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Quels enjeux liés à l’arrivée d’investisseurs agro-

industriels étrangers en République du Congo ? Contexte


agricole et foncier
Mélanie Favrot, Elisabeth Dorier
Dans Natures Sciences Sociétés 2016/4 (Vol. 24), pages 334 à 346
Éditions EDP Sciences
ISSN 1240-1307
DOI 10.1051/nss/2017001
© EDP Sciences | Téléchargé le 13/12/2023 sur www.cairn.info (IP: 102.129.81.75)

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Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016) Disponible en ligne sur :
© NSS-Dialogues, EDP Sciences 2017 www.nss-journal.org Natures
DOI: 10.1051/nss/2017001
S ciences
S ociétés

Dossier « Réaffectations du foncier : régulation étatique,


investissements privés et initiatives citoyennes »
Dossier

Quels enjeux liés à l’arrivée d’investisseurs agro-industriels


étrangers en République du Congo ? Contexte agricole
et foncier
Mélanie Favrot1, Elisabeth Dorier1
1
Géographe, Aix Marseille Univ, IRD, LPED, Marseille, France

Mots-clés : Résumé – À l’heure où l’agriculture familiale est présentée par les institutions internationales comme le
agrobusiness ; meilleur moyen pour garantir les sécurités alimentaire et foncière, il convient de discuter des enjeux
République du Congo ; relatifs à l’arrivée d’agro-industriels étrangers investissant dans le foncier agricole en Afrique
sécurité alimentaire ; subsaharienne. Pour cela, nous revenons dans un premier temps sur les situations agricole et alimentaire
réforme foncière de la République du Congo. Ces situations justifient, selon le gouvernement congolais, le choix de faire
appel aux investisseurs privés étrangers pour diversifier, grâce à l’agriculture, une économie de rente
pétrolière. L’objectif du gouvernement est de diminuer la facture alimentaire et essayer d’assurer la
sécurité alimentaire du pays. Dans une seconde partie, nous revenons sur l’étude de la réforme foncière.
En effet, l’arrivée d’investisseurs étrangers sur des terres agricoles interroge sur l’accès à la terre, la
stratégie du gouvernement pour les attirer et la sécurité des propriétaires fonciers coutumiers.

Keywords: Abstract – What issues do the arrival of foreign agribusiness investors in the Republic of Congo raise
agribusiness; for the agricultural and land situation? At a time when international organizations view family farming
Republic of Congo; as the best way to ensure food and land security, issues related to the arrival of foreign agribusiness
food security; investors in farmland in sub-Saharan Africa need to be examined. In this paper we focus on the case of
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land law reform the Republic of Congo. First we studied the country’s agricultural and food situation, which according to
the Congolese government justifies their decision to appeal to private foreign investors in order to
diversify a rent economy based on oil through agricultural development and hence to cut down the food
bill and attempt to ensure the country’s food security. The second part of the study examines the land
law reform. The arrival of foreign investors in farmland raises the issues of access to land, the
government's strategy for attracting them and the safety of customary landowners.

La sécurité alimentaire en Afrique : quel


rôle pour l’agrobusiness1 ? 1 Ces travaux sont menés au sein de l'axe TRAMES du LPED,

AMU-IRD par le Pr E. Dorier, qui étudie les évolutions de la


Depuis 2005, une importante fluctuation des prix des République du Congo depuis 1985, et par M. Favrot dans le
denrées alimentaires de base, particulièrement à la cadre de sa thèse de doctorat de géographie en cours (« Inves-
hausse pour les céréales et les oléagineux, est observée tissements fonciers étrangers en Afrique, accaparement ou fac-
par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et teur de développement ? Les paradoxes de la République du
l’alimentation (FAO, 2011) : « Entre 2005 et 2008, les prix Congo », co-direction par E. Dorier et L. Cambrézy).

Auteur correspondant : M. Favrot, [email protected]


Voir dans ce numéro les autres contributions au dossier « Réaffectations du foncier : régulation étatique, investissements privés et
initiatives citoyennes ».

Article publié par EDP Sciences


M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016) 335

mondiaux des produits alimentaires de base ont atteint duction et de distribution traditionnelles sont remplacées
leur plus haut niveau depuis 30 ans. » Des pays fortement par des réseaux mieux planifiés et mieux coordonnés
dépendants des importations alimentaires se sont retrou- regroupant les entreprises agroalimentaires, les agricul-
vés en difficulté pour approvisionner leur population, teurs, les détaillants et autres acteurs de la chaîne de
mettant leur sécurité alimentaire en péril, ce qui démontre distribution ». C’est ainsi que certains attendent « théori-
le danger d’une trop grande dépendance vis-à-vis des quement, [de] l’agrobusiness [qu’il contribue] au dévelop-
marchés internationaux (FIDA, 2011). Afin de dévelop- pement des campagnes africaines et à la sécurisation de
per une stratégie visant à venir en aide aux plus fragiles, l’approvisionnement alimentaire des populations
la FAO a mis en place en 2007 l’initiative sur la flambée rurales et urbaines » (Brondeau, 2014).

