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Fraternité Saint-Pie X : Tribunaux Secrets

Ce document présente deux parties. La première partie publie des documents internes de la Fraternité Saint Pie X concernant la création en 1991 d'une Commission canonique investie de vastes pouvoirs juridictionnels pour suppléer à l'autorité du Pape. La seconde partie consiste en une étude critique de ces documents et accuse gravement la Fraternité, tout en invitant à un réexamen sincère.

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Benoît Dezitter
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Fraternité Saint-Pie X : Tribunaux Secrets

Ce document présente deux parties. La première partie publie des documents internes de la Fraternité Saint Pie X concernant la création en 1991 d'une Commission canonique investie de vastes pouvoirs juridictionnels pour suppléer à l'autorité du Pape. La seconde partie consiste en une étude critique de ces documents et accuse gravement la Fraternité, tout en invitant à un réexamen sincère.

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Tassa Riscossa - Taxe Perçue.

TORINO CPM
Anno XVI n. 3 - Dicembre 2000 - Sped. a. p. - art. 2 - comma 20/c, Legge 662/96 - Filiale di Torino - Organo ufficiale del Centro Librario Sodalitium - Loc. Carbignano,
36. 10020 VERRUA SAVOIA (TO) Tel. +39.0161.839.335 - Fax +39.0161.839.334 - IN CASO DI MANCATA CONSEGNA SI PREGA DI RINVIARE AL MITTENTE CHE SI IMPEGNA
A PAGARE LA RELATIVA TARIFFA PRESSO CMP Torino Nord

N° 5 1

Rote romaine”
Monseigneur Tissier de Mallerais
remplacent les sentences de la
“Il est vrai que nos sentences

N
U
M
E
R
O

SION CANONIQUE” DE LA
SP

FRATERNITE SAINT PIE X


Edition française - Décembre 2000

DOSSIER SUR LA “COMMIS-


C
IA
L
2

“Sodalitium” Périodique Direttore responsabile: don Francesco Ricossa Autorisation


n° 51, Anno XVI - n. 3 Dicembre 2000 Autorizzazione Tribunale di Ivrea n. 116 du 24-2-1984
SPEDITO: GENNAIO 2001
Tipografia: Ages - Torino
Editore: Centro Librario Sodalitium

Loc. Carbignano, 36. 10020 VERRUA SAVOIA TO Italie


Tel.: +39.0161.839.335 Fax: +39.0161.839.334 Sur la couverture: Mgr Tissier de Mallerais, président de la
INTERNET: www.plion.it/sodali Commission Canonique de la F.S.S.P.X. Le sceau de la
email: [email protected] Sainte Rote Romaine.

Editorial
D
ans le dernier numéro de Sodalitium, nous avions annoncé aux lec-
teurs la publication d’un volumineux dossier sur les Tribunaux cano-
niques de la Fraternité Saint Pie X, dossier dont la préparation était
en cours. C’est promesse tenue: le présent dossier se compose de deux par-
ties. Dans la première sont publiés certains documents internes de la
Fraternité Saint Pie X (documents qui ne sont donc pas à la disposition du
public, pas même à celle des fidèles de la Fraternité); ils concernent la créa-
tion, dès 1991, d’une Commission canonique investie de vastes pouvoirs de
juridiction, la Commission canonique St Charles Borromée. Pour suppléer à
l’autorité du Pape et du Saint-Siège, la Fraternité a institué - comme vous
allez le lire - de véritables tribunaux ecclésiastiques autorisés - par les autori-
tés mêmes de la Fraternité - à concéder des dispenses, à annuler des mariages
etc... La publication de ces documents sera peut-être considérée comme une
indiscrétion inacceptable; nous nous y sommes cependant sentis autorisés
parce que d’une part les fidèles ont le droit de connaître l’existence de ces tri-
bunaux auxquels ils doivent recourir et qui peuvent les juger, et que d’autre
part ils seront ainsi en mesure d’en évaluer les raisons en toute objectivité.
C’est donc aux autorités mêmes de la Fraternité que nous allons donner la
parole, en publiant par exemple ce que Mgr Tissier de Mallerais a écrit pour
défendre et justifier l’existence de ces tribunaux.
La seconde partie de ce dossier consiste en l’étude critique de ces docu-
ments. Certains lecteurs proches de la Fraternité Saint Pie X nous ont légiti-
mement manifesté leur déplaisir devant le ton considéré comme railleur ou
agressif de notre dernier éditorial vis-à-vis de la Fraternité et de ses tribu-
naux. Nous nous en excusons, et invitons nos contradicteurs à lire avec atten-
tion et sans préjugé ce qui suit. Tout éclaircissement, toute critique de la cri-
tique, toute objection seront considérés par nous avec le plus grand sérieux.
Cette partie critique comporte, il est vrai, de graves accusations concernant la
Fraternité Saint Pie X, mais toujours prononcées, du moins nous semble-t-il,
dans les limites de la correction, et preuves irréfutables à l’appui. Dans la
conclusion nous nous adressons avec sincérité aux supérieurs ainsi qu’aux
3

simples membres de la Fraternité Saint Pie X, pour les inviter à ouvrir une
discussion (interne seulement ou même ouverte aux autres) sur ce (ou
d’autres) point de doctrine de leur congrégation posant - à notre avis - de sé-
rieuses difficultés. De ce réexamen sincère la Fraternité sortira renforcée, si
elle a le courage de laisser de côté une institution comme la Commission
canonique.
Ce numéro, entièrement consacré à cette thématique interne du monde
“traditionaliste”, ne comporte pas les articles habituels. Il est donc possible
qu’il intéresse moins une partie de nos lecteurs, et nous nous en excusons : un
nouveau numéro de Sodalitium comportant les rubriques habituelles est déjà
en préparation.
Nous souhaitons que ce dossier ne soit pas vu comme une provocation ou
comme une polémique stérile, mais comme une contribution à la vérité et à
l’union de tous les catholiques qui s’opposent à l’hérésie moderniste.

✍ Sommaire

Editorial p. 2
Introduction p. 4
PREMIERE PARTIE: DOCUMENTS INTERNES DE LA FRATERNITE SAINT PIE X p. 4
I. “ORDONNANCES” concernant les pouvoirs et facultés dont disposent
les membres de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X p. 5
II. Extrait de “Cor unum”, bulletin interne de la Fraternité
Sacerdotale Saint Pie X, n° 61, octobre 1998 p. 12
Lettre de S.Exc. Mgr Lefebvre du 15 janvier 1991 sur la constitution de commissions
canoniques p. 12
Légitimité et statut de nos tribunaux matrimoniaux (Mgr Tissier de Mallerais) p. 14
III. Formules de dispenses (abbé Pivert) p. 20
SECONDE PARTIE: COMMENTAIRE DE SODALITIUM p. 24
Notes p. 45
APPENDICE p. 51
Editorial de “Roma felix” (abbé Simoulin) p. 52
Réponse à l’éditorial de l’abbé Simoulin p. 52

Note de la rédaction:
Pour une meilleure compréhension, les textes de la
Fraternité Saint Pie X ont été imprimés en caractères
Helvetica.
Les textes et commentaires de Sodalitium ont été im-
primés avec le caractère habituel Times.

Saint Charles Borromée. Ce saint peut-il protéger la


commission qui porte son nom?
4

Doctrine

DOSSIER SUR LA “COMMISSION CANO-


NIQUE DE LA FRATERNITE SAINT PIE X”
Introduction PREMIERE PARTIE:
DEUX DOCUMENTS
V oilà déjà un certain temps que nous rece-
vons un petit bulletin péruvien intitulé
Resistencia catolica et dirigé par un fidèle de la
INTERNES DE LA FRA-
TERNITÉ SAINT PIE X
Fraternité Saint Pie X, M. Julio Vargas Prada.

L
C’est avec stupeur (1) que nous y avons lu e premier document en question est un
(n. 187, nov.-déc. 1999) une dénonciation de petit volume de 79 pages intitulé
la création, par la Fraternité Saint-Pie X, de “Ordonnances concernant les pouvoirs
véritables tribunaux canoniques. Le péru- et facultés dont jouissent les membres de la
vien Vargas Prada, et le brésilien Orlando Fraternité Sacerdotale Saint Pie X”, promul-
Fedeli, qui, pourtant à l’époque, avaient sou- gué en 1997 par le Supérieur général de la
tenu Mgr Lefebvre dans la décision de Fraternité, Mgr Bernard Fellay, pour rempla-
consacrer des évêques, voient maintenant cer un recueil analogue d’“Ordonnances” pu-
dans ces tribunaux, dont ils ont connu l’exis- blié sous l’autorité de Mgr Lefebvre en 1980.
tence grâce à une allusion qu’y a fait la Les “Ordonnances” se composent de “préli-
revue argentine de la Fraternité Jesus minaires”, suivis de huit chapitres: du jeûne et
Christus (n. 43, janvier-février 1996, p. 17), de l’abstinence (chap. I), des obligations des
un danger concret de schisme. clercs (chap. II), de quelques obligations par-
Il était nécessaire de contrôler la véracité ticulières (chap. III), délégations de pouvoirs
du fait. Nous sommes finalement entrés en et indulgences (chap. IV), empêchements de
possession de deux documents d’une gravité mariage (chap. V et VI), des délits et des
exceptionnelle: les Ordonnances concernant peines (chap. VII). Dans ce dossier nous pu-
les pouvoirs et facultés dont jouissent les blions seulement ce qui regarde strictement
membres de la Fraternité Sacerdotale Saint- notre sujet, c’est-à-dire les préliminaires (qui
Pie X, de 1997, et certains documents de la donnent les principes généraux suivis par la
Fraternité prétendant justifier ces nouveau- Fraternité), les chapitres V et VI concernant
tés publiés dans Cor unum, n. 61, octobre les empêchements au mariage, ainsi qu’un
1998, pp. 33-46. Cor unum est le bulletin in- bref extrait du chapitre VII. Les interventions
terne de la Fraternité Saint Pie X, il est ré- rédactionnelles sont insérées dans les paren-
servé uniquement à ses membres, et la pu- thèses carrées: brefs commentaires, omissions
blication de ces documents s’est faite sans d’une partie du texte signalées par des points
aucune autorisation de la part de la revue. de suspension, ou encore la page des
Mais il nous semble de notre devoir de pro- “Ordonnances” d’où le texte est extrait. Pour
céder à cette publication. Selon les textes en l’intelligence du texte, nous rappelons au lec-
question, les fidèles de la Fraternité Saint teur que l’Eglise énumère une série d’obs-
Pie X, les religieux et les prêtres amis de tacles (dits “empêchements”) qui peuvent
cette société, et même potentiellement tous rendre le mariage illicite (“empêchements
les catholiques, sont des “sujets” de ces tri- prohibants”) ou invalide (“empêchements di-
bunaux, qui leur sont inconnus, et de leurs rimants”). Là où l’empêchement n’est pas de
juges. Ces sujets qui s’ignorent ont le droit droit divin positif ou naturel, l’Eglise (c’est-à-
de connaître l’existence d’un tribunal de ce dire le Pape, par l’intermédiaire des
genre, de ses juges, de ses justifications doc- Congrégations romaines) a le pouvoir de dis-
trinales: un tribunal mi-secret est, à notre penser desdits empêchements. Dans les
avis, incompatible avec la morale catholique, “Ordonnances” la Fraternité précise pour ses
sans parler de la morale naturelle. membres quels sont les empêchements à
5

considérer comme en vigueur (ceux de l’an- nisme et de personnalisme, pèche grave-


cien ou du nouveau code) et attribue aux au- ment contre la finalité même de la loi. Aussi
torités de la Fraternité le pouvoir de dispenser suivons-nous en principe le code de 1917
appartenant en propre au Saint-Siège. L’im- (avec les modifications introduites posté-
portance de la question convaincra le lecteur rieurement).
de poursuivre une lecture rendue parfois diffi- Cependant, dans la pratique et sur des
cile par l’utilisation de termes canoniques et points précis, nous pouvons accepter du
théologiques pouvant sembler rebutants à qui nouveau code ce qui correspond à un dé-
n’est pas expert en matière ecclésiastique. veloppement homogène, à une meilleure
adaptation aux circonstances, à une sim-
plification utile; nous acceptons aussi en
I. PREMIER DOCUMENT: général ce que nous ne pouvons refuser
sans nous mettre en porte-à-faux avec la
ORDONNANCES concernant les pouvoirs législation reçue officiellement, lorsque la
et facultés dont disposent les membres de la validité des actes est en jeu. Et dans ce
FRATERNITE SACERDOTALE dernier cas, nous renforçons notre discipli-
SAINT-PIE X ne pour la rapprocher de celle du code de
1917 (cf. Cor unum, n. 41, pp. 11-13).
[p. 3]
Chers confrères, [p. 5]
Mgr Lefebvre, considérant les nécessi- Juridiction de suppléance
tés de notre apostolat, si semblables à - Le droit prévoit certains cas où l’Eglise
celles des missions d’Afrique, nous donna, supplée au défaut de juridiction du prêtre:
en 1980, un recueil de facultés telles “la raison pour laquelle l’Eglise supplée la
qu’elles étaient en usage depuis plusieurs juridiction n’est pas un bien privé, mais le
décennies en pays de mission. ‘bonum animarum commune’” (Cappello, I,
Depuis 15 ans, certaines circonstances n. 252). L’Eglise supplée expressément à la
ont changé, comme la possibilité d’avoir juridiction dans trois cas: le péril de mort
une visite épiscopale plus fréquente, ou, au (can. 882), l’erreur commune (can. 209) et
contraire, la quasi impossibilité de recourir le doute positif et probable de droit ou de
à Rome pour obtenir dispense ou jugement fait (can. 209) (cf. Noldin, III, n. 346-347;
équitable sur les mariages. Cela justifie Cappello, I, n. 254-258).
cette édition réajustée des Ordonnances.
(...) Le frontispice des “Ordonnances” de 1980
Ces nouvelles ordonnances entrent en
vigueur le 18 mai 1997, en la fête de la
Pentecôte.
(...)
En la fête de la Présentation de Jésus
au Temple, le 2 février 1997.
† Bernard Fellay, Supérieur général

[p. 4]

PRELIMINAIRES
Objet de la loi
- Le but et l’objet des lois ecclésias-
tiques, et par le fait même des pouvoirs et
des facultés, n’est autre que ce qui concer-
ne le culte de Dieu et le salut des âmes (cf.
Léon XIII, encyclique Immortale Dei, cf.
Prümmer, T. I, n. 181).
- Le nouveau code de droit canon, pro-
mulgué le 25 janvier 1983, imbu d’œcumé-
6

- Du fait que la hiérarchie (cf. can. 108 § 3)


s’éloigne en grande partie de la foi catholique,
les fidèles ne peuvent généralement recevoir
d’elle les secours spirituels sans péril dans la
foi; on ne peut douter qu’alors, l’Eglise n’éten-
de largement en leur faveur ce qu’elle accorde
dans le péril de mort et en d’autres cas d’ur-
gence, et qu’ainsi, en raison de l’analogia iuris
(can. 20) et de l’æquitas canonica, elle ne sup-
plée au défaut de juridiction des prêtres fidèles
(cf. can. 209, 2261...) alors que ceux-ci sont Mgr Fellay (à gauche), actuel supérieur de la F.S.S.P.X.
injustement dépourvus de la juridiction qu’ils avec Mgr Lefebvre et l’abbé Laroche, l’un des membres
de la commission canonique
auraient en temps normal soit par le droit (p.
ex. n. can. 967 § 2), soit par délégation. rieur général et ses Assistants, bien qu’ils
[p. 6] n’aient en principe de juridiction que sur
- Caractéristiques de cette juridiction leurs sujets (prêtres, séminaristes, frères,
suppléée oblats, familiers), sont équiparés à des
Elle est: 1° davantage de type personnel Ordinaires militaires, par rapport aux fidèles
que territorial; 2° elle n’est pas habituelle dont leurs prêtres ont la charge d’âme [sic].
mais s’exerce ‘per modum actus’ (cf. * Les évêques de la Fraternité, dépour-
Cappello, I, n. 252); 3° elle dépend du besoin vus de toute juridiction territoriale, ont
des fidèles, vue la situation de nécessité (cf. néanmoins la juridiction supplétoire néces-
Conférence aux Cercles de la Tradition, saire pour exercer les pouvoirs attachés à
Paris, 10 mars 1991), mais 4° elle existe l’ordre épiscopal et certains actes de la ju-
même dans le cas où, de fait, il n’y a pas né- ridiction épiscopale ordinaire.
cessité; en effet il y a une présomption de [p. 8]
péril commun et donc une analogie avec le Commission canonique - évêque chargé
can. 21, permise pas le can. 20, et comme il des religieux
y aura en général doute probable de foi, il y Ces deux instances ont été créées en
aura suppléance selon le can. 209. 1991 pour continuer après sa mort l’office
- Ceux qui possèdent la juridiction de que Mgr Lefebvre a rempli de manière sup-
suppléance plétoire, en ces matières de 1970 à 1991.
Ce sont tous les évêques et tous les C’est Monseigneur qui a prévu et précisé le
prêtres fidèles à la tradition (même excom- rôle de ces instances, par sa lettre du 15
muniés, cf. can. 2261, ceci dit comme ar- janvier 1991 au supérieur général:
gument ‘ad hominem’), pour l’exercice lici- [nous omettons ici le texte de cette lettre,
te ou valide des actes du ministère épisco- pour le reporter dans le document suivant].
pal ou sacerdotal. [p. 9]
- Hiérarchie dans la juridiction suppléée Pouvoirs et facultés délégués
En soi, à l’égard des fidèles, les simples - Délégations accordées antérieurement
prêtres n’ont pas moins de pouvoir [sic] de par le Saint-Siège.
suppléance qu’un prieur ou qu’un supé- Depuis longtemps, et dernièrement en
rieur de district. Mais par disposition pra- 1950 et en 1960, la S.C. de la Propagande
tique, afin de conserver le sens hiérar- a concédé aux ordinaires des lieux des
chique qui appartient à l’esprit de l’Eglise, pays de missions de larges facultés appe-
et de remettre les cas plus graves à une lées “facultés décennales”, en particulier la
instance plus élevée, certains pouvoirs faculté de déléguer plusieurs de leurs pou-
sont réservés à l’autorité supérieure, selon voirs aux prêtres de leur territoire.
une analogie avec la hiérarchie normale, Mgr Lefebvre, alors archevêque de
d’après les règles suivantes: Dakar, en promut l’application en 1961 par
* Les prieurs et prêtres responsables de un petit livret portant déjà le titre d’“Or-
chapelles sont équiparés à des curés per- donnances, etc.”. Le texte des facultés dé-
sonnels, tels les aumôniers militaires. cennales de 1950 et leur application se
* Les supérieurs de districts, séminaires trouvent dans l’ouvrage Vingt-cinq ans de
et maisons autonomes ainsi que le supé- pastorale missionnaire, du Père Gréco
7

(1958), préfacé par Monseigneur et spécia- ou moins au droit naturel ou au droit divin
lement recommandé par lui. surnaturel.
Le 30 novembre 1963, par sa lettre II - Quant aux autre normes, pour tout ce
apostolique Pastorale munus, le Pape Paul qui engage la validité du mariage, nous sui-
VI, a concédé des facultés quelque peu vons le nouveau code, pour ne pas avoir à
analogues à tous les évêques résidentiels. déclarer nul un mariage reconnu valide par
[p. 10] le nouveau code, et inversement. Mais pour
- Mgr Lefebvre, comme évêque et comme ce qui regarde la licéité, nous adoptons une
supérieur général de la Fraternité Sacerdotale discipline propre; nous renforçons les exi-
Saint-Pie X, bien que n’étant plus Ordinaire du gences du nouveau code en les ramenant à
lieu comme il l’était à Dakar, estima disposer celles de l’ancien, dans le but d’assurer le
d’une suppléance lui permettant, en faveur mieux possible les trois biens du mariage.
des fidèles, de concéder à ses prêtres des fa- III - Grosso modo, la commission cano-
cultés analogues. Il les promulgua par ses nique est compétente pour la plupart de ce
Ordonnances à l’usage de la Fraternité, le 1er que le droit réserve au Saint-Siège, et les
mai 1980, en suivant la formula facultatum supérieurs de district pour ce qui est du
decennalium de 1960. ressort de l’Ordinaire du lieu.
- La présente édition des ordonnances
reprend le texte antérieur mais avec des II - LISTE DES EMPECHEMENTS, POU-
subdivisions plus développées et en tenant VOIRS DE DISPENSE, COMPETENCES
compte de l’existence des évêques auxi- RESPECTIVES, EN DETAIL. [p. 35]
liaires de la Fraternité.
- On a rajouté en outre les pouvoirs et 1. Aetas [p. 35] [Il s’agit de l’âge au-
facultés qui regardent les actes de mariage dessous duquel il est interdit de se marier].
(cf. Cor Unum, n. 42, pp. 44-56), la dispen- - Ad validitatem (can. 1067 § 1, n. can.
se des vœux et l’absolution des censures, 1083 § 1): 16/14 ans, dispense très rare:
avec les précisions utiles concernant le cas commission canonique. Ad liceitatem (n.
de péril de mort et le cas urgent. can. 1083 § 2): nous suivons l’âge mini-
- Les facultés concédées aux prêtres, le mum fixé par les conférences épiscopales
sont non seulement aux prêtres membres ou, à défaut, 18/18 ans. Dispense: com-
de la Fraternité, mais encore à tous les mission canonique.
prêtres qui résident d’une manière prolon- - Can. 1034 (n. can. 1071, 6°): ne pas
gée dans nos maisons. [...] assister au mariage des mineurs n’ayant
pas la permission de leurs parents, sans
CHAPITRE IV - DELEGATIONS DE POU- permission de l’Ordinaire: permission du
VOIRS ET INDULGENCES supérieur de district. Par “mineurs” nous
entendons dans ce cas les moins de 21
[pp. 23-33. Afin d’être plus brefs nous ans et non pas 18 (majorité fixée par le
omettons ce chapitre de même que les trois pré- nouveau code). Mais cela ne signifie pas
cédents. Signalons cependant qu’entre autres que nous rejetions dans d’autres cas la
“facultés” concédées par les Ordonnances aux majorité [fixée] à 18
prêtres de la Fraternité se trouve encore celle de Age:
conférer le sacrement de Confirmation (I, 3, p. Commission canonique (dispense -
23; I, 4 et 5, p. 24; III, 36, p. 31), ce qui est parti- moins de 18/18 ans)
culièrement grave, car, comme l’a démontré Supérieur de district (permission -
l’abbé Hervé Belmont, dans ces circonstances moins de 21 ans, lorsque permission
le sacrement est administré invalidement (2)] des parents manque)

CHAPITRE V - EMPECHEMENTS DE [p. 36]


MARIAGE. Pouvoirs de dispense dans 2. Impotentia (dirimant) [en cas d’im-
les cas ordinaires [pp. 34-60] puissance il n’est pas possible de dispenser.
Nous omettons ce qu’écrivent les “Ordon-
I - Principes [p. 34] nances” à ce propos]
I - Nous ne pouvons accepter du nou- 3. Ligamen (dirimant) [c’est le cas
veau code les normes qui s’opposent plus d’une personne déjà mariée]
8

Can. 1069 (n. can. 1085). - MARIAGE NON CANONIQUE DES APOSTATS
- Dans les cas de MARIAGES ÉVIDEMMENT Jusqu’à examen plus approfondi, nous
INVALIDES (par exemple le mariage purement suivons la norme du nouveau code qui
civil de deux catholiques) et de mariage considère valide le mariage non canonique
évidemment valides, il n’y a pas à recourir (civil par exemple) des catholiques “qui ont
à la commission canonique, mais il faut le quitté l’Eglise catholique par un acte for-
nihil obstat du supérieur de district. [...] mel”: Ils ne sont pas tenus à la forme cano-
[p. 37] nique du mariage (n. can. 1117). [Noter que
- Tous les cas de premier mariage dou- les mariages en question seraient par contre
teusement valide, ou de déclaration de nul- invalides si l’on suivait le code de 1917, qui
lité de mariage, y compris les mariages dé- pour la Fraternité est encore - en principe - la
clarés nuls par les tribunaux officiels, sont loi à laquelle il faut se référer. Comment les
du ressort de la commission canonique. fidèles pourront-ils ne pas avoir de doutes sur
On observera la procédure suivante: on la validité de leur union?]
s’adressera au supérieur de district, qui [39]
rassemblera le maximum de pièces et qui Lien:
pourra trancher en faveur de la validité du Simple prêtre (cas évidents)
mariage précédent [avec appel possible Commission canonique (premier ma-
auprès de la commission canonique]; s’il riage douteux, ou déclaré nul. A travers
estime sérieuses les raisons en faveur de la [sic] le supérieur de district).
nullité du mariage, il transmettra le dossier
pour jugement à la commission canonique,
à moins qu’il ne dispose d’un tribunal de Privilège Paulin
district pour la première instance. Supérieur de district (interpellation du
- PRIVILEGE PAULIN conjoint non catholique).
Can. 1122 § 1 (n. can. 1145 § 1): inter- Commission canonique (dispense des
pellations du conjoint resté infidèle: faites interpellations).
par l’Ordinaire; pour nous, par le supérieur Privilège pétrinien et dispense
de district: - S’il y a une dispense des inter- super ratum non consummatum:
pellations à accorder, le can. 1121 § 2 la Saint-Siège (avec permission du su-
réserve au Saint-Siège, le n. can. 1144 § 2 périeur du district et contrôle de la com-
à l’Ordinaire du lieu; pour nous, on s’adres- mission canonique).
sera à la commission canonique. Mariage non canonique des apostats:
[p. 38] valide (nouvelle discipline).
- Autres cas de dispense d’un lien ma-
trimonial: [p. 40]
* Privilege Pétrinien 4. Disparitas cultus (mariage entre
* Dispense sur “ratum non consum- baptisé catholique et non baptisé)
matum” - C’est un empêchement dirimant de
Les pouvoirs codifiés (can. 1125, n. can. droit ecclésiastique (c. 1060), et prohibant
1148-1149) demeurent, mais leur applica- de droit divin s’il y a péril de perversion de
tion sera soumise à la commission cano- la foi du conjoint catholique ou des enfants
nique pour contrôle, car ces cas sont (can. 1060 in fine, n. can.: rien!).
graves et mettent en jeu la validité. La dispense appartient à la commission
Il reviendra à la commission canonique canonique, en raison de la gravité de ces cas.
de dispenser, s’il y a lieu, des interpella- - On notera que le nouveau code (n.
tions. can. 1086 § 1), contrairement à l’ancien
La dispense des autres mariages de (can. 1070 § 1) ne soumet plus à l’empê-
païens, ainsi que la dispense “super ratum chement ceux qui ont quitté l’Eglise catho-
non consummatum” ne peuvent être ac- lique “par un acte formel”.
cordées que par le Pape en personne. Il Nous avons déjà dit ce qu’il faut en
faudra alors passer par la voie officielle, penser, à propos du défaut de forme cano-
mais non pas sans l’autorisation du supé- nique du mariage (n° 3). Notons simple-
rieur de district qui contrôlera au préalable ment ici que, s’il s’agit d’un mariage à
la légitimité de la dispense à demander. conclure entre un non baptisé catéchumè-
9

ne et un apostat de l’Eglise catholique, on 6. Professio religiosa - Vota


s’adressera à la commission canonique. […] [La Fraternité suit le nouveau code
- Les exigences du nouveau droit (n. pour les vœux publics perpétuels - tous diri-
can. 1086 § 2; 1125-1126) sont, par leur mants - et l’ancien pour le vœu privé de chas-
faiblesse, plus ou moins contraires au droit teté et les vœux publics temporaires].
divin (protection de la foi, bonum prolis); [Discipline pour les cas ordinaires:]
nous retenons par conséquent celles de [p. 44] […]
l’ancien droit (can. 1071; 1060-1064). * Vœux publics perpétuels (dirimants):
- (...) [p. 41] Leur dispense est annexée ipso jure à l’indult
- Etant donnée la particulière gravité des de sécularisation [...] qui est du ressort du
cas de disparité de culte qui mettent en jeu la Saint-Siège pour les instituts de droit pontifi-
foi, l’Eglise a toujours été très sévère. Les cal et de l’évêque du diocèse de la maison
confrères feront donc spécialement attention pour les instituts de droit diocésain (n. can.
à ne jamais demander la dispense sans véri- 691 § 2). Il semble plus pratique pour nous
fier auparavant sérieusement la réalité des de ne pas faire cette distinction et de confier
causes alléguées et des garanties données tous les cas à l’évêque chargé des Religieux.
(can. 1061). Une erreur en cela ou un manque [p. 45]
de sincérité peuvent invalider la dispense et * Vœux publics temporaires (prohibants
donc le mariage (can. 1061, n. can. 90). Un pour nous)
prêtre prudent et averti ne devrait jamais ac- [...] Pour nous, mise à part la Fraternité
cepter l’union ni demander la dispense lors- Saint-Pie X que nous considérons équiparée à
qu’il s’agit d’un musulman ou d’un juif: c’était un institut de droit pontifical, ce sera l’évêque
l’avis de Mgr Lefebvre, et Naz dit que l’Eglise chargé des Religieux qui accordera l’indult
accordait rarement de telles dispenses. (contenant ipso jure la dispense du vœu).
* Vœux privés réservés au Saint-Siège
Disparité de culte:
par le code de 1917
Commission canonique (dispense; ma-
Le nouveau code a supprimé la réserve
riage des catéchumènes et des apostats).
faite par l’ancien (can. 1309) au Saint-Siège
Supérieur de district (ad cautelam,
des deux vœux privés spéciaux de chaste-
quand baptême douteusement valide).
té parfaite et perpétuelle et d’entrer dans
[p. 42] un institut à vœux solennels; néanmoins
5. Ordo sacer (can. 1072, n. can. 1987) nous maintenons cette réserve qui sera du
(dirimant) ressort de la commission canonique.
Le droit en a toujours réservé la dispense Cependant les supérieurs de districts et
au Saint-Siège [...] et pour la prêtrise, même maisons autonomes ont la faculté déléguée
dans le cas de péril urgent de mort, [...]. “La d’en dispenser ou opérer mutation (cf.
dispense proprement dite n’est accordée nostre facoltà n. 35 et 41).
que difficilement, à des sous-diacres et * Tous les autre vœux privés contraires
diacres seulement” [...]. Mais il y a la possi- (ou non) au mariage sont, selon le nouveau
bilité d’obtenir l’indult de laïcisation. code
- Pour nous, la dispense sera du ressort [p. 46]
de la commission canonique, qui cependant (n. can. 1196) du ressort de l’Ordinaire
suivra la pratique du Saint-Siège, en sorte du lieu ou du curé. Nous leur équiparons le
que l’empêchement provenant de la prêtrise supérieur de district et le prieur, ainsi que
devra être considéré comme non suscep- le prêtre, simple responsable de chapelle.
tible de dispense, même en danger de mort. (cf. nostra facoltà n. 35).
Quant au sous-diaconat et au diaconat, la
Profession religieuse:
dispense sera difficilement accordée, sauf
Vœux publics perpétuels: évêque
dans le cas de péril de mort, par le confes-
chargé des religieux (sécularisation)
seur ou le prêtre qui assiste au mariage [...].
Vœux publics temporaires:
Ordre sacré: - FSSPX: Supérieur général,
Commission canonique (dispense à - autres: évêque chargé des religieux.
accorder à sous-diacres et diacres). Vœux privés contraires au mariage:
fac. n° 35 et 41.
[p. 43]
10

