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Introduction Au Droit Patrimonial de La Famille

Ce document traite du droit patrimonial de la famille en Côte d'Ivoire. Il présente l'historique du droit de la famille ivoirien et les différents régimes matrimoniaux prévus par la loi, notamment le régime communautaire réduit aux acquêts et le régime de séparation des biens.

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Introduction Au Droit Patrimonial de La Famille

Ce document traite du droit patrimonial de la famille en Côte d'Ivoire. Il présente l'historique du droit de la famille ivoirien et les différents régimes matrimoniaux prévus par la loi, notamment le régime communautaire réduit aux acquêts et le régime de séparation des biens.

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INTRODUCTION AU DROIT
PATRIMONIAL DE LA FAMILLE
INTRODUCTION GENERALE
2

Il s’agit d’étudier les relations qui existent entre les membres d’une famille au plan des rapports
patrimoniaux car la famille est dotée d’une vie patrimoniale. En effet, la communauté de vie,
plus ou moins étroite, entraine une certaine communauté de biens dont l’ensemble nous permet
de dire que la famille a un patrimoine. Même si en l’état actuel du droit positif ivoirien il n’est
pas possible de considérer la famille comme une personne morale, l’on ne peut cependant pas
nier l’existence de cette famille ainsi que le fait que certains biens lui soient affectés. On ne
peut donc pas nier l’existence d’un patrimoine dans la famille, qui se manifeste à différents
égards : d’abord, par l’organisation du régime matrimonial le mariage institue une communauté
de vie. On ne conçoit pas une famille dans laquelle aucune confusion des biens ne se produira.
Le régime matrimonial a donc pour but de régler le statut des biens des époux ; en second lieu,
par l’organisation de la transmission des biens au sein de la famille : ce sont les successions et
les libéralités.
Les biens appartiennent aux membres de la famille. La loi souhaite que certains de ces biens
ne sortent pas du cadre familial. Ces biens sont transmis à d’autres membres de la famille soit
à la mort du propriétaire : ce sont des legs, soit de son vivant : ce sont des donations. Ainsi, les
transmissions à titre gratuit (libéralités, successions) servent le plus souvent à assurer le
maintien dans la famille des biens de celle-ci. Ce qui explique que même si les libéralités
peuvent être faites à des étrangers à la famille, elles sont considérées comme suspectes et
soumises à des règles protectrices de la famille.
Sur le plan de l’évolution du droit patrimonial de la famille, à l’origine on a eu une conception
élargie de la famille où seul le chef de la famille à la gestion des biens. Le droit moderne a
rompu avec ces traditions consistant en ce que les biens étaient la propriété de patrilignage ou
matrilignage, selon la descendance de la ligne paternelle ou maternelle. Le législateur a en 1964
substitué au droit traditionnel un droit unique pour l’ensemble des ivoiriens. Ainsi le législateur
a remplacé le lignage par la famille nucléaire composée du père, de la mère et des enfants. En
1964, le législateur a imposé à tous les ivoiriens le régime communautaire réduit aux acquêts,
et a placé à la tête de cette communauté le mari qui avait la maîtrise des biens. Or, cette
prééminence reconnue au mari est apparue contraire à l’évolution des mœurs. Ainsi, la loi du
02 aout 1983 associe davantage la femme à la gestion des biens communs, faisant du mari un
simple administrateur de l’intérêt de la famille. Cette association de la femme à la gestion des
biens de la famille a été encore renforcée par la loi du 25 janvier 2013 sur le mariage. De même
que, la dernière modification apportée par la loi de juin 2019 permet d’affirmer qu’un pas
énorme vers l’égalité de genre dans le couple marié, a été fait.
Quant à la transmission des biens, le législateur de 1964 a modifié les règles du droit
traditionnel.
Dans une première partie nous verrons les régimes matrimoniaux et dans une seconde partie,
les successions et les libéralités.
TITRE PRELIMINAIRE : LE CADRE JURIDIQUE DE LA VIE
3
PATRIMONIALE DE LA FAMILLE :
LES REGIMES MATRIMONIAUX

CHAPITRE I : L’INTERÊT DES REGIMES MATRIMONIAUX

Le régime matrimonial peut être défini comme l’ensemble des règles relatives aux
rapports pécuniaires des époux entre eux et avec les tiers. Cette définition nous donne les
éléments justificatifs de l’existence du régime matrimonial. Sur le plan des rapports pécuniaires
entre époux, il s’agit de régler ces rapports. Et cette nécessité apparait au moment, pendant et
après la dissolution du mariage. Au moment du mariage, il faut définir le sort des biens que
chacun des époux apporte à la famille. Pendant la communauté de vie, il y a une communauté
d’intérêts pécuniaires qui demande à être organisée : décider par exemple, qui pourra agir au
nom du couple. Enfin, régler le sort des biens acquis pendant le mariage. A la dissolution, il
faut régler le sort des biens des époux en procédant à leur répartition soit entre les époux en cas
de divorce, soit entre le conjoint survivant et les héritiers en cas de décès de l’un des conjoints.
Concernant les rapports des époux avec les tiers, il s’agit d’organiser ses rapports car, les époux
ne vivent pas isolés. L’organisation de ces rapports est nécessaire pour savoir quelle masse de
biens les époux engagent lorsqu’ils contractent avec les tiers. Il faut aussi déterminer si les
créanciers peuvent exercer leur droit de poursuite sur l’ensemble des biens du ménage ou sur
une catégorie particulière de ces biens.

Mais avant d’entrer dans le fond du sujet, il faut relever que lorsque la cote d’ivoire a accedée
a l’independance, il a fallu qu’elle s’organise en tant qu’Etat. Et elle ne pouvait le faire qu’en
se donnant une constitution et des institutions surtout en adaptant le droit des personnes et de
la famille. Lequel droit, herité de la puissance coloniale était une juxtaposition du droit civil
francais et du droit coutumier. C’est conformément a cette objetif que le legislateur ivoirien
adoptait le 7 octobre 1964 un ensemble de texte devant régir la famille. Ces dispositions, il faut
le noter, s’appuient sur les approches qui prévalaient dans les années 1950 et 1960 et qui, a vrai
dire sont toujours assez, et qui considéraient les femmes surtout dans leur rôle domestique et
reproductif.
En effet la situation de la femme a la lecture de ces textes demeurait précaire. Cela sous le poids
de la tradition, de la religion et des préjugés, qui ont longtemps contribués à maintenir la femme
sous la domination de l’homme.
Il a fallu attendre la loi de 1983 pour voir la dictature du mari connaitre une attenuation. Il est
clair que bien que la loi de 198 permette a la femme de voir ses pouvoirs prendre un essor dans
le cadre de la gestion de le vie familiale, elle ne met toujours l’homme et la femme sur un pieds
d’égalité. L’homme restant toujours le chef de famille, la femme n’avait d’autres choix que de
garder son rôle subalterne dans le mariage.

La cote d’ivoire ne connaitra une avancée notable en matière d’égalité homme et femme qu’en
2012, en adoptant une nouvelle loi sur le mariage, qui entrera en vigueur le 08 mars 2013. Par
ailleurs, relevons que l’esprit et la lettre de cette reforme sont conformes aux normes
internationales en matière d’égalité dans le mariage. in fine, cette conformité s’est davantage
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accrue avec la dernière reforme de 2019 de la loi sur le mariage.

CHAPITRE II : LE CHOIX DES REGLES DEVANT REGIR LES REGIMES


MATRIMONIAUX

On peut concevoir une pluralité de régimes matrimoniaux. Mais le législateur ivoirien n’a opté
que pour une dualité de régime au travers les lois de 1964 et de 1983. Cependant, la loi de 2019
a instauré une liberté conventionnelle quant aux effets pécuniaires du mariage.

SECTION 1 : LA VARIETE DES REGIMES MATRIMONIAUX

Si l’on se réfère aux régimes matrimoniaux appliqués, on constate qu’ils peuvent être organisés
en trois groupes selon qu’ils admettent, rejettent ou déterminent librement la répartition de la
masse de biens en vue de la vie commune. Si cette mise en commun de la masse des biens est
réalisée, c’est le régime communautaire.
Par contre si chaque conjoint conserve l’intégralité de ses biens, en se contentant de contribuer
aux charges du ménage, c’est le régime séparatiste.
Enfin, si les futurs époux régissent le sort des biens du ménage par le biais d’une convention, il
s’agit de la liberté des conventions matrimoniales.

PARAGRAPHE 1 : LES REGIMES COMMUNAUTAIRES

A-LA COMMUNAUTE ETENDUE : LA COMMUNAUTE UNIVERSELLE

C’est le régime dans lequel tous les biens des époux deviennent communs. Mais cette
communauté universelle peut être plus ou moins étendue.

B-LA COMMUNAUTE DES MEUBLES ET ACQUETS


C’est le régime
admis en France dans le code civil de 1804. Elle suppose la répartition des biens :
-il y a les biens communs : biens acquis pendant le
mariage -les biens propres du mari
-les biens propres de la femme
C- LA COMMUNAUTE REDUITE AUX ACQUÊTS
Cette communauté repose sur une division tripartite des biens. C’est le régime légal en
France depuis 1965. En Côte d’ivoire c’est le régime légal depuis 1964. Dans ce régime on
trouve les biens communs, les biens propres du mari et les biens propres de la femme. La masse
est réduite aux acquêts, c'est-à-dire les biens acquis à titre onéreux par les époux pendant le
mariage.
PARAGRAPHE 2 : LES REGIMES SEPARATISTES

Ici, il n’y a plus de masse commune. Il y a les biens propres du mari et les biens
propres de la femme. Il existe trois types de régimes séparatistes :
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- Le régime sans communauté exclusive : ici, les biens des époux restent propre
mais, l’administration et la gestion appartiennent au mari.
- Le régime de la séparation des biens : c’est le type même des régimes séparatistes. Ici,
il n’y a pas de biens communs. C’est le deuxième régime ivoirien depuis 1983.
-Le régime dotal : c’est lui aussi un régime séparatiste car, il ne comporte pas de biens
communs. Mais parmi les biens propres de la femme, on fait une différenciation entre deux
groupes de biens : les biens dotaux qui sont en principe inaliénable et administré par le mari ;
et les biens paraphernaux qui sont soumis régime de la séparation des biens.

PARAGRAPHE 3 : LES REGIMES MIXTES

Dans les régimes ou les époux peuvent conclure librement un contrat de mariage. Ils peuvent
adopter un régime conçu par eux. L’un des régimes le plus rependu est celui de la participation
aux acquêts. Ce type de régime a été introduit en France par la loi du 23 Juillet 1965 et fait
partir des régimes conventionnels.

SECTION 2 : LES SOLUTIONS ADMISES PAR LES DROITS AFRICAINS

PARAGRAPHE 1 : LES ETATS D’AFRIQUE FRANCOPHONE


L’on
constate que les régimes matrimoniaux dans ces Etats font rarement l’objet d’une législation
particulière. On peut faire une classification fondée sur le rôle laissé à la volonté des parties.
Certains Etats considèrent que les rapports entre époux relèvent de la volonté des parties.
D’autres, soutiennent au contraire que cela doit résulter exclusivement de la loi.

PARAGRAPHE 2 : LE DROIT IVOIRIEN DES REGIMES MATRIMONIAUX

Le droit ivoirien des régimes matrimoniaux présente des caractéristiques propres. En effet,
jusqu’à la réforme du 02 Aout 1983, le droit ivoirien ne laissait aucune place à la volonté des
parties. C’est à partir du 02 Aout 1983 qu’une option a été laissée aux époux pour la séparation
de bien. Dernièrement, le 26 juin 2019, une possibilité d’aménager conventionnellement leurs
biens leur a été offerte.
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TITRE 1 : LES REGLES COMMUNES AUX REGIMES


Depuis
l’instauration du droit d’option en 1983, deux problèmes se posent. Celui du choix du régime
et celui du choix du statut du régime matrimonial de base.
CHAPITRE 1 : LE
CHOIX DU REGIME MATRIMONIAL
Selon l’article 69 (modifié par
l’article 59 de la loi du 26 juin 2019) de la loi sur le mariage, le mariage a pour effet de créer
entre les époux une communauté de biens, à moins que ceux-ci ne déclarent expressément opter
pour le régime de la séparation de biens.

