Kanugo
Kanugo
net/publication/41220216
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2 1,151
1 author:
Serge Perrot
Paris Dauphine University
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CREPA-DRM
Université Paris-Dauphine
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Abstract:
affectif liant l’employé à son univers de travail » (Neveu, 1996, p. 63). En France, c’est le
terme d’implication qui est plus généralement retenu (Ripon, 1987 ; Michel, 1991 ; Thévenet,
1992), dans un sens plus large recouvrant les deux notions. L’implication est portée au rang
des finalités de la GRH, dont on peut jouer sur les conditions nécessaires à son émergence
(Neveu, Thévenet, 2002). Comme le soulignent Neveu et Thévenet (2002, p. 1), « le concept
est intéressant, quelle que soit sa définition. Il met l’accent sur ce que la personne investit
dans son travail ou son organisation ». Les auteurs distinguent donc sous le même concept
objet de recherche, et afin de distinguer mieux encore les liens entre l’individu et son travail
des liens entre l’individu et son organisation, nous qualifierons les premiers d’engagement, et
travaux d’Allport (1943) qui le définissent comme une attitude. Reeve et Smith (2001)
recensent plus de 1200 articles dédiés à son étude, sur la seule période 1968-1998. De plus,
l’engagement, ainsi que d’autres variables qui lui sont corrélées. Plusieurs revues de la
recherches a contribué à entretenir une certaine confusion (Lapalme, Doucet, 2004) entre les
différentes approches conceptuelles de l’engagement et ses définitions opérationnelles à
l’engagement se sont distinguées dans la littérature par la fréquence de leur utilisation : celle
de Lodahl et Kejner (1965), puis celle de Kanungo (1982 a, b). Selon Brown (1996),
Kanungo (1982 b) vise également à développer une définition et une mesure qui soit
généralisable au travers des cultures, échappant ainsi aux biais culturels nord américains.
français. Elle recommande notamment l’utilisation d’une version à 9 items au lieu de 10 dans
les recherches futures, en se basant sur des résultats empiriques et une interprétation théorique
de ces résultats. De plus, elle propose une représentation de l’engagement comme construit
qu’attitude caractérisée par une participation active au travail. De même, Wickert (1951)
suggère que l’engagement pourrait être mesuré par le niveau perçu de participation active au
travail. Blau (1985) évoque également pour ce courant la satisfaction des besoins de prestige
travail serait ainsi un facteur d’engagement (Gurin, Veroff, Feld, 1960), tout comme la
1965).
La deuxième approche se fonde sur les types de centres d’intérêts principaux,
questionnaire de 40 items liés aux centres d’intérêts principaux, les réponses reflétant une
orientation vers le travail, vers le « hors travail » ou étant indifférentes. Selon cette approche,
permettant de satisfaire les besoins importants, par opposition aux activités « hors travail »
(Blau, 1985). De la même façon, Lawler et Hall (1970) considèrent l’engagement comme le
degré selon lequel une personne perçoit son travail comme étant une partie importante de sa
vie et de son identité, grâce aux opportunités qu’il offre de satisfaire des besoins importants.
perception qu’a l’individu de lui même. Siegel (1969) précise cette notion de perception du
soi en utilisant les concepts d’estime de soi, et de sentiment de valeur (« sense of worth »).
