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Biomécanique des Forces Légères en Orthodontie

Ce document décrit la biomécanique orthodontique et la notion de force légère. Il explique l'évolution des techniques orthodontiques vers l'utilisation de forces plus faibles, similaires aux forces physiologiques, grâce aux progrès des matériaux comme les fils en nickel-titane.

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Biomécanique des Forces Légères en Orthodontie

Ce document décrit la biomécanique orthodontique et la notion de force légère. Il explique l'évolution des techniques orthodontiques vers l'utilisation de forces plus faibles, similaires aux forces physiologiques, grâce aux progrès des matériaux comme les fils en nickel-titane.

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¶ 23-490-B-10

Biomécanique orthodontique et notion


de force légère
D. Dorignac, E. Bardinet, C. Bazert, N. Devert, A. Diongue A, A.-M. Duhart

La biologie du déplacement orthodontique engendre des phénomènes de remodelage tissulaire au niveau


de la dent et de ses organes de soutien. L’initialisation du mouvement entraîne des réactions
inflammatoires avec pour réponse la présence d’une zone hyaline d’étendue variable selon l’intensité de
la force appliquée. Les forces légères, qui se traduisent au niveau de la dent et de son parodonte par des
phénomènes de pression légère, peuvent être développées grâce à l’évolution des alliages des fils
orthodontiques, des moyens d’attache et des systèmes mécaniques utilisés. Cette force légère, pour
qu’elle soit considérée comme optimale, devrait être égale ou légèrement supérieure à celle développée
lors du déplacement physiologique des dents.
© 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Force légère ; Force optimale ; Remaniement tissulaire ; Biomécanique ; Orthodontie

Plan avec des forces légères. La crise économique qui a suivi a amené
l’utilisation de matériau plus économique comme les fils en
¶ Introduction 1 acier inoxydable. Le module d’élasticité étant plus important,
une taille de gorge plus petite va être développée par Steiner, le
¶ Biologie du déplacement dentaire 2
.018 × .025, permettant d’abaisser le niveau de force en rédui-
Remaniement tissulaire physiologique 2
sant la taille des fils.
Remaniement tissulaire thérapeutique 5
Remaniements tissulaires pathologiques 8 La technique de Begg va elle aussi se baser sur la notion de
Quelle force utiliser ? 9 forces légères. Pour cela, elle utilise des brackets avec un contact
bracket-fil unipoint, et grâce à cela, les mouvements peuvent
¶ Mécanique du déplacement dentaire et force légère 11
être « décomposés » pour abaisser le niveau de force et recher-
Système orthodontique 11
cher un mouvement le plus continu possible.
Force optimale d’un point de vue mécanique 15
Biomécanique au cours des principales phases d’un traitement En même temps, l’arrivée du concept bioprogressif, avec
multibague 18 l’utilisation de fils beaucoup plus fins et sous-dimensionnés, va
permettre de développer une technique utilisant des forces plus
¶ Évolution 20
légères. En revanche, le contrôle du mouvement est nécessaire-
Minivis 20
ment plus difficile.
Brackets autoligaturants 20
Corticotomie 21 L’utilisation de nouveaux matériaux comme le titane va cette
fois opposer l’acier (plus rigide, les forces émises sont plus
¶ Conclusion 21
importantes), aux arcs à module d’élasticité très faible permet-
tant la mise en place d’arcs de pleine taille dès les premières
phases de traitement.
■ Introduction De plus, grâce aux propriétés de certains arcs à mémoire de
forme, le niveau de force transmise au niveau de la dent est
À la fin du XIXe siècle, Farrar écrivait : « Les dents peuvent se faible et continu.
déplacer selon deux types de changements tissulaires, soit par Ces fils en nickel titane expliquent le développement actuel
absorption de l’alvéole, soit par déformation de l’alvéole ». À du .022 × .028 inches et des techniques en glissement car ces
partir de cette dernière hypothèse, Farrar élabore une technique arcs modernes permettent de conserver une force légère, tout en
avec des appareillages susceptibles de déplacer les dents par
favorisant le contrôle des dents.
déformation du procès alvéolaire. Un peu plus tard, Angle
Cette notion évolue encore aujourd’hui avec la venue de
développe, à partir des travaux d’Oppenhein, une nouvelle
nouveaux brackets type autoligaturants. Certains, dits actifs,
technique bannissant « les forces qui font ployer l’os » et basée
sur le déplacement dentaire par apposition-résorption osseuse. vont amener progressivement l’arc dans la gorge, permettant
Contrairement aux autres auteurs, l’école d’Angle déclare théoriquement d’abaisser encore le niveau de force, et d’autres,
employer des forces légères. dits passifs, vont limiter les frottements, la force exercée étant
Au cours du siècle dernier, différentes techniques multibagues alors entièrement répercutée sur le déplacement dentaire.
se sont développées en même temps qu’elles se sont opposées Les progrès en biologie cellulaire et dans les techniques
sur ces notions de forces légères. immunologiques permettent peu à peu d’en comprendre les
En 1928, Angle présentait son premier appareil Edgewise, mécanismes et de connaître les substances mises en jeu lors du
dont la taille de la gorge des attaches était en .022 ×.028 inches. déplacement dentaire. En revanche, de nombreuses pièces du
Les arcs utilisés étaient en or, et leur souplesse était compatible puzzle sont manquantes et on est donc encore loin de tout

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 1
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

comprendre. Cependant, l’appréhension de ces phénomènes Melcher [3], quant à lui, a montré sans pouvoir en expliquer
nous permet l’utilisation optimale de ces forces au cours du le mécanisme, que le ligament contrôle l’ostéogenèse, en
traitement multibague. empêchant les cellules progénitrices des ostéoblastes d’envahir
Certains auteurs se sont posé la question de l’innocuité ou la zone ligamentaire.
non de nos appareillages orthodontiques. Il y a cependant un Il a précisé que ni les fibres de collagène, ni la substance
consensus pour dire que plus le niveau de force est faible, moins fondamentale du ligament n’ont cette propriété.
il y a de lésions. Le but est de se rapprocher le plus possible du Ce sont les éléments cellulaires fibroblastiques qui empêchent
déplacement physiologique des dents. la fusion de l’os et de la dent (c’est-à-dire l’ankylose).
Les fibroblastes inhibent la différenciation des ostéoblastes
par la libération de différents facteurs solubles tels que les
prostaglandines.
■ Biologie du déplacement
Desmodonte et migration physiologique des dents
dentaire Le desmodonte est un tissu conjonctif fibreux, et à ce titre, il
possède un certain turn-over.
Remaniement tissulaire physiologique Le fait qu’il soit directement impliqué dans la migration des
dents accentue son rythme de renouvellement cellulaire et
Comme de nombreux autres tissus, les tissus péridentaires fibrillaire.
ont, à l’état sain, un rythme de renouvellement, à la fois Il existe une adaptation permanente à la nouvelle position de
cellulaire et extracellulaire. la dent.
Ce « turn-over » concerne les cellules, les fibres et la subs- Cette élaboration constante d’un nouveau desmodonte se fait
tance fondamentale du desmodonte, de l’os alvéolaire et, dans du côté en résorption, dans la zone paraosseuse, ainsi que du
une moindre mesure, du cément. côté en apposition dans la zone où le desmodonte ancien est
Ce système s’avère modifié lors de la migration des dents. incorporé de manière permanente dans l’os néoformé sous la
Celle-ci implique, comme nous allons le voir, un « remode- forme d’os fasciculé (Fig. 1).
lage » permanent de l’os et de l’attache ligamentaire.
Chez l’homme, on observe une poussée mésialante des dents Os alvéolaire
avec le temps dont les causes générales invoquées sont l’usure Phénomènes de remodelage
proximale des dents, les forces occlusales ou les forces
musculaires. L’os alvéolaire est un tissu conjonctif dont la substance
intercellulaire, fabriquée par ses cellules, se minéralise.
Ce sont tous ces remaniements qu’il convient de comprendre,
Il est constitué de cellules osseuses et d’une matrice fibreuse
car c’est en fait la perturbation de ces phénomènes qui permet
(collagénique à 90 % mais comprenant aussi des glycoprotéines
le déplacement orthodontique des dents.
et des protéoglycanes pour 10 %) qui est secondairement
De plus, il paraît nécessaire de bien connaître l’histophysio-
minéralisée.
logie du déplacement dentaire spontané, afin de réaliser des
Rôle de l’os alvéolaire. Il assure différentes fonctions :
déplacements provoqués aussi physiologiques que possible.
• homéostasie du calcium sérique ;
• support mécanique et protection ;
Desmodonte • hématopoïèse chez l’adulte.
Phénomènes de remodelage Ces fonctions, pour être accomplies parfaitement, impliquent
un remodelage de l’os assuré par les ostéoblastes et les
Le ligament alvéolodentaire au niveau du remodelage a une
ostéoclastes.
double responsabilité :
Origine des cellules engagées dans le processus de rema-
• il possède sa propre capacité de remodelage ;
niement. Il est important de distinguer, dans le cas particulier
• il a un rôle régulateur du remodelage osseux. de l’os alvéolaire, les cellules osseuses d’origine desmodontale de
Remodelage ligamentaire. Les fibres de collagène sont celles d’origine endostée ou périostée, dont l’activité n’est pas
détruites et remplacées de façon continue. directement liée à l’ancrage ligamentaire [4, 5].
Le collagène est produit par les fibroblastes et sa synthèse est Rappelons ici le schéma de différenciation maintenant admis
directement liée au nombre et à l’activité de ces cellules. pour les cellules osseuses (Fig. 2).
L’activité de dégradation du collagène serait en relation avec Ces cellules mésenchymateuses indifférenciées seraient
des propriétés de catabolisme des fibroblastes eux-mêmes. localisées essentiellement autour des vaisseaux.
En effet, selon Ten Cate et al. [1], les fibroblastes ont des
propriétés communes avec les macrophages notamment de Cycle de remodelage
phagocytose. Ces remaniements ont lieu dans des foyers bien locali-
sés appelés les basics multicellular unit (BMU).
Synthèse Séquence de remodelage (Fig. 3). La résorption ostéoclasti-
Collagène Acides aminés que y précède l’apposition selon une séquence : activation –
résorption – inversion - formation (ARIF) :
Dégradation • Activation :
C recrutement des préostéoclastes ;
Selon cet auteur, l’ensemble de ces opérations, produites par
le fibroblaste, se déroule en présence de vitamine C. C reconnaissance de la zone osseuse à résorber ;
Il a également montré que ces opérations pouvaient être C attachement des préostéoclastes à la surface ;
réalisées simultanément par le fibroblaste. C fusion des préostéoclastes ostéoclastes multinucléés ;
Contrôle de l’activité osseuse. Lorsque le ligament alvéolo- • résorption : les ostéoclastes détruisent le tissu osseux ;
dentaire est atteint, la dent s’ankylose. • inversion :
Cela correspond, au niveau de la zone lésée, à l’envahisse- C mise en jeu des cellules mononucléées type macrophages,
ment du ligament, puis de la racine par les processus de qui établissent la limite os nouveau/os ancien (ligne
remodelage osseux. cémentante) ;
Donc, pour jouer le rôle de protection radiculaire le ligament C recrutement de préostéoblastes qui se différencient en
met en place un contrôle des phénomènes de remodelage ostéoblastes ;
osseux. • formation :
D’après Andreasen [2], ce sont les fibroblastes, les cémento- C apposition de tissu ostéoïde le long de la ligne cémen-
blastes et les cellules périvasculaires qui permettent cette tante ;
protection radiculaire. C minéralisation.

2 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

A R

OC

R-
Ob FP
Oc Pob FI Cb
Ob

OF
A+

OF
OL

I++

a ++ b +++ b' ++ a' +++


Figure 1. Remaniements du desmodonte au cours de la migration physiologique des dents (d’après [4]). R : face en résorption ; A : face en apposition. La
flèche marque le sens de la migration. Apposition : la synthèse de collagène se fait surtout dans la zone médiane du ligament (b + + +) et au niveau de la zone
juxtaosseuse (a + +) où de l’os fasciculé (OF) est continuellement apposé, enfermant les principales fibres (FP) du desmodonte. FI : fibres interstitielles ; POb :
préostéoblastes ; Ob : ostéoblastes, Oc : ostéocytes ; Cb : cémentoblastes. Résorption : la synthèse du collagène se fait en partie dans la zone médiane du
ligament (b + +) mais surtout dans la zone paraosseuse (a + + +) ; sur cette face les fibres sont détruites dans les foyers de résorptions (R -), resynthétisées dans
les foyers en cours d’inversion (I + +) et enfermées dans l’os fasciculé dans les foyers en apposition (A +). OL : os lamellaire ; OC : ostéoclaste.

Cellule mésenchymateuse 2
1
indifférenciée

Cellule mésenchymateuse Cellule de la lignée osseuse en


indifférenciée voie de différenciation
a b

Préostéoblaste Préostéoclaste 3 4 5

Ostéoblaste Ostéoclaste
c d

Ostéocyte 6
Figure 2. Schéma de différenciation des cellules osseuses (d’après [4]).
Ostéoïde non minéralisé
Os calcifié nouveau
Os calcifié ancien
Cette séquence ARIF est suivie par une phase dite de quies- Ligne cémentante
cence durant laquelle l’os nouveau est tapissé par des cellules e
bordantes. Figure 3. Séquence de remodelage de l’os alvéolaire [6]. a. Quies-
Particularités de l’os alvéolaire. La différence de constitu- cence ; b. activation ; c. résorption ; d. inversion ; e. formation. 1. Cellules
tion entre l’os cortical et l’os trabéculaire entraîne des différen- bordantes ; 2. préostéoclastes ; 3. ostéoclaste ; 4. cellule stromale ; 5.
ces lors du remodelage : préostéoblastes ; 6. ostéoblastes.
• os cortical :
C BMU : diamètre 150 mm, longueur 400 mm ;
C formation d’un cône de résorption par les ostéoclastes qui Régulation du remodelage osseux
est comblé par les formations ostéoblastiques ;
C A; L’activation du cycle cellulaire se déclenche sous l’effet d’un
message général, régional ou local, entraînant les phénomènes
C R : 15 jours ;
de résorption au niveau d’une surface osseuse déterminée.
C I : 15 jours ;
Facteurs généraux. L’action des hormones calciotropes sur
C F : 90 jours ; les phénomènes de remodelage est décrite dans le Tableau 1.
• os trabéculaire : Facteurs locaux. Ce sont :
C creusement de lacune par les ostéoclastes (lacunes de • les facteurs de croissance, synthétisés essentiellement par les
Howship), d’une profondeur de quelques dizaines de mm ; cellules ostéoblastiques ; une grande partie de ces facteurs de
C A; croissance est stockée dans la matrice extracellulaire osseuse,
C R : 1 semaine ; et s’incorpore aux protéines matricielles. Ils sont présents à de
C I : 15 jours ; très faibles concentrations, mais auraient un rôle important
C F : 4 à 6 mois. dans la régulation du remodelage osseux.