Dossier
des prix des aliments. Elle a été rejointe par la Banque L’agriculture en Afrique était, depuis le milieu des
mondiale (BM), le Groupe de la Banque africaine de années 1980, un secteur d’activité peu attractif pour les
développement (BAD), le Fonds international de déve- investisseurs internationaux (Gabas, 2011), mais l’envo-
loppement agricole (FIDA), le Programme alimentaire lée spéculative des prix agricoles a suscité une accéléra-
mondial (PAM) et le Nouveau partenariat pour le déve- tion des investissements dans un secteur agricole
loppement de l’Afrique (Nepad). À l’échelle de l’Afrique, longtemps négligé par les bailleurs de fonds comme par
le Nepad fixe le cadre stratégique de l’Union africaine les gouvernements nationaux (Laroche Dupraz et Pos-
pour le développement socioéconomique du continent tolle, 2010 ; Brondeau, 2014). C’est dans ce contexte que le
selon six thématiques, la première étant l’agriculture et la phénomène des acquisitions foncières à grande échelle a
sécurité alimentaire. Ses objectifs sont établis dans le connu une croissance considérable (Anseeuw et al.,
Programme détaillé du développement de l’agriculture 2012b), même si cette tendance semble aujourd’hui se
africaine (PDDAA). L’un des objectifs pour 2015 était ralentir4.
que chaque pays africain connaisse une croissance de 6 %
Les pays d’Afrique sont les principales cibles de ces
dans le secteur agricole, l’agriculture étant désormais
acquisitions foncières agricoles à grande échelle, comme
considérée comme un moyen de développement devant
le montre la Land Matrix, initiative qui suit le phénomène
permettre le renforcement de la sécurité alimentaire et la
depuis 2000. Les profil et origine des investisseurs sont
réduction de la pauvreté (BAD, 2010). La République du
divers : fonds de pension, multinationales ou encore
Congo est entrée dans le programme, qui vient d’être
États (Anseeuw et al., 2012a). L’arrivée de ces nouveaux
prolongé de dix ans par la déclaration de Malabo, soit
acteurs étrangers réclamant pour leur activité plusieurs
jusqu’en 2025 (Nepad, 2014).
centaines, voire plusieurs milliers, d’hectares de terres
Les institutions internationales invitent au renforce- agricoles en Afrique, dans des pays aux législations fon-
ment des investissements tant privés, à travers l’agrobu- cières en mouvance, a remis à l’ordre du jour les enjeux
siness, que publics, puisque les pays se sont engagés à fonciers (Burnod et Tonneau, 2013).
investir 10 % des dépenses publiques dans l’agriculture
Les terminologies désignant ce phénomène sont mul-
(Nepad, 2014). Selon Zoundi et al. (2005), le concept éco-
tiples : investissements étrangers, acquisitions foncières
nomique d’agrobusiness se définit en opposition à l’agri-
à grande échelle, accaparements fonciers, etc. L’expres-
culture familiale et « fait référence aux exploitations dont
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sion « accaparement de terres » est une traduction
la logique de production est orientée vers le marché. Ce
littérale de l’expression land grab ou land grabbing, cou-
type d’exploitations utilise généralement d’importants
ramment employée en anglais pour désigner le phéno-
capitaux et entretient des liens étroits avec les chaînes
mène des « acquisitions massives de terres » (Chouquer,
d’approvisionnement en intrants, de transformation et
2012). L’utilisation fréquente de certaines expressions
de marketing ou est même impliqué dans ces activités ».
comme « accaparement foncier » ou « appropriation »
Un ensemble d’institutions internationales a rédigé un
sous-entend des conséquences négatives liées à l’insécu-
programme cadre pour l’initiative pour le développe-
rité foncière et sociale menaçant les droits et les moyens
ment de l’agrobusiness et des agro-industries en Afrique
de subsistance des ruraux pauvres dans les pays du Sud,
ID3A (Union africaine et al., 2010). La FAO elle-même2
avec comme conséquence l’augmentation de leur fragi-
fait l’éloge de l’agrobusiness3 où « les méthodes de pro-
lité (Cotula, 2012 ; Cotula et al., 2009)5 et l’apparition
2
Rapport FAO. 2016. Public–private partnerships for agri- de tensions et de conflits (Brondeau, 2010 ; Durand-
business development – A review of international experiences, Lasserve et Le Roy, 2012 ; Hall, 2012 ; Merlet, 2012).
Rankin, M., Gálvez Nogales, E., Santacoloma, P., Mhlanga, N. & D’autres approches s’interrogent sur les opportunités
Rizzo, C. Rome, Italy. http://www.fao.org/3/a-i5699e.pdf.
4
3
En effet, cela est en contradiction avec la promotion de http://www.landmatrix.org
5
l’agriculture familiale faite par la FAO en 2014, où celle-ci l’affi- C’est-à-dire, comme le soulignent Cotula et al. (2009), en
chait comme « indissociablement liée à la sécurité alimentaire… « créant des risques comme la perte de l'accès à la terre pour les popu-
et moyen de stimuler l’économie locale ». http://www.fao.org/ lations locales, la destruction des entreprises locales et les impacts sur
family-farming-2014/fr/ l’environnement ». Traduction de l’auteur.
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potentielles de développement de l’agriculture et sation foncière (Brondeau, 2014) et au développement


d’amélioration de la sécurité alimentaire pour les pays rural (Burnod et Tonneau, 2013). Ces débats, parfois
cibles, grâce à l’apport de capitaux et au renforcement polémiques, reflètent la diversité des postures idéolo-
des capacités découlant de nouveaux investissements giques (plus ou moins libérales), mais aussi celle des
dans le secteur agricole, longtemps négligé par l’aide situations et enjeux propres aux contextes législatifs et
publique au développement (Gabas, 2011). géopolitiques dans lequel il s’inscrit. Il y a un réel besoin
Parallèlement à l’envolée mondiale des investisse- de retours d’expériences et d’analyses empiriques appro-
ments étrangers dans l’agriculture, plusieurs réformes fondies sur cette thématique, et c’est ce à quoi cet article
foncières ont été mises en place sur le continent africain. se propose de contribuer. À travers l’étude des contextes
Dossier

Cette thématique foncière est l’objet de nombreuses agricole et foncier de la République du Congo, nous mon-
études soulignant souvent les enjeux de « sécurisation trerons comment les investissements étrangers s’insèrent
foncière » à travers la « titrisation », c’est-à-dire le pas- dans l’agriculture.
sage d’un système traditionnel de droit coutumier6 à un En République du Congo, le dispositif de concession
système dit « moderne » de propriété privée formalisée n’est pas nouveau : à l’époque coloniale existaient des
par le titre de propriété délivré par l’administration compagnies concessionnaires dirigées par des investis-
publique (Durand-Lasserve et Le Roy, 2012). Cette seurs étrangers (Coquery-Vidrovitch, 1972). Mais sa
transition libérale, menée sous la pression des institu- réactivation, suite à la période socialiste est récente,
tions internationales, peut être considérée comme une encore marginale, et intervient suite à une initiative gou-
« révolution copernicienne inéluctable » (Bouquet, 2016 ; vernementale (Favrot, 2016). L’État mise sur les investis-
Lallau et Langlade, 2005) entrainant notamment un pas- sements étrangers pour assurer l'autosuffisance alimen-
sage du communautaire ou collectif au privé et à l’indi- taire, développer et industrialiser son agriculture et
viduel (Lavigne Delville, 2010). diminuer la pauvreté (ministère de l’Économie, du Plan,
Les tensions foncières en Afrique ont longtemps été de l’Aménagement du territoire et de l’Intégration,
étudiées au prisme des relations entre droits coutumier 2012). Un inventaire réalisé sur le terrain en 2014 7
et moderne, des relations villes-campagnes, des (Tableau) nous a permis d’identifier et d’enquêter sur un
réformes et codes fonciers, de l’extension des surfaces ensemble de cinq projets agro-industriels menés par des
cultivées et de la pression démographique. Or, depuis investisseurs étrangers privés8, déjà installés et produc-
une décennie, les tensions foncières prennent une tifs, prévoyant de cultiver au minimum 10 000 hectares
dimension nouvelle, du fait de leur inscription dans la (ha) chacun. Ces projets, répartis sur l’ensemble du terri-
mondialisation, où la terre est une marchandise, faisant toire, comprennent des élevages bovins, des cultures de
l’objet de transactions qui échappent aux populations céréales, des plantations de cacaoyers et de palmiers à
paysannes (Durand-Lasserve et Le Roy, 2012). Des huile dans différents départements du pays. Nous avons
contestations par les populations locales ont vu le jour rencontré les dirigeants de ces projets, des employés
dans certains pays dans lesquels l’État a concédé des ainsi que les populations locales9. Nous avons également
terres qui, faute d’avoir été enregistrées depuis la rencontré des hauts fonctionnaires du gouvernement au
réforme foncière, sont considérées comme faisant partie ministère de l’Agriculture, au ministère des Affaires fon-
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de la réserve foncière de l’État. Depuis les indépen- cières et des représentants au Congo des institutions
dances, cette présomption de domanialité joue un rôle internationales (FAO, PAM, etc.).
décisif et parfois controversé dans de nombreux pays. Dans la première partie, il importe de souligner que
Cela a récemment été le cas du projet palmiste de le déclin agricole au Congo est ancien. La combinaison
Daewoo à Madagascar (Jung et al., 2008), au sujet duquel du sous-peuplement, de l’exode rural, de l’accès à la
les contestations ont fini par faire tomber le président rente pétrolière depuis 1974 et d’une économie dirigée a
Ravalomanana (Burnod, 2016). La question qui demeure achevé la déstructuration de l’agriculture paysanne
est donc celle de savoir quelles structures agricoles sont (Guichaoua, 1989). Les importations furent le recours de
les mieux à même d’assurer la sécurité alimentaire natio- l’État pour approvisionner les marchés urbains. Face à la
nale, voire la souveraineté alimentaire : agriculture fami- fluctuation des prix pétroliers et dans le cadre du Plan
liale ou agrobusiness. national de développement, la présidence de la Répu-
Le processus d’accaparement des terres suscite donc à
ce stade un grand nombre de questions liées à la sécuri- 7 Séjour de terrain réalisé par Mélanie Favrot dans le cadre

6 de son doctorat de géographie en cours au LPED, AMU-IRD.


