au plan du droit positif, elle est
formellement admise comme exception aux règles de l’article 1341 du Code civil français. A
la différence de l’impossibilité matérielle précédemment envisagée, « l’impossibilité morale
résulte d’obstacles non plus externes, mais internes aux parties à l’acte. La rédaction d’un
écrit, bien que facile à réaliser sur le plan matériel, va à l’encontre de réflexes
psychologiques »911. Pourtant, « la notion d’impossibilité morale est difficile à définir avec
précision. La Cour de cassation affirme en effet avec une grande constance qu’il s’agit là
d’une question de fait, soumise à la souveraine appréciation des juges du fond et, par
conséquent, échappant à son contrôle, du moins si les juges du fond justifient leur décision
par des motifs suffisants »912.
908
Ch. LARROUMET, Introduction à l’étude du droit privé, T. 1, 5e, éd., Economica, 2006, n° 578.
909
Ph. MALINVAUD, L’impossibilité de la preuve écrit, JCP éd. G, 1972.I.2468, n° 11.
910
R. RODIERE, La notion de dépôt nécessaire, D.1951, Chron., 123 ; Cass. civ. 1e, 20 décembre
1966, JCP éd. 1966.II.15556, note P. RAYNAUD.
911
Ph. MALINVAUD, L’impossibilité de la preuve écrite, JCP éd., G 1972, I, 2468, n° 17.
912
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1328.
212
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
une offense, ou encore une blessure morale, par l’autre partie. Ensuite, elle peut résulter de
certains usages (b).
294. En premier lieu, l’impossibilité morale résulte des relations établies entre les
membres de la famille. Concernant les liens familiaux, les membres dans l’intimité ne
s’accommodent pas à établir une preuve préconstituée913. « L’inverse serait une marque de
défiance incompatible avec la vie de famille »914. Néanmoins, l’existence de simples relations
familiales ne suffit pas en elle-même à justifier celle d’une impossibilité morale de rédiger
une preuve écrite. Il faut encore faire état de circonstances précises de l’espèce démontrant
une telle impossibilité915.
Néanmoins, l’existence des liens familiaux ne suffit pas, en elle -même, à constituer
l’impossibilité morale de rédiger un écrit. Les juges de fond doivent, dans certains cas,
rechercher si l’existence d’un tel lien constitue ou non cette impossibilité. En effet, l’article
913
Ph. MALIVAUD, op. cit., n° 20.
914
Ibid.
915 e
1 ch. B, 8 novembre 2007, Juris-Data, n° 2007-349.943; D. GUEVEL, op. cit., n° 30.
916 e
1 ch. A, 15 janvier 2008, Juris-Data, n° 2008-357.775 ; F. FERRAND, Rép. pr. civ. Dalloz, V.
Preuve, n° 265.
917
CA de Besançon, 31 mai 1995, Juris-Data, n° 040651.
918
Cass. 1e, 2 février 1920, S. 1920.1.260.
919
CA Grenoble, 12 avril 1967, D. 1967. 496, note J. CHEVALLIER, RTD civ, 1967. 814.
213
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
1348 du Code civil français est écarté lorsque les circonstances ne font apparaître que les
rapports entre frères et sœurs ou entre époux, empêchant, de fait, la rédaction d’un écrit920. De
même, si le degré des liens familiaux est plus lointain, les juges de fond n’admettent pas
l’impossibilité morale de rédiger un écrit921. Tel est le cas lorsqu’un seul lien familial entre
cousins germains ne suffit pas à créer l’impossibilité morale de se procurer un écrit parce que
ce lien ne fait pas obstacle à une telle rédaction922.
Cependant, il ne faut jamais oublier qu’une seule relation d’affection « ne suffit pas à
établir l’impossibilité morale, il faut en plus montrer l’intensité de la relation, les relations
particulières de confiance l’expliquant »925. Parfois, les juges de fond estiment que la seule
existence des relations affectueuses entre concubins n’établit pas l’impossibilité morale926.
920
Cass. soc. 25 décembre 1965, Bull. civ. IV, n° 840.
921
1e ch. B, 2 nov. 2007, Juris-Data, n° 2007-351.693.
922
CA Pau, 17 septembre 1996 : Juris-Data n° 1996-045738.
923
CA de Paris, 16 février 1999, note H. LECUYER, Preuve d’un acte juridique entre concubins : une
conception élastique de l’impossibilité morale de se procurer un écrit, Droit de la famille, n° 9,
septembre 1999, p. 18.
924
Cass. 1e civ, 10 octobre 1984, Gaz. Pal., 1985.1.186, note J.M.
925
H. LECUYER, Preuve d’un acte juridique entre concubins : une conception élastique de
l’impossibilité morale de se procurer un écrit, Droit de la famille, n° 9, septembre 1999, p. 18.
926
Cass. 3e civ. 29 avril 1979, Bull. civ. III, n° 277.
214
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Comme pour le premier cas, il appartient aux juges de rechercher s’il existe en la cause des
circonstances particulières, d’où naîtrait l’impossibilité morale de se procurer un écrit927.
296. En troisième lieu, l’impossibilité morale de rédiger un écrit peut résulter des
relations amicales. Evidemment, « la présomption d’affection qui existe entre membres
proches d’une même famille ne peut être étendue de façon générale dans le domaine de
l’amitié »928, en raison de ces deux domaines qui sont très différents. Or, ces relations
d’amitié peuvent être parfois considérées comme étant supérieures aux liens des gènes et du
sang929. Ce sont « les liens particuliers et quasi familiaux d’estime et d’affection »930. Pour
cette raison, la jurisprudence française admet que l’impossibilité morale de se procurer un
écrit résulte des liens d’amitié, à condition qu’il y ait d’autres indices d’un véritable lien
d’affection931. La solution de la Cour d’appel de Limoges a confirmé de la manière suivante :
« il résulte de l’information que les deux parties avaient noué des liens d’amitié très étroits et,
en conséquence, se trouvaient établie l’impossibilité morale invoquée par la demanderesse sur
le fondement de l’article 1348, alinéa premier du Code civil, de rapporter par écrit la preuve
du prêt »932.
927
Cass. 1e 10 octobre 1984, Gaz. Pal. 1985.1.186, note J.M ; RTD civ. 1985.733 note J. MESTRE ;
CA de Paris, 16 février 1999 : Juris-Data n° 022860, note H. LECUYER, Droit de la famille, n° 9,
septembre 1999, p. 18.
928
F. FERRAND, Rép.pr. civ. Dalloz, V. Preuve, n° 268.
929
D. GUEVEL, J.-Cl, Art. 1341-1348, Fasc., 60, n° 39.
930
Cass. 3e civ., 7 janvier 1981 : Bull. civ. 1981, III, n° 7, p. 6.
931
Cass. crim., 4 avril 1944 : Gaz. Pal. 1944, I, p. 259, dans une espèce où il y avait également un dol.
- Cass. 1e civ., 29 mai 1961 : Bull. civ. 1961, I, n° 276, p. 218.
932
CA., Limoges, 23 septembre 2003, Gaz. Pal., 10-11 mars 2004, p. 21.
933
F. FERRAND, op. cit., n° 271.
934
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1347.
215
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
une preuve littérale935. Ensuite, les relations de travail qui font obstacle à la rédaction d’un
écrit constituent l’impossibilité morale d’un rédiger un936. Enfin, les relations de
subordination entre employé et employeur peuvent également constituer une telle
impossibilité, selon l’avis de la Cour de cassation française937.
298. Comme on le sait, les règles de l’article 1341 du Code civil français ne sont pas
d’ordre public939. Il en découle que l’usage contraire peut en écarter l’application940. De ce
point de vue, la jurisprudence admet depuis longtemps que l’existence d’un usage peut créer
l’impossibilité morale de rédiger un écrit. La solution est analogue à celle des cas
d’impossibilité morale résultant des relations proches, en ce sens que son appréciation dépend
des pouvoirs souverains des juges de fond.
935
Cass. req. 26 juin 1929, DH 1929.460.
936
Cass. soc. 28 avril 1955, Bull. civ. IV, n° 345, D. 1956, somm. 66.
937
Cass. soc. 7 décembre 1961, Bull. civ. IV, n° 1005.
938
J.-L. MOURALIS, op. et loc cit.
939
V. supra. n° 226 et s.
940
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1349.
941
Cass. req., 27 mars 1907 : DP 1909, I, p. 188 ; S. 1907, I, p. 209, note Ch. LYON-CAEN. - Mais
Comp. : Cass. civ., 31 mai 1932 : DH 1932, p. 378 ; S. 1933, I, p. 134.
942
J.-L. MOURALIS, op. cit.,, n° 1353.
216
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Une telle impossibilité morale de se procurer la preuve littérale résulte d’un usage, et
elle est également admise au profit d’un avocat ou de son client en raison des rapports de
confiance qui existent entre eux. La même solution s’applique à certains usages en matière de
vente de produits agricoles, tels que le fumier, les chevaux, etc., Et, les rapports de travail
peuvent notamment établir l’impossibilité morale de se procurer un écrit. Dans un arrêt du 21
février 1921, la Cour d’appel de Paris a admis que l’impossibilité morale de se procurer une
preuve littérale était invoquée par un serviteur, eu l’égard aux relations de dépendance dans
lesquelles il se trouvait vis-à-vis de son maître943.
En revanche, une telle solution n’est pas admise par l’usage en matière d’architecture.
En pratique, la jurisprudence reconnaît que le contrat conclu entre l’architecte et son client est
un contrat de louage de service, c’est-à-dire que la preuve de ce contrat doit être soumise aux
règles de l’article 1341 du Code944. On pourrait « expliquer cette solution en admettant en
cette matière l’existence d’un usage, équivalent à celui que l’on reconnaît en faveur des
médecins ou des avocats. Cependant, la motivation des arrêts n’y fait aucune allusion et une
Cour d’appel a même expressément proclamé le contraire »945.
943
CA Paris, 21 février 1920, DP. 1921.2.27.
944
Civ, 17 décembre 1964, Gaz. Pal, 1965.1.263.
945
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1355.
946
D. MAZEAUD, L’impossibilité morale de se procurer une preuve écrite peut découler de
l’existence d’un usage professionnel contraire, Defénois, 15 septembre 1995, n° 17, p. 1043.
217
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
De plus, leurs motifs invoqués sont souvent obscurs947. En second lieu, l’usage engendre
l’impossibilité morale de se procurer la preuve écrite ; on doit en rechercher le fondement
dans l’ordre psychologique. Mais en réalité, cet élément n’est pas facile à déterminer948. Pour
cette raison, la jurisprudence française est quelque peu ambiguë.
300. A la différence des cas de dispense de la preuve littérale qui visent l’hypothèse
où les parties n’ont rédigé aucun écrit, dans cette circonstance, le créancier est dispensé de
produire une preuve littérale si le titre rédigé a été perdu fortuitement ou s’il en possède une
copie fidèle et durable. En effet, l’article 1348 du Code civil français émet deux hypothèses :
lorsque l’une des parties « a perdu le titre qui lui servait de preuve littérale, par suite d’un cas
fortuit ou d’une force majeure » (A) et lorsque le créancier présente « une copie qui en est la
reproduction non seulement fidèle mais aussi durable » (B).
Premièrement, le titre doit satisfaire aux règles de l’article 1341 du Code civil français
lors de la conclusion de l’acte juridique. Cela signifie qu’il avait régulièrement été établi mais
947
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1352.
948
Selon MOULRALIS, le fondement de l’impossibilité morale se trouve dans des circonstances
d’ordre psychologique. « Ce caractère se manifeste clairement quand on observe le processus de
formation de ces usages. Dans le premier temps, la circonstance détermine est, semble-t-il, la noblesse
de l’objet du contrat, comme dans les conventions qui portent sur une œuvre de l’esprit, et de façon
plus générale, sur le travail de l’homme. Dans le second temps, par un phénomène de cascade, la
noblesse de l’objet du contrat entraîne l’honorabilité, donc la susceptibilité des parties en cause, et il
s’ensuit la formation d’un usage contraire à la règle de la preuve écrite. Toutefois, des contingences
purement matérielles peuvent se juxtaposer par le terme d’impossibilité morale ». J.-L. MOURALIS,
op. cit., n° 1352.
218
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
qu’il a été perdu. Dans ce cas, la preuve de la préexistence du titre est étroitement liée à celle
de sa perte. En ce sens, M. Ph. MALINVAUD écrit : « la preuve de l’existence antérieure
d’un titre n’a pas à être rapportée séparément, elle est incluse dans la preuve de la perte de
l’écrit. Il est bien évident qu’en prouvant la perte d’un titre, on démontre du même coup qu’il
existait auparavant »949.
Quant à cette condition, nous constatons qu’elle est raisonnable. « S’il est légitime
d’aider celui qui est l’innocente victime de la perte de l’écrit, il ne faut pas que le secours
dépasse son but et que le demandeur ait plus d’avantage à perdre l’écrit qu’à le présenter »951.
En effet, l’application de l’article 1348 du Code civil français permettrait de compléter non
seulement la perte du titre mais encore son défaut de force probante. Cependant, il importe
d’observer que la régularité du titre est seulement présumée par d’autres moyens de preuve
car il a disparu par hasard.
949
Ph. MALINVAUD, L’impossibilité de la preuve écrite, JCP éd. G. 1972.I.2468, n° 12.
950
Article 1317 du Code civil français.
951
Ph. MALINVAUD, art. cit., n° 38.
952
Ibid.
219
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Certes, la seule preuve de l’existence antérieure du titre ne suffit pas pour bénéficier de
la liberté de la preuve à l’article 1348 du Code civil français ; il faut encore prouver que le
titre a été perdu fortuitement.
305. Cette seconde condition précise que le demandeur doit démontrer que le titre a
été perdu par un cas de force majeure. Le cas fortuit doit être extérieur au fait personnel du
demandeur car « la solution inverse serait la porte ouverte à la mauvaise foi »953. Aux termes
de cette analyse, le demandeur justifie que la perte du titre a pour cause une circonstance
extérieure à sa volonté : il s’agit soit d’un cas de force majeure, soit du fait d’un tiers.
306. La force majeure est envisagée comme tout élément que le demandeur n’a pu
ni prévenir, ni surmonter : incendie, inondation, bombardement, invasion, pillage, etc., Bien
entendu, la preuve de l’existence de tels événements ne doit pas être faite au moment où le
procès a lieu. Sa présence n’est pas non plus nécessaire. Il suffit seulement de démontrer
qu’un tel événement a eu lieu dans le passé. En général, ces événements sont de notoriété
publique et, par suite, faciles à prouver.
Pour cela, la difficulté de preuve d’un tel événement ne se trouve pas dans son existence
mais dans l’appréciation du lien de cause à effet entre cet événement et la disparition du titre.
La jurisprudence française confère aux juges de fond le pouvoir souverain d’apprécier ce lien.