7. Raptus (can. 1074, n. can. 1089, Nous n’en donnons que le résumé enca-
dirimant) dré, à la p. 54:]
- La dispense n’est habituellement pas Honnêteté publique:
accordée. Commission canonique (dispense au
- Cela relève de la commission canonique. premier degré)
8. Crimen (dirimant) Supérieur de district (permission au
- Le n. can. 1090 supprime les deux 2ème degré)
premières formes de l’empêchement de
crime (can. 1075 § 1): adultère avec pro- [p. 55]
messe de mariage et adultère avec maria- 12. Cognatio spiritualis
ge, même seulement civil [p. 47], attenté. [Le nouveau code supprime l’empêche-
Mgr Lefebvre disait que cette suppression ment de parenté spirituelle; mais la Fraternité
se justifie par l’évolution des mœurs [...] écrit: “nous maintiendrons la nécessité d’une
- Les deux autres formes de crime [...] permission du supérieur de district”]
sont simplifiées [...]. Ces deux formes de [p. 56]
l’empêchement sont réservées au Saint- 13. Cognatio adoptiva
Siège [...]. Pour nous, ce sera la commis- [Pour la parenté adoptive, la Fraternité
sion canonique. suit le nouveau code]
Dispense de l’empêchement: supérieur
Crime:
de district (n. can. 1078 § 1: Ordinaire du
Supérieur de district (contrôle des
lieu) [...].
obligations envers les enfants du maria-
[p. 57]
ge précédent).
14. Religio mixta (entre baptisé
Commission canonique (dispense, si
catholique et baptisé non catholique)
conjugicide).
- La discipline du nouveau code est, par
[p. 48]. faiblesse, plus ou moins contraire au droit
9. Consanguinité (can. 1076, n. can. divin (protection de la foi catholique), nous
1091) (dirimant) la rejetons donc et retenons la discipline
[...] Le nouveau code a changé le mode antérieure.
de comput et, dans le nouveau mode il ré- - Can. 1060: prohibition très sévère, et
duit l’empêchement en ligne collatérale au de droit divin, s’il y a péril de perversion de
quatrième degré de parenté. [...] La réduc- la foi. A l’égard des apostats notoires ou
tion de l’empêchement par le nouveau de membres de sectes, l’Eglise fait “détes-
code se justifie donc, selon l’avis de Mgr ter” le mariage avec eux, (can. 1065) et le
Lefebvre. [...] [p. 50] curé ne doit pas y assister, sauf permission
Toutes les dispenses sont du ressort de de l’Ordinaire.
la commission canonique. [...] Pour nous: nous étendrons l’empêche-
[p. 51] ment prohibant proprement dit au mariage
10. Affinitas (avec consanguins du avec des apostats même simples ou avec les
conjoint décédé) [La Fraternité procède à membres de sectes chrétiennes ou non; pour
une “harmonisation” des deux législations, le mariage avec les catholiques conciliaires,
l’ancienne et la nouvelle, selon l’expérience nous exigeons la permission du supérieur de
de Mgr Lefebvre. Nous donnons seulement district. Dans tous ces cas en effet il y a pré-
le résumé encadré:] somption de péril commun pour la foi du
[p. 52] conjoint catholique et des enfants à naître.
Affinité: - Conditions de la dispense: can. 1061:
- Pas de dispense en ligne directe. cautions (requises à la validité de la dis-
- Supérieur de district (permission pense) et certitude que les engagements
pour contrôle, aux 1er et 2ème degrés seront tenus.
collatéraux - Comput canonique ancien). [p. 58]
Si après avoir obtenu la dispense, les
[p. 53] futurs veulent aller devant le ministre non
11. Honestas publica (dirimant) catholique, ce qui est gravement prohibé, il
[Dans ce cas aussi la Fraternité procède faut consulter l’Ordinaire (can. 1063), pour
à une “harmonisation” des législations”. nous, le supérieur de district.
11

- Autorité de dispense: la gravité des CHAPITRE VI.


cas suggèrerait le recours à la commission EMPECHEMENTS DE MARIAGE.
canonique, mais leur fréquence, par Pouvoirs de dispense dans LE PERIL DE
exemple dans les pays anglo-saxons, de- MORT ET LE CAS URGENT
mande que le supérieur de district puisse
accorder la dispense. C’est donc à lui que Préliminaires
la dispense sera réservée. 1. Le nouveau code, à côté de quelques
- Dispense ad cautelam de l’empêche- détails qui peuvent être avantageux, com-
ment de disparité de culte: il est non seule- plique les choses et omet les conditions
ment permis mais conseillé au supérieur de nécessaires à la dispense selon la loi divi-
district de l’adjoindre toujours à la dispen- ne. C’est pourquoi nous nous [sic] tenons
se de l’empêchement de religion mixte. Elle au code de 1917, avec les adaptations sui-
est censée [sic] inexistante si elle n’est pas vantes:
adjointe expressis verbis. - Aux ordinaires des lieux sont équipa-
religion mixte: rés les supérieurs de district et maisons au-
Supérieur de district pour dispense tonomes, mais non les supérieurs de sémi-
ou pour permission pour mariage avec naires. Ils peuvent déléguer.
catholique conciliaire. - Les pouvoirs concédés par le code
aux curés et prêtres assistants [sic] au ma-
[p. 59] riage le sont, pour nous, concédés [sic] à
15. DÉSACCORD AVEC LES LOIS CIVILES tous les prêtres bénéficiaires des présentes
[...] Tous ces cas seront soumis à l’au- ordonnances.
torisation du supérieur de district, plus au [nous omettons les pages 64-67 qui appli-
fait de la législation civile locale que la quent les “principes” susdits]
commission canonique. [...] [p. 68]
[pp. 60-61]
CHAPITRE VII. - Des délits et des peines
III - Convalidation du mariage et sanatio
in radice (cas ordinaires) [...] I. PRINCIPES
Norme générale
[p. 62] Nous suivons les sages principes du
c) Pouvoirs code de 1917 exposés dans les cann. 2195
- Convalidation simple: Supérieur de à 2313, mais pour les raisons indiquées p.
district pour contrôle. Mais si disparité de 3, nous nous en tenons aux peines latæ
culte: commission canonique, et également sententiæ portées par le nouveau code.
si autres empêchements relevant de cette [dans le chapitre II les “Ordonnances” ex-
dernière. posent les “censures latæ sententiæ en vigueur”
- Sanatio in radice. C’est une grâce ac- - à la p. 69 - c’est-à-dire les excommunications
cordée par le Saint-Siège seul, selon le latæ sententiæ - aux pp. 69-70 - les interdits
code de 1917 (can. 1141). Mais comme le latæ sententiæ - à la p. 70 - les suspens latæ sen-
nouveau code communique ce pouvoir aux tentiæ - à la p. 71, selon le nouveau code].
évêques diocésains (n. can. 1165 § 2), [p. 71]
nous estimons que nos supérieurs de dis-
trict et maisons autonomes jouissent sup- III. RÉMISSION DES PEINES
plétoirement de ce pouvoir, vu [sic] aussi
les fac. 30 et 31 de la Form. facultatum de- 1. Prænotamina
cennalium. [...]
[p. 72] […]
Convalidation et sanatio in radice; 3) Etant donné que de graves inconvé-
Convalidation simple: supérieur de nients peuvent résulter du fait d’adresser
district (contrôle) les pénitents aux instances prévues par le
Sanatio in radice: supérieur de dis- code (Sacrée Pénitencerie, évêque, cha-
trict (grâce) noine pénitencier), il est conseillé d’utiliser
les facultés qui suivent au n° 2, concernant
[p. 63] les cas ordinaires.
12

2. CAS ORDINAIRES. Commission canonique, et le texte d’une inter-


1) Les peines RÉSERVÉES au Saint-Siège vention tenue à Ecône le 24 août 1998 par le
peuvent être soumises au supérieur géné- président de la Commission canonique, Mgr
ral de la Fraternité ou au président de la Bernard Tissier de Mallerais, sur la légitimité
commission canonique. et le statut des tribunaux matrimoniaux de la
2) Une peine INFLIGÉE par un supérieur Fraternité. Nous rappelons que ces documents
est soumise à celui-ci, mais s’il s’agit d’un (lettre de Mgr Lefebvre et intervention de Mgr
supérieur “novus ordo”, elle peut être sou- Tissier) sont des documents internes de la
mise au supérieur de rang équivalent dans Fraternité et qu’à notre connaissance, il n’ont
la Fraternité, à charge pour lui de consulter encore jamais été publiés sur aucune revue de
son confrère “novus ordo”, s’il le juge utile. la Fraternité adressée au public. Enfin, pour
3) Toutes les AUTRES PEINES peuvent être une meilleure compréhension du texte, nous
soumises au supérieur de district, qui signalons que le sigle “FSSPX” indique la
consultera, le cas échéant, le supérieur de Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, que “n.
district où le délit fut perpétré. can.” signifie “nouveau canon” et que “n.o.”
4) Quant à la censure encourue pour remplace “novus ordo” (c’est-à-dire, tout ce
AVORTEMENT occulte, tout prêtre a faculté qui se réfère à Jean-Paul II).
[p. 73]
d’en absoudre, sans obligation de re-
courir, en imposant une pénitence propor- [p. 33]
tionnée et la réparation éventuelle.
[Les “Ordonnances” parlent enfin de l’ab- COMMISSION CANONIQUE
solution des peines dans les cas extraordi-
naires, c’est-à-dire péril de mort (point 3, p. Lettre de S. Exc. Mgr Lefebvre du 15
73), cas urgent (point 4, pp. 73-74), et recours janvier 1991
impossible (point 5, pp. 74-75). C’est avec sur la constitution de commissions
cette énumération que se concluent les canoniques
“Ordonnances”].
Voici un extrait d’une des dernières
lettres de S. Exc. Mgr Lefebvre au supé-
         rieur général d’alors, M. l’abbé
Schmidberger, dans laquelle notre vénéré
II. DEUXIEME DOCUMENT: fondateur conçoit clairement l’institution et
le fonctionnement de notre actuelle
Extrait de “Cor unum”, bulletin interne de ‘Commission Canonique Saint Charles
la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, n° 61, Borromée’, ayant un président “autant que
octobre 1998 possible évêque”, puisque cette instance
supplétoire exerce des pouvoirs qui appar-

L
e second document est un extrait du tiennent normalement à l’évêque, et qui se-
bulletin ‘Cor unum’ d’octobre 1998. rait chargée en particulier de:
L’institution de la “Commission cano- 1. concéder les dispenses d’empêche-
nique” par la Fraternité Saint Pie X ne pouvait ments de mariage,
pas ne pas provoquer – à l’intérieur comme à 2. juger des nullités de mariage,
l’extérieur de la Fraternité – des doutes, des 3. absoudre des censures.
perplexités et des critiques, du moins dans la Nos ordonnances de 1997 ont précisé les
mesure où l’activité de cette Commission était autorités supplétives respectives de la
connue. Les autorités de la Fraternité considé- Commission, des divers supérieurs, et des
rèrent donc comme opportun de justifier l’ins- simples prêtres, ainsi que la discipline que
titution de la “Commission canonique” et en nous avons adoptée face au nouveau code de
particulier les annulations de mariage pronon- droit canon, concernant les points (1) et (3).
cées par ses Tribunaux. C’est pourquoi ‘Cor Quant au point (2), la Commission cano-
unum’ publia deux documents, reproduits ici nique, par divers tribunaux institués ad
intégralement: la lettre de Mgr Lefebvre du 5 casum, a déjà jugé à ce jour de nom-
janvier 1991 au supérieur général de l’époque, breuses causes qui se sont terminées
Franz Schmidberger, sur la constitution d’une comme suit:
13

tuellement Mgr Tissier de Mallerais, prési-


dent, M. l’abbé Laroche et M. l’abbé Pivert,
membres).
Les confrères pourront constater notre
fidélité à la ligne que traçait Mgr Lefebvre
dans la lettre dont voici l’extrait choisi.

Ec ne,15 janvier 1991

Cher abb Schmidberger,


Un grand merci pour vos
vˇux et vos pri res l occasion
de la saint Marcel.
[...]
Quant au probl me des Com-
missions, faisant dans une cer-
taine mesure suppl ance la d -
fection des Congr gations ro-
maines dirig es par des pr lats
imbus des principes r volution-
naires du Concile, il me semble
qu il faudrait commencer tr s
Frontispice d’un numéro de “Cor Unum” modestement, suivant les n ces-
sit s qui se pr sentent et of-
En 1ère instance frir cette institution comme un
non constat de nullitate: nombreuses service pour aider les pr tres
causes dans leur minist re et les reli-
constat (procédure sommaire): quelques gieuses pour les cas difficiles
causes r soudre ou pour des autorisa-
En 2ème instance tions qui r clament un pouvoir
non constat: 0 piscopal de suppl ance.
constat: quelques causes Rome fait non seulement d -
En 3ème instance faut, mais juge selon de faux
non constat: 0 principes, comme dans le cas des
constat: quelques causes mariages mixtes, des nullit s de
[p. 34] mariage!...
Notre jurisprudence, qui s’inspire de la [p. 35]
jurisprudence traditionnelle de la Rote ro- Pour l instant, je conseille-
maine et recueille ce qui peut être bon rai une premi re Commission sp -
d’une jurisprudence récente, s’élabore au cialement canonique form e d un
fur et à mesure de l’exercice de notre pou- pr sident autant que possible
voir supplétoire, selon la prudence. v que, de deux conseillers et
Les autres cas prévus par Mgr Lefebvre d un secr taire, laquelle on
se répartissent de la manière suivante: pourrait donner un nom d un
* Dispense des vœux de religion: saint canoniste: Commission
l’évêque chargé des religieux, actuellement Saint Pie V, ou saint Bellarmin,
Mgr de Galarreta (après Mgr Fellay) ou saint Charles Borrom e et
(ordonnances de 1997, p. 46). laquelle seraient envoy es les
* Autorisations d’exorcisme: Les supérieurs consultations, les demandes.
de districts, séminaires et maisons autonomes Le secr taire d pouille, expo-
(ordonnance de 1997, p. 33, faculté 46). se les cas et soumet au jugement
* Consultations: Le président ou les ou du moins l tude des 3
membres de la Commission canonique (ac- juges, qui se r unissent tous
14

les 3 mois ou plus sur la deman- influenc es par ces faux prin-
de du pr sident et tudient et cipes, il faudra instituer des
r pondent aux cas. autorit s de suppl ance, gardant
Cette Commission est nomm e fid lement les principes catho-
par le Conseil g n ral, mais qui liques de la Tradition catho-
peut faire appel un dominicain lique et du droit catholique.
ou un expert connu soit d une C est le seul moyen de demeurer
mani re permanente comme con- fid le Notre Seigneur J sus-
seiller, soit occasionnellement. Christ, aux Ap tres et au d p t
Ce serait un premier pas et de la foi transmis leurs suc-
l exp rience montrerait ce qu il cesseurs demeur s fid les
est opportun de faire dans jusqu Vatican II.
l avenir. Quelques exemples de cas
La Commission rendrait compte soumettre:
de ses travaux au Conseil g n - - mariages mixtes - dispenses
ral une ou deux fois par an. - nullit s de mariage
Cette Commission devrait tre - lev e d excommunication au
annonc e par une lettre communi- for externe
qu e tous les pr tres de la Tra- * pour tous ceux qui par-
dition qui sont demeur s catho- ticipent l avortement soit
liques et toutes les soci t s de physiquement, soit l galement.
la Tradition, hommes et femmes. * ou pour d autres motifs.
Il n y a pas d inconv nient [p. 36]
ce que les fid les connaissent - dispenses des vˇux de reli-
l existence de cette Commission. gion
Tant que les autorit s ro- - autorisations d exorcismes
maines actuelles sont imbues - consultations.
d ˇcum nisme et de modernisme et Le choix du secr taire perma-
que l ensemble de leurs d ci- nent r sidant la Maison g n ra-
sions et du nouveau droit sont lice est important, bien qu il
n ait pas de pouvoir de d cision.
Mgr Lefebvre et son premier successeur, Esp rant vous tre encore
l’abbé Franz Schmidberger utile par ces r ponses, je vous
prie de croire mon entier d -
vouement en J sus et Marie.

Marcel Lefebvre

[p. 37]

LÉGITIMITÉ ET STATUT DE NOS TRIBU-


NAUX MATRIMONIAUX

On trouvera ici le texte de l’intervention


de Monseigneur Tissier de Mallerais, prési-
dent de la Commission canonique, lors de la
session de procédure canonique, le 24 août
1998 à Écône, revu et corrigé par ses soins.
Cet exposé pourra aider les confrères à
mieux comprendre le bien fondé des tribu-
naux matrimoniaux, qui sont l’une des “au-
torités de suppléance” conçues par Mon-
seigneur Lefebvre.
15

Status questionis [sic] Or ceci est, selon la conception tradition-


nelle, hors de l’objet du pacte matrimonial,
Les déclarations de nullité des tribunaux comme le réaffirme Pie XII contre les nova-
ecclésiastiques “Novus Ordo” sont souvent teurs en 1944 en faisant insérer aux Acta
douteuses. Avons-nous le droit d’y suppléer Apostolicæ Sedis une sentence de la Sainte
par des tribunaux fonctionnant au sein de la Rote Romaine [AAS 36 (1944), 172-200], qui
Fraternité Sacerdotale Saint Pie X? rappelle la hiérarchie des deux fins du mariage
Monseigneur Lefebvre (cf document et rappelle que “la communauté d’habitation,
précédent - ordonnances, éd. 1997 pp. 8- de chambre et de table n’appartient pas à la
9) a prévu la création de la Commission ca- substance du mariage” même si elle relève de
nonique, en particulier pour résoudre les l’intégrité de la vie conjugale. (Cf. Les Ensei-
causes matrimoniales après un premier ju- gnements Pontificaux, Le mariage, Solesmes,
gement porté par le supérieur de district. Desclée, 1960, appendice n. 24-29).
L’autorité de notre fondateur suffit pour 2. De nouveaux défauts de consente-
que nous acceptions ces instances, de ments rendent le mariage nul:
même que nous avons accepté les sacres Il est clair que si le “bonum conjugum”
épiscopaux de 1988. et le “totius vitæ consortium” entrent dans
Mais cela ne nous dispense pas de ten- l’objet du pacte matrimonial, les défauts
ter de justifier doctrinalement l’existence et qui, ab initio, rendent la communauté de
le fonctionnement de nos tribunaux matri- vie entre époux impossible - et non plus
moniaux. seulement la reddition du jus ad corpus -
Nous allons voir que la raison centrale rendent nul le pacte matrimonial. D’où l’in-
est, comme pour les sacres, la situation de troduction dans la nouvelle législation, de
nécessité des fidèles de tradition. nouvelles inhabilités à contracter mariage.
Bien sûr, l’Eglise peut toujours ajouter,
I. La nouvelle législation matrimoniale par des dispositions positives, de nou-
veaux empêchements à mariage, mais ce
1. Nouvelle définition du mariage: sont 1) des dispositions positives et non un
a) Objet du consentement matrimonial: Il changement de la nature des choses, et en
n’est plus strictement défini comme “jus in conséquence de la substance du mariage
corpus, perpetuum et exclusivum in ordine ad 2) des dispositions déterminant de façon
actus per se aptos ad prolis generationem” très précise les inhabilités, de telle façon
(can. 1081, § 2), mais vaguement décrit com- que le jugement sur la présence de tels
me “mutua traditio et acceptatio viri et mulieris empêchements soit facile à porter, sans
ad constituendum matrimonium” (cf. n. can. crainte d’abus. Or ce n’est précisément
1057 §2). L’objet du consentement se trouve pas le cas ici; on a un changement de la
ainsi indûment étendu aux éléments secon- substance du mariage et la porte ouverte à
daires quoi qu’intégrants du mariage, à savoir tous les abus, comme on va le voir.
le “totius vitæ consortium” (n. can. 1055). * n. can. 1095, n. 2 “Sunt incapaces
b) Inversion des deux fins du mariage: matrimonii contrahendi: (...) 2° qui laborant
Code de 1917: “finis primarius procreatio gravi defectu discretionis judicii circa jura
et educatio prolis; secundarius: mutuum et officia matrimonialia essentialia mutuo
adjutorium et tradenda et acceptanda”.
[p. 38] Traditionnellement seules rendent nul le
remedium concupiscentiæ” (can. 1013, mariage, du côté de l’intelligence:
§1). Nouveau code: “...ad bonum conju- - L’ignorance de ce que le mariage est
gum atque prolis generationem et educa- “une société permanente entre un homme
tionem” (n. can. 1055, §1). et une femme pour procréer des enfants”
Par conséquent la communauté de vie (can. 1082 § 1); et cette ignorance n’est
entre, selon la nouvelle législation, comme pas présumée après la puberté.
partie, et partie principale, de l’objet du [p. 39]
consentement matrimonial, et avec elle la - L’erreur sur “l’unité ou l’indissolubilité
relation inter-personnelle entre les époux, ou la dignité sacramentelle du mariage”, si
c’est-à-dire leur cohabitation, bonne en- elle détermine la volonté (n. can. 1099, co-
tente, mutuel épanouissement. difiant une jurisprudence traditionnelle).
16

C’est tout et c’est clair, tandis que le “de- Mais les auteurs admettent que l’Église
fectus discretionis judicii”, c’est-à-dire l’im- pourrait l’introduire (par une disposition de
maturité du jugement, porte nécessairement droit positif). Ce serait le moins illégitime
sur la réalisation personnelle, voire inter-per- quand l’erreur dolosive met en jeu la fin pri-
sonnelle, des obligations essentielles du ma- maire du mariage, p. ex. dol sur la stérilité
riage, laquelle est hors de l’objet traditionnel d’un des conjoints; et c’est ce que fait le
du pacte matrimonial, et concerne l’aspect nouveau code: sterilitas, non dirimit, sed
subjectif du lien matrimonial. Certes, l’imma- dolus circa sterilitatem (cf. n. can. 1084 §3).
turité croissante des jeunes gens rend sou- Mais le n. can. 1098 est beaucoup trop
vent les mariages peu viables et leur conclu- large: le dol cachant l’ivrognerie, l’addiction
sion imprudente, mais établir une inhabilité à la drogue, voire même le caractère iras-
pour immaturité, c’est invoquer une concep- cible seraient cause de nullité! On voit ici
tion personnaliste, subjective du pacte matri- l’inspiration personnaliste conciliaire de ce
monial et ouvrir la porte aux abus. Seul un nouveau canon. Et le reformuler dans un
empêchement d’âge plus sévère serait un sens catholique ne nous appartient pas.
remède objectif... 3. Conséquences pratiques
* n. can 1095, n. 3 “sunt incapaces (...) a) 80% des nullités déclarées par les tri-
3° qui ob causas naturæ psychicæ obliga- bunaux nouvel ordo reposent sur le n.
tiones matrimonii essentiales assumere canon 1095! donc sont des jugements
non valent”. nuls, puisqu’ils reposent sur une règle in-
Traditionnellement, l’Église ne reconnaît capable de régler. Des commentateurs
que l’incapacité physique: impotentia parlent de “divorce catholique”, tellement il
(can.1068, § 1), qui rend impossible la red- est facile d’obtenir de tels jugements.
dition du “jus in corpus in ordine ad actus b) Et dans les cas où il y a un chef de
per se aptos...”(can. 1081, § 2). La seule in- nullité sérieux mais difficile à prouver, le tri-
capacité mentale est amentia vel dementia, bunal choisit le n. can. 1095 comme solu-
qui rend le sujet radicalement inhabile à tion de facilité.
contracter (cf. can. 1081 §1 “inter personas On objecte alors: oui, mais justement
jure habiles”). dans ces cas, le mariage est réellement
Certes, les cas de déséquilibre, dus à la nul, alors pourquoi ne pas profiter de la
destruction de la famille, sont maintenant sentence de nullité même si elle n’est pas
fréquents, qui rendent aléatoire la perma- correcte? Il faut répondre: pour constater
nence de l’union, mais qui déterminera l’état libre d’une personne (pour qu’elle
quel degré de déséquilibre la rend radicale- puisse se remarier) il faut un jugement vali-
ment impossible? Jean-Paul II lui-même a de, non l’appréciation privée plus un juge-
dû rappeler aux canonistes que de tels ment invalide.
désordres psychiques doivent être “a se-
rious form of anomaly which (...) must sub- II - Situation des fidèles
stantially undermine the capacity of un-
derstanding and/or willing of the contrac- 1. Ils n’ont pas le droit d’aller aux tribu-
ting party” (adresse à la Rote Romaine, 5 naux nouvel ordo, car c’est courir grand
fév. 1987, AAS 79 (1987), 1457). risque de recevoir une déclaration de nulli-
Il reste que le canon 1095, n. 3, dans sa té nulle et de se remarier à bon compte et
formulation, est la porte ouverte aux abus. de vivre ainsi dans le péché, en concubina-
* n. can 1098 “Qui matrimonium init de- ge canonique!
ceptus dolo, ad obtinendum consensum 2. Ils ne peuvent pas, pour pouvoir se
patrato, circa aliquam alterius partis quali- remarier, juger eux-mêmes de la nullité de
tatem, quæ suapte natura consortium vitæ leur mariage, ou se contenter d’un avis
conjugalis graviter perturbare potest, invali- privé d’un prêtre ami: ce serait la porte ou-
de contrahit”. verte au subjectivisme et au désordre, ex-
Jusqu’au nouveau code, le dol n’a ja- posant le lien matrimonial au mépris et
mais été admis comme cause de nullité de augmenter le mal.
mariage; et ce pour protéger le bien de la [p. 41]
permanence du lien conjugal. 3. Ils ont droit en justice à être sûrs de la
[p. 40] validité du sacrement reçu une seconde
17

