TP 2 économie
Texte 1
L’augmentation du coût de la vie et la baisse des prix de l’immobilier ont eu un
effet « sans précédent » sur l’épargne nette et le patrimoine des ménages les plus
vulnérables, estime Statistique Canada, qui a publié mardi matin les données des
comptes économiques des ménages canadiens.
On y apprend entre autres que les inégalités de revenus se sont accrues au premier
trimestre de 2023 par rapport à l’an dernier. Les plus jeunes sont particulièrement
affectés par la baisse des prix de l’immobilier et par l’ampleur du ratio de la dette
sur le revenu, estime l’agence fédérale, qui prévoit que l’inflation et les taux
d’intérêt devraient continuer à faire pression sur la capacité des ménages
vulnérables à « joindre les deux bouts ».
Statistique Canada indique que « l’écart entre les riches et les pauvres se creuse au
rythme le plus élevé jamais enregistré » et que « relativement peu de ménages »
détiennent la majeure partie de la richesse au pays. En effet, « l’écart de la valeur
nette entre les patrimoines les plus élevés et les plus bas a augmenté de 1,1 point
de pourcentage au premier trimestre de 2023 par rapport au même trimestre un an
plus tôt », selon l’agence. Il s’agit de l’augmentation la plus rapide jamais
enregistrée depuis 2010, année depuis laquelle ces données sont calculées.
Résultat : le quintile des ménages au patrimoine le plus élevé possédait 67,8 % de
la richesse au premier trimestre, alors que le 40 % des ménages au patrimoine le
plus faible, généralement les plus jeunes, ne représentait que 2,7 % de la valeur
nette au pays.
Statistique Canada précise que « les ménages ayant le patrimoine le plus bas ont
été plus touchés par les pressions économiques récentes » que les ménages au
patrimoine le plus élevé, présentant des baisses de valeur nette respectives de
13,8 % et 3,8 % sur un an.
Augmentation inégale des revenus
La part du revenu disponible des ménages les plus fortunés a augmenté, alors que
celle des revenus inférieurs a diminué, accroissant l’écart de 0,2 point de
pourcentage à 44,7 %, par rapport au premier trimestre 2022. L’écart de revenu
demeure toutefois inférieur à son niveau prépandémique.
Statistique Canada révèle que les salaires moyens des ménages ont augmenté de
4 % au premier trimestre de 2023. Pour le quintile de revenu inférieur,
l’augmentation des salaires moyens n’a été que de 1 %. Cela dit, les ménages à
plus faible revenu ont profité d’une hausse appréciable (48,5 %) des paiements de
transfert, provenant notamment des prestations de retraites fédérale et provinciale,
contre une baisse de 18,8 % pour l’ensemble des ménages.
L’agence fédérale indique que « les pressions inflationnistes et l’augmentation des
taux d’intérêt ont eu une incidence négative sur le revenu disponible des ménages
ayant les revenus les plus faibles ». Elle attribue ces pressions à l’augmentation
du taux directeur de la Banque du Canada et à la diminution du revenu net de
placements principalement attribuable à l’augmentation des frais d’intérêt sur les
cartes de crédit et les prêts hypothécaires.
Le revenu disponible moyen a diminué de 0,2 % pour l’ensemble des ménages lors
du premier trimestre par rapport à un an plus tôt. Toutefois, les ménages aux
revenus les plus élevés ont vu leur revenu disponible augmenter de 1,9 % sur la
même période, entre autres grâce à une hausse du revenu de placements.
Pour l’ensemble des tranches de revenus, à l’exception de la plus élevée,
Statistique Canada calcule que « l’épargne nette au premier trimestre a diminué
sous les niveaux enregistrés il y a trois ans, au début de la pandémie, car les
augmentations du coût de la vie ont dépassé les gains de revenuspour la plupart
des ménages ». Les ménages plus fortunés sont donc les seuls qui ont pu
augmenter leur niveau d’épargne malgré la hausse du coût de la vie.
Les jeunes particulièrement touchés
C’est la baisse de la valeur des biens immobiliers qui explique la quasi-totalité de
la diminution de la valeur nette des ménages au premier trimestre. Le prix moyen
d’une maison au pays s’élevait à 686 000 $, en baisse de 13,7 % sur un an.
La valeur nette moyenne des ménages de moins de 35 ans a diminué de 8,7 % sur
un an. Cette baisse s’élève à 1,8 % chez les 55 à 64 ans. Statistique Canada
explique que le recul inégal de la valeur nette des ménages selon l’âge est dû au
fait que l’immobilier représente une plus grande part de la valeur d’un jeune
ménage, tandis que les plus vieux ont un portefeuille d’actifs plus diversifié.
L’ampleur du ratio de la dette sur le revenu, surtout chez les plus jeunes, inquiète
Statistique Canada. Bien que les revenus d’emploi aient augmenté chez les jeunes
travailleurs, « les niveaux constamment élevés des taux d’intérêt et de l’inflation
ont continué de limiter leur capacité à joindre les deux bouts », explique l’agence.