A chaque fois, la Cour de cassation peut exercer certains contrôles en exigeant d’eux qu’ils
caractérisent les faits de force majeure sans se contenter d’en invoquer l’existence.
307. A l’événement de force majeure, il faut assimiler le fait d’un tiers, bien que le
Code civil français n’en dispose pas expressément. Il se peut que le fait de l’homme, pour
diverses raisons, suscite la disparition ou la destruction d’un écrit instrumentaire. Tel est le
cas lorsque l’écrit disparaît alors qu’il se trouve entre les mains d’un dépositaire954 ou qu’il a
étét perdu à l’occasion d’une procédure judiciaire955. Dans ce cas, il convient de rechercher
pourquoi celui qui l’a égaré ou détruit l’avait en sa détention. Si l’écrit a été frauduleusement
soustrait, la preuve de cette soustraction est libre956. Au contraire, si le titre a fait l’objet d’une
remise volontaire en exécution d’un contrat de mandat ou de dépôt, ce contrat doit donc être
953
Ph. MALINVAUD, art. cit., n° 32.
954
CA Riom, 29 mars 1965, Journ. Not. 1966. 454 note R.B.
955
Cass. civ., 13 décembre 1853 : D. 1854, I, p. 23.
956
J.-L. MOURALIS, op. cit., n° 1375.
220
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
prouvé par écrit conformément aux règles de la preuve de l’article 1341 du Code civil
français957. Cette solution n’est admise que si la perte d’un écrit instrumentaire est le fait d’un
tiers. On ne saurait donc admettre que la destruction d’un titre qui serait le fait des enfants du
demandeur958. Il est également impossible d’admettre que les tiers soit, en réalité, une partie
contraire quant au fond du litige959.
Lorsque le titre a été perdu dans les conditions prévues par l’article 1348, alinéa 1er, du
Code civil français, le demandeur bénéficie de la liberté de la preuve. Ainsi, il peut prouver
par tous moyens l’existence et le contenu de l’acte juridique. Bien entendu, ces conditions
sont nécessaires car elles ont pour finalité d’éviter que le demandeur se trouve dans une
situation plus avantageuse en cas de perte qu’en cas de production de l’écrit.
308. Selon l’article 1348, alinéa 2, du Code civil français, les règles de preuve
littérale reçoivent aussi une exception « lorsqu’une partie ou le dépositaire n’a pas conservé le
titre original et présente une copie qui en est la reproduction non seulement fidèle mais aussi
durable. Est réputé durable toute reproduction indéniable de l’original qui entraîne une
modification irréversible du support ». Il convient dès lors de préciser que cette exception
concerne seulement les copies d’actes sous seing privé dont l’original a disparu puisque celles
d’actes authentiques dont l’original n’existe plus sont réglées par les articles 1335 et 1336 du
même Code960.
309. Dans le but de profiter de la force probante de l’original, la ladite copie doit
remplir deux conditions961. Tout d’abord, le titre original ne doit pas avoir été conservé,
ensuite, elle doit être « la production non seulement fidèle mais aussi durable » de cet
original.
Il est évident que si le texte original n’a pas été conservé, la copie peut être utilement
présentée. En revanche, s’il subsiste, « les copies ne font foi que de ce qui est contenu au titre,
957
Ph. MALINVAUD, art. cit., n° 34.
958
Cass. soc., 18 mars 1971 : Bull. civ. 1971, V, n° 233, 1e esp., p. 195.
959
G. GUEVEL, op. cit., n° 23.
960
Ch. LARROUMET, Droit civil, Introduction à l’étude du droit privé, 6e, éd., Economica, 2007, n°
580 ; Fr. TERRE, Introduction générale au droit, 7e éd., Dalloz, 2009, n° 657.
961
J. VIATTE, La preuve des actes juridiques, Commentaire de la loi n° 80-525 du 12 juillet 1980,
Gaz. Pal., 1980.2.581.
221
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
dont la représentation peut toujours être exigée »962. Il en découle que « l’utilisation, par une
partie, de copies dans le procès, doit être justifiée par une non-conservation de l’original, dont
la production pourrait dans le cas contraire être exigée par le juge »963.
Compte tenu du fait que l’absence de conservation de l’original est un pur fait matériel,
celle-ci peut être établie par tous moyens. La preuve de cette absence est la plus aisée si le
tiers a égaré le titre ou si la perte de l’original est due à un événement fortuit. Néanmoins, il
n’est pas nécessaire que la perte de l’original soit due à une cause équivalente à une force
majeure. « Le texte reste muet aux causes de la non-conservation de l’original. Il s’ensuit que
cette absence de conservation pourrait être due à un geste involontaire de la partie qui entend
présenter la copie. Dans le cas d’un acte comportant un double original, une partie ayant
détruit volontairement son exemplaire pourrait donc produire une copie de contenu différent
pour prouver contre la partie adverse qui, elle, aurait conservé son exemplaire de
l’original »964. Dans cette circonstance, les juges de fond tiendraient fréquemment compte de
l’original.
310. La deuxième condition est que la copie doit être la production non seulement
fidèle mais aussi durable de l’original que l’article 1348, alinéa 2, du Code civil français
prévoit expressément. Cette condition a pour finalité de protéger la copie qui « est un
document non susceptible de falsification, dès l’instant que la production de l’original n’est
pas nécessaire »965. Le caractère fidèle et durable de la copie signifie donc que cette dernière
constitue une « reproduction indéniable de l’original qui entraîne une modification
irréversible du support ».
La condition de fidélité est certes nécessaire. Cependant, elle fait l’objet de critiques de
la part de la doctrine dominante966. D’après celle-ci, toute copie est aléatoire. Rien ne prouve
que le document dupliqué est bien l’original : ce dernier peut avoir subi maintes
manipulations (montages, mots effacés, texte peut avoir été modifié, etc.,)967. Autrement dit,
on ne peut garantir pleinement la conformité à l’original d’une copie en l’absence de celui-ci.
962
Article 1334 du Code civil français.
963
F. FERRAND, op. cit., n° 285.
964
D. GUEVEL, op. cit., n° 55.
965
Fr. TERRE, Introduction générale au droit, 8e, éd., Dalloz, 2009, n° 660.
966
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, Traité de droit civil, Introduction générale,
4e, éd., LGDJ, 1994, n° 670.
967
J. GHESTIN, G. GOUBEAUX, M. FABRE-MAGNAN, op. cit., n° 711.
222
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Quant à la condition de durabilité, l’article 1348, alinéa 2, du Code civil français exige
également une reproduction durable. Ce texte l’explique en énonçant : « Est réputée durable
toute reproduction indélébile de l’original qui entraîne une modification irréversible du
support ». Si ces deux conditions sont réunies, la copie a la force probante de l’original. Cette
solution s’applique également à la photocopie en cas d’absence de contestation de l’intégrité
et de l’imputabilité du contenu de celle-ci à l’auteur désigné968.
311. Aux termes de cette étude de règles de preuve littérale, on remarque que le
droit civil français retient le principe de la preuve légale. En effet, l’écrit est placé au-dessus
d’autres moyens de preuve, notamment des témoignages et des présomptions. Néanmoins, il
comporte certaines exceptions qui échappent aux règles de preuve préconstituée de l’article
1341 du Code civil français.
Pour commencer, la preuve des actes juridiques en matière commerciale est libre. Selon
l’article L. 110-3 du Code civil français, « à l’égard des commerçants, les actes de commerce
peuvent se prouver par tous moyens à moins qu’il n’en soit autrement disposé par la loi. ».
Toutefois, cette exception n’est applicable qu’aux contrats entre commerçants, et non pour
ceux entre un commerçant et un non-commerçant. Dans ce dernier cas, il existe une
distinction quant à la preuve de l’acte juridique : alors que le particulier peut établir une
preuve contre le commerçant par tous les moyens, ce dernier, qui peut prouver contre un
particulier, est restreint à la règle de la preuve écrite. Ensuite, c’est l’exception posée par
l’article 1347 du Code civil français qui reconnaît l’existence d’un commencement de preuve
par écrit. En effet, lorsque la preuve ne remplit pas les conditions de l’acte authentique ou de
l’acte sous seing privé, elle peut constituer un commencement de preuve par écrit. En
présence d’un tel commencement, lequel ne régle qu’une question de recevabilité, la preuve
par tous moyens est possible. Enfin, il ne faut pas oublier de citer l’exception prévue par
l’article 1348 du même Code qui réserve l’impossibilité de produire une preuve littérale.
D’après cet article, nous trouvons deux hypothèses d’impossibilité : d’une part, l’impossibilité
de se procurer un écrit et d’autre part, celle de présenter un écrit préconstitué dans le cas où
l’écrit établi a été perdu. Si l’ancien article 1348 du Code civil n’admet que l’original d’un
acte sous seing privé, la loi du 12 juillet 1980 crée un nouveau cas d’impossibilité en
énonçant que la copie peut avoir la force probante de l’original.
968
Voir par exemple, CA Paris, 15 février 1990, D. 1990, IR 72 ; Cass. 1e civ. 28 mars 2000, JCP
2000.II.10368, note L. LEVENEUR ; F. NIZARD, Conditions pour qu’une photocopie soit une copie
fidèle et durable au sens de l’article 1348, alinéa 2, du Code civil, JCP éd. N et I, 2002. n° 12.1207 ;
Cass. 1e civ., 30 mai 2000, JCP N et I, 2002.1207, note N. FREDERIC.
223
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Si l’exigence de la preuve préconstituée est effacée, tous moyens de preuve peuvent être
rapportés pour prouver l’existence, ainsi que le contenu d’un acte juridique. Dans cette
hypothèse, le juge du fond a le pouvoir souverain d’apprécier la valeur des moyens de preuve
rapportés par les parties devant lui. Ceci se rapproche donc du principe de la liberté de la
preuve que le droit vietnamien admet en matière civile.
224
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
312. La forme de publicité peut se définir comme celle destinée à informer les tiers
de l’existence d’un acte juridique et dont l’inobservation est sanctionnée par l’inefficacité de
cet acte à un degré quelconque (le plus souvent par l’inopposabilité de l’acte non publié aux
tiers).
969
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 206. Voir aussi, J. GHESTIN, Traité de droit civil, La formation
du contrat, 3e, éd., LGDJ, 1993, n° 457.
970
S. CORNELOUP, La publicité des situations juridiques, Une approche franco-allemande du droit
interne et du droit international privé, éd., LGDJ, 2003, n°21.
971
G. LEGIER, J. - CL, Contrats – Distribution, Fasc. 100, n° 182.
225
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
124 du Code civil vietnamien énonce : « quand la loi dispose qu’un acte de la vie civile doit
être établi par écrit, authenticité, enregistré au autorisé, le respect de ces formalités est
obligatoire ». L’article 134 du même Code précise la sanction de l’inobservation de la forme
légale en mentionnant : « lorsque la loi subordonne la validité d’un acte de la vie civile à
l’accomplissement d’une condition de forme et que les cocontractants n’observent pas cette
condition, […], l’acte de la vie civile est réputé nul ». Dans ce cas, il faut conclure que la
forme d’enregistrement, qui est une forme de publicité, en droit vietnamien, est une condition
de formation de l’acte juridique, plus précisément une forme solennelle. En réalité, la
distinction entre les formes solennelles et les formes destinées à assurer la publicité de l’acte
est inconnue du droit vietnamien. L’ignorance de cette distinction se manifeste dans les
travaux des auteurs vietnamiens qui étudient la forme des actes juridiques. Ils envisagent
fréquemment les formes solennelles et y incluent les formes de publicité.
972
Ministère de la justice, Rapport sur le projet portant réforme du Code civil vietnamien, n° 14/TP-
PLDSKT du 8 juillet 2004, p. 8.
226
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
316. Lorsque l’on examine la publicité, on estime qu’elle a pour rôle d’informer les
tiers à l’acte juridique973. Cependant, il faut constater que toutes les formalités de publicité
prévues par le législateur afin d’organiser l’information des tiers ne peuvent pas être
envisagées comme forme de publicité au sens du formalisme atténué. Seules les formalités de
publicité dont l’absence entraîne l’inopposabilité aux tiers de l’acte non-publié sont
envisagées comme telle. De cette façon, d’autres formalités de publicité dont la sanction de
l’acte non-publié n’affecte pas l’acte de son efficacité juridique à un degré quelconque et elles
ne peuvent pas être considérées comme une forme de publicité, même si elles sont aussi
destinées à informer les tiers de l’acte juridique.
317. Nous allons étudier successivement les caractères de la forme de publicité sous
une distinction : la forme de publicité est une condition d’opposabilité de l’acte juridique (A)
et d’autres formalités publicitaires ne sont pas envisagées comme forme de publicité au sens
du formalisme (B).
318. En droit français, la forme de publicité est une condition d’opposabilité aux
tiers de l’acte juridique, c’est-à-dire que si elle est accomplie par les assujettis, l’acte juridique
sera opposable aux tiers. A cet égard, elle se manifeste à travers deux aspects. Tout d’abord,
la publicité se borne simplement à conditionner l’opposabilité aux tiers définis par la loi sans
vraiment établir un ordre de préférence entre les personnes intéressées ; soit parce qu’il
973
C.-Th. BARREAU-SALIOU, Les publicités légales, Information du public et preuve des actes, éd.,
LGDJ, 1990, n° 2 ; A.-O. GUTTON, La publicité des faits juridiques, thèse, Université de Clermont,
1976, p. 183 et s.
227
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
n’existe pas de conflit de droits résolubles par la seule date de publicité ; soit parce que celle-
ci n’a pas vocation de l’arbitrer. Dans ce cas, la publicité peut s’affirmer comme condition
d’opposabilité pour les auteurs directs. Ensuite, la publicité plus complexe que la précédente,
permet au contraire de régler, dans de multiples hypothèses, les conflits de droits subjectifs
portant sur la même chose. Le droit ne tient pas compte de leur date d’acquisition, mais de
l’exécution de la publicité, afin d’établir l’ordre de règlement du conflit. C’est pourquoi, la
publicité est envisagée comme condition d’opposabilité d’ordre pour les tiers concernés. En
droit vietnamien, la forme de publicité (la forme d’enregistrement), nous l’avons
précédemment envisagée, est une condition de validité de l’acte juridique, et présentée parmi
les formes solennelles énoncées par les articles 124 et 139 du Code civil vietnamien.
319. En droit français, la forme de publicité, qui est une condition d’opposabilité
pour les auteurs directs, n’établit pas d’ordre de priorité entre les actes juridiques soumis à
publicité974. Elle garantit seulement l’opposabilité de l’acte juridique à l’égard des tiers dans
la mesure où elle est accomplie par les assujettis. Une série d’exemples peuvent être cités
pour cette hypothèse.
974
M. COCHEREL, Les techniques légales d’opposabilité, Essai d’une théorie générale, thèse,
Université de Paris 1, 2003, n° 196.
