Gouvernance foncière en Afrique centrale
Gouvernance foncière en Afrique centrale
GOUVERNANCE FONCIÈRE EN
AFRIQUE CENTRALE
Décembre 2008
Décembre 2008
Ce rapport a été réalisé sous contrat avec l’Organisation des Nations Unies pour
l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Il se fonde sur des études menées pour l’Unité de
la gestion des terres et des régimes fonciers (NRLA), Division des terres et des eaux
de la FAO, dans le but d’établir des Directives volontaires sur la gouvernance
responsable de la tenure des terres et des autres ressources naturelles.
Les opinions exprimées sont celles de l’auteur seul, et ne représentent pas nécessairement
les vues de la FAO.
ii
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
1. Burundi__________________________________________________________5
1.1 Introduction 5
1.2 Existence d’une législation relative au foncier au Burundi 5
1.3 La législation foncière : une loi incomplète 7
1.4 Administration de la terre au Burundi 10
1.5 Les problèmes nés de la gouvernance mal assumée 18
1.6 Conclusion partielle 20
3. Cameroun ________________________________________________________26
3.1 Existence d’une Législation foncière 27
3.2 Difficultés de mise en application de la loi 27
3.3 L’accès de tous à la propriété par la procédure d’immatriculation 28
3.4 Règlement des conflits fonciers 29
3.5 Conclusion partielle 30
5. Madagascar ______________________________________________________38
5.1 Une Législation innovante 38
5.2 Décentralisation de la gestion foncière à Madagascar : processus, innovations et
observation des premiers effets 39
5.3 Conclusion partielle 42
6. Tchad ___________________________________________________________44
6.1 Existence d’une législation foncière 44
6.2 Institutions chargées des questions foncières 45
6.3 Corruption et gouvernance 46
6.4 Conclusion partielle 47
Conclusion _________________________________________________________52
Bibliographie _______________________________________________________54
iii
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Résumé
La gouvernance foncière en Afrique centrale est différente d’un pays à l’autre, elle ne
peut être abordée de manière exhaustive dans une étude aussi succincte. Mais il a été
possible de relever des problèmes communs et des mesures prises qui peuvent inspirer
une réflexion dans d’autres pays.
Ainsi la corruption, la non application des lois, l’abus de pouvoir ou la confusion des
rôles transparaissent dans la plupart des pays. L’existence de plusieurs institutions
compétentes en matière foncière crée une situation confuse et favorise la corruption,
les conflits permanents en cette matière. Les problèmes sont connus, mais personne
n’ose prendre la responsabilité de changer la situation. La terre est souvent la seule
source de revenus stable et les autorités qui peuvent en disposer en profiter pour
consolider leur autorité.
Dans certains pays, l’intervention des autorités administratives dans les conflits
fonciers ou dans la sécurisation foncière est institutionnalisée, dans d’autres pays un
rôle important revient aux autorités administratives décentralisées ou aux autorités
coutumières.
Au Tchad, l’application des textes de lois est handicapée par leur éloignement des
pratiques locales et par la multiplicité des intervenants dans la gestion de la terre qui
favorise la corruption. La concurrence entre les différents intervenants peut déboucher
sur des conflits entre occupants et propriétaires coutumiers, entre éleveurs et
agriculteurs, entre des autorités administratives et des chefs traditionnels. La terre
devient la seule valeur sûre dans un pays en guerre d’où les luttes pour son contrôle.
Les difficultés d’accès à la législation centrafricaine ne permettent pas d’apprécier leur
adaptation aux pratiques locales. Les études auxquelles nous avons eu accès concluent
à la nécessité d’une interaction entre les responsables des collectivités locales et les
1
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
autorités étatiques pour asseoir la paix sociale et garantir une administration foncière
appropriée.
Au Congo (RDC), l’intervention des chefs fonciers coutumiers avant toute concession
permet de réduire les conflits mais la corruption à tous les niveaux de la constitution
du titre foncier met en danger la sécurisation foncière. Il existerait des pratiques
parallèles et une absence de coordination entre les autorités administratives et les
autorités coutumières. Les différences de pratiques entre les régions font du Congo un
cas à part et ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble sur tut le pays. L’étude
reprend quelques aspects.
2
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Le domaine foncier est une source de revenus et même la principale source de revenus
dans certaines régions, d’où les luttes entre les occupants et les pouvoirs publics, la
corruption dans la distribution des terres, l’appropriation des terres sans tenir compte
des règles instituées. Une décentralisation des services fonciers et une plus grande
participation de la population à la prise de décision peuvent donner de bons résultats,
notamment à Madagascar. Dans d’autres pays étudiés, subsistent des conflits nés
principalement de la multiplicité des intervenants, de la non application des
dispositions légales et réglementaires et de la corruption.
L’étude n’est pas exhaustive, elle se limite à des constats à partir des informations
reçues sans aucune possibilité de vérification sur terrain. Dans certains cas les
informations sont insuffisantes, notamment sur le Tchad et sur la République
Centrafricaine. La recherche de la rationalité, de l’équité et de la transparence dans les
administrations des pays concernés n’est pas aisée sans visite sur terrain au risque de
se tromper. Nous nous limiterons à des critiques sur des informations reçues qui
semblent conclure à l’absence de toute reddition de comptes dans ces pays où le
pouvoir semble éloigné des populations souvent peu éduquées ou trop soumises pour
demander des comptes au pouvoir.
La gouvernance foncière ne peut pas être détachée des autres domaines de la gestion
de la chose publique. La corruption décriée dans d’autres domaines est présente de la
même manière ou même renforcée là où la terre représente un enjeu économique
important.
3
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
La gouvernance foncière n’est pas précise, elle concerne l’existence d’une législation
adaptée, d’une administration efficace et fonctionnelle, d’une participation des
populations à la gestion du foncier, d’un régime politique stable, d’un système
administratif non corrompu. Mais s’il est facile de retrouver la législation applicable et
les structures administratives existantes, il ne sera pas aisé de trouver des documents
relatifs à la corruption ou au régime proprement dit. Nous nous contenterons de ce qui
est dit par la banque mondiale sur la corruption en général.
Il serait plus facile de comparer les pays, mais ils sont différents dans leur histoire,
dans leur organisation, dans leurs problèmes. L’étude se limite à une description du
système dans chaque pays sans référence aux autres.
4
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
1. Burundi
1.1 Introduction
La question foncière est d’abord politique, parce qu’elle exige des mesures politiques
pour donner des orientations sur la question du morcellement des terres par succession, la
question de l’habitat, la question de la démographie galopante, la question de
l’environnement. Elle requiert des solutions appropriées aux conflits basés sur les
expropriations d’intérêt général pour l’installation de projets de développement, aux
conflits nés de la spoliation des terres des réfugiés, aux conflits opposants la population
aux autorités politiques et autres, à la question des unions polygamiques, à la question des
bagererwa (personnes se trouvant sur des terrains d’autrui sans aucun droit de propriété),
à la question des jugements non exécutés... Finalement la question foncière ne peut pas
trouver une solution à long terme sans une approche régionale, une discussion entre pays
pour faciliter la circulation des biens et des personnes.
La question foncière est aussi une question économique parce que l’augmentation de la
population entraîne un morcellement des terres et une réduction drastique de l’espace
vital 1 . Les conflits naissent d’un besoin d’espace vital dans une terre réduite et peu
productive.
La question foncière est sociale et culturelle dans le sens que la terre n’est pas seulement
une richesse économique mais un élément de la culture, une partie de la vie d’une famille
et de son histoire. L’attachement à la terre est à ce point important que dans certaines
régions les gens préféreraient vendre tout leur avoir pour ne pas perdre un procès foncier
qui représente à la fois un point d’honneur et un défi familial.
La démarche du législateur burundais n’est pas originale, elle s’inscrit dans la même
ligne que celle du législateur belge de la Tutelle2 : la loi n’est pas un produit social, un
vouloir vivre collectif mais un ensemble de principes pour prévenir et régler les
conflits au sein de la société.
1
Programme des interventions de FAO au Burundi 2004-2007, p. 7
2
La législation burundaise est héritée de la législation belge de la Tutelle. Le Burundi est devenu
indépendant le 1er juillet 1962.
5
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Ce code foncier avait l’ambition d’uniformiser le statut foncier qui comprenait des
dispositions écrites et des règles de droit traditionnel oral. Mais certaines pratiques
traditionnelles ont persisté dans les relations quotidiennes sans pour autant faciliter la
résolution des conflits 3 . Le code contient des dispositions relatives à la terre, à l’eau et
à l’environnement. Mais d’autres codes sont venus ultérieurement modifier
partiellement ce code foncier 4 . Des études ont été consacrées au statut juridique des
marais avant d’élaborer un avant projet de loi sur la législation des marais 5 .
Nous ne reviendrons pas sur cette législation, le travail insiste plus sur le foncier, même si
dans un pays surpeuplé, les décisions sur l’environnement, sur la forêt, sur l’eau et sur
l’aménagement du territoire ont un impact sur la question foncière.
3
Loi n° 1/008 du 1er septembre 1986 portant code foncier du Burundi, BOB, n° 7 à 9/86.
4
la loi n°1/41 du 26 novembre 1996 portant instauration et organisation du domaine public
hydraulique ; la loi n° 1/010 du 30 juin 2000 portant code de l’environnement de la République du
Burundi.
5
Didace Nimpagaritse, Prudence Ndayishimiye et Charles Hakizimana, Législation des marais Aspects
juridiques, cotexte socio-économique et dimensions techniques: état des lieux et premières propositions,
FAO, 1999; Souad Loulidi et Mohamed Ali Mekoua, Projet de loi sur les marais au Burundi, Etudes
juridiques de la FAO en ligne, Août 2001
6
loi n° 1/02 du 25 mars 1985.
6
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Le code foncier dispose entre autres que cette loi s’applique aux terres, à l’eau et à tout ce
qui y est incorporé (art. 1). Le principe est que l’Etat dispose d’un droit éminent de
gestion du patrimoine foncier national en vue d’assurer le développement économique et
social (art. 2).
La loi détermine les services chargés de la question foncière. Le territoire est divisé en
circonscriptions foncières qui correspondent aux circonscriptions administratives. Chaque
circonscription détient de registres dans lequel sont enregistrés les titres fonciers (art. 16).
