Dermatoses bulleuses auto immunes :
Introduction :
Groupe hétérogène de maladies secondaires à des altérations de différents constituants
de la peau : l’épiderme, la jonction dermoépidermique (JDE) ou le derme superficiel.
Ces altérations résultent d’une réaction auto-immune et ont pour conséquence clinique
la formation de bulles cutanées ou muqueuses
Elles sont peu fréquentes et de pronostic variable
PHYSIOPATHOLOGIE :
Deux systèmes d’adhésion assurent la cohésion de la peau :
o La cohésion de l’épiderme est principalement assurée par les desmosomes
permettant l’adhésion des kératinocytes entre eux
o L’adhésion entre l’épiderme et le derme sous-jacent est assurée par la JDE =
région macromoléculaire complexe : les hémidesmosomes, les filaments
d’ancrage, la lame dense et les fibrilles d’ancrage (membrane basale dermique).
En fonction du site de clivage on distingue deux cite de formation de bulles :
o Les DBAI sous-épidermiques : perte de l’adhésion dermo-épidermique par
altération d’un composant de la JDE par des autoanticorps
o Les DBAI intra épidermiques : perte de cohésion des kératinocytes (acantholyse)
est due à l’altération des desmosomes par des autoanticorps
Diagnostic positif :
1. Examen clinique :
Présence de bulles cutanées ou muqueuses qui sont des collections liquidiennes
arrondies à contenu clair ou sérohématique de taille > 5 mm
Le signe de Nikolsky : décollement cutané provoqué par le frottement de la peau saine :
décollement intra épidermique (acantholyse)
Erosion post-bulleuse en particulier sur les muqueuses, caractéristique par sa forme
arrondie et la présence d’une collerette épithéliale périphérique parfois crouteuse,
Vaste décollement épidermique donnant un aspect de « linge mouillé sur la peau ».
2. Histologie :
sur bulle non rompue
Niveau de clivage : intradermique ou sous épidermique
Infiltrat inflammatoire ?
Nécrose cellulaire ?
3. Immunologie :
IFD (zone peribulleuse) :
Dépôts IgG / IgM / IgA et/ou complément :
o dépôts linéaires = DBAI sous épidermiques
o Dépôts en maille de filet = DBAI intra épidermique
IFI (sérum) : AC circulants
Le diagnostic positif d’une DBAI repose sur l’examen en IFD
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
1- D’une dermatose bulleuse :
La bulle doit être distinguée :
o Vésicule : taille (1 à 2 mm de diamètre)
o Pustule : contenu est purulent.
Cependant, certaines DBAI (dermatite herpétiforme, pemphigoïde bulleuse)
s’accompagnent volontiers de vésicules.
o EX : Herpès - zona - eczéma - vasculites nécrotico- bulleuses. (Dans leurs
formes bulleuses)
Les érosions post bulleuses doivent être différenciées des autres érosions ou ulcérations
primitives (chancre, aphtes) notamment sur les muqueuses buccales ou génitales
2- D’une maladie bulleuse non auto-immune :
Caractérisé par :
o Négativité des examens immuns pathologiques, essentiellement l’IFD
cutanée.
o Début brutale
Toxidermie bulleuse :
o Rapidité d’évolution
o Fréquence de l’atteinte muqueuse
o Signes généraux imposant l’hospitalisation en urgence
o Prise récente de médicaments inducteurs
Porphyrie cutanée tardive :
o Bulles des régions découvertes d’évolution Cicatricielle
o Une fragilité cutanée
o Une hyperpigmentation et une hyperpilosité temporo-malaire
o Le diagnostic repose sur le taux élevé d’uroporphyrines dans les urines
Erythème polymorphe bulleux :
o Survient le plus souvent après un herpès récurrent
o Lésions cutanées éruptives en « cocardes »
o Siège : coudes, genoux, mains, visage
o Fréquence des lésions muqueuses bulleuses ou érosives
o Guérison spontanée en 2 à 3 semaines
Dermatose bulleuse par agents externes
o Cause physique :
Brulure 2eme degré
Coup de soleil
photophytodermatose = dermite des prés
o Cause chimique :
Dermatite caustique
Piqûres d’insectes,
o Le diagnostic repose sur l'anamnèse
DIAGNOSTIC ETIOLOGIQUE :
1- Enquête étiologique :
Interrogatoire
Prise de médicaments possiblement inducteurs :
o D-pénicillamine, inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) au cours des
pemphigus
o Diurétiques épargnant le potassium : la pemphigoïde bulleuse
Facteurs déclenchant (exposition solaire)
Antécédents personnels ou familiaux : dermatoses bulleuses congénitales et de
maladies auto-immunes
L'âge de début (pemphigoïde bulleuse: sujets très âgés)
Les signes fonctionnels : prurit ++
Les circonstances d'apparition : grossesse
Présence d'un terrain pouvant aggraver le retentissement général de la maladie bulleuse
(diabète, hépatopathie, insuffisance rénale, insuffisance cardiaque), ou d’une infection
concomitante (VIH, HSV, HCV…)
Examen clinique :
Topographie des lésions cutanées
Aspect des bulles (tendues ou flasques)
Etat de la peau peribulleuse (saine ou érythémateuse)
Lésions muqueuses externes (buccale, conjonctivale, génitale)
Lésions cutanées associées
Etendue des lésions (bulles, érosions)
Nombre moyen de nouvelles bulles quotidiennes
Eventuelle surinfection locale
Retentissement sur l'état général (signes de déshydratation ou d'infection systémique).
