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R3 Gauthier

La mise en place des programmes d'ajustement structurel au Cameroun a entraîné un déclin significatif du secteur manufacturier dans les premières années. Cependant, on observe une dualité économique avec d'une part les grandes entreprises en décroissance, principalement publiques et étrangères, et d'autre part les petites entreprises dynamiques, souvent du secteur informel.
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Thèmes abordés

  • Infrastructures,
  • Fiscalité,
  • Régime fiscal,
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  • Réformes économiques,
  • Réformes structurelles,
  • Concurrence,
  • Secteur manufacturier,
  • Dynamique des petites entrepri…
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R3 Gauthier

La mise en place des programmes d'ajustement structurel au Cameroun a entraîné un déclin significatif du secteur manufacturier dans les premières années. Cependant, on observe une dualité économique avec d'une part les grandes entreprises en décroissance, principalement publiques et étrangères, et d'autre part les petites entreprises dynamiques, souvent du secteur informel.
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LA DYNAMIQUE DU SECTEUR MANUFACTURIER

AFRICAIN EN PÉRIODE D'AJUSTEMENT STRUCTUREL :


LE CAS DU CAMEROUN

Bernard GAUTHIER*

Résumé - La mise en place des programmes d'ajustement structurel en Afrique


subsaharienne a entraîné d'importants changements dans la stratégie
d'industrialisation et l'environnement politique et économique des entreprises
africaines. Les données d'une enquête menée auprès d'entreprises manufacturières
en milieu urbain au Cameroun indiquent que les premières années d'implantation
des politiques de réformes économiques sont marquées par un déclin significatif
du secteur manufacturier qui masque la recrudescence d'une dualité économique.
On observe d'une part un groupe de grandes entreprises en décroissance,
principalement publiques et étrangères, et d'autre part une série de petites
entreprises dynamiques, appartenant souvent au secteur informel. Les principales
contraintes des entreprises dynamiques sont le manque d'accès au crédit pour le
fond de roulement et l'investissement, la faiblesse de la demande locale et la
taxation. Pour les entreprises en déclin, les principaux problèmes ont trait dans
une moindre mesure au financement et relèvent plus de la corruption, de la
fiscalité et de la concurrence des importations.

Mots-clés - AJUSTEMENT STRUCTUREL, SECTEUR MANUFACTURIER,


DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE, CAMEROUN.

Cet article est tiré d'une étude plus vaste, B. Gauthier (sous la direction de), 1994, Manufacturing
Enterprises Under Adjustment in Cameroon, réalisée par le Centre d'Études en Administration
Internationale (CETAI) dans le cadre du Programme régional de développement de l'entreprise de la
Banque Mondiale. J'aimerais remercier Madeleine Gauthier pour ses conseils judicieux, Michel
Sylvain pour sa précieuse assistance et le CETAI pour son soutien financier.

* Institut d'Économie Appliquée, École des Hautes Études Commerciales, 5255 avenue Decelles,
Montréal, Canada H3T 1V6.

Revue Région & Développement n° 3-1996


2 Bernard Gauthier

1. INTRODUCTION

L'industrialisation en Afrique subsaharienne s'est effectuée dans un


environnement fortement réglementé et protégé. Les politiques de substitution des
importations mises en œuvre dès les années 60 par le biais de barrières tarifaires et
non tarifaires, d'allègements fiscaux et de subventions directes, visaient à
promouvoir l'industrie naissante et étaient accompagnées d'une forte participation
du gouvernement dans l'économie par l'entremise d'entreprises publiques (Schmitz,
1984 et World Bank, 1994).

Depuis le milieu des années 1980, la mise en place de programmes


d'ajustement structurel (PAS) dans la plupart des pays subsahariens a radicalement
modifié les règles du jeu des entreprises. Les PAS, appuyés par la Banque
Mondiale et le FMI, ont favorisé la déréglementation et la libéralisation des
marchés et ont signifié un désengagement de l'État du processus d'industrialisation.
Ces programmes ont été accompagnés par des mesures d'austérité impliquant
d'importantes réductions des dépenses et des investissements publics (Jaycox, 1992
; Lachaud, 1993 ; Rodrick, 1990 et World Bank, 1994).

Relativement peu de choses sont connues sur la façon dont les entreprises
ont réagi aux PAS dans les pays d'Afrique subsaharienne. Les premiers résultats
sont contradictoires. Steel et Webster (1991 et 1992) indiquent que les petites
entreprises au Ghana semblent avoir été favorisées par les changements dans
l'environnement réglementaire et économique. Gunning et Mumbengegwi (1995)
rapportent des résultats mitigés au Zimbabwe, tant chez les grandes que chez les
petites entreprises. Okoroafo (1993) dans son enquête au Nigeria, note un effet
positif de l'ajustement sur les entreprises, mais ne distingue pas selon la taille ou le
secteur d'activité.

La présente étude examine l'incidence des programmes d'ajustement


structurel au Cameroun sur la performance des entreprises manufacturières entre
1987 et 1992 et identifie les barrières au développement du secteur manufacturier.
Cette étude se fonde sur des données d'une enquête effectuée auprès de 210
entreprises manufacturières en milieu urbain, tant privées que publiques. Elle
examine si les différentes composantes du secteur industriel sont animées d'une
dynamique propre, et en particulier si les réponses varient en fonction de la taille et
de l'appartenance au secteur formel ou au secteur informel de l'économie.

Le Cameroun est un bon exemple d'un PAS en Afrique. Comme dans la


Région & Développement 3

plupart des pays de la région, l'industrialisation a emprunté jusqu'au milieu des


années 80 la voie de la substitution des importations. Cette stratégie fut marquée
par une très forte intervention de secteur public et le recours aux capitaux
étrangers. A la suite d'une crise financière provoquée par la chute des prix de ses
principales exportations (pétrole, cacao, café, coton) et la dépréciation du dollar
US dans lequel sont libellés ces biens, le gouvernement a introduit en 1988 un
programme de stabilisation soutenu par le FMI puis, l'année suivante, un PAS
appuyé par la Banque Mondiale. Le PAS mena à des changements radicaux de
l'environnement économique puisque depuis 1989, la plupart des éléments du
cadre réglementaire et administratif ont été libéralisés.

Les données de l'enquête indiquent que les premières années du PAS ont
coïncidé avec une récession qui a eu d'importants effets négatifs sur l'activité
manufacturière. On observe toutefois une nette différence de performance selon la
taille et selon l'appartenance des entreprises au secteur formel ou au secteur
informel. Les entreprises de petite taille, en particulier les entreprises informelles et
celles n'ayant jamais bénéficié du soutien de l'État, sont nettement moins touchées
par les changements de l'environnement économique que les grandes entreprises.

