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Détection et protection contre toxiques chimiques

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Dtection, protection et dcontamination : toxiques chimiques

La dfense contre les agressifs chimiques comprend trois volets : la dtection, la protection individuelle et collective, et la dcontamination. Pour tre pleinement efficace, la protection contre les agents chimiques devrait tre applique dans les 10 secondes qui suivent l'alerte. En prsence d'un danger vapeur exclusif, elle ne concerne que la voie arienne et requiert un appareil respiratoire quip d'une cartouche filtrante, condition que la teneur en oxygne de l'air respir soit suprieure 17%. Si le danger est la fois vapeur et liquide, la protection doit s'tendre l'ensemble du corps. Il devient alors ncessaire de revtir une tenue de protection arrtant les toxiques sous forme vapeur, liquide et solide et porter l'appareil respiratoire, ce qui restreint la capacit oprationnelle. La dcontamination est obligatoire en prsence de toxiques caractre persistant afin d'viter le transfert de contamination et de limiter l'auto-intoxication des victimes. Lorsque le toxique n'est pas identifi, elle peut tre applique de faon systmatique par principe de prcaution. Le pouvoir d'adsorption de vapeurs par certains vtements doit tre pris en considration et justifie le dshabillage.

1. La dtection
Elle ncessite un tat de vigilance que peut renforcer un contexte de menace. Ainsi, sur un thtre d'oprations militaires, la situation gographique et stratgique du site, l'apprciation du moment (heure de la journe) et des conditions mtorologiques favorables (absence de pluie, orientation et vitesse du vent, temprature) peuvent faire redouter ou non l'utilisation d'armes chimiques par l'adversaire. La dtection d'un agent chimique comprend trois tapes complmentaires l'alerte, le contrle et l'analyse.

1.1. La dtection d'alerte


Elle a pour but de signaler la prsence de toxiques chimiques le plus tt possible. Elle fait appel des procds simples et sensibles mais pouvant donner des rsultats faussement positifs. 1.1.1. Elments d'observation La dtection olfactive de certains produits chimiques prsentant une odeur caractristique peut alerter (figure 26). Toute odeur anormale doit tre considre comme suspecte mais les caractristiques olfactives n'ont qu'une valeur d'orientation limite. La dtection visuelle de tranes nuageuses succdant des passages d'avions basse altitude est suspecte. La prsence de gouttelettes sur les surfaces lisses (tle des vhicules, vitres, panneaux, bches, etc.) peut rvler une contamination liquide. Elle est facile reprer sur les tenues impermables, mais peut passer inaperue sur des vtements civils absorbants. La dtection auditive de bruits sourds accompagnant les explosions peut faire penser des obus chargs de toxiques de guerre.