Jusqu’à la loi de 2019, il résultait de ce texte que la liberté des époux quant aux régimes
matrimoniaux susceptibles d’être choisis était limitée. En effet, l’option ne pouvait porter que
sur, soit le régime de la communauté de bien érigé, on le verra, en régime de droit commun,
soit sur le régime de la séparation des biens. Le législateur ivoirien ne laissait pas aux conjoints
la possibilité de choisir un autre régime ou encore d’organiser leur rapport pécuniaire comme
ils l’entendaient par contrat de mariage.

SECTION 1 :LA POSSIBILITE DE CHOISIR SON REGIME


Le
législateur de 1983 en introduisant une option, permet aux époux d’opter pour le régime de leur
choix. Ainsi, contrairement à la loi de 1964 qui n’offrait qu’un régime unique, celui de la
communauté de biens, les époux pouvaient opter pour le régime de la séparation de corps.

PARAGRAPHE 1 : L’EXERCICE DE LA FACULTE D’OPTION

Pour qu’il y ait option il faut plusieurs régimes, d’où la nécessité de connaitre les termes de
l’option, les modalités et les domaines d’application.

A-LES TERMES DE L’OPTION

Le législateur ivoirien instaure deux régimes dont il règle le fonctionnent : Il s’agit de la


communauté de bien réduite aux acquêts et la séparation de bien. Il instaure également une
liberté conventionnelle

L’article 59 en précisant que l’option ne doit porter que sur le régime séparatiste, fait ainsi du
régime de la communauté de bien le régime de droit commun. En érigeant la communauté
comme régime de droit commun, le législateur de 1983 continue de soutenir comme en 1964
que la communauté de vie qui résulte du mariage conduit nécessairement à une certaine
communauté d’intérêt pécuniaire, et cela est d’autant plus vrai que le législateur n’admet qu’une
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seule forme de mariage : les mariages monogamiques.

Dire que la communauté de biens est le régime de droit commun, signifie que si au moment du
mariage les époux n’optent pas pour la séparation de biens, ils seront entre sensés marié sous le
régime de la communauté de biens.

Modifié le 26 juin 2019, les articles 58, 59 et 60 nouveaux ont ajouté un troisième régime
matrimonial. En fait, ces articles donnent la possibilité aux époux de formuler une multitude de
combinaison de régime matrimonial. Cela signifie en d’autres termes qu’en droit ivoirien, les
époux peuvent désormais organiser leur rapport pécuniaire comme ils l’entendaient par contrat
de mariage.

B-LES MODALITES DE L’OPTION

De la lecture combinée des articles 17, 58 et 59 il ressort que l’option doit être exercée
par les futurs époux. Quant au moment de l’option, il doit avoir lieu au moment de la
célébration du mariage.

Pour emmener les futurs époux à faire l’option verbale le jour du mariage, le législateur fait
obligation à l’officier d’état civil d’informer ces derniers ou les personnes habilités à consentir
au mariage de l’existence de l’option et des termes de celle-ci. Mais aussi, la date de son
exercice. L’article 23 nouveau va plus loin en exigeant de l’officier d’état civil d’indiquer aux
personnes qui doivent opter, les conséquences d’un défaut d’option a la date requise.
Autrement dit, avant le jour de la célébration du mariage, les futurs époux doivent être informés
sur les deux régimes et doivent être avertis que faute d’option ils doivent être unis sur le régime
de la communauté.

PARAGRAPHE 2 : LE RESULTAT DE LA PRATIQUE

Malgré un retard important dans la mise en application de la loi de 1983, force est de constater
que de plus en plus de couples optent pour le régime de la séparation de biens.

SECTION 2 : LA POSSIBILITE DE CHANGER DE REGIME

Cette possibilité résulte de la loi sur le mariage : le mariage célébré, il ne peut être apporté de
changement au régime matrimonial adopté par les époux que dans le seul intérêt de la famille
et par jugement rendu à la requête conjointe des époux. Les époux peuvent donc changer
de régime mais à certaines conditions. Elles sont relatives au changement et aux effets du
changement.

PARAGRAPHE 1 : LES CONDITIONS DU CHANGEMENT


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Elles sont relatives au moment, à la nature et à la procédure à suivre.

A-LE DELAI POUR CHANGER DE REGIME

La demande ne peut être introduite qu’après deux ans d’application du régime adopté ; qu’il
soit légal ou conventionnel. Rien n’interdit les époux de changer plusieurs fois de régime
matrimonial au cours de leur vie conjugale, sous réserve d’un délai minimum de deux ans entre
chaque changement.

B-LA NATURE DU CHANGEMENT

Au regard de la loi, seul un changement total de régime est possible, à moins que les époux
n’aient opté pour un régime libéral ou conventionnel. En clair, s’agissant de ce dernier régime,
les époux auront la possibilité de faire des aménagements plutôt qu’un changement complet.
Ils pourront par exemple modifier le statut d’un bien déterminé, ou les clauses de partage de
bien dans la communauté.

C-LA PROCEDURE DU CHANGEMENT

Les époux désirant changer de régime doivent faire une requête conjointe ou par l’un des époux.
La requête doit être introduite selon les formes de droit commun devant le tribunal ou la section
de tribunal du lieu de domicile ou de résidence des époux. Cette exigence est justifiée et
conforme à l’article 62 de la loi sur le mariage qui énonce que : « la requête en changement de
régime matrimonial peut être présentée par les deux époux ou par l’un des époux ». C’est en
effet, de la volonté commune des époux qu’est issu le régime matrimonial. C’est donc cette
même volonté qui doit être à l’origine du changement qui en sera fait. Par ailleurs, le même
article prescrit la possibilité, a défaut du consentement des deux époux, a l’un des époux de
requérir un changement de régime matrimonial.

Aux dires de l’article 6, l’affaire est instruite et jugée en chambre de conseil. Ce qui veut dire
que les débat ne sont pas publics. De plus, l’affaire n’est pas contentieuse, mais gracieuse.
Cependant il n’est pas exclu qu’elle le devienne s’il existe une opposition entre les époux quant
à la nécessité ou non de changer de régime matrimonial.
L’article 61 subordonne le changement du régime matrimonial à l’intérêt de la famille. A ce
niveau, une difficulté subsiste quant à la détermination de l’intérêt de la famille.
Est-ce l’intérêt du groupe formé par les époux et les enfants ? Ou doit-on tenir compte des seuls
intérêts des parents ? La lésion de l’un des époux lors du changement de régime matrimonial,
contreviendrait-elle à l’intérêt de la famille ?

Autant de questions qui ne pourront trouver de réponse que dans l’appreciation souveraine du
juge. Mais l’on peut déjà considérer que lorsque le changement permet d’éviter les méfaits d’un
régime, il constitue un intérêt pour la famille. Aussi, l’interet de la famille doit etre une
appreciation d’ensemble en comparant les interets en presence et faire prevaloir celui qui parait
9
le plus important meme si les autres subissent une lesion.

S’il est légitime que le changement se fasse dans l’intérêt de la famille, il faut tenir compte aussi
de l’intérêt des tiers ; car, les époux peuvent substituer la séparation des biens à la communauté
dans le seul but d’organiser leur insolvabilité ou soustraire des biens aux gages de leurs
créanciers.

C’est pourquoi, on peut regretter que le législateur n’ai pas permis au créancier d’intervenir à
l’instance ou de faire tierce opposition au jugement. Il s’est contenté de prévoir la publication
de la décision, laquelle est rendue en chambre du conseil. Selon l’article 112, le dispositif de la
décision est mentionné dans un journal d’annonces légales et en marge de l’acte de mariage ;
et si l’un des époux est commerçant, le changement doit être publié au RCCM.

PARAGRAPHE 2 : LES EFFETS DU CHANGEMENT

L’effet principal se situe au niveau du fait que le regime initial cesse de s’appliquer. Il sera
remplacé par le nouveaux regime choisit par les epoux ou l’epoux.
Ces effets diffèrent selon qu’il s’agit des rapports entre les époux ou des rapports des époux
avec les tiers.

A-DANS LES RAPPORTS ENTRE LES EPOUX

Le changement de régime prend effet à la date du jugement. Si les époux ont substitué la
communauté à la séparation des bien, les biens qu’ils vont acquérir à titre onéreux à partir du
changement seront communs. Mais s’ils sont passés de la communauté à la séparation des biens,
les époux doivent liquider les biens qu’ils avaient en commun.

B-DANS LES RAPPORTS DES EPOUX AVEC LES TIERS

Le changement de régime ne sera opposable aux tiers qu’après que mention aura été faite en
marge de l’acte de mariage. Dans tous les cas, si les formalités exigées par l’article 65 ne sont
pas exécutées, le changement de régime ne peut être opposable aux créanciers des époux.

CHAPITRE 2 : LE STATUT MATRIMONIAL DE BASE

Les innovations apportées par la loi de 1983 visent l’ouverture de compte en banque par les
époux et l’exercice par la femme d’une profession séparée de celle de son mari. Ces innovations
peuvent être rattachées pour certaines au fonctionnement normal du régime et pour d’autres aux
situations de crise. L’un des apports de la réforme de 1983 est l’émergence en droit ivoirien
10
d’un statut impératif de base encore appelé régime primaire.

SECTION 1 : LES REGLES APPLICABLES A TOUS LES EPOUX EN


PERIODE NORMALE

Ce sont donc des règles relatives à la contribution des époux aux charges du mariage à
l’étendu du recours des créanciers pour les dettes contractées pour l’intérêt du ménage. Ce sont
des règles d’application quotidienne qui ont pour objet la satisfaction des effets essentiels du
mariage et le minimum d’indépendance que celui-ci offre à chaque époux.
Certaines de ces règles concourent à l’interdépendance des époux, tandis que d’autres visent
l’indépendance des époux.

SOUS-SECTION 1 : LES REGLES CONCOURANT A L’INTERDEPENDANCE DES


EPOUX

La communauté de vie conduit à une communauté d’habitation mais aussi à une solidarité face
aux charges du mariage.

PARAGRAPHE 1 : LE CHOIX DE LA RESIDENCE FAMILIALE

Depuis la loi du 25 janvier 2013, en son article 60 (art 56 nouveau), le domicile de la famille
est choisi d’un commun accord par les époux. En cas de désaccord, le domicile de la famille est
fixé par le juge en tenant compte de l’intérêt de la famille.

En effet, la residence familiale constitue un element essentiel pour la cohesion du menage et


dans l’execution par les epoux de leurs obligations a la communauté de vie. Des lors, le choix
du logement familial doit etre fait de sorte que chacun des membres de la famille puisse se
sentir bien dans le cadre familial. D’où la reforme opérée par le législateur dans la loi de 2013
contrairement à la loi de 1964 qui reconnaissait seul au mari le choix du domicile familial.

PARAGRAPHE 2 : LES REGLE RELATIVE AUX CHARGES DU MARIAGE

Toute communauté de vie entraine forcement une communauté de dépense ; et par de charges
du ménage on entend les dépenses nécessaires à l’entretien du ménage et à l’éducation des
enfants. C’est l’article 59 de la loi du 25 janvier 2013 (art 71 alinéa 1 nouveau) qui fait
obligation aux époux d’assurer ces charges. Les époux contribuent aux charges du ménage à
proportion de leur faculté respective. Si l’un des époux ne remplit pas ses obligations,
l’autre époux peut obtenir par ordonnance du président du tribunal du lieu de résidence
l’autorisation de saisir-arrêter et de percevoir dans la proportion des besoins du ménage une
part du salaire, du produit du travail ou des revenus de son conjoint.
Ces textes permettent de résoudre deux problèmes : le problème de l’obligation à la dette c'est-
11
à-dire, dans les rapports avec les tiers, le point de savoir auquel des deux époux, le créancier
doit s’adresser pour obtenir le paiement de la dette. Et le problème de la contribution à la dette
c'est-à-dire, le point de savoir des deux époux qui supporte définitivement le poids de la dette.

A-L’OBLIGATION AUX CHARGES DU MENAGE

Elle se compose en deux :


- qui peut contracter au nom du ménage ?
- sur quel bien les créanciers peuvent- ils se faire payer les dettes contractées par chacun des
époux peuvent être poursuivies sur les biens communs et sur les biens propres tant de l’un et de
l’autre s’ils et portent sur les charges du ménage ?