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 3
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Tableau 1. E D
Action des hormones calciotropes sur les phénomènes de remodelage [6].

Résorption Apposition
Parathormone +
a
1 ,25 dihydroxyvitamine D3 + +
Calcitonine - Oc
R
Hormones thyroïdiennes + +
Hormones de croissance + OF
Endoste
Insuline +

A
a

Ob FS

LI a

OL

Figure 5. Remaniement osseux au cours de la migration physiologique


des dents, face en apposition (d’après [4]). Du côté desmodontal de la
P P lame cribriforme (D), une apposition continue (a, flèches) enferme les
fibres de Sharpey (FS), formant de l’os fasciculé (OF). En arrière, du côté de
E Zones l’endoste, on observe une résorption (R) de l’os fasciculé ancien par des
d'apposition ostéoclastes (Oc) à laquelle succède de manière cyclique une apposition
D (A) d’os lamellaire (OL) ou haversien par des ostéoblastes endostés (Ob).
E D continue
Une ligne d’inversion (LI) sépare ces deux types d’os.
Zones de
résorption
Du côté desmodontal, l’apposition est réalisée par des
Apposition
ostéoblastes juxtaosseux situés entre les faisceaux de collagène.
cyclique
après la On retrouve la transformation préostéoblaste → ostéoblaste →
résorption ostéocyte.
L’apposition osseuse débute par la formation d’un tissu
Figure 4. Schéma du remaniement osseux au cours de la migration ostéoïde de transition qui représente la trame organique sur
physiologique des dents (d’après [4]). On observe un déplacement de l’os laquelle se dépose ultérieurement la substance minéralisée pour
en même temps que de la dent, les travées osseuses tendant à maintenir donner l’os complet (Fig. 5).
constante leur épaisseur. La grosse flèche indique le sens de la migration. Face en « résorption ». Cette paroi alvéolaire est le siège
P : périoste ; E : endoste ; D : desmodonte. d’une activité cellulaire à la fois intense et complexe.
La résorption ostéoclastique entraîne, dans les zones où elle
• les cytokines du système immunitaire et hématopoïétique : se produit, une destruction de l’ancrage ligamentaire.
• les interleukines :
Toute la paroi de l’alvéole n’est pas simultanément en
C le TNF ;
résorption au cours de la migration physiologique et on peut
C la prostaglandine E, produite par les cellules du système observer, à côté des foyers de résorption, des foyers au repos,
immunitaire, les cellules de la moelle et les ostéoblastes, des foyers en cours d’inversion et même des foyers en apposi-
stimule la résorption osseuse. tion [4, 5].
Os alvéolaire et migration physiologique Dans les foyers en résorption, les fibres de collagène sont
détruites par les ostéoclastes.
« Toute travée osseuse tend à maintenir son épaisseur cons-
tante » [4, 5]. Ces fibres sont ensuite reconstituées au cours de la phase
Pour cette raison, chaque fois que nous observons une d’inversion, regroupées en faisceaux et enfin incluses dans l’os
résorption d’un côté de la lame criblée, il y a une apposition de néoformé lors de la phase d’apposition.
l’autre côté. Le nouveau tissu osseux déposé dans ces foyers est donc
On peut donc décrire sur le pourtour d’une alvéole dentaire fasciculé, recréant ainsi par zones, une surface d’ancrage
une face dite en résorption (celle vers laquelle se déplace la desmodontale.
dent) et une face en apposition. Du côté endosté de la lame criblée, on observe une apposi-
Dans les conditions physiologiques, il existe donc plusieurs tion osseuse, tendant à maintenir constante l’épaisseur de la
sortes de remaniements provoqués par ce mouvement de paroi de l’alvéole (Fig. 6).
l’organe dentaire (Fig. 4). Les schémas résument la dynamique des processus d’apposi-
Face en « apposition ». Selon Baron, l’apposition est régulière tion et de résorption observés lors de la migration physiologi-
et continue au niveau de la paroi alvéolaire. que et mettent en relief la notion de cycle cellulaire.
Cette face est le siège d’une apposition osseuse réalisée du Au cours du remodelage du tissu osseux, la résorption et
côté desmodontal : on assiste en fait à la minéralisation l’apposition osseuses sont couplées et étroitement liées dans le
progressive du desmodonte qui se transforme en os fasciculé. temps et dans l’espace.
La largeur desmodontale reste constante grâce à la synthèse L’apposition osseuse n’est pas un phénomène isolé. Elle est
de nouvelles fibres dans la zone médiale du ligament. précédée par une résorption ostéoclastique physiologique.
L’os fasciculé s’accumule donc d’un côté de l’alvéole ; il est Les cycles cellulaires ne sont pas synchronisés, ce qui se
ensuite remanié en arrière par résorption et remplacé locale- traduit par la coexistence sur une même surface osseuse de
ment par un os lamellaire et parfois haversien du côté endosté. divers foyers de remaniements.
Nous observons également, sur ce dernier côté, une activité À un moment donné, les diverses unités fonctionnelles de
cyclique de résorption et d’apposition. remodelage sont en activité mais à des stades différents.

4 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

Lorsque l’on arrête l’application de la force, la dent revient à


sa position initiale en 1 à 1,5 minute dans les conditions
physiologiques.
ob C’est grâce au déplacement initial que vont apparaître les
effets biologiques.
i1
Effets à court et moyen terme
R E Côté en pression
A Initiation du déplacement dentaire. Au niveau de la
E réponse immunologique, la compression tissulaire provoque :
Ap • une atteinte des terminaisons nerveuses avec libération de
neuropeptides entraînant une inflammation et l’arrivée de
R
macrophages ;
E • une production de prostaglandine ;
A • une flexion de l’os alvéolaire ;
• une modification de la pression de la circulation intraosseuse
R E (avec production de phénomènes piézoélectriques) [7].
Ap C’est à l’inflammation et aux modifications bioélectriques
que sont liés les phénomènes de résorption/apposition du
A remodelage osseux à l’origine du déplacement dentaire.
Le déplacement immédiat de la dent peut durer de 5 à 6 jours
i2 puis on assiste à la mise en place de réactions biologiques visant
à recréer un état d’équilibre momentanément perturbé.
Création de la zone hyaline. Selon Ten Cate [1] « il s’agit
D d’un processus pathologique à partir duquel les tissus se
Figure 6. Remaniement osseux au cours de la migration physiologique reconstituent ».
des dents, face en résorption (d’après [4]). Du côté endosté (E) de la lame Au niveau des zones soumises à de fortes pressions apparaît
cribriforme, il y a une apposition continue (flèches) d’os lamellaire tendant une dégénérescence cellulaire due au manque d’apport métabo-
à maintenir constante l’épaisseur de la paroi de l’alvéole. Du côté desmo- lique et à la compression des fibres de collagène.
dontal (D), on observe des foyers d’activité cellulaire différente : résorp- Cette zone est alors constituée uniquement de fibres de colla-
tion (R), début de l’inversion (i1), fin de l’inversion (i2), apposition (Ap) ou gène tassées et a au microscope optique un aspect vitrifié [8, 9].
arrêt (A). On peut considérer que l’ancrage ligamentaire est maintenu Reitan [8, 9] a montré que même lorsque des forces légères
dans les zones en apposition et peut-être dans les zones d’arrêt. (50 à 100 g) sont utilisées, il ne semble pas possible d’éviter une
phase de hyalinisation.
La phase de hyalinisation débute 36 heures après l’application
Il est important de noter que lors des déplacements spontanés de la force et dure en moyenne de 12 à 15 jours pendant
suite à des extractions (perte d’ancrage), ces mêmes phénomè- lesquels aucun mouvement n’est perceptible.
nes de remodelage cellulaire et fibrillaire se retrouvent au niveau La zone hyaline est éliminée si l’on n’effectue qu’une réacti-
de l’os et du ligament. vation douce.
Élimination de la zone hyaline. Les tissus réagissent à cette
Remaniement tissulaire thérapeutique nouvelle situation en tentant de recréer un équilibre ; l’os est
résorbé, de manière à restaurer un espace desmodontal voisin de
Une dent soumise à une force mécanique réagit biologique- la normale et la zone hyaline est éliminée et réoccupée par des
ment afin de diminuer les contraintes subies. cellules et des vaisseaux.
Les réactions induites aboutissent cliniquement au déplace- Le rétablissement de cette zone va entraîner une perte de
ment de l’organe dentaire. temps dans le mouvement de la dent.
Le mouvement est intimement lié au ligament alvéoloden- En effet, après le déplacement initial, celui-ci ne pourra
taire car les phénomènes de flexion du rebord alvéolodentaire reprendre que lorsque l’os face à la zone hyaline sera totalement
ne peuvent susciter un déplacement à eux seuls. détruit [8, 9] (Fig. 7).
Quels est le système déclenchant ce phénomène ; est-il Résorption osseuse directe. L’élimination de la zone hyaline se
unique, multiple ou s’agit-il d’une synergie ? fait à partir des zones latérales ligamentaires. Deux phases se
La voie est-elle physique, biochimique, physicochimique ? succèdent dans le temps :
• la résorption latérale directe, dans laquelle les ostéoclastes
Effets immédiats (hydropneumatiques) autour de la zone hyaline résorbent la lame criblée ;
L’effet immédiat de l’application d’une force mécanique sur • la résorption frontale directe, qui se produit après destruction
le système dentaire est le rétrécissement desmodontal. de la zone hyaline.
Celui-ci entraîne une compression du tissu conjonctif liga- Résorption osseuse indirecte. Elle consiste en une importante
mentaire, une fuite des fluides des zones en pression et un activité de résorption osseuse en regard de la zone hyaline.
écrasement vasculaire. Dans la mesure où la compression de la zone hyaline empê-
Dès l’application de la force, un déplacement immédiat est che la venue et la formation des ostéoclastes à son niveau,
apparent : l’activité ostéoclastique est reportée à distance du desmodonte
• dans un premier temps, il correspond à un phénomène dans les espaces médullaires, riches en cellules.
hydraulique. On assiste au niveau desmodontal à une com- Les ostéoclastes résorbent le mur alvéolaire, puis la lame
pression des espaces vasculaires avec ischémie. Le ligament criblée, par voie centripète.
est progressivement comprimé le long de la lame criblée d’un À ce stade, le ligament est considérablement élargi et le
côté (responsable de la sensation de douleur à l’activation) et déplacement dentaire peut reprendre.
il est étiré sur l’autre face de l’alvéole ; D’après Fontenelle [10] , le déplacement physiologique de
• dans un deuxième temps, on assiste à une déformation « l’unité dentoparodontale » est rendu possible par la mise en
primaire de l’os alvéolaire. Lors de l’application de la force, la place de ce phénomène de résorption directe.
dent se déplace plus tôt et sur une plus grande distance alors Après la période de hyalinisation et restauration de l’espace
que l’os alvéolaire n’a pas encore commencé son rema- desmodontal, le mécanisme cellulaire s’inverse en présence
niement ; c’est cette différence qui explique la compression d’une force constante. Tout se passe comme si la dent migrait
desmodontale. avec l’ensemble de ses tissus de soutien.

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 5
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Cet artefact est dû à la destruction de l’os alvéolaire et des


fibres de Sharpey.
Toutefois au microscope électronique, la bordure des ostéo-
clastes semble en contact étroit avec la zone de résorption ; des
Di cristaux et des fibres de collagène sont observés entre les
cellules.
L’activation du système vasculaire se manifeste par un
abondant apport sanguin qui fournit beaucoup de cellules
Ri indifférenciées, en partie responsables des changements de
NO
EM restructuration.
La pénétration de capillaires et de vaisseaux sanguins dans la
H zone hyaline semble être le principal facteur de son élimination
EM et du processus de réparation tissulaire.
RLD Les fibres du côté en pression sont totalement reconstituées
LC
AC après disparition des fibres plus anciennes et forment de
nouveaux faisceaux.
D EM
Ceci n’est pas retrouvé du côté en tension où les fibres étirées
AC se reconstituent par le changement de leur fibrilles originales.
AC
Côté en tension
Effets. Les effets du déplacement mécanique initial de la dent
AC dans son alvéole se résument à un élargissement desmodontal
quantitativement égal au rétrécissement du côté opposé.
De ce côté du desmodonte, on observe :
Figure 7. Modification du remaniement osseux lors de l’application
• un élargissement des espaces vasculaires ;
d’une force (d’après [4]). Le déplacement initial (Di, flèche) entraîne
• une orientation générale des structures dans le sens de la
l’apparition d’une zone hyaline (H) dans le desmodonte (D). À la périphé-
traction.
rie a lieu une résorption latérale directe (RLD) de la lame cribriforme (LC) ;
Réactions. Elles sont très proches de celles observées du côté
dans les espaces médullaires (EM) apparaît une résorption ostéoclastique
en pression, mais de sens opposé.
indirecte (Ri) au niveau de la zone hyaline, induite par une nécrose
Quant au résultat osseux à long terme, la différence essen-
ostéocytaire (NO). À distance, les espaces médullaires réagissent à la
tielle consiste en une latence beaucoup plus faible des réactions
résorption directe par une apposition de compensation (AC).
cellulaires.
Les cellules mésenchymateuses indifférenciées produites au
Fontenelle [10] parle de régime permanent pour lequel trois cours de ces nombreuses mitoses vont se différencier et
conditions sont nécessaires : empruntent la voie ostéoblastique sans omettre une importante
• conditions mécaniques : application de forces légères pour production de fibroblastes.
éviter la formation de nouvelle hyalinisation et permettre la Orientation de la balance osseuse
résorption osseuse ;
• conditions anatomiques : présence d’un parodonte sain et L’intensité des contraintes transmises à l’os différencie la
complet ; balance osseuse négative de la balance positive.
• contrôle de l’inflammation (Fig. 8). La résorption ostéoclastique y précède l’apposition selon une
Reconstruction. Après élimination de la zone hyaline, une séquence ARIF.
nouvelle couche de cément et d’os alvéolaire se dépose et sert Le cycle ARIF est alors orienté soit vers une apposition, soit
d’ancrage aux fibrilles de collagène néoformées. vers une résorption osseuse :
Dans la résorption directe, le ligament est élargi sur le côté en • quand la contrainte est nulle, la balance osseuse s’oriente vers
pression de façon à laisser la place à une importante activité la résorption.
cellulaire et à la prolifération de structures vasculaires. • pour une valeur moyenne de l’intensité, on a une stimulation
Quelques heures après l’application d’une force horizontale ostéogénique et donc une apposition osseuse.
de l’ordre de 30 à 100 g sur une prémolaire, une chaîne • pas de stimulation ou une stimulation excessive aboutissent
d’ostéoclastes est visible sur le mur alvéolaire, attachée à la paroi à une résorption osseuse.
« comme des abeilles dans la ruche ». L’os alvéolaire ne réagit pas au sens ou à la nature de la
Au microscope optique, on voit souvent une zone claire qui contrainte qu’il reçoit en termes de pression ou de tension. Il
sépare les cellules résorbantes de l’os. réagit uniquement à l’intensité de la contrainte.

l 5
nt rée
ceme
Dépla 4

Hyalinisation 3
Repos 2
Déplacement initial
0 1
Application
de la force

H H

0 1 2 3 4 5
Figure 8. Correspondance entre la courbe de déplacement et les différents stades morphologiques de la réaction osseuse (d’après [4]). H : hyalinisation.