L'apparition de signes cliniques identiques chez plusieurs personnes se trouvant au mme endroit au mme moment doit faire voquer une intoxication et dclencher une alerte immdiate. Les mdecins civils alertent leurs autorits de tutelle (DRASS), les services de secours et les hpitaux. Ces derniers doivent se tenir prts viter tout risque de transfert de contamination. Avec les toxiques d'action rapide, la symptomatologie et l'anamnse peuvent apporter une forte prsomption sur l'identification du toxique. 1.1.2. Mthodes chimiques rapides Ralisables sur le terrain, ce sont des ractions simples au rsultat visible. Le papier pH peut mettre en vidence la prsence d'un acide ou d'une base en ragissant avec le toxique sous forme liquide ou vapeur. Autre exemple, l'ouverture d'un flacon d'acide chlorhydrique dilu proximit d'une fuite d'ammoniac gnre immdiatement des vapeurs blanchtres de chlorure d'ammonium. On peut, rciproquement, mettre en vidence un dgagement de chlore avec une solution ammoniacale. 1.1.3. Dtection des agressifs chimiques liquides Dans l'arme, le papier dtecteur modle F1 (PDF1), conditionn sous forme de petits carnets fait partie de la dotation de chaque combattant. Les colorants qui l'imprgnent ne ragissent qu'avec les toxiques sous forme liquide, la coloration obtenue renseignant sur la classe du toxique : neurotoxiques organophosphors ou vsicants. Il existe diffrentes tailles de papiers dtecteurs adaptes aux surfaces exposes (casque, vtements, matriels, vhicules). VESICANTS : virage du rouge au violet NEUROTOXIQUES G : coloration jaune orang NEUROTOXIQUES V : coloration bleu-vert fonce noire Remarques : - Le PDF1 ne dtecte que les toxiques liquides et ne ragit pas aux toxiques sous forme vapeur ou arosol. - De faux positifs peuvent se rencontrer avec la solution de dcontamination des matriels base de dithylamine, le gasoil ou le dichloromthane. 1.1.4. Dtection des agressifs chimiques sous forme de vapeurs Elle fait appel au principe de la photomtrie de flamme par mission. Les drivs organophosphors et soufrs contenus dans l'air mettent chacun une radiation de couleur diffrente, aprs passage de l'air dans une flamme air-hydrogne. En prsence de neurotoxiques organophosphors, ou de composs soufrs, la radiation lumineuse mise peut tre dtecte par l'Appareil Portatif d'Alerte et de Contrle Chimique (APACC). Cela s'applique aux produits comportant, soit un groupement phosphor seul (neurotoxiques organophosphors G), soit un groupement soufr seul (yprite au soufre), soit encore les composs possdant un groupement organophosphor et un groupement soufr (VX). Des faux positifs peuvent se produire en prsence de composs soufrs ou phosphors, par exemple avec le dioxyde de soufre contenu dans les fumes mises par les vhicules moteur ou avec les insecticides organophosphors utiliss en agriculture. L'APACC est un appareil driv de l'AP2C (Appareil Portatif de Contrle de la Contamination) dcrit plus bas. Son autonomie est de 12 heures. Il est quip d'un systme de commande dport reli l'analyseur par un cble lectrique de 400 m.

