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Mémoires de Luther : Biographie et Réflexions

Ce document décrit la vie de Martin Luther, le réformateur religieux allemand du 16ème siècle. Il s'agit d'une biographie composée de traductions des écrits de Luther lui-même, de sa correspondance et de ses œuvres théologiques et polémiques, complétés par des sources secondaires, afin de donner un portrait complet de l'homme et de retracer sa vie entière.

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Mémoires de Luther : Biographie et Réflexions

Ce document décrit la vie de Martin Luther, le réformateur religieux allemand du 16ème siècle. Il s'agit d'une biographie composée de traductions des écrits de Luther lui-même, de sa correspondance et de ses œuvres théologiques et polémiques, complétés par des sources secondaires, afin de donner un portrait complet de l'homme et de retracer sa vie entière.

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Luther, Martin (1483-1546). Mémoires de Luther écrits par lui-même.

Suivis d'un Essai sur l'histoire de la religion, et des biographies de WIcleff, Jean Huss, Erasme.... 1837.

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1ÉM0IRES

DE LUTHER
IMPRIMERIE BE; DUCESSOIS,
Quaides Augustin?,55.
MÉMOIRES

DE LUTHER

ÉCRITS PAR LUI-MÊME,


TKàBUHTS
ETMIS
ENOHBIIB

PARM. MICHELET,
A'L'ÉÇOLE
EOFESÏEUR HORMALE
, CHEFDELASEGTÏOH
HISTORIQUE
AUXARCHIVES
DÎTROYAUME,

suivisdun
Essai snr l'Histoire de la Religion»

ET DES BIOGRAPHIES
DEWIGLEFF,
JE1MHGSS,. HÉLA
ÉRASME, KCUTON,
HUTTEN,
ETAUTRES
PRÉDÉCESSEURS
ETC0HTEUP0RA1HS
»E LUTHER.

TOME PREMIER.

PARIS.

CHEZ L, HACHETTE,
libraire de l'Université de France,
12.
RUEPlERRE-SARJtAZIIf,
'
1837
Ce qu'on va lire n'est point un roman histori-

que sur la vie de Luther, pas davantage une


histoire de, la fondation du luthéranisme. C'est
une biographie, composée d'une suite de tra-
ductions. Sauf les premières années, que Luther
ne pouvait raconter lui-même, le traducteur a eu
rarement besoin de,prendre la parole.
Tl n'a guère
fait autre chose que choisir, dater, ordonner
les testes épars. C'est constamment Luther qui
parle, toujours Luther raconté par Luther. Qui
serait assez hardi pour mêler ses paroles à celles
d'un tel homme? Il fallait se taire, et le laisser
dire. C'est ce que l'on a fait, autant qu'il était
possible.
Ce travail, publié en i835, a été fait presque
entièrement dans les années 1828 et 182g. Le
traducteur de la Scienza nuova sentait vivement
à cette époque le besoin de redescendre des théo-*
ries aux applications, d'étudier le général dans
l'individuel, l'histoire dans la biographie, l'hu-
manité dans un homme. Il lui fallait un homme

qui eût été homme à la plus haute puissance, un


individu qui fût à la fois une personne réelle et
une idée; de plus, un homme complet, de

pensée et d'action ; un homme enfin dont la vie


fût connue tout entière, et dans le plus grand
détail, dont tous les actes, toutes les paroles,
eussent été notés et recueillis.

Si Luther n'a pas fait lui-même ses mémoires, il


les a du moins admirablement préparés *. Sa cor-
respondance n'est guère moins volumineuse que

1 Nous ayons suivi


pour les oeuvres allemandes l'e'dition de
Witteinberg, en 12 vol. in-folio, 1559-1559; pour les oeuvres
latines, celle de Wittemberg, en 7 vol. in-folio, 1545-1558 ,
quelquefois celle d'Ie'na, 1600-1612, en 4 vol. in-folio; pour
les Tischreden, l'e'dition de Francfort, 1568, in-folio. On troiu
celle De plus il n'est aucun
de Voltaire. de ses

ouvrages dogmatiques ou polémiques où il n'ait,


sans y songer, déposé quelque détail dont le bio-

graphe peut faire son profit. Ajoutez que toutes


ses paroles ont été avidement recueillies par ses
disciples. Le bon, le mauvais, l'insignifiant, ils
ont toutpris ; ce que Luther laissait échapper dans
la conversation la plus familière, au coin du feu,
au jardin, à table, après souper, la moindre
chose qu'il disait à sa femme, à ses enfans, à
lui-même, vite ils l'écrivaient. Un homme, ob-
servé et suivi de si près, a dû à chaque instant
laisser tomber des mots qu'il eût voulu ravoir.
Plus tard les luthériens y ont eu regret. Us au-
raient bien voulu rayer telle ligne, arracher telle
page. Quod scrîptum est, scriptum est.

vera à la Un du second volume des renvois qui! permettent de


vérifier chaque passage.
Quant aux citations tirées des Lettres, elles ont été exacte-
ment datées dans le texte. La date rend tout renvoi, superflu ;
elle suffit pour faire retrouver aisément ces passages d'ans l'ex-
cellente édition de M. De Wette, 5 vol. in-89;: Berlin, 1825~
Indépendamment des oeuvres de Lutter, nous.avons mis à profit
quelques autres ouvrages : Ukert. Seckendorf, Mareineke , etc..
VIII
C'est donc ici le vrai livre des Confessions de
Luther, confessions négligées, éparses, involon-
taires, et d'autant plus vraies. Celles de Rousseau
sont à coup sûr moins naïves, celles de saint
Augustin moins complètes et moins variées.

Comme biographie, celle-cise placerait, s'il


l'eût écrite lui-même en entier, entre les deux
autres dont nous venons de faire mention. Elle
présente réunies les deux faces qu'elles offrent

séparées. Dans saint Augustin, la passion, la


nature, l'individualité humaine, n'apparaissent
que pour être immolées à la grâce divine. C'est
l'histoire d'une
crise de l'âme, d'une renaissance,
d'une Vita nuova; le saint eût rougi de nous faire
mieux connaître l'autre vie qu'il avait quittée.
Dans Rousseau, c'est tout le contraire; iï ne

s'agit plus de la grâce ; la nature règne sans par-


tage, elle triomphe,, elle s'étale ; cela va quelque-
fois jusqu'au dégoût. Luther a présenté, non pas

l'équilibre de la grâce et de la nature, mais leur

plus douloureux combat. Les luttes de la sensi-


bilité, les tentations plus hautes du doute, bien
d'autres hommes en ont souffert ; Pascal les eut
évidemment, il les étouffa et il en mourut. Lu-
ther n'a rien caché, il ne s'est pu contenir. Il a
donné à voir en lui, à sonder, la plaie profonde
de notre nature. C'est le seul homme peut-être
où l'on puisse étudier à plaisir cette terrible
anatomie.

Jusqu'ici on n'a montré de Luther que son


duel contre Rome.
Nous, nous donnons sa vie

entière, ses combats', ses doutes, ses tentations,


ses consolations. L'homme nous occupe ici au-
tant et plus que l'homme de parti. Nous le mon-
trons, ce violent et terrible réformateur du nord,
non pas seulement dans son nid d'aigle à la

Wartbourg, ou bravant l'Empereur et l'Empire à


la diète de Worms, mais dans sa maison de Wit-

temberg, au milieu de ses graves amis, de ses


enfans qui entourent la table, se promenant avec
eux dansson jardin, sur les bords du petit étang,
dans ce cloître mélancolique qui est devenu la
demeure d'une famille ; nous l'entendons rêvant
tout haut, trouvant dans tout ce qui l'entoure,
dans la fleur, dans le fruit, dans l'oiseau qui
passe, de graves et pieuses pensées. (Voy. t. II,
p. 78, etc.)

Quelque sympathie que puisse inspirer cette


aimable et puissante personnalité de Luther, elle
ne doit pas influencer notre jugement sur la doc-
trine qu'il a enseignée, sur les conséquences qui
en sortent nécessairement. Cet homme qui fit
de la liberté un si énergique usage, a ressuscité
la théorie augustinienne de l'anéantissement de
la liberté. Il a immolé le libre arbitre à la grâce,
l'homme à Dieu, la morale à une sorte de fa-
talité providentielle.

De nos jours les amis de la liberté se recom-


mandent volontiers du fataliste Luther. Cela
semble bizarre au premier coup-d'oeil. Luther
lui-même croyait se retrouver dans Jean Huss,
dans les Vaudois, partisans du libre arbitre. C'est

que ces doctrines spéculatives, quelque opposées-


qu'elles paraissent, se rencontrent toutefois dans
leur principe d'action, la souveraineté de la rai-
son individuelle, la résistance au principe tradi-
tionnel , à l'autorité.
Il n'est donc
pas inexact de dire que Luther a
été le restaurateur de la liberté pour les derniers
siècles. S'il l'a niée en théorie, il l'a fondée en

pratique. II a, sinon fait, au moins courageuse-


ment signé de son nom la grande révolution

légalisa en Europe le droit d'examen. Ce


qui
premier droit de l'intelligence humaine, au-

quel tous les autres sont rattachés, si nous l'exer-

çons aujourd'hui dans sa plénitude , c'est à


lui en grande partie que nous le devons. Nous
ne pouvons penser, parler, écrire, que cet im-
mense bienfait de l'affranchissement intellectuel
ne se renouvelleà chaque instant. Les lignes
mêmes que je trace ici, à qui dois-je de pouvoir
les publier, sinon au libérateur de la pensée
moderne ? •

Cette dette payée à Luther, nous ne craindrons

pas d'avouer que nos sympathies les plus fortes


ne sont pas de ce côté. On ne trouvera point
ici l'énumération des causes qui rendirent la
victoire du protestantisme inévitable. Nous ne
montrerons pas ,. après tant d'autres , les plaies
d'une église où nous sommes nés, et qui nous est
chère. Pauvre vieille mère du monde moderne ?
reniée, battue par son fils, certes, ce n'est pas
nous qui voudrions la blesser encore. Nous au-
rons occasion de dire ailleurs combien la doc-
trinecatholique nous semble, sinon plus logique,
au moins plus judicieuse, plus féconde et plus
complète que celle d'aucune des sectes qui se sont
élevées contre elle. Sa faiblesse, sa grandeur
aussi, c'est de n'avoir rien exclus qui fût de
Thomme , d'avoir voulu satisfaire à la fois les

principes contradictoires de l'esprit humain. Cela


seul donnait sur elle des succès faciles à ceux qui
réduisaient l'homme à tel ou tel principe, en
niant les autres. L'universel, en quelque sens

qu'on prenne le mot, est faible contre le spécial.


Uhêrésîe est un choix, une spécialité. Spécialité
d'opinion, spécialité de pays. Wicleff, Jean
Huss , étaient d'ardens patriotes ; le saxon Lu-
ther fut l'Arminius de la moderne Allemagne.
Universelle dans le temps, dans l'espace, dans la

doctrine, l'Eglise avait contre chacun l'infériorité


d'une moyenne commune. II lui fallait lutter pour
l'unité du monde contre les forces diverses du
monde. Comme grand nombre, elle contenait,
elle traînait le mauvais bagage des tièdes et des
timides. Comme gouvernement, elle rencontrait
toutes les tentations mondaines. Comme centre
des traditions religieuses, elle recevait de toutes

parts une foule de croyances locales contre les-

quelles elle avait peine à défendre sonunité, sa

perpétuité. Elle se présentait au monde telle que


le monde et le temps l'avaient faite. Elle lui appa-
raissait sous la robe bigarrée de l'histoire. Ayant
subi, embrassé l'humanité tout entière, elle en
avait aussi les misères, les contradictions. Les

petites sociétés hérétiques, ferventes par le péril


et la liberté, isolées, et partant plus pures y plus
à l'abri des tentations, méconnaissaient l'église
cosmopolite, et se comparaient avec orgueil. Le

pieux et profond mystique du Rhin et des Pays-


Bas, l'agreste et simple Vaudois., pur comme
l'herbe des Alpes, avaient beau jeu pour accuser
d'adultère et de prostitution Celle qui avait tout

reçu, tout adopté. Chaque ruisseau pourrait


dire à l'Océan, sans doute : Moi, je viens de ma

montagne5 je ne connais, d'eau que les miennes.


Toi5itu reçois les souillures du monde.,— .Qul:>
mais'je suis l'Océan. ..,.-• .,.
Voilà ce qu'il faudrait pouvoir dire et déve-

lopper. Aucun livre plus que celui-ci, n'aurait


besoin d'une introduction. Pour savoir comment
Luther fut obligé de faire et subir ce qu'il ap»

pelle lui-même la plus extrême des misères; pour


comprendre ce grand et malheureux homme qui
remit en marche l'esprit humain à l'instant même
où il-croyait le reposer sur l'oreiller de la grâce;

pour apprécier cette tentative impuissante d'u-


nion entre Dieu et l'homme, il faudrait connaître'
les essais plus conséquens que firent, avant et
après, les mystiques, les rationalistes,, c'est-à-
dire esquisser toute l'histoire de la.religion chré-
tienne. Cette introduction si nécessaire;, peut-''
être dans r quelque temps- me déciderai-je à la
-, - '
donnera ;

Pourquoi donc ajourner encore ceci ? pour-

quoi commencer tant de choses et s'arrêter tou-


jours en chemin? Si l'on tient à le savoir, je le
dirai volontiers.

À moitié de l'histoire Romaine, j'ai rencontré


le christianisme naissant! A moitié de l'histoire
de France je l'ai rencontré, vieillissant et affaissé;
ici, je le retrouve encore. Quelque part que
j'aille, il est devant moi, il barre ma route et
m'empêche dé passer.

Toucher au christianisme ! ceux-là seuls n'hé-


siteraientpoint qui ne le connaissent pas
Pour moi, je me rappelle les nuits où je veillais
une mère malade ; elle souffrait d'être immobile,
elle demandait qu'on l'aidât à changer de place,
et voulait se retourner. Les mains filiales hési-
taient ; comment remuer ses membres endo-
loris ?..

Voilà bien des années que ces idées me travail-


lent. Elles font toujours dans cette saison d'ora-

ges le trouble, la rêverie de ma solitude. Cette


conversation intérieure qui devrait améliorer,
elle m'est douce au moins, je ne suis pas pressé
de la finir, ni de me séparer encore de ces vieilles
et chères pensées.

Août 1855.
MÉMOIRES

DE LUTHER

LIVRE PREMIER.

1485-1521.

CHAPITRE PREMIER.

1485-151 T. \ ';'.''

Naissance, éducation de Luther, son ordination, ses tentations ,


son voyage à Rome. ,

« J'ai souvent conversé avec Mélanchtpn, et lui


ai raconté toute ma vie de point en point. Je suis
fils d'un paysan; mon père, mon grand-père,
mon'aïeul j étaient de vrais paysans. Mon père
est allé à Mansfeld, et y est devenu mineur. Moi,
j'y suis né. Que je dusse être ensuite bachelier,
i. i
a MÉMOIRES

docteur, etc., cela n'était point dans les étoiles.


N'ai-je pas étonné les gens en me faisant moine ?
puis en quittant le bonnet brun pour un autre ?
"
Cela vraiment a bien chagriné mon père r et lui
a fait mal. Ensuite je me suis pris aux cheveux
avec le pape, j'ai épousé une nonne échappée,
et j'en ai eu des enfans. Qui a vu cela dans les
étoiles ? Qui m'aurait annoncé d'avance qu'il
en dût arriver ainsi? »
Jean Luther, père de celui qui est devenu si
célèbre, était de Moera ou Moerke, petit village de
Saxe, près d'Eisenach. Sa mère était fille d'un
bourgeois de cette ville, ou, selon une tradition
que j'adopterais plus volontiers, de Neustadt en
Franco nie. Si l'on en croyait un auteur moderne
qui ne cite puint ses autorités, Jean Luther
aurait eu le malheur de tuer dans une prairie, un
paysan qui y faisait paître ses troupeaux, et eût
été forcé de se retirer à Eisleben, plus tard dans
la vallée de Mansfeld. Sa femme l'avait suivi en-
ceinte ; elle accoucha en arrivant à Eisleben
de Martin Luther. Le père, qui n'était qu'un
pauvre mineur, avait bien de la peine à soutenir
sa famille, et l'on verra tout-à-Pheure qu& ses
enfans furent obligés quelquefois de vivre d'au-
mône. Cependant, au lieu de les faire travailler
avec lui, iLvoulut qu'ils allassent aux écoles. Jean
Luther paraît avoir été un homme plein de sim-
DE LUTHER. 5

plicité et de foi. Lorsque son pasteur le consolait


dans ses derniers momens : « Pour ne pas croire
cela, dit-il, il faudrait être un homme bien tiède. »
Sa femme ne lui survécut pas d'une année (i 531).
Ils avaient alors une petite fortune, qu'ils devaient
sans doute à leur fils. Jean Luther laissa une mai-
son , deux fourneaux à forge, et environ mille
thalers en argent comptant.
Les armes du père de Luther, car les paysans en
prenaient à l'imitation des armoiries des nobles,
étaient tout simplement un marteau. Luther ne
rougit point de ses parens. Il a consacré leur nom
dans sa formule de bénédiction nuptiale : «Hans,
veux-tu prendre Grethe (Jean, Marguerite). »
« C'est pour moi un devoir de piété, dit-il à
Mélanchton, dans la lettre où il lui annonce la
mort de Jean Luther, de pleurer celui duquel
le Père de miséricorde m'a fait naître, celui par
les travaux et les sueurs duquel Dieu m'a nourri
et m'a formé tel que je suis, quelque peu que je
sois. Certes, je me réjouis qu'il ait vécu -jus-
qu'aujourd'hui pour voir la lumière dé la vérité.
Béni soit Dieu pour l'éternité dans tous ses
conseils et ses décrets ! amen ! » .
Martin LDTHER ou Luder, ou Lother (car il
signe quelquefois ainsi), naquit à Eisleben, le
10 novembre i483, à onze heures du soir. En-
voyé de bonne heure à l'école d'Eisenach (1489)/
i MÉMOIRES
il chantait devant les maisons pour gagner son
pain, comme faisaient alors beaucoup de pauvres
étudians en Allemagne. C'est de lui que nous
tenons cette particularité. « Que personne ne
s'avise de mépriser devant moi, les pauvres com-
pagnons qui vont chantant et disant de porte en
porte : punem propter Deum ! vous savez comme
dit le psaume : les princes et les rois ont chanté.
Et moi aussi, j'ai été un pauvre mendiant, j'ai
reçu du pain aux portes des maisons , particu-
lièrement à Eisenach, dans ma chère ville ! »
Il trouva enfin une subsistance plus assurée
et un asile dans la maison de la dame Ursula,
femme ou veuve de Jean Schweickard, qui eut
pitié de voir errer ce jeune enfant. Les secours
de cette femme charitable le mirent à même
d'étudier quatre ans à Eisenach. En ï5oi, il
entra à l'université d'Erfurth, où il fut soutenu
par son père. Luther rappelle quelque part sa
bienfaitrice par des mots pleins d'émotion, et il
en a gardé reconnaissance aux femmes toute
sa "vie. •
Après avoir essayé de la théologie, il fut dé-
cidé, par les conseils de ses amis, à embrasser
l'étude du droit, qui conduisait alors aux postes
les plus lucratifs de l'Etat et de l'Eglise. Mais il ne
semble pas'"s'y être jamais livré avec goût. II ai-
mait bien "mieux la belle littérature, et surtout
DE LUTHER. 5
la musique. C'était son art de prédilection. 11 la
cultiva toute sa vie, et l'enseigna à ses enfans. Il
n'hésite pas à déclarer que la musique lui semble
le premier des arts après la théologie. « La musi-
que est l'art des prophètes ; c'est le seul qui,
comme la théologie , puisse calmer les troubles
de l'âme et mettre le diable en fuite. » Il touchait
du luth, jouait de la flûte. Peut-être.eût-il réussi
encore dans d'autres arts. Il fut l'ami du grand
peintre, Lucas Cranach. Il était, ce semble.* adroit
de ses mains, il apprit à tourner.
Ce goût pour la musique et la littérature, la
lecture assidue des poètes qu'il mêlait aux études
de la dialectique et du droit, tout cela n'annon-
çait point qu'il dût bientôt jouer un rôle si sé-
rieux dans l'histoire de la religion.: Diverses tra-
ditions porteraient à croire que, malgré son
application, il partageait la vie dès étudians alle-
mands de cette époque -: cette gaîté -dans l'indi-
gence, ces habitudes bruyantes, cet extérieur
belliqueux avec une âme douce et un esprit paci-
fique, l'ostentation du désordre avec des moeurs
pures. Certes, si quelqu'un avait-rencontré Mar-
tin Luther, voyageant à pied sur la. route d'Er-
furth àMansfeld, dans la troisième fête de Pâques
de Fan 1 i5o3, l'épée et le couteau de chasse au
côté, et se blessant lui-même de ses propres ar-
mes, il ne se serait point avisé que le, maladroit
6 MÉMOIRES
étudiant dût sous peu renverser la domination de
l'église catholique dans la moitié de l'Europe.
En i5oS, un accident donna à la vie du jeune
homme une direction toute nouvelle. Il vit un de
ses amis tué d'un coup de foudre à ses côtés. Il
poussa un cri, et ce cri fut un voeu à sainte Anne
de se faire moine, s'il échappait. Le danger passé,
il ne chercha pas à éluder un engagement arraché
par la terreur. Il ne sollicita point de dispense.
II regardait le coup dont il s'était vu presque
atteint, comme une menace et un ordre du ciel.
Il ne différa que de quatorze jours l'accomplisse-
ment de son voeu.
Le 17 juillet i5o5, après avoir passé gaîment
la soirée avec ses amis à faire de la musique, il
entra la nuit dans le cloître des Augustins, à Er-
furth. Il n'avait apporté-avec lui que son Plaute
et son Virgile.
Le lendemain, il écrivit un mot d'adieu à di-
verses personnes, informa son père de sa réso-
lution, et resta un mois sans se laisser voir. Il
sentait combien il tenait encore au monde ; il
craignait le visage respecté de son père, et ses
ordres et ses prières. Ce ne fut, en effet, qu'au
bout de deux ans que Jean Luther le laissa faire
et consentit à assister à son ordination. On avait
choisi pour la cérémonie le jour où le mineur
pouvait quitter ses travaux. Il vint à Erfurlh avec
DE LUTHER. T

plusieurs de ses amis, et donna au fils qu'il per-


dait, ce qu'il avait pu mettre de côté, vingt
florins.
il ne faut pas croire qu'en prenant ces ëngagè-
mens redoutables, le nouveau prêtre fût poussé
par une ferveur singulière. Nous avons vu avec
quel bagage de littérature mondaine il était
entré dans le cloître. Ecoutons-le lui-même sur
les dispositions qu'il y apportait : « Lorsque je
dis ma première messe à Erfurth, j'étais presque
mort : car je n'avais aucune foi. Je voyais seu-
lement que j'étais très 'digne. Je ne me regar-
dais point comme un pécheur. Là première
messe était chose fort célébrée et dont il reve-
nait beaucoup d'argent. On apportait les horas
canonicas avec des flambeaux. Le cher jeune sei-
gneur;, comme les paysans appelaient leur nou-
veau curé, devait alors danser avec sa mère, si
elle vivait encore, et les assistans en pleuraient
de joie. Si elle était morte, il la mettait, disait-
on, sous le calice, et la sauvait du purgatoire. »
Luther ayant obtenu ce qu'il voulait, étant
devenu prêtre, moine, tout étant consommé,
,et la porte close, alors commencèrent, je ne dis.
pas les regrets,, mais les tristesses, les perplexi-
tés, les tentations de la chair, les mauvaises
subtilités de l'esprit. Nous ne savons guère au-
jourd'hui ce que c'est que cette rude gymnastique
8 MÉMOIRES
de l'âme solitaire. Nous donnons bon ordre à nos
passions. Nous les tuons ,à leur naissance. Dans
cette énervante distraction d'affaires, d'études,
de jouissances faciles, dans cette satiété pré-
coce des sens et de l'esprit, comment se repré-
senter les guerres spirituelles que se livrait en
lui-même l'homme du moyen-âge, les doulou-
reux mystères d'une vie abstinente et fantasti-
que, tant .de combats terribles qui ont passé
sans bruit et sans mémoire entre, le mur et les
sombres vitraux de la pauvre cellule du moine?
« Un archevêque de Mayence disait souvent :
Le coeur humain est comme la meule d'un mou-
lin. Si l'on y met du blé, elle l'écrase et en fait
de la farine ; si l'on n'en met point, elle tourne
toujours, mais s'use elle-même. »
«... Lorsque j'étais moine, dit Luther, j'écri-
vais souvent au docteur Staupitz. Je lui écrivais
une fois : Oh ! mes péchés ! mes péchés ! mes péchés !
A quoi il me répondit : « Tu veux être sans péché,
et tu n'en as pourtant aucun véritable. Christ a
été le pardon des péchés: »
«...Je me confessais souvent au docteur Stau-
pitz, non d'affaires de femmes, mais de ce qui fait
le noeud dé la question. Il me répondait ainsi que
tous lés autres confesseurs : Je ne comprends pas.
Enfin il vint me trouver à tablent me dit: Com-
ment donc êtes-vous si triste, frater Martine ? —
DE LUTHER. f 9

Ah ! oui, je le suis, répondis-je. —- Vous ne savez

pas, dit-il, qu'une telle tentation vous est bonne


et nécessaire , mais ne serait bonne qu'à vous. II
voulait dire seulement que j'étais savant, et que
sans ces tentations, je deviendrais fier et orgueil-
leux ; mais j'ai compris plus tard que c'était une
voix et une parole du Saint-Esprit. »
Luther raconte ailleurs que ces tentations
l'avaient réduit à un tel état, que pendant qua-
torze jours il nlaVait ni bu, ni mangé, ni dormi.
« Ah !• si saint Paul vivait aujourd'hui,! que je
voudrais savoir- de lui-même quel genre de ten-
tation il a éprouvé. Ce n'était point l'aiguillon de
la chair, ce n'était point la bonne Técla, comme
le rêvent les papistes. Oh ! non,"ce n'était point
là un péché qui lui eût vâecbirë la conscience.
C'est quelque chose de plus haut que le désespoir
causé par les péchés ; c'est plutôt la tentation
dont il est parlé-dans le-psaume : Mon Dieu,
mon Dieu, pourquoi m'as-tu délaissé ? Comme
s'il voulait dire.: Tu m'es ennemi sans cause ;
et comme dans Job : Je suis pourtant juste' et
innocent. Je Suis sûr que le livre de Job est une
histoire véritable dont on a fait ensuite un
poème.... Jérôme et autres pères n'ont pas senti
de telles tentations. Ils n'en ont connu que de
puériles, celles de la chair, qui- ont pourtant
bien aussi-leurs ennuis. Augustin et Ambroise
10 MÉMOIRES
ont eu aussi des tentations et ont tremblé de-
vant le glaive; mais ce n'est rien en comparaison
de l'ange de Satan qui frappe des poings.... Si
je vis encore un peu, je veux écrire un livre sur
les tentations, sans lesquelles un homme ne peut
ni comprendre la sainte Ecriture, ni connaître
la crainte et l'amour de Dieu. »
« ... J'étais malade à l'infirmerie. Les tenta-
tions les plus cruelles épuisaient mon corps et le
martyrisaient, de sorte que je pouvais à peine
respirer et haleter. Aucun homme ne me conso-
lait : tous ceux auxquels je me plaignais, répon-
daient : Je ne sais pas. Alors je me disais : Suis-je
donc le seul qui doive être si triste en esprit?...
Oh ! que je voyais des spectres et des figures hor-
ribles !.... Mais il y a dix ans, Dieu me donna une
consolation par ses chers anges, celle de com-
battre et d'écrire. »
Il nous explique lui-même longtemps après,
l'année même qui précéda celle de sa mort, de
quelle nature étaient ces tentations si terribles.
« Dès les écoles, en étudiant les épures de saint
Paul, j'avais été saisi du plus violent désir de sa-
voir ce que saint Paul voulait dire dans I'épître
aux Romains. Un seul mot m'arrêtait : JustitiaDei
revelatur in Mo. Je haïssais ce mot, justifia Dei,
parce que, selon l'usage des docteurs, j'ayais ap-
pris à l'entendre de la justice active, par laquelle
DE LUTHER. 11
Dieu est juste, et punit les injustes et les pécheurs.
Moi qui menais la vie d'un moine irrépréhensible,
et qui pourtant sentais en moi la conscience in-
quiète du pécheur, sans parvenir à me rassurer
sur la satisfaction que je pouvais faire à Dieu, je
n'aimais point, non, il faut le dire, je haïssais ce
Dieu juste , vengeur du péché. Je m'indignais
contre lui. C'était-en moi un grand murmure, si
ce n'était blasphème. Je disais : « N'est-ce donc
pas assez que les malheureux pécheurs, déjà per-
dus éternellement par le péché originel, aient été
accablés de tant de calamités par la loi du déca-
logue; il faut encore que Dieu ajoute la douleur
à la douleur par son Évangile, et que dans l'Evan-
gile même il nous menace de sa justice et de sa
colère?... » Je m'emportais ainsi dans le trouble
de ma conscience, et je revenais toujours frapper
au même endroit de saint Paul, brûlant dé pé-
nétrer ce qu'il voulait dire.
' » Comme je méditais nuit etjoursurces paroles
(£« justice de Dieu se révèle en lui, comme il est
écrit: le juste vit de la, foi), Dieu eut enfin pitié
de moi; je compris que la justice de Dieu, c'est
celle dont vit le juste, par le bienfait de Dieu,
c'est-à-dire la Foi ; et que le passage, signifiait. :
l'Évangile révèle la justice de Dieu, justice pas-
sive, par laquelle le Dieu miséricordieux nous
justifie par la foi. Alors je me sentis comme
1S MEMOIRES .

l'ené, et il me sembla que j'entrais , à portes


ouvertes , dans le paradis... Je lus plus tard le
livre de saint Augustin, De la lettre et de Vesprit,
et je trouvai, contre mon attente, qu'il- entend
aussi paï, justice de Dieu, celle de laquelle Dieu
nous revêt-en nous justifiant. Je m'en réjouis,
quoique la chose soit dite encore imparfaite-
ment dans ce livre, et que ce Père -ne s'explique
pas complètement ni avec clarté sur la doctrine
de l'imputation... »

Il ne manquait à Luther pour se confirmer


dans la doctrine de- la grâce, que de visiter le
peuple chez lequel la"grâce avait défailli. C'est
de l'Italie que nous parlons. On nous dispense
de peindre cette Italie des Borgia. Il y avait cer-
tainement à cette époque quelque chose qui s'est
vu rarement ou jamais dans l'histoire : une per-
versité raisonnée et scientifique, une magnifique ,
ostentation de scélératesse, disonstout d'un mot -.
le -prêtre athée, se croyant roi du monde. Cela
était du temps. Ce qui était du pays , ce qui ne
peut changer , c'est cet invincible paganisme
qui a toujours subsisté en Italie. Là, quoi qu'on
fasse, la nature est païenne. Telle nature, tel
art. C'est une glorieuse comédie , drapée par
'
Raphaël, chantée par l'Arioste. Ce qu'il y a de
grave , d'élevé, de divin dans Fart italien, les
DE LUTHER. 15
hommes du Nord le sentaient peu. Ils n'y re-
connaissaient que sensualité, que tentations char-
nelles. Leur meilleure défense , c'était de fermer
les yeux, de passer vite, de maudire en passant.
Le côté austère de l'Italie, la politique et la
jurisprudence, ne les choquaient pas moins. Les
mitions germaniques ont toujours instinctivement
repoussé, maudit le droit romain. Tacite raconte
qu'à la défaite de Varus, les Germains se ven-
gèrent, des formes juridiques auxquelles il avait
essayé de les soumettre. L'un de ces barbares
clouant à un arbre la tête d'un légiste rçjrnain, lui
perça la langue,-et il lui disait : Siffle, vipère, siffle
maintenant. Cette haine, des légistes , perpétuée
dans tout le moyen-âge, a été, comme on verra,
vivement exprimée par Luther ; et il en devait
être ainsi-. Le légiste et le théologien sont les
deux pôles ; l'un croit à la liberté , l'autre à la
grâce; l'un à Fhomme, l'autre à Dieu. La pre-
mière croyance fut toujours celle de l'Italie. Son
réformateur, Savonarole, qui parut peu avant
Luther , ne proposait rien autre qu'un change-
ment dans les oeuvres , dans les moeurs , et non
dans la foi.
• Voilà Luther en Italie. C'est un moment de
joie, d'immense espoir, que celui où l'on des-
cend les Alpes pour entrer dans celte glorieuse
contrée. Il espérait certainement raffermir sa foi
14 MÉMOIRES
dans la ville sainte, laisser ses doutes aux tom-
beaux des saints apôtres. La vieille Rome aussi,
la Rome classique l'attirait, ce sanctuaire des let-
tres ,. qu'il avait cultivées avec tant d'ardeur dans
sa pauvreville de Wittemberg.
D'abord il est reçu à Milan dans un .couvent
de marbre. Il continue de couvent en couvent,
c'est-à-dire de palais en palais. Partout grande
chère, tables somptueuses. Le candide Allemand
s'étonnait un peu de ces magnificences de l'hu-
milité , de ces splendeurs royales de la péni-
tence. Il ^e hasarda une fois à dire aux moines
italiens qu'ils feraient mieux de ne pas manger de
viande lé vendredi. Cette parole faillit lui coûter
la vie ; il n'échappa qu'avec peine à leurs em-
bûches.
Il continue , triste, désabusé, à pied dans les
plaines brûlantes de la Lombardie. Il arrive ma-
lade à Padoue ; il persiste, il entre mourant à
Bologne. La pauvre tête du voyageur avait été
trop rudement frappée du soleil d'Italie, et de
tant d'étranges choses , et de telles moeurs, et de
telles paroles. II resta alité à Bologne, dans la
ville du droit romain et des légistes , croyant sa
mort prochaine. Il répétait tout bas, pour se
raffermir, les paroles du prophète et de l'apôtre :
Le juste vit de la foi.
Il exprime naïvement dans une conversation
DE LUTHER. 15
combien l'Italie faisait peur aux- bons Alle-
mands. « Il suffit aux Italiens que vous regar-
diez dans un miroir pour qu'ils puissent vous
tuer. Ils peuvent vous ôter tous les sens par de
secrets poisons. Eu Italie, l'air est pestilentiel.
La nuit on ferme exactement les fenêtres, et
l'on bouche 'les fentes. » Luther assure qu'il fut
malade, ainsi que le frère qui l'accompagnait,
pour avoir dormi les croisées ouvertes, mais ils
mangèrent deux grenades par lesquelles Dieu leur
sauva la vie.
Il continua son voyage, traversa seulement
Florence, et entra enfin dans Rome. II descendit
au couvent de son ordre près la porte du Peuple.
« Lorsque j'arrivai, je tombai à genoux, levai
les mains au ciel, et je m'écriai : Salut, sainte
Rome, sanctifiée par les saints martyrs, et par
leur sang qui y a été versé !... » Dans sa ferveur,
dit-il, il courut les saints lieux , vit tout, crut
tout. Il s'aperçut bientôt--qu'il croyait seul. Le
christianisme semblait oublié dans cette capitale
du monde chrétien. Le pape n'était plus le
scandaleux Alexandre VI; c'était le belliqueux
et colérique Jules II. Ce père des fidèles ne„res-
pirait que sang et ruine. On sait que son grand
artiste Michel-Ange ,, le représenta foudroyant
Bologne de sa bénédiction. Le pape venaij de lui
commander pour lui-même un tombeau grand
16 MEMOIRES
comme un temple ; c'est le monument dont il
nous reste le Moïse, entre autres statues.
L'unique pensée du pape et de Rome, c'était
alors la guerre contre les Français. Luther eût
été bien reçu à parler de la grâce et de l'impuis-
sance des oeuvres, à ce singulier prêtre qui as-
siégeait les- villes en personne, qui récemment
encore n'avait voulu entrer à la Mirandole que
par la brèche. Ses cardinaux, apprentis officiers ;
étaient des apolitiques, des diplomates, ou bien
des gens de lettres, des savans parvenus, qui ne
lisaient que Cicéron , qui auraient craint de
compromettre leur latinité en ouvrant la Bible.
S'ils nommaient lé pape, c'était le grand pontife ;
un saint canonisé était dans leur langage relatus
inter Divos, et s'ils parlaient encore de la grâce, ,
ils disaient f Deorum immortalium benefLciis.
Si notre Allemand se réfugiait aux églises, il
n'avait pas même la consolation d'une bonne
messe. Le prêtre romain expédiait le divin sacri-
fice de telle vitesse, que Luther était encore à
l'évangile quand l'officiant lui disait : Ite, missa
est. Ces prêtres italiens faisaient souvent parade
d'une .scandaleuse audace d^esprit fort. II leur
arrivait en consacrant l'hostie de dire : panis es,
et panis manebis. Il ne restait plus qu',à fuir en
se voilant la tête. Luther quitta Rome au bout
de quatorze jours.
DE LUTHER. 1T
Il emportait en Allemagne la condamnation.de
l'Italie, celle de l'Église. Dans ce rapide et triste
voyage, le Saxon en avait vu assez pour condam-
ner, trop peu pour comprendre. Certes, pour un
esprit préoccupé du côté moral du christianisme,
il eût fallu un singulier effort de philosophie, un
sens historique bien précoce pour retrouver la re-
ligion dans ce monde d'art, de droit, de poli-
tique , qui constituait l'Italie.
« Je ne voudrais pas , dit-il quelque part, je
ne voudrais pas pour cent mille florins ne pas
avoir vu Rome (et il répète ces mots trois fois).
Je serais resté dans l'inquiétude de faire peut-
être injustice au pape. »
MEMOIRES

CHAPITRE II.

1517-1521.

Luther attaqué.les indulgences. Il brûle la bulle du pape. —


Erasme, Hutten , Franz de Sickingen. —Luther comparaît
à la diète de Worms. — Son enlèvement. -

La papauté était loin de soupçonner son dan-


ger. Depuis le treizième siècle on disputait, on
aboyait contre elle. Le monde lui paraissait défi-
nitivement endormi au bruit uniforme des criaille-
ries de l'École. Il semblait qu'il n'y eût plus grand'
chose de nouveau à dire. Tout le monde avait
parlé à perdre haleine. Wicleff, Jean Hus, Jérôme
de Prague, persécutés, condamnés, brûlés, n'en
avaient pàsmoins eu le temps de dire tout ce qu'ils:
DE LUTHER. 19
avaient en pensée. Les docteurs de la très catholi-
que université de Paris, les Pierre d'Ailly, îêsClé-
mengis, le doux Gerson lui-même, avaient-res^-
pectueusement souffleté la papauté. Elle durait
pourtant, elle vivotait, patienté et tenace. Le
quinzième siècle s'écoula ainsi. Les conciles de
Constance et de Bâl'e eurent moins d'effet que de
bruiti Les papes les laissèrëmvdif e, firent révo-
quer les Pragmatiques j rétablirent tout douce-
ment leur domination en Europe et fondèrent
une grande souveraineté en Italie.
Jules IT conquit pour l'Église; Léon X pour sa
famille. Ce jeune pape, mondain, homme de
lettres, homme de plaisir et d'affaires, comme:
les autres /Médicis, avait lés passions de son
âge,; et celles des-vieux papes, "et celles de son
temps. II voulait faire rois les Médicis. Lui-même
jouait le rôle; du premier roi- de la chrétienté.
Indépendamment de; cette coûteuse diplomatie
qui- s'étendait à. tous lès états de l'Europe, if
entretenait de lointaines relations sciëntinqûës\
II s'informait dû Nord même', et faisait recueillir
jusqu'aux monumens dé l'histoire Scandinave.
A Rome, il bâtissait 'Saint-Pierre.; dont Jules II
'
lui avait légué là construction.-' L'-lïérôïquë Ju-
les Il n'avait pas;; calculé' ses ïëssôùrcës.'' Quand
Michel-Ànge*apportàit un tel -plan, qui pouvait
marchander ?T1 àvàit'dit, conïmëëwi sait, du Pan-
20 MEMOIRES
théon : Je,mettrai ce temple à trois cents pieds
dans les airs. Le pauvre état romain n'était pas
de force à lutter contre le génie magnifique de
ces artistes , dont l'ancien Empire, maître du
monde , aurait à peine été capable de réaliser les
conceptions.
Léon ;X avait commencé son pontificat par
vendre à François >Fr ce qui n'était pas à lui,
les droits de l'église de France. Plus tard,il avait
faitpour finance, trente cardinaux en une fois. C'é-
taient là de petites ressources. Il n'avaitpas, lui,
les ,pines;du Mexique..Ses mines , c'étaient la
vieille foi des peuples, leur crédule déboiinai-
reté. Il en avait donné l'exploitation en Allemagne
aux Dominicains. Ils avaient succédé aux AUT-_
gustins dans, la, vente des indulgences. Ledqmï-r
nicain. Tetzel, effronté saltimbanque, : allait; à
grand bruit, grand appareil, grande dépense y
débitant cette denrée dans les églises, dans les
places , dans les cabarets., Il rendait le moins
qu'il pouvait, et empochait l'argent ; le légat;du
pape l'en convainquit plus tard. La foi des ache-
teurs diminuant , il fallait bien enfler le mé-
rite du spécifique; il y avait long-temps qu'on
en vendait; le commerce :baissait. L'intrépide
Tetzel avait poussé la rhétorique aux dernières
limites de; .l'amplification.,Entassant- hardiment
les pieuses-menteries/,il; énuniérait tous les maux
DE LUTHER, 21
dont guérissait cette panacée. Il ne se contentait
pas des péchés connus, il inventait des crimes,
imaginait des infamies, étranges^ inbuies, aux-
quelles.personne ne songea jamais ; et quand il
voyait l'auditoire frappé d'horreur, il ajoutait
froidement : « Eh bien, tout cela est expié, dès
que l'argent sonne dans la caisse du pape ! »'
Luther assure qu'alors il'ne savait pas trop ce
'
que c'était que les indulgences. Lorsqu'il en vit
le prospectus fièrement décoré du nom et de la
protection de l'archevêque de Mayence, que le
pape avait chargé de' surveiller la vente des in-
dulgences en Allemagne, il fut saisi d'indignation.
Jamais "un problème de pure spéculation ne l'eût
mis en contradiction avec ses supérieurs ecclé-
siastiques. Mais ceci était une question de bon
sens, de moralité. Docteur en théologie, profes-
seur influent à l'université de Wittemberg que
l'Électeur venait de fonder, vicaire provincial des
Augustins, et chargé de remplacer le vicaire gé-
néral dans les visites pastorales de la Misnie et de
la Thuringe, il se croyait sans doute plus res-
ponsable qu'un autre du dépôt dé la foi saxonne.
Sa conscience fut frappée, il risquait beaucoup
en parlant^ s'il se taisait -, il se croyait damné.
Il commença dans la forme légale, s'adressa à
son évêque, celui de Brandebourg, pour le prier
de faire taire Tetzel. L'évêque répondit que c'é-
22 MÉMOIRES
tait attaquer la puissance de l'Église, qu'il allait
se faire bien des affaires, qu'il valait mieux se
tenir tranquille. Alors Luther s'adressa au pri-
mat, archevêque de Mayenceet de Magdebdurg.
Ce prélat était un prince de la maison de Brande-
bourg, ennemie de l'électeur de Saxe ; Luther lui
envoyait des propositions qu'il offrait de soutenir
contre la doctrine des indulgences. Nous abré-
geons sa lettre, extrêmement longue dans l'ori-
ginal (3r octobre iSi^):
« Père vénérable en Dieu, prince très illustre,
veuille votre grâce jeter un oeil favorable sur moi
qui ne suis que terre et cendre, et recevoir fa-
vorablement ma demande avec la douceur épis-
copale. On porte par tout le pays, au nom de
votre grâce, et seigneurie, l'indulgence papale
pour la construction de la cathédrale de Saint-
Pierre de Rome. Je ne blâme pas tant les gran-
des clameurs des prédicateurs de l'indulgence,
lesquels je n'ai point entendus, que le faux sens
adopté par le pauvre, simple et grossier peuple,
qui publie partout hautement les imaginations
qu'il a conçues/à ce sujet. Cela mevfait mal et me
rend malade.... Us croient que les âmes seront
tirées du purgatoire, dès qu'ils auront mis l'ar-
gent dans les coffres. Us croient que l'indulgence
est assez puissante pour sauverle plus grand pé-
cheur, Celui (tel est leur-blasphème) qui aurait
DE LUTHER. 25
violé la,sainte mère de notre Sauveur !... Grand
Dieu-! les pauvres âmes seront; donc sous le sceau
de votre autorité, enseignées pour la mort et
non pour la vie ! Vous en -rendrez un compte
terrible, dont.la gravité va toujours croissant...
i) Qu'il vous plaise j noble et vénérable père,
de lire et de considérer les propositions suivan-
tes, où l'on montre la vanité dés indulgences que
les prédicateurs proclament comme ehosë tout-
à-.fait certaine; » . i'-- ,;. -:.-:::
L'archevêque ne répondit pas. Luther, qui s'en
doutait, avait le même-jour, 31 octobre 1617,
veille de la Toussaint, à midi, affiché ses propo-
sitions à l'église du château de Wittemberg, qui
subsiste encore. - - s >
«Les thèses indiquées ci-dessous, seront sou-
tenues, à Wittemberg,. sous la présidence'du ré-
vérend Martin Luther, .etc. ïSij :
-» Le pape ne -veut ni ne peut remettre au-
cune peine, si ce n'est celles qu'il a imposées de
son chef ou d'après les canons.
-r-Les canons péniteiitiaux sont pour les vi-
vans; ils ne- peuvent charger . d'aucunes peine
• ' •-
Fàme des morts.
— Le de la peine canonique en
changement
peine du purgatoire, est une ivraie-, une ziza-
nie ; évidemment les évêques dormaient quand
on a semé cette mauvaise herbe.
24 MÉMOIRES
— Le de soulager les âmes du pur-
pouvoir
gatoire que le pape peut exercer par toute la
chrétienté , chaque évêque , chaque curé le
possède dans son diocèse, dans sa paroisse....
Qui sait si toutes les âmes, en purgatoire vou-
draient être rachetées? on l'a dit de saint Se-
vérin,, , ;. :: ;-'
— Il faut aux chrétiens
enseigner, qu'à moins
d'avoir le superflu, ils doivent garder pour leur
famille le nécessaire, et ne rien dépenser pour
leurs péchés.
— II faut enseigner aux-chrétiens que le pape,
quand il donne des pardons, a moins besoin
d'argent que de bonne prière pour lui, et que
c'est là ce qu'il demande.
— Il faut enseigner aux chrétiens que si lé pape
connaissait les exactions -'des prêcheurs de.par-
dons, il aimerait mieux que la basilique de Saint-
Pierre tombât en cendres, plutôt que de la cons-
truire avec la chair, la peau et les os de ses
brebis.
— Le pape doit vouloir que si les pardons,
chose petite, sont célébrés avec une cloche, une
cérémonie, une solennité, l'Évangile, chose si-
grande, soit prêché avec cent cloches, cent céré-
monies, cent solennités. i
—Le vrai trésor de l'Église, c'est le sacro-saint
Évangile de la gloire et de la grâce de Dieu.
DE LUTHER. 25
-r—On a sujet de haïr ce trésor de l'Évangile,
par qui les premiers deviennent les derniers;
— Qn a sujet d'aimer le trésor des indul-
gences , par qui les derniers deviennent les pre-
miers.
....—Les trésors de l'Évangile sont'les filets avec
lesquels on péchait les hommes de richesses ;
— Les trésors des indulgences sont les filets
avec lesquels on pêche les richesses des hommes.
— Dire que la croix, mise dans les armes du
pape, équivaut à la croix du Christ, c?est un
blasphème.
— Pourquoi le pape, dans sa très sainte cha-
rité , ne vide-t-il pas le purgatoire où tant d'âmes
sont en peine ? Ce serait là exercer plus dignement
son pouvoir, que de délivrer des âmes à prix
d'argent'( cet argent porte malheur); et pour-
quoi encore? pour élever une église?
—-Quelle est cette étrange compassion de Dieu
et du pape, qui, pour de l'argent, changent l'âme
d'un impie, d'un ennemi de Dieu, en une âme
pieuse et agréable au Seigneur?
— Le pape, dont les trésors au-
surpassent
jourd'hui les plus énormes trésors, ne peut-il
donc, avec son argent plutôt qu'avec celui des
pauvres fidèles, élever une seule église, la basi-
lique de Saint-Pierre ?
— Que remet,
que donne le pape à ceux qui,
26 MÉMOIRES

par la contrition parfaite, ont droit à la rémis-


sion plénière?
— Loin de nous tous ces
prophètes, qui disent
au peuple de. Christ : La paix, la- paix ; et ne
donnent point la paix.
—- Loin, bien tous ces prophètes
loin, qui
disent au peuple de Christ : La croix, la croix;
et ne montrent point la croix.
— II faut exhorter les chrétiens à suivre Christ,
leur chef, à.travers les peines, les supplices et
l'enfer même: de sorte qu'ils soient assurés que
c'est par les tribulations qu'on entre dans le ciel,
et non par la sécurité et la paix, etc. »
Ces propositions, négatives et polémiques,
trouvaient leur complément dans les thèses dog-
matiques que Luther publia presque en même
temps :
« L'homme ne peut pas naturellement vouloir
que Dieu soit Dieu. Il aimerait mieux,être Dieu
lui-même, et que Dieu ne fût pas Dieu.
—Il est faux que l'appétit soit libre d'aller dans
les deux sens ; il n'est pas libre, mais, captif.
-^- Il n'y a en la nature, par devant Dieu, -rien
que concupiscence.
— Il est faux
que cette concupiscence puisse
être réglée par la vertu de l'espérance. Car l'es-
pérance est contraire à la charité qui cherche et
désire seulement ce qui est de Dieu. L'espérance
DE LUTHER. 27
ne vient pas de nos mérites, mais de nos-passions
qui effacent nos mérites.
— La meilleure, l'infaillible et
préparation
l'unique disposition à recevoir la grâce , c'est le
choix et la prédestination arrêtés par Dieu de
toute éternité.
— Du côté de l'homme , rien ne précède la
grâce, que la non-disposition à la grâce, ou plutôt
la rébellion.
—Il est faux qu'on puisse trouver excuse dans
une ignorance invincible. L'ignorance de Dieu,
de soi, des bonnes oeuvres, c'est la,nature in-
vincible de l'homme, etc. »
La publication de ces thèses et le sermon en
langue vulgaire que Luther prononça à l'appui,
furent comme un coup de tonnerre dans l'Alle-
magne. Cette immolation delà liberté à la grâce;
de l'homme à Dieu, du fini à l'infini, fut. re-
connue par Je peuple allemand, comme la vraie
religion nationale, la fbi que Gottschalk avait
professée dès le temps de Charlemagne, au ber-
ceau même dû christianisme allemand, la foi de
Tau-ler, et de tous les mystiques des Paysr-Bas.
Le peuple se jeta avec la plus âpre avidité sur
cette pâture religieuse dont on l'avait sevré de-
puis le quatorzième siècle. Les propositions fu-
rent imprimées à je ne sais combien de mille,
dévorées, répandues, colportées. Luther fut lui-
28 MÉMOIRES
même alarmé de son succès. « Je suis fâché,
dit-il, de les voir tant imprimées, tant répan-
dues ; ce n'est pas là une bonne manière d'ins-
truire le peuple. Il me reste moi-même quelques
doutes. J'aurais mieux prouvé certaines choses,
j'en aurais omis d'autres , si j'avais prévu cela. »
II semblait alors fort disposé à laisser tout, et
à se soumettre. « Je veux obéir, disait-il; j'ai-
merais mieux obéir que faire des miracles, quand
même j'aurais le don des miracles. » «•*-
Tetzel ébranla ces résolutions pacifiques, en
brûlant les propositions de Luther. Les étudians
de Wittemberg usèrent de représailles pour cel-
les de Tetzel, et Luther en exprime re -
quelque
gret. Mais lui-même fit paraître ses Résolutions,
à l'appui des premières propositions. « Vous ver-
rez, écrit-il à un ami, mes Resolutiones et respon-
siones. Peut-être en certains passages les trou-
verez-vous plus libres qu'il ne faudrait ; à plus
forte raison, doivent-elles paraître intolérables
aux flatteurs de Rome. Elles étaient déjà pu-
bliées ; autrement, j'y aurais mis quelque adou-
cissement. »
Le bruit de cette controverse se répandit hors
de l'Italie et parvint à Rome. On prétend que
Léon X crut qu'il ne s'agissait que de jalousie
de métier entre les Augustins et les Dominicains,
et qu'il aurait dit : « Rivalités de moines ! Fra
DE LUTHER. 29
Luther est un beau génie ! » De son côté, Lu-
ther protestait de son respect pour le pape même.
Il écrivit en même temps deux lettres, l'une à
Léon X, par Jaquelle il's'abandonnait à lui sans
réserve, et se soumettait à sa décision. « Très
saint Père, disait-il en finissant, je m'offre et
me jette à vos pieds, moi et tout ce qui est en
moi. Donnez la vie ou la mort;"appelez, rappelez,
approuvez, désapprouvez, je reconnais 'vôtre voix
pour la voix du Christ qui règne et parle en vous.
Si j'ai mérité (a mort, je ne refuserai point de
mourir; car la terre et la plénitude de la terre
sont au Seigneur qui est béni dans les siècles :
puisse-rt-il vous sauver éternellement! Amen. »
(Jour de la Trinité, I5I8!)
L'autre lettre.était adressée au vicaire général
Staupifz, qu'il priait de l'envoyer au pape. Dans
celle-ci, Luther indiquait que sa doctrine n'était
autre que celle qu'il avait reçue de Staupitz lui-
même. « Je me souviens, mon révérend Père, que
parmi vos doux et salutaires discours, d'où mon
Seigneur Jésus fait découler pour moi de si mer-
veilleuses consolations, il y eut aussi mention du
sujette la pénitence: et qu'alors émusde pitié pour
tant de consciences, que l'on torture par d'in-^
nombrables et insupportables prescriptions sûr
la manière de se confesser, nous reçûmes de vous,
comme une voix du ciel, cette parole : Qu'il n'y
50 x MEMOIRES
a de vraie pénitence que celle qui commence par
Vamour de la justice et de Dieu ; et que ce qu'ils
donnent pour la fin de la pénitence en doit être
plutôt le principe.-— Cette parole de vous resta
en moi comme la flèche aiguë du chasseur. J'osai
engager la lutte avec les-écritures qui ensei-
gnent la pénitence ; joûtë pleine de charme, où
les paroles saintes jaillissaient de toutes parts et
voltigeaient autour de moi en saluant et applau-
dissant cette sentence. Autrefois il n'y avait rien
de plus amer pour moi dans toute l'écriture que
ce mot de pénitence, bien que je fisse mes ef-
forts pouf dissimuler devant Dieu , et expri-
mer un amour de commande. Aujourd'hui Tien
comme ce mot, ne sonne délicieusement à mon
oreille. Tant les préceptes de Dieu deviennent
suaves et doux, lorsqu'on apprend à lés lire,
non dans les livres seulement, mais dans les
blessures mêmes du doux Sauveur ! »
Ces deux lettres du 3o mai I5I8, sont datées
d'Heidelbërg, où les Augustins tenaient alors un
synode provincial, et où Luther s'était fendu
pouf soutenir ses doctrines et combattre à tout
venant. Cette fameuse université à deux pas du
Rhin, et par conséquent sur la route laplûs fré-
quentée-de l'Allemagne, était certainement le
théâtre le plus éclatant où l'on pût présenter la
nouvelle doctrine.
DE LUTHER. 51

Rome commençait à s'émouvoir. Le maître du


sacré palais, le vieux dominicain Sylvestre de
Prierio, écrivit contre le moine augUstin eh fa-
veur de la doctrine de saint Thomas, et s'attira
une foudroyante réponse (fin d'août I5I8). Lu-
ther reçut immédiatement l'ordre de comparaître
à Rome dans soixante jours. L'empereur Maximi-
lien avait inutilement demandé qu'on ne préci-
pitât pas les choses,- promettant de faire tout ce
que le pape ordonnerait au sujet de Luther.- Mais
à Rome on n'était pas sans quelque méfiance sur
le zèle de Maximilien. Il arrivait- dé lui certains
mots qui sonnaient mal aux oreilles du pape : « Ce
que fait votre moine n'est pas à mépriser, avait dit
l'empereur à Pfeffingef -, conseiller de l'électeur de
Saxe ; lé jeu va commencer avec les prêtres. Pre-
nez soin de lui, il pouf fait arriver que nous eh-
eussions besoin. » iPliis d'une fois il:s'était plaint
amèrement des prêtres et des clercs. t< Ce pape',
disait-il en parlant de Léon X, s'est Conduit
avec moi comme ùh misérable. Je "puis dh-ë que
1trouvé
je n'ai. dans aucun pâ'pë ni sincérité ni
bonne foi ; mais j'espère bien, s'il plaît à Dieu",
que^celûi-ei sera le dëfinëf; ». Ces paroles étaient
menaçantes. L'ôrise rappelait d'aillëùf s -que Maxi-
milien , pour réconcilier dënnitivërhent l'Empire
et le Sàint-Siége, avait songé à se fàifepape lui-
même. Aussi Léon X se garda bien dé lui fé-
52 MÉMOIRES
mettre la décision de cette querelle, qui prenait
chaque jour une nouvelle importance.
Luther n'avait d'espérance que dans la pro-
tection de l'Électeur. Ce prince , soit par in-
térêt pour sa nouvelle université, soit par goût
pour la personne de Luther, l'avait toujours
protégé spécialement. Il avait voulu faire les
frais de son doctorat. En i5i7 , Luther le re-
mercie dans une lettre de lui avoir envoyé, à
l'entrée de l'hiver, du drap pour lui faire une
robe. Il se doutait bien aussi que l'Électeur né
lui savait pas mauvais gré d'un éclat qui fai-
sait tort à l'archevêque de Mayence et Mag-
debourg,, prince issu de la maison de Brande-
bourg , et par conséquent ennemi de celle de
Saxe. Enfin, et c'était un puissant motif de se
rassurer ,,l'Électeur avait annoncé qu'il ne con-
naissait de règle de foi que les propres paroles
de l'Écriture. Luther le lui rappelle dans le
passage suivant ( 27 mars i5ig): « Le docteur
J. Staupitz, mon véritable père en Christ, m'a
rapporté que causant un jour avec votre alr
tesse électorale sur ces prédicateurs qui, au
lieu d'annoncer la pure parole de Dieu , ne, prê-
chent au peuple que de misérables arguties ou
des traditions humaines, vous lui dîtes que la
sainte. Écriture parle avec une telle majesté et
une si complète évidence, qu'elle n'a pas besoin
DE LUTHER'[1518]. 53
de tous ces instrumens de disputes, et qu'elle
forcé.-: de dire : « Jamais -homme n'a ainsi parlé ;
«; là-est le doigt de Dieu ; Celui-ci n'enseigne
3):poïnt comme les-scribes et les pharisiens,
» mais comme'ayant la toute-puissance; » Stàu-
pitz ^approuvant, ces paroles, vous lui dîtes :
«; Donnez-moi donc la main, et prômettez-môi ;
je vous prie, qu'à- l'avenir vous Suivrez cette
nouvelle doctrine.-» La-continuation naturelle de
ce passage setrôuve dans une vie manuscrite de
l'Électeur, par Spalatiji. « Avec quel plaisir il
écoutait les prédications; et lisait la parole dé
Dieu', surtout les évangélistes dont il avait' sans
cesse à la couche de belles et-cohsolantes sen-
tences 1 Mais celle qu'il répétait sans cesse y c'était
cette parole de 1 Christ dans saint Jean : Sdhs
moivoils ne pouvez rien. Il-se servait de cette pa-
role Ï pour -combattre la .doctrine dû 1libre! ar-
bitrey.avâht même qu'Érasme de Rotterdam eût
osé soutenir dans plusieurs écrits contre là pa-
role de Dieu'cette misérableJibërfé. 41 me disait
souvent, comment poûvorissnous-. ayoir le:libfe
arbitre ppuisquei Christ lui-inême^ai dit- Ï Sans
moi vous, ne -pbuYez-iriën^^ine-iine'.-âïfei^pûi^i/f^i
::.o: :..:>:; i-i /:.:-. -• te, :*,'nQ--ï.v,-Î.F:SS
facefCi-h:
jh Toutëfois.on se tromperait sillon croyait^'d'a-
près ceci',"que Stâupitz et sonfcdïs'GipIenë-fùferit
-que l'instrument dé l'ÉleGttôuW|L|i^île'fofme de

ï. . 3
54 MÉMOIRES .

Luther fut évidemment spontanée. Le prince^


comme nous le verrons ailleurs y s'efffayâ plutôt
de l'audace de Luther. Il aima, il embrassé' la
Rçforme, ïl en profita ; jamais il ne l'eût com-
mencée, y- -.(/. ....:;., ,._:.-,;.
Lutherléçrit le i5 février i5iS à son prudent
ami, Spalatin, le chapelain, le:secrétaire et:le
confident-ide l'électeur 5 « Voilà ces criàilîeurs
quivontdisant;, à mon grand chagrin, quei tout
ceci estl'ouvragede notre très illustre prince;; à
lesçên ; croire,, c'est lui qui. me, pousserait pour
fliire'dépitià Uàrchevêque de Màgdebourg. et de
Mayehcei Examinez, jëiyous prié ;.s'il ;est à;pro-
pos,,d'ep.avertir- le Prince;. Je suis vraiment dé-
solé de-voir son altesse soupçonnée a cause de
.moi,. Devenir une cause de discorde.entre de.si
grands, princes.,,!! y a de quoi trembler etfrëmir.»
Ilr;tienfi; leJmême.langage à l'Électeur lui-même
dans sa .'relation de la conférence d'Augsbourg
,..:•: '. ::'.0-^- - :;---: -'^x
(novembre);
i, air mafs , à•,J. iLahge (depuis archevêque de
Salïzbbufg.)•: -« Notre .Prince nous a pris sous
..saprotection, ;moi etCaflbstàdt; et cela sans en
Awmt été; prié-; ;«I1ne souffrira pas qu'ils me traî--
hent à Rome. Ils le savent, et c'est leur chagrin.;»
Ceci :fefaijtj croire quklprs ;Luther avait feçS de
l'Éiëçteurdés, assurances positiVes. Cependant;,
lé z%sm$fciiï}t8} dans une lettre plus cohfiden-
' '
£- ""'.
DE LUTHERi[1518]. 35

tiëllè, aSpâlàtin,' il dit : « -Je ne vois pas encore


comment éviter Ies'cë'nsûresdontjesuismenacé,
si le"Prince ne vient à mon seCours/Et pourtant,
j'aimerais mieux foutes~les Censures" du monde
plutôt que dé voir son altesse blâmée a éaûsë de
moi.;: Voici ce qui à paru le mieux à nos doctes
et pfùdëhs amis, c'est que je demande au Prince
ùri sauf-conduit (satvuhi, ut vocant, conductumper
suuih dohïinvuni). Il me le fëfûsëfà, j'en suis sûr,
et j'aurai ,disëht-ils, une bonne excuse pour ne
pas comparaître à Rome, Veuillez donc faire en
sorte d'obtenir de notre très illustre Prince un
rëscript portant qu'if më refuse le sauf-conduit,
et m'abandonne, si je me mets eh routé, âmes
risques et périls. En cela vous me rendrez ûh
important service. Maïs il faut que la chose se
fasse pfomptemènt; le temps pressé, le jour fixé
- ' •.-:;; •
approche. » -,
Luther eût pu s'ëpârgrièr-cette lettre. Lé
prince, sans l'en avertir, lé protégeait active-
nient. Il avait obtenu que Luther serait examiné
par un légat en Allemagne, dans'la ville libre
d'Augsbourg;; et'à ce moment il était dé-sa:per-
sonnel AugsboUrg, où saris doute il s'entendait
avec les magistrats pour garantir la sûreté de
Luther dans celte dangereuse éhtfëvuè. C'est
sans doute à cette pfovidëncéinvisîblë de Luther
qu'on doit attfibuef' les soins inquiets de ces'
36 MÉMOIRES

^magistrats, pour le préserver des embûches que


pouvaient:lui dresser les Italiens.-Pour lui, il
allait droit devant lui dans son courage et sa sim-
plicité., sans bien savoir ce. que le prince ferait
ou ne ferait pas, en sa faveur ( 2 sept. ).
« Je l'ai dit, et, je le répèle, je ne veux pas
que dans cette affaire notre,Prince,.qui est inno--
cent de,tout pela, fasse lâ^moindre chose pour
défendre mes propositions..-. Qu'il tienne la main
à ce que je ne sois exposé à aucune violence.,-s'il
peut le faim sans compromettre ses intérêts.. S'il
ne le peut, j'açcepte.mpn péril tout entier. ». -j
Le légat,.Çaietano de Vio, était certainement
un juge peu suspect. Il avait écrit lui-même
qu'il était:permis d'interpréter l'Écriture^ sans
suivre le torrent des Pères [contra torreiitem
S&y Putrum). Ces hardiesses l'avaient rendu quel-
que peu suspect d'hérésie. Homme du pape dans
cette affaire que le, pape le chargeait d'arranger,
il prit la chose en politique, n'attaqua dansla
doctrine de Luther que ce qui ébranlait.la,do-
mination politique et fiscale de la cour de Rome.
Il s'en tint à la question pratique du trésor, des
indulgences, sans, remonter au. principe spécu-
latif delà grâce.
,.(i Lorsque je,fus cité à Augsbourg, j'y vins et
comparus,,, mais avec-une forte garde et sous la
garantie.de l'électeur de Saxe, Frédéric, qui m'a-
DE LUTHER; tl 518]. 57

vaitadressé à - ceux d'Augsbourg et m'avait re-


commandé à eux. Ils eurent grande attention à
moi, et m'avertirent de ne point aller avec les
Italiens, de ne faire aucune société avec eux, de
ne point me fier à eux, car je ne savais pas, di-
saient-ils, ce que c'était qu'un Welche. Pendant
trois jours entiers, je fus à Augsbourg sans sauf-
conduit de l'Empereur. Dans cet intervalle, un
Italien venait souvent m'iuv iter à aller chez le car-
dinal. Il insistait sans se décourager. Tu dois le
rétracter, disait-il; tu n'as qu'un mot a dire :
vevoco. Le cardinal te recommandera au pape,
et tu retourneras avec honneur* auprès de ton
prince. »
Il lui citait entre autres exemples, celui du fa-
meux Joachim de Flores, qui, s'élant soumis,
n'avait pas été hérétique; quoiqu'il eût avancé
''
des propositions hérétiques.

