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Les Avatars de l'Art Poétique

Ce document présente un article analysant le genre littéraire de l'art poétique à travers l'histoire, de l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. L'article identifie dix types d'arts poétiques et explique leur évolution et leurs fonctions didactiques.

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Les Avatars de l'Art Poétique

Ce document présente un article analysant le genre littéraire de l'art poétique à travers l'histoire, de l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. L'article identifie dix types d'arts poétiques et explique leur évolution et leurs fonctions didactiques.

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Québec français

Les dix avatars de l’art poétique : de La Poétique d’Aristote à


Jean-Paul Daoust
Yves Laroche

Numéro 156, hiver 2010

Poésie contemporaine

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Éditeur(s)
Les Publications Québec français

ISSN
0316-2052 (imprimé)
1923-5119 (numérique)

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Citer cet article


Laroche, Y. (2010). Les dix avatars de l’art poétique : de La Poétique d’Aristote à
Jean-Paul Daoust. Québec français, (156), 38–41.

Tous droits réservés © Les Publications Québec français, 2010 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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POÉSIE CONTEMPORAINE

À Jeanne Demers1

L
e syntagme « art poétique » constitue le titre ou se
retrouve dans le titre (par exemple « En songeant à un
art poétique ») d’une centaine de textes écrits ou traduits
en français, traitant de poésie ou l’illustrant ; il désigne un genre
protéiforme – allant de l’aphorisme au traité, en passant par le
poème, la lettre, la préface et le manifeste – aux frontières aussi
floues que la poésie. Quelques données compliquent le travail du
théoricien qui voudrait définir le genre : des éditeurs, des critiques
et des poètes ont désigné comme arts poétiques des textes portant
d’autres titres ; plusieurs arts poétiques ne portent pas ce titre ;
des textes intitulés « Art poétique » ne parlent pas, explicitement
du moins, de poésie ou n’ont rien à voir avec la poésie. Jeanne
Demers, la spécialiste québécoise du genre, qui cherchait un
modèle théorique, a décelé sept fonctions de l’art poétique :
législative, didactique, incitative, informative, heuristique, critique
et poïétique. À sa suite, Pierre Popovic a proposé une typologie
Les dix avatars assez semblable des visées de l’art poétique : descriptives ;
didactiques ; cooptatives ou exclusives ; législatives, normatives ou
de l’art poétique : prescriptives ; théoriques ; rétroactives ou prospectives. Pour ma

de La Poétique part, j’aurais tendance à donner platement raison aux dictionnaires


qui définissent l’art poétique comme un genre intrinsèquement
d’Aristote à didactique ; autrement dit, un art poétique didactique est un
pléonasme, comme le serait un poème poétique.
Jean-Paul Daoust
PETITE HISTOIRE D’UN GENRE DIDACTIQUE
par Yves Laroche* À l’origine, et pendant plusieurs siècles, l’art poétique se veut
foncièrement didactique. Œuvre fondatrice, et le modèle du genre,
selon le poéticien Henry Suhamy, La Poétique d’Aristote serait des
notes de cours ; baptisée « Ars poetica » par Quintilien, « L’Épître
aux Pisons » d’Horace, qui a lu Aristote, est une lettre versifiée
adressée à de jeunes poètes, qui aligne conseils et préceptes ; les
arts de seconde rhétorique (opposée à la rhétorique des clercs dont
le propos est la prose) du Moyen Âge, les ancêtres de l’art poétique
français, enseignent « la versification, à l’attention des concurrents
des puis, de seigneurs ou d’amis désireux de s’adonner à la poésie »
(Ernest Langlois). Le premier véritable à paraître en France est le
bien nommé Art poétique français de Thomas Sébillet, publié en
1548, sous-titré Pour l’instruction des jeunes studieux, et encore
peu avancés en la Poésie française. Il a suscité une impressionnante
réaction en chaîne, dont la réplique l’année suivante de Joachim
Du Bellay par le biais de sa célèbre Défense et illustration de la
langue française (à la fois manifeste et art poétique), à laquelle
Barthélemy Aneau a rapidement répliqué avec son Quintil horacien
(1550), et ainsi de suite, jusqu’en 1565, année de la publication de
l’Abrégé de l’art poétique français de Pierre de Ronsard : là se situe
assurément l’âge d’or de l’art poétique français. Mais celui qui est
le plus connu, le parangon du genre, à partir duquel il va péricliter,
se scléroser, est bien sûr L’Art poétique de Nicolas Boileau (publié
en 1674), énormément inspiré d’Horace, auquel il a « emprunté »
Juan Gris , Le livre, 1911 (Centre Pompidou, Paris).
plusieurs préceptes, dont « Vingt fois sur le métier remettez