Nous utiliserons le terme « droits coutumiers » tel que Rey 8
(2011) le définit : « les droits fonciers locaux, fruits d’une évolution Derrière ce terme, nous entendons firmes ou individus et
empirique lente des modes de régulations en fonction notamment de nous excluons les organisations internationales, les organisa-
normes sociales locales et régis par les pouvoirs locaux, sans présager tions non gouvernementales et les fonds publics étrangers.
9
de leur capacité à s’adapter à des facteurs exogènes aux communautés Nous avons mené 65 entretiens semi-directifs, visité sept
concernées ». exploitations et huit villages alentour.
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Tableau. Entreprises agro-industrielles actives lors du travail de terrain réalisé en 2014.

Nom de Origine Localisation Statut antérieur Durée du Superficie Superficie Type de culture Nombre Nombre
l’entreprise des terres contrat officielle en cultivée lors du d’employés d’employés
concédées d’autorisation 2014 (ha) passage (ha) congolais congolais
tâcherons permanents

1-TODI Afrique Malolo II Ferme d’État à 25 ans 40 000 2 500 Maïs ensilage, 27 5
RIVERS FARM du Sud l’abandon renouvelable soja

2-ATAMA Malaisie Makoua (Yengo Forêt et savane 180 000 4 000 Palmier à huile 150
PLANTATION Mambili) non exploitées

3-ASPERBRAS Brésil Mouindi Ranch d’État à 40 000 125 Maïs ensilage, 14 3


l’abandon élevage bovin,
canne à sucre

4-TOLONA Espagne Loudima Ranch d’État à 20 000 200 Maïs ensilage, 100 30
+ France l’abandon soja

5-ECO OIL Congo Ouesso (Kandeko), Plantations 50 000 60 Palmier à huile 200 100
ENERGY Mokeko d’État à
l’abandon

Total 390 000 6 915 541 338


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Dossier
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blique a fixé la relance de l’agriculture comme priorité pagnies concessionnaires dirigées de manière parfois
pour diversifier l’économie et accélérer sa croissance brutale par des investisseurs étrangers. Plusieurs ont
(ministère de l’Économie, du Plan, de l’Aménagement ensuite fait faillite, en raison des faibles rendements et
du territoire et de l’Intégration, 2012). Pour ce faire, l’État des difficultés d’écoulement des productions (Coquery-
a choisi de confier le renforcement du secteur agricole à Vidrovitch, 1972).
des investisseurs étrangers. Parallèlement, il s’est engagé À partir de 1963, la période socialiste11 transforma
dans une réforme foncière. Dans la seconde partie, à par- certaines de ces concessions en fermes d’État. Celles-ci
tir de nos observations, entretiens et lectures des textes furent un échec, pour les mêmes raisons que le système
de la législation foncière, nous montrerons des contra- des concessions n’avait pas fonctionné. Cet échec
Dossier

dictions au sein des lois foncières entre reconnaissance s’explique aussi par le parachutage à la tête de ces fermes
des droits coutumiers et domaine de l’État. Ce flou juri- de hauts fonctionnaires de Brazzaville, déconnectés
dique pourrait fournir le terreau à des conflits futurs. de l’agriculture, accentuant le déclin du monde rural
Nous analysons ici en détail l’appareil législatif congo- (Bonnafé, 1968 ; Soret, 1972). Divers projets de dévelop-
lais encadrant l’accès au foncier ainsi que les mécanismes pement coopératif, ainsi que le plan quinquennal de 1982
particuliers d’acquisition des terres agricoles par les à 1986, expérimentent ensuite d’autres stratégies de rup-
investisseurs étrangers que nous avons suivis. Enfin, ture devant moderniser le monde agricole. Pour André
nous décomposons les différentes étapes d’accès au fon- Guichaoua (1989), cette politique de grands projets et de
cier par ces différents investisseurs et leur arrivée sur le contrôle étatique central abandonnant l’agriculture pay-
terrain. sanne a contribué à la « liquidation » de cette dernière.
En effet, les investissements ont surtout entrainé l’aug-
mentation de la masse salariale dans le secteur agricole
Contexte congolais : des campagnes vides de l’État (ranchs et plantations) et dans des structures
et une agriculture congolaise déstructurée d’encadrement du ministère de l’Agriculture qui ont
délaissé le monde paysan. L’enclavement rural persis-
Comment expliquer le choix du gouvernement
tant, le manque d’outillage des petits agriculteurs et le
congolais de faire appel à des investisseurs étrangers
carcan des monopoles étatiques en matière de commer-
pour dynamiser le secteur agricole ? La situation agri-
cialisation ne leur permettaient pas de concurrencer les
cole spécifique du Congo résulte de l’imbrication de
importations de produits alimentaires. Celles-ci ne sem-
plusieurs facteurs historiques. Elle est l’héritage du sous-
blaient pas poser problème, puisque la hausse des prix
peuplement qui caractérise ce pays depuis des décen-
du baril sur le marché mondial a conduit à une crois-
nies, de la traite des esclaves, puis des épidémies et des
sance économique soutenue sur cette période, engen-
déplacements forcés de population pendant la période
drant des augmentations de salaire dans la fonction
coloniale (Sautter, 1966 ; Coquery-Vidrovitch, 1972).
publique ou les entreprises d’État de deux à dix fois
Le pays compterait aujourd’hui environ 3,7 millions
supérieures aux revenus agricoles, accentuant ainsi
d’habitants sur une superficie de 342 000 km2 (dernier
l’exode rural (Dorier-Apprill, 1993).
recensement national de 2007)10. La population est très
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inégalement répartie sur le territoire, avec de vastes Les réformes d’ajustement structurel lancées dès la fin
régions quasi vides (moins de 10 habitants au km2) et un des années 80, avec la libéralisation brutale du commerce
taux d’urbanisation très élevé (pour l’Afrique subsaha- agricole (sans accompagnement) et le désengagement de
rienne), de plus de 62 % en 2007 (Centre national de la l’État (par exemple dans le domaine de la voirie rurale)
statistique et des études économiques, 2007). La majorité ont brusquement souligné, puis accentué la détérioration
des Congolais (54 %) sont concentrés dans les deux du système. L’enseignement technique agricole, qui
mégapoles, Brazzaville (1 373 382 habitants en 2007) et n’a jamais été prioritaire, est aujourd’hui délabré et
Pointe-Noire (715 334 habitants en 2007), ce qui constitue l’ensemble du secteur agricole manque de personnel
un défi pour la sécurité alimentaire. Depuis les années qualifié (Dorier et al., 2011 ; Sofreco et Cérape, 2012a).
50, les migrations vers les villes se poursuivent et rien n’a Les guerres civiles successives de 1993 à 2003 ont
enrayé l’exode rural. déstructuré le pays et le secteur agricole et ont vu des
Pendant la période coloniale, puis après l’indépen- milices se livrer au pillage ainsi que des déplacements
dance, plusieurs initiatives ont perturbé le rapport des forcés de populations dans les zones de production au
paysans aux terres cultivables. L’administration colo- sud (Bazenguissa-Ganga, 1998 ; Dorier-Apprill, 2000).
niale a imposé ou suscité des déplacements de villages le Ces périodes ont toutes deux aggravé un exode rural
long d’axes de communication et délégué la mise en déjà massif et une déstructuration territoriale, notam-
valeur des ressources de certains périmètres à des com-
11
Socialisme dit bantou sous Massemba Débat (1963 à 1968)
10
Le dernier recensement de 2007 a répertorié 3 697 490 et socialisme scientifique sous Marien Ngouabi et du Parti
Congolais. Congolais du travail (1968 à 1991).
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ment dans certaines zones particulièrement touchées Les lois foncières, contradiction ou
par les conflits (Moukoko, 1999 ; Dorier et al., 2011 ; absence d’application de la réforme ?
Dorier et Mazurek, 2015 ; Joncheray, 2013).
La forme d’agriculture actuellement pratiquée par les Comme de nombreux pays d’Afrique, le Congo, sous
paysans congolais est toujours majoritairement une agri- l’incitation des institutions internationales, continue de
culture extensive sur brûlis en savane ou en forêt. Sché- mettre en place une réforme foncière en vue d’instaurer
matiquement, le cycle comprend une mise en culture une titrisation des terres. Cette réforme, tout comme celle
vivrière mixte de deux ans suivi de cinq à dix ans de de son voisin la République démocratique du Congo
jachère selon le degré d’occupation du sol (Guichaoua,