« Au bout de trois jours, arriva l'é\ éque de


Trente, qui montra au cardinal le sauf-conduit
de l'Empereur. Alors j'allai le trouver en toute
humilité. Je tombai d'abord à genoux, puis je
m'abaissai jusqu'à terre et je restai à ses pieds.
Je ne me relevai que quand il me l'eut ordonné
trois fois. Cela lui plut fort, et il espéra que je
prendrais une meilleure pensée.
» Lorsque je revins le lendemain et que je re~
38 MÉMOIRES
fusai absolument de rien rétracter, il médit :
Pensés-tU:quë!e pape siembàrrasse beaucoup dé
l'Allemagne?' Crois-tu que les princes te défen-
dront, avec des armes et des gens de guerre ?30hl
nbn,.!;:!©ù veux-tu: rester ?....;;-r-r- Sous le ciel;; vé-
pOhdis^eoJj! V . . • I\Î\\-:: ;:] urjr;>.
;.)) .Plus tard Je pape baissa le. ton et écrivit .à
l'Église', même ;à:maître.-Spalatin, 'et à Pfeffin-
-gef,,-safijïiqu'ils me fissent livrer à lui ,-et:insis-
tassent; pjourgF^xécutipniide; son décrets K S ; 'J
» ; ;Cëpendanjt- "mes petits livres : et; mes Rësolu-
tiones allèrent), ;Ou>;pliltôt volèrent: émpëuo de
jourspar. toute l'Europe. Ainsi, l'électe'uride >Saxe
fut confirmé et fortifié; il ne voulut point exécu-
ter les ordres,.du pape et se soumit à lafçonnais-
sànçè de l'Ecriture. ,-,,;- ,', ;-:,-'••--^ -:-:/<},-.'r
.»,,Si le,cardinal eût agiàmon égard^avepYplus
de raison et de discrëtion^.s'jl m'éûtjreçu lorsque
je tombai.à ses pieds, les choses n'en seraient
jamais venues, où elles sont;; Car, dans ?ce temps
je ne voyais ençoje, que 'bien .peu les erfeurs 3du
pape; s'il, s'était,tu,. je:nle serais tu aisiément:,.
C'était alors,,lé, style.,et l'usage de la çour-de
Rome, que le pape dît.dans..les affaires,obscures
et embf auillées, :. Nous l'appelons la. chose à nous,
en vertu de notre puissance papale. annulons le
tout et le mettons à , néant. Alors ,il ne restait
plus aux deux parties qu'à pleurer. Je .tiens que
DE LUTHER i.[1518]. 39

le pape donherait itEoiSjcardina^ùx pour que:là


chose fut encore dàiis le sac. i» •;;'> -- i} ^ i <>;>''-:>

Ajoutons quelo;ués:détails6ttoës d'une'lettre


qu'écrivît-Jjuther à-Spalatih ,(c'ésl^à^dire'à'l'É^-
lecteur)^ lorsqu'il: était.à»Aùgsbourg,:et pendant
Ies;. conférences,"ifJ-.-i;4 pctobre^)iïH[<;Voilà- qua^-
tre jours que le l.é^at-:confèEev-aveo-!'môii,;'-'.disdfis.
m^ûx^îcontre;moi;«..v.i;îl^èfusetdëJdisputër-en
public, ôùomême, ùh ipâfticuliéry^ répétant jsàhs
cesseJ ^tr^cte^toi^:reconnais fon efifétif ; ?qiïè
tujè eroiesïbû nojft;;fe-vp^^ife;^ëq-t-!aîhs'i'iri;ETi'fih.f
on ia, obtenu:de lui^qùe je pourrais im'ejçpliqûër-
parécritjiëtjefl'àilaitien plrésehce^utsëignèùFdë
Eeilitsch, [représentant deil^leëtëuis-'AlôfsFlë
légat n'àplûs voulu de ce qÉeij'àyaisé|;rityirs'est
remis Ecfïer fétMGtâtibn';il est «lie cnëf cher jë'né
sais quel iong-dîsëôufs; dans les fômahs! de'"saint
Tnomas; ^royaritHâlofs. m'a-voir vaincu et fédûït
aujsilence, Dix lois je^voulus parler^ ^àûtafit dë>
fois il «T'arrêtait, il tohïïâityi iî.Sf éghait' tyf ânhi-
dans là >'^x f f:H - 'I:Hv
quement dispute.--;^^.H^'J
--. ;>HJerm^Tnis enfin à1 crièf'à ihôn^tôuf;:"!Si vous.
pouvez sine mônÉfër-^qùeT^ôtfë- dëëret?-dèi:Clé-
mènt;^VI;dit expréssémëht7que;lës:méritesl-tdii>
Christ soiitlè trésor !desindulgences/sfémeMrë-
tràçte. -feDieu sait-alors comme ils éïït tous éclaté
de'rire. Lui il aârfàché; lej livre* et Fa feuilleté
40 MÉMOIRES ;

hprs d'haleine (fervensetMnhelans) jusqu'à'l'ehr


droit où il est'écrit, que Christ-par, sa Passion
a acquis les trésors, etc. Je l'arrêtais sur ce mot
a: acquis> ;.'"L—.;Après leJdînéf-,;il fit venirle: ï-évé-
rant père Stâupitz, et :paf;ses caresses'l'engagea
deàn'amener à une rétrâctàtibh, ^ajoutant-quë/jë
trouverais difficilement quelqu'un qui më vou-
lût plus, deçbienrqueluirîmême. »; ':--;; •;-;, •''
,, ; Lesr:dispuians isuivàient .une :méthode;diffé-
rente; ;>îà conciliation ;étajt impossible. ;<Les"àmïs
'
de Luthe.r: craignaient sun: guët-à^-pens dé laîpaft
des Jtaliehssiîlqûitta Augsboûrg^n laissantun ap 1
pe|au,pape,niïeuxinfo.rméj et il adressa-une Ibhi
^e,relation dela"eonférence;à l'Électeur•;;-Nousvy,
apprenonsTquevdahs ,1a discussion,; ai. avaitrapi
p^é;ses.;ôpinions!irelatiyes ;à Fàutoritëjdmpapëf
sur ,1e conci] e; de; Bâle, rsur ,1'ùhiversitéalëjParisriet
SUEGerson-,-.Uprie,l'Électeurde hepoihilelivrer
au pape: i<:Veuille, votre trèsillnstre Altesse,faire
ce, quijest dejsonj honneur; dë,ïa-!Cônscienëe,fet
ïîe; -pas m'envoyer; au ;.pape> L'homme;;(il rparlë
du légat) n'a certainement pas, dànsiîsésjinstriiçT-
tiôns,;une garantie, poufifnà sûreté. àsRpmei,^ar--
îef^enîpë'Sëns à-^otrejtrès;illustre Altesse/;;fce
serait, lui dïre^deJiyrer le ;Sang chrétiëhyfde;idï£-
venir,liomiçidg:,-;.AjRonie--ji 1 e;pape lui-même-iEy
yitrpas :en\sûreté. Ils ont là-bas; passez; de papier
et.d'encre;, ils oftt ;des, jnotaireS; et desiSérflaés
DE LUTHËR:-[1518]. M
sans nombre. Ils peuxenl aisément 'écnfe en
quoi j'ai erré. II en coûtera moins d'argent pour
m'mstruire absent par écrit, que pour me perdre
présent par trahison. »
Ces craintes étaient fondées. La cour de Rome
allait s'adresser directement à l'électeur de Saxe.
Il lui fallait Luther .à tout prix. Le légal s'était
déjà plaint amèrement à Frédéric de l'audace de
Xuther, le suppliant de le îenvojer à Augsbourg
ou de le chasser, s'il ne voulait souiller sa gloire
et celle de ses ancêtres en piotégeanl ce mi-
sérable moine. « J'ai appris hier de Nuremberg
que Charles de Millilz est encroûte, qu'il a trois
brefs du pape (au dire d'un témoin oculaire et
digne de foi), pour me prendre au corps et me
livrer au pontife. Mais j'en ai appelé au futur
concile. » Il était nécessaire qu'il se t hâtât de
récuser le pape, car, comme le légal lavait
écrit à Frédéric. Luther était déjà condamné à
Rome. Il fil celle nouvelle protestation en obser-
vant toutes les formes juridiques, déclaia,qu'il se
soumettrait volontiers au jùgementdu pape bien
informé; mais que le pape pouvant faillir, comme
saint Pierre lui-même a failli, il en appelait au
concile général, supérieur au pape, de tout ce
que le pape'décréterait contre lui. Cependant il
craignait quelque violence subite; on pomait
l'enlever de Wittemberg « L'on l'a trompé,
42 • MEMOIRES ; '

écrît-ril à Spalalin,,jeinyaipoint fait mes adieux


au peuple, dé; Wittemberg; il est vrai que j'ai parlé
àspeùprès comme il suit : Vous le savez tous\^jë
suis un.pf edicateur vâriabIeJefrpéu;fixé'.:Cbmbïën
de £ôisjneiBbùsïai-j&.p^
Si-lâ même-chose arrivait.encoreet que jë;4îïë
dusse; point revenir;,] prenez que je vous ai ïâit
mes radieux d'avance.:^ ?' v^.w-fvx.^ •:• :-^ '>[?&
, i ï(f2*ldëcëmbrev )v«- Ontné; cbh§êillë -de -,deman-
der.Jau;.prince-qu'il!m.!enfërme, comme'pfisdh^-
nier;i xlans ïqùëlquëïchateaûï, et qu'il ^écrive au
légat:qu;il7méi tient eniheu Isûr ,'-'où fédérai;forcé
»;.--,•;I.-LÎI: ' :O :<i\::\liï :- .'!\-^-^-
de-repdhdre. ;->.'i.p.'
; et 1best)horsïdë doùte^que de prince -et l'unie
versitéisontipour; moi. L^on^me ^ppôfté^ùnë
conversation ;tenue isur mon compte a sla cbùf
de îl'évêque 'de Brandelaôufg^Quëjlqu'ùn 1 'dit3::
Éfasmé^iJFàbriciusnetvautres dôçtës '^efSÔhnaJ-
ges..leîsbutiennènt;:Le'ipâpe ne- s'ehïsoucierait
guèfe^ irépondit Févêqué!-; si Funiversîté^ dëîWïfr-
: m'étaient - aussi- i de ; son
iemberg..iet:^l'Électeur
côté. 3 » •Cependant vLiither ; passà«dahs "•dé; vives
craintes laifin de cette cannée ii5j,8.-IisbhgëaïtIà
quitter l'éllemàgnënw Pôufin'attirercJâuëûîi dan-
gerisur vôtre-'Altessé, voierque j'abandonne» vos
où me conduira la Mseriçorde * de
IterreS;;-: j'irai
Dieu ,;m.e; confiant à; toutévénement-dans' sa
divines volonté. • C'est pourquoi j je sâluëïëspëèi-
DE LUTHER-fI518]. 43
i
tueusementvôtrei'Aïtessë ; i chez; quelque peuple
que, j'aille, •jëïCohsérverài une-, éternelle recpn-
naissànce :de-j<v.os i biehfaitsi Sr ^19 'novembres)
Là; Saxe; pouvàiÇiën] jeffefr ; lui t paraître; alors i une
fetÉaitëlpéUiSÛreJ; Ise ^pape chef criait à-gagner
l'Électeur;, Charlesâè' Miltitz fut>chargë dëlui ô'f-
frjr;la:rose od'ôb^xhaûte; distinction quëHàJêôùf
de Rome nlaçcordait :gûëre qu?à^ des rois ;:eomine
récompense de leur pieté filiale jëHve'rs7l'Églisél
G'étàitifppùr; l'Électeûri une (épreuve-difficile 1. Il
fallait s'expliquerfjiettemenf p-let*peut-être;1àt-
tirër i sjtïr, asoii unrfgrahd ,péfilK;Getie ?bésilâtîoh
dëiiyllecteur, paraît dànssune >Iettre;,;de dLùthëf ;
« jaéaprince an'a) toufewà t- fait détournéSdë «pu-
blier ?les/iAetes declâ:rconférënce^yd^ugsbour^;
pùisiilrme l'a; permis ^jet kjnrlesimpritnëvri; Dans
son,inquiétude pour.moi > il aimerait'ite'éhfequë
jejussepartout ailleùïs^Il m^alaitvënipà JJksh^
fté;riberg;;<>ùj|ai conféré long-temps avétfSpalatih
sur-ce.isujëî.^
jefine-restèrai. point. II,m^:pourtant^it-deike
pas ,tant mehâter:dë partirtpou!rj& Efâ'nèH. ^)'J'-î
Ceci était écrit le i3 déGembreitTLe^&gspïLu-
thëf;était jassufév LMèicteûf iavàit^épôwiti| avec
sùneifroidëur irtoutejidiplomâtique'^'qulilisêrifér
.connaissait7 pouf ufils; très:• obéissant; de--i-'ia'**fes
saihteimèreiEgliséjïïqu'iliprofessâit'ùh' gràirdfës-
peçtpoufilaisainteté^pontificaIë,diâïsdemândâït
44 -...MEMOIRES '-

qu'en .fît ;examinef l'affaire 'par'des-fûgës:'hbii


suspects^iC'était un;moyen'de-la•-faire trâiiiçr-ëiiï
longueur ; 'pendant cëitënrps il pouvait survenir
teL inçidenti qui diminuerait, )qUr ajournerait-lë
danger. C'élaittout de. gagner duTtemps.;; Eh effet,
âu-moïs de janvier i SigÇ'l'Empereur- mourut -|.
l'interrègne commença ,set:- ^Frédéric se; trouva:,
parle choix; de'Maximilien- y vicaire-de l'finïpifë.
dâiïs.la;vacance.•.^;:':: ',>;•;.; -ii.wfsS oa^^K;-;;-;
; ;, Lë^SjànarsrjïlSiiQ, ,)dLuthër • rassuré ^éërivat^àù
pape-unelettreialtière^sous forme respectueuse;
î«<Je: Die puis supporter, très saint Père,=fe poids
de ;yoMe scourfoux ; mais je ne- sais commëntiTî'y
.soustraire* ïGraeë -aux: •résistances et auxattaqùes
de nies-ennemis, méifparolés se sont'répandues
plus' que;;jë, :n?ëspérais j ret; éllesuontydes'ceâdti
itr-opyçroforidémeht dans les-'coeurs polie que je
phisseiiesx.rétfactef. L^AlIemâgne-fieurit-dë'nbs
pu£S,-en: érudition,; en; raison, ;en génies=Si je
iyëûxjhonoreEîRohie,parr-devant:elle , je dois"nie
fgarder.dérien3.éy^qùer,.Ce serait souiller encore
plus .iléglisë foaiàine §; la. livrer;' aux" accusations,,
&- •1 ; •; - - »;; *
^ùimëpjris>;desïhèmmes..
--,.,,-» Ceux-là,ont fait injure !et déshonneur -à'I'éi-
en. abusant ' dû
^lisec.romaine Allemagne, qui ,
(hômi;de,iyotre Sainteté., n'ont ;sefviapaf leurs
absurdes; prédications qu'une infâme avarice ; ;et
qui ont souillé les choses saintes de l'abomina^
DE LUTHER- Jjt519]. 45
lion. et de. l'opprobre; d'Egypte;. rEl comme si
ce-n'était assez ,de tantv deJmaux, moi qui ai
veuïu\cbmbattfefc;es;mbnstres-, -c'est moi qu'ils
accusent.. -_, ;, -,'. -7, : ,.: -^
. - » Maintenant, très saint Père, j'eh -atteste Dieu
et les hommes, je n'ai jamais vùulu,.je neveux
pas davantage aujourd'hui toucher-à l'église ro-r-
maine ni à votre sainte-autorité., Je reconnais
pleinement que cette église est ^au-dessus de tout,
qu'on né lui peut rien préférer, de ce quiest au
ciel et .sur la terre, si ce n'fest Jésus-Christ,
notre seigneur. « - ;.
- Luther avait dès-lors pris son parti. Déjà un
mois: ou deux auparavant il avait écrit : « Lepape
n'a pas voulu souffrir un juge, et moi je:n'ai
pas voulu du. jugement du pape. Il sera donc le
texte, et moi là glose..» Ailleurs il dit à.Spalar-
tin (i3 mars) :, .« Je suis en, travail pour l'é-
pître de saint, Paul aux Galates. J'ai en, pensée
un sermon; sur la Passion ; outre mes leçons, QV-
dinaires,, j'enseigne le ..soir. les. petits enfans,et
je leur expIiqueForaison dominicale. Cependant,
je retourne/les, décrétales pour ma nouvelle-dis^-
pute,. et j'y; trouve Christ 'tellement altéré et
crucifié, .queje ne. sais, trop (-je vous; ledisàl'or
reille). si le pape'n'est pas;!'Antichrist Iuirmême,
-puTapôtre^e l'Antichrist.:»>,-.,: -,;-";"': .--.
„, Quelsque fussent les. progrès de Luther dans
4G MÉMOIRES
la violence, lepape avait désormais peu de chance
d'arracher à un prince puissant, à qui là plupart
des électeurs déféraient l'empire, son théologien
favori. Miltitz changea de ton. Il déclara que le
pape, voudrait bien encbf ë se contenter d'une fé-
tractatiom II vit familièrement Luther. II le flatta,
il luiavoua qu'il avait enlevé le monde à soi, et
l'avait soustrait au pàpë. II assufait que dans sa
route ; il avait à peiné trouvé sur cinq hommes;
deux où'trois partisans delà papauté.- Il voulait
lui persuader' d'aller s'expliquef devant l'arche-
vêque de Trêves. Il ne justifiait pas autfémëht
qu'il fût autorisé à faire cette proposition ni par
le pape, ni par l'archevêque; Le conseil était sus-
pect.; Luther savait qu'if avait été brûlé en effigie
à Rbriie [ papyraceusMartinus in campo Florce
publiée çombustus, ëxecrâtus, devotiisj. Il ré-
pondit durement à Miltitz, et l'avertit qu'un
de ses envoyés avait inspiré de tels soupçons à
Wittemberg , qu'on avait failli, lé faire sauter
dans FËlbë; « Si, comme vous le dites, vous êtes
obligé paf mon. refus, de venir vous-même, Dieu
vous accorde un heureux voyage. Moi, je suis
fort occupé; je n'ai ni le temps, ni l'argent né-
cessaire pour me promener ainsi. Adieu^ homriie
mai. ;v-
excellent:-è?rji 7 Q;-,
À l'arrivée de Miltitz en Allemagne ; --Luther
avait dit'qu'il se tairait, pourvu que ses adver-
DE. LUTHER: P519]. 47
saires se;tussent aussi; Ils ledégagèfent de sa pâ-
role.;-Le; do;çtëur.;Ecfc le défia solennellement dé
venir disputer avec lui à Leipzig; Lés facultés de
Paris, d.é;LoUvain; de Cologne,, condamnèrent
ses propositions. '; ^.i;.!-": :;A;V;,; ,-;; :--,;'>. :-.
; Pour, .se fendre décemment à Leipzig y Lut hëf
fut obligé de demander utië robe au parcimonieux
Électeur, qui, depuis deux ou trois ans; avait ou-
blié! de; sFhiabillër;; Lalettrévéstcurieuse -:
- L« Je prie yotreGrâceélectbfalë de vouloir bien
m'acheter çune Ichape '«blanche et; une chape
noire. La,blanche, jela demande humblement;
Pouxlà noirëv, votre;àltèsse me la doit; car- il y
a deux ou trois ans qu'elle me l'a promise, et
Pfeffinger délie si, difficilement les cordons de sa
bourse,'que j'aiété bbligé;de m'en procurer une
moi-même.: Je prié humblement votre Altesse,
qui. a;pénsé:qUe le Psautier méritait une chape
noire,,; de,: -vouloir bien ne (pas -juger le -saint
Paul indigne d'xiiip chape blanches» ;
Luther était alors si complèteihéht rassuré,
que non content d'aller .se défendre à Leipzig,
il, prit l'offensive à ^ittembefg.; « Ilosa, dît son
biographe, catholique;, iCéchlasus, il -osa,' avec
l'autorisation j du prince qui le protégeait, citëf
solennellement les-inquisiteurs lès^plusliabiïës^
ceux qui m croiraient capables d'avalerleféf et
de; fendre le caillou /pour, qu'ils vinssent dispu-
48 MÉMOIRES

ter avec, lui •; on leur offrait le sauf-conduit du


prince, qui de plus.^chargeait dé lès héberger
et de les défrayer; >?;• L,^
Cependant, le principal adversaire de Luther j
le docteur Eck, s'était rendu à Rome pour "sol-
liciter sa:condamnation. Luther était jugétd'a-
vançe. JI ne lui restait, .qu'à juger son .juge, à
condamner lui-même : l'autorité' par-devaill;lé
peuple. -C'est ce qu'ilrfib dans sonI terrible livre
de la,Captivité de Babylbne. il avançaitque l'É-
glise -était captive, que Jésus-Christ, constam-
ment profané dans l'idolâtrie dé la messej mé-
connu- dans le dogme, dé la transsubstantiation >
-
se trouvait prisonnier dû.pape.
Il explique dans la préface, avec une auda-
cieuse -franchise", <comment il s'est. trouvépôUssé
de proche en proche parlés adversaires-: « Que
jele-veuille ou non, je deviens chaque jour plus
habile,' poussé comme je suis, et tenu en haleine
par tant de maîtres à la^oisiij'ai-.écrit.sur' ïés\in-
dulgences, -il y a deux ans',jmaïs d'une façon qui
me fait regretter, vivement d'avoir donné mes
feuilles. au public. J'étais encore prodigieuse-
ment, engoué à cette époque de la* puiâsançe-pa-
pale.;. je:-n'osai; rejeter les indulgences"'éntièré-
mëùt.^- Je ; les ; voyais ; içFailleurs appfouvéës par
tantsdeîpëfsonnes ;;:moi,- j'étais'seûl; à rouler ce
rocher [hoc volvere sa&iim). Mais depuis, grâce
DE LUTHER £1520]. 49
à Siîvestre et autres frères qui les défendirent
vaillamment, j'ai compris que ce n'était rien
autre chose que des impostures inventées par
les flatteurs de Rome, pour faire perdre la foi
aux hommes et s'emparer de leur bourse. Plaise
à Dieu que je puisse porter les libraires et tous
ceux qui ont lu mes écrits sur les indulgences à
les brûler sans en laisser trace, en mettant à là
place de tout ce que j'ai dit, cette unique pro-
position : Les indulgences softt des billevesées in-
ventées par les flagorneurs de Rome.
» Après cela,. Eçk, Emser et leur bande vin-
rent m'ehtreprendre sur la question de la supré-
matie du pape; Je dois reconnaître, pour ne pas
me montrer ingrat envers ces doctes personna-
ges, que la peine qu'ils se sont donnée n'a pas
été perdue pour mon avancement- Auparavant,
je niais que la papauté fût de droit divin, mais
j'accordais encore qu'elle était de droit humain.
Après avoir entendu et lu les subtilités ultrà-
subtiles sur lesquelles ces pauvres gens fondent
les droits de leur idole, j'ai fini par mieux com-
prendre, et je me suis trouvé convaincu, que
le règne du pape est celui de Babylone et de
Nemrod , le fort chasseur : Ç\est pourquoi je prie
instamment les libfaires et les lecteurs (pour que
rien ne manque aux sueçès de mes bons amis),
de brûler également ce que j'ai écrit.jusqu'ici sur
4
50 MÉMOIRES
ce point, et de s'en tenir à cette proposition :
Le pape est le fort, chasseur, le Nemrod de Vépis-
copat romain. »
En même temps, pour qu'on sût bien qu'il
s'attaquait à la papauté plus qu'au pape, "il
écrivit dans les deux langues une "longue lettre à
Léon X, où il s'excusait de lui en vouloir pef-
sonnellement. « Au milieu des monstres de ce
siècle, contre lesquels je combats depuis trois
ans, il faut bien qu'Une fois pourtant, très ho-
norable Père, je inê souvienne de toi. Ta re-
nommée tant célébrée des gens de lettres, ta
vie irréprochable te mettrait au-dessus de toute
attaque: Je ne suis pas si sot que de in'ëU
prendre à toi, lorsqu'il n'est personne qui ne
té loue. Je t'ai appelé tin Daniel dans Babyîonê,
j'ai protesté,de ton iiïhoeéWCê... Oui, cher Léon,
tu nie fais l'effet de Daniel dans la fossé,; d'Ézé-
chiel parmi les scorpions. Que pourrais-tu, seul
contre ces monstres ? Ajoutons encore trois bU
quatre cardinaux sàvans et vertueux. Vous seriez
empoisonnes infailliblement si vous osiez entre-
prendre de remédier à tant de maux... C'en est
fait de l'a couf de Rome: La colère de Dieu est
venue pour elle à son terme; elle hait les conciles,
elle à horreur'de toUté'rëfôrme. Elle fëmplït l'é-
loge dé sa mère, dont'il est dit : Nous avons
soigné Bàbylone; elle nJest pas guérie; laissons
DE LUTHER [1520]. 5!

Babylone. O infortuné Léon, qui sièges sur ce


trône maudit ! Moi je te dis la vérité parce que
je te veux du bien» Si saint Bernard avait pitié
de son pape Eugène, quelles seront nos plaintes,
lorsque la corruption a augmenté trois cents ans
de plus... Oui, tu me remercierais de tonpâlut
éternel.. si je venais à bout de briser ce cachot^
" " '
cet enfer, où tute trouves rétenu. ».
Lorsque la .bulle de condamnation arriva en
Allemagne, elle trouva tout un peuple soulevé.
A Erfurth , les étudians l'arrachèrent aux li-
braires, la mirent en pièces, et la jetèrent à l'eau
enfaisant cette mauvaise pointé: « Bulle elle est,
disaient-ils, comme; bulle d'eau elle doit nager. »
Luther écrivit à l'instant : Contre la bulle exé-
crable de UAntichrist. L>e 10 décembre i5ao,il
i.a brûla aux portesde la ville, et le même jour- il
écrivit à Spâlatin, son intermédiaire Ordinaire au-
près de. l'Électeur:; « Aujourd'hui i o décembre
de l'année rSao, la neuvième heure du jour ,
ont été brûlés à Wittemberg ", à la porte de l'Est,
près la sainte croix, tous les livrés du pape,'le
Décret, les Décrétâtes , l'Extravagante de Clé-
ment VI, la dernière bulle de Léon X, la Somme
angélique, le Chrysoprasus d'Eck et quelques au-
tres ouvrages d'Eck et d'Emser: Voilà des choses
nouvelles ! » Il dit, dans l'acte même qu'il fit
dresser à ce sujet : « Si quelqu'un me demande
52 MÉMOIRES

pourquoi j'en agis ainsi, je lui répondrai que


c'est une vieille coutume de brûler les mauvais
livres. Les apôtres en ont brûlé pour cinq mille
deniers. »
Selon la tradition , il aurait dit., en jetant
dans les flammes le livre des Décrétales : « Tu as
affligé le saint du Seigneur, que le feu éternel
t'afflige toi-même et te consume; »
C'étaient bien là, en effet, des choses nou-
velles , comme le disait Luther. Jusqu'alors la
plupart des sectes et des hérésies s'étaient for-
mées dans l'ombre, et se seraient tenues heu-r
reuses d'être ignorées; mais voici qu'un moine
traite d'égal à égal avec le pape , et se constitue
le juge du chef de l'Église. La chaîne de la tra-
dition vient d'être rompue, l'unité brisée, là
robe sans couture déchirée. Qu'on ne croie pas
que Luther lui-même, avec toute sa violence,
ait franchi sans douleur ce dernier pas. C'était
d'un coup arracher de son coeur tout un passé
vénérable dans lequel on avait été nourri. Il
croyait, il est vrai, garder pour soi l'Écriture.
Mais enfin c'était l'Écriture autrement interprétée
qu'on ne faisait depuis mille ans. Ses ennemis
ont dit souvent tout cela ; aucun d'eux plus ëlo-
quemment que lui.
« Sans doute, écrit^il à Érasme au commen-
cement de son triste livre De servo arbitrio ,
DE LUTHER [15^9]. 53
sans doute, lu te sens quelque peu arrêté en
présence d'une suite si nombreuse d'érudits,
devant le consentement de tant de siècles où
brillèrent des hommes si-habiles dans les lettres
sacrées, où parurent de si grands martyrs, glo-
rifiés par de nombreux miracles. Ajouté encoreles
théologiens plus récens, tant d'académies, dé con-
ciles , d'évêques ; de.pontifes. De ce côté se trou-
vent l'érudition, legénie, le nombre, la grandeur,
la hauteur, la force, la sainteté, les miracles ;
et que n'y a-t.-il pas ? Du mien, Wiclef et Lau-
rent Valla (et aussi Augustin, quoique tU l'ou-
blies ) , puis Luther, un pauvre homme, né
d'hier, seul avec quelques amis qui n*ont ni,tant
d'érudition, ni tant de génie, ni le nombre, ni
la grandeur, nila sainteté, ni les miracles. A eux
tous, ils ne pourraient guérir un cheval boi-^
teux... Et' alla quoe tu plurima fonda emimerare
vales. Que sommes-nous, nous autres? Ce que
le loup disait de Philomèle : Tu n'es qu'une
voix ; Vox est, proetereaque nihil...
» Je l'avoue, mon cher Érasme, c'est avec ran
son que tu hésites devant toutes ces choses ; moi
aussi, il y a dix ans, j'ai hésité... Pouvais-je
croire que cette Troie, qui depuis si long-temps
avait victorieusement résisté à tant d'assauts,
pût tomber Un jour ? J'en atteste Dieu dans mon
âme, j'eusse persévéré dans ma crainte , j'hési-.
54 MEMOIRES
terais encore aujourd'hui, si.'ma conscience, sila
vérité , ne m'avaient contraint de parler. Je n'ai
pas , tu le penses bien , un coeur de roche; et
quand je.l'aurais, battu'par tant de flots et d'o-
rages, iiseserait brisé, ce coeur, lorsque toute
cette autorité venait fondre sur ma tête, comme
un déluge prêt à m'accabler. »
Il dit ailleurs : «... J'ai appris par la sainteEcri-
ture que c'est chose pleine de péril et de terreur
d'élever la voix dans l'église de Dieu, de parler au
milieu de ceux que vous aurez pour juges; lors-
qu'arrivés au dernier jour du jugement, vous vous
trouverez sous le regard de Dieu, sous l'oeil des
anges, toute créature voyant, écoutant,, et dres-
sant Torëille au Verbe divin. Certes, quand j'y
songe, je ne désirerais rien plus que le silence,
et l'éponge pour mes écrits... Avoir à rendre
compte -à Dieu de toute parole oiseuse, cela est
dur, cela est effroyable I1 »
(27 mars ISIO,) « J'étais seul, et jeté dans,
cette affaire sans prévoyance ; j'accordais aU

1 II est curieux de rapprocher de ces paroles de Luther le


passage si différent des Confessions:de Rousseau :
« Que la trompette du jugement dernier sonne.quand elle
youdra; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le
souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j'ai fait, ce
que j'ai pense', ce que je fus... Et puis , qu'un seul dise , s'il
l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là.-»
DE LUTHER. 55
i
pape beaucoup d'articles essentiels ;.qu'éla,is-je ,
pauvre-, misérable moine, pour tenir contre la
majesté du. pape, devant lequel les rois de la
terre (que dis-je ? la. terre même, l'enfer et le
ciel) tremblaient?... Ce que j'ai souffert la pre-
mière et la seconde année ; dans quel abattement,
non pas feint et,supposé-, mais bien véritable,
du, plutôt -dans quel désespoir je me trouvais,
ah! ils ne le savent point ces esprits çonfians
qui,. depuis,..ont attaqué le pape avec tant de
fierté- et de- présomption Ne pouvant trouver
de lumière auprès des maîtres, mor.ts ou muets
(je parie des livres des théologiens etdes juristes),
je souhaitai de" consulter le conseil vivant des
églises... de XJieu, ;afiu que, s'il existait des .gens
pieux qu'éclairât le Saint-Esprit, ilsrprissent com-
passion de moi,, et. voulussent bien don un JQU
avis bon et sûr, pour mon bien et ppurjceluide
toute la chrétien té-, Mais il, était impossible que
je les reconnusse» Je ne regardais que.le. pape4
les cardinaux, évêques, théologiens,.canonistes,
moines, prêtres; c'est-de là que j'attendais ,1'es-j-
prit. Car je m'étais si avidement abreuvé :et
repu de leur doctrine, que je ne sentais,plus
si je veillais ou si je dormais... Si j-'ayais-.alors
bravé Je pape , comme je. le fais aujourd'hui,
je me serais imaginé que la terre se fût ; à
l'heure même, ouverte pour' m'engloutir vi-
56 MEMOIRES
vant , ainsi que Coré et, Abiron... Lorsque
j'entendais le nom de l'Église, je frémissais et
offrais de céder. En I5I8, je dis au cardinal
Caietano à Augsbourg, que je voulais désormais .
me taire ; seulement je le priais , en toute humi-
lité , d'imposer même silence à mes adversaires,,
et d'arfêter leurs clameurs. Loin de me l'ac^
corder, il me menaça, si je ne me rétractais, de
condamner tout ce que j'avais enseigné. J'avais
déjà donné le Catéchisme, par lequel beaucoup
de gens s'étaient améliorés; je ne devais pas
souffrir qu'il fût condamné...
»-Je fus ainsi forcé de tenter ce que je regardais
comme le dernier des maux... Mais je ne songe
pas pouf cette fois à conter mon histoire. Je veux
seulement confesser ma sottise, mon ignorance
et ma faiblesse. Je veux faire trembler, par mon
exemple, ces présomptueux criailleurs ouécri-
vailleufs, qui n'ont point porté la croix, ni connu
les tentations de Satan... »
Contre la tradition du moyen-age, contre
Fautorité de l'Église, Luther cherchait un refuge
dans l'Écriture, antérieure à la tradition, supé-
rieure à l'Église elle-même. Il traduisait: les
psaumes, il écrivait ses postilles des évangiles
et des épîtres. A nulle autre époque de sa vie, il
n'approcha plus près du mysticisme. Il se fondait
alors sur saint Jean, non moins que sur saint
DE LUTHER [1519]. 57

Paul, et semblait prêt à parcourir tous les dégrés


de la doctrine de l'amour, sans s'effrayer des
conséquences funestes qui en découlaient pour
la liberté et la moralité de-l'homme. Il ya, dit-
il, dans son livre, de la Liberté chrétienne, il y a
deux hommes dans l'homme. L'homme intérieur,
l'âme, l'homme extérieur, le corps; aucun rap-
port entre eux. Comme les oeuvres viennent de
l'homme extérieur, leurs effets ne peuvent affec-
ter l'âme ; que le corps hante deslieux profanes,
qu'il mange, boive, qu'il ne prie point de bou-
che et néglige tout ce que font les hypocrites,
l'âme n'en souffrira pas. Par la foi, l'âme s'unit
au Christ comme l'épouse à son époux. Alors
tout leur est commun, le bien comme le mal...
Nous tous, qui croyons en Christ, nous sommes
rois et pontifes. — Le chrétien élevé par sa foi
au-dessus de tout, devient, par cette puissance
spirituelle,, seigneur de toutes choses, de sorte
que rien ne peut lui nuire, îmo omniaei subjeçta
coguntur servire ad salutem.... Si je crois, toutes
choses bonnes ou mauvaises tournent en bien
pour moi. C'est'là cette inestimable puissance et
liberté du chrétien.
« Si tu sens ton coeur hésiter et douter, il est
grand temps que tu ailles au prêtre , et que tu
demandes l'absolution de tes péchés. Tu dois
mourir mille fois plutôt que de douter du juge-
58 MÉMOIRES
ment du prêtre, qui est,le jugement de Dieu. Si
tu peux croire à ce jugement, ton coeur-doit rire
de joie et louer Dieu, qui, par l'intermédiaire de
l'homme, a consolé ta conscience. — Si tune
penses pas être digne-du pardon, c'est que tu
n'as pas encore fait assez, c'est que tu es trop peu
instruit dans la foi, et plus qu'il ne faut dans les
oeuvres. Il est mille fois plus important de croire
fermement à l'absolution que d'en être digne, et
de faire satisfaction. Cette foi vous rend digne ,
et constitue la véritable satisfaction. L'homme
peut alors servir avec joie son Dieu, lui qui, sans
cela, par suite de l'inquiétude de son coeur, ne
fait jamais aucune bonne oeuvre. C'est là ce qui
s'appelle le doux fardeau de notre Seigneuf Jésus-
Christ. » Sermon prêché à Leipzig, en iSig,
sur la justification.
Cette dangereuse doctrine fut accueillie par le
peuple et par la plus grande partie des lettrés -.-
Érasme,le plus célèbre d'entre eux, paraît seul
en avoir'senti la portée. Esprit critique et néga-
tif, émule du bel esprit;italien Laurent Valla,
qui avait écrit au quinzième siècle un livre Dé
libero arbitrio, il écrivit lui-même contre Luther,
sous ce même titre. Dès l'année i5ig, il reçut
avec froideur les avances du moine de Wittem-
berg. Celui-ci, qui sentait alors combien il avait
besoin de Fàppui des gens de lettres , avait écrit
DE LUTHER'[t 519]. 59
des lettres louangeuses à Reuchlin et à Érasme
( I5Ï8, iSig). La réponse de' ce dernier est
froide et significative (i5ig). ce'Je me réserve tout
entier pour mieux -aider à la renaissance des
belles - lettres ; et il .me semble- que l'on avance
plus par une modération politique ( modestiâ ci-
vili) que par l'emportement. C'est ainsi que lé
Christ a amené le monde sous sbh obéissance ;
c'est ainsi que Paul a aboli là loi judaïque en ti-
rant tout à l'interprétation. H vaut mieux crier
contre ceux qui abusent de l'autorité des prêtres
que contre -les prêtres eux-mêmes. Il en faut faire
autant à l'égard des r-bisi Au lieu de jeter le mé-
pris sur les écoles, il faut les l'amener à de plus
saines études. Lorsqu'il s'agit de choses tfop en-
foncées dans les esprits pour, qu'on puisse les en
arracher d'un seul coup , il faut procéder par. la
discussion et par une argumentation serrée et
puissante, plutôt que par affirmations... Il faut,
toujours prendre garde de ne rien dire, de ne
rien faire d'un air d'arrogance-éù dé révolte;
telle est, selon moi, la méthode qui convient à
l'esprit du Christ: Gë que j'en dis n'és-t pas pour
vous enseigner ce qtie vous devez faire, mais
pour que vous -fassiez toujours comme vous
faites. »
Ces timides ménàgemens n'étaient point à
l'usage d'un tel homme ni d'un tel moment.
60 MÉMOIRES
L'entraînement était immense. Les nobles et le
peuple, les châteaux et les villes libres, rivali-
saient de zèle et d'enthousiasme pour Luther. A
Nuremberg, à Strasbourg, à Mayence même, on
s'arrachait ses moindres pamphlets. La feuille,
toute,humide, était apportée sous le manteau,
et passée de boutique en boutique. Les préten-
tieux littérateurs du compagnonage allemand,
les ferblantiers poètes , les cordonniers hommes
de lettres, dévoraient la bonne nouvelle. Le bon
Hâns-Sachs sortait de sa vulgarité ordinaire, il
laissait son soulier commencé, il écrivait ses
meilleurs vers, sa meilleure pièce. Il chantait à
demi-voix, le rossignol de Wittemberg, dont la
voix retentit partout...
Rien ne seconda plus puissamment LUther que
le zèle des imprimeurs et des libraires potir les
idées nouvelles. « Les livres qui lui étaient favo-
rables, dit un contemporain, étaient imprimés
par les typographes avec un soin minutieux,
souvent à leurs frais,, et à un grand nombfe
d'exemplaires. II y avait une foule d'anciens
moines qui, rentrés dans le siècle, vivaient des
livres de Luther, et les colportaient par toute'
l'Allemagne. Ce n'était qu'à force d'argent que
les catholiques pouvaient faire imprimer leurs
ouvrages, et l'on y laissait tant de fautes , qu'ils
semblaient écrits par des ign.orans et des barbares.
DE LUTHER [1519]. ( 61
Si quelque imprimeur plus consciencieux y ap-
portait plus de soin, on le tourmentait, on se
riait delui dans les marchéspublics et aux foires
de Francfort,.comme d'un papiste , d'un esclave
des prêtres. »
Quel que fût le zèle des villes, c'était surtout à
la,noblesse que Luther avait fait appel, et elle y
répondait avec un zèle qu'il était souvent con-
traint de modérer lui-même. En rSio/, il écri-
vit en latin une Défense des articles condamnés
par la bulle de Léon X,,et il.la dédie dans ces tef-
mes au seîgneuf Fabien de Feilitzsch : « Il nous
a paru convenable de vous écrire désormais a vous
autres laïques, nouvel ordre de clercs, et de dé-
buter heureusement, s'il plaît à Dieu, sous les
favorables auspices de ton nom. Que cet'écrit
me : recommande donc, ou plutôt qu'il recom-
mande la doctrine «hfétienne à tqi et à toute
votre noblesse. J> II'avait envie de dédiërlà tra-
duction de cet ouvrage à Franz de Sickingen; et
quelque autre aux comtes de Mansfëld ; il s'en
abstint, dit-il, « de crainte d'éveiller la jalousie
de beaucoup d'autres, et surtout de la noblesse
franconienne. » La même année il publiait son
violent pamphlet : A la noblesse chrétienne d?Alle-
magne sur Vamélioration de la chrétienté. Quatre
mille exemplaires furent enlevés en un instant.
Les principaux dés nobles, amis de Luther,
62 -MEMOIRES
étaient- Silvestre de Schauenberg , Franz de
Sickingeri, Taubenheim et Ulrich de Hutten.
Schauenberg avait confié son jeune fils aux soins
de Mélanchton, et offrait de prêter main forte à
l'électeur de Saxe, en cas qu'il vînt en péril pour
la cause de la réforme. Taubenheim et d'autres
envoyaient de l'argent à Luther; a J'ai reçu cent
pièces;d'or que rri'envoie Taubenheim; Sehàrt
ni'en à aussi donné cinquante, et je; commence
à craindre, que Dieu ne me paie ici-bas; mais j'ai
protesté que je ne voulais pas être ainsi gorgé,
ou que j'allais- tout rendre. » Le margrave de
Brandebourg avait sollicité la faveur de.le voir|
Sickingen et Hutten lui promettaient leur appui
envers ,'et, contre tous. « Hutten, dit-if, en sep-?
tembre r520,, m'a adressé une lettre brûlante de
colère^contre le pontife, romain. ; il écrit qu'il va
tomber: de là plume etdel'épée sur la tyrannie
sacerdotale. ; il est outré de ce que le pape a es-?
sayé; contre lui le poignard et le poïson,:eta
mandé à l'évêque de Mayence de le luienvoyerà
Rome ; pieds et .poings liés. » « Tu yôis, dit-il
encore, ce que demande Hutten; mais je ne vou-
drais pas qu'on fît servir à la cause de l'Évangile
la violence et le meurtre. Je lui ai. écrit dans ce.
sens;»; ' .';, '}. ;*.- ',;;;;.:' .
^Cependant l'Empereur venait de sommer Lu-'
theivde.comparaître à Worms devant la dièteïm-
DE LUTHER [1520]. 65

périale ; les deux partis allaient se trouver en


présence', amis et ennemis., : -,
Plût à Dieu, disait Hutten;-que je pusse;assis-
ter à la diète; je mettrais les choses eirmou-
vement, j'exciterais bien vite quelqUe tumulte. »
Le 20 avril, il écrit à Luther: « Quelles- atro-
cités aï-je apprises ! Il n'y a point de furie com-
parable à la fureur dé ces gens. Il faut'en venir,
jeie vois ,;aux glaives/aux arcs; aux flèches':/ aux
canons. Toi, pèréi, fortifie ton courage,;moque-
toi; de-ces bêtes sauvages. Je ivois s'accroître
chaque jour- le nombre de tes partisans ; tu, hè
manqueras-pas de défenseurs; Un grand'nombre
sont ; venus -vers moi| disant :Û?laisè a Dieu qu'il
né faiblisse pas y; qu'il;;répoftde., avéc.jGourage;;
qu'il ne se laissé; abattre par aucune terreur i ».En
même temps Jitittén envoyait partout des lettres
aux magistrats; destviilesypour Ibrniferuae; ligue
entre ellesmlës nbbïesdu Rhîn, c'est-à-dire pour
les armer Contre -lès- princes' ecclésiastiques•î'.
Il éërivait à; Pirkeiniefyd'uïi;des prinîcipaux'ïïiaé-
;; ; ,;:;;Tv;5;i'A: ^^MSA
gistfàtsMe1fe*ëmbërg;;f
'Ï< Excitë^ïê pôufage-dës'tïéns ; j'ai-quelque es-
péf àhce'quë vous trouverez des partisans, dans

1 Voyez dans nos" Eclàirciss'enïë'ns le 'dîàlôguè'âés'TOieuK,


composé par-Hutten, dans le but dte'réunir lèànôWéS et lès
bourgeois contre les prêtres; '• .; .:;,':': ,',*" ":-'-•
64 MEMOIRES
les villes. qu'anime l'amour de la liberté. Franz
de Sickingen est pour nous; il brûle de zèle. If
s'est pénétré,de Luther. Je lui fais lire à table ses
opuscules. Il a juré de ne point manquer a la
cause de; la liberté ; et ce qu'il a dit, il le fera:
Prêche pour lui près de tes concitoyens. Il n'y a
point d'âme plus grande en Allemagne: »
Jusque dans l'assemblée de Worms ily avaitdes
partisans de Luther. « Quelqu'un, en pleine
diète, a montré un écrit-portant que quatre cents-
nobles ont juré de le défendre; et il a ajouté Bunt-
schuh, Buntschuh ( c'était, comme on verra, le
mot de ralliement des paysans insurgés). Les Ca-
tholiques n'étaient même pas très sûrs de l'Em-
pefeur. Hutten écrit, durant la diète : a César; dit-
on, a résolu de prendre le parti du pape. »Dans
la ville, parmi le peuple , les luthériens .'étaient
nombreux. Hermann Busch écrit à Hutten qu'un
prêtre,, sorti du palais impérial avec deux soldats
espagnols, voulut, aux:portes mêmes du palais,
enlever de force quatre-vingts exemplaires de la
Captivité de Babylone, mais qu'il fut bientôt obligé
de se réfugier dans l'intérieur du palais. Cepen-
dant, pour le décider à prendre les armes, il lui
montre les Espagnols se promenant tout fiers sur
leurs, mules dans les places de Worms, et la fouie
se retire. '
intimidée qui ...'•:
Le biographe hostile de Luther, Cochloeus, ra-v
DE LUTHER [1521]. 65
conte d'une -manière satirique:le voyage du ré-
formateur. ;
« On lui prépara, dit-il, un chariot, en forme
de litière bien fermée, où il était parfaitement à
l'abri des injures de l'air. Autour-de lui étaient
de, doctes personnes, le prévôt Jonas, le docteur
Schùrf, le théologien Amsdorf, etc. Partout où
il passait il y avait un grand concours de peuple.
Dans les hôtelleries, bonne chère,- de joyeuses
libations, même de la musique; Luther lui-même,
pour attirer les yeux, jouait de la harpe comme
un autre Orphée, un Orphée tondu et encapu-
chonné. Bien que le sauf-conduit de l'Empereur
portât qu'il ne prêcherait point sur sa route, il
prêcha cependant à Erfurth, le jour de la Qua-
simodo, et fit imprimer son sermon.» Ce portrait
de Luther ne s'accorde pas trop avec celui qu'en
a fait un contemporain quelque temps avant la
diète de Worms. .
« Martin est d'une taille moyenne ; les soucis
et les étudei l'ont maigri au point que l'on pour-
rait compter tous les os de son corps,. Cependant
il est-encore dans la force et la verdeur del'âge.
Sa voix est claire et perçante. Puissant dans la
doctrine, admirable dans la connaissance de
l'Écriture, dont il pourrait presque citer tous les
versets les uns après, les autres, il a appris le
grec et l'hébreu' poùr'ebmparer et juger les tra-
i. S
m MÉMOIRES
ductions de la Bible. Jamais il ne resté court;
il a à sa disposition un monde de choses et de
paroles (sylva ingens verborum et rerum). II
est d'un commerce agréable et facile; il n'a ja-
mais dans son air rien de dur,, de sourcilleux ;
il sait même se prêter aux- plaisirs delà vie.
Dans les; réunions il est gâi, plaisant, montrant
partout .une parfaite sécurité et faisant' tou-
jours bon visage, malgré les atroces menaces
de ses adversaires. Aussi est-il' difficile dé
croire que cet homme entreprenne de si-gran-
des choses sans la protection divine. Le seul
reproche que presque tout le monde lui fait,
c'est d'être trop mordant dans ses réponses,
de ne reculer devant aucune expression outra-
geante., s-
Nous devons à Luther lui-même un beau- ré-
cit de .-Ce qui eut lieu a la diète, et ce récit est gé-
néralement conforme à ceux qu'en ont faits ses
ennemis;
« JjOrsqûe le héraut m'eut cité le mardi de là
semaine sainte, et m'eut apporté le sauf-conduit
de l'Empereur et de plusieurs princes, le même
sâuf-condùït fut, lëlèhdèmain mercredi, violé à
Wofms; où ils me condamnèrent et brûlèrent mes
livres. La nouvelle m'en vint lorsque j'étais à
Eyfurth. Dans toutes les yilles la condamnation
était dëjà-pûblique'ment' affichée, de sorte que le
DE LUTHER [1521]. 67
héraut lui-même .me demandait si je songeais
encore à me rendre à Worms? :: • .;
» Quoique je fusse effrayé et tremblant, je lui
répondis : Je veux m'y rendre, quand même il
devrait s'y trouver autant de diables que de tuiles
sur les toits! Lors donc que j'arrivai à Oppen-
heim près de Worms,', maître Bucer vint m.é.
trouver, et me détourna d'entrer dans la ville.,
Sglapian, confesseur de l'Enipefettr, était venu
le trouver et le prier de m'avertir que je n'en-
trasse point à Worms; car je devais y être brûlé!
Je ferais mieux, disàit-il; dé m'arfêter dans le
voisinage jchez Franz de Sickingeh ; qui me f e-*
eevrait volontiers.
» Les misérables faisaient tout cela pour m'em-
pêcher de comparaître; car, si j'avais tardé trois
jours, mon sauf-conduit n'eût plus été valable,
ils m'auraient fermé les portes, ne m'auraient
point écouté , mais condamné tyranniquement.
J'avançai donc dans la simplicité de mon coeur,
et lorsque je fus en vue de la ville, j'écrivis sur
l'heure à Spalatin que j'étais arrivé, en luide-r
mandant où je devais loger. Us s'étonnèrent tous
de ' mon arrivée imprévue ; car ils pensaient que
je serais resté dehors, arrêté par la ruse etspar la
terreur. •-..* :
» Deux de là noblesse, le seigneur de Hirsfeld
et Jean Sehbtt, vinrent me prendre par ordre de
68 - MÉMOIRES

l'électeur de Saxe et me conduisirent chez eux.


Mais aucun prince ne vint me voir, seulement
des comtes et des nobles qui me regardaient
beaucoup. C'étaient ceux qui avaient présenté à
Sa Majesté Impériale les quatre cents articles
contre les ecclésiastiques, en priant qu'on ré-
formât les abus; sinon qu'ils le feraient eux-
mêmes. Ils en ont tous été délivrés par mon
évangile.
» Le pape avait écrit- à l'Empereur de ne point
observer le sauf-conduit. Les évêques y pous-
saient; mais les princes-et les états n'y voulurent
point consentir; car il" en fût résulté bien duiruit.
J'avais tiré un grand éclat de tout cela ; ils de-
vaient avoir peur de moi plus que je n'avais
d'eux. En effet le landgrave de Hesse qui était
encore un jeune seigneur, demanda à m'enten-
dre, vint me trouver, causa avec moi, et me dit
à la fin : Cher docteur, si vous avez raison, que
notre Seigneur Dieu vous soit en aide !
» J'avais écrit, dès mon arrivée, à Sglapian, con-
fesseur de l'Empereur, en le priant de vouloir
bien venir me trouver, selon sa volonté et. sa
commodité; mais il ne voulut pas : il disait que
la chose serait inutile.
» Je fus ensuite cité et je comparus devant tout,
le conseil delà diète impériale dans la maison de
ville, où l'Empereur, les électeurs et les princes
DE LUTHER [1521^. 69
étaientrassemblés 1. Le doeteurEck,: officiai) idë
l'évêque de Trêves, commença, et'me dit: Martini,
tu es appelé ici pour dire si tu reconnais pour tiens
-les livres qui sont plàcés.-sur la tablé. Et il mêles
montrait;; T— Je; le perdis ,-,répbndis#je. Maisrle
docteur. Jérôme. Schufff ajouta-suf-Je-rçhampv:
Qu'on lise les titres. Lorsqu'on les eut lus,, je
dis: Oui, ces livrësisont les, miens. — ':- i-;r;::lt;I
» Il me demanda encore : Veux-tu les désas-
vouer? Je répondis : Très;gracieux seigneur Em-
pereur, quelques-uns de mes écrits sontdes livres
de controverse, dans lesquels j'attaque mes ad-
versaires. D'autres sont des livres d'enseignement
et de doctrine. Dans ceux-ci je ne puis, ni ne
yeux rien rétracter, car" c'est parole dé Dieu.
Mais pour mes livres de controverse, si j'ai été
trop violent contre quelqu'un,. si j'ai été trop
loin, je veux bien me,laisser instruire, pourvu
qu'on me donne, le temps d'y-penser. On me
donna un jour et unenuit. ; - :
» Le jour d'après, je fus appelé par les évêques
et d'autres qui devaient traiter avec moi pour
que je me rétractasse; Je leur dis..; La parole de

1 II, se trouvait à la diète, outre


l'Empereur, sis électeurs,
un-archiduc , deux landgraves, cinq margraves , vingt-sept
ducs et un grand nombre de comtes, d'archevêques , d'e'vê-.
ques,.etc.; en tout deux cent-six -personnes. : ; -
70 MÉMOIRES
Dieu n'est point ma parole; c'est pourquoi je
ne puis Fàbandonner. Mais, dans ce qui est au-*
delà;;.je veux être obéissant et docile. Le mar-
grave' Joâehiùi prit alors la parole, et dit : Sei-*
gneùr docteur, autant que je puis comprendre,
votre pensée est de vous laisser conseiller et
instruire , hors les seuls points qui touchent
l'Écriture?—: Oui, répondis-je, c'est ce que je
veux. :-..'-..
- : ;•» Ilsme dirent alors
que je devais m'en remettre
•à-la majesté impériale ; mais je n'y consentis'
point. Ilsme demandaient s'ils n'étaient pas eux-,
mêmes des chrétiens qui pussent décider de telles
choses.?A quoi je répliquai : Oui; pourvu que ce
soit sans faire tort ni offense à l'Ecriture, que
je veux maintenir. Je ne puis abandonner ce
qui n'est pas mien. —Ils. insistaient: Votis devez,
vous reposer sur nous et fcf oire que nous déci-.
derohs bien.' — Je ne suis pas fort porté à croire
que ceux-là décideront pbtir moi contre eux-
mêmes; qui; viennent "de me-condamner déjà,
•lorsque j'étais sotis le sâuf-Gohduït. Mais-Voyez
ce que je veux- faire; -agissez avec moi cormhe
vous voudrez ; je consens à renoncer à mon sauf--
conduit, et à vous l'abandonner. Alors le sei-^
gneur Frédéric de Feilitsch se mit à dire : En vpilà
véritablement assez, si ce n'est trop.
»,Ils dirent ensuite : Abandbhnez-àious âU moins
DE LUTHER [1521]. 71

quelques articles. Je répondis : Au nom de Dieu,


je ne.veux point défendre.les articles qui sont
étrangers à l'Écriture. Aussitôt deux évoques al-
lèrent dire à l'Empereur qUe je me. rétractais.
Alors l'évêque*** envoya vers moi; et me fit de-
mander :si j'avais consenti iï m'en remettre à
l'Empereur et a l'Empire? Je répondis que je ne
levôulâïspas, et quejîe n'y avais jamais consenti.
Ainsi, je 'résistais; seul contre tous. Mon docteur
et les autres étaient :mécohtens:de ma: ténacité.
Quelques-uns me disaient que ;si;je voulais m'en
remettre à eux, ils abândohnerâiëntèt céderaient
en retour les articles qui avaient été condamnés
au concile de Constance; À tout cela je répon-
dais : Voici mon corpsethiâ;vie: ; '> '-"' -'••
» Coehléus -vintalors;,; ; et ime^dit ï -Martin ,. si
tu veux renoncer au sauf-conduit,-je-disputerai
avec toi. Je l'aurais fait dans" ma simplicité,:
mais: le . docteur, ijérôine Sehurff répondit eniiant
et avec ironie : Ouï-,-vraiment ; c'est cela qu'il
faudrait.. Ce n'est 'pas; .une. offre inégale ; qui ses
rait si sot!..i; Aînsije restai sousletsaùfccondùit.
Quelques* ibonsxùmpagnonss'étaientdéjà'élancés
en disant: Comment? vous l'emmèneriez prin
soimiér ? Cela ne saurait,être;";.;; h-An ;-;o A «-
-- -)).Sur;ees entrefaites, vint un docteur,du mâr^
grave de Bàde,.;qui essaya de m'émouvoir avec
de grands mots ': Je devais ; disait^il, beaucoup
72 MEMOIRES

faire, beaucoup céder pour l'amour de la charité,


afin que la paix et l'union subsistassent, et qu'il
n'y eût pas de. soulèvement. On était obligé d'o-
béir, à la majesté impériale, comme à la plus
haute autorité ; on devait soigneusement éviter
de faire du scandale dans le monde ; par consé-
— Je veux de tout
quent, je devais me rétracter.
mon coeur^ : répondisr-je, au nom de la-charité;,
obéir et tout faire, en ce qui n'est point contre
la foi et l'honneur de Christ.
» Alors le chancelier de Trêves médit : Martin,
tu es. désobéissant à la majesté impériale; c'est
pourquoi il t'est permis de partir, sous le sauf-
conduit qui t'a été donné.; Je répondis : Il s'est
fait comme il a plu au Seigneur. Et vous, à votre
tour^, considérez où vous,restez. Ainsi, je partis
dans ma simplicité, sans, remarquer ni corn-*
prendre toutes leurs finesses.
,,». Ensuite ils exécutèrent le cruel édit du ban,
qui donnait à chacun occasion de se .venger- dé
ses ennemis, sous prétexte et apparence d'héf-
résie luthérienne, et cependant il a bien fallu à
la fin quéles tyrans révoquassent ce qu'ilsavaieht
fait. :-.-
» C'est ainsi qu'il m'adviht à Worms, oùje n'a-«
vais pourtant de soutien que le Saint-Esprit.»
Nous trouvons d'autres détails curieux dans un
récit plus étendu delà conférence de Worms, écrit
DE LUTHER [1521]. 75
'
immédiàtementaprès,et qui peut-être est de Lu-
ther ; cependant il y parle à la troisième personne.
« Le lendemain del'àrrivée de Luther à Worms,
à quatre heures de l'après-midi, le maître des
cérémonies de l'Empire, et le héraut qui l'avait
accompagné; depuis Wittemberg , vinrent le
prendre dans, son hôtellerie dite la Cour. Alle-
mande , et le conduisirent à la maison de ville
par des passages secrets, pour le soustraire à la
foule qui s'était rassemblée sur le chemin. Il y en
eut beaucoup., malgré cette précaution , qui ac-
couraient aux portes de la maison de ville, et
voulaient ypénëtrer avec Luther; mais les gardes
les repoussaient. Beaucoup étaient montés sur
les toits pour, voir le: docteur Martin. Lorsqu'il
fut entré dans la salley plusieurs seigneurs vinrent
successivement lui adresser des paroles d'encou-
ragement ; « Soyez.intrépide, lui. disaient-ils ,
parlez en homme, et ne craignez pas ceux qui
peuvent tuer les corps, mais qui sont impuissans
contré-les âmes.. » « Moine, dit le fameux capi-
taine-Georges Frundsbef g, en lui mettant la main
sur l'épaule, prends-y-garde, tu vas faire un pas
plus périlieuxque nous autres n'en avons jamais
fait. Mais si tues dans le bon chemin , Dieu ne
t'abandonnera pas. » Le duc Jean de Weimarlui
avait donné l'argent nécessaire à son voyage,
r» Luther fit ses réponses en latin etenallemand.
74 MÉMOIRES
II rappela.d'abord que dans ses ouvrages il y avait
des choses approuvées même de ses- adversaires,.
et que sans doute ce n'était pas cette partie qu'il
s'agissait de révoquer; puis il continua ainsi :
« La seconde partie de mes livres comprend
ceux dans lesquels j'ai attaqué la papauté elles
papistes, comme ayant, par une fausse doctrine,
pat une vie et des exemples pervers, désolé la
chrétienté dans les choses du corpset dans Celles
de l'âme. Or, personne ne peut nier, etc..;..
Cependant les papes ont enseigné eux-mêmes
dans leurs décrétales qUe les constitutions dti
pape, qui seraient contraires à l'Évangile ou aux
Pères ; devaient être regardées comme fausses
et non ; valables. Si donc je révoquais-cette
partie, je. ne ferais que fortifier les papistes --dans
leur tyrannie et leur oppression vefcouv-rir por-
tes et fenêtres à leurs horribles impiétés.::.:
On dirait que j'ai révoqué mes accusations con-
tre eux sur l'ordre de Sa-Majesté Impériale et
de l'Empire. Dieu ! quel'manteau ignominieux
je deviendrais pour leur- perversité etléùf 'ty-
-:" '
rannie !. ;;'. . ::''::--.- "-''I :;fi
» La troisième et dernière partie demies livrés
est de-nature polémique. J'avoue que; j'y -ai
souvent-été-plus violent et plus âpre que la fë--
ligioh ëtma robe ne le veulent. Je ne nié donne
pas pouf Un saint. Ce n'est pas nori: plus ;iha vie
DE LtîTHER'':[î521]. 75

que je discute devant vous; mais la doctrine de


Jésus-Christ. Néanmoins, je ne croîs pas qu'il
me convienne de 'rétracter ceci plus que le -reste,
car ici encore^ jëne ferais qU'appfoUvêr la ty-
rannie et l'impiété qui ravagent ïë peuple de
Dieu. - - -:-' - ;,;--~:-:-.":'; '';••'-
» Je'ne suis' qu'un homme; Je hë puis -défendre
1
ma doctrihfeaùtrëmënt que -n'a -fait mon divin
Sauveur; quand' il fut frappé par l'officier du
grand-prêtre,- îl'-îiii- dit : «Si j'ai mal parlé ,
faites voir ce que j'ai dit de mal; » :
;» Si donc le Seigneur lui-même a demandé à
être interrogé, et mime-par un méchant es-
clave , La eombîèrî plus forte raison moi, qui ne
s'Uisqùetëffeét eèhdfë, etqùi puis më tromper
facilement; 'né:dëvrais-jépas demander àmè jus-
tifier ^ur'madbctrihë?.';^:-. Si les témoignages
de l'Écriture sont contre mol, je inè rétracterai
de gf and eoeûr, et j e serai lé premier à- j ëtëf mes,
livrés ;àùIféu, : /.. Gf âignez que ' le 'règne 1de' hotf è
jeune et tànt-'IbUàblë'èmpëfëùf Charles, (lequel
est ;maintënânty; ' àyèé
sDîëûfy ûhï^grahd; espoir
pour-flous-); né commence-ainsi' d'unemaniéré
funeste, et n'ait une suite'et une fin également
!-A; Je; donc •ëri toute hUmi-
déplorables supplie
Iitë;Votïe:Majestë Impériale et Vos'Altesses'Elee-^
tô'faies et Seigneuriales, de ne pas vbuloif se
laisser indisposer contre ma doctrine sans que
76 MÉMOIRES
mes adversaires aient produit de justes; raisons
contre moi » ,_
» Après ce discours, l'orateur de l'Empereur se
leva vivement et dit que Luther était resté; à
côté de la question, qu'on ne pouvait remettre
en doute ce qui avait été une fois décidé par,les
conciles, et qu'on lui demandait en conséquence
de dire tout simplement et. uniment s'il se ré-
tractait ou non.
» Alors Luther reprit la parole en ces termes :
« Puis donc que Votre Majesté Impériale et Vos
Altesses demandent de moi une brève et simple
réponse, j'en vais donner une qui n'aura ni dents
ni cornes : Si l'on ne peut me convaincre par la
sainte,Écriture ou par d'autres raisons claires
et incontestables ( car je, ne puis m'en rapporter-
uniquement ni au pape ni aux conciles qui ont
si souvent failli), je ne puis, je ne yeux .rien
révoquer. Les témoignages que j'ai cités n'ont
pu être réfutés, ma conscience est prisonnière
dans la parole de Dieu; l'on ne peut conseiller à
personne d'agir contre sa conscience. Me voici
donc; je, ne puis faire autrement. Que Dieu me
soit en aide, Amen. »
» Les électeurs et états de l'Empire aUèfent
se consulter sur cette réponse de Luther. Après
une longue délibération de leur part, l'official
de Trêves fut chargé delà réfuW. « Martin, dnv
DE LUTHER [1521]. 77

il, tu n'as point répondu avec la modestie qui


convient à ta condition. Tbn discours ne se
rapporte pas à la question qui t'a été posée;...
A quoi bon discuter de nouveau des points que
l'Église et les conciles ont condamnés depuis
tant de siècles?.... Si ceux qui se mettent en
opposition avec les conciles voulaient forcer
l'Église à les convaincre avec des livres, il n'y
aurait plus rien de certain et de définitif dans la
chrétienté. C'est pourquoi Sa Majesté demande
que tu répondes tout simplement par oui ou
par non si tu veux révoquer-. ».
» Alors Luther pria l'Empereur de ne point
souffrir qu'on le contraignît àse rétracter contrai-
rement à sa conscience, et sans qu'on lui eût fait
voir qu'il était dans l'erreur. Il ajotità que sa
réponse n'était point sophistique, que les con-
ciles avaient souvent pris des décisions contra-
dictoires, et qu'il était prêt à le prouver. L'of-
ficial répondit brièvement- qu'on ne pouvait
prouver ces contradictions, mais Luther persista
et offrit d'en donner les preuves.
» Cependant comme le jour tombait et qu'il
commençait àfaire sombre, l'assemblée se sépara.
Les Espagnols se moquèrent de l'homme de Dieu
et l'injurièrent quand il sortit de la maison de
• . '
ville pour retourner à son hôtellerie.
» Le lendemain l'Empereur envoya aux élec-
78 MÉMOIRES
teurs et états, pour eu délibérer, l'acte du ban
impérial contre Luther et sesadhérens. Le sauf-
conduit néanmoins était maintenu dans cet-acte;
» Dans la dernière conférence, l'archeyêque
de Trêves demanda à Luther quel conseil il
donnerait lui-même pour terminer cette affaire.
Luther répondit : « Il n'y a ici d'autre conseil à
donner que celui de Gamaliel dans les Actes des
Apôtres: Si cette oeuvre vient des hommes, elle
périra; si, de Dieu , vous n'y pouvez rien. »
» Peu après, Fofficial de Trêves vint porter à
Luther dans son hôtellerie le sauf-conduit impé-
rial pour son retour. Il avait vingt jours pour se
rendre en lieu de sûreté ,, et il lui était enjoint
de ne point prêcher, ni autrement exciter le
peuple sur sa route. Il partit le lendemain,
26 avril; Le héraut l'escorta sur un ordre verbal
de l'Empereur.
» Arrivé à Friedbourg, Luther écrivit deux
lettres,: l'une à l'Empereur, l'autre aux électeurs
et états assemblés à Worms. Dans la première,
il exprime son regret d'avoir été dans la nécessité
de désobéir à l'Empereur. « Mais, dit-il, Dieu et
sa, parole sont au-dessus de tous les hommes. »
Il regrette aussi de n'avoir pu obtenir qu'on dis-
cutât les- témoignages qu'il avait tirés de l'Ecri-
ture, ajoutant qu'il est;,prêt à se présenter de
nouveau devant toute autre assemblée que l'on
DE LUTHER [1521]. 79

désignera, et à se soumettre en toutes choses


sans exception, pourvu que la parole de Dieu ne
reçoive aucune atteinte. La lettre aux électeurs
et états est écrite dans le même sens. .-'-,
- » « Tu -ne saurais croire avec quelle
(A Spalatin.)
civilité m'a reçul'abbé de Hirsfeld. -Il a envoyé au-
devant de nous, àla distance d'un grandmille, son
chancelier et son trésorier, et lui—même il est
yenunous recevoir près de son château avec une
troupe de cavaliers, pour nous conduire dans la
ville; Le s'énatnbus a reçus à la porte. L'abhénous
a splendidement traités dans son monastère, et
m'a couché dans 'son lit. Le cinquième jour; -, au
matin, ils më forcèrent de faire un, sermon: J'eus
beau représenter qu'ils perdraient leurs régales,:,
si les Impériaux allaient traiter celade violation
dé la foi .jurée, parce qu'ils m'avaient enjoint de
ne pas prêcher sur ma route. Je disais pourtant
que je n'avais, jamais,consenti à lier la parole de
Dieu ; ce qui est vrai.
. , « Je prêchai: également--à Eisenach, devant un
curé tout tremblant, et un notaire et des témoins
qui protestaient, en s'excusant sur la crainte
de leurs, tyrans. Ainsi; -,tu entendras peut-être
dire à; Worms que j'aiviolé ma foi; mais je ne
l'ai pas-violée;,Lier la, paroll|de Dieu,,, c'est une
condition qui iuest pas en mon pouvoir. .
MEnfin, ou vint à pied d'Eisenach à notre ren-
80 -MÉMOIRES

contre, et nous entrâmes le-soir dans la ville3


tous nos compagnons étaient partis le matin avec
'
Jérôme.
«Pour moi, j'allais rejoindre ma chair (ses pa-
reils) en traversant la forêt, et je venais delës quit-
ter pour me diriger sur Walterhausen, lorsque,
peud'instans après, près dufort d'Altenstein, jëfus
fait prisonnier. Amsdorf savait sans doute qu'on
méprendrait, maïs il ignore où l'on me garde*
« Mon frère, ayant vu à temps les cavaliers ?
sauta àbasde la voiture, et sans demander-congé;
il arriva a' pied, sur le soir, m'a-t-oïi dit, à
Walterhausen. Moi, onm'ôta mes vêtemenspour
me faire mettre un habit de chevalier, et je me
laissai croître les cheveux et la barbe. Tu ne m'au-
rais pas reconnu sans peine, car' depuis long-
temps je ne me reconnais pas moi-même. Me voilà
maintenant vivant dans la liberté chrétienne, af-
franchi de toutes les lois du tyran. » (i-4 mai.)
Conduit au château de Wartbourg, Luther ne
savait trop à qui il devait attribuer la douce et
honorable captivité dans laquelle il se voyait re-
tenu. Il avait renvoyé le héraut qui l'escortait à^
quelques lieues de Worms, et ses ennemis en
ont conclu qu'il s'attendait à son enlèvement.
Le contraire ressort de sa correspondance;,Ce-
pendant un cri. de douleur s'élevait par toute
l'Allemagne. On croyait qu'il avait péri ; on ac-
DE LUTHER [1521 ]. 81
cUsait l'Empereur et le
pape. Dans la réalité,
c'était l'électeur de Saxe, le protecteur de Lu-
ther, qui, s'effrayant de la sentence portée con-
trelui, et ne pouvant ni le soutenir, ni l'aban-
donner, avait imaginé ce moyen de le sauver de
sa propre audace, de gagner du temps, tout en
fortifiant son parti. Cacher Luther, c'était le sûr
moyen de porter au comble l'exaltation de l'Al-
lemagne et ses crain tes pour le champion de la foi,,
MÉMOIRES DE LUTHER.

LIVRE IL

,1521-1528.'

CHAPITRE PREMIER»

1,521-1524.

Séjour de Luther au château de Wartbourg. — II revient à


Wittemberg sans l'autorisation de. l'Électeur. ;— Ses écrits
«ontre le roi d'Angleterre, et contré les princes en général.

