PHILO COURS16
Eléments de philosophie morale
Se comporter moralement n’est pas simple.
L’homme vie dans le monde qui est déjà structuré. Ce monde lui dit ce qu’il est bien de faire et ce
qu’il est mauvais grâce à un système répressif. Au début de sa vie, il n’a pas de problème moral. Il
se peut qu’il y est quelques difficulté relative à l’application de ce que l’on lui a inculqué,
cependant, il n’est pas question de remise en question. Si l’on se croit moral parce que l’on respecte
les conventions sociales, on est forcément dans l’erreur car elles ne sont pas applicables à tous (ça
dépend des pays par exemple, ça dépend même de la classe sociale des parents). C’est un crise
morale qui peut par exemple avoir lieu à l’adolescence. Dans ce cas, on a plusieurs solutions.
On peut tout d’abord prendre une attitude non philosophique :
- le conformisme. refuser toute discussion , rester figé sur des certitudes, protéger coûte
que coûte certaines valeurs en danger. C'est l'attitude de la tradition, la réaction, le conservatisme
politique ou religion. La pensée s'y fige dans une attitude de retrait.
- attitude sceptique : n'existe plus aucune valeur. Autre refus. Autre pensée qui se fige.
Refus de toute morale, et de toute réflexion philosophique (encore qu'une certaine forme de
scepticisme n'est pas anti-philosophique si celui-ci se fonde sur l'exercice critique de la raison sur
elle-même, ses pouvoirs et ses limites).
- Cynisme : Tartuffe, de Molière : utilisation des valeur à des fins particulières, c'est-à-dire
à la poursuite d'intérêts privés exclusivement. (cela peut venir de la prise de conscience des
différentes morales, et donc en arriver à la conclusion que toute se valent. )
On retrouve également l’attitude philosophique : La réflexion philosophique sur la morale
s’organise autour de la question suivante : Quelle fin poursuivre pour donner un sens à notre vie ?
c’est naturellement lié au bonheur. Cependant ce qui procure du bonheur n’est pas forcément
vertueux ! Est-ce qu’être vertueux peut être gage de bonheur ?
Dans le cas présent, le philosophe cherche comment le bien peut être fait… Pour cela, il fait appel
encore une fois à sa raison, c’est donc une fois de plus l’outil qui nous permet de juger.
Il n’y a plus les morales mais LA morale.
• La première attitude : conceptions métaphysicienne : fondées sur l'être. le fondement de
la morale, c'est donc la connaissance de l'être. C'est donc la connaissance de ce qui est qui va
permettre de découvrir cette fin. "La vertu, c'est la science", Menon. Les valeurs de l’homme sont
ainsi subordonnées à une science de l’être.
Cela n’est pas sans conséquences :
o Si la morale est une connaissance qui peut s’acquérir, alors le mal n’est plus une
faute, mais une erreur de jugement qui consiste à prendre l’apparence pour
le vrai: « Nul n’est méchant volontairement » République
o Tout individu veut être heureux, CAD veut son bien véritable. Le pb, c'est
confusion entre bien apparent et bien véritable. Il y a toujours le risque de faire ce
qui est bon à court terme. Cf : Gorgias, où Socrate va montrer qu'un tyran soumis
à ses passions et à ses désirs qu'il ne maîtrise pas, est malheureux et à plaindre.
• Naturellement cette attitude est tout à fait critiquable car s’il n’y a pas de connaissance
possible, tout cela s’effondre. On ne va plus chercher l'être en-soi. On peut donc peut être tenter de
faire reposer le bien sur les sentiments. C’est le principe de toute religion ! Le sens commun est
plutôt d’accord avec cette vision.
o Chez Hume, existence d'un sentiment proprement moral : la
philanthropie, c'est-à-dire l’amour du genre humain.
o Chez Rousseau, ce sentiment particulier au fondement de la morale :
c'est la pitié. Elle va permettre de penser et de se mettre à la place
de toute l'humanité. (def : Faculté de se représenter la souffrance
d'autrui comme la notre, qui va conduire à la considération morale.)
(Émile, IV)
C’est donc l’idée de la morale christique. Elle n’est pas vraiment infondée car elle repose sur notre
possibilité d’aimer notre prochain.
Cependant, il y a un problème, car on prétend fonder la morale sur le cœur… Or la morale
doit être universelle. Comment les sentiments peuvent être universels à coup sûr ? Dire que se
conduire moralement c’est être humain, revient donc à se conduire à l’image de Dieu, et donc on
impose un sentiment comme le critère d’universalité. Or pour les sentiments, on ne peut pas
attendre l’universel… Comment aimer son bourreau par exemple ? La morale doit être au dessus
des sentiments…
Jusqu’à présente, on disait que se comporter moralement, par devoir, conformément à
des valeurs, nous permettait d'être heureux en réalisant toute notre essence. Pour être
heureux, il fallait être moral. Donc la finalité de la morale pouvait se comprendre par une
recherche du bonheur. Kant met un terme à cette théorie en montrant que poursuivre le
bonheur ne conduit pas à la morale. Que rechercher le bonheur, c'est être même immoral,
si on subordonne la morale à cette finalité.