French et Kahn (1962) mettent quant à eux l’accent sur la performance au travail comme
Les travaux de Saleh et Hosek (1976), basés sur une étude empirique, valident une
évoquées. Les auteurs font un parallèle intéressant avec les travaux de Gergen (1971), qui
définit le concept de soi selon trois dimensions : le soi identitaire, le soi conatif, et le soi
évaluatif. Saleh et Hosek (1976), concluent ainsi en faveur d’une vision multidimensionnelle
qu’un aspect du concept d’implication, tel qu’il est défini dans les travaux de recherche
français. A titre d’exemple, Thévenet (2000) propose une vision de l’ « implication », comme
l’engagement des personnes dans leur travail ou dans telle ou telle facette de celui-ci. Neveu
complexité du construit, mais également un certain besoin de clarté (Saleh, Hosek, 1976). A
titre d’exemple, le flou des définitions conduisent Lodahl et Kejner (1965) à définir
l’importance du travail dans l’image de soi (Lodahl, Kejner, 1965, p. 24), puis comme
24), et enfin comme le degré selon lequel la performance au travail affecte l’estime de soi
positionnant l’aliénation et l’engagement comme les deux états bipolaires d’un même
causes et effets (Kanungo, 1979). Partant de ce cadre général, l’auteur définit l’engagement
comme un état cognitif d’identification au travail, dans la mesure où le travail est perçu
comme pouvant potentiellement satisfaire les attentes et besoins salients pour l’individu.
mais reste bien différenciée du concept d’engagement à proprement parler. Cette approche a
non seulement le mérite d’une forte clarification conceptuelle, mais vise également à éliminer
les biais culturels (notamment ceux liés aux notions d’estime de soi et de facteurs de
motivation intrinsèque) dont restaient emprunts les précédentes approches (Kanungo, 1983 ;
Misra et al., 1985), ainsi que les précédentes mesures de l’engagement (Lodahl, Kejner,
1965).
Les deux échelles de référence développées dans la littérature sont celles de Lodahl et
Kejner (1965), et Kanungo (1982 a, b). La première a d’ailleurs été adaptée au contexte
français par Ripon (1990), sous le nom du Questionnaire d’Implication dans le Travail et
l’Emploi. Cependant, la forte proportion d’utilisation des deux échelles ne doit pas masquer
1982 b), et qui se traduit par un abandon progressif de l’échelle développée par Lodahl et
Kejner (1965).
son utilisation. Par exemple, Rabinowitz et Hall (1977) soulignent que les différentes
général, et l’engagement dans le travail occupé à un instant donné par un individu. Or, comme
le remarque Neveu (1996, p. 70), « une personne pour qui le travail, en général, occupe une
place essentielle dans la vie peut ne pas se sentir engagée dans l’occupation particulière qui
lui assure son pain quotidien ». En s’intéressant aux qualités psychométriques de l’échelle,
(2001) concluent que l’utilisation d’un score composite unique dérivé d’une échelle de
insignifiants. Les vingt items de Lodahl et Kejner (1965) ne seraient ainsi pas pertinents, et
mesureraient des dimensions erronées du construit, créant ainsi un « bruit » fort dans la
mesure obtenue.
Face à l’ensemble de ces critiques, c’est l’échelle de Kanungo (1982 a, b) qui est
et la place relative de son travail dans sa vie. De plus, l’auteur distingue clairement
répondant, objet du questionnaire. L’échelle est constituée de 15 items, dont 10 doivent être
pris en compte pour la mesure, les autres ayant une fonction d’équilibrage de l’échelle. La
N° Item
1 Les événements les plus importants de ma vie ont trait à mon emploi actuel
2 Mon travail ne constitue qu’une infime partie de ce que je suis
3 Je suis personnellement très pris par mon travail
4 Je vis, mange et respire pour mon travail
5 Mon travail occupe l’essentiel de ma vie
6 J’ai avec mon emploi des liens très étroits que j’aurais beaucoup de mal à briser
7 Je me sens généralement détaché de mon travail
8 La plupart de mes objectifs personnels sont axés sur mon emploi
9 Je considère que mon travail est au centre de mon existence
10 J’aime être absorbé par mon travail la majeure partie du temps
2 Méthodologie
Les quinze items de l’échelle (dont les cinq d’équilibrage non pris en compte dans
l’analyse) étaient inclus dans un questionnaire lié à un projet de recherche plus large, reposant
Huit cent trente quatre questionnaires ont été envoyés, et cent quatre vingt dix neuf ont
été retournés complets, donnant ainsi un taux de réponse de 23,8 %. Il s’agissait de personnes
De plus, afin d’estimer l’existence d’un biais d’auto sélection des répondants, cinq personnes
parmi les non-répondants ont été contactées par téléphone pour leur en demander la raison.