Pendant qu'à Worms on s'indigne,, on s'irrite


d'avoir laissé échapper l'audacieux{, il n'est plus
temps, il plane invisible sur ses ennemis du haut
du château de Wartbourg. Bel etltieh clos dans
84 MEMOIRES
son donjon, il peut à son aise reprendre sa flûte,
chanter'ses psaumes allemands, traduire sa Bible,
foudroyer le diable et le pape.
« Le bruit se répand, écrit Luther, que des
amis envoyés de Franconie m'ont fait prisonnier. »
— Et ailleurs : « On a pensé, à ce que je soup-
çonne , que Luther avait été tué ou condamné à
un éternel silence, afin que la chose publique (
retombât sous la tyrannie sophistique, dont
on me sait si mauvais gré d'avoir commencé
la ruine. » Luther eut soin cependant délaisser
voir qu'il existait encore. Il écrit à Spalatin : « Je
voudrais que la lettre- que je t'envoie se perdît
par quelque adroile négligence de toi ou-des
tiens, pour qu'elle tombât entre les mains de nos
ennemis:... Tu feras copier l'évangile que je
t'envoie ; il ne fatit pas qu'on reconnaisse ma
main. » — « J'avais résolu dans mon désert de
dédier à mon hôte un livre sur les Traditions des
hommes,- car il me demandait que je l'instrui-
sisse sur cette matière ; mais j'ai craint de révéler
là le lieu de » — « Je n'ai ob-
par ma-captivité.
tenu qu'avec peine de l'envoyer cette lettre, tant
on a peur qu'ils ne viennent à découvrir en quel
lieu je suis... » (Juin iS21.)
« Les prêtres et les moines, qUi ont fait leurs
folies pendant que j'étais libre , ont tellement
peur dépuisque je suis captif, qu'ils commencent
DE LUTHER [1521 ]. 85
à, adoucir les extrâyaganees qu'ils ont débitées
contre moi.'lis ne peuvent plus soutenir l'effort
de la foule qui grossit, et ne; savent par-où
s'échapper.. Voyez.-vous' le bras du Puissant de
Jacob., tout ce quHl fait pendant que nous nous
taisons, qUe^nous patientons, que nous prions !
Ne se vérifie -t-r-elle pas celte parole de Moïse*:
Vos tacebitis, et D.ominus pugnahit pro vobis 2
Un de ceux' de< Rome a écrit àjune 1 de
htippe'r
Mayence : « Luther est perdu : comme nous le
» voulions ; mais le peuple est tellement soulevé,
» que je crains bien.que nous ayons peine à sau-
» ver nos vies, si nous n'allons a; sa recherche -,
3) chandelles allumées, et que nousne le fassions
» revenir. » . .
Luther date seslettres : De la région de l'air,
de la" région des oiseaux; ou bien :; Du milieu,
des oiseaux, qui clianteni doucement sur le .bran-
chage et louent Dieu jour et nuit d,é toutes leurs
forces; ou encore : De la montagne, de Vîle de
;
Pathmos. ''AA-'-A ,-'.,;
C'est dé là: qu'il répand dans' des lettres tristes
et éloquentes les pensées qui viennent remplir sa
solitude (ex eremô meâ^.' «; Que fais- tu mainte-
nant, mon Philippe, dit-il à Mélanchton? est-ce

1 Cette
désignation des dignitaires de l'Église, fait penser aux
oiseaux merveilleux de Rabelais, les papegots-, çyêgols, ètçv ;
86 MEMOIRES

que tu ne pries point pour moi? Quant


à moi, assis tout lé jour, je me mets devant les
yeux la figure de "l'Église., et je vois cette parole
du psaume LXXXVIII :.aNumquid vane consti-
tuisti.omnes filios hominum? Dieu ! quel horrible
spectre de la colère de Dieu, que ce règne abo-
minable de F Antichrist de Rome! Je prends en
haine la dureté de mon.çoeur, qui ne Se résout
pas en torrens de larmes pour pleurer les fils de
mou peuple égorgé. Il ne s'en trouve pas Un qui
se lève et qui tienne pour Dieu, ou'quifasse de
soi un rempart à la maison d'Israël, dans ce jour
suprême de la colère. O règne du pape,; digne
de la lie des siècles! Dieu-aie pitié de nous!»
(12 mai.)',
« "Quand je considéré ces temps horribles de
colère, je ne demande rien-que de trouver dans
m'es yeux .des fleuves de larmes pour pleurer la-'
désolatibnïdes âmes, queproduït ce royaume de
péché et dé.perdition. Le monstre-siége à Rome,
au milieu de l'Église, et il se proclame Dieu; les
pontifes l'adulent, les sophistes l'encensent, et
il n'est rieh que ne fassent pouf lui les hypo-
crites. Cependant l'erifer-épanouit son-coeur, et
ouvfe sa gueule immense : Satan se joue dans la
perdition des âmes. Moi, je suis assis tout le jour,
à boire.et à ne rien faire. Je lis la Bible en grec et
en hébreu. J'écrirai quelque chose en allemand
' •
. DE LUTHER [1521 ]. 87
sur la •liberté - de- la confession - auriculaire.
* -, Je cou--
tinuerai aussi le psautier et les commentaires
{postillas), dès que j'aurai-reçu de. Wittemberg
ce dont j'ai besoin ; entre autres choses le Ma-
gnificat que j'ai commencé. » (24 mai. ) Cette
solitude mélancolique était pour Luther pleine
de tentations et de troubles. Il écrit à Mélan*-
chton : « Ta lettre m'a déplu à double titre ;
d'abord parce que je yois que tu% portes ta croix
avecimpatience, que tu cèdestropaux affections,
que tu es tendre selon ta coutuiiie; ensuite,
parce quêtû m'élèves trop haut, et que tu tombes
dans une grande erreur en m'attribuant tant de
choses,,comme si je-prenais tant de souci de-la
cause de Dieu. Cette haute opinion que tu as de
moi me confond et me déchire, quand je me
vois insensible, et endurci, assis dans Foisiveté,
ô douleur ! rarement en- prières., ne poussant pas.
un gémissement-pour l'Église de Dieu. Que dis-
je! ma chair indomptée me brûle d'un fèu dévo-
rant. En somme, moi qui devais être consumé
par l'esprit, je me consume par la chair, la
luxure,'- la" paresse, l'oisiveté, la somnojence ;
est-ce donc parce, que vous-ne, priez plus pour
moi, que Dieu s'est détourné de moi ? C'est à toi
de prendre ma place, toi mieux doué de Dieu,
et qui.lui es plus,agréable. • '--
» Voilà déjà, huit jours que je n'écris pas, que je
88 MÉMOIRES
ne prie pas , que je n'étudie'pas, soit tentations
de la chair, soit autres ennuis qui me tour^
mentent. Si les choses ne vont pas mieux, j'en-!-'
trerai publiquement à Erfurth : tu m'y verras ou
je t'y verrai; car je consulterai les médecins ou
les chirurgiens. » Il était malade alors , et souf-
frait cruellement ; il décrit son mal dans des
termes trop naïfs, et on peut dire trop grossiers,
pour que nous puissions les traduire. Mais ses
souffrances spirituelles étaient plus vives encore
et plus profondes. ( i3 juillet.) ,
«Lorsque je partis de Worms, en i52i, que je-
fus pris près d'Eisenach, et que j'habitai mon
pathmos, le château de,Wartbourg, j'étais loin
du monde dans une chambre,,et personnelle
pouvait venir à moi que deux jeunes garçons,
nobles qui m'apportaient. à manger et à boire
deux fois le jour. Ils m'avaient acheté un sac de
noisettes que j'avais mis dans une,caisse.-Lé soir,
lorsque.je fus passé dans l'autre chambre, que
j'eusse éteint la lumière, et que je me fusse cou-
ché , il me, sembla que les noisettes se mettaient
en mouvement, se heurtaient bien fort l'une
contre l'autre, et venaient cliqueter contre mon
lit. Je ne m'en inquiétai point. Plus tard, je me
réveillai; il se faisait sur l'escalier un grand bruit
comme si l'on eût jeté du haut en bas une
centaine de tonneaux. Je savais bien cependant
DE LUTHER [1521]. 89

que l'escalier était fermé avec des chaînes et


une porte de fer, de sorte que personne ne pou-
vait monter. Je me levai pour voir ce que c'était,
et je .'dis : Est-ce-toi?... Eh bien ! soit:..-Et je me
recommandai ati Seigneur Christ dont til est
écrit, Omnia subjecisti pedibus ejus, comme dit le
VIII?.psaume; et je me ternis au lit.—- Alors vint à
Eisenach la femme de Jean de Berblibs. Elle avait
soupçonné' que. j'étais au. château, et elle aurait
voulu me voir ; maïs la chose était impossible. Ils
me-mirent alors dans Une autre partie dû châ-
teau , et placèrent la' dame de Berblibs dans la
chambre que j'occupais, et elle entendit là nuit
tant de vacarme, qu'elle crut qu'ïfy avait,mille
diables.»
Luther trouvait peu de livres à Wartbourg: Il
se mit avec ardeur à l'étude du grecVet de l'hé-
breu; il s'occupa de répondre au livre de Lato-
mus, si prolixe, dit-il, et si mal écrit; Il tradui-
sit en allemand l'apologie de Mélançhtbn contre
les théologiens de Paris, en y ajoutant un com-
mentaire (tuam'in asinos parisïenses apologiam
cum illorum ihsaniâ statui vernaculè dare adjectis
annotationibus.) (i3 juillet.) Il déployait alors*
une activité extraordinaire, et dû haut de sa mon-
tagne-inondait l'Allemagne d'écrits :, « J'ai pu-
blié un petïtlivre contre celui de Catharinus sur
l'Antichrist, un traité eh allemand sur la coh-»
go MÉMOIRES

fession, le psaume LXVII expliqué en allemand,


le cantique de Marie expliqué en allemand , le
psaume XXXVII de même, et une consolation
à l'église de Wittemberg.
» J'ai sous presse un commentaire en allemand
desépîtres et évangiles de l'année ; j'ai également
terminé une réprimande publique au cardinal de
Mayence sur l'idole des indulgences qu'il vient
de relever à Halle, et une explication de l'évan-
gile des dix lépreux; le tout en allemand. Je suis
né pour mes Allemands, et je veux les servir.
J'avais commencé en chaire, à Wittemberg, une
amplification populaire sur les deux Testamens ,.
et j'étaisparvenu, dans la Genèse, au XXXIIe cha-
pitre , et dans l'Évangile, à saint Jean-Baptiste.
Je me suis arrêté là. »(Ier novembre.)
«;Je suis dans Ietremblement, et ma conscience
me trouble, parce qu'à Worms , cédant à ton
conseil et|à celui de tes amis, j'ai laissé faiblir
l'esprit en moi, au lieu de montrer un Ëlie à ces
idoles. Ils en entendraient bien d'autres, si je
me trouvais encore une fois devant" eux.-» (9 sep-
. -
tembre.)
. L'affaire, de l'archevêque de Mayencë / à la-
quelle il est fait allusion dans la lettre que nous
venons de biter, mérite.qUe nous y insistions. Il
est curieux de voir l'énergie qu'y déploie Luther,
et comme il y traite en maître les puissances, le
J
DE LUTHER' [1521]. 91
cardinal et l'Électeur lui - même.
archevêque,
Spalatin luiayait écrit pour'Fengagèr à supprimer
sa réprimande publique à.Farcheyêque.; Luther lui
répond : « Je ne sais si jamais lettre m'a été plus
désagréable que ta dernière ; non-seulement j'ai
différé ma réponse, mais j'avais résolu de n'en
pas faire. D'abord je né supporterai pas ce que
tu me dis , que le Prince ne souffrira point qu'on
écrive contre le Mayençais, et qu'on trouble là paix
publique : je, vous anéantirais nluloi (perdam) toi
et l'archevêque et toute créature. Tu dis fort bien
qu'if ne faut pas troubler la paix publique ; et tu
souffriras qu'on trouble la paix éternelle de Dieu,
par ces oeuvres impies et sacrilèges dé perdition ?
Non pas, Spalatifl, non pas, Prince; je résisterai
de toutes mes forces pour les brebis du Christ à
ce loup dévorant, comme j'ai résistéaux autres.
Je. t'envoie ,dbnc un,livre contre lui, qui était
déjà prêt quand ta lettre, est venue : elle ne m'y
a pas fait changer un mot. Je devais toutefois le
soumettre à l'examen de Philippe (Mélanehtbn) ;
c'était à lui - d'y changer ce qu'il eût jugé à pro-
de ne 1 à Phi-
pos. Garde-toi pas le transmettre,
lippe, ou de chercher à dissuader; la chose est
décidée, on ne t'écoutera point.» (n novem-
bre.) Quelques jours après, il écrit à.l'évêquelui-
même :
.ce... Cette première et fidèle exhortation que
92 MÉMOIRES

j'avais faite à votre Grâce électorale, ne «l'ayant


valu de sa.part que raillerie et ingratitude, je lui
ai écrit une seconde fois, lui offrant d'accepter
ses instructions et ses .conseils. Quelle a été la
réponse de votre Grâce? dure, malhonnête, in-
digne d'un évêque et d'un chrétien. . ,
» Or, quoique mes deux lettres n'aient servi à
rien, je ne me laisse point rebuter, et, confor-
mément à l'Évangile, je. vais faire parvenir à
votre Grâce un troisième avertissement: Vous
venez dé.rétablir à Halle l'idole qui fait perdre
aux bons et simples chrétiens leur argent et leur
âme, et vous avez publiquement reconnu par là
que tout ce qu'avait fait Tetzel, il l'avait fait de
concert avec l'archevêque de Mayence...
». Ce; même Dieu vit eiicore, n'en doutez
pas; il sait encore l'art de résister à un cardi-
nal de Mayence, celui-ci eût-il quatre, empe-
reurs d,e son côté. C'est son plaisir de briser les
cèdres,- et d'âbaissefles Pharaons superbes et
endurcis. Je prie votre Grâce de ne point tenter,
' '
ce Dieu.
» Penseriez -vous que-Luther fût mort ? Ne le
croyez pas. Il est sous la protection de ce Dieu
qui déjà a humilié le pape, et tout prêta com-
mencer avec l'archevêque de Mayence un jeu
dont peu de gens se douteront.... Donné 1 en
mon désert, le dimanche, après Sainte-Cathe-
DE LUTHER„[ 1521 ]. 93
riné ( Q.5 novembre i 5â.i ) . Votre bienveillant et
-" '
soumis; Martin .LUTHEB. » .
Le cardinal répondit humblement, et de sa
' ~
propre main : . . -
« Cher docteur, j%i.reçu votre lettre datée du
dimanche diaprés la Sainte-Catherine, et je l'ai
lue avec toute bienveillance et amitié. Cependant
je m'étonne de son contenu, car on a remédié
depuis long-temps à la chose qui vous a- fait
écrire. .-..'•'•
» Je mé conduirai dorénavant, Dieu aidant, de
telle sorte qti'il convient à un prince pieux, chré-
tien et ecclésiastique. Je reconnais que j'ai be-
soin de la grâce de Dieu, et que je suis un pauvre
homme , pécheur et faillible, qui pèche et se
trompe tous Iessjours. Je sais qu'il n'est rien de,
bon en moi sans la'grâce de Dieu, et que je, ne
suis par moi-même qu'un vil' fumier.
» Voilà ce que je vpulais répondre à votre
bienveillante :exhortation , car je suis aussi dis-
posé qu'il est possible à vous faire, toute sorte
de'grâce et de bien. Je souffre volontiers une ré-
primande fraternelle et chrétienne, et j'espère
que le Dieu miséricordieux m'accordera sa grâce
et sa forcé, pour vivre selon sa volonté en ceci
comme dans les autres choses. Donné à Halle*, le
jour de Saint-Thomas (ai déccembre" ifei ).
ALBERTDS manu propiiâ, »""•.
94 MÉMOIRES
Le prédicateur et conseiller de l'archevêque,
Fabrïcius Capiton, dans une réponse à la lettre de
Luther, avait blâmé son âpreté, et dit qu'il fallait
garder des méhagemens avec les puissans, les ex-»
cuser, quelquefois même fermer les yeuxstirleurs
actes, etc.. Luther réplique : ... « Vous deman-
dez de la douceur et des ménagemens ; je vous
entends. Mais y a-tr-il quelque'communauté
entre-lé chrétien, et l'hypocrite? La foi chrétienne
est une foi publique et sincère; elle voit les
choses, elle les proclame telles qu'elles sont...
Mon opinion est qu'où doit démasquer tout, ne
rien ménager, n'excuser rien, ne fermer les yeux
sur rien, de sorte que„r!a vérité reste pure et à
découvert, et comme placée sur un champ libre...
Jérémïe, 48.-: Maudit soit celui qui est tiède dans
l'oeuvré du Seigneur! Autre chose est, mon cher
Fabricius, de louer le vice ou l'amoindrir; autre
chose de le guérir,avec bonté et douceur. Ayant
tout, il faut déclarer-hautement ce qui est juste
et injuste, et ensuite, quand l'auditeur s'est pé-
nétré de.notre enseignement, il faut l'accueillir
et l'aider malgré les imperfectionsdans lesquelles
il pourra encore retomber, Ne repoussez pas
celui qui est faible dam -la, foi, dit .saint Paul..,
J'espère qu'on ne pourra me reprocher, d'avoir,
pour ma part, manqué de charité et de patience
envers les faibles... Si votre cardinal avait écrit
DE LUTHER [1522]. 95
sa lettre dans la sincérité de son coeur, ô'mon
Dieu , avec quelle" joie, quelle.humilité je tom-
berais à ses pieds ! comme je m'estimerais indigne
d'en baiser la poussière 1 car moi-même suis-je
autre chose que poussière et ordure? Qu'il accepte
la parole de Dieu, et nous serons à lui comme des
serviteurs fidèles, et soumis..,. A l'égard de ceux
qui persécutent et condamnent cette parole, la
charité suprême consiste: précisément à résister à
leurs fureurs sacrilèges de toutes manières..
» Croyez-vous trouver en Ltitherun homme qui
consente à fermer les yeux, pourvu qu'on l'amuse
par quelques-cajoleries?......-Cher Fabrîcius,. je
devrais vous répondre plus durement, que je ne
fais..... mon amour est prêt à mourir pour vous;
mais qui touche à la foi j touche à là prunelle de
notre oeil. Raillez--oû Jbonojez Vamour comme
vous le voudrez; ;mais la. foi, la parole, vous
devez l'adorer et la.regarder comme le saint des
saints : c'est ce que. nous exigeons de vous. At-
tendez tout de notre amour ,• mais' craignez, re-
"
doutez notre foi;..,..r .
, i) Je ne réponds point au cardinal même, ne sa-
chant comment lui écrire,, sans approuver ou
reprendre, .sa sincérité/ou son hypocrisie. C'est
par vous qu'il saura la pensée de Luther De
mon désert, le jour de Saint-Antoine (17'jan-
"^ '
vier l52 2). ». ,
96 MÉMOIRES
Citons encore la préface qu'il mit eh tête de'
son explication de l'évangile des Lépreux, et qu'il
adressa à plusieurs de ses amis :
« Pfauvre frère que je suis !' voilà que j'ai.en--
core allumé un grand feif; j'ai de nouveau mordu
un bon trou dans la poche des papistes ;'j'ai at-
taqué la confession! Que vais-je devenir désor-
mais? Où trouveront-ils assez de soufre-, de bi-
tume, de fer et de bois,-,pour mettre en cendres
cet hérétique empoisonné? Hfaudra pouf lëmoihs
enlever les'fenêtres des églises, de peur que l'es-
pace ne manque aux-prédications des saintspf êtf es
sur l'Évangile, id est} à leurs injures et à leurs-
vociférations furibondes contre Luther. Quelle
autre chose prêcheraient-ils au pauvre peuple ?
Il faut que chacun prêche ce qu'il peut et ce qu'il
' .
sait. i
«... Tuez, tuez,, s'éerieht-ils, tuez cethérésiar-
» que qui veut renverser tout l'état ecclésiasti-
» que, qui veut soulever la chrétienté entière! »
J'espère que, si j'en suis digne, ils en viendront
là;, et qu'ils combleront en moi la mesuré* de-
leurs pères. Mais il n'est pas encore temps,
mon heure n'est pas venue ; il faut qu'aupara-'
vaut je. réndev encore plus furieuse cette racé de
vipères, et que je mérite loyalement dé;mourir
eux.... » • - t;
par
Du fond de sa retraite, ne pouvant plue, se
DE LUTHER [1521]. 97

jeter dans la mêlée, il exhorte Mélanchton :


« Lors même que je périrais,rien ne serait perdu
pour l'Évangile, car tu m'y surpasses aujour-
d'hui; tu es l'Elysée qui succède à Élie, enve-
loppé d'un double esprit.
-» Ne vous laissez pas abattre, mais chantez la
nuit le cantique du Seigneur que. je vous ai
donné : je le chanterai aussi, moi, n'ayant de
souci que pour la parole. Que celui qui ignore,
ignore : que celui qui périt, périsse, pourvu
qu'ils ne-puissent pas se plaindre que notre office
leur ait manqué. » ( 26 mai i52i.)
On le pressait alors de donner la solution
d'une question qu'il avait soulevée, et dont la
décision ne pouvait sortir des controverses théo-
logiques, la question des voeux monastiques ; les
moines demandaient de toutes parts à sortir, et
Mélanchton n'osait rien prendre sur lui. Luther
lui-même n'aborde ce sujet qu'avec hésitation.
« Vous ne m'avez pas encore convaincu qu'on
doive penser de même du voeu des prêtres et de
celui des moines. Ce qui me touche beaucoup,
c'est que l'ordrer sacerdotal, institué de Dieu,
est libre, mais non pas celui des moines, qui ont
choisi leur état, et se sont offerts à Dieu de leur
plein gré. Je déciderais pourtant volontiers
que.ceux qui n'ont pas atteint l'âge du mariage,
ou qui y sont encore, et qui sont entrés dans ces
1.. 7
98 MÉMOIRES

coupe-gorges, en peuvent sortir sans scrUpule ;


mais je n'ose me prononcer pour ceux qui sont
déjà vieux, et qui ont vécu long-temps dans
cet état.
» Du reste, comme Paul donne, au sujet des
prêtres, une décision très large, en disant que
ce sont les démons qui leur ont interdit lé ma-
riage, et que la voix de Paul est la voix de la ma-
jesté divine, je ne doute point qu'il ne faille la
confesser hautement; ainsi, lors même-qu'au
temps de leur profession, ils se seraient liés par
cette prohibition du diable, maintenant qu'ils
savent à.quoi ils se sont liés, ils peuvent se délier
en toute confiance. (i?raoût. ) Pour moi, j'ai
souvent annulé sans scrupule des voeux; faits
avant l'âge de vingt ans, et je les annulerais en?»
core, parce qu'il n'est personne qui ne voie qu'il
n'y a eu.là ni délibération ni connaissance. Maïs
j'ai fait:;cela pour ceux qui n'avaient pas en-
core changé d'état ni d'habit ; quant à ceux qui
auraient déjà exercé dans les monastères vies
fonctions du sacrifice; je n'ai rien osé encore. Je
ne sais de quel nuage m'offusquent et me tour-
mentent.cette vanité et cette opinion humaine. »
. ;:! ;; ; ;
(6 août iSai.)
. Quelquefois il se rassure, et parle nettement:
« Quant aux voeux des religieux et des prêtres,
nous avons fait, Philippe et moi, une vigoureuse
DE LUTHER [1521]. 99

conspiration pour les détruire et les mettre à


néant.... Ce malheureux célibat des jeunes gens
et des jeunes filles me révèle tous les joUrs tant
de monstruosités, que rien ne sonne plus mal à
mes oreilles que le nom de nonne, de moine,
de prêtre : et le mariage me semble un paradis,
même avec là dernière pauvreté.»(i<?rnovembre.)
- Préface de Luther à son livf è De Votis monas-
ticis, -écrite sous forme de lettré à son père,
(ai nov. ipii.)«.... Ce n'est pas volontaire-
ment que je me suis fait moine. Dans la terreur
d'une apparition soudaine, entouré de la mbf t
et me croyant appelé par le ciel, j e fis un voeu
irréfléchi et forcé. Quand je te dis cela dans notre
entrevue; tu më répondis : « Dieu veuille que
ce ne soit pas Un prestigëét un fantôme diabo-
lique!» Cette parole, comme si Dieu l'eût pro-
noncée par tà-bbuche, me përiétrà bientôt pro-
fondément ;; mais je fermai mon coeur, tant que
jepus, contretoi et ta parole. De même, lorsque
ensuitejete reprochai ton ressentiment, tU me
fis une réponse me comme 1 aucune
qui frappa
'
parole ne m'a frappé'^ et elle est toujours restée
au fond de mon coeur. TU me dis : « N'as-tu pas
entendu -aussi-qu'on doit obéir à ses païens ? »
Mais-j'étais endurci-dans ma dévotion, et j'é-
coutais ce que tu disais comme ne venant que
d'un î homme. Cependant, dans lé fond démon
100 MÉMOIRES
âme -, je n'ai jamais pu mépriser ces paroles.... »
-— « Il me souvient
que lorsque j'eus prononcé
mes voeux, le père de ma chair, d'abord très irrité.,
s'écria-, lorsqu'il fut apaisé : Plaise au ciel que
ce ne soit pas un tour de Satan ! Parole qui a jeté
dans «ion, coeur de si profondes racines, que je
n'ai jamais rien entendu de sa bouche dont j'aie
gardé une plus ferme mémoire.. Il me semble que
Dieu a parlé par sa bouche. » (g septembre.)
11 recommande à Wençeslas Link qu'on laisse
aux moines la liberté de sortir des couvens sans
jamais contraindre personne. « Je suis sûr que tu
ne feras, que tu ne laisseras rien faire de. con-
traire à l'Évangile, lors même qu'il faudrait perr-
dre tous les monastères. Je n'aime point cette
sortie turbulente dont j'ai ouï parler... Mais je ne
vois pas qu'il soit bon et convenable de les rap-
peler , quoiqu'ils n'aient pas bien et convenable-
ment agi. Il faudrait qu'à l'exemple deCyrus dans
Hérodote, tu donnasses la; liberté à ceux qui
veulent sortir, mais sans mettre personne de-
hors, ni, retenir personne par force...» .
II avait montré la même tolérance lorsque ceux
d'Erfurth s'étaient portés à des actes de violence
envers les prêtres — Carlostad, à
catholiques.
Wittemberg, eut bientôt rempli et dépassé les
instructions de Luther. , ,
« Bon Dieu! s'écrie celui-ci dans une lettre à
DE LUTHER [1521]. 101

Spalatin, nos gens de Wittemberg marieront-ils


jusqu'aux moines! Quant à moi, ils ne me fe-
ront pas prendre femme.—: Prends bien garde
de ne pas prendre femme, afin de ne pas tomber
dans la tribulation de la chair. » (6 août.)
Cette hésitation et ces ménagemens montrent
assez que Luther suivait plus qu'il ne devançait
le mouvement qui entraînait tous les esprits, hors;
des routes anciennes.
« Origène, écrit-il à Spalatin, avait un ensei-
gnement à part pour les femmes ^pourquoi Mé-
lanchton n'essaierait - il pas chose de
quelque
pareil? Il le peut et le doit, car le peuple a
faim et soif. »
« Je désirerais, fort que Mélanchton prêchât
aussi quelque part en public, dans la ville, aux
jours de fêtes, dans l'après-dinée, pour tenir
lieu de laboisson et du jeu -. on s'habituerait ainsi
à ramener la liberté, et à la façonner sur le mo-*
dèle de l'Église antique.
» Car si nous avons rompu avec toutes les lois
humaines, et secoué le joug, nous arrêterons-
nous à ce que Mélanchton n'est pas oint et rasé ,
à ce qu'il est marié ? Il est véritablement prêtre,
et il remplit les fonctions du prêtre, à moins
que l'office du prêtre ne soit pas l'enseigne-
ment de la parole. Autrement le Christ non
plus ne sera pas prêtre, puisqu'il enseigne tantôt
1Û2 MÉMOIRES
dans les synagogues, tantôt sur la barque, tantôt
sur le rivage, tantôt sur la montagne. Tout
rôle en tout lieu, à toute heure, il l'a rempli
sans cesser d'être lui-même.
» Il faudrait que Mélanchton lût au peuple
l'Évangile en allemand, comme il a commencé
à le lire en latin, afin de devenir ainsi peu-à-
peu un-évêque allemand, comme il est devenu
évêque latin. » (9 septembre.)
Cependant l'Empereur étant occupé de la
guerre contre le roi de France, l'Électeur se ras-
sura et il fit donner à Luther un peu plus de li-
berté. « Je suis allé deux jours à la chasse pour
voir un peu ce plaisir yhv,ùitiY.pov (doux-amer)
des héros : nous prîmes deux lièvres et quelques
pauvres misérables perdreaux ; digne occupation
d'oisifs. Je théologisais pourtant au milieu dés
filets et des chiens ; autant ce spectacle m'a
causé de plaisir, autant c'a été pour moi un mys-
tère de pitié et de douleur. Qu'est-ce que cela
nous représente, sinon le diable avec ses doc-
teurs impies pour chiens, c'est-à-dire les évê-
ques elles théologiens qui chassent ces innocentés
bestioles. Je sentais profondément ce triste mys-
tère sur les animaux simples et fidèles.
»-En voici un autre plus atroce. Nous avions
sauvé un petit lièvre vivant, je l'avais enve-
loppé dans la manche de ma robe; pendant que
DE LUTHER [1521] 103

j'étais éloigné un instant, les chiens trour-


vèrent le pauvre lièvre, et , à travers la robe,
lui cassèrent la jambe droite, et l'étranglèrent.
Ainsi sévissent le pape et Satan pour perdre
même les âmes sauvées.
» Enfin , j'en ai assez de la chasse;; j'aimerais
mieux, je pense, celle où l'on percé de traits et
de flèches ours, loups, sangliers; renards, et
toute la gent des docteurs impies.-..' Je ^t'écris
cette plaisanterie; afin que tu saches que vous
autres courtisans, mangeurs de bêtes, vous serez
bêtes à votre tour dans le paradis,.où saura bien
vous prendre et vous encager, Christ, le grand
chasseur. C'est voUsqui êtes en jeu, tandis que
vous vous jouez à là chasse. »-.(i5 août.)*—Du
reste-, Luther ne se déplaisait pas à Waftbourg ;
il y avait trouvé un accueil libéral, où.il recon-
naissait la main de l'Électeur. «Le maître de
ce lieu me traite beaucoup mieux que je ne le
mérite. » (10 juin.) « Je aie voudrais être à charge
à personne. Mais je; suis, persuadé, que je vis ici
aux dépens de notre prince; autrement je n'y
resterais pas une heure. On. sait -que s'il faut
dépenser l'argent de quelqu'un; c'est celui des
princes.» ( r5 août.) ,
A la fin-du mois de novembre x52-i, le désir
de revoir-et d'encourager ses disciples, lui fit
faire une courte excursion à Wittemberg ; mais
104 MÉMOIRES
il eut soin que l'Électeur n'en sût rien. « Je lui
cache, dit-il à Spalatin, et mon voyage et mon
retour. Pour quel motif? c'est ce que tu comprends
assez.» • •
Le motif, c'était le caractère alarmant que
prenait la Réforme entre les mains de Carlostad,
des théologiens démagogues, des briseurs d'ima-
ges , anabaptistes et autres, qui commençaient à
se produire. « Nous avons vu le prince de ces
prophètes, Claus-Stork, qui marche avec l'air et
le costume de ces soldats que nous appelons
lanzknecht ; ily en avait encore un autre en lon-
gue robe, et le docteur Gérard de Cologne. Ce
Stork me semble porté par un esprit de légèreté^
qui ne lui permet pas de faire grand cas de ses
propres opinions. Mais Satan se joue dans ces
hommes. » (4 septembre 1522.)
, Luther n'attachait pas encore à ce mouvement
uhe grande importance. « Je ne sors pas de ma
retraite, écrit-il ; je ne bouge pas pour ces pro-
phètes , car ils ne m'émeuvent guère. » ( 17 jan-
vier 1522.).I1 chargea Mélanchton de les éprouver,
et c'est alors qu'il lui adressa cette belle lettre
(13 janvier 1522) : « Si tu veux éprouver leur ins-
piration, demande s'ils ont ressenti ces angoisses
spirituelles et ces naissances divines, ces morts et
ces enfers... Si tu n'entends que choses douces
et paisibles et dévotes (comme ils disent), quand
DE LUTHER [1522]. 105
même ils se diraient ravis au troisième ciel, tu
n'approuveras rien de cela. Il y manque le signe
du Fils de l'homme, le fiiaavoç (pierre de touche),
l'unique épreuve des chrétiens, la règle qui dis-
cerne les esprits. Veux-tu savoir le lieu, le temps
et la manière des entretiens divins ? écoute : Il a
brisé comme le lion tous mes os, etc. J'ai été repoussé
de ta face:et de tes regards, etc. Mon âme a été
remplie de maux, et ma vie a approché de l'enfer.
La majesté divine ne parle pas comme ils le pré-
tendent , immédiatement, et de manière que
l'homme la voie ; non, L'homme ne me verra point,
et il vivra. C'est pourquoi elle parle parla bouche
des hommes, parce que nous ne pouvons tous sup-
porter sa parole. La vierge même s'est troublée à
la vue de l'ange. Écoutez aussi la plainte de Daniel
et de Jérémie : Prenez - moi dans votre jugement,
et ne me soyez pas un sujet d'épouvante. »
(17 janvier i522.) « Aie soin que notre prince
ne teigne pas ses mains du sang de ces nouveaux
prophètes.
» C'est par la parole seule qu'il faut combattre,
par la parole qu'il faut vaincre, par la parole
qu'il faut détruire ce qu'ils ont élevé par la force
et la violence.
»... Je ne condamne que par la parole; que
celui qui croit, croie et suive ;. que celui qui ne
croit pas , ne croie pas, et qu'on le laisse aller.
106 MÉMOIRES
II ne faut contraindre aucune personne à la foi ni
aux choses de la foi ; il faut F}' traîner par. la pa-
role. Je condamne lesimages, mais par la parole^
non pour qu'on les brûle, mais pour qu'on n'y
mette pas sa confiance. »
Mais il se passait à Wittemberg même des choses
qui ne pouvaient permettre à Luther derester plus
long-temps dans son donjon. Il partit sans de-
mander l'agrément de l'Électeur.
On trouve, dans un des historiens de la Ré-
forme, un curieux récit de ce voyage. .
« JeanHessler, jeune théologien de Saint-Gall,
se rendant avec un ami à Wittemberg pour y
achever ses études, rencontra le soir, dans une
auberge située à la porte d'Iéna, Luther habillé
en cavalier.-Ils ne le connurent point. Le ca-
valier avait devant lui un petit livre, qui était,
comme ils le virent plus tard, le psautier., en
hébreu. Ils les salua poliment, et les invita à
s'asseoir à sa table. Dans la conversation, il leur
demanda aussi ce que l'on pensait de Luther en
Suisse. Kessler lui répondit que les uns ne sa-
vaient comment le célébrer, et remerciaientDieu
de l'avoir envoyé sur la terre pour y relever la
vérité, tandis que d'autres, et notamment les
prêtres,, le condamnaient comme un hérétique
qu'on ne pouvait épargner." D'après quelques
mots que l'hôtelier dit aux jeunes voyageurs, ils
DE LUTHER [1522]. 107
le prirent pour Ulrich de Hutten. Deux marchands
arrivèrent ; l'un d'eux tira de sa poche et mit à
côté de lui un livre de Luther nouvellement im-
primé , et qui n'était pas encore relié. Il demanda
si les autres l'avaient déjà vu. Luther parla du peu
de bonne volonté pour les choses sérieuses, qui
se manifestait dans les princes assemblés alors à
la diète de Nuremberg. Il exprima aussi l'espoir
« que la vérité évangélique porterait plus de fruits
» dans ceux qui viendraient et qui n'auraient pas
» encore été empoisonnés par l'erreur papale. »
L'un des marchands dit : « Je ne suis pas savant
en ces questions; mais, à mon sens, Luther doit
être ou un ange du ciel, ou un démon de l'en-
fer ; aussi, je vais employer les derniers dix flo-
rins que je me suis ménagés à aller à confesse
chez lui. » Cette conversation eut lieu pendant
le souper, Luther s'était arrangé d'avance avec
l'hôtelier pour payer l'écot de toute la table. Au
moment de se retirer, Luther donna la main
aux deux Suisses (les marchands étaient allés à
leurs affaires), les priant dé saluer de sa part,
quand ils seraient arrivés à Wittemberg, le doc-
teUr Jérôme Schurff, leur compatriote. Ils lui de-
mandèrent comment ils le devaient nommer au-
près de celui-ci. ce Dites-lui seulement, leur
répond-il, que celui qui doit venir le salue ; il ne
manquera pas de comprendre ces paroles. »
108 MEMOIRES
» Les marchands, quand ils apprirent, en re-
venant dans la chambre, que c'était à Luther
qu'ils avaient parlé, furent inconsolables de ne
pas l'avoir su plus tôt, de ne pas lui avoir montré
plus de respect, et d'avoir dit en sa présence des
choses peu sensées. Le lendemain, ils se levèrent
exprès de grand matin, pour lé trouver encore
avant son départ, et lui faire leurs très hum-
bles excuses. Luther ne convint qu'implicite-
ment que c'était lui. »
Comme il était en chemin pour se rendre
à Wittemberg, il écrivit à l'Électeur qui lui avait
défendu de quitter la Wartbourg -. « ..... Ce
n'est pas des hommes que je tiens l'Évangile,
mais du ciel, de notre Seigneur Jésus-Christ, et
j'aurais bien pu, comme je veux faire doréna-
vant, m'appeler son serviteur, et prendre le
titre d'évangéliste. Si j'ai demandé à être inter-
rogé, ce n'était pas que je doutasse de la bonté
de ma cause, mais uniquement par déférence et
humilité. Or, comme je vois que cet excès d'hu-
milité ne fait qu'abaisser l'Évangile, et que le
diable, si je cède un pouce de terrain, veut oc-
cuper toute la place, ma conscience me force
d'agir autrement. C'est assez que, pour plaire à
votre Grâce électorale, j'aie passé une année dans
la retraite»..]je diable sait bien que ce n'était pas
crainte 5 il a vu mon coeur quand je suis entré
DE LUTHER [1522]. 109
dans Worms. La ville eût - elle été pleine de
diables, je m'y serais jeté avec joie.
» Or, le duc Georges ne peut pas même passer
pour un diable ; et votre Grâce électorale se dira
elle-même si ce ne serait pas outrager indigne-
ment le Père de toute miséricorde, qui nous com-
niande.d'avoir confiance en lui, que de craipdré
Ja colère de ce duc. Si Dieu m'appelait à Leipsick,
sa capitale , comme il m'appelle à Wittemberg.
j'y entrerais quand même (pardonnez-moi cette
folie), quand même irpleuvrait des ducs Geor-
ges neuf jours durant, et chacun d'eux neuf fois
plus furieux. Il prend donc Jésus-Christ pour un
homme de paille. Le Seigneur peut bien tolérer
cela quelque temps, mais non pas toujours. Je
ne cacherai pas non plus à votre Grâceélectorale,
que j'ai plus d'une fois prié et pleuré pour que
Dieu voulût éclairer le duc; je le ferai encore
une fois avec ardeur, mais ce sera la dernière.
Je supplie aussi votre Grâce de prier elle-
même et de faire prier, pour que nous détour-
nions de lui, s'il plaît à Dieu, le terrible juge-
ment qui, chaque jour, hélas ! Te menace de plus
près.
» J'écris ceci pour vous faire savoir que je vais
à Wittemberg sous une protection plus haute
que celle de l'Électeur ; aussi n'ai-je pas l'inten-
tion de demander appui à votre Grâce. Je
110 MÉMOIRES
crois même que je la protégerai plus que je ne
serai protégé par elle : si je savais qu'elle dût me
protéger, je ne viendrais pas. L'épée ne peut
rien en ceci; il faut que Dieu agisse, sans que
les hommes s'en mêlent. Celui qui a le plus de
foi, protégera le plus efficacement; et comme je
sens que votre Grâce est encore très faible dans
la foi, je ne puis nullement voir en elle celui
qui doit me protéger et me sauver.
» Votre Grâce électorale me demande ce qu'elle
doit faire en ces circonstances, estimant avoir
fait peu jusqu'ici. Je réponds, en toute soumis-
sion, que votre Grâce-n'a fait que trop, et
qu'elle ne devrait rien faire. Dieu ne veut pas
de foutes ces inquiétudes, de tout ce mouve-
ment. qùandil s'agit de sa cause; îîveut qu'on
s'en remette à lui seul. Si votre Grâce a cette foi,
elle trouvera paix et sécurité; sinon, moi du
moins -, jexroirai ; et je serai obligé de laisser a
votre Grâce les tourmens par lesquels Dieu punit
les incrédules. Puis donc que je ne veux pas sui-
vre les;.exhortations de votre Grâce, elle sera
justifiée devant Dieu, si je suis pris ou tué. De-
vant les hommes, je désire qu'elle agisse comme
il suit: quelle obéisse à l'autorité en bon élec-
teur , qu'elle laisse régner la Majesté impériale
en ses états conformément aux réglemens de
l'Empiré, et qu'elle se garde d'opposer quelque
DE LUTHER [15^]. . 111
résistance àrlâ puissance qui voudra me prendre
ou nie tuer;' car personne ne doit briser la puis-
sance ni lui résister, hormis celui qui l'a insti-
tuée,; autrement, c'est révolte, c'est contre Dieu.
J'espère seulement qu'ils auront assez de sens
pour reconnaître que votre Grâce électorale est
de trop haut lieu pour se faire elle-même mon
geôlier. Siellelaissè les portes ouvertes, et qu'elle
fasse -observer le sauf-conduit, au cas où ils
viendront ; me prendre, elle aura satisfait à l'o-
béissance. Si, au contraire, ils sont assez dérai-
sonnables pour ordonnera votre Grâce de met-
tre elle-même la înain ;sur moi ^ je ferai en sorte
qu'elle: ^n'éprouve ; pour moi nul préjudice de
corpsjde biens, ni d-âme.:;''
>» Jem'expliquerai plus au long une autre
1 .s'il.en est besoin. J'ai dépêché le présent
fois,
écrit, de peur que Votre Grâce ne fût affligée de
la;nouvellé de mon arrivée; car, pour être chré-
tien, je dois consoler tout le! monde et n'être
préjudiciable à personnes ;>: :; -.1-'.
» Si votre'Grâce croyait, elle verrait la ma-
gnificence, dé Dieu i; mais comme elle ne croit pas
encore:, elle"ïî?a encore rien vu; Aimons et glori-
fions Dieu dans 1!éternité. Amen. Écrit à Borna,
à-côté de mon guide, le mercredi des Cendres
l'Saa. (5 mars.) De votre Grâce électorale lé
très soumis'serviteur.-Martin LUTHER. n -.
112 MEMOIRES

(7 mars ). L'Électeur avait fait prier Luther de


lui exposer les motifs de son retour à Wittemberg
dans une lettre qui pût être montrée à l'Empe-
reur. Dans cette lettre, Luther donne trois mo-
tifs : l'église de Wittemberg l'a instamment prié
de revenir; deuxièmement, le désordre s'est mis
dans son troupeau ; enfin il a voulu empêcher,
autant qu'il serait en lui, l'insurrection qu'il
regarde comme imminente.
a . .. Le second motif de mon retour, dit-il,
c'est qu'à Wittemberg, pendant mon absence.
Satan a pénétré dans ma bergerie, et y a fait des
ravages que je ne puis réparer que par ma pré-
sence et par ma parole vivante ; une lettre n'y
aurait rien fait. Ma conscience ne me permettait
plus de tarder; je devais.négliger non-seulement
la grâce ou disgrâce de. votre Alfesse, mais la
colère du monde entier. C'est mon troupeau, le
troupeau que Dieu m'a confié, ce sont mes en-
fans en Jésus-Christ : je n'ai pu hésiter un mo-
ment. Je dois souffrir la mort pour eux, et je le
ferais volontiers' avec la grâce de Dieu, comme
Jésus-Christ le demande (saint Jean, X, 12),
S'il eût suffi de ma plume pour remédier à ce
mal, pourquoi serais-je venu? Pourquoi, si ma
présence n'y était pas nécessaire, ne me résou-
drais-je à quitter Wittemberg pour toujours ?... »
Luther à son ami Hartmuth de Kronberg, au
DE LUTHER [1522]. 115
mois de mars (peu après 'son retour a Wittem-
berg) : «."... Satan, quitoujours Se mêlé parmi les
eiïfàns de Dieu, comme dit Job (I, 6), vient
de nous faire (et à moi en particulier), un mal
cruel à Wittemberg; Tous mes ennemis, quelque
près qu'ils fussent souvent de moi, né m'ont
jamais porté un coup comme celui que j?ai reçu
des miens. Je suis obligé d'avouer que cette
fumée me fait bien mal aux yeux et au coeur.
« C'est par la, s'est dit Satan, que je veux abat-
» tre le courage de Luther, et vaincre cet esprit
» si roide. Cette fois, il rie s'en tirera pas. }>
» ..; Peut-être Dieu me veut-il punir par ce
coup;'d'avoir, à Wôfms, comprimé mon esprit,
et parlé avec trop peu de véhémence devant les
tyrans. Les païens, iî estvraij m'ont depuis ac-
cusé d'orgueil. Us ne savent pas ce que c'est; que
' "' ':••
la foi. '••.."
' fi Je cédais aux instances dé mes-Boris amis
qui rie voulaient point que je parusse trop sau-
vage; mais je me suis souvent repenti de cette
déférence etdecette humilité.
»... Moi-même je ne connais pôintLuthër, et
né veux' point le connaître. Ce- que je prêche
ne vient pas de lui ; mais de Jésus-Christ. Que
le diable emporte Luther,' s'il peut, jeiie m'en
souciepas',' pourvu qu'il" ' laisse Jésus-Christ ré-
gner dans les coeurs..-. »'
1U MEMOIRES •

Vers le^milieu de.la même année5 Luther


éclata avec la plus grande violence contre les
:ïJn grand nombre, de princes et d'é-
princes.
vêques (entre autres le, duc Georges),, venaient
de prohiber la traduction, qu'il donnait alors de
la Bible ; on en rendait le .prix à ceux qui l'a-*
vaient achetée. Luther accepte audacieusement
le combat : « Nous • avons eu les prémices de la
victoire et triomphé de. la tyrannie papale qui
avait pesé sur les rois et les princes ; combien ine
sera-t-il pas plus facile de venir à bout des princes
eux-mêmes ?... J'ai grand'peur que s'ils continuent
d'écouter cette sotte cervelle du duc Georges,
il n'y ait. des troubles qui mènent à leur perte,
dans toute l'Allemagne, les princes et les ma-
gistrats , et qui enveloppent en même temps le
clergé tout entier ; c'est ainsi que je vpis les
choses. Le peuple s'agite de tous côtés, et il a
les yeux ouverts ; il ne veut plus, il ne peut plus
se laisser' opprimer. C'est .le Seigneur qui mène
tout efla et qui ferme les yeux des princes sur
ces symptômes menaçans ; c'est lui qui consom-
mera tout par leur- aveuglement et leur vio-
lence; ilme semble voir l'Allemagne nager dans
- . - . .
îe,sang. ;;
» Qu'ils sachent bien que le glaive de la guerre
civile est\ suspendu sur leurs têtes. Ils font tout
pour perdre Luther, et Luther fait tout pour les
DE LUTHER [1523]. 115
«axiver:! Ce n'est pas pour Lùthèr.j niais pour eux;
qu'approche la perdition ; ils l'avancent eux-
mêmes, au lieu de s'en garder; Je crois !que
l'esprit parle ici en moi: Que si le décret de la
colère est arrêté dans le ciel, et que la prière ni
la sagésse-n'y puissent rienj nous obtiendrons que
notre Jôsias s/endôrmë dans'la paix; et que le
monde soit laissé à lui-même danssâ Babylone.
—=- Quoique exposé à toute heure à la' mort, au
milieu de mes ennemis,isarisi aucun secours hu-
main , je n'ai cependant jamais rien tant méprisé
en ma vie que ces-stupides menacés -du' prince
Georges et de -ses'pareils*. L'esprit, n'en doute
pas, se rendra maître du duc Georges et denses
égaux en sottise. Jelt'écris tout ceci à jeun et dé
grand matin, le coeur rempli' d'une pieuse cofi-
fiance. Mon Christ vit et règne, et moi je vivrai
et régnerai. mars. '
»( 19 )
Aii milieu de l'année parutle livretpi'Hénri VIII
avait fait faire par sori chapelain Edward Léë,
et dans lequel il^se portait pour champion <le
--. '
l'Église.
-••":.:
« H y a bien dans ce livré une ignorance
royale j mais il y a aussi une virulence et urie
fausseté "qui n'appartiennent qu'à Leé. » (^2
juillet. ) — La réponse de Luther parut l'an-
née • suivante, sa ^violence surpassa tout ce
que ses écrits contre le pape avaient pu^faire
116: MÉMOIRES
atte,riebe« Jamais avant cette époque un. homme
privé n'avait.adressé à un roi, des paroles: si mé-
prisatites^t,si audacieuses. ,, , .....,-',;;.
,,: «.Mpjijiïaux paroles desHpères,.des. hommes.,;
des .anges, des démons >;.j'oppose,. non pasl'âri-
tigvie,, usage;;ni la multitude des hommes, mais .la;
seule,,paçole de l'éternelle Majesté, .l'Évangile.:
qij'eiixrm.êmes sont forcés de reconnaître-. Là ^je;
me..tiens,,, je m'assieds, je m'arrête; là:estima-
gloiTe^mon,triomphe ; de là., j'insulte aux papes;,
auXjthomiiStes,.liux,henricistes, aux sopbistesiet-
à..(toutesf,les. portes . de; l'enfer, Je m'inquiète,
peu des^paroles des hommes-.quelle qu'ait été:leur
sainteté^- pas ; davantage de,, la tradition, de;la
coju^umegtrompeuse. La, parole de Dieu est.au^-
dessus-de.iput. Si j'ai pour moi la divine Majesté^
que;m'i(npGjrte,le reste,.quand même mille. Au-?
gustins, mille Cypriens, mille,églises deHenri,.
seJèveraieîït contre moi;? Dieu ne peut,errer ni
tromper^,Augustin,et Gyprien, comme, tous les
élps, j, .peuventsejîrer et, ont erré.
HLa messe vaincue, nous avons, je crois, vaincu
larpapauté., La messe était comme la roche,;où
la;ipapauté; se fondait, avec ses monastèresj,ses
épiscQpajs-, ses ; collèges j ses autels, ses ministres
et ses doctphes; enfin avec .tout son ventre. Tôxit
cela . croulera avec l'abomination de leur .messe
sacrilège.
DE LUTHER; [[1525]. .«7
» Pour la cause de Christ, j'ai foulé: àux.pïéds
L'idole.de l'abbminationrQmainéyqui s'étàifcariise
à;la placedeDieu etis'était établie -maîtresse!des
rois et du. monde. -Quel est donc cet' Henri, -ce
nouveau thomiste, ce disciple du monstre jtpour
que"je respecte 'ses <.blasphèmes et s'a violence?
Il estvle défenseur de l'Égliséy dui^de soiî Église
à lui', qu'il pointe si'haut,; de cette prostituée qui
vit dans la pourprefàvre de débauches/ de bette
mère de fornications. Moi, mon chef est'ûhKst,
je frapperai du : même vcoup^cètle; Eglise ^èt son
défenseur qui nefont.qu'un; jeies briserai;. : -
;.;)) J'en/suis sûr,;anës 'doctrines "viennent du
ciel. Je les ai fait triompher : contré celui qui:,
dans so;apetit ongle,' àpius de^ force et d'astuce
que tous les .papes v,; tous;iesrbis j .tous les :do'c-
teursi.. Mes -dogmes : resteront >• et 'le pape wak-
bera, malgré toutes les portes de l'enfer y toutes
les puissances de l'air, de la terre et dé la mer.
Ils mfont; provoqué à la guerre, éh bien i ils
l'auront la guerre: : Ils ont méprisé la paix que je
leur offrais,' dis n'auront^plus'Japajxî. Dieu verra
qui ides deux Jetpreniier eii auiea:assez? sdk :pàpe
oudërLùther. Trois fois j'ai paru devant enxu Je
suisrentrédansïWérms;isacnânt-bien ;que<Msar
^devait violèrià: mon'égard: la foi publique; -Lù-
ther ^ce.; .fugitify'ce; trembleur, est- venu se jeter
'souslesdentsdeiBehemôîh... Mais eux, ces ter-
ffg MÉMOIRES

ribles gèans, dans ces-/trois années, s'en est-il


présenté un seul à Wittemberg ? Et cependant ils
y;seraiënt venus en toute sûreté sous la garantie
de l'Empereur. Les lâches, ils osent espérer
encore le triomphe ! Ils pensaient se ^relever,
par mafuite, de leur honteuse ignominie. Ori la
connaît/aujourd'hui par tout le monde ; -on sait
qu'ils n'ont :point eu le courage de se hasardër-eïi
Luther. » ' - -- --
face du seul (i5a3.)
II fut plus violent encore dans lé traité qu'il
publia en allemand :, sur la Puissance: séculière,
« Les princes sont du monde, et le monde est
ennemi de Dieu; auss£i vivent-ils selon le monde
et contre la loi de Dieu, Me vous étonnez donc
pas de leurs furieuses violences contre l'Évângilè,
car ils ne peuvent manquer à leur propre-nature.
Vous devez savoir, que depuis le commencement
du monde, c'est chose bien rare' qu'un prince -

prudent, plus-rare encore un prince ^probè et


honnête. Ce sont communément de grands sots,
ou de maudits,.vauriens {.maxime fatui, pessimi
nebulones super terrain). Aussi y faut -Ab toujours
le le 1
attendre d'eux pis, presque jamais bien,
surtout;lorsqu'il s'agit du salut des';'âmes;!-.Ils
servenJËià Dieude licteurs et débourreàuipqûân*L
il veut* punir les méchaiiS'. Notre-Dieu esjtîin
puissant roi, il lui faut de nobles, d'illustres;^de
1
riches bourreaux et licteurs comme;ceux- ci| jî
DE LUTHER [1523]. 119
veut qu'ils aient en abondance dés richesses,
des honneurs, qu'ils soient redoutés'de tous-.-Il
plaît à sa divine volonté que nous appelions-ses
bourreaux de çlérnens seigneurs r que nous nous
prosternions à-leurs pieds, que nous soyons leurs
très humbles sujets; Mais ces'bourreaux ne' pôus^-
sent point eux-mêmes l'artificév jusqu'à vouloir
devenir de i>ons pasteurs. 5 Qu'un
princesoit
prudent j probe,.chrétien ;. c'est là un grand mi^-
racle, un précieux signe de la fâveur<divine ;:car
d'ordinaire, il, en arrive- cornùkë^oui' les-jtiifs
dont Dieu, disait : « 3e leur-donnerài'un roidans
ma colère,, je l'ôterai dans mori- indignationî
Dabo tibi regemin fufore meo, éVauferam. in in-
dignaûonemeMn >. .. -:yr- ; -. ":p'^'
;.)),,Les-voilà > nos princes chrétiens qui pro-
tègent la foi et dévorent le;I]urc;;i ; Bons com-
pagnons 1 fiez-yous-yvîïs vont faire quelque chose
dans leur belle' sagesse : ils Vo;ntsë;cassôr le côiî|
et pousser les nations dans lès désastres et lés
misères... Pour-moi-} j'ouvrirai les ; y eux aux
- comprennent ces; quatre
aveugles pour tju?ils
mots du psaume CYliEffundifCQiitèmptum su-
perprincipes. Je vous le jure par Diëu>meriïè,;;si
vous attendez qu'on vienne : vous crier en face
ces quatre mots ,' vous êtes perdus, quând'mêmë
chacun, de vous serait aussi puissant que le Turè;
et alors il ne vous servira de rien de vous'enfler
120 MÉMOIRES
et de grincer des;dents>,.. Il y a déjà bientpéu de
princes qui ne soient îraités de sots et de fri-
pons ; c'est qu'ils se montrent tels, et que le
peuple commence;à. comprendre; • • Bons maîtres
et seigneurs, gouvernez'?avec modération et jus-
tice., car; vos speuples nèsûpporterorit pas long-
temps .votre, tyrannie -,; îlsaie le peuvent .ni ne le
veillent;.; ;Cf monde n'est plus le monde d'autre-
fois,: où vous alliez à la châsse des hommes" j
çomme'à:celle des,bêtes:fauves. » : ..'-.':-
i Observation de: Luther, sur deux mandèmens
sévères de .l'Empereur .contre lui. « .. J'exhorte
tout?bon'chrétien à prier:avec nous pour ces
princes aveugles, tque -Dieu nous a sans doute
envoyés dans sa colère, et à ne pas lesVsuiy're
cpntTe.les.Tur-Gs, Le. Turc est.dix fois plus habile
et;.plus .-.religieux ique -nos ..princes» ; Gomment
ppupraientbiîs réussir,contre lui, ces fous qui
tendent et blasphèment Dieu d'une manière si
horrible?;;.Cette pauvre et (misérable créature^
qui n'est pas un instant suce de sa' vie, ;notre
Empereur,j ne seiglprifie-t-sil pas impudemment
d'êtxfi.^ejviîai-e^^pwtiêràin ^défenseur de la foi
chrétienne ;?_::.. -,' ' -,.;:.,
Ï-(Ï; L'Ecriture sainte dit que la foi chrétienne
est >un.f .rocher contre lequel. échoueront : et le
diable et :|a anoft, et toute puissance,; que
c'est une-forcë divine ; et celte force divine se
DE LUTHER [H525]. 131

ferait protéger, par un ïenfarit, de la mort que la


nioindre: chose ; jettera fbas'? ;0 rDieu ! rque le
mondej.ést-insenséJ:Vcoilà\ le.;rôi :d'Angleterre qui
sfintitùlé à son toxm^:<dépnseunde^la foi'! Les
Hongrois mêmesrse vantent -d'êtreles protecteurs
de Dieu; et ilschantent dansf leurs ûitanîesïïïïlï^ôï
dêfensorestuoseatotâh&digïterisi^^Gitik^fàïtây
a-t^iî;pài 'âussii'des"princes ^)our protéger J^sjis-
Ghfistj et€'autnes pouf défendre' lé Sâiiit^Espfït?
Alors, je pense j.la sâinte;TMnité'etlâfcï seraient
enfin convenablement ': •> '•
.gardées;!.v>.»ifl(i-5a3(.)
De telles hardiesses effrayaient 'l'Électeur L!Lu-
ther avait,peihê;à' lecrassurer, w Je me>§'oiïvièns; j
mon cher Spàlatin, Tdébé queg'âi;écrlt de Borna
et plût àDieu •
^Électeur\ que vous eussiez:fbî\
avertis par les signes" si évidens de Là '-mâîn' dé
Dieu. 'ïfe'-voilà^tklpas dêuïî'aris qûê;jevis ëïîébre
contre toute attente '.-L'Electeur non -seulement
est sà d'abri, mais depuis ùri an il vdÉ'ïa;fdrèuf
des princes apaisée-? ïl n'est pas difficile âu^Ghïist
de^protégér lé Christ-dâns 'cette tbiëhriè'caûs^^éù
l'Électeiiriest entré par le seul conseil JdeTIDiëû;
Si,.je;vsavâîs JiosmoyënJdte le tirer 'dé cettëîeausè
sàns?hbnt© pour ÏÉvâ'ngilë^é n'y plaindïâiS^âs
même ;ma'vie PMoi/ j'avafe bien compté'qu'avant
ualanyon^më ^râîneïaSt°âu dernier- 'suji'plitee;
c'était là; mon- expédient 1
>pour ifia ^délivraifcë;
Maintenant; ' ; ne sommes !pas <ca'4
puisqueJjribus'
122 MÉMOIRES

pables de comprendre et de pénétrer son des-


sein, nous serons toujours parfaitement en sû-
reté, en disant : Que ta volonté soit faite! Et je
ne doute pas que le prince ne soit à l'abri de
toute attaque, tant qu'il rie. donnera pas un:as-
sentiment et une approbation publique à-notfe
cause. Pourquoi est-il; forcé de partager notre
opprobre? Dieu le sait; quoiqu'il soit bien-cer-
tain qu'il n'y a là pour lui ni dommage5--ni péril,
et, au contraire, un grand avantage pour son
salut, «(ta.octobre i523.)
Ce qui faisait la sécurité de Luther, c'est qu'un
bouleversement général semblait /imminent. La
tourbe populaire grondait. La petite noblesse,
plus impatiente, prenait le devant. Les riches
principautés ecclésiastiques étaient là comme
une proie, dont le pillage semblait devoir com-r
mencer la guerre civile.' Les catholiques: eux-
mêmes réclamaient par les moyens légaux-,
contre les abus que Luther avait signalésdans
l'Église. En mars i5a3, la diète de Nuremberg
suspendit1 l'exécution de l'édit impérial contré
Luther, ,et dressa, contre .le clergé, les centum
gmvamina,jyé]kle plus. ardent des nobles du
Rhin, Eranz de Sickrngen, avait. ouvert la lutte
des petits seigneurs contre Lesprinces, en atta-
quant le; Palatin. «.Voilà^ dit Luther, une chose
très fâcheuse. Des présages certains nous an-
DE LUTHER [1525]. Ï23

noncentun bouleversement des états. Je ne doute


pas que l'Allemagne ne soit menacée, ou de la
plus cruelle guerre ou de son dernier jour. »
( 16 janvier i523. )
124 MEMOIRES

CHAPITRE IL

Coininencemens de l'Église luthérienne. — Essais


d'organisation, etc.

Les temps qui suivent le retour de Luther à


Wittemberg, forment la période de sa vie, la
plus active, la plus laborieuse. II lui fallait con-
tinuer la Réforme,'entrer chaque jour plus avant
dans la voie qu'il avait ouverte, renverser de
nouveaux obstacles, et cependant de temps à
autre s'arrêter dans cette oeuvre de destruction
pour réédifier et rebâtir tellement quellement. Sa
vie n'a plus alors l'unité qu'elle présentait à
Wormset au château de Wartbourg. Descendu
de sa poétique solitude, plongé dans les plus
DE LUTHER- [1522]. 125

mesquines réalitésy jeté en. proie au monde-,


c'çstà lui que s'adresseront tous les ennemis de
Rome.. Tous: affluent: chez lui et. assiègent sa;
pprte,: princes, docteurs; ou: bourgeois^ Il faut
qu'il réponde;aux:Bohémiens, aux Italiens, aux
Suisses, à toute.l'Europe;. Les fugitifs arrivent
de tous côtés. De ceux-ci les plus embarrassans,
sans .contredit;, ;çe sont'lès religieuses échappées
de leurs cduvens^ repoussées de : leurs familles,
et qui viennent chercher un asile auprès de Lu-
ther. Cethommedë trente-six ans est obligé "de
recevoir ces femmes et ces filles > de leur servir
de père. Pauvre moine, dans sa situation néces-
siteuse (voyez le. chapitre IV), il arrache à
peine quelques secours, pour elles au parcimo-;
nieux Électeur qui le laisse luir-même mourir de
faim. Tomber dans ces misères aprèsîe triomphe
de Worms, c'était dequoi calmer l'exaltation du
réformateur..,.
Les réponses q.u?il donne à cette foule qui vient
le consulter, sont empreintes ; d'une libéralité
d'esprit, dont nous le verrons quelquefois s^ëcàr^
ter plus tard, lorsque* devenu chef, d'une église
établie, il éprouvera lui-même le besoin d'arrêter
lé mouvement qu'il avait imprimé à la pensée re-
' -;
ligieuse. ;
D'abord c?est le, pasteur; de Zwickau, Hans-
mann, qui interpelle Luther pour fixer les limites
126 MÉMOIRES
de la liberté évangélique. Il répond : « Hous
donnons liberté entière sur l'une et l'autre espèce;
mais à ceux qui s'en approchent dignement et-
avec crainte. Laissons tout le reste selon le rite
accoutumé^ etque chacun suive son propre esprit,
que chacun écoute sa conscience pour répondre
à l'Évangile. » Ensuite viennent les frères Mora-
ves., les Vaudois de la Moravie. (26 mars ^522)- :
« Le sacrement lui-même, leur écrit Luther,
n'est pas tellement nécessaire, qu'il rende su-
perflues la foi et la charité. C'est-une folie que
de s'escrimer pour ces misères, en négligeant
les choses précieuses et salutaires. Là ©ù se trou-
vent la foi et la charité, il ne peuty avoir de péché,
ni parce qu'on adore, ni parce qu'on n'adore
pas. Au contraire, là, où il n'y a pas charité et
foi, il ne peut y avoir qu'éternel péché. Si ces
ergoteurs ne veulent pas dire concomitance, qu'ils
disent autrement et cessent de disputer, puis-
qu'on, s'accorde sur le fond. La foi, la charité
n'adore pas (il s'agit du culte des saints), parce
qu'elle sait qu'il n'est pas commandé d'adorer,
et qu'on, ne pèche pas pour ne point adorer.
Ainsi elle passe en liberté au milieu-de ces gens,
et les accorde tous en laissant chacun abonder
dans son propre sens. Elle défend de disputer et
de se condamner.! es uns les autres ; car elle liait
les sectes et les schismes. Je résoudrais la ques-
DE LUTHER [1522]. 127
lion de l'adoration de Dieu dans les saints, en
disant que c'est une chose libre et indifférente. »
Il s'exprime sur ce dernier sujet avec une hauteur
singulière;; ':-::. -,
« Le monde entier m'interroge tellement (ce
que j'admire) sur le culte des saints, que je suis
forcé;de mettre au jour -mon jugement; Je vou-
drais qu'on laissât dormir cette question, pour
ce seul mbtif, qu'elle n'est pas nécessaire. »
(29 mai i522.) «Quant à l'exposition des reliques,
je crois qu'on les adéjà montrées et remontrées
par toute là terre. Pour le purgatoire, je pense
que c'est chose fort incertaine. Il est vraisembla-
ble qu'à l'exception d'un petit nombre ; -tous les
morts dormentinsensibles. Je ne crois pas que le
purgatoire soit un lieu déterminé, comme l'ima-
ginent les sophistes. A les en croire, tous ceux
qui ne sont ni dans le ciel ni dans l'enfer sont
dans le purgatoire. Qui oserait l'assurer? les
âmes des morts peuvent dormir entre le ciel, la
terre, l'enfer, le purgatoire et toutes choses,
comme il arrive aux vivans, dans un profond
sommeil... Jepense que c'est cette peine qu'on
appelle l'avant-goût de l'enfer, et dont le Christ,
Moïse, Abraham, David, Jacob, Job , Ézéchias
et beaucoup d'autres ont tant souffert. Comme
elle est semblable à l'enfer, et cependant tem-
poraire, qu'elle ait lieu dans le corps ou hors
128 . MÉMOIRES
du corps:,, c'est pour moi le purgatoire. » (i3jâïv-
vier r.522^): ... .• ^'-,^
Lacprifêssion perd, entre les mains deLutheP,
le caractère que lui avait donné l'Église;; Ce njés't
plus cëitredoutable tribunal qui ouvre'etderme
le ciel. LW prêtre ne fait plus que mettre sa:. Sa-
gesse et son expérience, au service du pénitent;
de sacrement qu'elle était, la confession: devient j
pour le prêtre, un ministère de consolation et de
bon conseil. • ; >:v
« Dans la confession, il n'est point nécessaire
que Ifon >raeonte tous ses péchés;; mais lés gens
peuvent dire ce qu'ils veulent; nous ne les lapi-
dons point pour celajs'ils avouent du; fond dû.
coeur qu'ils sont de pauvres pécheurs, nous nous
en, contentons. -..-;• -<- , -=-:\
» Si;un, meurtrier disait, devant les tribunaux
que je liai absous, je dirais : je ne sais point s'il
est absous,;-ce n'est pasimoi qui confesse et.ab-
sous , c'est le Christ. A, Venise, une femme avait
tué , et jeté à l'eau , un jeune compagnon qui
avait couché avec elle. Un moine lui donna l'ab-
solution etla dénonça. La femme s'excusa en mon-?
trant l'absolution du moine.. Le sénat décida;que
le moine serait brûlé et, la femme, bannie, de la
ville. C'était un jugement bien sage. Mais si je
donnais, un billet, signé de ma main,.à une
conscience effrayée, et que le juge eût ce billet.
DE LUTHER. 129

je pourrais justement Je réclamer, comme j'ai


fait avec le duc Georges; Car celui quia en main
les lettres des autres, sans un bon titre, celui-là
J> .'' : ;; -
est un voleur.
Quant à la messe > il la traité dès i5ig[comme
une chose indifférente pour ses formes exté-
rieures. H écrivait alors à Spalatin : *c Tu me
démandes un modèle de; commémorations pour
la messe. Je té supplie de ne pas te tourmenter
de ces minuties!; prie pour ceux pour-lesquels
Dieu t'inspirera, et aie la conscience libre sur
ce sujet. "Ce n'est pas une chose si importante,
qu'il; faille enchaîner encore par dès décrets et
des traditions L'esprit de liberté tili suffit y:et
au-delà, <de-la massé déjà excessive des traditions
régnantes. » Vers la fin ; de sa vie, en ï 54^, il
disait encore au même Spalatin (io; novembre), :
« Fais y pour l'élévation du sacrement/ : ce qu'il
te;plaira défaire. Jé?ne veux pas'îque;dans lès
choses : indifférentes j on impbse aucune.chaîne.
C'est ainsi que j'écris, que j'écrivié,- que j'écrirai
toujours, à tDHS;;ceux: qui /.me .fatiguent de cette
:-/b. -,-;;;:,-.>;', : ?[ ; ; niïi-c" •; s•
'-•;
qùéjstion.;»..-
Il comprenait pourtant la nécessité d'ùn;cultë
extérieur;: «Bien^qneiJés cérémonies:aie soient
pas- nécessaires;iaù:,salut> cependant ellesfbnt
ârapression sur les esprits grossiers; Jeparle prinf
cipalement dés > cérémonies- dé:la messe , : que
r. 9
150 - MÉMOIRES
vous pouvez conserver, comme nous avons fait
ici, -à-Wittemberg. » (ti janvier I53I.) « Je ne
condamne aucune cérémonie, si ce n'est celles
qui sont contraires à l'Évangile. Nous avons
conservé:le baptistère et le baptême, bien que
nous l'administrions en nous servant de la lan-
gue vulgaire. Je permets , les images dans le
temple ; la messe est célébrée avec Les rites et:les
costumes accoutumés ; seulement on y chanté
quelques, hymnes en langue vulgaire, et les pa-
roles dé la. consécration sont en allemand;. Enfin
je; n'aurais; point aboli la messe latine^ pour y
substituer la messe en langue vulgaire,: si je "n'y
avais été forcé. » ( i4'mars i5a8. )
« Tu vas organiser l'église de Koenigsberg;
je t'en prie,, au nom du Christ,, change le moins
dé-choses possible. Il y a près de là des villes
épiscopales:, il ne faut pas que les cérémonies
de la nouvelle Église diffèrent beaucoup' des
anciens.;xites; Si la messe en latin n'est pas
abolie', ne l'abolis pas; .seulement mêles-y quel-
ques chants en allemand. Si elle est abolie, con-
serve l'ordre et les costumes anciens. » ;(i6.juil-
" '
lf&:l5&§:*iir<:>- • :r.i ; :.:HW'> W ,'Vj
i.Le' changement le plus grave que Luther'fit
subir à la messe, fut de la traduire enïangue vul-
gaire. « La messe sera dite en allemand pour les
mais l'office de chaque jour se fera en
laïques,
DE LUTHER [1524-5]. 131

latin, en y joignant toutefois quelques hymnes


allemands. » (28 octobre i5%5.)
« Je suis bien aise de voir qu'en Allemagne la
messe soit à présent célébrée en allemand. Mais
que Garlostad fasse de cela une nécessité, voilà
qui est encore dé trop,. C'est un esprit incorri-
gible. Toujours/ toujours des lois, des néces-
sités, dés péchés ! Il ne saurait faire autrement...
1 la
Je dirai volontiers messe en allemand, et je
m'en occupe aussi ; mais je voudrais qu'elle eût
un véritable air allemand. Traduire simplement
le texte latin, en conservant le ton et /le chant
usités, cela peut aller à la rigueur; mais ne
sonne pas bien et ne me satisfait pas. Il faut
que tout ensemble, texte et îiotes, accent et
gestes, viennent, de nôtre langue et dé notre voix
natales ; autrement ce ; -ne sera -qu'imitation et
»r-';^ ':::' ; :: '::;;;'.' "•:--
-singerie...
« Je désire;: plutôt>que je ne promets, dé
vous donner une messe en allemand ; car je
ne me sens pas capable; de ce; travail, où il
faut à la fois la musique etl'esprit. » (12 novem-
bre v-i ' -^ :':•:-.';,--;,v .-''•--
1324.) ,-'-;
« Je te renvoie la messe ; je tolérerai qu'on la
chante ainsi j mais il ne me plaît pasqu'on garde
la musique latine sur les paroles; allemandes;
Je: voudrais qu'on adoptât le chantallemand*,»
mars :-;. s, . . . -^
(26 i5a5.) ;
152 MÉMOIRES
, », Je suis d'avis qu'il serait bon, à l'exemple
des prophètes et des anciens pères de l'Église:,
de , faire ides psaumes en allemand pour le
peuplé. $<m$ cherchons ,des poètes de tous côtés;
mais puisqu'il t'a été; donné beaucoup de fa^
coude et d'éloquence dans la langue allemande,
et que tu sas cultivé ces dons, je te prie de m'ài-
der dans mon travail^ et d'essayer de traduire
quelque psaume sur. Le modèle de ce que j'ai
déjà-,!faîjt:v Je voudrais; exclureles mots nou-
1 de--çour :: il faudrait;,
veauSjiçt.Léstermes' .pour
êtrecoUipris4u peuple, le JangageLeplùs.simple
et le plus ordinaire,•quoique,, cependant,.ppi'et
jiusfie;: il faudrait que ja phrase fût claire et le
plus près,du texte qu'il sera possible. » (i524»)
; -Ce n'était pas chose facile que d'organiser La
nouvelle Église. L'ancienne hiérarchie était bxh-
sée. Le principe de la Réforme étant de "rame-
ner tout© -chose au texte de l'Evangile., pour être
conséquent-, il fallait rendre à l'Église là forme
démocràMqiîe qu'elle avait aux premiers siècles.
Luther; y: semblait .d'abord disposé.
De ïhwistris Ecclesioe instituendis, adressé aux
Bohémiens.'* Yioïlà une belle invention des>papis-
tes, que le prêtre est revêtu d'un .caractère indélër-
bilé;etqu'àucunefaute nepeut le luifaireperdre;.;
Le prêtre (doit-être choisi, élu. par les [suffrages
du peuple, et ensuite confirmé par î'évêque^c'ëst-
DE LUTHER [1525]. 135

à-dire qu'après l'élection, le premier^ Ië plus vé-


nérable d'entre les électeurs impose lés mains à
l'élu). Est-ce que Christ, lëpremiér prêtre du nou-
veau Testament^ a eu besoin de la tonsure et de
toutes ces momeries de l'ordination épisGopalé.
Est-ce que ses apôtres, ses disciples en ont eu
besoin?... Tous les chrétiens sont prêtres, tous
peuvent enseigner la parole de Dieu>, adminis-
trer le baptême, Consacrer lé pain et le vin, car
Christ â dit : Faites Cela en mémoire de Moi ; Nous
tous qui sommés chrétiens, nous avons lé pou-
voir des clés, Christ a dit aux apôtres qui re-
présentaient auprès de lui l'humanité tout en-
tière : Je vbus le dis en vérité, ce que vous aurez
délié sur la terre, sera délié dans lé ciel. Mais
lier et délier n'est autre chose qUë prêcher et
appliquer l'Évangile. Délier, c'est annoncer que
Dieu a remis les fautes du pécheur. Lierr c'est
ôter l'Évangile et annoncer que les péchés sont
retenus.
» Les noms que doivent porter les prêtres sont
ceux de ministres, diacres, évêques (sUrveillans),
dispensateurs. Si le ministre cesse d'être fidèle,
il doit être déposé; ses frères peuvent l'excommu-
nier et mettre quelqu'autrê ministre à Sa'place.
Le premier office dans l'Église est celui de La pré-
dication., Jésus-Christ et Paul préehaienty mais
ne baptisaient point. »(i5a3.)
ite MÉMOIRES
Il ne voulait point, nous l'avons déjà vu,
qu'on astreignît toutes les églises à une règle
uniforme, a Ce n'est point mon avis qu'on doive
imposer à toute l'Allemagne nos réglemens de
Wittemberg. » Et encore : «Il ne me paraît point
sûr de réunir les nôtres en concile, pour établir
l'unité des cérémonies ; c'est une chose de mau-
vais exemple, à quelque bonne intention qu'on
l'entreprenne, ainsi que le prouvent tous les con-
ciles de l'Église, depuis le commencement. Ainsi
dans lé concile des apôtres on a traité des oeu-
vres et des traditions plus que de la foi; dans
ceux qui ont suivi, on n'a jamais parlé de la foi,
mais toujours d'opinions et de questions, en
sorte que le nom de concile m'est aussi sus-
pect et aussi odieux que Le nom de libre arbitre.
Si une église ne veut pas imiter l'autre en ces
choses extérieures, qu'est-il besoin de se con-
traindre par des décrets de conciles, qui se chan-
gent bientôt en lois et en filets pour les âmes? »
( 12 novembre i524-)
Cependant il sentit que cette liberté pouvait
aller trop loin , et faire tomber la Réforme dans
une foule d'abus. « J'ai lu ton ordination, mon
cher Hausmann, mais je pense qu'il ne faut pas
la publier. J'en suis depuis long-temps à me re-
pentir de ce que j'ai fait ; depuis qu'à mon
exemple tous ont proposé leurs réformes, la.va^-
DE LUTHER. 155

riété et la multitude des cérémonies a cru à l'in-


fini, si bien qu'avant peu nous aurons surpassé
l'océan des cérémonies papales. » (21 mars 1-534.)
Pour mettre quelque unité dans les cérémo^
nies de la nouvelle Église, on institua des vi-
sites annuelles, qui se firent dans toute la Saxe.
Les visiteurs devaient s'informer de la vie et
des doctrines des pasteurs, redresser la foi de
ceux qui erraient, et dépouiller du. sacerdoce
ceux dont les moeUrs n'étaient point exemplaires.'
Ces visiteurs étaient nommés par l'Électeur, d'a-
près les avis de Luther qui, résidant toujours à
Wittemberg, formait, avec Jbnas, Mélanchton,
et quelques autres théologiens, une sorte de co-
mité central pour la direction de toutes les affai-
res ecclésiastiques.
« Ceux de Winslieim ont demandé à notre il-
lustre prince de te permettre de venir gouverner
leur église; d'après notre délibération , il a rejeté
cette demande. Il t'accorde de retourner dans ta
patrie , si nous te jugeons digne de ce minis-
tère. » (novembre 1531.) Signé LUTHER, JONAS,
MÉLA-NCHTOSî.
On trouve dans les lettres de Luther un grand
nombre de consultations de ce genre, signées de
lui et de plusieurs autres théologiens prbtestans.
Bien que Luther n'eût aucun titre qui Je pla-
çât au-dessus, des autres pasteurs ; il exerçait ce.-
156 MÉMOIRES

pendant une sorte de suprématie-et de contrôle.