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votre ouvrage ». Paul-Hugo Thième, auteur d’une imposante De La Fontaine) de Guillevic, qui s’ouvre sur ces vers on ne peut
histoire du vers français, a raison de dire que les arts poétiques plus programmatiques : « Si je n’écris pas ce matin, ° Je n’en saurai
se ressemblent à maints égards : ils enseignent sensiblement la pas davantage, °° Je ne saurai rien ° De ce que je peux être » ;
même base, ils se répondent, déplacent les accents, les enjeux, se 3) celui qui informe, constate l’usage, se contente de décrire
disputent, se positionnent les uns à l’égard des autres. Comme les les formes extérieures, les règles, les modes d’emploi. Ce sont les
manifestes, mais dans une moindre mesure, ils sont le théâtre d’un arts de seconde rhétorique, qui ne définissent pas la poésie mais
combat pour un capital symbolique, pour la reconnaissance. C’est servent de « guide-mémoire » (Ernest Langlois) pour les formes
l’éternelle querelle des Anciens et des Modernes, des Classiques et difficiles ; ce sont les traités de versification moderne, comme celui
des Romantiques. de Maurice Grammont, qui enseigne « La structure matérielle du
vers français » et « L’art dans la versification française » ;
UN VIRAGE ROMANTIQUE 4) celui qui critique, qui émet des jugements de valeur sur les
En 1874, soit exactement deux cents ans après Boileau, Paul poètes, les genres, les œuvres, qui décide de ce qui est bon ou pas,
Verlaine publie son poème « Art poétique » (« De la musique avant beau ou laid. C’est le satirique Boileau, moins rigide qu’on le dit
toute chose ° […] ° Tout le reste est littérature »), qui ouvre la porte (il invite le poète à s’écarter des règles quand il le faut), séparant
à une nouvelle forme d’art poétique : brève (« Petit art poétique », le bon grain de l’ivraie, faisant de Ronsard celui qui « brouilla
Claude Paradis), souvent imagée, volontiers ludique, éminemment tout », qui « fit un art à sa mode », et portant Malherbe aux nues :
personnelle (« Pour un art poétique » (Auguste Boiton), « Mon art « Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté, ° Et de son tour
poétique » (Raymond Queneau)). Avec le temps, surtout à partir heureux imitez la clarté » ;
des romantiques (Victor Hugo a donné le ton avec sa préface à 5) celui qui légifère, qui instruit, qui dit comment doit être
Cromwell), qui ne sauraient se laisser guider par la raison, encore faite la poésie, certes, mais qui instruit surtout un procès, utilisant
moins par la raison des autres, la dimension didactique de l’art un langage juridique, le discours de la loi, de l’autorité, pour dire
poétique s’estompe au profit de l’expression d’une conception ce qu’il faut faire ou non. C’est le décret d’André Breton : « Je
singulière de la poésie, d’un enseignement qui ne vaut que pour veux qu’on se taise quand on cesse de ressentir » ; c’est Roger
soi, « rigoureusement INUTILISABLE » (Claude Gauvreau), y Caillois, dont le poète de l’Art poétique se disculpe en vingt-
compris dans les conseils ou lettres à un jeune poète. De moins quatre arguments devant un juge idéal : « Je n’ai pas abusé de