Les réponses étaient soit liées à l’absence d’une activité professionnelle, soit à l’absence de
temps, confortant ainsi notre confiance dans la limitation des biais de non-réponse.
L’âge moyen des personnes dans l’échantillon est de 24 ans, et une majorité de sexe
féminin (67,2 %). Les personnes interrogées travaillent principalement dans le domaine de
l’audit et du conseil (23,2 %), la banque, la finance et l’assurance (20,7 %), ou encore
l’industrie (13,6 %). Les spécialisations fonctionnelles sont notamment dans les domaines du
marketing (21,7 %), de la finance (27,7 %), et de la comptabilité ou du contrôle (12, 6 %). La
plupart des répondants (51,5 %) travaillent dans des entreprises de plus de 500 salariés.
l’intérêt des méthodes d’équations structurelles pour tester la fiabilité et la validité des
aux méthodes exploratoires (ACP par exemple). En accord avec la démarche de Hair et al
Le modèle de mesure spécifié dans notre démarche est simple, et directement issu de
finalement retenu pour l’AFC est de 196, après élimination des réponses avec valeurs
(« skewness ») et d’aplatissement (« kurtosis »)1, ainsi que les nomogrammes QQ des résidus
l’hypothèse de multinormalité ne peut pas être formellement testée par les logiciels de MES.
Items 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
“Skewness” 0,460 0,031 -0,608 1,645 0,713 0,986 -0,595 0,327 0,793 -0,051
c.r 2,629 0,176 -3,476 9,401 4,075 5,636 -3,399 1,867 4,530 -0,291
“Kurtosis” -0,952 -1,011 -0,211 2,082 -0,508 0,213 -0,698 -1,016 -0,281 -1,141
c.r -2,719 -2,890 -0,603 5,950 -1,451 0,610 -1,994 -2,903 -0,803 -3,261
clairement établie lorsque les données dévient de la normalité, nous complèterons notre
analyse par la méthode du bootstrap, afin d’apprécier la convergence ou non des paramètres
estimés.
1
Roussel et al. (2002) précisent que ces indice doivent être respectivement inférieurs à /3/ et /8/.
Par ailleurs, la taille de l’échantillon est moyenne, mais suffisante pour ce type
d’analyse car elle est supérieure aux normes (Roussel et al, 2002) de 5 observations par
cadre de cette recherche, dans la mesure où les phases amont (étapes 1 à 4) ont déjà été
réalisées, notamment dans les travaux de Neveu (1996). Prenant l’étape 5 comme point de
départ, nous conjuguerons ce cadre de présentation avec les recommandations de Hair et al.
(1998) et de Bollen et Long (1993) pour présenter les résultats de recherche ci-après.