« Voici, écrit-il à Amsdorf, de nouvelles plaintes
sur toi et Frezhans, parce que vous avez excom-
munié un barbier ; je ne veux point décider
encore entre vous, mais réponds, je t'en sup-
plie , pourquoi cette excommunication?» (juil-
let i532J)
« Nous ne pouvons que refuser la communion;
tenter de donner à l'excommunication religieuse
tous les effets de l'excommunication politique,
ce serait nous rendre ridicules en essayant de
faire ce qui n'est plus de ce siècle, et ce qui est
au-dessus dé nos forces... Le magistrat civil
doit rester en dehors de toutes ces choses.»
( 26 juirii533.) Cependant l'excommunication lui
semblait parfois une arme bonne à employer.
Un bourgeois de Wittemberg avait acheté une
maison trente florins, et, après quelques répara-
tions, il voulut la vendre quatre cents. « S'il le fait,
dit Luther, je l'excommunie. Nous devrions re-
lever l'excommunication. » — Comme on parlait
de rétablir les consistoires, le jurisconsulte Chris-
tian Bruck dit à, Luther : « Les nobles et les bour-
geois craignent que vous ne commenciez par les
en venir ensuite à eux. — Juriste,
paysans pour
répondit Luther, tenez-vous-en à votre droit et
à ce qui touche l'ordre extérieur. » — En i538,
apprenant qu'un homme de Wittemberg niépri-
DE LUTHER [1525]. 157
sait Dieu, sa parole et ses serviteurs, il le fait
menacer par deux chapelains .—Plus tard, il dé-
fend d'admettre au sacrement un noble qui était
usurier.
Une des choses qui tourmentèrent le plus le
réformateur , fut l'abolition des voeux monas-
tiques. Dès le milieu de 1Ô22, il publia une ex-
hortation aux quatre ordres mendians. Lés Au-
gustins au mois de mars, les Chartreux au mois
d'août se déclarèrent hautement pour lui.
« Aux Iieutenans de la Majesté impériale à Nu-
remberg :... Dieu ne peut demander dés voeux,
qui sont au-dessus de la nature humaine...
Chers seigneurs, laissez-vous fléchir. Vous ne
savez pas quelles horribles et infâmes malices
le diable exerce dans les couvens. Ne vous en
rendez pas complices, n'en chargez pas votre
conscience. Si mes ennemis les plus acharnés
savaient ce que j'apprends chaque jour de tous
les pays, ah ! ils m'aideraient demain à ren-
verser les couvens. Vous me forcez à crier plus
haut que je né voudrais. Cédez , je vous en sup-
plie , avant que les scandales n'éclatent trop hon-
teusement. 3) (Août l523.)
a Le décret général des Chartreux sur la liberté
qu'auront les moines de sortir et de quitter
l'habit, me plaît fort, et je le publierai. L'exemple
d'un ordre si considérable aidera nos affaires et
158 MEMOIRES

nos décisions.» (20 août i522.) — Ce-


appuiera
pendant il voulait que les choses se fissent sans
bruit ni scandale. II écrit à Jean Lange : « Ta sortie
du monastère n'a pas, je pense, été sans motif,
mais j'aurais mieux aimé que tu te misses au-
dessus de tous les motifs ; non que je condamne
la liberté de sortir, mais je voudrais voir en-
lever à nos adversaires toute occasion de ca-
lomnie. »
Il avait beau recommander qu'on évitât toute
violence; la Réforme lui échappait en s'étendant
chaque jour au dehors. A Erfurth, en i52i,
on avait forcé les maisons de plusieurs prê-
tres , et il s'en était plaint ; on alla encore plus
loin, en i522, dans les Pays-Bas. <cTu sais, je
pense, ce qui s'est passé à Anvers, et com-
ment les femmes ont délivré par force Henri
de Zutphen. Les frères sont chassés du cou-
vent, les uns prisonniers en divers endroits,
les autres relâchés, après avoir renié le Christ ;
d'autres encore ont persisté ; ceux qui sont
fils de la cité ont été jetés dans la maison des
Béghards.; tout le mobilier du couvent est
vendu, et l'église fermée ainsi que le couvent;
on va la démolir. Le saint Sacrement a été
transporté en pompe dans l'église de la sainte,
Vierge, comme si pn le tirait d'un lieu héré-;
tique ; des bourgeois, des femmes, ont été lor-.
DE LUTHER [1522-4]. 159
turés et punis. Henri lui-même revient à nous
par Brème ; il s'y est arrêté et y enseigne la pa-
role, à la prière du peuple, sur l'ordre du con-
seil , en dépit de l'évêque. Le peuple est animé
d'un désir et d'une ardeur admirables ; enfin,
quelques personnes ont établi près de nous un
colporteur, qui Leur porte des livres de Wittem-
berg. Henri lui-même voulait ayoir de toi des
lettres d'obédience ; mais nous ne pouvions t'at-
teindre si promptement. Nous en avons donc
donné en ton nom, sous le sceau de notre prieur. »
( 19 décembre 1522. )
Tous les Augustins de Wittemberg avaient
l'un après l'autre abandonné le couvent, le
prieur en résigna la propriété entre les mains
de l'Électeur, et Luther jeta le froc. Le 9 octo-
bre i524, il parut en public avec une robe sem-
blable à celle que les prédicateurs portent en-
core aujourd'hui en Allemagne; c'était l'Électeur
qui lui en avait donné le drap.
Son exemple encouragea moines et religieuses
à rentrer dans le siècle. Ces femmes, jetées tout-
à-coup hors du cloître et fort embarrassées dans
un monde qu'elles ne connaissaient pas, accou-
raient près de celui dont la parole leur avait fait
quitter la solitude du monastère.
« J'ai reçu hier neuf religieuses sortant de cap-
tivité, du monastère de Nimpschen, et parmi
140 MÉMOIRES
elles Staupitza et deux autres de la famille de
Zeschau. »'( 8 avril ÏSH'S. )
« J'ai grand'pitié d'elles, et surtout des autres
qui meurent en foule de cette maudite et inces-
tueuse chasteté. Ce sexe si faible, est uni au
mâle par la nature, par Dieu même; si on l'en
sépare, il périt. O tyrans, ô parens cruels d'Al-
lemagne ! ... Tu demandes ce que je ferai à leur
égard? D'abord je signifierai aux paréns qu'ils
les recueillent ; sinon, j'aurai soin qu'on les re-
çoive ailleurs. Voici leurs noms :j Mâgdeleine
Staupitz , Eisa de Canilz, Ave Grossin , Ave
Schonfeld et sa soeur Marguerite Schonfeîd ,
Laneta de Golis, Marguerite Zeschau et Cathe-
rine de Bora. Elles se sont évadées d'une ma-
nière étonnante... Mendie-moi auprès de tés ri-
ches courtisans quelque argent, dont je puisse
les nourrir pendant une huitaine ou une quin-
zaine de jours, jusqu'à ce que je les rende à leurs
parens ou à ceux qui m'ont donné promesse. »
( 10 avril i523.)
« Mon maître Spalatin, je m'étonne que vous
m'ayez renvoyé cette femme, puisque vous
connaissez bien ma main, et que vous ne don-
nez d'autre raison, sinon que la lettre n'était
pas signée... Prie l'Électeur qu'il donné quel-
ques dix florins et une robe neuve ou vieille ou
autre chose, enfin qu'il donne pour ces pau-
DE LUTHER [1532-8]. 141
vres vierges malgré elles. •» (22 -avril .ji5a3. )
Le 10 avril i5aa,' Luther..écrit'à--Léonard
Koppe,vbourgeois considérable de Torgau, qui
avait aidé neuf religieuses.fà.lse.retirer de leur
couvent, fl l'approuve : ?et d'exhorté .àne pas se
laisser effrayerçar-Lès cris qui s'élèveront contre
lui. « Vous avez fait une bonne oeuvre, et plût à
Dieu, que nous pussions délivrer, de même tant
d'autres consciences qui sont encore prison-r-
nières,., La parole de Dieùest maintenant dans
le monde et non dans les couvens.., »>
Le 18 juin i523, il écrit une Lettre de conso-
lation à trois demoiselles que le duc Henri, fils
du duc Georges, avait'chassées;de sa.cour pour
avoir, Lu les livres de Luther, « Bénissez ceux qui
vous outragent, etc.. Vous n'êtes malheureuse?
ment que.trop vengées .de leur injustice, ILfaUf
avoir pitié de ces furieux, de ces insensés qui ne
voient : pas iqu'ils perdent misérablement leur
âmè en pensant vous faire du mal... »
n « .Voici bien du nouveau, que tu >sais déjà ;
sans idoute , c'est que la duchesse de Montsberg
s'est échappée par grand miracle du coUvënt de
Freyberg ; elle est -.dans , m& maison ^aveç 4ëux
jéùnes:fiUes5 L'une Marguerite Volcknial'in, SUâ
d'un bourgeois sde ;Leip.sifik,;L'8Ute'e^:|D@r!p|'hée^
fille d'un' bourgeois,ideiEfeyibersgj.:mi(t^%l ocfo?-
bre ïi528, ) : ;;;- :-.- .•..-;;--?.\u*. v.tf Ï-.IÏ • y.
142 MEMOIRES
« Cette malheureuse Elisabeth de Reinsberg,
chassée de L?écôle des filles d'Altenbourg et n'ayant
plus de quoi vivre, s'est adressée à moi après
s'être plainte au Prince,, qui l'a renvoyée à ceux
qui sont chargés du séquestre ; elle m'a prié de
t'écrire pour que tu l'appuies près d'eux, etc. »
( Mars 1533.)
« Cette jeune fille d'Altenbourg , dont le
vieux père et la mère ont été pris dans leur
maison, s'est adressée à moi pour me supplier
de lui donner secours et conseil. Ce que je fe-
rai dans cette affaire, Dieu le sait. » (14 juil-
let i533.)
Quelques mots de Luther donnent lieu de
croire, que ces femmes qui affluaient autour
de luis," abusèrent souvent de sa facilité, que
plusieurs même prétendaient faussement s'être
échappées du cloître. -^— « Que de religieuses
n'ai-je pas soutenues à grands frais !; Que de
fois n'ai-je pas été trompé par de prétendues
nonnes y de vraies coureuses, quelle-que fût
leur noblesse (generosas: meretrices). » (i535|
24 août.)
Ces tristes méprises modifièrent de bonne
heure lés idées de Luther, sur l'opportunité de la
suppression des couvens. Dans une préfaceadrès-
sée'à latommunede Leisnick(i523), il conseille
de ne pas les supprimer violemment; mais de les
DE LUTHER [1525]. 145
Laisser s'éteindre en n'y recevant plus de novices.
« Comme il ne faut contraindre personne dans
les choses dé- La foi^ continue-t-il, on ne doit
pas expulser ni maltraiter ceux qui voudront
rester dans les couvens, soit à cause de leur grand
âge, soit par amour de l'oisiveté et de La
bonne chère, soit par motif de conscience. Il
faut les Laisser jusqu?à Leur fin comme ils ont été
auparavant, car l'Évangile nous enseigne dé
faire du bien> même aux indignes; et il faut con-
sidérer ici que ces personnes, sont entrées, dans
leur, état,. aveuglées par l'erreur commune 'y et
qu'elles n'ont point appris de métier quipUisse les
nourrir.,. Les biens de ces couvens doivent être
employés comme il suit ;: d'abord^>je viens de le
dire, à l'entretien des religieux qui yj restent.
Ensuite il faut donner une certaine somme à
ceux qui en sortent.(quand même ils n'auraient
rien apporté), pour qu'ils puissent commencer un
autre état ; car ils quittent leur .asile pours tou-
jours, ,et ils auraient pu, ; pendant. qu'ils étaient
au couvent;; apprendre quelque :chose; Quanta
ceux qui avaient apporté du ; ;bien, 'il ^èst ajuste
qu'on leur, en restitue, la plus sgrandé.: partie, si-
non le tout.; Ce qui resté séramis encaissé com-
mune; pour en être prêté; et donnéfaux', pauvres
du pays. On remplira ainsi la volonté des, fonda-
teurs; car , quoiqu'ils se soient Iaissé.sYséduire;à
144 MÉMOIRES

.donner;leur bien aux couvens, leur intention â


poUrtantoété delé consacrer à l'honneur-et au
culte de Dieu. Or, il'n'est pas de plus beau
culte que: la charité chrétienne qui vient au
secours de l'indigent, comme Jésus-Christ l'at-
testera lui-même au jugement dernier (saint. Ma-
thieu , XXV)... Cependant, si parmi les héritiers
des fondateurs il s'en trouvait qui fussent dans
Le besoin,, il serait équitable et conforme à. la
charité'dè leur délivrer une partie de La fonda-
tion, même le tout, s'il était nécessaire, la vo-
lonté de Leurs pères n'ayant pu être, ou du moins
n'âyantpas dû être, d'ôter le pain à leurs erifâiis
et héritiers pour le donner à des étrangers:..
Vous m'objecterez que je fais le trou trop làrge^,
et que, décelé manière il restera peu de chose
à La caisse commune; chacun, dites-vous,
viendra prétendre qu'il lui faut tant et tant,-étc.
Mais j'aiidéjà dit que cedoit être une oeuvre d'é-
quité et. de charité. Que chacun examine ; en sa
conscience, combien il lui faudra pour ses bër
soinsïiëfc combien ilpqurra laisser à-la caisse;,
qu'ensuite da commune pèse Les circonstances à
mn. tour,,; et;tout ira bien. Quand même la cupi-
dité ;dequelques particuliers trouverait son'pro-
fita cet accommodement:,- cela- vaudrait toujours
mieux que les pillages et les désordres qtfon: à
vu® en-Bohême... » : !-!
DE LUTHER [1525-8]. 145
« Je ne voudrais pas conseiller à des vieillards de
quitter le monastère ,yd'abord parce que, rendus
au monde, ils deviendraient peut-être à charge
aux autres , et trouveraient difficilement, dans
ce refroidissement de la charité, les soins dont ils
sont dignes. Dans l'intérieur du monastère, ils
ne seront à charge à personne, ni obligés de re-
courir à la sollicitude des étrangers ; ils pourront
faire beaucoup pour le salut de leur prochain,
ce qui, dans le monde, leur serait difficile, je
dis même impossible. » Luther finit par encou-
rager un moine à rester dans son monastère. « J'y
ai moi-même vécu quelques années; j'y aurais
vécu plus long-temps, et j'y serais encore au-
jourd'hui, si mes frères et l'état du monastère
me l'avaient permis. » (28 février i528.)
Quelques nonnes des Pays - Bas écrivirent au
docteur Martin Luther, et se recommandèrent à
ses prières. C'étaient de pieuses vierges crai-
gnant Dieu, qui se nourrissaient du travail de
leurs mains, et vivaient dans l'union. Le doc-
teur en eut grande compassion, et il dit : « On doit
laisser de pauvres nonnes comme'celles-ci vivre
toujours à leur manière. Il en est de même des
feldkloster, qui ont été fondés par les princes
pour ceux de la noblesse. Mais les ordres men-
dians... C'est des cloîtres comme ceux dont je
parlais tout-à-I'heure, que l'on peut tirer des
1. 10
Viô MÉMOIRES

gens habiles pour les charges de l'Église, pour


le gouvernement civil et pour l'économie. »
Cette époque de la vie de Luther (i5ii-i52o)
fut prodigieusement affairée et misérablement
laborieuse. Il n'était plus soutenu, comme dans
la précédente, par la chaleur de la lutte et l'in-
térêt du péril. A Spalatin. « Je t'en conjure,
délivre-moi; je suis tellement écrasé des affaires
des autres, que la vie m'en devient à charge...
— Martin LUTHER, courtisan hors de la cour, et
bien malgré lui. (Aulicus extra aulam, et invitus.')
(i523.) Je suis très occupé, visiteur, lecteur,
prédicateur, auteur, auditeur, acteur, coureur,
lutteur, et que sais-je? » (29 octobre i528.)
La réforme des paroisses à poursuivre, l'uni-
formité des cérémonies à établir, la rédaction
du grand Catéchisme , les réponses aux nou-
veaux pasteurs, les lettres à l'Électeur dont il
fallait obtenir l'agrément pour chaque innova-
tion; c'était bien du travail et bien de l'ennui.
Cependant les adversaires de Luther ne le lais-
saient pas reposer. Érasme publiait contre lui
son formidable livre De libero arbltrio, auquel
Luther ne se décida à répondre qu'en i525. La
Réforme elle-même semblait se tourner contre
le réformateur. Son ancien ami Carlostad avait
couru dans la voie où marchait Luther. C'était
même pour l'arrêter dans ses rapides et vio-
DE LUTHER [1524]. 147
lentes innovations, que Luther avait quitté pré-
cipitamment le château de Wartbourg. Il ne
s'agissait plus seulement de l'autorité religieuse ;
l'autorité civile elle-même allait être mise en
question. Derrière Carlostad, on entrevoyait
Mûnzer; derrière les sacramentaires et les icono-
clastes, apparaissait dans le lointain la révolte
des paysans, une jacquerie, une guerre servile
plus raisonnée, plus niveleuse et non moins san-
glante que celles de l'antiquité.
148 MEMOIRES

CHAPITRE III.

1525-1525.

Carlostad. — Mùnzer. Guerre des paysans.

« Priez pour moi, et aidez-moi à fouler aux


pieds ce Satan qui s'est élevé à Wittemberg contre
l'Évangile, au nom de l'Évangile : nous avons
maintenant à combattre un ange devenu, comme
il croit, ange de lumière. Il sera difficile de faire
céder Carlostadt par persuasion; mais Christ le
contraindra, s'il ne cède de lui-même. Car nous
sommes maîtres de la vie et de la mort, nous qui
croyons au maître de la vie et de la mort. » (12
mars i523. )
'
DE LUTHER [1525]. 149

«J'ai résolu de lui interdire la chaire où il est


monté témérairement sans aucune vocation ,
malgré Dieu et les hommes. » ( 19 mars. )
« J'ai fâché Carlostad, parée que j'ai cassé ses
ordinations, quoique je n'aie pas condamné sa
doctrine;-il me déplaît cependant qu'il ne s'oc--
cUpe qUe de cérémonies et de choses extérieures,,
négligeant la vraie doctrine chrétienne; c'est-à-
dire la foi et La charité.... Par sa sotte manière
d'enseigner, il conduisait le peuple à se Croire
chrétien pour des misères, pour communier
sous les deux espèces, pour ne pas se confesser.,
pour briser des. images.;. Il "voulait s'ériger en
nouveau docteur et élever ses ordonnances dans
le peuple, sur la ruine de mon autorité {pressa
meâ aucloritate). »(;3o mars.) :
«Aujourd'hui même,j-ai prisa part Garlostad,
pour le supplier dé ne rien publier contre moi;
qu'autrement, nous serions forcée de jouer de: la
corne l'un contre l'autre. Notre homme a juré
par tout ce qu'il y à dé' plus sacré, de ne rien
écrire contre moi. »( 21 avril.)
«... Il faut instruire les;fâibles avec douceur
et patience... Veux-tu, après avoir sucé le lait,
couper les mamelles et empêcher Les autres de
se nourrir cbmmëtoi ? Si Les mères jetaient par
terre et abandonnaient les enfans qui ne savent
pas, en naissant, manger comme les hommes!;
150 MÉMOIRES

que serais-tu devenu? Cher ami, si tu" as sucé


et grandi assez, laisse donc les autres sucer et
grandir à leur tour.... »
Carlostad abandonna ses fonctions de profes-
seur et d'archidiacre à Wittemberg, mais sans
abandonner le traitement, il s'en alla à Orlamunde,
puis à léna. « Carlostad a érigé une imprimerie: à
léna... Mais l'Électeur et notre académie ont pro-
mis, conformément à l'édit impérial, de ne per-r
mettre aucune publication qui n'ait été soumise
à l'examen des commissaires. On ne peut souffrir
que Carlostad et les siens s'affranchissent; seuls
de la soumission aux princes. » (7 janvier i524.)
« Carlostad est infatigable comme d'habitude;
avec, ses nouvelles presses qu'il a érigées à léna;
il a publié et publiera, ,m!à-t-on dit, dix-huit
ouvrages. »(i4janvier,j;524;)
; « Laissons la tristesse avec l'inquiétude à l'es-
prit de Garlpstad.Pbur,nous, soutenons le COUIT
bat sans,trop nous en préoccuper; c'est la cause
de Dieu, c'est l'affaire dé Dieu, ce sera l'oeuvre
de Dieu, la victoire de Dieu; il saura, sans nous,
combattre et vaincre; que s'il nous juge dignes
de nous prendre pour cette guerre, nous serons
prêts et dévoués. J'écris ceci pour t'exhorter,; toi
et les autres par ton intermédiaire, à ne pas
avoir peur de Satan, à ne pas laisser votre coeur
se troubler. Si nous sommes injustes, ne faut-il
DE LUTHER [1524]. 151

pas que nous soyons accablés? Si nous sommes


justes, il y a un Dieu juste qui fera voir notre
justice comme Le plein midi. Périsse ce qui périt,
survive ce qui survit; ce n'est pas notre af-
faire. » (22 octobre i524-)
«Nous rappellerons Carlostad au nom de l'Uni-
versité à L'office de la parole, qu'il doit à Wittem-
berg, nous le rappellerons du lieu où il n'a pas
été appelé; enfin, s'il ne vient pas, nous l'accu-
serons auprès du prince. » (x4 mars 1524.)
Luther crut devoir se transporter lui-même
à léna. Carlostad se croyant blessé par un ser-
mon de Luther, lui fit demander une entrevue.
Elle eut lieu dans la chambre de Luther, en pré-
sence d'un grand nombre de témoins. Après de
longues récriminations départ et d'autre, Carlos-
tad dit : «Allons, docteur, prêcheztoujotirs contre
moi, je saurai ce que j'ai à faire de mon côté»
Luther : Si vous avez quelque chose sur le coeur,
écrivez-Le hardiment. Carlost. Aussi ferai-je, et je
ne craindrai personne. Luth. Oui, écrivez contre
moi publiquement. Carlost. Si c'est là votre envie,
j'ai de quoi vous satisfaire. Luth. Faites, je vous
donnerai un florin pour gage de bataille. Carlost.
Un florin ? Luth. Que je sois un menteur si je ne
le fais. Carlost; ~Ekt bien ! j'accepte. » A ce mot, le
docteur Luther tira de sa poche un florin d-or
qu'il présenta à Carlostad en disant : « Prenez
152 MEMOIRES
et attaquez-moi, hardiment ; allons, sus. » Car-
lostad prit le florin, le montra à tous les assis-
tans, et dit : « Chers frères, voilà des arrhes,
c'est Le signe du droit que j'ai d'écrire contre le
docteur Luther. Soyez-en tous témoins, » En^-
sùite il le mit dans sa bourse et donna la main à
Luther. Celui-ci but un coup à sa santé. Carlostad
lui fit raison en ajoutant : ceCher docteur, je vous
prie de ne pas m'empêcher d'imprimer ce que je
voudrai et de ne me persécuter en aucune façon.
Je pense me nourrir de ma charrue, et vous serez
à même d'éprouver ce que produit la charrue. »
Luth. « Comment voudrais-je vous empêcher
d'écrire contre moi? Je vous prie de le faire et je
vous donne ce florin tout justement pour que
vous ne m'épargniez point. Plus vous m'attaque-
rez violemment, plus j'en serai aise. » Ils se don-
nèrent encore une fois la main et se séparèrent.
Cependant comme la ville d'Orlamunde en-r
trait trop vivement dans les opinions de Carlos-r
tad, et avait même chassé son pasteur, Luther
obtint un ordre de l'Électeur pour l'en faire sor-
tir. Carlostad lut solennellement une lettre d'a-
dieu,,. aux hommes d'abord, et ensuite aux
femmes ; on les avait appelés au son de la cloche;
et pendant la lecture tous pleuraient : « Car-?-
Lostad a écrit à ceux d'Orlamunde, avec cette
suscription : André Bodenstein, chassé, sans avoir
DE LUTHER [1524]. 155
été entendu ni convaincu, par Martin Luther. Tu
vois que moi qui ai failli être martyr, j'en suis
venu à ce point de faire des martyrs à mon tour.
xEgranus fait le martyr aussi, et écrit qu'il a été
chassé parles papistes et par les luthériens. Tu
ne saurais croire combien s'est répandu ce dogme
de Carlostad sur le sacrement.*** est venu à rési-
piscence et demande pardon; on l'avait aussi
forcé de quitter le pays; j'ai écrit pour lui, et
ne sais si j'obtiendrai. Martin d'Iéna, qui avait
également reçu l'ordre de partir, a fait en chaire
ses adieux, tout en larmes et implorant son par-
don : il a reçu pour toute-réponse cinq florins,
puis en faisant mendier par la ville, il a eu encore
vingt-cinq gros. Tout cela tournera,, je pense,
au bien des prédicateurs; ce sera une épreuve
pour leur vocation, qui leur apprendra en même
temps à prêcher et à se conduire avec crainte. »
(27 octobre i524-)
Carlostad tourna alors vers Strasbourg, et de
làversBâle. Ses doctrines se rapprochaient beau-
coup de celles des Suisses, d'OEcolampade, de
Zwingli, etc.
« Je diffère d'écrire sur' l'eucharistie, jusqu'à
ce que Carlostad ait répandu les poisons qu'il
doit répandre, comme il me l'a promis après avoir
même reçu de moi une pièce d'or. —
Zwingli
et Léon le juif, dans la Suisse, tiennent les
154 MÉMOIRES
mêmes opinions que Carlostad ; ainsi se propage
ce fléau ; mais le Christ règne, s'il ne combat
point. ».(ia novembre i524-)
Toutefois il crut devoir répondre aux plaintes
que faisait Carlostad d'avoir été chassé par lui de
la Saxe; « D'abord je puis bien dire que je n'ai
jamais fait mention de Carlostad devant l'électeur
de Saxé^ car je n'ai, de toute ma vie, dit un mot
à ce prince; je ne l'ai pas non plus entendu par-
ler, je n'ai pas même vu sa figure, si ce n'est
une fois à Worms, en présence de l'Empereur,
quand je fus interrogé pour la seconde fois. Mais
il est vrai que je Lui ai souvent écrit par Spaia-
tin, surtout pour l'engager à résister à l'esprit
d'Alstet 3. Mais mes paroles restèrent sans
effet, au point que je me fâchais contre l'Élecr
leur. Carlostad devait donc épargner à un tel
prince les outrages qu'il lui a prodigués... Quant
au duc Jean Frédéric, j'avoue que je lui ai sou-
vent parlé de ces affaires; je lui ai signalé les at-
tentats; et L'ambition perverse de Carlostad...»
«.... II.n'y a pas à plaisanter avec Monsei-
gneur tout le monde (herr omnes ) ; c'est pourquoi
Dieu a constitué des autorités ; car il veut qu'il
y ait de l'ordre ici-bas. »

1 C'était la résidence de
Miïnzer, chef de la révolte des
paysans , dont nous parlerons plus bas.
DE LUTHER [1525]. 155
Enfin Carlostad éclata. « J'ai reçu hier une
lettre de mes amis de Strasbourg au sujet dé Car-
lostad; en voyageant de ce côté, il est allé à
Bâle, et il.a enfin vomi cinq livres, qui seront
suivis de deux autres. J'y suis traité de double
papiste, d'allié de l'Antichrist, que sais-je?
(i4 décembre.) Mes amis m'écrivent de Bâle,
que les amis de Carlostad y ont été punis de là
prison, et que peu s'en est fallu qu'on ne brûlât
ses livres. II y a été aussi lui-même, mais en
cachette. OEcoIampade et Pellican écrivent pour
donner leur assentiment à son opinion.» (i3 jan-
vier i525.)
« Carlostadavait résolu d'aller nicher à Schwein-
dorf ; mais le comte d'Heilneberg le lui a interdit
par lettres expresses au conseil de ville. Je vou-
drais bien qu'on en fît autant pour. Strauss... »
(10 avril i525.).
Luther parut charmé de voir Carlostad se: dé-
clarer : «Le diable s'est tu, écrnyiL, jusqu'à ce
que je l'eusse gagné avec un florin qui, grâceà
Dieu, a été bien placé, et je ne m'en repens
pas. » Il écrivit alors divers pamphlets d'une
verve admirable Contre les prophètes célestes. « On
ne craint rien, comme si le diable dormait ; tan-
dis qu'il tourne autour, comme un lion cruel.
Mais j'espère que, moi vivant, il n'y aura point
de péril. Tant que je vivrai, je combattrai, serve
156 MÉMOIRES
ce que pourra. » Chacun ne cherche que ce qui
plaît à la raison. Ainsi les Ariens, les Pélagiens...
Ainsi sous la papauté, c'était une proposition
bien sonnante que le libre arbitre pût quelque
cliose pour la grâce. La doctrine de la foi et de
la bonne conscience importe plus que celle des
bonnes oeuvres; car, si les oeuvres manquent,
la foi restant, il y a encore espoir de secours.
On doit employer les moyens spirituels pour
engager les vrais chrétiens à reconnaître leurs
péchés. « Mais pour les hommes grossiers, pour
Monsieur tout le monde (Herr omnes), on doit le
pousser corporellement et grossièrement à tra-
vailler et faire sa besogne, de sorte que bon gré
mal gré!, il soit pieux extérieurement sous la loi et
sous le glaive, comme on tient lesbêtes sauvages
en cages et enchaînées.
» L'esprit des nouveaux prophètes veut être le
plus haut esprit, un esprit qui aurait mangé le
Saint-Esprit avec les plumes et avec tout le reste...
Bible, disent-ils, oui, bibel, bubel, babel...Eh l
bien ! puisque le mauvais esprit est si obstiné
dans son sens, je ne veux pas lui céder plus que
je ne l'ai fait auparavant. Je parlerai des images,
d'abord selon laloi de Moïse, et je dirai que Moïse
ne défend que les images de Dieu... Contentons-i
nous donc de prier les princes de supprimer les,
images, etôtons-les de nos coeurs. »
DE LUTHER [1524]. 15T

Plus loin Luther s'étonne ironiquement de ce


iconoclastes ne poussent
que les modernes pas
leur zèle pieux jusqu'à se défaire aussi | de leur
argent et de tout objet précieux qui porte des
d'images. «Pour aider La faiblesse
empreintes
de ces saintes gens et les délivrer de ce qui les
souille, il faudrait des gaillards qui n'eussent
pas grand'chose dans le gousset. La voix céleste,
à ce qu'il paraît, n'est pas assez forte pour les
engager à tout jeter d'eux-mêmes. II faudrait un
peu de violence. s>
«... Lorsqu'à Orlamunde je traitai des images,
avec les disciples de Carlostad, et que j'eus mon-
tré par le texte, que dans tous les passages de
Moïse qu'ils me citaient il n'était parlé que des
idoles des païens, il en sortit un d'entre eux, qui
se croyait sans doute le plus habile, et qui me
dit : « Écoute ! Je puis bien te tutoyer, si tu es
chrétien. » Je lui répondis : « Appelle - moi
toujours comme tu voudras. » Mais je remarquai
qu'il m'aurait plus volontiers encore frappé; il
était si plein de l'esprit de Carlostad, que les
autres ne pouvaient le faire taire. « Si tu ne veux
pas suivre Moïse, contihua-t-il, il faut au moins
que tu souffres l'Évangile ; mais tu as jeté l'Évan-
gile sous la table, et il faut qu'il soit tiré de là ;
non, il n'y peut pas rester. » —- « Que dit donc
» lui répliquai-je. — « Jésus dit dans
l'Évangile?
158 MEMOIRES

l'Évangile (ce fut sa réponse), je ne sais pas où


cela se trouve , mais mes frères le savent bien,
que la fiancée doit ôter sa chemise dans la nuit
des noces. Donc il faut ôter et briser toutes les
images, afin de devenir purs et libres de la créa-
ture. » Hoec Me.
» Que devais - je faire, me trouvant parmi de
telles gens? Ce fut du moins pour moi l'occasion
d'apprendre que briser les images c'était, d'après
l'Évangile, ôter la chemise à la fiancée dans La
nuit des noces. Ces paroles et ce mot de l'Évan-
gile jeté sous la table, il les avait entendus de
son maître ; sans doute Carlostad m'avait accusé
de jeter l'Évangile, pour dire qu'il était venu le
relever. Cet orgueil est cause de tous ses mal-
heurs ; voilà ce qui Fa poussé de la lumière dans
les ténèbres... »
«... Nous sommes alègres et pleins de courage,
et nous combattons contre des esprits mélanco-
liques, timides, abattus, qui ont peur du bruit
d'une feuille sans avoir peur de Dieu ; c'est l'or-
dinaire des impies (psaumeXXV). Leur passion,
c'est de régenter Dieu, et sa parole et ses oeuvres.
Ils ne seraient pas si hardis si Dieu n'était invi-
sible, intangible. Si c'était un homme visible et
présent, il les ferait fuir avec un brin de paille.
» Celui que Dieu pousse à parler, le fait libre-
ment et publiquement sans s'inquiéter s'il est seul,
DE LUTHER [1524]. 159
et si quelqu'un se met de son parti. Ainsi fit Jéré-
mie, et je puis me vanter d'avoir moi-même fait
ainsi 1. C'est donc sans aucun doute le diable, cet
esprit détourné et homicide, qui se glisse par
derrière, et qui s'exeuse ensuite , disant que
d'abord il n'avait pas été assez fort dans la foi.
Non, Fesprit de Dieu ne s'excuse point ainsi. Je
te connais bien, mon diable...
«... Si tuleur demandes (auxpartisans de Car-
lostad) comment on arrive à cet esprit sublime,
ils ne te renvoient point à l'Évangile, mais à
leurs rêves, aux espaces imaginaires. « Pose-toi
dans l'ennui, disent-ils, comme moi je m'y suis
posé, et tu l'apprendras de même; la voix céleste
se fera entendre, et Dieu te parlera en personne. »
Si ensuite tu insistes et demandes ce que c'est
que cet ennui, ils en savent autant que le doc-
teur Carlostad sait le grec et l'hébreu... Ne re-
connais -tu pas ici le diable, l'ennemi de l'ordre
divin? Le vois-tu comme il ouvre une Large bou-


L'esprit de ces prophètes s'est toujours chevaleresqueraent
enfui, et voilà qu'il se glorifie comme un esprit magnanime et
chevaleresque. —: Mais moi, j'ai paru à Leipsic pour y dispu-
ter devant le peuple le plus dangereux. Je me suis présente' à
Augsbourg, sans sauf-conduit, devant mes plus grands ennemis;
à Worms , devant Ge'sar et tout l'Empire, quoique je susse bien
que le sauf-conduit était brise'. Mon esprit est resté libre comme
une fleur des champs... » (1524.)
160 MÉMOIRES

che, criant : Esprit, esprit, esprit; et tout en


criant cela il détruit ponts, chemins, échelles;
en un mot, toute voie par laquelle l'esprit peut
pénétrer en toi : à savoir, l'ordre extérieur établi
de Dieu dans le saint baptême, dans les signes et
dans sa propre parole? Ils veulent que tu ap-
prennes à monter les nues , chevaucher le vent,
et ils ne te disent ni comment, ni quand, ni où,
ni quoi ; tu dois, comme eux, l'apprendre par
toi-même. »
« Martin Luther, indigne ecclésiaste et évan-
géliste à Wittemberg, à tous les chrétiens de
Strasbourg, les tout aimables amis de Dieu : Je
supporterais volontiers les emportemens de Car-
lostad dans l'affaire des images. Moi-même j'ai
fait, par mes écrits, plus de mal aux images
qu'il ne fera jamais par toutes ses violences et ses
fureurs. Mais ce qui est intolérable, c'est que
l'on excite et que l'on pousse les gens à tout cela,
comme si c'était obligatoire, et qu'à moins de
briser les images, on ne pût être chrétien. Sans
doute, les oeuvres ne font pas le chrétien ; ces
choses extérieures telles que les images et le sab-
bat, sont laissées libres dans le Nouveau Testa-
ment , de même que toutes les autres cérémonies
de la loi. Saint Paul dit : « Nous savons que les
idoles ne sont rien dans le monde. » Si elles ne
sont rien, pourquoi donc, à ce sujet, enchaîner
DE LUTHER [1524]. 161
et torturer la conscience dés chrêtiënè ? Si elles
nesbflt riett,' qu'èllësrtolnbènt où qu'elles soient
debout y il n'importé. ».
Il passe à Un sujet plus élevé, à là'question dé
la pVésêneè réelle, • question supérieure dû syniv
bô'lismë chrétien dont celle' dé§ imagée est lé côté
inférieur. C'est principalement en ce point que
Luther se trouvait'opposé à là'réformé suisse, ë't
que Carlostad s'y rattachait, quelque éloigné qu'il
êft fût par lâliardiëSsé" dé éës' opinions politiques.
«* J'âvôUe que sîGàrLostaÏÏ où; quelqùë'a'ûtTè'
eût pu me montrer", il y à cinq ans, qtrè^daiïs W
sàiUt sacrement il n'y ârqUe du pâiWëtdîfviîiyîL
ni? aurait' -rendu un grand service '.' J'ai ' eu des
téntàtibiïsbiën fortes alors> jéEmé!sûié' tordu3.; j'ai
LUlté^;-j'aU'rais'étébiën hëùrëûx'dé me'tirer'dë! ïav
Je' vo^ai^ bienqù'é je ^clivais' ainsi porter âu'pâ-
pismé le coup ;ïé plus'terrible... îïy ëir à^bieriieù
deux encore qui m'ont écrit sur; ce'point:'7 et dé"
plus habiles gens que le docteur Carlostad, et
qui^ïiëtorturaient pas conimë luïlës paroles dia-
prés- leur caprice;? Mais je sùis^ehchâîiïé, je fie'
puis ëïi Sbrtir'^lë fëlïè'est trbp^pûï^éàtt't-yïièn'nè
;-,n':;,"%'!'-;
pëùtl'àrrachér'dé'mdnèsprîtr*"'-'/
» Aujourd'hui s'il 1 arrivait!
même, q'uèrqùèl-
qtfùii put nié prouver", par dès* ràïiôïïs' solides 1,
qu'il M'y a là que dû paiti ët-du vïnf on^au-
raïî'pâs besoin dé m'attaquer'si furieusement.
162 - MÉMOIRES
Je ne suis malheureusement que trop porté à
cette interprétation toutes les fois que je sens en
moi mon Adam. Mais ce que le docteur Carlostad;
imagine et débite sur ce sujet me touche si peu,
qu'au contraire j'en suis plutôt confirmé dans'
mon opinion ; et si je ne l'avais déjà pensé;, de
telles billevesées prises hors de L'Écriture;, et
comme en L'air, suffiraient pour me faire-croire
que son opinion n'est pas la bonne. » ,} ..
Il avait écrit déjà dans le.pamphlet Contrë.les
prophètes célestes. « Carlostad dit ne pouvoir
raisonnablement concevoir que le corps de Jésus-
Christ, se réduise dans un si petit espace. Mais,,
si on consulte la raison, on ne croira plus aucun
mystère...- » Luther ajoute à la page suivante cette
bouffonnerie incroyablement audacieuse : «Tu
penses apparemment que l'ivrogne Christ ayant
trop bu à souper, a étourdi ses disciples de pa-
roles superflues. » , ... , v. ., ;

"
Cette violente polémique -,de, Luther ; contre
Carlostad étaitchaque jour aigrie par les symp-
tômes: effrayans de bouleversement général qui
menaçait l'Allemagne. Les doctrines du/hardi
théologien, répondaient aux voeux,'.aux-pensées
dont les masses populaires étaient préoccupées ,
en Souabe,.enThuringej en Alsace, dans tout,
l'occident de l'Empire. Le-bas peuple,- les, pay-
DE LUTHER [1525]. .165

sans, endormis depuis si Long-temps sous le


poids de L'oppression féodale, entendirent les
savans et les princes parler de liberté, d'affran-
chissement, et s'appliquèrent ce qu'on ne disait
pas pour eux 1. La réclamation des pauvres pay-
sans delà Souabe, dans sa barbarie naïve, restera
comme un monument de modération > coura-
geuse. Peu-à-peu l'éternelle haine du pauvre con-
tre le riche se réveilla-, moins aveugle toutefois
que dans La jacquerie,. mais cherchant déjà une
forme systématique, qu'elle ne devait atteindre
qu'au temps des nivéleurs anglais., Elle se com-
pliqua de tous les germes de démocratie: reli-
gieuse qu'on avait:'cru étouffés au moyen-âge.

1 Les paysans n'avaient pas attendu là Réforme'


pour s'in-
surger; des révoltes avaient eu lieu dës',1491, dès 150'2;''Les;
villes libres.avaient imité cet exemple : Erfurth en-1S09',
Spire, en 1512, et Worms en 1513. Les troubles avaient re-,
commencé en 1524; mais, cette fois par les nobles. Franz de
Sickingen, leur chef, crut le moment venu de se jeter sur, les
biens des princes ecclésiastiques; il osa mettre le siège devant
Trêves; H était, dit-on, dirigé"par lès":;céièhresréformateurs
GEcolampade et Bucer, et par Hutten,;âlorsau;;sëEvicé;dèl?âr-r
chevêque de Mayence. <Le;duç de Bavière,;le,-.p;alatin,-leland-:
grave de Hessej vinrent, délivrer Trêves; ils voulaient attaquer
Mayence, en punition de la connivence pre'sume'e de.l'arçhevê-,
que avec Sickingen^Celui-ci périt; Hutten fut proscrit, .et dès-
lors sans asile, mais toujours écrivant, toujoursviolent et colé-
' . ; . i : ,-
rique; il mourùfrpeù après de misère.'
164 MÉMOIRES
Des Lollardistes , des Béghards, une fouie de
visionaaires apocalyptiques; se remuèrent. Le:
mot de, ralliement devint plus tard la nécessité
d'un second;baptême ; dès Je principe, le-butfut
une guerre terrible contre l'ordre établi , contre
toute espèce d'ordre ; guerre contre la propriété,
c'était un vol fait au pauvre, .guerre contre, la
science, elle rompait l'égalité naturelle, élleten-
taitDieuqUi révélait tout à; ses saints.; les livres,
les;tablçàux étaient des inventions du diable. --;
Les paysans se soulevèrent d'abord-dans Là
Fprêt-Kpi*é,5 puis autour d'ïLeilbronn, de.Franc-:
fort, dansle pays de Bade et Spire. De.là ,->Fin-
cendie. gagna l'Alsace, et nulle part il n'eut un
caractère plus terrible. Nous le retrouvons en-
core dans lé Palatinat, la Hesse, la Bavière. En
Squabej lechef principal des insurgés étaitjUn
des petits-nobles de la vallée du Necker, le céle*-
bré Goetz' de Bërlichingeu, Goetz h là mâïiï de
fer, qui assurait n'être devenu leur général que
malgré lui et par force.
« Dôléaflce et demande amiable de toute,Lai-
réunion dès paysans., /avec leurs, prières^chré-
tiennes.: Lëtout è&posé très-brièvement en douze
articles5principaux. Au Lecteur chrétien, paix et
grâce divine par le Christ !
» Il y a.aujourd'hui beaucoup d'anti-çhréti.ens
qui prennent occasion.de la réunion des paysans
DE LUTHER [1525]. 165

pour blasphémer, l'Evangile, disant : que cesont


là les fruits du nouvel Évangile, que personne
n'obéisse plus-, que chacun sesoulèvë et se cabre;
qu'on s'assemble et sfattroupe avec grande vio-
lence ; qu'on veuille reformer , chasser Les auto-
rités ecclésiastiques et séculières, peut-être même
les, égorger. A ces jugemens'pei^ers et impies ;
répondent les articles suivâns, ^ ;r:u->: . .»:J ;•.:
- > D'abord ils détournent l/opprobre dont on
veut couvrir la parole de Dieu ; ensuite ils dis-
'culpént chrétiennement; les paysans du reproche
ide désobéissance: etde;révolte,n*j'•:'. .1 !.-"''.<r.\:i.
• - >) n'est
L'Evàngilé pais une.càUsé de.soulèyer-
mentoùdétrouble^c'estiunep'ârolequi annonce
le?Çhris'tJ:lé Messie:quinous.ëtaitpjômis:;:cette
pardIeetLàviéqu'eIleenseigné;ne Sontqu'àmoui'j
paix, patience et union. Sachez; aussi que tous
ceux qui croient en ce Christ seront; unis'dans
i'amour; j'Ia pàix.etlâ patience.;:Pnis donc que les
articles ; dés Lpaysansy comme ons 1er verra =pLus
clairement ensuite p :ne; sonttpasj rdirigés; à: arae
autre; intenfibn que ïd7éntendreci'Évàngilê;,: et de
vivre en s'y^éonfprtnânÇ;; commentLes anti-îchré-
tienspëuvent-ils nôinmerL'Évangile unéicausede
troublé é't de :désobéissancë/Si;Lesànti^chr.étiens
et ;Les : enhemis^de: l'Évangilef secdcessëntscontre
de telles'; dèmandesljôçMbn^estqïas:^Evàngilèqui.
en est Ia.;qa|jse, c'estlè diable ;v le moiieLennerai
1«6 MÉMOIRES
de L'Évangile, lequel, par l'incrédulité, a éveillé
dans les siens L'espoir d'opprimer et d'effacer La
parolede Dieu qui n'est quepaix, amour et union.
» II résulte clairement:de là que les paysans
qui, dans leurs articles; demandent un tel.Évan-
gile pour leur doctrine et pour leur vie; ne
peuvent être appelés désobéissans ni .-révoltés.
Si Dieu nous appelle et nous presse de vivre
selon sa parole, s'il veut nous écouter, qui blâ-
mera la volonté de Dieu, qui pourra s'attaquer à
son jugement j et lutter, contre ce qu'il lui plaît
de faire?II a bien entendu Les enfans d'Israël qui
criaient à lui, il les a délivrés de là main de Pha-/
raon'. Né 'peut - il pas encore aujourd'hui sauver
Les siens I. Oui,' il les sauvera-, et bientôt-i;jLis
donc Lés articles suivans, lecteur chrétien ; lis-les
avec soinyet » : ;iv >- - .-. ,-;*://"
juge.
"Suiventies articles ":'• rh: '.< :,;.,
-.' «;L En premier lieu, y c'est notre humbLe de-
mande et prière à nous tous , c'est notre volonté
unanimeu que désormais/nous-ayons:le.,ppuvbir
et lé droit d'élire et choisir nous-rmêmes:Un pas-
teur;;'que nous ayons aussi ile>pouvoir, de le, dé-
poser rs'il«è)cônduitcbmmeiLne;convientpoint:
: '
Lé même -pasteur choisie par >iièus, doit: nous
•dans
prêcher: clairement •lë,saint>EvangiIe, sapu-
;retép:sânsr aucune"addition de préGëptêiou de,
commandement' humain. .Car en npusiannoncant
DE LUTHER [1525]. 16T

toujours la véritable foi, on nous donne occasion


deprier Dieu, de lui demander sa grâce, de for-
mer en nous cette même véritable foi et de l'y
affermir. Si la grâce divine ne se formé point 'en
restons chair et 1 et
n'ousy:nou's toujours -sang,
alors nous ne sommes rien de bon. On voit clai-
renientidans FÉcriture que noUs Uë pouvons
arriver à Dieu que par Iâ véritable foi, et par-
venir à la béatitude que par- sa miséricorde. II
nous-faut donc nécessairementf un tel guide" et
ainsi dàns:l'Écriture. '
pastëUr; qu'-iiést-institué
'- '» Il.-Puisquë la.dîme est-établie dans
légitime
L'Ancien Testament ( que le. Nouveau a "Confirmé
'èn'tout),-"nbus=vÔulbn*s payérlà dîme légitimedu
grain y toutefois delà- manière convenable ?J. Nous
sômmèS'dêsôi'mais'dans.là-volonté qûe^ësprud'-
hbmmës^établis par"-urië^ commune reçoivent et
rassemblent cette dîmë; qu'ils fournisséntvau
pà'stëûf' élU^pàr^toûteUne commune dë&quoi
l'èntrétënirïlui et :Lës;:siehs' suffisamment ët: con-
venablement ,:;après£'quë la 'cômmûnë-ën aura
.cbnntiy'et'cé qûiTéstëray on doit èri user poux
;iës - .'së-trôtiverit dàns;dè
s'oUlâgér pauvres-rqui
même village/ S'il Testait encore queIquë-*chosé:>
ondoit lé réserver pour les frais dë> guerre ; d'ës-
côrte^etautrës-chosés semblables y afin dé déli-
vrer'les"-padvrês gens dé -l'impôt établi jusqu'ici
pour le paiementdë';cés frais.- S'il est arrivé, d'un
16g MÉM/OIRES
aujtre cpté,, qu'un pu plusieprs villages .ajent:,
dans \p besoin 5 vendu, jgu^- ^me, ceux qui l'ont
achetée, n'aurontrien A ^douter denous^nous.
ïious arrangerons avec eux. selon les ejrçpHs-
Jances^j afin fie les ip^éninjiser au fur ef à mesure
que nousppurrpns. Mais quanta ceux quiy,au
lieu d'avoir acquis l£:4îme:d'ju-n yijlage-paivachatj
se.la spnj. appropriée de leur propre chef, eux
ou leurs ancêjtres, nous ne leur devons rien et
nous ne leur donnerpns rien. Cette dirne sera
employée comme il est dit ci-dessus. Pour ce qui
est de la petite dîme et de la dîme du sang (du
'
bétail), nous ne l'acquitterons en aucune façon,
car Dieu le Seigneur a créé Les animaux peur être
librement à l'usage âo l'homme. Nous estimons
cette dune une dînie iljégilime, inventée par les
hommes; c'est pourquoi nous .cesserons de La
payer. »
Dans Leur III<- article, les paysans déclarent
ne plus vouloir être traités cpmine la propriété de
leurs seigneurs, « car Jésus7Çhrist,par son sang
précieux, les a rachetés tous sans exception, le
pâtre àl'égal çip l'Empereur-,>> Ils veulent être,.fi-
bres, mais seulement selon l'Écriture, c'est-àr
dire sans licence aucune et en reconnaissant
l'autorité, .car l'Évangile leur enseigne à être
humbles ej. à obéir aux puissances. « $n toutes
choses çonvçnablçs et chrétiennes. »
DE LUTHER £? 525]. 169
« IV,,ïi est cpntraire à la justice Bt a la charité,
disent-ils^ que Les : pauvres, gens n'aient aucun
droit au, gibier, aux oiseaux et; aux ppiss.ons
des, eaux courantes ; de même : qu'ils soient
obligés, de spuffrir ,nsans;.rien djre y'l'énorme
dommage que font à leurs champs, les bêtes des
forêts ;. car., : Lorsque Djeu, créa .l'hprnmeyil lui
dpnna pouvoir sur, tpus..les;animaux;,indïstinete-
mept.,» ,-r—Ils ajputept .qu'ils auront^ :conformé-
ment à L'Évangile, des égaras pour ceux- d'entre
les. seigneurs qui .ppurrpnt :prouver , -par (des
titres,,, qu'ils ,,ont;,,acheté leur, clrpij: de pêche>
mais que, pour les ; autres, ce .droit .cessera.sans
indemnité.;,, .... ;'.: .-,-...--.y>
•: y ,- y\s.T" iT "-
. V. Les bois, et,forêts _anciennement : .çommu^
naux,. qui aurpnt passé en Les maift^de tiers,,au-
treme.nt, qpe parysuite, d'une^venté, équitahlelii
doivent revenir à leur propriétaire originaire.,
qui esf La çppmune.jQliaqué habitant.doitâvoir
Le drpjjt d^prendre;.le ;bpi§ qui lui sera néces^
sajpej, au jugement des,prud'honimesV <;•;;. ^oH'i
.y;L,Ilsdemandent un allégemep^dans;Les=ser*
.yiçesquileur sont imposés.., et qui ^deviennent
de. jour en jour plus açcablans,;îls yeULent;sery
vir<<çptnmè.Leurspères, selon la parple de DJeû.; »
« VII. Que le seigneur ne demande; pascaupay- •
san.de faire gratujtenient pLus dé, services;qïi'il
n'est dit danfi l,eur,.paçte: mutuel ( veréiniguiig },
170 MÉMOIRES :

» VIII. Beaucoup de terres sont grevées d'un


yens trop élevé. Que les seigneurs acceptent l'ar-
bitrage d'homxnes irréprochables, et qu'ils dimi-
nuent le cens selon l'équité, « afin que le paj^san
ne travaille pas en vain, car tout ouvrier a droit
à son salaire. »
» TK. La justice se rend avec partialité. On éta-
blit sans cesse de nouvelles dispositions sur les
peines. Qu'on ne favorise personne-et qu'on s'en
tienne aux anciens réglemens.
)) X; Que les champs et piairies distraits des
Mens de la commune , autrement que par une
vente équitable, retournent à Ja commune.
» XI. Les droits de décès sont ré\ollansét ou-
vertement opposés à la \oîonté de Dieu, « car
c'est une spoliation des veuves et des orphe-
lins. » Qu'ils soient entièrement ""et à jamais
abolis. ' -
» XII. ... S'il se trouvait qu'un ou plusieurs
des articles qui précèdent; fût en opposition avec
l'Écriture (ce que nous ne pensons pas), nous y
renonçons d'avance. Si, au contraire, l'Écriture
nous en indiquait encore d'autres sur l'oppression
du prochain, nous lés réservons et y adhérons
également dès à présent. Que la paix de Jésus-
Clirist soit avec tous. Amen. >v J' ' : '
i Luther ne pouvait garder le silence dans cette
grande crise. Les seigneurs l'accusaient d'être le
DE LUTHER [1525]. 171

premier auteur des troubles. Les paysans se re-


commandaient de son nom, et l'invoquaient pour
arbitre,. Il ne refusa pas ce rôle dangereux. Dans
sa réponse à leurs douze.articles , il se porte
pour juge entre le prince et le peuple. Nulle part
peut-être il né s'est élevé plus haut.
'Exhortation a la paix, ert réponseaux douze
articles des paysans de la Souabe, et aussi contre
Vesprit de meurtre et de brigandage des autres pay-
sans ameutés. — « Les paysans actuellement ras-
semblés dans la;Souabé, viennent de dresser .et
dé faire répandre, par La voie de l'impression,
dpUzèc-articles qui renferment Leurs griefs contre
l'autorité^ Ce-que j'approuve le plus dans cet
écrit, c'est qu'au douzième articleils se déclarent
. prêts- à accepter toute instruction évangélique
meilleure que là leur au sujet de leurs doléances.
» EU effet y si ce sont là leurs véritables inten-
tions (et comme ils ont fait leur.déclaration à la
face.des-hommes, sans craindre là Lumière, il ne
:"Me.rconvient pas de l'interpréter autrement), il
-y a'éncorè à espérer [une bonne fin à toutes ces
c>-< -^-i;--y -., :: yj ':,--. ( ':. -
tàgitations.:-v:y;^.i-K;
-î;Cn Et moi qui suis -aussi du nombre de, ceux qui
ifont .des l'Écriture sainte, leur; étude • sur .cette
terre, 'moi i auquel.ils: s'adressent nommément
f(s'en: rapportant à. moi dans un dé leurs impri-
més:)-^; je;me -sens singulièrement enhardi, par
178 MÉMOIRES
cette déclaration de leur part à produire .aussi
mon .seritiïîïent au grand jour sur la matière en
question, conformément aux préceptes dë/La
charité, qui doit Unir .tous les hommes*: En quoi
faisant y je m'affranchirai et devant Bieu'ëtdé-
vant les hommes du reproche d'aVoir. contribué
au malpar mon silence; au cas où ceci, finirait
d'une manière funeste. y. -> --;- ÎK*\ :,yyv:-: .
-;^-3)PeUteêtré aussiïi'pntUls fait cette déclaration
que pour éh imposer y et sans doute il y en a par-
mi euxd'assez- méchàns pour cëla:, car il est im-
possible'qu'en une telle multitude, tous soient
bons cLirétiens; il est plutôt vraisemblable que
beaucoup: d'entre eux ;fpn|t servir la bpnne vo-
lonté des autres aux desseins .pervers qui Leur
sept propres. Eh bien;! is'il y a imposture dans
cette déclaration, j'annonce aux imposteurs qu'ils
ne réussiront p^as ; et que, s'ilsrxëussissaient, ce
serait àleur dam, à leur pertei éternelle.
H L'affaire dans laquelle; nous sommes engagés
•est grande et périLléufe:y elle, touche eile royaume
de Diëti-et celui de ce monde: En effet, s'il arri-
vait que cette révolte se propageât et prît le
dessus;-l'un et l'autre ^périraient, et le_gou-
vernenïent séculier et La parole de Dieu, et il
s'ensuivrait une étérrieLlié'dévastatiQn de toute
Latérri'allemande. ftestdonG Urgent, dans de si
graves'circonstances y'que nous donnions sur
DE LUTHER [1525]. 175

toutes choses notre avis librement, et saris< égard


aux personnes. ; En même temps il n'est .pas
moins nécessaire que aious devenions enfin at-
tentifs et obéissans,, que-nous cessions de boucher
nos oreilles; et nos coeurs^-ce qui, jusqu'ici, a
laissé prendre à La colèredé Dieu sonpIein;mbû>
vement, son branle lé:.plus terrible ( seùtën vol*
léiigang und sehîvanfy. Tant dé signes effrayans
qui, dans ces derniers temps, ont apparu au ciel
et sur la terre;, annoncent de,grandes" calamités-
et des- ohangéffiéns inouïs à l'Allemagne. Nous
nous en inquiétons peu, pour notre malheur';
mais Dieu n'erii poursuivra pas moins lë-cours
de ses;châtimens,..jusqu'à ce qu'il ait enfin fait
mollir.nos têtes de fer. , . . .
: »; PEEMIÈRÊ PAE^ÎË .- ^ Aux princes et seigneurs.
•—>D'abord nous rie pouvons remërciër-personnê
sur la terre de tout ce désordre et. dedé soulève-*
ment,- si ce n'est vous, princes et -seigneur^, vëus 1
surtout aveugles évêques, prêtres et mbities in-
sensés , qui, aujourd'lmi encore, endurcis- d'aUs:
votre perversité^ ne cesaezdecriércbntrë'Ië saint
Evangile y quoique; vous- sachiez qu'il est juste: et
bon et que vous- rie pouvé* riëri dire'-• Contré.
En même temps;, comme autorités séëulïèrësy
vous" êtes les bourreaux et(lés sârigsUës des? pâU^
vres gens-, -Vbûs ïnMiioIez; tout à vôtre Ittxë^ et à'
votrë'OrgUeiL effrénés 5; jusqu'à .Ceque Le peuplé
174- MÉMOIRES
ne veuille ni ne puisse vous endurer davantage.
Vous avez déjà le glaive à la gorge, et vous vous
croyez encore si fermes en selle qu'on ne puisse :
vous renverser. Vous vous casserez le col. avec;
cette sécurité impie. Je vous avais exhorté'main-
tefôisàvous garder de ce verset (psaumeOV)>
Effundit contemptum super principes il verse
le mépris sur les princes.- Vous faites tous
vos efforts pour que ces paroles s'accomplissent
sur vous, vous voulez que la massue déjà levée
tombe et vous écrase; les avis, les conseils se-
raient superflus. > . .
» Les signes de la colère de Dieu qui apparais-^
sent sur la terre et au ciel, s'adressent à vous
pourtant.-C'est vous, ce sont vos crimes que
Dieu veut punir. Si ces paysans qui vous; atta-
quent maintenant ne sont pas les ministres de sa.
volonté, d'autres le seront. Vous les- battriez;;:
que vous n'en seriez pas moins vaincus. Dieu; en
susciterait d'autres ; il veut vous frapper et il vous
frappera. ;. ..- , t. M;
» Vous comblez la mesure de vos iniquités .en
imputant cette calamité à l'Évangile et à ma dopr:
trine. Calomniez toujours. Vous.ne voulez pas"
savoir ce que j'ai enseigné et ce qu'estl'ÉvanS
gile ; if en est un autre à la porte qui vaHvousy
l'apprendre, si vous ne. vous amendez..Me mù
suis'-je pas employé de tout temps avec zèle jet
DE LUTHER [1525]. 175
ardeur à recommander au peuple l'obéissance à
l'autprité, à La vôtre même3 si tyrannique,- siin -
tolérable qu'elle fût? qui plus que moi a com-
battu la sédition ? Aussi Les prbpL^tës de meurtre
me haïssent-ilsautant que,vous. Vous, persécu-
tiez mon Évangile par tous les moyens quittaient
en vous, pendant que;,cet Évangile, faisait prier
le peuple, pour vous et qu'il aidait; à soutenir
vqtre autorité chancelante.
» En vérité, si je voulais me venger, je. Sau-
rais maintenant qu'à rire dans ma barbe et regar-
der les. paysans à l'oeuvre ; je pourraismême faire
cause commune avec eux-et envenimer la plaie.
Dieu me préserve de pareilles pensées ! C'est
pourquoi, chers seigneurs., amis pu ennemis,
ne méprisez pas mon ; Loyal secours, : quoique : je
ne sois qu'un,pauvre homme.; ne méprisez pas
non plus? cette sédition., je vous supplie : nori
pas que je, veuille dire par là -qu'ils :soient ; trop
forts contre; vous; ce n'est pas eux que je v.oûy
drais vous faire craindre y d'est DieU, c'est;: Le.
seigneur irrité. Si Celui-là veut vous punir.
( vous; ne Favèz: :que trop mérité ) y il vous, pu-
nira; et s'il n'y avait pas assez de paysans, il ehan-r
gérait Les pierres en paysans; un seul, des leurs
'
en : égorgerait" cent des vôtres : tous: tant que
vous êtes.'j ni vos cuirasses ni votre forcé ne: vous
sauveraient., r: ;;•- '';" -y ''•' "
176 MÉMOIRES
» S'il est encore un cbûséil à vous donner, éhers
seigneursy an nom de Dieu reculez un péudë-
vant la; colère que vous- voyez déchaînée; O'ri
craint, et dn évjtë l'homme ivre. Mettez'UritërÙië
à vos: exactions,. faites trêve à'Cettéâpfê tyrannie ;
traitez les paysans eotaûïë: l-'hbtrimê' sensé traite
les*gensivres ou ëri' démence. N'engagez pas' de
lutte-avec eux, vous rie pouvez savoir'cdtnmênt
cela finira. Employez d'abord la douceur, de
peur qu'une faible étincelle, gagnant tout au-
tour', n'aille allumer,: par tbù-të l'Alîënïàgnëy
un incendie rien ' rfétëiudra'ifr. Vous' rie
que
perdrez^rïen par la dôU'èëUr, et quand même
vous y perdriez quelque peu, la paix 'v'buéi eri
au Dans la 1
dédommagerait centuple. guerre,
vous pouvez vous engloutir et vbusperdrë^cbrps
etbiensy.Les paysans ont dressé douze articles
dont quelques-uns contiennent dêsvdêïriandês\
si équitables; qu'elles VPus déshonorent devant
Dieu et les hommes-, et qu'elles- réalisent le
psaume CVÏÏiy car elles eouvrentlés princes de
;::i '• ' :'- ,:::::•.'
mépris.--
. vf Moi, j'aurais bien d'autfësar'tïcîes et déplus
importanspeut-être à dresser' contré vôusysur Lé
gouvernement de L'Allem'âgriey ainsi qUe je. l'ai
faitdanàmon livre A la nô&lesse 1allêmWute^lMmÈ
mes paroles ont été pour vous comme le vent ©fi
L'air, et c'est pour cela qu'il vous faut mairitënant
DE LUTHER [1525]. 177