en moins utiles, de plus en plus poétiques, les arts poétiques ont la réputation attachée à mon art pour éblouir les humbles et les
cependant ceci en commun : ils montrent, ils apprennent, dans crédules » ;
les deux sens du terme : ils acquièrent une connaissance et ils 6) celui qui fait la promotion de l’auteur à travers un discours
enseignent quelque chose, mais si le ton didactique a disparu, sur sa conception de la poésie. Il illustre à merveille ce que dit
l’intention demeure : « Tu sais qu’en écrivant ° Tu vas apprendre. Jules Supervielle dans « En songeant à un art poétique » : « L’art
°° Si tu croyais ne rien apprendre ° Tu n’écrirais pas » (Eugène poétique est pour chaque poète l’éloge plus ou moins indiscret de
Guillevic). Il me semble effectivement que tous les arts poétiques la poésie où il excelle ». C’est Francis Ponge avouant dans « My
visent, à leur façon, à montrer, à instruire, à enseigner quelque creative method » qu’il ne conçoit pas qu’on puisse valablement
chose, qui une théorie, une méthode, un usage, qui un savoir-faire, écrire autrement qu’il le fait ;
une approche, une philosophie, aussi humble ou impressionniste 7) celui qui exemplifie ou métaphorise. C’est l’art poétique
soit-elle. qui n’explique pas, mais qui illustre, qui prêche par l’exemple.
Il dit implicitement : « Voilà ce qu’il fallait faire, un exemple de
TYPOLOGIE DE L’ART POÉTIQUE bon poème, un poème à l’image de ma conception de la poésie ».
Tout compte fait, il existerait dix types d’arts poétiques, dix C’est Pierre Boutang, philosophe et traducteur, proposant « un
avatars, qui, évidemment, ne sont pas exclusifs. Il y aurait donc : art poétique tout en exemples » ; c’est l’« Art poétique » d’Yves
1) celui qui cherche à définir l’essence de la poésie et à Bonnefoy, condensé dans ces quatre vers : « Visage séparé de ses
comprendre le fonctionnement des différents types de poèmes. branches premières, ° Beauté toute d’alarme par ciel bas, °° En quel
C’est l’œuvre du scientifique, du théoricien, du philosophe, qui âtre dresser le feu de ton visage ° O Ménade saisie jetée la tête en
n’est pas forcément un poète. C’est La Poétique d’Aristote, qui tient bas ? » ;
le langage du scientifique : « En ce qui concerne les problèmes et 8) celui qui joue ou parodie, qui ne prend pas la chose au
les solutions, voici comment on peut se faire une idée claire de sérieux et se moque des velléités de définition, qui prend plaisir à
leurs espèces – nombre et caractéristiques » ; déformer, notamment le titre : c’est L’Art poetic’ d’Olivier Cadiot,
2) celui qui, heuristique, explore, présente la poésie comme L’Arrhes poétiques de Jean-Claude Valin, « L’Art poétik » de Loco
un art de la découverte, comme un laboratoire. C’est celui qui Locass. Ce sont les poèmes intitulés « Art poétique » de Paul
cherche ce qu’il a à dire à travers sa réflexion ou l’écriture de Verlaine, Léo Ferré, Boris Vian, et le poème « Pour un art poétique
son poème. C’est l’Art poétique (celui de 1989, dédié à Jean (suite) » de Raymond Queneau, réduisant l’art poétique à une