L'explication avancée ici pour expliquer le succès des petites entreprises et


des entreprises informelles repose sur le fait que les réformes en cours, combinées
à la crise économique, ont signifié une baisse des bénéfices et une hausse des coûts
associés à l'appartenance au secteur formel de l'économie. Les processus de
réforme a entraîné une baisse des subventions directes et des différents avantages
dont bénéficiaient surtout les grandes entreprises (par exemple quotas
d'importation, tarifs douaniers, licences exclusives). Ces entreprises ont connu
durant cette période une détérioration de certains éléments de l'environnement
administratif (impôts, douanes, corruption). Les petites firmes, moins rigides
techniquement, moins soumises à la réglementation gouvernementale et dont le
dynamisme n'a pas été inhibé par le régime de protection en vigueur auparavant, se
sont mieux adaptées à l'augmentation de la concurrence et aux changements de
l'environnement des entreprises. Toutefois, malgré le dynamisme observé au sein
des entreprises de petite taille, des questions se posent quant à la viabilité des
réformes économiques en cours compte tenu de la forte désindustrialisation
observée. A l'heure actuelle, il existe des dangers de sacrifier les acquis, tant
technologiques qu'humains, de trois décennies d'industrialisation.

La présente étude est divisée comme suit. La deuxième section présente un


survol de l'économie camerounaise et de l'évolution du cadre réglementaire. Dans
la section 3, nous présentons la méthodologie de l'enquête et les caractéristiques de
l'échantillon d'entreprises. Dans la section 4, nous examinons les barrières au
4 Bernard Gauthier

fonctionnement et au développement des entreprises liées au cadre réglementaire et


aux infrastructures. A l'aide d'indicateurs de performance, nous examinons ensuite
à la section 5 le dynamisme de certaines catégories d'entreprises dans le contexte
de l'ajustement. Nous comparons en particulier la performance des entreprises
autrefois privilégiées par le régime protectionniste à celle des sociétés n'ayant
jamais bénéficié du soutien de l'État et à celle des entreprises informelles. Dans la
section 6, nous présentons quelques conclusions à cet égard.

2. LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET RÉGLEMENTAIRE DE


L'AJUSTEMENT STRUCTUREL AU CAMEROUN

Situé sur le croissant de la côte occidentale de l'Afrique, le Cameroun est


pourvu de richesses forestières, agricoles et minières importantes. La population
d'environ 13 millions d'habitants, au tiers urbaine, est principalement concentrée à
Douala (1,5 millions d'habitants) et à Yaoundé, la capitale (750 000 habitants). Le
pays compte également une vingtaine d'autres centres urbains de moindre
importance.

Le Cameroun a longtemps été présenté comme un exemple de succès en


Afrique subsaharienne. Après son accession à l'indépendance en 1960, le pays a
connu une croissance économique soutenue. Le produit intérieur brut (PIB) par
habitant est passé de 160 $ US en 1961, à 980 $ US en 1986, un des plus élevés
d'Afrique francophone. Comme ce fut le cas pour plusieurs pays africains, le
développement industriel au Cameroun a d'abord été financé à l'aide des surplus
générés par le secteur agricole1. La stratégie industrielle qui visait à la substitution
des importations fut implantée par le biais de mesures protectionnistes diverses et
s'accompagna d'une forte intervention publique directe et indirecte dans
l'économie. Celle-ci prit la forme d'un contrôle des prix et des salaires, de crédits et
de subventions directes et d'avantages fiscaux divers. Vue sous l'angle de
l'industrialisation, cette stratégie a connu un certain succès. La croissance annuelle
moyenne du secteur industriel fut de 9,7 % entre 1961 et 1979 (Tableau 1).

1 Ces surplus étaient obtenus par le biais de taxes à l'exportation et de retenues de commercialisation
mises en place par l'Office Nationale de Commercialisation des Produits de Base (ONCPB) ainsi que
le versement de prix aux producteurs nettement plus bas que les prix mondiaux. Dans les années 70,
la production agricole s'orienta vers les produits destinés à l'exportation (cacao, café, coton) pour
lesquels le Cameroun possède de forts avantages comparatifs naturels (World Bank, 1995).
Région & Développement 5

Carte du Cameroun avec délimitation des provinces


et des zones agro-écologiques

Zones agro-écologiques Lac Tchad


1 : Savanne et steppes
2 : Forêt
3 : Hauts plateaux Tchad
4 : Côte
5 : Yaoundé Extrême-Nord
6 : Douala Maroua
Nigeria
Provincial Boundary
National Boundary
Zone Boundary Garoua
1 Nord

Nord-Ouest Ngaoundéré
3 Adamaoua
République
Bamenda
Ouest Centrafrique
Sud-Ouest
Bafoussam Centre
4 Littoral
Buéa
5
Douala

6
Yaoundé 2 Bertoua
Océan Est
Atlantique Sud Ebolowa

Gabon
Guinée Congo
Équatoriale
Source : M. Gauthier, 1991.

Paradoxalement toutefois, cette approche qui visait à réduire la dépendance


découlant de l'importation de produits manufacturés, nécessita l'influx de
technologie et de capital étrangers. Cette stratégie amena d'importantes distorsions
des prix relatifs et la domination du secteur industriel par des entreprises étrangères
et publiques. La période qui suivit la découverte de pétrole en 1978 fut caractérisée
par un accroissement encore plus marqué du rôle de l'État dans l'économie ; les
dépenses publiques en pourcentage du PIB passèrent de 15 % à 23 % entre 1977 et
1986. La découverte du pétrole amena également une croissance économique
importante, car le PIB doubla en termes réels entre 1977 et 1986.
6 Bernard Gauthier

Tableau 1 : Taux de croissance annuels moyens 1961-1993

61/66 67/71 72/78 79/86 87/93


Taux de croissance (%)
PIB réel + 4,1 + 1,0 + 6,4 + 9,1 - 5,0
Agriculture - 2,4 + 4,6 + 3,2 + 5,2 - 4,7
Industrie + 16,9 + 6,0 + 6,4 + 18,0 - 6,1
Manufacture + 17,3 + 6,1 + 2,7 + 14,2 - 7,7
Services + 6,7 - 2,8 + 6,6 + 7,7 - 4,4
En % du PIB
Agriculture 39,5 36,6 34,5 25,6 22,5
Industrie 15,4 16,7 16,8 31,9 30,1
Manufacture 9,5 10,5 10,1 10,6 12,9
Services 45,1 46,8 48,6 42,0 47,4
Sources : B. Gauthier, J.P. LeGoff et L. Vallée (sous la direction de B. Gauthier) 1995, "Crise de
l'État et le secteur manufacturier au Cameroun", et World Bank (1995), annexe 1, tableau 19.

Cette tendance s'est toutefois renversée à partir du milieu des années 80, et
le pays connaît depuis d'énormes difficultés économiques. La chute des prix des
principales exportations (pétrole, cacao, café et coton) et la dépréciation du dollar
américain qui intervint à partir de 1986, provoquèrent une détérioration de plus de
50 % des termes de l'échange du pays, ce qui entraîna une forte baisse des revenus
du gouvernement, pétroliers et non pétroliers. La crise subséquente du secteur
bancaire et l'incapacité du gouvernement de réduire immédiatement ses dépenses
amenèrent d'importants déficits budgétaires qui atteignirent 13 % du PIB et
représentèrent plus de 46 % des recettes publiques en 1987-1988. Les arriérés de
plus de 240 milliards de francs CFA accumulés par l'État auprès de ses
fournisseurs locaux et de ses fonctionnaires, affaiblirent encore plus un secteur
privé déjà peu développé et précipitèrent le pays dans une crise économique.