6 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

De la force orthodontique à la réponse cellulaire indirectement par l’intermédiaire des cellules de voisinage
comme les monocytes, macrophages, lymphocytes et
L’application d’une force orthodontique se transmet à l’os fibroblastes.
alvéolaire sous-jacent. Les cytokines incluent :
Les nombreux ostéocytes de la matrice extracellulaire, • les interleukines (IL-1a, IL-1b, IL-6, IL-8) ;
communiquent les uns avec les autres par des connexions ainsi • tumor necrosis factor (TNF);
qu’avec les ostéoblastes situés au niveau de la surface osseuse. • growth factor (GF).
La contrainte mécanique déforme la cellule et son cytosque- Interleukines. L’IL-8 est une cytokine puissante, préinflamma-
lette, qui est connecté à la membrane plasmique et à la matrice toire, qui joue un rôle clé dans l’activation des neutrophiles
extracellulaire par des filaments [11, 12]. pendant l’inflammation.
Le changement initial dans la structure du cytosquelette serait Elle est sécrétée principalement par les monocytes et consi-
responsable du signal de transduction, qui va se propager grâce dérée comme indispensable dans la régulation de la résorption
à différentes connexions existantes entre cellule-matrice et osseuse de l’os alvéolaire pendant le mouvement dentaire [21].
cellule-cellule [13]. L’IL-1b est aussi un médiateur important dans le mécanisme
Les intégrines, en tant que molécules faisant partie de de résorption osseuse et induit la prolifération des ostéoclastes.
l’adhésion participent à la transduction du message. Elle agit en synergie avec TNF-a [22].
Leur rôle est de réguler l’interaction cellule-cellule et Tumor necrosis factor. TNF-a stimule la résorption osseuse et la
cellule-matrice. multiplication des cellules osseuses.
Elles transmettent aussi des signaux de l’environnement L’ostéoprotégérine (OPG) et RANKL jouent tous deux un rôle
extracellulaire vers le milieu intracellulaire. important dans le remaniement osseux [18].
L’expression du gène de l’intégrine dans le noyau, et les RANKL et sRANKL ont pour effet une activation de la forma-
modifications de la protéine transcriptase dans le cytoplasme, tion des ostéoclastes et un rôle dans leur maturation.
semblent réguler le mécanisme de transcription intérieur/ L’augmentation de RANKL et sRANKL stimule le recrutement
extérieur. de l’activité des ostéoclastes et induit résorption osseuse et perte
L’ostéopontine (OPN) de par sa structure (glycoprotéine d’os.
phosphorylée) indique aussi une fonction potentielle à l’atta- L’OPG est produite par les ostéoblastes et représente un
chement ainsi qu’un rôle de signal transmenbranaire [14]. facteur clé dans l’inhibition de la différenciation des
La sécrétion d’ostéopontine dans le fluide gingival est ostéoclastes.
proportionnelle à l’augmentation de la force mécanique [13]. Kobayashi et al. [23] ont trouvé qu’une force mécanique côté
En dehors de ce rôle de transduction, la force entraîne aussi tension engendre une augmentation marquée de l’expression de
des phénomènes de tensions intra- et extracellulaires qui l’ARNm d’OPG dans les cellules étirées avec perte simultanée
activent les canaux ioniques de la membrane et stimulent les des ostéoclastes.
échanges ioniques, en particulier ceux des ions Ca++, qui jouent L’expression d’OPG joue un rôle antagoniste par rapport à
un rôle important dans les phénomènes électriques. RANKL et diminue la résorption osseuse.
Enfin, le signal mécanique peut entraîner une compression La régulation de la synthèse d’OPG et l’expression de RANKL
entraînent l’activation ou l’inactivation des ostéoclastes.
des terminaisons afférentes qui réagissent par la libération des
neurotransmetteurs. Growth factor. IGF (insulin like growth factor) et IGF BP (binding
protein) : le rapport IGF1/IGF BP3 est impliqué dans la régula-
Ces dernières jouent un rôle dans la migration extravasculaire
tion biologique des structures périodontales et des cellules
des macrophages et monocytes. Ils s’associent également aux
osseuses [24].
cytokines dans les réactions inflammatoires initialisées par les
Lors de traitement orthodontique, IGF1 augmente après
forces mécaniques.
4 heures d’application de forces mécaniques pendant que
Réactions inflammatoires lors du déplacement dentaire IGF BP3 diminue dans le fluide gingival [25].
et médiateurs de l’inflammation Rh VEGF (recombinant human vascular endothelial growth
factor) : l’administration locale de Rh VEGF en même temps que
Le déplacement dentaire initial engendre une réaction l’application d’une force orthodontique augmente le nombre
inflammatoire aiguë caractérisée par une vasodilatation pério- d’ostéoclastes et l’amplitude du mouvement dentaire.
dontale et la migration de leucocytes hors des capillaires du À l’inverse, l’administration d’anti-VEGF réduit de manière
ligament desmodontal [15]. significative le nombre d’ostéoclastes et inhibe de ce fait
Les forces orthodontiques, même légères, peuvent modifier le l’amplitude du déplacement et la récidive.
niveau des médiateurs inflammatoires du tissu périodontal. Le Cet anticorps pourrait être utile comme moyen d’ancrage et
mécanisme de résorption osseuse peut être rattaché à la libéra- s’opposer à la récidive post-thérapeutique [26, 27].
tion de ces médiateurs comme les prostaglandines (PG) et les Il semble que les cytokines ne se contentent pas d’un rôle
cytokines. dans la résorption, mais peuvent aussi agir sur le remodelage
Prostaglandines. De nombreuses études ont montré que la osseux [28, 29].
résorption osseuse côté pression était régulée par les prostaglan- Certains auteurs pensent que les ostéoblastes régulent l’acti-
dines, spécialement par la PGE2. vité des ostéoclastes à travers la libération de cytokines [30].
Elles sont produites par les ostéoblastes mais sont des
stimulateurs potentiels de la résorption osseuse [16, 17]. Enzymes protéolytiques
Elles sont capables de stimuler la formation de cellules Pendant l’inflammation gingivale initialisée par la force
multinucléées comme les ostéoclastes grâce à certains facteurs orthodontique, un deuxième phénomène se met en place : la
comme les colony stimulating factors (CSF), les receptor activator of libération d’enzymes qui participent au déplacement dentaire.
nuclear factor KB ligand (RANKL) et l’ostéoprotégérine (OPG). Lactate déshydrogénase (LDH). La LDH est une enzyme
Cependant des études ont montré que les prostaglandines limitée au cytoplasme et qui n’est libérée à l’extérieur des
peuvent avoir des effets anaboliques et cataboliques face au cellules qu’après mort cellulaire.
stress développé par ces forces mécaniques [18]. Des études ont montré que l’augmentation de la LDH dans
PGE2 peut donc agir comme un puissant stimulateur de la le fluide gingival est fortement corrélée avec l’inflammation
résorption, aussi bien que de la formation osseuse. La différence gingivale.
entre ces deux activités est due à la concentration locale en Lors du traitement orthodontique le taux de LDH est plus
PGE2 [19, 20]. élevé sur la dent déplacée surtout côté pression [31].
Cytokines. Les cytokines jouent un rôle biologique essentiel Phosphatase alcaline. Les phosphatases alcalines sont
dans le remodelage osseux. Elles sont sécrétées par les leucocytes normalement libérées dans les tissus extracellulaires lors de
et peuvent interagir directement avec les cellules osseuses et maladie parodontale ou de mort cellulaire.

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 7
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Lors du traitement orthodontique, le pic d’activité enzymati-


Activation
que se produit le 14 e jour après le début du déplacement
dentaire suivi d’une chute du taux de phosphatase alcaline. Inhibition
Cette enzyme pourrait être un indicateur des changements Cellule
biologiques et biochimiques du turn-over de l’os et de ce fait de
l’amplitude du mouvement dentaire [32].
Cathepsine B (CAB). C’est une protéase cystéine lysosomiale. Plasminogen activator latent (t-PA, u-PA)
Elle pourrait être impliquée dans la formation de lacunes de
résorption par l’intermédiaire de la dégradation intra- et
extracellulaire du collagène. Elle participe aussi au catabolisme
de la matrice osseuse organique au niveau du périodonte. Le
Plasminogen activator inhibitor
niveau de CAB augmente avec le mouvement dentaire, cette
(PAI)
élévation peut être associée à la destruction de la matrice
extracellulaire en réponse au mécanisme de stress [33]. Plasminogène
Plasminogen activator (PA). Les PA forment une partie du
complexe enzymatique et sont impliqués dans la fibrolyse. Ils [Link] actif
transforment le plasminogène en plasmine qui est non seule- [Link] actif
ment responsable de la dégradation de la fibrine mais peut aussi
transformer la collagénase latente en collagénase active. Métalloprotéinases
latentes Plasmine
Le plasminogène peut être activé soit par urokinase-type
plasminogen activator (u-PA) soit par tissue-type plasminogen
activator (t-PA) [34].
Ces réactions catalytiques se produisent au niveau de la
membrane plasmique (u-PA) ou au niveau de la zone fibrinaire
(t-PA). Métalloprotéinases
actives
La plasmine résultante activée peut à son tour dégrader une
grande partie du substrat y compris les macromolécules de la
matrice extracellulaire et de la fibrine.
Les activités de la plasmine et de sa protéinase sont régulées
au niveau extracellulaire par de nombreux inhibiteurs comme
a2 macroglobulin, a proteinase inhibitor, a antiplasmin, plasminogen Dégradation de
activator inhibitor-1 (PAI-1) et plasminogen activator inhibitor-2 la matrice
(PAI-2)... extracellulaire
Pendant le déplacement dentaire orthodontique on note une Figure 9. Plasminogen activator [34].
augmentation du taux de t-PA et PAI-2 dans le fluide gingival.
Ces résultats peuvent signifier que t-PA et PAI-2 seraient
impliqués dans la dégradation de la matrice extracellulaire, en Quel est le pouvoir de réparation de l’organisme face à une
réponse au stress mécanique engendré [34] (Fig. 9) (Tableau 2). telle agression ?

Perte d’attache
Remaniements tissulaires pathologiques
Zachrisson et Alnaes [35, 36] observent 2 ans après la fin du
Le déplacement dentaire provoqué s’accompagne d’effets traitement une perte d’attache moyenne de 0,41 mm alors que
iatrogènes plus ou moins réversibles, plus ou moins sévères pour le groupe témoin n’accuse que 0,11 mm de perte d’attache.
la santé parodontale. Ces résultats sont confirmés par l’étude de Batenhorst et
On peut se poser la question du pouvoir pathogène de la al. [37] en 1974, dont le but est d’évaluer les réactions parodon-
zone hyaline et de l’envahissement du parodonte par les cellules tales du repositionnement vestibulaire des incisives mandibulai-
responsables du remodelage tissulaire. res chez deux singes Rhésus après 8 mois de contention.

Tableau 2.
Les médiateurs du déplacement dentaire provoqué.
Synthétisé par Rôle Nom Synergie Antagoniste
PGE2 Ostéoblastes Résorption ou formation Prostaglandine OPG
osseuse RANKL
IL-8 Monocytes Activation des neutrophiles Interleukines
IL-1b Stimule la résorption osseuse TNF-a
TNF-a Stimule la résorption osseuse
OPG Ostéoblastes Diminue la résorption osseuse Ostéoprotégérine RANKL
RANKL Stimule la résorption osseuse Receptor activator of nuclear OPG
factor K ligand
IGF-1 Régule le remodelage osseux Insuline like growth factor
Rh VEGF Stimule la résorption osseuse Recombinant human vascular Anti-VEG
endothelial growth factor
LDH Libérée par apoptose Rôle dans l’inflammation Lactate déshydrogénase
cellulaire
Phosphatase Alcaline Libérée par apoptose Rôle dans l’inflammation Phosphatase alcaline
cellulaire
CAB Dégradation de la matrice Cathepsine B
osseuse organique
PA Dégradation de la matrice Plasminogen activator
extracellulaire