Au plan national, il existe un conservateur des titres fonciers chargé de conserver les
copies de tous les titres établis. Mais il faut ajouter que la grande partie des terres occupée
par la population est placée sous le régime de droit coutumier et n’est pas enregistrée chez
le conservateur des titres fonciers. Des efforts sont faits actuellement par certains projets
et ONG pour organiser l’enregistrement de ces terres, objets de conflits interminables,
entre les voisins. L’expérience malgache peut servir d’exemple dans la création de
guichets fonciers. Un projet pilote d’installation des guichets fonciers est en cours de
réalisation dans la province de Ngozi7 .
Mais l’adoption du code foncier n’a pas mis fin aux pratiques foncières diverses surtout à
cause de la multiplicité des intervenants publics et privés. La loi en matière foncière est
souvent mal appliquée ou simplement ignorée pour plusieurs raisons : informations
insuffisantes des personnes appelées à appliquer la loi, difficultés liées à la preuve
7
Le projet est soutenu par l’Union européenne (projet Bonne gouvernance), par la Coopération suisse et
par la Coopération hollandaise.
7
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
principalement basée sur le témoignage, corruption des autorités ou des témoins, etc. Il
existe une différence entre les pratiques des magistrats et le droit applicable, entre le
droit et les pratiques populaires, entre les attentes des occupants des terres restées
vacantes et des réfugiés qui les ont abandonnées et entre les solutions adoptées à
travers le pays par les juridictions officielles et les solutions adoptées par les
Bashingantahe 8 et les autres intervenants. L’examen de la jurisprudence des cours et
tribunaux aurait montré les solutions constantes adoptées par ces institutions, mais la
jurisprudence n’est pas publiée. Des entretiens, il ressort que les décisions des
Bashigantahe et d’autres intervenants dans le domaine foncier visent principalement la
recherche de l’équité et du rétablissement de la paix sociale qu’une application des
principes définis dans le code foncier.
Le problème lié aux conflits fonciers se pose de manière accrue pour les réfugiés de
1972, dont les propriétés ont été redistribuées ou occupées par d’autres exploitants ou
par l’administration. Il y a un réel risque de conflits entre les occupants actuels,
souvent nantis d’un titre foncier délivré par les autorités et les réfugiés qui rentrent et
réclament leur propriété. Le recours à la prescription met juridiquement fin au conflit
mais les parties concernées ne l’acceptent pas. Elles invoquent le fait qu’elles ne
connaissent pas cette prescription dans la coutume qui les régissait à leur départ,
qu’elles ne pouvaient rentrer et reprendre leurs biens dans le pays à cause de
problèmes de sécurité dont ils ne peuvent répondre.
On pense qu’il faudrait à la fois des solutions juridiques pour la consolidation de l’Etat
de droit, mais également des solutions d’équité, pour amener les gens à accepter
spontanément les solutions adoptées et à revivre ensemble.
Un avant projet de code foncier est à l’étude pour modifier le code existant. La
modification est motivée d’abord par une volonté d’harmonisation du code foncier avec
des dispositions récentes des conventions internationales et d’autres lois, qui traitent de
manière plus appropriée les questions de l’environnement et de l’eau, notamment le code
de l’environnement (loi n° 1/010 portant code de l’environnement de la République du
Burundi, 30 juin 2000), le décret-loi sur l’instauration et l’organisation du domaine
hydraulique (Décret-loi n°1/41 du 26 novembre 1992 portant institution et organisation
du domaine public hydraulique). Il propose également une simplification des
procédures d’acquisition et d’enregistrement des terres (terres urbaines, zones
8
Les Bashingantahe, institution juridique et sociale de médiation, hommes intègres et de moralité
éprouvée, chargés de trancher les différends au sein de la population et reconnus par les pouvoirs
coutumiers, ont marqué la vie sociale au Burundi et ont gardé un grand crédit auprès de la population
qui sollicite encore leur arbitrage, parce qu’ils restent intègres et mieux informés sur les incidents
quotidiens, objet des litiges.
Ce sont ces Bashingantahe eux-mêmes qui investissent leurs pairs. On était guidé par des critères
rigoureux de sélection exigeant d'investir des personnes à humanité achevée. Tout sage/ Mushingantahe
devait préalablement posséder les qualités suivantes: l'équité, la droiture, la justice, le sens de la
modération et de l'arbitrage, l'amour du travail, le sens patriotique, l'amour des autres, le sens du pardon
et de la charité. Les Bashingantahe étaient garants du respect des contrats sociaux que les Burundais
concluaient entre eux. Rien ne pouvait être réalisé dans le pays sans leur avis préalable, pour qu'ils y
mettent leur accord. En résumé tout régime politique devait agir conformément à la volonté et l'avis des
Bashingantahe.
L'institution des Bashingantahe a traversé les siècles et s'est consolidé malgré les crises successives qu'a
connues le Burundi. L’ubushingantahe est basé sur une foi commune dans la valeur de la personne de
l’Umushingantahe, homme intègre, apôtre de la paix, exerçant à la fois une fonction sociale et juridique
8
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
d’aménagement intensif et terres des marais) qui permettra une unification du régime
des terres et l’acceptation du droit écrit par les bénéficiaires.
9
Décret loi du 26 novembre 1992 portant institution et organisation du domaine public hydraulique
9
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Les études antérieures ont relevé que le Burundi connaît une série d’intervenants
institutionnels mais que les dispositions légales et réglementaires ne définissent pas
clairement les attributions respectives pour éviter des interférences, permettre un échange
d’informations et l’optimalisation des résultats des interventions (KAMUNGI, P.M.,
OKETCH, J.S. et HUGGINS, C ; 2004 : 2). Ainsi sont compétents en matière foncière,
le Ministère, de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et des Travaux
publics, le Ministre de la Solidarité Nationale, du Rapatriement, de la Reconstruction
Nationale, des Droits de la personne Humaine et du Genre, le Ministre de l’Intérieur et
du Développement Communal, le Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, le
Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, le Ministre de l’Eau, de l’Energie et des
Mines ainsi que la Commission Nationale des Terres et autres Biens.
10
Ce document a été élaboré avant la formation du gouvernement en novembre 2007. Mais les
attributions n’ont pas changé.
11
Décret n° 100/162 du 30 octobre 2002, portant organisation du Ministère à la réinsertion et à la
réinstallation des déplacés et des rapatriés, ce ministère est une émanation de la convention de
gouvernement du 10 septembre 1994
12
Politique sectorielle du Ministère de la solidarité nationale des droits de la personne humaine et du
genre, Mai 2006
10
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Même si le Ministère s’occupe principalement des terres urbaines, il a des attributions qui
peuvent avoir des points de friction avec les attributions d’autres ministères notamment
celui de l’agriculture. Ainsi le Ministère chargé des Travaux Publics assure la tutelle du
Cadastre national, une administration personnalisée, dont les compétences s’étendent à
tout le pays, alors qu’il avait uniquement compétence sur les terres urbaines (Décret n°
100/102 du 2 mars 2007 portant création et organisation d’une administration
personnalisée de l’Etat dénommée « le cadastre national »). Ce service centralise les
travaux du cadastre, dresse et tient à jour le cadastre des biens fonciers et les concessions
sur tout le territoire, prévient et constate les infractions en matière d’occupation des terres,
13
Ministère des Travaux publics et de l’équipement, Politique sectorielle 2006-2010, adoptée en conseil
des Ministres du 24 mai 2006, p. 2-3
11
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
fait des évaluations foncières et immobilières des propriétés (art. 3). Alors que le cadastre
est compétent pour les travaux de mesurage et de bornage, il ne dispose pas de capacités
requises en matière d’évaluation des biens immobiliers. L’évaluation est faite par la
direction des titres fonciers, division de l’expertise foncière habilitée à évaluer les
immeubles et les propriétés non bâties pour déterminer la base taxable. Rien ne permet de
comprendre l’inscription de ces compétences nouvelles dans le décret sur le cadastre
national au moment de son détachement des titres fonciers sans transfert du service de
l’expertise immobilière resté dans la direction des titres fonciers. Une définition plus
claire des compétences réduirait les conflits.
12
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Ces attributions couvrent des domaines dans lesquels d’autres ministères sont également
compétents. Ceci peut entraîne des problèmes de gouvernance foncière.
Ainsi le Ministère de l’agriculture est aussi compétent pour définir la politique de lutte
antiérosive, attribuer des terres, aménager les marais, protéger les ressources naturelles...
La politique de réhabilitation des ressources naturelles envisagées entraînera l’irrigation
des terres agricoles, l’utilisation des intrants agricoles, la réhabilitation des forêts et parcs
naturels, la maîtrise des écosystèmes qui auront des conséquences sur l’environnement 14 .
Les Etats généraux de l’agriculture définissent des actions qui confirment notre
hypothèse :
• « Lutter contre l’érosion par l’aménagement participatif des bassins versants au sein
des exploitations agricoles individuelles ;
• Aménager les marais et les protéger contre les inondations ;
• Alléger la pression démographique sur les terres par la vélarisation évoluant vers
l’urbanisation (…) ;
• Intensification des boisements par reconstituer le couvert végétal détruit (…) 15 »
Légalement le code foncier donne aux gouverneurs des provinces et aux ministres ayant
l’agriculture et l’urbanisme dans leurs attributions des compétences en matière foncière
dans les terres du domaine privé de l’Etat. L’autorité publique peut « faire des cessions ou
14
Document de politique sectorielle, 2006, p. 40.
15
Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, Forum National sur les états généraux des l’agriculture et de
l’élevage pour une sécurité alimentaire durable au Burundi, Draft II, Bujumbura, 11-13 juillet 2007, p. 8.
13
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
des concessions à titre onéreux ou à titre gratuit ou constituer une servitude foncière »
(art. 234).
Théoriquement, les gouverneurs ou les ministres concernés attendent l’avis des conseils
des communes avant la décision d’octroi d’une terre, mais dans la pratique, les personnes
entendues affirment que certaines terres sont attribuées sans l’avis préalable et sans en
informer la Commune. On peut se trouver ainsi devant des situations où une terre déjà
attribuée est sollicitée ou est réattribuée à une tierce personne. Pourtant les procédures
prévues doivent permettre notamment aux autorités de la commune d’enregistrer les
demandes faites, et de vérifier la disponibilité de la terre convoitée (art. 260 c). La
commune doit procéder une enquête de vacance s’il s’agit d’une terre rurale tandis que le
conservateur des titres fonciers est consulté pour les terres urbaines (art. 257 c). Ces
précautions visaient principalement à éviter une attribution abusive ou des conflits entre
personnes ayant acquis des droits sur une même propriété.