Dossier
(RDC), s’est faite en plusieurs vagues depuis son indé-
1989 ; Dorier et al., 2011). Malgré une faible utilisation des pendance jusqu’à aujourd’hui (Lallau et Langlade, 2005).
sols, la fertilité de ceux-ci diminue. Hormis dans Le Congo n’est pas une exception en matière de coexis-
quelques régions des bassins vivriers urbains, plus inner- tence entre législation officielle et pratiques locales (dites
vées par des initiatives d’appui à l’agriculture paysanne, coutumières). Nous retraçons ici les différentes étapes de
par exemple dans le Pool sud, près de Brazzaville (FIDA, la réforme foncière au Congo.
2012 ; Dorier et Mazurek, 2015), la faible utilisation
En République populaire du Congo, de 1973
d’intrants et d’outillage, la distance entre lieux d’habita-
jusqu’en 1992, puis en République du Congo à partir de
tion et parcelles cultivées et la faiblesse des voies de com-
1992, les huit Constitutions rédigées depuis l’Indépen-
munication empêchent la mise en place d’apports pour
dance avaient consacré la terre comme propriété de
enrayer cette détérioration.
l’État. La Constitution de 1973 institue que « sur toute
Selon un état des lieux du secteur agricole par dépar- l’étendue du territoire de la République du Congo, la
tement cofinancé par la BAD, « seulement 2 % des dix terre est propriété du peuple ». Pourtant, comme le sou-
millions d’hectares de terres arables et de pâturages sont ligne André Guichaoua (1989), « les terres ne sont
exploités » (Sofreco et Cérape, 2012a). Parallèlement, jamais libres » et dans certaines régions, les « gestion-
selon le Cadre de programmation pays (CPP) 2013-2016 naires » de terres perçoivent des « rentes » et deviennent
de la FAO sur le Congo (FAO, 2012), la contribution du de « véritables propriétaires fonciers ». C’est ainsi que la
secteur agricole au PIB n’a cessé de diminuer depuis loi 52/83 du 22 avril 198313 abolit (à nouveau) les titres fon-
50 ans, passant de 27 % dans les années 1960-1970 à 12 % ciers antérieurs ainsi que les droits fonciers coutumiers.
en 1980, puis à 10 % en 1994, pour se situer à 6 % en 2012. Toute terre du domaine populaire rural est gérée par
La faiblesse du secteur agricole se manifeste par l’impor- l’État, institution du peuple, et se subdivise en terres col-
tance de ses importations alimentaires. Le Congo est un lectives et terres de modernisation. Elles sont attribuées
pays à lourd déficit vivrier (FAO, 2012). Le coût de ces par voie d’autorisation d’exploiter délivrée par une auto-
importations est élevé pour les consommateurs12 et la rité compétente. L’occupation est gratuite pour les pre-
dépendance vis-à-vis des revenus du pétrole apparaît de mières, tandis qu’une redevance doit être versée dans le
plus en plus risquée en raison des fortes variations du cas des terres de modernisation14. Toutefois, exception-
prix du baril. nellement, dans le cadre de projets jugés d’utilité
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Or le secteur agricole est déstructuré et le personnel publique, l’État peut promulguer au sein d’une loi une
qualifié fait défaut, tout comme les investissements. La autorisation expresse d’occuper, un bail emphytéotique
part du budget de l’État consacré à l’agriculture reste ou un contrat de location (loi 52/83).
faible, 1,66 % en 2008 (Sofreco et Cérape, 2012a). C’est La réforme foncière au Congo peut se décomposer en
aux investisseurs étrangers que l’État décide de faire trois temps. D’abord avec l’avènement officiel de la pro-
appel : leurs projets agro-industriels sont supposés priété privée, qui remonte à l’année 2000, via l’article 10
engendrer un renforcement des capacités autant que de de la loi 17-200015 portant sur le régime de la propriété
la productivité (Sofreco et Cérape, 2012b). Les investis- foncière. Cet article abroge toutes les dispositions anté-
seurs étrangers sont sensés amener avec eux des rieures. Il précise que tout fonds de terre doit être imma-
machines agricoles de haute technologie (parfois à télé- triculé. L’immatriculation doit être effectuée dans les
guidage satellite) et des connaissances techniques qu’ils trois mois qui suivent l’attribution d’un permis d’occu-
doivent partager avec les Congolais, selon les termes des per (délivré par l’autorité municipale). Les ayants droit
contrats qu’ils passent avec l’État. Telles sont les raisons
avancées par le gouvernement pour expliquer son choix 13
(entretien réalisé en 2014 avec des agents de l’État). Mais Loi 52/83 (22 avril 1983). Code domanial et foncier en Répu-
blique Populaire du Congo. Parlement. République du Congo.
l’accès à ces terres agricoles est-il bien encadré ?
14
L’autorisation d’exploiter des terres de modernisation est
12
Notamment pour les Congolais, car le coût des importa- accordée de préférence à des collectifs plutôt qu’à des individus.
15
tions se répercute sur les prix finaux : au marché, les prix sont Loi 17-2000 (30 décembre 2000). Code Général des Impôts.
très élevés. Parlement. République du Congo.
340 M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016)

