I
UNIVERSITE DE LUBUMBASHI
FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET
ADMINISTRATIVES
Département des Sciences politiques et
Administratives
BP: 1825
Lubumbashi
Constitution de 2006 et refondation de l’Etat
congolais.
Par :
KONG MBAMBU Jean-Luc
Mémoire présenté et défendu en vue de l’obtention du
grade de licencié en sciences politiques.
Novembre 2022
II
UNIVERSITE DE LUBUMBASHI
FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET
ADMINISTRATIVES
Département des Sciences politiques et
Administratives
BP: 1825
Lubumbashi
Constitution de 2006 et refondation de l’Etat
congolais.
Par :
KONG MBAMBU Jean-Luc
Mémoire présenté et défendu en vue de l’obtention du
grade de licencié en Sciences Politiques et
Administratives.
Directeur :
MUDIMBI KAPILU Jeef
Professeur
ANNEE ACADEMIQUE 2021-2022
III
EPIGRAPHE
La société politique repose sur un contrat social originaire, visant à préserver et à
conforter les droits des hommes qui s’associent pour constituer l’État.
Jean-Jacques Rousseau
IV
DEDICACE
Aux décideurs congolais ainsi qu’a toutes les personnes qui militent en faveur de
la refondation de l’Etat Congolais.
V
AVANT-PROPOS
A celui qui a créé le ciel et la terre par le pouvoir de sa parole, à celui qui est le
souverain sacrificateur et le consommateur de notre foi, au Dieu Tout Puissant dont la
manifestation était la résurrection de son fils, rendons gloire et action de grâce.
Cinq ans après notre arrivée à la Faculté des Sciences Sociales, Politiques et
administratives, le fait d’avoir accumulé les différentes matières dont le but était celui de
cultiver en nous le sens de la critique objective et de la recherche afin de faire de nous des
véritables analystes politiques ,nous avons non sans raison été constipé par les différents
sujets sur lesquels notre observation s’avérait marquer son utilité pour la bonne gestion des
affaires publiques, mais aussi la construction d’un Etat Congolais fort, stable et prospère.
Ainsi, pour l’élaboration de ce travail, nous avons eu le bonheur de bénéficier de
l’accompagnement des grands qui nous ont offert leurs épaules en échelles. Eux, c’est :
Le Professeur Jeef Mudimbi Kapilu, Directeur de ce travail et qui, en
dépit de ses nombreuses préoccupations, n’a tari de bonne volonté pour
nous encadrer et nous conduire vers la réalisation d’un travail
véritablement scientifique ;
C’est aussi le Docteur Jeef Tshitamba Kabala, dont l’attention envers
nous a été sans précédent ;
C’est aussi ces différents membres du personnel scientifique qui nous ont
servi de modèle et ont participé à notre formation d’une manière ou d’une
autre.
Nous ne saurons conclure cette partie sans dire merci à toutes ces personnes
formidables, par eux nous avons reçu du soutien tant moral, physique que financier.
Eux c’est :
Notre mère, Céline Odia qui nous logea dans ses entrailles neuf mois durant
et pris soin de notre enfance jusqu’à nous conduire pour la première fois à
l’école ;
VI
Notre très cher père et géniteur Godefroid Mbambu qui ne s’est jamais
lassé de nous soutenir,
Nos frères Augustin Tshibuabua et Emmanuel Bope qui ont toujours fait
office de vice-papas ;
Notre très chère sœur Véronique Kuluidi qui a toujours été présente pour
notre cause dans tous nos problèmes, elle a toujours joué le rôle de seconde
mère pour nous ;
Nos collègues et amis avec qui nous discutons toujours la science et la
gestion des affaires publiques, nous serons toujours fières d’avoir évolué
avec vous chers amis Matata Mbuku Jean-Pierre, Bope Pakwey Tresor,
Buimpe Ntambue Amos, Kamilolo Dibwe Justin, Mbale Malamba Patrick
et tous ceux dont nous ne saurons citer, tellement qu’ils sont nombreux.
Par nos débats, nos contradictions et critiques, nous avons fourni d’efforts
ensemble toujours à la recherche de l’excellence ;
À toi notre frère et ami Deo Gratias Bakama qui en a été pour beaucoup
à travers ton soutien tant moral que financier, tes encouragements et tes
critiques pour la plus part objectives.
A vous tous qui, de près ou de loin nous ont apporté votre aide quelle qu’en
soit la nature, avec notre main droite sur le cœur, nous vous disons
amplement, merci !
Ce travail est aussi le fruit des prières et du soutien de celle qui, plus qu’une amie,
est la personne humaine qui détient le pouvoir sur notre cœur, elle qui nous a accompagné
durant trois des cinq années de ce parcours, elle que nous avons aimé non pas seulement
parce qu’elle est belle de figure, mais aussi et surtout parce qu’elle est servante de Dieu, elle
s’est Rinah Blessing Maloba, merci pour tout ton soutien Blesse, tu as été une bénédiction
pour nous.
A ces magnifiques personnes que nous considérons désormais comme notre seconde
famille, non pas seulement de notre think tank Congo Social Strategic Association, mais
une vraie famille, des grands frères, des pères et des frères, Pasteur Yan Nlungu Kweta,
VII
Maitre Papy Enagogu , Rodrigue Kabanga,Ingénieur Olivier Belewete, Marcelin
Mwamba, Kevin Mwamba, Derole Balezi, Serge Mulenda, Blaise Muyombo, Buroko
Olivier, Jose Nyami, Pierre-Lems Mulongo et Lumière Mwembu, nous vous disons
sincèrement merci pour le temps consacrer aux débats , partage des informations et votre
soutien moral.
A notre pasteur Eugene Kabongo, notre père en Christ, lui qui a été pour beaucoup
dans notre formation, nous disons sincèrement merci.
1
INTRODUCTION GENERALE
1. CHOIX ET INTERET DU SUJET
La question de la révision constitutionnelle fait débat dans le milieu
politique et scientifique congolais, chacun y va de sa manière en donnant
ses propres raisons. Pour certains, il n’est pas question de réviser la
constitution qui, jusqu’ici n’a pas encore été complètement appliquée.
Pour d’autres, le cadre constitutionnel du 18 Février 2006 a totalement
échoué et cet échec avait été déjà programmé d’avance, car le constituant
n’avait rien fait d’autre que le mimétisme sur le modèle français de la
période d’après la seconde guerre mondiale.
Dans cette controverse, nous nous sommes posé la question de
savoir si cette problématique ne relève pas du souci ou du besoin réel de
refonder l’Etat Congolais sur des bases culturelles, politiques et
sociologiques purement congolais, après avoir observé la médiocrité qui
caractérise les institutions politiques instituées par le constituant du 18
Février 2006 ? l’inefficacité de l’action publique peut aussi justifier le
réajustement des organes publiques dont le rôle est de concevoir, piloter
et faire exécuter les programmes publics d’intérêt général et qui
participent à la crédibilité même de la superstructure « Etat ». D’où
certains estiment que l’Etat Congolais nécessite une refondation.
C’est donc ce débat, ces controverses, cette diversité des vues qui
motivent notre choix de faire une étude sur ces deux variables à savoir la
constitution de 2006 d’une part et la refondation de l’Etat d’autre part, afin
de donner un avis soutenu par une recherche scientifique politologique.
Ce point de vue, qui pourra éclairer la lanterne de deux parties, à savoir
la partie pro-révision constitutionnelle et celle qui s’y oppose.
Notons au départ que la constitution est la formalisation même du
contrat social qui lie l’Etat au peuple et chaque individu à la société
(Rousseau, 1762). D’où nous considérons dans le cadre de la présente
étude que la constitution de 2006 avait pour objet de faire renaitre l’Etat
RD. Congolais. Mais depuis, cet Etat est resté faible, incapable de réaliser
ses missions régaliennes.
Depuis son accession à l’indépendance politique, le Congo est
victime d’une classe politique vide d’assez de bon sens pour mettre en
place des institutions fortes qui correspondent aux réalités de ce pays et
qui peuvent être en mesure d’apporter des solutions idoines à ses
multiples problèmes.
A l’issue de ce travail dont le sujet est « Constitution de 2006 et
refondation de l’Etat congolais ; nous espérons pouvoir éclairer les
2
citoyennes et citoyens congolais sur la nécessité de réaménager les
institutions politiques par la révision du cadre constitutionnel afin de
participer avec nos capacités cognitives de politologue à la construction
de la société congolaise.
L’impression est que les institutions sont conçues pour perpétuer
l’œuvre coloniale, c’est-à-dire exploiter les plus faibles aux seuls profits
de ceux qui dirigent. Il ne suffit pas que chaque gouvernement qui arrive
présente son programme comme un simple devoir auquel il doit se
conformer. Il faudra que des mécanismes de contraintes de réalisation
soient mis en place pour accompagner chaque équipe gouvernementale.
L’objectif de ce travail scientifique est de chercher à comprendre
et à expliquer comment :
L’organisation des institutions politiques a toujours été à la base du
retard que connait la République Démocratique du Congo dans sa
course vers le développement et que cette situation exigerait des
réformes courageuses qui peuvent impliquer le passage à la
quatrième république ;
La forme actuelle de l’Etat congolais ne lui permet pas d’avoir des
politiques efficaces qui atteignent réellement le peuple pour faire
sentir la présence du pouvoir public partout sur son vaste territoire.
En effet, dans ce travail nous essayerons de faire constater
l’histoire constitutionnelle de la R.D.C depuis la charte constitutionnelle
jusqu’à la constitution du 18 février pour en saisir les faiblesses qui ont fait
que le Congo stagne sur le plan politique, social et économique.
Nous essayerons ensuite de démontrer comment l’Etat Congolais
est un Etat failli qui nécessite une refondation pour lui donner une raison
d’existence et le mettre au service du peuple selon la logique de Jean-
Jacques Rousseau (Rousseau, 1762) et cela par le réajustement du cadre
constitutionnelle. Nous allons décortiquer le rôle et la place d’une
constitution dans une République, le rôle d’un régime politique et sa
rationalité … le tout sans faire le juridisme, mais en restant dans une
approche purement politologique.
L’inefficacité des institutions de la République, l’incapacité de
l’Etat à maintenir le monopole de la violence physique légitime et
l’inviolabilité du territoire national, l’existence des zones de non droit,
autrement dit, le fait qu’il soit devenu un Etat failli, incapable de répondre
promptement à ses obligations… motive notre choix personnel sur ce
thème de recherche de fin d’études en science politiques et
administratives.
3
Sur le plan social, ce travail s’adresse plus particulièrement aux
parlementaires et décideurs, eux qui sont en même temps acteurs clés du
processus de la révision constitutionnelle et décideurs dans la
construction de l’Etat et sa gestion.
Par ce travail, ils trouveront une contribution scientifique au débat
sur la révision constitutionnelle et la refondation de l’Etat, afin de trouver
des voies et moyens qui peuvent mener vers la construction d’un Etat qui
soit en mesure d’imposer son autorité sur son territoire et instaurer les
institutions capables de répondre aux desideratas de populations par une
gouvernance efficace.
2. ETAT DE LA QUESTION
Cette étape de l’étude va consister à faire la recension des idées
soulevées par les travaux antérieurs au nôtre. Bien qu’il y en a plusieurs,
nous en avons sélectionné cinq que voici :
Dans son mémoire de fin d’études approfondies à l’université
catholique de Louvain, Djambewa fait remarquer que l’imbroglio
constitutionnel peut être à la base des crises sociales, politiques et
économiques, et conduit directement au dédoublement
institutionnel et à la multiplication des textes constitutionnels.
Après avoir dans son étude soulevé comme question de recherche
suivante « Quels dysfonctionnements de la démocratie en RDC comment
peuvent-ils être repérés et expliqués ? il répond pour dire que les
institutions politiques dysfonctionnent car elles sont victimes des crises
successives et comme résultat, nous aurons la confusion et le blocage
du fonctionnement de l’Etat avec des impacts sur le plan social et
économique » (DJAMBEWA, 2017-2018).
Il fait constater que la constitution du 18 février 2006 avait pour
vocation de fonder l’Etat sur des nouvelles bases démocratiques et le faire
sortir du cycle des crises. La Constitution de 2006 permet de mettre fin aux
séries de crises dont le pays fait l’objet. C’est aussi un moyen de donner au
pays, toutes les possibilités de se reconstruire, de fonder une nouvelle ère
démocratique sur base de laquelle la population congolaise pourra choisir
librement ses dirigeants lors des élections pluralistes, libres et surtout
crédibles.
La convergence entre nous et l’auteur, se marque sur le fait que la
constitution de 2006 avait pour vocation de fonder l’Etat Congolais sur des
nouvelles bases démocratiques comme c’est mentionner dans le premier
article de la constitution du 18 Février 2006, fonder un « Etat de droit,
indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc ».
4
La divergence entre nous et l’auteur c’est lorsque qu’il estime que
la constitution de 2006 permet de mettre fin au cycle de crises dont le pays
faisait objet, alors que nous, nous observons que depuis l’avènement de
la troisième république, du premier gouvernement Gizenga jusqu’au
gouvernement Sama Lukonde, le pays n’a cessé d’enregistrer des crises
politiques, économiques et sociales. Le constituant de 2006 avait par le
souci de répondre aux besoins de belligérants et par mimétisme au
système français opté pour une organisation institutionnelle qui laisse à
désirer d’autant plus qu’elle consacre un certain risque tributaire aux
situations politiques aussi aléatoires qu’insaisissables.
Parlant de l’organisation institutionnelle de la R.D.C, Delphine
Pollett-Panoussis écrit dans son article consacré à la constitution
congolaise en ce sens : Les interprètes de la Constitution congolaise
(essentiellement les journalistes) la qualifient, en se fondant sur
l’organisation des pouvoirs, de « régime semi-présidentiel ». Qu’en
est-il vraiment ? Répondre à la question suppose naturellement de
savoir ce qu’il faut entendre par « régime semi-présidentiel ».
Si l’expression a été inventée par Hubert Beuve-Méry dans son
livre « le fondateur du Monde » lors de l’entrée du Général de Gaulle à
l’Élysée le 8 janvier 1959, elle désigne un système politique qui réunit
deux éléments : un Président élu au suffrage universel (direct) et doté de
pouvoirs propres, et un Premier ministre et un Gouvernement
responsables devant les députés.
Au regard de ces caractéristiques, la RDC est bien dotée d’un
régime semi-présidentiel. Le problème est que l’existence du régime
semi-présidentiel ne fait pas l’unanimité en doctrine. La principale
critique développée est que ce régime ne correspond pas à une réalité
pratique : les régimes qualifiés de semi-présidentiels par Maurice
Duverger n’en sont pas puisque la pratique politique y est soit
parlementaire, soit présidentielle. Si la nuance entre régime et système
politique introduite par Olivier Duhamel permet en grande partie de
répondre à ces critiques, force est de constater qu’elle n’a pas eu l’impact
escompté et que la notion continue d’être « boudée » par un grand nombre
de constitutionnalistes français. (Pollett-Panoussis, 2008) .
La convergence avec l’auteure réside sur l’observation selon
laquelle, la constitution de 2006 a simplement voulu résoudre le problème
du présidentialisme totalitaire dont la R.D.C souffrait depuis la prise du
pouvoir par le Président Mobutu et ses Compagnons. Mais il a manqué au
constituant le génie de comprendre que la RDC est souvent dans une
culture de contradictions générant des crises.
5
De ce fait, concevoir un régime politique qui ne garantit pas la
stabilité institutionnelle au cas où le Président de la République n’est pas
majoritaire au parlement est un pari risqué pour l’avenir de l’Etat refondé.
C’est bien cette situation que nous avons observé pendant la période de la
gouvernance FCC-CACH et c’est ce que pense Delphine Panoussis plus
loin dans son texte.
Quoi qu’il en soit, au-delà de la controverse sur le terme employé,
il est vrai que le régime semi-présidentiel est susceptible de générer des
pratiques institutionnelles très variées. Ainsi, en France, on n’a pas
l’impression d’être face au même régime, selon que l’on est en période
de cohabitation ou de concordance des majorités.
Ce régime peut donc clairement aboutir à du présidentialisme, c’est-
à-dire à une hégémonie du Président de la République : présidentialisme «
à la française » lorsque se combinent les importants pouvoirs propres du
Président-élu au suffrage universel direct en période de concordance avec
le phénomène majoritaire, voire, ce qui est plus gênant, car la logique
démocratique n’est plus respectée, présidentialisme « à l’africaine » (comme
en Namibie par exemple).
L’imbroglio institutionnel comme observé pendant la gestion
commune du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila et le Cap pour
le changement de Felix Tshisekedi, confirme l’échec des aspirations ayant
motivé la refondation de l’Etat en 2006.
Dès lors, le choix du régime semi-présidentiel pour succéder à une
dictature de l’exécutif n’est-il pas risqué ? Le constituant congolais
consacre textuellement la pratique de la concordance des majorités telle
que prévue en France ; or, nous l’avons déjà dit, rien ne la garantit. Dès
lors, si le Président applique à la lettre la Constitution en période de
coalition ou de cohabitation, il conserve son hégémonie, mais à ce
moment (et plus encore naturellement dans la seconde hypothèse), le
présidentialisme se transforme en dictature.
Divergeons-nous avec Delphine Panoussis sur le fait que sa lecture
de la constitution du 18 Février 2006 est téléologique et ne se borne que
sur l’aspect juridique de la constitution, sans daigner faire la lecture du
contexte socio-politique de son élaboration et comment elle a contribué
ou pas à refonder l’Etat congolais. Chose que nous allons essayer de
démontrer.
Tom de HERDT et Marc PONCELET dans leur livre « A la recherche
de l’Etat en R-D Congo. Acteurs et enjeux d’une reconstruction post-
conflit, estiment que la RDC « se trouve actuellement dans une
période de reconstruction post conflit, perspective de
6
reconstruction qui est en outre la réponse à un diagnostic de faillite
de l’Etat ». Cette reconstruction nationale est un processus continu
dans lequel l’Etat est appelé à jouer un rôle déterminant. Sa réussite
dépend, en grande partie, de la « construction » des institutions
publiques. Celle-ci ne sera effective que si l’Etat recouvre ses
prérogatives régaliennes et apparaît comme l’acteur principal dans
la nouvelle configuration nationale. (TOm De HERDT et Marc
PONCELET ,2011).
Cependant, depuis son accession à l’indépendance, l’évolution de
la situation politique de la RDC met en lumière une succession
d’événements politiques qui posent la problématique de l’existence
même de l’Etat à reconstruire. Les auteurs affirment ici l’objet même de
notre recherche, lorsqu’ils affirment que la R.D.C se trouve dans une
période de reconstruction post-conflit.
Nos idées convergent donc du fait que les deux auteurs font
remarquer que l’Etat congolais est un Etat failli à reconstruire, et donc à
refonder. Ce qui fait ressortir ici l’échec de la constitution de 2006.
En revanche, nos avis divergent lorsqu’ils font croire que l’Etat à
reconstruire est inexistant alors que la RDC réunit tous les quatre éléments
qui caractérisent un Etat à savoir le territoire, la population, le pouvoir
organisé et la souveraineté internationale, en dépit de sa faiblesse.
Boa Ventura de Souza Santos part de la transition entre les dictatures
ou les Etats bureaucratico-autoritaires des années 1960 et 1970 et les
démocraties libérales de 1980 pour expliquer la problématique de
la refondation de l’Etat.
La refondation de l’Etat moderne capitaliste colonial est un enjeu
beaucoup plus large, qui reprend les différentes possibilités, mais aussi
les limites de l’imaginaire politique de la fin du capitalisme et de la fin du
colonialisme. (Souza, 2010) Il relève sept difficultés principales auxquelles
sont confrontés ceux qui réclament la refondation de l’Etat en Amérique
latine et dans le monde entier :
La première difficulté, c’est que, refonder l’Etat ne veut pas dire le
supprimer, cela suppose de reconnaitre en lui les capacités
d’« ingénierie sociale » qui justifient précisément sa refondation.
La deuxième, c’est que l’Etat moderne par son histoire est présent
dans la société bien au-delà de ses institutions et que, pour cela, la
lutte pour la refondation de l’Etat n’est pas une lutte politique au sens
strict, elle est également sociale, culturelle, porte sur les symboles,
7
les mentalités, les habitus et les subjectivités. C’est une lutte pour
une nouvelle hégémonie.
Cette lutte ne peut être l’apanage des seuls groupes historiquement
les plus opprimés (les peuples indigènes, les Afro descendants, les
paysans et les femmes), il est nécessaire de faire une alliance plus
large avec d’autres groupes et classes sociales.
C’est une revendication de civilisation qui exige un dialogue entre
différents univers culturels ; pour que ce dialogue interculturel ait
lieu, il faut nécessairement que convergent des volontés politiques
très différentes et historiquement basées sur la méconnaissance de
l’autre bien plus que sur sa reconnaissance.
Cela implique non seulement de changer la structure politique,
institutionnelle, et organisationnelle de l’Etat, mais aussi les
relations sociales, la culture et, surtout, l’économie (ou au moins les
articulations et les relations entre les différents systèmes
économiques en vigueur).
Alors que pour la plupart des alliés du mouvement indigène la
refondation de l’Etat implique de créer quelque chose de nouveau,
pour une partie importante du mouvement indigène lui-même, l’Etat
à refonder s’enracine dans des formes qui ont précédé la conquête
et qui ont réussi à perdurer en partie, malgré une répression féroce,
dans les régions les plus pauvres et les plus éloignés
L’échec de la refondation de l’Etat la plus ambitieuse du siècle
dernier, l’Etat des soviets, pèse de tout son poids sur l’imaginaire
politique de l’émancipation. Au contraire, la transformation
progressiste moins radicale de l’Etat moderne que représente la
social-démocratie européenne continue d’attirer les leaders
populistes du continent sud-américain.