8 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

Ainsi, ils observent, à la fin de leurs travaux que : Histologiquement, il a été retrouvé des déhiscences et des
• la gencive se déplace avec la dent ; fenestrations osseuses au niveau des corticales externes et
• l’attache épithéliale se positionne beaucoup plus apicalement internes qui n’avaient pas été diagnostiquées précédemment.
au niveau des faces vestibulaires des dents traitées par rapport Les résultats présentés dans cette étude illustrent la com-
aux dents témoins. plexité des réponses tissulaires parodontales qui peuvent être
Pearson [38] met également en évidence la présence de induites par une thérapeutique multibague de « routine » avec
récessions gingivales significatives au niveau des dents des modifications histologiques variables selon le type de
déplacées. mouvement dentaire et la structure de l’os.
Klar [39] rapporte qu’il a retrouvé plus de problèmes mucogin- Dans le cas d’une translation mésiale des molaires maxillaires,
givaux (42,5 %) chez un groupe de patients traités par ortho- le processus de résorption osseuse est plus prononcé au niveau
dontie et examinés 5 ans après la fin du traitement par de la racine mésiovestibulaire qu’au niveau de la racine
comparaison avec le groupe contrôle à occlusion convenable distovestibulaire.
(12,5 %). Au niveau de la racine palatine de la première molaire
En dehors d’une étiologie inflammatoire liée à un manque maxillaire (qui migre beaucoup moins que les racines vestibu-
d’hygiène, la cause de ces phénomènes est à rechercher dans : laires au cours du déplacement provoqué), on distingue une
• la composante inflammatoire du déplacement dentaire qui régénération osseuse recouverte par un périoste riche en
augmente avec l’intensité des forces ; ostéoblastes.
• les traumatismes occlusaux ponctuels et momentanés qui De plus, une restauration cémentaire importante apparaît
accompagnent le traitement orthodontique. dans les zones de pression des racines palatines, compensant
Direction du mouvement. Dorfman [40] montre des modifi- d’éventuelles résorptions radiculaires.
cations gingivales évidentes dans un pourcentage réduit de cas Sur modèle expérimental, Wehrbein et al. [43] ont montré
qui peuvent être corrélées avec la direction du mouvement. qu’un os alvéolaire atrophié peut subir une reconstruction
1,3 % des cas présente une diminution de la gencive attachée partielle en regard d’une dent déplacée en translation. Cepen-
en relation avec un repositionnement vestibulaire de l’incisive. dant, cette reconstruction dépend de la vitesse du mouvement.
0,69 % des cas présente une augmentation de la gencive
kératinisée en relation avec un repositionnement lingual de Fentes et fissures gingivales
l’incisive. Il s’agit de défauts mucogingivaux de type invaginations qui
Pour Dorfman [40], la quantité de gencive attachée initiale est apparaissent dans les zones de fermeture d’espaces d’extractions.
en rapport direct avec l’état gingival post-thérapeutique. Elles seraient dues à une vitesse de déplacement trop rapide
Importance de l’état parodontal initial. Selon Coatoam et par rapport aux phénomènes de remodelage tissulaire.
al. [41] : La plupart des auteurs observent une disparition spontanée
• les dents possédant une hauteur de gencive kératinisée avec le temps de ces fissures.
inférieure à 2 mm avant le traitement, présentent à la fin de
celui-ci une augmentation de cette gencive dans 67,8 % des Résorption radiculaire
cas ;
Le traitement d’orthodontie à lui seul ne suffit pas à expli-
• pour les dents possédant une gencive attachée supérieure à
quer l’apparition de résorptions radiculaires dont l’étiologie est
2 mm au départ, cette augmentation n’apparaît que dans
multifactorielle.
44 % des cas ;
La rhizalyse orthodontique est le fait de terrains particuliers,
• les dents dépourvues de gencive kératinisée conservent leur
de facteurs systémiques, de déficiences constitutionnelles.
faible potentiel gingival sans augmentation de la quantité.
Force employée
Perte d’os alvéolaire
Intensité. Si la force est légère, seul le cément est atteint, si
Selon Sjolien et Zachrisson [42], puis Zachrisson [35] et Wehr- elle est lourde, la dentine peut être également intéressée.
bein [43], les patients traités par orthodontie présentent une Rythme d’application. Biologiquement les forces continues
perte d’os alvéolaire significativement plus importante sont plus néfastes que les forces intermittentes qui permettent
(0,88 mm) par rapport au groupe contrôle (0,11 mm). une alternance très régulière de périodes d’activité et de repos.
Les mesures sont réalisées à l’aide de radiographies bite-wings. L’augmentation de la durée d’application d’une force engen-
La plus grande perte d’os est notée dans les zones d’extraction, dre des résorptions supérieures à la normale.
particulièrement au niveau de la zone en pression de la dent Type de déplacement. L’ensemble des auteurs admet que les
déplacée. mouvements les plus iatrogènes sont la version et le « va-et-
Cependant, Kloehn et Pfeifer [44], Polson et Reed [45], à l’aide vient » qui exercent de fortes pressions sur des zones radiculai-
de radiographies pré- et postopératoires chez un groupe de res limitées.
sujets traités par orthodontie, ne mettent en évidence aucune Wehrbein et al. [43] notent des résorptions radiculaires
destruction osseuse. importantes au niveau de l’apex lors des mouvements
Polson et Reed [45] apportent deux explications à la discor- d’ingression.
dance des résultats avec les premières études :
• le choix de la méthode de détermination de la hauteur Quelle force utiliser ?
alvéolaire ;
• la présence de résorption radiculaire qui peut fausser les À la lueur des effets iatrogènes observés lors de déplacements
résultats. dentaires, on peut se poser la question sur l’intensité de la force
Markostamou [46] montre qu’au niveau périosté on observe à utiliser pour éviter ces phénomènes, et si les forces utilisées
une apposition osseuse compensatrice de la résorption osseuse précédemment dans les traitements orthodontiques ne sont pas
directe, uniquement avec des forces légères. trop lourdes.
En revanche, avec des forces lourdes, la résorption au niveau
parodontal est plus rapide que l’apposition osseuse d’où Force et pression
l’apparition de phénomènes de fenestrations. La force développée par un système mécanique se transmet à
Ainsi, Wehrbein et Fuhrmann [43] mettent en doute les la dent et à sa zone de soutien.
résultats des autres études basées sur des données radiographi- Le remaniement tissulaire engendré est fonction de la surface
ques et cliniques. radiculaire, alvéolaire et ligamentaire concernée.
Ces auteurs dissèquent le maxillaire d’une jeune femme de Donc, la réponse biologique dépend davantage de la notion
19 ans traitée par un appareillage multibague de type Edgewise. de pression que de la notion de force.
Une étude histologique de la pièce anatomique a été menée. P = F/S
Les résultats histologiques sont beaucoup plus prononcés que (P : pression ; F : force exercée ; S : surface radiculaire
les radiographies ne le suggéraient. desmodontale).

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 9
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Tableau 3.
Valeur de la force optimale orthodontique selon les auteurs. Vitesse (v)
Expérimentation chez l’homme. M
Auteur Année P (KPa) F (cN) Dent
Storey et Smith 1952 10-17 150-250 13/23
Reitan 1960 2-10 40-140 14/24
Lee 1964 10-17 150-200 13/23
Hixon et al. 1969 30-100 300-100 13/23
Jarabak et Fizzel 1972 7-11 105-570 13/23
Quinn et Yoshikawa 1988 7-14 100-200 13/23
Lee 1995 17-18 255-273 13/23
Kuros et al. 1996 30-100 13/23
Owman-Moll et al. 1996 5-20 50-200 14/24
Intensité de la force
Uematsu et al. 1996 250 13/23
Iwaski et al. 2000 4-13 18-50 13/23 O Seuil Force (F) optimale
Lee 2004 100 13/23 Figure 10. Force optimale [6].

Hoshino-Itho et al. 2005 250 13/23


Tuncer et al. 2005 90 33/43
Tableau 4.
Perinetti et al. 2005 250 16/26 [6].
Estimation des forces à utiliser selon le type de déplacement désiré
Batra et al. 2006 100 13/23
Sugiyama et al. 2003 250 13/23 Type de déplacement Forces
Version 50-75 g
Gression 100-150 g
Pour Markostamou [46]
« l’évaluation de la réponse histophy- Redressement radiculaire 75-125 g
siologique aux pressions exercées est très difficile à déterminer Rotation 50-75 g
étant donné qu’elle dépend de plusieurs facteurs ». Égression 50-75 g
Facteurs personnels : Ingression 15-25 g
• longueur et forme des racines ;
• métabolisme local et général ;
• type facial et force occlusale (ces dernières sont diminuées de Proffit [51] donne de la force optimale une définition à visée
moitié chez un adulte hyperdivergent). plus physiologique car, selon lui : « la force optimale devrait être
Les conditions physiologiques : juste suffisante pour stimuler l’activité cellulaire sans oblitérer
• turn-over tissulaire ; les vaisseaux sanguins du ligament ».
• âge du sujet ; Il a établi un tableau des forces à appliquer à la dent en
• sexe de l’individu. fonction du type de mouvement désiré (Tableau 4). Ce tableau
Les conditions anatomiques : met en évidence, deux notions :
• position de la dent ; • d’une part la notion de force légère puisque aucune force
• densité osseuse ; exercée n’est supérieure à 150 g ;
• santé parodontale. • d’autre part il montre que la force optimale à développer
Le type de mouvement : version, gression, ingression... varie en fonction de la surface de pression mise en jeu par les
Ainsi, une même force peut entraîner une pression légère s’il différents types de mouvements.
s’agit d’un mouvement en gression (surface radiculaire concer- C’est donc la notion de pression qui prévaut dans la traduc-
née importante) et une pression importante pour un mouve- tion biomécanique du déplacement dentaire.
ment d’ingression.
Cependant, dans les expérimentations menées chez l’homme Force et rythme d’application
au cours de ces dernières années il n’existe pas de consensus sur
l’intensité des forces à utiliser (Tableau 3). Existe-t-il des différences sur la vitesse de déplacement
Il faut toutefois noter que Kurol [47] et Owman-Moll [48, 49] dentaire entre rythme continu et rythme intermittent ?
observent une hyalinisation dans 60 % des cas avec des forces Lee et al. [52] ne notent aucune différence significative, chez
de 50 cN. l’homme, au cours de la rétraction canine.
La présence d’une zone hyaline signe une dégénérescence des Mais selon Gibson et al. [53] le déplacement de la dent obtenu
tissus non vascularisés car la pression est trop forte et la par des forces intermittentes représente 75 % de celui observé
vascularisation rendue impossible. avec des forces continues.
Ces résultats confortent la valeur moyenne de pression émise Histologiquement Van Leeuwen et al. [54] mettent en évidence
par Schwartz [50] inférieure à 2,6 KPa (26 g/cm2) de manière à que le choix du rythme d’application de la force influence la
ne pas oblitérer les vaisseaux sanguins et se rapprocher le plus durée de la phase de hyalinisation (plus longue avec des forces
possible des forces physiologiques du déplacement dentaire. continues).
Au-delà de la durée, des variations peuvent exister en fonc-
Force optimale tion du rythme circadien d’application de la force.
Dans le Tableau 5, ces résultats indiquent qu’une force
Elle pourrait permettre d’obtenir la plus grande vitesse de intermittente appliquée pendant la période de repos (le jour
déplacement dentaire sans dommage irréversible des racines, de chez le rat) peut être plus effective que pendant la période
l’os alvéolaire et du ligament périodontal. d’activité.
La force est donc optimale quand le rapport v/F l’est aussi [6] Selon Igarashi et al. [55, 56], transposé à l’homme, le mouve-
(Fig. 10). ment dentaire le plus efficient devrait se produire la nuit,
Ce rapport v optimale/F optimale s’exprime quand OM est pendant sa période de repos.
tangente à la courbe. Différents facteurs peuvent expliquer ces variations :
Cette zone optimale précéderait légèrement le seuil à partir • interférences dues aux forces masticatoires le jour ;
duquel commenceraient les phénomènes de hyalinisation. • fluctuation du rythme hormonal ;
De même, cette courbe présente un seuil qui correspond à • corticostérone ;
l’intensité juste suffisante pour commencer à déplacer la dent. • hormones parathyroïdiennes ;

10 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

Tableau 5.
Expérience chez le rat. Igarashi et al. [55] et Miyoshi et al. [56].
Base
F continue F intermittente F intermittente
(jour) (nuit) Gorge

Mouvement Identique Identique Plot


dentaire
Hyalinisation ++ +–
Résorption ++ +–
osseuse
Apposition ++ +–
osseuse

Arc
• hormone somatotrope dont la sécrétion est accrue en début Ligature
de nuit et dont le rôle est d’accélérer la prolifération d’osté-
oblastes [57] chez l’homme ;
• turn-over de l’os alvéolaire humain plus important la nuit
que le jour. Figure 11. Bracket Edwegise standard.
Toutefois, la biomécanique orthodontique fait plus souvent
appel à des forces légères et continues qu’à des forces
intermittentes.
Ces dernières ne sont utilisées qu’en adjuvant pour renforcer
l’ancrage (forces directionnelles).
Les forces extraorales (FEO) classiques (FEO, masque de
DELAIRE) sont appliquées de manière discontinue pendant la
période de repos de l’enfant, mais la force développée est
qualifiée d’orthopédique ou lourde pour stimuler ou freiner la
croissance chez l’enfant.

■ Mécanique du déplacement
dentaire et force légère
Le déplacement dentaire va être réalisé grâce à un système
orthodontique comprenant une attache ou « bracket » et un arc, Figure 12. Bracket de Begg [6].

l’ensemble constituant un système mécanique permettant


l’application d’une force sur une ou plusieurs dents. Un autre
élément important est la ligature, métallique ou élastomérique, Les arcs rectangulaires sont façonnés sur le chant et s’insèrent
qui maintient l’arc dans la gorge du bracket. Des accessoires par leur bord le plus étroit dans la lumière du bracket. Ce type
intra- et extraoraux peuvent être ajoutés. Le but de ce système d’attachement constitue la grande majorité des brackets
est d’arriver à créer une force optimale d’un point de vue (Fig. 11).
histologique pour permettre le déplacement dentaire désiré.
Attachements de type Begg et leur évolution en « tip-edge »
Système orthodontique Tous les attachements sont dits unipoints car ils n’assurent
qu’une liaison ponctuelle entre le verrou et l’arc, sauf au niveau
Attachement [6, 58-61] molaire où l’arc se place dans un tube. Le fil s’insère verticale-
ment dans le sens collet-cuspide. La gorge est très courte dans
Un des premiers attachements fut développé par Angle en
le sens mésiodistal et la fixation spécifique par une clavette en
1915, avec un appareillage appelé le Ribbon Arch, permettant
laiton ou lockpin maintient l’arc dans la gorge du bracket et
de fixer l’arc aux bagues grâce à un système appelé « bracket ».
permet la libre version ou le glissement de la dent le long de
Celui-ci possède une gorge verticale à ouverture occlusale dans
l’arc (Fig. 12).
laquelle se fait l’insertion d’un arc rectangulaire façonné sur le
La technique de Begg n’utilise que des fils ronds et les degrés
plat.
de liberté de la dent par rapport au fil peuvent être réduits par
Améliorant ce système, Angle présenta en 1925 un nouveau
l’utilisation de lockpins spécifiques. Des accessoires de redresse-
bracket dont le grand axe de la gorge est orienté perpendiculai-
ment, de rotation et de torque peuvent être rajoutés au cours
rement aux faces vestibulaires des dents.
des différentes phases du traitement.
L’arc rectangulaire s’insère dans la gorge par le petit côté ou
Le tip edge est l’évolution du Begg en arc droit. Des arcs
chant. Il lui donna le nom d’Edgewise.
rectangulaires peuvent être utilisés et le bracket a une forme
Attachement de type Edgewise telle que les informations sont incorporées peu à peu au fur et
à mesure du redressement de la dent.
C’est un bloc métallique, dans lequel est usinée une gorge
permettant l’insertion horizontale d’un fil ou arc. La forme de Autres attachements
la gorge est rectangulaire et l’arc inséré est de section ronde,
Des attachements à gorge verticale sont encore employés. On
carrée ou rectangulaire, de taille inférieure ou égale à la gorge.
les retrouve principalement dans certaines techniques linguales.
L’attachement est fixé à la dent par sa base, soit directement par
De nombreux brackets autoligaturants font leur apparition
collage, soit par le biais d’une bague sur laquelle est soudé le
sur le marché depuis une dizaine d’années. Certains sont dits
bracket. La bague est scellée au niveau de la couronne de la
actifs, d’autres passifs. Ils participent à l’expression de la notion
dent. Autour de la gorge, 2, 4 ou 6 plots vont permettre de fixer
de force légère.
l’arc dans la gorge du bracket au moyen de ligatures métalliques
ou élastomériques.
Arc [6, 58-66]
Il existe essentiellement deux tailles de gorges, .018 × .025 et
.022 × .028 inches. Les différentes techniques mises en œuvre Il est constitué d’un fil métallique. C’est le principal moteur
cherchent à exploiter les avantages de chaque taille de gorge. qui va transmettre la force au bracket, lui-même solidarisé à la

