Le Mal
Intro :
En 1870, la guerre entre La France et la Prusse fait rage et Rimbaud dans ses premiers poèmes
rassemblés dans Les Cahiers De Douai, fustige la figure de l’empereur, la violence de la guerre et
l’indifférence complaisante de l’Eglise dans plusieurs de ses poèmes. « Le Mal » sonnet rédigé en
octobre 1870 est composé d’une seule phrase coupée par une parenthèse, les deux quatrains étant deux
propositions circonstancielles et les tercets, la principale. Il lie ainsi la violence des combats et le
pouvoir politique et surtout religieux. Nous pourrons donc nous demander comment Rimbaud parvient
à dénoncer dans ce sonnet la guerre et l’attitude du pouvoir politique et surtout religieux. Dans les
vers 1 à 6 Rimbaud dresse un tableau effrayant des combats, puis dans les vers 7 et 8 il apostrophe
dans une parenthèse la nature en établissant un contraste avec l’indifférence coupable de l’église qu’il
décrira dans les vers 9 à 14.
Vers 1 à 6 : un tableau effrayant des combats
Premier quatrain
Un environnement effrayant
V1 et 2 : les armes remplacent les hommes : « mitraille » personnification
Métaphore : « crachats rouges » : balles , sang des blessures , mépris…
Présence incessante du bruit : sifflent tout le jour + allitération en cr, tr (ensemble du quatrain)
Contraste : « infini du ciel bleu » à la rime avec feu
Des couleurs très parlantes : Place de l’adj « rouges » en opp avec « bleu »
Des hommes présents mais à l’humanité niée : déshumanisation inhérente à la guerre
V 3 et 4 : « écarlates ou verts » adj de couleur désignent les soldats à travers leur uniforme,
« bataillons et en masse » pluriel et indistinction croissante.
Destruction : « croulent » en tête de vers , « feu » : dernier mot du quatrain et évocation de l’enfer
L’indifférence de pouvoir politique
Position du Roi : complément « près du Roi » le vers est séparé en deux hémistiches l’un pour les
soldats réduits à des uniformes et l’autre pour le Roi avec une majuscule : mépris pour ce qu’ils vivent
Subordonnée relative : qui les raille : mépris apparent de plus à la rime avec mitraille
Deuxième quatrain : vers 5 et 6
Violence extrême de la guerre
Déraison : « folie épouvantable » pour désigner la guerre qui est le sujet de la proposition
Hyperbole de la destruction et de la négation de l’humanité
Gradation : destruction « broie » + place à la fin du vers
déshumanisation « cent milliers d’hommes » et « tas fumant »
Ccl partielle : Rimbaud a donc peint ici une scène de guerre dans un registre épique pour montrer la
violence de cette folie et dénoncer l’indifférence et le mépris du pouvoir.
Vers 7 et 8 : Une parenthèse qui assure la transition et donne une place importante à la nature
au sens large
Compassion à l’égard des soldats : « pauvres morts » : phrase exclamative et adj « pauvres » ,
« morts » leur redonne une humanité : opp avec « tas »
Contraste du calme de la nature avec la folie de la guerre : énumération v7
Apostrophe à la nature
V8 lien avec v6 reprise du verbe « faire » et « saintement »l’adverbe annonce la critique de l’attitude
de l’église et l’utilisation du terme hommes : la structure de la phrase reprend la construction des
prières
Ccl partielle : Cette parenthèse adressée à la nature permet de faire ressortir l’horreur de la guerre
et de mettre en lumière l’indifférence de l’Eglise qui sera développée dans les deux tercets.
Vers 9 à 13 : l’indifférence coupable de l’Eglise
Rappel : il s’agit de la principale , les deux quatrains étant des propositions subordonnées
circonstancielles introduites par tandis que qui marquent à la fois le temps et l’opposition .
Un Dieu moins divin qu’il ne devrait
Déterminant article indéfini « un »
Sujet de verbes évoquant des activités humaines : « rit, s’endort, se réveille »
Une attitude indifférente et méprisante à l’égard des soldats et de leur famille
La proposition subordonnée relative « qui rit » fait écho à « qui raille »
Place de « s’endort et se réveille » : fin et début de strophes + Contraste avec les mères : « ramassées
dans l’angoisse , pleurant »
« Le bercement des hosannah » : cf les mères
La richesse ostentatoire de l’Eglise face à la pauvreté des mères
Enumération v9 et 10 avec mise en évidence de termes évoquant la richesse : damassées, grands , d’or
… antithèse avec « un gros sou lié dans leur mouchoir »
Opp « hosannah et un gros sou » : insensible à la prière mais sensible à l’argent
Contraste avec le front
vue : couleur or ( le noir est réservé aux mères et au deuil )
Sons : « bercement des hosannah » + assonances en « en , an, on »
Odeur : encens
CCL partielle : Rimbaud critique ici l’attitude de l’Eglise qui ne se préoccupe que de l’argent au lieu
de compatir à la souffrance des soldats et des mères .
Conclusion : Rimbaud dans ce poème utilise pleinement les ressources du sonnet et notamment sa
construction en quatrains et en tercets pour dénoncer l’horreur de la guerre mais surtout l’attitude de
l’Eglise. Le contraste entre le fracas de la guerre et l’assoupissement de Dieu est flagrant. Plusieurs
poèmes dans les Cahiers de Douai dénoncent la guerre mais souvent de manière ironique comme
« Morts de Quatre-vingt douze » ou « L’éclatante victoire de Sarrebruck », où Rimbaud met davantage
l’accent sur la caricature de Napoléon III.