975
J. DUCLOS, L’opposabilité, Essai d’une théorie générale, éd., LGDJ, 1984, n°274 ; F. COLLART
DUTILLEUL, Conditions de l'opposabilité aux créanciers du vendeur du paiement du prix effectué par
l'acquéreur d'un fonds de commerce, RDC, 2005, p. 1073.
976
En ce sens, V. J. DUCLOS, op. cit., n° 267 et s.,
228
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
977
Article 24 du décret n° 35/2006/ND-CP du 31 mars 2006.
978
H. KENFACK, Rép. Com. Dalloz, V° Location-gérance de fonds de commerce, 2010, n° 165 ; M.
PEDAMON, Droit commercial, Commerçants et fonds de commerce, Concurrence et contrats du
commerce, 2e, éd., D, 2000, n° 313.
979
H. KENFACK, Rép. Civ. Dalloz., V. Location-gérance de fonds de commerce, éd., 2010, n° 168.
980
J. DUCLOS, op. cit., n° 274.
981
Cass. com., 7 janvier 1992, Bull. civ. 4, no 5, Gaz. Pal. 1993. 1e ; Cass. com., 26 mai 1992, Bull.
civ. 4, no 207, Gaz. Pal. 1999. 2.
229
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
322. La publicité du contrat de mariage, prévue par les articles 1394 du Code civil
français, nous offre le troisième exemple983. L’article 1394, alinéa 2, du Code civil français
dispose qu’« au moment de la signature du contrat, le notaire délivre aux parties un certificat
sur papier libre et sans frais, énonçant ses noms et lieu de résidence, les noms, prénoms,
qualités et demeures des futurs époux, ainsi que la date du contrat. Ce certificat indique qu’il
doit être remis à l’officier de l’état civil avant la célébration du mariage ». Aux termes de ce
texte, le contrat de mariage doit être publié lors de la célébration du mariage984. A supposer
que les tiers veuillent connaître le type du régime matrimonial adopté par les époux, ainsi que
les clauses stipulées dans ce contrat, ils devront s’adresser à ces derniers en leur demandant de
fournir ces renseignements ou de leur adresser une expédition du contrat985. Au contraire, si
les époux ont faussement déclaré à l’égard de l’officier de l’état civil qu’ils se sont mariés
sans contrat, le contrat de mariage qu’ils ont conclu n’est pas nul mais frappé
d’inopposabilité ; les époux, à l’égard des tiers, sont alors réputés mariés sous le régime légal
de la communauté réduite aux acquêts986. C’est pourquoi la publicité du contrat de mariage est
une condition d’opposabilité simple pour les auteurs directs. En droit vietnamien, sous
l’influence des pensées confucianiste, bouddhiste et taoïste, il n’existe pas d’expression pour
« contrat de mariage ». En réalité, le régime matrimonial des futurs époux est la communauté
universelle ou légale.
323. Le quatrième exemple concerne la publicité requise pour les navires, les
bâtiments de navigation intérieure et les aéronefs, en droit français. Elle constitue une
condition d’opposabilité simple pour les auteurs directs dans la mesure où elle permet aux
assujettis d’opposer aux créanciers chirographaires les opérations publiées, tel le transfert de
982
Cass. com. 15 mars 2005, Bull. civ. IV, no 60, D. 2005, AJ 890, obs. A. LIENHARD.
983
J. DOCLOS, L’opposabilité, éd., LGDJ, 1983, n° 275.
984
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Droit civil, Les régimes matrimoniaux, 5e, éd., D, 2008, n° 206.
985
J. FLOUR, G. CHAMPENOIS, Les régimes matrimoniaux, 2e, éd., Armand Colin, 2001, n° 181.
986
A. COLOMER, Droit civil, Régimes matrimoniaux, 12e, éd., Litec, 2004, n° 314.
230
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
propriété de l’un de ces biens meubles immatriculés987. Les créanciers chirographaires, qui ne
sont investis que d’un droit de gage général sur le patrimoine de leur débiteur, ne sont pas
titulaires d’un droit concurrent soumis à la même formalité. La publicité joue donc, dans cette
hypothèse, le rôle d’un critère d’opposabilité simple pour les auteurs directs. Son but n’est pas
d’établir un ordre de préférence entre les personnes intéressées. Dans ce cas, la solution du
droit vietnamien est différente de celle du droit français. L’article 3 du décret n° 83/2010/ND-
CP du 23 juillet 2010, prévoit que l’hypothèque des navires, bâtiments de navigation
intérieure et aéronefs doit être inscrite au bureau d’enregistrement. Elle ne prend des effets
juridiques que si cette formalité est remplie988. Cela nous indique donc que la formalité est
une condition de validité de l’acte juridique en droit vietnamien.
987
Dans un arrêt du 9 novembre 1971, la Cour d’appel de Bordeaux a jugé qu’à défaut de publicité, les
créanciers d’une indemnité d’accident étaient fondés, au même titre que les acquéreurs et les
créanciers titulaires de sûretés, à invoquer l’inopposabilité du transfert de propriété du navire ou
bateau, Cour d’appel de Bordeaux, 9 novembre 1971, DMF, 1972, p. 94.
988
Article 7 du décret n° 83/2010/ND-CP du 23 juillet 2010.
989
La publicité peut également assurer la mise en œuvre de l’opposabilité à l’égard des créanciers
chirographaires. V. en ce sens, en matière d’œuvre cinématographique : Com., 3 mai 1961, Bull. civ.,
IV, n° 190, p. 167 ; Com., 16 novembre 1971, Bull. civ., IV, n° 277, p. 260.
990
V. notamment : Civ. 1e, 29 avril 1960, Bull. civ., I, n° 217, p. 177 ; Civ, 18 mars 1980, Bull. civ., I,
n° 90, p. 75 ; Civ. 1e, 16 juillet 1986, D. 1987, som. Com., p. 366, obs. Th. HASSLER ; Paris, 22
février 1991, D. 1992, som. Com., p. 75, obs. Th. HASSLER.
991
CA de Paris, 12 décembre 1997, D. RJDA, 1998, n° 435, p. 316 ; Com., 17 mai 1988, Bull. civ.,
IV, n° 168, p. 117.
992
CA de Paris, 22 février, 1991, D. 1992, som. Com., p. 75, obs. Th. HASSLER.
231
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
325. Il suffit de quelques exemples pour justifier que la forme de publicité est une
condition d’opposabilité simple pour les auteurs directs. Néanmoins, elle n’est pas toujours la
seule condition d’opposabilité qu’utilise le législateur pour informer les tiers de l’acte
juridique. Il existe d’autres mesures de publicité ayant une même finalité, mais constituant
une condition d’opposabilité d’ordre.
327. En droit français, l’exemple caractéristique pour la publicité est une condition
d’opposabilité, relatif aux actes juridiques en matière immobilière. L’article 28, 1°, du décret
du 4 janvier 1955 énumère des actes soumis à publicité : « sont obligatoirement publiés au
bureau des hypothèses de la situation des immeubles : 1° Tous actes, même assortis d’une
condition suspensive, et toutes décisions judiciaires, portant ou constatant entre vifs : a)
Mutations ou constitution de droits réels immobiliers autres que les privilèges et hypothèques,
qui sont conservés suivant les modalités prévues au Code civil ; b) Bail pour une durée de
plus de douze années, et même pour un bail de moindre durée, quittance ou cession d’une
somme équivalente à trois années de loyers ou fermages non échus… ». Il résulte de cette
disposition que lorsque ces actes ne sont pas publés, ils sont inopposables aux tiers qui, sur le
même immeuble, ont acquis, du même auteur, des droits concurrents993.
993
Cass. Civ, 1er, 14 janvier 2009, Defrénois, 15 mai 2009, p. 926, note S. PIEDELIEVRE.
994
Ph. SIMLER, Ph. DELEBECQUE, Droit civil, Les sûretés, La publicité foncière, 5e, éd., Dalloz,
2009, n° 852 et s..
232
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
tiers, toujours propriétaire. Par conséquent, s’il vend le même immeuble à un second
acquéreur, celui-ci l’emportera s’il publie son titre d’acquisition le premier995. Dans ce cas, on
constate que les formalités de publicité, lorsqu’elles sont accomplies, ont pour finalité de
trancher le conflit de la propriété sur un même immeuble996. Autrement dit, la publicité est
une condition d’opposabilité d’ordre.
Contrairement à la publicité foncière en droit français, celle en droit vietnamien est une
forme solennelle. Ainsi, tout acte juridique transférant la propriété d’un immeuble, grevant un
immeuble d’un droit réel ou encore éteignant ce droit, ne produit aucun effet juridique s’il ne
figure pas sur le livre foncier. L’inscription est donc un élément constitutif, une condition
obligatoire de chaque modification des droits réels. Ainsi en est-il, par exemple, du contrat de
vente d’immeuble qui est soumis à la formalité d’un enregistrement foncier. L’acquéreur ne
peut disposer de son droit qu’à la condition d’être inscrit au livre foncier comme propriétaire.
995
Fr. TERRE, Ph. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, 10e, éd., D, n° 163 ; J.
DUCLOS, op. cit., n° 301.
996
S. LAMIAUX, Conflit entre acquéreurs successifs d’un même immeuble, Retour au purisme de la
publicité foncière, JCP éd., N et I, n° 13, 2 avril 2010, 1146.
997
J. DUCLOS, op. cit., n° 323.
998
Toutefois, en cas de publicités accomplies le même jour le rang entre les hypothèques doit être
déterminé par la date de l’acte constitutif de ces sûretés. V. sur ce point, J. DUCLOS, op. cit., n° 324.
233
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
applicables »999. Néanmoins, soulignons qu’il existe une différence notable entre elles.
« L’immatriculation des contrats portant sur le navire et l’aéronef ne constitue pas seulement
une mesure de publicité destinée à régler les conflits entre ayants cause particuliers d’un
même auteur, sur la base du respect de la date de la publicité. Elle est encore attributive de
droit : elle vaut titre de propriété ; alors que la publicité foncière est une simple condition de
forme sans incidence au fond »1000. En effet, les transactions sur aéronefs bénéficient d’une
haute sécurité. Cela se justifie par les actes juridiques qui portent sur le navire et l’aéronef qui
intéressent le crédit public1001. En conséquence, il convient d’établir un statut juridique
particulier en vue de garantir la transaction de ces biens.
329. Dès lors, concluons que la publicité est une condition d’opposabilité d’ordre en
droit français, permettant uniquement aux assujettis de mettre en œuvre l’opposabilité aux
tiers en établissant un ordre de priorité. Elle doit donc être distinguée des autres mesures
publicitaires qui ne sont pas envisagées comme les formes de publicité au sens du formalisme
des actes juridiques.
999
J. MESTRE, E. PUTMAN, M. BILLIAU, Traité de droit civil, Droit spécial des sûretés réelles, éd.,
LGDJ, 1996, n° 1032.
1000
J. DUCLOS, op. cit., n° 323.
1001
M.-A. GUERRIERO, op. cit., p. 249.
234
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
De toute évidence, la publicité des mutations et des constitutions de droits réels est
d’autant plus importante que son absence suscite une incertitude planant sur la propriété
immobilière1005. En effet, les registres tenus à la conservation des hypothèques ne peuvent pas
avertir les tiers d’une mutation à cause d’un décès si la publicité n’est pas accomplie. C’est
1002
S. PIEDELIEVRE, Traité de droit civil, La publicité foncière, sous la direction de J. GHESTIN,
éd., LGDJ, 2000, n° 211 et s.
1003
A. FOURNIER, Rép. Civ. Dalloz, V., Publicité foncière, 2010, n° 100.
1004
Ph. SIMLER, Ph. DELEBECQUE, Droit civil, Les sûretés, La publicité foncière, 5e éd., D., 2009,
n° 893.
1005
S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 212.
235
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
pourquoi il est important de réaliser la publicité en vue de permettre aux tiers de connaître
l’intégrité de l’historique d’un immeuble : ils doivent pouvoir connaître chacun des
propriétaires successifs1006. Bien entendu, cette publicité n’établit pas un moyen de résoudre
des conflits de droits entre des ayants-cause d’un même auteur. C’est uniquement un moyen
pour informer les tiers.
333. Pour des raisons identiques nécessitant l’information des tiers, les actes et
décisions déclaratives à un droit déjà publié sont soumis à publicité. Tels sont les actes et les
jugements déclaratifs prévus par l’article 28, 4°, e du décret du 4 janvier 1955. Plus
précisément, l’article 883 du Code civil français dispose que « chaque cohéritier est censé
avoir succédé seul et immédiatement à tous les effets compris dans son lot, ou à lui échus sur
licitation, et n’avoir jamais eu la propriété des autres effets de la succession ». Au-delà de la
lettre du texte, qui n’évoque que le partage successoral, le principe de l’effet déclaratif vaut
pour tout partage d’une indivision, quelle qu’en soit l’origine ; cette fiction légale ne peut
occulter le fait que c’est le partage qui fixe les droits individuels de chaque copartageant sur
les immeubles jusqu’alors indivis. Cette clarification, plus que la dévolution elle-même, doit
être portée à la connaissance des tiers, sans être cependant sanctionnée par l’inopposabilité.
Une même solution s’applique aux jugements déclaratifs en matière de droit immobilier. Ce
sont ceux qui se contentent de déclarer la préexistence d’un droit au profit d’un
demandeur1007. Il en est ainsi du jugement qui prononce l’adjudication d’un bien indivis au
profit d’un indivisaire, car c’est un cas de licitation valant partage. Ces jugements sont
obligatoirement soumis à publicité en vue de permettre aux tiers de connaître la réalité d’une
situation juridique.
Quant aux décisions et actes consolidant un droit déjà publié, ils font l’objet d’une
publicité. De toute évidence, s’ils sont publiés à la conservation des hypothèques, les tiers
sont avertis de la disparition du risque d’anéantissement du droit. D’après le décret du 4
janvier 1955, ce sont : les actes confirmatifs d’actes entachés de cause de nullité relative ou de
rescision1008 ; les actes constatant l’accomplissement d’une condition suspensive1009 ; les
1006
Ibid.
1007
Ph. SIMLER, Ph. DELEBECQUE, Droit civil, les Sûretés, La publicité foncière, 5e, éd., Dalloz,
2009, n° 887.
1008
Article 28, 4, a, du décret du 4 janvier 1955.
1009
Article 28, 4, b, du décret du 4 janvier 1955.
236
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
335. En somme, toutes ces mesures de publicité ne peuvent être qualifiées de forme
de publicité car la sanction n’affecte pas l’efficacité de l’acte juridique à un degré quelconque.
D’autre part, il y a encore des mesures de publicité qui ne sont pas, non plus envisagées
comme des formes de publicité telles que les publicités facultatives.
336. La publicité est dite facultative lorsque le législateur « laisse toute latitude aux
intéressés pour décider s’ils effectueront ou non la mesure de publicité »1014. A la différence
de la publicité obligatoire, elle n’est assortie d’aucune sanction juridique en cas de son
1010
Article 28, 6° du décret du 4 janvier 1955.