En guise de reponse, les dettes peuvent etre poursuivies sur les biens communs et sur les biens
propres de l’époux qui les a contractées si elles ne portent pas sur les besoins des charges du
ménage. L’article 76 nouveau de la loi de 2019 a operé une innovation quant a la distinction
des dettes contractées par le mari ou par la femme. La nouvelle disposition est celle-ci : « sur
les biens propres de l’époux qui les a contractées si elles ne portent pas sur les besoins et charges
du ménage, et, en cas d’insuffisance, sur les biens communs ».

Contrairement a l’ancien article 84 de la loi sur le mariage qui prevoyait une poursuite sur ses
biens propres et reservés lorsque l’emprunt était realisé par la femme. Et une poursuite sur ses
biens propres et biens communs lorsque celles-ci etaient contractées par le mari. Doreavant,
qu’importe l’epoux qui contracte une dette qui ne porte pas sur les charges du menage, les biens
communs pourront etre poursuivies en plus des biens propre de l’epoux emprunteur.

B- LA CONTRIBUTION AUX CHARGES DU MENAGE

Le mariage cré la famille legitime entre les epoux, et l’obligation pour ceux-ci de l’entretenir.

Les charges du ménage comprennent les charges de l’entretien du ménage et l’éducation des
enfants . Selon l’article 59 de la loi de 2013 (art 71 alinéa 1 nouveau), les époux contribuent aux
charges du ménage à proportion de leurs facultés respectives. Si l’un des époux ne remplit pas
ses obligations l’autre époux peut obtenir par ordonnance du président du tribunal du lieu de
résidence l’autorisation de saisir-arrêter et de percevoir dans la proportion des biens du ménage
une part du salaire, du produit du travail ou des revenus de son conjoint.

On pourrait aisement deduire dudit article que les termes restrictifs de l’ancienne disposition
qui visait expressement le mari ont été modifié. Ainsi, l’on peut desormais admettre que la
femme peut etre poursuivie par son mari dans le besoin aux fins d’execution de son obligation
aux chages du menage.
L’obligation d’entretien du menage se decline en devoirs de secours entre les epoux. Ce devoir
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a été institué par l’article 51 de la loi de 1964 sur le mariage. il s’apprehende comme la
consequence de la communauté de vie devant exister entre les epoux.

Le devoir de secours consiste pour chaque conjoint a fournir a l’autre ce qui est necessaire a
son existence. Il a un caractere essentiellement pecuniaire et n’est du que si le conjoint est dans
le besoin. Mais le devoir de secours ne prend tout son sens qu’en cas de separation de corps
entre les epoux, car si ceux-ci vivent ensemble, le devoir de secours s’efface devant l’obligation
de contribuer aux charges du mariage.

Contribuer aux charges du menage, c’est aussi prendre des actes necessaire a cette obligation.
Alors qui de la femme ou du mari peuvent accomplir ces actes ?

Sous la loi de 1964, seul le mari, du fait de sa qualité de chef de famille, avait la faculté
d’engager les fonds communs a l’egard des tiers. La femme quant a elle n’avait qu’un pouvoir
de representation du mari, et ne pouvait utiliser que les fonds qu’il laissaient entre ses mains
pour l’accoplissement des actes relatifs a l’entretien du menage.
Toutefois, avec la loi de 2013 qui a supprimé la qualité de chef de famille et derniere loi de
2019, au travers son article 71 alinea premier, l’homme et la femme ont été mis sur un bien
d’egalité en ce qui concerne les actes a accomplir pour l’entretien du menage.

L’article 51 dispose que : « La famille est gérée conjointement par les époux dans l’intérêt du
ménage et des enfants. Ils assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille,
pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir. »
Quant a l’article 71 alinea 1er, il dispose que : « Chacun des époux a pouvoir pour passer seul
les contrats qui ont pour objet l’entretien du ménage et l’éducation des enfants. Toute dette ainsi
contractée par l’un oblige solidairement l’autre. »

SOUS-SECTION 2 : LES REGLES ASSURANT L’INDPENDANCE DES EPOUX

L’indépendance des époux est nécessaire aussi bien dans la vie professionnelle que personnell

PARAGRAPHE 1 :L’INDEPENDANCE DES EPOUX DANS LA VIE


PROFESSIONNELLE

Dans ce domaine, c’est le droit reconnu à la femme qui a connu une évolution. Tenant compte
de l’evolution des mœurs dans la société ivoirienne, le legislateur octroie a la femme marié le
droit d’exercer une profession separée de celle de son mari.

A-L’AUTONOMIE PROFESSIONNELLE DES EPOUX


L’article 67 de la loi de 198 disposait que : « la femme peut exercer une profession
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separé de celle de son mari, a moins qu’il soit judiciairement etabli que l’exercice de cette
profession est contraire a l’interet de la famille ».
L’article 57 de la loi de 201 a remplacé le terme « peut » par celui de « a le droit de
d’exercer la profession de son choix ».
Cette disposition n’est pas fondamentalement différente de celles des anciens articles 67 des
lois de 1964 et de 1983.

Le legislateur a reconnu dans ces deux textes, un droit professionnel a la femme mariée,
notamment celui d’avoir une activité professionnelle differente et separée de celle du mari.
Dans la loi de 1964, comme dans celle de 1983, la femme n’avait pas besoin de l’autorisation
du mari. Cependant, celui-ci avait la faculté d’empecher l’exercice de la profession separée de
sa femme.
Mais alors que dans la loi de 1964, c’est la femme qui devait se faire autoriser par justice a
passer outre l’opposition du mari en prouvant que son opposition n’était pas justifiée par
l’interet de la famille, dans la loi de 1983, l’article 57 nouveau disposait autrement. En effet, il
incombait desormais au mari qui entendait s’opposer a l’exercice par sa femme d’une
profession separée de saisir le tribunal et d’etablir que cela est contraire a l’interet de la famille.

Le législateur ivoirien avait voulu, par le renversement non seulement de l’initiative de l’action
en justice mais aussi de la charge de la preuve d’absence d’intérêt familial, décourager les
oppositions faciles des maris au travail professionnel séparé de leurs femmes.

Ce n’est qu’en 2013 que celui-ci a accordée une véritable liberté professionnelle a la femme a
la femme en mettant les deux epoux sur le meme pieds d’egalité. Desormais, « chacun des
epoux a le droit d’exercer la profession de son choix ».

In fine, chacun des époux a le droit d’exercer la profession de son choix, à moins qu’il ne soit
judiciairement établi que l’exercice de cette profession est contraire à l’intérêt de la famille.

B-LES GAINS ET SALAIRES

D’apres l’article 68 nouveau, chacun des epoux percoit ses gains et salaires et peut en disposer
apres s’etre acquitté des charges du menage.
Cette disposition acheve plus encore l’epanouissement professionnel de la femme mariée. Elle
a été prise en reaction contre le texte de l’article 74, alinea 2 de la loi de 1964 qui accordait la
faculté au mari d’exiger de l’employeur de sa femme le versement de son salaire entre ses
mains.

Désormais, le mari a perdu cette possibilité. Par ailleurs, il n’a plus l’administration des revenus
professionnels de sa femme. Ce qui constitue une exception au principe selon lequel le mari
administre les biens communs.
14
PARAGRAPHE 2 : L’INDEPENDANCE DES EPOUX DANS LA VIE PERSONNELLE

Depuis la loi de 1983, chacun des époux peut se faire ouvrir sans le consentement de l’autre
tout compte en son nom personnel. Et l’époux déposant est réputé à l’égard du dépositaire avoir
la libre disposition des fonds en dépôt.

Or, cette possibilité n’a pas toujours été laissée à la femme.


En effet, sous l’article 66 de la loi de 1964, la femme mariée, dans le prolongement du mandat
domestique, pouvait, sur sa seule signature, se faire ouvrir un compte courant, notamment
bancaire par representation du mari. Le compte apparaissait comme celui du mari vu que le
deposiatire, c’est-à-dire le banquier était tenu d’informer le mari de cette ouverture. En outre,
le compte bancaire ne pouvait avoir un solde debiteur qu’en vertu d’un mandat expres du mari.

La reforme de 1983 sur cette question est venu operer un revirement puisque l’article
66 reconnaissait a la femme marié le pouvoir de se faire ouvrir, sans le consentement de son
mari, tout compte de depot ou de titre en son nom personnel.

La loi de 2019 en son article 68 est venu renforcer davantage la possibilité pour les
epoux de se faire ouvrir des comptes titres. Concernant le fonctionnement du compte depot,
ledit article accorde identiquement a la femme mariée le meme pouvoir qu’au mari. Ainsi,
l’alinea 2 de ce texte dispose que l’epoux deposant est reputé a l’egard du depositaire avoir la
libre administration des fonds en depot. Cela signifie que la femme peut librement et seule
operer des depots, des retraits, tirer des cheques, donner des ordres de virement.

Enfin, le banquier ne saurait exiger a la femme aucune preuve, ni aucune autorisation


du mari. De ce fait, la femme mariée acquiert donc une autonomie reelle sur le plan financier,
pourvu qu’elle ait une activité professionnelle separée de celle de son mari.

SECTION 2 : LES REGLES APPLICABLES AUX EPOUX EN PERIODE DE CRISE

Le régime de base fonctionne sur un postulat idéal : celui d’un ménage uni dans lequel chacun
remplit son rôle.
Lorsque ce postulat n’existe plus soit par l’existence d’une procédure de divorce ou de
séparation de corps, soit quand des situations graves se présentent, il faut trouver des solutions.
La loi de 1964 relative au divorce a prévu deux dispositions :
- chacun des époux peut demander à ce qu’on appose des scellés sur les biens de la
communauté (article 7 de la loi sur le divorce et la séparation de corps).
- chacun des époux peut intenter une action en nullité des
actes accomplis sur les biens communs ou des actes créant des charges à la communauté, si ces
actes ont été accomplis en fraude des droits de l’autre.
Mais en l’absence de divorce ou de séparation de corps, lorsqu’il survient une difficulté, les
15
époux peuvent d’abord s’arranger à l’amiable.
Un époux peut aussi contacter l’autre de le représenter dans l’exercice du pouvoir que le régime
lui attribue. En l’absence de mandat, les actes faits par un époux en représentation de l’autre
ont effet à l’égard de celui-ci en raison de la gestion d’affaire.

Ici, ce sont des règles classiques que la gestion d’affaire qui s’appliquent mais, il fallait prévoir
un remède aux situations de l’abandon, de l’inefficacité. Dans ce cas le législateur a donné le
pouvoir au conjoint de recourir au juge.
Selon les articles 62 (70 nouveau), et 64 (69 nouveau), de la loi sur le mariage, ces interventions
judiciaires peuvent être envisagé dans trois cas :
- article 62 : lorsque le conjoint refuse de donner son concours à l’acte.
- article 64 : quand le conjoint est hors d’état de manifester sa volonté.
Ces cas concernent les mesures extensives du pouvoir des époux.

En effet, la loi permet à un époux de passer un acte seul pour lequel le consentement de l’autre
est nécessaire ; lorsque ce concours faire défaut soit parce que le conjoint refuse l’acte soit par
l’incapacité de manifestation de volonté, le conjoint peut s’adresser au juge pour obtenir
l’autorisation de passer seul l’acte.

PARAGRAPHE I : L’AUTORISATION JUDICIAIRE

Deux séries de conditions sont exigées : les unes tiennent à l’attitude du conjoint et les autres
aux actes envisagés.

En ce qui concerne l’attitude du conjoint, deux possibilités peuvent se présenter :


- le conjoint est hors d’état de manifester sa volonté : cela peut résulter de l’éloignement, de la
disparition ou de l’altération des facultés mentales.
- le conjoint refuse de manière injustifiée son concours à la réalisation de l’acte.
L’époux qui se voit opposer un tel refus peut recourir au juge pour passer seul l’acte.

En ce qui concerne les conditions relatives aux actes, il faut distinguer la nature des actes et le
pouvoir des époux.
Concernant la nature des actes, il s’agit des actes de disposition. Dans tous les cas, l’autorisation
ne peut être demandée que pour un acte déterminé.

En ce qui concerne le pouvoir des époux, il faut déterminer conformément à l’article 62 (article
70 nouveau) les actes qui nécessitent le consentement du conjoint.