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 11
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Domaine élastique : Domaine plastique


Charge ou loi de Hooke

force (g) Intensité a a'


LP Rr optimale
CM
R

d d'
Intensité
liminaire
Rapport
charge/flexion

α
D A D' Activation A'
O FM Flexion Figure 14. Courbes force/activation de deux arcs de modules d’élasti-
ou activation (mm)
cité différents [6].
Figure 13. Courbe charge/flexion.
CM : charge maximale ; FM : force maximale.
Sur ces arcs, on réalise des activations (A et A’) jusqu’à
obtenir l’intensité optimale pour le déplacement de la dent et
dent. Les déplacements dentaires sont induits par la déforma-
on laisse agir. Au fur et à mesure que la dent se déplace, on
tion de l’arc qui reprend sa forme initiale grâce à son élasticité.
observe une diminution de l’intensité de la force, jusqu’à
Propriétés des différents fils orthodontiques atteindre l’intensité liminaire (D et D’) où la force n’est plus
Les fils orthodontiques subissent des contraintes complexes : efficace pour enclencher les phénomènes d’ostéoclasies et le
compression, traction, flexion, torsion. Les expérimentations en déplacement s’arrête.
traction permettent de mettre en valeur les différentes proprié- On en déduit que :
tés mécaniques des alliages que nous utilisons. • lorsque le module de Young est faible, la déformation est
Les principales nous intéressant sont l’élasticité, la plasticité beaucoup plus importante pour obtenir l’intensité optimale et
et la résilience. donc le déplacement obtenu est plus grand ;
Élasticité. C’est la capacité d’un matériau à se déformer sous • l’intensité de la force va, pour ce même arc, diminuer
l’action d’une force extérieure et à retrouver sa forme initiale beaucoup plus doucement, se rapprochant davantage des
lorsque la contrainte s’arrête. Dans un traitement multibague, caractéristiques d’une force continue. De plus, le contrôle de
les forces orthodontiques trouvent leur origine dans la déforma- l’intensité de la force est plus rigoureux, puisque pour une
tion élastique de l’arc au moment de sa mise en place dans les erreur d’activation faible, la différence d’intensité de la force
brackets. Celui-ci emmagasine une certaine quantité d’énergie appliquée est faible. Dans le cas de module d’élasticité élevé,
qu’il restitue par la suite en émettant une contrainte au niveau la différence est beaucoup plus importante ;
du parodonte des dents concernées. • la quantité d’énergie emmagasinée, correspondant à la surface
Plasticité. C’est la capacité à pouvoir être déformé et à d’D’A’a’ est beaucoup plus importante que pour dDAa.
conserver une déformation acquise après arrêt de la contrainte. Cliniquement, comme de nombreux auteurs le préconisent,
C’est cette propriété qui nous permet de façonner les arcs. le mouvement dentaire optimal est produit par une force
Ces deux premières propriétés sont représentées par la courbe continue entraînant des niveaux de contraintes légers. Ainsi,
contrainte/déformation ou rapport charge/flexion (Fig. 13). pour optimiser le déplacement dentaire le système mécanique
Rapport charge/flexion. Dans la première partie de la nécessite un arc avec un module de Young le plus faible
courbe, jusqu’à la limite (LP), la déformation est proportionnelle possible.
à la contrainte : on est dans les propriétés élastiques du fil. Si la En revanche, pour déplacer une ou plusieurs dents, nous
contrainte cesse, l’échantillon reprend sa forme initiale. La devons nous appuyer sur d’autres dents utilisées comme
relation entre la force appliquée et la déformation obtenue est ancrage. Le contrôle de ces dernières nécessite un système
définie par la loi de Hooke telle que le rapport contrainte/ mécanique avec un arc au module de Young élevé, de telle sorte
déformation soit une constante caractéristique du métal donné, qu’à tout mouvement parasite réponde une force suffisante qui
encore appelé module de Young ou module d’élasticité. La s’y oppose. Il existe donc une certaine contradiction qui
pente de la courbe symbolisée par l’angle a est une propriété complique la réalisation des arcs : l’antinomie dents à déplacer
non modifiable de l’alliage qui traduit la rigidité du matériau et dents d’ancrage.
(l’alliage est d’autant plus rigide que a est important). Les différentes techniques multibagues proposent des étapes
Au-delà d’une valeur appelée limite proportionnelle (LP) ou de traitement codifiées permettant de contourner cette
limite élastique, la courbe s’infléchit : on entre dans les contradiction.
capacités plastiques du fil. La contrainte va en plus de la Généralement, les arcs à faible module d’élasticité sont plutôt
déformation élastique entraîner une déformation permanente. utilisés pour des phases nécessitant des mouvements de grande
Si la contrainte cesse, l’échantillon ne reprend pas sa forme amplitude (nivellement). Les arcs à module élevé sont indiqués
initiale et la limite élastique n’est plus la même. pour des phases nécessitant un contrôle rigoureux des zones
Tout alliage ayant subi une déformation permanente voit sa d’ancrage et pendant les phases de rétraction canine et incisive.
portion linéaire ou zone élastique s’étendre, la limite élastique Pour modifier ce rapport charge/flexion (C/F), plusieurs
augmente mais la pente reste la même. On parle alors d’écrouis- possibilités s’offrent à l’orthodontiste :
sage de l’alliage. • modifier la taille du fil (orthodontie à section variable),
C’est la plasticité de l’alliage qui permet de déformer les arcs sachant que C/F augmente, pour les fils ronds comme le
et de leur donner une forme déterminée avant de les mettre en diamètre à la puissance 4, et pour un fil rectangulaire comme
bouche. Ces capacités plastiques se poursuivent jusqu’à la l’épaisseur à la puissance 3 (Fig. 15) ;
résistance à la rupture (Rr), valeur à partir de laquelle on assiste • modifier la longueur de fil entre les brackets :
à une réduction du diamètre du fil. À ce stade, la déformation C par l’utilisation de brackets plus étroits (augmentation de
augmente même si la contrainte diminue, avant d’aboutir à la la distance interbrackets) ;
rupture R. C par la réalisation de boucles au niveau du fil. La forme, la
Connaissant la force optimale pour un mouvement dentaire position, l’orientation des boucles sont aussi importantes
donné, la difficulté va être de réaliser un système mécanique que la quantité de fil les constituant ;
restituant cette force à la dent de la façon la plus continue • modifier la nature du matériau (orthodontie à module
possible. variable).
Prenons par exemple le cas d’une activation réalisée sur deux Résilience. Pour les Anglo-Saxons, la résilience est la quantité
arcs de modules d’élasticité différents (Fig. 14). d’énergie nécessaire pour déformer un matériau jusqu’à sa limite

12 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

Charge Charge

Acier .018

Multibrin

Acier .016

Monobrin

Niti .018
Flexion
Figure 16. Comparaison des courbes charge/flexion entre un fil mono-
Flexion brin et un multibrin [63].

Figure 15. Courbes charge/flexion de différents types d’arcs [63].

qui se rapprochent du titane en restant relativement économi-


proportionnelle. Elle est représentative de l’énergie que va que et l’arc peut être déformé et individualisé. On distingue les
pouvoir emmagasiner un fil. Cette énergie stockée est représen- fils ronds tressés, coaxiaux et torsadés, et les fils rectangulaires
tée par l’aire limitée par la courbe contrainte/déformation torsadés.
jusqu’à la limite élastique (triangle O – Lp – FM) (Fig. 13). Fil australien. C’est un fil dont la composition est proche de
Autres propriétés des arcs modernes. L’effet mémoire de l’acier avec 71 % de fer, 18,21 % de chrome, 8,9 % de nickel,
forme : c’est une propriété que possèdent certains alliages 1,17 % de manganèse, 0,21 % de molybdène, 0,48 % de
capables de retrouver leur forme initiale après une déformation silicium et des traces de carbone. C’est un fil résilient et
plastique lorsqu’ils sont chauffés à une certaine température. relativement fragile utilisé surtout en technique de Begg. Il tient
Cet effet mémoire de forme a lieu dans un certain domaine de ses propriétés de son écrouissage qui augmente sa limite
température et après des traitements thermiques appropriés. Il élastique mais diminue sa plasticité. Il est commercialisé sous
est lié à la capacité de changement de structure cristalline du quatre formes, du Regular au Spécial + , avec une élasticité
titane qui peut cristalliser suivant deux systèmes : croissante.
• un hexagonal compact stable à basse température caractéri- Alliages à base de cobalt. Le plus connu est l’Elgiloy, alliage
sant la martensite ; constitué de 40 % de cobalt, 20 % de chrome, 15 % de nickel,
• un cubique centré stable à haute température caractérisant 16 % de fer, 7 % de molybdène, 0,15 % de carbone et 0,04 %
l’austénite. de béryllium. C’est un alliage dont les propriétés mécaniques
Les propriétés de l’alliage sont très différentes selon la vont être déterminées par des traitements thermiques. L’alliage
quantité des différentes structures cristallines renfermées. subit une trempe après avoir été chauffé à 1250 °C et le
La martensite apparaît à partir de l’austénite soit : refroidissement rapide donne une limite élastique basse et un fil
• par refroidissement ; si l’alliage subit alors une déformation, très malléable. Un revenu va permettre d’élever la limite
l’énergie emmagasinée est restituée en partie à température élastique. Les fils sont proposés avec différents revenus, plus le
ambiante (effet caoutchoutique) le reste par chauffage revenu est important, plus la limite élastique est élevée.
au-dessus de la température de début de transformation L’Elgiloy rouge est plus rigide que le vert, le jaune et le bleu.
austénitique (effet mémoire de forme) ; Plus il y a de boucles à réaliser, plus on tend à utiliser de
• par contrainte : en appliquant une contrainte à l’alliage en l’Elgiloy bleu. L’arc, une fois façonné, est traité thermiquement.
phase austénitique ; l’énergie emmagasinée est entièrement Ses propriétés sont alors comparables à l’acier.
restituée après suppression de la contrainte (superélasticité). Alliages à base de titane. Les alliages à base de b-titane : le
C’est un peu l’équivalent de l’effet mémoire de forme à plus connu est le TMA (Titane Molybdène Alloy) qui possède
température constante. Après une déformation plastique une rigidité entre l’acier et le nitinol, avec une certaine malléa-
initiale, dès que la contrainte cesse, le matériau retrouve peu bilité, permettant de l’individualiser. Cependant on lui reproche
à peu sa forme d’origine en restituant une force relativement un coefficient de friction élevé. Il existe maintenant des TMA
constante et faible pour une grande amplitude de défor- basse friction dont les propriétés de glissement se rapprochent
mation. de celles de l’acier.
Le principal intérêt de ces arcs, va être leurs propriétés Les alliages à base de nickel et de titane sont des alliages à
élastiques remarquables permettant de réaliser des déformations mémoire de forme. Ces arcs n’ayant qu’une très faible plasticité
très importantes mais réversibles au niveau de ces fils, et leur doivent être préformés et ne peuvent être individualisés.
capacité à restituer des forces d’un niveau relativement faible et
continu malgré l’importance des déformations. Ligatures
Différents alliages utilisés pour les fils en orthodontie Un élément important doit également être pris en compte,
Les alliages à base de fer : ce sont les aciers dont les plus c’est le système qui permet de maintenir l’arc dans le bracket :
courants sont l’acier inoxydable et l’Australien. la ligature.
Acier inoxydable. C’est l’alliage qui a remplacé l’or pour la Deux types de ligatures sont utilisées couramment, métalli-
réalisation des fils orthodontiques. Constitué en moyenne de ques et élastomériques.
18 % de chrome, 8 % de nickel et 0,2 % de carbone, il possède Les ligatures métalliques sont en fil d’acier mou de taille
un module d’élasticité élevé, et donc une rigidité qui favorise .010 le plus souvent, voire .011. Elles ont l’avantage de main-
l’ancrage et le contrôle des dents. Sa plasticité permet de tenir le fil de façon efficace au fond de la gorge du bracket,
déformer le fil, la souplesse étant obtenue soit par réduction de limitant le jeu du fil. Dans les phases nécessitant le glissement
la taille de l’arc, soit par l’ajout de boucles ou en augmentant de l’arc, elles peuvent entraîner une certaine friction responsable
la distance interbracket (bracket uniplot, baguage séquentiel). d’une relative inertie dans les déplacements dentaires. C’est
Le module d’élasticité peut être abaissé en utilisant des fils particulièrement vrai dans les phases de nivellement avec les
multibrins. En effet, la rigidité de l’arc correspond à celle du arcs à mémoire de forme.
brin élémentaire. En les multipliant, on augmente la limite Les ligatures élastomériques sont plus confortables pour le
élastique du fil (Fig. 16). Il en ressort des propriétés élastiques patient, mais présentant une certaine élasticité, elles vont moins