Il postule pour développer son propos que les mouvements
indigènes d’Amérique latine sont conscients de ces difficultés, car ils
savent parfaitement qu’une telle refondation ne pourra avoir lieu tant que
les deux grands systèmes de domination et d’exploitation, le capitalisme
et le colonialisme, seront encore en vigueur dans la région. En outre, Boa
Ventura conclut son argumentaire en relevant des défis que pose la
problématique de refondation de l’Etat notamment en Bolivie et dans le
reste du monde. Ces défis sont entre autres :
Le constitutionalisme transformateur qui se distingue du
constitutionalisme moderne conçu pour la constitution d’un Etat et
d’une nation caractérisée par : l’espace géographique homogène
8
où les différences ethniques, culturelles, religieuses ou régionales
ne comptent pas ; organiser un ensemble intégré d’institutions
centrales qui couvrent tout le territoire ; régulé par un système de
lois uniques ; et disposant d’une force coercitive qui lui assure la
souveraineté intérieure.
Au contraire, la volonté constituante des classes populaires dans
les dernières décennies s’exprime à travers une large mobilisation sociale
et politique qui façonne un constitutionalisme par le bas , conduit par les
exclus et leurs alliés, et ayant pour objectif l’extension du champ du
politique par-delà l’horizon libéral, au moyen de nouvelles institutions
(plurinationales), d’une nouvelle territorialité (autonomies asymétriques),
d’un nouveau régime politique (démocratie interculturelle) et de
nouvelles subjectivités individuelles et collectives (individus,
communautés, nations, peuples, nationalités). Ces changements, dans
leur ensemble, pourront garantir la mise en place de politiques
anticapitalistes et anticoloniales.
L’Etat plurinational
La refondation dans le contexte latino-américain passe, dans
certains cas, par la reconnaissance de la pluri nationalité. Ce qui
implique la fin de l’homogénéité institutionnelle de l’Etat.
Il y a convergence entre nous et l’auteur lorsqu’il part de la
transition entre les dictatures ou les Etats bureaucratico-autoritaires des
années 1960 et 1970 et les démocraties libérales de 1980 pour expliquer
la problématique de la refondation de l’Etat. La refondation de l’Etat en
2006 était fruit des contestations qui ont commencé vers la fin des années
1980 et les longues transitions de 1990 à 2006, dont les réclamations
tournaient essentiellement autour de l’instauration de la démocratie et
l’ouverture de l’espace politique.
En revanche, il y a divergence des idées au niveau de la perception
des motifs et objectifs de la refondation tels que nous le pensons. Au
niveau des motifs, la refondation évoquée par l’auteur consiste à fonder
un Etat qui ne soit pas au service des systèmes d’exploitation que sont le
capitalisme et le colonialisme. Alors que nous, dans ce travail, il s’agit de
refonder un Etat qui soit en mesure d’imposer son autorité sur son
territoire, et instaurer les institutions capables de répondre aux
desideratas de populations par une gouvernance efficace.
Analysant la problématique de refondation de l’Etat en Afrique, le
Réseau Dialogues sur la Gouvernance en Afrique écrit dans son cahier
des propositions en commençant par faire le constat de la crise de
l’Etat en Afrique et ses corolaires, que tout porte à croire que nous
9
sommes entrés dans une période de transformations profondes. Et
les crises actuelles doivent nous aider à décrypter le sens et le
dessein des évolutions en cours.
Nous devons au moins développer une claire intuition des
aboutissements vers lesquels ces processus de transformations sociales
nous conduisent. Les progrès de l’humanité s’opèrent par transitions, plus
que par des sauts qualitatifs. Maîtriser ces transformations, signifie
élaborer un agenda. Les auteurs estiment que la refondation de l’Etat en
Afrique serait ainsi une contribution exceptionnelle à l’humanité.
La génération actuelle d’intellectuels africains a donc l’inestimable
honneur de pouvoir racheter « la trahison historique » des élites africaines
qui ont participé à l’œuvre de dénigrement et de démolition des sociétés
africaines, entreprise par le colonisateur pour asseoir son pouvoir sur la
conscience africaine et ses richesses matérielles ([Link], 2003).
Il ya la convergence entre nos idées et celles soulevées par les
auteurs en ce sens que comme eux, nous estimons que la deterioration de
la souveraineté de l’Etat, son inefficacité à repondre aux besoins sociaux ,
exige sa reconsideration afin de l’adapter aux realités tant culturelles que
sociales. C’est ce qui a été le leitemotive de la referendum ayant conduit
à l’adoption de la constitution de 2006.
La divergence de nos idees reside sur le fait que, nous nous
pensons que l’Etat aujourd’hui en Afrique et l’Etat Congolais en particulier
agissant par ses institutions, est sencé etre souverain malgré sa
deterioration. L’echec de l’Etat congolais en particulier après s’etre defait
du joug de la colonisation, ne peut pas continuer à etre imputer au poids
de la colonisation 60 ans apres.
Après avoir parcouru les différents textes scientifiques sur ce sujet,
le constat est que les auteurs même s’ils abordent des problématiques
différentes, chacun d’eux aborde selon son approche soit la question de
la constitution du 18 Février 2006 dont les avis s’accordent sur son objectif
principal qui était de mettre fin aux séries des crises multiformes, soit la
question de la refondation de l’Etat dont l’objectif est de le rendre capable
de répondre aux aspirations sociales. Leurs idées nous ont permises
d’avoir un peu plus de lumière sur notre sujet.
3. PROBLEMATIQUE
Dans cette partie du travail, nous allons poser la grille de lecture et
de l’interprétation du doute à l’origine de l’observation. Toute
problématique suppose que l’on identifie ce qui pose question, c’est-à-
10
dire ce qui justifie un examen plus approfondi. Sans véritable
questionnement, toute recherche risque de devenir une narration
descriptive […], un compte rendu de lecture […] ou un pamphlet (militant
pour une « solution » politique ou une orientation idéologique). Or, ni la
simple description, ni le compte rendu, ni le pamphlet ne correspondent aux
objectifs de la recherche en science politique. ([Link], 2020-2021)
La RDC s’est engagée dans la démarche démocratique avec la
promulgation de la constitution du 18 Février 2006, dont les objectifs
étaient entre autre, d’éviter les conflits ; instaurer un Etat de droit ;
contrôler toute attentive dictatoriale, garantir la bonne gouvernance,
assurer l'alternance démocratique. Mais depuis, l’on remarque que la
démarche démocratique dans ce pays n’est que du folklore ou sinon du
mimétisme organisationnel qui parfois laisse l’impression qu’il ne
correspond pas aux réalités tant sociologiques que politiques de la RDC.
Cela s’observe par l’instabilité politique permanente très souvent
fruit des violations de la constitution par ceux qui dirigent, dans le simple
but d’assouvir leur boulimie ou de s’éterniser au pouvoir ; c’est par
exemple la non tenue des élections en 2016. Les grognes sociales sont
souvent observées aussi lorsque les populations croupissent dans la
misère à cause de la médiocrité de la gouvernance observée pendant les
15 dernières années.
Dès lors que l’existence même de l’Etat est tributaire de celle d’un
pouvoir politique organisé, il est peut-être légitime de se poser des
questions sur la qualité de cette organisation politique que formalise la
constitution du 18 février 2006, cette organisation qui peut influer sur le
développement politique et social dudit Etat, c’est-à-dire garantir une vie
de paix, de tranquillité, le mieux vivre, l’épanouissement de son peuple,
etc.
Dans cette logique, il parait paradoxal que c’est depuis une
trentaine d’années que la RDC est toujours dans le classement des Etats
faillis ([Link] et Vedrine, 2021), malgré l’objectif de la troisième
république qui était de reprendre le contrôle du territoire national
morcelé alors en plusieurs parties, et ramener les acteurs politiques et
sociaux au jeu démocratique. Mais le bilan de cette troisième République
reste très mitigé par rapport aux attentes du peuple et des observateurs,
Plusieurs parties du territoire sont sous contrôle des groupes armés, le cas
le plus emblématique est celui de Bunagana sous contrôle des rebelles du
M23.
Le constitutionaliste Sénégalais El Hadj MBODJ souligne pourtant
que, l’ordre constitutionnel de 2006, avait pour soubassements
11
sociopolitiques de juguler les crises et convulsions multiformes que ce
pays aura connues depuis son accession à la souveraineté internationale.
([Link], 2017)
Le contraste entre les objectifs et le résultat fait penser que la constitution
de 2006, n’a vraiment pas participé à refonder l’Etat congolais dans le sens
d’améliorer son fonctionnement. Cela parce que les objectifs assignés
n’ont pas été atteints, le pays continue à enregistrer les crises politiques
de manière fréquente qui retardent son émergence, c’est par exemple le
cas du gouvernement Ilunkamba, après que le Chef de l’Etat eut nommé
certains mandataires, l’ordonnance présidentielle souffrît d’exécution
durant plus de six mois
Dans cette perspective, sachant que depuis l’avènement de la
troisième république en République Démocratique du Congo aucun
programme de gouvernement n’a réellement porté les résultats
escomptés, et que le pays va des crises en crises, l’on peut se poser la
question de savoir, pourquoi la constitution de 2006 n’a pas permis à
promouvoir la refondation de l’Etat congolais ?
4. HYPOTHESES
A ce niveau du travail, nos réponses seront très laconiques et
produit de notre background, car pas encore vérifiées, mais juste ce que
nous pensons du sujet. Ces réponses seront vérifiées après avoir traité les
données que nous aurons à recueillir et leur théorisation, des réponses
tout à fait provisoires et dont la vérification fera l’objet du troisième
chapitre.
A la question de savoir pourquoi la constitution de 2006 n’a-t-elle
pas permis à promouvoir la refondation de l’Etat congolais, nous
répondons que, C’est parce que cette constitution instaure une structure
Etatique qui ne rencontre pas les aspirations du peuple congolais, c’est le
cas de :
1. La nature du régime politique instauré par le constituant de
2006, qui est un régime politique conflictogène
2. La non identification de la forme de l’Etat Congolais qui ne
promeut pas le progrès auquel aspire le peuple congolais ;
3. L’absence du mécanisme de gouvernance d’un Etat stratège
qui fait que depuis 2006 jusqu’à ce jour aucun programme du
gouvernement n’a produit des résultats escomptés.
12
5. PRESENTATION DES THEORIES EXPLICATIVES DE
REFERENCE
Par cadre théorique, on entend la « matrice théorique » qui donne
des assises à la recherche. Il s’agit de balises théoriques issues de l’examen
des théories et des recherches existantes, recadrées par le chercheur à
l’aide, notamment, de l’analyse conceptuelle, et qui cernent l’objet de
l’étude. Pour être valide, cet examen doit nécessairement être fait dans un
esprit critique qui se manifeste par un discours argumentatif ».
Dans le cadre de ce travail, nous avons choisi de faire usage de
deux théories différentes qui expliquent l’intelligibilité de notre
problématique par ses deux principales variables à savoir la constitution
de 2006 et la refondation de l’Etat. Les deux théories que nous allons
utiliser sont donc le systémisme et la théorie de l’Etat failli.
1) La théorie systémique
L’Etat étant lui-même un système composé de plusieurs structures
organisées de manière à dépendre les unes des autres, il nous parait ici
nécessaire de recourir à la théorie systémique pour expliquer notre
travail. En effet, l'Etat est la superstructure comportant plusieurs
moyennes et petites structures. Cela est perçu par l'organisation de ses
institutions, la structuration sociologique de son peuple, et le narratif
cognitif général qui fédère ses citoyens.
La quintessence de la théorie systémique réside dans le postulat
selon lequel, la réalité constitue une totalité et que les phénomènes
sociaux doivent être interprétés en fonction des liens d’interdépendance
qui les relient entre eux.
Pour d’autres, l’originalité de l’analyse systémique consiste à
distinguer dans la réalité deux parties que sont le système et son
environnement, l’environnement étant constitué par l’ensemble des
objets dont un changement affecte le système et qui sont eux-mêmes
affectés par les variations de celui-ci. Telle est par exemple l’approche
proposée par David Easton « Une analyse systémique repose sur la notion
d’un système immergé dans son environnement et sujet de la part de
celui-ci à des influences (Jean-LOUI, 2000).
L’Etat congolais qui est un grand système n’arrive pas à offrir aux
citoyennes et citoyens congolais les conditions de mieux-vivre et ne leur
garantit pas la sécurité nécessaire au maintien de l’ordre publique, il ne
parvient pas à rendre les services publics qui garantissent son émergence
alors que tout ceci fait partie de ses missions cardinales. Si le système,
c’est-à-dire l’Etat congolais, ne parvient pas à réaliser ses missions
13
cardinales, c’est qu’il connait un dysfonctionnement qui ne permet pas à
ce que l’Etat remplissent ses missions avec succès.
Ce dysfonctionnement prouve la faillite de l’Etat, alors que
l’objectif de la constitution de 2006 était de remedier ce
dysfonctionnement et de refonder un Etat fort et souverain.
Dans le cadre de ce travail, la théorie systémique s’applique à l’Etat
que nous assimilons à un ensemble d’institutions interdépendantes de
telle sorte que, le dysfonctionnement de l’une d’entre elle peut conduire
à l’échec du système entier, à savoir l’Etat. L’organisation et le
fonctionnement de quatre institutions de la République que sont le
Président de la République, le parlement, le Gouvernement et les cours et
tribunaux constitue une totalité censée permettre à l’Etat d’atteindre ses
objectifs.
Si le gouvernement a la charge de concevoir le programme de
gouvernance sécuritaire par exemple, le parlement est dans le devoir de
non seulement vérifier la faisabilité dudit programme, mais aussi
l’amender dans la mesure du possible et faire le suivi dans sa mise en
application. Dans ce processus, si l’une de ces deux institutions ne
parvient pas à bien faire son travail, il est très probable que ce programme
perde son efficacité. Depuis la première législature de la troisième
République jusqu’à l’actuelle législature qui est la troisième, les acteurs
de l’opposition ont toujours dénoncé la domination du pouvoir législatif
par l’exécutif. Ce qui pourrait être à la base des dysfonctionnements que
connait l’Etat congolais. C’est par exemple le fait que le Parlement
interpelle rarement les membres du gouvernement, l’autres exemple
c’est le fait que depuis la première législature de la troisième République,
rarement sont les projets gouvernementaux qui ont été recalé.
Dans l’autre sens de la médaille, le pouvoir du Président
Tshisekedi a souffert d’efficacité au début de son mandat, parce que les
trois autres institutions étaient sous le contrôle de son prédécesseur. Ce
qui a causé un réel dysfonctionnement à l’Etat pendant au moins deux
années de suite.
Les rapports qui régissent ces institutions constituent au sens de
la conception de l’esprit de lois de Montesquieu, la séparation de pouvoirs
dans l’unicité de l’Etat et pour le bon fonctionnement de ce dernier.
2) The failed state theory ou théorie de l’Etat failli
Les débats théoriques et politiques sur le rôle de l’Etat et donc sur
l’origine de ses échecs dans les pays en développement ont été conduits
selon deux points de vue très différents du rôle de l’Etat (Khan, 2003).
14
La première vision se concentre sur un ensemble de services que
l’Etat devrait fournir : en particulier, des biens publics comme « la loi et
l’ordre », la sécurité sociale et la réglementation du marché, reportant sur
le marché, la fourniture des autres biens et services ; La deuxième
observe le rôle plus critique et plus problématique que joue l’Etat dans la
transformation de sociétés principalement précapitalistes et
préindustrielles en sociétés principalement industrielles et capitalistes.
Dans le cadre de ce travail, nous exploitons la première vision.
Historiquement, une fourniture de services réussie dépend dans la
plupart des cas de la capacité des Etats à rapidement insuffler la
transformation sociale vers des économies capitalistes viables.
Khan Moustaq avance que le domaine le plus critique de la
défaillance de l’Etat a été l’absence de capacités politiques et
institutionnelles appropriées dans les Etats des pays en développement
pour accompagner et accélérer une transformation dynamique. En
l’absence de stratégie pour insufler ce rôle de l’Etat, il est peu
vraisemblable d’avoir des progrès soutenus dans la fourniture de services
martèle-t-il.
De nombreuses politiques consensuelles sur la réforme des
institutions pour améliorer la fourniture de services sont basées sur une
lecture partielle de la théorie et des faits. Dans le meilleur des cas, elles
ne fonctionneraient pas, et dans le pire des cas, elles pourraient ébranler
la capacité politique et institutionnelle de l’Etat à assurer une
transformation dynamique.
Le cas par exemple de la RDC qui a fonctionné sur base des
accords entre politiciens de 2017 à 2018, le pays fonctionnait sur base des
institutions de conciliabules et extraconstitutionnelles consacrées par les
accords de la cité de l’Union Africaine d’abord et ceux du centre
interdiocésain ensuite. Durant cette période, le gouvernement n’a
fonctionné que pour préparer les élections selon le témoignage de
l’ancien Premier Ministre Bruno Tshibala.
Le rôle central de l’Etat est basé sur le fait qu’il détient le monopole
de la violence légitime. L’Etat est le seul agent de la société à pouvoir
légitimement faire respecter les institutions, collecter les impôts,
redistribuer les revenus et les richesses, représenter et imposer la
cohésion sociale et résoudre les conflits, en recourant à la force si
nécessaire.
Toutes ces fonctions sont interdépendantes et ont un rôle à jouer
à la fois dans la fourniture des services et dans la transformation sociale.
Depuis la promulgation de la constitution de 2006 l’Etat n’est toujours pas
15
en mesure de revendiquer le monopole de la violence légitime. Il y a
encore des zones de non droit, où les groupes armés font payer aux
citoyens des taxes sans contrepartie et sans base légale. Si l’Etat
Congolais n’est pas en mesure d’assurer ce rôle, nous pouvons soutenir à
la lumière de cette théorie, qu’il est de facto considéré comme un Etat
failli.
L’échec de l’Etat est donc responsable de la pauvreté et de la
misère dans nombreux pays en développement. Il est paradoxal que
malgré les multiples ressources que regorge la République Démocratique
du Congo, son peuple reste toujours classé parmi les plus pauvres de la
planète terre, si cet échec ne relève pas de la faiblesse des institutions, il
relèverait alors de l’absence du sens de management de ses dirigeants.
Les faits soutiennent l’hypothèse comme quoi les types de
défaillances de l’Etat les plus persistants se produisent lorsque les
institutions échouent à cause d’un déséquilibre entre l’organisation
politique interne et les institutions et interventions au travers desquelles
l’Etat tente d’accélérer la transformation et la croissance. Dans ce cas, les
politiciens doivent être concernés par la disposition et l’organisation du
pouvoir politique nécessaire pour changer dans le temps.
L’analyse de la faillite de l’Etat est abordée dans un autre sens par
KAMAL Bayramzadeh qui traite le sujet en le reliant directement à
l’émergence du terrorisme international. Il estime qu’un État failli se
caractérise par les traits suivants :
Il ne détient pas le monopole de la violence en raison de l’existence
de groupes non étatiques, à l’instar des organisations terroristes qui
se livrent à la guerre et contrôlent une partie du pays (c’est le cas en
Irak, en Syrie et en Afghanistan) ce qui est le cas pour la RDC avec
une centaine des groupes armées selon le dernier rapport du
groupe d’études sur le Congo ;
Il est incapable d’assurer la sécurité de ses frontières, la RDC fait
partie des pays ayant des frontières les plus violées sans que l’Etat
ne réagisse de manière vigoureuse ;
Il n’est pas en mesure d’exercer et d’exécuter de manière durable
ses engagements extérieurs, la République Démocratique du
Congo fait partie de pays insolvables, non crédibles et cela même
s’il y a peu il a réintégré le programme avec les institutions de
breton Wood. Mais il y a environ neuf ans, le pays a dû bénéficier
du programme dit de pays pauvres très endettés (MULONGO,
2013);
16
Sa faiblesse et sa fragilité entraînent le développement de
différentes formes de trafics, notamment celui des êtres humains,
des ressources naturelles ou des stupéfiants.
À la lumière de cette définition et de l’actualité internationale, nous
considérons que les États faillis ou fragiles se situent principalement en
Afrique et au Moyen-Orient (BAYRAMZADEH, 2015). Dans cette
perspective, trois pays ont fait l’objet de l’étude de l’auteur : l’Afghanistan,
la Syrie et l’Irak. Nous estimons pour notre part que toutes ces
caractéristiques représentant exactement la situation de la RDC, la théorie
de l’Etat failli se trouve être applicable à ce travail pour nous permettre de
bien expliquer les faits et causes qui concourent à la révision
constitutionnelle afin de reconstruire l’Etat congolais.
Comme le prouve les faits, le gouvernement ne contrôle pas
l’effectivité du territoire du fait que des villes entières comme
Bunagana sont entre les mains des terroristes, et le pays se trouve en
situation d’affaiblissement des structures étatiques. Plusieurs
groupes armés en guerre de contrôle des ressources
6. METHODE
Cette partie est d’une grande importance, de telle manière qu’elle
est considérée comme le choix de la voie à suivre et des moyens à utiliser
pour nous conduire à la découverte. C’est ainsi que nous allons passer par
expliquer la méthode utilisée pour parvenir à l’explication de ce sujet.
SARTORY cité par Yves SUREL estime qu’avoir maitrisé la théorie et
la méthode, c’est être devenu penseur conscient, un homme au travail et au
fait des postulats et des implications de ce qu’il est en train de faire. Être
maitrisé par la méthode et la théorie, c’est être simplement empêché de
travailler. C’est pour dire que le choix de la méthode et des techniques
est un exercice qui exige du chercheur des grandes qualités scientifiques
pour que ce dernier ne puisse en être victime.
Pour le traitement de nos données, nous avons trouvé qu’il était
utile de recourir à l'analyse systémique qui consiste a élaboré une
représentation (ou un modèle) logique d'un objet concret total en tant qu'il
est organisé, qu'il est un tout, une entité avec des composantes selon Paul
N’da (PaulN’DA, 2015). L’Etat étant un système construit sur base de la
constitution qui est le mécanisme de son institutionnalisation. En tant
qu’Etat moderne, il nous parait logique d’user de cette méthode pour le
traitement des données dans le cadre de ce travail.