1011
Article 28, 8 du décret du 4 janvier 1955.
1012
Article 28, 4, c, du décret du 4 janvier 1955.
1013
Article 28, 4, d, du décret du 4 janvier 1955.
1014
S. PIEDDELIEVRE, op. cit., n° 254.
237
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
inobservation1015. Ce type de publicité peut reposer sur le fait qu’elle ne doit pas être pour
rendre le droit publié opposable aux tiers1016. « Elle permet seulement de constituer les tiers
de mauvaise foi »1017. Tels sont les cas de la publicité des promesses unilatérales de vente et
de bail de plus de douze ans, de la publicité des conventions relatives à l’exercice de servitude
légale et de la publicité des demandes en réitération ou réalisation sous la forme authentique
d’actes sous seing privé, de la publicité des procès verbaux notariés constatant le refus de
procéder à cette réitération ou réalisation1018.
337. La publicité des promesses unilatérales de vente ou de bail de plus douze ans
réglementée par l’article 37-1 du décret du 4 janvier 1955 est facultative. Aux termes de cet
article, ces dernières « peuvent être publiées au bureau des hypothèses de la situation des
immeubles qu’elles concernent, pour l’information des usagers ». Sur le plan du droit positif,
on s’aperçoit que l’article utilise la formule « peuvent être publiées » qui démontre nettement
le caractère facultatif de la publicité des promesses unilatérales de vente ou de bail de plus
douze ans. Sur le plan de la jurisprudence, la Cour de cassation française refuse, compte tenu
de ces textes, de considérer que la publicité d’une promesse unilatérale de vente1019 ou d’une
promesse de bail de plus de douze ans, la rend opposable aux tiers. C’est pourquoi la publicité
de ces actes est facultative.
Pour expliquer cette solution, nous devons scruter la nature juridique des promesses
unilatérales de vente et des promesses unilatérales de bail de plus de douze ans. En effet, elles
ne créent pas un droit réel1020 ; elles font seulement naître une option au profit de leur
bénéficiaire1021. Le titulaire d’une promesse de vente n’est pas titulaire d’un droit réel sur
l’immeuble promis1022. Il bénéficie d’un droit personnel que l’on analyse le plus souvent
1015
H.-L. MAZEAUD, J. MAEAUD, F. CHABAS, Leçons de droit civil, 7e, éd., Montchrestien par Y.
PICOD, 1999, n° 659.
1016
A. FOURNIER, Rép. Civ. Dalloz, V. Publicité foncière, n° 152.
1017
S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 393 et s.
1018
Ph. THERY, Sûretés et publicité foncière, 2e, éd., PUF, 1998, n° 392.
1019
Cass. 3e civ. 22 février 1977, Bull. civ. III, n° 91 ; D. 1978.165 note MALAURIE ; Defrénois
1977. 1262, obs. AUBERT; JCP, éd., G. 1979.II. 19223, note DAGOT.
1020
Ph. SIMER, Ph. DELEBECQUE, op. cit., n° 900.
1021
V. A. KORNMANN, Y. DAUTRIE De VERNON, Promesse unilatérale de vente, Publicité
foncière et protection du bénéficiaire, Gaz., Pal., 10-11 février, 1989 ; B. GROS et Ph. BIHR,
Contrats, Ventes civiles et commerciales, Baux d’habitation, Baux commerciaux, 2e, éd., PUF, 2000,
n° 89.
1022
A. FOURNIER, op. cit., n° 152.
238
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
comme un droit protestatif dont l’objet consiste dans le pouvoir de conclure la vente définitive
par sa seule manifestation de volonté. Ainsi, la vente se formera au jour de la levée de l’option
et le transfert de propriété s’opèrera à cette date. Quant aux promesses de bail de plus de
douze ans, le bénéficiaire est également titulaire d’un droit personnel dont le but est de
préparer la conclusion du bail. Comme elles n’opèrent ni mutation ni constitution de droit, le
décret du 4 janvier 1955 n’a pas jugé nécessaire de rendre la publicité obligatoire. Autrement
dit, la publicité de telles promesses est facultative.
338. La publicité des pactes de préférence en droit français est, elle aussi facultative.
Cette solution provient de la jurisprudence française en raison de l’absence de disposition
figurant dans le Code civil1023. Dans un arrêt du 16 mars 1994, la troisième Chambre civile de
la Cour de cassation a jugé qu’un « pacte de préférence, qui s’analyse en une promesse
unilatérale conditionnelle, ne constitue pas une restriction au droit de disposer » et qu’en
conséquence, il n’est pas soumis à publicité. A partir de cette décision, force est de constater
que le pacte de préférence ne constitue pas une restriction au droit de disposer, au sens que lui
donne le droit de la publicité foncière, même s’il est certain que, comme en matière de
promesses unilatérales de vente, il aliène une partie importante de ses prérogatives1024. Ainsi,
il est nécessaire de soutenir que la promesse unilatérale de vente immobilière et le pacte de
préférence doivent être traités de manière identique par le droit de la publicité foncière. Il en
résulte que la publicité du pacte de préférence est facultative.
339. La publicité des conventions relatives à l’exercice des servitudes légales est
encore une publicité facultative. En effet, l’article 37-1, 2° du décret du 4 janvier 1955
dispose qu’elles peuvent être publiées au bureau des hypothèses de la situation des
immeubles. Cependant, cette publicité se rencontre assez rarement en pratique puisqu’elle
existe de plein droit par le seul effet de la loi1025.
340. Ces exemples nous indiquent donc qu’il existe une publicité facultative en droit
français. Celle-ci se distingue nettement de la forme de publicité, compte tenu des
conséquences juridiques qui sont bien différentes en cas de défaut de publicité. En effet,
l’inobservation de la forme de publicité est sanctionnée par l’inopposabilité de l’acte non
1023
M.-H. MONSERIE, La publicité du pacte de préférence, LPA, 1 mai 1995, n° 5, p. 6.
1024
A. FOURNIER, Le pacte de préférence est une promesse unilatérale conditionnelle et ne constitue
pas une restriction au droit de disposer devant être publiée au bureau des hypothèques, D. 1994, p.
486.
1025
S. PIEDELIEVRE, La publicité foncière, sous la direction de J. GHESTIN, éd., LGDJ, 2000, n°
404.
239
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
publié aux tiers, alors que l’absence de la publicité facultative n’affecte en rien l’efficacité de
l’acte juridique.
341. L’on vient d’indiquer que la forme de publicité est une condition
d’opposabilité. Afin d’expliquer pourquoi le législateur soumet certains actes juridiques à une
telle forme, il est nécessaire de déceler les fonctions de la forme de publicité.
En droit français, elles consistent en deux points essentiels : les fonctions d’informer le
tiers de l’acte juridique (A) et les fonctions de protéger les tiers (B)1026. En droit vietnamien,
bien que la conception de forme de publicité soit distincte de celle du droit français, les
fonctions peuvent atteindre également les finalités de la forme de publicité du droit français.
343. A supposer que la publicité par voie de presse soit faite par les assujettis, elle
n’implique pas d’aller chercher l’information dans un lieu déterminé1028. Dans cette
hypothèse, la publicité présente l’avantage de fournir les renseignements de l’acte juridique
1026
R. TENDER, La publicité foncière française face à l’harmonisation européenne, JCP éd.,
G.1991.II.3544, p. 397 ; A. FOURNIER, Insuffisances et incertitudes en droit de la publicité foncière,
in mélanges en l’honneur du professeur G. GOUBEAUX, éd., LGDJ, 2009, n° 1, p. 155 ; N.
VERHEYDEN-JEANMART, N. JOLY, L’opposabilité des contrats à l’égard des tiers et assimiles, in
Les effets du contrat à l’égard des tiers, Comparaisons franco-belges, op. cit., n° 9, p. 226.
1027
A. FOURNIER, Insuffisances et incertitudes en droit de la publicité foncière, in Mélanges en
l’honneur du professeur G. GOUBEAUX, éd., LGDJ, 2009, n° 1, p. 155.
1028
E. FORTIS, A. REYGROBELLET, L’absence d’un système cohérent de publicité légale, in
Publicités légales et informations dans les affaires, sous la direction de A. SAYAG, éd., Litec, 1992,
n° 91 et s., ; C.-Th. BARREAU-SALIOU, Les publicités légales, Information du public et preuve des
actes, éd., LGDJ, 1990, n° 105-106.
240
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
aux tiers en leur envoyant directement l’information sur l’élément publié1029. Cela nous
permet d’estimer que les tiers sont informés de l’existence de l’acte juridique, c’est-à-dire que
la forme de publicité est destinée à informer les tiers de l’acte juridique. Plusieurs exemples
en droit français peuvent être évoqués pour cette hypothèse.
Au plan local, tout d’abord, l’acquéreur doit procéder, dans les quinze jours suivant
l’acte de vente, à une insertion « sous la forme d’extrait ou d’avis, dans un journal habilité à
recevoir les annonces légales dans l’arrondissement ou le département dans lequel le fonds est
exploité ». L’extrait ou avis doit contenir toutes les indications de nature à individualiser le
1029
C.-Th. BARREAU-SALIOU, op. cit., n° 17 ; Y. GUYON, Droit des affaires, T. 1, 11e, éd.,
Economica, 2001, n° 930.
1030
PHAN Thanh, Le fonds de commerce et le fond artisanal, in 105e Congrès notaires de France,
Propriétés incorporelles, à Lille 17-20 2009, n° 1532 et s.
241
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
fonds et à faire connaître la cession à laquelle il a donné lieu : la date de l’acte de vente et
celle de l’enregistrement, les nom, prénom et domicile du vendeur et de l’acquéreur, la nature
et le siège du fonds, le prix stipulé, la fixation d’un délai d’opposition pour les créanciers qui
ne peut être inférieur au délai légal de dix jours et une élection de domicile dans le ressort du
tribunal de commerce où le fonds est situé. Cependant, si la publication ne contient pas toutes
les mentions requises, elle n’est pas nulle pour autant. Il faut alors chercher à savoir si les
omissions ou erreurs étaient de nature à tromper les créanciers du vendeur. Du moment qu’il
n’y a aucun doute sur l’identité des parties et du fonds cédé, l’on doit reconnaître que la
publicité a produit son effet, qui était de prévenir les créanciers.
Ces deux formalités sont destinées à informer les tiers sur le paiement du prix de la
cession du fonds de commerce en vue de mieux protéger leurs intérêts. Bien entendu, en cas
d’inaccomplissement de ces formalités, le paiement est inopposable à ces tiers pouvant
réclamer un second versement. Suivant cette logique, l’on peut conclure que les formalités de
publicité de la cession du fonds de commerce constituent une mesure destinée à l’information
aux tiers.
1031
L. 141-13 du Code de commerce.
1032
L’article 3 du décret n° 67-238 du 23 mars 1967.
1033
H. KENFACK, Rép. Com. Dalloz, V° Location-gérance de fonds de commerce, 2010, n° 165.
242
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
la publicité a pour finalité d’informer les tiers de la qualité de leur débiteur1034. Cette règle
permet à ces derniers de mieux connaître le propriétaire de l’exploitation du fonds de
commerce et d’éviter de leur attribuer une insolvabilité. De fait, les tiers peuvent se tromper
sur l’apparence du propriétaire de l’exploitant du fonds de commerce ; par conséquent, ils
risquent de lui attribuer une solvabilité illusoire, car leur gage se réduit, en fait aux seules
marchandises. Face à un tel risque, le législateur dispose que « jusqu’à la publication du
contrat de location-gérance et pendant un délai de six mois à compter de cette publication, le
loueur du fonds est solidairement responsable avec le locataire-gérant des dettes contractées
par celui-ci à l’occasion de l’exploitation du fonds »1035.
347. D’après ces exemples, nous pouvons en déduire que la publicité par voie de
presse constitue incontestablement un moyen d’informer les tiers. En fait, la presse constitue
un moyen d’avertir le public puisque sa lecture est très suivie. Cependant, l’avantage de la
publicité par voie de presse n’est qu’apparent. Elle présente parfois quelques inconvénients
dans la difusion effective de l’information au public. En effet, cette mesure de publicité laisse
des traces difficles à retrouver : sauf si elles sont archivées par l’utilisateur ou récapitulées
dans une banque donnée, les informations diffusées de cette façon ne sont guère efficaces que
pendant le temps de lecture du journal. C’est la raison pour laquelle le législateur soumet
certains actes juridiques à publicité par voie de registre public.
1034
G. BACHASSON, L’obligation d’indication de sa qualité par le locataire-gérant depuis le décret
du 14 mars 1986, Gaz. Pal. 1990.2, Doctrine, 423.
1035
Art., L. 144-7 du Code de commerce.
1036
H. KENFACK, Rép. Com. Dalloz, V., Location-gérance de fonds de commerce, n° 168.
243
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
d’extraits ou de copies des inscriptions »1037. Dans ces procédés de publicité, les informations
diffusées sont liées à des supports de publicité statistiques qui assurent, pour une période plus
ou moins longue, une véracité1038. La stabilité du support de cette publicité offre l’avantage
d’autoriser une information en continu relativement détaillée et d’en faciliter l’acte1039. Ainsi,
elle permet d’aménager une information complète de l’acte juridique.
Pour effectuer la publicité au bureau des hypothèques, le titulaire d’un droit immobilier
doit déposer au bureau de la conservation des hypothèques du lieu où se situent les
immeubles, deux exemplaires rédigés en la forme authentique constatant l’acte juridique
soumis à publicité1042. L’un des exemplaires est conservé au bureau des hypothèques, l’autre
est destiné à être restitué au requérant par le conservateur des hypothèques, après avoir opposé
la mention de publicité1043. Ce dernier procède ensuite à l’accomplissement de la publicité.
Cette étape, qui ne doit pas être confondue avec la mention au registre des dépôts, résulte de
l’insertion de l’un des deux exemplaires constatant l’élément soumis à publicité et remis au
conservateur, soit dans le registre des publications s’il s’agit d’acte constitutifs, déclaratifs ou
1037
G. LEGIER, J.-Cl-Contrats-Distribution, Fasc. 100, n° 187.
1038
E. FORTIS et A. REYGROBELLET, L’absence d’un système cohérent de publicité légale, in
Publicités légales et informations dans les affaires, sous la direction de A. SAYAG, éd., Litec, 1992,
n°107.
1039
M. COCHEREL, Les techniques légales d’opposabilité, Essai d’une théorie générale, thèse, Paris
1, 2003, n° 105.
1040
C.-Th. BARREAU-SALIOU, Les publicités légales, Information du public des actes, éd., LGDJ,
1999, n° 105.
1041
F. MAGNIN, J.-Cl. Civil annexe, V. Publicité foncière, Fasc. 36, n° 10 et s.
1042
L’article 67-3 du décret du 14 octobre 1955.
1043
Articles 34-1, alinéas 3 et 4 du décret 4 janvier 1955.