essuyer toutes ces réclamations d'intérêts parti-


culiers.
» Quant aux premiers articles, vous ne pouvez
leur refuser la libre élection de leurs pasteurs. Ils
veulent qu'on leur prêche l'Évangile. L'autorité
ne peut ni ne doit y mettre d'empêchement,
elle doit même permettre à chacun d'enseigner
et de croire ce qui bon lui semblera, que ce soit
Evangile ou mensonge. C'est assez qu'elle défende
de prêcher le trouble et la révolte.
» Les autres articles, qui touchent l'état ma-
tériel des paysans , droits de décès, augmenta-
tion des services, etc., sont également justes.
Car l'autorité n'est point instituée pour son pro-
pre intérêt ni pour faire servir les sujets à l'as-
souvissement de ses caprices et de ses mauvaises
passions, mais bien pour l'intérêt du peuple.
Or, on ne peut supporter si long-temps vos
criantes exactions. A quoi servirait-il au paysan
de voir son champ rapporter autant de florins
que d'herbes et de grains de blé, si son seigneur
Le dépouillait dans la même mesure, et dissipait,
comme paille, l'argent qu'il en aurait tiré, L'em-
ployant en habits, châteaux et bombances ? Ce
qu'il faudrait faire avant tput ,'ce serait de cou-
per court à tout ce Luxé et de boucher Les trous
par où L'argent s'en va, dé façon qu'il en restât
quelque peu dans la poche du paysan.
r. 12
178 MÉMOIRES
» DEUXIÈME PARTIE. — Aux Paysans. — Jus-

qu'ici chers amis, vous n'avez vu qu'une chose :


j'ai reconnu que Les princes et seigneurs qui dé-
fendent de prêcher l'Évangile, et qui chargent
les peuples de fardeaux intolérables, ont bien
mérité que Dieu les précipitât du siège, car ils
pèchent contre Dieu et les hommes, ils sont
sans excuse. Néanmoins c'est à vous de conduire*
votre entreprise avec conscience et justice. Si
vous avez de la conscience, Dieu vous assistera :
quand même vous succomberiez pour le moment,
vous triomplieriez à la fin; ceux de vous qui
périraient dans le combat, seraient sauvés. Maïs
si vous avez la justice et la conscience contre vous,
vous succomberez, et quand même vous ne suc-
comberiez pas, quand même vous tueriez tous Les
princes, votre corps et votre âme n'en seraient
pas moins éternellement perdus. Il n'y a donc
pas à plaisanter ici. Il y va de votre corps et de
votre vie à jamais. Ce -qu'il-vous faut considérer,
ce n'est pas votre force et le tort de vos adver-
saires, il faut voir surtout, si ce que vous faites
est selon la justice et la conscience.
» N'en croyez donc pas, j e vous prie ; Les pro-
phètes dé meurtre que Satan à suscités parmi
vous, et qui viennent de Lui, quoiqu'ils invoquent
le, sainfc-nom de FÉyangile. Ils me haïront; à
cause du conseil que jéovous donne, ils m'àp-
DE LUTHER [1525]. 179

pelleront hypocrite,- mais cela ne me.touelie


point. Ce que je désire, c'est dé sauver de la
colère de Dieu les bonnes .et honnêtes gens qui
sont parmi vous; je ne craindrai pas; les autres -,
qu'il me méprisent ou non. J'en connais tin qui
est plus fort : qu'eux tous, et celui-là m'enseigne
par le psaume IH de faire ce que je. fais.; Les cent
mille ne me font pas peur—.
» Vous invoquez le, nom de Dieu et vous pré-
tendez agir d'après sa parole ; n'oubliez donc pas
avant tout que Dieu punit celui qui invoque son
nom en vain. Craignez sa colère. Qu'êtes-vous,
et qu'est-ce que le monde? Oubliez-vous qu'il
est le Dieu tout-puissant et terrible, le Dieu du
déluge, celui qui a foudroyé Sodome ? Or il est
facile de voir que vous ne faites pas honneur à
son nom. Dieu ne dit-il pas :-. Qui prend l'épée
périra par L'épée ? Et saint Paul : Que toute
âme soit soumise à. l'autorité en tout respect et
honneur? Commentpouvez-vous, après^ ces en-
seignemens, prétendre encore, que vous agissez
d'après l'Évangile ? Prenez-y garde, un jugement
tei'rible vous attend. ..... ,;
» Mais, dites-vous, l'autorité estmauvaise,
intolérable, elle ne veut:pas nous laisser l'Evan-
gile , elle nous accable de chargés'hors de toute
mesure, elle nous perd de corps et d'âme. A.cela
je réponds que la méchanceté. et l'injustice de
180 MÉMOIRES
l'autorité n'excusent pas la révolte, car il ne
convient pas à tout homme de punir les méchans.
En outre le droit naturel dit que nul ne doit
être juge en sa propre cause, ni se venger lui-
même^ car le proverbe dit vrai : Frapper qui
frappe, ne vaut. Le droit divin nous enseigne
même chose : La vengeance m'appartient, dit le
Seigneur, c'est moi qui veux juger. Votre entre-
prise est donc contraire non-seulement au droit,
selon la Bible et l'Évangile, mais aussi au droit
naturel et à la simple équité. Vous ne pouvez y
persister à moins de prouver que vous y êtes
appelés par un nouveau commandementdeDieu,
tout particulier et confirmé par des miracles.
» Vous voyez là paille dans l'oeil de l'autorité,
mais vous ne voyez pas la poutre qui est dans le
vôtre. L'autorité est injuste en ce qu'elle inter-
dit l'Évangile et qu'elle vous accable de charges ;
mais combien êtes-vous plus injustes, vous quiy
non contens d'interdire la parole de Dieu; La
foulez aux pieds, vous qui vous arrogez le pou-
voir réservé à Dieu seul? D'un autre côté,qui
est le plus grand voleur (je vous en fais juge)
de celui qui prend une partie ou de celui qui
prend le tout? Or l'autorité vous prend injus-
tement votre bien, mais vous lui prenez à elle
non-seulement le bien , mais aussi le corps et la
vie. Vous assurez bien, il est vrai, que vous lui
DE LUTHER [1525]. 1.81
laisserez quelque chose ; qui vous en croiràFlVoUs
lui avez pris Le pouvoir; qui prend le tout rie
craint pas de prendre aussi la partie ; quand ,1e
loup mange là brebis/ il en,-mangé bien-aussi
Les-oreilles..' ..'-J-V -, ....:-'": • -; -. ::.-.',;;W ^i:z<y ce--
.--.» Et coinment né voyez-vous donc;pas,.nies
amis, que si votre doctrine était vraie; il n'y au-;
rait plus sur la: terre ni autorité, iii ordre, ; ni
justice d'aucune espèce? Chacun serait son juge
à soi; l'on né verrait que meurtre ^désolation
et brigandage. :.-• :-.-••., .>-.h., :.,,--...y:--
M Que feriez-vous jSi dans votre troupe, cha-
cun voulait également être indépendant,:se faire
justice ; se vëngeflui^même ?.Le sbuffririèzsvous?
Ne diriëz-vous pas que c'est àUxr supérieurs? dé
> y -:-:>,-;. ,..-::r:o à t.r>-n
juger? ,yy.'.n> ri':'1:.:
» Telle est la loi que doivent obseryer même les
païens, les Turcs et dès juifs 1,: s'il doit y avoir or-
dre etpaix sur IatefréiLoind'être chrétiens, vous
êtes donc pires que les païens et lès.-Turcs; Que
dira; Jésus-Christ en; voyant son nom "ainsi pro,-*
fané.par VOUS;?.: ::;y:5 ,:-.y.>- i;'! ::"::.;> >,';;.::,'; ':' V'i'.;
.-•' » Chers.amîss, jescrainsisforï que Satan .n'ait
envoyé parmi vous des prophètes de meurtre
qui convoitentd'empiré de'ce monde et qui pen--
sënty arriver par vous; sans s'inquiéter despèriis
et. tettiperels; et spirituêLs, ;dans ;lesquels ils: vous
précipitent. .-:' , , :y =-.:.---; .i
182 MÉMOIRES
,Ï» Mais'passons maintenant au droit évangéli-
que.i Celui-ci ne lie pas Les païens comme Le
droit dont;nous venons déparier. Jésus-Christ,
dont;vous tirez le noni des chrétiens, ne dit-il
pas (saint Mathieu, V) : Ne résistez pas à celui
qui vous fait du mai ;.si quelqu'un te frappe à la
joue droite; présente aussi L'autre... L'entendez-
vous, chrétiens rassemblés ? Comment faites-vous
rimer votre conduite avec ce précepte? Sùvous
ne savez'pas souffrir, comme le demandé notre
Seigneur, dépouillez vite son nom, vous'-n'en
êtesjpas.dignes ; ou il va tout-à-Fheure vousFar-
racher lui-même. ... : ..-:
'
.:"»;(-Suivëri't: d'autres versets de l'Evangile: sur
la. douceur ; chrétienne).Souffrir, souffrir,- la
croix, Lacroix, voilà la loi qu'enseigne le Christ,
il n'y en^a point d'autres... : „.
» Eh!;mes'amis ; si vous faites dételles çLaosès,'
quand, doncten viendrez-vous à cet autrëpréçèpte
qui vous commande d'aimer vos ennemis et de
leur fàiréduinen?... Oh ! plût à Dieu que Làplu-
part d'entre nous fussent avant tout de 'bpnsyet
pieux païens qui observassent la loi naturelle !
)) Pour vous montrer jusqu'où vos prophètes
vous ont égarés, je n'ai qu'à vous rappeler quel-
quesiexeniples qui mettent ren lumièrëia Ipi^de
1 Jésus-Christ et saint-Pierre
l'Évangile. Regardez
dans le jardin de Gézémaneh. Saint Pierre -ne
DE LUTHER [1525]. t85

croyau>ïl pas faire une bonne action en défen-


dant son maître et seigneur^ contre ceux qui
venaient pour le livrer aux bourreaux? Et cepen-
dant vous savez que Jésus-Christ le réprimanda
comme un meurtrier pour avoir résisté l'épée à
la main. ' ' ;
v
» Autre exemple : Jésus-Christ lui-même atta-
ché à la croix, que fait-il? Ne prie-t-il pas pour
ses persécuteurs, ne, dit-il pas : O mon père,
pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font !
Et Jésus - Christ" ne fut-il pas cependant glo-
rifié après avoir souffert, son royaume n'a-^t-il.
pas prévalu et triomphé ? De même Dieu, vous
aiderait, si vous saviez souffrir comme il le -de^.
mande. -:'.'...
J>Pour prendre un exemple dans Le temps
même où nous vivons , comment s'est-il fait que
ni l'Empereur ni le pape n'aient pu rien contre
moi? plus ils ont fait d'efforts.pouriarrêter;et dé-
truire l'Évangile, plus celui-ci a gagné et pris
force? Je n'ai point tiré l'épée, je n'ai point fait
de révolte; j'ai toujours prêché L'obéissance à
L'autorité, même à celle qui me persécutait; je;
m'en reposais toujours sur Dieu, je remettais
tout entre ses mains. C'est pour cela, qu'endé-
pit du pape et des tyrans, il m'a non-seulement
conservé la vie, ce qui déjà était un miracle,
mais il a aussi de plus en plus avancé et répandu"
184 MÉMOIRES
mon Évangile. Et voilà que maintenant, pensant
servir l'Evangile, vous vous jetez en travers. Eii
vérité, vous lui portez le coup le plus terrible
dans l'esprit des hommes, vous l'écrasez pour
ainsi dire par vos perverses et folles entreprises,
» Je vous dis tout ceci, chers amis, pour vous
montrer combien vous profanez le nom du Christ
et de sa sainte loi. Quelque justes que puissent
être vos demandes, il ne convient pas au chrétien,
de combattre ni d'employer la violence.: nous
devons souffrir l'injustice, telle est notre loi
(I. Corinth. VI). Je vous le répète donc, agissez
en cette occurrence comme vous voudrez, mais
laissez là le nom du Christ, et n'en faites pas.
honteusement le prétextent le manteau de votre
conduite impie. Je ne le permettrai pas., je ne
le tolérerai pas, je vous arracherai ce nom par
tous les efforts dont je suis capable, jusqu'à La,
dernière goutte de mon sang...
» Non que je veuille par là justifier l'autorité ^
ses torts sont immenses^ je l'avoue; mais ce que
je veux, c'est que, s'il faut malheureusement
(Dieu veuille nous l'épargner'.), s'il faut, dis-je,
que vous en veniez aux mains, on n'appelle,
chrétiens ni l'un ni l'autre parti. Ce sera une
guerre de païens et point autre, car les chrétiens.
ne combattent pas avec Les épées ni les arque-
buses, mais avec la croix et la patience, de même.
DE LUTHER [1525]. 185

que leur général Jésus-Cîarist ne manie pas


l'épée, mais se laisse attacher à la croix. Leur
triomphe ne consiste pas dans La domination et
le pouvoir, mais dans la soumission et l'humi-
lité. Les armes de notre chevalerie n'ont pas
d'efficacité corporelle, leur force est dans le
Très-Haut,
» Intitulez-vous donc ; gens qui veulent suivre
la nature et ne pas supporter le mal ; voilà de
nom qui vous convient ; si vous ne le prenez pas,
mais que vous persistiez à garder et prononcer
sans cesse celui du Christ, je ne pourrai que vous
regarder comme mes ennemis et comme ceux: de
L'Évangile, à L'égal du pape et de L'Empereur.
Or, sachez que dans ce cas, je suis décidé à m'en
remettre entièrement à Dieu> et à l'implorer pour
qu'il vous éclaire, qu'iLsoit contre vous et vous
fasse échouer. A
» J'y risquerai ma tête, comme j'ai fait contre
le pape et l'Empereur, car je vois-clairement
que Le diable n'ayant pu venir à bout de moi par
eux, veut m'exterminer et me dévorer par. Les
prophètes de meurtre qui sont parmi vous.. Eh
bien, qu'il me dévore : un tel morceau ne sera
pas de facile digestion.
» Toutefois, chers amis, je vous supplie
humblement et comme un ami qui veut, votre
bien, d'y bien penser avant d'aller plus loin, et do
186 MÉMOIRES ,
me dispenser de combattre et de prier confie
vous, quoique je ne sois moi-même qu'un pau-
vre pécheur; je sais pourtant que dans ce cas
j'aurais tellement raison, que Dieu écouterait
immanquablement mes prières. Il nous a en-
seigné lui-même, dans le'saint Pater noster,a
demander que son nom soit sanctifié sur la terre
comme au ciel. 11 est impossible que vbus ayez,
de votre côté, la même confiance en Dieu; car
l'Écriture et votre conscience vous condamnent
et vous disent que vous agissez en païens, eh
ennemis- de l'Évangile. Si vous étiez chrétiens,
vous n'agiriez pas du poing et de l'épée ; vous
diriez , Délivre-nous du mal, et, Que ta volonté
soit faite (suivent des versets qui expriment cette
pensée). Mais vous voulez être vous-mêmes votre
Dieu et votre Sauveur ; le vrai Dieu, le vrai Sau-
veur vous abandonne donc. Les demandes que
vous avez: dressées ne sont pas contraires au
droit naturel et à l'équité; pair leur teneur même,
mais par ia violence avec laquelle vous les voulez
arracher à l'autorité. Aussi celui qui les a dres-
sées-n'est pas un homme pieux et sincère ; il a
cité grârid "nombre de chapitres de L'Écriture,
sans écrire les versets mêmes , afin de rendre
votre entreprise spécieuse, de vous séduire et de
vous jeter dans les périls. Quand onlities cha-
pitres qu'il a désignés,- on n'y voit pas grand'
• DE LUTHER [1525]. f-8l

chose sur votre • entreprise -, on y trouve plutôt


le contraire, à savoir -, que l'on doit vivre et agir
chrétiennement. Ce sera, je pense, un prophète
séditieux qui aura voulu attaquer l'Evangile par
vous; Dieu veuille lui résister et vous garder de
" :-„;;.::
lui. r'. -"'.-'"
» En premier lieu, vous vous glorifiez y dans
votre préface, de né demander qU-à vivre selon
l'Évangile. Mais n'avbuez-vôUs pas vous-mêmes
que vous êtes en révolte ? Et comment y je vous
le: demande -, avez- vous l'audace de colorer- -Une
conduite'du saint nom de - -
pareille l'Évangile?
. ;« Vous citez en exemple lés enfans d'ïsfâël. Vbris
dites que Dieu entendit les cris qû'iispoussaient
vers lui,, et qu'il les délivra, PoUrqUÔi-dorie né
suivez-vous pas cet exemple dont vous vbus: glo-
rifiez ? Invoquez Dieu, .comme ils-bnt fait, et at-
tendez . qu'il : vous envoie' aussi Un >Moïsé; qui
prouvé, sa: riiissïon'pardes miracles; Les enfâns
d'Israël ne: s'ameutèrent point contre d?harâbri;
ils; ne,s'aidèrent point ëux-mêriies Comme vous
avezdessein defaire.rCetexemple ¥ùusest donc
directement contraire y et vous damnëaulieU de
'~
vôas.fsauver. yy-.':r.:i . ;-': A ...-;=: liU-J- ;-.: ;-- ..
:»;ÏI n'est pas vrai non plus; que !Vps «articles,
comme vous l'annoncez-dans votre préfacé y en-
seigrient l'Évangile et lui soient^coriformêSi-Yén-
a-trïLun seul suries dbuzeyqui renféraié'quelque
188 MÉMOIRES

point de doctrine évangélique ? N'ont-ils pas


tous uniquement pour objet d'affranchir vos
personnes et vos biens? Ne traitent-ils pas tous
de choses temporelles ? Vous, vous convoitez le.
pouvOirret les biens de la terre, vous ne voulez
souffrir aucun tort ; l'Évangile , au contraire,
n'a Uul spuci de ces choses, et place la vie exté-
rieure dans la souffrance, l'injustice, la croix, la
palierice et le mépris de la vie, comme de toute
affaire de ce monde.
» IL faut donc ou que vous abandonniez votre
entreprise, et que vous consentiez à souffrir Les
torts, si voUs voulez porter le nom de chrétiens ;
ou bien, si vous persistez dans vos résolutions',.-
il faut que vous dépouilliez ce nom et que vous
en preniez un autre. Choisissez, point de milieu.
MVous dites qUe l'on empêche L'Évangiledè par-
venir jusqu'à vous ; je vous réponds qu'il n'y a
-aucune puissance ni sUr ia terre ni au ciel, qui
puisse faire cela. Une doctrine publique rnarçhe
libre sous.Le ciel, ellen^estliéeàaucunendroit:;
aussi ped,que l'étoile qui, traversant.Les airs,
annonçait aux sages de L'Orient La naissance de
Jésus-Clirist... Si l'on interdit l'Évangile:dans la
ville ou le-village où vous êtes, suivez-|é.ailleurs
où on.Ie'prêche... Jésus-Christ a dit (saint Matr
,tliieu,X) >-« S'ils vous cLiassent d'une ville, fuyez
daijs une,autre. » Il ne. dit point : « S'ils veulent
DE LUTHER [1525]. 189
vous chasser d'une ville, restez-y, attroupez-vous
contre les seigneurs, au nom de l'Évangile, et
rendez-vous maîtres de la ville. » Qu'est-ce donc
que ces chrétiens qui, au nom de l'Évangile, se
font brigands, voleurs ? Osent -ils bien se dire
évangéliques ?
» Réponse au Ier article. — Si l'autorité ne
veut pas de bon gré entretenir le pasteur qui
convient à la commune, il faut, dit Luther,
que celle-ci le fasse à ses propres frais. Si l'auto-
rité ne veut pas tolérer ce pasteur, que les fidèles
le suivent dans une autre commune.
«Réponse à l'article II.—Vous voulez disposer
d'une dîme qui n'est pas à vous : ce serait une
spoliation, un brigandage. Si vous voulez faire
du bien , faites-le du vôtre et non de ce qui est à
autrui. Dieu ditparlsaïe : « Je déteste l'offrande
qui vient du vol. »
« Réponse à l'article III. —Vous voulez appli-
quer à la chair la liberté chrétienne enseignée
par l'Évangile. Abraham et les autres patriarches,
ainsi que les prophètes, n'ont-ils pas aussi eu
des serfs? Lisez saint Paul, l'empire de ce
monde ne peut subsister sans L'inégalité des
personnes.
M Aux huit derniers articles.—Quant à vos ar-
ticles sur le gibier, le bois, les services, le
cens, etc.. je les renvoie aux hommes de loi ; il ne
190 MEMOIRES
me convient pas d'en juger, mais je vous répète
que le chrétien est un martyr, et qu'il n'a nul
souci de. toutes ces choses ; cessez donc de parler
du droit chrétien, et dites plutôt que c'est le
droit humain, le droit naturel que vous reven-
diquez, car le droit chrétien vous commande de
souffrir en ces choses , et de ne vous plaindre
qu'à Dieu.
» Chers amis, voilà l'instruction que j'ai à
vous donner en réponse à la demande que vous
m'avez faite. Dieu veuille que vous soyez fidèles
à votre promesse, de vous laisser guider selon
l'Écriture. Ne criez pas tous d'abord : LUther
est un flatteur des princes, il parlé contre
l'Évangile. Mais lisez auparavant, et voyez si
tout ce que je dis n'est pas fondé sur la parole de
Dieu»
» Exhortation aux deux partis. — Puis donc,
mes amis, que ni les uns ni les autres, vous ne
défendez une chose chrétienne, mais que les
deux partis agissent également contre Dieu,
renoncez, je vous supplie, à la violence. Autre-
ment vous couvrirez toute l'Allemagne d'un car-
nage horrible, et cela n'aura pas de fin. Car
comme vous êtes également dans l'injustice3
vpus vous perdrez mutuellement, et Dieu frap-
pera unanéchant par l'autre.
» Vous;, seigneurs, vous avez contre vous FÉ-
DE LUTHER' [1525]. 191

criture et l'histoire , qui vous enseignent, que-.la


a toujours été punie. Vous êtes vous-
tyrannie
mêmes des tyrans et des bourreaux, vous inter-
disez l'Évangile. Vous n'avez ; donc nul espoir
au sort qui jusqu'ici a frappé vos
d'échapper
Voyez tous ces empires des Assyriens,
pareils.
des Perses, des Grecs, des Romains, ils ont tous
péri'par le glaive, après avoir .-commencé; par-'le
glaive. Dieu voulait prouver que c'est lui qui .est
juge de la terre, et que nulle injustice ne reste
impunie. , -;•• . ; ;;< .
» Vous, paysans, vous avez de,.même contre
vous l'Écriture et l'expérience,.Jamais la. révolté
n'a eu une bonne fin, et Dieu a:sévèrement
pourvu à ce que cette parole ne fût pas tronir-
peuse : Qui prend l'épée périra par L'épée< Quand
même vous vaincriez tous Les nobles, vainqueurs
des nobles, vous vous déchireriez entre vous
comme les bêtes féroces. L'esprit ne régnant pas
sur vous, mais seulement la. chair et 1g .sang,
Dieu ne tarderait pas à envoyerun ; niauyais
esprit, un esprit destructeur,. comme, il fit;;à
Sichem et à son roi,,.. ;:,:;;' '::\'.^:iù o';
» Ce qui me, pénètre de .douleur et de: pitié (et
plût au ciel que la ehpsepût être rachetée de ma
vie!) ce sont deux malheurs irréparables qui vont
fondre sur l'un et L'autre parti. D'abord, comme
vous combattez tous pour L'injustice, il estim*
192 MEMOIRES

manquable que ceux qui périront dans la lutte


seront éternellement perdus corps et âme ; car
ils mourront dans leurs péchés, sans repentir,
sans secours de la grâce. L'autre malheur c'est
que l'Allemagne sera dévastée; un tel carnage
Une fois commencé, il ne cessera pas avant que
tout soit détruit. Le combat s'engage aisément,
mais il n'est pas en notre pouvoir de l'arrêter. In-
sensés, que vous ont-ils donc fait, ces enfans,
ces femmes, ces vieillards, que vous entraînez dans
votre perte, pour que vous remplissiez le pays de
sang, de brigandage, pour que vous fassiez tant
de veuves et d'orphelins?
»Oh ! Satanse réjouitIDieu est dans son cour-
roux le plus terrible, et il menace de le lâcher
contre nous. Prenez-y garde, chers amis, il y
va-des uns comme des autres. A quoi vous ser-
vira-t-il. de vous damner éternellement et de
gaîté de coeur, et de laisser après vous un pays
ensanglanté et désert ?
» C'estpourquoi mon conseil serait de choisir
quelques comtes et seigneurs parmi la noblesse,
de choisir également quelques conseillers dans
les villes, et de Les laisser accorder les affaires à
'
l'amiable. Vous, seigneurs, si vous m'écoutez, •
vous renoncerez à cet orgueil outrageant qu'il
vous faudrait bien dépouiller à la fin ; vous adou-
cirez votre tyrannie, de sorte que le pauvre
DE LUTHER [1525]. 195
homme puisse avoir aussi un peu d'àisé. Vous:,
paysans, vous céderez de votre côté, et vous
abandonnerez quelques-uns de vos articles qui
vont trop loin. De cette manière, les affairés
n'auront pas été traitées selon l'Évangile, mais
du moins accordées Conformément au droit liu-
" ;"-; "' ' - ''
m'ain.r.';.-.'; -''<;y": ,;/!""-;l
»'Si vous ne suiviez pas un seriiblablë conseil
(ce qu'à Dieu rie plaise)^ je Uepourrai vous ériïpê-
cher d'en venir aux mains. Mais je serai innocent
de la perte de vos âmes, de votre sang, dé votre
bien. C'est sur VOUs que pèseront vos péchés. Je
vous L'ai déjà dit, ce n'est pas Un cônibardé
chrétiens contre chrétiens, mais de tyrans 1,
d'oppresséursy contre des brigands, des profana-
teurs du nom de l'Évangile: Ceux qUi•; périront
seront éternellement damnés. Pour moi, je prie-
rai Dieu avec les mieUs, afin qu'il vous réconcilie
et vous empêche d'en venir où vous voulez. Néan-
moins, je ne puis vous cacher que les signes ter-
ribles qui-'se.sont fait voir dans'-. ces;derniers
temps, attristentmon âmeet mé.font craindre que
la colère de DieU rie soit: trop allumée, et qu'il-ne
. - dise epmmerdans; Jérëmie;:..QUandiinêmeNôé^
Job et Daniel, se plàcëraienti devant ce peuple,
je.n'aurais pas d'entraillesipour LuiuDieù veuille
que : vous, craigniez.sa colère et que vous vous
amendiez ; afin que f là calamité smt ' ' auimôins
i. ,'-:'' - :"^-.Ji ' .ia-^-y-.
194 MÉMOIRES
différée! Tels sont Lès'-conseils que je vous
donne : en chrétien et en frère ; ma fconscïèn'cë
m'en est témoin, Dieu fasse qtfils pôrSént fruit.
- - "' '<--—'
Âmen:/; »-';' 7-:" -'--y-

Le, caractère biographique de cet ouvrage et


les proportions dans lesquelles nous devons le
resserrer, ne nous permettent pas d'entrérdans
L'histoire de cette Jacquerie allemande s(:yoyéz~
toutefois nos Âdditions,etiÉclaircisseniens)])Nous:
nous contenterons ici de rapporter la sanguinaire
proclamation du docteur. Thomas Mûnzèr, chef
des paysans de Thuringe ; elleiforriië un; singu-
lier contraste avec Le ton de modération; ietj de
douceur qu'on a pu.-remarquer daiis; les'Dquzè
articles que nous avons:donnés plus haut : y^i-y

« La vraie,çraintè;dç Dieu ayant tolit.^ \''ii':l. uyy

« Chers frère&,:jusqifàquandd©rmiréz-vôMï?
Désobéirez-vous toujoursàlavoionté^dë Dïëùy
parce que, bornés comme vous-êïësy^bùs'yïras
croyez abandonriës ^Quë defbîs vous ai ^ëïéy
pété mes enseignëmens liDiêu në-pêUtSë^étéi::
1er 'plus - -H-:.faUt "que- vbùs teniez
long lëmpsv
ferme. 'Sinon, Leïsaçrificè^ylesMbuiëiH^y-tbut;
aura été en' vaîn.iV;pus îTeeomm'encérëzfalors
à souffrir, je voUsdb.prédiS; II faut ou; souffrir
DE LUTHER [i-525]. 195

pour la cause de Dieu, ou devenir le martyr


du diable. '"' ; - ;
M Tenez donc ferme, résistez à La peur et à La
paresser, cessezderflâtter les rêveurs dévoyés du
chemin; et-'ies.scélérats impies.;Levezrvbus, et
combattez. Le Combat du Seigneur. Le-temps
presse. Faites respecter -à vp.y frères le témoi-
gnage de Dieu ; autrement ; tous périront. L'Al-
lemagne, 'la France;, l'Italie s sont tout entières
soulevées ; Le paître veut jouer son jeu ';. l'heure
desméchâns est venue..-.. ,V,'.-'• •-.-. ;: - . -
» A Fulde.quatre.-églises deiïl'évêché.ont été
saccagées; La;semaine sainte; "Iesr.'paysans de
Elégen en rHégau, et Céus'de La OEoret-Noire y se
sontievés au uombrê de; trois: cent mille;; LeUr
masségrossitchaque jour,. Toutéiriacrainte, c'est
queces insensés né dorinentdans Un pactetroni-
peur, dontilsneprévotentpâsléssîiibes désastreu-
ses. Vous nenserie? que îroisymais corifians en
Dieu, cherchaitt csbn^nonneurflet saigloireyqué
cent milierentiémis«ë voûs-feraientpàspëUiSï; ;
» Sus, sus, sus I (drkn,drahpdràn!yil est temps;
les méchans tremblent. Soyez saris pitié, quand
même.Esaù.v.bnsdonnëraît dé belles pâÈplës;(©e-
nèse, XXXIII); -n'écoutez pas Les gémisàemensdès
impies .;rilsL5îousisuppLiëront bien, tendrement.^ ils
pleureront scommeies jenfansj sien soyez.pastôu^
chës l Dieu; défenditàrMoïsèdëïFèfcré; ( Deuï; VII),
Î9G MÉMOIRES

et il nous a révélé la même défense. Soulevez les


villes et les villages, surtout les mineurs des
montagnes... . ^
» Sus, sus, sus ! (dran, dran, dran !) pendant
que le feu chauffe ; que-le glaive tiède de. sang
n'ait pas le temps de refroidir. Forgez. Nemrod
sur l'enclume, pinkpank, tuez tout dans la tour;
tant que ceux-là vivront,, vous ne serez jamais
délivrés delà crainte des hommes. On ne:peut
vous parler de Dieu, tant qu'ils régnent sur vous.
» Sus, sus, sus ! (dran, dran, dranï) pendant
qu'il fait jour; Dieu vous précède; suivez. Toute
cette histoire est décrite et expliquée dans saint
Mathieu, chapitre XXIV. N'ayez donc peur.
Dieu est avec vous, comme il est dit, chapitre II,
paragraphe %. Dieu vous dit de ne rien craindre.
N'ayezpeur du nombre. Ce n'est pas votre com-
bat, c'est celui du Seigneur, ce n'est pas vous
qni corilbaltez. Soyez hardis., et vous éprouverez
la puissance du secours.d'en haut. Amen. Donné
à Mùlhausen, en, i5z5. Thomas MTOSZER, servi-
teur de Dieu contre lesimpiës. J> .-.-

Dans,prié lettre à l'électeur Frédéric etauduc


Jean, Luther se comparé à Mùnzer... « Moiy-je
ne suisqu'tiri pauvre homme; j'ai commencémon
entreprise avec crainte et tremblement ; ainsi fit
saint Paul (il l'avoue lui-même, Cor. I, 3-6),
DE LUTHER [1525]. 197

lui qui, cependant pouvait se glorifier d'enten-


dre une voix céleste; Moi je n'entendspas dé
telles voix:;,:'et jef-rié suis pas soutenu del'Esprit.
Avec quels -humblëâ ménagëriièns - :at-
ri'ai-jë; pas
taqué le pape '.-quels n'ont pas été nies combats
contre moi-même ! quelles supplication^ -n'ai-
je pas faites à Dieu 1 mon premier écrit en fait foi.
Cependant :j'ai faitavec ce pauvre esprit ce que h'à
pas encore osé- ce terrible esprit,croqûè^mondè
(weltfréssërgeist), qui du haut dèsbri sôlëiL'ribUs
à dés'irisëctës' 1:' J'ai dis-
regardé péirië.'coniriie
puté à Leipzig, entoure du péûpie^lë plùshbstilè.
J'aicornparuà ÀugsboUrgdevant riionplus grand
" 7
ennemi. J'ai tenu à WbrmS devant César et tôûï
FÈmpiré y qribiqUé: je. susse bien que mon saùfi-
conduit était .rompu et que l'astUcë et La: tra-.
hiSPn^m'attendaient.;:':-;;Mi;-'; •'-"'- :; c'-; '"';'4
» Quelque faible ét-pauvrë qUë jefussé^àîor s 's;
mbn coeur mè disait pôUrtànt qu'il fallait eritiér-
daris; Wbrriïs, dusse y e~f- trouver 5-autantde dia-
bles-quejdë tuilesUsûrles :toitsyv-IL m'a' fallût
5 '
dansriibncoiii, -dispUtér-saris relâché, que" ce
fûtScbritrë ûriyrcbritrèdëUx,'^ôritré trois, h'irri-'
porté'/.5de qUêlquë-iaeon- qû'ôry le dëriiàridàt.
Fàibleêt pauvred'esprityj'ai dû'pôùrtanfréstër

1 Miuiz.érlrserefusait a'ïdutéVcôntrovci-sé privée pu tenue de-.


'"
Vâht-uncàSsèmblëe"=.qut'né"'lui'fât;p^s'fàvoiy}lé..' ';"'
198 MÉMOIRES
à moi-même, comme;la; fleur.des champs; je
ne pouvais choisir ni l'adversaire,, ni le temps,
ni le lieu, ni le mode,- pi la mesure de L'atla-
que:;^j'aidû meyenir prêt:à çépondre à tout le
monde^epmpjg.l'enseigneL'apPtië (saint Pierre,
Ep.,I ,.3^ï5); . yAkujy '.m.,:-
» Et; çëp esprit qui est élevé. aUrdessus de nous
autant que.Le soleil l'est -au-dessus de La teire,
cestesprit qui:nous regarde à peine comme des
insectes [et, des vermisseaux,, il lui faut une assem-
blée toute ;compo.sé%dë gçns favorables et sûrs
desqupls;.il:n'ait rien; à; craindre', et il refuse de
répondre à deux ou ,,trois;, itënans rqui Fini erro-
geraientàpart... C'est,qué.npusjii'a-sons de force
que, celle,:queyJésus^Christ,;npus donne; s'il
nous livre à-nous-mêmes:) Le.sbriuit d'une feuille
peut nous faire trembler;.;?s?iL;nous soutient,
notre, esprit,sent bien en-soi :la'ipuissance et la
gloire.dU;,§eigneur...-|e;rSuiSsforcé de me vanter
moi-même,jquelquevfolieûqu^Jr y .ait en cela;
saint Paul y,fut Lwien coritraintfiaussi (Cor. II,
m'en aibstièndrais 1 si je le
il-.16); je volontiers,,
pouvais en.. présence deiceg, esprits de mensonge.«
Immédiatement; après^laadéfaite=des paysans,
MéLanchtpn publia une:^pejtitë bisjtoire de Mùn»
zer. Il est inutile de dire que ce récit est singu-
lièrement défavorable aux vaincus. L'auteur as-
sure que Mûnzer, réfugié à Frankcnliausen, se
DE LUTHER- [;1525]. 19?
cacha dans un lit, et .fit le malade... anais^unca-r
yalier.le trouva, et son portefeuille Le fît reconn
naître,,.. ,.' ,-..'.-,-,,..,...:-.<.- -y\nc,vc\x -fy., .'.--'j
« Quand, qn lui serra Les.imenGftes^.il -poussa
des cris,; à cette.pcçasipn Le.jiuc Georges s'avisa
de lui. dire. : «. Tu souffres, T;hpmasSrjnMS,i.Ls:pnt
souffer| davantage.auj.ourdjhui $ les, pauvres g'eng
qu'on. a tués,- etc^est,toi quites^avais. cgojigsés là ; {ft
« .Ils né LJpnt;-pas; YpuLu autreaiept5[))y|'ép,ppjdjt
Thomas, en éclatantde: rire ;. epmme ^ii^eût-été

,, :.^Ûnzer =ayoïja pdans «on] fint.errogaîpiré ': qu^l


sprigeait depuisoipng-fernps.-à.réfo^ner la chrér
ttentë.,,et qneLevSpuIéyemeiit des paysans de<la
SpuabeLuir,avait,parrU iinë;5Qccasion favorable.
; « IL.semontra très;pusillanime au dernier mo-
ment. Il-fteit t^}lemjntr,égaré, qu'il ne put ré-
citer se^|ec]<^^S;Le-dupiîenri de Brunswick
leiui dit'^et il L^rjlpétay^—Il avoua aussi publi-
quernentquilrayait;eut>prtï; quant aux princes,
il Les exhorta à être-moins durs envers les pau-
.^^g§n^.^àLire"ies^resdes Rois, disant que
s'ils suivaient ses conseils ils n'auraient plus de
^Çffib%M^^^SfirL?À^r^irid;re. Après ,ce discours
yiH^^éçapijgy,§àftête: fut attachée à une piqu&ï
;„ __ -y
;,f££ÇS|^*PM4-3W
~- : ft^JB^ Mùib
Jiausen^ pQurdeurirejcpmmarider sa femm,e et les
200 MEMOIRES

prierde-né point se vëngér sur elle, « Avant de


quitter la terre, disait-il, il croyait devoir les
exhorter instamment à renoncer à la révolté et
à éviter toute nouvelleeffusion-de ' '"'
sàrig. »-
De quelques atroces violences que se soiem
souillés Mûnzer et les paysans , on s'étonne de
La dureté avec laquelle Luther parle de leur dé-
faite. Il ne leur pardonne pas d'avoir compromis
le nom de la Réforme... « O misérables esprits
de troubles, où sont maintenant ces paroles par
lesquelles vous excitiez et ameutiez les pauvres
gens ? Quand vous disiez qu'ils étaient le peuple
de Dieu, que Dieu combattait pour eux, qu'un
seul d'entre eux abattrait cent ennemis, qu'avec
un chapeau ils en tueraient cinq de chaque coup,
et que les pierres des arquebuses, au lieu de
frapper devant, tourneraient contre ceux qui les
auraient tirées ? Où est maintenant Mûnzer avec
cette manche dans laquelle il se faisait fort d'ar-
rêter tout ce qu'on lancerait cônlie son peu-
ple? Quel est maintenant ce Dieu rquî pendant
près d'une année a propliétisé par la bouche dé
Mûnzer? » '* -
« Je crois que tous les paysans doivent périr
plutôt que Les princes et Les magistrats , parce
que les paysans prennent l'épée sans autorité
divine... Nulle miséricorde, nulle tolérance"n'est
due aux paysans, mais l'indignation de Dieu'et

-.1
DE LUTHER [1525,]. 201

des hommes. » (3o tnai i525.) — « Les


paysans,
dit-il ailleurs, sont dans le ban de Dieu et de
l'Empereur. On peut les traiter comme dès chiens
enragés. » Dans une lettre du 21 juin ; il
énumère lés horribles massacres qu'en ont faits
les nobles, sans donner le moindre signe d'in-
térêt ou de pitié. .''.'<
Luther montra plus de générosité à l'égard de
son ennemi Carlostad. Celui-ci courait alors lé
plus grand danger. Il avait peine à se justifier d'a-
voir enseigné des doctrines analogues à celles de
Mûnzer. Il revint à Wittemberg, s'hUmilia au-
1 Celui-ci
près de Luther; intercéda en'sa faveur
et obtint de l'Électeur que Carlostad pût, selon
son désir, s'établir comme laboureur a Kemberg.
« Le pauvre homme- me fait beàucoupdë peine;
et votre Grâce sait qu'on doit être clément eri-
verslès malheureux, surtout quand ils' sont in-
yuu-j '>.-•.' a
noçëns;'-»r(i2 septembre,i5a5.)
Le 23riovembré i52Ô, ilécriténcôrë : « :.'; Léi
docteur-Carlostad m'a vivement prié-d'intërcédëf-
aûprè'sde votre Grâce pour qu^ilIluMût-accordé';
d'habiter là ville de Këmbërg ; ;Iâ! malicëî des^pây^
sans lui rend pénible lé séjburid-Uiï -village;: Or /
cdmme il s'est, tenu tranquiïié-jUsqu'â présent; et"
que d'ailleurs lé prévôt dë:Këmbèrg le [pourrait
bien surveiller;,' je prie humblement vqtre ;Grâce
électorale de lui accorder sardëmande> quoique.
202 MÉMOIRES ',
votre Grâce ait déjà fait beaucoup, pour lui, .et
qru'elJe;;Se;s.oit,même attiréà, son sujet dés sôup-
çpng ietsdgs, çalpm^nies.; Maig Dieu vous, Le, rendra
d'autant pîuS;âbondapimgnt. C'est.à- lui .dë{Son-
ger au salut de son àme^, cela Le regarde-: pour
, ce. qui-est du;cprps et delà subsistance;,: :nou£
devons le bien traiter. » o y ;;;
:.'.«j A;tojïs les chers chrétiens qui Le présent écrit
verrprij,igr-âçe^ et paix;de Dieu,rio;tre;pèïeetdé.
nptre^ëigneuy Jésus-Christ. Le dooteUrjMartin.;
LCTHER.,, Le docteur Andréas Carlostad vient d©
m'eny%er un petit livre; parlequelil se disculpe
d'a\oir été l'un des cliefs des rebelles , et il me
prie instamment de faire imprimer cet écrit pour
sauver l'honneur de son nom et peut-être même
sa ^ ie qui se trouve en péril, par suite de la pré-
cipitation avec laquelle on jugerait les accusés.
En effet Le bruit court que l'on va procéder rapi-
dement contre beaucoup de pauvres gens, et par
pure colère exécuter les innocens avec les coupa-
bles , sans les avoir entendus ni convaincus ; et
je crains bien que les lâches tyrans, qui, aupa-
ravant, tremblaient au bruit d'une feuille, ne
s'enhardissent maintenant à assouvir leur mau-
vais vouloir, jusqu'à ce que , au jour marqué ,
les bas, àjeur tour. -
D,ieu jette
» Or, quoique le docteur Carlostad soit mon
grand ennemi dans des questions de doc-
plus
DE LUTHER [1525-6]. 205

trine, et qu'il n'y ait pas de réconciliation à espé-


rer entre nous sur ces points, la confiance aveçla-
quelle il s'adresse-à moi dans ses-alarmes, plutôt
qu'à-,ses. anciens arnis qui/l'aniniaient; autrefois
contre moi, cette confiance, pae sera point .trom-
pée, etje lui reridrabvolontiers ce service, ainsi
que d'autres s'il y a; lieu. j). .;-><-, _: ?: .;.- . •
Luther exprime L'espoir-,,que', par la gràce: d,e
Dieu, tout pourra encore bien tourner pour Caî>-
Iostad, et; qu^il finira par renoncer, ià;ses. erreurs
touchant le sacrement: En,même-itsmp.s.i:L;se.'dé-r
fend contre ceux qui, croiraient qu'yen;.faisant
cette démarché, il cède en.quoi que éélsoitsucLês
points de doctrine.. Quânt.à ;cçux qui .l'accuse-
raient d'un, excès de krédulitév:ilileur réppnd ;
« Qu'Une lui convient ni; à luiiii à-personne, de
juger le-coeur, d'autruL La charité n'est pas ;soup-
çonneuse;dit saint Baulyé.t ailleurs :•,Lâ;Gbariî;é
CroitoetjConfietOUti«' ],;?::;/;:'.;.; , ;-•{•/;;, '-. J-JiV;;:
; «, VoiciddriC|mpn,opinibnj:r^tan|oquë;JLe doc-»
leur Carlostad s'offre à .se. faire juger seLpp.Je
droit,;étà)souffrir,q.é qui ests|u.ste;aujcas,où|Ise-
raitcp.nvainçu d'avoir-pris.,partnàola. rébellion;;-
je dois ; ajouter foiiàjLSpn ilivré:yetykii§&n,\dim,
quoique, moitjriêine auparavant^je fusse disposé,
aie çîioire,animé^;Jui etJès; siensj^ d'un;.^prit
séditieux. Mais va présent j é -dois ;aider sà ; cet qu'il,
obtienne l'enquête,qu'ildésireui>? y--, . ..> -v\
204- MÉMOIRES.
Daris" ce qui suit , Luther attribue, eu grande
partie, ce'; qui est arrivé àia violence avec iaquelle
les princes et ies évêqûes se sont opposés à l'in-
troduction religieuse. «De là parmi 4e peuple
cette fureur qui naturellement ne cessera point
avant que lés tyrans -fàe -soient dans la boue; car
les choses ne peuvent durer quand un maître rie
sait qu'inspirer la crainte; au lieu dé se faire
airiier*; ; -- ." '-";-- . :'-".- . :;;'-
» Nonyiaissons plutôt notre prêtraille -et nos
hobereaux, fermer;l'oreille aux avertissemeils;
qu'ils;-aillent., qu'ilsi'aillent, qu'ils continuent
d'accuser l'Évangile du mal qu'ils ont mérité,
- .*?Je m'en moque.-; TpUt4-
qu'ils disent' toujours
FheureiL ën^iéndraiuri Autre qui leur répondra:
« ^Je; veux que dans quelque temps, ilyne reste
sous le^ciêî-ili -prince ni évêque. » Laissèz-les
donc faire ; ils rie tarderont pas à trouver, ce
qu'ils cherchent depuis si long-temps y la chose
est en train ^ DieU veuille encore; qu'ilsrse coriver-
tissentà ! ;; °';-f; ' htuyyyiy.': -y:'.y] .
temps Âmeny
- ' >» 13èô les nobles ë't'te evê-
priè>ën conséquence
ques-éttôUtie;Uiôttde;y dè'laissêr se défendre^ë
docteur:<Gariostad; qui assure 'si sblenûëllëmënT
pouvoir Sô jûstifiër'de''touterébelLiori'y dëlpëup
quefDiéUinfesbit tentéIdàvaritagèi, ;èt;qîpcLa ëpy
1ère: dupéupte -ne derienne;plus:Violôritëfët-piûs
juste... II n'a jamais--'àien:U"CeI-ùii[qui'.'â^pr&:mïs'.
DE LUTHER;y 1525-26]. 205
d'entendre les cris des opprimés, et ce n'est non
plus la puissance qui lui manque pour punir.
Que Dieu nous accorde sa grâce. Amen. » (i5aS.)
« L'Allemagne est perdue, j'en ai peur. Il faut
bien qu'elle périsse puisque les princes ne veu-
lent employer que l'épée. Ali ! ils croient qu'on
peut ainsi arracher, poil à poil, la barbe du bon
Dieu; il le leur rendra sur la face. » (i5%6.)
« L'esprit de ces tyrans est impuissant, lâche,
étranger à. toute pensée honnête.. Ils sont dignes
d'être les esclaves du peuple. Mais par la grâce
de Christ, je suis assez vengé par le mépris que
j'ai pour eux et pour Satan, leur dieu. » (Fin de
décembre j 525.)
SOS . MÉMOIRES

CHAPITRE IV.
;; '!'0'-'
• i"5â*-'iW". '

Attaqués Ses rationalistes contre Luther. —Zwingli,


Bùcer, etc.'^4- Éràsihè. '
':,i: ; '''"' ;'!-

'
Pendant cette terrible tragédie de la guerre
des paysans, la guerre théologique continuait
contre Luther. Les réformateurs de la Suisse et
du Rhin, Zwingli, Bucer, OEcolampade, parta<-
geaient les principes théologiques de Carlostad,;
ils n'en différaient guère que par leur soumis-
sion à l'autorité civile. Aucun d'eux ne voulait
rester dans les bornes que LutLier prétendait
imposer à la Réforme. Durs et froids logiciens ,
ils effaçaient chaque jour ce qu'il essayait de
DE LUTHER: [1524-27]., §o<f

sauver, de la vieille poésie chrétienne. Moins


hardi ; et plus dangereux" encore, le roi des gèris
de Lettres yle froid et ingénieux Érasme lui por-
tait des coups plUs tërrifelë'Si, "•' -v

- ; Pendant ïkicër^ ^es-


Ibtt'gi-teïrips;, Zwirigliet
y de '' Sauver à : tout
pritsrpblitiquës ^essayèrent
prixi'appàrentëùnitédù pr^tëStàhtïsniëy Bù'cèf-J
le grand architecte des subtilités (BoSSUët-) dissi-
mula quelque temps ses Opinions- auxyéii&de
Luther etose fit même Léîtraducteurdèses du^
vrâges /allemands. %<-.Personney dit*iLutheraypérs
sohne-n'â traduit feniatin nies ouvragés avec plus
d?hab'ilet]é: et d'exactitude que ftiaîtréJB liCërvlL ri-y
mêle riendé;sèsf plies-relativement au sacrement:
Si je voulais montrer sinon: coeur- 'et=akia' pensée
avec des mots, je Uê pourrais pas mieux faire.' »
. Ailleurs il^sendilë s'être âperçu^de i'infidélite
de la traddctfoniiLe îâ;septembre 152^ ; décrit
àjmimprimëury qpe Bucér -en -traduisant Ses. ou-
vrages:^ latiriyavaiî altéré;çertains;pàssages de

.-• 1_Les. e'rudits, du. seiziènie ^siècle,^traduisaient-, qrdinairemerit


en grec leur/nom prppre. Ainsi Kuiliorn (corne deyaçlie).ayait
change' son nom eh celui de.Sucer, Hauschein (lumière domes-
tiqué) se'fit'appeler^GEcolanîpa^è, "Didier (de aêsiâëriùm,àê-
sîr) Erasme ;:iScuwàrz--^rdyi;¥erf'è ntiirè ) ^Mfiânlictèidyetc,
Luth'ër-et Zirang-li"; il^dgus ji'eforniâieïirs» populaires '/ ' gàMëni
seuls Je; ndmqû'ilè 'p^Tegu.f^i^rjaTbin^ïV'yïîlgèife.'.^-ri:;'''-. ' "-
208 MEMOIRES
manière à lui faire dire ce qu'il ne pensait pas.
« C'est ainsi que nous avons rendu les Pères hé-
rétiques. ».Et il le prie y s'il réimprime, levolume
où se trouvent les changemeiis de Bucer., deïaire
lui-même une préface pour avertir le lecteur.
En 1527, Luther écrivit contre Zwingli et OEco-
lampade un livre où il les appelait nouveaux
wiclefistes et déclarait leurs opinions dangereu-
ses et sacrilèges. \ ;:';;,'
Enfin, en 1528, il disait : « Je connais assez
et plus qu'assez l'iniquité de Bucer, pour ne pas
nr'étonner qu'il tourne contre moi ce'que j'ai
écrit pour le sacrement... Que Le Christ te;garde,
toi qui vis au milieu de ces bêtes féroces,; de ces-
vipères, de ces lionnes, de ces panthères, avec
presque;plus de danger que Daniel dans La fossé
aux lions, » ;r :;;;.',
« Je crois Zwingli bien digne d'une sainte
haine; pour sa téméraire et criminelle manière
de traiter la parole de Dieu. » (27 octobrei&wj.J):
— « Quel homme
que ce Zwingli,;si ignorant
dans la grammaire et la dialectique pour ne rien
dire des autres sciences ! » (28 riovènibrè iSvj. )
Dans ..Un second ouvrage qu'il publià_ contre
eux en 1,528, il dit.: « Je rejette et condamne
comme pure erreur toute'doctrine qui parLë du
libre arbitre. » C'était là sa grande; querelle avec
Érasme. Elle avait comirience dès Fannée 1525,-
DE LUTHER [1524]. 209
où Erasme, publia son, livre De libero arbitrio^
jusqu'alors ils avaient été en, relations ami-
cales, Érasme avait plusieurs foispris La défense
de Luther, et cèlmVci en retour consentait à
respecter la neutralité d'Érasme. La lettre suij.
vante montre, que Luther 1 en tSa/j.- avoir
croyait
besoin de garder, encore, quelques ménagemens;
t< Voilà assez longtemps que je me tais, cher
Érasme ; et quoique j'attëridisse que toi, le pre-
mier et lé plus grand des deux; tu rompisses le si-
lence, j'ai cru que la charité même m'ordonnait de
commencer. D'abord je ne te réprbché.pas d'être,
resté éloigné de nous , de crainte d'embarrasser
la cause que tu soutenais contre nos ennemis, les
papistes. Enfin, je né niësuis pas autrement fâché
deceque, dans les livres quetuas publiés en plu-
sieurs endroits pour cap terlèur faveur duadoucir
leur furie, tu nous as harcelés de quelques rnorsu-»
res et piqûres assez vivesv Notis voyons [que le Sei-
grieur rie t'a pas donné .--encore l'énergie ouie sens
qu'il faudrait,-pour attaquer ces monstres libres
ment et courageusement^ et ripus ne sommes pas
gens à exiger de toi ce qui est. au-dessus de tes
forcés. Nous avons respecté en toi tafaibless&etla
mesuré du don de Diem Le monde entier ne petit
nier que tu n'aies fait fleurir les lettres^ par où
l'on arrive à la véritable intelligence des Écri-
tures y et que ce don de Dieu ne soit éri toi riia-
i. 14
210 MÉMOIRES

giiifiqueet admirable y c'est de quoi il faut rendre


grâce. Aussi, n'ai-je jamais désiré de te voir sor-
tir de la-mesure où tu te tiens pour entrer dans
notre camp ; tu y rendrais de grands services sans
doute par ton- talentet ton éloquence ; mais, puis-
que le edeur fait défaut, mieux vaut servir dans
ce que Dieu t'a donné. Op craignait seulement
que tu ne te Laissasses entraîner par.nos'adver-
saires à.attaquer nos dogmes dans des Livres, et
alors j'aurais été contraint de te résister en face;.
y Nous des -nôtres qui
avbbs-apaisé quelques-uns
avaient préparé des livres pourte traîner dans l'â-
rène. C'est pour cette raison que je n'aurais pas
voulu voir publier YExpostulatio d'Hutten, et en-
core, moins ton Éponge d'Hutten. Tu as pu, dans
cette dernière circonstance ; sentir par toi-même
combien^'il est aisé d'écrire sur La modération,
et d'acGpser Femportement de Luther', ;:.-mais
difficile);: ^impossible de -.pratiquer ces; Leçons;^
sirtontpar un don singulier de L'esprit. £roisde
donc, ou ne le croispasylé Christ, m'esttérnoin
que je .te plains du fond de L'âme, à voir tant de;
haines et: dé -passions ; imitées' eontre/toi.-; .des*
quelles'je lie puis croire (ta vertu est -humaine
et: trop, faible pour de tels orages ) que tU'ne;re-Sr-
sentes; aucune émotion; Cependant peut;-être
les: âôt-res-sont poussés paru» zëleiégitime;-; il
leur semblé: que tu Lés;as indignement'provoy
DE LUTHER ,[1524]. 211

quês... Pour moi, quoique irritable et souvent


entraîné par la colère à'écrire avec amertume,
je ne l'ai jamais fait qn^à l'égard des opiniâtres.
Cette démence et cette douceur envers les pé-
cheurs et les impies, quelque insensés et iniques
qu'ils -puissent être, ma conscience m'en rend té-
moignage , et je puis en appeler à L'expérience
de bien des gens. De même j'ai retenu ma plume,
malgré tes piqûres , j'ai promis de la retenir,
jusqu'à ce que tu té fusses ouvertement déclaré.
Car, qtiels qî|e soient nos dissentimens, avëcquel>-
que impiété;ou quelque dissimulation que inex-
primés ta désapprobation ou tes doutes; sur:Les
points Les plus importansde La religion, je.rie puis
ni ne veux t'accuser d'entêtements Mais que faire
maintenant? Dès deux cotés Les choses sont très
envenimées. Mpij je vpudi'aisysi'jepouvais servir
de médiateur, qu'ils cessassent âej?attaquer: avec
tant de furie, et laissassent ta vieillesse s'endbrmir.
en paix dans LéSéigneur; IlsLeferaient, je pense,
s'ils considéraient ta:faiblëssë,=ets'ijs appréciaient
la grandeur cette ' GauSë
de; qui a depuis/ Lbrig-
témps dépassé ta petite mesurer Les choses en
sont venues à ce point qu'il n'yâ guère de périlà>
craindre pbtiï notre bâuseylbrsmêmequ^Érasme
réunirait, contré nous toutes ses-forcëSi .vî'oute^
fois il y à bien quelque raison y pour que Les »nôri
très supportent mal tés attâquesy d'est que la
212 MÉMOIRES |
faiblesse humaine s'inquiète et s'effraie de L'au-
torité et du- nom d'Érasme ; être mordu d'Érasme
une seule fois, c'est tout autre chose que; d'être
en butte aux attaques de tous Les papistes con-
jurés '. Je voulais te dire tout cela, cher Érasme,_
eh preuve de ma candeur, et parce que je dé-
sire que le Seigneur t'envoie un esprit digne de
ton nom; Si cela tarde, je demande de toi, que
du moins, tu restes spectateur de notre tragédie.
Ne joins pas tes forces à nos adversaires ; ne publie
pasde livres contre moi, et je n'en publierai pas
contre toi. Quant: à ceux,qui se plaignent,d'être
attaqués au nom de. Luther, souviens-toi que ce
sorit des homines semblables à toi et à moi, aux-
quels il faut accorder indulgence et pardon .; et
que, comme dit saint Paul, il nous faut porterie
fardeau les uns des autres. C'est assez de se mor-
dre, il faut songer à ne pas nous dévorerles uns
les.autres... » (Avril 152.4.) .
A Borner., a Érasme en sait moins sur la pré-
destination :, que n'en avaient jamais su Les so-
phistes de l'École. Érasme n'est pas redoutable
sur cette matière , non plus que dans toutes les
choses chrétiennes. y
»Je ne provbquerai pas Érasme, et même, s'il
me provoque une fois, deux fois, je ne ripos-
terai pas. Il n'est pas sage à lui de préparer con-
tre moi les forces de son éloquence... Je me pré-
DE LUTHER. [1524]. 213-
senterai avec confiance devant le très éloquent
Érasme, tout bégayant que je suis en comparai-
son de lui; je ne me soucie point de son crédit, de
son nom, de sa réputation. Je ne me fâche pas.
contre Mosellanus de ce qu'il s'attache à Érasme
plutôt qu'à moi. Dis-lui même qu'il soitérasmien.
de toute sa force. » (28 mai 1522.)
Ces ménagemens ne pouvaient durer, La pu-
blication du De libero arbitrio,.-fut une déclara-
tion de guerre. Luther reconnut que la véritable
question venait d'être enfin posée. « Ce que j'es-
time, ce que je loue en toi, c'est que seul tu as
touché le fond de l'affaire, et ce qui est le tout des
choses ; je veux dire :1e libre arbitre. Toi, tu ne
me fatigues pas de querelles étrangères , de pa-
pauté , de purgatoire, d'indulgences et autres fa-
daises, pour lesquelles ils m'ont relancé. Seul,
tu as saisi le noeud, tu' as frappé.à la gorgei
Merci, Erasme !.... » ;
« Il est irréligieux, dis-tu, il est superflu^.de pure
curiosité, desavoir si Dieu est doué de; prescience,
si notre volonté agit dans ce qui touche le:sàlut éter-
nel, ou seulement souffre l'action de la/grâce; .si
ce que nous faisonsde bien ou,de: niai,,nous le
faisons ou le souffrons !... Grand Dieu,; qu'y aura-
t-ildonc de religieux, de grave^ d'utile? Érasme*
Erasme, il est (h^ciled'alléguer ici L'ignorance-.
Un homme de ton âge, qui vit au milieu du
214 MÉMOIRES

peuple chrétien , et qui a long-temps médité l'É-


criture ! il n'y a pas moyen de t'excuser, ni de
bien penser dé toi... Eh quoi! vous, théologien;,
vous,, docteur des chrétiens, vous ne restez pas
même dans votre scepticisme ordinaire, Vous dé-
cidez que ces choses n'ont rien de nécessaire,
sans lesquelles il n'y à plus ni Dieu, ni Christ, ni
Évangile., ni foi, rien qui subsiste -, je ne dis pas
du christianisme, mais du judaïsme ! » ,
Mais Luther a beau être fort, éloquent;, il ne
peut .briser les liens qui l'enserrent. «Pourquoi,
dit Érasme^ Dieu ne change-t-il pas le vice de nb^
tre volontéy puisqu'elle n'est pas en notre pou-
voir; ou pourquoi nous I'impute-t-il, puisque ce
vice de la volonté est inhérent à l'homme?.. Le
vase dit aupotier : Pourquoi m'avez-vous fait pour
lé féu éternel?.. Si l'homme n'est pas libre, que
signifient précepte^ action -, récompense, enfin toute
la langue? Pourquoi ces mots : Convertissez-
vous, etc. » .u,-.
Luther est ïort embarrassé de répondre à tout
cela : « Dieu vous parle ainsi, dit-il, seulement
pour nous convaincre que nous sommes im-
puissans si nous n'implorons le secours de
Dieu. Satan dît : 'Tu peux agir. Moïse dit : Agis ;
pour noUs convaincre contre Satan que nous
ne pouvons agir. » Réponse, ce semble, ridi-
cule et cruelle ; c'est lier les gens pour leur
DE LUTHER [1524]. 215
dire , Marchez, et les frapper chaque, fois qu'ils
tombent. Reculant devant les conséquences
qu'Érasme tire ou laisse entrevoir, Luther re-
jette tout système d'interprétation de l'Écriture;
et lui-même se trouve forcé d'y recourir pour
échapper aux conclusions de son adversaire. C'est
ainsi, par exemple, qu'il explique le Indûrâbo cor
Pharaonis : « En nous, c'est-à-dire par nous ,
Dieu fait le niai, non par 1sa fauté, mais par suite
de nos vices ; car nous sommes pécheurs par na-
ture, tandis que Dieu rie peut faire que le bien.
En vertu de sa toute-puissance, il nous entraîne
dans son action, mais il. ne peut faire , quoiqu'il
soitlebienmême, qu'un mauvais instrument ne
produise pas le mal. » ..
Ce dut être une grande joie pour Ërasiriey dé
voir l'ennemi triomphant de la papauté s'âgitër
douloureusement sous les coups qu'il lui portait,
et saisir pour le combattre une arme.si dangereuse
à celui qui La tient. Plus Luther se dëbatyplus il
prend avantage, plus il s'enfoncé dans savictoirë,
et plus il plonge dans l'immoralité et le fatalisme,
au point d'être contraint d'admettre que Judas
devait nécessairement trahir leChrist. Aussi '•Lu-
ther-garda un long souvenir de Cette querellé.-;!!
ne se fit point illusion sur son triomphé i Là so-
lution du terrible problème né se trouvait point-,
il le sentait, dans son Deseivà arbifrio, et j'U's^
216 MÉMOIRES

qu'à son dernier jour le nom de celui qui l'avait


poussé jusqu'aux plus immorales conséquences
de la doctrine de la grâce, se mêle dans ses écrits
et dans ses discours aux malédictions contre les.
blasphémateurs du Christ.
Il s'indignait surtout de l'apparente modéra-r
tion d'Érasme, qui n'osant attaquer à sa base
l'édifice du christianisme, semblait vouloir le-dé-
truire lentement, pierre à pierre. Ces détours,
cette conduite équivoque , n'allaient point à
l'énergie de Luther. «Erasme, dit-il^ ce roi
amphibole qui siège tranquille sur le trôné
de l'amphibologie, nous abuse par ses paroles
ambiguës y et bat des mains quand il nous voit
enlacés dans ses insidieuses figures } comme une
proie tombée dans ses rets. Trouvant alors une
occasion, pour sa rhétorique,, il tombe sur nous
à grands cris, déchirant, flagellant, crucifiant,
nous.jetant tout l'enfer à la tête., parce qu'on a
compris, dit-il , d'une • manière calomnieuse,
infâme et satanique, des paroles qu'il voulait ce-
pendant que L'on comprît'- ainsi... Voyez-Le s'a-
vancer en rampant comme une vipère pour ten-,
ter. les itfri.es ' simples, comme le serpent qui
sollicita Eve au doute et Lui rendit suspects Les
préceptes de Dieu. ». Cette querelle, causa à Lu-
ther,, quoi, qu'il en dise, tant d'embarras et de
tpurm,ens> qu'il finit par refuser le combat, et
DE LUTHER. 21T

qu'il empêcLia ses amis de répondre pour Lui.


« Quand je me bals contre de la boue, vainqueur
ou vaincu, je suis toujours sali *•. » .
ceJe ne. voudrais, pas, écrit-il à son fils Jean s
recevoir dix mille florins , et me trouver devant
notre Seigneur,-dans-le péril où sera-Jérôme,
encore moins dans celui d'Érasme.
« Si je reprends de la santé, et de la force, je
veux pleinement et librement confesser mon
Dieu contre Érasme. Je - ne veux : pas vendre
mon cher petit Jésus. Jfavance tous les jours
vers le tombeau ; c'est pourquoi je. veux aupa-
ravant confesser mon Dieu à pleine bouche et
sans mettre une feuille devant.'— Jusqu'ici j'ai
hésité, je me disais : Si tu le tues, qu'arrivera-
t-il ? J'ai tué Mûnzer dont la mort me pèse sur le
col. Mais je l'ai tué, parce qu'il voulait tuer?mon
'
Christ. » . • i . .,
Au jour de la Trinité, Le docteur Martin Lu-
ther dit : « Je vous prie, -vbus totis, pour qui
L'honneur- de Christ et L'Évangile est une chose
sérieuse, que vous,;veuillez être ennemis d'E-
rasme... » • -. i . :
Un jour le docteur Xuther dit au docteur Jo-
nas et au docteur Pomeranus., avec un • grand
&* et

* Hoc scîo pro certo, quod, si cum-stercore certo,


Yinco vel vin.cor, semper ego maculor.
218 MEMOIRES
sérieux zèle de coeur : « Je vous recommande
comme ma dernière volonté d'être terrible pour
ce serpent... Dès que je reviendrai en santé; je
veux avec l'aidé de Dieu, écrire contre lui^ et le
tuer*-Nous avons souffert.qu'il se-moquât de nous
et nous prît à la gorge, mais aujourd'hui qu'il.en
veut faire autant au Christ, nous voulons nous
mettre contre lui.,. Il est vrai qu'écraser Érasme,
c'est écraser une punaisé, mais mon Christ dont
il se moque m'importe plus que le péril d'Érasme*
» Si je vis> je veux avec l'aide de Dieu, purger
l'Église dé son ordure. C'est lui qui a semé et fait
naître Crotus, Egranus, Witzeln , OEcolampade,
Campanus et d'autres visionnaires ou épicuriens.
Je ne veux plus le reconnaître dans l'Église, qu'on
le sache bien. »
Luther dit un jour.en voyant le portrait d'É-
rasme. « Érasme, comme sa figure le montre, est
un homme plein de ruse et de malice, qui s'est
moqué de Dieu et de la religion. Il emploie dé
belles paroles : « lé cher Seigneur Christ, la pa-
role de salut, les saints sacremens, » mais il tient
la vérité pour une très froide chose. S'il prêche,
cela sonne faux, comme un vase fêlé. Il a attaqué
la papauté, et maintenant il tire sa tête du lâC; »
DE LUTHER .[-1526]. 219

CHAPITRE -V.

1526-1529.

Mariage de Luther. Pauvreté''. Découragement. Abandon.


Maladie. Croyance à la fin du riionde.