techniques (Evrard et al, 1993) : Celle du « test / re test », des « deux moitiés », ou des formes
(1951) est très largement utilisé, mais pas toujours à bon escient, comme le souligne Cortina
pertinentes que l’on souhaite prendre en considération (Cortina, 1993). S’agissant ici d’une
analyse focalisée sur la pertinence des items d’une échelle, les indicateurs de cohérence
internes sont appropriés. Si le coefficient « Alpha » de Cronbach (non standardisé) est donc
un indicateur pertinent dans le cadre de cette recherche, il n’est cependant pas suffisant. En
effet, le coefficient peut être élevé malgré des corrélations inter-items faibles, et malgré la
multi-dimensionnalité de l’échelle (Cortina, 1993). C’est pourquoi nous complèterons les
Items 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
1 1 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01
2 ,293 1 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,05
3 ,292 ,174 1 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 NS
4 ,509 ,242 ,311 1 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01
5 ,430 ,267 ,439 ,536 1 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01 NS
6 ,447 ,248 ,319 ,431 ,464 1 p<0,01 p<0,01 p<0,01 p<0,01
7 ,316 ,443 ,488 ,210 ,319 ,324 1 p<0,01 p<0,01 p<0,05
8 ,387 ,284 ,225 ,333 ,449 ,324 ,341 1 p<0,01 p<0,01
9 ,382 ,336 ,221 ,436 ,517 ,426 ,293 ,535 1 p<0,01
10 ,215 ,162 ,025 ,258 ,144 ,271 ,205 ,365 ,228 1
La matrice des corrélations montre que sur les 45 coefficients calculés, 19 sont
inférieurs à 0,3 dont 8 concernent l’item 10. Par ailleurs, les plus faibles coefficients de
corrélations sont obtenus pour ce même item, le minimum descendant jusqu’à 0,025. Sur les 9
coefficients calculés entre l’item 10 et les autres, seul un est supérieur au seuil de 0,3. De
l’item 10. En moyenne, la corrélation de l’item 10 avec les autres est de 0,2081, la plus faible
relativement à toutes les autres moyennes de ce type, qui varient entre 0,4242 et 0,6222.
Ajoutons que la valeur de la corrélation de l’item 10 avec le reste de l’échelle correspond dans
l’absolu à un niveau assez faible. En dehors de l’item 10, notons également que les items 2 et
3 enregistrent également chacun plus de cinq corrélations inférieures au seuil de 0,3, avec les
Globalement, les qualités de l’échelle telles que mesurées par le coefficient Alpha de
Cronbach semblent bonnes, avec une valeur de Alpha = 0,83. Cependant, le coefficient Alpha
de Cronbach est une mesure sensible au nombre d’items dans l’échelle, et sa valeur peut être
artificiellement accrue par l’ajout d’items. Inversement, si l’on fait l’hypothèse que chaque
item a un impact positif sur la fiabilité, compte tenu de l’effet mécanique d’accroissement de
la valeur de l’Alpha précédemment cité, le fait de retirer un item à l’échelle doit diminuer sa
fiabilité. Or, comme le montre le tableau 4, tous les items de l’échelle contribuent à sa fiabilité
Item 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Alpha sans l’item ,81 ,82 ,82 ,81 ,80 ,81 ,81 ,81 ,80 83
même, en retirant l’item 10 de l’échelle, la corrélation inter-item moyenne est plus forte
(0,3610 vs. 0,3304), et la corrélation inter-item minimale accrue (0,1738 vs. 0,0253).
Pour approfondir cette première analyse de fiabilité de l’échelle, Roussel et al. (2002)
recommandent d’utiliser le coefficient Rhô de Joreskog, qui présente une moindre sensibilité
au nombre d’items dans l’échelle que le coefficient Alpha. Les mêmes normes de 0,7 ou 0,8
sont généralement avancés pour ces deux coefficients, selon les auteurs (Fornell, Larker,
1981). La valeur trouvée pour l’échelle de Kanungo à 10 items est ρ (Joreskog) = 0,83, ce qui
est une valeur satisfaisante. Cependant, l’examen des coefficients de régression de chaque
indicateur sur la variable latente met à nouveau en évidence la relative faiblesse de l’item 10,
dont la corrélation multiple au carré est la plus faible (11,7 %), et se trouve nettement
inférieure à la limite généralement admise de 25 % (Mann et al, 1997). Toutes les autres
valeurs sont supérieures à 25%, à l’exception là encore des items 2 et 3, qui s’en rapprochent
stables ? A défaut d’avoir des variables purement gaussiennes, et pour tester l’impact d’une
violation modérée des hypothèses de normalité, nous avons également utilisé la méthode du
Item 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
λ estimé par maximum 0,637 0,443 0,486 0,661 0,738 0,632 0,510 0,617 0,675 0,343
de vraisemblance
λ estimé par bootstrap 0,641 0,441 0,487 0,665 0,737 0,627 0,513 0,615 0,669 0,344
La bonne convergence des estimations nous rassure donc sur le caractère modéré des
maximum de vraisemblance.