Mais contrairement à ce qui est prévu par la loi, des études récentes montrent que des
cessions ont été faites par des autorités administratives sans tenir compte des procédures
prévues ou des compétences respectives. Ainsi une étude réalisée à Ngozi relève un
manque d’information de l’administration communale sur les terres distribuées ou
disponibles alors que les cessions devaient être précédées par des enquêtes diligentées par
l’autorité communale. L’étude a également relevé des concessions faites par des
personnes incompétentes, une absence de suivi dans l’exécution des conventions faites
avec les acquéreurs, une persistance de conflits sur des terres attribuées mais
revendiquées par d’autres personnes, etc. On peut citer à titre d’exemple le cas relevé à
Nyamurenza : « La compétence en la matière n’est vraiment pas respectée et pour
illustrer cela on peut donner l’exemple un peu trop marquant dans la Commune de
NYAMURENZA où un ancien chef de la zone Birambi a, parfois donné, parfois vendu
une terre d’une superficie allant jusqu’à 8 ha sous la couverture de l’administrateur
communal de son époque 16 . »
16
Association pour la paix et les droits de l’homme, asbl, section Université de Ngozi, avec l’appui de
Global Rights et Care international, Enquête qualitative sur la situation des conflits fonciers dans la
province de Ngozi, rapport final, Ngozi, Août, 2004, p. 13
14
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Les observations similaires figurent dans d’autres études sur la question foncière qui
relèvent une série de problèmes de gestion. Ces problèmes sont posés de la même
manière sur les terres des marais coutumièrement appartenant au premier occupant qui les
a mises en valeur mais des fois attribuées par les autorités administratives sans tenir
compte des droits coutumiers. Une étude sur cette question explique à suffisance les
pratiques coutumières et les problèmes qui naissent des interventions des autorités
politiques et administratives. « L’histoire du Burundi relève l’existence d’une solide
organisation judiciaire coutumière fondée sur les notables («Bashingantahe») à la
base, dont les compétences sont très appréciées par les justiciables, ce qui a raffermi
la cohésion sociale de l’époque. Ce système judiciaire traditionnel est également
observé actuellement dans le règlement des litiges fonciers relatifs aux marais. Les
conflits qui surviennent dans les marais sont multiples et variés 17 . ». Si les conflits
persistent, ils sont soumis à l’administrateur communal qui le règle en tenant compte du
principe du premier occupant.
Le Ministère de l’Intérieur est au premier plan engagé dans des conflits fonciers nés
des abus de pouvoir ou des injustices reprochés à certaines autorités. Non seulement
les élus et les autorités instituées sont sollicités en cas de conflit ayant des implications
sur l’ordre public mais ils le sont également pour faciliter l’exécution des décisions
prises par d’autres instances ou pour régler directement les conflits. Les interventions
pour régler les conflits ne sont pas appréciées partout de la même manière car elles
peuvent parfois prolonger des conflits réglés par d’autres intervenants ou remettre en
cause des accords intervenus.
La constitution des titres requiert une longue procédure administrative et un coût élevé.
Ils sont inaccessibles au monde rural. Une modification des procédures et leur
adaptation pourraient permettre aux agriculteurs et aux détenteurs des biens ruraux de
faire enregistrer leurs terres et d’éviter un grand nombre de conflits nés notamment du
17
Nimpagaritse, D., e.a., Législation des marais Aspects juridiques , contexte socio-économique et
dimensions techniques :état des lieux et premières propositions, FAO, 1999, p. 29.
18
République du Burundi, Politique sectorielle du Ministère de la Justice 2006-2010
15
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Ces priorités devraient amener le Ministère à dépasser son rôle premier de promotion
de la production agricole et à assumer le rôle de gestionnaire de la terre rurale,
notamment dans la réhabilitation des cultures de base en voie de disparition,
l’identification et la promotion de nouvelles cultures ou variétés de cultures, la
collaboration avec les acteurs publics et privés en matière de recherche agricole et
zootechnique en vue de promouvoir une agriculture de marché permettant la sécurité
alimentaire et l’accroissement des revenus de la population.
19
République du Burundi, Politique sectorielle du Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, Relance et
Développement durable du secteur agricole, Bujumbura, mai 2006
16
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Il ressort des attributions définies que la CNTB peut à bon droit faire l’inventaire des
terres et les attribuer à des sinistrés. Mais en pratique, il semble que la CNTB demande
aux ministères compétents de procéder à la distribution des terres.
Les missions assignées à la CNTB sont exercées également par des Ministères,
notamment le Ministère ayant l‘Environnement dans ses attributions et qui est également
chargé d faire l’inventaire des terres domaniales et leur aménagement et e Ministère de
la Justice qui est compétent pour initier et développer des activités relatives à la
médiation et à la conciliation dans ce genre de conflits.
S’agissant de l’installation des rapatriés, le Ministère ayant la solidarité nationale dans ses
attributions organise également l’accueil et la réinstallation de sans terres et d’autres cas
jugés nécessiteux, aide matériellement les sinistrés et organise les programmes de
reconstruction de l’habitat pour les sinistrés. Les missions de la CNTB couvrent le même
domaine. Rappelons que la CNTB est placée sous la tutelle de la Première Vice-
présidence, et non de ces ministères et que la Vice-présidence coiffe les ministères qui
n’ont pas nécessairement la terre dans leurs attributions. Il est évident que la terre touche
à la fois aux questions politiques et aux questions économiques mais que le
rétablissement de la paix sociale est privilégié.
20
Décret n° 100/205 du 22 juillet 2006 portant application de la loi n°1/18 du 4 mai 2006 portant
missions, composition, organisation et fonctionnement de la commission nationale des terres et autres
biens, art. 4
17
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
La gestion durable de la question foncière requiert une ferme volonté politique pour
mener à bien les réformes envisagées. Les actions à mener imposeront de prendre des
décisions qui engagent l’Etat et les collectivités locales et qui peuvent sembler
impopulaires. On peut citer, notamment la reprise des terres domaniales occupées
illégalement par des autorités politiques ou militaires, la reprise des terres distribuées dans
le cadre de projets de développement mais qui n’ont pas été mises en valeur, la mise en
place d’une politique de villagisation qui entraîne le déplacement des populations vers les
lieux de regroupement, etc. Il faut aussi une vision globale du problème foncier qui ne
peut se limiter à la résolution des conflits actuels, mais qui doit s’inscrire dans une
politique générale de lutte contre la pauvreté. La question foncière risque d’alimenter les
conflits, en tous cas de mettre en cause la paix sociale.
18
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
On relève certaines discriminations au sein de la population, qui sont nées des traditions
et qui ne sont pas sanctionnées. Ces discriminations sont à l’origine de la marginalisation
de certaines catégories de la population, notamment les Batwa (Ubugererwa) et les
femmes, qui sont souvent privés du droit d’accès à la propriété. Il existe également des
personnes sans terre, notamment les enfants nés en exil et incapables de déterminer leurs
origines, les enfants nés de ménages polygamiques sans possibilité d’accès à la terre, les
enfants de la rue, les enfants sans père qui ne peuvent pas s’intégrer dans la famille
maternelle, les enfants abandonnés, les orphelins privés de leurs terres, etc. La rareté des
terres risque de grossir le nombre des sans terre et marginaliser un peu plus cette
catégorie. La reprise des terres illégalement occupées peut permettre à l’Etat de les
redistribuer aux nécessiteux.
1.5.3 Conflits nés de l’absence de coordination des intervenants dans les conflits
fonciers
Il existe plusieurs intervenants dans les conflits fonciers : les tribunaux de résidence, les
ONG, les autorités administratives et politiques, les conciliateurs coutumiers,
abashingantahe. La coordination des actions menées est inexistante. Personne n’a pu
analyser les solutions proposées par les uns et par les autres et acceptées par les
bénéficiaires pour en tirer des enseignements sur la meilleure approche à proposer à tous.
Chaque intervenant poursuit sa mission sans aucune coordination avec les autres.
Il existe notamment un conflit latent entre les élus locaux et les Bashingantahe dans la
résolution des conflits. Alors que jusque 1993, les Bashingantahe jouissaient d’une totale
confiance des populations, la situation semble avoir évoluée. L’honorabilité de certains
Bashingantahe est entamée. Les élus locaux veulent consolider leur avantage d’élus et
rendre justice à la place des Bashingantahe. Une collaboration entre les deux est pourtant
nécessaire comme l’exige la loi communale. Une précision des compétences des uns et
des autres peut réduire la tension entre les deux institutions qui existe dans certaines
régions.
Mais les solutions proposées dans les conflits en cours sont insuffisantes pour asseoir
définitivement la paix sociales. Il existe un lien certain entre une solution durable de la
question foncière et le développement du Burundi. Nous faisons notre le constat fait par
19
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
21
Ministère de l’Agriculture, Plan de relance et de développement durable du secteur agricole (2006-
2010), décembre 2005, p. 25.
20
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
2. République du Congo
Le Congo (Brazzaville) ou la République du Congo a une superficie de 342.000 Km2.
Sa population est estimée en 2007 à 3.768.000 habitants. La densité de la population
est très faible, soit 11,5 habitants au Km2.
Le Congo sort d’une guerre civile, il a mis en place un régime républicain considéré
aujourd’hui comme un régime démocratique. La Constitution de 2002 reconnaît le
multipartisme et la séparation des trois pouvoirs.
Même si le pays est assez large au regard du nombre de ses habitants, il connaît des
problèmes fonciers liés notamment à l’accès à la terre, à l’insécurité des droits fonciers
et au dualisme juridique. L’occupation irrégulière du domaine public de l’Etat
constitue aussi une question d’actualité.
Le Congo a adopté des lois en matière foncière, qui, si elles étaient appliquées,
peuvent garantir un bon fonctionnement des institutions dans ce domaine. Il y a ainsi :
• La Loi n°17-2000 du 30 décembre 2000 portant régime de la propriété foncière ;
• La Constitution la république de Congo du 22 décembre 2001 ;
• La Loi n° 9-2004 du 26 mars 2004 portant code du domaine de l'Etat ;
• La Loi no l0-2004 du 26 mars 2004 fixant les principes généraux applicables aux
régimes domanial et foncier ;
• La Loi no l0-2004 du 26 mars 2004 portant procédure d'expropriation pour cause
d'utilité publique ;
• Le Décret n° 2006-255 du 28 juin 2006 portant institution, attributions composition
et fonctionnement d’un organe ad hoc de reconnaissance des droits fonciers
coutumiers
A côté de cette législation qui couvre tous les domaines, il existe des décrets
d’attribution de compétences aux différents services de l’Etat. La répartition des
compétences semble logique : elle se base sur les domaines d’intervention (terre, forêt,
hydraulique) mais aussi sur les échelons administratifs.
