Le poème s’ouvre par l’expression « Comme un cercueil » que rappelle le « Comme d’un
chevreuil » de Ronsard qui est le représentant lyrisme de la Pléiade. En rapprochant les termes
« cercueil » et « chevreuil » qui sont proches phonétiquement ; Rimbaud Ainsi, on voit donc
d’emblée la volonté parodique de Rimbaud qui reprend un grand poète de la pléiade pour
déformer ses mots.
Le terme “cercueil” interpelle le lecteur car il s’oppose au thème de la naissance de Vénus car
il suggère l’idée de mort.
La baignoire de laquelle émerge la femme rappelle avec humour le coquillage duquel émerge
Vénus. Comme le tableau de La Naissance de Vénus par Cabanel, cette baignoire “vert” ;
“blanc” ; “bruns” . Seulement, ici, ces couleurs sensées désigner la mer et l’écume de
manière méliorative qualifient en réalité une baignoire usée, rouillée. Le vert de la baignoire
peut être due à la moisissure. D’ailleurs, l’adjectif épithète péjoratif “vieille” exacerbe la
laideur de cette “baignoire”. Ainsi, le lecteur est intrigué par cet objet. Mais ce que le poète
veut donner à voir, c’est la femme qui émerge de la baignoire. Celle-ci est dans un premier
réifiée au lieu d’être divinisée. L’emploi du terme femme. Elle est artificielle, comme en
témoigne ses cheveux “fortement pommadés”, ce qui s’oppose à la beauté naturelle de Vénus.
Cependant, même avec tous ses artifices, elle ne peut cacher sa laideur comme le montre le
groupe nominal “déficits mal ravaudés”. De plus, les deux adjectifs péjoratifs “lente et bête”
insistent sur l’idée que la femme est malade. La déesse est animalisée par le mot “bête” et son
mouvement n’a rien de gracieux. Ainsi, Rimbaud réalise le contre-blason de cette déesse, ce
qui choque le lecteur.
L’emploi de l’adverbe de liaison : “puis”, au vers 7, évoque une volonté d’exagération du
poète dans la précision avec laquelle il décrit la femme. L’animalisation se poursuit car
Rimbaud évoque, non pas le cou, mais le “col” de la femme. Même si « le col » est un mot
habituellement à connotation poétique. Rimbaud joue avec ce terme et l’utilise pour dénigrer
le cou de Vénus. Celle-ci apparait davantage comme une vache après que le poète l’a décrite
avec un “col gras et gris”. D’ailleurs, l’allitération en g comme dans « gras et gris » émet un
son disgracieux qui déplait au lecteur. De plus, l’ajout de la proposition subordonnée relative
“qui saillent” rejetée en début de vers 6 participe au portrait horrible d’une femme laide et
malade. Le mouvement de la femme est répétitif et évoque celui d’un animal en mouvement
avec le parallélisme “le dos court qui rentre et qui ressort”. Pourtant, la maigreur est
contredite par “les rondeurs des reins” au vers 7 qui désigne les fesses. Un élan lyrique
On voit donc que le physique de la femme est tout sauf harmonieux. Il s’oppose parfaitement
à la perfection habituelle de Vénus.
On note ici une nouvelle allitération en -r (vers 7 et 8) qui continue d’émettre des sons
désagréables, proches d’un râle.
La graisse n’est pas non plus la belle graisse de la Vénus traditionnelle. Au contraire, elle
“parait en feuilles plates”, ce qui signifie qu’elle ne participe pas à lui octroyer de
chaleureuses rondeurs.
Le premier tercet apporte une nouvelle couleur au tableau d’ensemble : le rouge.
Cette couleur vient s’opposer à la blancheur pure avec laquelle est fréquemment représentée
Vénus. Ici, “L’échine est un peu rouge” suggère une fois de plus que la colonne est saillante,
et donc que la maigreur de la femme décrite est maladive.
Dans cette strophe, le poète mobilise plusieurs sens du lecteur pour mieux montrer l’horreur
de la femme décrite. On trouve l’odorat avec “sent”, le goût avec “goût” et la vue avec “voir”
et “loupe”. On a donc affaire à une synesthésie détournée dans laquelle le poète sature sa
description de détails afin de confronter le lecteur à la laideur de la femme.
L’oxymore “Horrible étrangement” donne un nouveau sens à la laideur. Le goût est horrible,
mais suscite la curiosité du poète. Il faut donc voir ici une sorte de beauté du laid, du mal, qui
attire Rimbaud. On peut rapprocher cela de sa volonté de combattre la poésie traditionnelle et
son éloge de la beauté.
Dans ce même vers, Rimbaud s’éloigne également du lyrisme traditionnel dans lequel le “je”
et les sentiments personnels sont exacerbés. Ici, le pronom impersonnel “on” remplace le
“je”, et les sentiments sont absents, au profit d’une description précise de l’objet du poème.
En cela, le poème se rapproche de l’esthétique parnassienne que Rimbaud recherche dans ses
plusieurs jeunes années.
Se porsuivent dans cette strophe les jeux d’enjambements qui disloquent le rythme
traditionnel. Ces enjambements continuent de mimer la démarche disgracieuses de la femme.
Enfin, les “singularités qu’il faut voir à la loupe” du vers 11 renforcent le sentiment
parnassien avec l’idée d’une description aussi précise que possible de l’objet du poème. On
peut presque lire ici une règle de l’esthétique que crée Rimbaud : se focaliser sur les détails.