Le fonctionnement de cette réalité repose pour beaucoup sur les
liaisons ou les relations entre les composantes (les différentes institutions,
17
organes et entités de l’Etat) ou les éléments qui la constituent, lui donnent
son unité et lui maintiennent son identité en dépit des changements qui
peuvent survenir.
Par exemple, l'analyse du système politique passe par l'étude des
relations entre les composantes que sont la population, les partis, les
groupes de pression, le gouvernement, l'assemblée nationale,
l’administration, etc., qui exercent les fonctions d'initiative, de médiation,
de décision, de légitimation et de rétroaction.
Etudier un phénomène social à partir du concept de système
revient à s’interroger sur les liens qui existent entre ses différentes
composantes qui interagissent et s’ajustent constamment ainsi que sur la
manière dont il régule ses liens avec son environnement. A terme, les
interactions constituent ‘‘un système’’ de fonctionnement auquel on
s’habitue, s’attache et qu’on protège contre des perturbations extérieures.
Comme nous l’avons susmentionné, le cadre constitutionnel de
2006 a été élaboré sous des fortes tensions extérieures (Mabudj-ma-
bilenge, 2013) et intérieures, cela pouvait bien avoir de l’incidence si pas
directe, mais au moins indirecte sur l’organisation et le travail du
constituant qui d’ailleurs était composé des plusieurs personnes de
nationalité étrangère.
D’un point de vue pratique, on peut faire remarquer que l'analyse
systémique intelligemment utilisée permet de tenir compte à la fois du
contexte, des intrants, du processus et des produits.
Dans notre cas, elle nous permet d’analyser le contexte qui a régné
depuis la promulgation de cette constitution , le fonctionnement des
institutions mis en place par elle et comprendre comment et pourquoi ces
institutions n’arrivent pas à imposer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue
du territoire national ; cette méthode nous permet d’analyser et de faire le
lien entre l’architecture institutionnel que consacre la constitution du 18
Février 2006 et les crises politiques interminables auxquels le pays est
confronté depuis 15 ans que cette constitution est en vigueur, ces crises
qui affaiblissent l’action de l’Etat
7. TECHNIQUES
La récolte des données a été réalisée en recourant à des différentes
techniques qui sont :
a. L’observation directe :
Parler de l’observation directe c’est parler de la visualisation selon
Paul N’DA ; il la décrit comme l’observation dans laquelle le chercheur est
présent sur le terrain : il perçoit, mémorise, note. Elle concerne des
18
comportements au moment où ils se produisent, tels que (les plénières
décisives, le comportement des animateurs des institutions et des acteurs
majeurs de la scène politique de la troisième République). Une
observation directe consiste à regarder se dérouler sur une période de
temps donné des comportements ou des événements et à les enregistrer.
L'observation directe est liée à l'entretien lorsque le chercheur interroge
des informateurs et essaie de contrôler leurs dires par des vérifications.
Dans tous les cas, lors que le chercheur observe ce que les sujets font, on
est dans l'observation directe.
En tant que citoyen congolais et de surcroit étudiant la science
politique, nous avons porté une attention particulière sur le déroulement
des évènements politiques et sur les rapports qu’entretiennent les
différentes institutions en rapport avec la révision constitutionnelle.
Dans le cadre de ce travail, nous avons participé aux différents
débats organisés par les structures politiques et de la société civile telle
que la Force Stratégique de la République, FSR en sigle, avec la
participation de certains acteurs majeurs du champ politique congolais
afin de recueillir les données de qualité triées sur base de leur caractère
objectivent.
Les noms des acteurs politiques et ceux de la société civile nous
ayant aidés avec les informations pour l’élaboration du présent travail
seront attaché comme annexe dans la rubrique autre ressources de la
bibliographie.
b. La technique d’interview
C’est en recourant auprès d’une couche de la population pour avoir
leur opinion sur la réussite ou non de la troisième république, que nous
avons usé de cette technique.
c. La technique documentaire :
Nous avons fait recours à cette technique en lisant les documents
sur l’histoire politique et constitutionnelle de la RDC. Mais aussi en lisant
des journaux, des rapports, des lettres, des vidéos et des fichiers audio
etc.
8. DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE
Un travail de recherche est scientifique lorsque le processus de la
récolte et de traitement des données a suivi des techniques et une
méthode précise, mais aussi lorsque son champ d’exploitation est bien
circoncis dans le temps et dans l’espace.
Dans le cadre de ce travail, notre champ d’étude est la République
Démocratique du Congo. Etant le pays de notre résidence, nous avons la
19
facilité de faire le terrain pour trouver les données nécessaires au
traitement de notre problématique.
Pour ce qui est de la délimitation temporelle, nous allons nous
appesantir sur la période allant de 2006 à 2022. 2006 parce que c’est
l’année marquant la promulgation de la constitution devant refonder
l’Etat ; et 2022 parce que c’est l’année pendant laquelle nous avons
formulé le présent sujet et commencé nos investigations.
9. PLAN DESCRIPTIF DU TRAVAIL
Hormis l’introduction générale et la conclusion générale, ce
travail est subdivisé en trois chapitres composés des sections. Le premier
chapitre porte sur les considérations générales, il y est question de
trouver l’intelligibilité de différents concepts utilisés qui structurent notre
problématique, le deuxième recense l’histoire de trois textes
fondamentaux ayant organisé le fonctionnement des institutions ou fonder
l’Etat congolais, tout en nous dispensant des autres textes constitutionnels,
nous y traitons la loi fondamentale, la constitution de Luluabourg, la
constitution du 24 Juin 1967, et celle de 28 juin 2006. Quant au troisième
chapitre, il porte sur la constitution de 2006 et la problématique de la
refondation de l’Etat congolais, il est composé des trois principales
sections, la première qui porte sur la nature du régime politique instauré
par le constituant de 2006, la deuxième qui porte sur la non identification
de la forme de l’Etat, et la dernière qui porte sur le mécanisme de
gouvernance stratégique.
20
Chapitre 1. DEFINITION DES CONCEPTES
OPERATOIRES
Dans cette partie du travail, il sera question de trouver
l’intelligibilité des différents concepts qui structurent notre problématique
de recherche, cela nous permettra de bien comprendre leur portée et de
bien circoncire notre travail en ce qui concerne sa compréhension
conceptuelle. Pour cela, ce chapitre comportera deux sections majeures
à savoir :
• Constitution ;
• La refondation de l’Etat.
Notons que ces sections seront composées à leur tour des sous points.
Section 1. CONSTITUTION
Constitution exprime d’abord le fait d’établir, de former. Pour
expliquer l’essence de la constitution, Louis Favoreu evoque le titre d’un
chapitre du livre des Principes du droit politique du publiciste suisse
Burlamaqui, parus en 1751, est ainsi intitulé : « De la constitution
essentielle des États ou de la manière dont ils se forment ». C’est donc
pour dire que les Etats modernes sont structurés par leur constitution
(Louis_Favoreu, 2019). Une constitution est une réponse à des
préoccupations sociales, en même temps qu’elle fonde un ordre juridique
considéré comme répondant aux aspirations du peuple.
Sa finalité est, en dernière instance, de procurer bonheur,
prospérité et épanouissement aussi bien aux acteurs du moment qu’aux
générations à venir. C’est pour cette raison qu’elle doit non seulement
être enseignée, mais aussi vulgarisée, dit El Hadj MBODJ préfaçant « le
traité de droit constitutionnel congolais » (Kangasha, 2017).
La constitution peut être définie de manière littérale comme la
manière dont est constitué quelque chose, un individu et/ou un Etat dans
notre cas, pour Louis De Favoreu ci-haut cité, cette signification revêt
rétrospectivement une grande importance.
Elle explique pourquoi était répandue l’opinion selon laquelle tous
les pays du monde avaient une constitution, c’est-à-dire une organisation
politique, une forme de régime politique issue de leur « génie » naturel et
de leur histoire.
21
Selon Jacques Ndjoli, la constitution est ce document, cette charte,
cette loi spéciale suprême contenant l’ensemble des règles essentielles
qui encadrent le pouvoir de l’Etat. La Constitution est donc « l’acte par
lequel les citoyens définissent les conditions d’exercice du pouvoir
politique » (Eseng'Ekeli, 2013). C’est aussi l’opinion d’Evariste Boshab et
Matadi Nenga Gamand (Boshab et Matadi, 2010) qui, tous soutiennent
l’avis selon lequel, la constitution est la charte définissant les institutions
de l’Etat, et leurs compétences respectives.
Le mot Constitution vient du latin « statuere » qui signifie établir,
poser, fixer. Il donne « instituere », placer dans, mettre sur pied et par
extension instruire, éduquer, puis « constituere », constituer, former,
organiser un ensemble. »
Une constitution n’est pas seulement un instrument juridique pour
les juristes, dit Jacques Djoli. Elle apparait essentiellement comme un
guide pour les non juristes, elle est surtout l’expression d’un état de
développement culturel d’un peuple. Elle est le miroir d’un héritage
culturel et le fondement des espérances. Et l’article 16 de la déclaration
des Droits de l’homme et du citoyen lie la constitution a la séparation des
pouvoir et la garantie des Droits ( Eseng'Ekeli J., 2021).
La constitution peut en outre être définie de trois manières
différentes à savoir au sens matériel, au sens formel et au sens substantiel.
A. Sens matériel
Selon Djoli Eseng’Ekeli, le critère matériel qui prend en
considération le contenu du texte fondateur définit la constitution comme
l’ensemble des règles écrites ou non relatives à l’accession, à l’exercice
et à la dévolution du pouvoir politique, aux libertés et droits fondamentaux
des citoyens. (Eseng'Ekeli, 2013).
La constitution au sens matériel est selon le, manuel du Droit
constitutionnel, un ensemble de règles qui quelle que soient leurs natures,
quelle que soit leur forme, se rapportent à l’exercice du pouvoir dans un
État. Cela peut être des règles écrites ou des règles coutumières, des
arrêts de jurisprudence, des lois… Peu importe leur forme, ce qui compte
c’est le contenu de ces textes.
Cette conception semble imprécise selon le manuel de Droit
constitutionnel, elle a plusieurs conséquences. La première est le fait que
dans cette vision, tous les États possèdent une constitution, puisque seule
22
la Constitution permet d’organiser un État. Réciproquement, seuls les
États ont des Constitutions. Enfin, on estime que le critère de distinction
entre ce qui est constitutionnel et ce qui ne l’est pas correspond au critère
d’importance d’une règle dans un État donné. Est qualifiée de règle
constitutionnelle, toute règle figurant dans les différents articles de la
Constitution. Il y a trois catégories de règles constitutionnelles à savoir :
a) Les règles dites transitoires ou intérimaires qui ont en théorie
vocation à disparaitre une fois que la nouvelle Constitution est
entrée en vigueur. Dans la constitution de 2006 par exemple, il était
prévu que, aussi longtemps que la cour constitutionnelle ne serait
pas installée, la cour suprême de justice allait continuer à traiter les
matières relevant de la cour constitutionnelle comme le contentieux
électoral, le contrôle de la constitutionnalité de lois.
b) Les règles structurelles qui sont les plus nombreuses et les plus
classiques. Elles organisent les institutions, leur fonctionnement
interne, et les relations entre elles.
c) Les règles qui ne concernent pas la structure de l’Etat et qui sont des
règles marginales qui ne concernent ni la structure de l'État, ni
l’exercice du pouvoir. On peut citer un des articles de la
Constitution de
B. Au sens formel
Au sens formel la constitution se comprend comme « un texte
adopté par le Constituant originaire ayant une forme particulière, c’est-à-
dire un texte établi et réviser selon une procédure particulière. Cette
procédure donne à la Constitution son caractère prééminent sur
l’ensemble des normes juridiques ».
C’est donc un acte écrit et adopté par le Constituant quel que soit
son contenu. Le pouvoir constituant est un organe qui est chargé d’écrire
et d’adopter le texte constitutionnel, il se distingue des pouvoirs
constitués, qui seront établis par la Constitution.
Dans cette conception, l’accent est placé sur la procédure de
l’adoption du texte qui consacre son essence matérielle. L’adoption d’une
Constitution doit suivre une procédure contraignante et dérogatoire au
droit commun. La Constitution à un caractère prééminent, elle est
supérieure par rapport aux autres normes juridiques. Plus la procédure
d’adoption est contraignante, plus la place du texte dans
l’ordonnancement juridique est élevée.
23
C. La constitution au sens substantiel
Disons que de tous les ouvrages que nous avons lus, cette troisième
appréhension de la constitution n’est évoquée que par Jacques Djoli dans
son livre « Droit Constitutionnel Tom1. Il estime que Dans sa substance ou
essence, la constitution est l’expression philosophique et politique d’une
communauté, d’une unité politique enracinée dans un ensemble culturel.
Elle n’est pas seulement un ensemble de règles, mais elle est un
texte qui exprime une vision du monde, un projet de société, un projet
politique, une idée de l’homme des valeurs. Cet esprit surdétermine et
transverse le texte ; c’est son âme, son identité et son principe structurant.
Ainsi la constitution est l’âme du corps étatique : elle traduit
l’identité d’un peuple. La constitution d’un Etat, c’est ce qui le « constitue
», le « construit », c’est donc plus qu’une compilation de lois. Elle est le
socle de son identité et le nerf de sa conscience politique, son organicité,
la mémoire organisée de ce peuple. (Eseng'Ekeli J. , 2021)
1.1. Naissance et la disparition d’une Constitution
La Constitution est un acte vivant : il nait, évolue et meurt. Aucune
constitution n’est perpétuelle (ad vitam). Son existence est rythmée par les
déformations de la vie politique à travers le pouvoir constituant.
A. Moments marquant la naissance des Constitution
La naissance d’une constitution peut résulter de deux situations à savoir :
1) Celle de naissance d’un nouvel État qui fait ressentir le besoin d’une
Constitution. Par exemple a la veille de l’indépendance de la RDC,
les pères de l’indépendance élaborée avaient accepté de faire
fonctionner le jeune Etat avec la loi fondamentale et adoptée par le
parlement Belge ;
2) La deuxième situation c’est celle d’un État existant qui ressent le
besoin de changer son mode d’organisation et de fonctionnement,
c’est-à-dire changer son régime. Le changement de régime
entraîne donc un changement de Constitution. C’est cette logique
qui a entrainé la naissance de la constitution du 18 Février 2006.
La rédaction des Constitutions
La rédaction la plus démocratique possible, serait le fait du peuple
entier (cités grecques antiques). Vu la démographie des États, ce n’est
désormais plus possible, le peuple désigne donc des représentants qui
vont faire partie du pouvoir constituant. Qui peut être originaire ou dérivé.
1) Pouvoir constituant originaire
Le pouvoir constituant originaire est celui qui intervient pour
élaborer une constitution, soit lors qu’aucune constitution n’est en vigueur,
24
soit lorsque l’ordre juridique ancien disparaît. Cette situation survient
lorsqu’il y a création d’un Etat nouveau, lors d’une révolution ou du
démembrement d’un Etat, ou encore lorsque plusieurs Etats se mettent
ensemble. Le pouvoir constituant « vraiment originaire ne relève pas du
droit ».
2) Pouvoir constituant dérivé
Ce comité est chargé de réviser la Constitution. Ce pouvoir
constituant tient son nom du fait que la révision de la Constitution est
contenue dans des règles rédigées par le pouvoir constituant originaire.
Le terme de révision ne s’applique qu’au travail du pouvoir constituant «
dérivé ».
B. Adoption d’une constitution
L’acte constituant est post rédactionnel selon le manuel de Droit
Constitutionnel, cela voudrait dire que deux éléments le caractérisent, à
savoir :
Nature de l’acte constituant
La constitution étant la norme la plus élevée, son adoption diffère
de toutes les autres normes juridiques. Quand elle est créée, elle n’a
aucune base d’éléments de droit. L’acte constituant est donc totalement
souverain.
Procédure d’adoption
Etant la plus élevée de toutes les normes juridiques, les adoptions
peuvent être classées du moins au plus démocratique selon la
classification de Ndjoli Eseng’Ekeli, que nous retrouvons aussi dans le
Manuel Droit constitutionnel
Autocratique Le peuple est hors circuit lors de
l’élaboration des constitutions.
Celle-ci est l’œuvre des
gouvernants et ne fait que l’objet
d’une ratification ou d’un habillage
populaire. On recourt alors soit à
l’octroi, soit au plébiscite. Exemple
Le titulaire du pouvoir accorde par
sa seule volonté, sa magnanimité,
une constitution à ses sujets. La loi
fondamentale du 19 mai 1960,
œuvre du parlement Belge, peut
être considérée
comme une constitution octroyée.
25
De même le décret-loi
constitutionnel n°003 du 27 mai
1997 relatif à l’exercice des
pouvoirs publics en RDC fut
l’œuvre unilatérale de Laurent
Désiré Kabila ;
Constituant Une assemblée constituante
adopte ce qu’un comité consultatif
constitutionnel a rédigé
Référendaire Le peuple adopte lui-même le
texte par le biais d’un
référendum.(adoption de la
Constitution du 18 Février 2006)
B. La disparition d’une Constitution
Le premier cas est celui dans lequel le pouvoir constituant abroge
lui-même le texte constitutionnel. C’est une application du « principe du
parallélisme des formes » : celui qui fait a le pouvoir de défaire ; le
deuxième cas, celui de la disparition de la Constitution qui est le fait
d’événements annonçant la fin d’un régime (Révolution, coup d’Etat…) ;
et le troisième cas c’est celui de la disparition de la Constitution est le fait
d’une simple révision constitutionnelle qui vient implicitement abroger le
texte. Il y a donc une continuité.
1. [Link] d’une constitution
Il y a deux types d’évolution de la Constitution : par l’interprétation
(a.) ou par la révision (b.)
a. l’évolution par l’interprétation
L’évolution dépend des acteurs de l’interprétation que ce soit des
acteurs institutionnels (A.) ou des acteurs juridictionnels (B.)
a. L’évolution par des acteurs ou par la pratique
Cette évolution peut-être illustré par un exemple. Dans la
constitution du 18 Février 2006 dans son article 175 alinéa 2, le constituant
stipule que la part des recettes à caractère national allouées aux provinces
est établie à 40%. Elle est retenue à la source. Mais dans la pratique, les
gouverneurs se sont toujours plains le pourquoi le gouvernement national
continue à privilégier la rétrocession qui n’est pas constitutionnelle.
26
b. L’évolution par la jurisprudence
C’est un facteur d’évolution constitutionnelle dans les pays ayant
adopté une justice constitutionnelle, c’est-à-dire un système contrôlant la
constitutionnalité des lois, comme par exemple la Cour suprême aux Etats-
Unis. Dans ce cas le juge chargé d’interpréter le texte constitutionnel pour
vérifier qu’une loi n’y porte pas atteinte modifie de facto la Constitution.
C’est évolution très marquée aux États-Unis est également présente en
RDC ; les décisions De la Cour Constitutionnelle ou de la Cour de
Cassation forme une source du droit. Cette évolution peut être mise en
évidence par deux exemples en ce qui concerne la constitution du 18
Février 2006 :
Les interprétations du dernier alinéa de l’article 70 lorsque le
Président Kabila était arrivé à la fin de son mandat en 2016, pour les
constitutionalistes du camp de l’opposition, le Président Kabila ne
pouvait pas demeurer au palais de la nation au-delà du 30
Décembre 2016, parce que son mandat prenait fin à cette date. Ce
que contestaient le camp du Président Kabila qui brandissait le
dernier alinéa de cet article de la constitution qui stipule que « à la
fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction
jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu. Position que
la cour constitutionnelle avait soutenue par son arrêt rendu le 11 Mai
2016, saisie par 286 députés de la majorité présidentielle pour
interprétation de l’article 70 de la constitution alinéa 2, la cour
donnait raison à la majorité. Comme le souligne Roger Liwanga, «
cet arrêt qui avait permis à l’ancien président Joseph Kabila de
continuer d’exercer pleinement ses fonctions présidentielles jusqu’
en janvier 2019 (c’est-à-dire l’investiture de Felix Tshisekedi) alors
que son dernier mandat constitutionnel avait expiré en 2016.
Autrement dit, l’article 70(2) de la Constitution et l’arrêt de la Cour
Constitutionnelle sur l’interprétation de cet article, conféreraient au
président en fin mandat une certaine « légitimité juridique » c’est-à-
dire un pouvoir que le président exerce en vertu de l’autorisation
lui faite par la loi ». (Le risque de crise électorale en RDC, 2022). Par
cet arrêt, une jurisprudence a été créée, donnant ainsi un sens à cet
article dont l’interprétation divisait.
Le second et dernier exemple c’est celui relatif au statut pénal d’un
ancien Premier Ministre. Dans le dossier Bukangalonzo qui implique
l’ancien Premier Ministre Matata Ponyo, la cour constitutionnelle
27
avait dans son arrêt estimé que les privilèges de juridictions cessent
avec la fonction. Contrairement à plus d’un constitutionaliste qui
opinent autrement. C’est le cas de MUTOMBU KAYAKEZ Jean-Pitié,
il estime que la cour aurait dû évoquer l’admission du principe de la
rétroactivité du bénéfice de privilège au moment de la commission
des faits. Ainsi, il opine que le prévenu conserve le privilège des
juridictions pour des faits commis pendant qu’il en était bénéficiaire
(Jean-Pitié Kayakez, 2022).
Il s’en suit que la qualité du prévenu lors de la procédure du
jugement importe peu. Il peut, dans l’entretemps avoir été révoqué ou
relever de ses fonctions, il continuera cependant à jouir du privilège de
juridiction. Et donc par son arrêt, la Cour a créé une jurisprudence qui
change la compréhension de la Constitution du 18 Février 2006.
b. L’évolution par la révision
Comme le dit Rousseau, qu’« il n’y a dans l’État aucune loi
fondamentale qui ne se puisse révoquer ». Une nouvelle loi
constitutionnelle modifie le contenu de la Constitution en vigueur. Par
exemple la révision du Janvier 2011 qui a concernée huit articles des 229
à savoir :
L’article 71 : l’instauration de la majorité simple pour l’élection du
Président de la République en supprimant la règle de la majorité
absolue à deux tours ;
L’article 110 : la révision du régime d’incompatibilités des fonctions,
un élu (sénateur ou député) peut désormais récupérer son mandat
lorsqu’une fonction publique incompatible arrive à son terme ;
Article 128 ;
Article 149 ;
Article197 et 198 ;
L’article 218 : le Président de la République obtient le droit de
convoquer le peuple au referendum ;
Article 226 : l’instauration du découpage provincial sera déterminée
par une loi.