1.2. La dtection de contrle

La dtection de contrle succde la dtection d'alerte et fait appel des mthodes physiques et chimiques sensibles et spcifiques permettant l'identification de la famille chimique du toxique. Son but est de prciser la nature du toxique et d'valuer approximativement sa concentration, de dlimiter les zones contamines afin de mettre en place un balisage, de vrifier l'efficacit des mesures de dcontamination et d'autoriser la suspension des mesures de protection. 1.2.1. Les systmes individuels Le dtecteur individuel de neurotoxiques organophosphors (DETINDIV) met profit l'inhibition des cholinestrases lorsqu'elles sont exposes des vapeurs de NOP. Fixe sur un support, la butyryl-cholinestrase fonctionnelle agit sur un substrat sensible, l'actate de 2-6 dichlorophnolindophnol. En l'absence de neurotoxique organophosphor, l'hydrolyse du substrat libre de l'indophnol de couleur bleue. En prsence de neurotoxique, l'enzyme est inactive et aucune coloration ne se dveloppe. Toutefois, l'apparition des colorations n'tant pas corrle avec la logique de l'utilisateur, des erreurs d'interprtation individuelles sont possibles. 1.2.2. Les systmes collectifs L'Appareil portatif de contrle de la contamination (AP2C) fonctionne sur le principe de la photomtrie de flamme. Il peut dtecter les groupements phosphors et/ou soufrs l'tat de vapeur, c'est--dire les neurotoxiques organophosphors G et V et l'yprite. Il peut tre mont sur des vhicules de l'avant blinds de reconnaissance (VAB RECO) quips pour le prlvement des toxiques et le balisage de la zone. L'AP2C est utilis non seulement pour contrler la contamination, mais aussi pour vrifier l'efficacit de la dcontamination des personnels, des matriels et des locaux. Pour mieux dceler la prsence de toxiques phosphors et soufrs sur la peau, une pipe mdicale ayant un seuil de dtection plus bas est disponible. Lorsque les toxiques sont prsents l'tat liquide, on peut utiliser le Systme portatif de prlvement des produits persistants en vue de leur dtection par vaporation (S4PE). Compos d'une raclette de prlvement et d'une rsistance chauffante, il permet de vaporiser les toxiques liquides adsorbs sur la raclette dans une pipe installe sur l'AP2C. Vido 15 L'appareil AP2C Un appareil driv de l'AP2C, le TIMS (pour Toxic Industrial Materials) permet de dtecter des produits chimiques industriels : composs soufrs et phosphors, produits chimiques possdant des groupements fonctionnels NOx, CN, NH et ceux contenant de l'arsenic. Cet appareil possde une protection de la flamme antidflagrante lui permettant d'tre utilis en ambiance explosive. Pour des raisons de rglementation, son seuil de dtection des composs organophosphors et soufrs est suprieur celui de l'AP2C (figure 52). Remarque : L'AP2C et le TIMS ne sont pas des dtecteurs spcifiques. Avec l'AP2C, le systme S4PE signale la prsence d'yprite sur prlvement de graisses ou d'hydrocarbures. Le TIMS donne de faux positifs d'acide cyanhydrique et d'arsenic en prsence de fortes concentrations de produits soufrs. La trousse de dtection chimique Drger dtecte des toxiques sous forme vapeur et non les toxiques l'tat liquide (figure 53). Le principe des ractions repose sur l'identification d'un produit driv du toxique initial. Ainsi, un groupement cyan est dtect par la formation d'acide cyanhydrique (HCN), alors qu'un toxique comportant un atome de fluor est dtect par la formation d'acide fluorhydrique (HF). Pour les neurotoxiques organophosphors :
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tabun HCN sarin HF soman NaF + un compos pinacolique. Par cette technique, il est impossible de diffrencier le sarin du soman bien que le soman gnre moins de produit fluor que le sarin. L'yprite au soufre donne du thiodiglycol : l'apparition d'une discrte coloration rose signe une raction trs positive. Les drivs arsenicaux sont mis en vidence par la raction de l'arsenic avec des composs organiques (figure 54). La trousse de dtection chimique de contrle modle 1 bis utilise par les units de la scurit civile est conue pour la dtection et l'identification des toxiques chimiques de guerre. Les toxiques l'tat vapeur prsents dans l'air ambiant sont identifis en prlevant l'aide de la pompe aspirante un volume connu d'air. Celui-ci traverse un support poreux dshydrat (en silicagel) appel ticket ractif. Le toxique se fixe sur ce support ; il est ensuite rvl par le dveloppement de ractions colores rsultant de l'addition de ractifs spcifiques. Les ractifs sous forme de poudre sont conservs en ampoules scelles places dans des flacons stilligouttes en polythylne. La reconstitution du ractif s'effectue au moment de l'emploi en brisant les ampoules et en solubilisant les poudres au sein des flacons ractifs. Aprs reconstitution, la conservation de ces ractifs est alors limite. Les toxiques liquides ou pulvrulents sont absorbs sur un coton, lequel est ensuite introduit dans un manchon en aluminium confectionn partir de l'emballage du ticket ractif et adapt sur l'embout de la pompe. L'addition de quelques gouttes de la solution de chlorure de cuivre sur l'aluminium provoque une raction exothermique qui vaporise le toxique l'intrieur du manchon. Il suffit alors d'aspirer de l'air pour entraner le toxique l'tat de vapeur sur le ticket ractif.

1.3. La dtection d'analyse


La dtection d'analyse, hautement spcifique, est ralise par les laboratoires de toxicologie ou de chimie analytique de l'infrastructure qui sont mis en alerte. 1.3.1. Les prlvements Afin de pouvoir apporter une preuve tangible d'utilisation des agressifs chimiques de guerre et de pouvoir saisir si ncessaire le Comit interministriel franais et l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) qui sont les institutions charges de l'application de la CIAC, les prlvements doivent tre raliss en prsence d'un officier de police judiciaire. Des conditions et de la qualit du prlvement dpend la qualit des rsultats. Les spcimens doivent tre correctement rpertoris. Il importe de prciser sur l'tiquetage la nature, le lieu, la date et l'heure du prlvement, ainsi que l'aspect de l'chantillon au moment du recueil et, ventuellement, l'intervalle de temps coul entre l'attaque et l'instant du prlvement. Le transport des chantillons doit s'effectuer +4 C voire -18 C, dans un emballage adquat. 1.3.2. Les techniques analytiques Diffrents matriels sont utilisables sur le terrain :