En 1988, le gouvernement accepta la mise en place d'un plan d'austérité du


Fond Monétaire International (FMI) suivi d'un PAS soutenu par la Banque
Mondiale. Les objectifs visés par le PAS étaient les suivants : (i) la réduction des
dépenses publiques, (ii) l'accroissement de la collecte des revenus, (iii) la réforme
du secteur public, (iv) la libéralisation du régime commercial, (v) la réforme et la
privatisation des entreprises publiques et (vi) la réforme du secteur bancaire
(World Bank, 1989).

Le PAS a entraîné d'importants changements dans la stratégie industrielle du


pays. En plus d'une réforme des banques et des entreprises publiques, le PAS a
poursuivi une réforme réglementaire et institutionnelle comportant 4 volets
Région & Développement 7

principaux : (i) l'abolition du contrôle des prix, (ii) la déréglementation du travail,


(iii) l'allègement des tarifs et des quotas et (iv) la réforme fiscale.

2.1 Contrôle des prix

Jusqu'en 1988, les prix des facteurs de production et des biens et services
étaient déterminés par le gouvernement plutôt que par les forces du marché. Les
objectifs poursuivis étaient de maintenir le pouvoir d'achat des travailleurs, de
stabiliser les revenus des producteurs et de contrôler l'inflation. Le gouvernement
fut donc amené à établir une structure administrative chargée de déterminer les
prix de la plupart des biens et services dans l'économie (par exemple Direction des
prix du MINDIC, Office national de commercialisation des produits de base).

Les conséquences d'un strict contrôle des prix incluaient des coûts élevés de
production, des distorsions dans l'allocation des ressources et des prix non
compétitifs. En particulier, un effet pervers du contrôle des prix était de réduire
l'incitatif des producteurs à accroître leur productivité, puisqu'une augmentation
dans leurs coûts de production entraînait des profits plus élevés en raison de
marges bénéficiaires fixes.

Le processus de réforme entrepris en 1988 a amené une libéralisation


progressive des prix dans la plupart des secteurs. Essentiellement, les seuls biens et
services qui sont toujours réglementés à l'heure actuelle sont les produits
alimentaires de base.

2.2 Réglementation du travail

Jusqu'en 1990, les salaires et les conditions de travail étaient réglementés par
un code du travail. Des grilles de salaires, basées sur le niveau d'éducation
institutionnelle et le nombre d'années d'expérience, déterminaient le salaire
minimum à chaque niveau d'emploi. Le code du travail spécifiait des règles
d'embauche et de licenciement très strictes qui incluaient d'importantes
compensations financières en cas de mise à pied.

Ces contraintes diverses ont augmenté les coûts déjà élevés du travail et
accentué le caractère non compétitif des processus de production. Un nouveau
code du travail a été adopté en 1990 dans le cadre du PAS. Il assouplit les grilles
de salaire, permet les négociations directes entre employés et employeurs, et réduit
les compensations en cas de licenciement.
8 Bernard Gauthier

2.3 Tarifs et quotas à l'importation

En accord avec la stratégie du gouvernement axée sur la substitution des


importations, l'industrialisation était favorisée par d'importantes barrières tarifaires
et non tarifaires. Les tarifs douaniers pouvaient atteindre jusqu'à 500 %, alors que
des quotas d'importation étaient en vigueur sur la plupart des produits. Depuis
1989, les quotas d'importation ont pour la plupart été abolis, sauf pour quelques
biens et services essentiels (surtout dans le domaine alimentaire). Les tarifs ont
également été substantiellement réduits grâce à une réforme fiscalo-douanière dans
le cadre de l'Union Douanière d'Afrique Centrale (UDEAC)2. Les nombreux
monopoles qui existaient grâce aux licences d'exploitation et d'importation
exclusives sont maintenant pour la plupart soumis à la compétition nationale et
étrangère3.

2.4 Régime fiscal

Au lendemain de l'indépendance, le Cameroun se dota d'un code des


investissements qui offrait aux investisseurs de généreuses exemptions de taxes et
de droits pour une période allant jusqu'à 25 ans. De nombreuses sociétés
profitèrent des incitatifs du code : en 1975, 218 entreprises avaient bénéficié
d'avantages fiscaux et de réductions de droits pour un montant dépassant
84 milliards de francs CFA4.

A la suite de l'adoption, en 1990, d'un nouveau code des investissements, les


différentes exemptions et exonérations prévues à l'ancien code ont été
substantiellement réduites. Toutefois, un certain nombre de régimes fiscaux
spéciaux, en vertu desquels une entreprise peut acquérir des avantages de coûts
marqués relativement à une entreprise n'ayant pas droit à ces bénéfices, subsistent
toujours. Les principaux sont les régimes de la Taxe Unique (TU) et de Taxe
Intérieure à la Production (TIP) qui accordent des réductions substantielles de
droits d'importation et de taxes de ventes à certaines entreprises ; le régime de la
Convention spéciale accorde des bénéfices qui peuvent aller jusqu'à l'exemption
complète de toute obligation fiscale ou douanière ; le régime de la zone franche
prévoit des réductions importantes d'impôts et de droits de douane aux entreprises

2 Les autres membres de l'UDEAC, une zone de libre échange à laquelle adhère le Cameroun, sont le
Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République Centrafricaine et le Tchad.
3 Un certain nombre de secteurs demeurent toutefois toujours protégé par des barrières non tarifaires
et représentent une proportion significative de la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier (World
Bank, 1992, p. 27).
4 Ngwasiri (1988), p. 111.
Région & Développement 9

vouées à l'exportation.

Notre objectif dans cette étude est de déterminer l'effet des changements
réglementaires et administratifs associés au PAS sur les entreprises et, en
particulier, d'examiner si l'on obtient des réponses différenciées selon la taille et
l'appartenance de l'entreprise au secteur formel ou au secteur informel. La
prochaine partie présente la méthodologie de l'enquête menée auprès des
entreprises et décrit les principales caractéristiques de l'échantillon.

3. MÉTHODOLOGIE D'ENQUÊTE
ET CARACTÉRISTIQUES DES ENTREPRISES

Dans le cadre d'une vaste étude sur l'environnement institutionnel des


entreprises en Afrique menée par la Banque Mondiale, des données exhaustives
ont été recueillies sur les barrières réglementaires et la performance du secteur
manufacturier au Cameroun5.

L'échantillon comportait 210 entreprises manufacturières dans 4 secteurs


d'activités : bois et meubles, aliments et boissons, textile et vêtements, et métal et
machineries. Ces catégories sont tirées des comptes nationaux du Cameroun qui
comptent 32 secteurs. Les quatre secteurs retenus représentent près de 70 % de
l'activité manufacturière formelle.

Les données statistiques au Cameroun sont incomplètes. Ce problème s'est


aggravé récemment puisque les activités de la Direction de la Statistique sont
essentiellement interrompues6. L'échantillon de l'enquête a donc dû être constitué à
partir de deux sources secondaires et complété par un recensement sur le terrain7.