1) L’étendue du pouvoir de révision
Comme nous l’avons susmentionnée ; Il existe deux pouvoirs
constituant : le pouvoir constituant originaire qui est chargé de la création
d’une Constitution ; et pouvoir constituant dérivé qui est chargé de réviser
la Constitution. Ce pouvoir constituant tient son nom du fait que la révision
de la Constitution est contenue dans des règles rédigées par le pouvoir
constituant originaire. Le terme de révision ne s’applique qu’au travail du
pouvoir constituant « dérivé ».
28
En effet, Le pouvoir de révision, qui est l’expression de la
souveraineté, au même titre que le pouvoir d’élaboration, peut se résumer
à travers les deux caractères ci-après :
Le caractère institué et subordonné : Ici le constituant originaire
prévoit à l’avance, sous l’aspect des clauses de révision, les
conditions selon lesquelles son œuvre sera modifiée le moment
venu. D’où la subordination de principe du pouvoir dérivé au
pouvoir constituant originaire. Il est autolimité, note Jacques Djoli.
Le caractère autolimité du pouvoir de révision : En principe la
révision est en théorie limitée dans sa démarche, de manière à
parvenir en un équilibre entre le souci d’adapter la constitution à de
nouvelles réalités et celui, malgré tout, de préserver son identité, et
surtout la fixité de l’État.
2) Etendue du pouvoir constituant dérivé
La constitution peut fixer des limites afin d’éviter des fraudes
implicites qui changent le fond d’une constitution. Ces limites peuvent
porter sur :
Le moment ;
La période ;
La matière.
La constitution du 18 février 2006 précise en son article 219
qu’aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état
d’urgence ou l’état de siège ni pendant l’intérim à la présidence de la
République, ni lorsque l’assemblée nationale et le sénat se trouvent
empêchés de se réunir librement (limite par rapport au moment) ;
La constitution peut fixer un délai minimum pendant lequel on ne peut la
réviser : dix ans pour la constitution portugaise (limite par rapport à la
période) ;
La constitution peut consacrer des dispositions intangibles : la forme
républicaine de l’État, le principe du suffrage universel, la forme
représentative du gouvernement, le nombre et la durée des
mandats du Président de la République, l’indépendance du pouvoir
judiciaire, le pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l’objet
de révision constitutionnelle (limite par rapport à la matière).
Ndjoli note également que, en droit la doctrine tend à distinguer les
révisions capitales et latérales (Eseng'Ekeli J. , 2021), contrairement
à Evariste Boshab qui estime que le concept de révision, œuvre du
Constituant institué, dont la nature et la position à l’égard
notamment du pouvoir Constituant originaire doivent être
29
questionnées. L’auteur a raison là où il affirme que, sauf exception,
une révision constitutionnelle ne peut être que partielle et qu’elle
doit se situer dans la continuité des valeurs de base, ce qui confère
à l’opération la portée d’adaptations et d’améliorations en vue d’un
« mieux être »
Les révisions capitales ou majeures ont pour objet de réviser la
nature du régime, de changer fondamentalement la philosophie du
pouvoir. Sous la deuxième République, la constitution était celle du
24 juin 1967. Cependant, la révision constitutionnelle du 15 août
1974 avait profondément remis en question le fondement
philosophique et politique du régime politique.
On parle de la fraude à la constitution qui est définie comme « le
procédé par lequel l’autorité de révision utilise ses pouvoirs dans un but
autre que celui en vue duquel ils lui ont été conférés, c’est–à-dire dans le
but d’établir un régime fondamentalement différent ». Ici les formes
constitutionnelles sont apparemment conservées alors que l’objectif
poursuivi est atteint par un changement radical de l’esprit des institutions.
Ainsi le constituant dérivé peut utiliser son pouvoir de révision
pour mettre en place des nouvelles constitutions qualifiées
intentionnellement des « révisions constitutionnelles ». Il insiste pour dire
qu’une révision totale constitue une contradiction dans le terme,
dénaturant la révision en introduisant une confusion : il s’agit de changer
la Constitution et non pas de changer de Constitution.
La question qui demeure toutefois est de savoir à partir de quand
une révision doit être qualifiée de totale, compte tenu de ce que celle-ci
ne semble pas impliquer modification de toutes les règles
constitutionnelles en une fois, s’interroge Henri SIMONART préfaçant le
livre « Entre la révision de la Constitution Et l’inanition de la nation. En
d’autres termes, à partir de quand quitte-t-on le domaine de la nouveauté
pour pénétrer celui de la rupture ?
Les révisions latérales ou mineures : sont destinées à combler les
lacunes ou corriger les imperfections techniques.
1.3. Procédure de révision
La révision de la constitution peut être plus ou moins aisée en raison de la
nature souple ou rigide de la constitution. (Eseng'Ekeli J. , 2021)
a. La constitution est souple lorsque la loi fondamentale ne prévoit pas
de règles particulières pour sa modification. La constitution est alors
30
révisée par les organes compétents et selon la procédure prévue pour
l’élaboration des lois ordinaires.
b. La constitution est rigide quand sa révision s’opère selon une
procédure spéciale et complexe différente de celle des lois ordinaires.
(Réunion de deux chambres, vote à majorité qualifiée, recours au
référendum, ratification des institutions provinciales). La procédure de la
révision comprend trois phases :
L’initiative qui peut être populaire, législative ou gouvernementale
;
L’élaboration du texte par une assemblée ou par une commission ;
L’adoption de la révision : par une ou plusieurs assemblées ou par
le peuple.
Dans la constitution du 18 février 2006, l’initiative de la révision
constitutionnelle appartient concurremment au Président de la
République, au gouvernement après délibération en conseil des
ministres, à chacune des chambres du parlement à l’initiative de la moitié
de ses membres, à une fraction du peuple congolais, en l’occurrence
100.000 personnes, s’exprimant par une pétition adressée à l’une des
deux chambres.
Il appartient à l’assemblée nationale et au Sénat de décider, à la
majorité absolue de chaque chambre, du bienfondé du projet, de la
proposition ou de la pétition de la révision. En principe, la révision n’est
définitive que si le projet, la proposition ou la pétition est approuvée par
référendum. Toutefois, le projet, la proposition ou la pétition n’est pas
soumis au référendum lorsque l’assemblée nationale ou le Sénat réunis en
congrès l’approuvent à la majorité des trois cinquièmes des membres les
composant.
1.4. FONCTIONS DE LA CONSTITUTION
La constitution est une loi supérieure que se donne un peuple non
seulement pour régir les modalités d’acquisition, mais d’exercice et
dévolution du pouvoir politique, mais aussi pour régler les rapports entre
les gouvernants et les gouvernés. On peut retenir trois fonctions :
La fonction génétique de la constitution ;
La fonction organique de la constitution ;
La fonction axiologique de la constitution.
a. La fonction génétique de la constitution
La constitution est le fondement de l’État, elle est le bastion, le socle
ou le roc sur lequel est structuré juridiquement le pouvoir politique de
l’État. La constitution est la source de légitimité et de légalité, elle fonde
31
l’autorité des gouvernants. Ainsi toute autorité investie conformément à la
constitution est présumée légitime.
b. La fonction organique de la constitution
La constitution détermine le statut des gouvernants ou des services
de l’Etat. Elle a pour fonction de poser les règles du jeu politique et de
distribuer le rôle de différents acteurs politiques. C’est le « map power ».
La constitution fixe précisément les fonctions de chaque autorité et les
compétences reconnues à chaque fonction.
c. La fonction axiologique de la constitution
La constitution détermine des objectifs idéologiques et politiques
des Etats. C’est en somme l’idée fondamentale qui permet aux individus
humains constitués en citoyens, non seulement de se créer et de
s’organiser en une cité terrestre capable à la fois d’imiter et de défier celle
des dieux.
Montesquieu voyait dans cette idée fondamentale le nœud de la
communauté politique : c’est en elle que gît l’idée fondamentale d’ordre
et de bonheur désirables que se fait un groupe social face aux défis que
lui lance son environnement. Cette idée de soi et de son monde propre,
son éthos, c’est ce qu’Éric Weil que cite Ndjoli appelle le sacré de la
communauté, sa constitutionnalité, pour laquelle « la mort peut très bien
ne pas être le plus grand des maux ».
SECTION 2. REFONDATION DE L’ETAT
Pour une bonne compréhension de ces deux concepts, cette
section est divisée en trois parties, l’une qui traite sur le verbe
« refonder », et l’autre sur la structure Etat avant d’aborder le point traitant
sur la refondation de l’Etat.
2.1. Refonder
Ce verbe français désigne le fait de donner de nouvelles
fondations à une chose, et dans le cadre de ce travail il s’agit de donner
de nouvelles base à l’Etat, c’est en fait l’action de remodeler la structure.
Selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales, CNRTL en
sigle, refonder renvoie à rebâtir par les fondements ou encore, repenser
la structure de base.
Refonder c’est aussi redéfinir la fonda mentalité, c’est-à-dire, redonner
l’essence de la propriété de ce qui est fondamental. Est fondamental ce
qui est à la base, aux fondements d’une structure.
32
2.2. Etat
De manière classique, l’Etat a vu le jour avec le traité de
Westphalie en 1648 qui lie le souverain a un territoire et a une population
dont il assure la sécurité et garantit les droits. En effet, les États signataires
des traités de Westphalie se reconnaissent mutuellement des frontières
précises et inviolables qui délimitent le champ de la souveraineté, l’une
des composantes de l’Etat (Vincent Adoumié et cie 2014) L'État, tel qu'il
est défini dans le système westphalien, exerce tout d'abord sa
souveraineté sur la population à l'intérieur des frontières, à laquelle il
garantit la sécurité grâce à ce que le sociologue allemand Max Weber
appellera « le monopole de la violence physique légitime ».
Mais il doit aussi sécuriser ses frontières vis-à-vis de l'extérieur et
des autres États. « L'État devient donc l'acteur géopolitique majeur par sa
faculté et sa puissance à mobiliser les ressources à l'intérieur de ses
frontières (lever les impôts, organiser les productions, préparer une
armée) ainsi qu'à les utiliser à l'extérieur (déploiement d'un réseau
d'ambassades, conduite de la guerre) ».
Cette personne de droit public est en fait un corps fait de différents
organes qui, tous, doivent jouer leur rôle dans l’harmonie et ordre pour
atteindre les objectifs et satisfaire les attentes du peuple qui, en fait, est
son créateur et lui est soumis par contrat. Il y a une relation de soumission
réciproque entre les deux. L’un et l’autre sont intimement liés par le sort
de l’existence qu’il ne peut y avoir moyen que l’un s’affranchisse de l’autre
pour le dominer et subsister. Ainsi, l’un donne naissance à l’autre qui vient
pour combler le vide du premier qui lui est soumis et lui contrôle pour la
réalisation de ses propres vœux. Si la conception Wébérienne définit
l’Etat à travers la revendication du monopole de la violence physique, il
ressort de la théorie du contrat social que Jean-Jacques Rousseau définit
l’Etat comme le bien commun, lorsqu’il estime que l’Etat serait une
association politique librement formée par les participants au contrat social.
Ainsi la souveraineté de l’État, c’est la volonté générale de contractants, la
somme de leurs volontés individuelles. Un peu comme ce qui se dit souvent
dans les rues congolaises « l’Etat c’est moi, c’est toi, c’est tout le monde ».
Selon Jacques Ndjoli, Au sens large, le mot Etat désigne
l’organisation globale de la société, une collectivité organisée ayant
comme support sociologique une nation. Ainsi l’Etat constitue l’enveloppe
ou l’armature juridique d’un phénomène sociologique, la collectivité tout
entière appelée la nation : C’est l’Etat-nation.
33
Au sens restreint, le mot Etat désigne les pouvoirs publics, c’est-à-
dire les gouvernants, les organes qui exercent les fonctions de l’Etat par
rapport aux gouvernés : c’est l’Etat gouvernement.
Au sens plus étroit, le mot Etat désigne au sein des pouvoirs publics
l’élément central par rapport aux collectivités territoriales (communes,
provinces).
2.3. DE L’ETAT-GENDARME A L’ETAT STRATEGE
Depuis son apparition, l’Etat a connu plusieurs conceptions, de
l’Etat gendarme, l’Etat providence, l’Etat de droit et aujourd’hui on parle
de l’Etat stratège. Le problème de l’État, écrit Jacques Donnedieu de
Vabres que cite Jacques Ndjoli, « est pour une large part un problème
psychologique […] il ne vit que dans l’esprit de ses serviteurs, que d’une
certaine forme d’idéalisme, c’est-à-dire qu’il est souvent une opération de
l’esprit, en même temps qu’une orientation de l’action. »
L’Etat ne saurait être regardé comme une réalité absolue et
comme une notion définitive ; il s’agit d’une forme historique
d’organisation sociale ou contingente, liée au développement de la
civilisation. Ainsi défini, l’Etat peut se présenter sous plusieurs formes.
a) Etat gendarme
Dans cette conception le rôle de l’Etat se limite aux fonctions
régaliennes qui consistent pour l’essentiel à faire appliquer des lois en
accord avec l’ordre naturel qui contraint toute société, ces lois permettant
d’échapper à l’état de nature et de garantir les libertés individuelles (que
l’on se rappelle la célèbre formule de Hobbes selon laquelle « l’homme
est un loup pour l’homme »). L’Etat gendarme est donc appelé à ne
s’occuper que de la sécurité intérieur en entretenant la police et la justice
et la sécurité extérieure en entretenant son arsenal diplomatique et
l’armée.
Cependant, si la définition précédente indique que l’Etat ne doit
avoir aucune prérogative particulière en matière économique et sociale,
il n’en reste pas moins que l’histoire des deux siècles précédents a montré
qu’il ne pouvait pas être absent de ces registres. D’où la naissance de
l’Etat providence.
b) Etat providence
On parle d’État-providence quand un État intervient activement
dans le domaine social, notamment par la mise en place d’un système de
protection sociale développé, pour garantir un niveau minimum de bien-
être à la population en la couvrant des risques tels que la maladie, la
vieillesse, le chômage, etc. Le concept d’État-providence est apparu à la
34
fin du 19e siècle et a connu son apogée en France à la sortie de la Seconde
Guerre mondiale.
Une conception qualifiée aujourd’hui par certains « en crise » car
l’État providence ne semble pas pouvoir efficacement protéger les
citoyens quand la croissance économique n’est plus à l’ordre du jour et
entraîne notamment du chômage de masse. Malgré tout, l’État-
providence, basé sur un système de protection sociale développé, a su
limiter jusqu’à aujourd’hui les conséquences sociales négatives dues aux
crises successives.
c) Etat de droit
L’Etat de droit est un Etat dans lequel la puissance publique est
elle-même soumise au droit. Comme l’écrit G. Lebreton, Un Etat qui à la
fois esclave et protecteur des libertés, tire sa légitimité de son aptitude à
les développer, et à y soumettre. Pour que cette mission-soumission
caractéristique de l’Etat de droit soit menée à bien, deux conditions
doivent être réunies : il faut d’une part que l’action des gouvernants soit
insérée dans une hiérarchie des normes, au sommet de laquelle figure la
déclaration des droits d’homme ; et que d’autre part que les juges soient
suffisamment indépendants pour sanctionner les méconnaissances du
droit et de la hiérarchie ainsi établie (Lebreton, 1995).
d) Etat stratège
Le concept Etat stratège serait la conception la plus aboutie de
l’Etat en rapport avec son rôle. Son affirmation de la différenciation a
plusieurs corollaires. Elle se double d’abord de l’exigence du
renforcement des capacités de pilotage, de prévision, de coordination, et
de contrôle dans l’État.
Il est définit par [Link] comme un Etat, maître des horloges selon
l’expression de Philippe Delmas, c’est-à-dire pragmatique et
programmatique, maître de temps et des circonstances. Un Etat « ré » :
régulateur, réconciliateur et réorganisateur (Eseng'Ekeli J. , 2021).
Aussi, l’Etat stratège dans sa dimension de prévisibilité et
d’anticipation s’occupe moins de l’étendue des compétences (scope) que
de l’efficacité, de la capacité, de sa force, c’est-à-dire, la possibilité qu’ont
les Etats de planifier et d’exécuter leur politique, et d’imposer les lois de
façon nette et transparente, ce qu’on désigne généralement par la
capacité institutionnelle.
35
En tant que principe de rationalisation de l’organisation politique
et garant de la cohésion sociale, l’État est en effet par essence investi d’un
rôle « stratégique » vis-à-vis de la société : s’inscrivant dans la durée, il est
conçu comme le principe d’ordre, dont l’intervention permet de faire tenir
ensemble les différents éléments constitutifs de la société, en leur
imposant la discipline d’un projet collectif ([Link], 2007).
2.4. REFONDATION DE L’ETAT
En parlant de la refondation de l’Etat en ce qui concerne la RDC, le
curseur est placé sur la reconfiguration de son architecture
institutionnelle, afin de l’adapter aux aspirations de la population et mettre
en place une structure étatique capable de maintenir l’ordre public,
assurer l’intégrité territoriale et être en mesure d’offrir les services
publics de qualité a ses citoyens. Comme le dit B.
De Souza, refonder l’Etat ne veut pas dire le supprimer, cela
suppose de reconnaitre en lui les capacités d’« ingénierie sociale » qui
justifient précisément sa refondation.
Pour Ndjodji Ruben dans son mémoire de licence, Analyser la
logique de la refondation de l'Etat en RDC, c'est prendre en compte les
huit volets prioritaires permettant à l'Etat d'agir comme garant et
protecteur de l'ensemble du territoire national. Ces huit volets sont :
La refondation de la nation ;
La refondation de la puissance publique ;
La refondation de la gouvernance ;
La refondation de l’économie ;
La refondation de la politique institutionnelle de paix et de sécurité
;
La refondation des forces de sécurité ;
La refondation du système de délivrance des services à la
population et du débat public ;
La refondation de l'aide internationale.
A notre sens, la logique de la refondation de l’Etat en RDC passe
par la réécriture d’une nouvelle constitution, afin de redonner à l’Etat des
nouvelles bases idéologiques et structurelles qui correspondent à son
environnement et qui peuvent permettre de construire un Etat congolais
fort et stratège reflétant les aspirations de son peuple. Cette refondation
doit concerner notamment :
a. La révision du régime politique
36
Le Congo a été dirigé pendant plus de 32 ans de main de fer par le
maréchal Mobutu, avec des premiers ministres qui ne composaient même
pas leurs propres gouvernements selon Kengo wa Dondo (Kengo, 2018).
Le subconscient congolais est resté dans ce schéma d'un président de la
République fort.
La conception d’un régime politique ne doit pas être considérée
comme l’action du prêt-à-porter, mais une inspiration de l'histoire du pays,
et surtout de sa culture politique.
b. La conception d’un cadre de gouvernance éclairée et
stratégique de l’Etat
Il est ici question de briser le cycle complaisant dans la gestion des
affaires publiques, d’autant plus que l’Etat doit être prévoyant,
pragmatique et programmatique, les animateurs de ses différentes
structures et organes ne devrait pas avoir droit à l’essai-erreur. Parler de
la gouvernance stratégique et éclairée, c’est parler de la rationalité du
gouvernement dans la gestion des défis sociaux, économiques, politiques
et sécuritaires, se caractérisant par l’efficacité et l’efficience dans la
gestion des ressources disponibles et potentiellement disponibles.
Comme nous l’avons susmentionné, depuis le début de la troisième
République instaurée par la constitution du 28 Février 2006, l’impression
est que nous laissent les animateurs des institutions, est celui du
tâtonnement dans presque tous les secteurs vitaux de l’Etat :
Sécurité intérieur et diplomatie
Il est le secteur dans lesquels tous les gouvernements auront échoué,
depuis 2006 jusqu’à ce jour le climat sécuritaire n’a jamais été stabiliser.
Les groupes armés qui naissent presque chaque année pour des motifs
d’auto-défense pour certains et d’autres pour des raisons purement
politiques et de ce qui mérite d’être appelé, le commerce du sang. La
diplomatie congolaise durant ces 14 dernières années s’est révélée aussi
faible qu’inexistante, les échecs diplomatiques essuyés par le
gouvernement congolais, jusqu’à être isole durant 3 ans de suite.
Gestion des ressources et gouvernance des infrastructures
C’est le secteur de plus qui démontre la faiblesse de l’Etat au point
que certains se demandent si vraiment il existe. Selon le Programme de
Réhabilitation et Entretien des Pistes en RD Congo, des 152.000km du
réseau routier que compte la RDC, seuls 2.800 sont revêtus, soit moins de
25% (Congo, 2015). La conséquence est que tous les autres secteurs se
trouvent touchés ; l’Etat ne semble donc pas être programmatique à ce
sujet, bien qu’il existe un fond d’entretien routier.
37
Révision du régime partisan
Le dernier point concernéé doit être celui de la révision du régime
partisan qui doit déboucher sur la suppression du multipartisme tel
qu’instauré par le constituant du 18 Février, et qui est à la base de création
de partis dits mallettes, dont le seul objectif est de s’investir dans
l’affairisme et le chantage politique.
Ces petits partis se battent pour n’obtenir que deux ou trois sièges
au parlement, afin de se garantir un droit au partage des postes. Cela a été
le cas pendant le processus électoral de 2018.
38
CHAPITRE 2. L’HISTOIRE CONSTITUTIONELLE DE
L’ETAT CONGOLAIS
De la loi fondamentale a la constitution du 18 Février de 2006 en
passant par la constitution de Luluabourg, l’histoire constitutionnelle de
l’Etat congolais reste marquée par des crises répétitives, les
incompréhensions interprétatives et la légèreté révisionniste.