Avec les appareillages transportables type Bruel et Kjaer, fonctionnant sur le principe de la spectroscopie photo-acoustique infrarouge, le gaz est clair par une lumire infrarouge
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intermittente de longueur d'onde dfinie, l'absorbance mesure est convertie en signal acoustique qui est capt par un microphone ultrasensible et transform en impulsions mesurables. Des appareils de chromatographie en phase gazeuse coupls un spectromtre de masse (CPG/SM) quipent plusieurs units de la scurit civile et la brigade des marins pompiers de Marseille, Au laboratoire, les spcimens sont soumis des extractions par diffrents solvants. Les extraits sont ensuite purifis puis analyss par diffrentes techniques spectrophotomtriques et chromatographiques, couples la spectromtrie de masse ou l'activation neutronique.

2. La protection
La protection contre les agents chimiques s'applique au niveau individuel et au niveau collectif. Lors de l'intervention, on peut considrer, de faon schmatique, que les agents chimiques persistants prsentent un double danger liquide et vapeur, tandis que les toxiques non persistants prsentent uniquement un danger vapeur (figure 55).

2.1. La protection individuelle


Toute personne expose au risque chimique doit disposer d'appareil respiratoire filtrant et d'une tenue de protection. 2.1.1 L'Appareil Respiratoire Filtrant des Armes (ARFA) Cet quipement est destin protger non seulement les voies respiratoires, mais aussi les yeux et la face, contre les toxiques sous forme de gaz, de vapeurs ou d'arosols. Il est constitu de deux parties complmentaires et indispensables pour assurer son efficacit : le masque et la cartouche de filtration Vido 17 L'appareil respiratoire filtrant. Le masque comprend un couvre face ergonomique offrant une vision panoramique. Il est quip d'un dispositif facilitant la transmission de la parole et d'un systme permettant au combattant d'absorber des aliments liquides. Il existe quatre tailles de masque adaptes chaque visage (taille dcroissante de 1 4). Le port de lunettes normales altrant l'tanchit au niveau du passage des branches, il est ncessaire d'installer des inserts d'optiques pour verres correcteurs. Ces dispositifs de vision sous masque (DVSM) sont fabriqus par l'Etablissement central du matriel du Service de sant des armes (figure 56). La cartouche, fixe au masque par un pas de vis, comprend deux parties : un filtre antiparticules ou anti-arosols, constitu d'un filtre en papier pli en accordon et contenant des microfibres de verre, et un filtre de charbon actif (charbon de noix de coco) imprgn de sels mtalliques (Cu, Cr, Ag). Un gramme de charbon correspond 2 000 m2 de surface adsorbante. Ce filtre adsorbe et retient les toxiques gazeux ou l'tat de vapeurs, y compris l'acide cyanhydrique. Par contre le monoxyde de carbone (CO) n'est pas arrt. Les caractristiques des filtres sont indiques sur la cartouche par des lettres majuscules pour la spcificit et des chiffres pour la classe de protection. Les diffrentes spcificits sont : A : protection contre les vapeurs dont la temprature d'bullition est suprieure 60 C, B : protection contre les vapeurs dont la temprature d'bullition est infrieure 60 C (rle des sels mtalliques),

