La comédie a toujours eu pour but de faire rire.
Mais Molière pense qu'elle a un autre
objectif, celui de corriger les mœurs par le rire, « Castigat ridendo mores ». Cette devise peut-elle
s’appliquer à la pièce de George Dandin ? Nous verrons les ressorts comiques de cette pièce puis
nous analyserons la pièce sous l’angle de la satire de la société.
Dans un premier temps, nous observons que la pièce exploite plusieurs ressorts comiques.
Tout d’abord, ils se révèlent à travers le personnage amusant de Dandin, un paysan cocu,
marié à une jeune femme noble. Tout se retourne contre George Dandin qui se retrouve pris à ses
propres pièges. Ainsi dans le premier acte, George Dandin se plaint de l’infidélité de sa femme
auprès de ses beaux-parents Monsieur et Madame de Sotenville ; cela se retourne contre lui, Dandin
devra présenter des excuses à l’amant de sa femme, Clitandre.
Dans le deuxième acte,le mari annonce à ses beaux parents que Clitandre est allé rendre visite à
Angélique. Celle-ci fait semblant d’être en colère vis à vis du séducteur et Dandin sera obligé de
s’excuser auprès de sa femme. Au troisième acte, George Dandin enferme sa femme dehors pour la
piéger mais il sort, laissant à Angélique et sa servante le temps de refermer la porte et permettant un
retournement de situation devant les parents. Le mari accablé devra se mettre à genoux devant sa
femme pour lui demander pardon. Ainsi la naïveté de Dandin, qui se fait piéger à chaque fois de la
même façon, apporte une dimension comique à la pièce. Le choix du nom Dandin a été choisi fort à
propos puisque, d’après sa définition, il désigne un homme niais et sans contenance ; et la sonorité
dans le nom Dandin se rapproche de dindon qui peut faire référence à l’expression être le dindon de
la farce.
De plus, le comique apparaît également dans les quiproquos. Par exemple, dans la scène 2
de l’acte 1, Lubin, serviteur de Clitandre, ne comprenant pas qu’il s’adresse au mari d’Angélique
lui apprend que sa femme est courtisée par son maître. De même, dans la scène 2 de l’acte 2,
ignorant que Clitandre est derrière lui, George Dandin pense que la révérence et le haussement
d’épaule d’Angélique sont des moqueries à son encontre alors que ce sont des saluts et des signes
destinés à Clitandre. Dandin est dupe car les deux autres personnages entretiennent le quiproquo
en continuant à communiquer. Le comique de situation est renforcé par l’emploi d’expressions
appartenant au champ lexical de la vue : « J’ai de meilleurs yeux qu’on ne pense »; « ébloui » ;
« j’ai vu la vérité » ; « nous voyons clair ». Dandin se montre aveugle au cours de la scène, il ne
voit pas Clitandre et ne comprend pas le véritable sens des mimiques d’Angélique. Le quiproquo est
renforcé également par un comique de gestes avec les signes et les saluts répétés d’Angélique.
George Gandin est donc bien une comédie qui fait rire à travers le personnage du mari cocu et des
quiproquos.
Dans un deuxième temps, cette comédie destinée à faire rire se révèle être une pièce qui
critique, qui veut corriger la société.
En effet, Molière critique le mariage arrangé et le regard de l’homme sur la femme.
D’abord Angélique rejette le choix de ses parents : ils lui ont imposé un mari dont elle ne voulait
pas pour des motifs financiers. Et puis, elle critique son mari qui ne lui a pas demandé son
consentement. On peut le voir avec la réplique : « Vous n’avez consulté pour cela que mon père, et
ma mère, ce sont eux proprement qui vous ont épousé ». Le mariage repose sur un consentement
mutuel. Angélique veut être libre. Elle dit :«je prétends n’être point obligée à me soumettre en
esclave à vos volontés, et je veux jouir ». Elle veut voir le beau monde, agir comme bon lui semble.
Elle veut profiter de sa jeunesse, de sa beauté. Ainsi Angélique revendique le droit de pouvoir
donner son avis, le droit à l’amour, au plaisir, au respect.
Mais Dandin refuse à sa femme toute considération. Il est très possessif. Ainsi quand il s’exprime, il
utilise des verbes de volonté. « Je vous veux » ; « je vous dis ». On le voit aussi quand il la menace
violemment : « Il me prend des tentations d’accommoder tout son visage à la compote » Il a des
idées bien arrêtées sur le mariage : sa femme doit lui obéir. Le mariage est « une chaîne à laquelle
on doit porter toute sorte de respect ». Et lorsque dans la scène 6 de l’acte 3, Angélique est piégée,
Dandin se met à la fenêtre pour triompher de sa femme. Au lieu d’attendre en silence ses beaux-
parents, il ne résiste pas au plaisir de voir sa femme souffrir. Cette dernière supplie son mari de lui
pardonner. Elle lui offre la possibilité d’un mariage heureux. Mais Il refuse : « Ah ! crocodile, qui
flatte les gens pour les étrangler ». Dandin révèle ici son caractère. Ce qu’il veut, c’est
l’humiliation de sa femme et le soutien de ses beaux-parents ...
Ensuite, Molière dénonce le mépris et le sentiment du
supériorité de la noblesse citadine par rapport à Dandin, bourgeois de la campagne. Ainsi dans la
scène 4 de l’acte 1, Dandin ne peut s’exprimer car il est sans arrêt contesté et réprimandé quant à
son manque de savoir-vivre et son langage. Les Sotenville, à travers leurs répliques, coupent la
parole de Dandin qui ne peut aller jusqu’au bout de ses phrases et font preuve d’impolitesse. Ainsi
ils lui disent : « Vous avez peu de civilité de ne pas saluer les gens ». Ils utilisent des expressions
connotant les reproches et les interdictions : » « Apprenez qu’il n’est pas respectueux
» ... « Apprenez que vous ne devez pas dire » …. « il ne vous est pas permis de l’appeler ainsi ». Ils
l’infantilisent.
George Dandin rêve d’accéder au statut de noble mais il va réaliser que son mariage avec Angélique
ne lui permettra pas d’être traité comme tel. L’argent du « riche paysan » a servi à « reboucher
d’assez bons trous », leurs affaires étant « fort délabrées ». Mais cela ne lui apporte pas le respect
auquel un noble a droit. Et lorsque les Sotenville interrogent Clitandre, ils choisissent de croire le
noble et de mettre en avant la fidélité dans le mariage de leur classe sociale. Dandin sera ridiculisé,
humilié et devra s’excuser plusieurs fois.
En mettant en scène un mariage arrangé entre une noble et un paysan, Molière critique la société.
Molière voulait corriger les mœurs par le rire. Cette devise peut s’appliquer à la pièce de
George Dandin car cette pièce fait rire et est bien une satire de la société. Mais on ne rit pas
toujours, la pièce est tragique, elle se termine par la volonté de George Dandin de se suicider.