peuvent réclamer l’immatriculation de leurs biens fon- titres précaires de propriété en titres fonciers, font du
ciers auprès du conservateur des hypothèques et de la droit d’usage un titre précaire, susceptible d’être com-
propriété foncière. Après le bornage par les services du battu par une preuve contraire. Ce droit d’usage peut se
cadastre ou un cabinet de géomètres, un titre foncier est mettre en parallèle avec d’autres documents tels que
délivré, si personne n’a fait opposition à la publication16 l’autorisation provisoire d’occuper, l’arrêté ou le décret
(article 37 de la loi 17-2000). Le titre foncier est obliga- d’attribution et le certificat provisoire de propriété établi
toire. Il annule tous titres et purge tous droits antérieurs par la commission ad hoc de reconnaissance des droits
non mentionnés dans le registre de la propriété foncière fonciers coutumiers21 (Egis International et Technip-
(article 10 de la loi 17-2000). Il est définitif et surtout inat- Congo, 2015). Dans l’éventualité de terres immatriculées,
Dossier

taquable, même par celui qui pourrait se prévaloir d’une la loi 11-200422 prévoit que si un projet est jugé d’utilité
prescription acquisitive (article 13 de la loi 17-2000). publique (comme le renforcement de la sécurité alimen-
La réforme foncière se poursuit en 2002. L’article 17 de taire et la dynamisation du secteur agricole du pays par
la Constitution de 200217 garantit le droit de propriété et exemple), des déguerpissements ou expropriations avec
de succession, la terre appartient aux ayants droit. Puis indemnisations peuvent avoir lieu pour laisser la place
en 2004, elle tente de concilier droit foncier coutumier aux projets agro-industriels. Toutefois, cette loi n’est pas
et propriété privée. La loi 10-2004 18 sur les principes spécifique au Congo, elle existe même en France.
généraux des domaines applicables aux régimes doma- Dernier temps de la réforme foncière : 2008. La loi 25-
niaux et fonciers établit le domaine rural comme pro- 200823 sur le régime agrofoncier stipule que l’État détient
priété de l’État, exclusion faite d’un périmètre autour des le domaine rural. Mais parallèlement, elle réaffirme que
villages. Elle reconnaît aussi les droits coutumiers, à l’immatriculation des terres est obligatoire. Précisant
condition que les ayants droit, c’est-à-dire les proprié- toutefois que l’immatriculation des terres, objet des
taires terriens19, fassent les démarches d’immatriculation droits fonciers coutumiers, n’est obligatoire qu’à condi-
des terres afin d’obtenir des titres de propriétés. « Outre tion d’une mise en valeur dûment constatée par les ser-
les droits relevant de la législation moderne, le régime vices compétents. Dans le cas de non mise en valeur
foncier garantit la reconnaissance des droits fonciers cou- d’une terre rurale, la terre rentre automatiquement dans
tumiers préexistant non contraires ou incompatibles avec le domaine de l’État.
des titres dûment délivrés et enregistrés » (loi 10-2004). Toutes ces lois sont contradictoires. D’abord parce
Un premier flou apparait ici dans la législation qui laisse qu’elles reconnaissent le droit de propriété privé, tout en
supposer que la propriété coutumière est reconnue tant instituant le domaine rural comme domaine public.
qu’un tiers ne lui oppose pas un titre de propriété. Sans Ensuite parce qu’elles garantissent les droits fonciers
reconnaissance officielle, les populations disposent d’un coutumiers, tout en rendant l’immatriculation des terres
droit d’usage informel ou d’un permis d’occuper (entre- obligatoires. Le tout sans code d’urbanisme. Il aurait fallu
tien réalisé en 2014 avec un agent de l’État). Mais les dis- circonscrire le domaine rural de l’État, or aujourd’hui
positions combinées des articles 10 de la loi 17-2000 et du « l’État ne sait même pas ce qu’il a » (entretien réalisé en
1er article du décret n°2006-257 du 28 juin 200620, fixant à 2014 avec un agent de l’État). La volonté derrière la
titre exceptionnel les modalités de transformation des
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réforme foncière de 2008 était que chaque ayant droit
16 réclame son titre de propriété auprès des commission ad
Dans le journal officiel ou dans un journal d’annonces légal.
17
hoc de reconnaissance des droits fonciers coutumiers afin
Constitution du 20 janvier 2002. Parlement. République du de pouvoir établir une carte des terres « disponibles ».
Congo.
18
L’objectif final étant de rendre toute terre fiscalisable.
Loi 10-2004 (26 mars 2004). Parlement. République du Mais ces démarches d’immatriculation par les ayants
Congo. droit n’ont été faites qu’aux abords des grosses agglomé-
19 Terme usuellement utilisé au Congo en référence au droit
rations. C’est-à-dire là où la pression foncière est impor-
coutumier désignant les personnes rattachées aux terres du tante et où la terre a de la valeur marchande. Une autre
clan. Leur étendue est connue des chefs coutumiers ou chefs de raison expliquant le peu d’immatriculation est que les
terre, appelés « Mfumu Nsi » par les Lari-Bacongo, et « Ngant-
commissions départementales n’ont pas été créées ou
sié » par les Téké. Les chefs étaient chargés de l’attribution des
terres aux membres de leur collectivité ou de leur lignage selon
bien pas dotées en personnel.
les besoins de ceux-ci (Ofouémé-Berton, 1996). Les « proprié- 21
taires terriens » s’estiment, selon leur propre représentation, Une commission de reconnaissance des droits fonciers
détenteurs des droits légitimes sur ces terres et ne ressentent ni coutumiers devait être créée par district et par arrondissement
l’envie ni le besoin de faire immatriculer leurs terres. selon le décret 24-2006. Mais elles n’ont pas vu le jour.
22
20
Décret n°2006-257 du 28 juin 2006. Fixant à titre exceptionnel Loi 11-2004 (26 mars 2004). Portant procédure d’expropriation
les modalités de transformation des titres précaires de propriété en pour cause d’utilité publique. Parlement. République du Congo.
23
titres fonciers. Présidence de la République, République du Loi 25-2008 (22 septembre 2008). Portant régime agrofoncier.
Congo. Parlement. République du Congo.
M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016) 341

Aujourd’hui encore, la législation foncière n’a pas Décomposition des étapes d’accès
supprimé les droits fonciers coutumiers qui ont fait au foncier agricole par les investisseurs
l’objet d’acquisition et de succession selon les usages et étrangers
coutumes locaux. Aucun texte législatif ne dénie aux pro-
priétaires fonciers coutumiers le droit de revendiquer La nouvelle vague d’arrivée d’investisseurs étrangers
leur bien selon les règles du droit foncier coutumier. dans l’agriculture en République du Congo date des
Deux limites s’opposent à ce droit : l’existence de titres années 2000, mais leur implantation sur le terrain est bien
dûment délivrés et enregistrés, contraires ou incompa- plus tardive. En effet la durée moyenne des démarches
tibles avec les droits fonciers coutumiers, c’est-à-dire le administratives, notamment pour l’identification et

