Nouvelles épreuves et nouveaux sujets pour le baccalauréat
Gérard COMERLY lycée René Char. Avignon (84)
Le nouveau programme d’histoire de première, constitue pour les classes scientifiques (S) le
programme du baccalauréat. Cet examen se structure autour de nouvelles épreuves : deux
compositions en histoire ou en géographie, dans la première partie et une deuxième partie
d’histoire et de géographie proposant en histoire l’analyse d’un ou de deux documents
d’histoire, et en géographie l’analyse d’un ou de deux documents de géographie ou un croquis
de géographie ou un schéma (voir la présentation des épreuves pour plus de précision). Des
sujets de composition et d’analyse d’un ou de deux documents sont proposés. Le libellé peut
en être modifié. Ces sujets essaient de traduire l’esprit du nouveau programme et des
nouvelles épreuves.
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Les nouvelles épreuves du Bac en première S
Durée de l’épreuve 4 heures coefficient 3
Deux parties
Première partie Deuxième partie
Deux exercices.
• Composition…
Histoire ou Géographie.
• En histoire, l’analyse d’un ou
de deux document(s)
• Deux sujets au choix sont
• En géographie il s'agit soit de
proposés dans la même
l'analyse d'un ou de deux
discipline.
document(s), soit d'une
production graphique
• On attend une maîtrise
(réalisation d'un croquis ou
des connaissances du
d'un schéma d'organisation
programme.
spatiale d'un territoire).
Une réponse organisée et
• L’analyse de document(s), en
pertinente, comportant
une introduction, plusieurs histoire comme en géographie
comporte un titre, un ou deux
paragraphes et une conclusion.
documents qui peuvent être de
• Le sujet peut être une
nature diverse et des notes
reprise (partielle ou totale)
explicatives si nécessaire.
d'un intitulé du
• Il est accompagné d'une
programme, une question
consigne visant à orienter
ou affirmation. La
l'analyse du ou des
problématique explicite
documents.
ou non. Le libellé peut être
bref ou détaillé. .
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L’évaluation
• L'évaluation de la copie est globale.
• À titre indicatif, la première partie compte pour 10 points ;
dans la deuxième partie, chaque exercice compte pour 5
points.
L’Analyse de document (s)
Histoire
• Un document :
Il s'agit de : dégager le sens général du document en relation
avec la question historique à laquelle il se rapporte ; de montrer
l'intérêt et les limites éventuelles du document pour la
compréhension de cette question historique.
• Deux documents :
Il s’agit de dégager le sens général de chacun des documents en
relation avec la question historique à laquelle il se rapporte puis
qu'il les mette en relation en montrant l'intérêt de cette
confrontation.
Géographie
• Soit l'analyse d'un ou de deux document(s).
Il s’agit de faire la preuve de sa capacité à comprendre le
contenu, l'apport du (ou des) document(s) et les enjeux spatiaux
qu'il(s) aborde(nt).
• Soit la réalisation d'un croquis ou d'un schéma
d'organisation spatiale d'un territoire, en réponse à un
sujet.
Pour la réalisation d'un croquis de géographie, un fond de carte est
fourni au candidat.
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Sujets bac possibles :
Histoire
Compositions
1. Quelle est la genèse et quels sont les points communs et les spécificités des
régimes totalitaires dans l'entre-deux-guerres ? Insister dans la composition sur les
débats qui nourrissent la réflexion sur le sujet. Débats qui traduisent la complexité
d’une Histoire en train de s’écrire.
2. L’historien François Furet a parlé du communisme et des fascismes comme
étant des « jumeaux ennemis ». Expliquer cette affirmation en montrant que ces
régimes sont opposés dans les discours et dans les actes, mais qu’ils ont des points
communs, dont la haine de la démocratie qui va les rapprocher à la veille de la
Seconde Guerre mondiale.