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recette dérisoire : « Prenez un mot prenez-en deux ° prenez un Michel Garneau, qui propose quant à lui « un art poétique » en
petit bout de sens ° puis un grand morceau d’innocence ° faites six poèmes, moins métaphorique que ludique, et qui partage avec
chauffer à petit feu » ; Miron le souci de nommer et de partager un héritage :
9) celui qui, réfractaire, refuse l’art poétique, et qui déclare
qu’on ne peut définir la poésie sans la tuer. C’est Patricia Castex- la poésie n’a jamais dit qu’elle savait
Menier déclarant qu’« il n’y a pas d’art poétique », et Denis Roche elle a toujours dit qu’elle jouait
surenchérissant : « d’ailleurs, la poésie n’existe pas » ;
de là les règles
10) celui qui, poussé à l’extrême limite, élabore un art de
la poésie a toujours dit
la poésie en dehors du poème, de la poésie. C’est Paul Auster
qu’elle jouait à tenter
désignant volontiers comme son « art poétique sans théorie »
de dire tout ce qui peut se dire
un florilège d’anecdotes, de récits (Carnet rouge). C’est Dany
avec l’héritage des mots
Laferrière, qui a déjà dit que la poésie se trouvait surtout en
vers l’héritage des mots
dehors des poèmes et disant ceci à propos de son roman Je suis
dans le partage de l’émotion
un écrivain japonais : « C’est un peu mon Art poétique. Voilà ce
que j’entends par littérature, voilà ce que j’entends par écriture, de vivre d’abord
comment je vois les choses. Et cela, c’est présent un peu partout
ensuite le poète brode sur le reste
dans mes livres, même si ça n’a jamais été dit aussi directement »2.
à partir de cette émotion
C’est surtout Jean-Paul Daoust, le plus romantique des poètes
québécois (« Je souffre, et c’est de toute beauté »), qui voit la vie dans le partage de l’héritage
comme un art poétique3, la poésie comme un art de vivre. Si la vers l’héritage du partage
poésie pendant des siècles ne pouvait se passer de la métrique et de
la rime, elle se passe désormais non seulement des vers mais aussi LE TALON D’ACHILLE DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE ?
des poèmes et des mots ! La posture essentialiste de Jean-Paul En 1993, dans un article sur François Charron paru dans
Daoust sonne le glas de l’art poétique : on ne saurait aller plus loin. Spirale, Pierre Nepveu écrit ceci de très révélateur sur l’art
Horloger, Aristote tentait de comprendre le fonctionnement des poétique québécois : « Est-ce étonnant que nous retrouvions ici
œuvres ; dandy, Daoust tente d’incarner la poésie. l’éternel talon d’Achille de la poésie québécoise : son rapport
difficile à l’intellect, au savoir, à la culture en tant que domaine
DE L’ART POÉTIQUE QUÉBÉCOIS vivant, capable de nourrir le présent ? La génération de Charron
Qu’en est-il plus généralement de l’art poétique québécois ? s’annonçait pourtant comme la plus intellectuelle qu’ait connue
J’ai déjà dit que L’Art poétique de Boileau était le parangon du la poésie québécoise : on avait des lettres et des idées, ou du
genre. C’est tellement vrai qu’en 1831 a paru L’Art poëtique moins on semblait en avoir. Vingt ans plus tard, le monde est plus
à l’usage du petit Séminaire de Québec, plaquette « blanche », impensable que jamais et ce n’est sans doute pas seulement la faute
anonyme et intemporelle : c’est évidemment l’Art poétique du monde, si compliqué et dénaturé soit-il ». Au Québec, même
de Boileau. Le premier texte canadien-français intitulé « Art les poètes universitaires ou les poètes essayistes aguerris comme
poétique » serait le poème de François Hertel, tiré d’Axes et Fernand Ouellette semblent refuser – une pose ? – la réflexion
parallaxes (1946). Il témoigne de l’admiration d’Hertel pour sur la poésie : « Avant de parler de ma poésie, il me semble
Claudel – auteur d’un très philosophique art poétique –, et indispensable de rejeter le prétendu besoin de définir ce que les
formule une série de résolutions visant à raffermir le vers : « Que critiques appellent une poétique ou un art poétique. Pour un poète,
mon vers soit plus dur que les rochers des Andes ! ° Je préfère définir sa poétique me semble un acte de suicide. Car définir sa
Malherbe aux poètes du flou ». On notera qu’il s’agit du même conception de la poésie, c’est la figer, la mettre au tombeau. Que
Malherbe encensé par Boileau. Ensuite, il faudra attendre Gaston les intellectuels nous disent que c’est un acte de lucidité nécessaire,
Miron pour voir paraître le premier art poétique québécois. il faut vraiment être intellectuel et non poète pour ressentir un
Poème de L’homme rapaillé (1970), son « Art poétique », tel besoin ». Et Ouellette d’écrire des pages et des pages sur la
métaphorique, dit la quête de l’amour dans l’effroi du temps qui poésie. Quant à Robert Melançon, à la fois l’un des plus grands
passe. Il est également un hommage à la mère (qui « d’espérance poètes, essayistes et universitaires québécois, certainement le plus
s’insurge ») et au père (qui « s’avance en [lui] avec le goût du fils classique, il y va par la négative : « Incapable de définir ce qu’est la
et des outils »), eux qui savaient « nommer toutes choses sur la poésie, empêtré de contradictions, je m’enferme dans une poétique
terre ». Il a sans doute influencé l’écriture de quelques poèmes négative pour résister à la mystique de pacotille qui offrirait un
intitulés « Art poétique » (à un détail près), métaphoriques passage illusoire au-delà de tant d’apories ».
à souhait, dont ceux de Loco Locass (« L’homme est l’avenir
de l’homme » Me mire dans ° celui de Miron et « marche à TRIOMPHE DE L’ART DE LA POÉSIE (DE POIÊSIS, « CRÉATION »)
l’amour » comme on ° court à la course à relais Prends le micro Quand un poète québécois se risque à écrire un art poétique ou
témoin pour ° un macro-témoignage »), André Brochu, François sa poétique, il passe le plus souvent par la métaphore, ou bien il
Hébert, Gilbert Langevin, Claude Paradis, Stéphane D’Amour et le fait avec une modestie extrême (c’est le « Petit art poétique » de