5 L'étude a été réalisée par le Centre d'Études en Administration Internationale (CETAI) de l'École
des HEC de Montréal en collaboration avec l'École Supérieure des Sciences Économiques et
Comptables (ESSEC) de Douala dans le cadre du Programme Régional de Développement de
l'Entreprise (PRDE) de la Banque Mondiale. Les entrevues ont été réalisées par des équipes
généralement de deux enquêteurs, entre le 15 juin et le 23 juillet 1993.
6 Bien qu'il n'ait pas pu être constitué statistiquement compte tenu de l'absence de données de
recensement, l'échantillon est relativement similaire aux estimations d'études récentes (i.e. MINDIC,
1989 ; USAID, 1990 ; Chambre de Commerce et de l'Industrie du Cameroun, 1989).
7 L'échantillon a été constitué à partir de deux sources de données, (i) le répertoire d'entreprises de la
Chambre de Commerce et de l'Industrie du Cameroun et (ii) le répertoire d'entreprises de l'ESSEC à
Douala. En ce qui a trait au répertoire de la Chambre de Commerce, le dernier répertoire en date
remontait à 1989. L'enregistrement des entreprises dans ce répertoire s'effectue sur une base
volontaire et payante. Un biais de taille apparaît donc nécessairement à l'encontre des petites
entreprises. Voir, LeGoff et NDioro (1993).
10 Bernard Gauthier

Les entreprises manufacturières ont été sélectionnées dans les deux villes
principales, Douala et Yaoundé, qui regroupent près de 60 % de l'emploi industriel
formel du pays (MINPAT, 1989).

Le tableau 2 présente les principales caractéristiques de l'échantillon selon la


taille des entreprises et l'appartenance au secteur formel ou au secteur informel. Il
donne le nombre de sociétés et le nombre d'emplois à temps plein dans chacune
des catégories. Un établissement est considéré comme une micro-entreprise si le
nombre d'employés en 1993 était de 1 à 4, une petite entreprise si le nombre
d'employés était de 5 à 29, une moyenne entreprise si le nombre d'employés était
de 30 à 99, et une grande entreprise si le nombre d'employés était supérieur à 100.

Il n'existe pas de définition unique pour catégoriser l'appartenance d'une


entreprise au secteur informel (Giri, 1991 ; Aftab, Rahim, 1989 et Rakovski,
1994). Lachaud (1993, p. 10) définit le secteur informel comme étant
"…l'ensemble d'unités de production, de service et de commerce, ayant un mode
de gestion qui n'est pas celui du secteur moderne (en particulier l'absence de
comptabilité normalisée)". Plusieurs critères sont généralement retenus au sein de
la littérature afin de définir le secteur informel, notamment la taille de l'entreprise,
le chiffre d'affaires, le statut légal, le type d'employés, le niveau de capital et de
technologie. Des chevauchements existent entre certains de ces critères et la
plupart des études adaptent la définition à leurs besoins propres. Dans cette étude,
une entreprise appartient au secteur informel si elle est caractérisée par une
organisation traditionnelle du travail, notamment parce qu'elle emploi des
apprentis. Au Cameroun, le système d'apprentissage consiste en une formation sur
le tas au sein d'une entreprise. Une somme forfaitaire est généralement versée par
l'apprenti pour la durée de l'apprentissage qui peut s'étendre sur plusieurs années.
Certains apprentis toutefois ne défrayent pas de coûts d'apprentissage et peuvent
même recevoir une compensation en nature (nourriture, vêtements, savon) en
échange de leur travail8.

On constate dans l'échantillon l'importance manifeste du secteur des


aliments et boissons qui fournit 55 % de l'emploi total (11 524 travailleurs). Cette
situation s'explique par la présence de quelques très grandes entreprises dans ce
secteur en raison d'économies d'échelle (en particulier dans les brasseries et les
usines de transformation de l'huile de palme).

8 Une enquête exhaustive du secteur informel camerounais est actuellement en cours sous la
direction du DIAL. Voir, par ex. DIAL/DSCN (1993a), (1993b), CRETES (1993).
Région & Développement 11

Tableau 2 : Caractéristiques de l'échantillon selon la taille et le secteur. Nombre


d'entreprises (nombre d'employés à plein temps)

Taille Secteur

Micro Petite Moyenne Grande Informel Formel Total


(1-4) (5-29) (30-99) (100 +)
Aliments et 3 (8) 25 (383) 15 (763) 13 (10 370) 2 (39) 54 (11 485) 56 (11 524)
boissons
Textile et 15 (28) 16 (211) 4 (208) 5 (1 785) 14 (52) 27 (2 202) 40 (2 232)
vêtements
Bois et 11 (21) 23 (307) 9 (536) 10 (2 490) 23 (195) 28 (3 131) 53 (3 354)
meubles
Métal et 8 (17) 31 (435) 15 (774) 7 (2 284) 15 (138) 47 (3 378) 61 (3 510)
machinerie
Total 37 (74) 95 (1 336) 43 (2 281) 35 (16 929) 54 (424) 156 (20 196) 210 (20 620)

Le questionnaire administré auprès des entreprises comportait 9 sections. Il


traitait de thèmes tels que le cadre réglementaire, les infrastructures, la technologie
et le marché du travail. Les résultats présentés ici sont tirés de la section sur la
réglementation et les infrastructures. Dans la prochaine partie, nous présentons les
principales barrières au fonctionnement et au développement du secteur
manufacturier identifiées par les entrepreneurs.

4. BARRIÈRES RÉGLEMENTAIRES
ET BARRIÈRES ASSOCIÉES AUX INFRASTRUCTURES

L'un des objectifs du PAS est de réduire les barrières réglementaires et


institutionnelles qui contraignent le fonctionnement et le développement du secteur
industriel. Le cadre réglementaire est un élément important des règles du jeu à
l'intérieur desquelles évoluent les entreprises manufacturières. En exerçant un
contrôle sur le prix des facteurs et des biens vendus localement et en déterminant le
niveau de protection et les concessions fiscales, le gouvernement exerce un
contrôle à la fois direct et indirect sur les facteurs qui encouragent ou réduisent
l'investissement. La disponibilité d'infrastructures adéquates constitue un élément
important de réduction des coûts de production et de transport. Les budgets
d'entretien et d'investissement pour les infrastructures ont toutefois été des cibles
privilégiées des coupures budgétaires des dernières années. Ainsi, les dépenses
publiques d'investissement sont passées de 426 millions de francs CFA en 1984-
1985 à 119 millions en 1991-1992, soit une réduction de 47 % en 6 ans.

Le PAS, malgré certains assouplissements des barrières administratives, n'a


12 Bernard Gauthier

pas permis de réduire les contraintes bureaucratiques, en particulier pour les


grandes entreprises. Le tableau 3 présente quatre catégories de contraintes à
l'expansion identifiées par l'enquête : les contraintes financières et de crédits, les
contraintes de demande, les contraintes d'infrastructures et les contraintes
réglementaires.