Examen complémentaires :
FNS = éosinophilie (Penphigoide bulleuse)
Examen au microscope électronique sur Bx cutanée
IFI sur peau humaine normale clivée par NACL ---- Marquage au toit ou au plancher
Immun transfert = immunoblot = Western –Blot : caractérise les Auto Ac / Poids
moléculaire des Ag reconnus
ELIZA détecte les Ac dirigés contre les Ag :
o Du pemphigus : Desmogleines 1 et Desmogleines 3
o Du Penphigoide bulleuse : BPAG 1 – BPAG 2
2- Principale étiologies :
A- DBAI intra-épidermique ou pemphigus :
Maladie auto-immune rare qui touche la peau et les muqueuses
Les auto-anticorps sont dirigés contre les protéines des desmosomes et sont
responsables de l’acantholyses et du clivage intra-épidermique
Trois types :
o Pemphigus vulgaire (PV) où le clivage est profond supra basal
o Pemphigus superficiels (PS) où le clivage est superficiel sous corné
o Pemphigus paranéoplasique
L’association à d’autres maladies auto-immunes est possible :
o Myasthénie,
o Lupus érythémateux,
o Maladie de Gougerot-Sjögren,
o Polyarthrite rhumatoïde,
o Maladie de Basedow
1- Pemphigus vulgaire
Débute souvent par des lésions muqueuses :
o atteinte buccale : érosions douloureuses, traînantes
o érosions œsophagiennes, vaginales et rectales
Plusieurs semaines ou mois apparait l’atteinte cutanée :
o Bulles flasques à contenu clair, siégeant en peau saine,
o Bulles fragiles et laissant rapidement place à des érosions post-bulleuses cernées
par une collerette épidermique
o Signe de Nikolsky en peau péri lésionnelle, et parfois en peau saine.
2- Pemphigus superficiels :
Pemphigus séborrhéique (forme localisée) : les bulles, très fugaces et inconstantes, sont
remplacées par des lésions squamo croûteuses, parfois prurigineuses, distribuées sur les
zones séborrhéiques : thorax, visage, cuir chevelu, région interscapulair, sans d’atteinte
muqueuse
Pemphigus foliacé (forme disséminée).
3- Pemphigus paranéoplasique : hémopathies lymphoïdes
4- Autres formes de pemphigus :
o Induit (Dpénicillamine, AINS, β-) caractérisé par :
Polymorphisme,
Prurit,
Nikolsky,
+-Atteinte muqueuse
B- DBAI sous épidermiques :
1- Pemphigoide bulleuse:
C’est la plus fréquentes de toutes les DBAI
Touche souvent le sujet âgé 80 ans
Débute par un prurit généralisé, placards eczématiformes ou urticariens
Eruption caractéristique: bulles tendus à contenu clair, souvent de grande taille, siégeant
sur une base érythémateuse eczématiforme ou urticarienne
Prurit intense ++++
Lésions symétriques avec une prédilection pour les faces de flexions et racines des
membres, face antero interne des cuisses et l’abdomen
Atteinte des muqueuses rare
2- Pemphigoide de la grossesse
Débute au 2eme ou 3eme trimestre
Peut récidiver.
Risque de prématurité.
3- Pemphigoïde cicatricielle
Rare, elle touche surtout le sujet âgé (70 ans) et se caractérise par l’atteinte élective des
muqueuses :
o Buccale : gingivite érosive, stomatite bulleuse ou érosive
o Oculaire : conjonctivite synéchiante avec risque de cécité par opacification
cornéenne
o Génitale : vulvite ou balanite bulleuse ou érosive ; possibilité d’atteinte ORL ou
œsophagienne.
L’atteinte cutanée est inconstante (un quart des cas) avec des érosions chroniques
prédominantes à la tête et au cou.
4- La dermatose bulleuse à IgA linéaire
Décrite par Chorzelski en 1971 comme une maladie bulleuse sous-épidermique
caractérisée par des dépôts d’IgA, linéaires, au niveau de la jonction dermo-
épidermique.
Il y’a toujours un facteur déclenchant :
o IRC
o Hémopathies malignes (lymphocytair) ou tumeur solide
o Infection virale ou bactérienne
o Médicament ++++++
Les médicaments incriminés dans la survenue de dermatoses bulleuses à IgA linéaire :
• Amiodarone• AINS• Anticancéreux • Ciclosporine• Furosémide• Glibenclamide • IEC •
Interféron• Interleukine • Iode• Lithium*Métronidazole• Pénicillines et céphalosporines•
Phénytoïne • Rifampicine• Somatostatine• Triméthoprime sulfaméthoxazole •
Vancomycine• Vigabatrine
5- Dermatite herpétiformes:
Très rare ,Débute chez l’adolescent – adulte jeune
Physiopathologie: gliadine contenu dans le gluten = Maladie cœliaque = souvent
associée
Clinique:
o Prurit diffus longtemps isolé
o Bulle et/ou vésicules en anneau ou en médaillon touchant les coudes, les
genou, fesses de façon symétrique.