Cette première analyse de fiabilité indique donc que l’item 10 présente un certain
décalage par rapport au reste de l’échelle. Nous sommes alors conduits à nous interroger sur
le partage ou non d’un socle conceptuel commun entre l’item 10 et les autres. En d’autres
MTMM, dont la mise en oeuvre est considérée comme lourde (Roussel, 1996). Trois types de
validité sont généralement analysés dans le cadre d’une AFC : la validité convergente, la
des contributions factorielles est significatif (> 1,96). Cette condition est vérifiée pour tous les
items, avec des valeurs de t allant de 4,275 à 8,243. Un autre critère associé est celui de la
variance moyenne extraite ou rhô de validité convergente, qui doit être > 0,5. En d’autres
termes, plus de la moitié de la variance extraite doit être attribuée à l’indicateur, et non à son
erreur de mesure. Or, ce coefficient ρ de validité convergente n’est que de 0,34. Cela
signifie que plus de 50 % de la variance des indicateurs spécifiés dans le modèle n’est pas
expliquée par le construit. Un modèle théorique alternatif devrait donc être élaboré afin
discriminante perd ici de son sens. De même, l’analyse de la validité prédictive est moins
Parmi les indices pertinents dans le cadre d’une AFC, Roussel et al (2002) retiennent 2
indices absolus (Chi² et GFI), 3 indices incrémentaux (NFI, NNFI, CFI), et 2 indices de
parcimonie (Chi²/ddl et AGFI). Le logiciel AMOS 4.0 nous fournit les résultats suivant :
Les seuils recommandés pour chaque indice correspondent à des normes empiriques,
plus qu’à des valeurs statistiquement établies. Si les indices d’ajustement restent proches des
normes empiriques établies, seul le GFI dépasse le seuil souhaitable. Par ailleurs, l’analyse
précédente de validité convergente met en évidence une certaine faiblesse de l’instrument de
mesure, et l’analyse de fiabilité souligne des problèmes spécifiques relatifs à l’item 10.
mesure. Néanmoins, cette re-spécification ne peut se faire sans une justification théorique, que
Deux questions théoriques sont soulevées par les analyses précédentes. La première
concerne l’item 10 (« J’aime être absorbé par mon travail la majeure partie du temps ») qui
semble ne pas partager un socle conceptuel commun avec la notion d’engagement (Kanungo,
cette position peut être contestée (Blau, 1985 ; Neveu, 1996). L’engagement est pour
relative du travail pour l’individu. Or, un examen plus attentif de l’item 10 montre de toute
évidence qu’il s’agit là d’une dimension affective, en contradiction avec l’approche cognitive
précédents prennent alors un sens très clair, puisque tous les items renvoient à l’une des deux
facettes cognitives, sauf l’item 10. C’est ce décalage entre la formulation de l’item et la nature
du concept qu’il est censé refléter, qui permet en partie d’expliquer les résultats empiriques
précédents.
construit. En effet, si l’échelle de Kanungo est toujours utilisée comme mesure d’un construit
unidimensionnel, l’auteur évoque néanmoins dans sa définition de l’engagement deux facettes
relative du travail dans la vie de l’individu. La question théorique ici posée est donc de savoir
comment le modèle de mesure peut rendre compte de l’existence de ces deux facettes de
Plusieurs constats peuvent ici être faits, de façon complémentaire : alors que
par l’item 10. Ce résultat corrobore donc les analyses théoriques et empiriques précédentes,
p < 0,01), suggérant un certain chevauchement conceptuel. Les trois dimensions s’interprètent
2
Après suppression de l’item 10.