En effet, l’article 62 (article 70nouveau) permet à un époux investi d’un pouvoir de compléter
son pouvoir par une autorisation judiciaire. IL en découle deux conséquences :
L’article 62 ne peut être invoqué pour accomplir un acte à propos duquel le conjoint n’a aucun
pouvoir. Exemple : l’aliénation d’un bien propre.
En revanche, l’article 62 peut jouer lorsque l’acte suppose le concours des époux.
16

En ce qui concerne les effets de l’autorisation, l’époux autorisé peut opposer l’acte à l’autre
conjoint.
L’acte passé ne peut donc être contesté par l’autre époux ni sa validité ni dans ses effets.

PARAGRAPHE II : L’HABILITATION JUDICIAIRE

L’application de l’article 64 (article 69 nouveau) est différente de celle de l’article 62. Ici, il
s’agit de permettre à un époux de passer un acte au nom de son conjoint, l’acte que normalement
son conjoint serait seul à passer mais qu’il ne peut accomplir car hors d’état de manifester sa
volonté.
En ce qui concerne les conditions de l’habilitation judiciaire, certaines sont relatives aux époux
et d’autres relatives aux actes.

Concernant le conjoint, il faut qu’il soit hors d’état de manifester sa volonté. Cette impossibilité
de manifestation de volonté peut résulter d’une absence, d’une disparition ou encore d’une
altération des facultés mentales du conjoint.

Concernant les actes, l’article 69 évoque des « actes particuliers ». Il en résulte donc une
absence de précision quant à la nature des actes pouvant faire l’objet d’une habilitation
judicaire. Cependant, nous pouvons affirmer sans difficulté que sont visés ici aussi bien les
actes de disposition que les actes d’administration.

Les effets de l’habilitation judiciaire découlent de la représentation. L’époux agit au nom du


conjoint empêché. Il en résulte qu’à l’égard des tiers, l’époux agissant n’est pas
personnellement tenu. En revanche, l’acte est non seulement opposable au représenté mais il
l’engage.
Dans les rapports entre époux ce sont les effets découlant du mandat qui s’appliquent.

Titre 1 : LA DEVOLUTION POST MORTEM DU PATRIMOINE FAMILIALE


: LA DEVOLUTION SUCCESSORALE

Elle consiste à déterminer les personnes qui seront appelées à recueillir les biens d’une personne
décédée.

Mais il faut d’abord déterminer les faits qui entraînent la succession des droits du de cujus sur
son patrimoine à ses successibles.

Chapitre 1 : l’ouverture de la succession


Traitée par le chapitre premier de la loi relative aux successions, cette question pose trois
17
difficultés : les causes d’ouverture, le moment d’ouverture le lieu d’ouverture.

Section 1. Le moment de l’ouverture de la succession

Au sens de la loi de 2019 relative aux successions, la succession ne concerne que les personnes
physiques.
Elle s’ouvre lorsque prend fin la personnalité juridique de ces personnes
Dans notre droit actuel, la circonstance qui met ainsi fin à la personnalité juridique d’une
personne
physique est sa mort naturelle.

Cependant, il y a des cas où l’on constate que la mort est incertaine : dans cette hypothèse, le
droit distingue deux situations :
- l’absence
- la disparition

§1. Le décès d’une personne physique

La personnalité juridique disparaît à la mort d’un individu et le décès est donc la cause de
l’ouverture de la succession accompagné de la question fondamentale de la preuve même de ce
décès.

A. Le décès : cause d’ouverture de la succession

1. L’importance de la date du décès

La détermination du moment exact de l’ouverture d’une succession est importante à plusieurs


points de vue : Exemple : c’est à ce moment qu’il faut se placer pour déterminer les personnes
habilitées à succéder au défunt
C’est à ce moment qu’existera une indivision entre les héritiers et que remontera plus tard l’effet
déclaratif du partage et dans l’hypothèse d’un conflit de loi dans le temps, et en l’absence de
disposition transitoire, c’est à cette date qu’il faudra se placer pour déterminer la loi applicable.

2. la définition de la mort

Nonobstant l’importance du décès, on n’a pas songé corrélativement à poser la définition même
de la mort : toujours pas de définition légale.
C’est pourtant de la nature du décès que dépend le moment même où il survient.
Jusque dans les années 60 le critère était l’arrêt définitif et spontané des poumons et du cœur.
Depuis lors les progrès de la science ont conduit à remettre en cause ses critères : selon la
définition de l’OMS, on exige un électro-encéphalogramme plat pour que la mort soit
démontrée = c’est dire que le décès d’une personne physique correspond à sa mort cérébrale.
B. La preuve du décès
18

Elle ne présente pas de difficulté particulière lorsque la certitude même de la mort et le moment
où cette mort a eu lieu sont établis.
En revanche, des règles particulières vont s’appliquer dans l’hypothèse d’une concomitance de
mort.
Le doute ici ne porte pas sur le principe même de la mort des personnes en cause, mais sur le
moment de leur mort les unes par rapport aux autres.

1. les règles générales

Le fait même du décès ne peut se prouver en principe que par l’acte de décès. Et celui-ci est
dressé par l’officier d’état civil de la commune ou le décès a eu lieu, et à laquelle la mort de la
personne a dû être déclarée.
Aux termes de la loi cet acte de décès doit mentionner certaine formalité (jour, heure, lieu du
décès).
=> La date de l’ouverture de la succession s’appuie donc en principe par la production de cet
acte de décès
Comme la déclaration du décès à l’officier d’état civil est faite soit par un parent du défunt, soit
par une personne possédant sur l’état civil du défunt les renseignements les plus complets et
exacts qu’il sera possible. Les indications portées sur l’acte n’auront de force probante que
jusqu’à preuve contraire, et ce par tout moyen de preuve puisque le décès n’est qu’un fait
matériel.

Si aucune indication concernant le décès n’est possible, le décès doit être réputé s’être produit
le jour où il est constaté par l’officier d’état civil.
Là encore cette présomption n’étant qu’une présomption simple, elle peut être détruite par tout
intéressé qui parvient à établir le moment précis du décès.

2. les comourants

L’hypothèse de base est celle selon laquelle plusieurs personnes parentes entre elles périssent
dans un même événement, alors qu’il peut paraître par ailleurs utile de déterminer l’ordre des
décès.
Exemple : une mère et sa fille mineur périssent toute d’eux dans un tremblement de terre à leur
domicile.
Il peut ici paraître utile de savoir qui de la mère ou de la fille a survécu à l’autre, toute d’eux
ayant a priori vocation à succéder l’une à l’autre.

Pour être déclarées comourants, les personnes doivent (article 8 loi de 2019 relative aux
successions):
- avoir péri dans un même événement
C’est-à-dire un événement unique (incendie, accident de la route)
= la cause de la mort doit être la même, il ne suffirait pas que les parents soient décédés en
19
même temps, mais pour des causes différentes.
- il faut que l’une au moins de ces personnes ait vocation à succéder à l’autre

La preuve de l’ordre des décès doit être rapportée par tout moyen selon l’article 8 :

Deux situations peuvent alors être distinguées : la preuve peut se faire


. Soit directement
. Soit par induction et ceux à l’aide de présomption de fait
Ex : si mère a survécu à sa fille, elle succèdera à cette dernière

. S’Il est impossible d’établir soit de manière directe, soit de manière induite l’ordre
des décès
Les rédacteurs de l’ancienne loi avaient retenu un système de présomption, dont l’objectif était
de déterminer lequel des parents avaient survécu à l’autre.
Ainsi, le législateur de 1964 fondait ces présomptions sur des vraisemblances assez discutables
: globalement la loi a présumé que c’était le plus fort qui avait survécu en se fondant sur l’âge
et sur le sexe.
. Si se sont des personnes entre 15 à 60 ans : le plus jeune était présumé avoir survécu à l’autre
. Si les personnes qui ont péris sont de même âge : l’homme était présumé avoir survécu.
=> La loi de 2019 a supprimé ce système de présomption légale de survie, pour renouer avec
une réglementation française ancienne qui puise ses origines en droit romain et qui prévoit que
dans l’hypothèse où l’ordre des décès ne peut être établi, la succession de chacune des personnes
en cause sera dévolue sans que l’autre y soit appelé.
= la succession de chacune de ces personnes est donc réglée comme si l’autre n’avait pas existé.
Exemple : une tante et sa nièce périssent dans un même événement. La tante avait comme seul
parent sa nièce, alors que celle-ci laisse deux enfants.
De ces deux personnes, la nièce a bien vocation à succéder à sa tante, mais pas la tante, puisque
sa nièce laisse des descendants.
Comourants, s’il est impossible d’établir l’ordre des décès et que l’un a vocation à succéder à
l’autre : la succession de la tante et de la nièce seront établie séparément en application de la
règle nouvelle de 2019.

La suppression des systèmes de présomptions légales de survie n’est pas la seule innovation de
la loi de 2019 en la matière : aux termes du dernier alinéa 3 de l’article 8 : si toutefois l’un des
codécédés laissent des descendants, ceux- ci peuvent représenter leur auteur dans la succession
de l’autre lorsque la représentation est admise.
Exemple : Tante et nièce décédée dans un même événement et s’il est impossible de déterminer
l’ordre des décès, alors qu’il est constaté que la nièce avait vocation à succéder à sa tante, on
doit en application de l’article 8 alinéa 3 régler leur succession séparément.
Les enfants de la nièce succèderont à leur mère. Mais en application de cette règle de principe,
pas à leur tante.
Cependant ici, les enfants de la nièce qui sont donc descendants de l’un des codécédés, en tant
20
que collatéraux privilégié, c’est-à-dire descendant de frère ou sœur du défunt, ils peuvent
représenter leur auteur prédécédé dans toute succession où ce dernier était appelé.
Donc en application de l’alinéa dernier de l’article 8, les enfants de la nièce, pourront venir à la
succession de leur tante en représentation de leur mère => représentation admise.

§2. L’incertitude du décès : absence et disparition

En ce qui concerne l’absent qui est une personne dont on ne sait si elle est morte ou vivante, sa
succession était autrefois ouverte que du jour le de son décès prouvé. En d’autres termes, quelle
que prolongée qu’elle soit, l’absence n’était pas une cause de l’ouverture de la succession.
La loi intègre désormais l’absence et la disparition comme hypothèses d’ouverture des
successions.
La disparition est quant à elle, l’état d’une personne dont on présume le décès parce qu’elle n’a
pas été retrouvée à la suite de circonstances de nature à mettre sa vie en danger.
L’article 2 de la loi de 2019 prévoit ainsi que les successions s’ouvrent non seulement par la
mort, mais également par la déclaration judiciaire de décès en cas d’absence ou de disparition.
Si le décès est déclaré, le tribunal fixera une date. Le jugement déclaratif du décès va être
transcrit sur le registre d’état civil et tiendra lieu d’acte de décès.
Si le disparu ou l’absent réapparaît, le jugement déclaratif de décès sera annulé et il retrouvera
ses biens dans l’état où ils se trouvent.

Section 2. Le lieu de l’ouverture de la succession


Ces questions résultent de l’article 5 de la loi sur les successions qui précise que la succession
s’ouvre au dernier domicile du défunt pour l’ensemble des biens. Il faut donc déterminer la
notion de domicile pour faire ressortir les intérêts qui s’y attachent.

§1-LA NOTION DE DOMICILE


Le domicile est le lieu où l’on a son principal établissement. Le domicile de tout ivoirien, quant
à l’exercice de ses droits civils, est au lieu où il a son principal établissement.

§2-LES INTERETS QUI S’Y ATTACHENT


C’est d’abord en ce lieu que s’ouvre la succession. Ceci est d’autant plus juste que le défunt a
pu mourir à un endroit où il se trouvait occasionnellement.
Selon le code général des impôts, c’est au bureau du domicile du défunt que les héritiers vont
souscrire la déclaration des biens qui leur sont transmis par décès.
Par ailleurs, le domicile est le centre des opérations de liquidation et de partage de la succession.
Enfin, la connaissance du domicile permet de déterminer le tribunal compétent.

§3-LES QUESTIONS D’ORDRE INTERNATIONAL


Une succession revêt un caractère international, chaque fois qu’une personne décède dans son
pays en laissant des biens à l’étranger, ou décède alors qu’elle est domiciliée dans un pays dont
elle n’a pas la nationalité.
Il y a donc conflit dans l’espace, c'est-à-dire que deux ou plusieurs lois différentes et étrangères
21
ont vocation à régir une même succession. La solution dépend ici de la théorie admise.
Pour certains, une loi unique devra régir toute la succession malgré l’élément d’extranéité.
Pour d’autres, l’adoption d’une extranéité de la loi prendra plus compte du caractère
international de la succession.
La jurisprudence ivoirienne a adopté tantôt l’une, tantôt l’autre.