21
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Ce Ministère a autorité sur tous les services du Ministère et exerce la tutelle sur les
services placés sous sa responsabilité. Il aura ainsi la tutelle de la Commission chargée
de reconnaître les droits coutumiers.
Mais les décisions de la commission sont susceptibles de recours devant le juge, ce qui
est une garantie de bonne administration.
22
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Ainsi la répartition des services à tous les échelons devrait favoriser une approche
participative, en faisant constater les droits par ceux qui les vivent au quotidien. Ceci
devrait permettre le règlement du conflit permanent, droit écrit – droit coutumier, qui
semble insoluble dans d’autres pays qui ont privilégié un droit par rapport à un autre.
Alors que la difficulté de faire constater les droits coutumiers relève principalement de
la preuve, le décret laisse aux parties la liberté de la preuve. « La preuve des droits
coutumiers peut être apportée par tout moyen de nature à en établir la réalité et
susceptible d’être considéré comme déterminant (art. 5) ». Les parties peuvent ainsi
exhiber les livrets de propriété, les actes sous seing privé, etc.
Cette volonté politique semble trahie par une exploitation des zones forestières qui
tiendrait peu compte des intérêts de la population alors que cette zone ne devrait pas
échapper aux mesures de conciliation adoptée.
« Les populations locales n’ont pas ou peu de droits fonciers sur la forêt dont ils
dépendent. Les politiques de développement, souvent imposées par les créanciers
multilatéraux et bilatéraux et mises en œuvre par des gouvernements faibles et parfois
corrompus, allouent de larges espaces forestiers à des sociétés forestières pour
l’extraction du bois, ces sociétés étant elles-mêmes souvent corrompues. L’équilibre
du pouvoir en ce qui concerne l’utilisation de la forêt, son aménagement et les droits y
afférents, tend à s’éloigner encore davantage des intérêts des populations locales,
pour pencher du côté des intérêts privés, représentés par quelques sociétés
transnationales. Dans un tel contexte, les possibilités d’encourager le développement
local, apportant des bénéfices à long terme aux communautés locales tout en
sauvegardant l’équilibre écologique des forêts, sont rarement prises en compte. Dans
le pire des cas, de telles opportunités disparaissent avec la dégradation des ressources
forestières. 22 »
22
Vue d’ensemble de la région : [Link]
23
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Cette observation sur la gouvernance insuffisante est également reprise par Greenpeace
et par l’association les Amis de la Terre à l’occasion de la conférence sur la
biodiversité, science et gouvernance tenue à Paris (24-28 janvier 2005) : "Les Etats
minés par la corruption ou émergeants à peine de conflits choisissent majoritairement
la voie d'un profit à court terme et non redistribué à la nation. Dans les forêts,
l'opacité, l'absence de gouvernance et l'impunité règnent en maître. Les peuples et les
forêts du Bassin du Congo en subissent les conséquences les plus dramatiques. Mais
c'est toute l'humanité qui est concernée par le pillage de son patrimoine." (Illanga
Itoua, chargée de campagne Forêts africaines pour Greenpeace France)
Mais il existe des projets dans lesquels la population est totalement partenaire dans la
gestion foncière notamment la Concession de Kabo qui a reçu une certification de
FSC 23 . L’approche participative serait pratiquée également dans le cadre de la gestion
des ressources naturelles au niveau du parc national de Conkouati-Douli au sud-
Congo. « Le COGEREN (Comité de Gestion des Ressources Naturelles de du parc de
Conkouati-Douli) grâce à l'encadrement d'un anthropologue (UICN) a signé en 1999
avec les autorités Sous-préfectorales, le Ministère de l'Economie Forestière une charte
portant sur la cogestion des ressources naturelles du parc. 24 »
Il aurait fallu une visite sur terrain pour comprendre le fonctionnement des institutions
et vérifier l’application effective des lois dans le domaine foncier. Une étude sur la
gestion des espaces protégés revient sur la participation de la population et des
autorités coutumières dans la gestion de la terre et pose le problème de l’efficacité des
mesures prises face à la réalité africaine de la gestion des espaces: « La difficulté à
impliquer l'ensemble des acteurs au processus de négociation, plus particulièrement
ceux, parmi les autorités coutumières, à qui incombent les questions essentielles et
incontournables de l'accès à la terre et à ses ressources. Pourquoi certains
responsables locaux ne sont-ils pas impliqués dans le processus de gestion
participative ? Comment procéder pour résoudre ce problème et promouvoir des
actions plus conformes à la fois aux attentes foncières des populations et aux objectifs
écologiques de la conservation au travers de la gestion participative ? Telles sont les
questions soulevées ici, questions auxquelles nous tenterons de répondre en analysant
certains aspects particulièrement complexes en matière de gestion : la difficulté à
saisir correctement la mobilité au sein des dynamiques locales d'exploitation des
ressources naturelles ; la difficulté à identifier l'ensemble des acteurs clé étant donné
que certains d'entre eux ne se trouvent pas en permanence en périphérie de l'AP ;
enfin, la toute aussi grande difficulté à considérer que des étendues apparemment
vides correspondent néanmoins à des espaces socialisés et qu'il s'agit de poser
clairement ces questions sur la table de négociation avant qu'elles ne se transforment
en bombes à retardement dans les relations entre les promoteurs de la conservation et
les populations… 25 ». Ce conflit entre les droits traditionnels et le droit importé est
permanent dans tous les pays étudiés.
23
Björn Roberts, Directeur des communications, Tropical Forest Trust, L’heure du repas: dans une
tribu de Pygmées provisoirement établie dans la concession de Kabo, OIBT Actualités des Forêts
Tropicales 14/2 2006.
24
Dr Norbert Gami, droit coutumier et création du sanctuaire Lossi «Congo», voir
[Link]
25
Aurélie BINOT et Daou Véronique JOIRIS, Règles d'accès et gestion des ressources pour les acteurs
des périphéries d'aires protégées : foncier et conservation de la faune en Afrique subtropicale,
[Link]
24
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
La corruption est reconnue comme l’un des freins à la bonne gouvernance. Elle semble
présente dans les rouages administratifs. Des actions sont menées pour lutter contre la
corruption, mais il reste à attendre les résultats pour juger de leur efficacité. Le 28 mai
2008 la Commission nationale de lutte contre la corruption, la concussion et la fraude
(CNLCCF) et l'Observatoire anti-corruption, ont lancé des actions de sensibilisation de
la population congolaise sur les dangers de ces phénomènes. Ce programme est
soutenu par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Cette
action se déploie à Pointe-Noire, Nkayi, Dolisie, dans le sud du pays, et Ouesso (nord)
(Agence PANA, Brazzaville, 28 mai 2008). Comme dans la plupart des pays de
l’Afrique Centrale, les lois ont été adoptées mais elles ne suffisent pas pour soutenir et
promouvoir une bonne gouvernance foncière. Il faut une volonté politique bien
affirmée, des services administratifs fonctionnels et une participation plus effective de
la population à la gestion foncière.
La lutte contre la corruption devrait favoriser une meilleure application des lois et
règlements en vigueur et améliorer la gouvernance foncière.
25
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
3. Cameroun
Une fiche établie par les organisateurs de l’atelier sur les politiques foncières en
Afrique centrale présente de manière correcte le Cameroun. Le Cameroun est couvre
une superficie de 475 000 km2. Sa population estimée à 17 millions d’habitants en
2005 avec une croissance moyenne de 2,8%/an ; elle devrait atteindre 20 millions en
20. L’accroissement de la population urbaine, a été évalué à 5,6% par an pour la
période 1988-1995. Actuellement d’un peu plus de 50%, on estime que la population
urbaine, due à l’exode rural, pourrait atteindre 60% en 2010 dans les grandes villes. La
ville camerounaise est caractérisée par une densification excessive tant des zones
inconstructibles que du périurbain non structuré. Les dysfonctionnements dus à
l'occupation illégale de l'espace urbain ont été favorisés par l'insuffisance de l'offre de
parcelles équipées (80 % du marché foncier contrôlé par des filières informelles).
(Profil du Cameroun, établi dans le cadre de la conférence sur la politique foncière en
Afrique centrale).
Le Cameroun présente une grande diversité de zones climatiques qui, couplée avec une
non moins grande diversité géologique et topographique, dote le pays d’une grande
variété de régions écologiques et donc de ressources naturelles.
Les terres arables sont estimées à environ 7,2 millions d’hectares, mais seulement 1,8
millions d’hectares sont effectivement cultivées, soit 26% de l’ensemble. Pendant près
de trente années, la croissance du Cameroun a été tirée par les exportations des
matières premières d’origine agricole. En effet, les exportations du secteur rural
représentaient environ 55% des recettes d’exportation du pays. Malgré la crise
économique des années 1985-1995 qui s’est manifestée notamment par la chute
drastique des prix des principaux produits agricoles sur le marché international (café,
cacao, coton, etc.), la contribution du secteur agricole au PIB reste très appréciable
puisqu’elle se situe encore autour de 20%. Par ailleurs, le secteur rural reste encore le
plus grand pourvoyeur d’emplois productifs, puisqu’il utilise au moins 59% de la
population active, et assure un rôle irremplaçable dans la création des revenus dans les
campagnes.
La zone des forêts tropicales couvre un vaste espace de plus de 19 millions d’hectares
comprenant diverses formations forestières. Au Cameroun, la proportion de forêts
dégradées et fragmentées par rapport à la superficie forestière du pays est très élevée
(27,5%).
Nous examinerons d’abord les lois applicables pour apprécier leur adéquation à la
situation, ensuite les institutions chargées de la gestion foncière, et enfin les lignes de
force et les faiblesses des institutions chargées des questions foncières ainsi que les
26
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
problèmes relevés dans les écrits sur le pays qui peuvent mettre en cause la bonne
gouvernance.