Kanungo (sauf pour la composante affective). Soulignons également que les items 7 et 2,
exprimant un sentiment « négatif » de l’individu vis à vis de son travail, ont fait l’objet d’un
codage inversé afin de limiter l’éventuel impact du mode de rédaction des items (« positifs »
Cependant, l’item 3 présente des contributions factorielles très proches sur les trois
axes. La question « je suis personnellement très pris par mon travail », si elle n’est pas en
d’importance relative du travail dans la vie de l’individu. Une attention toute particulière doit
donc être portée à l’item 3 dans les analyses ultérieures. S’agissant d’une échelle établie et
reconnue sur le plan international, nous estimons que la suppression de l’item 3 n’est pas
envisageable à ce stade dans la mesure où elle ne s’appuie pas sur un argument théorique
mesure consiste à supprimer l’item 10, pour les raisons conceptuelles, théoriques, et
Par ailleurs, deux arguments principaux plaident en faveur d’un modèle de mesure de
observée entre les deux facettes de l’engagement est élevée (r = 0,499 ; p<0,01) : elles
l’ACP est claire et l’analyse des contributions factorielles est parfaitement en phase avec
l’approche de Kanungo, qui distingue explicitement ces deux composantes dans la définition
même donnée par l’auteur de l’engagement. Plus que la distinction entre deux concepts (degré
d’engagement comme construit agrégé reposant sur ces deux composantes, que Kanungo
Il s’agit donc à présent de comparer deux modèles différents de mesure, l’un fondé sur
l’engagement comme un construit agrégé ou de second ordre. En se basant sur les résultats de
1
enga4 e4
e importance 1
travail 1 enga5 e5
1 1
enga9 e9
1
Importance du Travail enga1 e1
1
enga6 e6
1
1
Engagement enga8 e8
1
enga3 e3
1
Identification psychologique enga2 e2
1 1
1
enga7 e7
e identification
indices d’ajustement des deux modèles (unidimensionnel vs second ordre), tout en rappelant
d’éliminer l’item 10 de l’échelle de Kanungo se trouvent ici à nouveau validées : Parmi les
deux modèles unidimensionnels testés, celui à 9 items présente un ajustement aux données
nettement supérieur, et ce quel que soit l’indice considéré (à l’exception des Chi²/ddl qui sont
identiques). Deuxièmement, parmi les trois modèles de mesure testés, le modèle de second
ordre présente des indices d’ajustement nettement supérieurs aux autres. Notons que le
modèle de second ordre présente quatre indices d’ajustement supérieurs aux normes
recommandées, et trois indices proches de ces normes. En d’autres termes, seuls les indices
d’ajustement du modèle de second ordre peuvent être considérés comme corrects, au regard
des normes légitimement attendues pour ce type d’échelle largement utilisée sur le plan
présente certes un coefficient Alpha de Cronbach satisfaisant, mais dont l’examen de ce seul
critère ne permet pas d’en apprécier les qualités psychométriques (Cortina, 1993).
Nous décidons donc de retenir le modèle de mesure de second ordre, à 9 items. Pour
compléter cette première analyse, nous poursuivons la comparaison des modèles de mesure à
néanmoins pas dans la mesure où c’est le concept d’engagement dans son ensemble qui est
considéré dans les travaux de recherche en la matière. Par ailleurs, toutes les corrélations
Le test t associé à chacune des contributions factorielles est significatif (> 1,96) pour
tous les items, condition nécessaire à la validité convergente. Même si l’indice Rhô de validité
convergente n’atteint pas les normes attendues (ρ > 0,5) pour chacune des deux facettes de
l’engagement, les valeurs sont néanmoins nettement supérieures à celles obtenues dans une
Enfin, le modèle de second ordre montre que les conditions de validité discriminante
sont respectées dans la mesure où la corrélation au carré entre les variables latentes (r² = 0,25)
est inférieure aux coefficients de validité convergente de chaque facette (r² < ρ1 ; r² < ρ2).