Tableau 3 : Principales contraintes aux opérations et à l'expansion


(en pourcentage de répondants)

Taille Secteur
Total Micro Petite Moyenne Grande Informel Formel
Crédit
Manque de crédit 52 57 63 42 29 65 47
Demande
Demande insuffisante 43 51 41 47 37 43 41
Concurrence des importations 16 16 14 12 6 7 19
Concurrence locale 6 0 7 7 6 0 8
Infrastructure
Manque d'infrastructure 14 14 15 7 23 17 13
Prix des services 6 3 8 0 11 4 7
Réglementation/
Environnement
Taxes 24 14 19 42 26 20 25
Corruption 20 0 23 28 26 4 26
Politique industrielle 15 5 12 20 26 7 17
Obtention des subventions 10 11 11 16 3 9 11
Services d'aide aux entreprises 7 8 9 7 0 11 6
Restrictions sur les activités 4 0 2 5 11 0 5
Réglementation du travail 4 0 4 7 3 2 4
Sécurité 4 3 4 5 3 2 4
Difficulté d'obtenir des licences 3 3 1 7 3 4 3
Contrôle des prix 3 0 2 2 11 0 4
Note : Les totaux peuvent représenter plus de 100 % puisque chaque entrepreneur pouvait
citer jusqu'à trois problèmes principaux.

On remarque d'abord un premier groupe de contraintes de financement et de


demande. 52 % des répondants évoquent un problème d'accès au crédit pour le
fond de roulement ou l'expansion. Cela s'explique par le fait que l'accès au crédit
bancaire a été réduit dans les dernières années en raison du taux élevé de faillites,
de la baisse de confiance des entreprises et des nombreuses fermetures bancaires,
et ce malgré la réforme du système bancaire. On remarque que les contraintes de
financement décroissent à mesure qu'augmente la taille des entreprises, ce qui
montre les plus grandes difficultés d'obtenir du financement des plus petites
entreprises et ce malgré la présence des tontines. Les tontines, qui sont des groupes
de financement informel, sont utilisées seulement par les micro et les petites
entreprises, mais elles ne semblent pas être une source importante de financement.
Ce type de financement joue généralement le rôle de facilité de caisse pour les
Région & Développement 13

sociétés qui ont peu accès au crédit formel, mais il est rarement disponible pour
financer les investissements à long terme. On doit également noter que certaines
sociétés qui rapportent d'importantes contraintes financières ne représentent pas un
risque raisonnable pour les intermédiaires financiers. Malgré tout, le nombre élevé
de répondants qui mentionnent cette contrainte indique qu'il vaut la peine
d'examiner s'il existe un dysfonctionnement de marché dans le domaine financier.

Les contraintes liées à la demande s'expliquent par le fort ralentissement de


l'économie depuis 1986. La baisse de la demande locale a été accentuée par le
retrait de l'État comme principal client du secteur manufacturier. On remarque
également qu'encore une fois les petites entreprises sont plus directement touchées
par les problèmes de demande que les grandes sociétés. Les possibilités
d'exportation représentent une alternative à la faiblesse du marché local
principalement pour les grandes entreprises.

On remarque que le PAS a permis certaines améliorations des contraintes de


nature réglementaire et administrative. Les contraintes associées aux contrôles des
prix et des salaires et à l'obtention des licences sont négligeables pour la plupart
des entreprises. Ainsi, seulement 4 % des sociétés rapportent des problèmes
relativement au code du travail ; et 3 %, relativement à l'accès aux licences et au
contrôle des prix. Il apparaît donc que les réformes entreprises dans ces domaines
dans le cadre du PAS ont mené à des améliorations significatives. Seules certaines
grandes entreprises du secteur de l'alimentation sont toujours soumises au contrôle
des prix et rapportent certains problèmes à cet égard.

Par ailleurs, le PAS ne semble pas avoir permis d'alléger de façon


substantielle d'autres aspects réglementaires, particulièrement en ce qui a trait à la
corruption et aux impôts. Ainsi, 24 % des entreprises rapportent d'importantes
contraintes liées à la taxation ; 20 %, à la corruption ; et 15 %, à l'absence de
politique industrielle de l'État. Les moyennes et grandes sociétés sont
particulièrement touchées par ces difficultés, alors que 42 % des sociétés
moyennes évoquent des problèmes avec les impôts.

L'importance de ces contraintes réglementaires s'explique par le fait que


depuis 1986 le ralentissement de l'activité économique a entraîné une baisse de
l'assiette fiscale puisque plusieurs entreprises ont choisi de fonctionner dans le
secteur informel ou ont simplement fermé leurs portes. Par contre, la réduction des
entrées fiscales du gouvernement a été compensée par une hausse des activités de
perception, particulièrement auprès des grandes entreprises encore actives sur le
marché. Ces entreprises ont également souffert de l'augmentation des activités de
"rent-seeking" de la part des fonctionnaires du fisc et des douanes. Des données
14 Bernard Gauthier

anecdotiques recueillies au moment de cette enquête indiquent que la corruption et


les comportements opportunistes de la part des fonctionnaires de l'État se sont
multipliés au cours des dernières années à la suite des retards de paiement et de la
baisse des salaires des fonctionnaires.

La mise en place de réformes réglementaires liées au PAS a donc eu des


effets inégaux et paradoxaux. D'un coté, on note certaines améliorations (contrôle
des prix et des salaires, licences) ; de l'autre, les contraintes bureaucratiques et
administratives semblent s'être accentuées (impôt, corruption, douanes). Ce sont
surtout les entreprises formelles et de plus grandes tailles qui sont la cible de ces
activités, alors que les petites entreprises et les entreprises informelles sont peu
touchées. Les coûts associés à ces barrières ne sont pas négligeables. La Banque
Mondiale évalue à 10 % du chiffre d'affaires des entreprises les coûts directs liés à
la corruption (World Bank, 1995).

Les contraintes liées aux services d'infrastructures constituent également


d'importants obstacles au fonctionnement et à l'expansion des entreprises. 14 % des
entreprises considèrent ce problème comme primordial. Ce sont, encore une fois,
les entreprises de grande taille qui sont les plus touchées par ces barrières (29 %).

Le tableau 4 présente d'une façon plus détaillée les principales contraintes


associées aux services d'infrastructures.

Tableau 4 : Principales contraintes d'infrastructures


(en pourcentage de répondants)

Taille Secteur
Total Micro Petite Moyenne Grande Informel Formel
Électricité 24 28 26 21 19 23 24
Routes 16 10 12 24 22 9 18
Ports et aéroports 15 3 11 21 31 6 18
Téléphone 13 28 17 5 0 26 9
Sécurité 12 10 14 11 9 9 13
Transport de marchandises 10 10 11 3 16 17 7
Eau 3 3 1 5 3 2 3
Déchets 2 0 4 0 0 0 2
Transport d'employés 1 0 0 3 0 0 1
Note : Nombre d'entreprises = 183.

On remarque au tableau 4 qu'en ordre d'importance, ce sont les déficiences


liées aux services d'électricité, des routes, des ports (douanes), du téléphone et de
la sécurité qui constituent les problèmes les plus fréquemment mentionnés par les
entrepreneurs. L'importance des ces barrières varie toutefois selon la taille de
l'entreprise. Les micro-sociétés et les petites entreprises sont principalement
Région & Développement 15

touchées par les déficiences des services d'électricité et de téléphone en raison des
problèmes d'accessibilité. Les moyennes et grandes entreprises quant à elles sont
plus touchées par les déficiences des services portuaires et aéroportuaires et des
routes. Le service des douanes est un problème surtout pour les grandes sociétés
(31 %) en raison des délais, des tarifs élevés et de la corruption. Les petites et
micro-sociétés, moins dépendantes des importations, sont peu touchées par ces
problèmes.