Dans ce chapitre nous allons essayer de retracer l’histoire de trois
textes fondamentaux ayant organisé le fonctionnement des institutions ou
fonder l’Etat congolais, tout en nous dispensant des autres textes
constitutionnels, nous retenons la loi fondamentale, la constitution de
Luluabourg, la constitution du 24 Juin 1967, et celle de 28 juin 2006.
SECTION 1. LA LOI FONDAMENTALE
Relever le contexte d'élaboration d'un texte constitutionnel revient
à rechercher ses ressources matérielles, c'est-à-dire les racines de la
constitution, les matériaux qui interviennent dans la germination de la
norme fondamentale (Eseng'Ekeli J. , 2021). En somme, des forces
sociales, économiques, culturelles, philosophiques, politiques sont
déterminantes dans l'élaboration de la fondamentale.
Notons en luminaire que la loi fondamentale est considérée
comme la première constitution ayant fondé l'État congolais, bien que les
juristes ne soient pas tous d'accord sur le sujet, certains estimant que la
première constitution congolaise fut celle de Luluabourg, et c'est à partir
de là que l'on commence à compter les nombres de républiques.
J. djoli note que la loi fondamentale fut élaborée en procédure
d'urgence par le parlement Belge, saisit par le ministre du Congo belge
Ruanda-Urundi en date du 22 janvier 1960. L’objectif étant celui de définir
ce que seront les institutions du Congo, sur leurs compétences
respectives, sur le pouvoir exécutif et sur le législatif. Il fut donc question
de la structuration du futur Etat congolais.
La loi fondamentale déposée au bureau des chambres le 31 Mars,
elle sera promulguée après son adoption en deux temps : le 19 mai on
promulgue la loi fondamentale relative aux structures Étatiques ; le 17 juin
promulgation de la fondamentale relative aux libertés publiques. Notons
également avec J. djoli que cette loi a été caractérisée par sa nature
provisoire et son extranéité.
39
1.1. De la forme de l'État
Il faut ici noter la surprenante unicité d'idée avec le constituant de
la troisième République. Les mêmes ambiguïtés entretenues par la
constitution du 18 Février 2006, on les retrouve dans la loi fondamentale
dans son article 8, qui instaure une sorte de fédéralisme pour certains
chercheurs, et de régionalisme politique pour les autres. On y retrouve
donc à la fois des mécanismes fédéralistes et des mécanismes de
sauvegarde de l'unité nationale. Les institutions de la République sont :
Le président de la République ;
Le gouvernement ;
La chambre des représentants et le sénat.
Les institutions locales et provinciale sont : le gouvernement
provincial et l'assemblée provinciale. J. djoli estime que nonobstant la
présence des mécanismes fédéralistes, la fondamentale consacrait des
mécanismes importants d'une organisation unitaire, c'est par exemple la
terminologie foncièrement unitariste : province au lieu d'Etat fédéré ;
l'indivisibilité du pouvoir judiciaire etc. Mais, même mitigé, c'est le
mécanisme fédéraliste qui prédomine dans la loi fondamentale, dit Kitete
cité par [Link] (Eseng'Ekeli J., 2021).
1.2. LE REGIME POLITIQUE
La loi fondamentale institue comme régime politique, le régime
parlementaire moniste. Ce régime qui n'avait aucun soubassement socio-
historique pour le peuple congolais selon Jean-Louis Esambo (Kangasha,
2017)
a. POUVOIR EXECUTIF
Le pouvoir exécutif est de nature bicéphale, il consacre l'irresponsabilité
politique du président de la République, selon l'article 20.
1) DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
a) MODE DE DESIGNATION
Le Chef de l'Etat est désigné par un corps électoral restreint
composer de deux chambres du parlement, à savoir : le sénat et la
chambre des représentants. Son élection est acquise à la majorité de 2/3
de tous les membres qui composent le parlement.
b) Du statut du président de la République
Le président de la République est le symbole de la nation, il règne
mais ne gouverne pas.
c) Des pouvoirs du président de la République
Il nomme et révoque le premier ministre et les ministres ; il confère
les postes, les grades dans les ordres nationaux ; il fait battre la monnaie
40
conformément à la loi ; nomme, suspend et révoque les magistrats des
parquets etc.
d) Du pouvoir de dissolution
Le droit de dissolution est reconnu par la loi fondamentale à
l'exécutif, plus précisément au chef de l'Etat. Son pouvoir de dissolution doit
s'exercer dans le strict respect des articles 71 et 73. L'article 71 prévoit que
la dissolution d'une ou des chambres ne peut être prononcée par le Chef de
l'Etat qu'après délibération du conseil des ministres et de l'accord d'une des
deux chambres au moins, acquis à la majorité de 2/3 des membres présents.
Il est dit à l’article 72 stipule qu'en cas de dissolution soit de deux
chambres ou de la seule chambre des représentants, l'acte de dissolution
contient convocation des électeurs dans les trois mois et des chambres
dans les quatre mois.
Quel est alors la nature véritable du régime parlementaire mis en
place par la loi fondamentale ? il s'agit bel et bien d'un régime
parlementaire basé sur la collaboration entre le pouvoir exécutif et le
pouvoir législatif affirme J. Djoli. Ce régime parlementaire est moniste en
ce sens que le Président de la république ne joue qu'un rôle effacé.
2) Du Gouvernement
Le gouvernement est composé du premier ministre et des
ministres responsables devant le parlement. La loi fondamentale précise
tout de même à son article 34 que pour ce qui est de la composition du
gouvernement, il doit être représentatif de toutes les provinces, c'est-à-
dire, comprendre au moins un membre de chaque province. L’action du
gouvernement est collective et est dirigée par le premier ministre qui
préside le conseil des ministres et les ministres sont responsables de
départements qu'ils dirigent.
En bref, le bicéphalisme institué par la loi fondamentale est
sympathique précise Jacques Djoli, avec un Chef de l'État irresponsable et
inactif d'une part et, d'autre part, un gouvernement dirigé par le Premier
ministre, élément actif qui conduit la politique de l'Etat et qui est
responsable devant les chambres selon l'article 42.
3) DU POUVOIR LEGISLATIF : LE BICAMERALISME
EGALITAIRE
Selon la loi fondamentale, le pouvoir législatif s'exerce
collectivement par le Chef de l'Etat, la chambre des représentants et le
Sénat, d'une part, et chacune des Assemblées provinciales, d'autres part.
c'est ce qui est dit à l'article 15 de la loi fondamentale. Il en résulte du
bicaméralisme du parlement.
41
L’article 50 de cette loi précise que, la compétence législative de
deux chambres est identique, ce qui fait qu'elle Institute le bicaméralisme
égalitaire.
Les membres de la chambre des représentants sont élus au
suffrage universel direct. Ils représentent la nation et non leurs
circonscriptions électorales. Les membres du Sénat sont élus par les
Assemblées provinciales à raison de 14 par province dont au moins 3 chefs
coutumiers par province. Le parlement exerce ses deux pouvoirs
traditionnels, à savoir le pouvoir législatif et le pouvoir de contrôle.
a. Le statut du parlementaire
Le statut du parlementaire est structuré en trois niveaux à savoir :
a) Les incompatibilités
Par incompatibilité, on entend l'incapacité de cumuler certaines
fonctions. :
On ne peut être à la fois membre des deux chambres selon l'article
198 de la loi fondamentale ;
Les membres de l'une des deux chambres ou d'une Assemblée
provinciale nommés par le Gouvernement central ou provincial à
toute fonction salariée autre que celle de ministre et qui l'accepte,
cessent immédiatement de siéger et ne peuvent reprendre leurs
fonctions qu'à l'issue d'une autre élection.
b) Les immunités parlementaires.
Attendons par immunités parlementaires, la protection
fonctionnelle et personnelle tendant à rassurer le libre exercice du
mandat d'un parlementaire (Eseng'Ekeli J. , 2021). Sous la loi
fondamentale, ces immunités étaient assises sur l'irresponsabilité
parlementaire et l'inviolabilité parlementaire consacrées par les articles
65 et 66.
Par ailleurs, notons que la loi fondamentale avait prévu le montant
des indemnités parlementaires à 100.000 francs par an.
En conclusion, de la loi fondamentale nous retenons son caractère
provisoire car appelé à être remplacé par une constitution élaborée au
Congo et par les congolais eux-mêmes. Retenons qu’elle institue un
bicaméralisme égalitaire, un régime parlementaire moniste, un Etat dont
la forme varie entre fédéralisme et régionalisme politique.
La Loi fondamentale du 19 mai 1960 relative aux structures du Congo
organise une sorte de fédération atypique avec institution des pouvoirs
publics au niveau tant national, provincial que loca133. Au niveau national,
le pouvoir exécutif est exercé par le chef de l’État et le gouvernement, le
42
pouvoir législatif par un parlement composé de la chambre des
Représentants et du Sénat, et le pouvoir judiciaire par les cours et
tribunaux34.
Dans chaque province, il fut institué un gouvernement provincial dont
les membres sont élus par une Assemblée provinciale exerçant, par ailleurs,
les prérogatives législatives et de contrôle (Kangasha, 2017). Au niveau
local, le cadre du pouvoir est aménagé au sein des circonscriptions
urbaines et rurales dont les organes sont élus au suffrage universel direct.
SECTION.2. CONSTITUTION DITE DE LULUABOURG
Pour expliquer la constitution de Luluabourg, différents chercheurs
s’attèlent d’abord sur l’étude du contexte, c’est le cas d’Evariste Boshab,
Jacques Djoli et Esambo. Ils expliquent à l’unisson, mais en des termes
diversifier que, le pays devenait de plus en plus ingouvernable et l’Etat de
plus en plus faible, ce qui avait conduit à des plusieurs assises.
(Eseng'Ekeli J. D., 2013)
En vue de parvenir à l’unification du territoire et la réinstauration
de l’autorité de l’État, plusieurs rencontres politiques furent initiées et
organisées, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays, notamment, la
conférence de Léopoldville, les assises d’Antananarivo, de Brazzaville, de
Coquilhatville et le conclave de Lovanium. (Kangasha, 2017)
A. De la forme de l’Etat
A l’opposé de la Loi fondamentale du 19 mai 1960 qui aménageait
une forme atypique de l’État, combinant les éléments d’un État unitaire et
ceux d’un État fédéral, le constituant de 1964 avait officiellement opté,
compte tenu de l’expérience politique caractérisée par des sécessions,
guerres civiles et rebellions de diverses natures, pour une forme prudente
de l’État composé de vingt et une provinces autonomes (Kangasha, 2017)
Sans organiser l’État unitaire décentralisé, le constituant s’est,
également, réservé d’opter pour un État fédéral classique, les
divergences conceptuelles entre les deux formes d’État ayant amené la
Commission constitutionnelle à prévoir, avant le référendum, deux projets
de Constitution dont, l’un de nature fédérale, et l’autre favorable à un État
unitaire. C’est ce dernier qui a été finalement adopté au référendum,
l’autre ayant été conservé dans une annexe à la Constitution officiellement
promulguée, sa mise en application devant intervenir plus tard, selon
l’article 178 de la constitution de Luluabourg.
43
B. Du régime politique
Le régime politique aménagé par cette Constitution est aussi
atypique, entre l’instauration de l’autorité absolue du Président de la
République, à son article 66, la constitution conditionne l’entrée en
fonction du gouvernement par l’approbation de l’assemblée nationale. Ce
qui peut laisser croire au régime parlementaire.
Mais, en même temps, malgré que le premier ministre doit
provenir de la majorité à l’Assemblée nationale et doit obtenir
l’approbation de son Gouvernement auprès de cette dernière, le
Gouvernement est responsable devant le Président de la République.
Ce régime est également, proche de celui dans lequel le Chef de
l’État élu, certes, au suffrage universel indirect, disposant tout de même des
prérogatives présidentielles, notamment le pouvoir de nomination et, le cas
échéant, de révocation des membres du gouvernement (Kangasha, 2017).
Les constitutionalistes Jean-Louis Esambo et Jeacques Djoli sont partagés
à ce sujet, quand la première cité estime que la constitution de Luluabourg
instaure le régime purement parlementaire, le dernier hésite à préciser
de quel régime s’agit-il réellement dans cette constitution, il nage entre le
semi-présidentiel et présidentiel.
A notre sens, la constitution dite de Luluabourg instaure un régime
fortement présidentiel, au vu des importantes prérogatives octroyées au
Président de la République que nous allons évoquer dans le point suivant.
L’article 53 de la constitution de Luluabourg prévoit quatre
institutions nationales :
A. Le Président de la République ;
Selon J. Djoli, l'économie de la constitution du 1er aout 1964 nous
permet de dire qu'elle s'était occupée de doter le pays d'un exécutif
stable. Elle prévoit un Président de la République qui est le représentant
de la nation c'est-à-dire le Chef de l'Etat et le Chef de l'exécutif central. Le
Chef de l'Etat détermine et conduit la politique de l'Etat et fixe le cadre de
l'action du Gouvernement, veille à son application et informe le Parlement
de son évolution.
1) Statut du Président de la République
Au terme de l'article 55, le Président de la République est élu pour
5 ans par un corps électoral composé des membres du Parlement et des
délégués de la ville de Léopoldville qui votent dans la capitale ainsi que
des membres des assemblées provinciales qui votent chacun dans les
chefs-lieux de la province qu'ils représentent.
44
La constitution de Luluabourg n'a pu introduire l'élection du
Président au suffrage universel.
2) Pouvoirs du Président de la République
Selon l'article 54, le Président de la République, Chef de l’Etat,
représente la nation. À ce titre, il détermine et conduit la politique de la
nation tout en fixant le cadre de l'action du Gouvernement, en veillant à
son application et en informant le Parlement de son évolution. Il a en outre
la direction et le contrôle de la politique étrangère du pays.
Il accrédite des ambassadeurs et des envoyés extraordinaires
auprès des puissances étrangères et reçoit les lettres de créance des
ambassadeurs et des envoyés extraordinaires qui sont accrédités auprès
de lui.
En outre, le Président de la République :
Communique avec les deux Chambres soit directement, soit par des
messages qu'il fait lire sans débat et prononce au moins une fois par
an devant ces chambres réunies en congrès national un discours
dans lequel il expose la politique du gouvernement central ;
Promulgue les lois nationales dans les conditions fixées par la
constitution, exécute ces lois et édicte des règlements de police et
d'organisation interne par voie d'ordonnance ou de des décrets ;
Nomme le Premier ministre et les autres membres du
Gouvernement ;
A le pouvoir de mettre fin aux fonctions du Premier ministre, d'un
ou de plusieurs membres du Gouvernement central sur proposition
du Premier ministre sur présentation par eux de leur démission ou
sur proposition du Premier ministre ;
Il a le pouvoir, de sa propre initiative," de mettre fin aux fonctions
du Premier ministre, d'un ou de plusieurs membres du
gouvernement lorsqu'un conflit l'oppose à eux". De même, il a le
pouvoir de trancher de façon souveraine les conflits survenant entre
le Premier ministre et les autres membres du Gouvernement ;
Dispose du droit d'investiture des Gouverneurs de provinces ;
Assume la direction suprême des forces armées ainsi que le pouvoir
de nomination du commandant en chef des officiers des forces
armées ;
Nomme conformément à la loi les conseillers à la cour
constitutionnelle, à la cour suprême de justice, aux cours d'appel et
aux autres juridictions ;
45
Dispose avec son Gouvernement de l'Administration centrale et des
forces armées dans les conditions fixées par la loi nationale ;
Reçoit les serments des membres du Gouvernement central, des
Gouverneurs de province, des conseillers a la cour constitutionnelle
et à la cour suprême de justice, du commandant en chef des Forces
armées et des autres officiers suprêmes ...
B. Le Gouvernement
Le Gouvernement central se compose d'un Premier ministre, des
ministres dont le nombre ne dépassera pas quinze. Il peut comprendre en
outre au maximum 3 secrétaires d'Etat adjoint au Premier ministre.
Le Premier ministre est nommé par le Président de la République.
Les autres membres du Gouvernement également nommes par le
Président de la République sur proposition du Premier ministre. Il propose
au Président de la République les ministres ainsi que les portefeuilles
ministériels en vue de leur répartition entre les différents membres du
Gouvernement. Les membres du Gouvernement sont responsables
devant le Président de la République. Leur contreseing aux actes du
Président de la République est un engagement à exécuter ces actes.
Articles 64, 65 et 69.
C. Le Parlement composé de deux chambre
Il est composé de deux chambres, le sénat et l’assemblée nationale qui
exercent collectivement le pouvoir législatif.
D. Les Cours et tribunaux
SECTION 3. CONSTITUTION DU 24 Juin 1967
Après la prise du pouvoir d’État par le Haut commandement de
l’Armée nationale congolaise, un pouvoir de fait succédait à un
gouvernement, d’abord, constitutionnel, ensuite, légitime ; elle amena le
nouveau Chef de l’État à manifester trop tôt sa volonté de concentrer et de
personnaliser le pouvoir, en témoignent l’accaparement de toutes les
prérogatives exécutives et la neutralisation du parlement comme organe
de contrôle de l’action gouvernementale143.
La prééminence présidentielle a été, également, caractérisée par
la dévolution totale du gouvernement envers le Chef de l’État et l’absence
des moyens de contrôle du parlement. La constitution du 24 Mai 1967
institue :
Le monocaméralisme ;
Le bipartisme rigide ;
L’élection du Président au suffrage universel ;
L’admission des femmes au vote ;
46
La fixation de l’âge de l'électorat et de l'éligibilité, respectivement
a19 et a 25 ans.
Selon Jacques Djoli, les pouvoirs étaient exercés par les institutions
qualifiées de « principales » par l'article 19 de la constitution du 24 juin
[Link] pouvait constater une réduction du nombre d'institutions par
rapport à celle créées par la loi fondamentale du 19 mai 1960 et la
constitution du 1 er aout 1964 (Eseng'Ekeli J. , 2021). Ainsi, la constitution
a retenu comme principales institutions :
Le Président de la République ;
L'Assemblée nationale ;
Le Gouvernement ;
La Cour constitutionnelle ;
Les Cours et tribunaux.
De l’exécutif
Le pouvoir exécutif est caractérisé par le monocephalisme, et le
Président de la République en est le Chef, il est Chef du gouvernement de
sorte qu'on peut affirmer que l'une des caractéristiques de la constitution
du 24 juin 1967 était le renforcement des pouvoirs dévolus au Président de
la République.
Ainsi que l’on peut s’en rendre compte, le pouvoir personnel que
convoitait déjà le Chef de l’État était, de toute évidence, appelé à se
constitutionnaliser, l’entreprise ayant été réalisée par la mise en place
d’une Commission d’experts146 chargés d’élaborer un projet de
Constitution à soumettre au référendum, renchérit Jean-Louis Esambo
(Kangasha, 2017).
De la Forme de l’Etat
S’agissant de la forme de l’État, on note que le besoin de lutter
contre les velléités séparatistes et d’assurer l’unité nationale a justifié
l’option en faveur d’une organisation politique et administrative fortement
centralisée, en témoigne la référence, dans toutes les administrations
publiques, au principe de l’unité de commandement.
Du régime politique
S’agissant de la nature du régime politique, il est, par la seule
dépendance du gouvernement à l’égard du président de la
République150, proche de celui présidentiel, mais la pratique du pouvoir
a conduit le président de la République à développer des attitudes ultra
présidentialistes, devant une façade de limitation et de contrôle du
pouvoir (Kangasha, 2017). Tel semble l’objectif poursuivi par les révisions
constitutionnelles du 23 décembre 1970 et du 15 août 1974. À propos de la
47
loi constitutionnelle n° 74-020 du 15 août 1974 qu’une opinion présente
comme une simple modification de la Constitution du 24 juin 1967, on
admet qu’elle a opéré le changement de Constitution dans un régime
existant, la réforme ayant atteint l’esprit du texte qu’elle prétendait
réformer.
En somme, retenons que la constitution du 24 Juin 1967 consacre
une forme de l’Etat unitaire centralisé, un régime ultra Présidentiel et un
exécutif monosépale.
SECTION 4. CONSTITUTION DU 18 FEVRIER 2006
L’élaboration de la Constitution du 18 février 2006 est
intervenue dans un contexte politique particulier, caractérisé,
notamment, par la méfiance (Kangasha, 2017), et la suspicion entre
les différentes forces sociales et politiques en présence. Pour des
raisons pédagogiques, mieux didactiques, nous n’allons pas fournir
plus des détails sur cette constitution dans cette section, nous
donnerons des généralités car, elle fera objet de notre troisième
chapitre.
La compréhension de l’objectif et de la logique d’organisation
institutionnelle de la constitution du 18 février 2006, il suffit de lire
son long préambule : « Nous, Peuple congolais, Uni par le destin et par
l’histoire autour de nobles idéaux de liberté, de fraternité, de
solidarité, de justice, de paix et de travail ; Animé par notre volonté
commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un Etat de droit et une Nation
puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratie politique,
économique, sociale et culturelle ; Considérant que l’injustice avec ses
corollaires, l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le
clanisme et le clientélisme, par leurs multiples vicissitudes, sont à l’origine
de l’inversion générale des valeurs et de la ruine du pays ; Affirmant notre
détermination à sauvegarder et à consolider l’indépendance et l’unité
nationales dans le respect de nos diversités et de nos particularités positives
; Réaffirmant notre adhésion et notre attachement à la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, à la Charte Africaine des Droits de
l’Homme et des Peuples, aux Conventions des Nations Unies sur les Droits de
l’Enfant et sur les Droits de la Femme, particulièrement à l’objectif de la
parité de représentation homme-femme au sein des institutions du pays ainsi
qu’aux instruments internationaux relatifs à la protection et à la promotion
des droits humains ; Mû par la volonté de voir tous les Etats Africains s’unir
et travailler de concert en vue de promouvoir et de consolider l’unité
48
africaine à travers les organisations continentales, régionales ou sous
régionales pour offrir de meilleures perspectives de développement et de
progrès socio-économique aux Peuples d’Afrique ; Attaché à la promotion
d’une coopération internationale mutuellement avantageuse et au
rapprochement des peuples du monde, dans le respect de leurs identités
respectives et des principes de la souveraineté et de l’intégrité territoriale
de chaque Etat ; Réaffirmant notre droit inaliénable et imprescriptible de
nous organiser librement et de développer notre vie politique, économique,
sociale et culturelle, selon notre génie propre ; Conscients de nos
responsabilités devant Dieu, la Nation, l’Afrique et le Monde ; Déclarons
solennellement adopter la présente Constitution.