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 13
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Sin a = (Y-E) /L
Y = hauteur du bracket ; E = épaisseur du fil ;
L = largeur du fil ; a = angle entre fil et gorge du bracket.
Technique d’arc droit ou straight wire appliance (SWA)
Cette technique dérive de l’Edgewise standard, et cette fois ce
α ne sont pas les brackets qui lisent les informations incorporées
dans l’arc, mais l’arc qui lit les informations contenues dans les
brackets. La plupart des techniques développées actuellement
sont des SWA. Les informations que l’on retrouve dans les
brackets sont variables selon les auteurs et surtout propres à
chaque technique. Par exemple, en technique de Ricketts, les
informations de torque des incisives maxillaires sont beaucoup
plus importantes que dans les autres techniques car les arcs sont
le plus souvent sous-dimensionnés.
Figure 17. Jeu fil rectangulaire/gorge du bracket. Un des avantages du SWA est de faciliter la réalisation des
arcs qui ne contiennent plus comme information que la forme
d’arcade. Dans les premières phases de nivellement, des arcs à
bien maintenir l’arc dans la gorge du bracket. Elles sont base de nouveaux alliages dont la forme est préfabriquée sont
responsables elles aussi de frottements entraînant une certaine utilisés. Ils présentent un rapport charge/flexion tel qu’une force
inertie du système orthodontique. faible et continue soit restituée aux dents. L’absence de boucles
Ces ligatures ont un rôle dans la biomécanique à partir du améliore le confort du patient et facilite l’hygiène. De plus, les
moment où le système mécanique nécessite un glissement de propriétés des matériaux les plus récents comme l’effet mémoire
l’arc dans le bracket. La friction créée par la ligature est une de forme ou la superélasticité, permettent d’utiliser des arcs de
force dont il faut tenir compte. pleine taille dès les premières phases de traitement. On parle
Les brackets autoligaturants sont une alternative intéressante, d’orthodontie à module variable. Cela pour augmenter le
car les études les concernant montrent une baisse très significa- contrôle des dents, mais pour maîtriser l’axe d’une dent, il faut
tive de ces phénomènes de frottement, ce qui présente un s’appuyer sur d’autres qui subissent elles-mêmes des effets
avantage certain dans certaines phases, comme le nivellement. inverses, souvent parasites. Par exemple, dans une classe II
division 2, la recherche du contrôle de l’axe des incisives
Techniques multibagues [6, 58, 60, 63, 64, 67, 68] centrales se fait aux dépens des incisives latérales qui subissent
un torque inverse, ou des canines si les latérales ne sont pas
Edgewise standard
prises en charge.
On parle d’Edgewise standard pour définir toutes les techni- Un autre avantage de la technique préangulée est de donner
ques qui utilisent des brackets à gorge horizontale usinés tous toujours la même information à la dent, donc de limiter les
de la même façon, c’est-à-dire avec la gorge toujours perpendi- petits mouvements d’aller et retour inévitables lorsque les
culaire à la base du bracket. Seule la forme de la base du bracket informations sont réalisées sur l’arc par le praticien.
diffère pour s’adapter à l’anatomie de la face vestibulaire de la Le SWA a permis également le développement des techniques
dent. en glissement, l’absence d’informations sur l’arc limitant les
Les dents ayant des épaisseurs, des axes et des positions phénomènes de frottement dans toutes les phases du traite-
différents, l’orthodontiste doit ajouter des déformations au ment, en particulier lors du recul canin et de la rétraction
niveau de l’arc (on parle d’informations), qui sont dans le plan incisive.
de l’arc (information de 1er ordre), perpendiculaires au plan de L’inconvénient le plus souvent évoqué en SWA est une
l’arc (information de 2e ordre), ou dans l’axe du fil (information standardisation des informations. En fait, dans les différentes
de 3e ordre). phases, il est très souvent nécessaire d’individualiser et de
Un des problèmes en Edgewise standard, est la reproductibi- rajouter des informations sur l’arc. Certains auteurs proposent
lité des informations données aux arcs. Sans une grande des angulations variables au niveau des brackets correspondant
maîtrise, le changement d’arc favorise des mouvements de « va- à différentes individualisations. On retrouve ainsi des modifica-
et-vient » des dents qui peuvent être nocifs pour les tissus tions des torques incisifs et des secteurs latéraux en fonction des
parodontaux. compensations alvéolodentaires de classe II ou de classe III,
Les arcs utilisés dans cette technique sont principalement des dans les sens antéropostérieur et transversal. La difficulté est de
arcs aciers qui ont pour principales propriétés exploitées par le déterminer en début de traitement les compensations qui seront
praticien : nécessaires en fin de traitement.
• l’élasticité ;
• la plasticité ; Accessoires
• la résilience. Force extraorale, forces directionnelles (FD), tractions inter-
Nous avons vu que d’un point de vue histologique, la force maxillaires (TIM), chaînettes, ressorts... Nous avons à notre
optimale pour déplacer les dents doit être relativement faible et disposition toute une gamme d’accessoires qui nous permettent
continue. de développer des forces sur les dents, forces qui sont de nature
En Edgewise standard, l’absence d’information dans le bracket très différentes selon les systèmes choisis.
oblige normalement à inclure les informations dans le fil, donc Les accessoires extraoraux comme les FEO exercent des forces
à le déformer. C’est pour cela que le plus souvent sont utilisés discontinues plus ou moins fortes selon l’effet recherché : force
des arcs présentant une grande malléabilité, donc de préférence orthodontique ou force orthopédique.
des arcs en acier ou en Elgiloy. Pour obtenir la force la plus Dans l’utilisation de ces appareillages se pose le problème de
légère et la plus continue possible, la seule façon de faire est : l’application de forces intermittentes dont l’intérêt est de
• de modifier le rapport charge/flexion en utilisant des arcs permettre une reprise de la vascularisation qui limite la forma-
aciers multibrins au module d’élasticité plus faible ; tion de zones hyalines. En revanche, il existe une certaine
• en rajoutant de la longueur de fil entre les brackets (largeur latence pour mettre en jeu les phénomènes d’ostéoclasie, et le
bracket diminuée ou uniplot, ajout de boucles) ; temps d’application de la force doit être suffisant pour les
• en modifiant la section du fil (on parle d’orthodontie à enclencher.
section variable [67]). D’autres accessoires très utilisés dans les phases de traitements
Lorsqu’on diminue la section du fil, il existe un jeu entre fil orthodontiques, sont les chaînettes élastomériques et les
et bracket qui entraîne une certaine perte de contrôle de la ressorts. L’observation clinique montre que les chaînettes
dent, surtout au niveau du troisième ordre (Fig. 17). exercent une force discontinue, avec un pic au moment de leur

14 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

mise en place, puis une diminution de la force dans les quel-


ques jours qui suivent. Si les rendez-vous sont mensuels, la
chaînette perd suffisamment en efficacité pour que le déplace-
ment soit ralenti, voire arrêté.
Quant aux ressorts, leur efficacité et la continuité de la force
est proportionnelle à la longueur du ressort mis en place. Il
existe maintenant des ressorts en titane, qui permettent de
s’approcher d’un niveau de force faible et continu.
CR

Force optimale d’un point de vue


mécanique
Base de mécanique [6, 58, 64, 67-69]
Force Figure 18. Application d’une force au niveau du centre de résistance
(CR) et au niveau du bracket.
Le but de l’action orthodontique est de créer une force
optimale pour le déplacement envisagé, donc de contrôler le
centre de rotation de la dent en produisant dans la membrane
périodontale des niveaux de contrainte idéaux et de les main- R F F R
tenir relativement constants pendant tout le déplacement de la
dent.
Le système mécanique transmet des forces aux dents, qui,
grâce aux réactions histologiques, permettent le déplacement
progressif de la (ou des) dent(s). Ce dernier étant très lent, le
mouvement dentaire obtenu peut être considéré comme une
succession d’états d’équilibre.
La force est caractérisée par : d d
• son intensité ;
Figure 19. Déplacements de deux solides identiques après application
• sa ligne d’action ;
d’une force F supérieure à la résistance R.
• sa direction ;
• son point d’application.
centre de résistance. Les forces simples appliquées au niveau du
Centre de résistance bracket ne passent par le centre de résistance que dans certains
cas particuliers. On a donc le plus souvent une force et un
Le centre de résistance d’un solide est le point par lequel, en
moment appliqués au niveau de la dent, entraînant sa version
faisant passer une force quelconque, on obtient une translation
mésiodistale ou vestibulolinguale, ainsi qu’une rotation autour
du solide.
de son grand axe.
La localisation de ce centre de résistance dépend du solide et
Pour distaler une dent, on cherche le plus souvent à réaliser
du milieu dans lequel il est situé. Elle est en revanche indépen-
ce mouvement en translation. Pour cela, soit le point d’appli-
dante du système de force appliqué.
cation de la force est déplacé pour que la ligne d’action passe
Exemples :
par le centre de résistance, soit on ajoute dans notre système
• si une dent est en dehors de son système alvéolaire, le centre
mécanique un couple inverse dont le moment est de même
de résistance se situe à peu près en son milieu ;
intensité que le moment créé par la force. Ces couples inverses
• si la dent est dans son alvéole (milieu hétérogène), son centre
peuvent être appliqués dans le premier ordre sous forme de toe
de résistance est influencé par son environnement parodontal
in ou toe out, dans le deuxième ordre sous forme de tip back et
et osseux qui va résister au déplacement. Il se situe entre la
tip forward, et dans le troisième ordre par le torque. En rajoutant
crête alvéolaire et l’apex.
ces couples inverses, le niveau de contrainte parodontale
La description de sa position a évolué, les auteurs le plaçant
augmente rapidement et il faut en tenir compte lors de la mise
de plus en plus proche de la crête alvéolaire au fur et à mesure
en place de nos systèmes mécaniques.
des études. Burstone le situait d’abord au 2/5 de la racine en
partant de la crête, puis au tiers (1980), une étude de Tanne [69] Notion « d’action-réaction »,
le plaçant au quart. « dent à déplacer-dent d’ancrage » [6, 58, 64, 70, 71]
En fait, ce centre de résistance est difficile à déterminer
précisément, sa position dépendant de la morphologie radicu- Trinôme de De Nevreze
laire, de la hauteur alvéolaire, ainsi que du nombre de dents D’un point de vue mécanique, il faut comprendre qu’à
prises en charge dans le mouvement. chaque action va correspondre une réaction. Pour déplacer un
Lorsque la ligne d’action d’une force appliquée à la dent solide, on lui applique une force F en prenant appui générale-
passe par son centre de résistance, la dent se déplace en ment sur un autre solide. Une résistance R va s’opposer au
translation. déplacement.
Lorsqu’elle ne passe pas par le centre de résistance, la dent va Les déplacements sont différents selon la force, les solides et
alors effectuer une translation mais également une rotation. la résistance des solides (Fig. 19 à 22).
Plus la ligne d’action est éloignée du centre de résistance, plus C’est ce que l’on retrouve dans le « trinôme de De Nevreze » :
la tendance à la rotation augmente pour une même force • RM = résistance mobile = résistance de l’élément à déplacer ;
(Fig. 18). • RS = résistance stabile = résistance de l’ancrage ;
Cette rotation est définie par un moment : M = Fxd (d étant • FM = force motrice.
la distance entre le point d’application de la force et le centre FM < RM < RS : pas de déplacement ;
de résistance). RM < FM < RS : le mobile se déplace, le stabile reste fixe ;
RM < RS < FM : déplacement du mobile et perte d’ancrage.
Centre de rotation D’un point de vue orthodontique, la résistance au déplace-
C’est le point autour duquel la dent effectue le mouvement ment des dents comprend deux composantes :
de rotation. Ce centre de rotation dépend du système de forces • une histologique, avec le seuil à atteindre pour la mise en jeu
appliqué à la dent. Il peut être situé à différents niveaux (au- des réactions histologiques des dents sollicitées par la force,
dessus, en dessous de la dent, entre l’apex et le bord libre). puis leur inertie ;
Dans le système orthodontique, les brackets sont placés au • une mécanique avec les phénomènes de frottement qui
niveau de la face vestibulaire de la couronne, donc loin du peuvent se produire entre l’arc, les brackets et les ligatures.

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 15
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

R F F R Vitesse

Figure 20. Déplacements de deux solides identiques après application Intensité de la force
d’une force F inférieure à la résistance R.
Seuil
Figure 23. Diagramme force/vitesse [6].

R1 F F R2

Vitesse

d/2 d
Figure 21. Déplacements de deux solides différents après application
d’une force F supérieure aux résistances R1 et R2. Intensité de la force

Seuil
Figure 24. Diagramme force/vitesse [6].
R1 F F R2

Vitesse

d
Figure 22. Déplacements de deux solides différents après application
d’une force F inférieure à la résistance R1 et supérieure à la résistance R2.
Intensité de la force
Ceux-ci doivent glisser les uns par rapport aux autres au cours
de certaines phases de traitements. Seuil
Ainsi, lorsque FM < RM < RS, la force est insuffisante pour
vaincre les forces de frottement ou enclencher les phénomènes
Niveau de force idéal Niveau de force idéal
d’ostéoclasie : les dents ne se déplacent pas.
pour la zone d'ancrage pour les dents à déplacer
Lorsque RM < FM < RS, la force est suffisante pour vaincre les
forces de frottement et enclencher les phénomènes d’ostéoclasie Figure 25. Diagramme force/vitesse et niveaux de forces idéaux.
au niveau des dents à déplacer, mais pas sur les dents d’appui :
les dents mobilisées se déplacent, pas la zone d’ancrage.
Lorsque RM < RS < FM, la force est suffisante pour enclencher
Vitesse
les réactions histologiques au niveau des dents à déplacer et des
dents d’appui : la zone d’ancrage se déplace également.
Diagramme force-vitesse
Après application d’une force sur une dent, elle se déplace
(sauf ankylose) si la force est d’intensité suffisante, avec une
vitesse plus ou moins élevée selon l’intensité de la force :
• en dessous d’un certain seuil, la dent ne se déplace pas, la
force étant insuffisante pour déclencher les phénomènes Intensité de la force
d’ostéoclasie ;
Seuil
• au-dessus de ce seuil, la dent se déplace, et la vitesse aug-
mente en même temps que la force ; Figure 26. Diagramme force/vitesse chez de nombreux hyper-
• à partir d’une certaine intensité critique de la force, débutent divergents.
les phénomènes de hyalinisation. La vitesse de déplacement
n’augmente plus avec l’accroissement de la force, voire Ce diagramme force/vitesse est un diagramme idéal. En fait,
théoriquement diminue compte tenu des phénomènes de il faut s’attendre à de nombreuses variations individuelles :
hyalinisation (Fig. 23). • dans certains cas, le seuil d’enclenchement des phénomènes
En fait, il s’agit d’évènements histologiques qui ne se produi- d’ostéoclasie est très faible. Si cela facilite le déplacement, cela
sent pas de façon aussi linéaire (Fig. 24). complique l’ancrage. C’est un peu ce que l’on peut observer
La force optimale pour un déplacement donné va être celle chez certains hyperdivergents (Fig. 26) ;
ayant le meilleur rendement, c’est-à-dire la vitesse la plus rapide • dans d’autres cas, la vitesse maximale est faible et obtenue
en évitant les phénomènes de hyalinisation. Mais il faut par une force relativement légère. C’est ce qu’on peut
prendre en compte la réaction qui va solliciter les dents observer chez certains adultes (Fig. 27) ;
d’ancrage. En effet, si celles-ci ne doivent pas se déplacer, la • dans d’autres cas enfin, le seuil d’enclenchement des phéno-
force doit être suffisamment faible (Fig. 25). mènes d’ostéoclasie est plus important, et une vitesse de

16 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

Tableau 6.
Valeurs d’ancrage selon Jarabak (détermination à partir de données
Vitesse
anatomiques).
1 2 3 4 5 6 7
max 4-5 2-3 8-9 6-7 5-6 9-10 8-9
mand 1 2 7-8 5-6 5-6 10 8-9

Intensité de la force Tableau 7.