“per quam juris dispositio pro aliis casi-


bus applicatur in casu simili de quo lex non
disponit”.
Ici, le lieu parallèle est le cas du recours
impossible à l’évêque pour dispenser d’un
empêchement dirimant de droit ecclésias-
tique: dans le “danger de mort” ou “quan-
do omnia sunt parta ad nuptias”, le curé ou
le confesseur peuvent dispenser (can.
1044-1045). Ce qui signifie que l’Eglise leur
donne, par suppléance, juridiction ad
casum;
b) style (jurisprudence) de la Curie ro-
maine: Une réponse de la Commission d’in-
terprétation du code, du 29 juillet 1942
Mgr A. de Galaretta, évêque chargé actuellement des reli- (AAS, 34, 241) permet d’étendre la disposi-
gieux, après Mgr Fellay. C’est lui qui dispense tion du can. 1045 au cas d’urgente nécessi-
des vœux de religion
té où il y a “periculum in mora” (cf. can. 81).
fois et donc de la validité de la sentence de c) épikie et opinion des docteurs à pro-
nullité, et à être protégés contre les erreurs pos des can. 1043 sq., mais qui vaut aussi
personnalistes qui invalident ces sen- ailleurs:
tences. Qui donc leur fera droit? Cappello, Tractatus, De Sacramentis,
4. Les prêtres et les évêques fidèles ont III, n. 199: “Si finis legis cesset contrarie
le devoir de défendre et protéger le lien ma- pro communitate, i.e. si damnum commu-
trimonial mis en péril par la nouvelle législa- ne inde sequatur, lex non urget, quia meri-
tion. Comment rempliront-ils ce devoir? to censetur suspendi ex benigna mentis le-
En résumé les fidèles, ne trouvant pas à gislatoris interpretatione”. Or c’est le cas
qui recourir, sont dans un état de nécessi- de l’obligation de recourir à des tribunaux
té, et d’autre part les prêtres et les évêques modernistes. Mais si cette obligation
fidèles ont le devoir de les secourir. cesse, ne cesse pas l’obligation de recourir
Dans cette situation, les évêques fidèles à quelque tribunal!
(Dom Licinio à Campos) et notre Com- 3. De la conjonction de ces éléments,
mission canonique, fondés sur les prin- nous inférons que notre commission cano-
cipes généraux du droit qui régissent la vie nique, dans le cas actuel du recours impos-
de l’Église, ont les pouvoirs de suppléance sible aux tribunaux officiels, a le pouvoir de
pour juger des causes matrimoniales. juger des causes matrimoniales (on peut
dire que le Saint-Siège, s’il n’était pas aussi
III - Base doctrinale de nos pouvoirs moderniste que les tribunaux, nous donne-
supplétoires rait ce pouvoir par équité canonique).
Il est même plus grave de dispenser
1. Can. 20 (n. can. 19): S’il manque une d’un empêchement dirimant (ce qui change
détermination du droit il faut résoudre le la condition de la personne, laquelle d’in-
cas en prenant la norme “a legibus latis in habile, devient habile à contracter), que de
similibus; generalibus iuris principiis cum déclarer nul un mariage (ce qui ne change
aequitate canonica servatis; jurisprudentia pas l’état de la personne, mais constate un
et praxi Curiæ Romanæ; communi état déjà existant ab initio); c’est un pouvoir
constantique doctorum sententia”. (Wernz- de juridiction déclaratif seulement. Si donc
Vidal: “ jus ergo suppletorium est jus appli- la suppléance nous donne pouvoir de dis-
candum in particularibus casibus, cum penser, elle nous donne a fortiori pouvoir
circa illud non habeatur in codice prescrip- de juger.
tum quod peculiari illi casui sit applican- 4. L’institution de tribunaux matrimo-
dum” n. 180). niaux dans l’orbe de la tradition est spécia-
2. Application - trois choses interviennent: lement justifiée du fait:
a) Lieux parallèles, c’est-à-dire pratique a) que leur autorité sera plus facilement
de l’analogia legalis (Wernz-Vidal, n. 181): acceptée que celle d’un avis privé,
18

b) qu’ainsi il ne sera pas nécessaire de vraies sentences, ayant potestatem ligandi


dirimer des avis privés douteux ou diver- vel solvendi. Elles ont donc valeur obligatoi-
gents, re. La raison prochaine en est que nous de-
c) qu’il est nécessaire d’avoir plusieurs vons pouvoir dire aux fidèles ce qu’ils doi-
juges et plusieurs instances pour procéder vent suivre, quod debent “servare”.
prudemment selon l’esprit et la lettre du Nos sentences ne sont pas de simples
droit, avis privés, car un tel avis ne suffit pas là où
d) qu’en la situation de nécessité ac- le bien public est engagé; or le bien public
tuelle, le prêtre singulier reçoit suppléance est engagé dans chaque cause où le lien ma-
pour ce qu’un prêtre peut normalement trimonial est discuté. Pour trancher le doute,
faire lui-même et non pour ce qu’il ne peut il faut un pouvoir au for externe public.
pas normalement faire. Or juger ces causes 5. Cette juridiction n’usurpe aucun pou-
matrimoniales n’est pas normalement le voir de droit divin du pape.
fait d’un seul prêtre, mais de l’évêque ou Il est vrai que nos sentences en troisiè-
des autorités qu’il délègue. me instance remplacent les sentences de
En tout cela vaut la règle “autant que, la Rote romaine, qui juge au nom du pape
pas plus que”: L’Église supplée en faveur comme tribunal de troisième instance.
des fidèles la juridiction qui manque aux Mais ce n’est pas une usurpation de pou-
instances supplétoires, autant que cela est voir de droit divin du pape, car la réserve
nécessaire et pas plus que ce n’est néces- de cette troisième instance au pape est
saire. seulement de droit ecclésiastique!
[p. 43] 6. Enfin, nos sentences, comme tous
nos actes de juridiction supplétoire, et
IV - Exercice du droit de juger des comme les sacres épiscopaux eux-mêmes
causes matrimoniales (par notre de 1988, 1991, etc., devront être confir-
Commission canonique et des prêtres mées ultérieurement par le Saint-Siège.
désignés par elle) [p. 44]

Notre juridiction, dans ces cas, est, on REGLES PRATIQUES CONCERNANT


l’a dit, une juridiction suppléée. Voici ses LES DÉCLARATIONS DE NULLITÉ DE
propriétés: MARIAGE
1. Elle n’est pas habituelle, mais s’exer-
ce ad casum, per modum actus. Par La charité pastorale vise à la sanctifica-
conséquent nos tribunaux ne siègent pas tion des âmes: prima lex salus animarum;
habituellement, leurs membres ne sont pas mais la prudence pastorale évite d’imposer
nommés ad universas causas, mais au aux âmes des fardeaux insupportables (cf.
contraire chaque fois ad hoc, par la Mt 23,4).
Commission canonique; même si pour des Par conséquent le pasteur cherche à
raisons de commodité, ce sont toujours les mettre les âmes dans le vrai par rapport à
mêmes juges, les mêmes défenseurs du la loi de Dieu et à la validité du mariage,
lien qui interviennent; car il faut des per- mais il préfère parfois laisser les âmes dans
sonnes compétentes. la bonne foi si elles errent de bonne foi sur
2. Elle n’est pas territoriale, mais per- leur situation matrimoniale, lorsqu’il est à
sonnelle. craindre qu’elles n’accepteraient pas de la
3. Elle dépend de la nécessité des fi- régulariser et vivraient dans la mauvaise foi.
dèles, c’est-à-dire qu’elle vaut tant que D’autre part les sentences de nullité de
dure l’état de nécessité commune, et mariage portées par des tribunaux officiels
même si par impossible, on pouvait trouver (sentences “novus ordo”, peut-on dire) ne
tel ou tel tribunal officiel qui jugeât des peuvent être considérées comme nulles
causes de mariage selon les normes tradi- ipso facto ni comme valides sans examen.
tionnelles. D’où découlent les règles suivantes.
4. C’est une vraie juridiction et non une 1. Une sentence novus ordo ne peut
exemption du droit et de l’obligation que les être ni admise ni rejetée a priori. Sa validité
fidèles ont de recevoir une sentence. Donc dépend des critères utilisés. Elle doit donc
nous avons pouvoir et devoir de porter de être examinée in jure.
19

2. Le prêtre ne conseille jamais à per-


sonne d’aller à un tribunal n.o., de crainte Je soussigné... au moment de sou-
que la sentence ne soit nulle, pour être fon- mettre la cause de mon mariage avec... à
dée in jure sur des critères erronés ou dou- la Commission canonique de la FSSPX
teux du nouveau code. promets:
3. Si la personne n’est pas remariée, mais 1) (si c’est le cas) de n’attenter aucun
doute ou dénonce la validité d’un premier mariage ni même aucune union civile
mariage, ou annonce que la cause de nullité avant la sentence définitive.
est introduite devant un tribunal n.o., ou que 2) de me conformer à la sentence du
ce dernier a déjà porté une sentence exécu- tribunal et par conséquent, si elle est né-
toire de nullité, le prêtre l’avertit qu’une sen- gative, de ne pas me remarier, ou (si c’est
tence n.o. n’est pas une preuve suffisante de le cas) ne plus considérer mon second
la nullité du mariage et qu’elle ne peut se re- conjoint comme mon conjoint.
marier sans avoir soumis sa cause à l’exa- 3) de ne pas approcher un tribunal ec-
men de notre Commission canonique. clésiastique officiel pour lui faire examiner
4. Si la personne, après une sentence ou juger ma cause.
de nullité n.o., s’est déjà remariée, le prêtre Tout ceci, je le promets et je le jure sur
la laisse dans la bonne foi, si elle y est. les saints Évangiles que je touche de ma
Dans ce but: main.
1) il ne parle jamais publiquement des Le... à....
sentences n.o., Signature
2) il n’interroge jamais les fidèles à ce [rayer les mentions inutiles]
propos,
3) interrogé par une personne qui a seu-
lement un doute négatif, il la rassure.
5. Si la personne, remariée après une 8. Tant que le tribunal désigné par le
sentence de nullité n.o. a un doute positif, bureau canonique n’a pas porté de senten-
le prêtre doit l’aider à résoudre son doute. ce exécutoire de “constat de nullitate ma-
Pour cela il: trimonii”, le mariage contracté après une
1) avertit la personne de la possibilité de sentence de nullité n.o. (si c’est le cas) est
nullité de la sentence n.o.; présumé valide et en conséquence, les
[p. 45] conjoints en la seconde union peuvent
2) explique que, pour cette raison et [p. 46]
selon notre pratique, la cause doit être demander et rendre le dû conjugal et
soumise à la Commission canonique. les sacrements ne peuvent leur être refu-
6. Afin de présenter toute cause à l’exa- sés.
men du bureau canonique, le prêtre 9. Mais si une procédure en nullité est
1) se fait expliquer sommairement le cas; engagée chez nous et que, avertie de ne
2) se fait communiquer, si c’est le cas, pas se remarier avant une sentence de
la sentence n.o. ou au moins un document notre part qui le lui permette, une partie se
du tribunal indiquant le caput nullitatis; remarie ou contracte une simple union civi-
3) communique l’exposé du cas (et la le, les sacrements lui sont refusés et la pro-
sentence n.o. éventuelle) au bureau cano- cédure peut être suspendue au jugement
nique, qui envoie au prêtre le questionnaire du supérieur qui a constitué le tribunal.
destiné à établir le libelle introductif de la
cause;
4) mais il ne prend aucunement parti, ni
dans un sens ni dans l’autre.
7. La cause ne peut être introduite que
si la partie concernée accepte d’être mora-
lement liée par la décision. C’est pourquoi
le prêtre lui fait jurer et signer la promesse
suivante:
20

III. FORMULAIRES DE DISPENSES (abbé Pivert)

Formulaire pour obtenir l’autorisation d’épouser un catholique non croyant,


non pratiquant ou “adhérant au modernisme”
21

Formulaire pour obtenir la dispense de l’empêchement de “religion mixte”. La dispense est accordée par l’abbé Pivert
“considérant qu’il n’est pas possible de recourir à l’Ordinaire du lieu ou à Rome”
22

Formulaire pour obtenir la dispense de l’empêchement de “crime” (adultère). Dans ce cas aussi, c’est l’abbé Pivert qui
dispense au nom du supérieur de district
23

Formulaire pour l’autorisation au mariage qui doit être signé par l’abbé Pivert. Les règles suivies sont les “prescrip-
tions propres à la Fraternité Saint Pie X”
24

DEUXIEME PARTIE: licéité de la désobéissance (habituelle) au


Pape, tant pour ce qui concerne l’accueil de
COMMENTAIRE DE son enseignement que pour les questions dis-
SODALITIUM ciplinaires. La règle pratique adoptée fut
alors: “Nous acceptons les nouveautés intime-
par M. l’abbé Francesco Ricossa ment conformes à la Tradition et à la Foi.
Nous ne nous sentons pas liés par l’obéissance

C
’est à un problème réel qu’avec les do- à des nouveautés qui vont contre la Tradition
cuments ci-dessus, la Fraternité Saint et menacent notre Foi” ( 4). Je rappelle ce
Pie X tente d’apporter une solution; principe parce qu’il sera appliqué dans le cas
mais la solution proposée est pire que la diffi- présent par les successeurs de Mgr Lefebvre,
culté à laquelle on voulait porter remède. spécialement pour ce qui regarde la récep-
tion du nouveau code de droit canon.
Un problème réel: exercer le ministère sans
avoir la juridiction. La question de la juridiction
Brève histoire des difficultés et des solutions
proposées L’autre problème - celui qui nous inté-
resse directement - est celui de la juridiction
Le drame que nous vivons a débuté avec nécessaire dans l’exercice du ministère sa-
le Concile Vatican II, lorsque la doctrine de cerdotal. Par droit et institution divine il
l’Eglise catholique a été abandonnée - sur existe dans l’Eglise deux pouvoirs, celui
plusieurs points - en faveur d’une nouvelle d’ordre et celui de juridiction. “Le pouvoir
doctrine. Ont suivi des réformes discipli- ecclésiastique se divise en pouvoir d’ordre et
naires mettant en application les principes pouvoir de juridiction. Le pouvoir d’ordre
de Vatican II: rappelons en particulier la ré- est immédiatement destiné à la sanctification
forme liturgique avec son point culminant des âmes par l’offrande du sacrifice de la
que fut la promulgation d’un nouveau missel Messe et l’administration des sacrements. Le
en 1969, et la réforme canonique, réalisée pouvoir de juridiction, lui, est immédiatement
avec le nouveau code de 1983. destiné au gouvernement des fidèles en vue
de la vie éternelle. Il s’exerce soit par l’ensei-
La question de l’Autorité gnement autorisé des vérités révélées (magis-
tère sacré), soit par la promulgation des lois
Très rapidement, les opposants à Vatican (pouvoir législatif), par l’authentique déci-
II se sont trouvés confrontés à des problèmes sion des causes surgies entre sujets (pouvoir
théoriques et pratiques d’importance. D’un judiciaire), par l’application de sanctions pé-
côté le refus d’un Concile et de ses réformes nales contre les transgresseurs des lois (pou-
pose le problème de la légitimité de voir coercitif)” ( 5). Les deux pouvoirs (et
l’Autorité qui a voulu ce Concile et ces ré- leurs hiérarchies relatives) “sont réellement
formes. C’est le problème de l’Autorité ou - distincts” mais “étroitement liés par une rela-
comme on dit - du Pape. Lui est connexe par tion mutuelle”: “ils se différencient par leur
voie de conséquence le problème - plus pra- origine: en effet l’ordre est conféré avec un
tique - de l’obéissance que tout catholique sacrement approprié tandis que la juridiction
doit à la hiérarchie et particulièrement au est donnée par mission canonique; et ils [se
Pape (3). Notre position est la suivante: Paul différencient] par leur propriété, car l’usage
VI et Jean-Paul II ne jouissent pas de valide de l’ordre, dans la majeure partie des
l’Autorité pontificale divinement assistée (ils cas, ne peut être enlevé, alors que la juridic-
ne sont pas formellement papes), aussi - en tion peut être révoquée. Ils sont cependant en
ce qui concerne l’obéissance - le problème ne rapport mutuel, car la juridiction suppose
se pose-t-il pas puisque ce n’est qu’à l’autori- l’ordre et vice-versa l’exercice de l’ordre est
té légitime que l’on est tenu d’obéir. Par réglé par la juridiction” (5).
contre Mgr Lefebvre et sa Fraternité recon- La publication du nouveau missel (1969)
naissent la légitimité de ceux qui ont promul- soulève pour les opposants à Vatican II la
gué le Concile et les réformes ultérieures première difficulté pratique: ou bien conti-
(“mauvais Pape, mais Pape”), ce pour quoi nuer et organiser partout - avec de “vieux”
ils furent rapidement contraints à théoriser la livres liturgiques - l’exercice du pouvoir
25

d’ordre (Messe, sacrements...) même sans la dement (can. 882), de même qu’il peut le
jouissance du pouvoir de juridiction; ou bien faire, selon la prescription du canon 209 (6),
s’abstenir des actes du ministère en cas de pri- en cas de doute positif et probable (de pos-
vation de la mission canonique venant de la séder ou non la juridiction) ou bien d’erreur
“hiérarchie”. En pratique, (et non sans de commune (les pénitents pensent de façon er-
nombreux accrocs à la règle) l’abbé de Nantes ronée que le prêtre a la juridiction) (7). Il
fut seul à choisir la seconde voie, tandis que était cependant évident que les canons invo-
tous les autres empruntaient la première. qués ne suffisaient pas à justifier la pratique
de confesser habituellement et constamment
La position de la Fraternité de 1975-76 à sans juridiction, ce pour quoi Mgr Lefebvre
1980. Critique de cette position étendait le cas de danger de mort physique
du pénitent - prévu par le code - à celui de
Pour Ecône, si le problème ne se posait péril de mort spirituelle dans lequel se trou-
pas entre 1970 et 1974, période durant la- vent tous les catholiques vue la situation ac-
quelle la Fraternité Saint Pie X fut canoni- tuelle de l’Eglise. N’était-ce pas raisonner
quement approuvée, avec la suppression de “comme si” on ne reconnaissait plus de fait
la Fraternité le 6 mai 1975, le retrait des la légitimité de la hiérarchie et la validité des
lettres dimissoriales requises pour ordonner nouveaux sacrements? Et en effet Mgr
les séminaristes (27 octobre 1975), et la sus- Lefebvre hésita - au cours de l’été 76 - sur la
pense de l’autorisation de conférer les légitimité de Paul VI; mais après avoir été
ordres sacrés pour Mgr Lefebvre (12 juin reçu en audience (11 septembre) il opta
1976), il se posa alors de la façon la plus dra- pour la légitimité, décision devenue officiel-
matique: à partir de 1976, les prêtres ordon- le avec la fameuse déclaration du 8 no-
nés dans la Fraternité seraient donc suspens vembre 1979 intitulée: ‘Position de Mgr
a divinis (interdiction de célébrer la Messe Lefebvre sur la nouvelle messe et sur le Pape’
et d’administrer les sacrements), exactement (Cor Unum, n. 4, pp. 1-9), qui prit forme elle
comme l’avait été leur fondateur (22 juillet aussi dans le climat qui suivit l’audience ac-
1976). Une fois la décision prise d’adminis- cordée par Jean-Paul II à Mgr Lefebvre le
trer les sacrements sans les juridictions re- 18 novembre 1978. Cette position (recon-
quises - et ce furent les ordinations du 29 naissance théorique de la légitimité de Paul
juin 1976 - on se trouva face à une nouvelle VI et de Jean-Paul II, mais action pratique
difficulté: dans cette situation, si certains sa- comme si cette reconnaissance n’existait
crements sont de toutes façons administrés pas) devint l’un des points faibles de son
validement en vertu du pouvoir d’ordre, qui mouvement. Voyons comment, à l’époque,
est inamissible, d’autres sacrements le cardinal Seper, délégué de Paul VI et de
(Pénitence et Mariage) requièrent justement Jean-Paul II à l’examen de la cause traditio-
- sous peine d’être administrés invalidement naliste, exposait le problème: “Et votre
- cette juridiction qui faisait défaut. Si pour ‘praxis’ - objectait le cardinal Seper à Mgr
le sacrement de mariage la solution est rela- Lefebvre dans la lettre du 28 janvier 1978 -
tivement facile (le canon 1098 prévoit, dans ne corrige point les choses. En effet, vous or-
certains cas, la dispense de la forme cano- donnez des prêtres contre la volonté formelle
nique), le sacrement de pénitence présentait du Pape et sans les ‘litteræ dimissoriæ’ re-
et présente de plus grandes difficultés: la né- quises par le Droit Canonique: vous envoyez
cessité de la juridiction du confesseur sur le des prêtres ordonnés par vous dans des prieu-
pénitent est en effet requise par la nature rés où ils exercent leur ministère sans l’autori-
même du sacrement tel qu’il a été institué sation de l’Ordinaire du lieu: vous faites des
par le Christ et ne relève donc pas seule- discours propres à répandre vos idées dans
ment du droit ecclésiastique (Concile de des diocèses dont l’évêque vous refuse son
Florence, DS 1323; Concile de Trente, DS consentement: avec des prêtres que vous avez
1686; Pie VI, Auctorem fidei, DS 2637; Saint ordonnés et qui ne dépendent en fait que de
Thomas, Suppl. q. 8, a. 4.). Le droit prévoit, vous, vous commencez, que vous le vouliez
il est vrai, des cas dans lesquels l’Eglise sup- ou non, à former un groupement propre à de-
plée à la juridiction (‘Ecclesia supplet’) man- venir une communauté ecclésiale dissidente.
quante du prêtre: en cas de danger de mort A ce propos il faut relever l’étonnante décla-
par exemple, tout prêtre peut absoudre vali- ration que vous avez faite (Conférence de
26

presse du 15/9/1976, dans Itinéraires, déc.


1976, pp. 126-127) au sujet de l’administra-
tion du sacrement de pénitence par les prêtres
que vous avez illicitement ordonnés et qui ne
sont pas pourvus de la faculté d’entendre les
confessions. Vous estimiez que ces prêtres
avaient la juridiction prévue par le Droit ca-
nonique pour les cas de nécessité: ‘Je pense -
disiez-vous - que nous nous trouvons dans
des circonstances non pas physiques, mais
morales extraordinaires.’ N’était-ce pas rai-
sonner comme si la hiérarchie légitime
avait cessé d’exister dans les régions où ces
prêtres se trouvaient?” (8). La réponse de
Mgr Lefebvre, tout à fait pertinente sur les
questions doctrinales, ne le fut pas par
contre sur celles qui l’auraient amené - logi-
quement - à nier de droit (et pas seulement
de fait) la légitimité du “Pape” et des
“évêques” (9). Dans sa réponse du 26 février
1978, Mgr Lefebvre resta dans le vague (10)
aussi la question fut-elle reposée par le car-
dinal Seper, en termes presque identiques, le
16 mars (11), puis - de façon plus diffuse -
dans l’interrogatoire des 11-12 janvier 1979
(12). A la fin de l’interrogatoire, Seper revint L’abbé François Pivert, membre et inspirateur de la
encore une fois sur la question: “un évêque, - commission canonique
c’est ainsi qu’il résume la position de Mgr
Lefebvre - jugeant en conscience que le Pape gique définitive: “Toutefois, cette question
et l’Episcopat n’exercent plus en général leur est trop grave et trop importante pour que je
autorité en vue d’assurer la transmission fidè- puisse répondre immédiatement. Je préfère
le et exacte de la foi, peut légitimement, pour donc suspendre ma réponse” (13). Les col-
maintenir la foi catholique, ordonner les loques avec le “Saint-Office” en restèrent là,
prêtres sans être évêque diocésain, sans avoir et il n’y eut aucune réponse ultérieure...
reçu de lettres dimissoires et contre la prohi- Jusqu’alors la position de la Fraternité
bition formelle et expresse du Pape, et attri- Saint Pie X était contradictoire - du fait de la
buer à ces prêtres la charge du ministère ec- position sur l’autorité du Pape - mais se limi-
clésiastique dans les divers diocèses. (…) tait à postuler une “suppléance” de l’Eglise
Cette thèse est-elle conforme à la doctrine tra- pour la seule administration des sacrements.
ditionnelle de l’Eglise à laquelle vous enten- De fait, nous aussi invoquons dans ce but
dez vous tenir?”. La réaction de Mgr une suppléance (pas tant de l’Eglise que du
Lefebvre fut immédiate: “Vous me tendez un Christ, comme nous allons le voir par la
piège !”. La réponse plus méditée ne fut pas suite), pour l’exercice licite et valide du pou-
meilleure. D’abord le pragmatisme: “Non. voir d’ordre (et exclusivement du pouvoir
Je n’ai pas agi en partant d’un principe d’ordre). La position correcte sur le problè-
comme celui-là. Ce sont les faits, les circons- me et la critique à cette première déviation
tances où je me suis trouvé qui m’ont de la Fraternité est parfaitement exprimée
contraint à prendre certaines positions (...)”. par l’abbé Belmont dans le passage suivant
Puis un argument qui l’autocondamnait: “Je publié dans les Cahiers de Cassiciacum:
pense que l’histoire peut fournir des exemples “Nous admettons parfaitement que dans
d’actes semblables posés, en certaines cir- la situation d’anarchie (au sens propre) (14) où
constances, non pas ‘contra’, mais ‘præter vo- nous nous trouvons, il y a suppléance divine
luntatem Papæ’” [mais justement Mgr en faveur des fidèles en ce qui concerne le
Lefebvre agissait ‘contre’ et pas ‘au-delà’ de pouvoir de sanctification de l’Eglise (15). Mais,
la volonté du “pape”]. Enfin la reddition lo- semble-t-il, trois facteurs sont nécessaires
27

pour l’existence d’une telle suppléance (hor- Fraternité Saint Pie X, fait contre lequel ré-
mis celles expressément prévues par le Droit): agissait précisément l’article cité de l’abbé
- la nécessité générale et non un cas parti- Belmont. “Dans un acte daté du premier mai
culier; 1980, Mgr Lefebvre accorde à ses prêtres
- l’impossibilité du recours à l’Autorité. nombre de pouvoirs et facilités canoniques ou
C’est l’Autorité qui est juge des actes sacra- liturgiques. Il justifie ainsi cette délégation:
mentels que nous devons accomplir; une dé- ‘En vertu des facultés accordées aux
faillance accidentelle de l’Autorité ne peut Ordinaires par la Lettre Apostolique
donner place à une suppléance. Si la défaillan- Pastorale Munus du 30 novembre 1963, fa-
ce est essentielle et habituelle, c’est l’existence cultés accordées à tous les Evêques des
même de l’autorité qui est en cause (16); Missions et étendues désormais à toute
- un fondement réel dans celui qui doit l’Eglise, nous déléguons les pouvoirs sui-
agir en vertu d’une suppléance. Un tel fonde- vants…’ ” (18).
ment ne peut être que le Caractère imprimé Il s’agissait de la première édition des
par le Sacrement de l’Ordre. “Ordonnances concernant les pouvoirs et fa-
C’est parce que le prêtre catholique possè- cultés des membres de la Fraternité
de ce Caractère sacerdotal que Notre Sacerdotale Saint Pie X” (19).
Seigneur Jésus-Christ et l’Eglise suppléent Laissant de côté toute considération sur
pour la mise en œuvre de ce Caractère dont les questions de la légitimité de Paul VI
l’exercice normal est empêché pour le plus (promulgateur de la Lettre Apostolique
grand dommage des âmes. Pastorale Munus) et l’existence canonique
Sont donc exclus les actes de pure juridic- de la Fraternité Saint Pie X (pp. 2 et 3),
tion (dispenser d’un empêchement de mariage, l’abbé Belmont notait d’abord deux choses:
accorder une indulgence) qui ne sont pas la 1) En 1980, Mgr Lefebvre n’était pas un
mise en œuvre du Caractère sacramentel, et les Ordinaire, et encore moins un Ordinaire du
actes dont le prêtre n’est que le ministre extraor- lieu: les “facultés” éventuellement concé-
dinaire (confirmer, donner les ordres mineurs). dées par Paul VI aux Ordinaires du lieu ne
Dans le cas du Sacrement de Pénitence, la lui étaient donc pas destinées. La chose était
suppléance ne donne pas de juridiction, mais évidente, mais maintenant - dans la nouvelle
le Christ et l’Eglise suppléent au défaut de ju- édition des “Ordonnances”, celle de 1997
ridiction dans chaque absolution, parce que que nous publions partiellement - Mgr
le prêtre est, par son Caractère sacerdotal, Fellay, lui aussi, admet candidement: “Mgr
métaphysiquement ordonné à donner une Lefebvre, comme évêque et comme supérieur
telle absolution. La juridiction normalement général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie
nécessaire ne donne pas au prêtre le pouvoir X, bien que n’étant plus Ordinaire du lieu
de confesser, elle lui donne un sujet sur lequel comme il l’était à Dakar, estima jouir d’une
exercer son pouvoir” (17). suppléance lui permettant, en faveur des fi-
La position défendue par l’abbé Belmont dèles, de concéder à ses prêtres des facultés
dans le dernier numéro des Cahiers de analogues. Il les promulgua par ses
Cassiciacum (1981) est aussi la nôtre, et se Ordonnances à l’usage de la Fraternité, le 1er
distingue autant de celle qui nie absolument mai 1980, en suivant la formula facultatum
la licéité d’un ministère privé de juridiction decennalium de 1960” (p. 10). La Fraternité
(abbé de Nantes, certains sédévacantistes...) change donc ses propres arguments: en 1980
que de celle qui considère comme licite ce Mgr Lefebvre, se basant sur un acte de Paul
ministère “contre” la volonté même du VI, pensait pouvoir “déléguer” des facultés
“Pape”, position qui - de fait - fut celle de la qui lui revenaient en tant qu’Ordinaire. En
Fraternité Saint Pie X de 1976 à 1980. 1997 Mgr Fellay affirme que ces pouvoirs ne
concernaient pas Mgr Lefebvre qui n’était
Les “Ordonnances” de 1980: première usur- plus Ordinaire, mais qu’il les avait reçus par
pation des pouvoirs de juridiction réservés “suppléance”.
au Pape 2) Des 51 pouvoirs “délégués” par Mgr
Lefebvre, 36 ne se trouvent pas dans
Ce n’est pas un hasard si j’écris: jusqu’en Pastorale Munus, 4 ont été étendus par rap-
1980. Car à cette date survint un fait qui aggra- port à la concession de Paul VI, et 3
va considérablement la position de la n’étaient pas délégables (cf. Belmont, p. 4).
28