244
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
translatifs de droits autres que les privilèges ou hypothèques, soit au registre des inscriptions
pour les privilèges et hypothèques, soit au registre des saisies immobilières pour les
commandements valant saisie1044. Tant que cette opération n’est pas réalisée, la publicité n’est
pas accomplie et l’opposabilité, subordonnée à son exécution, ne peut devenir effective1045.
Ainsi, la publicité apparaît comme une mesure de classement d’un document dans un registre
donné. Ce classement est purement chronologique : il se fait en fonction de la date du dépôt
de la conservation des hypothèques figurant sur le registre des dépôts. Concrètement, chaque
exemplaire retenu à la conservation des hypothèques est enliassé après que le conservateur a
vérifié qu’il n’existe aucune cause de rejet de la formalité. Les registres de la publicité
foncière sont donc constitués de liasses d’actes.
Ces formalités de la publicité ont pour but de préciser la véracité des informations d’un
immeuble. Elles sont donc utilisées pour le service public des renseignements où les tiers ont
le droit de s’informer sans avoir à justifier d’un intérêt ni d’autres qualités. En effet, ceux-ci
1044
S. PIEDIELIEVRE, Traité de droit civil , Publicité foncière, sous la direction de J. GHESTIN, éd.,
LGDJ, 2000, n° 101 ; A. FOURNIER, op. cit., n° 307.
1045
S. PIEDELIEVRE, op. cit., 119-122.
245
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
peuvent obtenir les informations sur un immeuble en demandant des copies ou des extraits des
différents actes publiés1046.
Un tel registre national des brevets en matière de droit de propriété industrielle vise à
assurer l’information de tous les tiers sur l’existence, l’étendue et le titulaire du droit d’auteur
puisqu’il est organisé autour d’un Registre public. En réalité, cette solution s’inspire de la
publicité foncière1047.
351. Le dernier exemple concernant la publicité de certains biens meubles, tels que
les navires, bateaux de navigation intérieure et aéronefs, permet d’informer les tiers de l’acte
juridique. L’article 92, 3 du décret n° 67-967 du 27 octobre 1967 dispose que tout acte
constitutif, translatif ou extinctif de propriété sur un navire franchisé doit être publié sur le
registre spécial de la conservation des hypothèques maritimes tenu par l’Administration des
douanes1048. Cette publicité est effectuée sur la présentation de l’expédition du titre
1046
A. FOURNIER, op. cit., n° 348-351.
1047
J. RAYNAUD, Le tiers au pays du droit d’auteur, Publicité et opposabilité de la propriété littéraire
et artistique, JCP éd., G.1999.I.138, n° 7.
1048
Voir aussi J. MESTRE, E. PUTMAN, M. BILLIAU, Traité de droit civil, Droit spécial des sûretés
réelles, éd., LGDJ, 1996, n° 1032.
246
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
352. Ainsi, dans l’ensemble, il faut constater que la forme de publicité a pour
finalité d’informer les tiers de l’acte juridique. Si les formalités de publicité sont accomplies
par les assujettis, elles sont présumées informatives par les tiers1050. Néanmoins, cette
technique de publicité peut comporter des inconvénients. En pratique, les documents
enregistrés ne sont pas vraiment publics, c’est-à-dire que les tiers ne sont pas directement
accessibles aux informations. Leur contenu doit leur être communiqué sous forme de copie,
d’extrait, de certificat ou d’attestation, ce qui peut entraîner certaine lenteur relativement
gênante dans la diffusion des informations. En outre, les documents enregistrés ont tendance à
être éparpillés, ce qui peut constituer, pour le public, un obstacle réel à leur connaissance et à
leur utilisation.
La forme de publicité est destinée à informer les tiers de l’acte juridique en ce sens
qu’elle permet de protéger les tiers qui ne participent pas à la conclusion de l’acte juridique.
Cette fonction sera éclaircie dans l’étude suivante.
1049
L’article 92, 3° du décret n° 67-967 du 27 octobre 1967 prévoit que la publicité des contrats
relatifs au navire doit contenir les mentions : « 1° Le cas échéant, les noms des gérants dans les
conventions de copropriété pour l'application de l'article 15 de la loi n° 67-5 du 3 janvier 1967 portant
statut des navires et autres bâtiments de mer ; 2° Le cas échéant, les clauses des conventions de
copropriété prévues à l'article 20, deuxième alinéa, de la loi précitée portant statut des navires et autres
bâtiments de mer ; 3° Les actes et contrats visés à l'article 10 de la loi précitée portant statut des
navires et autres bâtiments de mer ; 4° Les clauses des contrats à l'article 10, deuxième alinéa, de la loi
précitée portant statut des navires et autres bâtiments de mer, donnant à l'affréteur la qualité
d'armateur ; 5° Les sûretés conventionnelles constituées avant la francisation du bâtiment, en
application de l'article 10, 3°, de la loi précitée portant statut des navires et autres bâtiments de mer ;
6° Les décisions énoncées à l'article 7 du présent décret ;7° Les hypothèques consenties sur tout ou
partie du navire ;8° Les procès-verbaux de saisie ».
1050
C.-Th. BARREAU-SALIOU, Les publicités légales, Information du public et preuve des actes,
éd., LGDJ, 1990, n° 105.
247
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Certes, lorsque la forme de publicité a pour finalité d’informer les tiers de l’existence de
l’acte juridique, elle contribue aussi à la protection de l’intérêt de ces derniers. Pour cette
raison, le législateur soumet certains actes juridiques à publicité. Cette fonction est plus
clairement justifiée pour chaque cas précis. Si l’on prend en considération la situation
particulière dans laquelle intervient une exigence de forme de publicité, l’on doit constater
que cette dernière poursuit des finalités propres qui diffèrent d’une hypothèse à l’autre.
Chaque exigence de forme de publicité semble poursuivre une politique juridique de
protection des tiers qui lui est spécifique. Plus précisément, une même publicité peut servir
différents intérêts. Ainsi, il convient d’indiquer la fonction de la protection des tiers dans
certains exemples.
En revanche, si elle fait défaut, l’acquéreur ne bénéficie pas de protection des règles de
forme de publicité foncière puisque les droits réels ne lui sont pas opposables s’ils n’ont pas
été publiés. Suivant cette logique, la publicité foncière a pour fonction de protéger le second
acquéreur d’un droit contre l’effet préjudiciable qui résulterait normalement, pour lui, de
l’acte conclu entre le propriétaire et le premier acquéreur. Si le second acquéreur publie son
1051
V. MARTY et RAYNAUD, Droit civil, Les sûretés, la publicité foncière, 2e, éd., par Ph. JESTAZ,
Sirey, 1987, n° 644 ; Ph. THERY, Sûretés et publicité foncière, PUF, 1998, 2e, éd., n° 377 ; comp. R.
SAVATIER, Usage et avenir de la publicité foncière : D. 1959, chron., p. 221.
1052
R. TENDLIER, La publicité foncière française face à l’harmonisation européenne, JCP,
1991.I.3544.
248
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
droit le premier, la publicité le protège contre les actes de disposition faits par autrui. En
d’autres termes, elle a pour finalité de protéger les tiers de bonne foi.
1053
J. DERRUPPE, Rép. Com. Dalloz, V. Fonds de commerce, n° 556.
249
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
357. Le dernier exemple est la publicité des actes juridiques concernant certains
meubles corporels de grandes valeurs tels que le navire, l’aéronef, le bateau. La publicité de
ces actes permet aux tiers de connaître la situation juridique exacte de tels biens1055. A
l’inverse, s’ils ne sont pas soumis à publicité, les tiers ne peuvent pas la connaître, c’est-à-dire
qu’ils sont démunis de toute protection. C’est la raison pour laquelle on estime que la
publicité des actes portant sur ces biens a pour finalité de protéger les tiers.
358. Tout bien considéré, on peut conclure que la forme de publicité est une forme
imposée pour l’opposabilité aux tiers de l’acte juridique. A ce titre, elle a pour finalité de les
informer de l’acte juridique et de les protéger. Pour aboutir à ces finalités, le législateur doit
établir la sanction juridique en cas d’inobservation de la forme de publicité.
1054
S. CORNELOUP, La publicité des situations juridiques, Une approche franco- allemande du droit
interne et du droit international privé, éd., LGDJ, 2003, n° 123.
1055
A.-O. GUTTON, op. cit., p. 231 et s.
250
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Cependant, l’application des règles de forme de publicité n’est pas absolue. Elle
comporte des exceptions. En réalité, si la forme de publicité n’est pas respectée par les
assujettis, l’acte juridique n’est pas privé de son efficacité à un degré quelconque1059.
Autrement dit, il n’est pas sanctionné par l’inopposabilité aux tiers dans la mesure où la forme
de publicité n’est pas accomplie. Face à une telle situation, la question est de savoir dans
quelles hypothèses certaines exceptions peuvent échapper aux règles de forme de publicité ?
360. Afin de répondre à cette question, l’on doit examiner la sanction du défaut
d’accomplissement de la forme de publicité en deux temps : l’inopposabilité aux tiers
sanctionnant l’inobservation de la forme de publicité (§ 1) et la dérogation à cette règle (§2).
1056
V. supra n° 318 et s.
1057
Par exemple, le défaut d’accomplissement de la forme du contrat de
1058
L’inopposabilité est définie comme « (l’) inefficience à l’égard d’un tiers déterminé par la loi d’un
acte dont la pleine efficacité était subordonnée à l’accomplissement d’une formalité de publicité qui a
été inobservée », G. CORNU, Vocabulaire juridique, éd., PUF, 8e, éd., 2007, p. 494.
1059
V. infra, n° 379 et s.
251
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
362. Les tiers sont en général « ceux qui n’ont pas consenti, qui n’ont pas parlé au
contrat »1060. En ce sens, ils « s’opposent aux parties, c’est-à-dire a priori aux personnes qui
ont conclu le contrat »1061. Toutefois, il convient ici de préciser que certains d’entre eux ont la
possibilité d’invoquer l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de
publicité. Ceux-ci doivent avoir un intérêt légitime à agir en vertu des règles générales en
matière de procédure civile : « pas d’intérêt, pas d’action »1062. D’un autre côté, il existe
certaines personnes qui ne peuvent pas être considérées comme des tiers à la forme de
publicité, bien qu’elles n’aient pas participé à conclusion de l’acte juridique. Tel est le cas des
ayants cause universels ou à titre universel, des représentés et des époux ayant des biens en
commun.
363. L’ayant cause universel est celui qui recueille l’intégralité du patrimoine de son
auteur1063. En droit français, compte tenu du lien qui unit le patrimoine à la personne, cette
transmission ne peut normalement avoir lieu que par le décès du titulaire du patrimoine1064. Il
1060
I. CORBISIER, Les différents tiers au contrat, in Les effets du contrat à l’égard des tiers
comparaisons franco-belges, sous la direction M. FONTAINE et J. GHESTIN, éd., LGDJ, 1993, n° 4,
p. 101.
1061
J. GHESTIN, Les effets du contrat à l’égard des tiers, in Les effets du contrat à l’égard des tiers
comparaisons franco-belges, sous la direction M. FONTAINE et J. GHESTIN, éd., LGDJ, 1993, n°
12, p. 19.
1062
H. ROLAND et L. BOYER, Adages du droit français, 4e, éd., Litec, 1999.
1063
G. CORNU, Vocabulaire juridique, op. cit., V. « cause ».
1064
V. JALLU, Essai critique sur l’idée de continuation de la personne considérée comme principe de
transmission à caractère universel, thèse, Paris, 1902 ; P. CAZELE, De l’idée de continuation de la
252
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
ne peut donc pas être qualifié de tiers ayant le droit d’invoquer l’inopposabilité attachée au
défaut d’accomplissement de la forme de publicité, d’après ce lien. Il doit être considéré
comme une partie ayant participé à sa conclusion en tant que continuateur de la personne de
son auteur1065. A ce titre, il ne se prévaut pas du défaut d’accomplissement de la forme de
publicité.
L’ayant cause à titre universel est celui qui recueille une fraction du patrimoine1066. Tel
est, par exemple, le cas de deux héritiers ou d’un legs portant sur une fraction de la
succession. Cette « transmission à titre universel suppose également le décès du titulaire du
patrimoine »1067. Comme l’ayant cause universel, il ne doit pas être envisagé comme un tiers
au contrat mais véritablement comme une partie. En effet, il ne peut pas invoquer
l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de publicité, quoique sa
volonté n’ait pas participé à la conclusion du contrat1068.
Les représentés doivent également être regardés comme des parties à l’acte, bien qu’ils
n’aient pas eux-mêmes contribué à sa conclusion1069. Il en résulte qu’un représenté ne peut
pas avoir la qualité d’invoquer l’inopposabilité de l’acte résultant du défaut
d’accomplissement de la forme de publicité. Cette solution s’explique par la notion de
représentation qui est « un mécanisme de remplacement d’une personne par une autre pour
l’accomplissement d’un acte juridique »1070. En effet, une personne (représentant) peut
conclure un contrat pour le compte d’une autre (représenté), elle a donc la qualité de partie au
contrat. La conséquence logique issue de cette circonstance est soit que la représentation est
personne, thèse, Paris, 1905 ; J.-P. CLAUX, La continuation de la personne du défunt par l’héritier,
thèse Paris, 1969 ; J. FLOUR et H. SOULEAU, Les successions, Libéralités, 5e, éd., Montchrestien,
1999, n° 1203 ; M. GRIMALDI, Succession, 6e, éd., Litec, 2001, n° 549 ; A. FOURNIER,
Inssuffisances et incertitudes en droit de la publicité foncière, art.cit., n° 15.
1065
Sur l’idée de continuation de la personne, V. J. FLOUR et SOULEAU, Droit civil, Les
successions, 3e, éd., 1991, n° 165 ; M. GRIMALDI, Droit civil, Successions, 6e, éd., 2001, n° 409 et
549 et s.
1066
J. GHESTIN, Les effets du contrat à l’égard des tiers, in Les effets du contrat à l’égard des tiers,
Comparaisons franco-belges, sous la direction M. FONTAINE et J. GHESTIN, éd., LGDJ, 1993, n°
13, p. 20.
1067
Ibid.
1068
J. GHESTIN, Nouvelles propositions pour un renouvellement de la distinction des parties et des
tiers, RTD civ. 1994, p. 777, n° 22.
1069
J. FLOUR, J.-L AUBERT, E.SAVAUX, op. cit., n° 426 ; Ch. LARROUMET, op ; cit., n° 742.
1070
J. FLOUR, J.-L AUBERT, E.SAVAUX, op. et loc cit.
253
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
parfaite, soit qu’elle est imparfaite1071. Il n’est pas concevable de reconnaître au représenté la
qualité de tiers protégé par la sanction de l’inopposabilité1072.
La situation des époux ayant des biens en commun est à rapprocher de la représentation.