Dossier
titre foncier et le permis d’occuper. Ou bien encore le l’immatriculation des terres nécessaires à la mise en place
caractère d’utilité publique d’un projet. de ce type de projets, est de quatre à cinq ans. Nous allons
Les entretiens que nous avons menés sur le terrain, décrire les différentes étapes par lesquelles sont passés
notamment avec des habitants des villages aux alentours les investisseurs que nous avons suivis. Ils ont démarré
des projets d’agrobusiness et avec des responsables des leurs négociations avec le gouvernement en même temps
ministères de l’Agriculture et des Affaires foncières, que celui-ci réalisait la réforme de sa législation foncière
ont montré que, dans les campagnes, très peu de gens prévoyant l’immatriculation des droits fonciers coutu-
ont fait immatriculer, voire simplement reconnaître, miers. Au vu des difficultés analysées plus haut, les terres
leurs terres. Cela pour plusieurs raisons. La première concernées par ces projets agro-industriels n’ont pas été
réside dans le manque de diffusion de l’information et immatriculées. Elles rentrent alors dans le cadre de la loi
dans la complexité et le coût des démarches liés à selon laquelle les terres du domaine rural non immatri-
l’absence de commission de reconnaissance à proximité culées font partie du domaine de l’État.
(les commissions par district n’ont pas été créées, lors de
Ainsi, au sens de l’article 3 de la loi 25-2008 portant
notre passage il n’existait qu’un bureau à Pointe-Noire et
régime agrofoncier, ces terres relèvent de droits fonciers
un bureau à Brazzaville). La seconde est culturelle,
coutumiers qui ne peuvent donner lieu à expropriation
puisque les populations ne voient pas l’intérêt et ne res-
sans avoir été constatées par une commission ad hoc de
sentent pas le besoin de faire reconnaître leurs terres.
reconnaissance des droits fonciers coutumiers (Egis
Aujourd’hui le statut de la terre du domaine rural est
International et Technip-Congo, 2015). Mais ces organes
flou : est-ce la terre des propriétaires terriens ou fait-elle
représentant les intérêts des habitants au niveau du
partie de la réserve foncière de l’État ? Le manque de cla-
département et de la commune, suivant l’article 3 du
rification du statut des terres rurales constitue un risque
décret n°2006–255 du 28 juin 200624 portant institution,
de conflits en cas de contestation d’attribution à des
attributions, composition et fonctionnement d’un organe
étrangers de terres considérées d’une part comme faisant
ad hoc de reconnaissance des droits fonciers coutumiers,
partie du domaine public et d’autre part comme appar-
souffrent de l’inapplication de ce décret car peu de com-
tenant à des propriétaires terriens. Plusieurs études de
missions ont vu le jour sur le terrain.
cas, au Burundi, au Tchad, en RDC (Ntampaka, 2008),
concluent que les risques de tensions liés à ces réformes L’accès au foncier s’est globalement déroulé de la
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foncières résident notamment dans la confusion des même manière pour l’ensemble des projets étudiés. Ces
rôles et l’absence d’application de la réforme foncière (ici terres, ayant fait l’objet de démarche d’identification par
le manque de création de commissions de reconnais- une commission de reconnaissance des droits fonciers
sance des droits coutumiers) au profit d’une application coutumiers, ont été incorporées au domaine de l’État
arbitraire. Le constat, issu de cette historicisation de la pour celles qui n’en faisaient pas déjà partie. En effet,
réforme foncière au Congo interroge, de la même comme le montre le tableau regroupant les différents
manière qu’au Mali (Allaverdian et al., 2011). Comment investisseurs étudiés, la quasi-totalité des terres étaient
ces réformes peuvent-elles garantir la sécurisation des d’anciens ranchs ou d’anciennes plantations d’État.
droits fonciers des ruraux et le développement écono- L’ensemble des terres a été inséré dans le domaine de
mique local ? l’État, puis une concession de 25 ans à 30 ans renouve-
Conscient de l’échec de la concrétisation sur le terrain lable, sur le modèle des concessions forestières, a
de sa réforme foncière, le gouvernement congolais été signée entre l’État et la société agricole. L’accord
cherche aujourd’hui à la faire appliquer. En coordination des populations locales n’est pas un prérequis. Par
avec le Programme des nations unies pour le développe- contre, des négociations (antérieures à l’installation des
ment (Pnud), un projet d’appui au renforcement de la
gouvernance foncière (Pargf) a été mis en place pour la 24
Décret n°2006-257 du 28 juin 2006. Portant institution, attri-
période 2014-2018, afin de préciser la politique nationale butions, composition et fonctionnement d’un organe ad hoc de
foncière pour « l’amélioration de la contribution du sec- reconnaissance des droits fonciers coutumiers. Présidence de la
teur foncier au produit intérieur brut » (Ibara, 2016). République, République du Congo.
342 M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016)

investisseurs étrangers) ont été réalisées avec les « pro- Ensuite, si l’entreprise s’est bien installée et a com-
priétaires terriens », avant que les terres n’aient été for- mencé à produire dans l’année suivant l’autorisation
mellement ajoutées au domaine de l’État. Les provisoire d’occuper, alors le contrat d’autorisation
« propriétaires terriens » ne sont pas nécessairement les expresse d’occuper des terres de la réserve foncière
populations vivant le plus près des parcelles ni forcément de l’État peut être signé. Cette autorisation est alors pro-
celles qui les mettent en valeur le cas échéant. mulguée en tant que loi par le chef de l’État et publiée au
Le processus d’identification et d’attribution des journal officiel. Selon un accord tacite avec l’État, les
terres observées confirmé par les différents acteurs est le investisseurs étrangers doivent dans un premier temps
suivant. Une délégation du ministère de l’Agriculture se répondre à la demande alimentaire du pays avant
Dossier