L’abbé Belmont en concluait que “quoi- tés ont été maintenues dans les Ordon-
qu’il en soit de l’Autorité de Paul VI, cette délé- nances de 1997 et, en ce qui concerne les dis-
gation de pouvoirs aux prêtres de la Fraternité penses matrimoniales, sont devenues le
Saint Pie X est nulle et sans valeur propre. Il n’y “fondement” d’un développement ultérieur
a là-dessus aucun doute possible. On ne peut al- des “pouvoirs” de la Fraternité: pouvoir des
léguer le fait que Mgr Lefebvre utilise les pou- Tribunaux canoniques en ce qui concerne
voirs très étendus dont il jouissait comme les annulations de mariages (Cf. le docu-
Evêque missionnaire, car (…) Mgr Lefebvre ment de Mgr Tissier que nous publions dans
n’est plus Ordinaire des Lieux de Mission; et le ce numéro, repris de Cor Unum, n. 61, III, 3
serait-il encore, il ne pourrait déléguer que dans p. 42,) (20). Nous reviendrons sur cette “fa-
les limites géographiques de sa juridiction” (p. culté”; notons toutefois que depuis 1980
5). Un prêtre de la Fraternité qui avait lu, déjà, la Fraternité Saint Pie X s’était arrogé
avant la publication, les observations de l’abbé des pouvoirs purement juridictionnels qui
Belmont, admit que Mgr Lefebvre ne pouvait sont le privilège du Pape et de ses délégués...
pas déléguer ces pouvoirs en tant qu’Ordinaire Voilà quelle était la situation de la
(“ce serait un peu fort en effet”, écrivait-il), Fraternité - pour ce qui regarde notre sujet -
mais sur la base de la suppléance de l’Eglise de 1980 à 1988, date à laquelle Mgr
(p. 8). L’abbé Belmont répondait par le texte Lefebvre - après l’échec des pourparlers
que nous venons de citer, rappelant qu’une avec le Vatican - consacra quatre évêques
suppléance de l’“Eglise” (en l’occurrence du “auxiliaires” avec Mgr de Castro Mayer.
Christ), en dehors des cas prévus par le Droit,
n’est concevable qu’en faveur du pouvoir de Les consécrations de 1988. Evêques sans
Sanctification, et non pour exercer le pouvoir juridiction?
de gouvernement des âmes.
Sur la base de ce principe, l’abbé Prévues depuis 1983 au moins, annoncées
Belmont dénonçait en particulier deux facul- en 1987, finalement les consécrations épisco-
tés accordées invalidement par Mgr pales, d’abord fixées en accord avec Ratzinger,
Lefebvre à la Fraternité et à ses prêtres: la eurent lieu en 1988 sans mandat romain (au
faculté de Confirmer et celle de dispenser cours de la cérémonie, lecture fut faite cepen-
des empêchements matrimoniaux. Ces facul- dant d’un grotesque “mandat apostolique”
écrit, non par le Pape, mais par la Fraternité et
Mgr Tissier de Mallerais dans lequel il était prétendu qu’un mandat de
l’“Eglise Romaine” - mise en opposition “aux
autorités de l’Eglise Romaine” - avait été reçu
pour les consécrations) (21).
Par le Motu proprio Ecclesia Dei adflicta,
Jean-Paul II déclara Mgr Lefebvre excom-
munié et son mouvement schismatique. Mgr
Lefebvre, par contre, continua à reconnaître
l’autorité de Jean-Paul II, ce qui - à notre
avis - rend illégitimes les consécrations épis-
copales de 1988, étant donné qu’elles furent
accomplies non “præter” mais “contra” la vo-
lonté du “Pape” (non pas au-delà, mais
contre la volonté du “pape”), pour reprendre
l’expression déjà citée de Mgr Lefebvre.
Mais pour suivre le thème que nous nous
sommes fixé, il faut voir si les consécrations
de 1988 furent accomplies selon la logique -
quoiqu’erronée sur l’autorité de Jean-Paul
II - de la première période de la Fraternité
(1975-1980) ou de la seconde (à partir de
1980), à savoir si Mgr Lefebvre attribuait à
ses “évêques” une suppléance exclusivement
pour exercer le pouvoir d’ordre en faveur de
29

la sanctification des âmes, ou bien s’il leur Dans ce texte de l’abbé Pivert (qui est,
attribuait aussi une véritable juridiction - cela ne fait aucun doute, l’un des “théolo-
quoique de suppléance - pour le gouverne- giens” inspirateurs des Commissions cano-
ment des âmes. Il faut en effet distinguer niques) on ne comprend pas si cette “juridic-
dans l’épiscopat le pouvoir d’ordre (qui tion” qu’il attribue aux évêques lefebvristes
donne à l’évêque le pouvoir par exemple subsiste uniquement pour administrer licite-
d’ordonner des prêtres et de confirmer) et le ment les sacrements d’Ordre et de Con-
pouvoir de juridiction: le premier provient firmation, ou bien si, en janvier 1988 il théo-
du rite de la consération épiscopale, le se- risait déjà une autorité de ces évêques sur les
cond par contre vient du Pape (normale- fidèles. C’est cette seconde hypothèse qui est
ment par l’intermédiaire du mandat pontifi- devenue petit à petit la position de la
cal). Les évêques consacrés sans approba- Fraternité et de Mgr Lefebvre lui-même,
tion pontificale ont donc le pouvoir d’ordre comme nous l’avons déjà dénoncé dans au
mais pas celui de juridiction. Consacrer des moins trois articles de Sodalitium (27). Deux
évêques - dans la situation actuelle - est lici- lettres de Mgr Lefebvre (4 décembre 1990 et
te, à condition de ne pas attribuer à ces 20 février 1991) en vue de la consécration
évêques un pouvoir de juridiction qu’ils ne épiscopale de Mgr Rangel attribuaient au
peuvent recevoir que du Pape, mais seule- futur évêque le caractère de successeur de
ment un pouvoir d’ordre. C’est, brièvement, Mgr de Castro Mayer comme évêque de
la ligne suivie par Mgr M.L. Guérard des Campos en tant que désigné par les prêtres
Lauriers et par nous-mêmes à sa suite (22). fidèles et par le peuple, desquels il aurait
Mgr Lefebvre semblait avoir adopté lui même reçu une véritable juridiction. Pour sa
aussi - dans un premier temps - cette posi- part, l’abbé Laguérie n’hésitait pas à se
tion: non seulement il donnait comme but de considérer comme curé de Saint-Nicolas-du -
la consécration l’exercice du pouvoir d’ordre Chardonnet... En public, c’est dans le dis-
[“Le but principal de cette transmission est de cours sur Juridiction de suppléance et sens
conférer la grâce de l’ordre sacerdotal pour la hiérarchique qu’il tint à Paris le 10 mars 1991
continuation du vrai Sacrifice de la Sainte (Mgr Lefebvre était encore en vie) aux
Messe, et pour conférer la grâce du sacrement Cercles de la Tradition catholique (28) que
de confirmation aux enfants et aux fidèles qui Mgr Tissier de Mallerais exprima publique-
vous la demandent”] (23) mais il excluait ex- ment - pour la première fois je crois - l’opi-
plicitement pour ses évêques un pouvoir de nion de la Fraternité Saint Pie X sur la ques-
juridiction: “S’il fallait un jour consacrer des tion. Cette thèse défendue par l’évêque le-
évêques - écrivait-il le 27 avril 1987 - ceux-ci febvriste, voici comment lui-même la résu-
n’auraient pour fonction épiscopale que me: “Vos prêtres - ce sont vos prêtres - vos
d’exercer leur pouvoir d’ordre et n’auraient évêques, vos paroisses de tradition, n’ont pas
pas de pouvoir de juridiction, n’ayant pas de d’autorité ordinaire, mais une autorité extra-
mission canonique” (24). ordinaire, une autorité de suppléance” (p. 94)
Cependant avant même les consécrations qui constitue une hiérarchie, elle aussi de
épiscopales, on avait commençé à appliquer suppléance, définie par lui comme “la hiérar-
aussi à ce cas la théorie de la “juridiction sup- chie de la Tradition” (p. 106). La juridiction -
pléée”, invoquée précédemment uniquement de suppléance - que Mgr Tissier attribue à la
pour l’administration des sacrements. Les hiérarchie de la Fraternité - la hiérarchie de
évêques éventuellement consacrés par Mgr la Tradition - ne se limite pas à rendre licites
Lefebvre devaient jouir d’une véritable juri- et valides les actes sacramentaux: elle s’étend
diction, reçue non du Pape mais de l’Eglise, au pouvoir d’enseigner avec autorité le trou-
laquelle pourrait agir sans (et même contre) peau des fidèles qui le requièrent (pp. 96-98).
le Pape qui en est le chef visible (25). Dans un De là à créer de véritables Tribunaux “de
opuscule sur les futures consécrations ap- Tradition”, le pas est vite franchi, et il était
prouvé par Mgr Lefebvre, l’un des membres même déjà franchi, à l’insu de tous et par
actuels de la Commission canonique, l’abbé Mgr Lefebvre en personne... Les documents
Pivert, invoquait déjà, sans aucun fondement, authentiques de la Fraternité que nous avons
le can. 20 pour justifier les consécrations épis- publiés et que nous commentons ici sont la
copales et l’exercice par ces évêques d’une démonstration sans discussion possible de ce
vraie juridiction (de suppléance) (26). que nous venons d’écrire.
30

Les Tribunaux canoniques de la Fraternité dans l’Eglise, le pouvoir d’ordre et le pouvoir


s’attribuent un véritable pouvoir de juridic- de juridiction; ‘allez dans le monde entier prê-
tion pour gouverner les fidèles cher l’Evangile’ docete omnes gentes ‘ensei-
gnez à toutes les nations’, cela, c’est le pouvoir
Il n’est certes pas difficile de démontrer de juridiction. ‘Enseignez’ ou encore ‘ensei-
cette assertion, car le fait est admis sponta- gnez-leur à respecter tout ce que je vous ai
nément par Mgr Tissier de Mallerais lui- commandé’, à garder les commandements de
même: “c’est une vraie juridiction et non une Dieu: dirigez le troupeau, c’est le pouvoir de
exemption du droit et de l’obligation que les juridiction” (l. c., pp. 96-97). Ces paroles dans
fidèles ont de recevoir une sentence. Donc leur sens évident signifient que la Fraternité
nous avons pouvoir et devoir de porter de s’attribue - bien que par suppléance - le pou-
vraies sentences, ayant potestatem ligandi vel voir d’enseigner avec autorité, ce qui dépend
solvendi [de lier et de délier]. Elles ont donc du pouvoir de juridiction, et pas seulement la
valeur obligatoire. (…) Nos sentences ne sont capacité d’exhorter au bien, ce qui peut dé-
pas de simples avis privés (...)” car “il faut un couler du pouvoir d’ordre. Cette interpréta-
pouvoir au for externe public” (Cor unum, n. tion est absolument certaine pour ce qui
61, IV, 4, p. 43). concerne la personne de Mgr Lefebvre,
La Fraternité s’attribue donc - même s’il puisque dans un article publié en 1989 dans la
s’agit de suppléance - le pouvoir de juridic- revue Fideliter (n. 72, p. 10) Mgr Bernard
tion, et plus exactement le pouvoir de juridic- Tissier de Mallerais considère Mgr Lefebvre
tion au for externe, pouvoir qui a “des effets non seulement comme une voix du magistère
juridiques publics” (29). Nous rappelons que mais comme étant le magistère lui-même, en
cette juridiction “est immédiatement destinée oubliant que n’étant plus évêque résidentiel,
à gouverner les fidèles en vue de l’obtention de Mgr Lefebvre n’était même plus membre de
la vie éternelle” et non destinée “à sanctifier la hiérarchie de juridiction ni un organe du
les âmes à travers l’offrande du sacrifice de la magistère ecclésiastique. “Que reste-t-il du
Messe et de l’administration des sacrements”, magistère dans l’Eglise? - écrivait Mgr Tissier
ce qui est propre au pouvoir d’ordre (29). La - Il est de foi que le Seigneur a doté son Eglise
juridiction ainsi définie “s’exerce tant par l’en- d’un Magistère vivant et perpétuel, c’est-à-dire
seignement autorisé des vérités révélées (ma- de voix pontificale et épiscopales qui, à chaque
gistère sacré) tant par la promulgation des lois époque et dans le présent, se font l’écho de la
(pouvoir législatif), par l’authentique décision révélation divine, le relais de la tradition. Eh
des causes nées entre les sujets (pouvoir judi- bien, ce magistère, au moins quant aux vérités
ciaire), par l’application de sanctions pénales niées par les conciliaires, c’est en Mgr
contre les transgresseurs de la loi (pouvoir Lefebvre que nous le trouvons de manière
coercitif). Ce sont ces trois dernières fonctions sûre. C’est lui, le véritable écho de la tradition,
qui font de l’Eglise une société parfaite [tout le témoin fidèle, le bon pasteur, que les brebis
comme l’Etat]” (ibidem). simples ont su discerner au milieu des loups
La Fraternité, en s’attribuant ce pouvoir couverts de peaux de brebis. Oui, l’Eglise a un
de juridiction, s’arroge en fait le pouvoir de magistère vivant et perpétuel et Mgr Lefebvre
gouverner les fidèles (potestas regiminis), en est le sauveur. L’indéfectibilité de l’Eglise,
pouvoir qui est propre à l’Eglise. Elle ne s’est c’est l’Archevêque inflexible (…)”.
pas privée de s’attribuer les divers pouvoirs S’il en est ainsi, où trouver donc le ma-
dans lesquels s’exerce la susdite juridiction. gistère vivant et perpétuel ainsi que l’indé-
fectibilité de l’Eglise après le décès de Mgr
La Fraternité s’attribue le pouvoir de Lefebvre? Serait-ce chez les évêques consa-
Magistère propre à l’Autorité ecclésiastique crés par lui? Un théologien de la Fraternité
Saint Pie X, l’abbé Arnaud Sélégny, qui
Dans la conférence tenue à Paris en 1991 était alors professeur au séminaire Saint-
que nous avons déjà citée, Mgr Tissier de Curé-d’Ars de Flavigny, l’a soutenu dans la
Mallerais attribuait aux prêtres et aux revue Le Sel de la terre (n. 1, pp. 39-50 et n.
évêques de la Fraternité une juridiction de 3, pp. 51-61). Nous reprenons ce que nous
suppléance. Or, lui-même par pouvoir de ju- avions déjà publié à ce propos dans
ridiction, entend surtout pouvoir d’enseigner: Sodalitium (n° 33, oct. 1993, p. 52). A notre
“On distingue, vous le savez certainement, avis, “on attribue à la Fraternité et à ses
31

évêques les caractères propres à la seule crations du 30 juin 1988 ne sont pas suffi-
Eglise catholique et aux évêques dotés d’au- santes - c’est le moins que l’on puisse dire -
torité par le Pape. Pour Sélégny, les consécra- pour assurer cette nécessaire indéfectibilité.
tions du 30 juin 1988 sont ‘une preuve de l’in-
défectibilité de l’Eglise’ (Le Sel de la terre, n. La Fraternité s’attribue le pouvoir législatif
1, p. 38), et qui plus est: ‘cela montre (…) la propre à l’Autorité ecclésiastique
nécessité des sacres du 30 juin 1988; car, pour
que l’on puisse parler de l’indéfectibilité de Faire des lois est le propre de l’Autorité
l’Eglise, il faut qu’à toutes les époques et à (cf. Sodalitium n° 48, pp. 6-7). Or la Fra-
tous les moments de son histoire, il y ait un ternité s’attribue la faculté de légiférer en
magistère qui prêche infailliblement et des fi- matière ecclésiastique. Elle s’attribue donc
dèles qui adhèrent de même à cet enseigne- l’Autorité ecclésiastique.
ment, quel que soit le nombre effectif de ces La mineure du raisonnement n’est pas
Evêques et de ces fidèles. Mgr Lefebvre (…) difficile à prouver.
ne pouvait pas ne pas donner à l’Eglise le D’abord, il s’agit d’une conséquence im-
moyen de sauvegarder son indéfectibilité. plicite du pouvoir de juridiction au for exter-
Tradidi quod et accepi: c’est maintenant à ne que s’attribue la Fraternité, comme nous
nous, sous la direction du magistère, de gar- l’avons déjà démontré. Or, dans ce pouvoir
der ce dépôt’ (Le Sel de la terre, n. 3, p. 66). est compris le pouvoir législatif. Ergo.
Le professeur des jeunes séminaristes de Ensuite dans les faits la Fraternité s’attri-
la Fraternité (!), l’abbé Sélégny, affirme bue ce pouvoir, au moins dans deux cas:
pourtant explicitement: créer une nouvelle législation canonique, et
a) que seuls les Evêques de la Fraternité s’attribuer le pouvoir de dispenser.
assurent l’indéfectibilité de l’Eglise; Examinons le premier cas. Il fut un temps,
b) qu’ils sont les seuls à exercer le magis- et peut-être en est-il encore de même au-
tère infaillible. jourd’hui, où les candidats au sacerdoce de la
Positions absurdes, puisque c’est exclusi- Fraternité devaient jurer - entre autres - d’ac-
vement par l’intermédiaire du Souverain cepter la position qui serait prise par les supé-
Pontife que le pouvoir magistériel est trans- rieurs vis-à-vis du nouveau code de droit
mis aux Evêques. Or le Souverain Pontife n’a canon. Aujourd’hui ces décisions ont été
jamais accordé un tel pouvoir à ceux de la prises, comme on peut le déduire des
Fraternité (…)”. “Ordonnances...” de 1997, en appliquant au
Mgr Lefebvre, nous l’avons rappelé, droit de l’Eglise le principe lefebvriste du
ayant renoncé aux diocèses de Dakar et de “filtre”, de la “passoire” ou du “tamis” (30)
Tulle n’était plus un organe du magistère ec- déjà évoqué, principe déjà appliqué précé-
clésiastique; toutefois, pendant de longues demment au magistère et à la discipline:
années, il exerça - avec Pierre et sous Pierre “nous acceptons les nouveautés conformes à
- cette tâche. Par contre, les évêques qu’il a la Tradition et à la Foi. Nous ne nous sentons
consacrés (de même que ceux qui ont été pas liés par l’obéissance à des nouveautés qui
consacrés par Mgr Thuc) n’ont jamais reçu vont contre la Tradition et menacent notre
du Pape un tel office, et ne peuvent exercer Foi” (31). Autrement dit les autorités de la
en aucune façon, et n’ont jamais exercé, le Fraternité s’attribuent le pouvoir de choisir
pouvoir d’enseigner dans l’Eglise en tant (“hérésie”, en grec signifie justement
que docteurs authentiques (et encore moins, “choix”) dans le magistère et dans la législa-
infaillibles!). tion de Jean-Paul II ce qui est considéré
Il nous semble avoir démontré la thèse comme “traditionnel”, et d’écarter le reste.
de ce chapitre: “La Fraternité s’attribue le Voici comment les “Ordonnances” de 1997 (à
pouvoir de Magistère propre à l’Autorité ec- la p. 4) appliquent le principe susdit au nou-
clésiastique ”. Il nous semble avoir prouvé veau code de droit canon promulgué par
que cette prétention est infondée. Le problè- Jean-Paul II: “le nouveau code de droit canon,
me de l’indéfectibilité de l’Eglise (et par promulgué le 25 janvier 1983, imbu d’œcumé-
conséquent aussi celui de l’indéfectibilité de nisme et de personnalisme, pèche gravement
son pouvoir de magistère) demeure: il s’agit contre la finalité même de la loi... (32). Aussi
d’une question vitale mais qui est en dehors suivons-nous en principe le code de 1917 (avec
de notre sujet (29 bis); en tous cas, les consé- les modifications introduites postérieurement).
32

Cependant, dans la pratique et sur des points pense, autrement dit l’exonération de l’obser-
précis, nous pouvons accepter du nouveau vance d’une loi dans un cas spécial, peut être
code ce qui correspond à un développement concédée par le législateur, par son successur
homogène, à une meilleure adaptation aux cir- ou supérieur, ou par celui auquel ceux-ci ont
constances, à une simplification utile; nous ac- concédé la faculté de dispenser” (31 bis). Les ca-
ceptons aussi en général ce que nous ne pou- nons suivants (81-82-83) précisent que le
vons refuser sans nous mettre en porte-à-faux pouvoir ordinaire de dispenser est l’apanage
avec la législation reçue officiellement, lorsque du Pape pour les lois générales de l’Eglise,
la validité des actes est en jeu. Et dans ce der- et de l’Ordinaire (et non du Curé) pour les
nier cas, nous renforçons notre discipline pour lois particulières.
la rapprocher de celle du code de 1917 (cf. Cor En particulier, les dispenses aux empê-
Unum, n. 41, pp. 11-13)”. Etant donné que le chements matrimoniaux sont du ressort du
code de 1983 remplace celui de 1917, com- Pape (canon 1040) par l’intermédiaire des
ment deux législations qui s’excluent peu- Congrégations romaines; les dispenses aux
vent-elles subsister dans l’Eglise? Si Jean- irrégularités pour recevoir l’Ordre sacré
Paul II est Pape, l’unique législation en vi- sont du ressort de l’Ordinaire du lieu (can.
gueur est celle de 1983. S’il ne l’est pas, celle 990), et les dispenses des vœux réservés re-
de 1983 n’existe pas, et celle de 1917 subsiste. viennent encore au Pape (can. 1309). Quels
Pour la Fraternité Saint Pie X par contre les que soient les cas, je souligne pour le lecteur
deux codes de lois sont en vigueur; tous les le principe général en ce qui concerne les
deux. Ou plutôt: un troisième code est en vi- dispenses: c’est que la dispense est toujours
gueur, dont l’auteur n’est ni Benoît XV (qui un acte de juridiction - et par conséquent
promulgua celui de 1917) ni Jean-Paul II (au- d’autorité - qui revient au législateur (ou à
teur de celui de 1983) mais Mgr Fellay, supé- son délégué).
rieur général de la Fraternité, et ses collabo- La “mineure” de notre raisonnement (la
rateurs: un code composé “en principe” des Fraternité s’attribue le pouvoir de dispenser
lois de 1917, et composé “en pratique”, dans de la loi) est incontestable, et est largement
certains cas, de celles de 1983, toujours par un démontrée par les documents que nous pu-
hybride de ces deux législations avec l’ad- blions. Est attribué, en particulier, aux “au-
jonction de nouveautés créées ex novo par la torités” de la Fraternité le pouvoir de dis-
Fraternité (par exemple - à la p. 57 des penser des empêchements matrimoniaux
Ordonnances - les extensions des empêche- (Ordonnances de 1980, pp. 17 et 18,
ments prohibants de mariage pour religion Ordonnances de 1997, chap. V et VI, et p. 8:
mixte, jusqu’à inclure, au moins dans la pra- institution, depuis 1991, de la Commission
tique, les “catholiques conciliaires”!). Il me canonique), et des vœux religieux (dans la
paraît donc prouvé que la Fraternité, de fait Fraternité c’est Mgr de Galarreta qui est
sinon de droit, s’attribue le pouvoir législatif, chargé du travail, avec juridiction non seule-
créant une nouvelle législation canonique qui ment sur les membres de la Fraternité, mais
n’est ni la législation pré-conciliaire ni la lé- aussi sur les ressortissants à d’autres sociétés
gislation post-conciliaire. religieuses: Ordonnances, pp. 43-46; Cor
Mais la Fraternité s’attribue également le unum, n. 61, p. 34).
pouvoir législatif dans les dispenses des em-
pêchements, irrégularités et vœux, et ce, de- La Fraternité s’attribue le pouvoir judiciaire
puis 1980. propre à l’Autorité ecclésiastique
Le pouvoir de dispenser de la loi est en
effet de la compétence exclusive de celui qui Outre le pouvoir de faire les lois, la
peut faire la loi. Fraternité s’attribue-t-elle aussi le pouvoir
Or la Fraternité s’attribue le pouvoir de de juger sur la base de ces lois? La réponse
dispenser de la loi. sera positive si nous constatons l’existence
Par conséquent la Fraternité s’attribue le dans la Fraternité de véritables Tribunaux,
pouvoir législatif dans l’Eglise, ce qui, en de procès, de juges et de sentences. Or la
dernière analyse, est l’apanage de l’Autorité preuve est très facile à fournir: en effet, nous
Suprême. l’avons vu, la Fraternité a institué des
La “majeure” de notre raisonnement est Tribunaux pour “juger des nullités de maria-
clairement exprimée par le canon 80: “la dis- ge” “par divers tribunaux institués ad casum
(Cor unum, I): toute l’étude de Mgr Tissier
de Mallerais que nous avons publiée vise à
la défense de la”légitimité de nos tribunaux
matrimoniaux”. On pourrait nous objecter
qu’il ne s’agit pas de vraies sentences, mais
seulement de conseils ou d’opinions expri-
mées par des théologiens de la Fraternité
pour tutéler la conscience des ses fidèles.
Mais il n’en est pas ainsi. Mgr Tissier de
Mallerais précise explicitement que “nous
avons pouvoir et devoir de porter de vraies
sentences, ayant potestatem ligandi vel sol-
vendi (...). Nos sentences ne sont pas de
simples avis privés...” (IV, 4, p. 43). Il est par
conséquent évident et indéniable que la
Fraternité s’attribue le pouvoir judiciaire.

La Fraternité s’attribue le pouvoir de coerci-


tion propre à l’Autorité ecclésiastique
L’abbé Schmidberger, premier successeur
de Mgr Lefebvre
Cette dernière thèse est un corollaire des
précédentes; en effet le Code de droit canon user pour punir un délit” (p. 68). Ce “on
rappelle que “ceux qui jouissent du pouvoir peut”, à quelles autorités se réfère-t-il? à
de faire des lois ou d’imposer des préceptes celles de l’Eglise ou à celles de la Fraternité?
peuvent également ajouter des peines à la loi Bien sûr également à celles de la Fraternité,
ou au précepte...” (can. 2220 § 1). Etant comme il est prévu plus loin pour l’absolu-
donné que la Fraternité s’attribue, nous tion de la peine (p. 72): “une peine infligée
l’avons vu, le pouvoir législatif, pourquoi ne par un supérieur est soumise à celui-ci, mais
jouirait-elle pas aussi du pouvoir coercitif? Le s’il s’agit d’un supérieur ‘novus ordo’ [il y a
chapitre VII des “Ordonnances” traite juste- donc aussi le cas du supérieur ‘traditionalis-
ment “des délits et des peines”, là où il se dé- te’, n.d.r.] elle peut être soumise au supérieur
clare suivre les peines établies par le nouveau de rang équivalent dans la Fraternité, à charge
code. Les “Ordonnances” insistent surtout pour lui de consulter son confrère ‘novus
sur le “pouvoir” attribué aux prêtres de la ordo’ s’il le juge utile. Toutes les autres peines
Fraternité d’absoudre des peines et de la cen- peuvent être soumises au supérieur de district
sure (pp. 71-75), présentant le cas vraiment (…) où le délit fut perpétré”.
paradoxal de prêtres “excommuniés” qui ab-
solvent des excommunications! Au lieu d’en- En s’attribuant les pouvoirs législatif, judi-
voyer les coupables aux organes compétents ciaire et coercitif indépendamment de tout
tels que la Sacrée Pénitencerie ou l’Evêque pouvoir supérieur, la Fraternité s’institue de
diocésain (nous rappelons que la Fraternité fait Eglise autonome
reconnaît l’autorité de Jean-Paul II) les
“Ordonnances” (p. 72) établissent le principe Nous avons vu antérieurement comment
général que l’on doit s’adresser aux autorités l’Eglise possède les trois pouvoirs - législatif,
de la Fraternité, supérieur général ou prési- judiciaire et coercitif - en tant que société par-
dent de la commission canonique, même faite, c’est-à-dire indépendante, dans la pour-
pour les cas réservés au Saint-Siège! suite de sa fin, de toute autre société. Or la
Mais la Fraternité ne prévoit pas seule- Fraternité s’attribue de fait ces trois pouvoirs
ment la possibilité d’absoudre elle-même des (sans parler du pouvoir magistériel). La
censures et des peines, y compris celles réser- Fraternité s’institue donc société parfaite,
vées au Pape, elle prévoit aussi la possibilité Eglise autonome (même s’il s’agit de sup-
d’infliger elle-même des peines! “Outre les pléance). Et c’est d’autant plus vrai que la
censures latæ sententiæ, il y a les censures fe- Fraternité, tout en reconnaissant un pouvoir
rendæ sententiæ, les peines vindicatives, les re- supérieur, celui de Jean-Paul II, le vide de
mèdes pénaux et les pénitences, dont on peut toute efficacité et réalité en s’attribuant d’un
34

côté des pouvoirs papaux et en interdisant de sion d’attribuer au prêtre qui officie dans la-
l’autre à ses propres fidèles le recours au Pape. dite église le titre de “curé”. L’abbé
Ce dépouillement des pouvoirs du Pape en Laguérie prit tellement au sérieux cette pré-
faveur de l’autorité de la Fraternité est une tention que dans une lettre au Président de
constante dans les documents que nous la république, Mitterand, il s’adressa à lui
sommes en train d’examiner (33). Mgr Tissier comme à son paroissien! (36). Il ne suffit pas
lui-même admet, à propos des Tribunaux de la d’occuper une paroisse pour être curé: voilà
Fraternité: “il est vrai que nos sentences en troi- une évidence qui n’échappe à personne;
sième instance remplacent les sentences de la pour être investi de cette charge il faut être
Rote romaine, qui juge au nom du pape comme nommé par l’évêque local; l’occupation de la
tribunal de troisième instance” (Cor unum, IV, Basilique Saint-Pierre ou de la Basilique du
5, p. 43). Mgr Lefebvre lui-même attribuait Latran ne donnerait pas à l’occupant les
aux Commissions canoniques de la Fraternité pouvoirs du Vicaire du Christ... Mais Mgr
la tâche de faire “dans une certaine mesure Lefebvre ne s’en tint pas au cas de Saint-
suppléance à la défection des Congrégations ro- Nicolas dans sa prétention d’instituer de
maines”. Or les Congrégations romaines “vraies paroisses”. Le 27 octobre 1985, à
constituent avec les Tribunaux la Curie romai- Genève, dans l’homélie de la Messe du
ne (can. 242) et leurs actes sont actes du Saint- Christ-Roi, il prononçait ces paroles: “Je
Siège (can. 7 et 9) (34). Par conséquent la pré- pense que nous devons désormais considérer
tention de la Fraternité et de Mgr Lefebvre de nos lieux de culte comme de véritables pa-
suppléer aux Congrégations romaines équi- roisses. Ce sont nos paroisses, où nous fai-
vaut à prétendre, de leur part, suppléer à rien sons baptiser nos enfants, où nous assistons
moins que le Saint-Siège. au Saint Sacrifice de la Messe, où les enfants
Mais non seulement la Fraternité supplan- reçoivent le véritable sacrement de Con-
te ainsi le Saint-Siège, mais elle interdit à ses firmation, où l’on peut se confesser (…).
fidèles - sous serment - d’y recourir, alors Nous devons aussi recevoir dans nos cha-
qu’elle en reconnaît l’autorité, rappelons-le! pelles tous les sacrements, y compris le sacre-
Qui désire par exemple recevoir de la ment de mariage” (Fideliter, n° 49, janvier-
Fraternité l’annulation de mariage doit jurer février 1986, pp. 20-21). Par la suite, après
“de ne pas approcher un tribunal ecclésiastique les consécrations épiscopales, l’idée d’une
officiel pour lui faire examiner ou juger ma “hiérarchie de la Tradition” a fait son che-
cause” (Cor unum, p. 45), car le principe est min, hiérarchie qui devait suppléer, et sup-
que les fidèles “n’ont pas le droit d’aller aux tri- plante réellement, la “hiérarchie officielle”.
bunaux nouvel ordo” (Cor unum, II, 1, p. 40) Le 10 mars 1991, Mgr Tissier de Mal-
“même si par impossible on pouvait trouver tel lerais résumait ainsi cette thèse: “vos prêtres
ou tel tribunal officiel qui jugeât des causes de - ce sont vos prêtres - vos évêques, vos pa-
mariage selon les normes traditionnelles” (Cor roisses de tradition n’ont pas d’autorité ordi-
unum, IV, 3, p. 43) (35). Or recourir au Saint- naire, mais une autorité extraordinaire, une
Siège est un droit qu’a tout fidèle du fait du autorité de suppléance” (op. cit., p. 94).
primat du Souverain Pontife (can. 1569): inter- Après avoir défini la juridiction comme “un
dire ce recours est une négation pratique du pouvoir du supérieur sur son troupeau, du
primat et une déclaration nette de schisme. pasteur sur ses brebis” (p. 96), Mgr Tissier at-
Une confirmation de ce que je viens de tribue aux prêtres de la Fraternité un trou-
démontrer nous est donnée par l’institution peau qui ne lui serait confié ni par les
par la Fraternité d’une hiérarchie parallèle évêques ni par le Pape, mais par l’“Eglise”:
qui supplée et supplante la hiérarchie offi- “dans la situation de crise - disait-il aux fi-
cielle de l’Eglise, pourtant reconnue comme dèles qui l’écoutaient - il est clair que vos
telle par Ecône... prêtres ne peuvent pas recevoir de leurs supé-
rieurs dans l’Eglise officielle, des évêques dio-
Confirmation de la thèse qui précède: la Frater- césains, ni même du pape, un troupeau, parce
nité a - de fait - institué une hiérarchie parallèle qu’on le leur refuse. Donc cette autorité sur
un troupeau va leur être donnée d’une autre
L’occupation de l’église paroissiale de manière: par suppléance. C’est l’Eglise qui va
Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris avait donner aux prêtres un pouvoir, comme le
offert aux membres de la Fraternité l’occa- pouvoir du pasteur sur son troupeau” (p. 97).
35