Il en ressort que la volonté du constituant était plus orientée vers
la démocratisation de la vie politique que de mettre sur pieds des
institutions en phase de la culture sociale et politique congolaises. Le
traumatisme du régime de MPR était encore à son zénith, entre l’occident
qui voulait à tous coups imposer un ordre constitutionnel et les acteurs
militaro-politiques à la recherche de légitimité, le souci du projet
d’émergence que doit être une constitution fut la dernière des
préoccupations du constituant. Jacques Djoli note à cet effet que « le
processus d'élaboration et de rédaction de cette constitution pousse à
marquer de sérieuses réserves sur son identité, son appropriation et son
ancrage culturel sans nier l'impératif de modernité.
DE LA FORME DE L’ETAT.
Ce point divise les constitutionalistes congolais, certains pensent
avec raison que la constitution du 18 Février instaure un Etat-unitaire
fortement décentralisé, d’autres pensent à tort ou à raison que la forme de
l’Etat instaurée par le constituant de 2006 est plutôt le régionalisme
politique (Pollett-Panoussis, 2008), (Eseng'Ekeli J. , 2021), (Kangasha,
2017) (Mabudj-ma-bilenge, 2013). Dans tous les cas, les deux camps n’ont
pas tort, du fait que l’on retrouve dans la constitution les éléments
constitutifs d’un Etat régional (Tshiyembe, 2012), ceux d’un Etat régional
(Eseng'Ekeli J. , 2021)
DU REGIME POLITIQUE
Jean-louis Esambo nous rapporte que le débat sur le régime
politique a occupé une place de choix dans les discussions qui ont
précédé l’élaboration et l’adoption de la Constitution, notamment le choix
entre le régime présidentiel et parlementaire, dont la pratique a relevé
des dérapages importants, il estime pour sa part que le constituant a
finalement opté pour le régime parlementaire rationalisé (Kangasha Jean-
49
louis, 2017), évitant ainsi de dire qu’il s’agit bien du régime semi-
présidentiel. Car Si le débat entre les membres du corps constituant
portait sur le choix entre le régime parlementaire et le régime
présidentiel, la décision médiane ne pouvait qu’être le régime semi-
présidentiel.
L’exécutif est ainsi dirigé par le président de la République qui
collabore à cet effet avec le Premier ministre provenant de la majorité
parlementaire à l’assemblée nationale. Les institutions de la République
sont donc :
A. Président de la République
Le constituant lui accorde tout de même des importantes
prérogatives et fait de lui l’arbitre au-dessus de la mêlé, ce qui lui permet
de décanter une contingence politique en situation de crise. Dans cette
matière, il n’existe pas de contreseing. Ces pouvoirs sans partage sont
entre autres :
Celui de nommer le Premier ministre et des ministres ;
Celui du président de l’exécutif national ;
De nommer les hauts magistrats et de recevoir leur serment ;
De conférer des grades et décoration dans les ordres nationaux ;
De dissoudre l’assemblée nationale ;
De convoquer et présider le conseil de ministre ;
D’investir les gouverneurs des provinces ;
De convoquer le peuple au referendum pour approuver une
révision constitutionnelle ;
De promulguer les lois, etc.
En dehors des pouvoirs ne faisant objet de partage, le Président de
la République gouverne avec le Gouvernement dans presque la majorité
des domaines propre à l'Etat, les textes pris en ce sens doivent être
contresignés soit par le Premier ministre, soit par les ministres concernés.
C’est ce que prévoit l’article 79 de la constitution qui prévoit que, en
dehors des ordonnances pris dans le cadres des articles 78 premier
alinéa, 80, 143, les ordonnances présidentielles sont contresignées par le
Premier ministre.
Jacques Djoli soutient que conformément à tout régime
Parlementaire, ces pouvoir partagés du Président de la République sont
purement formels et appartiennent en réalité au Premier ministre et à son
Gouvernement qui conduit la politique de la nation et en assume la
responsabilité conformément à l'article 91 de la constitution. (Eseng'Ekeli
J. D., 2013)
50
B. Le parlement
Il est composé de deux chambres (Assemblée nationales dont les
membres sont élus au suffrage universel direct, et le Senat dont les
membres sont élus au suffrage universel indirecte), formant le
bicaméralisme non égalitaire, en ce sens que, selon l’esprit du troisième
alinéa de l’article 135 de la constitution, l’assemblée nationale est celle qui
décide en définitive sur une loi qui divise les deux chambres.
C. Le Gouvernement
Il est composé du Premier ministre qui en le chef, des ministres et,
le cas échéant de vice-Premier ministres, des ministres d'Etat et des
ministres délégués. Le gouvernement est en réalité représentatif de la
plus grande force politique au sein du parlement. Il est responsable
devant l'Assemblée nationale et définit en concertation avec le Président
de la République la politique de la nation, dont il assume la responsabilité.
D. Les cours et tribunaux que nous ne commenterons pas, pour des
raisons de modestie et surtout de notre domaine de spécialité.
Constatons que la première anomalie de la constitution du 18
Fevrier 2006 est qu’elle ne décrit pas clairement la forme de l’Etat qu’elle
instaure, ou mieux, elle ne la nomme pas. Sommes-nous dans un Etat
unitaire ? régionaliste ? ou fédéraliste ? en tout cas à la lumière de
l’orchestration des institutions de gouvernance du territoire national, deux
formes peuvent être appliquer à la constitution congolaise. L’Etat
régionaliste et l’Etat unitaire fortement décentralisé.
La deuxième anomalie c’est l’effet de « laisser de côté des pans
entiers de l’organisation et du fonctionnement de l’appareil politique de
l’État qui ne sont pas pris en compte par des normes formellement
constitutionnelles, comme par exemple la loi électorale, le règlement
intérieur des assemblées parlementaires ».
Des questions qui sont souvent à l’origine des controverses
politiques et créent souvent l’instabilité politique, du fait qu’à chaque
cycle électoral, des dialogues doivent être engager avec de l’argent du
contribuable congolais pour discuter sur la loi électorale. Depuis le
premier cycle électoral jusqu’à celui en cours, le processus a toujours été
laborieux, fragilisant les acteurs de tout bord qui souvent cherchent à ce
que la loi électorale leur soit favorable.
En bref, notons que la constitution du 18 Février instaure un Régime
semi-présidentiel, un exécutif bicaméral, un parlement au bicaméralisme
non égalitaire, un régionalisme constitutionnel.
51
CHAPITRE 3. LA CONSTITUTION DE 2006 ET LA
PROBLEMATIQUE DE LA REFONDATION DE L’ETAT
CONGOLAIS
Si l’objectif était de bâtir un Etat fort au cœur de l’Afrique, une
nation puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratie
politique, le constituant congolais de 2006 semble n’avoir pas atteint son
objectif, car obnubiler par les divergences comportementales des acteurs
locaux et la diversité des cultures de ceux qui parrainaient le processus
d’élaboration de la constitution, le peuple congolais a été doté d’une
constitution sans identité. Comme Jacques Djoli le dit mieux que « le
processus d'élaboration et de rédaction de cette constitution nous a poussé
à marquer de sérieuses réserves sur son identité, son appropriation et son
ancrage culturel sans nier l'impératif de modernité.
Ceci nous emmène à dire que le constituant de 2006 a élaboré un
simple texte intellectuel et non un pacte républicain, un contrat social
marqué par l’adhésion de tous les peuples composant la nation. Voilà
pourquoi dans ce chapitre, il sera question de vérifier nos hypothèses sur
l’échec de la constitution de 2006, il portera sur trois grandes sections à
savoir :
1. Du régime politique ;
2. De la forme de l’Etat et du mécanisme de gouvernance.
Plus d’un demi-siècle après son existence, en tant qu’État souverain, la
République démocratique du Congo n’a pas encore jusqu’ici trouvé des
réponses appropriées aux questions permanemment controversées sur la
nature sociopolitique et la forme de l’État ainsi que les fondements du
régime politique, nous fait remarquer El Hadj Mbodji (Kangasha, 2017).
SECTION 1. NATURE DU REGIME POLITIQUE
Pour examiner la question du régime politique pouvant emmener
à un véritable pacte républicain, mieux le contrat social congolais, il
importe de traiter la question dans deux positions, une position de la
critique méthodologique qui consiste à examiner si la question du régime
politique est déterminante dans l’édification de la mécanique
institutionnelle, et une critique de la nature du régime à instaurer pour
trouver ses innovations et avantages à la stabilité institutionnelle de l’Etat.
1. De la critique méthodologique
Notons à ce sujet que le régime politique vise à organiser les
rapports entre les différentes institutions de l’Etat, opérant dans une
osmose de l’unité de l’Etat selon les compétences reconnues à chacune
52
des institutions. Ces rapports sont ceux existant entre le triptyque
institutionnel traditionnel des Etats.
Le régime politique résulte de l’histoire vécue par le peuple, il est
inspiré non seulement de l’histoire des peuples qu’il doit régir, mais aussi
et surtout de sa culture politique dont il est censé véhiculer. Le régime
politique est le patron de l’ordre institutionnel de l’Etat, c’est
l’organisation plus ou moins logique des pouvoirs des institutions d’une
République, une définition plus ou moins claire de ce que doit être l’ordre
républicain en sa totalité et rôles attribués à chacun des organes le
formant.
C’est donc la description de l’enchevêtrement institutionnel, qui
traduit la cohésion et la distinction des institutions en même temps, c’est-
à-dire qui définit la nature de chaque institution, ses compétences et sa
connexion aux autres institutions. Ces rapports d’interdépendance
doivent être tellement forts qu’aucune des institutions ne peut vouloir
jouer le rôle qui n’est pas le sien sans causer le disfonctionnement du
système entier et en subir le châtiment de l’auto régulation.
2. De la nature du régime
Si pour Aristote le meilleur régime politique est mixte en excluant
la monarchie parce que c’est un régime barbare selon lui, sa recherche
du meilleur régime politique va se faire sur une sorte de fixation sur
l’oligarchie et la démocratie. Ayant découvert des faiblesses dans chacun
de ces deux derniers, il révèle que « l’oligarchie a le défaut de donner le
pouvoir au petit nombre des riches qui, focalisés sur l’accumulation de
richesses et non soucieux de l’intérêt général, ne possèdent pas la
compétence nécessaire pour diriger la Cité (Treffel, 2021).
Quant à la démocratie elle aurait le défaut de donner tout le
pouvoir au peuple, qui s’en sert pour prendre leurs biens aux riches, ce
qui constitue une injustice.
Notons qu’en parlant de l’oligarchie et de la démocratie, le contenu
conceptuel dans le cadre de ce travail veut que l’on vide l’ambiguïté entre
le régime politique et le système politique chose que nous ferons dans le
paragraphe suivant. Par ailleurs dans notre entendement, la démocratie
relève du système politique dont le régime politique n’est qu’une
conséquence. Et donc la systémique instaurée par le constituant du 18
février 2006 relève de la démocratie du type libérale.
Ainsi, Aristote va définir le meilleur régime politique comme une
combinaison équilibrée de la démocratie et de l’aristocratie. Sa
constitution doit tout d’abord être capable de satisfaire tous les intérêts,
53
même s’ils ne sont pas pleinement légitimes, en prenant en compte les
rapports de force et des risques d’agitation, ajoutons, l’histoire, enjeux
sociaux, politiques et économiques, qui sont déterminant dans le
comportement des acteurs qui sont l’Elite et les peuples.
La meilleure constitution enchaine Aristote, doit ensuite lutter
contre la corruption qui irrite le peuple, et met ce faisant en danger l’ordre
public. Il faut également, dans le même esprit, qu’elle favorise une
certaine égalité des fortunes. Enfin, la meilleure constitution doit garantir
la qualité des magistrats et des fonctionnaires, qui sont les garants d’une
vie sociale pacifique et régulière. Pragmatique, Aristote précise dans
« Les politiques » que la vertu du régime politique dépend aussi de la vertu
des citoyens auxquels elle s’adresse, si bien qu’une éducation au sens du
bien commun est nécessaire.
Du choix d’un régime politique
Avant d’opter pour un tel ou tel autre type de régime politique, les
motivations doivent être préalablement établies et définies. La première
question devrait être celle de savoir ce que veulent les peuples ? Un
timonier ? Un roi ? Un leader ? Ou groupe d’élites au service de la
communauté ?
Ensuite interroger le souci majeur du problème à résoudre, Est-ce
des problèmes des égos politiques des uns et des autres pour le partage
des pouvoirs et autres avantages qui en découlent au détriment du peuple
et au péril de la république ?
Si c’est sur un tel critère, c’est donc tomber dans le piège de
confection des institutions à la mesure des individus qui rendent ces
dernières vulnérables et éphémères, plutôt que de dresser les hommes à
la mesure des institutions afin que les institutions soient plus fortes que les
hommes. C’est donc les avantages que présente le régime par rapport aux
intérêts du peuple en promouvant la paix et l’harmonie au sein des
institutions politique, et la rationalité dans la gestion des affaires publiques
qui importe.
Notons que toutes ces considérations doivent être inspirées des
réalités historiques, sociologiques et le bien-être social, car aux finales, ce
qui est recherché ce n’est pas l’immunité de ceux qui vont animer ces
institutions, mais le bien-être social. Le souci est donc celui de trouver une
forme de gouvernement qui promeut la stabilité institutionnelle pour
l’accomplissement du pacte républicain, du contrat social.
54
De la distinction entre le système politique et le régime
politique
Selon Georges HERMET que cite la plateforme Droit Univers, un
système politique est « un mode de représentation conceptuelle des
interactions politiques et des institutions qui, dans un pays donné,
déterminent les décisions auxquelles se soumettent la plupart des personnes
ou entités collectives incluses dans ce pays ou ce cadre. ».
Donc, On peut dire que le système politique est un ensemble
organisé des :
Institutions politiques (appareils étatiques, agences
gouvernementales, ministères) ;
Acteurs politiques (individus, partis, syndicats, organisations non-
gouvernementales) ;
Normes et des croyances politiques (idéologies, doctrines, lois,
règles) ;
Rapports politiques (gouvernants-gouvernés, relations
internationales).
Ainsi, chaque Etat a : un régime politique, un système économique
et un système culturel.
Les décisions prises dans chaque domaine permettent de déterminer le
système.
Régime politique
Le régime politique est un ensemble coordonné d’institutions qui
sont généralement prévues par la constitution.
Le régime politique se caractérise par :
La division ou la concentration du pouvoir ;
Le rapport entre législatif et exécutif ;
Le mode de sélection des personnels politiques (les gouvernants) ;
Les modalités de la légitimation du pouvoir.
La distinction entre Régime politique et Système politique se note
aussi bien au niveau de leurs sphères d’actions qu’au niveau des
interactions avec l’environnement et même des approches
méthodologiques.
55
Au niveau des Sphères d’actions la principale différence entre
Système et Régime politique réside dans le fait que le Système est plus
large que le Régime, son étude intègre toutes les institutions
constitutionnelles comme nos constitutions.
En effet il existe des institutions qui bien que n’étant pas prévues
par la constitution occupent une place fondamentale et exercent une
influence considérable sur le fonctionnement du Régime. Par exemple, les
groupes de pression etc. (Kangasha, 2017).
Par contre, le régime politique se limite à l’encadrement formel du
jeu politique. C’est pourquoi à chaque régime correspond une
constitution. La constitution détermine la philosophie du régime, institue
les organes de l’Etat, aménage leurs rapports ainsi que les relations entre
gouvernants et gouvernés. C’est donc le régime qui permet de rendre
compte de la manière spécifique dont sont organisés les pouvoirs publics.
Par exemple : le régime présidentiel, régime parlementaire, régime
mixte.
Ainsi, un Etat peut dans son histoire avoir expérimenté plusieurs
types de régimes. Un changement de régime implique nécessairement un
changement ou tout au moins une révision en profondeur de la
constitution. Toutefois, un changement de constitution n’induit forcément
un changement de régime.
En tout état de cause, une constitution permet à partir de sa seule
lecture de préciser la nature d’un régime politique mais elle ne renseigne
pas suffisamment sur la nature du système politique en place. Distinction
au niveau des interactions avec l’environnement
Fondé sur un ordonnancement constitutionnel, le régime peut être
ouvert ou fermé à son environnement. Cette autonomie trouve son
fondement dans la constitution qui est une simple tradition institutionnelle
de l'idéologie des gouvernants. C’est ici le lieu de signaler le fait que le
constituant du 18 février n’a pas pris cette donne en compte, les acteurs
(élites et peuples) de la société congolaise ont la tradition présidentialiste,
car habituer au pouvoir fort, c’est donc le résultat d’une longue tradition
institutionnelle de plus de 38 ans comme l’atteste la lecture de la
constitution de Luluabourg et du manifeste de la Nsele.
Le système politique est en revanche ouvert sur son
environnement, son autonomie vis à vis du système social est moindre par
rapport à celle dont jouit le régime vis à vis de la société.
56
DISTINCTION AU NIVEAU DES APPROCHES
METHODOLOGIQUES
Le régime politique correspond à l'exclusivisme juridique à la
différence des systèmes politiques dont l'approche englobe les agents
sociologiques, philosophiques ou autres qui se situent au-delà du
juridisme.
Le système politique envisage les phénomènes politiques dans une
perspective dynamique (actions). En revanche, dans le régime politique,
les relations sont préétablies et forgées par les normes constitutionnelles.
Ainsi le système politique est l'objet d'étude des politistes
(politologues) tandis que le régime politique est l'objet d'étude des
juristes.
3. DE LA NATURE DU REGIME POLITIQUE INSTAURE PAR LE
CONSTITUANT CONGOLAIS DE 2006
De prime abord, signalons qu’avant de passer à la critique
méthodologique, il est important de commencer par la qualification du
régime politique instauré par la constitution du 18 février 2006.
DE LA QUALIFICATION DU REGIME POLITIQUE DU 18
FEVRIER 2006
A ce propos, les chercheurs congolais sont divisés, comme nous
l’avons susmentionné dans le deuxième chapitre, selon Jean-louis Esambo
le débat sur le régime politique a été vif dans les discussions ayant
précédé l’élaboration et l’adoption de la Constitution. Le constituant qui
était divisé entre le régime présidentiel et parlementaire, dont la pratique
a relevé des dérapages importants selon une partie de membres de la
commission. Il estime pour sa part que le constituant a finalement opté
pour le régime parlementaire rationalisé (Kangasha, 2017), évitant ainsi
de dire qu’il s’agit bien du régime semi-présidentiel.
Car Si le débat entre les membres du corps constituant portait sur
le choix entre le régime parlementaire et le régime présidentiel, la
décision médiane ne pouvait qu’être le régime semi-présidentiel comme
le dit Jacques Djoli dans son livre « droit constitutionnel tome 1 principes
structuraux (Eseng'Ekeli J. , 2021). Ou encore Evariste Boshab dont la
théorie a connu une évolution allant du régime semi-présidentiel à celui
de « prumo-ministeriel » (Mabudj-ma-bilenge, 2013).
L’exécutif est ainsi dirigé par le président de la République qui
collabore à cet effet avec le Premier ministre provenant de la majorité
parlementaire à l’assemblée nationale.
57
Les institutions de la République sont donc :
Président de la République ;
Le Parlement ;
Le Gouvernement ;
Les cours et tribunaux.
Les détails sur le fonctionnement de ces institutions sont dans le deuxième
chapitre.
De la critique méthodologique
A ce niveau, nous tournons notre loupe politologique vers l’intelligibilité
du régime semi-présidentiel et son incohérence avec la culture politique
congolaise, mieux sa tradition institutionnelle. Ce point de la critique
méthodologique peut être étaler en deux sous points :
Premièrement il est important pour nous de signaler que l’un des
objectifs recherchés par le constituant était la stabilité politique au
sein de l’Etat congolais, ors le régime politique qu’il instaure (le
constituant), est foncièrement conflictogène pour une démocratie
aussi jeune que la démocratie congolaise.
Delphine Panoussis parlant de la constitution congolaise du 18
février 2006, qualifie le régime semi-présidentiel de régime de
l’incertitude, Quoi qu’il en soit, au-delà de la controverse sur le terme
employé, il est vrai que le régime semi-présidentiel est susceptible de
générer des pratiques institutionnelles très variées. En France dit-
elle, « on n’a pas l’impression d’être face au même régime, selon que l’on
est en période de cohabitation ou de concordance des majorités. Ce régime
peut donc clairement aboutir à du présidentialisme, c’est-à-dire à une
hégémonie du Président de la République : présidentialisme « à la française
» lorsque se combinent les importants pouvoirs propres du Président – élu
au suffrage universel direct – en période de concordance avec le
phénomène majoritaire, voire, ce qui est plus gênant car la logique
démocratique n’est plus respectée, présidentialisme « à l’africaine » (comme
en Namibie par exemple) (Pollett-Panoussis, 2008).
Le constituant est donc tombé dans cette insuffisance, c’est ainsi
que nous pouvons nous demander comme Delphine Panousi que, parce
qu’il ne s’agit pas de rééquilibrer les pouvoirs au profit de l’exécutif effacé
dans les régimes précédents, Bien au contraire, le chef de l’État a toujours
dominé les autres pouvoirs depuis l’indépendance du pays en 1960. Dès
58
lors, le choix du régime semi-présidentiel pour succéder à une dictature
de l’exécutif n’est-il pas risqué ?