L'âme la plus fermé aurait eu peine à résister


à tant de secousses ; celle de Luther faiblit visi-
blement après la crise de l'année i5â5. Son rôle
avait changé, et de la manière la plus triste.
L'opposition d'Érasme signalait Féloignement
des gens de lettres qui, d'abord, avaient servi
si puissamment la cause de Luther. Il avait laissé
sans réponse sérieuse Le livre De libéra arbitrio.
Le grand- novateur , Le chef du peuple contre
220 MÉMOIRES

Rome, s'était vu dépassé par le peuple, maudit


du peuple, dans la guerre des paysans. Il ne faut
pas s'étonner du découragement qui s'empara de
lui à cette époque. Dans cet affaiblissement de
l'esprit, la chair redevint forte; il se maria. Les
deux ou trois ans qui suivent, sont une sorte
d'éclipsé pour Luther; nous le voyons généra-
lement préoccupé de soins matériels , qui ne
peuvent remplir le vide qu'il éprouve. Enfin il
succombe ; une grande crise physique marque la
fin de cette période d'atonie. Il est réveillé.de sa
léthargie par le danger de l'Allemagne envahie
par Soliman (1539), et menacée par Charles-
Quint dans sa liberté et sa foi à la diète d'Augs-
bourg(i53o). ,

« Puisque Dieu a créé la femme telle qu'elle


doit nécessairement être auprès de l'homme,
n'en demandons pas davantage, Dieu est de
notre côté. Honorons donc le mariage.comme
'
chose.honorable et divine. ' •
» Ce genre de vie est le premier qui ait plu. à
Dieu, c'est celui qu'il a perpétuellement main-
tenu, c'est.le dernier qu'il glorifiera-sur tout
autre. Où étaient les royaumes et Les empires ,
lorsque Adam et les patriarches vivaient dans le
mariage? —. De quel autre genre de..vie, dérive
l'empire sur toutes choses? Quoique par la ma-..
DE LUTHER [1524-5]. 22f
lice des hommes les magistrats aient été obligés
dé l'usurper en grande partie, et que le mariage
soit devenu un empiré de guerre, tandis que le
mariage, dans sa pureté et sa. simplicité, est
l'empire de la paix. » (r7,janvier i5n5.)
« Tu m'écris, mon cher Spalatin, que tu veux
abandonner la pour et ton. office... Mon avis est
que tu restes, à moins que tu ne partes pouf te
marier... Pour moi ,-je suis dans la main de. Dieu,,
comme une créature dontil peut changer et re-
chahger Le.eoeury qu'il peut tuer ou vivifier,, à
tout instant; et à. toute;. heure. Cependant dans
l'état où'a toujours, été; et où est encore;mon
coeur, je ne prendrai point de femme -, non que
je ne sente ma chair, et mon sexe, je; ne suis ni
de bois ni de-pierre, mais mon esprit n'est pas
tourné auniariage :, Lorsque j'attends chaque jour
la: mort et Lé; supplice des hérétiques. » (3o no-
'
vembre 15a4.) .-::,--. ;••..•-, •,
e ne me ' marie
.,.«.- Ne.. t'étonné ;
pas que.j point,
qui sic famosus sumamqtor. Il faut plutôt s'éton-
ner que moi y qui écris tant sur le mariage,
et qui.sUis sans cesse mêlé aux femmes, je ne
sois pas devenu -femnie depuis -'.long.- temps ,
sans parler de ce que je n'en.aie épousé aucune.
Cependant., situyeux te-rég-Ier sur mon exemple,
en; voici un 'bien, puissant. J'ai eu jusqu'à trois
épouses en même;temps, et je les ai aimées si
222 MÉMOIRES
fort que j'en ai perdu deux qui vont prendre
d'autres époux. Pour la troisième, je la retiens
à peine de la main gauche, et elle va s'échap-
avril 1525.) \ '..:.-
per. »(T6
A Amsdorf. « J'espère vivre encore quelque
temps, et je n'ai point voulu refuser de donner
à mon père l'espoir d'unepostérité. Je veuxd'ail-
leurs faire moi-même C0- que j'ai enseigrié; puis-
que tant d'autres se sont montrés pusillanimes
pour pratiquer ce qui est si clairement dit. dans
l'Évangile. C'est la volonté de Dieu- que je suisse
n'ai point pour ma fëmmé un amour- brûlant,
désordonné, mais sëulériient de Fâîfécliori. »
' ;'" -' - '--'-
(ar juin ï5a5.)
Celle qu'il épousa était une-jeune fille nôblëy
échappée du couvent, âgée de vingt-quatre ans
et remarquablement belle; elle se nommait Ca-
therin^ de \ Bora f il parait quelle avait aride
d'abord Jérôme Baumgartner, jeu-né savant de
Nuremberg. Luther écrivait à celui-ci; lé ra octo-
.bre iSa'i : '« Si tù rVeux; obtenir ta: CatLieririe-dp
Borà; hâte-toi, -avant qri'dri né ïa donne à un au-
tre, qui Fa sous la main; Cependant elle-itfà-pas
encore triomphé de'sori àmoùr pour toi; Moi; je
me réjouirais fort de-v'pns voir-unis. «:'--'; ^oy-
II'écrit à Sïiefel, un an après-îe mariage (12
août î5a6"). « Catherine,; nia cherche, te salué;
elle se porte fort bien, grâce à DieU -, doucepotir
DE LUTHER [1525-7]. 22S

moi, obéissante et facile en toutes choses, au-


deîàde mon espérance: Je ne voudrais pas chan-
ger ma pauvreté pour les richesses de Crésus. »
Luther^ en effet, était très pauvre alors. Préoc--
cupé des soins.de son ménage et de la famille dont
il.devait bientôt setrouver chargé, ilcherchait àse
faire un métier; il travaillait de. ses mains.: «Si
le, monde ne veut plus; nous- nourrir : pour la pa-
role , apprenons à;vivre de. nos mains.;))-Il eût
choisi sansdoute, s'il avait pu ehoisir,: quelqu'un
de ces arts qu'ihàimait, l'art d'Albert .Durer et de
soïi ami Lucas Grailâch, oula.musique, qu'il àp*
pelait la première science après la théologie -,
mais il n'avait point de maître. IL se fit tourneur.
« Puisque-parmi nous autres barbares il n'y a
point d!art ni d'esprit cultivé y mpi. et Wolfgang,
mon serviteur, nous nous somes nus à tourner.»
Il ^chargea pencesIas Linkdé; lui acheter des ïns^
truméns àNUrembergv'Il se mitaUssi à jardiner
et à bâtir : «J'ai planté un jardin y écrifc|il...à Spa^
latin;;-:j'âi construitune fontaine, et^àl'uri çoriime
à l'autre- j'ai assez bien réussi.' Fièns et ;ïulseïas
couronné de. lis et dé rosés.; ^décembre' i'5'2:£);
Au "mois d'avril ; 1027, un" abbé- de Nuremberg,
lui fit-présent d'une horloge : « Il faùtylui répond
dit—il,; quége me fasse disciple•-des/mathémati-
ciens pour comprendre tout cevmécanisme ; car
jéïï'ai jamais rien vu depareil,'»'Èt un triois après ï
Mi MEMOIRES
« J'ai recules instr.umens pour tourner, et le ca-
dran avec le cylindre et L'horloge de bois. Mais tu
as oublié'de me dire combien-il me restait àpayer..
J'ai pbur le moment assez'd'oUtils, àmoins que tu
n'en; aies de nouvelle espèce qui puissent tourner
d'eux-mêméS pendant que mon serviteur ronfle
ou lève-lé nez en l'air. Je suis déjà maître passé
en horlogerie; Cela m'est précieux pour marquer
l'heure à mes ivrognes de Saxons, qui font.plus
attention; à. Leurs verres qu'à L'heure , et ne s'in-
quiètent pas'beaucoup si Le soleil, l'LiorLogé où
celui qui la: règle,, setrompent. »' (19 maiiSa'y.}.
« Mes melons ainsique-mes courges etmes ci-
trouilles croissent à vue d'oeil. ;T;u vois; que j'ai y
su bien.faire venir Les'graines que vous m'avez
;; • -. . , : :-;;u; i.i-':
envoyées.;"» (5juillet).•'
. Le jardinage n'était pas une grande ;ressoUrçè<
Lutherse trouvait danSunesituation affligeante .'
et bizarre. Cet-homme qui régentait les rois y-se
voyait,;pour les besoins delà subsistance,joUr-i.
nalière; darisla dépendance de l'Électeur; Là non-;
velleéglïse ne s'était affrânehiedela papauté qu'en,
s'àssujétissant-à l'autorité'civile; elle se voyait,,
dèsjSa; naissance--, négligée , affamée par cëlle-ei..
En -i 5 2.3,-,.!Luther avait écrit à Spalàtih qu'il-
vouLait résigner son revenu de couvent entre les; :
mains de.l'Élèetéur.,«;..;. Puisque nous ne;Lisons:
plus, niiîe braillons:,; ni ne messons , ni ne faW. ;
DE LUTHER [1525-4]. 225
sons aucune chose de ce qu'a institué la fon-
dation , nous ne pouvons plus vivre de cet
argent; on a droit, de-le réclamer. » (novem-
bre i.5a3.)
«. Staupitz' ne paie encore rien de nos reve-
nus... Tous les jours les dettes nous enveloppent
davantage, et je ne sais s'il faut demander encore
à l'Electeur, ou Laisser aller les choses, et que
ce qui périsse, périsse,, jusqu'à ce qu'enfin la
misère me force de quitter Wittemberg, et de
faire satisfaction aux gens du pape et de, l'Empe-
reur. » (novembre i5a3.)« Sommes-nous ici pour
payer à tout le monde, et que, perspnne ne nous
paie? Cela est.vraiment étrange. » (ier février 15a40
« Je suis de jour en jour plus accablé de dettes.
Il me faudra chercher l'aumône de quelque autre
manière, » (a4 avril i524--) « Cette vie,ne peut
durer. Comment ces lenteurs du prince n'exci-
teraient-elles pas de justes soupçons ! Pour moi,
j'aurais depuis long-temps abandonnéle couvent
pour me loger ailleurs , en vivant de mon tra-
vail .( quoiqu'ici je ne vive pas sans travail non
plus ), si je n'avais craint un scandale pour
l'Évangile et même pour le prince. » (fin de dé-
cembre i5a4-)
« Tu me demandes huit florins, mais où-les
prendrai-je ? Comme tu le sais, il faut que je vive
avec la plus stricte économie, et-mon irapru-
i. i5
226 MÉMOIRES
dence m'a fait contracter cette année une dette
de plus de-cent florins que je dois à l'un et à
l'autre* J'ai été obligé de laisser trois gobelets
pour gage de cinquante florins. Il est vrai que
mon Seigneur, qui avait ainsi puni mon impru-
dence, rii'a enfin libéré... Ajoute que Lucas et
Christian ne veulent plus m'accepter pour ré-
pondant y ayant éprouvé que de cette manière ils
perdent tout, ou épuisent jusqu'au fond de ma
bourse. » (a février i5a7. )
« Dis à Nicolas Endris'sus qu'il me demande
quelques exemplaires de mes ouvrages. Quoi-
que je sois très pauvre, cependant je me suis-ré-
servé certains droits avec mes imprimeurs : je
ne leur demande rien pour tout mon travail, si
ce n'est de pouvoir prendre parfois un exem-
plairede mes Livres. Ce n'est pas trop, je pense,
puisque d'autres écrivains, même des traduc-
teurs, reçoivent un ducat par cahier. » (S juil-
let 1527.)
« Qu'est-il arrivé, mon -cher Spalatin , pour
que tu m'écrives avec tant de menaces et d'un ton
si impérieux ? Jonas n'a-t-il pas assez essuyé tes
mépris et ceux de ton prince, pour que vous vous
acharniez encore sur cet homme excellent?Je
connais le caractère du prince, je sais comme il
traite légèrement les hommes ?... C'est donc ainsi
que nous honorons l'Évangile , en refusant à ses
.-' '.'.DE' LUTHÈRyi-52^-8]. 22Î
ministres uiie petite prébendeppurvivre.;.. N'est-
ce pas une iniquité et Une odieuse perfidie que
de Lui ordonner de partiiy et-toutefois de faire
en sorte qu'on n'ait-pas l'aiï de; lui3ëri àvotf
donné Fbrdre ?- E-t': vous croyëziquële Christ-né
s'aperçoit- pas dé Cette ruse?.£.. Je né pense pas
cependant que» nous ayons été pbur Lë;pririce.
une eaUsë dé dommage:.<Il en est vënU dans sa
bourse passablement des biens de ceviriondè,- et
il en vient chaque jour davantage; ^Diëu-saura
bien nous repaître * si vous nous refusez Faumôrie
et qùelqUe maudite monnaie."*— ... Cher Spâla-
tin, traite-nbuS/jë të prie, nous lëspauvrëset
les exilés de Christ, avec plus de douceur, bu
- toi nettement, afin que nbUS sachions
explique
où nous allons, que nous ne soyons plus forcés
de nous perdre nous - mêmes en suivant un
ordre à doublé sens * qui, tout ; en nous con^
traignant de partir, ne nous permet pas de
nbttimer ceux qui nous y forcent, n (27 no-
vembre i5a/|.) - f>
« Nous avons reçu avec plaisir, mon cher
Gérard Lampadarius, et la lettre et le drap,
que tu nous as envoyés avec tant de candeur
d'âme et de bienveillance de coeur... Nous nous
servons constamment, et chaque nuit, de tes
lampes , ma Catherine et moi, et nous nous
plaignons ensemble de ne l'avoir pas fait de ca-
228 yr MÉMOIRES '"-•

de,au,et'de,n'avoir rien à;t'envoyer qui entretînt


auprès dëtpi notre âpuyenir. J'ai grande honte de
newt'aypir pasmême fait .un présent de papier,r
lorsque^cela m'était ;facilë^. Je ne laisserai pas de
t'envoyçr; au mpins quelque liasse de livres,;Je
t'aurais. ; dès maintenant envoyé un Isaïe: alle-
mand- qui vient de naître, mais on m'a arraché
tous lés exemplaires, et je n'en ai plus Un seul,, »
(r4 octobre 1S2.S.) ..;. ,, ',...-: yCy. y
.;-;AyMàjitinyGorUtz y qui lui avait fait un présent
de/ibièrei « Ta, Cérès de Torgau a été heureux
sèment.etglorieusement.çpnsommée. OniL'avait
réservée, pour, moi et pour les visiteurs, qui ne
pouvaient se lasser de la vanter par-dessus tout ce
qu'ils avaient jamais goûté. Et moi , en.rvrai
rustre ,cjë: ne t'en ai pas remercié encore :i ; toi et
ton Émilia. Je suis un oîxoèeaitôrriç, si négligent de.
mes affaires, que j'avais oublié, et.que;j'ignorais
entièrement, que je l'eusse dans ma pave.;.c'est
mon serviteur, qui me l'a-rappelé. Salue pour moi
tous nos frères, et surtout ton Émilia: et son; fils,
la, biche gracieuse et le jeune faon. Que-le Sei-
gneur te [bénisse et te fasse multiplier à;milliers,
,selonl?esprit.comme selon la cliair. »u( i5t jan-
vier 16^9.) .,;:•- .- -;.;--/ ;. . ,-:;•-..: 'l'y^yï'y...
iLidiherjiécrib;à;;Anisdprf'qu'iLva donnerl-hps-
pitalitéfàîiune nouvelle mariée;. <c;Si ma Cathe-^
i-ine--;accouchait en. même;,temps; et queytjp.Ut
DE LU1JIEH [1327-9]. 229
cela \înl à comcidei, tu en deviendrais plus
pauvre. Ceins-toi donc', non pas du fer ei du
glane, mais d'or et d'argent et d'an bon sac, à
tout événement, car je ne te lâcherai da^Sans un
présent. » (ao, mars i5a<).)
A Jonas « J'en étais à la dixième ligne' de la
lettre quand on vint m'annoncer que ma Kelha
m'avait donné une fille. Gloria et laus Patri in
coelis. Mon petit Jean est sauvé, la femme d'Au-
gustin va bien ; enfin Marguerite' Mocbmn" a
échappé à la mort contre toute 'attente. En com-
pensation , nous avons perdu cinq porcs... Puisse
la peste se contenter de celte contribution^ Ego
sum, qui sum hactenus, scilicel ut apostolus,
et ecce vivo. , •
quasi mortuus, »,
La peste régnait aloisà Wittemberg, La'femme
de Luther était enceinte, son fils malade des
dents; deux femmes, Hanna et Marguerite Mo-
chmn, avaient été atteintes de la peste. -Il écrit a
Amsdorf : « Ma maison est devenue un hôpital, o)
(icr novembre ISQ.'J.)
«La femme de Geoiges, le chapelain, est
morte d'une fausse couche et de la peste... Tout
le monde était frappé de terreur. J'ai recueilli le
curé avec sa famille. » (4 novembre iSsy.) a Ton
petit Jeanne le salue pas, parce qu'il est malade,
mais il te demande tes prières. Voici douze
jours qu'il n'a rien mangé. C'est une chose âdmi-
230 MÉMOIRES
rable combien cet enfant, a-la-volonté d'êtreiigai
et alègre comme de coutume, mais l'excès de sa
faiblesse ne le lui perrnetpâs. On a ouvert hierî-l'à^
postème de MargueriteMbcliinn;.elle commence
à se rétablir; je l'ai renfermée dans notre cham-
bre d'hiver, et nous, ïipus'nous; tenbnsd.arislâ
grande salle de devant,Hànschen dansmacham-
bre à poêle, et -la' fëmute. d'4ngustin dans la
sienne .nous commençonsà espérer la'fin delà
peste.- Adieu, embrasse ;ta. fille;et sa mèréjy et
souvenez-vous de, nous dans v°s prières^-» (ib
"
novembre 1527.) .- . :.:-:
« Mon pauvre fils était mort ^.mais il estres-r
suscilé; depuis douze jours il rie mangeait plus,
Le Seigneur a augmenté mavfamille d'une petite
fille; Nous nous portons tous bien, à l'excep-
tion de Luther lui-même quiy;Sain de corps,
isolé du monde entier ^s'OUffre à l'intérieur^ dés
atteintes du diable, et de; tpus ses anges. décris
pour la seconde et La dernière fois contre les
sacramenlaires et leurs vaines paroles, ; etc. »
(3i décembre I53.J.) t
« Ma petite fille Elisabeth est morte-; je m'é^
tonne comme elle m'a.laissé le coeur malade ;;un
coeur dey femme* j tant je suis ému. Je n'aurais
jamaisfçru*que l'âme d'un père fût si tendre pour
son enfaUt; » (5 août i528.)« Je pourrais t-apr
prendre océ que c'est qu'être père, proesertivi
DE LUTHER [1527]. 251

sexus, qui ultra pZliorum eaéim etiam habet mi-


sericordiam çaldè moventenu » (5 juin i53o.)

Vers la fin de l'année 1027, Luther lui-même


fut plusieurs fois très malade de corps et d'esprit-
Le 27 octobre il termine ainsi une lettre à Mélan-
chton. « Je n'ai pas -'encore Ju le nouvel ouvrage
d'Érasme, et que lirais-je, moi serviteur malade
de Jésus-Christ, moi qui suis à peine vivant? que
faire? qu'écrire ? Dieu veut-il ainsi m'abîmer
de tous les flots à la fois ? Et ceux qui devraient
avoir compassion de moi, viennent, après tant
de souffrances, me donner le coup de grâce !
Puisse Dieu les éclairer et Les convertir»! Amen. »
Deux amis intimes de Luther, les docteurs
Jean Bugenhagen et Jonas nous ont laissé la note
suivante sur une défaillance qui surprit Luther,
vers la fin de i5a7. « Le samedi de la Visitation de
Notre-Dame( 1$37), dans l'après-midi, le docteur
Luther se plaignait de douleurs de tête et de
bourdonnemens d'oreilles d'une violence inex-
primable. Il croyait y succomber. Dans la matinée
il fit appeler le docteur Bugenhagen pour se con--
fesser à lui. Il lui parla avec effroi des tentations
qu'il venait d'éprouver, le supplia de le soutenir,
de prier Dieu pourlui, et il termina en disant :
« Parce que j'ai quelquefois l'air gai et joyeux.
beaucoup de gens se figurent que je ne marçhe:
252 MÉMOIRES

que sur des roses ; Dieu sait ce qu'il en est dans


mon coeur. Je me suis souvent proposé, dans l'in-
térêt du monde, de prendre un extérieur plus
austère et plus saint (je ne sais trop comment
dire), mais Dieu ne m'a pas donné de faire comme
je voulais. »
«L'après-midi du même jour, il tomba
sans connaissance, devint froid, et ne donna
plus signe de vie. Quand il fut rappelé à lui-
même, par les secours qU'on lui prodiguait, 11
se mit à prier avec grande ferveur : « Tu sais,
ô mon Dieu, disait-il, que j'eusse volontiers
verSémohsang pour tapai-oie, mais tu as voulu
qu'il en fût autrement. Que ta volonté soit faite î
Sans doute je n'en étais pas digne. La mort serait
mon bonheur; cependant, ô mon Dieu, si tu le
voulais, je vivrais volontiers encore pour répan-
dre ta sainte parole et consoler ceux' dès tiens
qui faiblissent. Si mon heure est venue, néan-
moins , que ta volonté soit faite ! Tu es Le maître
de la vie et de la mort.
» O mon Seigneur Jésus-Christ, jeté remercie
de m'avoir fait la grâce de connaître ton saint
nom. Tu sais que je crois en toi, au Père et au
Saint-Esprit ; tu es mon divin médiateur|et sau-
veur... Tu sais, ô mon Seigneur, que Satan m'a
dressé maints pièges, pour tuer mon corps par
les tyrans et mon âme par ses floches ardentes,
DE LUTHER [1527]. 255

par ses tentations' infernales. Jusqu'ici tu m'as


protégémiraculeusement contre toutes ses fu-
reurs. Protége-moi encore, à mon Seigneur fi-
'"
dèle , si telle est ta volonté. »
» Ensuite il se tourna vers nous deux: (Bugen-
hagen et Jonas), et nous dit : « Le monde aime
le mensonge, et il y en aura beaucoup qui diront
que je me suis rétracté avant dé mourir. Je vous
demande donc instamment de recevoir ma pro-
fession de foi : je déclare, en conscience, avoir
enseigné la vraie parole de Dieu, comme le Sei-
gneur me l'a imposent m'y a contraint. Oui,
je le déclare, ce que j'ai prêché sur la foi, la
charité, la croix, le saint sacrement ; et autres
articles de la doctrine chrétienne, est juste, bon
' ;'-'' ' '"''
et salutaire.
» Beaucoup m'accusent d'avoir été trop vio-
lent et trop dur. Je l'avoue, j'ai quelquefois été
violent et dur envers mes ennemis. Cependàîït
je n'ai jamais recherché le préjudice d'equi 'que
ce soit, bien moins encore la perdition d'aucune
àme. Je m'étais proposé d'écrire sur le baptême
et contre Zwingli, mais, à ce qu'il semble. Dieu
en a décidé autrement. »
» Ensuite il parla dés sectes qui viendront per-
vertir la parole de Dieu et qui n'épargneront 'pas'',
'
disait-il, le troupeau que le Seigneur a rachète
de son sang. Il pleurait en parlant ainsi. « Jus-
254 MÉMOIRES
t
qu'ici, disait-il encore, Dieu m'a permis de lut-
ter avec vous contre ces esprits de désordre, et
je le ferais volontiers encore; mais seuls, vous se-
rez trop faibles contre eux tous. Jésus-Christ me
rassure pourtant ; car il est plus fort que Satan et
toutes ses armes : il est le Seigneur de Satan. »
» Quelque temps après, quand on l'eut un peu
réchauffé par des frictions et l'application ,de
coussins bien chauds, il demanda à sa femme :
« Où donc est mon petit coeur, mon bien-aimé
petit Jean ? » Quand l'enfant fut apporté, il sou-
rit à son père qui se mit à dire les larmes aux
yeux : « O cher pauvre petit enfant, je te recom-
mande bien à Dieu, toi et ta bonne mère, ma.
chère Catherine. Vous n'avez rien. Mais. Dieu
aura soin de vous. Il est le père des orphelins e,t
des veuves. Conserveries, ômon Dieu,, instruis-
les, comme tu m'as conservé et instruit jusqu'à
ce jour. » Ensuite il dit quelques mots à sa femme
au sujet de quelques gobelets d'argent. Tu sais,
ajouta-t-il, que nous n'avons rien que cela. »
» Un sommeil profond lui rendit des forces, et
le lendemain il se trouva beaucoup mieux. Il dit
alors au docteur Jonas : « Je n'oublierai jamais,
la journée d'hier. Le Seigneur conduit l'homme
dans l'enfer et l'en retire. La tempête qui fondit
hier matin sur mon âme} a été bien plus terrible
que celle que mon corps a essuyée vers le soir, .
DE LUTHER, [1527]. 255
Dieu tue et vivifie. Il est le maître de la vie et de
la mort. »
» —Pendant près de trois mois, j'ai langui non
de corps mais d'esprit ; au point que c'est à peine
si j'ai pu écrire quelques lignes. Ce sont là les
persécutions de Satan. » (8 octobre 1527.)
« Je voudrais répondre aux sacramentaires ;
mais si mon âme ne se fortifie, je ne suis capa»
ble de rien. » (ier novembre 1,527.) (( Je n£U pas
encore lu Erasme ni les sacramentaires, si ce
n'est environ trois cahiers de Zwingli. C'est bien
fait à eux de me fouler aux pieds misérablement,
afin que je puisse dire avec Jésus-Christ : Il a
persécuté le faible , le pauvre, celui dont la mor-
tification avait brisé le coeur. » Seul je porte le
poids de la colère de Dieu, parce que j'ai péché
envers lui.; le pape et César, les princes, les évê-
ques, le monde entier me hait et m'assaille : mais
ce n'est pas assez encore, si mes frères mêmes ne
viennent me tourmenter ; mes péchés, la mort,
Satan et ses anges, sévissent sans interruption
contre moi. Et qu'est-ce qui me garderait, qui
me consolerait, si Christ lui-même m'aban-
donnait, lui pour qui j'ai encouru leur haine?
Mais il n'abandonnera pas, à la fin dernière, le
malheureux pécheur, car je pense bien que je se-
rai le dernier de tous les hommesr Oh! plaise,
plaise au ciel," qu'Érasme et les sacramentaires
256 MEMOIRES
un - d'heure lés
éprouvent, quart seulement,
misères de mon coeur! » ( 10 novembre iSsy.")
« Satan me fait endurer de merveilleuses ten-
tations , mais les prières des saints ne m'aban-
donnent' pas, quoique les blessures de mon
coeur ne soient pas faciles a guérir. Ma consola-
tion, c'est qu'il en est bien d'autres qui ont àli-
vrer lés mêmes combats. Sans doute il n'y a point *
de maux que mes péchés n'aient mérités. Mais
ma vie, ma force, c'est que j'ai la conscience
d'avoir enseigné pour le salut de beaucoup" la.
vraie et pure parole du Christ; c'est la ce qui
brûle Satan; il voudrait me voir, moi avec le
Verbe, -noyé et perdu. Aussi je n'ai rien à souf-
frir des tyrans de ce monde, tandis que d'autres
sont; tués y brûles, et meurent pour le Christ;
mais je n'en ai que plus à souffrir spirituelle-
ment dû prince de ce monde. » (21 août 1027.)
«'Quand je veux travailler, ma tête est comme
remplie de tintemens, de tonnerres, et si je ne
cessais à l'instant, je tomberais en syncopé.
Voici le troisième jour que je n'ai pu même rë-,
garder une lettre.' Ma tête devient un petit cha-
pitre , que cela continue, et elle ne sera bientôt
plus qu'un paragraphe, qu'une phrase (càput
nieûm factum est capiliilum, perget verb pZetque pâ-
ràgraphus, tandem périodes).../Le jour où tés
lettres m'ârrivèrent de Nuremberg, j'eus une vi-
DE LUTHER [1527-50]. 257
site de Satan ; j'étais seul ; Vitus et Cyriacus étaient
éloignés. Cette fois il fut le plus fort,, me chassa
de.mon lit,-mé força d'aller chercher des visages
d'hommes. » (12 mai i53q,) ... .. -_
,., « Quoique bien portant, je suis toujours ma-
lade des persécutions de.Satan; cela m'empêche
d'écrire et de rien faire. —-Le dernier jour, je,
le crois ..bien, n'est pas. Ipin de nous. Adieu, ne
cesse de, prier pour le pauvre Luther. » (28 fé--
vrier i52g.)— « On peut éteindre les tentationst
de la chair, mais qu'il est difficile de lutter cpntrë
la tentation du blasphèmejet du désespoir!, J^ous
ne comprenons point le péché, ni ne;savons où
est le remède. ;» — Après une semaine de spuf-
françjss -continuellesr il écrivait : « Ayant perdu
presque mon Christ, j'étais battu des flots et
des tempêtes du.désespoir, et du blasphème. »
• ,}.. ,' ; .' .., . .
(2.apÛt.Ï527.) ., .:_;; .
.. Au.milieu de ,ces troubles intérieurs, Luther,,
loin d'être soutenu et consolé par, ses amis, les
voyait les, ;uns. tièdes., e.^ timidemënj;, sceptiques ;
les autres ,;:lancés, dans,la route du mysticisme
que lui-même leur ..avait ouverte, .et s'éloignapt
de lui: chaque jour. Le premier qui, se déclara fut
Agricola, le che.f'.des Antinomiens (ennemis delà
Lpi^, ,Wpuso verrons, au, ;dernier livre combien
cette polémique, coMr.e un ami si çher^ .troubla
Luther dans ses dermersjours.r . ,. K \ ~.-;.-
258 MEMOIRES
« Quelqu'un m'a fait un conte à ton sujet,
mon cher Agricola, et il a insisté, jusqu'à ce que
je lui eusse promis de t'en écrire et de m'en as-
surer. Ce conte, c'est que tu commencerais à
mettre en' avant que l'oiï peut avoir la foi sans les
oeuvres, et que tu défendrais cette nouveauté'
envers et contre tous, à grand renfort de mots
grecs et'-d'artifices de rhétorique... Je t'avertis:
de te défier des pièges de Satan... A quoi'me suis-
je jamais moins attendu'qu'à la chute d'OEcot
lampadê et de Regius ? Et que n'ai-je pas à crain-
dre maintenant pour ces hommes qui ont été mes
intimes? Il n'est pas étonnant que je tremble
aussi pour toi que^ pour rien au monde, je né
voudrais voir séparé d'opinion. » (^'septem-
bre i52-8;)
« Pourquoi m'irriterais-je contre les papistes I
Tout ce qu'ils me font est de bonne guerre. Nous
sommes ennemis déclarés. Mais ceux qui me font
le plus de mal, ce sont mes plus chers enfans.l,
Fraterculi mei, aurei amiculi mei, eux qui, si
Luther n'avait point écrit, ne sauraient rien de
Christ et de l'Évangile, et n'auraient pas sëeoùë là
tyrannie papale ; du moins, s'ils en eussent eu le
pouvoir.-le courageleur aurait manqué. Je croyais
avoir jusqu'à présent souffert et épuisé toutes les;
adversités';, mais mon Absaîon, Fehfâiit de mon
coeur, n'avait pas encore délaissé son père'; il
DE LUTHER [1528-51]. 259
n'avait point versé l'ignominie sur David. Mon
Judas, la terreur des disciples de Christ, le traître
qui livra son maître, ne m'avait point encore
vendu, et voici maintenant que tout cela a été
fait.
» —Il y a maintenant contrenous une persécu-
tion clandestine, mais bien dangereuse. Notre
ministère est méprisé. Nous-mêmes nous sommes
haïs, persécutés, on nous laisse périr de faim.
Voilà quel est aujourd'hui le sort de la parole de
Dieu; lorsqu'elle vient à ceux qui en ont besoin ,
ils ne veulent pas la recevoir... Christ n'aurait
point été crucifié s'il était sorti de Jérusalem.
Mais le prophète ne veut point mourir hors de Jé-
rusalem, et cependant ce n'est que dans sa patrie
que le prophète est sans honneur. C'est ainsi qu'il
en est de nous... Il arrivera /bientôt que tous les
grands de ce duché l'auront rendu vidé de mi-
nistres de la parole ; ceux-ci seront chassés par-
la faim, pour ne rien dire des autres injures. »
(18octobre 1531.)
« Il n'y a rien de très certain sur les appa-
ritions dont on fait tant de bruit ;ën Bohême ;
beaucoup nient le fait: Quant au gouffre qui s'est;
formé ici, sous mes propres yeux, le dimanche
après l'Epiphanie, à huit heures duisoir,'.c'est
une chose certaine, et qui s?est vue en plusieurs
endroits jusqu'à la mer. Déplus, en décembre,
240 MÉMOIRES
on a vu le ciel en feu au-dessus de l'église de
Breslawj, à ce que m'écrit le docteur Hess; un
autre jour, ajoute-t-il, on a vu deux charpentes
embrasées, et, au milieu, une tourelle de feu.
C'est le dernier jour, si je ne me trompe, qu'an-
noncent ces signes. L'Empire tombe, les rois
tombent, lesprêtres tombent, et le monde entier
chancelle, comme une grande maison qui va crou-
ler, annonce sa ruine par de petites lézardes. Cela
ne tardera point à moins que le Turc, ainsi qu'É-
zéchjel le prophétise de Gog et de Magog, ne se
perde dang sa victoire et son orgueil, avec le pape'
son allié. » (7 mars i52g.)
«Grâce etpaix en notre Seigneur Jésus-Çhrist.
Le monde, court à sa fin, et il me vient souvent
cette pensée que le jour du Jugement pourrait
bien arriver avant que nous eussions achevé
notre traduction de la sainte Écriture. Toutes
les choses temporelles qui y sont prédites. se
trouvent accomplies. L'Empire romain .penche
vers sa ruine, le Turc est arrivé au comble de sa
puissance, la splendeur papale s'éclipse, le monde
craque en tous les coins comme s'il allait crou-
ler.-L'Empire, si l'on veut, s'est relevé un peu
sous notre empereur Charles, mais c'est peut-
être ppug;la dernière fois; ne serait-ce pas comme
la lumière qui, au moment de s'éteindre pour
toujours, jette une vive et dernière flamme?... »
DE LUTHER [1529]. 241
« Le Turc va fondre sur nous ; ce sera, je le
crois bien, le réformateur envoyé par la colère
de Dieu. » (i 5 mars.)
« J'ai chez moi un homme arrivé à Venise,
qui affirme que le fils du doge est à la cour du
Turc : ainsi nous combattons jusqu'à présent
contre celui - ci, en attendant que le pape, les
Vénitiens, les Français, se soient ouvertement et
impudemment faits Turcs. Le même homme rap-
porte encore qu'il y avait dans l'armée du Fran-
çais, à Pavie, huit cents Turcs, dont trois cents
sont retournés sains et saufs dans leur pays, par
ennui de la guerre. Comme tu ne m'écris pas ces
monstruosités, j'ai pensé que tu les ignorais ;
pour moi elles m'ont été racontées et par écrit
et de vive voix, avec des détails qui ne me per-
mettent pas d'en douter. L'heure de minuit ap-
proche où l'on entendra ce cri : L'époux arrive,
sortez au-devant de lui. » (6 mai 1529. )
ADDITIONS

ÉCLAIRCÏSSEMËNSV

Page 1, ligné Y.;—Naissance...-

Coçhloeus prétend, que Luther fut'engendré


par un incube.: Lorsqu'il était moine, ajoute-rfcil,
il fut soupçonné;d'avoir; Gpmmer.eè, avec le dia-
ble. En jour, à l'évangile, à flendroit où iloest
parlé d'un diable spurd êftmuet, s-forcé de quit-
ter le corps d'un ppsjsédé\,hLuther tomba en;
criant ; Noii sum^ nori -sum. -n-r Dans ; un :sermon
au peuple, il dit que lui et le diable, se connais^
244 MÉMOIRES
saient de longue date, qu'ils étaient en relations
habituelles, et que lui, Luther, avait mangé
d'un de sel avec Satan. — Cochlceus,
plus grain
Vie de Luther, préface et pages i et 2.—Voir le
chapitre du diable dans notre,second volume.
Des Espagnols, qui se trouvaient à la diète
d'Augsbourg (153o), croyaient sérieusement que
Luther avec sa femme devait engendrer VAnti-
Christ. Luth. Werke, 1.1, p. 4i5.
Jules-César Vanini, Cardan et François Junc-
tinus, trouvèrent dans les constellations qui
avaient accompagné la naissance de Luther,
qu'il devait être un archi-hérétique et un archi-
scélérat. Tycho-Brahé et Nicolas Prûcker, au
contraire, déclarèrent qu'il était né sous un très
heureux signe.
Plusieurs de ses ennemis le disaient sérieuse-
ment ^£fo et disciple du diable. D'autres préten-
daient qu'il était né en Bohême, parmi les Hus-
sites. Il s'exprime ainsi dans une de ses lettres,
au sujet de? cette dernière assertion : « Il est un
noble et; icélèbre comte y du nom de Mansfèld^
situé dans l'évêché de Halberstadt et là princi-
pauté de iSaxe. Presque tous mes seigneurs-nie
connaissent personnellement, ainsi que 'mon
père. —-Se suis né àÈisïeben,. j'ai été élevé à
Mansfeld, instruit à Magdebourg et à Eis'enach'',
fait Maître et moine àugustin à Erfurt,' docteur
DE LUTHER. 245
à Wittemberg, et dans toute ma vie je n'ai pas
approché de la Bohême plus près que Dresde. »
(Ukert, Biogr. deL., t. II, p. 66*)

Page 5", ligne 24. Martin Luther...

Lotharius, lut-her, leute-herr? chef des hom-


mes, chef du peuple ?

. Page-9., îigne 8. — Tentations...

« Quand j'étais jeune-, il arriva qu'à Eisle-


ben, à la Fête-Dieu, j'allais avec la procession
en habitde prêtre. Tout-à-coup la vue du Saint-
Sacrement , que portait le docteur Stàupitz,
m'effraya tellement, que je suai de tout mon
corps, et crus mourir de terreur. La procession
finie, je me confessai au docteur Stàupitz , et
lui racontai ce-qui m'était arrivé. H me répondit :
« Tes pensées ne sont pas'selon le Christ,.Christ
n'effraie point ; il* console. » ; Cette parole me
remplit de joie et me fut d'une grande .conso-
lation. » (Tischreden, p.« i33,'vërso):; •-
« Le docteur Martin Luther racontait que ,
lorsqu'il était auxîoîti'e à Erfurth,': il avait dit
une fois au docteur Stàupitz. : «:Ah !-che'r-:sei-
gneur docteur, notre Seigneur-Dieu; agït:;d'urie
U6 MÉMOIRES
manière si terrible avec les gens? Qui peut le
servir, s'il frappe ainsi autour de soi ?» A quoi il
me répondit ; «Mon cher, apprenez à mieux
juger de Dieu ; s'il n'agissait pas ainsi, comment
pourrait-il dompter les têtes dures ? il doit pren-
dre garde aux grands arbres de crainte qu'ils ne
montent jusqu'au ciel. » (Tischreden, page i5o,
verso. )
Dans sa jeunesse, lorsqu'il étudiait encore à
Erfurt, Luther fut atteint d'une très grave ma-
ladie ; il croyait qu'il en mourrait. Un vieux curé
lui dit alors, au rapport de Matthésius : « Prenez
courage, mon cher bachelier, vous ne mourrez
point cette fois ; Dieu fera encore de vous un
grand homme qui consolera beaucoup de gens. »
(Ukert, t, I, p. 3i8.)
Luther avait difficilement supporté les obli-
gations qu'imposait la vie monastique. Il raconte
comment, au commencement de la Réforme, il
tâchait encore de lire régulièrement ses Heures
sans y parvenir. « Quand je n'aurais fait autre
chose que délivrer les hommes de cette tyran-
nie , on me devrait de la reconnaissance. »
(Tischreden, page i5o.)
Cette répétition constante et à heure fixe des
mêmes méditations , cette matérialisation de
la prière, qui pesait tant au génie impatient de
Luther, Ignace de Loyola, contemporain du ré-
DE LUTHER. 247
formateur allemand, la mettait alors plus que
jamais en honneur dans ses singuliers Exercices
religieux.
« A Erfurt, Luther lut la plupart des écrits qui
nous restent des anciens latins, Cicéron, Virgile,
Tite-Live... A l'âge de vingt ans il fut décoré du
titre de maître-ès-arts, et, d'après l'avis de ses
parens, il commença à s'appliquer à la jurispru-
dence.. . Au couvent d'Erfurth, il excitait l'admi-
ration dans les exercices publics, par la facilité
avec laquelle il se tirait des labyrinthes de la
dialectique... Il lisait avidement les prophètes et
les apôtres, puis les livres de saint Augustin, son
Explication des psaumes et son livre De l'esprit
et de la lettre : il apprît presque par coeur les
Traités de Gabriel Biel et de Pierre d'Ailïy, évê-
que de Cambray; il lut assidûment lés écrits
d'Occam, dont il préférait la logique à celle de
Thomas et de Scot. Il lut beaucoup aussi les
écrits de Gerson, et par-dessus tout ceux de saint
Augustin. » (Pie de Luther, parMélanchton.)

Page 20, ligne 10. — Trente cardinaux en une fois...

C'est trente et un cardinaux qui furent créés


le i3 juin i5i7- Le même jour, un orage ren-
versa l'ange^qui est au haut du château Saint-
248 MÉMOIRES

Ange, frappa un enfant Jésus dans une église et


fit tomber les clés de la statue de saint Pierre.
(Ruchat, I, 36; d'après Hotting., 19.)

Page 20, ligne 17. — Tetzel...

Il enseignait dans ses prédications que si quel-


qu'un avait violé la sainte Vierge, son péché
lui serait pardonné en vertu des indulgences ;
que la croi*: rouge qu'il plantait dans les églises,
avait autant de vertu que celle de Jésus-Christ ;
qu'il avait plus converti de gens par ses indul-
gences, que saint Pierre par ses sermons ; que
les Saxons n'avaient qu'à donner de l'argent,
et que leurs montagnes deviendraient des mines
d'argent, etc. (Luther adv. Brunsvic. Secken-r
dorf. hist. Lutheranismi, livre I, § 16, etc. )
Comme concession indirecte , les catholiques
abandonnèrent Tetzel. Miltitz écrivit à Pfeffinger,
un des ministres de l'Électeur : « Les mensonges
et les fraudes de Tetzel me sont assez connus ;
je lui en ai fait de vifs reproches, je les lui ai
prouvés en présence de témoins. J'écrirai tout au
pontife, et j'attendrai sa sentence. D'après une
lettre d'un facteur de la banque des Fugger,
chargé de tenir compte de l'argent des indul-
gences,, je l'ai convaincu d'avoir reçu par mois,
DE LUTHER. 249

quatre-vingts florins pour lui-même et dix pour


scri serviteur, outre ce qu'on lui payait pour se
défrayer lui et les siens, et pour la nourriture de
trois chevaux. Je ne compte pas là-dedans ce
qu'il a volé ou dépensé inutilement. Vous voyez
comment le misérable a servi la sainte Église ro-
maine et l'archevêque de Mayence, mon très
clément seigneur. » (Seekendorf, livre I,.p. 62.)

Page 21, ligne 15. — Ilfutsaisi d'indignation...

« Lorsque j'entrepris d'écrire contre la gros-


sière erreur des indulgences, le docteur Jérôme
Schurf m'arrêta et me dit : « Voulez-vous donc
écrire contre le pape? Que voulez-vous faire ? on
ne le souffrira — Eh
pas. quoi ! répondis-je ; s'il
fallait qu'on le souffrît?» (Tischreden, 384 verso.)

Page 21 , ligne 27. — S'adressa à l'évêque.


de Brandebourg...

Sa lettre à l'évêque de Brandebourg est assez


méticuleuse;.ses paroles,- pleines de soumission,
sont loin d'annoncer les violences qui vont bien-
tôt éclater. Il lui envoie ses propositions, ou
plutôt ses doutes; car il ne veut rien dire ni
250 MEMOIRES
dans un sens ni dans l'autre, jusqu'à ce que
l'Eglise ait prononcé. Il blâme les adversaires
du saint-siége. « Que ne disputent-ils aussi de la
puissance , de la sagesse et de la bonté de celui
qui a donné ce pouvoir à l'Église ? » Il loue la dou-
ceur et l'humilité de l'évêque; il l'engage à pren-
dre la plume et à effacer ce qu'il lui plaira, ou à
brûler le tout. (Luth. Werke, IX , p. 64.-)

Page 27, ligne 15. — Sermon sur l'indulgence


et la grâce...

Dans les cinq premiers paragraphes , dans le


sixième surtout, qui est très mystique, il expose
très clairement la doctrine de saint Thomas ; il
prouve ensuite, par l'Écriture, contre cette doc-
trine, que le repentir et la conversion du pé-
cheur peuvent seuls lui assurer le pardon de ses
péchés. —§ IX. « Quand même l'Église déclarerait
aujourd'hui que l'indulgence efface les péchés
mieux que les oeuvres de satisfaction, il vau-
drait mille fois mieux, pour un chrétien, ne
point acheter l'indulgence, mais plutôt faire
les oeuvres et souffrir les peines; car l'indul-
gence n'est et ne peut être qu'une dispense
de bonnes oeuvres et de peines salutaires. » —
g XV. (f U est meilleur et plus sûr de donner pour
DE LUTHER. 251

la construction de saint Pierre que d'acheter


l'indulgence prêchée à ce sujet. Vous devez avant
tout donner à votre pauvre prochain, et s'il n'y
a plus personne dans votre ville qui ait besoin
de votre secours, alors vous devez donner pour
les églises de votre ville... Mon désir, ma prière
et mon conseil sont que personne n'achète
l'indulgence. Laissez les mauvais chrétiens l'a-
cheter ; que chacun marche pour soi. » —
g XVIII. « Si les âmes peuvent être tirées du pur-
gatoire par l'efficacité de l'indulgence, je n'en sais
rien, je ne le crois même pas ; le plus sûr est de
recourir à la prière... Laissez les docteurs scolas-
tiques rester scoîastiques ; ils ne sont pas assez ,
tous ensemble, pour autoriser une prédication. »
Ce morceau, très court, semble moins un
sermon que des notes sur lesquelles Luther de-
vait parler. (Luth. Werke, VII, p. r.)

Page 28, ligne 26. —Zèbre X...

« Autrefois, le pape était extrêmement or-


gueilleux, et méprisait tout le monde. Le cardi-
nal-légat Caietano me dit à Augsbourg : « Quoi !
tu crois que le pape se soucie de l'Allemagne ?
Le petit doigt du pape est plus puissant que tous,
vos princes. » — « Quand on présenta au papp
252 MÉMOIRES
mes premières propositions sur les indulgences,
il dit : « C'est d'un Allemand ivre, laissez - le se
dégriser, et il parlera autrement. » C'est avec ce
ton de raillerie qu'il méprisait tout le monde. »
Luther ne fut point en reste avec les Italiens ;
il leur rendit énergiquement leur mépris. « Si
ce Sylvestre ne cesse de me provoquer par ses
niaiseries, je mettrai fin au jeu, et lâchant là-
bride à mon esprit et à ma plume, je lui mon-
trerai qu'il y en a, en Allemagne, qui compren- '
nent ses ruses et celles de Rome ; et Dieu veuille
que cela vienne bientôt! Depuis trop long-temps,
les Romains, avec leurs jongleries, leurs tours-.et
leurs détours, s'amusent de nous comme de niais
et de bouffons. » (ier septembre i5i8.)
« Je suis charmé que Philippe (Mélanchton)
ait éprouvé par lui— même le génie des Italiens.
Cette philosophie ne veut croire qu'après expé-
rience. Pour moi, je ne pourrais plus nie fier
à aucun Italien, pas même au confesseur de
l'Empereur. Mon Caietario m'aimait d'une telle
amitié, qu'jl aurait voulu,verser pour moi tout le
sang qui coule dans mes veines. Ce sont des
drôles. L'Italien, quand.il est bon, est très bon ;
mais c?est un prodige qui ressemble beaucoup à
celui-du cygne noir. » (21 juillet i53o.)
« Je souhaite à Sadolet de croire que Dieu est
le père des hommes, même hors de l'Italie-;
DE LUTHER. 255
mais les Italiens ne peuvent se mettre cela dans
l'esprit. »(i4 octobre 153g.)
« Les Italiens-, dit Hutten, qui nous accu-
saient d'être impuissans à produire ce qui de-
mande du génie, sont forcés d'admirer aujour-
d'hui notre Albert Durer^ si bien que, pour
mieux vendre leurs ouvrages, ils les marquent
de son nom. (Hutten, III, 76.)

Page 29 , ligne 1. — Fra Luther est un beau génie

Bien avant i523, le.seigneur Conrad Hofmann


engageait l'archevêque de Mayence àpourvdir aux
affaires de la religion, de crainte qu'il rie s'élevât
un grand incendie. Il répondit : « C'est une affaire
de moines, ils l'arrangeront bien eux-mêmes. »

Page 52, ligne 5.—- Ce prince ; par intérêt pour ,-r


sa nouvelle université...

L'université[ de Wittemberg écrivit à l'Élec-


teur, lui demandant sa protection pour le plus
illustre de ses membres, (p. 55. Seckéridorf. )
La célébrité croissante de Luther amenait a Wit-
temberg un concours immense d'étudians. Luther
dit lui-même : Studium nostrum more formica-
254 MÉMOIRES
rum fervet. Un auteur presque contemporain
écrit : « J'ai appris de nos précepteurs que des
étudians de toutes nations venaient à Wittem-
bergpour entendre Luther et Mélanchton; sitôt
qu'ils apercevaient la ville, ils rendaient grâces
à Dieu, les mains jointes; car de Wittemberg,
comme autrefois de Jérusalem, est sortie la lu-
mière de la vérité évangélique, pour se répandre
de là jusqu'aux terres les plus lointaines. (Scul-
tetus in annalibus, an i5i7,p. 16, 17. Cité par
Seckendorf, p. 5g.)
Toutefois, la protection de l'Électeur n'était
point très généreuse, ceCe que je t'ai déjà dit, mon
cher Spalatin, je te le dis et te le répète encore,:
cherche bien à savoir si c'est l'intention du prince
que cette académie s'écroule et périsse. J?aimerais
fort à le savoir, pour ne pas retenir inutilement
ceux que chaque jour on appelle ailleurs. Ce bruit
s'est déjà tellement accrédité , que ceux de Nu-
remberg sollicitent pour faire venir Mélanchton,
tant ils sont persuadés, que cette école est déser-
tée. Tu sais cependant qu'on ne peut ni ne doit
contraindre le prince. » (ier novembre 1,524.)
Après la mort de ^Électeur, Luther envoya,
à Spalatin un plan pour l'organisation de l'uni-
versité. (20 mai i525.)
DE LUTHER. 255

Page 52, ligne 7. —- L'avait toujours protégé...

L'Électeur écrit lui - même à Spalatin, l'affaire


de notre Martin va bien, Pfeffiriger a bonne es-
pérance. (Seckendorf, p. 53.)
Il fit dire à Luther qu'il avait obtenu du
légat Caietano que celui-ci écrirait à Rome pour
que l'on remît à de certains juges le soin de dé-
cider l'affaire ; que jusque là il patientât, et que
peut-être les censures ne viendraient point. (Sec«
kendorf, p. 44-)

Page 52, ligne 27. — La: sainte Écriture parle avec


une telle rnajesté qu elle n'a pas besoin... . .

Schenk avaitété chargé d'acheter des reliques


pour l'église collégiale de Wittemberg ; mais, en
152Ô, la commission fut révoquée, et les reliques
renvoyées en Italie pour y être vendues à quelque
prix que ce fût. «Gai- ici, écrit Spalatin, le bas
peuple les méprise, dans la ferme et très légitime
persuasion qu'il suffit d'apprendre de l'Écriture
à avoir foi et confiance en Dieu 3 «ta aimer son
prochain. » (Macérée, p. Sy, d'après làvié de Spa-
latin par Schlegel, p. 5g. Seckendorf. I, p. 223.)
25G MÉMOIRES

P. 56, ligne 15. — Le légat Caietanô...

Extrait .d'une relation; des conférences, du car-


dinal Gaietano avec Luther.
Luther ayant déclaré que le pape n'avait.de
pouvoir que salvâ Sçripturâ, le cardinal se moqua
de ces.paroles, et lui dit.: « Ne sais tu pas que le
pape est au-dessus des conciles ? N'a-t-il pas tout
récemment condamné et puni le concile de
Bâle ? » Luther ; « Mais l'université de Paris en
a appelé. » Le cardinal : et Ceux de Paris seront
punis également. » Plus tard, Luther ayant cité
Gerson, le cardinal lui répliqua : « Que m'im-
portent les Gersonistes? » Sur quoi Luther lui
demanda qui donc étaient les Gersonistes ? « Eh!
laissons cela, » dit le cardinal, et il se mit à parler
d'autre chose.
Le cardinal envoya au pape la réponse de
Luther par un courrier extraordinaire. Il fit aussi
dire à Luther, par le docteur Wencesks, que
pourvu qu'il voulût révoquer.ce qu'il avait avancé
sur,les indulgences, l'affaire serait tout arrangée.
« Car, ajouta-t-il, l'article sur la foi nécessaire
pour le,saint sacrement pourrait bien se.laisser
interpréter et tourner. »
Pendant que Luther était à Augsbpurg, il fut
DE LUTHER. 257
souvent prié de prêcher dans celle ville, mais il
refusa 'constamment, /avec civilité;, il craignait
que ,1e légat ne'crût qu'il le ferait pour le railler
'
et le braver. .'-.- -V . -• , ':'.--i--:
Luther dit en s'en retournant d'AUgsbourg :
« Que s'il avait quatre cents têtes, il voudrait
plutôt les perdre toutes que de révoquer son
article touchant la -foi. »' — «Personne en Alle-
magne, dit Hutten, rie méprise plus là mort que
Luther. ».
Dans la Protestation qu'il rédigea après ses
conférences avec Caietano, il offrit à -.celui-ci
d'exposer ses opinions dans un mémoire,, ël de les
soumettre au jugement des trois universités de
Bâle, de Fribourg (en Brisgaw) et de Louvàin;
même^ si on le demandait, au jugement de l'u-
niversité de Paris, « estimée de tout temps la plus
chrétienne et la plus savante. »
Lettre de Luther à l'électeur de Saxe pour se
défendre contre les accusations du cardinal Caie-
tano. (19 novembre' 15x8.; ) « Une "chose^m'af-
flige vivement,:c'est que le seigneur légat parle
malicieusement dé vôtre Grâce électorale comme
sifje-me fondais sur elle en entreprenant toutes
ces; choses. U yà .de même, des menteurs parmi
nous. qui avancent, que 'c'est d'après:, l'exhorta^
tion et le conseil de votre "Grâce; que: j'àicom^
mencé à discuteiyla'question.-, des indulgences;;
.-•?=, '':-' "' -. 17
258 MÉMOIRES
et cependant il n'est personne,.parmi nies-plus
chers amis j qui ait été-instruit d'avarice de mon
dessein^ excepté ^naesséigïieufs l'archevêque de
Magdebourg et l'évêque de BrandebôùfgJ.. »'

, Page44,;ligne.2. — Examiner l'affaire par des-jugés


non. suspects.^. - .. ','. ;-....
l

Les légats se réduisaient cependant à demander


qu'on brûlât les livres de Luther. «Le pape, di-
saient-ils, ne veut pas souiller ses mains du sang
de Luther. » (Luth, opéra, II.)

Page 46, ligne 4. — Mîlixtz changea de 'ton.;.'

,-En ÏSW> les adv^rsaîrësde Luther s'étaient


divisés, en; deux partis ^représentés "par Éck et
MiltitZ'.; Le 5premier j quicdisputé publiquement
contre rjjtither -b'croit son ^honneur et sa réputa-
tion de théologien engSgés à "obtenir-ùriëTëirâé-
tatiori formelle de Luther ou sa coridànlriatiôB
par le pape comme hérétique. Eck poussé- aux
mesures;Violentes. Miltitz-j ail contfâiïey'qui est
l'agerit€ireçt du sàmt-^sïége-, voudrait cpritciliër
les choses\ Il accorde tbut^à Luther, parle comme
DE LUTHER. 259

lui; même de la papauté , et ne lui demande que


' - ; •'
le silence.
Le 20 Pctobre iSâo, il écrit que, si Luther
s'en tient- à ses promesses, il le délivrera de la
bulle, qui rie doit avoir;son effet que dans qua-
tre mois. Le même jour il écrit à l'Électeur pouf
lui demander de l'argent-afin .qu'il ait de quoi
envoyer: à Rome pour''se faire,, près du; pape,
des patfonsi'pour combattre, les 'malicieuses dé-
lations et les honteux mensonges d'Eck contre
Luther. Il l'invite à écrire lui-niênîe au pdritifë,
et *&. envoyer aux jeunes -cardinaux, pareris' -d'il
pape^deux ou trois pièces d'or a son' effigieét au-
tant enargent afin de sé'les concilier. Ënfîiïil le
supplie dé lui continuer sà^pérision et de lui don-
ner;à lui-même quelque chose,; Car ce qu'il avait
orileliïi a ; «- -•-- - :"'\: ' -
rëçu^ volé.
-Le i4 octobre , il écrit que Luther consent à
se tairev si ses adversaires -'veulent garder le si-
lence. Il promet, que les choses n'irontpâs comme
l'espèrent Eck et sa faction, il engage encore
l'Électeur à envoyer quarante ou cinquante flo-
rins au cardinal quatuor Swictorum (Seckendorf,

Ce Miltitz était un assez bon compagnon. Dans


une lettre à l'Électeur,'où=il xëclamelè'pâiemént
il raconté 5
dé'sa: pension 3 qu'étant-'&;; Sldlpa^
avec l'évêque dé Misniè, ilsbùvàièrit jdyëusënîerit
260 MÉMOIRES'

ensemble lorsque sur le sqir on apporta un petit:


livre de Luther, contre l'official de Slplpa ^l'é-
vêque s'indigna, l'official jura; mais lui,.il ne fit
qu'en rire, comme fit plus tard, le duc George
qui s'en, amusa beaucoup.. (i520.) (Seckendorf,
LI,p..98.)
Le docteur, Wolffgang Reissenbach raconté
que Luther et Miltilz, l'un avec trente chevaux,
l'autre accompagné de quatre seulement, tin-
rent le il octobre, à Lichtenberg ; qu'iJsy vé-
curent jpyeusemen t, son. économ e leur. fournis-
sant en abondance tout ce, qui était nécessaire, il
ajoute qu'il avait mieux aimé se trouver absent.,
parce qu'il ; n'aime pas Mil titz qui lui. alait per-
dre six cents florins. (Seckendorf, 1. I, p.'.'Qg, )
Miltitz.i finit dignement : on diï qu'un jour
après de copieuses libations, il tomba dans le
1alors
Rhin près de Mayence,ét.s'y noya. II.avait
sur lui cinq cents, pièces d'or- ( Seckendorf}
1. ï, p. II;7.) ., - .< ; : :<
...

Page 40, ligne 7 — Ljui avoua qu'il avait, enlevé.le monde


à "soi...

, Les livres de Luther,avaient en •effet déjà une


grande,: vogue. Jean Froben, célèbre.imprimeur
deBàle^lûî.écrivit le 14'février- tSig que sesliyres
DE-iLUTHÈR. 261
-sônVJus el:app.roûvés, -à Paris tnêoié-, 1 et jusque
dàosJa'Sbrbprine^'qïï'il rie lui resté pîlis -u'n seul
.exemplairedê:t0us^céûx qu'il -avait'rëiiripïinVês'à
'jBàïè"5'iqu*'4Ï--'.sôrit dispëïsés;éri Italie, en Espagne
réi ailleurs]; partout ^approuves^dés^doctéûfs.
: - '-^ ''••' "•'' ?*''
(Seckeridoi'fyl<;r:,'p;i63;)'*?.

Page il,\igxia^,;-—^Nojy,cqni£}il d'al^çrise. défeiylrfi^;.

i, SSoyagedeLulheE-àiLéipsig^
•jGartaslad •seulosur luiï.?clî^ribt,iXît précédant tous
. les.i.auti'es:}'' mais éune/roue. «tétant ibrisée^près'de
l?églis.e,§aiiit-Pau^
sidérée cp.mme'unimauva-is.présage pour Jtiii#û'is
-venait Jelchàriot, deiBàrnirir^p'rince^deîBomérà-
-riiëjïqui^lprs étddiaitià;,VRiltemberg etportâit^e
jtitre deirëGjteuEfapriorairei \A' ses côtés Jetaient Lu-
«ihér/etiMélaricî^Qn^ûri :grand!n:ômbr,ejd^iudians
. de, :TOl^ead3erg-iacç.Pri)pagn^ieiiti sniârmes la^voi--
•£ûre>-.»<(ig juin ]Û5H)^{(Seckendorf, ldf^pi:g2:i)ïi
-.; ;rEckr râcôrile3 -son; entrevue; avec LudîerrÇqû^I
jappèlfo^olf^hëno^îenian^
pendàrd)VL «^Luther:! vint, eri, grande poinpej4
Leipsig^;ayecidfiJJ*ijceritS:fétudiarisi de Witiein-
.bergj quatre,docteurs:^ troisilieènciés^ plusieïffis
.maîtréset un-grand riùiribré de ses' partisans y île
262 MÉMOIRES
docteur Laug d'Erfurth, Egranus, un prédica-
teur deGoi'litz, un bourgeois d'Anneherg.j. dés
schismatiques de Prague, et des picards (hussites),
qui vantent Martin, comme un grand.dôçteûr de
vérité, comme l'égal de.Ièur Jean Huss.irietz. La
dispute fut arrêtée'pour le 20 juin; j'accordai
que ceux de Leipsig ne seraient pas juges, quoi-
qu'ils fussent bien disposés pour moi. Par toute
la ville il n?était bruit que de ma défaite, et per-
sonne n'osait me faire société. Moi, comme un
vieux docteur, j'étais là pour faire tête à tous.
Cependant le prince mierivoya^un bon* cerf- et
donna: une biche à Garlostad, ooritre: lequel je
devais aussi disputer.. Là citadelle fut -magnifi-
quement préparée ipouf nous servir de charripdè,
bataille. Le lieu était gardépar soïxante-seizë/sol-
daîs. pour nous défendre eiï cas de besoin-, 'contre
les.insultes de>ceux dé Wittemberg et'dès;Bohé-
miens..ri; Quand Luther vis 1bieh
entra, je -qu'il
ne voulait pas, disputer, ..ull refusa de reconnaître
aucun ejespèce:de juges.; Je-lai proposai les Com-
missaires dû prince (leïdûè George^,- l'université
deLèipsig,' ou, tout;•autre- université qu'il vou-
drait- choisir,en Allemagne ', ou si, l'Allemagne lui
semblait- trop petite, ,ew Italie, en France y en
Espagne. H refusa: tout/Seulement à la fin;iî Con-
sentît à convenir d'un, juge avec moi, et à dis-
puter, pourvuqu'jl lui fût permis de publiér-en
D£ LUTHER. 265

allemand les actes de la conférence. Je ne pouvais


accorder cela. Je ne sais maintenant quandnous
coiiimencerbnsi.... Le sénat qui craint que ceux
de Wittemberg n'exécutent leurs menaces., a,
:1a nuit dé soldats les 1 maisons
dernière,, garrii
voisines. » (Seckendorf^ l.£, p, î&5-*6i). -^ '-^e
; ,.3VfoseJlanus', .de- : Sgrecque
prpfèssejlif langue
à Leipsig. et qui ; lut- chargé, d'ouvrir les -cônfé-
jrences par un discours au nom dû prince, rap-
pprte:daris;ynê;lettrerà'PirMïehrier^iqu-dn savait
.enfin, choisi pojir, jv4gesdesïdpctfeûrsd'Er-furthét
de Paris., Mosellapus ;est':favQrableià*::Luthéri
«Eck, dit-il jfpar;ses.:oris,'§a figureàfo soldât^ ses
regards, de, travers ,!.:ses: gestes;:d'histripn j^seirii-
blait^un petit •furieuxijï:;se;iyaniiirit isânsiieesse^
affirmant-jdes; choses.:fausses}. iiiàritimptidëmt
ment^des; cJios^;îvr^ies;«:i>i:l!lSeekendôr;f y \ï'%

Page 47, ligne 25.—Le prince qui le protégait ..

. Luther ne dut plus douter de la protection


deJ'Élecleur, lorsque Spalatin, le confident de
ce prince, traduisit en allemand et publia son
livre intitulé Consolation a (ous les chrétien',.
(fé\rier iSao.)
264 MÉMOIRES

Page 48, ligne t. — Pour qu'ils vinssent disputer avec lui...

... -A cette époque, Luther,; encore peu arrêté


dans ses idées de réforme, cherchait à s*éclâifer
sur ses'doutes par la discussion ; il demandait,
il sollicitait les conférences publiques. Le Ï5*jari-
vier i5a0j il éérivit à l'Éiripereur : -.' ^
;. «rYoici bientôt trois ans que je souffredës'co-
lères saris un y et d'Outrageantes injures j que je
suis exposé a mille périls et à tout Ce-que* mes
adversaires peuvent inventer'de mal eontréiiioi.
En vain j'ai demandé pardon- pour mes-paroles,
en va.in;j?ai offert.de garder le silence, -en vain
j'ai proposé des: conditions de paix,- en vain j'ai
prié que l'on voulut-bien m'^clairer si j'étais dans
l'erreur. L'on n'a rien écouté; l'on, n'a fait qu'une
chose, préparer ma ruine et celle de l'Évangile.
Puisque j?ai vainement tout tenté jusqu'à pré-
sent, je yeux , à l'exemple de saint Athànase,
invoquer la majesté impériale ; j'implore donc
humblement votre Majesté, Charles, prince des
rois dé là,terre, pour qu'elle ait pitié;, non pas de
moi, mais de la cause de<lâ vérité, pour laquelle
seule il vous a; été donné de porter le ^glaive.
Qu'on me laisse -prouver' nïa doctrine-; je vaïn>-
crai, ou je serai vaincu; et si je suis trouve"im-
DEi/LUTHER. 265

pie ou hérétique, je'.rie veux point dé protection


ni de miséricorde. » (Opéra latinâ Lutheri. Wit-
temb'.<, II,.42i) '.]c-; '/e-v'-^v-',^ ^ u% . "\:;-^-i
Le 4 février; il écrit; encore à l'archevêque de
Mayence et à l'évêqûê de- Mersëboûrg des lettres
pleines de soumission et de respect,, où il les sup-
plie de nepâs croire les dalooinies que l'oïïrépand
sur son compte. ; il ne;deman'dè qu'à s'iristriiilSe;,
qu'à: éclâircir ses doutes. -(Luth'. pperâ^ilLj -44*):

Page'51, lignée.-'—^J^fs'qué'là'bulié),..^;'','''''''^'

- Les cicéroriiéris delà les Sa-


cbûrpèritifioale:
dolets; étc;, avaientdéployé toute leur-science,
toute leqr littérature'pour écrire la bulle de
Léon X. Leur belle invocation à' tôuslës^àints
contre Luther rappelle évidemment' là rameuse
péroraison du discours de Cicéron, Dé Sijfiriis ",
dans laquelle il adjure tous les dieux de venir
témoigner contre Verres qui^a outragé leurs au-
tels. Par rrialheùr, les secrétaires dû pape, plus
préoccupés des formes oratoires de l'antiquité
que de l'histoire de l'Église, ne; s'étaient point
aperçus qu'ils évoquaient" contré Luther celui
niême sur'lequel : M Èxsurge,
s'appuyaii'Lulhér
lu quoque , quoesumus , Paide, qui Écclesidm tua
266 MEMOIRES

doçtrùiâillustrasti. Surgitjiovus Porphyrius.:. —r-


(Lutheriopera, II, 5a.)0. - .'.-;:;•:-;K::;
Léon X, en condamnant dans cette: bulle les
livres de; Luther, lui .offrait de nouveau un sauf-
.conduitjpour se rendre'à^Rpme, et promettait
delui.payer-ses frais.dé:,voyagë. ;-•::]
; , Lesruniversités de Louyain et de Cologne -ap-
prouvèrent là bulle: du pape, et s?attirèf ent Mnsi
les; attaques; de Luther, ili; les accusa d'avoir in-
justement condamné Occam, Pic de la Miran-
dole , Laurent Valla, Jean Reuchliri.. Pour .
affaiblir, dit, Çochloeus, Ijaiitprité de ces univer-
sités, il les attaquait sans cesse dans ses.livres ,
mettant en marge, lorsqu'il rencontrait un bar-
barisme pu, quelque, chose de mal di%'.;• comme à
Louyain, .çommet a, Cologne,. lovanialiter:, rco-
fonia|i^r j^tc, ;(Çocnlaîus,tp,-22v.) ., Ç ,;(;r
. A Cologne, à Mayence, :et dans tpus les «états-
héréditaires de Charles Y, ;, on brûla, dès i f 20 ,
les hyres, de Luther. (Coçhla3us^p.a5.)::-:.::

Pagé'52, ligne 26 —Aucun d'eux plus éloqueinpienl


- '; •'' \'-V):''" ' ' *~'" ''""'
qiwlûi:;...

Il écrivait, le 29 ripvèrnbre i52i auxÀugus,-


ti'ns de Wittemberg : « Je sens, chaque- jour
combien il est difficile de^déposer les scrupules
DE. LUTHER. ,267

quel'on a conservés long-temps. Oh ! qu'il m'en a


coûté de peine:, ^quoique j'eusse l'Écriture de
mon côté, pour nie justifier par-<jevant. moi-
même de ce que seul j'osai .m'éLeyér contre, le
pape et le tenir pour l'Antichrist ! Quellesn^ônt
pas été les tribulations de mon coeur! que de
fois ne me suis-je pas opposé avec amertume à
cet argument .des papistes ^ « Es-tu;;séul r,sage ?
Tous les autres se tromperaient-ils, se seraientr
ils trompés depuis.,si Ipng-t.ërrips;? que; sera-ce
si tu te trompes et que tu entraînes dans ton
erreur tant d'âmes qui seront éternellement
damnées? Ainsi je me débattais avec moi-même,
jusqu'à ce que Jésûs-Ghrist, par sa .propre et
infaillible parole, me fortifiât et dressât mon
çGeur^conîre, cet .argument, ,çpmm.erun rivage de
rochers^ dressé contre Içs flot s, .se.pt de toutes
leurs fureurs... » (Luth. Briefe, t. 11^ p. 107.) ;

Page 56, ligne 2g. _ Ll se fondait alorj sur saint Jean... ;.

« H faut procéder dans l'Evangile de saint


Jean j -,]d'apr,ès,,un tout-, autre point ,de ;y,uçcque
dans les; autres, évaogéiistes. L'idée.d^ çétéyanr
gile., c'est;. que, l'homme ne peut-rien., n'a, rien
de.spi-rmême, 'qu'il ne tient rien,,] que; de, Ja.jj»ir
séricorde. divine... Je le répète, et; Ie-répètcrai :
266 •MEMOIRES

Celui quiiveul s'élever à, une pensée, à une spé-


. culatiôn=salutaire sur'Dieû'7 .doit tout subordon-
ner;-à l'humariité du Christ. Qu'il se la représente
'saris-'Gë'sstî>dans-son action "ou dans sa passion,
jusqù'à^éê-qûe son coeur Vàniollïssc. Alors qu'il
rie s'arrêtè'pas'là'i 1 et pousse
qu'il'j pénètre plus
forn^Ial^riséé/^èéti^^ volonté, mais
pàr%eljë>dè':Diëu le Père-pique Jésus fait ceci et
cela:. C?èstlà qtfil côtoriîéhcerâ'a'goûter la dou-
ceur infinie de :îà volonté Jdû'père; révélée dans
!'huiriàriîtéLdûrGhrist: ;>>:^fr

Page 60, ligne 5.— On s'ai radiait ses pamphlets...

Lo célèbre peintre Lucas Cranach faisait' des


gravures pour les opuscules de Luther. (Secken-
dorf, p.- i/i8.)

Page 6t>'ligne' 2^ —s'iSi qu'é^uëMnprimeur dppoHâit âusbin


aux-ouvrages des papistes > on le tourmentait...