Analyse de deux documents d’histoire
Titre : Allemagne nazie et URSS. Encadrement de la jeunesse et idéologie.
Doc. 1
Le germaniste Pierre Grappin a séjourné en Allemagne en 1934. Il se souvient.
« En 1934, je fis, durant les vacances d’été, mon premier séjour en Allemagne, invité par la
famille de mon correspondant. Mon correspondant s’appelait Gùnter […] Un beau matin
j’étais là depuis quatre jours -, Gùnter m’a dit : “Il faut que je te le dise, je suis membre de la
Jeunesse hitlérienne ; tu viendras avec moi partout, nous travaillerons ensemble.”
“Nous avons une organisation, disait Gùnter où tout le monde vient. Nous ne savons rien de
la lutte des classes, nous ne voulons pas distinguer bourgeois et ouvriers ; nous connaissons
les bons Allemands, et tous les bons Allemands doivent être dans là Hitlerjugend.” C’était là
le grand mot d’ordre, celui du Fùhrer “Celui aussi, disait Gùnter, que nous appliquons, que
nous réalisons tous les jours. “ »
« Le souvenir le plus marquant est celui que m’a laissé une réunion de toute la Hitlerjugend
du district de Radeberg. Gùnter avait passé beaucoup de temps à la préparer durant ces
deux jours de rassemblement, avec des manifestations de jour et de nuit, j’ai évidemment vu
quelque chose qui fut pour moi une révélation, c’est l’extraordinaire entraînement de ces
garçons aux mouvements d’ensemble. Leurs alignements parfaits me faisaient penser à des
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tableaux de revues militaires. Ils le faisaient si aisément, avec tant de respect et
apparemment de facilité que c’était très impressionnant. »
Extrait de « Un étudiant français en Allemagne : Pierre Grappin, souvenirs des années
19341938», dans Le Nazisme et les jeunes, PUN, 1985, pp. 57-72.)
Doc. 2 Réunion d’une cellule des Jeunesses Communistes dans les années 1930
« Que signifie faire adhérer au komsomol (1) ? Cela signifie donner au jeune travailleur une
formation marxiste-léniniste, le rendre actif socialement, lui permettre de diriger
idéologiquement un groupe de jeunes, faire en sorte qu’il devienne un modèle pour tous les
autres, aussi bien dans son travail que dans sa vie privée. »
Extrait cité dans N. Werth, Être communiste en URSS sous Staline, coll. Archives, 1981.
(1). organisation de la jeunesse communiste du Parti communiste de l'Union soviétique, fondée en
1918, dont Le nom officiel est : Union des jeunesses léninistes communistes.
Question type sujet de Bac.
Montrer que ces deux documents rendent compte de certaines caractéristiques des régimes
totalitaires. Quel est l’intérêt de leur confrontation ?
Questions « classiques » pour préparer l’exercice en cours :
1. Quels aspects du régime nazi et du régime soviétique illustrent ces deux textes ?
2. La confrontation de ces deux documents met-elle en évidence la spécificité ou les points
communs des régimes concernés ?
Réponses possibles
La réponse attendue à la première question peut mettre en évidence la volonté des deux
régimes d’encadrer la société de la mobiliser au service du pays ou de son peuple ou de son
« guide ».
Cette mobilisation passe par un encadrement de la jeunesse dans des organisations
destinées à montrer la voie, le chemin à suivre, le « modèle ».
Cette mobilisation se structure autour d’une idéologie la défense du « volk » les « bons
Allemands », pour l’Allemagne Nazie ou le marxisme-léninisme pour l’URSS.