• Théorie Kantienne : C’est parce que l’homme est libre et qu’il a la possibilité de mal se
conduire, que la morale existe. L’important est d’être capable de décider par soi même sans
envisager ses penchants. « La morale c’est l’exercice d’une volonté autonome ». (KANT) elle doit
satisfaire notre raison, notre exigence de sens et d’universel. C’est une loi morale, et mon action ne
dépend donc pas des conditions actuelles, mais est conditionnée par mon devoir d’agir par devoir.
En effet, l’homme est à la fois fini et raisonnable. (Fini dans le sens où il a des désirs…) Nous
vivons cette dualité comme une souffrance : par exemple à l’adolescence, les futurs adultes
remettent en question les valeurs absolues de leurs parents. C’est à ce moment là que l’on se pose
des questions morales… et ces questions, cette remise en question, fait souffrir.
on peut comprendre que ce que recherche individu, c'est la satisfaction de son exigence de mener
une vie sensée. Bref, que sa recherche, c'est être heureux.
C’est l’Eudémonisme (bonheur comme fin de vie morale).
Cependant, qu’implique le bonheur ?
- Le principeinterne (recherche de l'accord avec soi). On ne peut pas faire le bonheur des
gens malgré eux. Il faut un accord avec soi. Lorsque l’on est en adéquation avec notre
conscience morale, on ressent une certaine dignité qui peut amener un certain bonheur.
- une autosuffisance : se suffire à soi-même. Ne plus être ds dépendance des
circonstances. Le Plaisir ne peut donc être l’accès au bonheur car il dépend des
circonstances => distinction eudémonisme et hédonisme
- se présenter comme une fin en soi.C’est-à-dire recherché pour lui-même.
- Mais existe aussi un 4ème ppe. L'homme doit vouloir un bonheur qui soit mérité. Il
faut qu’il soit mérité pour conférer une certaine dignité.
Kant effectue un changement dans l’eudémonisme car Recherche du bonheur correspond pour Kant
à rechercher notre nature. C’est une idée de l’imagination qui est dépendante de notre particularité.
Ce qui constitue mon bonheur ne sera pas la même chose que ce qui constitue le bonheur d’autrui.
Mettre bonheur comme fin de la morale est en contradiction avec les exigences de la morale., dont
le fondement est de s'universaliser
Il affirme au contraire que la morale doit essentiellement satisfaire la raison. Il faut être moral
(Impératif Catégorique !), il faut supprimer sa particularité de manière à respecter l’impératif
Kantien : « agit de telle sorte que tu puisses toujours élever la maxime de ton action en loi
universelle ». On retrouve cette doctrine dans les fondements de la métaphysique des mœurs. Pour
Kant, la raison est une raison pratique, elle nous dit ce que nous devons faire, et en l’écoutant, on se
comporte moralement. L’universalité semble donc être un critère de moralité.
Tout d’abord, il faut savoir que la moralité d’une action se détermine toujours par son
intention. Cependant, peut on être conscient de toutes les intentions ?
Ex : Le commerçant qui rend la monnaie juste à ses clients, se conduit il moralement ?
- Non, car il fait ça pour garder ses clients il calcule. C’est une action technique qui
répond à un impératif hypothétique : Si je ne rend pas la monnaie, alors les clients ne
viendront plus.
- Non, car il fait ça pour lui, pour pouvoir se regarder dans la glace C’est encore un
calcul. Le commerçant n’en est peut être même pas conscient.
- Oui, car il a prit l’honnêteté pour une valeur, et doit s’y conformer
Ainsi, on constate que la même action peut ou ne pas être morale. Dès qu’une action obéit à un
impératif hypothétique, on ne peut pas parler d’action morale. Le premier impératif d’une action
morale est d’abord d’agir par devoir, c'est-à-dire en suivant un impératif catégorique. On ne
doit pas pouvoir trouver de justification, on le fait parce que l’on doit. Aucun intérêt
particulier. C’est le troisième exemple : Il rend la monnaie parce qu’il doit la rendre.
NUANCE !!! Cependant, cela semble très théorique, car dans la vie, on doit forcément utiliser les
autres pour des besoins personnels (prof, employés…). Kant va donc expliquer ce point.