On constate donc que bien que le PAS visait l'allègement des contraintes
réglementaires et la diminution des coûts de transaction pour les sociétés, des
problèmes importants demeurent dans l'environnement des entreprises. Si certains
progrès ont été accomplis, il apparaît que des barrières demeurent au niveau de la
taxation, de la corruption et de l'accès au crédit. Les grandes entreprises
particulièrement font les frais de ces contraintes alors que les petites sont plus
affectées par l'environnement macro-économique.

La prochaine section compare la performance de certaines catégories


d'entreprises dans le cadre de ce nouvel environnement macro-économique et
réglementaire.

5. PERFORMANCE DU SECTEUR MANUFACTURIER

Cette section examine la performance et le dynamisme des entreprises


manufacturières entre 1987 et 1992. Nous évaluons en particulier si certaines
catégories d'entreprises réussissent mieux que d'autres dans l'environnement actuel.

Tableau 5 : Statistiques descriptives agrégées


(non pondérées)

Croissance de l'emploi - 28,7 %


(1987-1992) (114)
Croissance des ventes - 16,8 %
(1987-1992) (107)
Taux de profits - 1,96 %
(Profits/ventes 1992) (171)
Note : Le nombre d'entreprises est donné entre parenthèses.

Comme le souligne l'OCDE (p. 239), la performance est une notion relative.
Celle-ci peut être mesurée de plusieurs façons : "Les facteurs qui contribuent à la
compétitivité micro-économique sont depuis longtemps une source de
16 Bernard Gauthier

préoccupation particulière pour l'économie industrielle et celle de la gestion. Ces


disciplines font appel à une grande diversité d'indicateurs (part du marché,
bénéfices, dividendes, investissements, etc.) pour évaluer la compétitivité des
entreprises".

Le tableau 5 présente certaines statistiques descriptives agrégées de l'emploi,


des ventes et du taux de profit au sein de notre échantillon qui peuvent servir
d'indicateurs de performance.

On observe une forte décroissance du secteur manufacturier camerounais


durant les premières années du PAS. L'emploi à plein temps au sein de
l'échantillon d'entreprises a chuté de 29 % entre 1987 et 1993 alors que les ventes
ont décru de 17 % (en valeur). Les profits étaient quant à eux négatifs, représentant
1,9 % de la valeur des ventes.

Figure 1 : Taux de croissance des ventes selon la taille


(taux de croissance annualisé, 1987-1992)

10
8
6
4
2
0
-2
-4
-6
Micro Petite Moyenne Grande InformelleFormelle

Catégorie

L'examen de données désagrégées permet de dégager une image plus précise


et, en particulier, de déterminer si certains segments de l'industrie sont animés
d'une dynamique particulière. Quatre indicateurs de performance ont été conçus à
cette fin. Il s'agit de la croissance du chiffre d'affaires entre 1987 et 1992, de
l'accroissement du personnel à temps plein entre 1987 et 1992, du taux de profit en
1992 et de la productivité en 1992. Les figures 1 à 4 présentent ces indicateurs
pour chacune des catégories de taille d'entreprise et selon l'appartenance au secteur
Région & Développement 17

informel ou formel de l'économie.

Comme l'indique la figure 1, on observe une nette différence de performance


selon la taille de l'entreprise et selon l'appartenance au secteur formel ou au secteur
informel. Entre 1987 et 1992, la croissance annualisée des ventes pour les micro et
les petites entreprises a été de plus de 8,3 % et 9 % respectivement, alors que pour
les moyennes et les grandes entreprises on observe au contraire une décroissance
moyenne de près de 5,8 % et 5 % respectivement.

On observe la même tendance pour l'emploi (Figure 2). Le nombre


d'employés à plein temps au sein des micro et des petites entreprises s'est accru en
moyenne de 15 % et 14 % respectivement sur une base annuelle entre 1987 et
1992, alors que les entreprises moyennes et grandes ont réduit le nombre d'emplois
à plein temps de 9 % en moyenne durant cette même période.

Figure 2 : Taux de croissance de l'emploi selon la taille


(taux de croissance annualisé, 1987-1992)

20

15

10

-5

-10
Micro Petite Moyenne Grande Informelle Formelle

Catégorie

Le niveau des profits (mesurés en termes de profits avant impôts en


proportion des ventes) en 1992-1993 reflète une tendance similaire (Figure 3). On
observe que les micro et les petites entreprises ont obtenu des profits de 11 % et
2 % respectivement. Par opposition, les entreprises moyennes et grandes ont
rapporté des pertes représentant respectivement 2 % et 7 % de leur chiffre
d'affaires.

La figure 4 illustre le niveau de productivité de la main-d'œuvre. Cet indice


18 Bernard Gauthier

de productivité est le ratio des ventes par unité de main-d'œuvre, ce qui permet de
normaliser les données de ventes en fonction de la taille de l'établissement. On
remarque que la productivité décroît très sensiblement à mesure que diminue la
taille de l'établissement. La productivité d'une entreprise de très petite taille est six
fois plus faible que celle d'une entreprise de grande taille.

Figure 3 : Profits avant impôts selon la taille et le statut


(en % des ventes de 1992)
15

10

-5

-10
Micro Petite Moyenne Grande InformelleFormelle

Catégorie

Figure 4 : Productivité de la force de travail (1992)


(Ventes/Nombre d'employés (en millions de francs CFA))

15

10

-5

-10
Micro Petite Moyenne Grande InformelleFormelle

Catégorie
Région & Développement 19

Cette différence marquée de la performance selon la taille de l'entreprise est


également très distincte selon l'appartenance au secteur formel ou au secteur
informel de l'économie. L'emploi à temps plein dans le secteur informel a crû plus
rapidement (14 %) que dans le secteur formel (0,4 %). De plus, les entreprises
informelles rapportaient des profits représentant 13 % des ventes comparativement
à des pertes de 3 % pour les entreprises du secteur formel. On remarque toutefois
que la productivité de la main-d'œuvre est nettement plus faible dans le secteur
traditionnel que dans le secteur moderne.

6. DIFFÉRENCE DE PERFORMANCE
SELON LES CATÉGORIES D'ENTREPRISES

L'examen des données sur les entreprises durant le processus d'ajustement


révèle une économie à deux vitesses. D'un côté, les entreprises informelles et de
petites tailles ont connu une forte croissance et sont rentables alors que les
entreprises de grande taille et formelles connaissent une importante décroissance
des ventes et subissent des pertes. Bien qu'il ne soit pas possible de séparer
complètement les effets des différents facteurs qui influencent les incitatifs
économiques et l'allocation des ressources, une explication de cet état de fait est
associée aux programmes de réforme en cours.