Le Cameroun a adopté une loi sur le régime foncier mais elle est fort critiquée,
notamment à cause de son inadéquation aux droits vécus par la population, ce qui
risque d’hypothéquer sa mise en application. Les désaccords proviennent d’abord
d’une vision différente de la terre : « pour l’Etat, la terre est un instrument de
développement économique et social. Il a besoin de vastes domaines pour la
réalisation de ses objectifs économiques, mais aussi, pour inciter les populations à la
mise en valeur ultime condition pour accéder au "sésame" que représente le titre
foncier. Pour les collectivités traditionnelles, la terre est un élément de cohésion
tribale, la généralisation de la propriété privée individuelle menacerait les structures
tribales dans leurs fondements, étant donné que le groupe tribal est considéré comme
"le berceau des droits fonciers individuels et collectifs". Pour les populations en
général, le titre foncier est inconnu de certains, boudé par d’autres, à cause de la
27
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
En effet la terre n’est pas seulement une valeur économique, elle est aussi une valeur
culturelle et religieuse à laquelle la population est attachée. L’Etat a créé un domaine
national dans toutes les terres non appropriées au nom de l’intérêt général mais qui,
traditionnellement, appartiennent à une collectivité traditionnelle. Celle-ci se croit
investie, de par la coutume, des droits de propriété que lui revendique l’Etat au nom de
l’intérêt général. Il existe un risque de conflit dans ce domaine. Il faut ajouter Voici ce
qu’en dit Robinson Tchapmeni « pour de nombreux camerounais, la terre n’est pas
seulement source d’enrichissement des propriétaires et possesseurs, elle est aussi une
source d’enracinement culturel et religieux. Lorsque quelqu’un décède, une formule
rituelle est généralement répétée dans les discours qui précèdent la mise sous terre,
celle –ci : « Que la terre de nos ancêtres te soit légère ». Cette formule qui
accompagne très souvent des occasions funestes a, au moins, le mérite de traduire
l’idée répandue de l’appartenance des terres africaines aux ancêtres. » (Robinson
Tchapmegni, ibidem).
En effet, après un examen au niveau départemental par les services habilités, qui
instruit le dossier et règle d’éventuels conflits, le service technique de la province
délivre les titres et en assure la conservation. Ce service est chargé notamment de
suivre les formalités relatives à la gestion du domaine national et à l'immatriculation :
enregistrer les oppositions liées aux procédures correspondantes, rédiger les
bordereaux analytiques relatifs à toutes les inscriptions, conserver les livres fonciers et
des actes relatifs aux terrains immatriculés. Les délais de procédure de délivrance des
titres fonciers sont ramenés à cinq mois.
La propriété foncière est généralisée, elle doit faire l’objet d’une immatriculation qui
garantira les droits fonciers individuels. Cela pourrait contribuer à diminuer aussi bien
le nombre que l’intensité des litiges fonciers. Un géomètre sera chargé de constater
l’occupation ou l’exploitation de la terre à immatriculer. La population sera consultée
dans ce processus.
26
Robinson Tchapmegni, La reforme de la propriété foncière au Cameroun,
[Link]
28
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Aux termes de l’art.13 al (6) du décret n°2005 /481du 16 décembre 2005, « En cas
d’occupation ou d’exploitation effective, la commission consultative fait
immédiatement procéder au bornage de l’immeuble par un géomètre assermenté du
cadastre, en présence des riverains. Les frais du bornage sont à la charge du
requérant. » La présence de la population est bénéfique puisqu’elle permet de réduire
les malentendus qui peuvent naître des bornes non établies, des droits coutumiers mal
connus des agents de l’administration, etc.
Les conflits fonciers sont réglés en amont par les palabres avant de délivrer les titres de
propriété 27 . C’est en effet dans les services départementaux que se tiennent ces
palpables qui permettent d’aplanir les différends avant la constitution des titres.
L’acquisition d’un titre de propriété n’est définitive que si la loi a été respectée.
Lorsqu’il a été établi frauduleusement, le ministre en charge des affaires foncières peut
procéder au retrait ou à l’annulation des titres fonciers irréguliers. Ces recours sont
limités.
Le ministre peut, dans certains cas bien déterminés, annuler des titres entachés
d’irrégularité (D. n° 2005-481 du 15/12/2005, art.2 al. 6 et 7):
• « Lorsque plusieurs titres fonciers sont délivrés sur un même terrain, dans ce cas
ils sont réexaminés pour déterminer le légitime propriétaire. Un nouveau titre
foncier est alors établi au profit de celui-ci ;
• Lorsque le titre foncier est délivré arbitrairement sans suivi d’une quelconque
procédure, ou obtenu par une procédure autre que celle prévue à cet effet ;
• Lorsque le titre foncier est établi en partie ou en totalité sur une dépendance du
domaine public ;
• Lorsque le titre est établi en partie ou en totalité sur une parcelle du domaine privé
de l’Etat, d’une collectivité publique ou d’un organisme public, en violation de la
réglementation ».
27
Les voisins sont les mieux indiqués à constater des droits coutumiers sur le sol. Avant d’établir un
acte, les services du département doivent questionner les voisins, les confronter à la personne qui
demande le titre et établir un constat sur le statut de la terre en question. Si un différend surgit, il doit
être réglé avant la constitution du titre et cela se fait de manière informelle suivant les pratiques
populaires. Rappelons que la palabre africaine est conciliatrice, que tout est fait pour parvenir à un
accord à l’amiable.
29
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
30
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
On peut dire que le Congo dans son état actuel ne dispose pas de structures
administratives efficaces en matière foncière. Alors que la loi s’applique les milieux
urbains pour l’octroi des parcelles, elle ne l’est pas dans le milieu rural.
28
Les textes régissant le domaine foncier sont les suivants :
Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portan t régime général des biens, régime foncier et immobilier et
régime des sûretés telle modifiée et complétée par la loi n° 80 -008 du 18 juillet 1980 ;
- Ord. N° 74-148 du 02 juillet 1974 portant mesures d’exécution de la loi n° 73 -021 du 20 juillet
1973 ;
- Ord. N° 74-150 du 02 juillet 1974 et arrêté n° 90 -0012 du 31 mars 1990 portants modèles de livres et
certificat d’enregistrement ;
- Ord. N° 74-149 du 02 juillet 1974 et arrêtés n° 00122 du 08 décembre 1975, 1440/000029/85 du 21
décembre 1985 portants circonscriptions foncières ;
- Arrêté n° 90-0012 du 31 mars 1990 portant modalités de conversion des titres ;
- Décret du 20 juin 1960 et ord. N° 98 du 13 mai 1963 portant mesurage et bornage des terres ;
- Décret du 20 juin 1957 portant code de l’urbanisme ;
- Arrêtés n° 012/88 du 22 octobre 1988 et n° 01388 du 14 novembre 1988 portant autorisation de bâtir ;
- Ord. N° 77-040 du 22 février 1977 portant conditions d’octroi des concessions gratuites ;
31
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
juridique droit écrit - droit coutumier. En effet, la loi du 17 juin 1959 avait reconnu les
droits coutumiers des collectivités traditionnelles sur les terres à l’exception des terres
urbaines concédées aux étrangers et régies par la loi (loi n° 59-47 du 17 juin 1959
portant organisation domaniale et foncière). Mais on se rend compte que la loi n’a pas
réussi à mettre fin au pluralisme de fait des statuts.
On retrouve encore cinq formes de concessions sur la forêt (art. 1 code forestier) :
• La concession de coupe,
• la concession des communautés locales,
• la concession de conservation,
• la concession de bio prospection,
• la concession à des fins touristiques ou récréatives.
Ces concessions ont des règles et un mode de gestion différents. Cette diversité exige
une gestion suivie et des structures administratives rôdées mais qui ne sont pas
actuellement fonctionnelles, notamment à cause des enjeux importants et de la
précarité du statut des fonctionnaires.
Les concessions (superficie, emphytéose et usufruit) sont faites pour une durée de 25
ans renouvelables et peuvent donner droit à tous les produits du fond nécessaires à sa
mise en valeur, à l’exclusion des mines, des carrières, des sources d’eau minérale et
des hydrocarbures. L’acquéreur a le droit de pratiquer la chasse et la pêche sur les
terres acquises, d’abattre les arbres et de les replanter. L’usage est d’une durée de
quinze ans, tandis que la location ne dépasse pas les trois ans.
- Décret du 06 mai 1953 portant concessions et administration des eaux des lacs et des cours d’eau ;
- L’Ordonnance-loi n°69-041 du 22 août 1969 relative à la Conservation de la Nature a été
remplacé par l’Ordonnance n°78 -190 du 05 mai 1978 portant statuts de l’Institut National pour la
Conservation de la Nature (INCN), entreprise publique dont la dénomination a été changée en Institut
Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN). Elle a été complétée par la loi n°75-024 du 22
juillet 1975 relative à la création des secteurs sauvegardés et la loi n°082-002 du 28 mai 1982 portant
réglementation de la chasse.
29
- Ordonnance du 1er juillet 1914 relative à la pollution et à la contamination des sources, lacs et cours
d’eau et parties des cours d’eau ;
- Décret du 6 mai 1952 relatif aux concessions et à l’administration des eaux des lacs et des cours d’eau
;
32
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Aux termes de l’article 53 l’Etat est le seul propriétaire foncier : « Le sol est la
propriété exclusive, inaliénable et imprescriptible de l’Etat. » Les particuliers peuvent
obtenir une concession foncière. Ces concessions peuvent être "perpétuelles" ou
"ordinaires" ou une servitude foncière (art. 57). Les droits de propriété foncière
légalement obtenus avant la loi de 1973 sont automatiquement convertis en concession
perpétuelle pour les personnes physiques de nationalité congolaise (art. 80), à
condition qu'il y ait eu une mise en valeur effective des terres, et en concession
ordinaire pour les étrangers et les personnes morales (art 57, 61, 109 et suivants) qui
sont l’emphytéose (art 144, 148 –152), la superficie (art 141 à 143), l’usufruit (art- 132
à 140), l’usage (art 123 à 131 et 146 –147) ou la location (art144, 148 –152).