rend sur le terrain avec l’investisseur pour identifier des d’exporter toute denrée alimentaire produite sur le terri-
terres. Le « chef de terre » est prévenu pour qu’il prenne toire national26 (Favrot, 2012). Le manque de données
contact avec les « propriétaires terriens ». Ensuite, le statistiques27 ne permet pas de démontrer la contribution
ministère de l’Agriculture prend contact avec le minis- de ces agro-industriels étrangers à la sécurité alimentaire
tère des Affaires foncières pour vérifier que les terres du Congo.
ciblées ne font l’objet d’aucun titre foncier et peuvent Si quasiment aucun conflit n’a encore éclaté, nous
donc être assimilées au domaine de l’État. Quelle que soit avançons l’hypothèse que cela peut s’expliquer en par-
la réponse du ministère, titres existant ou non, et selon un tie par le faible peuplement des campagnes congolaises
compromis entre transmission coutumière et officielle, décrit plus haut (Centre national de la statistique et des
un montant d’indemnité des propriétaires terriens est études économiques, 2007). Le seul cas de conflit que
fixé et transmis aux investisseurs. Dans la totalité des cas nous ayons rencontré concernait des habitants et/ou
étudiés, aucun titre foncier n’avait été établi auprès d’une travailleurs situés à proximité de l’implantation d’une
autorité. Pourtant, sur recommandation des ministères entreprise d’exploitation d’huile de palme (entreprise
des Affaires foncières et de l’Agriculture, les investis- n°2 dans le tableau). Cette entreprise aux capitaux
seurs ont indemnisé les propriétaires terriens. Une fois malaisiens est la seule dont les terres ne correspondent
que tout a été négocié à Brazzaville, les indemnisations pas à une ancienne exploitation d’État. La superficie de
des propriétaires terriens se règlent au moment de la 470 000 hectares envisagée au départ a rapidement été
cérémonie dite « du vin » (même en l’absence de titres revue à la baisse, notamment car le gouvernement n’a
de propriété, le chef de terre faisant foi) : les limites pas été capable d’identifier une telle étendue, et atteint
des concessions, les contreparties d’entretien des infras- aujourd’hui 180 000 hectares. Les terres se situent en
tructures, etc. Les autorités locales, les membres du gou- partie sur une zone de forêt tropicale, en partie sur une
vernement (Agriculture et/ou Affaires foncières), les zone de savane, dans les départements de la Cuvette et
populations locales et les investisseurs étrangers assis- de la Sangha. Les populations voisines ont commencé à
tent à cette cérémonie25, à l’issue de laquelle les parties dénoncer l’accaparement de leur terre par l’entreprise
signent la reconnaissance de cession de terres d’un côté et après le passage de l’organisation non gouvernementale
de mise en valeur de ces terres de l’autre, avec les mon- Rainforest UK. Fin 2013, une plainte a été déposée au
tants octroyés en dédommagement. tribunal d’Ouesso et une lettre envoyée à la présidence
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Lors de nos enquêtes de terrain, il ressort d’une par les populations et par l’ancien sous-traitant (entre-
manière générale des entretiens avec les populations que prise elle-même aux capitaux malaisiens) en charge du
celles-ci ne perçoivent pas négativement l’arrivée des déboisement qui avait été remercié. À la même période,
projets agro-industriels. Elles mettent en avant les diffi- ces acteurs ont organisé des grèves et des manifestations
cultés de trouver un emploi en zone rurale et saluent (entretiens réalisés en 2014 avec les ouvriers, les popula-
l’arrivée de potentiels employeurs. Elles espèrent égale- tions vivant à proximité de l’entreprise et les dirigeants
ment que les investisseurs rempliront les demandes qui de l’entreprise). Le sous-traitant contestait son renvoi et
ont été formulées dans le cahier des charges (partie inté- la population la baisse d’activité ayant entrainé une
grante de tous les contrats que nous avons étudiés). Ces diminution des besoins en main-d’œuvre. Finalement,
demandes relèvent du rôle régalien de l’État comme 26
Lors de notre passage, cette obligation était respectée. Pour
l’accès à l’eau et à l’électricité, l’entretien des routes, des deux raisons : d’abord parce qu’il y a véritablement des besoins
écoles et des dispensaires. Elles regrettent toutefois que nationaux, ensuite parce que compte tenu des coûts de produc-
les attributions de terres aient été réalisées en avance à tion liés aux voies de communication et à la difficulté d’appro-
Brazzaville17. visionnement en matières premières, les prix de vente ne
sauraient être compétitifs sur le marché international.
25 27
Selon le recoupement de récits issus des entretiens réalisés Le dernier recensement agricole fiable remonte à 1985.
en 2014 avec des hauts fonctionnaires, des investisseurs et les Depuis, un recensement agricole appuyé par la FAO a débuté en
populations vivant à proximité de l'implantation des investis- 2015, mais seule la première phase exploratoire a pour l’instant
seurs étrangers. été réalisée.
M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016) 343

le tribunal d’Ouesso n’a pas donné raison aux plai- main-d’œuvre. En effet, les travailleurs du village le plus
gnants. Mais sans sous-traitant pour déboiser, l’entre- proche, Malolo II, suffisent à répondre aux besoins
prise s’est retrouvée bloquée. Elle ne pouvait plus actuels. La population de Dihessé n’a pas été tenue infor-
déboiser, alors qu’elle disposait d’une pépinière prête à mée de la fermeture de Congo Agriculture ni de la créa-
être plantée. Parmi les entreprises que nous avons tion d’une nouvelle entreprise, qui n’aura plus le même
ciblées, le cas de celle-ci est particulier. Comme elle cahier des charges30 à remplir auprès des populations
devait réaliser une déforestation ainsi qu’une plantation locales 31 . D’autres revendications des habitants de
de palmiers à huile, la concession n’était pas une conces- Dihessé portaient sur les conditions de travail trop diffi-
sion de terres agricoles mais une concession forestière. ciles et les salaires trop bas (3 000 francs CFA/tâche)32.

Dossier
Or à la même période, le Congo s’est engagé dans la Les travailleurs sont saisonniers (tâcherons), car s’il
préservation de sa forêt tropicale à travers le pro- existe un besoin important en main-d’œuvre pour le des-
gramme des Nations unies dédié à la réduction des souchage d’une parcelle ou pour la récolte du maïs, il n’y
émissions liées à la déforestation et à la dégradation des a pas de besoins importants couvrant l’année entière.
forêts dans les pays en développement REDD+. La Enfin, les habitants de Dihessé dénonçaient l’avancée des
concession attribuée empiète sur une zone de forêt. Elle Sud-Africains sur leurs propres terres. Or le découpage
est donc en cours de renégociation. Les activités tour- réalisé par le ministère des Affaires foncières semble
nent au ralenti, ce qui inquiète la population qui craint avoir été respecté, mais les propriétaires terriens ne
que l’embauche ne soit plus d’actualité. l’entendent pas ainsi32. Tous ces malentendus créent des
Au sud du pays, dans le département de la Bouenza, tensions et reflètent le manque de communication entre
nous avons également constaté des mécontentements tous les acteurs. Dans ces deux cas, les tensions sont
dans le village de Dihessé28. Les revendications sont de d’abord liées au travail et aux engagements d’améliora-
plusieurs ordres. D’abord, les promesses correspondant tion et d’entretien des infrastructures d’éducation ou de
au rôle régalien de l’État, inscrites dans le contrat de santé contenus dans les cahiers des charges. C’est seule-
l’entreprise Congo Agriculture (dont la concession se ment dans le cas de Dihessé qu’elles se sont traduites par
situe dans le département du Niari, voisin de la Bouenza) des revendications liées au foncier.
implantée en 201029, n’ont pas été tenues, de même que
les objectifs d’emploi. Les engagements prévoyaient
notamment l’approvisionnement d’un centre de soin et Conclusion
une participation à l’amélioration de l’école. Congo Agri-
culture, qui regroupait 28 fermiers sud-africains, a fait Dans cet article, nous nous demandions si les inves-
faillite et a fermé. Une des raisons de cette faillite réside tissements étrangers dans l’agriculture, voulus par le
dans le fait que ces fermiers n’arrivaient pas à obtenir des gouvernement congolais pour dynamiser ce secteur,
titres de propriété escomptés visant à assurer une nou- avaient un impact effectif sur la sécurité alimentaire.
velle vie au Congo. Comprenant qu’ils n’en obtien- Compte tenu de l’état actuel du secteur agricole au
draient jamais et ne disposant pas des ressources Congo, il semble que ces investissements pourraient per-
financières nécessaires à la mise en exploitation de la par-
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mettre une diminution des importations de certaines
celle qui leur avait été attribuée, vingt d’entre eux ont denrées (maïs, viande, huile de palme et produits déri-
abandonné le projet (Favrot, 2015). Certains de ces fer- vés) conformément aux accords tacites d’approvisionne-
miers sont restés et ont créé une nouvelle entreprise ment du marché national. Il est aujourd’hui difficile de se
(l’entreprise n°1 dans le tableau) avec un nouveau contrat prononcer sur le succès de ces investisseurs étrangers
et une nouvelle concession de superficie réduite. Les
habitants du village de Dihessé, situé à 17 km de l’entre-
30 Le contrat d’autorisation expresse de la nouvelle société,
prise, ne sont plus employés par la nouvelle entreprise
car pour l’instant, celle-ci ne nécessite pas beaucoup de Todi, était encore en cours de négociation lors de notre dernier
séjour au Congo en 2015. Le contenu du cahier des charges,
28
Village de plus de 1 000 habitants sur le trajet du Comilog, selon les fermiers sud-africains, devrait circonscrire ses activi-
ligne de chemin de fer partiellement fermée. tés de développement local au seul village de Malolo II.
31
29
Le contrat d’autorisation expresse d’occuper des terres de Entretiens réalisés en 2014 avec une assemblée d’habitants
la réserve foncière de l’État entre Congo Agriculture et l’État, de Dihessé et avec les fermiers sud-africains.
daté de mars 2011, stipule dans l’article 20 du Titre IV que la 32 Le travail à la tâche (une tâche, un montant) utilisé sous la
société devra améliorer les conditions de vie des paysans en République populaire ne satisfait pas les investisseurs étran-
construisant et en équipant des dispensaires et pharmacies vil- gers, peu accoutumés à cette forme de rétribution du travail. Ils
lageoises, en aménageant des puits et en réalisant des forages, le remplacent petit à petit par le travail à la journée. Ce qui n’est
en appuyant la construction et la fourniture en équipement des pas pour arranger les ouvriers congolais car la rémunération à
écoles ou encore en construisant des infrastructures de sport et la journée est du même montant que la rémunération d'une
de loisirs. tâche.
344 M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016)