A-LA THESE DE LA SCISSION


Selon cette thèse, la loi successorale sera différente selon la nature du bien.
On applique donc aux immeubles la loi de leur situation. Tandis qu’aux meubles, on va
appliquer la loi du domicile du défunt.
Les partisans de cette thèse soutiennent la théorie de la territorialité. Pour cette thèse, un
immeuble dans un pays tombe sous la loi de ce pays et sera régi par cette loi.

B-LA THESE DE L’UNICITE


Elle consiste à appliquer à la succession du défunt la même loi quels que soient les pays où sont
situés les biens héréditaires.
Certains pays ont retenu la loi du domicile comme devant régir la succession. Tandis que
d’autres adoptent la loi relative à la situation personnelle du défunt (RID 1972-73 n°3-4 p. 67).
22

Chapitre 2 : Les conditions pour succéder

Ceux qui peuvent être appelés à une succession Sont les successibles :
- les membres de la famille du défunt (héritier)
- a certaines conditions, l’état : Il succède non à une personne mais à ces biens : il est
donc « successeur irrégulier »

Les art 7 et 8 exigent des personnes appelées à recueillir une succession ab intestat deux qualités
différentes, qui forment autant de conditions qui doivent se trouver réunies en principe au jour
du décès, de l’ouverture de la succession.
Les deux qualités exigées de principe de l’héritier pour succéder sont :
- exister au jour de la succession
- ne pas être indigne de succéder

Section 1. L’existence du successible

Selon l’article 8 de la loi relative aux successions, pour succéder il faut exister à l’instant de la
succession :
- être née au jour du décès
- ou à tout le moins conçu,

§1. L’enfant né ou simplement conçu

Deux situations sont à envisager :


- la conception de l’enfant résulte des seules forces de la nature
- celle assister médicalement

A. les règles générales


Une vieille règle (droit romain) veut que les successions s’ouvrent seulement au profit de
23
personnes qui ont déjà l’existence au moins ont l’état d’enfants conçus au jour du décès du de
cujus.

On considère en effet comme déjà née l’enfant qui n’est encore que conçu toutes les fois qu’il
y va de son
intérêt.

La date de conception ne pouvant être connu scientifiquement avec certitude, la loi a


tenté au moyen de présomption de cerner la période pendant laquelle elle a pu avoir lieu et
déterminer au sein de cette période le moment où elle a eu lieu. Il est présumé tout d’abord que
la grossesse peut durer au minimum 180 jours, et au maximum 300 jours.

La date légale de conception de l’enfant se situe dans une période qui s’écoule entre le 300e et
le 180e jour qui précède la naissance de l’enfant. Cette période légale de conception de 180
jours cours à compter de la date de l’accouchement et se compte par jour.

L’enfant ou son représentant pourra choisir pendant cette période légale de conception le jour
qui lui convient, car plus favorable à ses intérêts : c’est la présomption omni memore memento
(présomption du moment le plus favorable)
=> Présomption simple, qui peuvent céder devant la preuve contraire.

B. L’enfant issu d’une procréation médicalement assistée.

L’entrée massive dans les mœurs de la procréation assistée dans le phénomène de la stérilité
des mères a fait naître chez les juges les conséquences que pouvait faire naître :
Deux situations à distinguer :
- celle ou l’enfant est issue d’une assistance médicale avec les forces procréatives du
couple
- celle ou l’enfant est issu d’une assistance médical av les forces procréatives de tiers
donneur

Dans la première situation, la question se pose de savoir si par exemple une femme mariée
pouvait être inséminée avec le sperme congelé de son époux prédécédé. Et si l’enfant ainsi
conçu pouvait succéder à son père.
Dans la seconde, c’est la question d’une éventuelle reconnaissance de la procréation post
mortem qui s’est posée.

Dans les deux situations la question de l’éventuel droit de succession de l’enfant ainsi conçu
est clairement réglé : ce type de procréation est condamné par le droit sur le fondement du
principe de l’indisponibilité ou de l’intangibilité du corps humain.

§2. L’enfant né vivant


La personnalité juridique et donc l’aptitude à jouir de diverses prérogatives juridiques peut
24
exister avant la naissance. Cependant la naissance reste la condition de principe de l’octroi de
la qualité de sujet de droit.

Quel que soit donc l’hypothèse, enfant simplement conçu ou née au jour du décès de son parent,
il est nécessaire qu’il naisse vivant. Donc l’enfant mort née ne peut donc pas succéder. La loi
de 2019 innove en ceci qu’il n’exige plus que l’enfant simplement conçu naisse également
viable pour pouvoir hériter. Il suffit qu’il naisse vivant.
Ainsi l’enfant née mais née non viable pourra succéder.
En effet, la réalité a donné à constater que des personnes déclarées non viables par la médecine
ont survécu.

Section 2. L’absence d’indignité successorale

L’indignité est l’exclusion de la succession éditée à titre de peine contre l’héritier qui s’est rendu
coupable de torts graves envers le défunt et sa mémoire.

L’indignité successorale se fonde sur des motifs personnels à l’indigne.


Quant à sa nature juridique elle est discutée.
. Pour la majorité des auteurs et la cour de cassation française il s’agit d’une sanction civile à
caractère pénale => donc d’une peine privée arrêt Civ 1 18 dec 1984
. En revanche pour d’autres auteurs (Grimaldi) : il s’agit d’une incapacité

Du caractère pénal de l’indignité, il résulte que l’intérêt des textes qui la prévoit, sont
d’interprétation stricte.
Et en raison de sa nature de peine privée, les causes d’indignité, énumérées à l’article 9, sont
limitatives.
Alors l’interprétation stricte des textes entraîne que l’indignité ne frappe que les successeurs ab
intestat.
L’article 9 de la loi de 2019 a apporté des innovations sur les règles relatives à l’indignité
successorale.

§1. Les cas d’indignité

La loi distingue deux variétés d’indignité :


- une indignité de plein droit, dans certaines hypothèses et prévu
- une indignité facultative dans d’autres hypothèses

A. L’indignité de plein droit


C’est la sanction qui frappe celui qui est condamné pour avoir volontairement donné ou tenté
25
de donner la mort ou porter les coups mortels comme co-auteur ou complice. L’article 9 alinéa
1 vise le cas où il y a eu condamnation, ce qui signifie que dans le cas contraire où s’il a été
relâché ou si l’action est prescrite il n’y a plus d’indignité. Celle –ci doit être prononcée pour
meurtre, tentative de meurtre ou complicité. Le problème peut se poser pour celui qui tue sans
intention de donner la mort par des coups et blessures. En droit français la jurisprudence refuse
d’assimiler l’homicide involontaire au meurtre et donc celui qui en est l’auteur ne sera pas
indigne de succéder.
En droit ivoirien, la rédaction de l’article 9 alinéa 1 peut faire penser que l’homicide
involontaire n’est pas une cause d’indignité de plein droit.

B. Les causes d’indignité facultatives

Le juge a la faculté de prononcer l’indignité ou pas et, cela, dans trois cas :
-L’héritier s’est rendu coupable envers le défunt d’injures ou sévices graves. Le cas d’injures
comprend une variété de faits. Par exemples l’infidélité du conjoint survivant quelque temps
après le décès de l’autre conjoint peut-être une injure.
En droit ivoirien, les sévices ou injures graves ne pas seulement des causes de révocation des
donations mais aussi des cas d’indignité. Ici le juge a un large pouvoir d’appréciation.
-L’héritier a porté atteinte à l’honneur, à la considération ou aux intérêts patrimoniaux du défunt
ou de sa famille. Dans ces cas, le juge perd son pouvoir d’appréciation si l’héritier prouve que
le pardon lui a été accordé. Le pardon fait cesser l’indignité et il est facile à prouver s’il est
écrit. Cependant la loi a prévu que la preuve du pardon peut se faire par tous moyens.
- Le législateur de 2019 ajoute que peut être également déclaré indigne de succéder, en dehors
des cas prévus, celui qui a commis les faits susmentionnés (cas de l’indignité de plein de droit)
et à l’égard de qui l’action publique n’a pu être exercée.
L’action en déclaration d’indignité est désormais ouverte aux successibles jusqu’au partage.

§2. Le domaine et les effets de l’indignité

L’indigne est exclu de la succession => il est déchu de ses droit successoraux.
L’indignité successorale a une portée cependant limitée et présente dans certains cas un
caractère rétroactif.

A. Le domaine de l’indignité successorale

Le constat est que l’indignité successorale a une portée limitée. Cela se manifeste de différentes
manières :
- l’indignité n’intéresse que la succession légale (succession ab intestat)
- l’indignité n’intéresse que la succession de celui à l’égard duquel l’héritier c’est mal
conduit
=> L’indigne conserve ses droits dans tout autre succession
Celui qui est indigne de son père peut cependant représenter son père à la succession d’un
26
ascendant plus éloigné.
-
B. Les effets de l’indignité successorale

1-D’abord, l’indignité constitue un obstacle à la succession légale. Elle a pour effet d’écarter
l’indigne. Il est donc censé n’avoir jamais été héritier car l’indignité a un effet rétroactif.
L’indigne doit restituer tous les biens qu’il possédait déjà et sera traité comme un possesseur
de mauvaise foi. Tous les biens qu’il avait seront rétroactivement annulés.
En ce qui concerne les donations testamentaires, l’article 104 (donations et testaments) précise
que la donation testamentaire sera caduque lorsque le légataire la répudiera ou se trouvera
incapable de la recueillir.
L’article 107 ajoutes que les mêmes causes qui autorisent la révocation de la donation entre vifs
seront admises pour les demandes en révocation des dispositions testamentaires.
L’ingratitude est donc également concernée. L’indignité ne joue que dans la succession légale.
2-Ensuite, l’indignité est personnelle, elle ne pourra frapper que le coupable. C’est pourquoi
l’indignité ne peut empêcher les héritiers de l’indigne de venir à la succession.
3-Enfin, l’indignité est relative. En effet, elle n’écarte l’indigne que de la succession de la
personne envers laquelle elle a eu des torts mais pas les autres. Elle peut être appelée en
représentation de la personne avec laquelle il a des problèmes.
L’indignité cesse par le pardon de la victime qui se prouve par tout moyen.

CHAPITRE 3 : LA DETERMINATION DES SUCCESSIBLES AB INTESTAT

La détermination des successibles ab intestat se fait selon des principes qui ne tiennent pas en
principes de la nature ou de l’origine des biens. Il existe cependant à côté des successibles
ordinaires une succession anomale (anormale) qui visent dans certains cas les biens donnés au
défunt et des successeurs irréguliers qui n’ont pas la saisine.
Avant d’étudier les droits des héritiers ab intestat, il importe d’exposer les principes directeurs
27
de la dévolution légale.

Sous-chapitre 1 : Les principes directeurs de la dévolution légale

Il s’agit du principe de l’ordre et du degré et des règles de la représentation et de la fente.

Section 1 – Les règles de base de la dévolution légale

La succession est dévolue par ordre et par degré.

§ 1 : Les ordres d’héritiers

Les ordres d’héritier sont fondés sur l’affection présumée du défunt, auquel on ajoute le critère
du devoir de famille, ce sont 2 critères qui aboutissent au même résultat, la préférence est
donnée aux plus proches parents du défunt.

La parenté est le rapport existant entre deux personnes


- qui descendent l’une de l’autre : parent en ligne directe
- ou qui descendent l’une et l’autre d’un auteur commun : parent en ligne collatérale.

Les alliés du défunt (belle mère…) ne sont pas parent du défunt, ils ne succèdent pas, l’allié du
de cujus qu’est son conjoint qui lui survit est un héritier à part entière, mais il ne figure pas
dans cette hiérarchie, le conjoint survivant n’est éliminé par aucun des ordres.