Ces personnes ne peuvent pas être des tiers l’une envers l’autre, chacune ayant le pouvoir
d’engager les biens communs dans les conditions prévues par l’article 1413 du Code civil
français1073. Ainsi, l’un des époux ne peut invoquer l’inopposabilité à l’acte conclu par l’autre
époux, bien que la forme de publicité fasse défaut. Ainsi, en matière de représentation, celui
qui n’a pas directement participé à la conclusion de l’acte juridique est assimilé à une partie et
est privé, du même coup, de la qualité de tiers protégé.
364. Les tiers sont donc ceux qui ne participent pas à la conclusion de l’acte
juridique, sauf exceptions tels que des ayants cause universels ou à titre universel, des
représentés et des époux communs ayant des biens en commun mais qui n’ont pas la qualité
de tiers en raison d’une même situation. Si la forme de publicité fait défaut, ils peuvent
invoquer l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de publicité à
condition qu’ils justifient d’un intérêt concernant l’absence de cet accomplissement.
Toutefois, ces règles générales ne suffisent pas pour déterminer le tiers car la notion de tiers
varie d’un cas à l’autre. Il convient donc de déterminer le tiers dans certains cas spéciaux.
1071
La représentation est dite parfaite lorsque le cocontractant connaît l’intention du représentant
d’agir au nom et pour le compte du représenté. Le représentant, dans ce cas, porte à la connaissance
du cocontractant le pouvoir dont il est investi. C’est la situation la plus courante, celle du mandat et de
la représentation légale ou judiciaire. La représentation est en revanche imparfaite lorsque le
représentant contracte pour le compte du représenté mais en son nom personnel. Dans ce cas, il déclare
bien qu’il traite pour autrui mais sans dire qui il représente. Cela correspond au contrat de commission,
réglementé par le Code de commerce (articles L. 132-1 et s.), et en vertu duquel le commissionnaire
agit pour le compte d’un commettant dont il ne révèle pas l’identité.
1072
La seule différence à ce niveau entre la représentation parfaite et la représentation imparfaite tient
à ce que dans le premier cas le représenté se voit dès la conclusion de l’acte conférer la qualité de
partie alors que dans le second cas, cette qualité ne lui est attribuée que postérieurement à la
conclusion de l’acte, seulment au moment où il déclare vouloir profiter de l’acte. V. sur point J.
FLOUR, J.-L. AUBERT et E. SAVAUX, op. cit, n° 428 et 429.
1073
Aux termes de l’article 1431 du Code civil français, « le paiement des dettes dont chaque époux
est tenu, pour quelque cause que ce soit, pendant la communauté, peut toujours être poursuivi sur les
biens communs, à moins qu’il n’y ait eu fraude de l’époux débiteur et mauvaise foi du créancier, et
sauf la récompense due à la communauté s’il y a lieu ».
254
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
vue, il semble que la conception de tiers ne soit pas la même. Le droit immobilier en donne
une définition extrêmement précise (1) alors que le droit commercial la néglige (2)1074.
366. Les tiers en droit immobilier ne sont pas les mêmes selon qu’ils apparaissent
dans le décret du 4 janvier 1955 ou dans le Code civil français1075. Le législateur de 1955 a
conservé les dispositions particulières du Code civil relatives à la publicité des donations de
droits réels susceptibles d’hypothèques et de substitutions1076. Ce décret exige plus de
conditions d’identification des tiers que le Code civil. Ceux-ci ne réunissent que quatre
conditions cumulatives au sein de ce Code, alors qu’ils doivent en ajouter trois autres dans le
décret du 4 janvier 1955.
Il résulte de ce texte que trois conditions cumulatives doivent être réunies pour que les
tiers puissent invoquer l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de
publicité : le conflit doit opposer des ayants cause à titre particulier d’un même auteur,
titulaires de droits soumis à publicité sous peine d’inopposabilité, dont l’un au moins a
effectivement procédé à la publicité. Il faut encore y ajouter la quatrième condition qui résulte
de l’alinéa 2 de l’article 30-1 du décret du 4 janvier 1955, en vertu de laquelle les tiers ne
doivent pas avoir eux-mêmes été en charge de procéder à la publication1077.
1074
C.-Th. BARREAU-SALIOU, op. cit., n° 110.
1075
H.-L.J, MAZEAUD et F. CHABAS par F. CHABAS et RANOUIL, n° 721.
1076
Article 30-2 du décret 4 janvier 1955. V. aussi V. Cass. 1e civ., 5 mai 1965 : Bull. civ. I, n° 300. -
Cass. 3e civ., 4 février 1987 : JCP N 1987, prat. 314.
1077
V. notamment, Ph. MALAURIE et L. AYNES, Les sûretés, La publicité foncière, par L. AYNES,
er
4 , éd., Defrénois, 2009, n° 648 et s. ; Ph. SIMLER et Ph. DELEBECQUE, Les sûretés, Dalloz,
2e éd., nos 742 et s. ; MARTY, RAYNAUD et JESTAZ, Les sûretés, La publicité foncière, éd., Sirey,
1987, nos 759 et s. ; MAZEAUD et CHABAS, t. III, vol. 1, Sûretés, Publicité foncière, 6e, éd., par
RANOUIL et CHABAS, n° 723 et s..
255
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
368. Premièrement, ils doivent tenir leur droit d’un même auteur1078. Ainsi, en cas
de conflit entre ayants cause à titre particulier d’auteurs différents, l’inopposabilité attachée au
non-accomplissement de la publicité ne peut bénéficier à l’un ou l’autre de ces ayants
cause1079. Ce conflit doit donc être tranché par le recours aux règles de preuve des droits
réels1080. Toutefois, l’application de cette condition suscite certaines difficultés.
La première difficulté est celle de savoir si, dans un conflit entre ayants cause
particuliers à un même auteur, l’inopposabilité peut être invoquée contre celui qui n’a pas
procédé à la publicité foncière, mais qui invoque à son profit une prescription acquisitive. De
ce point de vue, la jurisprudence française juge que l’ayant cause particulier, qui tient son
droit d’un même auteur et qui a procédé à sa publicité, ne peut, malgré cela, se prévaloir de
l’inopposabilité du droit contre l’ayant cause particulier qui n’a pas été publié1081. On observe
donc que cette solution soutient la supériorité du principe de l’usucapion sur les règles de
forme de publicité foncière, c’est-à-dire l’usucapion est opposable à tous, même en l’absence
de publicité.
La deuxième difficulté apparaît en cas de conflit entre l’acquéreur d’un immeuble tenant
ses droits d’un vendeur ultérieurement décédé et un second acquéreur tenant les siens de
l’héritier de ce vendeur1082. Dans cette situation, il semble qu’il n’existe pas de conflit entre
ayants cause d’un même auteur, car l’un des acquéreurs tient ses droits du défunt alors que
l’autre les tient de l’héritier. Néanmoins, cette opinion a été condamnée par la jurisprudence
française, précisant que si un confit oppose les ayants cause à titre particulier, respectivement
de l’auteur et de son successeur, ces derniers doivent être traités comme des ayants cause du
même auteur en raison du principe de droit successoral de la continuation de la personne du
défunt1083. Cette solution logique mérite d’être approuvée1084.
1078
Ph. SIMLER, Ph. DELEBECQUE, Droit civil, Les sûretés, La publicité foncière, 5e, éd., Dalloz,
2009, n° 869.
1079
S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 418.
1080
Ph. MALAURIE et L. AYNES, op. cit., n° 649 ; S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 418 et s.,
1081
Cass., 3e civ., 13 décembre 2000, note L. PASCAL, D., 2001.2154.
1082
G. MARTY et P. RAYNAUD, Droit civil, Les obligations, t. II, éd., Sirey, 1988, n° 689.
1083
Cass. 1e civ., 14 juin 1961 : JCP N 1962, II, 12472, note Bulté. - 28 nov. 1961 : JCP N 1962, II,
12683. - Cass. 3e civ., 6 juill. 1976 : Defrénois 1977, p. 1032, note E. FRANK ; Civ. 3e, 11 juin 1997,
Defrénois, art. 36703, p. 1431, obs., L. ANYES ; JCP éd., G. 1998.II.10055, note J. CASEY ; D. 1998,
som. Com., p. 108, obs. S. PIDELIEVRE.
1084
J. DUCLOS, op. cit., n° 301 ; S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 421.
256
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
La troisième et dernière difficulté, plus délicate que les précédentes, concerne le conflit
entre deux sous-acquéreurs tenant leurs droits d’auteurs distincts, mais tous deux ont les
mêmes ayants cause particuliers d’un auteur commun. La question est ici de savoir si les sous-
acquéreurs peuvent bénéficier de l’application des règles de publicité foncière bien qu’ils ne
tiennent pas leur droit d’un même auteur. Selon l’opinion d’une frange de la doctrine, ils
devraient pouvoir invoquer l’inopposabilité résultant du défaut d’accomplissement de la
publicité foncière même s’ils ne peuvent pas être investis de la qualité de tiers protégé, faute
de tenir leur droit d’un même auteur1085. Ces auteurs soulignent en ce sens que « la présence
d’un ou de plusieurs sous-acquéreurs successifs n’interdit nullement de rechercher l’auteur
commun, ou entre deux sous-acquéreurs, en application des règles de la publicité
foncière »1086. Cette opinion repose sur une explication selon laquelle la sanction de
l’inopposabilité applicable aux premiers acquéreurs pourrait être transmise aux sous-
acquéreurs. L’inopposabilité d’une première vente au second acquéreur qui a publié le
premier, pourrait notamment atteindre le sous-acquéreur, ayant cause du premier acquéreur en
date, quand bien même celui-ci aurait publié son titre d’acquisition avant l’ayant cause du
second. Cependant, en pratique juridique, la jurisprudence française a tendance à privilégier la
lecture stricte de l’article 30-1°, alinéa 1er, du décret du 4 janvier 1955, refusant de fait aux
sous-acquéreurs la capacité d’invoquer l’inopposabilité attachée au défaut de publicité
foncière1087. En effet, le sous-acquéreur du premier acquéreur en date ne peut pas invoquer
l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de publicité contre le sous-
acquéreur du second acquéreur de l’acte de vente dont il a lui-même bénéficié.
369. Deuxièment, les tiers doivent être titulaires d’un droit sur le même immeuble et
soumis à publicité sous peine d’inopposabilité. L’article 30-1°, alinéa 1er du décret du 4
janvier 1955 règlemente qu’ils ne peuvent invoquer l’inopposabilité attachée au défaut
d’accomplissement de la publicité foncière qu’à la condition de se prévaloir d’un droit
concurrent portant sur le même immeuble et susceptible d’entrer en conflit avec l’acte non
publié. Ainsi, le défaut d’accomplissement de la publicité ne peut pas être évoqué par un tiers
d’un droit non soumis à publicité ni par un tiers titulaire d’un droit soumis à publicité mais
1085
J. DUCLOS, op. cit., n° 301 ; S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 421 ; M.-N. JOBARD-
BACHELLIER, Servitude et grandeur de la publicité foncière en droit français, D. 1988, Chron., p.
248.
1086
M.-N. JOBARD-BACHELLIER, art. cit., p. 248.
1087
Cass. 3e civ., 20 nov. 1984 : JCP N 1986, prat. 9548 ; Journ. not. 1985, art. 58195, note, L.
MARNIERRE.
257
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
seulement à titre d’information. Le même cas s’applique également aux tiers titulaires d’un
droit soumis à publicité foncière, mais portant sur un immeuble différent de celui concerné
par l’autre droit en conflit.
Il résulte également de cette condition que les créanciers chirographaires n’ont pas le
droit d’invoquer l’inopposabilité attachée au défaut de la publicité foncière, même s’ils y ont
un intérêt. Cette solution a été critiquée par certains auteurs français1088, compte tenu du
caractère préjudiciable de la situation pour les créanciers chirographaires. Néanmoins, elle se
justifie à travers deux raisons notables. D’une part, les créanciers chirographaires n’ont pas
véritablement un droit concurrent sur l’immeuble, puisqu’ils bénéficient seulement d’un droit
de gage général sur le patrimoine de leur débiteur. D’autre part, leur droit n’est pas soumis à
publicité.
370. Troisièment, les tiers doivent eux-mêmes avoir procédé à la publicité foncière
de leur droit. Cette condition est également prévue par l’article 30, 1°, alinéa 1er, du décret du
4 janvier 1955, selon lequel « les actes et décisions […] sont […] inopposables aux tiers qui,
[…] ont acquis […] des droits concurrents en vertu d’actes ou de décisions soumis à la même
obligation de publicité, ou ont fait inscrire des privilèges ou hypothèques ». C’est une
application de l’adage « prior tempore, potior jure »1089 pour la publicité foncière. Ainsi, tant
qu’aucun des ayants cause à titre particulier en concurrence n’a publié son droit, les règles de
la publicité sont sans incidence et le conflit ne peut se résoudre que sur le terrain de
l’efficacité des conventions passées ou des droits acquis1090.
Cependant, la question qui se pose est celle de savoir lequel, parmi les assujettis, peut
bénéficier de la protection des règles de publicité foncière dans la mesure où elle est faite par
ceux-ci un même jour ? Dans cette hypothèse, il convient de distinguer les deux cas suivants.
Premièrement, si les actes présentés en vue de la publicité foncière comportent des dates
différentes, l’acte de préférence est celui au titre plus ancien. Cette solution « s’applique non
seulement en cas de conflit entre personnes tenant toutes deux leurs droits d’actes
authentiques, mais aussi lorsque l’une d’elles ne disposant à l’origine que d’un acte sous seing
privé a fait jouer à son profit l’une des procédures prévues par l’article 37-2 du décret du 4
1088
Par exemple, S. PIEDELIEVRE, op. cit., n° 425 ; M. PLANIOL et G. RIPERT par PICARD,
Traité pratique de droit civil français, t. 3, Les biens, 2e, éd., n° 644.
1089
H. ROLAND, L. BOYER, Adages du droit français, 3e, éd., Litec, 1992, n° 323.
1090
V. Cass. 1e civ., 21 mai 1968 : JCP N 1968, II, 15614, note R.L. - Cass. 3e civ., 13 mars 1974 :
Bull. civ. III, n° 119. - V. encore Cass. 1e civ., 12 nov. 1975 : JCP N 1976, II, 18359, note DAGOT.
258
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
janvier 1955 »1091. « Lorsque l’un des actes est un commandement valant saisie immobilière,
la date à prendre en considération, en cas de formalités de publicité foncière requises le même
jour, est non pas celle du commandement mais celle du titre exécutoire en vertu duquel est
opérée la saisie »1092. Deuxièmement, si les actes présentés en vue de la publicité ont des dates
identiques, l’article 31-3 de ce décret dispose que les formalités seront en principe réputées de
même rang. « Deux exceptions sont cependant prévues : la première résulte de l'article 31-2,
lequel prévoit qu'en cas d'identité de date entre une inscription hypothécaire et un autre acte
soumis à publicité à fin d'opposabilité, l'inscription hypothécaire est réputée antérieure ; la
seconde concerne l'hypothèse où il y aurait identité de date du titre exécutoire mentionné dans
le commandement valant saisie immobilière et de l'autre acte en conflit et donne la priorité au
commandement »1093.