Valeurs d’ancrage selon Nabbout (détermination à partir de scanner
Seuil 3D) [70].
Figure 27. Diagramme force/vitesse chez de nombreux adultes.
1 2 3 4 5 6 7
max 2 1,58 2,25 2 2 4 3,5
mand 1 1 2 1,5 2 3,5 3,5
Vitesse

Les forces occlusales sont plus importantes chez un hypodi-


vergent, et ces forces se surajoutent au système mécanique et le
perturbent soit en permettant un meilleur ancrage postérieur,
soit au contraire en favorisant la perte d’ancrage.
Chez l’hyperdivergent, les forces occlusales sont moindres, les
dents sont plus faciles à déplacer, il y a moins d’interférences
Intensité de la force occlusales, en revanche l’ancrage postérieur est de moindre
qualité.
Seuil Mouvements dentaires et consommation d’ancrage. Tous
Figure 28. Diagramme force/vitesse chez de nombreux hypo- les déplacements dentaires que nous devons réaliser nécessitent
divergents. des forces et des systèmes mécaniques différents qui n’ont pas
les mêmes conséquences sur l’ancrage.
Ces différents mouvements peuvent être classés en fonction
déplacement optimale faible est obtenue avec un niveau de de l’énergie nécessaire à leur réalisation, donc de la consomma-
force relativement important. C’est ce qu’on observe dans tion d’ancrage attendue. Par effet croissant, nous classons ces
certains cas d’hypodivergence (Fig. 28). mouvements en :
Égression < rotation < version < translation < ingression
Notion d’ancrage, de préservation d’ancrage, de perte
Ainsi, si sur deux dents de valeur d’ancrage équivalente, on
d’ancrage applique une mécanique de version à l’une et de translation à
Lorsqu’on applique une force sur une dent pour la déplacer, l’autre, le plus grand déplacement est obtenu par la dent
il en résulte une action à son niveau mais également une réalisant la version.
réaction sur le point d’appui. S’il s’agit d’une autre dent ou d’un On peut également s’intéresser au diagramme force/vitesse de
groupe de dents, on parle de dents d’ancrage. En augmentant différents mouvements appliqués à une dent (Fig. 29).
le nombre de dents d’appui, on augmente la valeur de la Renforcement d’ancrage. L’ancrage peut se moduler en
résistance stabile, donc de l’ancrage. Inversement, en diminuant augmentant ou diminuant le nombre de dents dans la résis-
le nombre de dents, on diminue la valeur de la résistance tance stabile, ou en diminuant le nombre de dents à déplacer.
stabile, qui, à partir d’un certain seuil, va se déplacer elle aussi : Exemple : après extraction de la première prémolaire, on
on parle de perte d’ancrage. Ainsi, selon le déplacement désiré : recule la canine puis les incisives, ce qui sollicite moins
augmentation ou perte d’ancrage, on module la valeur de l’ancrage que si on réalisait le recul incisivocanin en masse.
l’ancrage de la partie stabile. Le calcul des mouvements dentaires nécessaires se fait lors de
Notion d’ancrage naturel. La dent : chaque dent opposant l’établissement de nos plans de traitement, en fonction de nos
une résistance au déplacement, elle présente une certaine valeur objectifs. Ceci permet de déterminer la perte d’ancrage ou au
d’ancrage. Compte tenu des différences anatomiques, ces contraire sa préservation, pour les arcades maxillaires et
valeurs sont variables. mandibulaires.
De nombreux auteurs ont calculé ces valeurs en fonction de Différents dispositifs mécaniques vont nous permettre de
l’anatomie radiculaire pour chaque type de dent, les plus créer et renforcer l’ancrage.
connues étant celles établies par Jarabak (Tableau 6). Grâce à la différence de comportement entre os compact et os
Ces valeurs ont été reprises par Nabbout et al. [70] et recalcu- spongieux. Au niveau de l’os compact, il y a peu de cellules et
lées à partir du volume moyen de la surface radiculaire obtenu cet os est beaucoup plus lent à réagir aux phénomènes histolo-
à partir de scanners 3D (Tableau 7). giques. La dent y est plus difficile à déplacer que dans l’os
Le muscle : la musculature intervient dans l’ancrage, ce qui spongieux riche en cellules. Des techniques multibagues
explique les différences observées lors des déplacements dentai- utilisent ces propriétés pour renforcer l’ancrage, plaçant certai-
res chez l’hypodivergent et l’hyperdivergent. nes dents contre les corticales. Par exemple, au niveau des 16 et

Vitesse

Égression
Version
Intensité de la force Ingression

Seuils
Figure 29. Diagramme force/vitesse en fonction de différents mouvements appliqués à une même dent.

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 17
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Figure 30. Nivellement d’une prémolaire et effets parasites sur les dents d’appui.

26, en réalisant une distorotation, la racine mésiovestibulaire va On peut également moduler le diamètre du fil en l’augmen-
venir au contact de la corticale externe, rendant plus difficile tant, passer d’une section ronde à carrée puis rectangulaire, ce
par la suite les mouvements de mésiogression de ces dents. Le qui accroît peu à peu le contrôle des dents, et donc le niveau
même phénomène se produit pour les molaires mandibulaires, de force exercée au niveau du parodonte (orthodontie à section
en plaçant la racine mésiale contre la corticale externe et la variable).
racine distale contre la corticale interne. En SWA, il est possible de modifier progressivement les
Remarque : inversement, les dents à déplacer doivent être modules d’élasticité en changeant les matériaux de l’arc (ortho-
éloignées des corticales. dontie à module variable).
Par des structures non dentaires intrabuccales. Si une molaire
La plupart des auteurs préconisent d’utiliser un niveau de
maxillaire est sollicitée par une force postéroantérieure, elle a
force très faible, puis de l’augmenter peu à peu pour limiter les
tendance à tourner autour de sa racine palatine. En solidarisant
phénomènes de hyalinisation. Cependant, une étude récente de
cette dent avec son homologue par un arc palatin, la dent ne
von Böhl et al. [72, 73] sur le chien, concernant le déplacement
peut plus tourner et elle se déplace plus difficilement (mouve-
ment de gression), ce qui permet un renforcement de l’ancrage. dentaire avec des forces légères, montre que les phénomènes de
Ce dernier peut également être réalisé avec un arc lingual. hyalinisation apparaissent non seulement au début de l’activa-
D’autres dispositifs permettent de prendre des appuis tion mais également tout au long du déplacement.
muqueux comme un arc de Nance, ou de se servir des forces Effets parasites au cours du nivellement
musculaires comme un lip bumper.
Les minivis sont également un nouveau moyen d’ancrage mis Chaque dent au cours de cette phase induit sur les dents
à notre disposition. d’appui, des forces de réaction opposées. Souvent ces effets
Par des structures extraorales. Les FEO antéropostérieures parasites inévitables peuvent entraîner des mouvements de « va-
peuvent être utilisées au maxillaire comme renfort d’ancrage au et-vient » au niveau des dents, préjudiciables d’un point de vue
niveau des secteurs postérieurs, ou des FEO postéroantérieures parodontal.
comme renfort d’ancrage de la zone antérieure dans les Dans le cas du nivellement d’une prémolaire en palatoposi-
classes III. tion (Fig. 30), la mise en place d’un arc titane entraîne la
Les forces directionnelles qui s’appliquent en général aux vestibulisation de cette prémolaire, mais les deux dents d’appui
dents antérieures, peuvent servir, soit de force motrice, soit de réalisent un mouvement inverse responsable d’une contraction
renforcement d’ancrage. de cette zone d’arcade. Des systèmes permettent de limiter ces
effets parasites, comme la mise en place d’un transpalatin qui
Biomécanique au cours des principales bloque la molaire et empêche les mouvements de
phases d’un traitement multibague [6, 59, 63, 64, « va-et-vient ».
70, 72-74] Certains auteurs prétendent qu’en mettant en place des arcs
full size dès le début du nivellement, ils augmentent le contrôle
Nous nous intéressons principalement aux phases classiques des dents, particulièrement en intégrant la totalité des informa-
d’un traitement multibague, au cours desquelles se pose le tions de torque. Cependant, un torque appliqué à une dent est
problème des forces mises en jeu, et aux moyens mis en œuvre responsable d’un torque opposé sur les dents voisines. Dans le
pour obtenir une force mécaniquement et parodontalement cas d’une classe II division 2, la recherche du contrôle de l’axe
acceptable. des incisives centrales se fait aux dépens des incisives latérales
qui subissent un torque inverse, ou des canines si les latérales
Nivellement
ne sont pas prises en charge.
En orthodontie, il consiste à aligner la gorge des différents
brackets. Cette phase est généralement la première d’un traite- Ingression et levée de la supraclusion
ment multibague. Le nivellement réalise la correction des axes Lorsqu’on ingresse une ou plusieurs dents, la réaction se fait
dentaires, des rotations et des malpositions au sein de l’arcade, sur les dents d’ancrage, entraînant une égression, d’autant plus
ainsi que la réduction de la courbe de Spee. importante que le niveau de force nécessaire pour ce mouve-
Il peut être sectoriel pour limiter les effets parasites dans
ment parasite est faible. C’est une situation que l’on retrouve au
certaines zones.
cours de la levée de la supraclusion maxillaire. Pour favoriser
C’est au cours de cette première phase que sont enclenchés
l’ingression, il est souvent nécessaire de rajouter des systèmes de
les phénomènes histologiques responsables du déplacement
dentaire. La plupart des auteurs s’accordent à dire que ces forces renforcement d’ancrage comme par exemple :
doivent être d’un niveau le plus bas possible pour éviter les • des forces directionnelles ;
phénomènes de hyalinisation. • recherche de l’appui occlusal des dents des secteurs latéraux
En Edgewise standard, lorsque l’acier est utilisé, pour abaisser (soumises aux forces occlusales qui s’opposent à l’égression de
le niveau de force, on augmente la longueur du fil entre les ces dents) ;
brackets en rajoutant des boucles, ou en faisant le choix de • des minivis.
bracket le plus étroit possible, voire uniplot, ceci permettant Ces mouvements d’ingression sont des mouvements difficiles
d’augmenter la distance, donc la longueur de fil entre les à réaliser. Ils sont donc d’importants consommateurs d’ancrage,
brackets. car le niveau de force utilisé pour permettre l’ingression d’une

18 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

dent est important. De plus, ces pressions parodontales en Après l’extraction des premières prémolaires au maxillaire, le
rapport avec un niveau de surface radiculaire faible, pourraient recul de la canine en prenant appui sur les deuxièmes prémo-
expliquer de nombreuses résorptions radiculaires. laires, les premières et deuxièmes molaires, donne une valeur de
En conclusion, au cours du nivellement, il convient de bien RS de 25 contre 9 pour la RM constituée par la canine. Compte
analyser les forces que l’on va mettre en jeu lors de la mise en tenu de ces valeurs, on peut mathématiquement s’attendre à
place de l’arc, de prévoir les effets parasites auxquels on doit une perte d’ancrage de 9/25 soit 36 %, ce qui pour un espace
s’attendre, afin de compléter et d’ajuster nos dispositifs pour de 8 mm nous donne 2,88 mm. Lors du recul incisif, la RS est
limiter ces derniers. de 34 et la RM est de 8, ce qui donne 23 % de perte d’ancrage
sur l’espace restant, soit 1,2 mm. La perte d’ancrage totale est
Rétraction canine de 4,08 mm, soit à peu près la moitié de l’espace d’extraction.
Pour le même cas, mais avec un recul en masse incisivocanin,
C’est une phase commune à beaucoup de techniques, mais
la RS est de 25, la RM est de 17, la perte d’ancrage est de 68 %
qui n’est pas systématique. Dans certains cas, la rétraction
soit de 5,44 mm.
canine se fait en même temps que celle des incisives. La grande
De même, en faisant le calcul avec les valeurs d’ancrage de
difficulté au cours de cette phase est le contrôle de l’axe de cette
Nabbout et al. [70] nous obtenons un résultat similaire avec une
dent, qui a naturellement tendance à se verser et à faire une
perte d’ancrage de 3,62 mm dans le cas de recul canin puis des
distorotation lorsqu’on applique une force distalante sur son
incisives, et de 4,9 mm lors du recul en masse.
bracket, alors que l’on recherche un mouvement le plus proche
Donc dans les cas d’ancrage délicat, on préfère décomposer
possible d’une translation mésiodistale.
cette phase, en recul de la canine puis rétraction des incisives
Il faut distinguer la rétraction en glissement et avec boucles.
car l’ancrage doit être renforcé.
En glissement En technique de Begg, la fermeture des espaces se fait en
masse d’une façon particulière. Dans un premier temps, une
En technique Edgewise, on utilise un arc continu et les forces
distalantes sont appliquées aux canines par le biais de chaînettes force distalante simple va permettre de reculer en version le
élastomériques, de ressort, de FD... La force étant appliquée sur bloc incisivocanin en laissant les dents se verser. Les attaches
le bracket, au fur et à mesure que les mouvements parasites étant punctiformes, il n’y a pas de composante verticale
apparaissent, des couples de forces, opposés à la version et à la parasite. Puis des accessoires de redressement sont mis en place
rotation, se mettent en place en raison de la modification permettant la correction progressive des axes dentaires dans les
d’orientation du bracket par rapport à l’arc. Ce phénomène va sens mésiodistal et vestibulolingual. Un des intérêts décrits par
également augmenter le niveau de friction qui, s’il est mal Begg est la possibilité d’utiliser des forces plus faibles.
contrôlé, va favoriser le blocage du recul canin. L’augmentation
de la traction distalante pour lutter contre la friction amène Rétraction incisive
rapidement les contraintes parodontales à un niveau pathogène
La difficulté de cette phase est le contrôle de l’axe des
et sollicite l’ancrage des dents postérieures.
incisives, particulièrement au niveau maxillaire. Elles ont
Pour limiter le niveau de friction, il est nécessaire d’utiliser
naturellement tendance à se verser à cause de la composante
des arcs sous-dimensionnés. Classiquement, le recul est réalisé
distalante du système mécanique, alors que seul un mouvement
en .018 ou en .017 × .022 avec des gorges de brackets de .018 ×
en translation est recherché.
.025, et en .020 ou .019 ×.025 voire .020 ×.025 avec des gorges
Cette phase utilise soit des arcs à boucles, soit des arcs
de .022 × .028. Si cette technique favorise le glissement, il existe
continus dans les techniques en glissement.
une certaine perte d’informations donc de contrôle des dents.
Pour y remédier des informations peuvent être ajoutées sur l’arc Arcs à boucles
ou incorporées dans les brackets, anticipant ainsi certains
mouvements parasites. Elles se réalisent classiquement entre canine et incisive
Les mouvements parasites de distoversion peuvent être latérale. Le principe est le même en standard ou en préangulé.
limités en rajoutant un accessoire type power arm qui rapproche L’activation de ces boucles fait apparaître une composante
la ligne d’action de la force du centre de résistance de la dent. distalante au niveau des couronnes des incisives, responsable
Le mouvement parasite de rotation se corrige par la pose d’un d’une linguoversion ou palatoversion. Pour obtenir un mouve-
bouton lingual permettant la mise en place d’une force qui ment en translation, il convient d’ajouter un couple au niveau
s’oppose à cette rotation. En revanche, le niveau de contraintes des brackets des incisives, par l’intermédiaire de l’arc.
augmente d’autant, et il convient d’abaisser la force en vestibu- En Edgewise standard, ce couple est intégré grâce à des
laire pour ne pas atteindre un niveau de force iatrogène. déformations de 3e ordre, sous forme de torque radiculolingual
ou radiculopalatin.
Arc à boucles En SWA, ces informations sont déjà intégrées aux brackets.
Le recul canin avec des arcs à boucles s’utilise en particulier Si un arc full size est mis en place, il transmet alors un couple
dans la technique de Ricketts. Les arcs sont sous-dimensionnés radiculopalatin qui augmente au fur et à mesure que les dents
(.016 × .016 ou .016 × .022 dans des gorges de .018 × .025) pour se palatoversent ou se lingoversent. Rapidement le couple lié à
abaisser le niveau de forces, et des informations avec 45° de toe la composante distalante et le couple engendré par l’arc
in et 45° de tip back sont incorporées pour lutter contre les rectangulaire dans les verrous préangulés s’annulent. Il ne reste
mouvements parasites. que la composante distalante, le mouvement se faisant alors en
translation.
Recul en masse Au cours de cette phase, la recherche du contrôle des axes des
Dans les cas de recul en masse des incisives et canines, le incisives augmente le niveau des forces utilisées et rapidement
niveau de force est plus important, et l’ancrage est davantage les valeurs de contraintes parodontales sont élevées.
sollicité. L’activation de la boucle doit être suffisamment légère (de
Le recul de la canine dans un premier temps puis des incisi- l’ordre du mm) pour rester à un niveau de force parodontale-
ves dans un deuxième temps, sollicite-t-il plus l’ancrage que le ment acceptable.
recul en masse incisivocanin ? Un autre problème est lié à la diminution rapide de la force
Là-dessus, les avis sont partagés. Cependant, en se référant distalante lors de la fermeture de la boucle. Il est donc difficile
aux valeurs du tableau de Jarabak, on peut chercher à comparer de rester à un niveau de force faible et continu.
les valeurs d’ancrage des résistances stabile et mobile dans les Le véritable mouvement obtenu est une petite version suivie
deux cas. du redressement de la dent, et ceci à chaque activation.