La loi de 2019 a maintenu les 4 ordres traditionnels d’héritiers :


- 1er ordre : les descendants :
Enfants et descendant qui succède à leur père et mère, aïeules (grands parents) ou autre
ascendant

- 2nd ordre : les ascendants privilégiés : les père et mère :


Les frères et sœurs sont des collatéraux privilégiés, par rapport aux autres parents collatéraux
du défunt (collatéraux ordinaire) qui appartiennent au 4ème ordre.
Les père et mère sont des ascendants en ligne directe qualifiés de privilégier par rapport aux
autres ascendants : les grands parents, arrière grand parent (ordinaires).

- 3ème ordre : ls collatéraux


Il comprend tous les frères et sœurs et descendants d’eux (neveu, nièce) :
collatéraux privilégiés et les Cousin, tante, oncle … du défunt : les collatéraux ordinaires.

- 4ème ordre : le conjoint survivant


C’est l’homme ou la femme.
Chacune de ces 4 catégories constitue un ordre d’héritier qui exclut les suivants (il y a cependant
28
des cas de concours entre deux ordres).
§ 2 : Le degré de parenté

La préférence donnée au plus proche parent fait de la proximité du degré (ou génération) une
règle essentielle. Le législateur de 1964 avait fixé au 12ème degré la successibilité en ligne
collatérale, pour des raisons politique et financière la loi 2019 a écarté au- delà du 6ème degré
la vocation successoral ab intestat dans la ligne collatérale.
Les parents en ligne directe ne sont pas limités par leur degré de parenté à l’égard du défunt,
la durée de la vie humaine suffit à en limiter le nombre.

A/ Portée de la règle de la proximité du degré.

La règle de la proximité du degré signifie que l’héritier au degré le plus propre exclut tous
les autres héritiers, à l’intérieur d’un même ordre successoral.

Il n’y a donc pas lieu de considérer les degrés de parent respectif de deux héritiers appartenant
à
des ordres différents

Ex : DC laisse mère et petit fils. Mère : parent au 1er degré en ligne directe, le petit fils est
parent au 2nd degré en ligne directe descendante. Mais la mère appartient à l’ordre des
ascendants, le petit fil à l’ordre des descendants. Bien qu’étant d’un degré plus éloigné, il
élimine la mère du défunt, car il appartient à un ordre préférable au sien.

La règle de la proximité du degré impose qu’au sein d’un même ordre successoral les
héritiers de degré égal se partage la succession par part égale et par tête

B/ La mise en œuvre de la règle de la proximité du degré

L’application de la règle de la proximité du degré impose que l’on détermine le degré de parenté
pour chaque héritier, détermination qui s’appuie sur l’existence de deux rapports de parenté :
un en ligne directe et un en ligne collatérale.

1) la parenté en ligne directe

La ligne directe est la suite des degrés entre personnes qui descendent l’une de l’autre :
descendant et ascendant.
Le lien de parenté entre toutes ces personnes est plus ou moins proche, calculer la distance qui
sépare deux parents c’est préciser le degré de parenté.
Le degré de parenté en ligne directe se calcule en partant de la personne concernée et en
29
comptant le nombre de génération qui la sépare de son parent : on compte autant de degré qu’il
y a de génération (article 18)

2) la parenté en ligne collatérale

La ligne collatérale est la suite de degré entre deux personnes qui ne descendent pas les unes
des autres, mais qui descendent d’un auteur commun. Ce sont les collatéraux privilégiés et les
collatéraux ordinaires.
Le degré de parenté se calcule par le nombre de degré qui séparent les parents, depuis l’un des
parents jusque, mais non compris : l’auteur commun et depuis cet auteur commun jusqu’à
l’autre parent (article 19)
Exemple : les cousins germains du défunt, sont parents de ce dernier au 4ème degré
en ligne collatérale, l’auteur commun étant les grands parents.

Outre le degré et la ligne directe ou collatérale, la loi prend en compte d’autres éléments de la
parenté : la tête, la souche et les branches.

§ 3 : La tête, la souche et les branches

A/ La tête

Certains parents sont exclus de succession en vertu de la règle des ordres, à l’intérieur d’un
ordre successoral certain parent sont exclus en vertu de la règle du degré.
Les parents qui ne sont pas éliminés en application de ces deux règles se partagent la succession
par tête, ils prennent chacun dans la succession une part égale. Ce partage par tête traduit
l’égalité des individus d’une même génération (de même degré de parenté)

B/ La souche

La loi a institué une autre sorte d’égalité, à côté, et même parfois en concurrence avec l’égalité
des individus, que traduit le partage de la succession par tête. Il s’agit du partage de la
succession par souche (article 25).
C’est une technique particulière : la représentation successorale, qui impose le partage de la
succession par souche. Certains héritiers : descendant et collatéraux privilégiés, sont dans
certaines hypothèses appelés à la succession du défunt, en représentation de leur auteur en
raison par exemple du prédécès de ce dernier.
Le partage par souche est nécessaire pour éviter une inégalité. Toutes les personnes qui
descendent d’un auteur commun, appartiennent à une même souche.
30

Ex : DC laisse 5 petits enfants, 3 de ces petits enfants descendent de leur auteur : A fils
prédécédé du DC, 2 de ces petits enfants descendent de leurs auteurs privilégiés : B fille du DC
prédécédé.
A forme avec ses descendant une première souche, B avec les siens une seconde souche.

La souche en tant que telle n’est pas dotée d’une vocation héréditaire, elle n’est prise en compte
que dans l’aménagement de certaine des règles de base de la dévolution succession dont la
représentation est l’une des manifestations.

Une même souche peut produire elle-même plusieurs souches, appelées sous souche, le
partage de la succession se ferra par subdivision de souche et à l’intérieur d’une souche ou
subdivision de souche le partage se fera par tête.

Ex DC : laisse 5 petits enfants … si B fille du DC, est prédécédé, comme l’un de ses deux
enfants, et que cet enfant E a lui-même deux fils G et H, le partage se fera par souche,
subdivision de souche et par tête.
- Les souches A et B reçoivent chacune la moitié de la succession.
- Dans la souche B, la sous souche E, recueillera la moitié dévolue à la souche B, l’autre
moitié revenant à F.
- Dans la sous souche E le partage se fera par tête entre G et H.

C/ Les branches paternelles et maternelles

Le terme branche a été supprimé par la loi de 1964, substituer à celui de ligne.
Dans certaine hypothèse, dont la technique de la fente rend compte, la succession est divisée en
deux parties : l’une pour la branche maternelle l’autre pour la branche paternelle.
- La branche paternelle comprend tous les parents qui se rattachent au défunt par son père
- La branche maternelle ceux qui se rattachent au défunt par sa mère.

Les parents qui se rattache au défunt par son père sont dénommés parents consanguins, et ceux
qui se rattachent par sa mère : parents utérins. Les parents qui figurent dans les deux branches
sont qualifiés de parents germains.

La division de la succession par branche ne s’impose qu’aux ascendants et collatéraux autres


que les frères et sœurs du défunt et descendant d’eux (sauf s’ils sont de lits différents).
La division par branche est inapplicable au décédant, comme le défunt lui-même, ils se
rattachent aux deux branches.
Si les ordres, le degré et la tête sont les éléments qui fondent le principe de la succession légale,
31
les autres éléments de la parenté : la souche et les branches constituent les fondements d’un
partage particulier de la succession légale.
La fente et la représentation successorale apparaissaient comme des aménagements et
exceptions aux règles de base de la dévolution légale.

Section 2 –La fente et la représentation successorale : aménagement des règles de la dévolution


légale

La fente et la représentation sont présentées comme deux techniques qui régissent la


dévolution successorale légale en correction de certaines des règles de base de cette
dévolution.

Ces deux techniques existaient depuis 1964, elles sont reprises par la loi de 2019.

Le système de la fente tend à assurer l’égalité des branches maternelles et paternelles.


- A l’origine la fente aménageait la règle des ordres successoraux en ce sens qu’elle jouait
directement dans chaque branche, elle atténuait aussi la portée de la règle de la proximité
du degré, dans la mesure ou pouvait succéder à égalité un parent du côté paternel de degré plus
éloigné, avec l’autre parent du côté maternelle d’un degré plus proche.
- Aujourd’hui la fente successorale ne modifie plus le système des ordres
successoraux elle ne fait qu’atténuer la règle de la proximité du degré.

La représentation en matière successorale n’est pas la représentation de la volonté comme en


droit des obligations, mais une représentation de la personne elle-même.
La représentation successorale permet à un héritier (représentant) de prendre la place d’un autre
héritier (représenté) pour venir à la succession d’un de ses parents.

Sous-section 1 : La fente successorale

La fente consacre l’idée d’un devoir égal du de cujus à l’égard de chacune des deux familles
(paternelle et maternelle). Elle tente à faire régner l’égalité entre les branches.
Le droit actuel de la fente successorale conduit à distinguer deux situations : celle du droit
commun de la fente et celle particulière de la succession de l’enfant adopté simple.
*

§ 1 : Le droit commun de la fente successorale

A/Le domaine de la fente successorale

Elle n’est prévue que lorsque la succession d’un défunt est dévolue à des ascendant ou
Collatéraux.
En ligne ascendante et collatérale la loi divise en deux parts égales la succession, l’une pour les
32
parents paternels, l’autre pour les parents maternels, la succession est ainsi fendu (article 14).

- Les ascendants ordinaires.

- Les collatéraux ordinaires et les frères et sœurs du défunt quand ils sont de lits différents

B/ Les effets de la fente successorale

Le système de la fente successorale a pour finalité d’assurer l’égalité des branches paternelle et
maternelle, elle est une technique de répartition de la succession. Elle est aussi une
technique qui corrige la règle de base de la dévolution légale : la proximité du degré.

Aux termes de la loi relative aux successions, toute succession ou partie de succession échue à
des ascendants ou collatéraux se divise en part égale. L’une pour les parents de la ligne
paternelle et l’autre pour les parents de la ligne maternelle.
Les utérins ou consanguins ne sont pas exclus mais ils ne prennent part que dans leur ligne. Les
germains prennent part dans les deux lignes.
Le système de la fente détruit la règle de la priorité des ordres car en l’absence d’héritiers dans
un ordre, la moitié de l’héritage dévolu à cette ligne sera recueillie par un parent subséquent à
cette ligne.
De même que la fente constitue une dérogation, la représentation est une exception à la règle
selon laquelle le plus proche en degré est appelé à la succession.

§2. La succession ordinaire de l’adopté simple

A côté du droit commun de la fente successorale, l’art 368-1 cciv, modifié par la loi du 23 juin
2006 prévoit une autre hypothèse de fente, et ce dans la succession de l’adopté simple.
Il ne s’agit pas ici de fendre une succession entres ce deux branches maternelles et paternelles,
mais de répartir la succession entres deux familles.

L’article 21 de la loi du 27 Novembre relative à l’adoption concerne la succession d’un enfant


qui a fait l’objet d’une adoption simple. Ce type d’adoption, à la différence de l’adoption
plénière, ne rompre pas les liens de l’enfant avec sa famille d’origine.
Ce texte règle la dévolution des biens de l’adopté simple décédés sans descendant.
Les biens qui constituent alors la succession de l’adopté simple, se partage par moitié entres les
deux familles, d’origine et adoptive.

Et lorsque la succession ordinaire de l’adopté simple est ainsi divisé entre les deux familles, la
dévolution s’opérera dans chacune de ces deux familles suivant les règles classiques applicables
en la matière, sans préjudice toute fois des droits du conjoint survivant, lorsqu’il en existe un,
sur l’ensemble de la succession.
En l’absence de conjoint survivant et dans l’hypothèse où il n’existe aucun parent au degrés
33
successible dans l’une des deux familles de l’adopté, l’article 22 précise alors que la fente se
referme, au profit de la famille qui est seule représenté et qui recueillera la totalité des biens qui
compose la succession ordinaire du défunt.