371. Quatrièment, les tiers ne doivent pas eux-mêmes être responsables du défaut de
publicité foncière. A cet égard, l’article 30, 1°, alinéa 2 du décret du 4 janvier 1955
réglemente que les tiers « qui étaient eux-mêmes chargés de faire publier les droits
concurrents, ou leurs ayants cause universels » ne peuvent se prévaloir de l’inopposabilité
attachée au défaut de publicité. Ce texte ne permet pas à une personne qui a deux qualités
différentes dans une opération soumise à publicité, d’agir pour son propre compte et a la
qualité de représentant d’un autre ayant cause à titre particulier du même auteur1094.
Au demeurant, il convient de noter que pour cette condition de qualité de tiers prévue
par l’article 30-1°, alinéa 2, du décret du 4 janvier 1955, la jurisprudence refuse de faire la
distinction entre celui qui est chargé directement de la publicité et celui qui doit seulement
veiller à son accomplissement. D’après elle, le tiers ne peut pas invoquer l’inopposabilité
même s’il n’est tenu de la publicité qu’à titre subsidiaire : sur le terrain de l’inopposabilité,
peu importe si le tiers veille seulement à l’accomplissement des formalités de publicité que
1091
F. MAGNIN, J.-Cl, Civil annexes, V. Publicité foncière, Fasc., 37, n° 37. Voir plus CA Paris, 29
juin 1964 : JCP N 1965, II, 13997, note H. BULTE ; Gaz. Pal. 1965, 1, p. 21 ; RTD civ. 1965, p. 376,
obs. BREDIN.
1092
F. MAGNIN, op. cit, n° 37. Voir également Art. 31-4, du décret n° 55-22, 4 janv. 1955.
1093
Ibid.
1094
Ph. SIMLER, Ph. DELEBECQUE, Droit cviil, Les sûretés, La publicité foncière, 5e, éd., Dalloz,
2009, n° 867 et s.
259
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
doit assurer un autre tiers désigné par la loi, tel que par exemple le notaire rédacteur de l’acte
à publier1095.
372. Dès lors, l’on constate que la personne invoque l’inopposabilité attachée au
défaut d’accomplissement de la publicité foncière est conçue de façon assez restrictive. Ceci
réduit aussi l’utilité de la forme de publicité appliquée à la matière de publicité foncière. En
théorie, cette dernière pourrait être utile à tous les tiers ayant un intérêt à être protégés par un
tel formalisme. Néanmoins, en pratique, elle n’est utile que pour les tiers qui peuvent
invoquer l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de publicité.
373. A la différence des tiers prévus par le décret du 4 janvier 1955 qui viennent
d’être envisagés, les tiers au contrat de donation susceptibles d’hypothèques dans le Code
civil français sont largement définis1096. Ils sont réglementés par les articles 939 à 942 du
Code civil pour la publicité des donations de droits réels susceptibles d’hypothèques, ainsi
que par les articles 1069 à 1072 du même Code pour les substitutions de droits réels
immobiliers. Aux termes de l’article 941 du Code civil français, « le défaut de publication
pourra être opposé par toutes personnes ayant intérêt, excepté toutefois celles qui sont
chargées de faire faire la publication, ou leurs ayants cause, et le donateur ».
En effet, la distinction entre les tiers visés par le décret du 4 janvier 1955 et ceux prévus
par le Code civil français n’est pas exagérée. Les conditions pour qu’ils soient qualifiés sont
communes. Pour être tiers au sens du Code civil et du décret du 4 janvier 1955, il faut y avoir
un intérêt : ne pas avoir été chargé de la publication, être exempt de faute et ne pas avoir en
commis. De même, les ayants cause universels1097 ou à titre universel du donateur de biens
susceptibles d’hypothèques, ainsi que les héritiers du donateur ne sont pas des personnes
ayant intérêt à invoquer le défaut de publication de la donation1098.
1095
V. en ce sens, Civ. 3er, 3 octobre, 1973, Bull. civ., III, n° 505 ; Defrénois, 1974, art. 30553, p. 340,
obs. J.-L.
1096
V. par exemple, CREDA, E. FORTIS et A. REYGROBELET, Les effets juridiques de la publicité
foncière, in Publicités légales et informations dans les affaires, sous la direction de A. SAYAG, éd.,
Litec, 1992, n° 174, p. 152.
1097
Cass. civ., 1e août 1878 : DP 1879, 1, p. 167.
1098
Cass. civ., 1e juin 1897 : DP 1898, 1, p. 56.
260
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
376. Selon l’article L. 141-17 du Code de commerce français, « l’acquéreur qui paie
son vendeur sans avoir fait les publications dans les formes prescrites, ou avant l’expiration
du délai de dix jours, n’est pas libéré à l’égard des tiers ». Ce texte indique que la publicité de
la cession requise pour l’acquéreur a pour but de rendre opposable le paiement du prix à
l’expiration du délai d’opposition. A la différence de la publicité foncière qui est une
261
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
condition d’opposabilité à l’égard des tiers, elle n’a pas pour but de leur rendre la cession
opposable aux tiers et ne peut point régler le conflit entre deux acquéreurs successifs d’un
même fonds. De ce fait, en cas de paiement du vendeur dans le respect des formalités,
l’acquéreur n’est pas libéré à l’égard des tiers. Ces derniers peuvent lui demander de payer
une deuxième fois : « le paiement prématuré du prix de vente par l’acquéreur d’un fonds de
commerce peut contraindre cet acquéreur à payer le prix une seconde fois à la demande des
créanciers du vendeur »1099.
Compte tenu du but fixé à la publicité du fonds de commerce, tous les tiers y ayant
intérêt n’ont pas nécessairement la qualité pour invoquer l’inopposabilité attachée au défaut
d’accomplissement de la publicité du fonds de commerce. Seuls, les créanciers du vendeur
sont autorisés à se prévaloir du défaut d’accomplissement de cette mesure de publicité. Les
créanciers du vendeur peuvent, si les formalités de publicité ne sont pas accomplies, lui
demander de payer une seconde fois. Cette faculté est ouverte non seulement aux créanciers
chirographaires, mais également à ceux inscrits, qui ont intérêt à renoncer immédiatement à
leur droit pour participer à la distribution du prix1100.
1099
Cass. Com., 24 2005, pourvoi n° 01-15337, Bulletin. Voir aussi F. COLLART DUTILLEUL,
RDC, 1 octobre 2005 n° 4, P. 1073.
1100
C.-Th, BARREAU-SALIOU, op. cit., n° 123 ; Ch. BOUTRY, Le sort des créanciers du cédant lors
de la vente d’un fonds de commerce, JCP et., N et I, n° 8, 23 février 2001, p. 478.
1101
J. DOCLOS, op.cit., n° 348.
262
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
378. Pour conclure cette sous-section, signalons que, afin de mettre en œuvre la
sanction de l’inobservation de la forme de publicité, il est nécessaire de déterminer le tiers
ayant le droit d’invoquer l’inopposabilité attachée au défaut de forme de publicité. Or, dans
certains cas, cette règle n’est pas applicable lorsque la forme de publicité fait défaut.
379. Généralement, si la forme de publicité fait défaut, les tiers concernés peuvent
invoquer l’inopposabilité attachée à l’inaccomplissement de la forme de publicité puisqu’elle
est une condition d’opposabilité de l’acte juridique1102. Toutefois, l’application de cette règle
est loin d’être absolue. Il est des circonstances où le défaut d’accomplissement de la forme de
publicité ne prive pas l’acte de son opposabilité aux tiers concernés ; c’est-à-dire que les
assujettis peuvent bénéficier de la protection des règles de la forme de publicité, même s’ils
n’accomplissent pas cette forme.
Pour savoir dans quelle mesure les tiers concernés ne peuvent pas se prévaloir de
l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de publicité, il convient de
rechercher les circonstances rendant la forme de publicité inutile à l’égard de ces tiers. Il
s’agit alors des circonstances de la mauvaise foi (A) et de la renonciation des tiers (B).
380. La mauvaise foi des tiers est la circonstance la plus habituelle qui les prive de
leur faculté d’invoquer l’inopposabilité sanctionnant le défaut d’accomplissement de la forme
de publicité, même s’ils ont normalement qualité pour le faire. On peut citer, à ce sujet, de
nombreux exemples.
1102
V. supra, n° 359 et s.
263
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Dès les années 1960, la Cour de cassation française « a élargi l’atténuation initialement
limitée à l’hypothèse d’un concert frauduleux. Elle s’est, d’abord, contentée d’une simple
fraude du second acquéreur, sans requérir que le vendeur soit impliqué dans un concert
frauduleux »1107. Ensuite, en 1968, la Cour de cassation, ayant abandonné toute référence à la
fraude, s’est contentée d’une simple faute de la part du second acquéreur1108. Enfin, en 1974,
elle a précisé que « l’acquisition d’un immeuble, en connaissance de sa précédente cession à
un tiers, [était] constitutive d’une faute qui ne [permettait] pas au second acquéreur
d’invoquer à son profit les règles de la publicité foncière »1109.
Cette solution peut s’expliquer par l’intermédiaire de la notion de faute sur le terrain de
la responsabilité civile s’appliquant à la publicité foncière1110. L’opposabilité de la première
vente, non publiée, constitue la réparation en nature du préjudice. Néanmoins, certains auteurs
1103
M. BILLIAU, L’opposabilité des contrats relatifs aux droits réels, in Les effets du contrat à l’égard
des tiers, Comparaisons franco-belges, éd., LGDJ, 1993, n° 42.
1104
Sur cette évolution en matière de publicité foncière : M. GOBERT, « La publicité foncière
française, cette mal aimée », in Etudes Jacques FLOUR, Répertoire du notariat Défrénois, 1979, p.
207 et s. ; J. DUCLOS, L’opposabilité. Essai d’une théorie générale, éd., LGDJ, 1984, p. 439 et s.
1105
S. CORNULOUP, La publicité des situations juridiques, Une approche franco-allemande du droit
interne et du droit international, éd., LGDJ, 2003, n° 107.
1106
Par exemple, Req. 6 avril 1925 et 7 décembre 1925, D. H. 1926, I, 187, note SAVATIER.
1107
S. CORNULOUP, op. et loc cit.
1108
3e Civ. 22 mars 1968, D.1968, 412, note J. MAZEAUD ; JCP 1968.II.15587, note PLANCQEEL ;
RTD civ.1968, note BREDIN.
1109
Cass. Civ. 3e, 30 janvier 1974, Defrénois, 1974, art. 30631, p. 638, note G. GOUBEAUX. V. aussi,
S. CORNULOUP, op. cit., n° 108.
1110
Ibid.
264
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
estiment que le biais par la responsabilité n’est pas nécessaire pour aboutir à l’opposabilité de
la première vente au second acquéreur. Il serait possible de dire que la bonne foi du tiers
constitue une condition d’application des règles de la publicité foncière. Dans la mesure où le
second acquéreur avait connaissance de la première vente, il est de mauvaise foi. Par
conséquent, il suffit de constater que la connaissance personnelle aboutit à un même résultat,
peu importent les justifications qui soutiennent la jurisprudence prenant en compte la
connaissance effective d’un tiers.
382. Deuxièmement, c’est le cas de la mauvaise foi des tiers en matière de publicité
du contrat de mariage qui permet d’échapper à la sanction de l’inopposabilité attachée au
défaut d’accomplissement de la forme de publicité. On le sait, le contrat de mariage ne peut
être opposé aux tiers que s’il est mentionné dans l’acte de mariage. Cependant, cette règle est
atténuée dans la mesure où ils connaissent l’existence du contrat de mariage passé entre les
époux. De ce point de vue, l’article 1394, alinéa 3, du Code civil français précise : « si l’acte
de mariage mentionne qu’il n’a pas été fait de contrat, les époux seront, à l’égard des tiers,
réputés mariés sous le régime de droit commun, à moins que, dans les actes passés avec ces
tiers, ils n’aient déclaré avoir fait un contrat de mariage ». Dans ce texte, il faut constater que
même si la publicité n’a pas été accomplie par les assujettis, le contrat de mariage n’est pas
sanctionné par l’inopposabilité aux tiers si ceux-ci connaissaient l’existence de ce contrat.
1111
Aux termes de l’article 1397, alinéa 6 du Code civil français, « le changement a effet entre les
parties à la date de l’acte ou du jugement qui le prévoit et, à l’égard des tiers, trois mois après que
mention en a été portée en marge de l’acte de mariage. Toutefois, en l’absence même de cette mention,
le changement n’en est pas moins opposable aux tiers si, dans les actes passés avec eux, les époux ont
déclaré avoir modifié leur régime matrimonial ».
1112
C.- T. BARREAU-SALIOU, op. cit., n° 199.
265
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
l’entreprise de crédit-bail « ne peut pas opposer aux créanciers ou aux ayants cause à titre
onéreux de ses clients, ses droits sur les biens dont elle a conservé la propriété quand
l’opération n’ [était] pas publiée, sauf si elle établit que les intéressés avaient eu connaissance
de l’existence de ces droits »1113. A vrai dire, la sanction du défaut de publicité est clairement
considérée comme étant la déchéance de l’opposabilité naturelle de l’acte. Cependant, lorsque
les tiers sont de mauvaise foi, ils n’ont pas la faculté de se prévaloir du défaut de publicité1114.
385. Certains exemples nous permettent donc de constater que la mauvaise foi des
tiers les prive de leur faculté d’invoquer l’inopposabilité attachée au défaut
d’accomplissement de la forme de publicité. Autrement dit, ce défaut n’est pas sanctionné par
l’inopposabilité aux tiers de l’acte non publié. Cette solution peut s’expliquer par la théorie de
l’apparence en matière de formalisme de publicité1115. Comme on le sait, la forme de publicité
a pour finalité d’informer les tiers1116 ; de cette sorte, elle ne présente d’utilité pour les tiers
que si ces derniers ne sont pas déjà informés de la réalité juridique. Si le tiers a eu, de façon
certaine, connaissance de cette réalité, il n’est alors plus nécessaire de sanctionner à son égard
le défaut d’accomplissement de la forme de publicité. De ce fait, on peut estimer que les tiers
ont été suffisamment protégés et que le jeu de la sanction de l’inopposabilité est dépourvu
1113
V. Pour un exemple d’application, Com., 11 février 1997, D. aff. 1997, p. 348. La preuve de cette
connaissance pourra être facilitée par l’accomplissement d’autres publicités, de fait ou légales. Le
crédit-bailleur peut ainsi se prévaloir de l’apposition de plaques à son initiative sur le matériel loué
pour établir que le tiers ne pouvait ignorer l’existence de ses droits. Il peut aussi invoquer la publicité
comptable du crédit-bail, laquelle incombe au preneur. V. en ce sens : J. DUCLOS, op. cit, n° 424 et
425 ; C.-T. BARREAU-SALIOU, op. cit., n° 210, p. 144 ; E.-M. BEY, De la publicité des opérations
de crédit-bail mobilier, JCP éd., N. 1974, I, n° 2549.