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POUR EN SAVOIR PLUS voi r l e s ch oses
CHARPIER, Jacques, et SEGHERS, Pierre, L’Art poétique, Paris, Pierre
Seghers, 1956, 709 p.
aut rem en t
GLEIZE, Jean-Marie, La Poésie. Textes critiques. XIVe-XXe siècle, Paris,
Larousse, « Textes essentiels », 1995, 673 p.

266 pages, 27,95 $, ISBN 978-2-89448-595-8


GOYET, Francis. Traités de poétique et de rhétorique de la
Renaissance, introduction, notices et notes de Francis Goyet, Paris,
Librairie Générale Française, « Le Livre de Poche, classique », 1990,
510 p.
LANGLOIS, Ernest, Recueil d’arts de seconde rhétorique, Genève,
Slatkine Reprints, 1974, 496 p.
MILLET, Claude, L’Esthétique romantique en France. Une anthologie,
Pocket, « Agora Les classiques », 1994, 334 p.
SUHAMY, Henri, La Poétique, Paris, Presses universitaires de France,
« Que sais-je ? », 1986, 127 p.
THIÈME, Hugo Paul. Essai sur l’histoire du vers français, traduit de
l’anglais par Abel Doysié, New-York, Burt Franklin, 1916 (réédité en
1971), 432 p.
Études littéraires, « Ars poetica », Jeanne Demers [dir.], Québec, singulier
Université Laval, hiver 1989-1990, 172 p.
Études françaises, « La Poétique de poète », Jeanne Demers [dir.],
Pierre Popovic et Yves Laroche, Montréal, Presses de l’Université de

222 pages, 22,95 $, ISBN 978-2-89448-589-7


Montréal, hiver 1993, 29-3, 205 p.

Claude Paradis), ou bien sans volonté de systématisation (c’est « Une


poétique en miettes » de Jacques Brault), se concentrant sur un aspect
(ce sont les Lancers légers. Vingt propositions pour un art poétique de
la répétition de Normand de Bellefeuille). En fait, tout se passe comme
si l’art poétique québécois était passé directement de l’imitation de
Boileau, le classique par excellence, à son romantique refus, ou au
simulacre de son refus. Au pays de Nelligan, où abondent les poètes (au
contraire des penseurs), l’art de la poésie l’emporterait donc sur l’art
poétique, l’ars poesis sur l’ars poetica, le faire débridé sur la réflexion,
l’émotion sur la raison. En reconduisant constamment l’ancien nouveau
régime du romantisme, la plupart des poètes québécois donnent raison utile
à Yvon Rivard (« Confession d’un romantique repentant »), qui prétend
que les Québécois sont « d’incurables romantiques », tant dans leur
façon de vivre que de jouer au hockey (voir « La Leçon des Russes ») et
d’envisager l’écriture. Ce qui expliquerait que le chantre québécois de la
contre-culture, Lucien Francœur, dédie son « Ars poetica » (voir « L’Art
poétique », no 40-41 de la revue Estuaire, 1985) au joueur de hockey
« Pierre Larouche, le rebelle sans cause de La Ligue nationale »…

* Professeur de littérature au Cégep de Sainte-Foy, poète et critique de poésie

368 pages, 44,95 $,


Notes ISBN 978-2-89448-593-4
1 Cet article doit beaucoup à feue madame Jeanne Demers, professeure émérite
au département d’Études françaises de l’Université de Montréal, dont j’ai été colossal
pendant des années l’auxiliaire de recherche pour ses travaux sur l’art poétique.
2 Christian Desmeules, « L’art poétique de Dany Laferrière », dans Le Devoir, 12 et
13 avril 2008, cahier F, p. 1. s e p t e n t r i o n .qc.ca
La RéféRence en histoiRe au Québec
3 Lettres québécoises, dossier « Les bleus de Jean-Paul », no 62 (été 1991), 56 p. Membre de l’

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