L’intérêt de la confrontation des deux documents est de montrer que ces deux textes
permettent de mettre en évidence les points communs des deux régimes « totalitaires »,
mais en même temps les spécificités de ceux-ci. La volonté d’encadrer la société de la
contrôler, le rôle de l’idéologie, sa place centrale qui englobe toute la vie d’un individu : «
aussi bien dans son travail que dans sa vie privée » (texte 2) l’accent mis sur la jeunesse
porteuse d’un avenir nouveau qu’il faut forger… mais un discours qui est fondé sur la
défense du « volk » le peuple allemand, sur le rayonnement d’un homme Hitler le « führer »,
le rejet de la lutte des classes dans l’Allemagne hitlérienne, un discours sur les « bons
Allemands » qui ouvre la voie au racisme alors que la lutte des classe au cœur du
marxismeléninisme est affirmée dans le second texte.
Deux textes d’un accès assez facile et qui s’inscrivent bien dans les problématiques
de la question.
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Analyse d’un document
Nazisme et stalinisme, deux régimes « totalitaires » ? Le point de vue d’un historien.
« […] Au moment où Staline assied définitive ment son pouvoir, Hitler fait main basse sur
l’Allemagne. Au livre des rapports entre communisme et fascisme, ce sont les deux grands
monstres du siècle qui apportent la matière principale.
On peut pour le comprendre partir d’un constat devenu classique: le bolchevisme stalinisé et
le national-socialisme constituent les deux exemples des régimes totalitaires du XXe siècle.
Non seulement ils sont comparables, mais ils forment en quelque sorte à eux deux une
catégorie politique qui a gagné droit de cité depuis Hannah Arendt. J’entends bien que
l’acceptation n’est pas universelle, mais je ne vois pas qu’il ait été proposé de concept plus
opératoire pour définir des régimes où une société atomisée, faite d’individus
systématiquement privés de liens politiques, est soumise au pouvoir « total » d’un parti
idéologique et de son chef. […] l’idée n’entraîne pas que ces régimes soient identiques ou
même comparables sous tous les rapports […] L’Allemagne de Hitler et la Russie de Staline
sont des univers différents. Et l’Allemagne nazie est moins totalitaire en 1937 qu’en 1942,
alors que la terreur stalinienne bat son plein avant et après la guerre plus encore que
pendant. Mais il n’empêche que les deux régimes, et eux seuls, ont en commun d’avoir mis
en oeuvre la destruction de l’ordre civil par la soumission absolue des individus à l’idéologie
et à la Terreur du Parti Etat. Dans les deux cas, et dans ces deux cas seuls, la mythologie de
l’unité du peuple dans et par le Parti - Etat, sous la conduite du Guide infaillible, a fait des
millions de victimes et présidé à un désastre si complet qu’elle a brisé l’histoire des deux
nations, l’allemande et la russe, au point d’en rendre la continuité presque impensable. […]. Il
est vrai que la parenté des deux régimes sous l’angle « totalitaire » dément l’apparente
simplicité du contraste selon l’idéologie. L’Allemagne nazie appartient à la famille des
régimes fascistes, et la Russie de Staline à la tradition bolchevique. Hitler a imité Mussolini,
alors que Staline a suivi Lénine. […] Si leur parenté a été le secret de leur complicité, leur
antagonisme a donné tout son éclat à leur affrontement. La Seconde Guerre mondiale, après
avoir illustré leur complicité, a été le théâtre de leur affrontement, dont elle a finalement reçu
son sens. ».
François Furet. Le passé d’une illusion, essai sur l’idée communiste au XXe
siècle, pages 216-217, Ed. R. Laffont, Paris 1995
Questions de type Bac.
Après avoir situé le document dans le débat historique auquel il se rapporte, dégager le point
de vue de l’auteur dans ce débat et mettez en évidence ses arguments. Montrer l’intérêt et
les limites de ce document pour comprendre cette question historique.
Questions « classiques » pour préparer l’exercice en cours :
1. Dans quel grand débat historique s’inscrit ce texte de F. Furet ?
2. Quel est le point de vue de l’auteur ? Quels sont ses arguments ?
3. Ce texte, à lui seul, permet-il de comprendre tous les enjeux du débat ?