Au vu de la crise de l’hiver 2020, période durant laquelle l’on a
assisté à un scénario comparable au conflit Kasavubu-Lumumba lorsqu’ils
se destituèrent mutuellement, on a pu observer pendant la gestion
commune du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila et le Cap pour
le changement de Felix Tshisekedi, le Premier ministre Sylvestre Ilunga
Ilunkamba signait un communiqué pour remettre en cause une série
d’ordonnances présidentielles. Avant cela, c’était le ministre de
portefeuille qui refusait d’appliquer une autre ordonnance présidentielle.
Le constituant congolais consacre textuellement la pratique de la
concordance des majorités telle que prévue en France ; or, nous l’avons
déjà dit, rien ne la garantit. Dès lors, si le Président applique à la lettre la
Constitution en période de coalition ou de cohabitation, il conserve son
hégémonie mais, à ce moment (et plus encore naturellement dans la
seconde hypothèse), le présidentialisme se transforme en dictature.
En période de cohabitation, il est possible que le gouvernement
s’oppose à certains des actes du Président de la république comme ce fut
le cas des ordonnances nommant trois de neuf juges constitutionnels ou
encore de celles nommant les mandataires de la SNCC et la GECAMIN,
malgré l’opposition du Gouvernement, le Président de la République était
passé en force jusqu’à ce que les juges constitutionnels furent investis et
les mandataires des entreprises SNCC et GECAMINE notifiés, nonobstant
la crise politique que cela avait généré. C’est donc une preuve sur la
nature conflictogène du régime politique semi-présidentiel.
La Constitution congolaise est-elle, dès lors, mauvaise et
dangereuse ? nous y reviendrons plus tard, mais notons ensemble avec
Delphine Panoussis que Si en France, en période de cohabitation, les
pouvoirs publics se doivent « d’appliquer la Constitution, toute la
Constitution et rien que la Constitution » et qu’ils peuvent davantage
s’écarter de sa lettre en période de concordance des majorités, ce doit
être exactement l’inverse en RDC : les pouvoirs publics congolais
doivent/peuvent appliquer à la lettre la Constitution en période de
concordance mais ils sont tenus de s’en écarter en période de
cohabitation, voire même de simple coalition .
Deuxièmement il importe de souligner le manque de pris en compte
du savoir politologique congolais dont la conséquence a été la
production d’une culture constitutionnelle non seulement étrangère
aux congolais, mais aussi vide d’identité idéologique.
59
Cité par [Link], Leon de saint Moulin s’indigne sur le fait que « la
rédaction de la constitution a bénéficié de la contribution de nombreux
experts internationaux (....) mais peu d'expertise nationale semble avoir été
mobilisée pour la prise en compte des réalités nationales. Un grand nombre
d'articles sont rédigés comme s'il s'agissait d'un exercice académique dans
un pays indéterminé. Il n'est nulle fait référence à l'identité bantoue de la
majorité des habitants ni à des valeurs et à ses modèles de perception de la
vie sociale (Eseng'Ekeli J. , 2021), ajoutons de sa conception du pouvoir
politique. Et à Auguste Mampuya affirme à son tour que ce projet ignore
le peuple, il est fait sur le dos de l'Etat et les congolais.
De tout ce qui précède, il est clairement établi que le constituant
congolais a échoué son objectif de mettre fin au cycles de crises
politiques, en instaurant un régime politique lui-même porteur des
germes de crises politiques, un régime qui ne considère pas les réalités
historiques, culturelles, sociales et politiques de la société congolaise. La
société congolaise semble être nostalgique du régime présidentiel de la
deuxième république. Ne serait-il pas utile de revenir à cette
configuration institutionnelle ?
DU REGIME PRESIDENTIEL POUR LA RDC
Après une longue et rigoureuse observation soutenue par une
enquête de terrain, le constat est que le peuple congolais n’est pas
intéressé par le régime politique actuel, il est profondément
présidentialiste comme le témoigne cette étude menée sur les 120
personnes, même si ce travail reste essentiellement qualitatif. Nous avons
donc interrogé 120 personnes en trois séries, (l’objectif étant de solidifier
l’étude qualitative). Une partie dans un sondage-Twitter, l’autre sur la
plateforme [Link] et une autre en présentiel. La question était celle
de savoir : selon vous, quel est le meilleurs régime politique pour la RC ?
Graphique.1.
60
Selon vous,quel est le meilleur regime politique pour la
120 RDC?
100
80
60
40
20
0
semi-presidentiel presidentiel parlementaire Catégorie 4
-20
Colonne1 Série 2
A ceci peut s’ajouter aussi la pétition initier par le député national
Steve Mbikay, sur la réforme constitutionnelle dont l’instauration du
régime présidentiel fait partie des innovations proposées.
Il en ressort que les congolais sont très attachés au régime
présidentiel et qu’ils s’intéressent moins au Premier ministre. Tous leurs
soucis, souffrances et maux, ils les portent vers le président de la
république qu’ils ont élu et qui leur a fait des promesses. C’est pourquoi,
de notre observation, il ressort également que, lorsque quelque chose ne
marche pas, lorsqu’il y a dépréciation monétaire ou quelque chose de
semblable, celui à qui les congolais lancent leurs cris de détresse et de
mécontentement, ce n’est pas le premier ministre, mais le Président de la
république qui est leur élu. Le fait pour eux d’élire le chef de l’Etat, atteste
qu’ils lui confient toute la charge de la bonne marche de la république. Du
fait qu’il est leur élu, ils pensent que c’est de lui que tout est conduit.
De par ces observations, il nous parait inapproprié de continuer
avec la logique semi-présidentialiste. Il ne parait pas convenable que le
chef de l’Etat, lui qui est l’expression même de la volonté populaire
puisqu’issu du suffrage universel direct, dépende de la configuration du
parlement selon qu’il est acquis à sa cause ou pas, et cela, au profit du
premier ministre qui demeure l’inconnu du peuple, car ne l’ayant pas élu
et ignorant tout de lui. Au bout du quinquennat, le président de la
république est le seul à répondre devant le peuple, qui devra le
61
sanctionner. L’inconnu (Premier ministre) lui, comme un oiseau, va
s’envoler et disparaitre des radars, car n’ayant pas de contrat direct avec
le peuple, et par conséquent, n’a pas de compte à lui rendre, sauf à sa
famille politique pour laquelle il travaille.
Le pouvoir doit être rendu au président de la république, qui est
l’élu de toute la nation de manière démocratique. Des 10 ans de pouvoir
de Joseph Kabila, il est resté le seul comptable devant le peuple et
l’histoire, on ne parle ni des anciens présidents de l’assemblée nationale,
ni des anciens Premiers ministres, encore moins des anciens ministres.
Estimons que le Président de la République doit seul assumer la
responsabilité du gouvernement par la réalisation du projet présenté au
peuple lors de la campagne électorale. En l’élisant, le peuple a voté pour
son projet qu’il a jugé réalisable en rapport avec les priorités nationales.
N’est-il pas vrai que pendant la période électorale, le peuple vote
pour celui qui lui présente le programme présentant plus d’atout pour la
réalisation des objectifs nationaux ? si c’est cela, pourquoi ça ne doit pas
être la même personne qui dirigerait la politique de la nation, d’autant plus
qu’elle a reçu le quitus de toute la nation (principe majoritaire ici
considéré).
Le président doit être le seul chef à bord du gouvernement qu’il
nomme sans contrainte comme c’était le cas dans la constitution dite de
Luluabourg que [Link] qualifie de meilleur constitution (Eseng'Ekeli J. ,
2021) . Dans cette constitution, le Président nommait le Premier ministre
et les autres membres du Gouvernement au sein de la majorité, mais
pouvait aussi le révoquer à tout moment. Malgré que le premier ministre
doit provenir de la majorité à l’Assemblée nationale et doit obtenir
l’approbation de son Gouvernement auprès de cette dernière, le
Gouvernement est responsable devant le Président de la République.
Comme susmentionné dans le deuxième chapitre, Selon J. Djoli,
l'économie de la constitution du 1er aout 1964 nous permet de dire qu'elle
s'était occupée de doter le pays d'un exécutif stable. Elle prévoit un
Président de la République qui est le représentant de la nation c'est-à-dire
le Chef de l'Etat et le Chef de l'exécutif central. Le Chef de l'Etat détermine
et conduit la politique de l'Etat et fixe le cadre de l'action du
Gouvernement, veille à son application et informe le Parlement de son
évolution.
Ainsi donc le régime présidentiel, serait le mieux indiqué pour
promouvoir la stabilité institutionnelle, mais cela n’occulte pas la volonté
du changement qui tendrait à moderniser la tradition institutionnelle
congolaise.
62
SECTION 2. DE LA NON IDENTIFICATION DE LA FORME DE
L’ETAT
Dans cette section il s’agira de vérifier notre hypothèse affirmant
comment la non identification de la forme de l’Etat instaurée par le
constituant de 2006 fait partie des éléments n’ayant pas permis la
refondation de l’Etat congolais.
De la forme de l’Etat
L’Etat est une forme d’organisation politique qui a traversé les
âges et au travers desquels cette forme d’organisation a connu des
remodelages selon qu’il était conçu dans chaque société et par chaque
peuple. Le choix de la forme ne se fait pas par la beauté du son que laisse
entendre sa dénomination, mais par sa conformité aux réalités
sociologiques, politique, culturelle et économiques.
Dans son manuel destiné aux étudiants de la première année
Science Politique à l’Université de Lubumbashi, Mulumbati ngasha dit que
« l’Etat revêt des formes multiples et variables, notamment selon les
structures du pouvoir politique qui s’exerce en son sein, selon les fins qu’il
s’assigne ou qu’on lui assigne et selon que son action est soumise ou non au
droit et selon la collectivité territoriale qui lui sert de support (Andrien,
2013). Selon la structure du pouvoir politique qui s’exerce en son sein,
l’Etat revêt la forme unitaire et fédérale.
Selon J. Djoli,le débat sur la forme de l'Etat a divisé le champ
politique congolais depuis l'indépendance en deux camps qui se sont
opposes déjà lors de l'écriture de la première constitution congolaise en
1960 ; d'un côté, les unitaristes et, de l'autre, les fédéralistes (Eseng'Ekeli
J. , 2021). C’est donc un vieux débat qui a agité toutes les générations
politiques congolaises, mais la plus grande préoccupation devrait être
celle de savoir le pourquoi en 19960 à la table Ronde, Moise Tshiombe
exigeait un Katanga autonome ? est-ce parce qu’il était plus passionné de
son Katanga natal que du Congo ? pourquoi tous ces autres leaders
politiques fédéralistes ( Kasavubu de l’ABACO, Kyungu wa Kumwanza et
autres) ont fait ce choix ? Serait-ce parce qu’ils étaient convaincus que
c’était la seule forme d’Etat qui soit en mesure de booster le
développement du Congo, ou parce qu’ils n’étaient pas en mesure de se
faire une grande place dans l’opinion nationale ? à notre sens, considérons
qu’il est toujours important d’interroger l’intérêt que les acteurs politique
63
peuvent manifester pour l’une ou l’autre forme d’Etat. Par ailleurs, notons
que les deux pôles (unitariste et fédéraliste) relèvent tout de même de
l’extrémiste et ne peuvent que diviser.
De l’innovation du constituant de 2006
Le constituant du 18 février 2006 ne qualifie pas la forme de l’Etat
qu’il instaure, il entretient à cet effet un flou total, mais reconnaissons que,
ayant constaté l’extrémisme de deux pôles (unitariste et fédéraliste), le
constituant a opté pour une voie médiane dans sa manière d’organiser
l’Etat congolais, une voie de compromis que les chercheurs qualifient du
régionalisme politique. Le régionalisme politique ou constitutionnel, ou
l'Etat régionalisé. La dissertation Jacques Djoli sur ce sujet parait
importante pour être reprise ici Ce schéma qu'on qualifie d'antichambre du
fédéralisme, est un système intermédiaire, une synthèse se situant à mi-
chemin entre le fédéralisme et la forme unitaire de l'Etat. Si l'article 1 er de
la constitution [du18 février 2006] stipule que la République Démocratique
du Congo est, dans ses frontières du 30 juin 1960, un Etat de droit,
indépendant, souverain, uni et indivisible. Social, démocrate et laïc. L’article
2 précise que « la RDC est composée de 25 provinces plus la ville de
Kinshasa, dotées de la personnalité juridique ».
La constitution tente une symbiose en proclamant de manière
simultanée l'unité indissoluble de l'Etat congolais et la libre administration
ainsi que l'autonomie des provinces. L’exposé de la loi numéro 8 /012 du
31juillet 2008 portant sur les principes fondamentaux relatifs à la libre
administration dit clairement que les dispositions constitutionnelles
instituent le régionalisme constitutionnel en République Démocratique du
Congo. On peut alors définir un Etat régional comme une organisation
intermédiaire caractérisée par la reconnaissance constitutionnelle d'une
réelle autonomie politique et normative au profit des collectivités régionales,
tout en sauvegardant le caractère uni de l'Etat.
Ce modèle se rapproche avec l'Etat autonomique espagnol, l'Etat
régional Italien ou encore l'Etat de dévolution en Grande Bretagne. Ces Etats
ont approfondi le transfert des compétences de sorte qu'ils ont abouti à une
forme ultra-décentralisée de l'Etat unitaire qui, en définitive, constitue une
forme sui generis de l'Etat, proche d'un Etat composé ou Etat autonomique
(Eseng'Ekeli J. , 2021). Mwayila Tshiyembe compare quant à lui aussi le
régionalisme constitutionnel congolais à celui de l’Italie et de l’Espagne
(Tshiyembe, 2012).
64
Dans cette forme de l’Etat, on confie aux régions une large autonomie
avec une organisation politique propre et renforcée par un pouvoir législatif
défini et garanti par la constitution, qui les distingue clairement des Etats
unitaires classiques. Ces Etats sont qualifiés par certains d'Etats unitaires
puisque l'ordre juridique demeure un contrairement aux Etats fédéraux où
coexiste deux ordres : l'ordre fédéral et l'ordre des Etats fédérés. En fait,
l’Etat régionalisé n'est pas formellement diffèrent de l'Etat unitaire
décentralisé. Mais il va au-delà et se veut être la forme extrême de la
décentralisation garantie par la constitution.
Les provinces n'ont pas le pouvoir constituant : elles ne sont pas des
Etats mais des collectivités infra-étatiques. Le régionalisme concerne une
entité territoriale suffisamment vaste et une unité naturelle, historique,
géographique, économique et culturelle. Le régionalisme s'applique à
donner une solution psychologique et une résonance effective a un problème
administratif, c'est pourquoi Marcel Perlot estime que " le régionalisme est
une mystique alors que la décentralisation est une mécanique" nous
considérons l'Etat régional est comme une nouvelle d'Etat compose ou Etat
complexe.
Frank Moderne définit l’Espagnol, par la constitution du 29 novembre
1978, comme « une forme d'Etat compose qui admet la combinaison de deux
niveaux du pouvoir politique sans être pour autant un Etat fédéral » Pierre
Bon que cite J. Djoli, parle de l'Etat régional comme étant « une forme
intermédiaire entre l'Etat unitaire classique et l'Etat fédéral, qui conjugue
unicité de l'Etat et autonomie politique de ses éléments composants ».
[Link] conclut en disant que , les hésitations sur une identification et
une qualification de cette forme d'Etat résulte de deux ambiguïtés. La
première tient de l'imperfection d'une architecture en voie de stabilisation.
La seconde traduit la difficulté à qualifier une expérience « sui generis ». Il
s'agit d'une « synthèse originale qui tente une symbiose nouvelle entre l'unité
et la diversité, qui se montre rebelle a une conceptualisation fondée sur la
distinction théorique entre Etat unitaire et Etat compose ».
Il ressort de ces différents avis d’autres chercheurs que malgré
l’attachement de certains congolais au fédéralisme, le constituant de 2006
a été conciliant en mettant en place un Etat qui fédère les intérêts de tous,
ce qui remet en cause notre deuxième hypothèse qui affirme que la non
identification de la forme de l’Etat congolais par le constituant congolais
de 2006 fait partie des points ayant concouru à l’échec de la refondation
de l’Etat congolais. Bien que d’autres penseurs congolais ne tarissent pas
de réflexions sur d’autres modèles applicables à la RDC. C’est le cas de
65
François Xavier Kitenge qui propose une forme d’Etat qu’il a appelle de
l’« Entitarisme ».
De l’entitarisme
Entitarisme, cette forme d’Etat consisterait dans le fait d’octroi de
l’autonomie de gestion de certaines affaires circonscrites qui, dans un
système purement unitaire reviennent au pouvoir central ou à ses
représentants. Dans un système fédéraliste cette autonomie revienne aux
Etats fédérés, mais dans l’unitarisme elle revient à des entités de base à
savoir : village, groupement, territoire, district, quartier, commune, ville…
chacune d’elles dans les limites qui lui sont reconnues (Makengo, 2004).
Cette autonomie doit revêtir un caractère obligatoire pour chaque
entité envers la nation, dans la participation au processus du
développement. Et l’évaluation doit être annuelle pour que chaque entité,
selon ses particularités et potentialités de ses ressources puisse de
manière optimale participer au développement en mettant en valeur ses
potentialités au profit de ses membres.
Chacune des entités se voit obligée d’apporter sa pierre à
l’édification de l’économie nationale, de l’indépendance et de la
puissance nationale. Contrairement à la logique unitariste, la dynamique
de la création d’un Etat-nation n’est plus animé que par le sommet pour
influencer la base ; mais un effort du sommet et de la base qui fusionnent
leurs forces pour en maximiser les chances.
La réflexion de François Xavier Makengo semble être pertinente
du fait que, Le Congo est un résultat de plusieurs royaumes, ethnies,
tribus… qui furent mis ensemble de force par les mercenaires du roi belge
Léopold 2. Ces diverses ethnies et tribus acceptèrent de vivre ensemble
même après le départ de leur bourreau.
Ils étaient mis ensemble non pour eux, qui n’étaient pas
considérés comme nation, mais au service du roi belge puis de la nation
belge. L’Etat était donc un oppresseur et non celui qui avait la mission de
protéger et promouvoir les peuples producteurs des richesses.
Aujourd’hui, l’Etat doit être celui qui veille à la protection des
intérêts du peuple et celui qui encourage l’auto-prise en charge. En
cédant l’autonomie dans la dynamique économique et tout ce qui répond
aux besoins primaires de la population à savoir, la santé, l’éducation
primaire et l’alimentation qui doivent être assumés par ces entités sous
l’œil du ministère sectoriel. L’idée est de renforcer l’élan de participation
à la construction de notre Etat-nation, pour que les citoyens qui paient
66
leurs impôts dans les entités, ne puissent s’estimer sous corvée de ceux
qui sont dans des bureaux à Kinshasa, mais comme leur participation à la
construction de notre nation.
En bref, reconnaissons que sur le plan de la forme de l’Etat, le
constituant de 2006 a fourni beaucoup d’effort, mais cela, n’occulte pas le
champ de réflexion et de recherche de l’amélioration.
SECTION. 3. DE L’ABSENCE DU MECANISME DE
GOUVERNANCE
Cette dernière section consistera à vérifier la troisième hypothèse
que nous avons soulevée affirmant que la question du mécanisme de
gouvernance stratégique n’a pas été prise en compte par le constituant du
18 Février2006.
Du cadre de gouvernance éclairée et stratégique de l’Etat
L’Etat qui est la forme d’organisation la plus aboutie se doit être
comme nous l’avons susmentionné prévoyant, pragmatique et
programmatique, les animateurs de ses différentes structures et organes
ne pas avoir droit à l’essai-erreur.
Parler de la gouvernance stratégique et éclairée, c’est parler de la
rationalité du gouvernement dans la gestion des défis sociaux,
économiques, politiques et sécuritaires, se caractérisant par l’efficacité et
l’efficience dans la gestion des ressources disponibles et potentiellement
disponibles.
C’est aussi parler de l’Etat stratège dans sa dimension de
prévisibilité et d’anticipation s’occupe moins de l’étendue des
compétences que de l’efficacité, de la capacité, de sa force, c’est-à-dire,
la possibilité qu’ont les Etats de planifier d’exécuter leur politique, et
d’imposer les lois de façon nette et transparente, ce qu’on désigne
généralement par la capacité institutionnelle.
Sans vouloir imputer aux institutions des maux qui sont des faits
des hommes, il est quand même de notoriété publique que depuis le
début de la troisième république nombreux est des projets
gouvernementaux qui n’ont pas produit des résultats escomptés. Du projet
de 5 chantiers en passant par la révolution de la modernité jusqu’aux
projets de 100 jours du chef de l’Etat Felix Tshisekedi, les gestionnaires
gouvernementaux se sont révélés plus théoriques que pragmatiques.
La notion de gouvernance rimant avec celle de la prévision, n’était-
il pas convenable que les grands défis sociaux et économiques soient
soulignés dans le contrat social qu’est la constitution ? À l’instar de
l’éducation de base et de l’Egalite de genre qui sont prévus dans la
67
constitution. Prévoir ses défis dans la constitution c’est imposer au
gouvernant de fournir d’efforts pour leur accomplissement.
Il est criant que même la gratuité de l’éducation de base qui est
prévue dans la constitution a souffert de mise en application. C’est plus de
13 ans après la proclamation de la troisième république que cette mesure
a pu être mise en application, soit en 2019 année qui marque le début du
mandat de Felix Tshisekedi.
Ainsi, il ressort donc que ces mesures prévues, ne sont pas
accompagner par une autre qui impose leur mise en application.
De la gouvernance diplomatique et sécuritaire
De par sa position géographique et se ressources avec plus 100
millions d’habitants (bien qu’aucune source officielle des statistiques n’est
en mesure de le prouver), la RDC est un pays exposé à des grands défis
de maintenance de l’ordre publique et sécuritaires, mais depuis 2007
jusqu’à ce jour, le Gouvernement n’est toujours pas en mesure de
contrôler l’intégralité du territoire national qui enregistre plus de 129
groupes armés locaux, selon la déclaration de la député Jeannette Kabila
devant le parlement Panafricain le 10 octobre 2023.