E : protection contre le dioxyde de soufre (SO2) et les vapeurs acides, K : protection contre l'ammoniac (NH3) et les drivs amins, P3 : filtre en papier arrtant 99,95% d'arosols et des particules dont le diamtre est suprieur 0,15 m. Les classes de protection varient de 1 3 : 1 correspond une teneur en toxique de 0,1% en volume, 2 une teneur de 0,5%, 3 une teneur de 1%. Dans les armes, la cartouche en dotation est de type A2B2P3. En prsence de toxiques chimiques industriels, une cartouche large spectre, mais plus paisse, plus lourde et plus encombrante, de type A2B2E2K2P3 doit tre alors utilise. A titre d'exemple, ce type de cartouche est efficace contre l'ammoniac la concentration de 3,5g/m3. Le port du masque freine lgrement la ventilation pulmonaire et diminue l'activit oprationnelle d'environ un tiers. Une assistance la respiration peut tre apporte en installant une turbine. Mais, suivant les systmes de ventilation utiliss, le volume d'air filtr peut dpasser 100 litres par minute ce qui raccourcit considrablement la dure d'utilisation des cartouches. La cartouche militaire assure une protection pour un C.t (concentration atmosphrique du toxique en mg/m3 multiplie par le temps d'exposition exprim en minutes), gal ou suprieur 100 000 mg.min/m3. Le stockage en emballage scell, dans un endroit sec et temprature ambiante, assure une dure de vie de 10 ans pour les cartouches militaires et de 5 ans pour les cartouches large spectre. Aprs contact avec l'air libre, sans toxique chimique, la validit est ramene 6 mois par mesure de prcaution. En atmosphre contamine, on admet que l'efficacit du filtre est rduite lorsque l'utilisateur peroit une odeur ou un got anormal, mais cela peut tre li l'existence de micro-fuites au niveau du masque. Quel que soit le type de cartouche utilis, celle-ci ne sera efficace que si la teneur en oxygne de l'air contamin est suprieure 17% en volume, la teneur normale en oxygne de l'air ambiant tant de 21%. 2.1.2. Les appareils respiratoires isolants Lorsque la teneur en oxygne de l'atmosphre contamine est infrieure 17%, ou lorsque la prsence de monoxyde de carbone est suspecte, il faut imprativement utiliser un appareil respiratoire isolant. Ce sont des systmes circuit ferm, pouvant rgnrer l'oxygne partir de l'air expir avec une autonomie de 90 minutes 4 heures, ou des systmes circuit ouvert, aliments par une ou deux bouteilles d'air comprim, dont l'autonomie varie de 30 minutes une heure selon le type de bouteille et l'intensit de l'activit physique. 2.1.3. La tenue de protection cutane Afin d'viter tout contact avec l'agent chimique l'tat solide, liquide ou vapeur, elle se compose d'un vtement en une ou plusieurs pices, d'une paire de gants en caoutchouc butyle et d'une paire de bottes ou de surbottes de niveau de protection au moins gal celui du vtement. Il existe sur le march plusieurs types de tenues de protection contre les agents chimiques, adaptes au type de risque et la nature des missions (figure 57).

La tenue de combat NBC port permanent Centre Europe et Outre-Mer (TOM), choisie par l'arme de terre, est une tenue filtrante dont le complexe barrire est constitu :

d'une couche extrieure hydrofuge et olofuge protgeant contre la pluie et les produits huileux, et comprenant un filtre antiparticules pour arrter arosols et gouttelettes de toxiques, d'une couche intrieure constitue d'une mousse imprgne de charbon actif, qui adsorbe les vapeurs toxiques en filtrant l'air extrieur et permet les changes entre l'air filtr venant de l'extrieur et la transpiration mise par l'utilisateur.

Elle peut tre stocke 10 ans dans son emballage sous vide d'origine. Elle peut tre porte 24 heures maximum en zone contamine et un mois hors zone contamine. La tenue de protection port permanent (T3P) ,choisie par l'arme de l'air,est une tenue filtrante constitue d'une seule pice. La combinaison de vol est confectionne avec trois composants textiles formant :

une couche extrieure, en kermel viscose ignifug, hydrofug et olofug, une couche intermdiaire, compose d'un complexe filtrant de 1 mm d'paisseur avec une mousse en polyurthane imprgne de charbon actif, une couche intrieure en jersey coton de confort.

Elle possde un col en tulipe avec un jonc plastique monofilant pour bien adapter la protection au dessus du cou. Les sapeurs-pompiers ont choisi une tenue de protection port permanent d'une seule pice avec deux ranges de fermetures clair afin de pouvoir l'enlever plus facilement au moment de la relve ou en fin d'intervention. La tenue lgre de dcontamination modle 93 (TLD 93) est destine aux personnels affects la dcontamination. En matire plastique, elle est totalement rsistante aux toxiques de guerre ( des doses de 100 g/m2 d'yprite ou de VX pendant plus de 24 heures) et de nombreux toxiques chimiques industriels. A la diffrence des autres tenues, les changes d'air entre la surface corporelle et l'extrieur ne sont pas possibles. Le port en devient vite inconfortable et le risque d'hyperthermie ncessite de prvoir une relve des personnels. On peut aussi utiliser des tenues filtrantes pour la dcontamination, en les protgeant de tabliers et de manchons en matire plastique.