5 Discussion et conclusion
Trois principaux enseignements peuvent être tirés de cette analyse des qualités
Tout d’abord, cette échelle comporte un item (n°10) dont les qualités psychométriques
sont très insuffisantes, et dont l’analyse théorique et conceptuelle a montré qu’il est en
contradiction avec l’approche dont il découle : il doit donc être supprimé. Notons que ces
conclusions portent également sur l’échelle originale en anglais, et sont donc indépendantes
des questions de traduction, car la formulation en anglais utilise également un item de nature
affective (« I like... ») et non cognitive. La corrélation entre les deux échelles (9 items vs 10
items) est très élevée (r = 0,985; p<0,01), permettant ainsi de s’assurer de la comparabilité des
résultats de recherche futurs, élément d’autant plus important que l’échelle de Kanungo est
déjà largement utilisée. L’utilisation des 9 items pertinents de l’échelle permettra aux
recherches futures d’en améliorer les qualités psychométriques, tout en utilisant un instrument
fois théoriques et empiriques, nous recommandons aux futures recherches utilisant l’échelle
de Kanungo avec les MES d’opter pour le modèle de mesure de second ordre dont la
supériorité a été mise en évidence, notamment en termes de qualité d’ajustement aux données
Enfin, même si tous les indices d’ajustement ne correspondent pas aux normes les plus
exigeantes attendues, ils restent néanmoins globalement satisfaisants et les différents résultats
obtenus montrent à nouveau les possibilités d’utiliser l’échelle de Kanungo dans un contexte
culturel différent du contexte nord américain, en l’occurrence des jeunes diplômés français
l’une des raisons qui ont motivé les travaux de Kanungo (1983).
D’un point de vue plus général, quelles sont les contributions de notre recherche dans
le champ de la GRH ? Les trois enseignements précisés ci-dessus nous paraissent en soi
l’engagement, grâce aux améliorations apportées à cet instrument de mesure largement utilisé
en GRH.
De plus, même en dehors des travaux spécifiquement consacrés à l’engagement, de
sa mesure est donc importante au-delà des travaux qui lui sont spécifiquement consacrés, et
de développer des modèles de mesure satisfaisants à la fois sur le plan théorique et empirique.
vis de son organisation (implication organisationnelle), différentes facettes ont été mises en
évidence (Allen, Meyer, 1990) et la pertinence d’une représentation de second ordre est
suggérée par Roussel et al. (2002). Ainsi, un parallèle intéressant peut être fait entre les deux
concepts, dont la représentation agrégée peut reposer sur l’identification de plusieurs facettes.
Cela ne signifie certes pas que la notion d’engagement repose exclusivement sur ces deux
facettes : il s’agit ici d’une analyse portant sur les items de l’échelle de Kanungo, développée
à l’établissement de normes, qui doivent bien entendu prendre en compte les spécificités de
à 7 points) sur notre échantillon de jeunes diplômés nouvellement embauchés est de 3,31, la
première concerne la qualité de l’ajustement aux données du modèle de mesure (2nd ordre),
qui reste satisfaisante mais n’atteint pas pour tous les indices les normes recommandées.
Cependant, cette limite doit être nuancée car il ne s’agit pas d’un développement d’une
nouvelle échelle, mais d’un test des qualités psychométriques d’une échelle établie : c’est
l’approche unidimensionnelle simple habituelle qui doit être soulignée. La deuxième limite
concerne la nature de l’échantillon considéré qui, même s’il contient une diversité certaine en
termes de situations d’emplois, peut néanmoins être considéré comme spécifique. En d’autres
prise en compte des caractéristiques de l’échantillon est par essence nécessaire, et les résultats
avancés doivent être bien évidemment contextualisés. En revanche, dans la mesure où toutes
de mesure de second ordre) peut être avancé, même s’il n’est que partiellement établi
Nous espérons que les recherches futures en GRH qui utilisent le concept
de second ordre proposé, afin d’améliorer la qualité de l’ajustement des modèles aux
rendre compte du concept d’engagement de façon plus fine et plus cohérente au regard de
ALLEN N.J. et MEYER J.P. (1990), “The measurement and antecedents of affective,
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