La déréglementation de l'économie a entraîné une décroissance du coût réel


du travail grâce à un assouplissement de la réglementation du travail en ce qui a
trait aux règles de recrutement et de licenciement, ainsi qu'une réduction des
possibilités d'emplois. Combinés à une baisse de l'accès au crédit à cause de la
crise bancaire, ces éléments ont fait en sorte que ce sont les entreprises de petite
taille, ayant des processus de production moins intensifs en capital, qui ont été
avantagées et qui ont accru leur niveau d'emploi. Les sociétés de plus grande taille
ont des problèmes de rigidité technologique plus importants et elles se sont moins
bien adaptées au nouvel environnement des entreprises. Elles ont ainsi
considérablement réduit leur niveau d'emploi, alors que leurs ventes et leurs profits
ont diminué substantiellement.

La réduction des subventions gouvernementales aux entreprises et la baisse


des protections tarifaire et non tarifaire dans le cadre du PAS ont signifié une
diminution des bénéfices dans le secteur moderne de l'économie. Simultanément,
l'application plus serrée de certaines réglementations gouvernementales (des lois
fiscales en particulier) et la multiplication des activités de corruption et de "rent-
seeking", ont entraîné un accroissement des coûts pour les entreprises évoluant
dans le secteur formel. Paradoxalement, ce sont les grandes entreprises qui
bénéficiaient autrefois le plus de la protection gouvernementale qui sont
20 Bernard Gauthier

aujourd'hui les plus fortement touchées par ces contraintes réglementaires. La


différence de performance entre les petites et les grandes sociétés et entre les
entreprises formelles et les entreprises informelles peut ainsi être expliquée par la
baisse des bénéfices nets dans le secteur formel de l'économie durant les premières
années d'ajustement.

La faible performance des grandes sociétés, attribuable à la cessation des


mesures protectionnistes dont elles avaient bénéficié par le passé, devient
manifeste lorsqu'on compare la performance des entreprises "privilégiées" à celle
des entreprises "non privilégiées". Le tableau 6 met en parallèle la performance des
firmes ayant déjà bénéficié d'avantages fiscaux particuliers tels que le Code des
Investissements, la Taxe Unique ou la Taxe Intérieure à la Production, ou d'une
convention spéciale (entreprise privilégiée), et celle des sociétés n'ayant bénéficié
d'aucun avantage (entreprise non privilégiée).

Tableau 6 : Comparaison de la performance des entreprises


"privilégiées" et "non privilégiées"

Privilégiées Non privilégiée


s
Croissance des ventes 1,36 % 3,05 %
(1987-1992)
Croissance de l'emploi 1,59 % 6,38 %
(1987-1992)
Taux de profits - 3,75 % 7,64 %
(Profits/Ventes 1992)
Productivité (000 12 204 7 056
FCFA)
(Ventes/emploi, 1992)
(Nombre d'entreprises) (112) (94)
Note : Une entreprise privilégiée est définie comme ayant déjà eu droit à l'un
des régimes fiscalo-douaniers suivants : Taxe unique, Taxe intérieure à la
production, Code des investissements, Convention spéciale d'établissement.

On observe que les ventes des firmes privilégiées n'ont augmenté en


moyenne que de 1,4 % annuellement entre 1987 et 1992 alors que les entreprises
non privilégiées connaissaient une croissance de leur chiffre d'affaires de 3 %. De
la même façon, l'emploi à plein temps au sein des firmes privilégiées a crû de
1,6 % contre 6,4 % pour les sociétés non privilégiées ; les premières ont enregistré
des pertes représentant 4 % des ventes comparativement à des profits de 8 % pour
Région & Développement 21

les firmes non privilégiées. Les entreprises qui ont eu droit à une forme ou à une
autre de privilèges fiscaux ou réglementaires ont donc eu tendance à réussir moins
bien que celles n'ayant pas bénéficié de ces privilèges durant le processus
d'ajustement.

En marge des grandes sociétés et des firmes privilégiées, il existe donc un


réseau d'entreprises de plus petite taille, non soutenues par l'État, mais malgré tout
dynamiques et audacieuses. Ces entreprises qui, pour la plupart, ont vu le jour
depuis le début du processus de libéralisation représentent l'autre côté de la
médaille de l'ajustement au Cameroun. Leur capacité d'innovation et leur potentiel
n'ayant pas été réduit par la protection passée, ces entreprises sont plus aptes à
évoluer dans un environnement instable et à profiter des nouvelles occasions
qu'offrent les mesures de réforme.

7. CONCLUSION

Les premières années de mise en œuvre des politiques de réformes


économiques au Cameroun ont été marquées par un déclin significatif du secteur
manufacturier qui masque cependant une dualité économique : si d'un côté il existe
un groupe de grandes entreprises en décroissance, principalement publiques et
étrangères, d'un autre côté on retrouve une série de petites entreprises dynamiques,
appartenant souvent au secteur informel.

Bien que ces entreprises de plus petite taille ne soient pas au premier plan de
l'industrialisation et qu'elles n'aient pas bénéficié des mêmes avantages que les
grandes sociétés, elles pourraient contribuer à la revitalisation de l'économie.
Ayant à rivaliser avec des concurrents plus importants qui bénéficiaient
d'avantages fiscaux ou financiers, ces entreprises ont dû apprendre les règles de la
compétition, des profits et de l'efficacité, d'une façon bien concrète. Leurs niveaux
de production et de technicité moins élevés leur ont permis d'être plus flexibles et
de mieux s'adapter aux changements dans les conditions de marché créées par les
réformes économiques. Le dynamisme du secteur informel et des petites
entreprises observé dans cette étude va dans le même sens que les observations de
Roubaud (1994, p. 764) et Hugon (1995, p. 49). Ces auteurs notent la très forte
progression du secteur informel au sein du marché de l'emploi au Cameroun et la
décroissance du secteur moderne durant la dernière décennie.

Toutefois, malgré leur dynamisme, on doit souligner que les petites


entreprises ne pourront pas, à elles seules, stimuler la reprise économique au
Cameroun puisqu'elles ne regroupent qu'une faible proportion de l'emploi et du
capital manufacturier. Au sein de notre échantillon, bien qu'elles représentent 46 %
22 Bernard Gauthier

du nombre des sociétés, les entreprises non privilégiées ne fournissent que 10 % de


l'emploi total. Ces firmes sont en moyenne moins capitalistiques, moins
développées techniquement et moins tributaires des importations que les
entreprises privilégiées. Néanmoins, elles utilisent proportionnellement plus de
facteurs locaux, ce qui leur permet d'avoir des coûts de production plus adaptés à la
dotation en facteurs de production et en capital humain du pays.

On doit aussi noter que ces entreprises non privilégiées et de plus petite
taille exportent nettement moins que le segment privilégié de l'industrie qui est en
décroissance. Cela signifie que des changements importants devront être effectués
dans l'approche actuelle si on veut résoudre les problèmes liés à la taille réduite du
marché local et tirer profit des économies d'échelle présentes dans l'industrie.

Étant donné qu'il semble plus rentable d'œuvrer dans le secteur informel que
dans le secteur formel, le gouvernement risque de perdre d'importantes sources de
revenus fiscaux. "L'informalisation" de l'économie a, de plus, d'importantes
implications pour l'industrialisation compte tenu du peu de potentiel de croissance
des entreprises informelles, de leur faible niveau capitalistique et de leur faible
niveau de productivité.