2.2. La protection collective


La protection collective concerne la fois les groupes de personnes et les vivres. 2.2.1. La protection des groupes Elle est assure par des systmes de filtration-ventilation ou par la mise des locaux en surpression par rapport l'air extrieur. En milieu militaire, ces systmes quipent les chars, les vhicules de l'avant blinds et les lments techniques modulaires abritant notamment les blocs chirurgicaux, l'unit de ranimation, l'imagerie mdicale, la pharmacie et le laboratoire. La protection des populations civiles impose leur confinement dans des locaux pouvant tre compltement ferms aprs avoir calfeutr les ouvertures et les bouches d'aration et arrt le chauffage ou la climatisation.
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2.2.2. La protection des vivres Elle repose sur l'utilisation d'emballages impermables aux agressifs chimiques l'tat liquide ou vapeur. C'est le cas du verre et du mtal. En revanche, le carton, le bois et les matires plastiques n'assurent qu'une protection de courte dure.

3. La dcontamination
C'est une tape obligatoire lorsque l'agressif chimique est un toxique persistant. C'est le cas des vsicants, du soman paissi ou des agents V, qui de surcrot sont des agents ltaux. Aprs une attaque chimique, il ne faut jamais perdre de vue le risque de transfert de contamination partir des victimes et du matriel contamin. Lorsque le toxique n'est pas identifi ou en cas de suspicion, la dcontamination doit tre obligatoire. Elle se fait hors de la zone contamine, en tenant compte du vent. Elle met profit le caractre instable de certains toxiques lorsqu'ils sont traits par des oxydants. C'est le cas de l'yprite qui est dtruite par l'hypochlorite (de sodium ou de calcium), ou des neurotoxiques organophosphors de type G lorsqu'ils sont soumis une hydrolyse alcaline. Elle peut aussi consister en une adsorption du toxique sur une matire inerte suivie d'un dplacement par entranement mcanique. Quel que soit le procd retenu, la dcontamination doit tre trs prcoce afin d'viter la pntration du toxique dans l'organisme des personnes exposes. Certains agressifs chimiques comme l'yprite pntrent la peau en moins de 5 minutes et deviennent inaccessibles pour l'agent neutralisant.

3.1. La dcontamination des personnes


Elle est trs diffrente suivant le contexte :

sur un thtre d'oprations militaires, les combattants ont tous des quipements de protection ou, dfaut, des tenues identiques, lors d'un accident ou d'un attentat chimique en population, les civiles victimes n'ont aucune protection et portent des tenues vestimentaires trs diverses, ce qui complique l'tape de dshabillage ou de dcoupe des vtements.

Quelle que soit la situation, il faut distinguer les personnes valides et les non valides, ce second groupe devant faire l'objet d'un triage en fonction des signes cliniques, afin de dfinir des priorits de passage car la dcontamination est une tape longue et consommatrice de main-d'uvre. 3.1.1 Dcontamination chimique d'urgence sur le thtre d'oprations Mise en uvre ds que l'attaque chimique est termine, c'est une dcontamination sche qui s'applique sur la peau, l'armement et les quipements lgers des individus valides. Chaque combattant dispose pour cela de deux gants de dcontamination chimique d'urgence (gants poudreurs) pour appliquer l'aide d'une face la poudre adsorbante qui est de la terre de Foulon (figure 58). C'est une argile de trs faible granulomtrie, au pouvoir adsorbant trs lev, qui adsorbe les gouttelettes ou les particules de toxique prsentes. L'autre face du gant sert liminer les agglomrats de poudre ayant fix le toxique. La dcontamination s'effectue individuellement et par binmes avant de rejoindre la chane de dcontamination NBC de l'unit. C'est une filire au long de laquelle les combattants sont progressivement dlests de leur arme, de leur quipement et de leurs effets avant de passer la douche de dcontamination. Un contrle de la dcontamination est effectu aprs la douche l'aide de l'AP2C. Les combattants peroivent de nouvelles tenues et peuvent poursuivre la mission.