Ce texte de Mgr Tissier comporte déjà turée sur le même modèle. “En soi, à l’égard
quelques contradictions. D’abord et avant des fidèles, les simples prêtres n’ont pas
tout il oppose les évêques diocésains et le moins de pouvoirs de suppléance qu’un
Pape (c’est-à-dire l’Eglise hiérarchique) à prieur ou un supérieur de district. Mais par
l’Eglise (en tant que Corps Mystique de disposition pratique, afin de conserver le sens
Jésus-Christ, p. 99): l’Eglise pourrait concé- hiérarchique qui appartient à l’esprit de
der ce que le Pape refuse. Ensuite il semble l’Eglise, et de remettre les cas plus graves à
ignorer ou nier que celui qui donne la juri- une instance plus élevée, certains pouvoirs
diction de suppléance est justement le Pape: sont réservés à l’autorité supérieure, selon
étant donné que Mgr Tissier admet que le une analogie avec la hiérarchie normale,
Pape refuse la juridiction aux prêtres de la d’après les règles suivantes:
Fraternité, on ne voit pas comment ce même * - Les prieurs et les prêtres responsables
Pape pourrait dans le même temps la concé- des chapelles sont équiparés à des curés person-
der. Enfin il attribue à la juridiction de sup- nels, tels les aumôniers militaires [il ne s’agit
pléance la capacité de confier au prêtre un donc pas d’une vraie juridiction de suppléance,
troupeau à gouverner: ce qui implique une cas par cas, mais d’une prélature personnelle,
pluralité de personnes confiées de façon du- qui est une juridiction ordinaire, n.d.r.].
rable à un pasteur. Or Mgr Tissier lui-même * - Les supérieurs de districts, séminaires et
explique peu après comment la juridiction maisons autonomes, ainsi que le supérieur géné-
de suppléance s’exerce au contraire cas par ral et ses assistants, bien qu’ils n’aient en princi-
cas sur de simples individus (p. 99) ( 37). pe de juridiction que sur leurs sujets (prêtres, sé-
Comment parler en ce cas de troupeau? minaristes, frères, oblates, familiers) sont équi-
* - L’ambiguïté de la thèse de Mgr parés à des Ordinaires personnels, tels les
Tissier de Mallerais - telle qu’il l’exposait en Ordinaires militaires, par rapport aux fidèles
1991 - se vérifie également quand il parle - dont leurs prêtres ont la charge d’âme [sic]
pour la première fois, à ma connaissance - [même observation que précédemment, n.d.r.].
d’une “hiérarchie de la Fraternité” ou “hié- * - Les évêques de la Fraternité, dépour-
rarchie de la Tradition” (p. 106). Ce n’est pas vus de toute juridiction territoriale, ont néan-
la hiérarchie de l’Eglise (p. 104) même si elle moins la juridiction supplétoire nécessaire
“lui ressemble” (p. 105. La Fraternité - nous pour exercer les pouvoirs attachés à l’ordre
le savons - n’accepte pas le sédévacantisme, épiscopal et certains actes de la juridiction
elle se considère comme étant toujours en épiscopale ordinaire [ce pour quoi ils reven-
communion avec la hiérarchie de ce qu’elle diquent la juridiction non seulement pour la
nomme “Eglise conciliaire” ou “Eglise offi- sanctification des âmes grâce au pouvoir
cielle ”: Pape et évêques diocésains (p. 104). d’ordre, mais aussi pour le gouvernement
Elle flanque cette hiérarchie d’une hiérar- des âmes, n.d.r.]” (Ordonnances, p. 7).
chie “de suppléance”, la “hiérarchie de la Outre ces structures hiérarchiques paral-
Tradition”. Mais dans les faits le fidèle ne lèles, la Fraternité a créé également en 1991
devra pas s’adresser à la hiérarchie “officiel- la “Commission canonique” et un “évêque
le”, mais toujours et seulement à celle de la chargé des religieux” “pour continuer après
“Tradition”. Etant donné que “la hiérarchie sa mort l’office que Mgr Lefebvre a rempli de
(cf. can. 108 § 3) s’éloigne en grande partie manière supplétoire en ces matières de 1970 à
de la foi catholique, les fidèles ne peuvent gé- 1991” (Ordonnances, p. 8), afin de suppléer
néralement recevoir d’elle les secours spiri- à la défection des Congrégations romaines
tuels sans péril dans la foi” (Ordonnances p. (et là en particulier les dispenses et les sen-
5). C’est pourquoi, “même dans le cas où, de tences des tribunaux de la Fraternité rem-
fait, il n’y a pas de nécessité” (ibidem p. 6), placent - et usurpent - les pouvoirs du Saint-
les fidèles devront recourir à la “hiérarchie Office, de la Sacrée Pénitencerie, de la
de la Tradition”, qui par ailleurs dans la pra- Propagande de la Foi, des Congrégations
tique n’est pas constituée de tous les prêtres pour les Religieux, des Sacrements et des
fidèles à cette tradition, mais de ceux de la Eglises Orientales).
Fraternité. Et la Fraternité comportant déjà La Fraternité a donc créé de fait, sinon de
une hiérarchie structurée (simple prêtre, droit et en principe, une structure hiérarchique
prieur, supérieur de district, supérieur géné- stable qui, pour le fidèle, remplace le curé,
ral) la hiérarchie de la Tradition sera struc- l’évêque diocésain et le Saint-Siège (Con-
36

grégations et Tribunaux). Il ne manque à la Lefebvre (...) - écrit-il - a prévu la création de


hiérarchie de la Fraternité que le Pape; Jean- la Commission canonique, en particulier pour
Paul II - reconnu en paroles comme tel - ne résoudre les causes matrimoniales après un
remplit pas pour si peu cette fonction, puisque premier jugement porté par le supérieur de
normalement il est interdit de recourir à lui. district. L’autorité de notre fondateur suffit
Notons enfin que les pouvoirs de cette pour que nous acceptions ces instances, de
hiérarchie “de la tradition” ne s’exercent pas même que nous avons accepté les sacres épis-
seulement sur les membres de la Fraternité copaux de 1988” (Cor unum, p. 37, Status
et sur ses fidèles; ils s’exercent également quæstionis). Ce n’est pas la première fois que
sur les autres réalités “traditionnelles” exis- Mgr Tissier fait des déclarations de ce genre,
tant à l’extérieur de la Fraternité. Si une ju- et justement à propos des consécrations épis-
ridiction de suppléance telle que la conçoit copales. Nous avons déjà dit dans Sodalitium
la Fraternité devait exister, elle devrait logi- ce qu’il faut penser de ces “aveux candides”
quement concerner - au même titre - “tous (40) de Mgr Tissier ou autres représentants de
les évêques et tous les prêtres fidèles à la tra- la Fraternité (41). Ils restreignent à l’extrême
dition”, comme le reconnaissent les l’infaillibilité du Pape alors qu’ils ne mettent
Ordonnances (p. 6). On ne voit donc pas aucune limite à celle de Mgr Lefebvre. C’est
pourquoi tous devraient se soumettre aux ainsi que Mgr Tissier - comme nous l’avons
Tribunaux de la Fraternité et non à ceux que déjà écrit - “substitue comme critère de catho-
pourraient créer - avec la même autorité - licité un évêque au Pape. (...). De cette maniè-
d’autres Instituts traditionalistes (38), et, qui re Mgr Tissier révolutionne totalement la
plus est, pourquoi des “religieux” étrangers constitution divine de l’Eglise, en opposant le
à la Fraternité devraient être soumis - pour charisme d’une (présumée) sainteté à celui de
la dispense des vœux, par exemple - à l’autorité papale”. Le texte de Mgr Tissier
l’“évêque pour les religieux” institué par la que nous commentons - contemporain de
Fraternité elle-même, alors que les membres celui que nous dénoncions en son temps: ils
de la Fraternité doivent s’adresser au supé- sont tous les deux de 1998 - confirme hélas la
rieur général (Ordonnances, p. 45). En vertu dérive “charismatique” de la Fraternité, mais
de quoi - peut-on se demander - l’évêque n’apporte certainement pas un argument suf-
pour les religieux, Mgr De Galarreta, aurait- fisant à la légitimité de ses tribunaux, malgré
il davantage de pouvoirs que le supérieur le respect et l’estime que l’on peut avoir pour
des dominicains d’Avrillé ou que celui des Mgr Lefebvre.
capucins de Morgon, par exemple, pour ac-
corder un “indult de sécularisation” aux La Fraternité tente de justifier sa propre
frères desdits couvents (en réalité aucun position en niant usurper le pouvoir du
d’entre eux n’a le pouvoir d’accorder cet in- Pape. En réalité elle s’oppose au primat de
dult). L’unique réponse possible est que la juridiction du Pape
Fraternité Saint-Pie X, tout en le niant en
parole et en principe (39), considère de fait sa Dans son article publié dans Cor unum,
propre hiérarchie interne comme la véri- Mgr Tissier tente de justifier la “légitimité
table hiérarchie de l’Eglise. (...) de nos tribunaux matrimoniaux”. Alors
comment ne pas s’étonner du peu de lignes
La Fraternité tente de justifier sa propre consacrées à cette première difficulté pour-
position par l’autorité de Mgr Lefebvre, en tant apparemment insurmontable: ce faisant,
présupposant à tort son infaillibilité la Fraternité n’usurpe-t-elle pas un pouvoir
qui revient au Pape par droit divin? Mgr
Nous avons vu comment cette institution Tissier se contente de répondre: “il est vrai
d’une hiérarchie parallèle et de véritables tri- que nos sentences en troisième instance rem-
bunaux ecclésiastiques par la Fraternité sont placent les sentences de la Rote romaine, qui
des choses d’une extrême gravité: certains juge au nom du pape comme tribunal de troi-
ont parlé, à raison, de schisme. Or, face à une sième instance. Mais ce n’est pas une usurpa-
question aussi grave, quel est le premier ar- tion de pouvoir de droit divin du pape, car la
gument proposé par Mgr Tissier de Mallerais réserve de cette troisième instance au pape est
dans Cor unum pour démontrer la légitimité seulement de droit ecclésiastique!” (Cor
des tribunaux de la Fraternité? “Mgr unum, IV, 5, p. 43).
37

pêchés de déférer leur cause au jugement du


Saint-Siège.
Par conséquent l’institution des tribunaux
de la Commission canonique de la Fraternité
pour remplacer ceux du Saint-Siège attentent
au primat du Souverain Pontife.
Or c’est de droit divin que le primat de
juridiction revient au Souverain Pontife
(Denz. Sch. 3059).
L’institution des tribunaux de la
Fraternité est donc contraire au droit divin
et pas seulement au droit ecclésiastique, et
c’est pour quoi elle ne peut être justifiée
même en cas de nécessité.
Il est possible de parvenir à la même
conclusion par un raisonnement encore plus
radical, c’est-à-dire en faisant abstraction de
Mgr Fellay, l’actuel supérieur général
la question de l’appel au Saint-Siège. La
de la Fraternité Saint Pie X Fraternité pourrait en effet renoncer à se
substituer à la Rote et se limiter à remplacer
L’enthousiasme du point d’exclamation les tribunaux diocésains: serait-il possible de
ne peut masquer la faiblesse de la réponse le faire sans nier de fait le primat de juridic-
du président de la Commission canonique tion du Souverain Pontife (que le siège soit
de la Fraternité. Il se peut, historiquement, vacant ou, à plus forte raison, occupé)?
que le Saint-Siège ne se soit réservé le der- Nous ne le pensons pas.
nier degré de jugement des procès matrimo- En effet, “le Pontife Romain, Successeur
niaux que tardivement, et donc par droit ec- de Saint Pierre dans le primat, possède non
clésiastique, exactement comme il imposa seulement un primat d’honneur, mais aussi
peu à peu l’obligation du mandat romain un suprême et plein pouvoir de juridiction
pour les consécrations épiscopales; transea- sur toute l’Eglise, tant dans ce qui concerne
mus. Le point en question est plutôt le sui- la foi et la morale que dans ce qui concerne
vant: en s’attribuant des pouvoirs purement la discipline et le gouvernement de l’Eglise
juridictionnels et de gouvernement en de- dispersée dans le monde entier. Ce pouvoir
hors du Pape (et même contre lui, en suppo- est vraiment épiscopal, ordinaire et immé-
sant la légitimité de Jean-Paul II) la diat tant sur toutes les églises et chacune
Fraternité ne viole-t-elle pas le primat de ju- d’elles, que sur tous les pasteurs et fidèles et
ridiction du Pape qui est de droit divin? La chacun en particulier, (pouvoir) indépen-
réponse ne peut être qu’affirmative. dant de toute autorité humaine quelle
Je rappelle d’abord ce qui a déjà été dit à qu’elle soit” (can. 218; cf. Vatican I, Const.
propos du canon 1569 § 1, demeuré tel quel dogmatique Pastor æternus, Denz. S. 3059-
dans le nouveau code (canon 1417§1). Il y 3064). Par voie de conséquence, il est “juge
est dit: suprême dans tout le monde catholique”
“En vertu du primat du Pontife Romain, (can. 1597; cf. Denz. Sch. 3063).
tout fidèle a le droit de déférer au jugement Or les juges de la Fraternité prétendent
du Saint-Siège sa propre cause, tant conten- avoir une juridiction - quoique de suppléan-
tieuse que pénale, à n’importe quel degré de ce - en dehors et même contre qui détient le
jugement et à n’importe quel stade du procès, plein pouvoir de juridiction sur toute
ou bien de l’introduire devant le même l’Eglise et de juger en faisant abstraction du
Saint-Siège” (cf. Concile Vatican I, Const. juge suprême et qui plus est à l’encontre de
dogmatique Pastor æternus, Denz. Sch. 3063). son jugement. Par conséquent les tribunaux
Or, dans les causes matrimoniales, le ju- de la Fraternité, ses juges, ses sentences ren-
gement en troisième instance (42) de la Rote dent vain et réduisent à une vaine parole le
Romaine (c’est-à-dire le tribunal du Saint- primat de juridiction du Pape.
Siège) étant remplacé par les sentences du Pour mieux faire comprendre cet argu-
tribunal de la Fraternité, les fidèles sont em- ment, je fais remarquer que si les évêques dio-
38

césains ou métropolitains sont juges dans Les Pères du Concile de Trente discutè-
l’Eglise c’est parce qu’ils ont reçu du Pape un rent longuement pour décider si le pouvoir
diocèse ou archidiocèse à gouverner. Instituer de juridiction de l’évêque lui venait directe-
des tribunaux qui se substituent aux tribunaux ment de Dieu (par la consécration épiscopa-
diocésains indépendamment d’une autorisa- le) ou bien par l’intermédiaire du Pape.
tion du juge suprême, le Pape, équivaut à s’at- Dans le premier cas c’est l’abbé Pivert qui
tribuer l’autorité de l’évêque diocésain: “dans aurait raison (dans l’Eglise tout pouvoir de
l’Eglise (c’est un dogme de foi) le Pape a la juridiction ne dérive pas du Pape, même s’il
plénitude de la juridiction: il n’existe pas de ju- doit lui être soumis); dans le second au
ridiction autre que la sienne; tout acte juridic- contraire il aurait tort. Dans ma réponse à
tionnel, à quelque niveau que ce soit, n’est l’abbé Belmont j’ai déjà amplement traité de
qu’une partie du tout qui est exercé en son nom la question; j’y renvoie donc le lecteur (44).
et, en dernière analyse, au nom de Jésus-Christ Pour qui se contente de cette étude, deux ci-
qui l’a [la juridiction] lui a donnée (au Pape); tations suffiront, l’une en faveur de la thèse
elle [cette partie] doit s’exercer en harmonie de Pivert, l’autre contre. En faveur, et à la
avec le tout et de la façon établie. C’est de Dieu suite des gallicans en tous genres, il y a ce
que vient l’autorité du Pape et par l’intermé- qu’enseigne le Concile Vatican II (Lumen
diaire de celui-ci, celle des évêques et, par ces gentium, n° 21): “La consécration épiscopale,
derniers, celle des juges; ce pour quoi en der- en même temps que la charge de sanctifica-
nière analyse toute juridiction est papale” (O. tion, confère aussi des charges d’enseigner et
Fedeli). Analogiquement, c’est au nom de de gouverner, lesquelles cependant, de par
l’autorité publique que le juge porte les sen- leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la
tences civiles. Un tribunal et des sentences communion hiérarchique avec le chef du col-
portées par des privés - individuellement ou lège et ses membres” (cf. aussi le can. 375 § 2
associés entre eux - sont inconcevables et in- du nouveau code). Le pouvoir de juridiction,
admissibles. Or c’est justement ce que fait la malgré le primat, ne viendrait donc pas du
Fraternité dans l’Eglise, comme le souligne Pape, exactement comme le soutient l’abbé
Orlando Fedeli: “ni l’Ecriture ni le Magistère Pivert! Mais contre sa position (et celle de
n’ont enseigné que des personnes privées peu- Vatican II) il existe de nombreux textes du
vent instituer une justice ad hoc...”. magistère ordinaire. Je n’en citerai qu’un,
l’Encyclique Ad apostolorum principis, du
Une instance. La Fraternité tente de justifier Pape Pie XII (29 juin 1958): “Car la juridic-
sa position en affirmant que la juridiction ne tion ne parvient aux évêques que par l’in-
vient pas du Pape (mais de la consécration termédiaire du Pontife Romain, comme
épiscopale). Pie XII réfute cette erreur nous le disions dans Notre Encyclique
‘Mystici Corporis’: ‘Les évêques... en ce qui
Les théologiens de la Fraternité pour- concerne leur propre diocèse, chacun en vrai
raient objecter à notre raisonnement que, pasteur, fait paître et gouverne au nom du
bien que jouissant du primat de juridiction, Christ le troupeau qui lui est assigné.
ce pour quoi tous doivent être soumis au Pourtant, dans leur gouvernement, ils ne sont
Pape, il est possible de recevoir la juridiction pas pleinement indépendants, mais ils sont
sans passer par le Pape. C’est ce que sou- soumis à l’autorité légitime du Pontife
tient par exemple celui qui est à la fois l’ins- Romain, et s’ils jouissent du pouvoir ordi-
pirateur de la Commission canonique et l’un naire de juridiction, ce pouvoir leur est im-
de ses trois membres (avec Mgr Tissier et médiatement communiqué par le Souverain
l’abbé Laroche): l’abbé François Pivert. Il a Pontife’. Nous avons rappelé cet enseigne-
en effet écrit: “plutôt que de dire que dans ment dans la Lettre encyclique à vous desti-
l’Eglise tout pouvoir dérive du pape, il se- née; ‘Ad Sinarum Gentem’: ‘Le pouvoir de
rait plus vrai de dire que, dans l’Eglise, juridiction qui est conféré directement au
tout pouvoir doit être soumis au pape” (43). Souverain Pontife par le droit divin, les
L’auteur de cette affirmation ne semble pas évêques le reçoivent du même droit, mais seu-
- du moins dans son article - se rendre bien lement à travers le successeur de saint
compte de ce qu’il écrit, ni ne semble justi- Pierre’...”. Par conséquent le Pape n’a pas
fier sa position. Je me contenterai de prou- seulement le primat de juridiction dans le
ver qu’elle est fausse. sens que personne ne peut user de la juridic-
39

tion sans son consentement, mais il a le pri- connaît pas la situation du ministre: c’est l’er-
mat de juridiction aussi dans le sens que tout reur commune; soit parce qu’il a un besoin
pouvoir de juridiction dérive de lui. Car le urgent et impérieux du sacrement: c’est le
Pape (toute question de légitimité de Jean- péril de mort” En admettant que l’erreur
Paul II mise à part) n’a jamais donné juridic- commune ne subsiste pas normalement dans
tion aux Evêques consacrés par Mgr notre cas (“les gens qui s’adressent habituel-
Lefebvre, et puisque la juridiction de lement à nous savent que les évêques nous re-
l’Evêque ne peut passer que par le Pape, il fusent tout pouvoir”) il ne nous reste alors
s’ensuit que ces Evêques n’ont pas de juri- que le danger de mort ( 46 ). Mais aucun
diction et encore moins, alors, la Com- prêtre traditionaliste ne limite son ministère
mission canonique de la Fraternité Saint Pie aux salles de réanimation! Mgr Lefebvre in-
X. Aussi, s’attribuer une juridiction - comme voquait alors, nous l’avons vu, le danger de
le fait la Commission canonique en question mort spirituelle dans lequel se trouvent tous
- équivaut à nier dans les faits le Primat et à les fidèles du fait du modernisme. Que la si-
accomplir un acte schismatique. tuation actuelle justifie le ministère sacerdo-
tal sans juridiction, nous sommes parfaite-
Une autre instance. La Fraternité tente de ment d’accord; mais que l’on puisse se baser
justifier sa position en affirmant que la juri- sur le droit canonique pour légitimer ce mi-
diction ne vient pas du Pape, mais de l’Eglise, nistère, que ce soit en extrapolant totale-
par suppléance. Réfutation de cette thèse ment le can. 882 (danger de mort... spirituel-
le) ou que ce soit en invoquant le can. 20 (47),
Nous venons de démontrer que “le nous semble absolument infondé! Et puis
Pontife Romain est la source de tout pouvoir que dire lorsque la suppléance est invoquée
de juridiction dans l’Eglise” (45). Mais ne pou- non plus pour rendre licites (ou même va-
vons-nous pas trouver dans la doctrine de la lides) des actes sacramentaux mais pour
juridiction de suppléance une exception à ce remplacer le pouvoir législatif ou judiciaire
principe? Toute juridiction - ordinaire ou dé- de l’Eglise, considéré comme non fiable?
léguée - vient du Pontife Romain, d’accord; C’est à raison que Fedeli (op. cit.) objecte:
mais non la juridiction de suppléance qui “si l’on applique le critère mis en avant pour
vient de l’Eglise: Ecclesia supplet! Et c’est créer les commissions, il n’y aurait en pra-
justement à la juridiction de suppléance que tique aucun organisme de gouvernement
se réfère la Fraternité pour justifier ce pou- dans l’Eglise qui soit légitime et qui ne doive
voir de juridiction qu’elle s’attribue. être suppléé, il faudrait aller jusqu’à rempla-
Nous avons vu dans quelles limites et cer l’Eglise elle-même. Où va-t-on?”; “si cela
dans quel sens on peut faire appel à la juri- [l’état de nécessité dans lequel se trouvent
diction de suppléance dans la situation ac- les fidèles] nous donne le droit de se consti-
tuelle de l’Eglise, en reprenant un excellent tuer comme alternative d’un juge valide en
article de l’abbé Belmont. Dans le can. 209 assumant une autorité supplétoire, je ne vois
(nouveau code, can. 144), le code de droit pas comment nous ne pourrions pas égale-
canon prévoit explicitement la suppléance ment, et à plus forte raison, assumer tous les
de juridiction dans les cas où sont probables organes de gouvernement, spécialement litur-
l’erreur commune et le doute positif, aux- giques et doctrinaux, puisque dans ce cas la
quels on peut ajouter celui du danger de nécessité et le droit en justice à être sûrs inclut
mort (can. 882; nouveau code, can 976). non seulement les personnes qui ont des pro-
“Ainsi, dans tout le code de droit canonique, blèmes matrimoniaux, mais toute l’Eglise et
deux canons seulement traitent de la juridic- l’humanité qui a le droit de connaître la vraie
tion de suppléance” – comme le reconnaît un doctrine catholique, doctrine qui n’est pas
prêtre de la Fraternité; “la juridiction de professée par cette autorité que nous recon-
suppléance nous place dans une situation très naissons cependant comme telle. Les nullités
particulière: le prêtre auquel le fidèle s’adres- [de mariage] ne sont qu’un aspect partiel du
se ne jouit pas de la juridiction ordinaire problème. Quantité de droits en justice et
[dans notre cas il n’y a même pas le doute pour de nombreuses personnes demandent à
positif et probable qu’il y ait cette juridic- être protégés de l’erreur, non seulement per-
tion, n.d.r.]. L’acte sacramentel alors posé est sonnalistes, mais dans tous les domaines;
pourtant licite, soit parce que le fidèle ne mais de là à se sentir appelé et investi d’un
40

pouvoir judiciaire pour satisfaire et résoudre “est la juridiction que l’on possède non pas
ce vide réel” il s’en faut! en revêtant une charge, ni n’est conférée par
Mais cette critique de la possibilité d’ap- délégation du Supérieur, mais est donnée
pliquer la juridiction de suppléance pour lé- par le droit même, c’est-à-dire par l’Eglise
gitimer la Commission canonique de la et, par elle, par le Législateur ecclésiastique
Fraternité peut être soutenue par un argu- Suprême au moment même où elle s’exerce
ment plus radical. Quel est en effet la véri- (ad modus actus) pour le bien des âmes, qui
table signification du terme Ecclesia supplet, autrement, sans qu’il y aille de leur faute, en
l’Eglise supplée? Voici comment Mgr Tissier subiraient un préjudice” (50). Aussi lorsque le
de Mallerais explique cet adage juridique code attribue la juridiction in abstracto [dans
dans sa conférence du 10 mars 1991: “il s’agit l’abstrait] à l’Eglise, in concreto [concrète-
de suppléer au défaut de juridiction du prêtre ment] il l’attribue au Législateur ecclésias-
ou de l’évêque, Ecclesia supplet. Ce ne sera tique Suprême, c’est-à-dire au Pape. Et ceci
ni le pape, ni la hiérarchie diocésaine qui est logique, étant donné que les dispositions
donnera le troupeau, mais ce sera l’Église, du code (du moins celui du droit ecclésias-
Notre Seigneur Jésus-Christ, comme tête de tique) n’ont de valeur qu’en tant que pro-
son corps mystique qui va sanctionner, qui va mulguées justement par le Législateur
déclarer en somme le cas de nécessité des fi- Suprême, le Pape! La juridiction de sup-
dèles” (op. cit., p. 100). Et encore “c’est le pléance dont parle le code n’a par consé-
cas où l’Église va directement conférer la ju- quent rien à voir avec la “suppléance” ima-
ridiction au prêtre, sans passer par les diffé- ginée et décrite par Mgr Tissier de
rents degrés de la hiérarchie; ce sera le corps Mallerais, lequel lui donne comme caracté-
mystique de Notre Seigneur, Notre Seigneur ristique particulière le fait d’opérer “sans
lui-même en tant que chef de son Église, qui passer par la hiérarchie”, et donc pas non
va donner dans des cas particuliers juridic- plus par le Pape. La raison pour laquelle
tion aux prêtres”; et après avoir cité les trois Mgr Tissier s’obstine à vouloir nier au Pape
cas prévus par le code (erreur commune, d’être la source de la juridiction de sup-
doute positif et danger de mort) l’évêque de pléance revendiquée par la Fraternité est
la Fraternité reprend: “dans ce cas l’Église évidente: c’est que Jean-Paul II, reconnu
ouvre toutes grandes les portes de sa miséri- comme Pape par Ecône, leur refuse toute ju-
corde et donne juridiction au prêtre. C’est ridiction, comme l’admet Mgr Tissier lui-
l’Église elle-même, sans passer par la hiérar- même. Si par conséquent c’est le Pape qui
chie” (op. cit., p. 95). Selon le président de la concède la juridiction de suppléance, même
Commission canonique l’“Eglise”, qui dans si pour ce faire il utilise le droit par lui-
certains cas particuliers accorde la juridic- même promulgué, on ne peut certainement
tion au prêtre qui en est dépourvu, est tota- pas prétendre que Jean-Paul II concède à la
lement distincte de la Hiérarchie en tant que Fraternité Saint Pie X excommuniée par ses
telle, et doit être identifiée et avec le Corps propres soins, les pouvoirs aussi exhorbi-
mystique du Christ (Notre Seigneur uni à tants qu’il leur refuse explicitement par
tous les fidèles) et avec le Christ Chef de ailleurs (51). Voilà donc réfutée aussi cette
l’Eglise. Cette interprétation du terme instance de la Fraternité: les prêtres de la
“Eglise” employé par le code de droit canon Fraternité ne jouissent pas de cette juridic-
est complètement fausse (48). tion de suppléance que leur attribuent Mgr
A propos de la juridiction de suppléance, Tissier de Mallerais et l’abbé Pivert (52).
le cardinal Staffa écrit, par exemple, dans
l’Enciclopedia Cattolica: le canon 209 élimi- Une dernière possibilité: la juridiction pour-
ne en effet toute incertitude [sur la possibilité rait-elle venir des fidèles?
d’une suppléance], en déclarant que l’Eglise
(c’est-à-dire le Législateur Suprême) sup- Si la juridiction que la Fraternité prétend
plée la juridiction, tant pour le for externe posséder ne vient pas d’en haut (Christ, Eglise,
que pour le for interne: a) dans le cas d’er- Pape), on pourrait émettre l’hypothèse qu’elle
reur commune; b) dans le doute positif et tire son origine du bas, c’est-à-dire des fidèles.
probable tant de droit que de fait” (49). Le Si la Fraternité ne l’affirme pas explicitement,
cardinal Palazzini ne s’exprime pas différem- les phrases malheureuses le laissant croire ne
ment: la juridiction de suppléance, écrit-il, manquent pas, comme le reconnaît honnête-
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ment un prêtre de cette même Fraternité:


“dans sa lettre circulaire du 30 juin 1994 (53)
l’abbé Berger mettait justement le doigt sur cette
impossibilité: ‘la thèse qui fait autorité dans la
Fraternité Sacerdotale Saint Pie X est celle de
Mgr Tissier, exprimée dans sa conférence à
Paris en mars 1991… Juridiction de suppléan-
ce, où, finalement, c’est la demande des fidèles
qui nous donnent (sic) juridiction, au cas par
cas… Très gênante par son côté démocratique,
je vois mal comment la concilier avec la structu-
re hiérarchique de l’Église, où l’apostolat est né-
cessairement fondé sur la mission qui ne peut
venir que d’en haut’. Ce rappel n’est pas inutile.
(…) Il est clair que la juridiction de suppléance
ne tire pas son origine du fidèle. Dans l’allocu-
tion mentionnée par notre ancien confrère [au-
trement dit l’abbé Berger, qui a quitté la
Fraternité Saint Pie X et accepté Vatican II,
n.d.r.] Mgr Tissier de Mallerais usait donc d’ex-
pressions impropres lorsqu’il affirmait: ‘elle est
une juridiction qui dépend essentiellement des Mgr Licinio Rangel: à Campos, c’est lui
qui annule les mariages
fidèles et non pas du prêtre’ et ‘on peut dire que
vous ‘donnez’ au prêtre la juridiction nécessai- des fidèles qui, avec le conseil de l’ancien
re” (54). Sodalitium (n° 26, déc. 1991) avait lui évêque, désignent le successeur et demandent
aussi déjà dénoncé ces “expressions im- à des évêques catholiques de le consacrer...
propres” dans un article (que j’ai déjà signalé) C’est bien de cette manière que la succession
au titre significatif, “L’autorité de l’évêque: des évêques s’est réalisée pendant les pre-
vient-elle par la médiation du Pape ou par celle miers siècles, en union avec Rome, comme
des fidèles?” Il me semble opportun de repor- nous le sommes nous aussi, en union avec la
ter telle quelle une partie de cet article qui rap- Rome catholique et non avec la Rome mo-
portait des expressions de Mgr Lefebvre enco- derniste’ (pp. 13-14).
re plus impropres que celles de Mgr Tissier: “Peuple et clergé désignent l’Evêque et
“lorsqu’en juin 1988 Mgr Lefebvre consacra tout va pour le mieux. Mais lui donnent-ils
quatre évêques sans mandat romain, il viola la aussi autorité et juridiction?
première condition de licéité (déclarer que “Un soupçon nous vient: ‘C’est le clergé et
Jean-Paul II n’est pas véritablement Pape) mais le peuple fidèle de Campos qui se donnent un
non la seconde: il n’attribua aucune juridiction successeur des Apôtres, un évêque catholique
ordinaire à ses Evêques. et romain, puisqu’ils ne peuvent plus en avoir
“Pourtant la lecture de trois documents par la Rome moderniste’ (p. 14). Il y a déjà à
posthumes de Mgr Lefebvre publiés dans Campos un ‘évêque’ nommé par le ‘pape’ et
‘Fideliter’ (n° 82, juillet-août 1991, pp. 13-17) intronisé, à l’époque, par Mgr de Castro
nous a laissés stupéfaits et effrayés. Mayer. Le nouveau ‘successeur des Apôtres’
“Il s’agit d’une lettre à de Mgr Castro reçoit-il seulement le pouvoir d’ordre (pour
Mayer du 4 décembre 1990 et d’une autre au ordonner des prêtres, confirmer, etc...) ou re-
Père Rifan du 20 février 1991, avec une ‘Note çoit-il aussi le pouvoir de juridiction? Le
à propos du nouvel évêque futur successeur pouvoir d’ordre, ce sont les Evêques qui le
de Mgr de Castro Mayer’. donnent: que donne alors ‘le clergé et les fi-
Mgr Lefebvre y précise les pouvoirs dont dèles de Campos’? L’autorité?
jouira le futur consacré (Mgr Licinio Rangel, “Eh bien! oui, l’autorité. Mgr Lefebvre
effectivement consacré à Campos le 28 juillet parle ‘d’autorité épiscopale’ (p. 15). Le nou-
1991). vel évêque n’est pas évêque résidentiel (p. 16)
“Voici ce qu’écrit Mgr Lefebvre: ‘...le cas mais il a une juridiction qui vient... du clergé
du diocèse de Campos est plus simple, car il et des fidèles: ‘il n’a pas d’autre titre de juri-
s’agit de la majorité des prêtres diocésains et diction [il en a donc un! n.d.r.] que celui qui
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lui vient de l’appel des prêtres et des fidèles... Conséquences pratiques: de nombreux
qui lui ont demandé d’accepter l’épiscopat’ fidèles de la Fraternité vivront dans une
(p. 16). S’agit-il d’une simple autorité de fait, continuelle incertitude sur l’état de leur âme
du simple pouvoir de donner les sacrements
et de guider les âmes, inclus dans le pouvoir Ce que nous avons écrit jusqu’ici suffit
d’ordre? On peut en douter devant l’insistan- déjà amplement pour justifier la thèse de ce
ce de Mgr Lefebvre (p. 17) à parler ‘d’autori- paragraphe: de nombreux fidèles de la
té juridictionnelle de l’Evêque ne lui venant Fraternité vivront dans une continuelle incer-
pas d’une nomination romaine, mais de la titude sur l’état - et sur le salut - de leur âme.
nécessité du salut des âmes’. A ce “successeur Nous l’avons démontré en effet, la Fra-
des Apôtres, fidèles et prêtres doivent “facili- ternité s’est déjà structurée et continue tou-
ter l’exercice de l’autorité par une généreuse jours davantage à se structurer, de fait,
obéissance” (p. 17). comme une Eglise indépendante qui doit
“Enfin vient une affirmation plus explici- suppléer et supplanter l’Eglise “officielle”
te: ‘La juridiction de l’évêque n’étant pas ter- (reconnue toutefois comme Eglise catho-
ritoriale, mais personnelle, et ayant pour lique authentique). Dans la conscience des
source le devoir pour les fidèles de sauver fidèles qui sont fiers - à juste titre - de dé-
leur âme, si un groupe de fidèles dans les dio- fendre le dogme “hors de l’Eglise point de
cèses voisins fait appel à l’évêque pour avoir salut”, la crainte d’adhérer à une structure
un prêtre, ce groupe donne par le fait même schismatique ne peut que provoquer un
pouvoir à l’évêque de veiller à la transmission trouble continuel. Et de fait certains, scan-
de la foi et de la grâce dans ce groupe, par dalisés par la découverte de l’existence de
l’intermédiaire du prêtre qu’il envoie’ (p. 17). ces Tribunaux sinon secrets du moins réser-
“Un groupe de fidèles donne donc pou- vés, ont retiré leur confiance à la Fraternité
voir, autorité, juridiction à l’Evêque. Faire pour suivre, hélas, les “autorités” fidèles à
une distinction entre juridiction territoriale et Vatican II. Le problème de conscience que
personnelle n’enlève rien à la gravité de l’af- ce développement de la position de la
firmation: un ordinaire militaire, par Fraternité pose aux fidèles de Mgr Lefebvre
exemple, (c’est-à-dire un évêque ayant juri- est aggravé du fait que le trouble ne dérive
diction personnelle sur tous les militaires pas seulement ni tant d’une doctrine pure-
d’une nation), et un évêque résidentiel avec ment abstraite, peut-être au-delà de la capa-
juridiction sur les résidents du diocèse se cité de compréhension des fidèles, mais pri-
trouvent dans le même rapport, en ce qui vée de conséquences pratiques, que d’une
concerne leur juridiction, vis à vis du Pape prise de position qui implique jusqu’à la va-
qui la leur donne.” (Sodalitium n° 26, pp. 5- lidité des sacrements.
6-7-) A cette thèse (la juridiction vient du Si un simple prêtre de la Fraternité admi-
peuple) je ne peux que répondre par cet ar- nistre la Confirmation en se basant sur les
gument utilisé déjà il y a neuf ans: “Nul ne “pouvoirs” concédés par les “Ordonnances”,
peut donner ce qu’il n’a pas: si le peuple (ou par exemple, le sacrement est-il valide? Le
l’Eglise distincte du Pape) donne le pouvoir, confirmé et sa famille peuvent légitimement
c’est parce que le peuple ou l’Eglise est l’au- se le demander. Il y a plus. Un religieux, une
torité. C’est là la thèse janséniste du religieuse, un sous-diacre, “sécularisés” et dis-
Conciliabule de Pitoïe, thèse selon laquelle le pensés de leurs vœux par un “décret” de
pouvoir est donné par Dieu à l’Eglise (ou l’évêque pour les religieux de la Fraternité, ou
communauté des fidèles) et donné par elle par Mgr Fellay, sont-ils vraiment dégagés de
aux Pasteurs qui sont ministres de l’Eglise leurs vœux devant Dieu? Par la suite un éven-
pour le salut des âmes. Cette thèse a été tuel mariage par exemple serait-il bénit par le
condamnée comme hérétique par Pie VI Seigneur ou s’agirait-il d’un concubinage sa-
(DS 2603)” (ibidem p. 6). crilège? Mais le cas le plus grave et le plus
La solution “juridiction par les fidèles” courant est certainement celui des annulations
s’avère donc encore pire que les solutions de mariage “décrétées” par la Commission ca-
précédentes; je ne crois pas qu’elle soit réel- nonique de la Fraternité Saint Pie X...
lement soutenue par la Fraternité: ce qui est Il s’agit, nous l’admettons, d’un problè-
écrit dans ce paragraphe suffit à faire éviter me pastoral extrêmement grave qui ne nous
la tentation de suivre cette route dangereuse. laisse pas indifférents et dont la solution est
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difficile - sinon impossible. Les critiques que dèles (Dom Lininio à Campos) et notre
formule Mgr Tissier de Mallerais aux nou- Commission canonique (…) ont les pouvoirs
veaux principes théologiques et canoniques de suppléance pour juger des causes matrimo-
accueillis suite à Vatican II, nous les faisons niales” (Cor unum, cit. II, 4, p. 41). Si ces pa-
nôtres, nous les partageons pleinement. roles ont un sens, les sentences des “tribu-
Notre position théologique ne fait qu’aggra- naux traditionalistes” sont valides parce qu’il
ver, s’il était possible, les conséquences dé- n’y a que cette façon pour les fidèles d’avoir
duites par Mgr Tissier de son analyse (cf. la certitude de la nullité de leur premier ma-
tout le premier chapitre de l’étude publiée riage. Or Mgr Tissier se dément lui-même,
dans Cor unum) de la nouvelle doctrine ma- enlevant aux sentences en question toute
trimoniale personnaliste condamnée sous certitude, et faisant ainsi retomber le fidèle
Pie XII et devenue doctrine “officielle” sous plein de doute dans les plus grandes an-
Jean-Paul II (55). Selon Mgr Tissier, qui re- goisses et perplexités sur l’état de son âme:
connaît Jean-Paul II, les sentences de ses “enfin - écrit le président de la commission
Tribunaux “ne peuvent être considérées canonique - nos sentences, comme tous nos
comme nulles ipso facto ni comme valides actes de juridiction supplétoire, et comme les
sans examen”, et sur le plan pratique les fi- sacres épiscopaux eux-mêmes de 1988, 1991,
dèles sont empêchés “d’aller à un tribunal etc. (59) devront être confirmés ultérieure-
novus ordo de crainte que la sentence ne soit ment par le Saint-Siège” (Cor unum, IV, 6, p.
nulle” (Cor unum, cit. p. 44, règles pratiques 43). Si le Saint-Siège (60), ne confirme pas
1 et 2). Pour nous qui ne reconnaissons pas dans le futur les sentences portées par la
l’autorité de Jean-Paul II, l’impossibilité de Fraternité, qu’adviendra-t-il? Il adviendra
recourir à ses tribunaux n’est pas seulement que toutes ces sentences seront à considérer
pratique, elle est aussi une question de prin- comme nulles et non avenues, et ce, dès le
cipe: non seulement leurs sentences sont cer- début. Aussi le premier mariage étant tou-
tainement nulles, mais le recours à ces tribu- jours demeuré valide, les noces éventuelle-
naux comporterait une reconnaissance de ment célébrées ensuite seront nulles et non
fait de l’autorité en question, reconnaissance avenues dès le début ! Or étant donné que
qu’à la lumière de la foi nous considérons cette hypothèse ne peut être exclue, puisque
comme inadmissible (56). Nous nous rendons Mgr Tissier lui-même l’envisage, et par
bien compte de toutes les graves difficultés conséquent la croit possible, on peut en dé-
pastorales qu’implique notre position pour duire que jusqu’ici tous les fidèles qui ont
les fidèles dont le mariage est effectivement reçu l’annulation de mariage par les tribu-
ou douteusement nul, et qui n’ont pas les naux de la Fraternité ignorent - la Fraternité
moyens de le démontrer légalement ( 57), elle-même l’admet - si cette annulation est
mais la solution adoptée à partir d’une cer- valide ou non. Ils ignorent donc si ce sont les
taine période (58) par la Fraternité Saint Pie premières ou les secondes noces qui sont va-
X pour obvier à ce grave inconvénient nous lides, et si la personne avec laquelle ils vivent
semble - comme nous venons de le démon- est leur conjoint légitime ou un amant, et s’ils
trer - absolument infondée et illusoire. sont donc en règle ou pas devant Dieu. Il y a
Ce que nous venons d’affirmer peut sem- plus. Puisque Mgr Tissier lui-même soutient
bler dur au lecteur: mais les citations qui sui- que si la juridiction est accordée aux tribu-
vent l’aideront à accepter la triste réalité, naux de la Fraternité c’est parce qu’eux seuls
car, sans s’en rendre compte, les autorités donneraient aux fidèles cette certitude à la-
mêmes de la Fraternité confirment notre quelle le fidèle a droit, et ayant constaté,
conclusion. selon l’aveu même de Mgr Tissier, qu’il
Mgr Tissier de Mallerais pense, en effet, n’existe aucune certitude jusqu’à déclaration
démontrer la licéité de ses tribunaux en par- ultérieure du Saint-Siège, il faut en déduire
tant du droit qu’ont les fidèles de savoir avec qu’en aucun cas, les tribunaux de la
certitude si leur propre mariage est, oui ou Fraternité n’ont de juridiction, et que leurs
non, validement célébré: les fidèles, écrit-il, sentences ne sont pas seulement douteuses,
“ont droit en justice à être sûrs de la validité mais nulles. Aussi les fidèles ayant contracté
du sacrement reçu une seconde fois et donc de un nouveau mariage en se basant sur la vali-
la validité de la sentence de nullité… (…) dité de ces sentences seraient en réalité
donc (...), dans cette situation, les évêques fi- concubins, et non conjoints légitimes.
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Conséquences pratiques: quel est le devoir des Saint Pie X est objectivement une obligation
fidèles et des membres de la Fraternité? Un en conscience pour ceux du moins qui sont au
appel de Sodalitium à l’unité dans la vérité courant de cette triste question (sauf bonne
foi des individus connue de Dieu seul).
La grave conclusion du chapitre précé- Toutefois, n’y aurait-il pas un moyen
dent ainsi que de tout notre écrit devrait d’éviter une conclusion aussi amère et qui
poser à nos lecteurs, fidèles ou membres de semble ne pas tenir compte du bien indé-
la Fraternité, un autre cas de conscience: niable que ladite Fraternité - qui rassemble
puis-je encore soutenir la Fraternité Saint la quasi totalité des catholiques demeurés fi-
Pie X si vraiment elle continue à se consti- dèles à la Tradition - réalise un peu partout
tuer comme une Eglise indépendante et si sur la terre? Devons-nous vraiment aban-
elle arrive au point d’administrer à ses donner la Fraternité à son destin?
propres fidèles des sacrements (comme le Il me semble que, pour pouvoir continuer
mariage) qui peuvent être invalides et donc à accorder son soutien à la Fraternité Saint
sacrilèges? Un fidèle peut-il encore suivre Pie X à cause du bien qu’elle peut encore
avec confiance des guides qui errent de faire dans le futur, il est nécessaire d’obtenir
façon aussi grave? Des prêtres - même en de ses responsables une remise en question
désaccord avec leurs propres supérieurs - de sa position doctrinale. C’est-à-dire que la
peuvent-ils être complices, ne serait-ce que Fraternité Saint Pie X devrait, tout d’abord,
par leur silence, d’une doctrine et d’une réexaminer et revoir sa position sur la juri-
praxis aux conséquences si importantes? diction supléée et - après un sérieux examen
Si déjà en 1985 les membres de l’Institut de la question- en arriver à la suppression de
Mater Boni Consilii quittaient la Fraternité la Commission canonique Saint Charles
Saint Pie X, c’est qu’ils considéraient que l’on Borromée, ou du moins à sa transformation
ne pouvait en conscience, soutenir plus loin de tribunal ecclésiastique en simple organe
l’œuvre de Mgr Lefebvre. Cette décision nous consultatif sur les questions morales et cano-
sembla alors valide et nous le semble encore, niques, ainsi qu’à la révision des “Ordon-
abstraction faite de la question que nous ve- nances” de 1997 (et de 1980). Mais il serait
nons de traiter dans ce dossier. Mais la créa- illusoire de corriger des effets erronés sans
tion de la “Commission canonique Saint revoir simultanément la cause de ces effets.
Charles Borromée” en 1991 est chose telle- La longue introduction historique dont nous
ment grave que ce problème est à poser avons fait précéder l’examen de la doctrine
même à qui ne considéra pas opportun de diffusée dans la Fraternité Saint Pie X depuis
nous suivre en 1985. Et en effet nombreux 1991, et qui exposait l’évolution de la posi-
sont les prêtres à avoir abandonné la tion de la Fraternité sur le problème de la ju-
Fraternité Saint Pie X ne serait-ce que pour ridiction, avait justement pour but de faire
ne pas avaliser le schisme de fait, réalisé avec comprendre au lecteur comment les dévia-
la création de cette Commission, véritable tions que l’on rencontre actuellement dans
embryon d’une nouvelle Eglise. Nous savons - ladite Fraternité ont leurs racines dans la po-
il est vrai - que de nombreux fidèles ignorent sition que Mgr Lefebvre a pensé devoir
tout de l’institution ou de la nature de ces tri- adopter face au “problème de l’autorité” (ou
bunaux; que beaucoup de prêtres et de “du Pape”) du moins depuis 1979. Seule une
membres de la Fraternité ne sont pas d’accord position claire et théologiquement correcte
avec cette institution; que de fait, dans cer- sur l’autorité du Concile, de Paul VI et de
tains districts, parmi lesquels probablement Jean-Paul II peut permettre ensuite toutes
l’Italie, les “tribunaux” sont ignorés et demeu- ces applications aux cas particuliers que la
rent inutilisés. Il demeure cependant que ces crise actuelle pose aux catholiques fidèles.
tribunaux, et la doctrine qui prétend les justi- Mgr Lefebvre, il est vrai, a toujours refu-
fier, ne sont pas une initiative personnelle et sé la solution sédévacantiste, et bien sûr
l’opinion privée de quelques membres de la nous ne pouvons pas soutenir que dans ce
Fraternité, mais sont respectivement un orga- refus ne soit inclus également le refus de la
ne (tout ignoré et peu connu du public qu’il thèse de Cassiciacum élaborée par le Père
soit) et un point de doctrine officiel de la Guérard des Lauriers o.p., le théologien le
Fraternité. Il nous semble donc pouvoir plus prestigieux qui ait pris - et dès le début -
conclure que ne plus soutenir la Fraternité la défense de la Tradition catholique. La
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marginalisation, puis la “diabolisation”, disciples de Mgr Lefebvre) à prendre sérieu-


enfin l’effacement même de la mémoire du sement en considération la Thèse dite de
Père Guérard des Lauriers, auteur du Bref Cassiciacum: c’est l’unique thèse sédévacan-
examen critique du novus ordo Missæ attri- tiste qui, d’une part, tienne devant les cri-
bué aux Cardinaux Ottaviani et Baci qui y tiques des adversaires, et de l’autre n’élude
souscrivirent, priva Mgr Lefebvre et sa pas les objections soulevées par Mgr
Fraternité d’un guide, sûr et faisant autorité, Lefebvre et les siens au sédévacantisme, en
pour les choix doctrinaux et théologiques présentant une solution satisfaisante et
qui s’imposaient inéluctablement. propre à calmer leurs perplexités et leurs
Hélas, la position du Père Guérard fut re- craintes. Pour les adeptes des deux positions
fusée pratiquement sans examen, et assimi- qui nous sont adverses, la Thèse serait aussi
lée au sédévacantisme complet duquel au un puissant antidote à la tentation de créer,
contraire le Père Guérard s’est toujours dis- explicitement ou implicitement, une “petite
tingué. Certains des motifs pour lesquels la Eglise” traditionaliste, car elle refuse tout
Fraternité et Mgr Lefebvre ont refusé le sé- aussi bien et pour les mêmes motivations les
dévacantisme, sont pleinement partagés par “conclaves” sédévacantistes que les “hiérar-
notre position: absence de preuve sur l’héré- chies de la Tradition” soutenues par la
sie formelle de Jean-Paul II, impraticabilité Fraternité Saint Pie X. Une position intran-
des “voies” classiques de l’hypothèse du sigeante, donc, mais équilibrée, qui, seule,
Pape hérétique et de la Bulle de Paul IV rend compte en même temps de l’incroyable
pour démontrer la vacance du Siège, nécessi- situation que nous vivons et des dogmes de
té d’une continuité de l’Eglise, de la hiérar- foi (infaillibilité, primat, indéfectibilité,
chie et des électeurs d’un conclave (les cardi- apostolicité, etc.) auquels nous devons croire
naux), refus des “conclaves” convoqués par pour rester catholiques. Puisse se réaliser
des personnes privées… D’autre part la enfin, du moins entre tous ceux qui ont pour
Thèse de Cassiciacum partage avec le sédé- point commun la lutte contre l’hérésie mo-
vacantisme ses positions essentielles: Jean- derniste, l’unité dans la vérité et la charité!
Paul II ne peut jouir de l’autorité pontificale,
il n’est pas divinement assisté, on ne peut
être en communion avec lui (entre autres au Notes
canon de la Messe), vis-à-vis de lui le problè- 1) Une stupeur toute relative. Des bruits couraient
me de l’obéissance et de l’infaillibilité du déjà depuis un certain temps sur l’existence et l’activité
Pape ne se pose pas (vérité de foi toutes d’une Commission canonique de la Fraternité Saint Pie
deux vigoureusement défendues dans la X. En 1995 nous avions publié dans Sodalitium une Lettre
circulaire aux prêtres de la Fraternité Saint Pie X dans la-
Thèse et généralement aussi dans le sédéva- quelle l’abbé Berger, un prêtre qui quittait la Fraternité,
cantisme, au contraire de la Fraternité). Si dénonçait “le fait d’avoir établi un bureau parallèle pour
nous avons embrassé la Thèse, ce n’est pas les questions de mariage” jugeant “très grave” cette insti-
parce que ce serait plus commode ou parce tution: “la Fraternité Saint Pie X - écrivait-il - ne se consti-
tue-t-elle pas là en Eglise parallèle? Autocéphale?” (n° 38,
qu’elle pourrait être un point d’union de tous p. 71) Mais ni l’abbé Berger ni d’autres prêtres ayant quit-
les anti-modernistes; c’est seulement parce té la Fraternité pour des raisons analogues, n’avaient ja-
qu’elle est vraie. Toutefois, à notre avis, cette mais fourni une documentation à l’appui, documentation
thèse a souvent été considérée comme un qui puisse prouver la nature “légale”, et pas seulement
facteur de division (nous sommes accusés de consultative de la Commission.
2) ABBÉ H. BELMONT, Les confirmations données
“sédévacantisme” par les adeptes de Mgr par des prêtres de la Fraternité Saint Pie X sont-elles va-
Lefebvre et de “lefebvrisme” par les “sédé- lides? in Cahiers de Cassiciacum, n° 6, 1981, pp. 1-11.
vacantistes”!) alors qu’au contraire, comme 3) Sur la question de l’autorité voir, par ex.: B.
l’ont fait remarquer quelques rares observa- LUCIEN, La situation actuelle de l’autorité dans l’Eglise.
La Thèse de Cassiciacum, Documents de catholicité,
teurs ( 61) elle pourrait devenir un facteur 1985. L’auteur souligne, contre le volontarisme, que la
puissant d’unité entre nous, mettant fin à question de l’obéissance est une conséquence de la
d’interminables et dangereuses divisions qui question de l’autorité, mais n’en constitue pas l’essence
ne profitent qu’à nos ennemis, et affaiblis- (p. 37).
sent nos forces en scandalisant les fidèles. 4) MGR LEFEBVRE, Lettre aux amis et bienfaiteurs,
n° 9, oct. 1975.
Nous invitons donc les personnes à la 5) P. PARENTE- A. PIOLANTI, Dizionario di teologia
fois les plus compétentes et les mieux inten- dommatica per i laici, Studium, Roma, 1943, p. 95, ru-
tionnées des deux camps (sédévacantistes et brique ‘gerarchia’ [hiérarchie].
46

6) “In errore communi aut in dubio positivo et pro- bile, devient habile à contracter), que de déclarer nul un
babili sive iuris sive facti, iurisdictionem supplet Ecclesia mariage (ce qui ne change pas l’état de la personne, mais
pro foro tum externo tum interno” (can. 209). Le nou- constate un état déjà existant ab initio); c’est un pouvoir
veau code a maintenu à la lettre la canon 209: “dans de juridiction déclaratif seulement. Si donc la suppléance
l’erreur commune de fait ou de droit, et pareillement nous donne pouvoir de dispenser, elle nous donne a for-
dans le doute positif et probable de droit comme de fait, tiori pouvoir de juger)”. L’argument est facile à renver-
l’Eglise supplée au for externe comme au for interne le ser: s’il est évident que les annulations de mariage déci-
pouvoir de gouvernement exécutif” (can. 144 § 1) en ap- dées par les “tribunaux” de la Fraternité sont invalides,
pliquant aussi le principe (§2) à l’administration des sa- à plus forte raison (a fortiori) seront invalides les dis-
crements de la confirmation (can. 883), de la pénitence penses, bien plus graves, des empêchements dirimants
(can. 966) et du mariage (can. 1111§1). au mariage, dispenses considérées au contraire comme
7) Pour cette argumentation, cf. M. LEFEBVRE, Le légitimes par Mgr Lefebvre depuis 1980.
coup de maître de Satan, Il Falco, Milano, 1978, pp. 107- 21) Pour le texte du faux “mandat apostolique” lu
108 (il s’agit d’un texte du 24 février 1977); et encore: avant les consécrations épiscopales du 30 juin, cf.
Le Ministère Sacerdotal en période extraordinaire de Fideliter, sept.-oct. 1988, n. 65, p. 11. Le canon 953
crise grave, par un groupe de prêtres du Diocèse de (1013 du nouveau code) interdit une consécration épis-
Campos, dans Cor Unum, n. 16, octobre 1983, pp. 9-26. copale accomplie sans “mandat pontifical” ou “aposto-
8) Mgr Lefebvre et le Saint-Office, Itinéraires, mai lique”, c’est à dire sans l’autorisation du Pape. Que le
1979, pp. 21-22. “mandat apostolique” - c’est-à-dire du Pape - ait été
9) Voir par exemple la demande plus que pertinen- écrit par Mgr Lefebvre en dit long sur l’identification
te du cardinal Seper (“un fidèle peut-il mettre en doute pratique que fait la Fraternité entre Mgr Lefebvre et le
la conformité avec la doctrine de la foi d’un rite sacra- Pape... Quelle idée se fait donc la Fraternité de l’Eglise
mentel promulgué par le pasteur suprême”? - ibidem p. romaine” (qui aurait autorisé les consécrations), une
111) à laquelle Mgr Lefebvre initialement ne répondit “Eglise romaine” qui serait opposée aux “autorités de
pas. Devant l’insistance du Cardinal (“soutenez-vous l’Eglise romaine” (qui interdisaient ces mêmes consé-
qu’un fidèle catholique peut penser et affirmer qu’un rite crations sous peine d’excommunication)?
sacramentel en particulier celui de la Messe, approuvé et 22) Cf. Sodalitium n° 16, et aussi F. RICOSSA, Les
promulgué par le Souverain Pontife, puisse ne pas être consécrations épiscopales dans la situation actuelle de
conforme à la foi catholique ou ‘favens hæresim’?”, ibi- l’Eglise, in Sodalitium n° 44, juillet 1997, numéro spécial.
dem, p. 146) Mgr Lefebvre répondit de façon évasive: 23) Lettre de Mgr Lefebvre “aux futurs évêques”
“ce rite en soi et par soi ne professe pas la foi catholique du 29 août 1987, dans Fideliter, n. hors série des 29-30
avec la même clarté que celui de l’ancien Ordo Missæ, il juin 1988.
peut donc favoriser l’hérésie. Mais je ne sais pas à qui 24) Cité dans F. P IVERT , Des Sacres par Mgr
l’attribuer, et je ne sais pas même si le Pape en est res- Lefebvre... Un schisme?, Fideliter, avril 1988, p. 59.
ponsable” (p. 146). Mgr Lefebvre, sachant que pour la 25) “L’Eglise n’est pas le pape, et réciproquement”
foi catholique un Pape ne peut promulguer un sacre- (F. Pivert, op. cit., p. 47). Bien sûr, l’Eglise n’est pas le
ment ou un rite de la messe ‘mauvais’, et pensant juste- Pape, mais le Pape est le Chef visible de l’Eglise! En
ment cela du nouveau missel, fut contraint d’affirmer - particulier, l’abbé Pivert, l’un des membres des Com-
frôlant le ridicule - ignorer si Paul VI était le respon- missions canoniques de la Fraternité, dans l’application
sable du nouveau missel, et ce, pour ne pas avoir logi- du principe canonique “Ecclesia supplet”, oublie que
quement à soutenir ou que le nouveau missel est bon ou par “Ecclesia” on entend le Législateur ecclésiastique
que Paul VI n’était pas Pape (tertium non datur)... Suprême, c’est-à-dire le Pape, qui peut accorder la juri-
10) “Pour ce qui concerne la juridiction nous en ap- diction “a jure”, c’est-à-dire par une décision inscrite
pelons aux circonstances extraordinaires prévues par le dans le droit qu’il a promulgué. Par conséquent le prin-
Droit et aux conditions d’extrême nécessité dans les- cipe “Ecclesia supplet” ne peut être invoqué s’il n’y a
quelles se trouvent les âmes des fidèles” (ibidem, p. 121). pas de Pape ou lorsque le Pape refuse explicitement
11) Ibidem, p. 112. Pour Seper la praxis de Mgr cette suppléance. Nous en reparlerons.
Lefebvre “induit à se demander si l’on ne se trouve pas 26) F. PIVERT, op. cit., pp. 28-30, 37-42 (sur le canon
devant un mouvement schismatique”. 20), pp. 46-47 (sur la juridiction suppléée qui s’ensuit).
12) Ibidem, p. 144-163. 27) Sodalitium n° 26, déc. 1991, pp. 4-6: L’autorité
13) Ibidem, pp. 159-160. de l’évêque vient-elle du Pape ou des fidèles?; n° 33, oct.
14) C’est à dire de privation du Chef de l’Eglise. 1993, pp. 51-52: Petite note sur la Fraternité Saint Pie X;
15) Et donc en ce qui regarde le pouvoir d’Ordre, n° 41, avril-mai 1996, pp. 58-59: Débat: Qui est l’évêque
et non de Juridiction au for externe, pour les pouvoirs de Campos?
législatif et judiciaire. 28) Les Actes ont été publiés aux Editions
16) ...comme le soutenait le cardinal Seper! La Fideliter. L’allocution de Mgr Tissier s’y trouve aux
praxis (à cette époque) de Mgr Lefebvre présupposait, pages 93-114.
pour être justifiée, la privation de l’Autorité... 29) P. PARENTE, A. PIOLANTI, Dizionario di teolo-
17) H. BELMONT, op. cit., p. 9. gia dommatica per i laici, Studium, Roma, 1943, p. 95,
18) Ibidem, p. 1. rubrique ‘Gerarchia’ [hiérarchie].
19) En 1980 nous faisions encore partie de la 29 bis) Après le Concile Vatican II et les réformes
Fraternité et nous reçumes, comme tous les autres qui ont suivi, le problème de l’indéfectibilité de l’Eglise
membres de cette société, le petit volume des est certainement le plus terrible qui se soit posé aux
“Ordonnances”... âmes des fidèles. Etant donné son importance, nous
20) Je rappelle ce qu’écrit Mgr Tissier:“Il est même traiterons la question à part, nous réservant de l’abor-
plus grave de dispenser d’un empêchement dirimant (ce der prochainement. Pour le moment je soumets au lec-
qui change la condition de la personne, laquelle d’inha- teur ce qu’écrivait très à propos sur ce sujet l’abbé
47