Chez les 35 à 44 ans, le ratio de la dette sur le revenu atteint 275,8 %, une hausse
de 16,6 points de pourcentage par rapport au premier trimestre de 2022.
Statistique Canada prévoit que les niveaux élevés des taux d’intérêt et de
l’inflation devraient continuer à peser sur le portefeuille des ménages, « en
particulier auprès des groupes vulnérables » comme les plus jeunes et ceux ayant
les revenus les plus faibles
Texte 2
Au moment où la spéculation immobilière gagne du terrain au Canada, des experts
proposent de s’inspirer de l’étranger pour trouver des solutions à ce phénomène
qui exacerbe la pénurie de logements abordables ici comme ailleurs.
À la fin de 2021, la valeur moyenne d’une maison avait atteint 811 700 $ au
pays, en hausse de 43 %par rapport à décembre 2019 et de 97 % par rapport à
2015. Pendant ce temps, la part des transactions immobilières réalisées par de
premiers acheteurs a fondu, au profit d’investisseurs qui ont vu leur poids dans le
marché immobilier du pays augmenter.
Dans ce contexte, « il faut trouver des mesures qui découragent les spéculateurs »,
insiste l’économiste et chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de
l’Université du Québec à Montréal Dieudonné Ella Oyono. Ce dernier relève ainsi
l’importance d’imposer une « taxation du gain en capital » au moment de la
revente d’une propriété, lorsque celle-ci a lieu dans une période de moins de
quelques années après l’achat initial. Cette mesure permettrait de contrer le
phénomène des reventes rapides de propriétés réalisées à des fins spéculatives.
La recette de Singapour
Le Canada pourrait à cet égard s’inspirer de Singapour qui, en plus d’avoir créé un
immense parc de logements sociaux à partir des années 1960, a mis en place, dans
les dernières années, des mesures fiscales afin d’imposer des taxes de plus en plus
élevées à l’achat en fonction du nombre de propriétés acquises dans le passé par
un acheteur. Le pays impose par ailleurs des charges élevées à la revente d’une
propriété lorsque celle-ci a lieu dans un délai de moins de trois ans.
Il en résulte que le prix moyen des propriétés a augmenté en moyenne de 4 % par
année à Singapour entre 2009 et 2019, contre une hausse de plus de 10 % dans des
villes comme Pékin et Shanghai, ont constaté les chercheurs universitaires chinois
qui ont réalisé une recherche sur le sujet en 2019.
« La mesure la plus structurante pour mettre à mal la spéculation, à mon sens, c’est
l’imposition de la valeur locative qui est en place en Suisse », note pour sa part le
directeur des dossiers en habitation de Vivre en ville, Adam Mongrain. « En
Suisse, dès qu’un propriétaire occupant finit de payer son hypothèque, l’État
suisse va lui demander de commencer à payer des taxes supplémentaires parce
qu’il juge que le propriétaire a maintenant un actif qui a une valeur de loyer »,
explique M. Mongrain.
Les propriétaires se retrouvent ainsi découragés de posséder de multiples
propriétés, car ils devront continuer de payer une forme de « loyer » au
gouvernement lorsqu’ils auront terminé de payer leur hypothèque. Or, « s’il n’y a
pas moyen de dégager un avantage compétitif avec la propriété, ça devient un
véhicule d’investissement moins intéressant, donc ça réduit la spéculation »,
résume l’expert.
Taxer la spéculation
En 2016, la Colombie-Britannique a imposé une taxe pour les acheteurs étrangers,
suivie en 2018 d’une autre mesure fiscale visant les logements laissés vacants à
des fins spéculatives. Cette première taxe a eu un effet immédiat sur la baisse des
prix des propriétés, qui s’est fait sentir dès l’année suivante, montre une étude de
janvier dernier sur le sujet. Les effets à long terme de ces mesures fiscales sont
toutefois limités, puisqu’elles n’ont pas été accompagnées jusqu’à maintenant
d’incitatifs visant à stimuler la construction résidentielle dans la province, où la
demande dépasse l’offre, relève un des auteurs de cette recherche, Andrey Pavlov,
professeur en finance à l’Université Simon Fraser, à Vancouver.
« Ce que je trouve décevant, c’est que depuis, non seulement on n’a pas retiré les
obstacles qui existaient à la création de logements, mais on en a aussi ajouté
plusieurs autres », lance M. Pavlov, selon qui des assouplissements réglementaires
sont nécessaires pour stimuler la construction de logements dans la région en
rendant les investissements immobiliers moins « risqués ».