récemment implantés. Cependant, on observe que les sont dispensés massivement par ces projets. Si la totalité
rendements des premières années de culture sont faibles, des terres arables « disponibles » (qui ne prennent pas en
alors que les besoins en intrants sont élevés. Pour le maïs compte les terres en jachère) étaient attribuées à des
par exemple, les rendements sont de moins de trois investisseurs étrangers, le modèle d’agriculture extensif
tonnes par hectare (selon les fermiers sud-africains) serait remis en question. Le risque serait alors de deux
quand en Europe on peut atteindre plus de dix tonnes par ordres : environnemental dans un premier temps, avec
hectare. Nous l’avons vu, l’une de ces entreprises (Congo impacts sur les sols, phénomènes déjà observés lors des
Agriculture) a même déjà fait faillite en trois ans. La tentatives précédentes de mécanisation intensive et de
contribution de ces fermes à la sécurité alimentaire natio- monoculture, mais aussi social. Dans ce nouveau
Dossier

nale n’est donc pas encore avérée. modèle, la sécurité de l’emploi des ouvriers agricoles
En second lieu, nous nous demandions s’il existait des n’existe pas, le travail à la tâche tend à disparaître au pro-
risques de conflits fonciers liés aux investissements fit du travail journalier, ce qui est source de tensions.
étrangers. Depuis des décennies, les campagnes du pays C’est donc ici que résident des sources potentielles de
se sont vidées. Actuellement, les conflits fonciers en zone conflits, comme nous l’avons vu dans les deux cas
rurale sont ponctuels, mais ils pourraient augmenter si d’études évoqués dans cet article. L’exode rural massif
l’État ne facilite pas l’immatriculation des terres relevant décrit ne serait pas enrayé par l’arrivée de ces fermes
des droits coutumiers. Car l’État considère que ces terres agro-industrielles dont les besoins en main-d’œuvre sont
non immatriculées et faisant partie du domaine rural lui faibles.
appartiennent. Il s’arroge donc le droit de les concéder à Au vu des difficultés d’intensification de l’agriculture
des entreprises privées pour des projets d’agrobusiness. par les investisseurs étrangers, on se demande si le choix
Cette dynamique, non spécifique du Congo, a engendré unique de l’agrobusiness est suffisant. La FAO a fait de
d’importants conflits dans plusieurs pays, comme à l’agriculture paysanne sa priorité en 2014, arguant de son
Madagascar dans l’affaire Daewoo ou au Mali (Jung et al., caractère soutenable et de ses rendements supérieurs à
2008 ; Burnod, 2016 ; Seufert et Hategekimana, 2013). ceux de l’agro-industrie33. On peut donc se demander si,
Certes, dans le cas du Congo, la faible durée des conces- au Congo, appuyer conjointement l’agriculture pay-
sions, entre 25 et 30 ans, laisse a priori toujours la possi- sanne et les projets d’agrobusiness ne permettrait pas de
bilité à l’État de ne pas les reconduire et de récupérer les bâtir un secteur agricole solide ayant réellement des
terres allouées en cas de nécessité (sans compter que le objectifs de développement local et d’autonomie alimen-
pays souffre d’un sous-peuplement). Reste à suivre la taire. Le potentiel reposerait sur la capacité du gouverne-
nouvelle politique de gouvernance foncière que le pays ment à concéder les terres pour les projets d’agrobusiness
est en train de mettre en place avec le Pnud sur la période de manière mesurée afin de conserver une superficie suf-
2014-2018 (Ibara, 2016) visant à faciliter les démarches fisante consacrée à une agriculture paysanne à haute
des propriétaires terriens pour faire immatriculer leurs intensité de main-d’œuvre, nécessaire pour nourrir les
biens. populations.
On peut enfin se demander si la mise en œuvre de ces C’est d’ailleurs une piste que les bailleurs de fonds
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projets ne questionne pas davantage le modèle de déve- suivent pour promouvoir des modèles d’investissement
loppement du secteur agricole que le risque de conflits « responsables » : l’AFD pense soutenir le projet cacao de
fonciers. En effet, ces projets d’agrobusiness importent un la CIB-OLAM et de la Banque mondiale, ainsi qu’Atama
système économique de nature capitaliste (Neveu, 2012), Plantation et Eco Oil Energie dans leurs projets de pal-
qui s’écarte tant de l’ancien système dirigiste de la Répu- meraies. Ces derniers encouragent les groupes agro-
blique populaire que du système « traditionnel » décli- industriels dans la voie du partenariat en conditionnant
nant basé sur un ordre communautaire. Avec les faibles l’accès aux subventions à l’implication des populations
rendements des premières années, les investisseurs locales, notamment via des contractualisations (Lallau,
n’ont, selon eux, pas eu les moyens de développer leur 2012). C’est ainsi qu’en 2015, les entreprises produisant
activité comme prévu dans les Business Plans, ni de créer de l’huile de palme ont décidé de mettre en place des
les emplois annoncés. Pour certains habitants et agents plantations villageoises sous contrat (parallèlement à
de l’État, les investisseurs n’ont pas non plus rempli les leurs plantations industrielles) en distribuant gratuite-
tâches d’entretien des infrastructures définies dans leur ment des plants en échange du rachat des régimes pro-
contrat. duits. Mais ce système d'agriculture sous contrat qui
Ces projets d’agrobusiness bousculent les habitudes tend à se diffuser est également discutable (Lallau, 2012),
agricoles en remplaçant un mode de polyculture itiné- car les petits planteurs disposent d’un faible pouvoir de
rant, avec des temps de jachère longs sur de petites négociation.
superficies, par une monoculture sur des centaines
d’hectares. Les engrais et pesticides peu utilisés par les
33 http://www.fao.org/family-farming-2014/fr/
petits producteurs, car inaccessibles financièrement,
M. Favrot et E. Dorier: Natures Sciences Sociétés, 24, 334-346 (2016) 345

Selon le bilan que nous avons pu établir, les enclaves Burnod P., 2016. Réforme foncière et accueil des investisseurs à
d’agrobusiness liées aux investissements étrangers au Madagascar : l’ambivalence de la politique foncière.
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Reçu le 12 octobre 2015. Accepté le 6 octobre 2016.

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