Sous-section 2 : la représentation successorale

§1. Notion et rôle de la représentation successorale

C’est une fiction de la loi dont l’effet est de faire rentrer les représentants dans la place, le degré
et dans les droits du représenté (article 16, successions). Exemple : supposons que le défunt a
eu 3 enfants dont un est prédécédé en laissant 4 enfants ; les 2 autres lui ayant survécu. La
proximité de degré exclut les enfants du prédécédé puisque ceux-ci sont au second degré par
rapport au défunt.
Les 2 frères devraient se partager la succession mais ceci paraît injuste. C’est pour pallier à cela
que le système de la représentation a été établi. Mais le bouleversement qu’entraine cette
mesure exceptionnelle explique qu’elle ne soit admise qu’au profit des descendants du de cujus,
et enligne collatérale qu’au profit des frères et sœurs du défunt. En outre, elle est soumise à
certaines conditions.
§ 2 : Régime juridique de la représentation successorale

A-LES CONDITIONS DE LA REPRESENTATION

Elles sont tantôt relatives au représentant tantôt au représenté. En ce qui concerne le représenté
il doit en principe être décédé lors de l’ouverture de la succession.
On ne représente donc pas une personne vivante mais en droit Ivoirien une dérogation est
énoncée à l’art 7 qui dispose que l’indignité est personnelle.
Les descendants de l’indigne succèdent comme s’il était prédécédé.
Ainsi, par une fiction juridique on considère que l’indigne est prédécédé ce qui permettra à ses
enfants de le représenter. Le législateur ivoirien a voulu, conformément au principe de la
personnalité des peines, ne sanctionner que le père fautif. Il n’a pas fait rejaillir cette peine sur
les enfants
Le représenté doit avoir en principe personnellement vocation à la succession. Cette exigence
se justifie par le fait que le représentant acquiert les droits du représenté et qu’il ne peut acquérir
plus de droits que lui-ci.
Le représentant doit-être le descendant du représenté et doit avoir aptitude à succéder au de
cujus.
Le représentant hérite à la place et au rang du représenté. Il n’hérite pas au nom du représenté
mais en son nom propre

B-LES EFFETS DE LA REPRESENTATION


L’effet principal est de faire venir le représentant à la succession au lieu et place du représenté.
En effet, on n’a pas voulu que la représentation qui a été instituée pour parer à une injustice
bouleverse tout le mécanisme de la succession. En conséquence, quel que soit leur nombre les
petits enfants et les enfants ne prendront que la part de celui qu’ils viennent représenter. En
34
effet, dans tous les cas où la représentation est admise le partage se fait par souche et non par
tête (art. 20 successions).

Section 3 – L ’unité de la succession

Principe : la dévolution de la succession se fait sans aucune distinction entre les biens.
Ni la nature (meuble ou immeuble), ni l’origine (acquêt ou propre) des biens ne sont prises en
compte par la loi pour déterminer les héritiers.

Mais des exceptions sont prévues.

§ 1 : Le principe de l’unité de la succession

L’article prévoie que « la loi ne considère ni la nature, ni l’origine des biens pour en régler la
succession ». C’est le principe de l’unité de la succession qui admet des exceptions.

A/ Le principe de l’unité de la succession et les règles de conflit de loi

Dans l’ordre international, la règle de conflit, prend en compte la nature des biens successoraux
pour déterminer la loi applicable à leur dévolution.

B/ Le principe de l’unité de la succession et le partage

Ce principe ne s’applique, dans sa plénitude, que pour la dévolution de la succession. S’agissant


du partage de la succession, il est tenu compte parfois de l’affectation de certains biens
successoraux (règles d’attribution préférentielle ).

§ 2 : Les exceptions au principe de l’unité de la succession

L’exception la plus remarquable est la reconnaissance d’une succession anomale (anomalie par
rapport au droit commun) : Son but est de soustraire aux successeurs normaux, certains biens,
qui ont été reçu du défunt de son vivant, par donation.
La succession anomale a pour effet d’attribuer certains biens à un hériter, préféré aux autres, à
raison de la provenance de ces biens. Deux successions existent alors : le droit de retour
légal en cas de révocation d’une adoption simple et le droit de retour conventionnel (donation
sous condition résolutoire).
35

Sous-chapitre 2 : Les droits des héritiers du défunt

L’étude des droits des parents du de cujus va précéder ceux du conjoint survivant.

Section 1 : Les droits de la parenté du défunt

Aux termes de l’article 35, la successibilité en ligne collatérale ne va pas au-delà du 6e degré.
Les héritiers parents du défunt sont : ses descendants, ses frères et sœurs et descendants d’eux,
ses ascendants, ses collatéraux ordinaires.

Sous-section 1 : Les droits des enfants et autres descendants du défunt

Les descendants constituent le 1er ordre des héritiers. Ils excluent tous les autres parents du
défunt.
Parmi ces descendants, les enfants du défunt sont des parents au 1er degré en ligne
descendante : ils sont appelés au 1er rang et se partagent la succession par tête à égalité de part.
S’il y a des enfants prédécédés, laissant eux-mêmes des enfants ou descendants d’eux : ils
viennent à la succession par représentation de leur auteur prédécédé, et le partage se fait alors
par souche. Idem si les enfants sont indignes.
La priorité accordée aux enfants était autrefois absolue et ne souffre d’aucune exception même
pas d’un droit de concours avec d’autres personnes. Avec la réforme de 2019, les enfants
viennent en cours avec le conjoint survivant (article 26 alinéa 1). Dans ce cas, Les trois quarts
de la succession sont dévolus aux enfants ou leurs descendants et un quart au conjoint survivant.
A défaut de conjoint survivant précise l’alinéa2 de l’article 26, ils succèdent seuls au défunt.
Toutes ces règles ne sont que l’application des principes de base et des aménagements de ces
principes, tel le principe de la dévolution légale.

L’article 28 a posé le principe de l’égalité des filiations : « Les enfants ou leurs descendants
succèdent à leurs père, mère, aïeuls, aïeules ou autres ascendants, sans distinction de sexe ni de
primogéniture et encore qu'ils soient issus de différents mariages ou nés hors mariage ». Il
n’existe pas de diversité des statuts des enfants naturels, légitimes, adoptifs, naturels. L’égalité
successorale des enfants et descendants du défunt est quasi absolue.
36

§1 : L’égalité successorale des enfants et autres descendants du défunts

Quelle que soit leur filiation, et à condition qu’elle soit légalement établie, tous les enfants et
descendants du défunt ont sur le plan successoral des droits égaux et sont, de principe, héritiers
réservataires du défunt.

§2 : Les exceptions résiduelles à l’égalité successorale des enfants et


descendants du défunt : cas de l’enfant adopté simple

L’égalité des enfants entraîne l’égalité successorale, à laquelle, en principe, les enfants
adoptifs n’échappent pas.
Mais il y a une exception : la situation de l’adopté simple dans la succession de la famille de
l’adoptant.

Lorsque l’enfant a fait l’objet d’une adoption plénière il est assimilé à l’enfant « légitime ». Il
peut prétendre recevoir dans la succession de l’adoptant des droits successoraux égaux à ceux
des autres enfants auxquels il est assimilé.

Mais quand l’enfant a fait l’objet d’une adoption simple : l’adopté simple et ses descendants
n’acquièrent pas la qualité d’héritiers à l’égard des ascendants de l’adoptant. Ils ne pourront
recueillir aucun bien dans la succession d’un ascendant de l’adoptant.

Sous-section 2 : Les droits des père et mère du défunt

Les droits des ascendants privilégiés sont indiqués à l’art 27 (loi relative aux successions). Ils
sont exclus par les descendants et viennent à la succession dans trois cas :
A défaut d’enfants et de descendants d’eux, une moitié de la succession est dévolue aux père et
mère du défunt, l’autre moitié au conjoint survivant.
A défaut de conjoint survivant, une moitié de la succession est dévolue aux père et mère, l’autre
moitié aux frères et sœurs du défunt.
A défaut de descendants, collatéraux privilégiés et conjoint, ils recueillent toute la succession.
Lorsque la succession est dévolue aux ascendants privilégiés, ils se partagent la part qui leur
revient par tête et à égale portion. S’il n’y a qu’un seul des ascendants privilégiés, il recueille
toute la part de leur ordre.
Sous-section 3 : Les droits des collatéraux privilégiés
Les droits collatéraux privilégiés sont indiqués à l’art 27 de la loi relative aux successions. Selon
cet article :
A défaut de conjoint survivant, une moitié de la succession est dévolue aux père et mère, l’autre
moitié aux frères et sœurs du défunt
A défaut de père et mère, une moitié de la succession est dévolue au conjoint survivant, l’autre
37
moitié aux frères et sœurs du défunt.
A défaut de conjoint survivant et de père et mère, la succession est dévolue aux frères et sœurs
du défunt.
Les collatéraux privilégiés se répartiront la succession par tête et s’il y a des descendants, et si
l’on fait jouer la représentation, le partage se fera par souche.
Si les frères et sœurs sont de lits différents, la fente va s’appliquer. Les frères et sœurs utérins
se partageront la moitié dévolue à la ligne maternelle, les frères et sœurs consanguins se
partageront la moitié dévolue à la ligne paternelle ; Les frères et sœurs germains prennent part
dans les deux lignes.
S’il n’y a personne dans une ligne, les frères et sœurs prennent la part de cette ligne, donc le
tout en primant les parents de cette ligne ( article 34 loi sur les successions ).

Sous section 4 – Les droits des ascendants

Sous l’empire de la loi de 1964, lorsqu’il n’y avait pas de descendants, ni de collatéraux
privilégiés ni d’ascendants privilégiés, les grands parents se partageaient la succession à moitié
avec le conjoint survivant. A défaut de conjoint survivant, les ascendants ordinaires (grands
parents) prenaient la totalité ( art. 25 ancien, loi relative aux successions ).

Avec la réforme de 2019, l’article 27 précise qu’à défaut de conjoint survivant, de père et mère
et de frères et sœurs du défunt, la succession est dévolue aux autres ascendants et autres
collatéraux jusqu’au sixième degré. Donc une moitié aux collatéraux ordinaire et l’autre moitié
aux ascendants ordinaires.
Les ascendants des deux lignes auront la moitié de la part dévolue à leur ordre (application de
la fente ).

Sous-section 4 – Les droits des collatéraux ordinaires

Autrefois, à défaut de descendants, d’ascendants, de collatéraux privilégiés, ils étaient en


concours avec le conjoint survivant.
Aujourd’hui, à défaut de conjoint survivant, de père et mère et de frères et sœurs du défunt, la
succession est dévolue aux ascendants ordinaires et aux collatéraux ordinaires jusqu’au sixième
degré. Donc une moitié aux collatéraux ordinaire et l’autre moitié aux ascendants ordinaires.
Si le défunt ne laisse que des collatéraux ordinaires, c’est la règle de la fente successorale qui
s’applique. Les parents se divisent entre ceux de la branche maternelle et ceux de
la branche paternelle et dans chaque branche le collatéral le plus proche du défunt va exclure
les autres de la succession. Et si dans une branche il existe un même degré, ils succèdent par
tête.
Si le défunt ne laisse des collatéraux ordinaires que dans une seule branche, règle de la
dévolution de branche à branche. Les collatéraux de la branche représentée recueillent toute la
succession.
Section 2 – Les droit du conjoint survivant successible
38

La situation successorale du conjoint survivant rend compte de l’existence de deux droits


concurrents, l’un fondé sur la parenté, l’autre sur le mariage.
Dans un système successoral qui repose essentiellement sur la parenté le conjoint survivant a
mis du temps à trouver sa place. Il faut tenir compte des avantages que peut lui procurer son
régime matrimonial ainsi que les libéralités que les époux peuvent se consentir.

Le conjoint survivant jouit d’un droit de succession véritable, cette situation l’oblige à
contribuer au paiement des dettes de la succession.
La qualité d’héritier à part entière ne peut lui être contestée, même si ce conjoint n’apparaît pas
en tant qu’ordre d’héritier, comme tout héritier il a la saisine et peut exercer les droits et actions
du défunt sans avoir besoin d’accomplir aucune formalité préalable. Il peut procéder à
l’appréhension matérielle de n’importe quel bien de la succession, même s’il doit
ultérieurement revenir à quelqu'un d’autre (c’est un effet de la saisine).

Depuis la loi 1964, le conjoint survivant a la qualité d’héritier réservataire et la loi de 2019 en
a accrue la portée (article 26).

Sous-section 1- Les conditions de la vocation successorale du conjoint survivant

Outre les conditions communes à tous les successibles, la vocation successorale du conjoint
survivant obéit à des conditions propres.

§ 1 : L’existence d’un mariage valable


Il n’y a pas de droit de succession si le mariage a été déclaré nul, mais la nullité n’ayant aucun
effet rétroactif quand le mariage est putatif.
- Si l’époux de bonne foi décède avant l’annulation du mariage, la dévolution de sa succession
s’accompli au profit du CS à condition que sa bonne foi soit également retenue
- Mais si l’un des deux époux était de mauvaise foi, et avait avant le prononcé de
la nullité, recueilli une part de la succession de conjoint survivant il sera tenu de la restituer.