Sans compter les groupes terroristes étrangers qui sèment la
terreur dans la partie Est du pays. Plusieurs sont des congolais qui se
demandent le pourquoi la RDC ne peut pas déclarer la guerre aux pays
voisins qui seraient les instigateurs de cette situation. Alors que l’action
gouvernementale n’a pas été en mesure d’offrir un équipement de qualité
aux forces armées.
Attitude géostratégique que doit adopter le gouvernement
congolais
Incapable d’assurer l’intégrité territoriale du pays, le
gouvernement congolais avait privilégié de recourir à la diplomatie pour
obtenir des solutions de la part de la communauté international, mais il
s’est avéré que tous ses efforts n’ont pas porté des fruits. Les défis actuels
exigent du gouvernement la mobilisation des ressources »
Diplomatiques ;
Humaines ;
Logistiques ;
Économiques etc.
Ressources diplomatiques
« Tout Etat, comme tout groupe social, afin d’assurer le succès de ses
objectifs, met en place un dispositif diplomatique, un dispositif de gestion de
ses relations extérieures, c’est-à-dire un réseau hiérarchisé en général
68
public et officiel, d’alliances et d’influences » (Emmanuel Kayembe, 2022).
Au réseau officiel de gestion d’alliances et d’influence s’ajoute les réseaux
officieux. Les ressources diplomatiques ici évoquées font allusions aux
moyens de résolution des conflits ou de la capacité d’imposer sa volonté
par d’autres voies que militaires. Ces moyens sont entre autres :
La bonne collaboration avec les médias d’influences. Les grands
groupes des médias sont devenus un grand outil d’influence dans
les relations internationales. Le cas de l’Ukraine dans le conflit qui
l’oppose à la Russie est très éloquent à cet effet. Malgré l’occupation
de plus de 30 % du territoire Ukrainien par les forces Russes, et
malgré les bonnes raisons que le Gouvernement Russe peut avoir
pour justifier ce qu’ils appellent de simple opération, le narratif que
développent les médias est de nature à faire passer le
Gouvernement Russe de belliqueux et ennemi de l’humanité. Mais
lorsque les gouvernements Américains, britannique et Français
attaquèrent le régime de Mohamad El Kadhafi, le narratif fut de dire
que c’était une intervention pour la sauvegarde de la démocratie. Et
donc, avoir une bonne collaboration avec des médias influents est
d’une grande importance dans les relations internationales. A ce
jour, la RDC ne bénéficie pas du tout d’un appuie des grands
groupes de médias comme la TV5_MONDE, FRANCE24,
BLOOMBERG, CNN etc. Alors que son adversaire direct est quant à
lui l’enfant chéri de ces groupes médiatiques ;
Bonne relation avec des grands groupes des lobbies tels que
Fleishman-Hillard, Burson-Marsteller, Tony Blair Institute… Ces
institutions sont devenues au fil de temps des acteurs des relations
internationales du fait qu’elles ont un accès facile aux décideurs des
grandes puissances du monde. D’ailleurs, la RFI dévoilait l’année
dernière que le chef d’Etat Rwandais est abonné Au cabinet de
l’ancien Premier Ministre Britannique.
Parler des ressources diplomatiques, c’est parler du dispositif
hiérarchisé des coopérations et d’influence avec ou dans les organisations
internationales publiques ou privées. À ce jour sur ce point, la RDC est en
retard par rapport à son adversaire direct que le Rwanda. Il est donc
important pour la RDC d’avoir des ressources capables de bien plaider sa
cause auprès des puissants du monde.
B. Les ressources humaines
Quel est l'effectif du personnel de guerre ? Les FARDC comptent
combien d'éléments ? Sont-ils en mesure d'assurer la protection des
69
frontières avec l'Ouganda, le Burundi, l'Angola, la Tanzanie, la Zambie et
le centre AFRIQUE au même moment que nous allons agresser le Rwanda
? Car tous ces pays nourrissent les mêmes appétits que le Rwanda sur le
Congo (Breackman C. , 2022).
C. Ressources logistiques
Répondre à la question des ressources logistiques en lutte
d’influences, c’est être en mesure de démontrer la capacité de déployer
son arsenal militaire le plus rapidement possible dans une zone, et la
capacité d’évacuer les blessés de guerre.
Répondre à cette question, c’est aussi démontrer la capacité
d’étouffer une menace à son origine avec promptitude. A ce jour la RDC
n’a pas toute ces capacités. Quelle est la capacité de la flotte aérienne et
maritime des FARDC ? En cas de rupture de stock, quelle ressource utiliser
pour se ravitailler en matériels de guerre ?
E. Ressources économiques et financière
Il est évident que le Rwanda a ses parrains occidentaux (étatiques
ou non) qui peuvent clouer le Congo sous sanctions à la première semaine
d'agression. Les sanctions provocant les grognes sociales, les autorités
seront aussitôt fragilisées à l’interne et externe, ce qui rendra le Congo
plus fragile qu'il ne l'est déjà avec son économie extravertie dont les
exportations annuelles s’élèvent à presque trois milliards de dollars
(Malangu Kabedi, 2022).
Les réserves de change ne sont que d’ordre de trois à quatre mois.
Mener une guerre d’agression contre le Rwanda impliquerait la fermeture
des frontières non seulement avec le Rwanda mais aussi celles d’avec
l’Uganda. D’où il est nécessaire de renforcer la capacité productrice de la
RDC.
En somme, le manque de prévision du mécanisme de
gouvernances des enjeux nationaux rend l’Etat congolais faible et en état
de faillite. Il s’avère nécessaire pour la RDC d’identifier ses enjeux
nationaux de tous les secteurs stratégiques, sceller un véritable pacte
national afin de mettre en place un mécanisme de gouvernance qui
pourrait s’imposer à tous les gouvernements qui pourront se succédés.
Parce que le constituant du 18 février 2006 ne l’a pas prévu, les
objectifs qu’il s’était fixer dans la constitution de stabiliser les instituions,
réunifier le territoire national, ne sont toujours pas atteint 16 ans après. Ce
qui nous permet d’affirmer encore une fois que la constitution de 2006, n’a
pas permis de refonder l’Etat congolais.
70
CONCLUSION
En somme, dans ce travail nous avons commencé par poser le
problème qui nous a permis de poser la question de recherche. Nous
sommes partis du constat selon lequel La RDC s’est engager dans la
démarche démocratique avec la promulgation de la constitution du 18
Février 2006. Mais depuis, l’on remarque que la démarche démocratique
dans ce pays n’est que du folklore ou sinon du mimétisme organisationnel
qui parfois laisse l’impression qu’il ne correspond pas aux réalités tant
sociologiques que politiques de la RDC.
Cela s’observe par l’instabilité politique permanente très souvent
fruit des violations de la constitution par ceux qui dirigent, dans le simple
but d’assouvir leur boulimie ou de s’éterniser au pouvoir. Les grognes
sociales sont souvent observées aussi lorsque les populations croupissent
dans la misère, mais que les politiciens de tout bord (opposition et
majorité) sont focalisés sur des priorités très souvent politiciennes plutôt
que de s’occuper des véritables causes des populations qu’ils prétendent
servir.
L’instabilité politique est aussi le fruit des disputes des pouvoirs,
l’organisation des organes du pouvoir politique qui impliquent souvent le
partage des responsabilités politiques, le contrôle de l’appareil judiciaire,
le contrôle du système économique et ses différentes ressources.
Dès lors que l’existence même de l’Etat est tributaire de celle d’un
pouvoir politique organisé, nous avons estime qu’il était peut-être utile de
se poser des questions sur la qualité de l’organisation politique instaurée
par le constituant du 18 fevrier 2006, qui peut avoir de l’influence sur le
développement politique et social de l’Etat congolais et promouvoir la
stabilité institutionnelle.
Notre question de départ étant celle de savoir comment la
constitution du 18 fevrier 2006 n’a pas contribuer à la refondation de l’Etat,
nous avons donné trois réponses hypothétiques pour dire premièrement
que la constitution de 2006 n’a pas permis de refonder l’Etat, parce qu’il
instaure un régime politique foncièrement conflictogène, deuxièmement ,
la constitution de 2006 aurait péché dans la conception de la forme de
l’Etat qu’il instaure, et troisièmement nous avons souligné le manque de
prévision du mécanisme de gouvernance stratégique.
Concernant la première hypothèse, nous avons prouvé que le
régime semi-présidentiel appliquer à la contingence politique congolaise
était à la base des plusieurs conflits, et qu’il est en déphasage avec la
culture politique congolaise et sa tradition institutionnelle. Pour la
71
deuxième hypothèse, nous avons découvert au moyen de notre recherche
qualitative que, le constituant avait fait le mieux qu’il pouvait en instaurant
une forme d’Etat médiane qu’il n’a pas qualifié de manière nominative,
prenant en compte les aspirations de deux parties à savoir les fédéralistes
et les unitaristes. En conséquence, notre deuxième hypothèse a donc été
infirmée. En fin, pour ce qui est de la quatrième et dernière hypothèse,
nous avons démontré au moyen des faits que, depuis l’instauration de la
troisième république, l’action gouvernementale était médiocre.
Ainsi, ce travail est constitué des trois chapitres sans compter
l’introduction et la conclusion, le premier chapitre porte sur la définition
des concepts, il s’est agi de lever l’équivoque sur le contenu conceptuel.
Le deuxième chapitre retrace l’histoire constitutionnelle dans la
construction de l’Etat congolais, notre réflexion a consisté à donner notre
appréhension sur les quatre principaux textes constitutionnels de la RDC
en nous dispensant des autres textes constitutionnels, notamment ceux
transitoires. Le troisième et dernier chapitre a consisté à vérifier nos
hypothèses, en les affirmant, ou infirmant.
72
BIBLIOGRAPHIE
I. OUVRAGES
1. Artur, B., Le pouvoir régulateur du Régime politique : étude de droit
constitutionnel institutionnel, 2016.
2. Loubet Del Bayle, J.L., Initiation aux méthodes en sciences sociales,
Paris-Montréal, Ed. L’Harmattan.
3. Breackaman C., Les nouveaux prédateurs : Politiques des puissances
en Afriques Central, Paris, Ed. Fayard.
4. Esambo Kangasha,J.L , Traité de droit constitutionnel Congolais,
Paris, Ed. L’Harmattan.
5. Djoli EsngEk’eli,J., Droit constitutionnel tome 1, principes
structuraux, Kinshasa-France, Ed. Universitaires Africaines.
6. Djoli EsngEk’eli J, Droit constitutionnel, Paris, Ed. L’Harmattan, 2013.
7. Boshab Mabileng, E. et Matadi Nenga, G. Le statut des représentants
du peuple dans les assemblées politiques délibérantes, Louvain-la-
Neuve, Ed. Bruyllant-Académia, 2010.
8. Kengo Wa Dondo L. La passion de l’Etat, Paris, Ed. L’Harmattan, 2018.
9. Makiashi ,W., Refonder l’Etat de droit en Afrique, en République
démocratique du Congo, Paris, Ed. L'Harmattan, 2018.
[Link] ,M .,Refonder L’Etat au Congo-Kinshasa : Pour stabiliser une
nation en Dérive. Paris : L’Harmattan,2016.
[Link] Ngasha A., Introduction à la science politique,
Lubumbashi, Ed. Africas, 2013.
[Link], Hamon F. et Michel, Droit constitutionnel, 35ème Editions,
Paris, Lextenso, 2014.
[Link] Kuditshini.j .(2021) . Réinvention de l’UPS, déclin du
FCC, enjeux de pouvoir et refondation de l’[Link] : L’Harmattan.
[Link] C., Boniface P. et H., Atlas des crises et des conflits 5ème
Editions, Paris, Armand Colin Fayard, 2021.
II. ARTICLES
1. Amadou T., "Une constitution sa se revise" Relativisme constitutionel
et Etat de droit au Senegal, in politique africaine, Dakar 2007.
2. BAYRAMZADEH K., « Les États faillis et le terrorisme transnational »,
in CEFIR, Quebec 2015.
3. Chevallier J., « L’Etat stratège », in Fayard, vol.15 numero 27, Paris
2007.
73
4. Khan, M. H., « L'échec de l'état dans les pays en développement et les
stratégies de réforme institutionnelle », [Link] d'économie du
développement ,vol.1 numero, Paris2003.
5. Bambi Monga, M., « La situation politique de la RDC et ses enjeux
actuels », in.’Institut Pour Le Dialogue Mondial (IGD) , serie numero 5.
Joanesbourg 2008.
6. Pollett-Panoussis D., « Constitution congolaise de 2006 : petite soeur
africaine de la constitution francaise » in Revue Francaise de droit
Constitutionel, Paris 2008.
III. MEMOIRES ET DEA
1. Bamanisa, S.j. (2022). La construction de l’Etat Congolais a
l’épreuve des repris identitaires : Défis d’une nouvelle citoyenneté
pour une nation forte. Mémoire de fin d’étude présenté et défendu,
pour l’obtention du Diplôme des Hautes études de stratégies et
défense l’Ecole de Hautes Etudes de stratégies et de Défense.
2. DJAMBEWA Djamba. D. (2017-2018). Evolution des institutions de la
République Démocratique du Congo. UCL.
3. Mwema Lubinga ,P. (2020-201). Phénomène autorité morale et
démocratie en République Démocratique du Congo . Faculte
Sciences sociales, politiques et administratives . LUBUMBASHI:
UNILU.
IV. COURS
1. Molenga Lingoto, W., Droit constitutionnel et institution
politiques. G2 Spa F. SSPA, UNILU
2. Kyembe Ngubo E., Geopolitique.L2
[Link],[Link], UNILU.
V. AUTRES DOCUEMENTS
1. Constitution du 18 Fevrier 2006.
2. Constitution du 19 Mai 1964.
3. Loi Fondamentale du Mai 1960.
4. AFRIQUE, R. D. (2003). Cahier de propositions pour la refondation
de l'Etat en Afrique.
5. Congo, P. d. (2015). Dossier technique et financier. Cooperation
Belge au developpement. Kinshasa: cooperation Belge au
developpement.( document d’etudes de planification).
74
6. Francophonie, Michael J. (2016). Dynamiques constitutionnelles dans
l’espace francophone. PARIS: ORGANISATION INTERNATIONALE
DE LA FRANCOPHONIE. ( commubication).
7. Malangu Kabedi, M., (2022). note conjoncturelle de la Banque
Centrale du Congo du fevrier 2022
8. Kayembe Ngubo.E (2022, Avril). communication methologique.
9. Mutombo Kayakez. JP.(2022). La competence penale de la cour
constitutionnelle a l’egard d’un ancien premier ministre a la lumiere
de la legislation et de la jurisprudence congolaises. La Cour
Constitutionnelle comme contribution a l'avenement de l'Etat de droit.
Communication faite lors de la confernce à l’Université de
Lubumbashi en date du 05 Avril 2022.
VI. WEBOGRAPHIE
1. 1000 Idées de culture générale: [Link]
[Link]
2. (201000 Idées de culture générale: [Link]
[Link]
75
Table des matières
EPIGRAPHE .................................................................................................................................... I
DEDICACES .................................................................................................................................. IV
AVANT-PROPOS ............................................................................................................................. V
INTRODUCTION GENERALE .................................................................................................... 1
CHOIX ET INTERET DU SUJET.................................................................................................. 1
1. ETAT DE LA QUESTION..................................................................................................... 3
2. PROBLEMATIQUE ............................................................................................................... 9
3. HYPOTHESES..................................................................................................................... 11
4. PRESENTATION DES THEORIES EXPLICATIVES DE REFERENCE ......................... 12
1) La théorie systémique ..................................................................................................... 12
2) The failed state theory ou théorie de l’Etat failli ........................................................... 13
5. METHODE .......................................................................................................................... 16
6. TECHNIQUES .................................................................................................................... 17
a. L’observation directe : ...................................................................................................... 17
b. La technique d’interview .................................................................................................. 18
c. La technique documentaire : ........................................................................................... 18
7. DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE ........................................................................ 18
9. PLAN DESCRIPTIF DU TRAVAIL ........................................................................................ 19
Chapitre 1. DEFINITION DES CONCEPTES OPERATOIRES ............................................ 19
Section 1. CONSTITUTION ...................................................................................................... 20
A. Sens matériel ...................................................................................................................... 21
B. Au sens formel.................................................................................................................... 22
C. La constitution au sens substantiel .............................................................................. 23
1.1. Naissance et la disparition d’une Constitution......................................................... 23
A. Moments marquant la naissance des Constitution ....................................................... 23
La rédaction des Constitutions ............................................................................................ 23
1) Pouvoir constituant originaire ......................................................................................... 23
2) Pouvoir constituant dérivé ................................................................................................ 24
B. Adoption d’une constitution ......................................................................................... 24
Nature de l’acte constituant ................................................................................................. 24
Procédure d’adoption ........................................................................................................... 24
B. La disparition d’une Constitution .................................................................................... 25
1. [Link] d’une constitution ......................................................................................... 25
a. l’évolution par l’interprétation ........................................................................................ 25
a. L’évolution par des acteurs ou par la pratique ............................................................. 25
76
b. L’évolution par la jurisprudence ..................................................................................... 26
b. L’évolution par la révision .............................................................................................. 27
1) L’étendue du pouvoir de révision ................................................................................. 27
2) Etendue du pouvoir constituant dérivé ....................................................................... 28
1.3. Procédure de révision ..................................................................................................... 29
1.4. FONCTIONS DE LA CONSTITUTION ............................................................................... 30
a. La fonction génétique de la constitution ...................................................................... 30
b. La fonction organique de la constitution...................................................................... 31
c. La fonction axiologique de la constitution ................................................................... 31
SECTION 2. REFONDATION DE L’ETAT .............................................................................. 31
2.1. Refonder .............................................................................................................................. 31
2.2. Etat........................................................................................................................................ 32
2.3. DE L’ETAT-GENDARME A L’ETAT STRATEGE............................................................ 33
a) Etat gendarme.................................................................................................................... 33
b) Etat providence .................................................................................................................. 33
c) Etat de droit ........................................................................................................................ 34
d) Etat stratège....................................................................................................................... 34
2.4. REFONDATION DE L’ETAT ............................................................................................... 35
a. La révision du régime politique .................................................................................... 35
b. La conception d’un cadre de gouvernance éclairée et stratégique de l’Etat ...... 36
Sécurité intérieur et diplomatie .......................................................................................... 36
Gestion des ressources et gouvernance des infrastructures .......................................... 36
Révision du régime partisan ................................................................................................ 37
CHAPITRE 2. L’HISTOIRE CONSTITUTIONELLE DE L’ETAT CONGOLAIS ................... 37
s SECTION 1. LA LOI FONDAMENTALE............................................................................... 38
1.1. De la forme de l'État .......................................................................................................... 39
1.2. LE REGIME POLITIQUE ...................................................................................................... 39
a. POUVOIR EXECUTIF.......................................................................................................... 39
1) DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ................................................................................ 39
a) MODE DE DESIGNATION ................................................................................................. 39
b) Du statut du président de la République ....................................................................... 39
c) Des pouvoirs du président de la République ............................................................. 39
2) Du Gouvernement ............................................................................................................. 40
3) DU POUVOIR LEGISLATIF : LE BICAMERALISME EGALITAIRE ................................... 40
a. Le statut du parlementaire ............................................................................................... 41
a) Les incompatibilités .......................................................................................................... 41
77
b) Les immunités parlementaires. ....................................................................................... 41
SECTION.2. CONSTITUTION DITE DE LULUABOURG ...................................................... 42
A. De la forme de l’Etat ......................................................................................................... 42
B. Du régime politique ..................................................................................................... 43
A. Le Président de la République ; ...................................................................................... 43
1) Statut du Président de la République ........................................................................... 43
2) Pouvoirs du Président de la République ..................................................................... 44
B. Le Gouvernement ......................................................................................................... 45
C. Le Parlement composé de deux chambre ................................................................. 45
SECTION 3. CONSTITUTION DU 24 Juin 1967 .................................................................... 45
SECTION 4. CONSTITUTION DU 18 FEVRIER 2006 ........................................................... 47
DU REGIME POLITIQUE ............................................................................................................ 48
A. Président de la République ........................................................................................ 49
B. Le parlement ................................................................................................................. 50
C. Le Gouvernement ......................................................................................................... 50
CHAPITRE 3. LA CONSTITUTION DE 2006 ET LA PROBLEMATIQUE DE LA
REFONDATION DE L’ETAT CONGOLAIS ............................................................................ 51
SECTION 1. NATURE DU REGIME POLITIQUE ................................................................... 51
1. De la critique méthodologique ...................................................................................... 51
2. De la nature du régime ................................................................................................... 52
Du choix d’un régime politique......................................................................................... 53
De la distinction entre le système politique et le régime politique ........................... 54
Régime politique .................................................................................................................. 54
DISTINCTION AU NIVEAU DES APPROCHES METHODOLOGIQUES............................. 56
3. DE LA NATURE DU REGIME POLITIQUE INSTAURE PAR LE CONSTITUANT
CONGOLAIS DE 2006 ............................................................................................................... 56
DE LA QUALIFICATION DU REGIME POLITIQUE DU 18 FEVRIER 2006 ......................... 56
De la critique méthodologique.............................................................................................. 57
DU REGIME PRESIDENTIEL POUR LA RDC ......................................................................... 59
SECTION 2. DE LA NON IDENTIFICATION DE LA FORME DE L’ETAT.......................... 62
De la forme de l’Etat ............................................................................................................ 62
De l’innovation du constituant de 2006 .............................................................................. 63
De l’entitarisme..................................................................................................................... 65
SECTION. 3. DE L’ABSENCE DU MECANISME DE GOUVERNANCE ............................ 66
De la gouvernance diplomatique et sécuritaire ............................................................... 67
Attitude géostratégique que doit adopter le gouvernement congolais.................... 67
78
B. Les ressources humaines .............................................................................................. 68
C. Ressources logistiques.................................................................................................. 69
E. Ressources économiques et financière ................................................................... 69
CONCLUSION GENERALE...................................................................................................... 69
Bibliographie............................................................................................................................. 72