Aux termes de l’article 71, le président de la République fixe les règles de gestion de la
terre par une ordonnance. Celle-ci comprend :
• « Les règles régissant la création des circonscriptions urbaines, leur détermination
et la mise sur le marché de parcelles de terre dans ces circonscriptions ;
• Les critères qui déterminent les diverses catégories des terres, les prix, loyers et
redevances y afférents et les conditions spécifiques applicables à chacune de ces
catégories ;
• Les conditions générales de mise en valeur pour chaque catégorie de terre, si
besoin en est;
• Les conditions relatives au maintien et au changement de la destination des terres;
• Les mesures de publicité obligatoires ;
• Les critères qui déterminent la priorité pour l’obtention de concessions ;
• Les conditions relatives à l’introduction des demandes ;
• Les frais auxquels donnent lieu l’examen des demandes, l’établissement des
contrats, les annotations, les constats de mise en valeur et la délivrance des copies
de contrats et de plans ;
• Les taxes d’extraction et de prélèvements des matériaux qui ne sont pas considérés
comme des substances concessibles par la législation sur les mines et les
hydrocarbures ;
• Les formalités de résiliation, de résolution, de transferts et de renouvellement des
contrats ainsi que de renonciation. »
- Décret du 6 mai 1952 concernant les servitudes relatives aux eaux souterraines, aux eaux des lacs et
des cours d’eau ainsi qu’à leur usage ;
- Ordonnance n° 52/443 du 21 décembre 1 952 concernant des mesures propres à protéger les sources,
les nappes aquifères souterraines, les lacs et les cours d’eau, à empêcher la pollution et le gaspillage de
l’eau et à contrôler l’exercice des droits d’usage et des droits d’occupation concédée ;
- Ordonnance n° 64/ 650 du 22 décembre 1958 relative aux mesures conservatoires de la voie navigable,
des ouvrages d’art et des installations portuaires ;
- Ordonnance n° 74/ 549 du 31 décembre 1958 relative à la réglementation des cultures irriguées
33
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Théoriquement, les concessions sur les terres sont faites suivant leur importance, elles
sont de la compétence du législateur pour les blocs de terres rurales, égaux ou
supérieurs à 2000 Ha et pour les blocs de terres urbaines égaux ou supérieurs à 100 Ha
; elles sont validées par un décret du Président de la République pour les blocs de
terres rurales supérieures à 1000 Ha et inférieures à 2000 Ha et pour les blocs de terres
urbaines supérieures à 50 Ha et inférieures à 100 Ha, par le ministre ayant les affaires
foncières dans ses attributions, pour les blocs de terres rurales de plus de 200 Ha
n’excédant pas 1000 Ha et pour les blocs de terres urbaines de plus de 10 Ha mais
n’excédant pas 50 Ha et par le Gouverneur de province pour les blocs de terres rurales
égaux ou inférieurs à 200 Ha et pour les blocs de terres urbaines égaux ou inférieurs à
10 Ha.
4.3 Une loi foncière mais une insécurité foncière sur les terres rurales
Une enquête réalisée par le Ministère des travaux publics en 1999 sur les modes
d’acquisition des parcelles dans la ville de Kinshasa aurait montré que l’Etat n’a donné
que 26,73 pourcent des parcelles, les autres étant achetés à des particuliers ou aux
chefs coutumiers, ce qui va à l’encontre du prescrit de la loi en ce domaine. On
constate que l’Etat ne peut efficacement répondre aux demandes de parcelles urbaines
et assumer son rôle dans la gestion sans pouvoir disposer des parcelles et de la maîtrise
de leur attribution.
Les occupants des parcelles disposent soit d’un contrat de location pour les terres des
particuliers, d’un contrat d’occupation provisoire ou d’un certificat d’enregistrement.
Théoriquement les différends opposant le concessionnaire et les communautés locales
font l’objet d’une tentative préalable de règlement amiable par un comité ad hoc de
règlement des conflits mis en place à l’initiative de l’administration locale mais il est
aussi possible de recourir aux tribunaux.
30
« Article 387 :
Les terres occupées par les communautés locales deviennent, à partir de l’entrée en vigueur de la
présente Loi, des terres domaniales.
Article 388 :
Les terres occupées par les communautés locales sont celles que ces communautés habitent, cultivent ou
exploitent d’une manière quelconque – individuelle ou collective – conformément aux coutumes et
usages locaux.
Article 389 :
Les droits de jouissance régulièrement acquis sur ces terres seront réglés par une Ordonnance du
Président de la République. »
34
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Le code forestier prévoit un règlement non juridictionnel des litiges dans l’hypothèse
du conflit résultant des servitudes de passage entre des concessions contiguës. S’il en
résulte un dommage, le concessionnaire lésé autorisé à saisir l’administration pour
chercher une solution amiable (article 103). A défaut d’une solution à l’amiable, le
différent soumis à une commission ad hoc composée d’un représentant de l’autorité
administrative locale, d’un représentant de l’administration chargée des forêts, d’un
représentant des associations des exploitants et d’un représentant désigné par chacune
des parties en conflit (article 104). La partie non satisfaite de la décision garde
néanmoins la possibilité de porter le litige devant les juridictions de droit commun.
Malgré les dispositions légales qui octroient des droits sur la terre à l’Etat, l'autorité
coutumière garde un rôle incontournable en matière de distribution de terres. Avec la
complicité des autorités administratives, et grâce à l’indétermination des droits
fonciers coutumiers en l’absence d’une réglementation écrite et précise en ce domaine,
les chefs traditionnels vendent ou attribuent des terres sans sa référer aux autorités
administratives habilitées. « Les chefs fonciers coutumiers sont bien présents -et même
incontournables- sur le terrain, dans les processus réels d'affectation des terres. Ils
jouent en effet un rôle déterminant dans les enquêtes préalables aux concessions. De
plus, dans beaucoup de cas, c'est avant même cette enquête préalable qu'ils
interviennent: les demandeurs de concessions demandant souvent d'abord l'accord des
chefs de terre traditionnels de la zone, avant de s'adresser à l'administration. 31 »
Ceci crée une situation tolérée politiquement mais difficile à gérer eu égard à la
multiplicité de pratiques et à l’importance conflits
Dans les zones où la pression démographique est forte, notamment à l’Est du Congo, la
volonté d’occupation des terres entraîne des conflits fonciers qui vont jusqu’à des
violences sanglantes faute d’une structure fiable et non corrompue de gestion foncière.
Le passage d’un droit de propriété collective vers l’individualisation du droit de
propriété crée une situation conflictuelle à laquelle s’ajoute le flou juridique sur le
statut des terres grevées de droits coutumiers et une tendance à marginaliser la
production paysanne vers une production agro-industrielle 32 .
31
Paul Mathieu et Tshamala Kazadi, quelques aspects des législations et pratiques
foncières actuelles au zaïre, Ambiguïtés et enjeux pour les politiques agricoles,
Mondes en Développement, 1990, T. 18, n° 69, pp. 55-61.
32
Voir P. Matthieu et T. Kazadi, Quelques aspects des législations et pratiques foncières actuelles au
zaïre AMBIGUÏTES ET ENJEUX POUR LES POLITIQUES AGRICOLES, Mondes en Développement, 1990, T. 18,
n° 69, pp. 55-61 ; Voir version feuilles volantes, p. 7
35
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Nous faisons notre cette conclusion reprise dans l’analyse de P. Mathieu et T. Kazadi :
« L'absence de l'ordonnance spécifiant l'article 387, ainsi que celle de tout système
d'enregistrement écrit de ces droits rend ceux-ci hautement incertains et vulnérables à
l'égard de toute concession de terres 'coutumières' qui se ferait dans les formes et
procédures légales. La complexité et la lourdeur et les coûts de ces procédures -y
compris "coûts de transaction officieux" éventuels- les rendent en effet inaccessibles et
inattaquables pour les petits paysans, et ceux-ci , sans aucun titre écrit, sont encore
plus sans défense lorsqu'il y a collusion des chefs coutumiers -consultés lors de
l'enquête de vacance et même souvent avant celle-ci avec l'administration et/ou avec
les demandeurs de concession foncière (souvent d'origine urbaine, disposant de
revenus monétaires et du "pouvoir de corrompre"). Comme le signale KATUALA, à
propos d'une zone du Nord-Kivu, les petits paysans, sans possibilité de recours
efficace auprès des juridictions coutumières comme modernes, "se trouvaient ainsi
abandonnés à la merci du plus instruit et du plus fort...Voilà pourquoi ils
abandonneront la justice des hommes pour céder à la violence 33 "
La gouvernance foncière doit tenir compte de la corruption dans tous les domaines 34 .
33
Voir également dans le même sens KATUALA, K.K., Le phénomène de spoliation, Analyses sociales
(Kinshasa), Vol. 1, N° 5, Nov. 1984, p. 24 ; voir également dans le même sens (SALACUSE, J. W.,
1987, The National Land Law of Zaïre, in: RIDDELL, J., SALACUSE, J., TABACHNIK, D., The
National Land Law of Zaïre and Indigenous Land Tenure in Central Bandundu, Zaïre, Land Tenure
Center, LTC Research Paper 92, p. 8.
34
Voir par exemple BBC News, mercredi 31 avril 2008, 13H21 sur « country profil : Democratic
Republic of Congo « The history of DR Congo has been one of civil war and corruption. »
36
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Comme pour les autres pays, la gouvernance foncière au Congo (RDC) est fort
handicapée par le conflit permanent entre le droit coutumier et le droit écrit mal ou non
appliqué. L’intervention des chefs fonciers coutumiers avant toute concession permet
certes de réduire les conflits mais la corruption à tous les niveaux de l’administration
foncière réunit les chances d’une véritable sécurisation foncière. Malgré un espace
large et inexploité, la terre est un enjeu important objet de spéculation qui donne lieu à
des conflits au sein de la population. Une bonne gouvernance permettrait de sécuriser
les droits détenus, d’octroyer des terres à ceux qui en ont besoin et d’éviter ces
conflits.
Avec ses réserves en eau et en minerais de tout genre, son domaine forestier immense
et ses étendues de terre non attribuées, le Congo fait l’objet de toutes les convoitises.
Les insuffisances dans la gouvernance foncière favorisent la corruption et
l’exploitation désordonnée et met en danger les écosystèmes. La diversité des
coutumes et des pratiques fait du Congo un pays à part, un pays très riche mais dont la
population vit dans la misère.
37
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
5. Madagascar
Madagascar est un cas particulier dans la gestion foncière. La sécurisation foncière a
exigé la mise en place de structures administratives appropriées. La loi prévoit la
création de guichets fonciers communaux aptes à la délivrance de certificats fonciers
selon des procédures de reconnaissance locale, publiques et contradictoires. Réalisée
par une administration foncière de proximité, l'émission des certificats sera nettement
plus courte ; leur mise à jour sera immédiate. En outre, les communes disposeront
d'informations écrites et cartographiées pour aider à la résolution des conflits et pour
mieux organiser la collecte de l'impôt foncier.