Les combattants blesss et invalides sont pris en charge par la cellule NBC sant installe au niveau de la section de triage par le Rgiment mdical. Elle comprend une tente accueil, une tente dcontamination et une tente soins. Le cheminement des blesss s'effectue de la tente accueil vers la tente soins selon le principe de la marche en avant. Au niveau de la tente accueil, s'effectue le triage chimique des blesss afin de rguler l'ordre de passage dans la tente dcontamination. En effet, le temps de dcontamination d'une victime tant de 12 15 minutes, il est possible de dcontaminer au maximum 4 blesss par heure. Si l'afflux est infrieur 4 blesss, ce sont les plus grivement atteints qui sont dcontamins les premiers. En revanche, si l'afflux est suprieur 4 blesss contamins, on parle alors de pertes massives, un triage devient obligatoire. Les blesss susceptibles de bnficier d'un traitement salvateur sont alors dcontamins en priorit (figure 59). Le module de dcontamination fonctionne selon le principe de la barrire. La tente modle 60 est spare en son milieu par une demi-cloison infranchissable par le personnel servant, mais permettant seulement le transfert du bless dshabill de la zone danger liquide (ZDL), situe en amont de la cloison, vers la zone danger vapeur (ZDV), situe en aval. Ce systme interdit le transfert de contamination de la ZDL vers la ZDV. L'quipe de dcontamination se compose de six servants. En ZDL se trouvent le coupeur, l'aide coupeur sale, un aide coupeur propre (au sens de non contamin). En ZDV, 3 aides propres transmettent l'aide propre situ en ZDL un masque propre, puis les feuilles de vinyle placer l'une sous la tte et l'autre sous les jambes. Lorsque la victime est compltement dshabille et quipe d'un masque propre avec une cartouche neuve, les trois aides propres la rcuprent du brancard pivotant plac paralllement la cloison, pour la transporter sur le brancard situ en ZDV. Une dcontamination locale de la peau saine et des plaies l'aide de solutions de dcontamination adaptes peut tre entreprise (fiche pratique Prparation des solutions d'eau de Javel).(fiche pratique Prparation des solutions d'eau de Javel). Le contrle de l'absence de contamination rsiduelle est ralis l'aide de l'AP2C Vido 4 Le dshabillage debout d'une victime d'un accident chimique. Cette tape de dcontamination est obligatoire avant l'hospitalisation ou l'entre au bloc opratoire. Le bless dcontamin est ensuite transport dans la tente soins o, selon son tat, il reoit une assistance respiratoire, des antidotes, ventuellement des antalgiques. Puis, il est mis en condition pour tre vacu vers une formation sanitaire de l'arrire. 3.1.2 Dcontamination chimique d'urgence des victimes civiles aprs un accident ou un attentat Les victimes civiles sont dshabilles et dcontamines en zone protge, prs du site de l'accident ou de l'attentat, o les sapeurs-pompiers installent leurs modules de dcontamination. Comme pour les militaires, il faut distinguer les victimes ambulatoires de celles qui devront tre dcontamines en position couche Vido 8 Le deshabillage couch d'une victime d'un accident chimique. La progression dans la chane de dcontamination s'effectue selon le principe de la marche en avant. Les effluents provenant des modules de dcontamination sont rcuprs dans des citernes souples. Au terme des oprations, leur analyse permettra de contrler s'ils contiennent ou non du toxique ou des produits de dgradation une concentration dangereuse pour l'environnement. Si la rponse est ngative, les effluents peuvent tre rejets dans les gouts. S'il persiste un risque, les effluents sont emports et dtruits par des entreprises spcialises. Des victimes valides peuvent se rendre par leurs propres moyens dans un hpital de proximit. Certains tablissements s'quipent actuellement de modules de dcontamination installs l'entre de l'hpital afin d'viter un transfert de contamination dans les services.

3.2. La dcontamination des matriels


Les petits matriels sont traits par immersion dans les solutions de dcontamination contenues dans des bacs disposs le long de la chane de dcontamination. Les vhicules et le gros matriel sont traits en deux tapes :

les parties en contact avec l'utilisateur (poigne de portire, marchepied, volant) sont dcontamines par pulvrisation de solution alcaline (solution sodique de trithylne diamine), ils sont ensuite orients vers une chane de dcontamination, o ils sont lavs l'eau chaude sous pression l'aide d'un systme type Krcher. En sortie de chane, un contrle est ralis l'aide de l'AP2C.

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