Evolution : poussée / prise de gluten .
Risque majeur = lymphome
Diagnostic:
o Histologie: Clivage sous épidermique ; Micro abcès derme.
o IFD : IGA granuleux JDE
o IFI : AC anti endomysium, gliadine et transglutaminase.
o Bx grêle (si symptômes digestifs) atrophie villositaire
6- Epidermolyse bulleuse acquise :
Exceptionnelle
Adulte jeune
Bulles mécaniques – flasques .
Laisse des cicatrices atrophiques
Traitement :
1- Objectifs :
Traiter l’éruption bulleuse
Prévenir les récidives
Améliorer la qualité de vie
Limiter les effets secondaires ++(sujets âgés)
2- Moyens
Mesures propres à toute maladie bulleuse :
o Bains ant
o Hydratation et nutrition compensant les pertes hydro-électrolytiques et
protéiques
Corticothérapie locale utilisant le Propionate de clobetasol (crème Dermoval 30 à 40
g/j) : efficacité similaire à la corticothérapie générale et une meilleure tolérance.
Corticothérapie par voie générale :prédnisone :0,5 à1 mg/Kg/j
Des mesures adjuvantes sont associées à toute corticothérapie
Immunosuppresseurs en cas de résistance à la corticothérapie (rare) ou en cas de
rechutes multiples lors de la décroissance de la corticothérapie :
Méthotrexate 7,5à 12,5mg/semaine (or
Azathioprine 50mg
Mycophénolate mofétil
3- Indications
A. Pemphigoïde bulleuse (PB) :
La PB est une maladie grave : mortalité à 1 an est de 30 à 40%
Les malades décèdent principalement de complications :
o Infectieuses(septicémies,pneumopathies)
o Cardiovasculaires (insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral)
o Souvent favorisées par le traitement corticoïde et/ou immunosuppresseur
a. Pemphigoïde multibulleuse plus de 10 nouvelles bulles quotidiennes survenant sur
plusieurs sites
TRT d’attaque:
Clobetasol 30g/j en 1ou 2 applications sauf le visage
Traitement à poursuivre 15 jours aprés le contrôle clinique
schéma de decroissance
- TRT quotidien le 1er mois
- TRT tous les 2 jours le 2ème mois
- TRT 2x semaine /3ème mois
- TRT 1X semaine à partir du 4ème mois
TRT d’entretien :1 x semaine pendant 8 mois
En l’absence de contrôle après 15 jours de la dose d’attaque
augmentation du Nbre de tubes à 3ou 4/j
Si absence de contrôle
Prédnisone 0,5à1mg/Kg/j et/ ou méthotrxate
Azathioprine ou mycophénolate mofétil
b. Pemphigoïde pauci bulleuse : moins de 10 nouvelles bulle quotidiennes
Clobetasol 20 g/j en 1ou 2 applications sauf le visage
traitement à poursuivre 15 jours aprés le contrôle
Si pas de réponse
Augmentation du Nbre de tubes à 3ou 4/j
Associations méthotrexate 7,5mg-12,5 mg/semaine
B- Pemphigoïde cicatricielle :
Dapsone (Disulone) à la dose de 50 à 100 m
Si atteinte oculaire évolutive : cyclophosphamide (Endoxan) seul ou associé à une
corticothérapie générale
C- Pemphigoïde de la grossesse
Corticoïdes locaux ou peros si diffus
D- Dermatite herpétiforme :
Régime sans gluten
Disulone : 50 à 100 mg/j
E- DBAI intra-épidermiques (pemphigus)
Le traitement d’attaque : Prednisone (1 à 1,5 mg/kg/jour).
Des traitements immunosuppresseurs, par azathioprine, cyclophosphamide ou
ciclosporine, sont parfois associés à la corticothérapie en cas de résistance au
traitement corticoïde.
Le traitement d’entretien à dose progressivement décroissante vise à maintenir la
rémission complète, clinique et immunopathologique (disparition des anticorps
circulants).
Un traitement de plusieurs années étant souvent nécessaire
Dans les formes peu étendues et au cours des pemphigus superficiels La disulone et
les dermocorticoïdes
F- Dermatose à IgA linéaire
DIgAL induite par un médicament
Arrêt définitif et contre-indication à vie du médicament imputable ;
Abstention ou corticothérapie locale courte ;
En cas d’évolution défavorable et d’autonomisation : dapsone.
DIgAL idiopathique
Dapsone est le traitement de choix. 50 à 100 mg / j à maintenir jusqu’au
contrôle de la maladie.
La décroissance sera très progressive jusqu’à une valeur minimale seuil variable
selon les patients.
Arrêt au bout de quelques années si l’IFD se négative