« Il faut les deux », ajoute Dieudonné Ella Oyono. Ce dernier estime quant à lui
que des taxes contre la spéculation immobilière sont nécessaires, à condition
qu’elles soient accompagnées d’incitatifs à la construction. « L’idée, c’est de
mettre en place des règles qui permettent que le marché immobilier fonctionne
bien. »
Texte 3
L’inflation a encore déjoué les attentes et ralenti le mois dernier au Canada.
Les analystes avaient prédit que la hausse de l’indice des prix à la consommation
(IPC) sur 12 mois passerait de 2,9 % en janvier à 3,1 % en février. À la place,
l’augmentation en un an du coût de la vie s’est établie à 2,8 %, a rapporté
mardi Statistique Canada.
Le rebond des cours de l’essence en février (+4 %) et l’impact de la hausse des
taux d’intérêt et de la rareté de logements sur le coût des loyers et des hypothèques
(+6,5 % sur un an) se sont pourtant bien fait sentir comme prévu. C’est ailleurs
que le ralentissement de l’inflation a été plus marqué que ce qui était attendu.
À commencer par les prix à l’épicerie, dont la croissance en 12 mois est tombée de
3,4 % en janvier à 2,4 % le mois dernier, entraînés entre autres vers le bas par la
viande (2,6 %), les produits laitiers et les oeufs (0,8 %), les fruits (-0,4 %) et les
produits de la mer (-0,7 %).
C’était la première fois depuis octobre 2021 que l’augmentation des prix dans les
épiceries était moins prononcée que celle de l’inflation globale, a noté Statistique
Canada. Ce ralentissement ne change rien au fait qu’en trois ans le prix des
aliments achetés en magasin a augmenté de presque 22 %, a ajouté l’agence.
Du côté des vêtements et des chaussures, on parle d’un recul des prix sur 12 mois
(-4,2 %). C’est le cas aussi pour les dépenses courantes, l’ameublement et
l’équipement du ménage (-1,7 %). La baisse a été beaucoup plus marquée encore
pour les prix de la téléphonie cellulaire (-26,5 %) et de l’accès à Internet (-
13,2 %).
Seulement trois provinces n’ont pas vu l’inflation ralentir le mois dernier, dont le
Québec. L’augmentation de l’IPC sur un an y est demeurée, comme en janvier, à
3,3 %, comparativement à 2,8 % dans l’ensemble du Canada. L’économie
québécoise avait affiché une inflation moyenne de 4,5 % l’an dernier, contre une
moyenne canadienne de 3,9 %.
Face à un emballement de l’inflation, la Banque du Canada a entrepris, il y a deux
ans, un relèvement accéléré de son taux directeur de 0,25 % à 5 % pour freiner
l’ardeur des consommateurs et des investisseurs. Les indicateurs d’inflation
fondamentale (IPC médian et tronqué) sur lesquels elle est censée se baser pour
mesurer le succès de sa politique monétaire se trouvent encore au-dessus de sa
fourchette cible, qui va de 1 % à 3 % d’inflation.
Toutefois, « ces mesures sont désormais biaisées et surestiment probablement le
véritable taux d’inflation sous-jacent », estiment les économistes du Mouvement
Desjardins. L’ancien indice de référence privilégié par la banque centrale, qui était
l’IPC à l’exclusion des huit facteurs les plus volatils et de l’impôt indirect (appelé
IPCX), est déjà bien installé à l’intérieur de sa fourchette, à 2,4 % en janvier et à
2,1 % en février.
Le danger d’aller trop loin
Si l’on concentre le regard sur la tendance récente, on est encore plus porté à
penser que la Banque du Canada a d’ores et déjà atteint son objectif et qu’elle peut
commencer à desserrer l’étau de ses taux d’intérêt sur la consommation des
ménages et l’investissement des entreprises, observent les analystes.
Ainsi, si on les annualise, le taux de croissance de l’IPC au cours des trois derniers
mois est passé de 1,8 % en janvier à 1,3 %, alors que les deux indicateurs
d’inflation privilégiés par la banque centrale étaient à 2,1 % (IPC médian) et à
2,4 % (IPC tronqué) en février, et que l’IPCX est tombé de 1,3 %, en janvier à 0 %
le mois dernier.
Comme la Banque du Canada estime qu’il faut entre 18 et 24 mois avant que ses
changements de taux d’intérêt ne produisent leur effet sur l’économie et
l’inflation, il existe maintenant « un risque qu’elle cause trop de dommages à
l’économie en maintenant une politique monétaire trop restrictive », ont prévenu
mardi les économistes de la Banque Nationale Matthieu Arseneau et Alexandra
Ducharme dans une brève analyse.
La plupart des analystes étaient partagés mardi, entre ceux qui pensent que la
première baisse des taux d’intérêt de la banque centrale viendra en juin et ceux qui
la prévoient en juillet. Mais plusieurs ont dit s’attendre à ce qu’elle commence à
signaler que ce moment approche lors de sa prochaine décision de politique
monétaire, prévue le 10 avril.