1114
C.-T. BARREAU-SALIOU, op. cit., n° 210.
1115
S. CORNELOUP, La publicité des situations juridiques, Une approche franco-allemande du droit
interne et du droit international privé, éd., LGDJ, 2003, n° 107 et s.
1116
V. supra, n° 341 et s.
266
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
d’opposabilité. Autrement dit, la mauvaise foi des tiers doit être analysée comme une
circonstance de nature à rendre la forme de publicité inutile à leur égard. C’est pourquoi, le
droit français ne permet pas aux tiers de bénéficier de la protection des règles de forme de
publicité pour cette hypothèse.
Cette solution paraît aussi légitime d’un point de vue moral. La forme de publicité ne
doit pas constituer une prime à la mauvaise foi, conduisant à des solutions qui favoriseraient
la déloyauté des tiers. En effet, il ne faut pas encourager leur hypocrisie, étant parfaitement
informés de la réalité juridique et feignante de la méconnaître. On ne saurait autoriser un tiers
à agir en connaissance de cause et à prétendre ensuite tout ignorer en invoquant
l’inaccomplissement de la forme de publicité prévue par la loi. L’attitude artificielle ainsi
adoptée nuirait certainement à la sécurité des relations juridiques en justifiant des
comportements malhonnêtes.
387. Comme tout droit d’agir en justice, la faculté d’invoquer l’inopposabilité fait
l’objet d’une prescription extinctive. Le tiers concerné ne peut invoquer l’inopposabilité de
l’acte non publié dans le délai de la prescription1117. En dehors de ce délai, il ne se prévaut pas
de l’inopposabilité attachée au défaut d’accomplissement de la forme de publicité. Tel est le
cas du créancier qui ne pourra plus bénéficier de la protection résultant de la sanction de
l’inopposabilité lorsque son droit de créance aura été éteint par prescription.
L’inopposabilité peut disparaître également par extinction du droit du tiers, mais par
consolidation du droit de l’assujetti. Ainsi, un tiers ne peut pas soulever l’inopposabilité de
1117
D. BASTIAN, Essai d’une théorie générale de l’inopposabilité, thèse, Paris, 1929, p. 107.
267
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
l’acte d’acquisition non publié à l’encontre de l’acquéreur d’un immeuble devenu propriétaire
incommutable par le biais de la prescription acquisitive. Dans ces deux cas, on constate que le
défaut d’accomplissement de la forme de publicité échappe à la sanction de l’inopposabilité
aux tiers.
388. La renonciation des tiers les prive également de leur faculté d’invoquer
l’inopposabilité. Cela signifie que l’acte juridique non publié n’est pas sanctionné par
l’inopposabilité aux tiers. La forme de publicité, comme on l’a envisagé, est destinée à
protéger les tiers, qui n’est, en ce sens, pas d’ordre public1118. Ainsi, le tiers peut renoncer à
invoquer l’inopposabilité sanctionnant le défaut d’accomplissement de la forme de publicité.
Cette renonciation suppose la capacité du tiers et peut intervenir postérieurement ou
antérieurement à la naissance du droit à l’inopposabilité. Ce sujet peut, notamment s’il est
capable, renoncer par avance à l’inopposabilité d’une hypothèque non inscrite. Il n’y a alors
aucune raison de ne pas valider ce renoncement pour imposer au tiers une protection qu’il
refuse en connaissance de cause.
Toutefois, si la renonciation est valable quel que soit le moment où elle est consentie,
c’est à condition qu’elle vise un acte déterminé. Un tiers ne peut pas ainsi s’engager de façon
générale à respecter tous les actes de son auteur qui n’auraient pas été publiés. Un
engagement de ce type doit être tenu pour nul dans la mesure où le tiers ne peut, exactement
se rendre compte des conséquences de sa renonciation. De plus, la forme de renonciation au
bénéficie de l’inopposabilité peut être expresse ou tacite. Mais il est assez rare, en pratique,
qu’un tiers renonce expressément à cette protection. Le plus souvent, la renonciation doit être
déduite, en l’absence de déclaration expresse du tiers, de certains éléments de fait. Le
problème est alors de déterminer quels sont ces éléments susceptibles de fonder une telle
renonciation tacite. Mais on observe que cette circonstance reste purement théorique en
l’absence d’une décision de la jurisprudence.
1118
D. BASTIAN, Essai d’une théorie générale de l’inopposabilité, thèse, Paris, 1929, p. 101 ; A.
WEILL, note sous Toulouse, 7 novembre 1950, D. 1952, p. 236.
268
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
défaut n’est pas sanctionné par l’inopposabilité, comme les publicités obligatoires et les
publicités facultatives.
La forme de publicité est un instrument juridique ayant pour but d’informer les tiers de
l’acte juridique, ainsi que de les protéger. Par voie de conséquence, son inonbservation doit
être sanctionnée par l’inopposabiltié de l’acte non-publié aux tiers. Néanmoins, il est
nécessaire d’observer que cette sanction n’est pas absolue. La loi permet aux assujettis d’y
échapper grâce à certaines circonstances telles que la mauvaise foi du tiers, ou la renonciation
et l’expiation du délai d’agir en justice.
269
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Conclusion générale
390. Après cette étude comparative sur le formalisme du contrat en droits français et
vietnamien, l’on peut noter à propos de ce thème, certains points importants dans les deux
droits.
Le principe, en droit contemporain, est que le contrat se conclut par le seul accord de la
volonté des parties, sans avoir besoin de formes déterminées. Pour cette raison, il s’avère
mieux adapté aux échanges de l’économie complexe. Toutefois, ce principe peut, dans
certains cas, soit aboutir à un engagement à la légère, soit favoriser des manœuvres
frauduleuses d’un contractant parce que les forces entre contractants sont très inégales. En
réalité, la théorie des vices du consentement n’est plus considérée comme suffisante pour
garantir seule l’utilité et la justice du contrat conclu. Cependant, on constate que le
formalisme peut rééquilibrer les relations contractuelles en renforçant l’information des
parties et des tiers et en les incitant à la réflexion.
391. Il s’agit, tout d’abord, du formalisme accentué. La forme constitue ici une
condition supplémentaire de formation du contrat venant s’ajouter aux conditions de fond. Ce
groupe comprend deux catégories : l’accomplissement d’une solennité pour le contrat
solennel et la remise de la chose pour le contrat réel.
En droit français, la forme solennelle du contrat solennel est une forme requise pour
l’extériorisation du consentement des parties, à peine de nullité, de sorte qu’elle n’est pas
susceptible d’être régularisée. Au contraire, en droit vietnamien, elle concerne le contrat en
son ensemble en ce sens qu’elle peut être réparée en cas de défaut. Ainsi, le contrat solennel
ne sera frappé de nullité que dans la mesure où les parties ne réparent pas le vice de forme
solennelle pendant un délai prévu par la loi. Cette solution du droit vietnamien se distingue de
celle du droit français puisque, pour ce dernier, la nullité est prononcée si la forme solennelle
n’a pas été remplie par les parties et il ne leur est pas permis de réparer le défaut de forme
solennelle.
Quant à la catégorie des contrats réels, qui fait l’objet d’une contestation au sein de la
doctrine française, elle remonte au droit romain. D’après ses partisans, ce sont des contrats
formalistes, unilatéraux, dont la formation dépend de la remise de l’objet du contrat. Ses
détracteurs soutiennent qu’ils sont consensuels et synallagmatiques et la remise de la chose ne
serait que le premier acte d’exécution du contrat. Nous soutenons, pour notre part, qu’il existe
270
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
une catégorie de contrats réels en droit moderne dont la remise de la chose constitue une
condition supplémentaire de formation du contrat, ayant pour finalité de renforcer la densité
du consentement des parties. Elle est le fruit d’une évolution progressive de la catégorie des
contrats réels en droit romain. Dans cette catégorie, on ne voit pas beaucoup d’aspects
différents entre les deux systèmes juridiques.
La forme probatoire est une forme requise pour prouver l’existence et le contenu d’un
acte juridique dont l’objet excède 1500 euros. A défaut de preuve préconstituée, le contrat
n’est pas prouvé par témoins ou présomption, mais peut être établi par aveu et par serment.
Exceptionnellement, la preuve testimoniale est admise ; elle vise à compléter un
commencement de preuve par écrit ou bien elle joue en cas d’impossibilité d’établir une
preuve préconstituée ; elle joue encore en matière commerciale. Dans ces cas, il s’agit
d’exceptions aux règles de preuve préconstituée de l’article 1341 du Code civil français.
La forme de publicité est imposée pour informer les tiers de l’existence de l’acte
juridique dont le défaut est sanctionné par l’inopposabiltié de l’acte aux tiers. Néanmoins, il
faut constater que cette règle ne s’applique pas en certaines circonstances telles celles tenant à
la mauvaise foi des tiers, à leur renonciation au droit d’invoquer l’inopposabilité attachée au
défaut d’accomplissement de la forme de publicité, ou au jeu de la prescription extintive.
393. Finalement, nous soutenons que le formalisme actuel ne peut pas être considéré
comme une exception au consensualisme, mais véritablement comme un instrument légal de
sécurité juridique en raison des finalités qui sont les siennes, au premier rang desquelles figure
la nécessité de garantir la sécurité contractuelle.
271
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
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LIBCHABER (R.), obs. sous Civ. 1e, 27 novembre 2001 ; Bull. civ. I, n° 297, Defrénois
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LIENHARD (A.), obs. sous Cass. com. 15 mars 2005, Bull. civ. IV, no 60, D. 2005, AJ 890.
LOCHOUARN (Y.), obs. sous Cass. 1e civ., 28 mars 2000, n° 97-21.422, Bull. civ. I.,
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- note sous Civ. 1e, 24 juin 1981, JCP 1982. II. 19713 ;
- note sous Civ. 1e, 21 février 2006 : Bull. civ. I, n° 93 ; D. 2007. Pan. 1906 ;
- note sous Cass. 2e civ., 2 février 1983 : D.S. 1983, inf. rap. 470. notes sous Civ. 1e, 24
juin 1981: Bull. civ., I, n° 233; R., p. 49, JCP 1982. II. 19713.
VIRASSAMY (G.), note sous Cass. Civ., 1e, 8 novembre 1989, JCP éd., G, 1900.II.21576.
VOIRIN (P.), note sous Cass. 1e civ., 11 juillet 1960 : Bulletin, civ. I, n° 382 ; D. 1960, p.
702.
293
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
B. En droit vietnamien
Arrêt n° 152/ 2006/ DS-GDT, de la Chambre civile de la Cour populaire suprême, le 18 juillet
2006.
Arrêt n° 62/ DSPT, de la Cour populaire de la province de TRA VINH, 7 mai 2004.
294
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Index alphabétique
Confirmation, - déguisée, 90
Consensualisme, 1, 14, 21, 37-42, 87, 94. - contrat réel, 145, 168 et s.
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NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Ecrit, 15, 43 et s. M
- V., acte authentique, acte
Mentions obligatoires
sous seing privé, l’acte d’avocat.
- date, 112.
Enregistrement, 56, 77, 103, 320, 327.
- lieu, 113.
Equivalent fonctionnel, 89 et s., 204.
- objet, 114, 115, 116.
Extériorisation de la volonté
- contrat consensuel, 55 N
- contrat réel, 199- 202. Nullité
- contrat solennel, 55 et s. - absolue et relative, 123-126.
H Sanction, V. Nullité.
- inopposabilité, 361 et s.
Hypothèque conventionnelle, 22, 45, 57,
- irrecevabilité, 256 et s.
87, 104, 124.
Subrogation conventionnelle, 22, 55, 63,
I 86, 104.
Impossibilité de prouver par écrit, 290 et T
s.
Tiers, 65, 130, 122 et s, 362 et s.
Inopposabilité, 361 et s.
296
NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
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NGUYEN Tien Dien – Le formalisme en matière contractuelle
Introduction ....................................................................................................... 10
I. Présentation du sujet de la thèse ....................................................................... 10
II. Présentation de l’intérêt de la thèse ................................................................. 12
III. Présentation des termes utilisés ...................................................................... 14
IV. Présentation du plan de la thèse ..................................................................... 16
Chapitre préliminaire : l’évolution du formalisme en droit des contrats ... 17
Section I. L’histoire du formalisme du contrat en droit français.............................. 18
1. Le formalisme rituel de l’ancien droit romain ................................................. 18
2. L’érosion du formalisme rituel du droit romain ultérieur ................................ 20
3. Le retour au formalisme rituel de l’ancien droit français ................................. 22
4. Le formalisme : une exception au consensualisme .......................................... 24
Section II. L’histoire du formalisme du contrat en droit vietnamien ....................... 30
1. Les caractéristiques de l’ancien droit vietnamien ............................................ 30
2. Le triomphe du principe du consensualisme dans l’ancien droit vietnamien .. 36
3. Le formalisme, exception au consensualisme dans l’ancien droit vietnamien. 38
Partie 1. Le formalisme accentué ..................................................................... 44
Chapitre 1. Les contrats solennels .................................................................................... 45
Section I. La notion de forme solennelle.......................................................................... 46
§ 1. Les rapports entre la forme solennelle et le consentement .................... 47
A. Le fondement de la forme solennelle .................................................................. 48
1. La forme solennelle requise pour l’extériorisation du consentement .............. 48
2. Les finalités de la forme solennelle .................................................................. 53
B. Les formalités étrangères à l’extériorisation du consentement ........................... 59
1. Les formalités habilitantes ............................................................................... 60
2. Les formalités de contrôle ................................................................................ 62
§ 2. Le caractère impératif de la forme solennelle ......................................... 68
A. La forme solennelle est irremplaçable................................................................. 68
1. L’absence d’équivalence possible .................................................................... 68
2. Le formalisme de substitution .......................................................................... 71
B. L’identification d’une forme solennelle .............................................................. 75
1. L’interprétation de la forme solennelle ............................................................ 75
2. La forme convenue ........................................................................................... 77
Section II. Le régime juridique du contrat solennel ......................................................... 81
§ 1. Les diverses formes solennelles ................................................................. 81
A. L’acte authentique ............................................................................................... 82
B. L’acte sous seing privé ........................................................................................ 86
C. Les mentions obligatoires .................................................................................... 88
1. Les mentions de la date et du lieu de formation ............................................... 89
2. Les mentions relatives à l’objet du contrat ....................................................... 90
§ 2. La sanction de l’inobservation de la forme solennelle ............................ 92
A. La détermination de la sanction........................................................................... 93
1. L’inexistence ou la nullité ................................................................................ 93
2. La nullité absolue et la nullité relative ............................................................. 95
B. Le régime de la nullité ......................................................................................... 98
1. L’action en nullité ............................................................................................ 98
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