Loi n° 2005-019 du 17 octobre 2005 fixe les principes régissant les différents statuts
des terres à Madagascar. Il faut ajouter d’autres dispositions applicables 35 :
• Loi n° 2006 – 031 fixant le régime juridique de la propriété foncière privée non
titrée
• Arrêté n° 6820/2005 portant ouverture des opérations cadastrales dans la Plaine de
Manjorozoro, Fokontany d'Amboditononona et d'Ampasina Maningory, Commune
Rurale d'Ampasina Maningory, District de Fenoarivo Atsinanana, 4 juin 2005
35
- Loi 60.004 du 5-02-60, Relative au Domaine Privé National, 27-02-60, p.411
- Ordonnance 62.047 du portant modification de la loi 60.004 du 15-02-60, 05-10-62, p.2042
- Loi 64.026 du 11-12-64, Modifiant et complétant certaines dispositions de la Loi 60.004 du 15-
02-60, 12-12-64 p.2813
- Loi 67.029 du 18-09-67, proroge au 31-12-72 délais prévus par art. 81 modifié et complété par
art.77 et 81 (art. 77 et 81 : nouvelle procédure d'immatriculation collective dite cadastre), 23-
12-67 p.2080
- Décret 64.205 du 21-05-64, Réglant les modalités d'application de la Loi 60.004, 30-05-64
p.1035
38
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
La décentralisation vise :
• La modernisation des services fonciers pour une amélioration du service public
rendu aux détenteurs de titre et la sauvegarde des archives foncières par
reconstitution et informatisation. Trois étapes sont prévues à savoir :
• la décentralisation de la gestion foncière par la création d’un service foncier de
proximité : le guichet foncier
• la formalisation et reconnaissance légale des droits fonciers non écrits par la
délivrance de certificats fonciers
• l’activation de la fiscalité des collectivités
La loi crée des guichets fonciers communaux disposant d’un centre de ressources
intercommunal informatisé. Les droits fonciers seront constatés par une Commission
de Reconnaissance Locale composée notamment des voisins et des représentants des
collectivités locales. Cette approche est assez originale, elle laisse au citoyen le droit
de participer à la gestion foncière et de veiller à ses intérêts.
39
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Teyssier explique la procédure suivie dans les guichets : « Le guichet foncier n’est pas
un dispositif unique ; il s’ajuste en proportion des ressources humaines et financières
des collectivités. Différents types de guichets fonciers sont proposés aux collectivités
selon leurs moyens, mais les procédures de certification et le service public rendu à
l’usager sont strictement identiques. La limitation des moyens des communes
handicape le travail des guichets fonciers.
La procédure de formalisation des droits fonciers passe par la descente sur terrain
d’une « Commission de Reconnaissance Locale », composée de représentants élus de
la commune et du fokonolona 36 . Cette commission est chargée d’établir un procès-
verbal enregistrant les droits revendiqués et d’éventuelles oppositions. Sur la base de
ce procès-verbal, l’agent du guichet prépare un Certificat Foncier à la signature du
maire.
Mais il semble que la mauvaise conservation des archives soit un premier obstacle à
l’élaboration de ce plan d’occupation.
36
Communauté.
37
Le PLOF est une carte des statuts juridiques de la terre qui détermine les droits fonciers écrits tels
qu’ils sont conservés par l’administration foncière et domaniale : titres fonciers, terrains à statut
spécifique, dépendances du domaine public. Cette carte localise ainsi les espaces de compétence du
guichet foncier communal, à savoir les terrains relevant de la propriété privée non titrée et ceux relevant
du domaine communal.
38
GOISLARD Catherine, Questions foncières et catastrophes naturelles. Etude de cas sur Madagascar,
Rapport de Consultation FAO, 2008, pp. 40-41
40
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
La mise en application des ces réformes peut être freinée par certains facteurs difficiles
à prévoir notamment les catastrophes naturelles qui peuvent avoir un impact sur la
tenure foncière et les droits de propriété des familles affectées. Ces catastrophes
semblent fréquentes. C’est pourquoi elle propose de collecter de manière systématique
les données de terrain, pour assurer la sécurité juridique des plus démunis, souvent
victimes de ces catastrophes.
La mise en application pourrait également être freinée par le coût des procédures
d’enregistrement qui sont peu élevés mais lourds pour les plus démunis. Un autre
problème né du PLOF incomplet ou approximatif au moment de l’ouverture d’un
guichet foncier rural qui ne permet pas de déterminer avec précision les droits de
chacun sur une terre déterminée. Ces PLOF servent, selon Goislard, « d’outil à la
planification, d’une part en indiquant les zones à risques qui pourraient être déclarées
inutilisables par les autorités et d’autre part pour identifier les terres sur lesquelles
personne n’exerce de droits et qui, de ce fait, pourraient être affectées aux familles
dont les parcelles ont été touchées par les catastrophes naturelles. Le PLOF et le
Système d’information géographique qui va avec permet aussi d’avoir des données
précises sur les superficies des terrains, les détenteurs de droits, ce qui peut faciliter
les calculs pour les indemnisations en cas d’expropriation pour des raisons de
sécurité 39 . » Encore faut-il que la stratégie nationale de lutte contre les catastrophes
naturelles prévoit des procédures de récupération et de réhabilitation des terres
affectées. Les plus démunis y perdent leurs droits.
39
Idem p. 45
40
Olivier Jenn-Treyer et Joseph Pouzoullic, organisations paysannes et sécurisation foncière, quelle
rationalité ?– discussion débat problématique foncière, BM, 4 mai 2006, p. 14
41
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Le certificat foncier peut être transformé en titre foncier d’immatriculation auprès des
Services déconcentrés de l’Etat chargés de la gestion du foncier, la loi n° 2006 – 031
régit les modalités d’acquisition du titre foncier. La transformation du certificat de
reconnaissance de droit de propriété en titre foncier ne peut intervenir qu’après
bornage de la parcelle (art. 21, loi n° 2006-031) conformément aux dispositions légales
et réglementaires en vigueur, et le cas échéant après règlement définitif du contentieux.
La Banque mondiale a donné un appui financier pour lutter contre la corruption 41 mais
un rapport préliminaire: résumé des principaux résultats des sondages nationaux sur la
corruption a été présenté par le conseil supérieur de lutte contre la corruption (CSLCC)
en février 2006 souligne que « tant chez les ménages que chez les agents de l’État, la
corruption ne figure pas parmi les problèmes les plus graves auxquels le pays doit
faire face : les deux groupes considèrent que l’inflation et la pauvreté sont les plus
sérieux problèmes au pays. 42 » Mais la corruption serait un obstacle sérieux à l’accès
aux services publics notamment dans les services chargés des questions foncières. La
corruption minerait la confiance envers le système politique. Mais les mesures prises et
la conscience politique sur ce problème sont de nature à combattre efficacement cette
corruption.
41
WASHINGTON, USA, June 4, 2008/African Press Organization (APO)/ — The World Bank Group
Board of Executive Directors approved today a financing in an amount of US$40 million to the
Republic of Madagascar for the second Governance and Institutional Development Project (PGDI - II).
This amount will enhance and further deepen previous reforms initiated under the first Governance and
Institutional Development Project (PGDI - I), which is scheduled to close in June 2009.
42
Casals & Associates, Inc. avec la participation de Vanderbilt University et l’institut de la banque
mondiale, Evaluation sur la lutte contre la corruption à Madagascar, rapport préliminaire: résumé des
principaux résultats des sondages nationaux sur la corruption rapport présenté au conseil supérieur de
lutte contre la corruption (CSLCC) Antananarivo, Madagascar, février 2006
42
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
naturelles contre lesquelles les propriétés rurales enregistrées ne semblent pas bien
protégées.
Si la mise en place des guichets permet de réduire les procédures et de rapprocher les
services des bénéficiaires, il reste que la pauvreté ne permet pas à tous d’obtenir la
sécurisation de leur propriété. Les frais restent élevés par rapport au revenu de certains
bénéficiaires ruraux.
43
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
6. Tchad
Le Tchad est situé entre 8ème et 24ème degré de la latitude Nord, et entre les 14ème et
24ème degré de longitude Est et couvre une superficie de 1.284.000 km².
Plusieurs problèmes se posent : d’abord il est difficile d’obtenir une information fiable
et consolidée sur la gouvernance foncière, ensuite, même si les textes de lois existent
depuis la colonisation, leur application semble difficile, enfin le pays traverse des
crises politiques et institutionnelles qui peuvent hypothéquer tous les efforts faits en
matière d’organisation administrative. La maîtrise du secteur foncier est
particulièrement difficile.
44
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
La loi de 1967 prévoit l’existence d’un domaine public et d’un domaine privé. Le
principe est que tous les biens non appropriés appartiennent à l’Etat. Cette décision est
lourde de conséquence, elle donne à l’Etat des droits dans des zones grevées de droits
coutumiers, sur le sous-sol, au mépris des occupants de la surface. L’occupation d’une
propriété du domaine public se fait moyennant une permission d’occupation et un
contrat d’occupation délivré par le Ministère des Finances. L’occupant paye une
redevance annuelle. Le bien immobilier du domaine public est imprescriptible. Mais il
semble qu’un problème se pose sur les cours d’eau qui sont appropriés au vu et au su
de l’administration qui ne réagit pas 43 . On considère généralement les cours d’eau
comme un bien public inaliénable.
Mais en réalité les insuffisances constatées dans les services publics chargés du
domaine national laissent à la population assez d’espace libre et non contrôlé pour
continuer les pratiques de vente et d’achat. Ces insuffisances ne permettent pas
l’organisation des espaces urbains. On constate également que les chefs traditionnels
s’arrogent le droit de distribuer des terrains à bâtir y compris dans la ville de
N’Djamena sans que les autorités puissent intervenir (Rapport précité, p. 50). Il semble
aussi que des chefs traditionnels peuvent s’approprier un puits et exiger des payements
à ceux qui viennent prendre de l’eau ou empêcher tout usage par des tiers
(informations données dans l’atelier sur les politiques foncières, Yaoundé, 6-8 août
2008).
La loi prévoit que le titre foncier est définitif et inattaquable, il forme le cas échéant,
devant toutes les juridictions, le point de départ unique de tous les droits existants sur
l’immeuble au moment de l’immatriculation (art. 7, loi n° 24 du 22 juillet 1967). Une
telle disposition sans réserve peut prêter à confusion notamment dans les cas où le titre
est annulable ou établi en fraude à la loi.