''-JjDeïriïêiriëàiÂugsbourgr'Là corifëssiôri^d'Aûgii*-
bbUfgrut îîriprimée et-répànduë dans'tbûtëaPAî--
lemagrié avant- la fin même'de là'diète5;-;la;;m-
Sutatiorii-dës;; -dôrit REmpërëuï<5aviait ;
catholiques
ordonné" l'impressiori^ fui remise'' àiix^inipïi--
'
D^;-LUTHER. 260

lueurs,.mais neparut,pas.-; Aussi'Lflther,rreprp-


chantaux,ca.thpliques de ne pas .oseivla-publier,
appelle cette réfutation, un oiseau, de nuit, un
hibou* une.çjiftuve-soûris (noctua: et vfisp£rtilio ).
: - •
(GqchfeusV 20,2.), ,-'.

Page 61, ligné 7. r— Lulheiï avait fait appel à laupblesse,.

« A sa Majesté impériale et à la.rioblessechré-


tienne de la nation allemande, le, docteur Martin
Luther. .(i520.) : ,,. y.; :
» Grâce et' force dé notre ^Seigneur .Jésus*..
Les Romanistes ont habilement élevé autour
d'eux trois murs, .au moyen desquels/ils .se sont
jusqu'ici protégés contre touteréfprme > augrapd
préjudice de toute; la chrétienté. D'abprd ils pré-
tendentque le pouvoir spirituel est au-dessus du
pouvoir temporel; ensuite,- qu'au .pape seul il
appartient d'interpréter la Bible ; troisièmement,
que le pape seul a droit de convoquer un con-
cile. . , . ; _ ,-"-,... , :;
,',3>SurceJ,p,uisséDieu.nous,étreièn aide et:nous
donner une de ces,trompettes qui Renversèrent
jadis les murs de Jéricho, pour souffler;bas ces
murs de paille et de papier, mettre enjlumière
les ruses et les mensonges du diàble^set;-recou-
270 MÉMOIRES
vrer. par pénitence et -amendement la grâce dé
Dieu. Conimençoris par le premier mur.'
» Premier mur. . Tous lés chrétiens sont de con-
dition 'spirituelle, et il n'est entre eux d'autre
différence que celle qui résulte de la différence
de leurs fonctions, selon la parole de l'apôtre
(I. Cor. XII) , qui dit « que nous sommes tous un
même corps', mais que chaque membre a un of-
fice particulier, par lequel il est utile aux autres. »
» Nous avons tous le mêm,é baptême, le même
Évangile, làmêrne foi, et nous sommes tous égaux
coriime chrétiens.,... Il devrait en être du curé
comme du bailli ; que pendant ses fonctions il
soit au-dessus des autres ; déposé, qu'il rede-
vienne ce qu'il a été, simple bourgeois. Les ctt-
racteres indélébiles ne sôrit qu'une chimère.
Lé pouvoir séculier étant institué de Dieu, afin
dé' pûftir'lés méchans et de protéger les bons',
son' ministère devrait s'étendre sur toute la, chré-
tienté, sans considération de personne, pape 5
évê'queymbine, religieuse ôû'aûtrè', n'importé.:.
Un prêtre a%-il été tué :'tout le pays est frappé
d'interdit. Pourquoi n'en est-il pas de mêriïe
après le meurtre d'un paysan? D'où vient'Une
telle différence ëûtrë; dés'chrétiens que; Jésus-
Christ appelle égaux ? Uniquement des lois et dés
' " ,!
inventionshumaines...
"
» Deuxième mur... Nous sommes tous prêtres.
DEXTJ.THER. 271

L'apôtre ne dit-il pas (I. Cor. ii) : « Un homme


spirituel, juge toutes choses et n'est jugé par per-
'
sonne ? » Nous avonstoûs un même'esprit dans
la foi, dit.ehcoré.l'Évarigile, pourquoi rie seriti-
fions-nous pas, aussi bien t^ue les papes qui
sont souvent des mécréans,, ce qui est cpriformé
ou contraire •' ; ' .
à là foi ? .
f » Troisième mur:ii Lés premiers conciles ne
furentpas Convoqués par les papes. Celui -dé Ni-
cée lui-même fut côrivoquépâr l'eippereur Cons-
tantin..... Si les:ennemis surprenaient ùrie ville,
l'honneur serait à celui qui, le premier, crierait
aux armesj qu'il fût bourgmestre" pu rion.-Poûr-r
quoi iï'«ri-serait-il pàsdè rnêmë -de celui qui ferait
sentinelle contre nos erinetniS; déPenfér; et ; les
voyant s'avancer, Tas'semîsïérait Xè préîmer'ïés
chrétiens contré eux? Faùt-il pour cela qu'il soit
'':'- "--:-.. .,'.-, \::-' ^-,':.. ''r:
pape;.. ,i>
¥oici en résuïné les réformrés qûë" préposé
Luther : Que le pàpé dimmùè lëluxë dôrit il est
entouré, et qu'il se rapproche de la pauvreté'de
Jésus-Christ. Sa cour absorbe des sbinmès im-
menses. On^a calculé qûe:plus de trois cent mille
florins allaient tous lès ansd'Altèlriaénë'àRëirié.
Douze cardinaux suffif àiefitpëvtë'serait âûpape
à lés ; nourrir; Pourquoi: les Allemands se lâissé-
raient-ils dépPûilfër ' par lés'cardiriaulé qui crivà--
hissent, toutes les riches -foridâtioiîsî, ëfc q^ui ëîi
272 " MÉMOIRES

dépensent les revenus à Rome ? Les Français-ne


le souffrent — Que l'on ne donne plus rien
pas.
' au contre les Turcs;
pape pour être employé ce
n'est qu?un leurre, un misérable prétexte, pour
tirer dé nous de l'argent.— Qu'on cessé de lui
reconnaître le droit d'investiture. Rome attire
tout à soi par les pratiques les plus impudentes.
II est en cette Ville un simple courtisan qui pos-
sède vingt-deux cures,, sept prieurés et quarante-
'' " *v
quatre prébendes, etc. :- -.-. \ ; v!
Que l'autorité séculière n'envoie plus à Rome
d'ares•-, pomme pri fait depuis cent ans.—
Qu'il suffise -, pour l'installation'des évêques,
qu'ils soient confirmés, par les .deux évêques les
plus voisins, ouparleur archevêque, conformé-
ment, au'concile de Niçée.,— « Je veux seule-
ment, en écrivant ceci, faire réfléchir ceûxqui
sont disposés à aider la nation allemande à rede-
venir .chrétienne,.- et libre après. Je déplorable
gouyernerrient du pape, ; ce gouvernement ariti-
chrétien. >> • ->-,-. v . .'.;.-;'
Moins de pèlerinages e» Italie. -.—: Laissons
s'éteindreJes ordres mendians..,Us ont dégénéré
et ne remplissent pas le but de leurs fondateurs^
-r? Permettre Je/mariage des. prêtres. —-.Suppri-
mer,un-grandnombrc! de.fêtes, ou les, faire coïn-
cider ayeè les dimanches.; Abolir les,fêtes de; pa-
tronage, si préjudiciables aux bonnes moeurs. ~
DE LUTTER. 275

Supprimer des jeûnes. « Beaucoup de choses qui


ont été bonnes autrefois rie le sont plus, a pré-
sent. » — Eteindre la mendicité. Que chaque
cominune soit tenue d'avoir soin de ses pauvres.
— Défendre de fonder des messes •—
privées.
Examiner la doctrine des Bohèmes mieux qu'on
n'a,fait, et se joindre à eux pour résister à la
cour de Rome. -— Abolir les
décrétâtes;—Sup-
primer les maisons de prostitution, r
« Je sais encore une; autre chanson sur Rome
et les Romanistes ; si l'oreille leur démange .,;je
la leur chanterai aussi, et je monterai jusqu'aux
derniers octaves. Me comprènds-tu , Rome ? »
(Luth. Werke, VI, 544-568.) . -'..-,

Page 62, ligne 25. — Je rie voudrai:s pas qu'on fît servir
à la cause de l'Evangile ia violence el le meurtre..'.

Il voulait que l'Allemagne se séparât paisi-


blement du saint-siége : c'est eri ce sens qu'il
écrivit en iSaô' a Charles-Qûint et aux riobles
allemands pour les engager à renoncer à l'o-
bédience de Rome. « L'Empereur s disait-il,
a égal pouvoir |sur les clercs et sur les laïques ;
la différenee^eritre ces deux, états.n'est qu'une
fiction, puisque, par je,baptême, nous devenons
tous prêtres. » (Lutheritopera., II, p.; .20.) ,
274 MÉMOIRES

Cependant ,',sï l'on -en croit l'autorité'assez


1il est vrai il aurait'.; dés
suspecté'; , de 'Côchï§eus,
éétïé époque même, prêché là "guerre contre
Rôriié. 4- « Que l'Empereur, les rois, lés prihéës
1le cette pesté du
ceignent glaive et-""'-frappent
inonde: II faut eri finir par Fépéë"; il n'y'âpfo'int
d'autre rernèdè; Que veulent dire ces hommes per-
dus^ pTÎvés;;delsëns commun': que c'est lace que''
doit faire l'Antichrist. Si nous avons deêpPtërices
p-ôÏÏr lés'voleurs!, des hâ'chês pour les brigands,
dés>bûcliéïs pour les hérétiques, pourquoi n'àû^
1
rions-nous pas des .armes' pour ces maîtres dé
1
perdition-, ces' cardinaux',' ces papes,' toute cette
tourbe de la Sodomë rornairie qui corrompt
l'Église de Dieu ? pourquoi ne laverions-nous
pas nos mains dans leur .sang ? » Je rie sais de
quel ouvragé, de, Luther,vGpchlseus a tiré ces pa-
roles, (page 22.)

Page 65, ligne 19. — ffutten..<j>ôur for nier une, ligue entre
yies villes, eï les nobles du Rhin...

DèsTouyertûre de la diète ,'i'l s'était ; ériquîs


âsûpres dé àpalàtîn de la conduite qûé l'Électeur
fSèrMràif. eri cas dé gûëfre.'On avait lieu de croire
qu'il soutiendrait'" son théologien , la gloire
DE' LUTHER. 275
dé son université/ « Qui]ignoré, lui écrit: Lur
ther, que le prince Frédéric est devenu j pour
la propagàtibri de là littérature;, l'éxemp'lè de
tous' lès-princes? 'Votre Wittemberg hébraïsë
et hellénisé 'avec bonbëûrV TJes préceptes de Mi-
nerve y gouvernent lés "arts 'mieux:que janiàisj
la vraie théologie du Christ y triomphe. » ïl écrit
à Spalatin ( 3 octobre i52o : ) « Plusieurs ont
pensé que je devais demander à notre bon prince
de m'bbtetiir un édit dé î'Eïnperèûr, pour que
personne ne pût me condamner sans que j'eusse
été convaincu d'erreur par l'Écriture. Examine
si cela est à propos.; »,On yoit.par qe. qui suit,que
Luther croyait, aussi pouvoir compter sur: la
sympathie des peuples de l'Italie. « Au lieu de
livres, j'aimerais mieux qu'ori pût multiplier les
livres vivans, c'est-à-dire les prédicateurs. Je
t'envoie ce qu'on m'a écrit d'Italie sur ce sujet.
Si notre prince le voulait, je ne crois pas qu'il
pût entreprendre d'oeuvre plus digne de lui. Le
. '''.'.T-- -i :'-•"•->
-i-;:.':-;'"?;.-.i';'.'f:ii.iC'i riL.=
J? ii'J»>:.f ' /> l ':i
-=
petit peuple d'Italie y. prenant part, notre cause
eri recevrait ûrièr,grande force. .Qui, sait , Dieu
lés ' Il
peut-être' Isûscitïer'a, nous; garde notre
prince, afin* dé faire agir la parole divine par
"^-\ T •:•<-.';,•* !'- .":.'}''-n-.i 'iivn. v.i.uï:fi c i-.i ;:-.-.;'V:i'-.'
son iriterriîédiairê. Vois donc ce que tu pourras
-' J}--!i •:: --r . -';sJ;'j r'.Oi ,t>,-;.'W''.'.V-i-i''!<:i.:J^i:'ll'C\-
faire dé ce côté pour là .cause, du JChrist. ».
Luther n'avait' pas négligé de, s'attirer l'af-
fectiori des villes : nous le voyons àla fin de
276 MÉMOIRES
l'an i52p solliciter de l'Électeur une diminutîort
d'impôts pour celle de Kemberg. « Ce peuple,
écrit-il,,est misérablement épuisé par cette détes-
table usure. Ce sont les prêtrises, lesjofficesdii
culte,,et, même .quelques.confréries, qu'onnpuTr
rifc.de. ces impôts sacrilèges et de ces rapines im-
'
pies,, »'., , .

— Èunlschuk. — Soulier 3!alliance... .


Page64, ligne 12.

Lé sabot servait déjà; de signe distinclif au


douzième siècle. Sabatàti était un nom dés Vàu-
dbis. (Voyi Dufresnè, Glossar. au inbt Sabatàti.)

Page Si, ligiie 24..;— Pourle décider à prendre les armes.,*

«L'àudaéedes romanistes augmente, écrit^il à


Hutten ; car,. comme ils",disent, tu aboies, mais
tu rie Boïds point. » (Opéra Hutten, IV,"3p6.,)
Un autre littérateur,- Helius Eobarius HéssuSj lé
pressé de s'armer pour Luther. "«.Franz ,y. sera
pour nbus'soiiteriir, et tous deûxj je lé jîreÙis-K-
vous serez la ïpûdre qui écrasera le monstre, de
'
Rome. » {Hutten dp- /ïv ,, 3OQ. ) f -,
/ DE LUTHER. 277

- ,-: . • : Page.,65,, ïi^mi'p. ^\Sauf-cqnduitwf-j ;.'K>;-;•;-,

•< Chailes, par lagiâcedeDieu, etc Ré\eiend,


^her etpieux docteur' Nous cl les Elats du Sainl-
Empire, ici 1 assemblés, ayant lesolu de nous
'
informel de ta doctrine et des h\ i es que lu as
publiés depuis un ceitam temps, nous t'a\ons
donne et t'envoyons» ci-joints la garantie et le
sauf-conduit de l'Empire venu ici et retour -
pour
nei ensuite en lieu de sûielé, c'est notie \olonle
très précise que tu le rendes auprès de nous
dans les vingt et un jouis que'porte ledit saul-
conduït, sans ciaindre violence ni dommage
aucun .. Donné en nolieMlle libie de Boims ,
le sixième joui du mbis de mais'i'jai, dans H
seconde année de notie îègne Signé de la main
de Fa) chichanceliet » (Luth "VSeiîte, IX, p 106 )

Page 68, ligne 14 — J'avais lire un grand éclat de tout


cela t
0 V 1

Spalatin raconte dans ses annales (p 00) que


le second joui où Luther a\ail compaiu,, l'élec-
teur de Saxe, revenant de la maison de la \ille
fit appclei Spalatin dans sa chambie et lui ex-.
278 MÉMOIRES,

prima dans quelle surprise il était : « Le docteur


Martin .a bien parlé devant l'Empereur et les
princes.'et 'états de ï'Empiré^'seiilement il a été
trop hardi. », ( Marheinecke, histoire de la Ré-
forme, I,.264J ,;,.-r j, ...-/..„, fs?...,,,, y.,:.:,:,,-;;> ,,
« Cependant Luther recevait.continuellement
la visite d'un, grand .npmbre.dë,princes, dë.comtés
et autres personnes- de. distinction. Le mercredi
suivant (.huit jours,,après;,sa,première ..p.omparujr-
tion) il fut invité, bar ï'arGhevéque.de'îrèves.àse
rendre chez lui. Il y yi nfe avec :' plusieurs, de ses
am.is;et. y, ,trouv,a,, .outre: ;<l!àreheyêqu.e>; Je niar-
grave de Brandy
grand-maître del'ordre.Téutonigûe, et.-un «grand
npmbre^djècçlésia^ dumar-
gray.p( de,Bade„ prit; Ja ^argle^-gt^en^gea^^c^
beaucoup#éloquencê;, à entrer ,dans,,de;meuV
leures voiesï: il défendit l'autorité des .conciles, et
essaya d'aiarnter.. Luther sur ^influence ,p;ue tsori
livre dé la .Liberté chrétienne allait avoir sur le
peuple; déjà; si disposé à la sédition. « U faut au-
jourd'h^ijdeiyois/etd^
dit-il, noûsnê sommes plus au, temps où tous les
fidèles n'étaient qu'un ceeur et un esprit. » Il
finit par rrieriacer Luther de la colère de l'Empe-*.
rëur.qùi allait infailliblement l'accablpr.,,-^-; Lu- .-
it>,.^'! dans
„.;j'IJ5q>:K09-3Ii;73-'ïSiiàJJ^ I/O '.-!Ul :J,ÏV^ ;<..--;:
trier, sa réponse, remercia assistans/de
ies„ '."JC'JJJ "J*53?;-
fiiiV.f'.i Sj>-îX-:'>Hra'i:-S.!",OTï.-.J.f/S-;,î-"3!>!''Ji
<,
Tiritérêt quils prenaient à lui :et des. conseils.
1
DE, LUTHER. 279

qu'ils lui faisaient donner. Il dit qu'il .était Join


de blâmer tous les ^conciles,; mais que, celui de
Constance avait condamné ..formellement; un; arr
licle dé la foi chrétienne, qu'il- ferait tputplut.ôt
que de rétracter la parole de Dieu, qu'il prêchait
sans cesse au peuple la soumission à l'autorité ;
mais qu'en-matière de\foi il -fallait- obéir à-Dieu
plutôt qu'aux hommes. Cela dit, il se retira et
les princes délibérèrent. Quand il fut rappelé, le
chancelier de Baâë répéta une partie de ce qu'il
avait déjà dit et F exhorta finalement à soumettre
ses livres au jugement dé Sa Majesté etde l'Ërii-
pire. Luther 'répondit, avec modestie^ qu'il: lié lui
convenait point dé se sbustrâîré au jûgéirient de
ï'Émperèûr, des 'Electeurs et 'des;Ét.àts"'qu,iï''-r-ë^
vëfaît;'il voulait s'y soùrnëttre, niais à là condition
que l'^xàmen se feraîfcseîon lé texte dé l'Ecriture
sainte : « Car \ âjbùta-t-il__,' ce: texte; est si clair
moi 5và moins -
pouf qûèjé-hépùis 'çédèr'y qû'ôii
rië prÔùyé,' par l'Écriture rriême yl'erfjèttkf dé rhoii
« ; Alors} lès '
iritérprétâtibn. pririèes ;séufëtif èrërit
pour ;sê Tendre a 'là Maison 'de "ville \; et Pârehè^
vêque resta avec son officiai et Cbchlaeus pour
renouveler ses tentatives auprès de Luther, qui
ayait de son côté le docteur Schurff ret Nicolas
Amsdprf.Tout échpua>:v:.^;-.,;;;«::,;i\r
Néanmoins l'Empereur, à la prière de l'arche-
vêque , prolongea, de .deux jours ,1e sauf-conduit
280 MÉMOIRES
de Luther pour donner le temps d'entamer de
nouvelles conférences. Il y en. eut encore quatre,
mais elles n'eurent pas plus de sv'ccès. «'(Luth.
WerkejDL no.)

- ': :' ' -' -' "•


\
Page-78, ligne 4'. — î)ahs la dernière conférence*..

Luther termina cette conférence en disant :


« En ce qui touche la parole de Dieu et la foi,
tout chrétien est juge lui-même, aussi bien- que
le pape, car il faut que chacun vive et meure
selon cette foi. La parole de Dieu est une pro-
priété de là commune entière. Chacun de ses
membres peut l'expliquer. « Je citai à l'ap-
pui^ continue Luther, le passage de saint Paul,
I. Cor. xiv, où il est dit : Revelatum assidenti si
fueritj priqr taceaf. Ce texte prouve clairement
quple maître doit suivre Je disciple, si celui-ci
entend mieux la parole de Dieu. Us ne puferit
réfuter ce témoignage^ etnous nous séparâmes. »
(Luth, ^erke, IX, p. 1^7.) r v..

Page 89, ligne 16. —Il trouva peu de 'litf es à Wârtbourg.


lise mitji Yétude dii,gr'ec et de l'hébreu..1.^ ' '^m.

C'est là qu'il commença sa traduction de la,


DE LUTHER. '281

Bible. Plusieurs versions allemandes en avaient"


été déjà publiées à Nuremberg, êri ï477/ f4B3>
i4go 3 et aÀùgsbburg en i5i8; mais elles n'é-
taient point faites pour le peuple. (Nec legî'-pèr-
mittebâûtur, née ob styli ettyporuni hbrridità-
temsatïsfacere poterarit: Seckendorf, lib. ï, 2o4.j
Avant là fin du quinzième siècle, l'Allemagne
possédait au moins douze 'éditions dé la Bible en
langue vulgaire , tandis que l'Italie n'eu' avait
encore que deux, et la France ûrië seule. (Jung,
---'-
hist. devlà Réforme a Strasbourg.)'
lies' adversaires' dé là Réformé ^oritfibùâiënt
eux-mêmes à auginëriférle nbriibfedesBibles êri.
1
lattguë vulgaire: Ainsi ',' Jérôme' Efnsër' publia
' U.
une traduction de l'Ecritùrè pour l'bppbiér'
celle de Luther. (Cochlseùs ^'ffô'V^-'C.èHe'^yè^Lù-'
Ui
ther ne parut complète qu'en i534'. "_
Le seul institut de Cansteiri àÏÏalIë,iriïpritùa^
dans Fespàce ^é Cent ans y dëùxr millibûs dé Bi-
bles," un million de Nouveaux'Tëstameriset'àû1-
''
tantdè^sautiëfô. (Ukërtj t. 11/ jri.^SSg^) >:J *";
'•'- 5;
«jj'avaïs vingt ansyditLuthéflte^êriië^^ùé
je n'avais pas encore vu dé "Bible; 'Je croyais qu'il;
n'existait d'autres évangiles tti ëpîtres quécëîlës
des sérrnbnàires. trouvai ' nner Bible:
Enfin, je
dans la bibliothèque d'Érfurt, et j'èii ;fis' souvent
lecture au docteur Stàupitz avec vin grand étori-
*>'>' •' <"
nemèiit..; >!;(Tischre3ëri, p.'255.):';i
282 MÉMOIRES
» Sous la papauté, la Bible était mçonnueaux
gens. Carlpstad commença,à la lire lorsqu'il était
déjà dpctèùr depuis huit ans. » (Tisçhreden,p,<3?
verso.).. . •- .>.:'.,.,.. .,.-.-.,..,...'*:',-
»'_:A'îa diète,,d'Augsbourg,(153o), J!évêquede
Mayence jeta un jour lès .yeux, sur une Bible.
Survint, par hasard un-de ses conseillers qui lui
dit :^« gracieux .seign,eur, que fait dé -.ce,-,livre--.
votre Grâce électorale? » A. quoi il répondit : « Je
ne sais qud livre c'est.; seulement tout ce que
j'y trouve est contre .nous, » —Le docteur Usin^
gen-, rmpine augûstin^ qui fut mon précepteur
au couvent: d'Erfurt , rne disait, quand il me
voyait lire, la: Bible avec tant d'ardeur. :.« Aht.
frère Martin, qu'est-ce que la Bible ? On; doit Jire
les anciens.docteurs qui eri ont sucé le miel de
la vérité. La Bible est la cause de tous les trou-r
bJ.e.s.:.>?!(,Tisçhr.ed.,p. 7'.)^ .,, ; <,_... ,. :
; Selneeeer ,,-."".
contemporain, de : Luther „-;. rap*
porte que les :moines , voyant Lutner très,assidu
à la lecture des livres saints, en murraurèrent;et
lui.dirent, que; ce n'était pas en étudiant de, la
sorte, rrûais.^en quêtant etrauiassant du pain*,, de
la viandej -du. poisson,,:des oeufs et ,dë ^argent,
qu'on sej-endait, utile à la communauté.,—Son
noviciat fut très dur,; on -le. chargea, dans.l'inté-
rieur de la maison ,,des travaux les plus pénibles
et les plus vils 5 et en dehors, de la quête avec- la
DE LUTHER. 285
besace. (Âlmanach des protestans pour 1810,
'
p- ^J;:^'? '
^':> -"'"f/^ilȔ^,:J'^"';^^
« Naguère le, temps n'était pas bon pour étu-
dier j!on tenait en tel honneur le païen,Aristp.te.i,,
que celui qui eût.parlé contre, eût étéjCondamné
a Cologne coriimë le plus grand,hérétique. Encore
ne l'entendaient T ils pas. Les" sophistes l'avaienp
tant obscurci J Ûn.moine, en,prêchant la Pas-
sion ^ agita pendant deux heures cette question :
Utrùm qualitas realiter distincta sit a substantiâ.
Et il.disaitj, ppurydonnerjm exemple j.\Ma tête
pourrait bien passer <par ce trou {mais la gros-
seur de ma tête n?y peut passer. » (Tischred. ,
p. i5, verso.)
« Lés' mbinés méprisâiérireeùx 'd'entre eux qui
étaient savatis. Ainsi/riiés frères au çbùyèht m'en
voulaient..d'ëtûdièiv lis disaient : 'Sic. tïbi, sic
ïnihi, éàclcum pçrnàckuïïi, (le sac sur lé cou). Ils
J
né faisaient aucune distinction. '»' (^ischrëd.,
P-a72-) . /
a Autrefois les premiers ^docteurs n'auraient
pu, je ne dis pas corriposér,'mais l)iéri. lire une
oraison latine; Ils mêlaient à leur latin des mots
qui,ri'.é,taient.pas.mêmeallemands,,mais-wendes. »

(pschre^^-p.^^^y/^.^Hau ^an^^Ah v>


..,,Cette.^ïgnQvd^^^f^èvgé.&tgit, générale .eri
Europe,, .la?,, l£$o ,)nunf moine, français disait en
chaire,:.-. « -sQn à trouvé, une nouvelle langue que
-â84 MIMOÎRËS
l'on .'appelle grecque] il "faut s'en garantir, avec
soin. Cette langue enfante toutes les hérésies,';,
Je vois^dàrisles màiris d'uri grand nombre de per-
sbnri'es ùnlîyre écrit enrëéttélanguefprilenbttînië
Nouveau Testament ':' c'est "un livré plein de ron'4
éës.et de'vipërès.'Quâjat à là langue "hébraïque,
tous ceux quiTappféri
sitôt.' »,,( Sismondi,Hist;;de;Ér.' XVI, pf 364!;)

Page90y ligneTy — Zls (?^/YZmaZ-Jel!f^e)ice;.;iïli'apjïelàit


'
-•,:;o'U'rïù Yii'-'.A 'le/ffapeidèiMayencei^t «J>« Ji-Vivum^'

Durant la révolte des paysans , il lui écrivit


ppûr l?ërieager à se .marier.et-à séculariser ses
ho-ui îf:G'rri:iVi =!«, «.:':..;-;; Km •!'-riiii .ci.[D-7;:;.g
iïr)î«:y
deux archevêchés. Ce serait, lui disait-il entré
31.?. - iCi'-î .!-- ::!i;iEil,J K;s l-3U>!jj't i* ^p.'àïS^iiiWf
autres faisons, un puissant moyen de faire cesser
k\l : u:yjp-'>.lf€ J:-.'r i S'ÎUÏÏIO.^UJV<,%iu-4,vi\3JVi-.',;iî.iUia..-.
les troubles dans son électoral. (7 juinàSaS. ) -;

Page 90, ligne 1\. — Ils en entendiaient bien d'auties, si...

Après Worms, il comprit que les conférences


et discussions publiques , que jusque là il avait
demandées, seraient à l'avenir inutiles, et dès-lors
il s'y refusa toujours. « .le ne reconnaîtrai plus ,
dit-il, dans'son livie Cbntrcc station ecclesiasticum,
DE. LUTHER. 285

je ne reconnaîtrai plus désormais de juges, ni


parmi yous^ ni parmi les anges. J'ai, montré déjà
à Worms assez d'humilité ; je serai, comme dit
saint Paul, yotrejuge et celui des anges, et qui-
conque n'acceptera pas ma doctrine, ne ppurra
être sauvé, car ce n'est point la mienne, mais
celle de Dieu-, c'est pourquoi mon jugement sera
celui de Dieu même. » Je cite, d'après le très sus-
pect Cochloeus (p. 48),, n'ayant pas en,ce moment
le texte; sous les yeux.

Page 104, ligne 5..^Le jnotif.de son déparlde Wartboûrg, -


c'était le caractère alarmant que prenait la Réforme...

Avant - de quitter sa >retraité, il chercha plu-


sieurs fois y par ses lettres, à ëiripêcherles siens
d'aller —- Aux hâbïtâris
trop loin. de ^Wittem-^
berg. « ... Vous attaquez les messes, les images
et autres misères, tandis que vous abandonnez la
foi et la charité dont vous avez tarit besoin; Vous
avez affligé, par vos scandales, beaucoup d'âmes
- être Meilleures
pieuses, peut que Ypus. Vous
ayez oublié ce que Ton doitaux faibles. Si leifort
court .déboute, sa vitesse, ne ,faut-il pas que le
faible, laissé en arrière, succombe?.', „•>
« Dieu vous a faiL une grande grâce et, vous
a donné la Parole dans toute sa pureté. Çepen-
§86 MÉMOIRES
dant je lie vois nulle charité en vous. Vous né
supportez point ceux qui n'ont jamais entendu
la Parole. Vous n'avez nul souci de nos frères et
dé nos soeurs'deLeipsig, de Meissen et de tarit
d'autres pays que nous devons sauver avec nous...
' dans
Vbùs vous êtes précipités cette affairé ,
tête baissée et sans regarder ni à droite ni à
gauche. Ne coriiptez donc pas sur moi; je vous
renierai. Vbùs avez ^eonimericé sans moi, il vous
faudra bien finir de même...>/(décernbre 1S21.)

Page 112, ligne 6. —Le désordre s'èsimis dans son troupeau...

De.retpur à' Wittemberg, il prêcha huit jours


de suite. Ces sermpns suffirent pour .remettre
l'ordre dans la ville. . •/ • •; • ;. ; ,.

. Page i 1 55,ligne 25...•*- je. neconnais point Luther..;., i-/,

«Exhortation charitable du docteur Martin


Luther a tous les chrétiens, pour qu'ils se gar-
dent de l'esprit dé trouble et de rëvblte.y(i5,24.)
»... Eri premier lieu,je vous prie dë'VpulQir
laisser'dé côté riiori nom, et'dé ne pas vbùs ap-
peler luthériens, mais chrétiens. Qu'est-cé que
DE LUTHER. §87
Luther? Ma doctrine ne vient pas'dë moi. Moi,
je ri'âï été crucifié pour pèrsoririè. Saint Paul
(1. Coririth: in) ne voulait pbirit;que l'on s'ap-
pelât pâûliens, riipétriens^ mais ëhrétieris. Coni-
merit dbné irie conviendrait-il, à moi, misérable
sac à vermine et à ordure;, de doririër mori nom
aux erifans dû.Christ? Cessez, chers amis, de
prendre ces nonis depàrtt ydëtruisons-lës'et âp-
pëlorisr-nous chrétiens, d'après lë'ribm dé éëlûi
• :
de qui vient notre doctrine.
» Il est juste que lès papistes' portent ùri nom
départi, parce qu'ils -rie sëcontèrifërit pas dé là
doctrine et du ribrir dé Jésus-Christ; ils'veulent
être en outre papistes. Eh bien !-' qu'ils appàr-
tienriërit au^papë qui estleur' riiâître! Mbi je né
suis ni rie veux-être lé maître de personne. Je
tiens avec les miens'pour là'seule et coriirhùrie
doctrine du'Christ qui est notre unique maître. »
Werké '""'' ;j ''.''-' v- :-
(Luth: 1T, p.4.);

Pagellô, ligne!. —.Jarndts,avantcette époque, kiifioinme


privé n'avait adressé à unrpides paroles si méprisantes...

Éh thème tenipsc qu'il! traitait si rudement


ïîeriri VIII; et les princes, toutes 1 les
dépassait
bornes dans ses attaques coritrè le'sàirittsiégé.
Dans sa réponse' aux brefs dû pape Adrien^-'ïl
288 MÉMOIRES
dit en finissant : « Je suis fâché d'être obligé de
donner de si bon allemand contre ce pitoyable
latin de cuisine. Mais'Dieu veut confondre l'An-
tichrist en. toutes choses, il ne lui laisse plus
rien, rii art;, ni langue; on dirait qu'il est fou,
qu'il est tombé en enfance. C'est une honte d'é-
crire aux Allemands en pareil latin, de présen-
ter à des gens raisonnables une interprétation
aussi maladroite et aussi absurde de .l'Ecri-
ture. » (i523.)
Préface mise par Luther en tête de deux bulles
par lesquelles le pape Clément II annonçait la
célébration du jubilé pour i525:
« ... Le pape dit dans sa bulle qu'il veut ouvrir
la ported'or. Nous avons depuis long-temps ou-
vert toutes les portes en Allemagne, mais les es-
crocs italiens ne nous rapportent pas un liârd
de ce qu'ils nous ont volé par leurs indulgentioe,
dispensationes et autres inventions diaboliques^
Cher pape Clément, toute ta clémence et toutes
tes douceurs ne te serviront de rien ici. Nous
n'achèterons plus d'indulgences. Chère porte
d'br, chères bulles, retournez d'où vous venez:;
faites-vous payer par les Italiens. Qui' vous
connaît, ne vous achète plus. Nous savons, Dieu
merci j que ceux qui entendent et qui croient
le saint Évangile, ont à toute heure unjubiié...
Bon pape, qu'avons-nope à faire de tes bulles?
DE LUTHER S89

Épargné le plomb etle parchemin ; cela est dés^


ormais d'un mauvais îappoi t. » (Luth Wcike,
IX p. 204 )
« Je ferais un même paquet du pape et des
cardinaux, pour les jeter tous ensemble dans ce
petit fosse de la mer de Toscane. Ce bain les
guérirait, j'y engage ma parole et je donne Je-
sus-Chnst pour caution »
« Mon petit Paul, mon petit pape, mon pe-
tit ânon, allez doucement, il fait glace \ous
\ous rompriez une jambe, vous vous gâleiiez,
et on dirait Que diable est ceci? comme le petit
papelins est gâte?» (i5^? traduction de Bossuet,
Variations, I, 45-G )
Interprétation du monachovilule et de deux
hoiribles monstres papalins trouvés dans le Ti-
b>e, a Rome, l'an 1496, publie a Fnbeig en
Misnie Van i5s>3 , par Ph Mélanchton et Mar-
tin Luther — « Dans tous les tercms Dieu atnon-
tre par des signes e\idens sa coleie ou sa misé-
ricorde. C'est ainsi que son prophète Daniel a
piedil l'amvee de FAnlichiist, afin que tous les
fidèles avei Us se gardassent dé' ses blasphèmes
et de son idolatiie
» Durant cette domination ty ranmque, Dieu a
donne beaucoup de signes', et dernièrement en-
core, celhoirible monstre pajiahn, tiome mon
dans le fibié l'an i4ç)6. .'D'abord Ik tête d'âne
1 J9
290 MÉMOIRES

désigne le pape ; car l'Eglise est un cprps spiri-


tuel qui ne doit ni ne peut avoir de tête visible;
Christ seul est le seigneur et le chef de. l'Église*
Le pape s'est voulu faire contre Dieu la; tête vi-
sible de.l'Église; cette tête d'âne attachée à un
corps humain, le désigne donc évidemment., En
effètjunetête d'âne eonvient-ellemieuxaiicorps
de l'homme que le pape à l'Église ?. Autant, le
cerveau del'âne diffère de la raison et de l'in-
telligence humaine, autant la doctrine, papale
s'éloigne des dogmes du. Christ. Dansle royaume
du pape les traditions hurnaines font.lai .loi : il
s'est étendu ,il s'est élevé par elle.-S'il entendait
la parole du Christ, il croulerait-aussitôt, ;,
» Ce n.^es,t pas, seulemeiit pour les saintes Écri-
tures qu'il-a une. cervelle d'âne, mais pour, pe
qui regarde même, le droit naturel,,,rppur les
choses .que. dpit déciderc^raisôpi.humaifiei, .Les--
juristes -impériaux disent,en effet qu'un.yéri--
tabje canoniste est véritablement un âne.... ....-.'.','
... «.La-màin, droite dumonstre^, sejnblable au<
pied del'éléphant, montrequ'iL écrase les:crain-
tifs,et;les::.faibles^ .Il blesse en effet et-perd lés-
âmes par tous ses décrets qui, sanscause „ni né-
cessité, chargent les consciences dela.terreuïr
de mille péchés qu'ils inventent et dont on né
sait pas même les noms. % ;v^
» La main gauche désigne la puissancetein-,
DE LUTHER. 291

porelle du pape. Contre la parole de Christ ," il


est devenu le seigneur des rois et dés princes.
Aucun d'eux n'a soulevé, fait et conduit tarit de
guerres, aucun n'a versé autant de sang. Occupé
de choses mondaines , il néglige la doctrine et
abandonne l'Église.; ,-.;-.::'
» Le pied droit, semblable au sabùt d'un
boeuf, désigne les ministres de l'autorité spiri-
tuelle , qui, pour l'oppression des âmes, sou-
tiennent et défendent ce pouvoir; c'est à savoir
les docteurs pontificaux, les parleurs, les con-
fesseurs , ces nuées de moines et de religieuses,
mais surtout lés théologiens scolastiques, qui
tous s'en vont répandant ces intolérables lois du
pontife, et tiennent ainsi les consciences capti- '
ves sous le pied de l'éléphant., :.
» Le pied gauche, qui se termine par des
ongles de griffon, signifie les ïninistres de la
puissance èivilë. De même que les ongles du
griffori ne lâchent point facilement ce qu'ils ont
une fois pris, de même les satellites dû pape ont
pris aux harrieçpns pîes canons les biens, detoute
l'Europe} et les retiennent opiniâtrement sans
qu'on les leur puisse arracher. '
»; Lé ventre "
'et les sëiris; de femme dési-
lé 1dû ë'esf-â-dirë
gnent corps pape, les cardi-
naux, évêqùesy pl4très/iridiiies ^tôûs lés. sacro-
saints5martyrs,; tous ces porcs bien engraissés
§92 MÉMOIRES
du troupeau d'Épicure, qui n'ont d'autre soin
que de boire, manger et jpuir de voluptés dé tout
genre , deîtout sexe; le tout en liberté,-et iriêirie
avec garantie de privilèges... '"--'.
» Les yeux pleins d'adultère, le coeur d'âyâ-
rice, ces fils de la malédiction ont abandonné
le droit:'chemin pour suivre Bàlaam qui allait
chercher le prix de l'iniquité. » - -;::

Page ^18, ligne 9. —{Fin de Vextrait du livre,


-'':' contre Henri FUI.)

Cette réponse violente scandalisa, comme Lu-


ther le dit lui-thème, un grand nombre, de ses
partisans^ Le roi Chrïstiérn l'engagea même.a
écrire à Henri VIII, qui, disait-il, allaitétabHrla
réformé' en "Angleterre.. La iettre de Luther, est
tres';hurriblë : il s'excuse en disant, que âes..tei-
moitis dignes de'foi, l'ont assuré que lejivrequ'ii
avait' attaqué n'avait pas" été Composé,par .Je, roi
d'Angleterre. : il lui offre de chanter, la,pâli-?
' —
riPdië (patîtiodiam càntare).'" ( Ier septem-
JJ" '-"" '
bre'! 50^'- ', . .... , ."„,;'" .,„-rJ:n
Cette lettre ne produisit ^uçun effet.j Hen-
r.r VIII ^vâit été trop. vivement; blessé ;pour
revenir." .Luther en fut pour, ses avances. Àkssi>
disait-il^^ quelques mois, après f : « Çes'tyraris $ au
DE LUTHER ^ 295

coeur de femtrie, n'ont qu'un esprit impuissant


et sordide; ils sont dignes d'être lès escla-
ves du peuple'. Mais, par la grâce de Christ^
jesuis assez .vengé.par le mépris que j'ài; pour
eux et pour Satan' leur dieu. » (fin dé déééhi-l
.:::: • : rr=.:..: '" "--'
brei.SaS.) : ..:..:•-. :--.r;'î.i;-i;.
Thomas Mbfus"-y sous lé' nom' dé Guillaume
Rosseus , ;pfit, contré 'Luther ', la défensez de
Henri VlIIv'Ii'attaqua surtbût lé( langage sale et
'
ignoble dé!LUthërV'(CocHlà3tiréîpi'(SôV)' ''.JiJ;\
,ùi {-.-iortf; « jiy^vsiïi y-.i. .'Ji^i'f"* -*; i'':r). • --'' '-""-

,,, Page,118-, ligne, là., ,-r-i£ef .ffiyices :,soritiâUjmi>'ide..;:i'.

« Bien d'étonnant si lespiinces ne, cherchent


que leur compté dansf rÉyangije?: et 's,ilsu,ne
sont que de nouveaux ravisseurs à. la'çhassè...des
anciens.' Une lumière s'est levée qùi.pous -fait
voir ce que c'est que le monde; c'est le règne de
Satan. » (i524-)

Page 122,' ligne %—Noùs serbiis toujours en'surêiëén disant


'-'"• ''-''>', /'l que ià 1volonté soit faite.:'." '""' '' '"' '« ''''"

Lé découragement,commence déjà:parfois >à


percer dans les écrits de Luther. Cette même
29-4 MÉMOIRES

année;jjSa3V au mois dfaoût, il écrivait aux lieu-


tenans impériaux, présens à la diète de Nurem-
berg. «...IL me; semble; aussi qu'aux termes du
mandempnt -impérial, rendu-au inois de mars ,
je-devrais; -être affranchiidu banet de l'excom-
munication jusqu'au futur concile : autrement
je ne. saurais comprendre ce que veut (lire: là-re-
mise dont,il„est parlé, danscp m.andemenfc;car
je consens.,4-jo^seryeçyles,..|Çpnditipns:;$^r-:-lesr-"
quelles elle.est fondée... Au reste, iln'importe..
Ma vie est peu de chose. Le monde a assez de
moi; etmoide lui ^ que je sois sous le ban ou non,
cela est indifférente Élâis du"nioiris;; ayez pitié du
pauvre peuple x chers seigneurs. C'est en son.
nom que je vous supplie de m'écouter... ». IJde-
mWïïdé'qû'oii n'exécute pas'sévèrement le iman-.
demerif impérial "relatif à la punition des mem-
bres dû clergé qui se marieraient ou sortiraient
de leur ordre. ;

Page124, ligne % —Essais d'organisation...

Lorsque, Luther sentit la .nécessité _.de mpU^e-


ûn peu d'ordre et de régularitédans l'Église nou-
velle , lorsqu'il se vit appelé chaque jour à juger
des causes matrimoniales, à décider sur tous les.
rapports de;^Église avec les •laïques, il'se mit à;
; l '" ';
étudier le droit canon. .,
DËÎMHER. S9S

«Dans cette affairé dé mâriâgé qui m'était


déférée, j'ai jugé d'après les décrets;friérriës du
pâpèJ Je eprnmerice àliré lés ^ëglerùéns dès pa-
pistes; et je vois qtfils riëléssûrvërit mèriie pas; »
?; ; y : -
(3b maïs 15*29 J) ^ ^
c? Jëdônttèràis iria main gauche pour que les
papistes russëiit obligés d'pbsërvër leurs canons.
Ils crieraient "fbrtc "contréJ
plus' '"':' eux que contre
"' "
:-"- -'i '' ''-"--••--. -"-
-Dûtiïèr', »:[l'- :-y
» Les, décréjalps,ressemblentau monstre :
jeûne fille parla tête,'le corps est un lion dévo-
rant; là queue' est,celle -du serpent; ce n'est que
iriërisbrigès,et,trompërie. Voila, au reste, l'image
de toujtelà » (Tischreden ^.^yy.jio-
papauté., " "'"
'-'
îio et verso.)' ,"""" ,;" S'"'""" *;'""' '"?'\\

""'''"''Page 1S5: cligne !É0;'*£.- L'es Wp'oilSes "quttÉonnéî..'

.'(11 octobre fc533;)i^^ la\fflïmïïMneid'Esslin~


gen:.. & Il "est y«ai iquë?jiai^ ditiquela sGonfessiba
était une iborinèchosei De même Jje; ne'défends 1à

peqsonne:;de,îjeûrier ^ ïdé chômer ^d'aller enpéle-


rifaagéfietc.-jïmaîs je yeux que;ces choses se fasV
sent lïbremerityjaiJa .volonté de chacun j et non
ebrûtûe asif> blétaitypéehé jnbrtèl i d?y; manquer.
JNbjis devons avoir la oonscience libre en toutes
296 MÉMOIRES
choses qui ne touchent pas la foi, ni. l'amour
du prochain....,Mais, comme il y a beaucpupjde
consciences captives dans les lois du pape,, tu fais
bien de,ne pas. manger; deviande en présence de
ces hommes encore faibles dans la foi. Cette abs-
tinence de ta part devient une oeuvre de charité,
par cela qu'elle ménage la. conscience de - ton
prochain. Du reste, ces oeuvres ne sont-pas
commandées, les prescriptions du pape n,e sont
rien... »
(i'6 octobre 1523.) Â Michel Vfinder Sirassen.
pêagër" à Bornai (Au sujet d'un prédicateur
d'Ôëïsnitz qui exagérait les principes dé Luther):
«"'"Vous avez vu mon. opinion 1 par le livre:''âe la
coivfessionëtdelamessë'.fy établis que la con-
fession est bonne quand elle est libre et sans
contrainte, et que la messe, sans être un sacri-
fice ni une bpnne oeuvre ,s est pourtant un témoi-
gnage delà religion-et un bienfait de Dieu, etc.
Le tort de votre prédicateur, c'est qu'il vole trop
haùttétqulrl; jette lesi vieux {souliers avanti d'en
avoir'de neufs; 11,s devrait commencer ;par. .bien
instruire le peuple surlà foiet la charité.-.Dans
uri; an: j lorsque la ; cbmmûneiauf a>{bien ; compris
Jésus i-.Christ 5II. sera assez temps, de tô.uçherdès
points sur lesquels il prêche, maintenant;! A quoi
bon cette précipitation àveele peuple jignarant?
J'ai prêché près de trois ansIàiWittetnberg avant
DE; LUTHER. 297.
d'en venir ,.à, ces. .questions;, et ceux-ci veu-
lent, tout finir\.en...une, heure! ces/horiimes csi
pressés nous font beaucoup de mal. ,Je vous
prie de dire au percepteur. d'OphiitzhquJil.; en-
joigne à son prédicateur .d'agir désormais, avec
plus de mesure^ et.de commencer ayant tout
par.;bleri enseigner^Jésus-Çlmst:,hsinpn.?,,qu'il
laissé là ses, folles prédica^tipn^ et,qu'il .s'éloigne,
Que surtout il cessé dé défendre ^et de punir la
confession. C'est un esprit pétulant et immodéré
qui à vu dé là fumée, niais qui ne sait pas.pu «est
la flamme... »:

Page 129,'ligfle 5.'— La 'messe...

« S'il plâîtà Diëu^ ,j?abblirai ces..mëssesvoù je


tenterai autre choses Je ne;'puiscsupppi)ter;plus
long-temps les ruses et les machinatipns de -,ces
trois demi-chanoines contre l'unité, de nptre
"
église. » (2^'nbvéinbr'é ÎÔ24'.) '"'"','::""
« J'ai enfin poussé nos chanoines à consentir
à-l?âbrbgalibri fd es Cessés. >>f(,2dëcërnbreto^O
« Ces deux roots messe et sacrement sont'âvissi
éloigriésiÊurMe- l'autre qu'éLtéûèbres ePlûriiières,.
diable et Dieu... puisse aDieu (donner'-= à jtùus- lés
chrétiens un tel;coeuru-cfu'ils aient horreur dé- ce
2-98 x
MÉMOIRES.

mot, la messe, et qu'en l'entendant ils se isigneht


comme ils feraient contre une abomination dû
diable. 4) r

Ori 4'ifttérrogé souvent- sur ïe baptême des ëri-


fâris nônaiim ex utero egressoruni. ft j'ai empêché
rids bonnes femmes de bàptiserl'erifànt avant sa
naissance; elles avaient coutume de baptiser
lëfoetùs sitôt que la tête paraissait. Pourquoi rie
pasle baptiser pàr-déssusle ventredé sa mère,
bu rriiëùs: encore, baptiser ; '"'le ' ventre niémë^»
' "i; ;
(i3niàrst53i.)

Page 152, ligne 25. — De ministr.is inslituendis.

:; hislmctions au miriisirei.de •Wittemberg'.^ •;


lés '>U;;; ^'^M^
:B,énvoyer prêtres indignes;
riiëssés et vigiles payées"; :"
;'Abroger'toutes
Le matin, au lie\iâe-messeyTepeum, leoture-
et exhortation ; ... /r . :..V?
>Lp-soir lecture et expliçatipn ; r^ .pprmiljes-
aprês lé ;spuper j ., -... .-y-v.sf-r ^Î;-,..:; vr. --is ,.-/] >.;
,:.-;Ne.-.(Célébrer, qu'inné messe aux dimanches et-
fêtes» ));(Briefe., .. \' 1 .;-..•-Jà::.,:'
19 août-ï-5s3.)
En i 5àP, il publia un fâatéchisirié. Mais dix ans
DE LUTHER. 299

plus tard, il eri fit un autre où il rie conserva que


le baptême et là. cbmiriuniori. Plus de confession.
Seulement il engage à recourir souvent à i-éxpé-
rience du pasteur.
Pour soustraire les ministres à la dépendance
de l'autorité civile., il voulait conserveries dîmes.
« Il me semble que les décimes sont la chose la
plus juste du monde. Et plût à Dieu que toutes
taxes abolies, il ne subsistât que des dîmes,.ou
mêirie des neùvïèriiës et des huitièmes: Que dis-
je, les Égyptiens déridaient lé cinquième, et ils
vivaient pourtarit/Npus, nous rie pouvons vivre
avec la dîriie., î! y a.''a'àtjtrës charges qui "nous
-=- -- -••--
écrasent. » (iS'jûiri.i524.)

' :'
Page f 52, ligné 25".'— 'Caractère' indélébile. 7. '.- "'-"

a Oridoit-déposer et emprisonner les pasteurs


et; prédicàteursrjqui font ?scàridale. L'Électeur a
résoludeifaireconstruire une prison à cet .effet.))
' •'« Lëidbëteur parla ensuite de Jëâri Sturm qu'il
avait souvent visité d'ans lé château dé "Witièrii^
berg, èV qui s'étjâit ifoùjour^ ;abstirié-a croire
que Christ n'était rnort^qué pour!' exemple. ÎI fût
en conséquence conduit à Senwrinîtz, et y mou-,
rut dans la tour. » ^Tisèhréd.;p. -;
ig6l)
500 MÉMOIRES
Luther disait que l'on ne devait punir de
mort lés anabaptistes qu'autant qu'ils étaient sé-
ditieux.;» (Tischred.;,.p. 298.) .:", :

' '
Page'155,ligne 6, '— Fï'sitès annuelles'..'.

La commission que l'Électeur -,..sur les exhor-


:
tii.j .OS'HJ .'L'.ii.U1..-.;;4s (>':,: 3., ;-,;. : rï".-;:'';•;* îi.... lii.itiii!
talions ae Luther, nomma en 1528 pour inspec-
ter les écoles j se composait de Jérôme" Schurff,
docteur en droit, du seigneur Jean dePlaunitz,
d'Àsmé de Hàubitzet de.Mélanchton. ,.,.,:
Dans l'instruction que ces inspecteurs adres-
sèrent ensuite aux pasteurs de l'électorat avec
l'approbation de Luther, on peut remarquer le
passage suivant : « Il y en a qui disent que l'on
ne doit pas défendre la foi par l'épée, mais que
l'on ;doi£ souffrir comme ont fait, Jësûs4Christ et
sesiapptres. TA celàil fautrépondre qu'à la vérité
ceuxTqui rié régnent pas: doivent souffrir .coinme
individus; etr n'ont pas; droit de se défendre ; ruais
que l'autorité est chargée de ; protéger ses ;sujets
contre toute yiplenceetiHJustice, que cette vio-
lence ait, une/cause. religieuse pu ^une/autre.:;?) :
(Lutb.,WerlieJt. IX, p;,;,263 ,;versOï)-. ;,;,;, ;,-,-
En i527;fle prince nenvpie à Luther les rap-
DE LUTHER. 501

ports de la visite des églises en'lui ."demandant


s'il fallait leslmprimer. 4527-.) ! - /
(igaoût

Page 156, lige 1. — Luther exerçait une sorte de suprématie.

Il décide que les chanoines sont obligés de


partager avec les bourgeois les charges publiques.
(Lettre au conseil de Stettih , 12 janvier 1523,)
C'est à lui que souvent on s'adressait pour obte-
nir une placé de ministre.
«Ne sois pas inquiet d'avoir Une paroisse; il
y a partout grande pénurie de fidèles pasteurs; si.
bien que nous sommes forcés d'ordonripr et d'ins-
tituer des miriistres avec uri rite particulier,
saris tonsure, sans onction, sans mitre sans
bâton, sâris garits rii encensoir, érifiri'sans évê-
'
ques. » (16 décembre i53b.) '''.""'
'
Lés hàbltaûs de BjLgà et Je prince Albert de
Prusse demandent" à Luther de leur ërivoyër pés
i! - '' ''" '
riiinîstrès: (i:53r".) '"''"'""',
Le roi de Suède, Gustave Ier, lui demandé dé
même un précepteur pour son fils, (avril 153g.)

. Page 156, ligne 9.—Excommunication.....„

, «,, Le, prince .a.réppndu à l'université qû'iLybu-r


502 MÉMOIRES
lait hâter la visite des paroisses, afin que cela
fait et les églises constituées, on puisse se ser-
vir de l'excommunication quand besoin sera. »
(10 janvier 1527.)

Page 157, ligne 6. — Abolition des voeux monastiques...

a Danssontraitéde vitandâhominumdoctrinâ
il dit dès évêques et des grands de l'Église :
« Qu'ils sachent ces effrontés et impudiques qui
ont sans cesse à la bouche «. le christianisme, le
christianisme,» qu'ils sachent que ce n'est point
pour eux que j'ai écrit qu'il fallait se nourrir de
viande, s'abstenir de la confession et briser les
images ; eux, ne sont-ils pas comme ces impurs
qui souillaient le camp d'Israël? Si j'ai écrit ces
choses, c'est pour délivrer la conscience cap-
tive de ces malheureux moines, qui voudraient
rompre leurs voeux, et qui doutent s'ils peuvent
le faire sans pécher. » (Seckendorf, lib. I, sect-, 5o,
p. 202.)

Page 159, ligne 27. — J'ai reçu hier neuf religieuses...

« Neuf religieuses avaient été enlevées de


leur couvent et amenées à Wittemberg. a. Ils
nvappellent ravisseur, dit Luther, oui, et bien-
DE LUTHER 505
heureux ravisseur comme Christ, qui fut aussi
ravisseur en ce monde} quand par sa mort il ar-
racha au prince de la terre ses armes et ses riches-
ses, et qu'il remmena.captif. » (Gochlseus, p. 73.)

Page fiO, ligne 5. — J'ai pilie d'elles... qui meurent enfouie


de celtemaudite et incestueuse chasteté...

« Anne Çraswytzinne échappée de ses liens,


à Leusselitz, est venue habiter avec nous. Elle
a épousé Jean Sçheydewind, et me charge de te
saluer doucement en, son nom, et avec elle trois
autres. Barbe Rpçkenberg, Catherine Tauben-
heim, Marguerite Hirstorf. »,( 11 janvier ,1525. )
A Spalatin. « Si tu ne le sais pas encore, tous
les prêtres d'ici ne se contentent pas dé mener
une conduite sacrilège ; ce sont des coeurs endur-
cis , des contempteurs de Dieu et des hommes,
qui passent ^presque toutes les nuits avec des
prostituées; ;v;J'ai.dit hautement que; si dans leur
impiété, nous devons les tolérer, il est du devoir
dumagistratde s'opposer à leurs débauches piide
les contraindre au mariage..»;Tu craignaisi-définie-*
rement qu'on ne pût accuser l'ÉIectçur de favo-
riser ouvertement les,prêtres mariés* » (2 jan-
vier l5à3i) r,, ,;/V:i, ï- -,/,,. -,-! .''h I ; :'• -'
. (^.mars ÏST.5.) A WolfgajigyReisseiibach,
504 MÉMOIRES

précepteur à Lichtenberg. « ... Mon cher, ne


volons pas plus haut, et rie prétendons pas mieux
faire qu'Abraham , David, Isaïé," saint Pierre,
saiflt Paul -y et tous les patriarches, prophètes et
apôtres, ainsi que tant de saints martyrs et
évêques qui tous ont reconnu sans honte.-qU'ils
étaient des hommes, créés par Dieu, et qui,
fidèles à sa parole, ne sont pas restés seuls. Qui a
honte du mariage, a honte d'être homme. Nous
1nous; faire autres
né pouvons que Dieu n'a voulu
que noùs:sbyons. Erifans d'Adam, nous devons
à notre tour laisser des ênfàns. — O folie ! nous

voyons'tous les jours quelle peine il en coûté


pour rester chaste dans le mariage même,''.et
nous rejetons encore lé mariage ! Nous tentons
Dieu butre;mesure, par nos voeux insensés, et
la voie à Satan... » !''-
notis;préparons

Page 146j ligne 5. — Cette époque de la vie dé'Luther


...,.; . (1521-1528) fut prodigieusement affairée, v:-; t i-:$;'. f

A Frédéric de Nuremberg. * Si j'ai tant différé


à-tëféliciter 1sûr tbn
mariage^;tu pëu&ctbifëqûê
j'en ai èù juste f âisbri ', avec' lés distractions' d?ûriè
santé rsi «variable 1, tarit "de-livresâpùbliër/ 1
de
lettres à écrire, de sujets à traiter, de devoirs
enVersi;ittesHamîs', ,ét en rioinbré incroyable et
DE LUTHER. 305

infini, accablé d'un orage et d'un déluge d'affaires.


....Le 17 janvier, à souper et à la hâte. Tu par-
donneras à ma loquacité, peut-être aussi au
souper, bien que jene sois pas ivre. » (1525. )
Au milieu de toutes ces affaires, il entretenait
correspondance avec Christiern II'.
A Spalatin. « Les porteurs sont rares, sans
quoi je t'aurais envoyé depuis long-temps les
tristes lettres du roi Christiern, aujourd'hui le
plus malheureux des hommes, et ne vivant plus
que pour Christ. » (27 mars i526.)
- A Mélanchton. « Rien de nouveau, si ce n'est
une lettré du roi de Suède Christiern qu'il nous
adresse à tous les deux avec une petite coupe
d'argent ; il nous demande de ne pas croire ceux
qui le représenteraient comme un déserteur de
l'Évangile, «(novembre i54o.)
Il lui fallait encore veiller, par toute l'Allé*-
magne, sur les intérêts des réformés. La com-
mune réformée de Miltenberg ( eri Francoriie )
était opprimée parles officiers de l'électeur
de Mayence. Toute correspondance avec cette
ville avait été interrompue. Luther adressa aux
habitans une lettre de consolation, qu'il fif im-
primer pour qu'elle pût leur parvenir. Il en
avertit l'Électeur, et lui demanda « si ses offi-
ciers n'abusaient. pas ; de son nom. » { 1.4 i&-
vrier i524-); -, •' ;
r, 20
506 MEMOIRES
En 1528 ) urie religieuse de Frèyberg s'adresse
à lui pour qu'il l'enlève de son couvent, et là con-
duise en Saxe. (29 juin ï528.)—« Occupàtissi-
mus scribô visitatorj lectof, proedicatbr, scriptbr,
auditor ; àctor, cursor, procurator, etquidrioft?»
' "' '
(29 octobre 1528.)

Page 146; ligne 26. — Son ancien ami Carloslad.

Carlostad était chanoine et archidiacre dans


l'église collégiale de tous, les saints; il en était
doyen lorsque Luther fut reçu docteur en j5i.2.
(Seckendorf, liv. I; 72.)

Pag«, 147,. ligne 5. —* Derrière Carlostad on entrevoyait


Munzer... . .

Lettre du docteur: Martin Luther aux chré-


tiens d'Anvers «... :.., Nous avions cru :, tarit que
dura lé règne du papej^què les" esprits dé bruit
et- dé vâèâriûe, qui se font souvent entéridrela
nuit, étaient des âmes-dfhbmrnés qui," âpfèslâ
thbrt^Téveftàierit et rodaient pour expier leurs
péchési Cette ërreur,"!Dieu merci, £ été décou-
verte par l'Évangile , et l'on sait à. présent qiiè
DE LUTHER. 507
ce-ne sont pas des âmes d'hommes, mais rien
autre que des diables malicieux qui trompaient
les gens par de fausses réponses. Ce sont eux qui
oiit mis dans le monde tant d'idolâtrie.
» Le diable-voyant que ce genre dcvàcarme
ne peut continuer, il lui faut du nouveau ; il se
met à,faire rage dans ses membres, je veux dire
dans lesimpies, à travers lesquels il se fait jour par
toute sorte de vanités chimériques et de doctrines
extravagantes. Celui-ci ne veut plus dé baptême,
celui-là nie la vertu de l'eucharistie; untroi-
sième.met encore un,monde entre celui-ci et le
jugement dernier ; d'autres enseignent que Jésus-
Christ n'est pas Dieu; les uns disent ceci, les
autres cela, et il y a presque autant.de sectes et
de croyances que de têtes;.
» Il faut que j'en cite un pour exemple, car
j'ai/bien à fairèavec ces sortes d'esprits. H n'est
personne qui ne prétende être plus savant que
Luther ; c'^est contre moi qu'ils veulent tous ga-
gner leurs éperons. Et plût au ciel qu'ils fussent
ce qu'ils, pensent être, et que moi je ne fusse
rien ! Celui-là donc m'assurait entre autres
choses qu'il était envoyé vers moi par le Dieu
qui à créé le ciel et la terre ; il eri disait des
choses magnifiques, mais le mariant; perdait tou-
' ' ^ '<• 'i-.V.-.-
jours.' '':;:
'» Enfin il m'ordonna dé lui lire les livres de
'
508 MÉMOIRES

Moïse. Je lui demandai un signe qui confirmât


cet ordre. C'est, dit-il, écrit dans l'Évangile de
saint Jean. Alors j'en eus assez et je lui. dis
de revenir une autre fois, que nous n'aurions
pas le temps de lire pour cette fois les livres de
Moïse...
» Il m'en faut bien entendre dans une année, de
ces pauvres gens. Le diable ne peut pas m'appro-
cher de plus près. Jusqu'ici le monde avait été
plehi de ces esprits bruyans sans corps, qui se
donnaient pbur des âmes d'hommes ; maintenant
ils ont des corps et se donnent tous pour des
anges vivaris...
>•>Quand le pape régnait, on n'entendait point
parler de troubles; le Fort (le diable) était eri
paix dans sa forteresse ; mais à présent qu'un
plus fort est venu qui prévaut contre lui et qui le
chasse, comme dit l'Évangile, il tempête et sort
avec fureur et fracas.
» Chers amis, il est venu aussi parmi vous
un de ces esprits de vacarme qui ont chair et
sang. Il veut vous égarer dans les inventions de
son orgueil ; gardez-vous de lui.
» D'abord il dit que tout homme a le Saint-
Esprit. Secondement, que le Saint-Esprit n'est
autre chose que notre raison et notre intelli-
gence., Troisièmement, que tout hommeala foi.
DE LUTHER. 309

Quatrièmement, qu'il n'y a pas d'enfer; que du


moins la chair seule sera damnée. Cinquiè-
mement, que toute âme aura la vie éternelle.
Sixièmement, que la simple nature nous ensei-
gne de faire au prochain ce que nous voulons
qu'on nous fasse ; c'est la, disent-ils, la foi.
Septièmement, que la loi n'est pas violée par la
concupiscence, tarit que nous ne consentons
pas au plaisir. Huitièmement, que celui qui n'a
pas le Saint-Esprit, est aussi
'
sans péché, car il
" '
n'a pas de raison.
« Tout cela ce sont des prépositions audacieu-
ses , de vains jeux de la fantaisie ; si l'on excepte
la septième, les autres ne rnéritent pas de ré-
-
ponse......
» Il nous suffit de savoir que Dieu rie veut
pas que nous péchions. Pour la manière dont il
permet, ou veut qu'il y ait du péché , nous
ne devons pas toucher cette question. Le ser-
viteur ne doit point savoir le secret du maî-
tre, mais seulement ce qu'il or donne. Cotribien
moins une pauvre créature doit-elle vouloir
scruter et approfondir là majesté et le mystère
"
de son Dieu?.,.
» Nous avons assez à faire pendant toute no-
tre vie, de connaître la loi de Dieu et d'ap-
prendre son fils Jésus-Christ... »'i.5à5\ (Luth.
Werke^ tome II, p. 61, sqq. )
510 MEMOIRES

Page 151, ligne 11. — Luther crût devoir se transporter


'.:' ' à léna... ..''«:

Carlostad, dans une dispute, cita Luther àù


.dernier. — «Comme nous étions à
jugement
l'hôtellerie, et que nous parlions de ces affaires,
après s'être engagé à défendre sa doctrine à
fond/soudain il se détourna, fit claquer, ses
doigts , et dit : « Je me moque de vous. » Or, s'il
ne m'estime pas davantage, qui d'entre nous
estimera-t-il? ou pourquoi peydrai-je mon temps
à le prêcher ? Je pense toujours qu'il me re-
garde comme Fun des plus savans de Wittem-
berg ; et cependant, d me dit au nez : « Je mé
moque de vous- v Comment, après cela, peut-on
croire encpre à sa sincérité, lorsqu'il prétend
vouloir se laisser instruire?» , y-.",,,/ ,.,,.";
Carlos.tad avait abandonné ses fonctions de
professeur et.d'archidiacre à Wittemberg (tout
en gardant son traitehient) pour aller_ à PrlaT
mùnde, sans autorisation ni de l'Électeur ni de
l'Université. Ce fut une des causes du mécpfirr
lentement qui éclata contre lui. L'Université lui
ayan;t écrit pour le rappeler, dans Jsqn sein, il,
lui, fit répondre par .ses partisans d'une manière
'
insolente.
DE LUTHER. 511

. Luther fut envoyé par'l'Électeur, et.l'Univer-


sité à Grlaîmïnde pour y prêcher.contre les. dog-
trines de Carlostad- et >tput. ramener; à. l'ordre;
mais'il;f\it très mal reçu.par le peuple. ,;;v,
Carlpstad s'habillait à QrJamùnde.plus-sim-
plement que Jpsratttrês passeurs. Il ne souffrait
pas. qu'on l'appelât docteur ; il se faisait appeler
frère André,- voisin André. Il se soumettait à-la
juridiction'du juge de: la; petite .ville, pour être
entièrement fépriime les autres bourgeois. (Luths;
Werké, t. II, p. iB-22.) .. , -- , -;,-:,

Page î'52, ligne 21. —Luther obtint un ordre pour le faire


-'•-'-- :--- • softir;., '..:-,;

«Quant au reproche que Carlostad me fait de


l'avoir chassé i je ne. me, cbagrinerais pas trop si
ce reproche était fondé; mais". Dieu aidant, je
crois bien que je< puis -m'en justifier. Daps, tous
les cas, je suis fort aise qu'il ne sbit plus dans
nptre paysj et je voudrais bien qu'il né fût pas
non plus chez ypHs,.;, . , .,.,.-
» Se fondant sur l'un de.ses éprits, il m'au-
rait presque persuadé: de ire pas confondre
l'esprit qui l'anime avec il'esprit séditieux vet ho-
micide d'Altstet (résidence dé Mùnzer) ; mais lors-
que, sur l'ordre de mon prince, je me rendis a
312 MEMOIRES

Orlamûnde, parmi les bons chrétiens de Carlos-


tad, je n'éprouvai que trop bien quelle semence
il avait semée. Je remerciai Dieu de ne pas être
lapidé ni couvert de boue, car il y en avait
qui me disaient, par forme de bénédiction :
« Va-t'en, an nom de mille diables, et casse-toi
le' cou avant que tu ne sois sorti de la ville.»
Malgré cela, ils se sont arrangés et parés bien
proprement dans le petit livre qu'ils ont publié.
Si Fane avait des cornes, c'est-à-dire si j'étais
prince de Saxe, Carlostad ne serait pas chassé f
a moins que l'on ne m'en priât bien fort. — Je
lui conseillerais de ne pas dédaigner la bonté des
princes. » (Lettre aux Strasbourgeois. Luther^
Werke,t. II, p. 58. )
Carlostad, au dire de plusieurs témoins, avait
à son service un chapelain qui faisait le rôle de,
l'esprit dans les apparitions et révélations surna-
turelles par lesquelles son maître en imposait
au peuple. (Luth, briefe, édit. 1826, H "vol..
p. 025.)
« Carlostad était fort téméraire ; il a osé dis-
puter même à Rome dansleprincipalcollège, in
domo Sàpiehiioe. Il est revenu en Allemagne tout
magnifique et avec dé beaux habits. C'est par
pure jalousie qu'il s'est fait ensuite paysan : il
allait tête nue et ne voulait pas qu'on l'appelât
docteur j "mais voisin...
DE LUTHER. 513
» Carlostad condamnait les grades et promo-
tions dans les universités. Il dit un jour : ce Je
sais que je fais mal en élevant ces deux hom-
mes au gradé de docteur, seulement à cause
des deux florins ; mais je jure bien de n'en plus
faire d'autre. » H dit ces paroles dans l'église du
château à Wittemberg, et je l'en repris forte-
ment. (Tischreden, p. 416V) '
»:Dàns la dispute de Leipzig, Carlostad in-
sista pour parler avant moi. Il më laissa à com-
battreles propositions d'Eck sur la primauté du
pape et sur Jean Huss... C'est un pauvre dispu-
teur; il a une tête dure et opiniâtre.... Il avait
pourtant une très ,joyeuse Marie.
» Ces troubles scandaleux font bien du tort à
l'Évangile. Un espion français me" disait expres-
sément que son roi était informé de tout' cela,
qu'il avait appris que nous ne respections plus ni
la religion ni l'autorité politique j pas même le
mariage, et qu'il en allait chez nous comme chez
les bêtes. (Tischreden, p. 4I7-422-)
Mort de Carlostad. —- « Je voudrais savoir si
Çarlpstad est mort repentant. Un ami, qui m'écrit
de Bâle pour m'annoncer sa mort, ajoute une
histoire singulière : il assure qu'un spectre erre
autour de son tombeau et dans sa maison même,
où il cause un grand trouble en jetant des pierres
et des gravois. Mais la loi athénienne défend de
314 MÉMOIRES
médire des morts ; c'est pourquoi je n'ajouterai
rien. »-(.,1-6 février 1542.-;).., .. n-oj,.
« Carlostad est mort tué par le diable. On
m'écrit que, pendant qu'il prêchait', illui appa-
rut, à lui et à beaucpup d'autres, un.'.homme
d'une haute stature qui entra dans le temple, et
se mit à une place vide auprès d'un bourgeois ,:
puis sortit et alla à la maison de Carlostad ; que
là il prit son fils, qu'il trouva seul, et l'enleva
comme pour le briser contre terre, mais le laissa
sans lui faire de mal, et lui ordonna.de dire à
son père qu'il reviendrait dans trois jours pour
l'emporter. Carlostad serait mort lé troisième :,
jour. On ajoute qu'après Ie^serrrion il allà'trovi-7
ver le bourgeois, et lui dëriiandà -quel* était *éet
homme? Le 'bourgeois répondit qu'il ri'âtfàitfriéft
vu. Je crois qu'il aura été ainsi saisi de terreurs
soudaines^ et que nulle autre peste rié'l'âiïra-tué
que la peuride la mort; car il avait toujours eu
pour la ^mort une horreur misérable.»' (7 avril
,'. -••- •"' --^ -
i54a.) -,•

Page 164,' ligne Ai'.>— Les paysans se soulevèrentd'iibùtâi:^.