Lucien (op. cit., p. 203): “même dans la crise, le Christ penses (Ordonnances, p. 37, p. 42: dispenses des Ordres
demeure avec son Eglise, et continue à la faire subsister Sacrés, p. 44; l’indult de sécularisation pour les reli-
conformément à la nature qu’il lui a donnée en l’insti- gieux, réservé à un évêque de la Fraternité, p. 45, p. 47,
tuant; cela, nous le croyons de Foi: c’est l’indéfectibilité etc.), l’absolution de nombreuses censures, toutes
de l’Eglise. Cette affirmation, pour n’être pas purement choses que la Fraternité attribue à ses propres autorités.
verbale, doit avoir une portée concrète: comment, de fait, 34) “Nomine Sedis Apostolicæ vel Sanctæ Sedis in
Jésus est-il encore actuellement avec son Eglise? Si l’on hoc Codice veniunt non solum Romanus Pontifex, sed
considère l’Eglise comme Corps Mystique, Jésus demeu- etiam (...) Congregationes, Tribunalia, Officia per quæ
re aujourd’hui avec elle en maintenant vivant le idem Romanus Pontifex negotia Ecclesiæ expedire solet”
Témoignage de la Foi et la sanctification par les canon 7 (voir les canons 360-361 du nouveau code).
Sacrements authentiques, ainsi que l’Oblation du véri- 35) Ce principe (de ne pas recourir à Rome) ne
table Sacrifice. C’est ce que prouve l’existence de ceux vaut pas seulement pour les causes matrimoniales, mais
que l’on nomme ‘traditionalistes’. Mais comment, est appliqué constamment par la Fraternité. Sont laissés
concrètement, Jésus est-il encore avec son Eglise considé- au Pape - il est vrai - le privilège pétrinien et la dispense
rée comme société humaine? A cette question, qui doit sur le mariage ratifié mais non consommé, mais avec
avoir une réponse, nous répondons: en maintenant en permission préalable du supérieur de district et contrôle
place la structure hiérarchique visible pendant qu’il per- de la commission canonique (Ordonnances, p. 38).
met la grande épreuve que constitue l’éclipse de l’autorité 36) En contradiction avec ce qu’affirme Mgr Tissier:
et de ses fonctions surnaturelles. Cette permanence de la “Monsieur l’abbé Laguérie, curé – par suppléance – de
structure hiérarchique constitue la pierre d’attente divine- Saint-Nicolas-du-Chardonnet, n’a pas de pouvoir de juri-
ment posée du renouveau de l’Autorité; et elle assure la diction sur les habitants du quartier, sur les habitants du
continuité matérielle de la succession hiérarchique, conti- Ve arrondissement. Il a pouvoir sur les personnes, préci-
nuité absolument requise par la note d’Apostolicité”. sons: les familles et les fidèles qui fréquentent son église et
30) Cf. l’article de l’abbé Sanborn in Sodalitium n. qui lui demandent le secours de son ministère sacerdotal”
39, p. 35. (allocution du 10 mars 1991, op. cit., p. 101).
31) Voir la note 4. Il s’agit d’une idée qui revient 37) Cette contradiction a été signalée aussi par
souvent chez Mgr Lefebvre: “nous sommes avec Paul quelques membres de la Fraternité: “la juridiction de
VI, successeur de Pierre, remplissant son rôle; nous refu- suppléance – écrit par exemple l’abbé Mercury – définie
sons de suivre Paul VI, successeur de Luther, Rousseau, comme un pouvoir accordé au cas par cas, a été qualifiée
Lamennais, etc.” (MGR LEFEBVRE, Le coup de maître de très justement de ‘personnelle’. Mgr Tissier de Mallerais
Satan, éd. Saint-Gabriel, Martigny, 1977, le texte cité, a expliqué dans son allocution que ‘c’est une juridiction
Réponses à diverses questions d’actualité, date du 24 fé- personnelle et non pas territoriale. Et cela est très impor-
vrier 1977, pp. 43-44). tant à saisir: vos prêtres ont juridiction sur vos personnes
32) Sodalitium partage pleinement le jugement et non pas sur un territoire. Les prêtres de tradition ont
porté par les Ordonnances sur le nouveau code. Mais ce juridiction sur chacun de leurs fidèles qui fréquentent
jugement devrait avoir - comme conséquence logique et leur chapelle, leur église de tradition, leur prieuré ou leur
inéluctable - l’invalidité totale du nouveau code et la couvent de tradition et non pas sur un territoire détermi-
constatation absolument certaine que Jean-Paul II n’a né comme l’est par exemple le territoire d’une paroissse’
pas l’autorité divinement assistée (il n’est pas Pape for- [pp. 100-101]. Probablement abusés par les mots, cer-
maliter). En effet, d’un côté, un code de lois qui “pèche tains ont assimilé la juridiction de suppléance à celle
gravement contre la finalité même de la loi” (qui est le d’une prélature personnelle qui est évidemment de type
bien commun) ne peut être valide et, d’autre part, une ordinaire. (…) Cette restriction imposée par la définition
“autorité” qui n’assure pas le bien commun ne peut être même de la juridiction de suppléance pose évidemment
légitime: Mgr Tissier lui-même reconnaît, avec le Père une grave difficulté sur le plan social. Car le pouvoir des
Guérard, que celui qui ne veut pas habituellement le prêtres de la Tradition qui concerne les personnes indivi-
bien de l’Eglise ne peut pas être Pape (Fideliter, n. 72, duellement prises ne semble pas s’étendre aux personnes
nov. déc., 1989, p. 7). En effet il est impossible qu’une morales, comme une communauté par exemple.
autorité authentique promulgue un code de droit canon Concrètement, cela signifie que notre juridiction ne
qui pèche gravement contre la finalité même de la loi s’exerce pas sur nos communautés comme sur un trou-
(Mgr Tissier) (sur l’infaillibilité des lois universelles de peau. (…) Quand Mgr Lefebvre dit: ‘vos églises sont vos
l’Eglise, voir par exemple ABBÉ FRANCESCO PALADINO, paroisses’ il faut l’entendre dans un sens analogique, et
Petrus es tu? Delacroix, 1999, pp. 143-148, un livre que non à strictement parler, comme si la juridiction de sup-
nous avons abondamment critiqué - cf. ABBÉ FRAN- pléance nous permettait de constituer des entités cano-
CESCO RICOSSA, L’Abbé Paladino et la Thèse de Cas- niques à part entière. La création de structures de droit
siciacum. Réponse au livre Petrus es tu? Centro Librario ecclésiatique (…) appartient en propre à l’exercice du
Sodalitium, Verrua Savoia 1999 - mais qui, sur ce point pouvoir ordinaire. Revendiquer un tel pouvoir, c’est
particulier, se fondant sur des citations pertinentes, est s’exposer à l’accusation de schisme plus ou moins latent,
absolument irréfutable. Nous y renvoyons le lecteur). parce que c’est s’arroger des prérogatives qui dépassent
32 bis) “La dispense est un acte de l’autorité compéten- les limites d’un pouvoir extraordinaire accordé pour une
te qui relève le sujet de l’obligation d’observer la loi dans période de crise” (H. M ERCURY , L’œuvre de Mgr
des cas particuliers. L’autorité compétente pour la dispense Lefebvre: une théologie de l’exception”, Edition de la
est la même que celle qui a promulgué la loi, ou une autori- petite croix, août 1999, pp. 59-61). Remarquons que ce
té supérieure” (F. ROBERTI ET P. PALAZZINI, Dizionario di sont les Ordonnances qui confondent juridiction de sup-
Teologia morale, Studium, 1968, rubrique “dispensa”). pléance et prélature personnelle, en équiparant la “hié-
33) Sont réservés au Saint-Siège par exemple les rarchie de la Fraternité” à un ordinariat militaire (p. 7).
empêchements marimoniaux (can. 1040), la sanatio in 38) Voici comment cette objection est exposée par
radice (can.1141, Ordonnances, pp. 60-62), diverses dis- Orlando Fedeli: “une question: pourquoi ce prêtre, si
48

c’est un prêtre fidèle, n’aurait-il pas la même autorité de tance revient normalement au métropolite (can. 1594;
suppléance que le prêtre supérieur de district? Les condi- can. 1438 n.c.) dont l’évêque est suffragant. Le juge-
tions seraient les mêmes; ce prêtre y aurait même davan- ment en troisième et dernière instance revient au Pape
tage droit, s’il était un expert en questions canoniques ou (can. 1597; can. 1442 n.c.): “le Souverain Pontife est
s’il s’était mieux renseigné. Si l’on admet l’argumentation juge suprême dans toute l’orbe catholique, et il juge ou
et si l’on est conséquent, certains prêtres pourraient éga- personnellement ou par l’intermédiaire des tribunaux
lement se constituer pour suppléer l’autorité de la Rote ordinaires du Siège Apostolique ou bien par l’intermé-
qui dépend directement du Pape. Quelle autorité l’en em- diaire de juges délégués par lui-même”.
pêchera? On a déjà peut-être, sans s’en rendre compte, 43) F. P IVERT , Des évêques d’adoption dans Fi-
ouvert la porte au subjectivisme; quand de sa propre ini- deliter, n. 123, mai-juin 1998, pp. 13-17; la phrase citée
tiative, on a établi les nouvelles autorités de suppléance, se trouve à la pag. 16 de ce numéro de Fideliter dédié au
la voie fut ouverte afin que tous ceux qui se considèrent dixième anniversaire des consécrations épiscopales
comme fidèles puissent organiser leur propre tribunal faites par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer.”L’au-
supplétoire en suivant cet exemple et en s’appuyant sur teur de cet article – écrit Fideliter- M. l’abbé François
les mêmes arguments”. Et encore: “Enfin, pourquoi Pivert, juriste, est membre de la Commission canonique
seule la Fraternité aurait-elle maintenant le droit d’insti- de la Fraternité Internationale (sic) Saint-Pie X”. La po-
tuer un tribunal avec les pouvoirs de la Rote? Et celui sition de l’abbé Pivert semble être celle de la Fraternité
qui aurait donné à la Fraternité ce droit et ce pouvoir ne Saint Pie X, même si certains de ses membres ne l’ac-
le confèrerait-il pas aussi à d’autres? Qui a nommé les ceptent pas (cf. abbé Mercury, op. cit., pp. 32-32, 35-38).
membres de la Commission canonique Saint Charles 44) F. RICOSSA, Les Consécrations épiscopales dans
Borromée leur donnant un droit et un pouvoir que seul la situation actuelle de l’Eglise. Réponse à l’article de
un Pape peut donner? Les juges ecclésiastiques étant vi- l’abbé H. Belmont (Sodalitium n° 44, Centro Librario
caires du Pape, nous l’avons vu, ils parlent au nom du Sodalitium, Verrua Savoia). L’abbé Belmont soutenait
Pape et émettent des sentences au nom du Pape; au nom initialement la même thèse que l’abbé Pivert mais en dé-
de qui les juges de la Commission canonique Saint duisait une conclusion tout à fait opposée: si la juridic-
Charles Borromée profèrent-ils leurs sentences?” tion vient à l’évêque de la consécration épiscopale, une
39) Il faut reconnaître que Mgr Tissier refuse en consécration sans le consentement du Pape implique
principe cette thèse: “l’erreur par excès – déclara-t-il alors l’attribution d’une juridiction sans soumission au
dans l’allocution du 10 mars 1991 – c’est dire: tous les Pape, et par conséquent schisme. Par la suite l’abbé
évêques ou presque ont apostasié la foi catholique, du Belmont a abandonné cette position, tout en demeurant
moins ils ne la prêchent plus, donc il n’y a plus de hiérar- opposé encore doctrinalement aux consécrations.
chie légitime; il n’y a plus ni pape, ni évêques légitimes 45) Enciclopedia Cattolica, Cité du Vatican, 1953,
dans l’Église. Et donc la vraie hiérachie catholique, la vol. X, col. 18, rubrique Primato di San Pietro e del
seule, c’est Mgr Lefebvre, les quatres évêques, les supé- Romano Pontefice, par Mgr Antonio Piolanti.
rieurs de district, les prieurs et leurs vicaires. Voilà! C’est 46) H. MERCURY, op. cit., pp. 41-42.
la hiérarchie de l’Église! 47) L’abbé Pivert, suivi par Mgr Tissier de Mallerais
C’est le clergé de Tradition dans cette organisation (point III de son article publié par Cor unum) invoquent
hiérarchique apparente. Il faudrait du reste qu’un des le can. 20 (nouveau code, can. 19) comme “base doctri-
évêques soit élu pape, cela complèterait l’apparence hié- nale de nos pouvoirs supplétoires”. Le can. 20 servirait,
rarchique! C’est ce que certaines sectes n’ont pas hésité à en fait à étendre presque à l’infini les cas bien limités de
faire; elles se sont brisées sur cet écueil. C’est faux, bien juridiction suppléée prévus par le code: “si sur une ma-
sûr, nous récusons cette analyse, ses conséquences” (p. tière déterminée manque une disposition de loi expresse
104). Cependant, si la Fraternité Saint Pie X a toujours tant universelle que particulière ou une coutume, la cause,
refusé le sédévacantisme (et a fortiori le conclavisme) en si elle n’est pas pénale, est à trancher en tenant compte des
théorie, dans la pratique elle s’est comportée non seule- lois données pour des cas semblables, des principes géné-
ment comme si la hiérarchie de l’Eglise n’existait plus, raux du droit appliqués avec une équité canonique de la
mais aussi comme si elle avait le pouvoir de la rempla- jurisprudence et de la praxis de la Curie romaine, de
cer. En ce sens la Fraternité Saint Pierre a raison d’écri- l’avis commun et constant des juristes” (n. can. 19). Peut-
re: “Cette attitude présuppose un sédévacantisme pra- on s’appuyer sur ce canon pour instituer des tribunaux
tique. (…) Il faudra bien que les autorités de la Fraternité ecclésiastiques non reconnus par Rome? C’est ce que
Saint Pie X reconnaissent tout haut ce que d’aucuns (et prétend Mgr Tissier (Cor unum, p. 41, point III) en s’ap-
non des moindres!) reconnaissent tout bas – en cercles
choisis évidemment” (Du sacre épiscopal contre la volon-
té du Pape, avec application aux sacres conférés le 30 juin
par Mgr Lefebvre, essai théologique collectif de membres
de la Fraternité Saint Pierre sous la direction de M. l’abbé
Bisig, texte polycopié p. 23. Cité par Mercury, p. 39).
C’est ce que disait Mgr Guérard des Lauriers quand il
définissait le Pape tel qu’il est reconnu par la Fraternité Le blason de Mgr
comme un “mannequin de Pape” (Sodalitium n° 13). Tissier de Mallerais,
40) Sodalitium n° 47, décembre 1998, p. 83. Voir président de la com-
aussi ce que Mgr Tissier écrivait à l’abbé Berger le 25 mission Saint
septembre 1993, in Sodalitium n° 38, p. 70. Charles Borromée
41) Sodalitium n° 50, juin-juillet 2000, pp. 40-41.
42) Le jugement en première instance revient à
l’ordinaire du lieu (normalement l’évêque diocésain:
can. 1572, can. 1419 n.c.). Le jugement en seconde ins-
49

puyant a) sur les lieux parallèles et l’analogie légale, b) l’on possède radicalement à une suppléance par analogie
sur la jurisprudence de la Curie romaine, c) sur l’épikie de l’exercice de la potestas regimini de gouvernement au
et l’opinion des juristes. Pour ce qui est des “lieux paral- for externe laquelle ne peut se posséder d’aucune façon
lèles” et de “l’analogie légale” Mgr Tissier invoque “le sans une désignation (...)” M. Fedeli oppose le même ar-
cas du recours impossible à l’évêque pour dispenser d’un gument à celui qui est tiré de la jurisprudence de la
empêchement dirimant de droit ecclésiastique: dans le Curie Romaine (entre autres Cor unum se trompe de
‘danger de mort’ ou ‘quando omnia sunt parata ad nup- date quand il cite un document d’interprétation du
tias’, le curé ou le confesseur peuvent dispenser (can. code). Le dernier argument est celui qui se fonde sur
1044-1045). Ce qui signifie que l’Eglise leur donne, par l’épikie et l’opinion des docteurs. L’inconséquence du
suppléance, juridiction ad casum” (Cor unum, p. 41, III, raisonnement de Mgr Tissier saute aux yeux du premier
2, a). Orlando Fedeli lui répond: “pour pouvoir appli- lecteur venu: après avoir démontré en citant le Père
quer l’analogie légale, et pour que les cas soient réelle- Cappello que dans la situation actuelle, nous ne sommes
ment parallèles, il faut qu’il y ait similitude de matière pas tenus à recourir “à des tribunaux modernistes” Mgr
(…) entre la norme que l’on suppose contenue implicite- Tissier conclut abusivement “mais si cette obligation
ment dans le Code et celle à laquelle on fait référence. cesse, ne cesse pas l’obligation de recourir à quelque tri-
Dans les canons 1044 et 1045 la dispense donnée par bunal! (Cor unum, III, 2, c, p. 42). A condition, ajou-
l’évêque est ordonnée directement et immédiatement à tons-nous, que cet autre tribunal existe réellement! Sans
l’exercice de la ‘potestas sacra’ (dans le cas d’urgence quoi nous ne sommes pas autorisés à créer des tribunaux
pour recevoir la grâce sacramentelle et mourir en état de illégaux n’en ayant pas l’autorité...
grâce ou contracter validement le sacrement, lorsqu’il est 48) L’abbé Mercury, de la Fraternité Saint Pie X
impossible d’attendre sans grand inconvénient le retard (op. cit., p. 44) le reconnaît lui aussi.
causé par le recours à l’autorité: ‘ad casum’, le législateur, 49) DINO STAFFA, rubrique Giurisdizione dans Enci-
usant de son pouvoir, donne la faculté nécessaire pour clopedia Cattolica, Cité du Vatican, 1951, vol. VI, col. 786.
agir validement). Au contraire dans le cas des tribunaux, 50) F. ROBERTI ET P. PALAZZINI, Dizionario di teo-
il s’agit d’un acte judiciaire de la ‘potestas regiminis’, du logia morale, Ed. Studium, Roma, 1968, vol. 1, p. 740.
pouvoir de gouvernement dans lequel n’est pas impliquée 51) Selon l’abbé Mercury le pouvoir de juridiction
directement et immédiatement la réception de la grâce sa- suppléée “est donné tacitement par l’autorité légitime de
cramentelle ou l’exercice de la ‘potestas sacra’. Les per- l’Église” (p. 49), même s’il nie qu’elle soit accordée
sonnes impliquées dans un jugement canonique peuvent dans le cas des “commissions canoniques”. Il n’ignore
être et demeurer en état de péché mortel, elles peuvent pas l’objection que l’on pourrait lui faire: il ne manque-
même rester célibataires ou changer d’état, et le juge peut ra pas de personnes pour objecter que l’actuel possesseur
être un laïc. Le procès dans un tribunal est un acte juri- du Siège Apostolique pourrait, en conséquence, nous
dique sans connexion nécessaire avec le fait pour une ôter cette juridiction, puisqu’elle dépend de lui”. L’abbé
âme de recevoir la grâce de façon urgente pour la sauver, Mercury répond à cette objection - qui est aussi la nôtre
ou avec un sacrement; le code établit une suppléance or- - de façon discutable: “le Saint-Esprit assiste l’autorité
donnée aux actes sacramentels: ‘potestas sacra’; suppléan- pour éviter toute décision tyrannique opposée à l’obliga-
ce qui permet en faveur d’autrui, de mettre en acte une tion pour chacun de prendre les moyens indispensables à
puissance que le titulaire possédait déjà du moins radica- son salut” (op. cit., p. 46). Ce n’est pas le principe affir-
lement. Les actes propres de la ‘potestas regiminis’, de mé ici qui est contestable, mais son application à Jean-
gouvernement, sont très différents: ils ne sont pas directe- Paul II, lequel, de fait, non seulement refuse cette juri-
ment liés à l’exercice sacramentel, pas plus que ce pouvoir diction à la Fraternité, mais refuse aux fidèles les
ne s’acquiert sans qu’on ait été désigné comme capable moyens de salut (et ce, selon le jugement même de la
d’agir au nom du Juge suprême; être ministre sacré n’ha- Fraternité qu’ici nous partageons: c’est justement ce
bilite pas à l’exercice du pouvoir judiciaire. L’exercice va- refus objectif de réaliser le bien/fin de l’Eglise, le salut
lide de ce pouvoir non sacramentel requiert, selon le des âmes, qui est le motif pour lequel Jean-Paul II n’a
droit, une désignation par le seul qui le possède ipso jure pas l’autorité).
en plénitude; de fait il y a des juges laïcs et leur pouvoir, 52) Le lecteur pourrait se demander quelle est
par le fait qu’ils sont nommés juges, est exercé ipso jure notre position ce sujet. En effet non seulement les
au nom de celui qui les a nommés et dans les limites éta- prêtres de la Fraternité Saint Pie X, mais aussi tous
blies par le droit (…). En agissant en juge, on ne met pas ceux qui s’opposent à Vatican II, sont privés de juridic-
en acte une puissance que l’on possède habituellement, tion ordinaire et déléguée. Si nous ne pouvons même
mais [on agit] par désignation, et seulement pas désigna- pas invoquer la juridiction suppléée - qui vient du Pape
tion de celui qui est le seul à posséder la plénitude du - comment défendre la licéité de notre ministère? Le
pouvoir dans l’Eglise (...). Pour savoir si dans les actes Père Guérard des Lauriers a fait plusieurs fois l’examen
d’un tribunal canonique on peut trouver une analogie de ce problème, particulièrement dans Consacrer des
avec cette suppléance que l’Eglise exerce dans les actes évêques? (supplément à Sous la bannière, n. 3, janvier-
dont parlent les canons 1044-1045, il faut se faire guider février 1986, repris par Sodalitium (n° 16, pp. 16 et ss.).
par un véritable lieu parallèle: ce lieu parallèle, on le trou- Nous pouvons résumer cette position en quelques
ve dans ce qui est stipulé au canon 144 qui règle la sup- points qui sont les suivants:
pléance dans l’exercice de la juridiction et qui ne prévoit a) il existe dans l’Eglise le pouvoir d’ordre et le
aucune suppléance possible pour exercer le pouvoir légis- pouvoir de juridiction.
latif ou judiciaire. (...) En résumé: pas de lieu parallèle, b) ces deux pouvoirs, qui sont intimement liés par
légalement parlant, puisqu’il n’y a pas similitude de ma- une relation mutuelle et normalement doivent être exer-
tière (...); ainsi ce présumé lieu parallèle pour pouvoir cés conjointement, sont cependant réellement distincts
agir en tant que tribunaux canoniques de suppléance est et peuvent exceptionnellement être exercés séparément.
inapplicable, puisqu’on passe d’une suppléance pour c) le Siège apostolique est actuellement formelle-
l’exercice d’un pouvoir (potestas sacra) au for interne que ment (mais non matériellement) vacant.
50