45
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Dans le milieu rural agricole, les terres sont sous la responsabilité des chefs
traditionnels premiers occupants qui peuvent distribuer la terre moyennant payement
ou contribution en nature. Les problèmes naissent dans les relations avec les éleveurs
dans la région agricole qui peut dégénérer dans des luttes pour l’appropriation du sol.
Certaines terres, notamment les terres de décrue seraient libres d’occupation, mais
dans d’autres zones, les chefs de villages ou autres se sont institués et toute occupation
sans leur accord donne lieu à des conflits parfois sanglants.
Par ailleurs, les enrichissements illicites sont des pratiques courantes dans ce pays
comme le prouvent les signes extérieurs de richesse de certains tchadiens dont le
niveau de revenus n’explique pas les investissements réalisés. C’est pour lutter contre
cet état de fait qu’un ministère chargé du Contrôle général d’Etat et de la
Moralisation a été institué.
44
Pierre-Yves Le Meur et Jean-Pierre Chauveau , Synthèse de l'atelier "Foncier et gestion des
ressources naturelles" Report of workshop "Land Tenure and Natural Resource Management"
46
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
47
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Les informations sur la RCA sont peu nombreuses, il est difficile d’obtenir des
informations sur la question foncière.
Ce code prévoit également un droit à la réparation pour les dommages causés par
l’exploitation minière dans les cas suivants :
• Le fait d’être privé de l’utilisation ou de la possession de la surface naturelle la
terre ;
• Le dommage causé à la surface naturelle de la terre ;
48
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
• La séparation de la terre ou d’une partie de cette terre, des autres terres possédées
par le propriétaire ou bénéficiaire de la zone ;
• La perte ou la restriction du droit de jouissance, de passage ou autre droit ;
• La perte ou le dommage causé aux améliorations ;
• L’interruption des activités agricoles sur la zone ;
• Le trouble social (art.72) »
45
Michel Bozangue, Mathieu Berekoutou, Cearles Siangue, République Centrafricaine, projet de
développement de l'élevage et de gestion des parcours étude d'impact environnemental, Etude d'Impact
Environnemental, 1993, 32 p
46
Idem, p. 4
49
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
• Adopter des règles juridiques sur la propriété foncière et la gestion de la terre qui
complèteraient et actualiseraient la législation foncière en vigueur; le nouveau
régime foncier qui serait intégré à un Code Rural dont les conditions d'élaboration
restent à déterminer, devrait tout au moins: (a) faciliter à la fois l'acquisition des
titres fonciers et le libre accès à la terre; (b) soumettre l'attribution des titres
fonciers à la prise en compte de critères relatifs au nombre d'habitants, à la
superficie disponible, aux perspectives de croissance économique et
démographique, à la stratégie de gestion des ressources naturelles et aux
perspectives en matière d'Aménagement du Territoire; (c) renforcer les droits
coutumiers des usagers de la terre; (d) faire obstacle à l'acquisition de trop
grandes possessions foncières par les plus riches, afin d'éviter la latifundisation et
la prolétarisation des moins nantis 47 ».
Cette étude relève que « une amélioration dans les modes d'acquisition du foncier et
les systèmes de gestion se réaliserait plus aisément à travers la création des
groupements d'intérêts pastoraux et agro-pastoraux dans les zones agro-pastorales.
Un programme serait initié qui prendrait en compte les problèmes relatifs à la
protection de l'environnement. »
47
Michel Bozangue, Mathieu BEREKOUTOU, Charles SIANGUE, Projet de développement de
l'élevage et de gestion des parcours, Étude d'impact environnemental, Banque Mondiale, 1993
48
LEROUX, Hugues ; TOULEMONDE, Jean-Edouard, Mise en place d'une base de données foncières
en RCA., Paris, groupe huit, 1993.- 96 P., +ann., tabl., fig., photo.
49
Voir pour détails sur la gestion forestière Jérôme MAHODE et Nicolas MVALE, MINISTERE DES
EAUX, FORETS, CHASSES, PECHES, DE L’ENVIRONNEMENT ET DU TOURISME, Etude des
besoins en formation forestière en R.C.A., AOUT 2002
50
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
50
[Link], [Link]
51
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Conclusion
Quelques problèmes "structurels" de la gouvernance foncière reviennent pour de
nombreux pays.
Ainsi la corruption, la non application des lois, l’abus de pouvoir ou la confusion des
rôles transparaissent dans la plupart des pays. L’existence de plusieurs institutions
compétentes en matière foncière crée une situation confuse et favorise la corruption,
les conflits permanents en cette matière. Les problèmes sont connus, mais personne
n’ose prendre la responsabilité de changer la situation. La terre est souvent la seule
source de revenus stable et les autorités qui peuvent en disposer en profiter pour
consolider leur autorité.
Dans certains pays, l’intervention des autorités administratives dans les conflits
fonciers ou dans la sécurisation foncière est institutionnalisée, dans d’autres pays un
rôle important revient aux autorités administratives décentralisées et aux autorités
coutumières.
Le Cameroun reconnaît que les conflits fonciers sont réglés en amont par les parables
avant de délivrer les titres de propriété. Les chefs traditionnels règlent ainsi les conflits
suivant les procédures traditionnelles avant l’entrée en possession du nouvel
acquéreur. La collaboration ainsi obtenue sécurise la propriété foncière, établit la paix
sociale et réduit les risques de conflits ultérieurs.
Selon des informations à notre disposition sur la problématique foncière au Tchad, les
relations entre les autorités coutumières et les autorités administratives sont plutôt
52
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
tendues : d’abord le pays dispose de textes de lois fort éloignées des pratiques locales,
ensuite la multiplicité des intervenants dans la gestion de la terre favorise la corruption.
Au lieu d’une complémentarité, les intervenants font la concurrence ce qui débouche
souvent à des conflits même sanglants entre occupants et propriétaires coutumiers,
entre éleveurs et agriculteurs, entre des autorités administratives et des chefs
traditionnels. La terre devient la seule valeur sûre dans un pays en guerre, son contrôle
est un enjeu important, d’où les conflits permanents. L’application des lois rencontre
des résistances des propriétaires terriens.
Au Congo (RDC), l’intervention des chefs fonciers coutumiers avant toute concession
permet de réduire les conflits mais la corruption à tous les niveaux de la constitution
du titre foncier met en danger la sécurisation foncière. Il existerait des pratiques
parallèles et une absence de coordination entre les autorités administratives et les
autorités coutumières.
53
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Bibliographie
Burundi
Association pour la paix et les droits de l’homme (asbl, section Université de Ngozi).,
Global Rights. & Care international. 2004. Enquête qualitative sur la situation des
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Décret n° 100/205 du 22 juillet 2006 portant application de la loi n°1/18 du 4 mai 2006
portant missions, composition, organisation et fonctionnement de la commission
nationale des terres et autres biens.
54
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Congo Brazzaville
Binot, Aurélie. & Joiris, Daou Véronique. Règles d'accès et gestion des ressources
pour les acteurs des périphéries d'aires protégées : foncier et conservation de la faune
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En ligne : [Link]/hors-serie4_chap_1/binot_joiris_f.html
Roberts, Björn. & Tropical Forest Trust. 2006. L’heure du repas: dans une tribu de
Pygmées provisoirement établie dans la concession de Kabo. OIBT Actualités des
Forêts Tropicales 14/2 2006.
Loi no l0-2004 du 26 mars 2004 fixant les principes généraux applicables aux régimes
domanial et foncier ;
Loi no l0-2004 du 26 mars 2004 portant procédure d'expropriation pour cause d'utilité
publique ;
Cameroun
55
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Décret 76-165 du 27 avril 1976, des conditions d'obtention des titres fonciers, modifié
et complété par le Décret n° 2005/481 du 16 décembre 2005.
Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, régime foncier et
immobilier et régime des sûretés telle modifiée et complétée par la loi n° 80 -008 du 18
juillet
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Loi n° 94/01 du 20 Janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche et
le décret n° 95/531/PM du Août 1995 fixant les modalités d’application du régime des
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Mathieu, Paul. & Kazadi, Tshamala. 1990. Quelques aspects des législations et
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Salacuse, J. W. 1987. The National Land Law of Zaire. In Riddell, J., Salacuse, J. &
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Central Bandundu, Zaire. LTC Research Paper 92. Land Tenure Center. p. 8.
Décret du 20 juin 1960 et ord. N° 98 du 13 mai 1963 portant mesurage et bornage des
terres ;
56
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Décret du 06 mai 1953 portant concessions et administration des eaux des lacs et des
cours d’eau ;
Loi n° 011/2002 du 29 août 2002, JO, 31 août 2002, portant code forestier
Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant code minier et ses mesures d’application
publiées dans le règlement minier par décret n° 038/2003 du 26 mars 2003.
Madagascar
57
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Loi n° 2005-019 du 17 octobre 2005 fixant les principes régissant les différents statuts
des terres à Madagascar.
Loi n° 2006 – 031 fixant le régime juridique de la propriété foncière privée non titrée
Loi 67.029 du 18-09-67, proroge au 31-12-72 délais prévus par art. 81 modifié et
complété par art.77 et 81 (art. 77 et 81 : nouvelle procédure d'immatriculation
collective dite cadastre, 23-12-67 p.2080
Décret 64.205 du 21-05-64, Réglant les modalités d'application de la Loi 60.004, 30-
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Repoblikan’I Madagasikara, Direction des Domaines et des Services Fonciers, Lettre
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Tchad
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de N’Djamena du 28 juin au 1er juillet 2004. 48 p.
Décret du 28 mars 1899 modifié par en décembre 1920 fixant le régime de la propriété
foncière ;
58
Gouvernance foncière en Afrique Centrale
Loi n° 23 du 22 juillet 1967 portant statut des biens domaniaux et son décret
d’application n° 188/PR du 1er août 1967 ;
Loi n° 24 du 22 juillet 1967 sur le régime de la propriété foncière et des droits
coutumiers et son décret d’application n° 186/PR du 1er août 1967 ;
Loi n° 25 du 22 juillet 1967 sur les limitations des droits fonciers et son décret
d’application n° 187/PR du 1er août 1967
Centrafrique
Leroux, Hugues. & Toulemonde, Jean-Edouard. 1993. Mise en place d'une base de
données foncières en RCA. Groupe huit. Paris. 96 p.
Mahode, Jérôme & Mvale, Nicolas. 2002. Etude des besoins en formation forestière en
R.C.A. Ministère des Eaux, Forêts, Chasses, Pêches, de l’Environnement et du
Tourisme.
59