Une circonstance importante de là guerre des


paysans, c'est qu'elle éclata pendant que les
troupes de .PÉmpire étaient en Italie. Autrement
DE'MTHER '515
les spulèvemens,eussent été plus vitecomprimés.
'
Les paysans du, comte Sigism.ond de; Lupffen -,
en Hégovie (i524), commencèrent la révolte
à cause des; charges .qui,pesaient éur.eux; ils le
déclarèrent; ,à oGuilJâume de. ;Furstemberg-,s enr
voyé pour les. réduire; ilsï/ ne : s'étaient: point
soulevés, pour. la cause du; luthéranisme. Les
premiers aies imi ter furent lespaysansdeE.émp^
' >de
ten, qui1'; prirent pour prétexte la-usévérité
leur abbé.; ils- pénétrèrent daûs"les •villes et châ-
teaux Hel'abbé, brisant toutes lesimages^'tous
les ornêmens des -temples.: L'àbbé; pris par" ëûx
fut coriduit à Kéînptérr, où il fut;-contraint-à
vendre pour-treritë-déùx mille écus^d'or tous ses
anciens,.;droits. D'àûtrës-Tinrent"se jôiiidfë;-à
eux/etlls-së'trPùvèrërit, près^d'Ulmf; âûnbmbre
de quatorze mille. Gëux'-dë-Lëipheirriét'Gûritz-b
berg 'étâiëri'tpbùïéux; àihsi'qùë lës-pâysàrisdès^ëri-
virons-d'Aùgsbbûrg.: Ces déuxp élites' villes:,! assied
géës par laligûëdë Sbûabe, se rèhdirënt:;l'ÙKè fût
abandonnée pièur Te'pillage aux fantassins^ l'autre
aux cavaliers': Lés paysans vaincus se -relevèrent^
et cette fois ne dévastèrent plus'seul èmént ïlès,nid-
nàstèrës,-tarais îésmaisOrisTdès"ribblès: Uii comté
5
de' Mbritfbrt s?iritërpbsa avec lés députés de Éa-
vérispërg et d^bëflingëri: TJii grand 'rioinbré dé
paysans ri'ëri lurent pas nrôiris" mis éri;croiis,'dé-
;':;:'' "' "'' ''"' ''''' V :''"-i "'-*!-'
capités, etc.-:
516 MÉMOIRES

Ce premier soulèvement semblait assoupi,


lorsque Mûnzer fit révolter les paysans de Thu-
ringe.
Le pieux, îérudit, le pacifique Mélanchton
montra combien les demandes des paysans s'ac-
cordaient avec la parole de Dieu et la justice ; il
exhorta les princes à la clémence. Luther frappa
sur l'un et l'autre parti. (Voir le texte.)
Les. paysans delà Thuringe, duPalatinat,
dés diocèses de Mayence, d'Halberstadt, et ceux
de i'Odenwald, se réunirent dans la Forêt-
Noire, sous la conduite de l'aubergiste Metzler^
de.Ballenberg. Ils /s'emparèrent de Mergen-
theim, et-forcèrent plusieurs comtes , barons:et
chevaliers, de se réunir à eux. Les sujets;des
comtes, de Hohenlphe, déjà révoltés, vinrent les
joindre. Les comtes de Hokenlohe ayant reçurdes
paysansdçs lettres de sûreté, scellées avecune
pièce d'argent à l'effigie du comte Palatin, une
conférence, eut lieu, et les comtes promirent
pour cent, et un an d'observer les douze arti^
clés. En signe de joie les paysans tirèrent deux
mille coups, de fusils. Plusieurs nobles se joigni-
rent volontairement aux paysans ; d'autres y fu-
rent contraints par la force. La ville de; Landau
entra,dans leur ligue. En même temps Jes.;pay-
sans des environs d'Heilbrpnn se soulevèrent,; et
après quelques courses, se joignirent à la pre-
DE LUTHER. 517
mière troupe» Plusieurs villes les appelèrent et
leur ouvrirent les portes.
Le traité fait par les paysans avec le vicaire de
l'électeur de Mayence, fut signé de Goetz de Berli-
chingen et de George Metzler, de Ballenberg. Les
paysans envoyèrent huit de leurs chefs prendre
le serinent de tous les babitans du diocèse de
Mayence. Le blergé de ce diocèse dut leur payer
en quatorze jours quinze mille florins d'or. Les
paysans du Rhingaw, opprimés parl'abbé d'Er-
bach, se soulevèrent vers la même époque. Le
vicaire de l'électeur de Mayence ayant souscrit à
leurs demandes , ce tumultejs'apaisa.
Voici .en substance les demandes des paysans:
du Rhingaw; -— Les ministres seront élus., Ils
vivront de la trentième partie du vin et du blé
que la communauté lèvera sur chacun; s'il en
reste quelque chose, onle gardera -pour, les pau-
vres et pour les dépenses de la communauté. —
Égalité des charges pour tous, à moins que
l'on ne prouve, par des actes authentiques, les
privilèges et exemptions, auxquels on prétend.
;— Point d'impôt pour celui qui vendra le vin
de sa vigne; le revendeur seul paiera. —r Point
d'excommunication dans les causes séculières.
— La servitude sera abolie.— On refusera-lo-
gement aux juifs à cause de leurs indignes
usures; le juge ne fera aucune exécution à
518 MEMOÏRES-
raisùn d'usures, mais recherchera quel était le
- •"'•
capital.
Que le commerce de bois de construction soit
libre comme il l'a toujours été et quê-ceUx de
Mayerièe n'y mettent point obstacle.—-Personne
rie sera plus reçu dans les monastères; tous
auront ^permission d'en sortir. — Le seigneur
ne pourra plus intervenir, même indirectement,
dans lés procès. — Le magistrat du lieu veillera
sur'tous'les besoins des veuves, des orphelins et
des pupilles.—Les pâturages, les rivières seront
libres; ainsi que la chasse, en respectant toutefois
les privilèges du magistrat et du prince.—-Le juge
sera soumis aux mêmes charges que les autres
nobles ou non nobles. — On né
citoyens jugera
peint selon le droit canonique dans les causes
séculières;, mâts seîonlâ coutume du lieu.-^-Que
personne ne revendiqué la propriété des forêts.—
Si la Communauté du-Rhingaw arrête quelques
autres articles, ils devront être-acceptés de ceux
'
d'ErbâéK. ( Griodaliùs, à'pud Schardtj reruni
ge^mâriiç.,script. vblMly p. i^s-ê.) ', *
L'insùrrèctioft avait> fait de grands progrès
en Alsace; le duc-Antoine de Lorraine^ défen-
seur àr'derit de l'Église -, "-rassembla un corps. de
troupes\ formé prinèipaleihent dès débris de
la bataillé-de Pavie/et tomba 1 sur les paysans
le iB-tiïâï i525, près de Lupfenstëln. ïlles
DE LUTHER. 519

défit, brûla:le bourg dé Lupfensteiri avec


tous ses habitans, prit Saverne, où un grand
nombre de paysans s'étaient retirés , et battit,
quelques jours après, un; troisième.,corps d'in-
surgés près de Scherweiler. Plusieurs historiens
portent au-delà de trente mille le nombre des
paysans qui périrent en ces trois rencontres.
Trois cents prisonniers furent décapités. (D. Cal-
met, histoire de la Lorraine; I, p. 4g5 et suiv.;
Hottiriger, hist. de la Suisse, p, 28,11; Sleidan,
p. ii5.) •;
Le généra;! George de Frundsberg, qui s'était
distingué à la bataille de Pavie et que l'archi-
duc Ferdinand rappela en Alleriiagrie pour ter-
miner la guerre, n'imita point les cruautés des
autres chefs. Les paysans étaient retranchés près
de Kiëmpten. Sûr de les accabler par la supé-
riorité de ses forces, il évita l'effusion du sang.
Il contint l'impatience de son collègue George
de Waldbourg, et fit secrètement exhorter les
paysans à se disperser dans les forêts et les
montagnes.. Ils le Crurent > et ce fut leur salut.
' , , .
(Wachsmuth-, p. 187.')-
Une chàiïsbri franconienne faite après iaguerre
des paysans, avait pour devise :

« Gare à toi, paysan, mon cheval te renverse » .

C'était la ebriîrë-pàrtië dû chàrit dé guerre des


3â0 MÉMOIRES

Dithmarsen, après qu'ils eurent défait la garde


noire :

« Gare à toi, cavalier, voilà le paysan. »

Les paysans soulevés avaient en général adopté


pour signe une croix blanche. Certains corps
avaient des bannières sur lesquelles était repré-
sentée la roue de la fortune 1. D'autres avaient,
des sceaux sur lesquelles on voyait un soc de
charrue avec un fléau, un râteau ou une fourche,
et un sabot placés en croix. ( Gropp, chronique
de Wurtzbourg, I, 97. Wachsmuth, p. 36.)
Il parut en i5a5 un violent pamphlet ano-
nyme intitulé : « A l'assemblée de tous les pay-
sans. « Ce pamphlet, publié dans l'Allemagne
méridionale, porte sur le titre une roue de la
fortune, avec cette inscription en vers alle-
mands :

« Le moment est venu pour la roue de fortune,.


» Dieu sait d'avance qui gardera le haut. »
« Paysans, « Romanistes,
» Bons chrétiens. » » Sophistes. »

1 Des
témoignages précis font voir que ce n'étaient pas des
roues de charrue comme symboles de l'agriculture;
DE LUTHER. 521
Plus bas :

« Qui nous fait tant suer ?


» L'avarice des seigneurs. »

Et à la fin :

« Tourne, tourne, tourne ,


» Bon gré, mal gré, tu dois tourner. »

(Strobel, Mémoires sur la littérature du seizième


siècle, H, p. 44- —Wachsmuth, p. 55.)
Les paysans s'étaient vantés que leur conseil
général durerait cent et un an. — Après la prise
de Weinsberg, ils décidèrent dans ce conseil de
ne plus accorder la vie à aucun prince , comte ,
baron, noble, chevalier, prêtre^ ou moine, «en
un mot à aucun des hommes qui vivent dans
l'oisiveté. » En effet, ils massacrèrent tous les no-
bles faits prisonniers, pour venger , disaient-ils,
la mort de leurs frères de Souabe... Parmi ces
nobles , tués par les paysans, se trouvait le mari
d'une fille naturelle de l'empereur Maximilien ;
ils la conduisirent elle-même.à Heilbronn dans
un tombereau à fumier. Us détruisirent un grand
nombre de couvens ; dans la seule Franconie
deux cent quatre-vingt-treize monastères ou
châteaux furent dévastés.
I. 21
522 • MEMOIRES

Lorsqu'ils pillaient un château ou un mo-


nastère, ils ne manquaient jamais de courir d'a-
bord au cellier pour y boire le vin, puis ils se
partageaient entre eux les ornemens d'église et
les habits pontificaux. (Haarer [Petrus Crinitus],
Freher, III, 242-6. — Au monastère d'Ér-
apud )
bach, dans le Rhingaw, il y avait une immense
cuve contenant quatre-vingt-quatre grands
muids de vin. Elle était pleine quand les paysans
arrivèrent; ils n'en laissèrent pas un tiers. (Co-
chloeus' jpv 108. )
Ils forçaient les seigneurs de leur envoyer leurs
paysans. Le conseil-commun, leur écrivaient-
ils , a décidé que vous réuniriez votre peuple et
que vous nous enverriez les hommes, après les
avoir armés. Si vous ne le faites, tenez pour cer-
tain que vous serez très in certain de votre vie
et de vos biens. — (Haarer, apud Freher, L HT,
p. 247.)
Les femmes prirent part à la guerre des pay-
sans. Dii côté de Heilbronn, elles marchaient
réunies Bous une bannière. (Jauger, Histoire de
Heilbroritt, II, p. 34-)
» Quand les paysans menèrent le comte de
Loewensteïn par Weinsberg, il fut respectueu-
sement salué d'un passant. Un vieux paysan
qui le vity s?avança aussitôt avec sa hallebarde ,
et dit. au passant : « Pourquoi t'inclines ^ tu ?
DE LUTHER;' 525

Je vaux autant que lui." » (Joeger, Histoire de


Heilbronri; E, p. 32..) r^-KLes paysans s'amu-
saient à faire ôter les chapeaux aux: nobles de-
'
vant eux.; ::;'<:;;.;. ;';:;,:,
Les paysans dé-l'évêché de .Wurzbourg, con-
duits par un homme dé tête, nommé Jacques
Kohi,; demandèrent que les châteaux fussent
démolis et qu'aucuri.noble ne pût avoir de cher:
val de guerre. Ils voulaient que les nobles n'eus-
sent, d'autre droit quële droit commun. (Stumpf,
Faits mémorables del'histoire delàFranconie,
t. II, 44. Wachsmuth, p. 58, 72.) :;,,/„! ,<
«Lorsque ; Mânzer. était à Zwickau, il vint
trouver une belle fille, et lui dit qu'il était en-
voyé vers elle par une voix divine pour dormir
avec elle.; sans cela il ne pouvait enseigner la
parole de Dieu. La fille l'avoua en confession
sur son lit de mort. :(Tischred; ; p. 292.)
s Mûnzer établissait des degrés dans l'état du
chrétien , i° le dëgrossisseinent. (jentgrobung,)
pour celui: qui se dégageait ;des péchés, les plus
grossiers, la-gourmandise, l'ivrognerie j l'amour
des femmes ; 2? l'état d'étude, lorsqu'on pensait
à;uhe autre-vie et rqu?ori travaillait à s'àmélip.^
rer; 3° la contemplation, c'est-à-dire les médi-
tations sur les péchés ; et sur la,;; grâce ; ? 4° ï'ënT
nui, c'est-à-dire i l'état ou la crainte, de la loi
nous rend cfineniis de nous-mêmes et nous ins-
Mi MÉMOIRES

pire le 'regret d'avoir péché; 5° Suspensionem


gratioe, le profond abandon, la profonde in-
crédtilitéç et le désespoir tel que celui de Judas;
ou au contraire, l'abandon de la foi en Dieu,
lorsque l'on se met à sa disposition, et qu'on le
laisse faire.... Il m'écrivit une fois à moi et à Mé-
lanchton .: « J'aime assez que vous autres de Wit4
temberg; vous attaquiez ainsi le pape, mais vos
prostitutions, que vous appelez mariages, ne nie
plaisent guère. » Il enseignait qu'un homme ne
doit point coucher avec sa femme à moins d'être
préalablement assuré par une révélation divine
quil engendrera un enfant saint ; sans cela,
c'était commettre un adultère avec sa femme.
( Tischreden, p. 292-3. )
Mûnzer : était très instruit dans les lettres sa-
crées.—->11 avait reçu sa doctrine, disait-il;-par
des révélations divines, et il n'enseignait rien au
peuple; ,i\ n'ordonnait rien qui ne vînt de Dieu
même. Il avait été chassé de Prague et de plu-
sieurs autres villes. Fixé à Alstsedt en Saxe,> il dé-
clama contre le pape* etce qui était plus dan-
contre Luther-même. — L'Ecriture,
gereux,'
disait-il; promet que Dieu accordera ce qui'lui
est'démandé;-or,- il ne peut refuser un signëà
celui qui.cherche la vraie connaissance. Cette re-
cherche: est agréable à Dieu ; et nul doute qu'il
ne déclare sa yolorité par quelque signe certain.
DE;;LUTHER. m5

Il-ajoûtait qUeiDieuiluiHférait?:/entendfe»àilmV-
même; sa parole, airisiiqu'il ^avaïtfait pour Abra-
ham , ; et î que si Dieu ' refusait ; dé ? eômniuniquèr
avec lui comme- il avait communiqué:]avec les
patriarches^, il lancerait; des; traits contré lui (?);,
tèla>iwiSè ipsum conjectururn. H disait querDieu
manifestait -sa volonté par:lès''Songésa(G3apdaliu:s,
1
ap.. rer; germ'. sèrip.- II; pa;iSij.) -oi-'\p\.> .-u;'\;>
Pendant que Mûnzer exhortait lés paysans;,
avant le combat de Frankenhausen., un arc-en-
ciel parut au-dessus d'eux. Comme les paysans
avaient scéts-èiribïèmë sur leur'bannière j4 ils se
crurent dès-lors assurés de la victoire. ( Hist. de
Mûnzer par Mélanchton, Luth. Werke, t. Il,

Page 170,'hgnëiïï'.'^'Luther ne pouvait'garder le silence;;..

Ui'Dës;l'àrineë'!ir5â4,uil avait'exhorté'Fëîecteùr
Frédéric" et ; lé due 'Jean à prendre '
dés"mesûrës.
1
vigoureuses contreles paysans en révolte. f"'.
"";.-«... Jésus-Christ et ses apôtres ii'orit point
renversé Iës-'tèmplés ni brisé les iînàgésv Ils ont
'gagné lési esprits par la parole dë^Diëu y et les
itùâgës, Tes temples sont tombés d'eux-mêriiës.
Imitons leur exemple. Songeons à détacher lés,
526 MÉMOIRES

esprits des çouvens et delà superstition.•Qu'en-


suite les, autorités fassent- des couvens r. et :des
images délaissés, ce quëbon leur semblera. Que
nousimpbrte que les bois et les pi erres, subsis-
tent;, 1,silles esprits sont affranchis ? ..c-tGes
violences peuvent être iborines pour desiàmbiv
tieux; qui^euleût se faire, unnom, jamaisîpour
ceux qui recherchent: lé. salut des .àmes..*:r&-
(.21 août l5â4-) :".' n?»:':/-[

Page; 171, ligne 7. -- Exhortation à la paix,...

« Exhortation sincère du docteur M. Luther^à


tous les chrétiens pour qu'ils se gardent de l'esprit
dé rébellion. 1524-— L'homme du peuple, tenté
hors de toute mesure, et écrasé de chargesintolé-
rables, ne veut ni ne peut plus supporter cela, et
il a de bonnes raisons pour frapper dufléau et de
la massue , comme Jean de la pioche menace: de
faire... Je suis charmé de voir que: les^.tyrans
craignent. Quant à moi, menace pu craigne.qui
voudra, etc. : .,
» .C'est,
l'autorité séculière:et les nobles,qui
devraient mettre la main, à l'oeuvre,(àl'ceuYre;;de
réforme).; ce qui se fait par les puissances -régur
lières ne pçut être pris pour séditiqn^:», ;,;Unf
DE LUTHER. 537

Après avoir dit qu'il fallait une insurrection


spirituelle et non temporelle Eh bien ! répands,
: ,<:<
aide, à répandre le sairit Evangile ; enseigné,
écris, prêche que tout établissement humain n'est
rien; dissuade tout le monde de se faire prêtre
papiste, moine, religieuse ; à tous ceux qui sont
là-dedans , conseille - leur d'en sortir; cesse dé
donner de l'argent pour les .bulles, les cierges-,
les cloches, les tableaux, les.églises; dis-leur que
la vie chrétienne consiste dans la foi et la charité;
Continuons deux ans de la sorte, et tu verras ce
que seront devenus pape, évêques, cardinaux,
prêtraille, moines, religieuses, cloches, tours
d'églises, messes ; -vigiles-,; soutanes , chapes ,
tonsures, règles, statuts, et toute cette vermine,
tout ce bourdonnement du règne papal. Tout
"--
aura disparu corrimé runiée''."''»' ;'""'"-
Après avoir recommandé la douceur et là pa-
tience envers les faibles d'esprit qÛ'ôii veut
éclairer, Luther continue : « Si ton frère avait
le cou cruellement serré d'une' corde j et''' que -,
venant à son secours, tu tirasses iâ corde avec
violence ou que tu y portasses ;
précipitamment
ton couteau, ri'étranglerais-tu pas; ne blesserais-
tu pas ton frère? Tu lui ferais plus de mal que la
corde et l'ennemi qui l'auraitlié.s Si tu veux le
secourir, attaque l'ennemi ; la corde;,- tu las tou-
cheras avec précaution jusqu'à- ce qu'elle soit
328 MÉMOIRES
ôtée. C'est ainsi qu'il faut t'y prendre. Ne ménage
pas les fourbes et les tyrans endurcis, porte-leur
des coups terribles, puisqu'ils ne veulent point
écouter ; mais les simples ^qu'ils ont cruellement
garrottés des liens de leur fausse doctrine, tu
les traiteras tout autrement, tu les délieras peu-
à-peu, tu leur diras la raison et la cause de
tout, et tu les affranchiras ainsi avec le temps...
Tu ne peux être assez dur envers les loups,
assez doux envers les faibles brebis, a

Page S00, ligne 6. — On s'étonne de la dureté avec laquelle


Luther parle de leur défaite...

A Jean Rûhel, de Luther. —= « C'est


beau-frère
chose lamentable qu'on en finisse ainsi avec ces
pauvres gens (les paysans ). Mais comment faire?
Dieu veut qu'il se répande une terreur dans le
peuple.. Autrement, Satan ferait pis que. ne font
maintenant les princes. Il faut bien préférer le
moindre mal au plus grand... » ( 23 mai i525. )
«... Ce qui me porte surtout à écrire si vio-
lemment contre les paysans, c'est que je suis ré-
volté de les voir entraîner les timides de force ,
et précipiter ainsi des innocens dans les châti-
mens de Dieu. » (3o mai i525. )
DE LUTHER. 529

Page 201 , ligne 12. — Luther intercéda... et obtint... qu'il


pût s'établir à Kemberg...

Carlostad, après avoir obtenu la permission


de rester à Kemberg, ne s'y tint pas tranquille,
comme il l'avait promis. Il fit imprimer et, ré-
pandre clandestinement, sans nom d'auteur ,
différens écrits contre Luther, et s'adressa en
même temps au chancelier Brûck pour se plain-
dre des torts que son ancien adversaire aurait
eus envers lui. Luther, en ayant été instruit.,
écrivit au chancelier pour lui exposer ce qui
s'était passé entre lui et Carlostad, et ce.qu'il
pensait de ce dernier (24 sept. 1528.) « ... En
vérité, dit-il, je ne sais que répondre à de pa-
reils griefs ; Au moindre mal, au moindre 'désa-
grément qui lui arrive, il faut que Luther en
soit la cause Par compassion , j'avais bien
voulu qu'il vînt m'exposer ses scrupules, et j'a-
vais tâché d'y répondre à son contentement : il
m'en faisait des remercîmens, et cependant j'ai
vu depuis, par une de ses lettres à Schwenkfeld,
qu'il, se raillait de ma bonne volonté et de ma
compassion. Depuis ce temps mon coeur s'est
détourné de lui...
530 MÉMOIRES
» Si on ne le surveille de plus près « pour
l'empêcher de faire imprimer ces écrits anony-
mes ( qu?on sait bien être de lui ), qui croira à
la longue que ce soit sâris le consentement, de
notre gracieux seigneur, et à notre insu, que Car-
lostad séjourne parmi nous ? D'un autre côté,
s'il sortait;de l'électoral, il exciterait probable-
ment des troubles, et l'on ne manquerait pas
d'en rendre responsable notre seigneur qui au-
rait pules prévenir en retenant sous sa main cet
homme dangereux. Le souvenir de Mûnzer me
fait peur.-.. Mon avis serait donc qu'on lui fît
strictement observer le silence qu'il a juré de
garder, et qu'on ne le laissât point sortir du pays
jusqu'à nouvelle décision. Des paroles sévères
suffiront;, "j'en suis sûr, car il est facile de lui im-
poser par un ton ferme et décidé. Quanta moi,
-je me trouve bien puni de l'avoir fait revenir
parmi nous, et d'avoir si imprudemment convié
Satan à nia table. » ..-' -

Page 203 , ligne 8. — Luther exprime l'espoir que tout


pourra encore bien tourner pour Carlostad...

« Hier, nous avons baptisé un fils de Carlo-


stad, ouplutôt nous avons rebaptisé le baptême.
Qui aurait cru, l'année dernière, que ceux qui
DE LUTHER. 351

appelaientle baptême tin bain dé chien, le de-


manderaient aujourd'hui àlèurs anciens enne-
mis?» (février 1526.) Mais son retour n'était point
sincère. « II vil avec nous j nous espérions le; ra-
mener dans la bonne voie, maisle;misérable
s'eridurcit dejburenjour. Toutefoisla crairitëlui
ferme la bouche. » (28 novembre 1527.) Quel-
ques'mois'plus tard il écrit à un de ses amis :
« Cette vipère de Carlostad, que; je '.tiens'«'dans
mon sein, remue et s'agite, mais n'ose'sortir.
Plût à Dieu que tes fanatiques l'eussent parmi
eux et que j'en fusse délivré. » ( 28 juil-
let l5aS.):-.-.. .: ; - :),A .;;;:: ;
« Carlostad est absent depuis quelques se-
maines, on pense qu'il est allé retrouver les
sienSf-et;,chercher son nid. Qu'ilaille ^puisqu'il
n'est point de bons procédés.!.-qui Mpuissent; le
ramener. ».(27 .octobre 15.2.7.) Carlostad .neput
supporter long-temps la protection : lhautaine
et: menaçari te -de ; Luther ; il s'enfuit auxL- Paysv
BaS,-',: :i--r- •'.'; ;;,.-!:•" .'.':V.: Oiî •lOiltrl.'i V '>:';,
vyii ;CàrIostad : s'est arrête ; en Frise; /joyeux; et
triomphant. II a; appelé'sa femme; à lui parune
lettre de gloriole et defélicifations:. » (6 mai 1 §291)
^Luther chancelier de l'Électeur, Chris-
priàlë
tian Bayer , de faire accorder à Carlostad, un
sauf-conduit : ,« La femme de ; Carlostad m'a
prié instamment de m'.employer auprès! de mon
552 MÉMOIRES
I -
gracieux seigneur pour obtenir un sauf-conduit
à son mari qui désirerait revenir parmi nous.
Quoique j'aie peu. de confiance dans le succès de
cette demande, je n'ai pu cependant lui,refuser
mon appui. » (18 juillet, i5ag.)
Luther intitula l'un de ses écrits contre Car-
lostad : ; s De la noble et gracieuse dame y.dite
l'habile intelligence du docteur Carlostad; sur
le point de l'Eucharistie; » (Luth. Weilte, t;II-,
p;-46;>:-, . '.::;-.„:-::;

Page 204, ligne ii. — Contre les princes. %y

« Bons princes et seigneurs , vous êtes*trop


pressés-de me voir mourir, moi qui rie suis qu'un
pauvre hbmmé; vous croyez qu'après cela vous
aurez vaincu; Mais si vous aviez des oreilles pour
entendre; je vous dirais d^étranges choses : c'est
que si Luther ne vivait, aucun de vous ne serait
sûr de sa vie et de ses biens. Sa mort seraifcpour
vous tous une calamité, Continuez toutefois
joyeusement; tuez; brûlez; pour moi je ne;cé-
derai point;, si Dieu le permet. Voilà qui je suis;
cependant, je vous en supplie, soj'ez assezbons,
quand vousiiri'aurez tué -, pour ne pas me ressus-
citer et me tuer une seconde fois... Je n'ai pas af-
DE LUTHER. 553

faire, je le vois, à des hommes raisonnables;


toutes les bêtes de l'Allemagne sont lâchées.con-
tre moi, comme des loups ou des porcs qui me
doivent mettre en lambeaux.... J'ai voulu vous
avertir, mais cet avis vous sera certainement inu-
tile; Dieu vous a frappés d'aveuglement. » (pas-
sage de Luther, cité par Cochloeus, p. 87,)

Page 207, ligne 7. — Bucer.... dissimula quelque temps ses


opinions aux yeux de Luther...

Le 25 mai i524, Luther écrivait à Capiton :


«Il y a des gens qui s'obstinent à affirmer que
je condamne votre manière d'agir, à toi et à Bu-
cer... Sans doute ces vains bruits sont nés de
cette lettre que je t'adressai, que l'on a depuis
tant de fois imprimée, et qu'on vient même de
traduire en allemand. C'est ce qui me détourne
presque d'écrire des lettres, quand je vois qu'on
me les enlevé ainsi malgré moi pour la presse,
tandis quil y a beaucoup de choses qu'on peut
et qu'on doit s'écrire entre amis , mais que l'on
ne veut voir répandre dans le public. »
Le i 4 octobre 153g, il écrit à Bucer : « Tu
salueras respectueusement pour moi J. Sturm et
J;'-Calvin:., dont-j'ai lu- les livres avec un singu-
lier plaisir. »
554 MÉMOIRES

Page 208, ligne 6. — Zwingli, OEcolampade...

« OEcolampade et Zwingli ont dit : « Nous res-


tons en paix avec Luther, parce qu'il est le pre-
mier par qui Dieu ait donné l'Évangile ; mais
après sa mort, nous ferons valoir de nouveau
nos opinions. » Ils ne savaient pas qu'ils dure-
raient moins que Luther. »
« Luther disait qu'on devait se contenter de
mépriser ce misérable Campanus et ne point
écrire contre lui. Alors Mélanchton se mita dire
que son avis était qu'on devait le pendre, et qu'il
en avait écrit à son maître l'Electeur.
« Campanus croit savoir plus de grec que Lu^-
ther et que Pomer. Le chrétien est, selon lui,
un homme parfait et infaillible ; il fait de l'homme
une bûche, comme les stoïciens. Si nous ne sen-
tions aucun combat en nous, je ne voudrais pas
donner un liard de toutes les prédications et des
sacremens. » (Tischreden, p. 283.)
Zwingli ose dire : « Nous voulons dans trois
ans avoir dans notre parti la France , l'Espagne
et l'Angleterre. — *** introduit ses livres sous
notre nom de Suisse en France, de sorte que
plusieurs villes en sont infectées... J'ai plus d'es-
pérance dans ceux de Strasbourg. »
DE LUTHER.. 555
« OEcolampade était d'abord un brave homme;
mais il a pris ensuite de l'amertume et de l'ai-
greur. Zwingli a été un homme gai et aimable,
et pourtant il est devenu triste et sombre. » (Tis-
chreden, p. 283. )

a Après avoir entendu Zwingli àla conférence


de Marbourg, je l'ai jugé un homme excellent,
ainsi qu'ÔÈcolâmpâde... J'ai été très affligé de te
voir publier le livre de Zwingli au roi très chrétien,
avec force louanges pour ce livre, tandis que
tu savais qu'il cohteriait beaucoup de choses qui
ne me déplaisent pas seulement à moi, mais à
tous les gens pieux. Non que j'erivie l'honneur
qu'on rend à Zwingli, dont la mort m'a causé
tant de douleur, mais parce qu'aucune consi-
dération ne doit porter préjudice à Ta pureté de
la doctrine. » (i4màii538.)

Page 208, ligne 10. — Je connais assez\ l'iniquité;de Bucer...

« Maître Bucer se croyait autrefois bien sa-


vant ; il rié l'a jamais été, car il écrit dans un
livre que tous les peuples ont une seule,religion
356 MÉMOIRES
et sont ainsi sauvés. Certes, cela s'appelle extra-
vaguer.» (Tischreden, p. i84-)
« On apporta au docteur Luther un grand li-
vre qu'avait écrit un Français nommé Guillaume
Postellus, sur Y Unité dans le Monde. Il s'y don-
nait beaucoup de peine pouf prouver les articles
de la foi par la raison et la nature, afin de pou-
voir convertir les Turcs elles juifs et amener tous
les hommes à une même foi. Le docteur dit à
ce sujet: « C'est prendre trop pour un mor-
ceau. On a déjà écrit de pareils livres sur la
théologie naturelle. Il en est advenu à cet auteur
selon le proverbe : Les Français ont peu de cer-
velle. II viendra encore des visionnaires qui en-
treprendront d'accorder tous les genres d'ido-
lâtrie avec une apparence de foi et de l'excuser
ainsi. » (Tischreden, 68, verso.)
Bucer essaya plusieurs fois de se rapprocher
de Luther. « Je puis bien pour ce qui me regarde
user de patience avec vous, lui écrivit Luther ,
et croire que vous ne pouvez revenir si brusque-
ment; mais j'ai dans le pays de grandes multitu-
des d'hommes ( comme vous l'avez vu à Smal-
kalde) queje ne tiens pas tous dans la main. Nous
ne pouvons souffrir, en aucune manière, que
vous prétendiez n'avoir point erré, ou que vous
disiez que nous ne nous sommes point entendus.
Le meilleur pour vous serait ou d'avouer fran-
DE LUTHER-. 3ST

cheifient, ou de garder le silence en enseignant


désormais la bonûe doctrine. Il y en a de notre
côté qui ne peuvent souffrir vos détours, comme
Amsdorf, Osiander, et encore d'autres.» (i532.)
Il y eut après la révolté des anabaptistes, 1535,
de nouvelles tentatives pour réunir Tes églises
réformées de Suisse, d'Alsace et de Saxe dans
îitae même confession. Luther écrit à Capiton
(Kcepstein ); ami dé Bucer et ministre de Stras-
bourg : « Ma Catherine te remercie del'anneau
d'or que tû lui as envoyé. Je ne l'ai jamais vue
plus fâchée que quand elle s'est aperçue qu%n
îe lui avait volé, où qu'elle l'avait perdu par né-
gligence , ce que je lié puis croire, quoiqu'elle
le répète sans cesse. Je lui .'avais persuadé que
ce ; don ïui était: envoyé comme un heureux
gage de la concorde future de votre église avec
la nôtre : la pauvre ferrime est tout affligée. »
(9 juillet i537.) ':-/'.

Page 211, ligne 15. —- Je ne puis €accuser d'entêtement...

v J'ai quelque chose qui défendra ma cause,


lors même que le monde entier extravaguerait
contre moi : c'est ce qu'Erasme appelle mon
entêtement à affirmer (pervicacia asserendi).»
octobre '
(ïer i5a3.)
1. as .
MÉMOIRES

Page 215, ligne Ô. — De lïbero arbitrio... i

« Tu dis moins, mais tu accordes plus au; li-


bre arbitre que tous les autres ; car tu fie défi-
nis point le libre arbitre, et pourtant tu Jui
donnes tout. J'accepterais plus volontiers ce
que nous disent sur ce point les sophistes :et
leur maître Pierre Lombard, pour qui le libre
arbitre n'est que la faculté de discerner et de
choisir le bien, si l'on est soutenu, par la grâce,
lé mal, si la grâce nous manque. Pierre, Lom-
bard croit avec Augustin que le libre arbi-
tre, s'il, n'a rien qui le dirige, ne peut que con^
duire l'homme à sa chute, qu'il n'a de force que
pour le péché. Aussi Augustin, dans son second
livre contre Julien, l'appelle le serf arbitre-,
plutôt que le libre arbitre. (De servo arbitrio,
p. 477, verso. )

Page 213, ligne 11. — Il reconnut que la véritable question


venait d'être posée... Il hésita quelque temps à répondre...

« On ne saurait croire combien j'ai de dégoût


pour ce traité du Libre arbitre; je n'en ai en-
core lu" que quelques pages... C'est un grand
DE LUTHER. 539
ennui que de répondre à un si savant livre d'un
si savant personnage. » (ier novembre i524.)
Cependant il ne pouvait laisser passer ce li-
vre sans réponse. « J'ai tué, dit-il quelque part,
par mon silence, Eck,Emser , Cochlseus. » Mais
avec Erasme, il n'en pouvait être ainsi : son im-
mense réputation rendait une réfutation néces-
saire. Luther se mit bientôt à l'oeuvre : « Je
suis tout entier dans Erasme et le libre arbitre,
et je ferai en sorte de ne pas lui laisser un seul
mot de juste, comme il est vrai qu'il n'en a pas
dit un seul. » (28 septembre i525.)

Page 214, ligne 7. — Il n'y a plus ni Dieu ni Christ...

« Si Dieu a la prescience, si Satan est le prince


du monde, si le péché originel nous a perdus,
si les juifs , cherchant la justice, sont tombés
dans l'injustice, tandis que les Gentils, cherchant
l'injustice, ont trouvé la justice (gratis et inspe-
rato), si Te Christ nous a rachetés par son sang ,
il n'y a point de libre arbitre ni pour l'homme,
ni pour l'ange. Autrement le Christ est superflu,
ou bien il faut admettre qu'il n'a racheté que la
partie la plus vile de Fhomme, (De servo arbi-
verso. s
trio,^. 525, )
540 MEMOIRES

Page 2f 5, ligne 20. — Plus Luther se débat...

Poussé par la contradiction, Luther arrive à


soutenir les propositions suivantes : La grâce
est donnée gratuitement aux plus indignes, aux
moins méritans ; on ne peut l'obtenir par des
études, désoeuvrés, des efforts petits ou grands ;
elle n'est pas même accordée au zèle ardent du
meilleur, du plus vertueux des hommes, qui
cherche et suit la justice. ( De serve arbitrio,
p. 520. )

Page 216, ligne i. — Jusqu'à son dernier jour, le nom


d'Erasme, etc..

« Ce que tu m'écris d'Érasme, qu'il écume


contre moi, je le sais, et je l'ai bien vu par ses
lettres... C'est un homme très léger, qui se rit de
toutes les religions, comme son Lucien, et qui
n'écrit rien de sérieux, si ce n'est par vengeance
et pour nuire. » (28 mai ï52g.)
« Érasme se montre digne de lui-même, en
poursuivant ainsi le nom luthérien, qui fait sa
sûreté. Que ne s'en va-t-il chez ses Hollandais ,
ses Français, ses Italiens, ses Anglais, etc.?... Il
veut par ces flatteries se préparer un logement,
DE LUTHER Mi
mais il n'en trouvera pas et tombera à terre entre
deux selles. Si les luthériens«Favaient haï comme
les siens le haïssent, ce ne serait qu'an péril de
sesjours qu'il vivrait àBâïe. Mais que le'Christ juge
cet athée , ce Lucien, cet Épi cure. » (7 mars 1529.)
Cette lettre se rapporte-probablement à la pu-
blication suivante : Contra quosdatïi qui se falsb
f octant Evangelicas, epistola Desid. Erasmi Rot.
jam reeens édita et scholiis illusirata. Ad Vultu-
rium Neocomum dat. Frib. 1529. hi*-80.

Page 216, ligne 9. — Ces détours, et la conduite équivoque


d'Erasme, n allaient point à l'énergie de Luther.

« Je te vois, mon cher Erasme, te plaindre


dans tes écrits, de ce tumulte, et regretter la
paix, là concorde, que nous avons perdues. Cesse
de te plaindre, de chercher dés remèdes. Ce
tumulte, c'est par la volonté de Dieu qu'il s'est
élevé et qu'il dure encore; il rie cessera pas avant
que tous les adversaires de la parole de Dieu
soient devenus comme la botié dé lios carre-
fours. » (De servo arbitrio, p. 465-) A


Page 2î9, ïigEë 3. — Mariage de Luther...

Luther, en prêchant le mariage dés prêtres, ne


songeait qu'à mettre fin au honteux démenti
542 MÉMOIRES

qu'ils donnaient chaque jour à leur voeu de chas-


teté ; il ne s'avisait point alors qu'un prêtre marié
pût préférer sa famille selon la chair à celle que
Dieu et l'Église lui ont donnée. Mais lui-r même
ne put toujours se soustraire à ces sentimens
égoïstes du père de famille ; il lui échappe par-
fois des paroles qui forment un fâcheux contraste
avec la charité et le dévouement, tels que les
prêtres catholiques les ont compris et souvent
pratiqués. « Il suffit, dit-il dans une instruction
à un pasteur, que le peuple communie trois ou
quatre fois par an, et publiquement. La com-
munion donnée séparément aux particuliers de-
viendrait un poids trop lourd pour les ministres,
surtout en temps de peste. Il ne faut point d'ail-
leurs rendre ainsi l'Église, avec ses sacremens,
l'esclave de chacun, surtout de ceux qui la mé-
prisent et veulent cependant qu'à tout événe-
ment l'Église soit prête pour eux, eux qui ne font
jamais rien pour elle. » (26 novembre i53g.)
Cependant il se conduisait lui-même d'après
d'autres maximes. Il montra dans les circonstan-
ces graves une charité héroïque.
« Ma riiaison devient un hôpital. Tous étant
frappés d'effroi, j'ai reçu chez moi le pasteur
(dont la femme venait de mourir) et toute sa fa-
mille. » (4 novembre 1527.)
((Le docteur Luther parlait de la mort du doc-
DE LUTHER. 345 ;
teur Sébald et de sa femme,: qu'il avait visités et
touchés, dans leur maladie. « Us sont morts, di-
sait-il, de chagrin et d'inquiétude plutôt que'de
la peste..» Il retira? leurs' enfaris dans sa.maison- ;
et comme .onilui.faisaiteritèndre^ qu'il tèri-
tait Dieu : «Ah! dit-il; j'ai eu de bons maîtres-
quiJ:m'ont appris- ce que c'était que'- tenlér
Dieu.-» .-...- :;::';'";''•>-': -'[— '.:'-:-' -ï;n;
La peste étant dans deux maisons, on voulait
séquestrer un diacre qui y était entré. Lûtherjhë .
le voulut pas, par confiance en Dieu et de crainte
d'effrayer, (décembre i538. Tischreden, p. 356.)

Page 220, ligne 8. — Préoccupé de soins matériels...

A Spalatin. « Tout pauvre que jesuis, je t'au-


rais renvoyé celle belle orange d'or que tu avais
donnée à ma femme, si'je'iî'avais craint de l'of-
l
fenser.
» Saluta tuam conjugem suavissimè ; verûm et
id tum facias cùm in thoro suavissimis amplexi-
bus et osculis Catharinam'tenueris , ac sic cbgi-»
tavefis : En hune hominem ,• optimam crealuru-
lam Dei mei, donavit mihi Christus meus; sit
illilaus et gloria! »^6 décembre i525.)
« Salulabis tuum Dictative multis basiis, vice
mea et Johanhelli;me.i, qui hbdie didicit flëxis
: 544 MEMOIRES

poplitibus. soïus: in pmnem ànguïûm. cacace '', irnd


caçavit yerè, in, omnem. angùium miro negotioa --^
Salutat te, mëa Ketha et orâre prose rogat,puér-:
pera propediem futura ; Ghristus assit. » (19 oc-
tobre :i527.)rrr-«FiliolaiOEiâliamhabeo in utero. »
,(8ra;yril iBaB.)'— « Morii petit Jean est^gai-ét
fort;,p'est:,un petit homme voraee et bibace;»
— « Salue pour moi ce gros mari de
(mai 1527.)
Melchior,, à qui je souhaite.une femme soumise,
qui, le jour, le mène sept., fois parles cheveux
autour; delà,placé publique,;et la nuit; J'étour^
disse trpis.,4pislidp paroles conjugales, .comiriëil
le mérité. » (10 février i525.)
« Nous ibuvons d'excellent vin de la cave du
princél^tfribûs deviendrions de parfaits évàùgé-
liques, si l'Évangile nous engraissait de même. »
.mars. 152,3*; .,.;,,. .-.: .•'><.a;.:' » .\ -' - ?V;v:'';K
(8 |)
... Lettre.aiJ.:^
coucher). ~3«:f]Pu,dpnnëras;:une; pièce,, d'or:âû
nouveau ^ ne ^jét une autre à l'accouchée, pour
qu'el|éib^ive^^vin et qu'elle fait du lait. Si/jiavais
été présent^ de-; De! la -ré-i
;jasasse <seryi; compère^
gipB-idjçipiseau^^jlS^Jfc^^i-^fTjrD c ?; ...o •;.; .;;;<!
Les: lettrgs, -de: cette iépô.que ise terminentJd'orrf
dmaireparqujelqués-^s-d^^
dominus nïéus;j imperatHccCmea^Ketha te• saUàalii
Ma chèrefcôtëyimon msâ&ë% ;;mon -impératrice,.;
Iletha te s$lûe, ] hm ;Jba; .•=)'.. ;-.- :-:-;.
DE LUTHER. 345
. « Ketha, mon seigneur, était dans son nouveau
royaume, à Zeilsdorf (petit bien que possédait
Luther), quand tes lettres sont arrivées. »
Il écrit à Spalatin ; « Mon Eve demande tes
prières pour.que Dieu lui conserve ses deux en-
fans, et lui accorde d'en concevoir et d'en enfan-
ter heureusement un troisième. »(i5maii528.)
Cochlaeus appelle la femme de Luther : dignum
olloe operculum (page 73).
Luther prie Nicolas Amsdorf d'être parrain
de sa fille MagdaTeriâ (5 mai i5o.g) : « Digne sei-
gneur! le Père de toute grâce nous a accordé, à
moi et à ma bonne Catherine, une chère petite
enfant. Dans cette circonstance, qui nous rend
si joyeux, nous vous prions de remplir un office
chrétien, et d'être le père spirituel de notre
pauvre petite païenne, pour la faire entrer dàris
la sainte communauté des chrétiens, par le di-
vin sacrëirient du baptême. Que Dieu soit avec
vous! » [.'-£;-: '-.,.
Luther eut trois fils, Jean, Martin; Paul, et
trois filles yjElisabeth, Madeleine, Marguerite.
Lës-deuxprëmièrès de sesfillesmoururent jeunes,
l'une àiPâgé dé huit mois, l'autre à treize ans. On
lisait sur le tombeau de la première : Hic dor-
mit Elisabethàijilioîa Lutherî.
La descendance mâle de Luther s'éteignit
en i759..(Ukëft; I, p; 92.)
546 MÉMOffiES |
II y a dans l'église de Kieritzsch (village saxon),
un portrait de la femme de Luther en plâtre,
portant l'inscription suivante : Catarina Lutheri
gebohme von Bohrau, i54o. Ce portrait avait
appartenu à Luther. (Ukert, I, 364.)

Page 220, ligne 11. — Cette période d'atonie...

Il s'indigne à son tour contre les prédicateurs


trop véhémens. « Si N***, écrit-il àHausmann;
ne peut se modérer, je le ferai chasser par le
prince.
» Je vous avais déjà prié, dit-il au même pré-
dicateur, de prêcher paisiblement la parole de..
Dieu, en vous abstenant de personnalités et de
tout ce qui peut troubler le peuple sans aucun
fruit... Vous parlez trop froidement du sacre-,
ment et restez trop long-temps sans communier.;»
(io février i528.)
« Il npus est arrivé de Kcenigsberg un prédi-
cateur qui veut faire je ne sais quelles lois sur
les cloches, les cierges, et autres choses sem-;
blables... II n'est pas bon de prêcher trop sou-:
vent, j'apprends que chaque dimanche, on fait
trois sermons à Koenigsberg. Qu'es.t-il besoin?
deux suffiraient; et pour toute la semaine, ce
serait assez de deux ou trois. Lorsqu?on prêche:;
DE LUTHER. 547

chaque jour, on monte en chaire sans avoir mé-


dité son sujet, et l'on dit tout ce qui vient à la
boHche; s'il ne vient rien de bon, on dit des pla-
titudes et des injures. — Plaise à Dieu de modé-
rer les langues et les esprits de nos prédicateurs.
Ce prédicateur de Koenigsberg est trop véhément,
il a toujours des paroles sombres, tragiques, et
des plaintes amères pour les moindres choses, s
(16 juillet i5a8.)
« Si je voulais devenir riche, je n'aurais qu'à
ne plus prêcher, je n'aurais qu'à me faire bate-
leur ; je trouverais plus de gens qui voudraient
me voir pour de l'argent, que je n'ai d'auditeurs
aujourd'hui, » (Tischr., p. 186.)

Page 2S0, ligne 19. — Honorons le mariage...

Le 25 mai i5a4j il écrivait déjà à Capiton et


Bucer, : « J'aime fort ces mariages que vous faites
de prêtres, de moines et de nonnes ; j'aime cet,
appel des maris contre l'évêque de Satan, j'aime
les choix qu'on a faits pour les paroisses. .Que
dirai-je, je n'ai rien appris de vous dont je n'aie
une joie extrême. Poursuivez seulement et avan-
cez en prospérité... Je dirai plus, on a dans ces
dernières années, fait assez de concessions aux
faibles. D'ailleurs; puisqu'ils s'endurcissent de
548 MÉMOIRES

jour en jour, il faut agir et parler en toute li-


berté. Je-vais enfin songer moi-même à rejeter le
froc, que j'ai gardé jusqu'à, présent pour le sou-
tien des faibles et en dérision du pape. » (a5
mai s 524-)

Page 222, ligne 6. — Je n'ai point voulu refuser de donner


à mon père l'espoir d'une postérité...

« L'affaire des paysans a rendu courage aux


et fait tort à la cause de ' il
papistes l'Evangile ;
nous faut, nous aussi, porter plus haut la tête.
C'est dans ce but que pour ne plus attester l'É-
vangile de paroles seulement, mais par mes ac-
tions, je viens d'épouser une nonne. Mes enne-
mis triomphaient, ils criaient : lo ! io ! J'ai voulu
leur prouver que je n'étais pas encore disposé
à faire retraite, quoique vieux et faible. Et je
ferai d'autres choses encore , je l'espère, qui
troubleront leur joie et appuieront mes paroles, »
(i 6 août iSaS.)
Le docteur Eck publia un recueil intitulé :
Epiihalamiâfesîiva in Lutherum, Bessum (Ur6a-
num Regium) et id genus nuptîatorum. On y trouvé
entre autres pièces une hymne de dix-neuf stro-
phes , intitulée : Hymnus paranymphorum, etcom-
mençant par ces mots : loi io! io! io! gaùdea-
mus cumjubilo, étc; une Additio dithyrambiem
DE LUTHER. 349

ûd epithatamiian Mart. Lutheri, daifs le même


mètre ; un Epitïialamium Mart. Lutheri en hexa-
mètres commençant ainsi : Die mihi, musa, no-
puni, etc. Hasemberg fit sur le même sujet une
satire intitulée r. Ludus ludentem Luderum, ludens.
Luther y répondit par différentes pièces dont
le recueil fut imprimé sous le titre : La fable du
lion et de Vâne.
Luther était à peine marié, que ses ennemis
répandirent le bruit que sa femme venait d'ac-
coucher. Érasme accueillit ce bruit avec empres-
sement et se hâta d'en faire part à ses correspon-
dans ; mais il se vit obligé plus tard de le démentir.
(Ukert. I, s89-192.)

Page 225, ligne 6. — Tous les jours les dettes nous


enveloppent davantage...

En ï527 , il fut obligé de mettre en gage trois


gobelets pour cinquante florins et d'en vendre
un pour douze florins. Son revenu ordinaire ne
s'éleva jamais au-dessus de deux cents florins de
Misnie par an. —» Les libraires lui avaient offert
une somme annuelle de quatre cents florins, mais
il ne put se résoudre à les accepter. — Malgré le

peu d'aisance dont il jouissait, sa libéralité était


extrême. H donnait aux pauvres les présens de
550 MÉMOIRES

baptême destinés à ses enfans. Un pauvre étu^


diant lui demandant un jour quelque peu d'ar-
gent, il pria sa femme de lui en donner; mais
celle-ci répondit qu'il n'y en avait plus dans la
maison. Luther prit alors un vase d'argent et le
remit à l'étudiant pour qu'il le vendît à un orfèvre.
(Ukert, H, p. 7.)
« Je lui aurais volontiers donné de quoi faire
sa route, si je n'étais accablé par la multitude
des pauvres, qui, outre ceux de notre ville, accou-
rent ici comme en un lieu célèbre. » (avril 1539.)
« Je t'en supplie, mon cher Justus, par grâce,
arrache du trésorier cet argent qu'il est si dif-
ficile d'avoir et que le prince a promis à G. Scharf ;.
Tu donneras, s'il le faut, une quittance en mon
nom. » (n mai i54o.)
« Luther se promenant un jour avec le docteur
Jonas et quelques autres amis, fit l'aumône à
des pauvres qui passaient. Le docteur Jonas l'i-
mita, en disant :«Qui sait si Dieu me le rendra?»
Luther lui répondit : « Vous oubliez que Dieu
vous Fa donné. » Le mot de Jonas indique for-
tement l'inutilité des oeuvres qui résultait de la
doctrine de Luther. (Tischr. i44? verso.)
«Le docteur Pommer apporta un jour au doc-
teur Luther cent florins dont un seignçur lui
faisait présent, mais il ne voulut point les accep-
ter; il en donna la moitié à Philippe et voulut
DE LUTHER. - 551
rendre l'autre au docteur Pommer qui n'en vou-
lut pas. » (Tischr., p. 5g.)
« Je n'ai jamais demandé un Iiard à mon gra-
cieux seigneur. » (Tischr., p. 53-6o.)

Page 226 , ligne 14. — Je ne leur demande rien pour mon


travail...

« Un commerce légitime est béni de Dieu,


comme lorsque l'on tire un liard de vingt ; mais
un gain impie, sera maudit. Ainsi l'imprimeur ***
a gagné beaucoup sur les livres que je lui ai fait
imprimer ; avec un liard il en gagnait deux....
L'imprimeur Jean Grunenberger me disait con-
sciencieusement : Seigneur docteur, cela rapporte
beaucoup trop; je ne puis avoir assez d'exem-
plaires. C'était un homme craignant Dieu, aussi
a-t-il été béni de notre Seigneur.» (Tischr. p. 62,
verso.)
« Tu sais, mon cher Amsdorf, que je ne puis
suffire à nos presses, et voilà que tout le monde
me demande de cette pâture ; il y a ici, près de
six cents imprimeurs. » (11 avril i525.)

Page 258, ligne 17. — Pourquoi m'irriterai-je contre les


papistes ? tout ce qu'ils me font est de bonne guerre...

Ils cherchaient cependant, à ce qu'il semble,


à se défaire de lui par le poison.
S52 * ' MÉMOIRES

(Janvier et février i525«) Luther parle dans


deux lettres différentes, de juifs polonais, qui
auraient été envoyés à Wittemberg pour l'empoi-
sonner (Judsei qui mihi venenum paravere) ,
moyennant le prix de 2000 ducats. Comme ils
ne dénoncèrent personne dans leur interro-
gatoire, on allait les mettre à la torture, mais
Luther ne le souffrit point, et il s'employa même
à les faire mettre en liberté, quoiqu'il n'eût au-
cun doute sur le nom de l'instigateur.
« Ils ont promis de l'or à ceux qui me tue-
raient, c'est ainsi qu'aujourd'hui combat, règne et
triomphe le saint-siége apostolique, le régulateur
de la foi, la mère des églises. » (Cochlaeus, p. 25.)
Un Italien de Sienne mangea avec le docteur
Martin Luther, causa beaucoup avec lui, et resta
à Wittemberg quelques semaines , peut - être
pour savoir comment les choses s'y passaient.
(TisGhr. p. 4l6.)
Des tentatives d'un autre genre eurent aussi
lieu.
« Mathieu Lang, évêque de Salzbourg, m'a
recherché d'une manière si singulière, que sans
l'assistance particulière de notre Seigneur, j'eusse
été pris. En ï5a5, il m'envoya par un docteur
vingt florins d'or, et les fit donner à ma Cathe-
rine, maïs je n'en voulus rien prendre. C'est
avec l'argent que cet évêque a pris tous les ju-
DE LUTHER. 355

ristes, de sorte qu'ils disent ensuite -. Ah! c'est


un seigneur qui pense bien. Lui cependant, se tient
tranquille et rit en tapinois. Une fois il envoya
à un curé qui prêchait l'Évangile, une pièce de
Damas, pour qu'il se rétractât, et il dit ensuite :
Est-il possible que ces luthériens soient de si
grands fripons , qu'ils fassent tout pour de l'ar-
gent? s (Tischreden, p. 274, verso.)
Mélanchton, qui ne rompit jamais avec les let-
trés de la cour pontificale, fut pendant quelque
temps soupçonné d'avoir reçu des offres.
Un jour, on apporta une lettre de Sadolet à
Sturmius, dans laquelle il flattait Mélanchton.
Luther disait : « Si Philippe voulait s'arranger
avec eux, il deviendrait aisément cardinal, et
n'en garderait pas moins sa femme et ses enfans.
» Sadolet, qui a été quinze ans au service du
pape, est un homme plein d'esprit et de science;
il a écrit à maître Philippe Mélanchton le plus
amicalement du monde, à la manière de ces Ita-
liens , peut-être dans l'espoir de l'attirer à eux,
au moyen d'un cardinalat. Il l'a fait sans doute
par l'ordre du pape, car ces messieurs sont in-
ils ne savent comment —
quiets; s'y prendre.
Le même Sadolet n'a aucune intelligence de l'É-
criture, comme on le voit dans son commentaire
sur le psaume 5r. Les papistes n'y entendent
plus rien, ils ne sont plus capables de gouver-
I. 23
554 MÉMOIRES

ner une seule église ; ils se tiennent fiers et raides


dans le gouvernement et crient : Les décisions des
Pères ne comportent point de doute. »

Page 259, ligne 6. — Persécution...

« Aux chrétiens de la Hollande, du Brabant


et de la Flandre (à l'occasion du supplice de deux
moines augustins, qui avaient été brûlés à
Bruxelles).
«... Oh! que ces deux hommes ont péri mi-
sérablement! Mais de quelle gloire ils jouiront au-
près du Seigneur! c'est peu de chose d'être outragé
et tué par le monde pour ceux qui savent que
leur sang est précieux, et que leur mort est chère
a Dieu, comme disent les psaumes ( 116, i5 ).
Qu'est-ce quelemondecomparéàDieu?... Quelle
joie, quelles délices les anges auront-ils ressen-
ties, en voyant ces deux âmes ! Dieu soit loué et
béni dans l'éternité, de nous avoir permis, à
nous aussi, de voir et entendre devrais saints, de
vrais martyrs, nous qui jusqu'ici avons adoré
tant de faux saints ! Vos frères d'Allemagne n'ont
pas encore été dignes de consommer un si glo-
rieux sacrifice, quoique beaucoup d'entre eux
n'aient pas été sans persécutions. C'est pour-
quoi, chers amis, soyez allègres et joyeux dans
DE LUTHER. 555

le Christ, et tous, rendons-lui grâce des signes


et miracles qu'il a commencé d'opérer parmi
nous. II vient de relever notre courage par de
nouveaux exemples d'une vie digne de lui. Il est
temps que le royaume de Dieu s'établisse,, non
plus seulement en paroles, mais en actions et
en réalité... » (juillet i523.)
a Lanoble dame Argula de Staufen, soutient sur
cette terre un grand combat ; elle est pleine de
l'esprit, de la parole et de la science du Christ.
Elle a envahi de ses écrits l'académie d'ingolstad,
parce qu'on y avait forcé un jeune homme,
nomméÂrsacius, à une honteuse révocation. Son
mari, qui est lui-même un tyran, et qui a main-
tenant perdu une charge à cause d'elle, hésite
sur ce qu'il doit faire. Elle, elle est au milieu de
tous ces périls avec une foi forte, niais, Jainsi
qu'elle me l'écrit elle-même, non pas sans que
son coeur s'effraie. Elle est l'instrument précieux
du Christ ; je te la recommande, afin que le Christ
confonde par ce vase infirme les puissans et
ceux qui se glorifient dans leur sagesse. » (i524.)
A Spalatin. « Je t'envoie les lettres de notre
chère Argula, afin que tu voies ce que cette femme
pieuse endure de travaux et de souffrances. »
(n novembre iSsS.)
La traduction de la Bible par Luther, donna
à tous envie de disputer; on vit jusqu'à des
556 MÉMOIRES
femmes provoquer les théologiens^ et déclarer
que tous les docteurs n'étaient que des ignorans.
Il y en eut qui voulurent monter en chaire, et
enseigner dans les églises. Luther n'avait-il pas
déclaré que par le baptême tous devenaient prê-
tres, évoques, papes, etc. ? (Cochloeus } p. Si.)

Page 259, ligne 9. — On. nous laisse périr de faim...

Un jour qu'il était question, à la table dé


Luther, du peu de générosité que l'on mon-
trait à l'égard des prédicateurs , il dit : « Le
monde n'est pas digne de leur rien donner de
bon coeur ; il veut avoir des gueux et des criards
impudens, tels que le frère Mathieu. Ce frère, à
force de mendier, avait obtenu de l'électeur ïa
promesse qu'on lui achèterait une fourrure.
Comme le trésorier du prince n'en faisait rien,
le prédicateur dit en plein sermon, devant l'é-
lecteur : « Où est donc ma fourrure? » L'ordre
fut renouvelé au trésorier ; mais celui-ci différant
encore de l'exécuter, le prédicateur parla de nou-
veau de sa fourrure, dans un autre sermon où
l'électeur était présent. « Je n'ai pas encore vu
ma fourrure, » dit-il, et c'est ainsi qu'il obtint
à la fin ce qu'il désirait. » (Tischreden, p. 189,
verso, "l
DE LUTHER. 357
Du reste, Luther se plaint lui-même du misé-
rable état dans lequel se trouvent les ministres :
« On refuse de les payer, dit-il, et ceux qui jadis
prodiguaient des milliers de florins à chacun des
fourbes sans nombre qui les abusaient, ne veu-
lent pas aujourd'hui en donner cent pour un
prêtre. » (rermars I53I.)
« On a commencé à établir ici (à Wittemberg),
un consistoire pour les causes matrimoniales, et
pour forcer les paysans à observer quelque dis-
cipline et à payer les rentes aux pasteurs, chose
qu'il faudra peut-être faire aussi à l'égard de
quelques-uns de la noblesse et de la magistra-
ture. » (i2 janvier i5^.i.)

Page 239, ligne 22. — apparitions...

« Joachim m'écrit qu'il est né à Bamberg un


enfant à tête de lion, qui est mort promptement :
qu'il a aussi apparu des croix au-dessus de la
ville, mais que le bruit qui s'en répandait a été
étouffé par les prêtres. » ( 22 janvier 1S2.S. )
i5a5. « Les princes meurent en grand nom-
bre cette année ; c'est là peut - être ce qu'annon-
çaient tant de signes.» (6 septembre i525.)

FIK DU TOMEDEUXIEME.
RENVOIS

DU DEUXIEME VOLUME.

Tous les passagestirés des lettres ont été, commeon l'a pu voir,
exactementdatés dans le texte. La daté rend tout renvoi superflu.On
retrouverafacilementces passagesdansl'excellenteédition de De Vvelte,.
Berlin , i 835. ( Voyezla note de la préface.)

Page 2, ligne 9. Ainsi. — Tischreden, page 240.


7, 21. Purgatoire. — Tisclireden, 281 -2.
8, 16. S'use elle-même. — Tisclireden, 230:
8, 17. Lorsque j'étais moine. — Tout ce qu^
regarde les tentations de Lutter est tire
des Tisclireden, 102, 252, 240 bis,,
251,228,229..
560 MÉMOIRES
12, 10. L'imputation. — Lutli. oper. lat. Ienoe,
1612,1.1, praef. — Die vmartii 1545.
15, 7. Fentes. — Tiscliereden, 440 bis.
15, 14. Dupeuple. — Tiscliereden, lÀÙ-'t.
16, 21. Ile missa est. — Tiscliereden;, 441.
17, 10. Je ne voudrais pas. — Tischreden_,441.
25, 16. Les thèses.;— Luth, oper., Witt, 1545,
t. I, 50-98.
26, 16. Les thèses dogmatiques. — Witt. oper.
lat. t. II, 56.
51, 24. Le denier. —- Seckendorf, De Luthera-
nismo, 44.
55, 15. Facere. — Seckendorf, 79.
56, 25. Lorsque. — Tischreden, 577-80.
48, 17. Que je le veuille ou non. — Luth. oper.
Witt. t. IX, 65.
54, 19. Effroyable. — De'dicace à l'électeur de
Saxe (27 mars 1519), Luther's
briefe, 1.1, 241.
57, 24. Chrétien. — De liberlate christianâ.
Luth. oper. Witt. 1582, P t. IL Se-
lon GocMoeus, ce livre fut composé
ayant 1521.
59$ 25. Comme vous faites. — Erasmi Epist..
t. 111,445.
61, 4. Esclave des prêtres. — Cochloeus, 54.,
65,. 5. Tumulte. — Hutten. oper. t. IY, 292.
DE LUTHER. 361

65, 16. Terreur, —ibid. 295.


64, 7. Allemagne. — Ibid. 276.
64, 11. Buntschuch. — Ibid. 276.
64, 16. Pape. — Ibid. 276.
64, 27. Se retire. — 506.
65, 16. Sermon. — Cochloeus, 29.
66, 15. Outrageante. — Ukert. 1.1, 139.
69, 27. Deux cent six personnes.— Lutk, cper.
Witt. t. IX, 104 et 199.
75, f&.NeVabandonnerapas. —Marheinecke,
1.1,256.
75, 27. Voyage. — Ibid. 255.
79, 4. Même sens. — Luth, Werke, t. IX,
107-15.
89, 14. Mille diables. — Tischreden, 208.
92, 27. Se douteront. — Luth. Werke. Witt.
t. IX, 129.
95, 25. Autre chose. — Ibid. 150.
95, 27. De Lutfier. — Ibid. A52.
96, 27. Mourir pour elle. — Ibid. 125-19.
108, 10. Cétaitlui. — Marheinecke, 1.1.
115, 25. De Luther. — Oper. Luth. Witt. t. II,
555-51. Livre de Luther contre
.Henri VIDI.
118, 9. Du seul Luther. — Ibid. 531. Ibid.
119, 15. Indignatione med. — Luth. oper. De
seculari potestaie. Cochloeus, 58.
120, 10. Bêtes fauves. — Ibid. Cochloeus 59.
362 MÉMOIRES
122, 22. Centum gravamina. — Seckendorf. 1.1,
251.
128, 11. Dans la confession. — Tischreden,
162.
128, 17. Si un meurtrier. — Ibid. 165.
151, 5. Je suis bien aise. — Luth. Werke, t. II
29.
155, 28. Webaptisaientpoint.—Luth. oper. Witt.
t. II, 564-74.
155, 15. Affaires ecclésiastiques. Seckendorf, t. II,
100.
156, 17. Un bourgeois. — Tischreden, 176.
156, 21. Comme on parlait. — Ibid. 177.
142, 25. Dans une préface. — Luth, Werke, '
t. IX, 536.
145, 17. Quelques nonnes.—Tiscliereden. 271.
151, 12. Carlostad se croyant. — Luth. Werke,
t. IX, %iibis.
155, 23. Prophètes célestes. — Ibid. t. II, 10-56.
154, 6. Chassé de la Saxe. — Ibid. t. II, 17-22.
157, 2. Iconoclastes* — Ibid. t. II, 15.
161, 15. L'affaire des images. — Ibid. t. II, 58.
166, 18. Suivent les articles. — Luth. Werke,
t. II, 64.
194, 11. Proclamation de Muntzer. — Ibid.
t. 11,91.
171, 7. Exhortation alapaix.—Ibid.t. II, 66.
DE LUTHER. 565
198, 23. Immédiatement après. — Ibid. t. II,
406.
202, 11. Le docteur Andréas.— Ibid. t. H, 59.
205, 4. L'Allemagne est perdue. —Cochloeus,
140.
207, 11. Personne n'a traduit. — Tischreden ,
425.
217, 4. Si je reprends. — Tischreden, 299-305.
251, 5. Fers la fin. — Luth. Werke, t. IX, 258.
258, 17. Pourquoi m'irriterai-je. —Cochloeus,
146.
240, 14. Grâce et paix. — Luth. Werke, t. IX,
545.
TABLE

DU DEUXIÈME VOLUME.

LIVREIer. —1483-1521 1
CHAP.1er. 1485-1517. Naissance, e'duca-
tion de Luther ; son ordination ; ses
tentations ; son voyage à Rome. ... \
CHAP.H. 1517-1521. Luther attaque les
indulgences. Il brûle la bulle du pape.
— Érasme , Hutten , Franz de Sickin-:
gen. — Luther comparaît à la diète de
Worms. — Son enlèvement. ... 18
LIVREII. —1521-1528 83
CIIAP. 1er. 1521-1524. Séjour de Luther
au château de Wartbourg. — H revient
à Wittemberg sans l'autorisation de l'É-
lecteur. — Ses écrits contre le roi d'An-
gleterre et contre les princes en général. 83
CHAP.II. Gommencemens de l'église luthé-
rienne. — Essais d'organisation, etc. . 124
CHAP. III. 1525-1525. Carlostad. —
Miinzer. — Guerre des paysans. . . 148
366 TABLE DES MATIÈRES.
CHAP. IV. 1524-1527. Attaques des ra-
tionnalistes contre Luther. — Zwingli,
Bucer , etc. — Érasme 203
CHAP. V. 1526-1529. Mariage de Luther.
Pauvreté. Découragement. Abandon.
Maladie. Croyance à la fin du monde. 219
Additions et Éclaircissemens 245
Renvois ^59

DOTOMEDEUXIEME.
PIS DE LATABLE
ERRATA.

Page2i , ligne \ 6, au lieude Léonard, Kei:cr, lisezLéonard Kelser.


Page 28, ligne 25, au lieu de l'Italie, lisezl'Allemagne.
Page 55, ligne M, au lieu de donun ner, lisez donner un.
Page 88 , ligne 21 , au lieu de j'eusse, lisez/'eus.
Ibid. au lieu de/e me fusse, lisez/c me fus.
Page -i59, ligue 23 , au lieu de Leipsic, lisez Leipzig.
Page J97, ligne 10, supprimez: yi// du haut de son soleil nous
regarde à peine comme des inseetes.

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