Odontologie/Orthopédie dentofaciale 19
23-490-B-10 ¶ Biomécanique orthodontique et notion de force légère

Un autre élément à prendre en compte est l’orientation


initiale des incisives. Normalement, après le nivellement, les
axes dans le sens vestibulolingual ou vestibulopalatin sont
corrigés. En pratique, il peut manquer, ou inversement, y avoir
trop de torque incisif. Si ce dernier est insuffisant, la correction
des axes des incisives au moment de la rétraction augmente
rapidement le niveau de force, et sollicite particulièrement
l’ancrage. Inversement, dans le cas où le torque incisif est trop
important, le recul peut être fait avec des arcs sous-
dimensionnés abaissant le niveau de force et sollicitant d’autant
moins l’ancrage.

En glissement B
Le recul des incisives en glissement ne peut se faire qu’en A
technique préangulée. En effet, l’arc devant glisser dans les Figure 31. Bracket autoligaturant passif en position d’ouverture (A) et
lumières des brackets, aucune information/déformation du fil ne de fermeture (B).
doit gêner ce glissement, au risque de bloquer le système.
Généralement, des arcs sous-dimensionnés sont utilisés pour
favoriser le glissement dans les secteurs latéraux entraînant une
perte de contrôle des axes des incisives. Il est souvent nécessaire Gingival Crochet
de rajouter du torque sur le fil à leur niveau. boule
Autre moyen à notre disposition : les arcs bidimensionnels. Lingual pour
La partie antérieure du fil est full size pour favoriser le contrôle élastique
des axes incisifs, et le reste est sous-dimensionné pour permettre
le glissement dans les secteurs latéraux. Une autre possibilité est Rainure
Grille
de réduire la taille de la gorge des brackets des incisives pour d'accès
micro
faciliter leur contrôle. Ainsi, les techniques bidimensionnelles pour
rétentive
utilisent des brackets en .018 × .025 au niveau des incisives instrument
base de
d'ouverture
pour un meilleur contrôle et des brackets en .022 × .028 dans collage
les secteurs latéraux pour un meilleur glissement, l’arc utilisé Rainure
étant d’une taille de .018 × .025. d'engagement
Adaptateur
L’intérêt de ces techniques en glissement est de mettre en de l'arc
«in-out»
place des forces plus continues que dans le cas des arcs à (.018 ou
.022 inch)
boucles dans toutes les phases de fermeture d’espaces. L’ajout de Rainure
potence pour modifier les points d’application des forces va auxiliaire Clip
permettre de rapprocher leur ligne d’action du centre de horizontale élastique
résistance des dents. .016 inch

■ Évolution [71, 75-78]


Occlusal Labial
Figure 32. Bracket autoligaturant actif.
Minivis
Elles représentent d’abord un moyen de renfort d’ancrage
intéressant. De plus, elles permettent de rapprocher la ligne
d’action des forces des centres de résistance des dents dans de Dans les brackets actifs, le système de fermeture de la gorge
nombreuses phases de traitement, et ainsi de limiter les effets du bracket est un ressort qui va appuyer sur l’arc le mettant peu
parasites. L’utilisation de ressorts en titane placés entre la à peu dans le fond de la gorge du bracket (Fig. 32). L’intérêt est
d’abaisser le niveau de force lors de la mise en place des
minivis et les dents à déplacer permet d’obtenir un niveau de
premiers arcs, puisqu’ils ne lisent les informations dans la gorge
force presque constant et ainsi de se rapprocher d’une force
du bracket que progressivement.
optimale.
En outre, ils facilitent l’hygiène, la mise en place et le retrait
des arcs. Ils favorisent le glissement de l’arc dans la gorge du
bracket, raccourcissant et simplifiant les premières phases de
Brackets autoligaturants traitement, particulièrement le nivellement.
Les techniques en glissement sont en pleine évolution avec la De plus, le niveau de force serait tellement faible que les
mise au point des brackets autoligaturants. Les premiers sont forces physiologiques des joues et des lèvres joueraient le rôle
apparus vers 1971, développés par Wildman avec le boîtier de lip bumper limitant les phénomènes d’expansion.
Edgelock, améliorés ensuite par Sander avec le Mobil Lock. Un autre intérêt des autoligaturants est de réduire au mini-
mum les forces de frottement, l’intensité de la force développée
Ces systèmes se sont perfectionnés, et depuis une dizaine
pouvant être juste suffisante pour activer la composante
d’années connaissent un certain succès. De nouveaux modèles
biologique. Le déplacement dentaire est ainsi optimisé. Ces
apparaissent régulièrement sur le marché, parmi lesquels on forces faibles permettraient des phénomènes d’apposition-
distingue les brackets autoligaturants passifs et les brackets résorption périostée favorables à une expansion des arcades.
autoligaturants actifs. Mais les études à long terme manquent dans ce domaine.
Dans les brackets passifs, le système de fermeture va transfor- En revanche, dans les zones stabiles, les frottements et la
mer la gorge du bracket en tube (Fig. 31). L’arc étant libre dans friction participant à l’ancrage, le contrôle devient moins aisé.
le tube, les phénomènes de frottement sont diminués. La Le système idéal serait un bracket du type autoligaturant pour
composante mécanique de résistance au déplacement est favoriser le glissement au niveau des dents à déplacer, et dans
considérablement réduite, facilitant ainsi les différents mouve- lequel l’arc pourrait également être « verrouillé » dans les zones
ments dentaires. d’ancrage. Un bracket se rapproche de ces caractéristiques, le

20 Odontologie/Orthopédie dentofaciale
Biomécanique orthodontique et notion de force légère ¶ 23-490-B-10

Ces différentes composantes du système mécanique arc-


bracket-moyen de liaison tendent toutes à diminuer les forces
de frottement, facilitant ainsi la mise en œuvre des mouve-
ments désirés.
Ainsi, la traduction biomécanique de ces améliorations
pourrait engendrer au niveau dentaire et parodontal des forces
optimales, dont l’intensité tend à se rapprocher de celle
développée lors du déplacement dentaire physiologique.

■ Références
A B
[1] Ten Cate AR, Deporter DA, Freeman E. The role of the periodontal
Figure 33. Boîtier Mobil Lock en position d’ouverture (A) et de ferme- ligament during physiological movement. Am J Orthod Dentofac
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Mobil Lock, qui est un boîtier qui a été développé par l’Univer- of root resorption and homeostatic mechanism of the periodontal liga-
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qui, ouvert, autorise la mise en place de l’arc, et fermé, permet resorption. Birmingham: EBSCO Modic; 1988. p. 9-21.
de réaliser un blocage progressif de ce dernier (Fig. 33). La gorge [3] MelcherAM. Repair of wounds in the periodontium of the rat: influence
du bracket peut varier entre .016 et .022 inches en hauteur of the periodontal ligament on osteogenesis. Arch Oral Biol 1970;15:
selon le degré de fermeture du verrou. Dans la position de 1183-204.
blocage minimal, il existe un jeu entre l’arc et la gorge favori- [4] Baron R. Histophysiologie des réactions tissulaires au cours du dépla-
sant le glissement comme dans un bracket autoligaturant cement orthodontique. In: Château M, editor. Orthopédie dentofaciale.
classique. En revanche, en blocage maximal, l’arc ne peut plus Tome 1: Bases fondamentales. Paris: Prélat; 1975. p. 328-64.
du tout glisser dans la gorge du bracket. [5] Baron R. Remaniement de l’os alvéolaire au cours du déplacement
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c’est-à-dire sans information, rendant son utilisation difficile 309-28.
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Biomécanique orthodontique et notion de « forces légères ». EMC
Corticotomie (Elsevier Masson SAS, Paris), Odontologie, 23-493-B-10, 1997 : 21p.
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C’est une technique relativement ancienne, mais qui, grâce à Biophysique du déplacement dentaire orthodontique. Orthod Fr 1996;
de nouveaux protocoles, est remise au goût du jour. Un lam- 67:63-72.
beau muqueux met à nu la corticale de l’os alvéolaire dans [8] Reitan K. The initial tissue reaction incident to orthodontic movement
laquelle sont réalisés de légers pertuis entre les racines dentaires. as related to the influence of function. Acta Odontol Scand 1951;
Avec cette technique on observe une augmentation du catabo- 6(suppl):1-49.
lisme du remodelage de l’os alvéolaire. Le déplacement se fait [9] Reitan K. Clinical and histologic observation on tooth movement
dans un environnement hypervascularisé avec des échanges during and after orthodontic treatment. Am J Orthod 1967;53:721-45.
cellulaires et métaboliques potentialisés. Il y a moins de [10] Fontenelle A. Une exception parodontale du mouvement dentaire pro-
résistance au déplacement. Les expériences chez l’animal voqué : évidences cliniques. Rev Orthop Dentofac 1982;16:37-53.
montrent des déplacements dentaires au moins deux fois plus [11] Calvalho RS, Bumann A, Schwarzer C, Scott E, Yen EH. A molecular
rapides. Le recul est encore insuffisant pour en parler de façon mechanism of integrin regulation from bone cells stimulation by
plus approfondie chez l’homme. orthodontic forces. Eur J Orthod 1996;18:227-35.
[12] Carvalho RS, Buman A, Scott JE, Yen E. La contrainte mécanique
■ Conclusion stimule l’adaptation in vitro du cytosquelette de cellules humaines
d’ostéosarcome TE-85. Rev Orthop Dentofacial 1996;30:91-108.
En orthodontie, la notion de « forces légères » semble faire [13] Liu D, Vandahl BB, Birkelund S, Nielsen LB, Melsen B. Secretion of
l’unanimité des auteurs pour réaliser le déplacement dentaire, le osteopontin from MG-63 cells under a physiological level of
plus rapide et le moins iatrogène. mechanical strain in vitro-[35S] incorporation approach. Eur J Orthod
L’évolution technologique a permis de mettre au point des 2004;26:143-9.
fils orthodontiques dont les qualités propres permettent de [14] Kido J, Nakamura T, Asahara Y, Sawa T, Kohri K, Nagata T.
développer des forces « dites légères ». Osteopontin in gingival crevicular fluid. J Periodontal Res 2001;36:
Les techniques orthodontiques ont elles-mêmes progressé 328-33.
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EP4) in bone resorption: an analysis using specific agonists for the
respective Eps. Endocrinology 2000;141:1554-9.
Déplacement dentaire optimisé : [17] Samoto H, Shimizu E, Matsuda-Honjyo Y, Saito R, Nakao S,
• initialiser le mouvement par des forces légères (50 à Yamazaki M, et al. Prostaglandin E2 stimulates bone sialoprotein (BSP)
expression through cAMP and fibroblast growth factor 2 response
150 cN) ;
elements in the proximal promoter of the rat BSP gene. J Biol Chem
• conserver au cours du déplacement un niveau de force 2003;278:28659-67.
d’intensité faible et constante ; [18] Tang L, Lin Z, Li YM. Effects of different magnitudes of mechanical
• privilégier les techniques en glissement pour les strain on Osteoblasts in vitro. Biochem Biophys Res Commun 2006;
déplacements importants ; 344:122-8.
• individualiser les forces employées en fonction des [19] Mitsui N, Suzuki N, Maeno M, Mayahara K, Yanagisawa M, Otsuka K,
objectifs de traitement et des facteurs physiologiques et al. Optimal compressive force induces bone formation via increasing
individuels. bone sialoprotein and prostaglandin E2 production appropriately. Life
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D. Dorignac ([Link]@[Link]).
E. Bardinet.
C. Bazert.
N. Devert.
A. Diongue A.
A.-M. Duhart.
Section orthopédie dento-faciale, UFR d’odontologie-Université Victor-Ségalen Bordeaux 2, 16-20, cours de la Marne, 33076 Bordeaux cedex, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Dorignac D., Bardinet E., Bazert C., Devert N., Diongue A A., Duhart A.-M. Biomécanique orthodontique
et notion de force légère. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Odontologie/Orthopédie dentofaciale, 23-490-B-10, 2008.

Disponibles sur [Link]


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