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Vivre en cabane : retour à la nature

Le document décrit les avantages de vivre dans une cabane forestière, loin de la ville surpeuplée et bruyante. Il explique que vivre simplement dans la nature permet de se rapprocher de l'essentiel et de vivre en harmonie avec la planète, sans laisser de traces. La cabane représente un mode de vie simplifié où les gestes du quotidien comme lire, cuisiner ou écrire deviennent des rituels apaisants.

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Le document décrit les avantages de vivre dans une cabane forestière, loin de la ville surpeuplée et bruyante. Il explique que vivre simplement dans la nature permet de se rapprocher de l'essentiel et de vivre en harmonie avec la planète, sans laisser de traces. La cabane représente un mode de vie simplifié où les gestes du quotidien comme lire, cuisiner ou écrire deviennent des rituels apaisants.

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Je me fis alors le serment de vivre plusieurs mois en cabane, seul, avant mes quarante ans.

Le froid, le
silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l'or. Sur une Terre surpeuplée,
surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l'eldorado. [...]
Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que dépérir en ville. Dans le sixième volume de
L'Homme et la Terre, le géographe Elisée Reclus - maître anarchiste et styliste désuet — déroule une superbe
idée. L'avenir de l'humanité résiderait dans « l'union' plénière du civilisé avec le sauvage ». Il ne serait pas
necessaire de choisir entre notre faim de progrès technique et notre soit d espaces vierges. La vie dans les bois
offre un terrain rêvé pour cette réconciliation entre
'archaïque et le futuriste. Sous les futaies, se déploie une existence éternelle, au plus pres de l'humus. On y
renoue avec la vérité des clairs de lune, on se soumet à la doctrine des forêts sans renoncer aux bienfaits de la
modernité. Ma cabane abrite les noces du progrès et de l'antique. Avant de partir, j'ai ponctionné dans le grand
magasin de la civilisation quelques produits indispensables au bonheur, livres, cigares, vodka : j'en jouirai dans la
rudesse des bois. J'ai tellement adhéré à l'intuition de Reclus que j'ai équipé ma cabane de panneaux solaires. Ils
alimentent un petit ordinateur. Le silicium de mes puces électroniques se nourrit de photons. J'écoute Schubert
en regardant la neige, je lis Marc Aurèle après la corvée de bois, je fume un havane pour fêter la pêche du soir.
Elisée serait content. [...]
La vie dans les bois permet de régler sa dette. Nous respirons, mangeons des fruits, cueillons des fleurs,
nous baignons dans l'eau de la rivière. Et puis un jour nous mourons sans payer l'addition à la planète.
L'existence est une grivélerie 1. L'idéal serait de traverser la vie tel le troll scandinave qui court la lande sans
laisser de traces sur les bruyères. Il faudrait ériger le conseil de Baden Powell en principe : « Lorsqu'on quitte un
lieu de bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien.
Deuxièmement : ses remerciements. » L'essentiel ? Ne pas peser trop à la surface du globe. Enfermé dans son
cube de rondins, l'ermite ne souille pas la Terre. Au seuil de son isba, il regarde les saisons danser la gigue de
l'eternel retour. Privé de machine, il entretient son corps. Coupé de toute communication, il déchiffre la langue
des arbres.
Libéré de la télévision, il découvre qu'une fenêtre est plus transparente qu'un écran.
Sa cabane égaie la rive et pourvoit au confort. Un jour, on est las de parler de « décroissance » et d'amour de la
nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les
discours le rideau des forêts.
La cabane, royaume de simplification. Sous le couvert des pins, la vie se réduit à des gestes vitaux. Le
temps arraché aux corvées quotidiennes est occupé au repos, à la contemplation et aux menues jouissances.
L'éventail de choses à accomplir est réduit. Lire, tirer de l'eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent
des liturgies4. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville
disperse.

Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie, 2011.

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