Les grands courants de la
critique littéraire
Paris : Seuil, coll. « MÉMO », 1996.
Gérard Gengembre : professeur émérite de la
littérature française à l’université de Caen et à
l’Université de New York à Paris
Les caractéristiques du livre
La collection MÉMO propose des ouvrages d'initiation réalisés par des professeurs
expérimentés, en fonction des programmes d'enseignement. Elle s'adresse aux
étudiants du premier cycle universitaire et des classes préparatoires.
Comme les autres livres publiés dans cette collection, ce livre n’a ni introduction ni
conclusion et commence d’emblée avec le premier chapitre ( 13 au total ).
Dans chaque chapitre, l’auteur explique brièvement un/des courant/s critique/s et leurs
problématiques tout en nommant des ouvrages de référence qui le/s abordent.
À la fin de chaque chapitre, l’auteur propose une boîte contentant des livres et des
articles très spécialisés pour que le lecteur intéressé puisse se renseigner davantage sur
le sujet.
L’organisation du contenu
Gérard Gengembre catégorise les principaux courants de la critique littéraire en
tenant compte de 6 dimensions et celles-ci en relation avec le « texte » :
A. La dimension contextuelle du texte ( Du contexte au texte )
B. La dimension autoriale du texte ( Auteur et texte )
C. La dimension textuelle – objective – du texte ( Le texte comme objet )
D. La dimension transtextuelle du texte ( Le texte ouvert )
E. La dimension sociale du texte ( Le texte comme réalité sociale )
F. La dimension communicative du texte ( Le texte comme communication )
A. La dimension contextuelle
1. L ’ H I S T O I R E L I T T É R A I R E : contrairement à l’histoire de la littérature qui répertorie les œuvres,
l’histoire littéraire les situe et tente de les expliquer en les inscrivant dans une série de déterminations
historiques, sociales, politiques, idéologiques, culturelles, etc.
Gustave Lanson et le lansonisme
Madame de Staël et l’histoire littéraire
Sainte-Beuve et la biographie
Hyppolite Taine et le déterminisme
Paul Bénichou
La critique philologique
La critique genrologique
2. L A C R I T I Q U E S O C I O L O G I Q U E M A R X I S T E : superstructure vs infrastructure et idéologie
György Lukács
Lucien Goldmann
Louis Althusser, Jacques Dubois, Renée et Etienne Balibar et Pierre Machery
Pierre Barbéris
Pierre Bourdieu
Alain Viala
B. La dimension autoriale
1. L A C R I T I Q U E P S Y C H A N A L Y T I Q U E : l’application de la méthode psychanalytique non
pas champ des maladies psychiques, mais à la solution des problèmes d’art, de religion et de philosophie.
Quelques notions clés : lecture symptomale, lecture structurale, le signifiant comme révélateur de l’inconscient,
le mythe personnel, la psycholecture, etc.
Sigmund Freud
Marie Bonaparte
Jacques Lacan
Charles Mauron
Jean-Paul Sartre (la psychanalyse existentielle)
Jean Bellemin-Noël (la texanalyse et l’inconscient du texte)
Marthe Robert
2. L A C R I T I Q U E T H É M A T I Q U E : Remontant au romantisme puis à la notion du style vu par
Proust, la thématique étudie le thème, c’est-à-dire, l’élément sémantique récurrent chez un écrivain dans une
œuvre et/ou d’une œuvre à l’autre : figure, objet, sentiment, mythe, etc. puisque tout peut être indice de l’être-
au-monde de l’écrivain. Quelques notions clés : la phénoménologie, la dynamique de l’écriture, l’imaginaire et
l’imagination, la conscience, les mythes, etc.
Gaston Bachelard
Georges Poulet
Jean Rousset
Jean Starobinski
Jean-Pierre Richard
Gilbert Durand
C. La dimension objective
1. L E F O R M A L I S M E R U S S E : les formalistes rompent avec les interprétations esthétiques,
historiques ou psychologiques pour fonder une science de la littérature dont l’objet d’étude est la littérarité.