Le processus de réforme structurelle au Cameroun a été récemment marqué


par deux événements importants, la dévaluation massive du franc CFA le 12
janvier 1994 et la réforme fiscalo-douanière de 1994-1995 dans le cadre de
l'UDEAC. Cette dernière réforme, qui vise à favoriser l'intégration régionale, abolit
les régimes spéciaux de production et harmonise les droits de douane (Coustet et
al., 1994). Les premiers résultats de ces réformes semblent indiquer, d'une part,
une reprise de la production et une rationalisation de l'emploi au sein des
entreprises manufacturières de grande taille, en particulier celles vouées à
l'exportation et, d'autre part, une baisse de la production et un maintien de l'emploi
au sein des entreprises de petite taille et informelles (Hugon, 1995 et CRETES,
1996). Ces tendances semblent concrétiser le danger d'une dualité allant croissante
entre les entreprises formelles et informelles, tant au niveau technologique qu'en
termes de la segmentation du marché du travail.

Dans ce contexte de la dévaluation récente du franc CFA et de la poursuite


des réformes structurelles, le défi immédiat pour les programmes d'aide au secteur
privé est donc non seulement de soutenir et d'encourager les nouveaux
entrepreneurs en émergence et les firmes non privilégiées, mais également de
trouver des moyens de les faire évoluer et croître en matière de technologie et de
capacité d'exportation. Le défi est également de déterminer de quelle façon il est
possible de sauvegarder la richesse acquise en capital (physique et humain) que
Région & Développement 23

l'on retrouve dans le segment de l'industrie aujourd'hui en déclin et qui risque d'être
sacrifiée dans le processus actuel de transformation économique au Cameroun.

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Abstract

The implementation of structural adjustment programs (SAP) in Sub-


Saharan countries has resulted in major changes in industrial strategy and in the
political and economic environment of African enterprises. Based on a survey of
manufacturing enterprises in urban areas, this study indicates that the first few
years of economic reforms have been associated with a significant decline of the
manufacturing sector in Cameroon. This decline however masks an economic
duality. On one side, we observe a group of large, mainly public and foreign,
enterprises losing ground, and on the other side a number of small dynamic, often
informal, enterprises. The main constraints facing dynamic firms are credit
restrictions for working capital and investment, low demand and high levels of
taxation. For the group of declining enterprises, the main constraints are related
to corruption, taxation and competition from imports, rather than financing.

Resumen

La puesta en marcha de los programas de ajuste estructural en Africa


subsahariana a ocasionado importantes cambios en la estrategia de
industrialización y el medio ambiente político y económico de las empresas
africanas. Los datos de una encuesta llevada a cabo sobre las empresas
manufactureras en ambito urbano. En el Camerún indican qué durante los
primeros años de la implantación de políticas de reformas económicas són
marcadas por una decadencia significativa del sector manufacturero que oculta la
recrudescencia de una dualidad económica. Por una parte observamos un grupo
de grandes empresas en descenso, sobre todo públicas y estranjeras, y por otra
parte una serie de pequeñas empresas dinámicas, qué generalmente pertenecen al
sector informal. Las principales presiones de las empresas dinámicas són la
escasez de créditos para el fondo de maniobra y de inversión, la escasez de la
demanda local y la fiscalidad. Para las empresas en decadencia, los principales
problemas estan liados al financiamiento y relevan más bien de la corrupción, de
la fiscalidad y de la competencia de las importaciones.

Common questions

Alimenté par l’IA

Les entreprises devraient envisager de se diversifier pour réduire leur dépendance à des subventions et protections précédemment perçues comme acquises. L'accent sur l'innovation, la réduction des coûts opératoires, notamment avec des technologies plus flexibles, et l'amélioration des compétences pour travailler efficacement dans des environnements contraignants peuvent aider. L'engagement avec les services financiers pour obtenir des options de crédit plus accessibles et l'adoption de pratiques anti-corruption peuvent également constituer des stratégies clés .

L'environnement réformé a changé la dynamique de performance en augmentant les coûts pour les grandes entreprises anciennement protégées, qui ont enregistré une baisse de performance. Les petites entreprises ont mieux résisté en raison de processus moins dépendants en capital et de moindre régulation, leur permettant d'enregistrer une meilleure croissance d'emploi et de ventes par rapport aux grandes entreprises .

Le secteur informel a su tirer parti des réformes économiques grâce à sa moindre dépendance à l'égard des subventions gouvernementales et règles administratives strictes. Les entreprises informelles n'ayant jamais bénéficié de soutien public ont été moins touchées par la réduction des subventions et l'application stricte des réglementations .

Les réformes ont eu des résultats divergents entre petites et grandes entreprises. Les petites entreprises ont montré de meilleures performances en termes de croissance d'emploi et de résilience face au nouvel environnement économique. En revanche, les grandes entreprises ont subi une réduction de l'emploi, de la croissance des ventes et des profits, notamment en raison de la fin des mesures protectionnistes et de l'augmentation des coûts réglementaires .

Malgré les réformes, des défis structurels tels que la taxation élevée, la corruption persistante, et l'accès limité au crédit continuent de poser des obstacles significatifs, surtout pour les grandes entreprises, qui subissent des coûts accrus en termes de taxes et de corruption .

Les programmes d'ajustement structurel en 1987-1992 au Cameroun ont eu des effets contrastés sur les entreprises en fonction de leur taille et de leur structure. Les petites entreprises, notamment du secteur informel, ont mieux résisté aux changements avec une moindre dépendance aux subventions et règles du secteur formel. En revanche, les grandes entreprises formelles ont souffert de la réduction des subventions, de l'augmentation des impôts et de problèmes de corruption, ce qui a entraîné une baisse de l'emploi et des profits .

Les premiers temps des réformes structurelles au Cameroun ont conduit à un déclin important du secteur manufacturier, accompagné d'une dualité économique. Les grandes entreprises, en particulier celles publiques ou étrangères, ont perdu du terrain, tandis que de petites entreprises dynamiques et souvent informelles ont émergé, malgré les limitations en crédits et la forte fiscalité .

Les principaux obstacles rencontrés par les entreprises dynamiques incluaient les restrictions de crédit pour le fonds de roulement et l'investissement, la faible demande locale et des niveaux élevés de taxation. Ces contraintes ont limité leur capacité à capitaliser pleinement sur l'environnement réformé .

Les contraintes d'infrastructure ont impacté différemment les entreprises selon leur taille. Les petites et micro-entreprises ont été principalement affectées par des insuffisances dans les services d'électricité et de téléphone. Les moyennes et grandes entreprises ont davantage souffert des problèmes liés aux ports, aux aéroports et aux routes, avec les grandes entreprises particulièrement pénalisées par les douanes en raison de délais, des tarifs élevés et de la corruption .

Les entreprises "non privilégiées" ont surperformé en comparaison aux "privilégiées" durant l'ajustement structurel. Les "non privilégiées" ont enregistré une croissance des ventes de 3,05 % et de l'emploi de 6,38 %, contre 1,36 % et 1,59 % respectivement pour les "privilégiées". Leurs profits ont aussi été meilleurs, avec un taux de 7,64 % des ventes tandis que les "privilégiées" ont subi des pertes de 3,75 % .

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