On retrouve cela dans la troisième formulation de la loi morale de Kant :
« Agit de telle sorte que tu considères toujours autrui comme toi-même, jamais simplement comme
un moyen, mais toujours aussi comme une fin ».
Il entend par là, que même si l’on utiliser l’autre, il faut toujours le considérer comme une valeur
qui n’est pas relative (on ne peut par exemple pas donner un prix à un être humain), mais une
valeur absolue. Conformité à la déontologie (sciences des devoirs.)
Ainsi, on constate que l’on doit retirer du devoir toute aspiration particulière… Un devoir se doit
donc d’être pénible : NECESSAIRE PENIBILITE DU DEVOIR… Le bonheur semble exclu. (trop
de bonheur semble être un signe du manque de vertue).
Kant condamne le bonheur comme « la fin de la morale » (finalité). Il s’oppose donc à toute la
philosophie Eudémoniste.
Pour lui, la raison ne peut pas faire de la recherche du bonheur un devoir… Si on agit par devoir, le
bonheur peut être une conséquence. Cependant, on ne peut pas agir par devoir POUR le bonheur
sinon on est soumis à quelque chose, et donc la morale devient un moyen. On est dans de la
technique ! (Def : Technique : ensemble des moyens mis en œuvre pour la réalisation d’une action.
OU. Ce qui n’a pas sa fin en soit, mais en autre chose.)
Cependant, est ce que l’homme est réellement capable de mettre de côté toutes ses aspirations, pour
agir réellement sans motif. Ceux qui ne le font pas sont cyniques, c'est-à-dire qu’ils invoquent des
valeurs pour justifier leur action, ou pour y gagner quelque chose.
Cependant, est ce que tout le monde n’est pas plus ou moins cynique ? On retrouve cette question
dans le Gorgias de Platon : Discussion entre Polos et Socrate. Polos préfère commettre une injustice
que la subir. Socrate soutient le contraire. Socrate soutient le bien et Polos le profitable.
Pour autant, faut il condamner la recherche de bonheur ? Il va même plus loin en disant que c’est un
devoir d’être heureux car celui qui n’est pas heureux à moins de chance de se conduire moralement.
- « d’une part, le bonheur fournit des moyens de remplir son devoir »
- « le Malheur peut devenir un mobile de la moralité » (cynisme)
Etudions quelques cas ou la morale est critiquable :
- Le mensonge, quel qu’il soit est d’une extrême violence morale car l’on considère
l’autre comme un objet, un outil. On se substitue à sa capacité de juger et donc par la
même occasion, on nie sa liberté. Par exemple, si je dis que je ne veux pas dire à ma
femme que je la trompe pour la protéger, deux possibilités, soit je n’ai pas le courage
de le lui dire et je me cache derrière ce prétexte, soit mon action est animée d’une
bonne intention, ne pas lui faire du mal, mais n’est pas morale pour autant car je me
substitue à son jugement, à son pouvoir de me dire si oui ou non elle approuve mon
geste. Rien ne m’autorise à cela car il y a une distance métaphysique entre nos deux
esprits qui ne peut être comblée. dans la réponse à B. Constant (dans Adolphe) qui
disait que l’on avait le droit de mentir. Kant écrira le prétendu droit de mentir. Dans
celui-ci, il juge qu’il y a des situations ou l’on doit mettre la morale de côtée.
Cependant, d’après le rigorisme Kantien, on ne peut pas faire de ce mensonge un acte
moral car le mensonge est motivé par une fin particulière… La raison est la seul
capable de me donner un critère qui peut me permettre de rendre compte si je poursuis
une fin particulière ou non. Elle possède la capacité de ne pas répondre à un critère de
particularité. Or, on ne peut pas vouloir mentir, on ne peut pas vouloir ne pas tenir sa
promesse (si je veux ne pas tenir mes promesses, mais que je veux que les autres
tiennes les leurs envers moi, c’est que je ne veux pas ne pas tenir mes promesses, mais
que je le désir… ça n’a rien d’universel, ça m’est propre.)
- Faut il dire la vérité à un malade qui va mourir si l’on est le médecin ? Si le médecin
dit la vérité, la moralité est discutable car il peut le faire pour une valeur d’honnêteté,
ou alors pour l’image qu’il a de lui… Cependant, s’il ment, il peut permettre de
redonner espoir au malade, il le ménage… Cependant, il se substitue également à sa
faculté de juger (ou alors, il ment pour ne pas être confronté à la souffrance.)
On voit donc bel et bien que le même comportement peut être interprété de différente façon ; On est
incapable de juger de la moralité d’une action..
On ne peut pas réellement être sûr du critère de moralité d’un action car il y a toujours une
incertitude vis-à-vis de ce que l’individu ne montre pas ou ignore, cependant, l’universalité est
un critère nécessaire.