Certaines notions clés : l’œuvre comme forme pure, système, motifs, sciences des structures, fonctions du langage,
l’axe syntagmatique, figures rhétoriques, etc.
Roman Jakobson
Vladimir Propp
Boris Tomachevski
Le cercle de Prague
Tzvetan Todorov
2. L E S T R U C T U R A L I S M E ( surtout dans la sémiologie et la narratologie ) : le
structuralisme est un courant de pensée qui étudie les faits humains en décrivant les structures, c’est-à-dire le
système formé par un ensemble de phénomènes solidaires les uns des autres. Il faut noter le rôle décisif de
Gérard Genette dans Figures 3 qui définit un cadre englobant pour la méthode de la narratologique structurale. Il y
a aussi Julia Kristeva dans Tel Quel et même la suite post-structuraliste lancée par Derrida et les autres qui
abordent différents sujes. Quelques notions clés : la sémanalyse, le génotexte, le phénotexte, la sémiotique, le
scripteur, la synchronie, la narrativité, le temps, le mode, la voix, la focalisation, le récit, etc.
Ferdinand de Saussure
Georges Molinié
Marcelle Marini
Roland Barthes
Jean Cohen
Georges Blin
Michel Raimond
C. La dimension objective ( suite )
3. L A P O É T I Q U E : terme inventé par Aristote, la poétique comme méthode critique au
XXème siècle devient importante grâce à Jakobson ( fonction accordée au message ) : la recherche
des lois générales permettant de saisir dans leur variété toutes les œuvres particulières et explorer
les « divers possibles du discours » selon G. Genette ( Figures 2 ). Des chercheurs comme Todorov
cherchent à fonder une poétique du récit par classement de procédés. Il y aura aussi d’autres
poétiques ; celle de la biographie, de l’autobiographie, des formes brèves. Mais c’est surtout pour
étudier la poésie que cette nouvelle approche de la poétique s’impose en analysant les différents
plans du texte poétique. Notions clés : la dénotation, la connotation, plan syntaxique, plan
sémantique, plan prosodique, plan sonore, etc.
Daniel Madalénat
Philippe Lejeune
Béatrice Didier
Alain Montandon
Michel Crouzet
Michel Riffaterre
Henri Meschonnic
C. La dimension objective ( suite )
4. L A S T Y L I S T I Q U E : une branche de la linguistique appliquée qui aborde les textes littéraires en
s’intéressant, d’abord, à la description des moyens fournis par la langue et surtout au classement des moyens
d’expression mobilisés par l’écrivain, puis, à la définition du style comme écart par rapport à une norme.
Selon Riffaterre, le procédé stylistique est un effet de surprise né de l’imprévisibilité d’un élément par rapport à
un élément antérieur. Il va même jusqu’à exercer la stylistique non plus comme écart par rapport à la norme mais
par rapport au contexte.
Pierre Guiraud
Georges Molinié
Michel Riffaterre
Leo Spitzer
5. L A S É M I O T I Q U E : aussi appelée la sémiologie, cette critique est en réalité la science des signes et
considère le discours comme une totalité signifiante. Dans la perspective sémiotique, le texte est à la fois fini,
car une limite le sépare du non-texte, et illimité, renvoyant à tout l’univers. Barthes y joue un rôle primordial en
combinant la linguistique, l’approche structurale, la poétique, la rhétorique conçue comme poétique et aussi des
éléments empruntés au marxisme et à la psychanalyse. Il existe aussi Greimas qui tente de fonder une
sémantique structurale en introduisant les notions de l’actant, du modèle actantiel, de l’adjuvant et de
l’opposant en relation avec le sujet et l’objet.