d) Du fait que le Siège est formellement vacant, il Souverain Pontife, profiter de ses lois ou leur reconnaître
en découle que, puisqu’il n’y a pas en acte le Pape qui une valeur juridique, recourir aux tribunaux de curie
est la source de la juridiction ecclésiastique (et aussi le etc.” (Abbé H. BELMONT, L’exercice quotidien de la foi,
reste de la hiérarchie, qui jouit de la juridiction ordinai- in Brimborions. Contribution à la vigilance de la foi.
re ou déléguée) il n’y a actuellement personne qui soit Grâce et vérité, Bordeaux, 1990, p. 68). Nous parta-
dépositaire d’une juridiction, ordinaire, déléguée ou geons tout à fait cette position.
suppléée par le droit, non seulement parmi les fidèles 57) Il ne s’agit pas de cas purement théoriques,
de Vatican II, mais aussi parmi ses opposants. La hié- hélas… Du fait de cette difficulté, bon nombre de prêtres
rarchie selon la juridiction subsiste encore cependant et de fidèles, même sédévacantistes, reconnaissent (en
potentiellement et matériellement, ce qui assure la contradiction avec leurs propres principes) la validité des
continuité de l’Eglise. sentences des tribunaux de Jean-Paul II ou bien admet-
e) Le pouvoir d’ordre (pour la gloire de Dieu avec tent la possibilité de concéder de nouvelles noces après
l’offrande du Sacrifice, et le salut des âmes, avec l’admi- que des prêtres “traditionalistes” ont examiné le dossier
nistration des sacrements, l’évangélisation, etc. ) ne peut et conclu, par un avis privé, que le précédent mariage
et ne doit pas disparaître; il peut donc être licitement était effectivement nul. A cette seconde hypothèse Mgr
exercé même par des prêtres privés du pouvoir de juri- Tissier, se basant sur la nature sociale du mariage, ré-
diction, selon le rite (traditionnel) de l’Eglise. Nier ce pond correctement lorsqu’il écrit qu’“un tel avis [privé]
point amène à nier la continuité de l’Eglise telle qu’elle ne suffit pas là où le bien public est engagé; or le bien pu-
a été voulue par le Christ. Les évêques consacrés dans blic est engagé dans chaque cause où le lien matrimonial
ce but ne jouissent pas cependant du pouvoir de juridic- est discuté. Pour trancher le doute, il faut un pouvoir au
tion, ils jouissent seulement du pouvoir d’ordre. for externe public” (Cor unum, cit., IV, 4, p. 43; Mgr
f) On peut admettre que les évêques et les prêtres Tissier a écrit ailleurs: en cas aussi de “mariage réelle-
qui exercent de cette façon le pouvoir d’ordre reçoivent ment nul” “pour constater l’état libre d’une personne -
du Christ - per modum actus, c’est-à-dire de manière pour qu’elle puisse se remarier - il faut un jugement valide,
transitoire et pour chaque acte sacramentel exercé sin- non l’appréciation privée plus un jugement invalide!”,
gulièrement - un pouvoir de juridiction de suppléance. Cor unum ibidem, I, 3, b, p. 40): cette façon de procéder
Ceci vaut surtout pour le sacrement de pénitence, pour serait admissible, peut-être et seulement, pour les cas
lequel la juridiction est nécessaire non seulement de évidents (nullité du mariage pour lien précédent, consan-
droit ecclésiastique, mais aussi de droit divin, de par la guinité du premier degré, ordre sacré, etc.). On pourrait
nature même du sacrement. invoquer une suppléance non de l’Eglise mais de Dieu
g) mais cette juridiction suppléée est supposée ac- qui rendrait valides des sentences de nullité en elles-
cordée uniquement pour ces actes qui ont un fonde- mêmes invalides prononcées au nom de l’occupant maté-
ment dans le pouvoir d’ordre (ou pour ce qui est abso- riel du Siège apostolique. Mais cette suppléance n’est
lument indispensable à la continuité de l’Eglise cf. prévue par les théologiens - pour qui possède quelque
Sodalitium n° 48 pp. 14-15-16, note 7, où sont cités les titre au nom duquel la recevoir - que pour les cas où
théologiens Billuart et Zapelena) et non pour des actes l’existence même de l’Eglise serait en jeu, ce qui n’est
de juridiction pure chez ceux qui n’ont par ailleurs pas le cas. Salvo meliori judicio, nous ne voyons donc
aucun fondement à recevoir cette juridiction. presque pas de solution à ces cas de conscience épineux
Comme le lecteur peut le constater, notre point f) et douloureux qui touchent certains fidèles, sinon celle
ne diffère pas beaucoup de la position de Mgr Tissier: il d’éliminer les causes de nullité du premier mariage, le
est donc possible d’admettre une suppléance de la part rendant ainsi valide ou, si c’était impossible, d’accepter la
du Christ. Mais nous nions cependant qu’il soit possible difficile mais non impossible situation de celui qui vit sé-
d’admettre une telle suppléance si l’on reconnaît en paré sans se remarier (quant aux fidèles non mariés, il y a
acte l’autorité de Jean-Paul II (le Christ agirait alors l’obligation - pour tous ceux qui sont conscients de ce
toujours par l’intermédiaire de son Vicaire et jamais problème - de ne pas contracter de mariage avec des per-
sans lui) et nous nions, même dans l’hypothèse de va- sonnes qui ont été précédemment mariées et qui ont bé-
cance du Siège apostolique, que le Christ puisse donner néficié par la suite d’une déclaration de nullité).
autorité à des organismes juridictionnels composés de 58) Une évolution a eu lieu en effet, dans la position
personnes privées et dépourvues de toute autorité, de la Fraternité à ce propos. En 1983, neuf prêtres appar-
même matérielle (comme les Commissions canoniques tenant au district des Etats-Unis de la Fraternité Saint
de la Fraternité ou les conclaves des sédévacantistes: en Pie X abandonnèrent cette société, entre autres parce
cela sédévacantistes et lefebvristes sont mus par la qu’elle reconnaissait les sentences de nullité matrimonia-
même logique et par les mêmes arguments). le émanant de la Rote Romaine et même des tribunaux
53) Ce document a été publié in Sodalitium n° 38, diocésains des Etats-Unis notoirement laxistes.
pp. 68-76 sous le titre de Lettre circulaire aux prêtres de 59) Mgr Tissier ne se rend pas compte que les deux
la Fraternité Saint Pie X. cas - consécrations épiscopales et sentences d’un tribu-
54) H. MERCURY, OP. CIT., p. 43. nal - ne peuvent être mis sur le même plan. “Un acte va-
55) Voir à ce propos F. RICOSSA, 1994, Année de la fa- lide en soi comme les consécrations - observe Orlando
mille ou de l’Androgyne primitif? publiée in Sodalitium n° Fedeli - est chose bien distincte de l’exercice du pouvoir
36, pp. 63-66; n° 37, pp. 55-64; n° 38, pp. 42-56. de gouvernement, qui nécessite de la juridiction pour
56) Jean-Paul II, écrivait l’abbé Belmont en 1990, avoir une existence légale, comme le sont les sentences
“n’ayant pas rompu avec l’état de schisme” inauguré par d’un juge. Si un jour les consécrations devaient être
Paul VI, “demeure cependant privé de l’autorité pontifi- confirmées par le Saint-Siège, ce ne sera pas pour les
cale. En conséquence, le témoignage de la foi exige rendre valides (validité que personne ne met en doute); il
qu’on évite tout acte qui soit une reconnaissance quel- s’agissait d’un acte de transmission du pouvoir d’ordre,
conque de son autorité: le nommer au Canon de la le seul pouvoir que puisse transmettre Mgr Lefebvre, et
Messe ou dans les oraisons liturgiques prévues pour le non du pouvoir de juridiction, que le Pape est seul à pos-
51

séder de droit propre et donc à pouvoir communiquer”. plètement invalides, et les présumés époux découvri-
Pour nous mieux expliquer: si dans l’avenir - une fois la raient à l’improviste qu’ils sont des concubins.
normalité revenue dans l’Eglise - le Saint-Siège déclare 60) Noter que Jean-Paul II étant pour Mgr Tissier
illégitimes les consécrations épiscopales accomplies par le Pape légitime, on ne voit pas pourquoi il ne lui re-
Mgr Lefebvre et par ses successeurs, les évêques consa- viendrait pas de juger de la validité des sentences
crés, les prêtres ordonnés, les fidèles confirmés, seront émises par la Fraternité, et pourquoi l’on doit attendre
toujours validement consacrés, ordonnés, et confirmés, au contraire le jugement d’un Pape ultérieur. Le fait est
quoiqu’illicitement. Au contraire, si le Saint-Siège ne que la reconnaissance de Jean-Paul II par la Fraternité
confirme pas les sentences des tribunaux de la est plus verbale que réelle.
Fraternité (et l’on ne voit vraiment pas comment il 61) L’ont signalé avant nous deux sédévacantistes
pourrait les confirmer) les mariages contractés sur la passés à la Thèse de Cassiciacum, Mgr McKenna et le
base de ces sentences auraient été, dès le début, com- Père Barbara.

APPENDICE

C
e dossier sur la“Commission canonique nique” pour en justifier et défendre canoni-
Saint Charles Borromée” était déjà quement l’existence: tous n’auraient pas été
fermé et parti à la rédaction lorsque d’accord avec cette position, mais tous au-
nous avons reçu d’un lecteur une copie de raient apprécié l’honnêteté intellectuelle des
l’éditorial que l’abbé Michel Simoulin, supé- autorités de la Fraternité en Italie. Aussi le
rieur du District d’Italie de la Fraternité dossier de “Sodalitium” aurait-il perdu une
Sacerdotale Saint Pie X a publié dans le nu- grande partie de son intérêt.
méro de novembre 2000 de “Roma Felix”. L’abbé Simoulin (ou ses supérieurs) a choisi
C’est la première fois depuis 1991, date à la- une route contraire: nier la vérité: c’est ce que dé-
quelle fut instituée la “Commission canonique montre de façon évidente la confrontation entre
Saint Charles Borromée”, que la Fraternité son éditorial - que nous publions ci-dessous - et
Saint Pie X parle aux fidèles italiens de cet or- les documents authentiques mais réservés de la
ganisme (sans en révéler le nom toutefois), Fraternité que vous venez de lire. Sodalitium se
après seulement, et comme par hasard, que contentera de souligner, en un bref commentaire,
dans son éditorial de juillet (n° 50), le contraste entre l’éditorial de “Roma Felix” et
“Sodalitium” ait annoncé la publication d’un l’article de Mgr Tissier extrait de “Cor unum”.
dossier “sur les ‘tribunaux canoniques’ de la A la Fraternité nous ne demandons qu’une
Fraternité Saint Pie X”. “Depuis 1991, - du vi- chose - le demandent surtout les fidèles qui ont
vant de Mgr Lefebvre - la Fraternité Saint Pie X eu jusqu’alors pleine confiance en elle - dire la
s’est arrogé sur ses fidèles (et potentiellement vérité, parce que Dieu est Vérité.
sur tous les catholiques) le ‘pouvoir de lier et de Sodalitium
délier’, usurpant les pouvoirs exclusifs du Saint-
Siège. Un tribunal qui siège dans la Maison gé-
néralice de la Fraternité en Suisse accorde les L’abbé Simoulin
dispenses aux empêchements de mariage (qui
rendraient le lien invalide), annulle les ma-
riages, dispense des vœux religieux, lève les cen-
sures ecclésiastiques, y compris les excommuni-
cations…” Voilà ce que nous écrivions à la p. 4
du dernier numéro de Sodalitium. Dans son
éditorial de novembre, l’abbé Simoulin, tout en
se gardant bien de citer notre revue, réagit à ce
que nous avions écrit à ce sujet, ou, plutôt, il ré-
pond aux réactions de ses fidèles, perplexes et
inquiets de ce que nous avons révélé.
A la place de l’abbé Simoulin, nous au-
rions pris de vitesse Sodalitium en publiant
tous les documents sur la “Commission cano-
52

Editorial cas de conscience à ces commissions, dont les


membres, une fois examiné le cas, donnent une
de l’abbé Michel Simoulin réponse qui n’est rien de plus qu’un avis ou un
conseil, jamais une sentence déclaratoire ayant
Chers fidèles,
force de loi! Les commissions ne sont pas du
Je ne sais pas ce qui se passe, mais depuis un tout un organisme permanent, mais elles se ré-
certain temps plusieurs amis de la Fraternité me unissent de temps en temps quand sont faites
posent des questions sur de soi-disant “tribu- des requêtes par qui ne se considère pas
naux” constitués par la Fraternité pour dis- comme satisfait des réponses données par les
soudre mariages, vœux religieux, etc.. Il semble diocèses. Un point c’est tout.
qu’il y ait des gens pour semer doutes et zizanie
en faisant croire que la Fraternité a ainsi usurpé On peut dire tout ce que l’on veut, mais il
les pouvoirs du Pape et de la Curie romaine: ce est hors de doute que la Fraternité reconnaît
que faisant la Fraternité confesserait ne pas l’autorité de Rome, qu’elle ne veut rien usur-
croire que le Pape possède encore le Primat de per de la suprême juridiction de Rome et ne
juridiction, se comportant de fait comme si le fait qu’user de cette faculté de suppléance pré-
Siège était vacant. vue par le droit canon pour le bien des âmes,
comme elle le fait, par ailleurs, pour les confes-
Et pourtant, Mgr Fellay l’a répété avec sions et pour les mariages.
force à la basilique Saint-Pierre, le 8 août der-
nier, en nous invitant à prier pour le Vicaire du Il est vrai que - comme dans toute société
Christ, successeur de Pierre. Ce pèlerinage a humaine - il peut arriver que l’un dise une pa-
proclamé à tous notre fidélité au Siège de role erronée, qu’un autre fasse une erreur,
Pierre, et je ne comprends pas qu’on puisse en qu’un autre encore écrive une parole dépla-
douter. cée… Mais il ne serait pas honnête de fonder
sur ces erreurs un discours pour prouver que
Lorsqu’on parle de “tribunaux” institués “la Fraternité” erre gravement. Voilà qui est
par la Fraternité, je suis désolé de dire qu’ils faire l’œuvre du diable.
sont le fruit d’une imagination plutôt désordon-
née. Mgr Lefebvre avait en effet demandé que Que tous demeurent donc en paix. Malgré
soient instituées des commissions, composées de ses ennemis et ses faux amis, la Fraternité se
prêtres doctes et experts en théologie morale et porte bien, et même toujours mieux! Ce n’est
en droit canon, pour répondre aux demandes pas le moment de permettre au diable de dé-
des prêtres, des religieux et des fidèles. Etant truire notre confiance mutuelle.
donné que souvent on ne peut se fier aux ré-
ponses données par les tribunaux diocésains, Ensemble nous vaincrons, avec la Sainte
tous peuvent soumettre leurs problèmes et leurs Vierge et tous les Saints.

REPONSE A L’EDITORIAL DE Pie X à Paris, ancien directeur du séminaire


L’ABBE SIMOULIN d’Ecône, et actuellement supérieur du dis-
trict italien de la Fraternité Saint Pie X.
Un éditorial de Roma felix Roma felix en est la “lettre mensuelle d’infor-
mations”: une revue officielle.

C e que vous venez de lire est l’éditorial


du numéro de novembre de Roma felix.
L’auteur en est l’abbé Michel Simoulin, an-
L’éditorial a pour motif les questions que
“plusieurs amis de la Fraternité” posent à
l’abbé Simoulin sur des “soi-disant ‘tribunaux’
cien recteur de l’Institut universitaire Saint constitués par la Fraternité pour dissoudre ma-
53

riages, vœux religieux, etc.”. L’abbé Simoulin tatifs qui donnent “rien de plus qu’un avis ou
s’adresse directement aux amis de la Fra- un conseil”.
ternité qui sont dans le doute, mais il répond 3) que ces commissions aient “usurpé
aussi indirectement à qui sème “doutes et zi- ainsi les pouvoirs du Pape et de la Curie ro-
zanie” en faisant courir ces bruits… maine”.
Ces trois négations sont des mensonges,
Une accusation contre Sodalitium? trois mensonges que Roma felix raconte à
ses propres lecteurs et la Fraternité italienne
L’abbé Simoulin ferait-il par hasard allu- à ses propres fidèles.
sion à l’éditorial du n° 50 de Sodalitium (juin-
juillet 2000)? Il est bien difficile de ne pas le Roma felix ne dit pas la vérité. Les preuves
penser. En effet, la Fraternité, du moins en
Italie, s’est toujours tue sur l’existence de la Pour le premier point, Roma felix écrit:
“Commission canonique Saint Charles “quand on parle de tribunaux institués par la
Borromée”, instituée en 1991; et il est bien Fraternité, je suis désolé de dire qu’ils sont le
singulier qu’elle ne se mette à en parler que fruit d’une imagination plutôt désordonnée”.
suite à la publication de cet éditorial, dans le- Chaque fois que l’abbé Simoulin parle des
quel était annoncée la publication imminente tribunaux de la Fraternité pour en nier
du présent dossier (nous n’excluons pas natu- l’existence, il écrit “tribunaux” entre guille-
rellement que l’éditorial de Roma felix mets, et il leur attribue le qualificatif de “soi-
s’adresse également à d’autres personnes que disant” en tant que fruits de notre fantaisie.
nous ne connaissons pas). Les accusations de Mgr Bernard Tissier de Mallerais, l’un des
l’abbé Simoulin sont graves: être semeurs de quatre évêques de la Fraternité, Président de
doutes et de zizanie, avoir un imagination la Commission canonique, a par contre lui-
plutôt désordonnée, manquer d’honnêteté, et même employé au moins douze fois les mots
enfin faire l’œuvre du diable! Comme chacun tribunal et tribunaux dans Cor unum (la
sait, le diable est le “père du mensonge”. En revue officielle de la Fraternité), sans y
écrivant que des “tribunaux” ont été “consti- mettre les guillemets, en référence à la
tués par la Fraternité pour dissoudre [sic! Lire: Commission qu’il préside, et ce par opposi-
pour annuler] mariages, vœux religieux, etc.”, tion à ceux de Jean-Paul II, définis tribunaux
Sodalitium a-t-il menti ou dit la vérité? Et si “novus ordo”, tribunaux “modernistes”, tri-
nous n’avons pas menti, qui ment? bunaux “officiels”. Le titre même de l’article
de Mgr Tissier est “légitimité et statut de nos
Ce qu’admet Roma felix en disant la vérité tribunaux matrimoniaux”. Le but de l’article
de Mgr Tissier est de “justifier doctrinale-
L’éditorial en question doit admettre que ment l’existence et le fonctionnement de nos
“Mgr Lefebvre avait demandé que fussent tribunaux matrimoniaux”. Pour Mgr Tissier
instituées des commissions (…) qui ne sont “l’institution des tribunaux matrimoniaux
pas du tout un organisme permanent, mais dans l’orbe de la tradition est spécifiquement
qui se réunissent de temps en temps…”. En justifiée” par quatre arguments, qu’il cite au
ces quelques lignes se trouve tout ce que point III, 4, p. 42. Le fidèle de la Fraternité
Roma felix admet (9 ans après) à propos des qui recourt à la Commission canonique sous-
Commissions, en disant la vérité. crit une “promesse” jurée dans laquelle il
s’engage à se conformer “à la sentence du tri-
Ce que nie Roma felix bunal” de la Fraternité. Ces citations suffi-
sent à démontrer que, pour ce qui est du pre-
Mais le but de l’éditorial n’est pas tant mier point, Roma felix ne dit pas la vérité.
d’admettre que de nier. Or voici ce que nie Quant au second point, l’éditorial de Roma
en particulier Roma felix: felix affirme: “Etant donné que souvent on ne
1) que la Fraternité ait constitué des peut se fier aux réponses données par les tribu-
“soi-disant tribunaux” naux diocésains, tous peuvent soumettre leurs
2) que les commissions instituées par la problèmes et leurs cas de conscience à ces com-
Fraternité donnent une réponse qui soit missions, dont les membres, une fois examiné le
“une sentence déclaratoire ayant force de cas, donnent une réponse qui n’est rien de plus
loi”. Il s’agirait seulement d’organes consul- qu’un avis ou un conseil, jamais une sentence
54

déclaratoire ayant force de loi!” A part le fait Mgr Lefebvre lui-même écrivait, dans sa
qu’une sentence n’est jamais une loi, mais l’ap- lettre du 15 janvier, que les Commissions de-
plication d’une loi, voyons ce qu’écrit Mgr vaient suppléer “en un certain sens à la dé-
Tissier toujours dans Cor unum. “C’est une fection des Congrégations romaines” et Mgr
vraie juridiction, et non une exemption du droit Tissier admet: “il est vrai que nos sentences
et de l’obligation que les fidèles ont de recevoir en troisième instance remplacent les sen-
une sentence. Donc nous avons pouvoir et de- tences de la Rote romaine, qui juge au nom
voir de porter de vraies sentences, ayant potes- du Pape comme tribunal de troisième instan-
tatem ligandi vel solvendi. Elles ont donc va- ce. Mais ce n’est pas une usurpation de pou-
leur obligatoire. La raison prochaine en est que voir de droit divin du pape, car la réserve de
nous devons pouvoir dire aux fidèles ce qu’ils cette troisième instance au pape est seulement
doivent suivre, quod debent ‘servare’. Nos sen- de droit ecclésiastique”! (IV, 5, p. 43). Nous
tences ne sont pas de simples avis privés…” avons démontré que l’interdiction de recou-
(IV, 4, p. 43). En effet, nous l’avons vu, le fidèle rir au Pape (le fidèle de la Fraternité s’enga-
de la Fraternité qui recourt à la Commission ge à ne pas s’adresser “à un tribunal ecclé-
canonique souscrit une “promesse” jurée dans siastique officiel pour lui faire examiner ou
laquelle il s’engage à se conformer “à la sen- juger” sa cause) implique la négation du pri-
tence du tribunal” de la Fraternité (Mgr Tissier mat de juridiction du Pape, qui lui revient de
emploie huit fois le terme sentence en se réfé- droit divin. De toute façon, Mgr Tissier
rant aux jugements de sa Commission, mis en admet que la Fraternité, si elle n’usurpe pas
opposition aux sentences “novus ordo”). un pouvoir de droit divin du Pape, usurpe au
Ces citations suffisent à démontrer que, moins un pouvoir qui lui revient de droit ec-
même en ce qui concerne le second point, clésiastique!
Roma felix ne dit pas la vérité. Ces citations suffisent à démontrer que
Pour ce qui est du troisième point, Roma même en ce qui concerne le troisième point,
felix écrit: “Il semble qu’il y ait des gens pour Roma felix ne dit pas la vérité.
semer doutes et zizanie en faisant croire que la
Fraternité a ainsi usurpé les pouvoirs du Pape Une échappatoire inutile
et de la Curie romaine” alors que “On peut
dire tout ce qu’on veut, mais il est hors de doute Au terme de son éditorial, l’abbé
que la Fraternité reconnaît l’autorité de Rome, Simoulin admet que “comme dans toute so-
qu’elle ne veut rien usurper de la suprême juri- ciété humaine” et même dans la Fraternité, il
diction de Rome et ne fait qu’user de cette facul- peut arriver que “l’un dise une parole erro-
té de suppléance prévue par le droit canon pour née, qu’un autre fasse une erreur, qu’un autre
le bien des âmes, comme elle le fait, par ailleurs, encore écrive une parole déplacée… Mais il
pour les confessions et pour les mariages”. ne serait pas honnête de fonder sur ces er-
Enfin Roma felix admet que “souvent on ne reurs un discours pour prouver que ‘la
peut se fier aux réponses données [les tribunaux Fraternité’ erre gravement. Voilà qui est faire
diocésains, eux aussi, ne donnent-ils que des l’œuvre du diable”.
réponses, pas des sentences? n.d.r.] par les tri- A part le fait qu’on ne comprend pas pour-
bunaux diocésains”, comme si l’autorité mise quoi la Fraternité - comme d’ailleurs l’Institut
en doute par la Fraternité concernait unique- Mater Boni Consilii et toute autre institution
ment les tribunaux diocésains, et pas ceux du non directement fondée par Dieu ni dotée par
Saint-Siège (la Rote Romaine par exemple). lui de l’infaillibilité, comme l’Eglise - ne pour-
Bien sûr que la Fraternité reconnaît (hélas) rait pas gravement errer, ces lignes laissent
- du moins en paroles - l’autorité de Jean-Paul transparaître une tentative extrême de défen-
II; jamais non plus nous n’avons dit le contrai- se: d’éventuelles erreurs relevées dans les
re. Bien sûr que la Fraternité n’admet pas écrits de prêtres de la Fraternité n’implique-
d’usurper les pouvoirs du Saint-Siège, car le raient pas la Fraternité elle-même…
terme “usurper” implique déjà un abus. Cet argument - en l’espèce - est vain. Les
Mais la Fraternité prétend remplacer et documents que nous avons cités sont en
suppléer “les pouvoirs du Pape et de la Curie effet des documents officiels de la Fra-
romaine” (et pas seulement ceux des ternité: les Ordonnances, promulguées
évêques diocésains) dans les matières en d’abord par Mgr Lefebvre puis par Mgr
question. Fellay, une exposition doctrinale sur les
55

Commissions canoniques de la Fraternité ré- blement, l’amour pour sa congrégation reli-


digée par son Président Mgr Tissier, et pu- gieuse a entraîné la main de Roma felix; tout
bliée par le bulletin officiel Cor unum, enfin noble que soit le sentiment, le moyen utilisé
une lettre du fondateur même de la ne peut pas être approuvé...
Fraternité, Mgr Lefebvre, au supérieur gé- Les silences, les réticences, les omissions et
néral de l’époque, l’abbé Schmidberger. malheureusement aussi les falsifications dé-
Attribuer ces documents officiels à la montrent cependant au moins une chose:
Fraternité et non à leurs auteurs matériels que sur ce point, le supérieur du district ita-
n’est pas faire l’œuvre du diable, c’est faire lien de la Fraternité Saint Pie X doute de la
œuvre de vérité. doctrine de la Fraternité. S’il était aussi cer-
tain des “statut et légitimité” des tribunaux
Pourquoi cette attitude? canoniques, pourquoi en nier l’existence et
la nature, alors que Mgr Lefebvre a écrit au
Nous sommes très chagrinés d’avoir dû contraire qu’“il n’y a pas d’inconvénients à
démontrer que les affirmations de Roma ce que les fidèles connaissent l’existence de
felix ne sont pas vraies, d’autant plus que cette Commission”? Nous invitons donc
l’auteur de cet éditorial est un prêtre zélé Roma felix à suivre cette directive du fonda-
mais qui par ailleurs ne pouvait pas ne pas teur de la Fraternité, en disant finalement
être au courant, et ce d’autant plus qu’en toute la vérité à ses propres lecteurs. Errare
tant que supérieur de district il devrait être humanum est, perseverare diabolicum.
juge en seconde instance de ces tribunaux
dont il nie l’existence! P.S.: A vrai dire, Mgr Tissier, par contre, se montra
plus sincère dans une circonstance analogue. C’était en
Nous ne sommes pas seulement affligés et 1996, lorsque - par une note de la revue de la Fraternité
incrédules, mais aussi étonnés. Roma felix argentine Jesus Christus - Orlando Fedeli apprit l’exis-
n’ignorait certes pas - car nous l’avions an- tence de la Commission canonique et s’adressa pour
noncé - que Sodalitium préparait un “volu- éclaircissements, aux prêtres de Campos (Brésil) qui,
mineux dossier” sur les Commissions cano- selon ses dires, lui donnèrent des réponses “évasives ou
contradictoires”: “parfois ils nous dirent que les tribu-
niques. Roma felix devait donc supposer que naux n’existaient pas, parfois qu’il n’existait qu’un bureau
parmi les nombreux prêtres à avoir quitté la pour les causes matrimoniales (…). Plus tard ils nous di-
Fraternité il s’en était probablement trouvé rent et garantirent qu’il n’y avait pas de tribunaux. Puis ils
un pour nous transmettre les documents ré- nous confessèrent qu’ils existaient, mais qu’ils n’étaient
connus que des prêtres dont des fidèles avaient eu un pro-
servés que nous avons publiés. Or Roma blème juridique matrimonial. Dom Licinio [l’évêque
felix ne pouvait ignorer que ces documents Licinio Rangel, consacré par Mgr Tissier] nous écrivit
allaient révéler de façon incontestable que que le bureau de Campos donnait seulement des avis
l’éditorial en question ne disait pas vrai. d’experts (…) et non des sentences. (…) Les choses étant
Non seulement on a menti, mais on a ainsi, j’écrivis à Mgr Fellay, l’actuel supérieur de la
Fraternité Saint Pie X, à propos de l’existence de ces tri-
menti inutilement: pourquoi? Ce n’est pas à bunaux. Nous reçûmes de Mgr Tissier de Mallerais, prési-
nous qu’il revient de juger même si, proba- dent de la Commission canonique Saint Charles
Borromée, une réponse qui, au lieu de calmer nos doutes,
Les quatre évêques de la Fraternité à Saint-Pierre de les aggrava. Dans cette lettre datée du 9 octobre 1996, Son
Rome, à l’occasion du Jubilé 2000 (photo Fideliter) Excellence nous informait que, outre les tribunaux ecclé-
siastiques de première et de seconde instance, la Fraternité
Saint Pie X avait institué un tribunal avec les pouvoirs de
la Rote romaine: ‘pour les sentences que nous pronon-
çons en troisième instance, nous appliquons, par analo-
gie, à notre Commission canonique les pouvoirs du tribu-
nal de la Sainte Rote Romaine, pour les mêmes raisons de
la situation de nécessité, puisque la Rote elle-même est
imbue des faux principes personnalistes. Là encore, vaut
le principe: Ecclesia supplet!’”. Mgr Tissier ne convain-
quit pas plus Orlando Fedeli, qu’il ne nous convainc
nous-mêmes. Mais il a été sincère, et il a défendu la légi-
timité de la Commission qu’il préside. Roma felix ne
s’est pas comportée de la même manière.
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CENTRES DE MESSES
RESIDENCES DES PRETRES DE L’INSTITUT Lyon: 17, cours Suchet. Tél.: 04.77.33.11.24.
Ste Messe le 2ème et 4ème dimanche du
ITALIE: Verrua Savoia (TO) Maison-Mère. mois à 17h. Confessions à partir de 16h30.
Istituto Mater Boni Consilii - Località Car-
bignano, 36. Tél. de l'Italie: (0161) 83.93.35 - ITALIE
Ste Messe: en semaine à 7h30. Salut du Saint- Ferrare: Chiesa S. Luigi, Via Pacchenia 47
Sacrement: tous les vendredis à 21h. Heure Albarea. Ste Messe tous les dimanches à 17h30.
Sainte: le premier vendredi du mois à 21h. Le 1er dimanche du mois à 11h30. Pour toute
information, téléphoner à Verrua Savoia.
FRANCE: Mouchy Raveau 58400 - La Charité- Loro Ciuffenna (AR): Fattoria del Colom-
sur-Loire. Pour toute information, télé- baio, str. dei 7 ponti. Ste Messe le 1er di-
phoner au 03.86.70.11.14. manche du mois à 17h30. Pour toute infor-
Tours: auprès de l’association Forts dans la mation, téléphoner à Verrua Savoia.
Foi. Chapelle St Michel, 29 rue d’Amboise. Maranello (Modène): Villa Senni. Strada per
Ste Messe le dimanche à 10h30. Tél.: Fogliano. Tél. de l'Italie: (0536) 94.12.52.
02.47.64.14.30. ou 02.47.39.52.73. (R. P. Ste Messe tous les dimanches à 11h. Le 1er
Barbara). dimanche du mois Ste Messe à 9h.
Milan: Oratoire St Ambroise. Via Vivarini 3.
BELGIQUE: Dendermonde. Abbé Geert Ste Messe tous les dimanches à 10h30.
Stuyver: Kapel O.L.V. van Goede Raad, Confessions à 10h.
(chapelle N.-D. du Bon Conseil) Koning Rome: Oratoire St Grégoire VII. Via Pietro
Albertstraat 146 - 9200 Sint-Gillis Dender- della Valle, 13/b. Ste Messe le 1er, 3ème
monde: Ste Messe le dimanche à 9h30. et 5ème dimanche du mois à 11h.
Messe en semaine: Sint-Christianastraat 7. Turin: Oratoire du Sacré-Cœur, via Thesauro
Tél.: (0032) (0) 52/21 79 28. 3/D. Dimanches: Confessions à 8h30. Messe
chantée à 9h. Messe basse à 11h15. Tous les
AUTRES CENTRES DE MESSES premiers vendredis du mois: Messe à 18h15.
FRANCE Confessions à 17h30.
Annecy: 11 avenue de la Mavéria. Tél.: Valmadrera (Lecco): via Concordia, 21. Tél.
04.56.72.44.85. Ste Messe le 2ème et 4ème di- de l’Italie (0341) 58.04.86. Ste Messe le 1er
manche du mois à 10 h. Confessions à 9 h. et 3ème dimanche du mois à 17h30, confes-
Cannes: Chapelle N.-D. des Victoires. 4 rue sions à 17h.
Fellegara. Tél.: 04.93.68.10.85. Ste Messe le Des changements étant parfois susceptibles d’intervenir, nous vous
2ème et 4ème dimanche du mois à 18h. conseillons de téléphoner à Verrua Savoia pour confirmation des
horaires.

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qui désirent le recevoir. Nous demandons aux personnes qui, pour un motif quelconque, ne dé-
sirent pas le recevoir, de nous le faire savoir.
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