C. S. Peirce
L. T. Hjelmslev
Umberto Eco
Anne Ubersfeld
Philippe Hamon
D. La dimension transtextuelle
1 . L ’ I N T E R T E X T E : enraciné dans la théorie du dialogisme élaboré par Bakhtine,
l’intertexte signifie, d’après Kristeva, que « tout texte est absorption et transformation d’un
autre texte ». ( Séméiotikè, 1969 ) Et Genette en a donné la définition la plus simple : « présence
effectif d’un texte dans un autre texte ». ( Palimpsestes, 1982 ) Quelques notions clés : texte
comme mosaïque de citations, l’extratextualité, le contexte paradigmatique, le contexte
syntagmatique, l’hypogramme, l’hypotexte, l’hypertexte, etc.
Roland Barthes
Julia Kristeva
Gérard Genette
Michel Arrivé
Tzvetan Todorov
2. L A C R I T I Q U E G É N É T I Q U E : cette critique part du constat selon lequel le texte
définitif d’une œuvre résulte le plus souvent d’une élaboration progressive. De là le projet de
prendre pour objet « la dimension temporelle du texte à l’état naissant ». Selon Biasi, un dossier
de genèse complet fait apparaître 4 grandes phases génétiques :
1. pré-rédactionnelle ( exploration, décision, programmation )
2. rédactionnelle ( dossier documentaire, brouillons, plans, ébauches, mises au net )
3. pré-éditorial ( manuscrit définitif, copie, épreuves corrigées, bon à tirer )
4. éditoriale ( éditions successives )
E. La dimension sociale
- L A S O C I O C R I T I Q U E ; défini par Claude Duchet en 1977, la sociocritique
voit dans le texte littéraire une nature sociale. A la différence de la critique
marxiste ou marxienne, pour la sociocritique le social ne se reflète pas dans
l’œuvre, mais s’y reproduit. Cette démarche essaie de s’écarter à la fois d’une
analyse de contenus, qui négligerait la textualité, et d’une poétique qui négligerait
le social. L’une des questions majeures que pose la sociocritique consiste en
l’examen des modalités, des voies et des médiations par lesquelles le discours
de la société se réinjecte dans le texte, d’où l’importance capitale de l’analyse du
discours pour les tenants de cette méthode.
Claude Duchet
Pierre Zima
Marc Angenot
Gérard Gengembre
F. La dimension communicative
1 . L A R É C E P T I O N : développées plus particulièrement en Allemagne et dans la ville de
Constance, les théories de réception cherchent à proposer un mode d’analyse qui déplace
l’attention sur auteur/texte vers la relation texte/lecteur. Quelques notions clés : l’horizon
d’attente, le lecteur implicite, le lecteur modèle, le lecteur coopérant, l’archilecteur, etc.
Hans-Robert Jauss
Wolfgang Iser
Umberto Eco
2. L A P R A G M A T I Q U E : plus une manière d’envisager le fait littéraire qu’une
méthode, elle étudie tout ce qui touche à l’efficacité du discours en situation et aux effets
de langage. La pragmatique insiste sur le caractère interactif et réflexif du discours et sur son
rapport aux normes. Certains concepts clés : acte de langage ou de parole, la force illocutoire,
les présupposés et les sous-entendus, les genres du discours, l’intertexte, le contrat littéraire, le
comportement social, la réflexivité de l’énonciation, etc.
John Langshaw Austin
Katherine Kerbrat-Orecchioni
Jean Bellemin-Noël
Dominique Maingueneau
Conclusion
Beaucoup de tendances comme, par exemple, les approches
postcoloniale, orientaliste, anthropologique et géo-critique ne sont
pas abordées dans le livre.
Compte tenu de son spécialité en tant qu’historien littéraire et
historien des idées, l’auteur fait un choix dans l’ordre des chapitres
qui pourrait sembler problématique selon certains.
Étant destiné aux étudiants du premier cycle universitaire, le livre
me paraît plus ou moins réussi.
L’on peut faire une comparaison entre cet ouvrage et les ouvrages
de synthèse publiés en Iran qu’ils soient en persan ou en français.
Merci de votre attention