- En revanche si l’un des époux décède postérieurement à l’annulation du mariage, les ex


conjoints de bonne foi ne gardent pas leur vocation successorale réciproque, il n’y a pas de droit
acquis.

§ 2 : La non-dissolution du mariage
39
Le divorce supprime la qualité d’époux en mettant fin au mariage, mais il nécessaire que la
décision soit devenue définitive, irrévocable pour que soit supprimée la qualité d’époux. Mais
le conjoint survivant en instance de divorce peut succéder.

La loi de 2019 exige du conjoint survivant l’absence de jugement de séparation de corps ayant
force de chose jugée, prononcé contre lui.

Sous-section 2 – La vocation successorale du conjoint survivant

Le législateur ivoirien de 1964 en reconnaissant une vocation successorale au conjoint survivant


innovait par rapport au passé. Cependant, les principes énoncés par cette loi conduisaient à faire
deux remarques :
D’une part le législateur avait réservé au conjoint survivant une situation intéressante (Il en est
ainsi car le législateur a rendu héritier d’une réserve et en pleine propriété).
D’autre part certaines dispositions de la loi réduisaient presque à néant ces droits qui lui étaient
reconnus : On assistait à l’exclusion fréquente du conjoint survivant. Il se trouve fréquemment
écarté de la succession et lorsqu’il est appelé à la succession, il vient en concours avec d’autres
héritiers. C’est seulement en l’absence d’héritiers qu’il prenait la totalité de la succession.
Le conjoint était exclu de la succession en présence d’enfants et de descendants d’eux. Le
conjoint est également exclu en présence d’ascendants et de collatéraux privilégiés (art 23
ancien). C’est en l’absence de successible au 12ème degré que le conjoint survivant pouvait
prétendre à la totalité de la succession (art. 39 ancien de la loi sur les successions).
Néanmoins le statut du conjoint survivant était amélioré par l’interférence de plusieurs lois. Par
exemple la loi relative au mariage par le biais du legs matrimonial, les dons, et les legs, il y a
également la loi relative à la minorité qui fait du conjoint survivant l’administrateur légal du
mineur. Il y a aussi des lois sociales qui parlent plus de la veuve mais aussi du conjoint survivant
en disant qu’il a droit à une pension de réversion.
Aujourd’hui avec la réforme de 2019, la situation du conjoint s’est améliorée. Celui-ci vient
désormais en concours avec les enfants du défunt lorsque ce dernier en a eu, pour le quart des
biens successoraux (article 25 alinéa 1). A défaut d’enfants, le conjoint survivant recueille la
moitié de la succession en présence soit des père et mère, soit des frères et sœurs (article 26
alinéa 1). Lorsqu’il n’y a ni enfant, ni père et mère, ni frères et sœurs du défunt, le conjoint
survivant recueille la totalité de la succession (article 26 alinéa 6).
(Dans la loi ancienne, les droits successoraux du conjoint survivant (le mari ou la femme)
étaient des droits quasiment théoriques. En effet, le conjoint survivant ne pouvait venir à la
succession qu’à défaut d’enfants ou de descendants d’eux et de frères et sœurs du défunt.)

La place accordée désormais au conjoint survivant s’explique par le fait qu’il est, en règle
générale, la personne qui contribue à l’acquisition des biens avec le défunt. Le classer par
conséquent, dans le dernier ordre d’héritiers apparaissait comme une injustice que le législateur
de 2019 a essayé de réparer.
Sous-Chapitre 3- les droits de l'Etat
Les droits de l’Etat en matière de succession sont de deux ordres. L’Etat dispose d’une part,
40
d’une vocation à appréhender les successions dans certaines conditions, d’autre part, l’Etat
perçoit des droits de mutation à l’occasion de toute transmission successorale.
Section 1 : La vocation successorale de l’Etat
§1-L’hypothèse de successibilité
A défaut d’héritier, la succession est acquise à l’Etat. L’hypothèse est le cas où le défunt ne
laisse ni parent, ni conjoint survivant, ni légataire universel. On parle alors d’une succession en
déshérence. Et c’est à ce moment que l’Etat vient en administrateur des domaines et est appelé
à recueillir la succession (art. 37 loi relative aux successions). Cette vocation successorale de
l’Etat se réalise rarement.
§2-LA NATURE JURIDIQUE DES DROITS DE L’ETAT
Malgré la rareté en pratique de ce droit de l’Etat, on considère que le droit reconnu à l’Etat est
un droit de souveraineté.
Ce droit reconnu à l’Etat serait conféré dans un but de police générale pour prévenir les
désordres que pourrait provoquer l’abandon des biens livrés à toutes sortes de convoitises.
B-L’IMPOT SUCCESSORAL
L’Etat perçoit à l’occasion des transmissions successorales des droits appelés droits de mutation
par décès ou droits de succession.
Ces droits de nature fiscale sont prélevés sur le capital successoral.
Section 2 : LA SUCCESSION VACANTE
La déclaration de la vacance est prononcée par le tribunal du lieu de l’ouverture de la
succession.
La succession se trouve par la suite sous l’autorité de l’administrateur des domaines, qui
demande alors l’envoi en possession.

Chapitre 4 : l’ordre public successoral

L’existence de cet ordre public successoral limite la volonté du défunt a la liberté de disposer à
titre gratuit de ces biens. Cet ordre public s’exprime principalement mais non exclusivement à
propos des règles de la dévolution légale avec l’institution d’un droit à réserve au profit de
41
certain héritier et s’exprime aussi par la prohibition des pactes sur succession future.

Section 1. La réserve héréditaire

La présence d’une famille proche limite la liberté du disposant qui ne pourra l’exercer que
sur une fraction seulement de sa future succession, fraction qualifiée de « quotité disponible ».
La portion de l’hérédité, qui se trouve assignée aux bénéficiaires désignés par la loi par une
transmission inattaquable, reçoit le nom de « réserve ».

§1. Nature et caractère de la réserve héréditaire

Aux termes de l’article 11 alinéa 2 de la loi de 1964 relative aux donations et testaments, la
réserve héréditaire est définie « comme la part des biens et droits successoraux dont la loi assure
la dévolution libre de charge à certains héritiers dit réservataires s’ils sont appelé à la succession
et si ils l’acceptent. »

On peut considérer la réserve héréditaire comme une prérogative de la parenté, auquel cas tout
parent qualifié pourra la revendiquer par le seul fait qu’elle existe et indépendamment de sa
situation successorale.

Mais on peut aussi comprendre la réserve héréditaire comme un élément, un mécanisme de la


succession ab intestat, ce qui suppose alors qu’elle ne sera attribuée qu’aux seuls héritiers
venant en rang utile et prenant la qualité d’acceptant.
Quant à sa nature elle est alors pars hereditatis, c’est-à-dire une part de l’hérédité : une part de
la succession en liaison étroite avec la vocation héréditaire, elle est donc en nature.

S’agissant des caractères de la réserve héréditaire : la réserve est d’ordre public et constitue
pour cela une part de la succession indisponible, dévolue selon les règles impératives de la
succession ab intestat. Le caractère d’ordre public de la réserve héréditaire permet à l’héritier
réservataire de faire déclarer nul les clauses restrictives ou de repousser les actes qu’on
prétendrait lui opposer du chef du défunt et qui porterait atteinte à sa réserve.
Ex : est déclarée nulle la convention relative à la réserve conclue avant l’ouverture de la
succession

Il a également un caractère collectif, c’est-à-dire que les bénéficiaires ne sont pas protégés
individuellement mais en raison de leur appartenance à une famille. Ils ont un droit indivis sur
cette réserve et c’est e partage qui fixera les parts de chacun sur tel ou tel bien de la succession.
De sorte que la part de l’héritier réservataire qui renonce accroit celle des héritiers réservataires
qui acceptent la succession.
Le régime juridique de la réserve légale et de la quotité disponible est règlementé par les articles
42
11 à 14 de la loi no64-380 relative aux donations entre vifs et aux testaments.
Ces dispositions traitent du calcul de la réserve, du contrôle du dépassement de la quotité
disponible, de la sanction de la réserve, à savoir la réduction des libéralités excédentaires.

§2. Attribution et détermination du montant de la réserve héréditaire

Les liens particuliers qui unissent les deux époux ont justifié l’adoption de règles dérogatoires
au droit commun s’agissant de la quotité disponible en présence d’héritier réservataire.
L’ensemble de ces dispositions constituent la quotité disponible spéciale entres époux.

A. La réserve héréditaire dans la ligne directe

1. la réserve des descendants

Aux termes de l’article 11, sont héritiers réservataire tous les descendants du de cujus, et ce
quelle que soit leur filiation. Selon cet article : « les libéralités…ne pourront excéder le quart
des biens du disposant si, à son décès, il laisse des enfants ou des descendants d’eux ».
La réserve reconnue à tous les descendants du défunt ne varie pas dans son montant selon le
nombre d’enfants qu’ils laissent à son décès comme c’est le cas en France.
Ainsi au terme de l’article 11 la réserve héréditaire des descendants est de trois quart de la
succession => ¾ et la quotité disponible est du quart =>1/4 de la succession.
En réalité l’article 11 détermine non le montant de la réserve héréditaire, mais celui de la quotité
disponible.
Ce qui s’agissant de la nature juridique de la réserve héréditaire, conforterait plutôt la nature
pars hereditatis de cette dernière.
La réserve héréditaire des descendant soulève deux questions principales : :
Que faut il entendre par le terme « enfant » employé dans l’article 11 ?
Que fait il entendre par l’expression « laissé au décès » contenu dans le même texte ?

a. sens du terme « enfant » employé dans l’article 11

C’est l’article 11 qui nous fournit la réponse, il faut entendre sous le terme enfant, les
descendants en quelques degrés que ce soit encore qu’ils ne doivent être comptés que pour
l’enfant dont ils tiennent la place dans la succession du disposant.

Ainsi, les descendants qu’il viennent par représentation ou de leur chef à la succession du défunt
ne seront conter que pour l’enfant dont ils tiennent leur auteur.

b. sens de l’expression « laissé au décès » contenu dans l’article 11

Il faut entendre par l’expression « laissé au décès », les enfants qui acceptent la succession et
les indignes.
Pour les renonçant, ils sont exclus. Sauf ceux qui sont tenus au rapport d’une libéralité.
43

2. La réserve des ascendants

Il n’est pas douteux que les ascendants sont des parents proches de leurs enfants et petits-
enfants prédécédés. Ce qui explique certainement la reconnaissance de la qualité d’héritier
réservataire aux ascendants du de cujus par l’article 11 alinéa 2 ainsi libellé « elles (libéralités)
ne pourront excéder la moitié des biens si, à défaut d’enfants ou de descendants d’eux, le
disposant laisse des frères et sœurs ou descendant d’eux, des ascendants ou un conjoint
survivant »
Eu égard à l’existence des deux ordres d’ascendants, d’une part les ascendants privilégiés et
d’autre part, les ascendants ordinaires, la question se pose de savoir si tous les ascendants sont
des réservataires.
Une réponse affirmative paraît devoir s’imposer pour deux motifs : d’un côté, la généralité des
termes de l’article 11 susvisé ; d’un autre côté, il est défendu de faire des distinctions là où la
loi n’en fait pas.
Pour ce qui est du montant de la réserve légale des ascendants, la disposition de l’article 11,
alinéa 2 précité fixe à la moitié de la succession. Conséquemment, la quotité disponible est de
la moitié de la succession.
Comme pour les descendants, la réserve reconnue à tous les ascendants du défunt ne varie pas
dans son montant selon le nombre de ascendants qu’ils laissent à son décès.

B. La réserve héréditaire dans la ligne collatérale

La réserve légale et de la quotité disponible des collatéraux est règlementé par les articles 11,
alinéa 2 de la loi no 64-380 relative aux donations entre vifs et aux testaments.
De cette disposition, qui parle de « frère et sœurs ou descendants d’eux », on peut affirmer que
seuls les collatéraux privilégiés sont des héritiers réservataires. Sont donc implicitement exclus
du cercle des héritiers réservataires, les collatéraux ordinaires, c’est-à-dire les oncles, tantes,
cousin, cousines et leurs descendants
Pour ce qui est du montant de la réserve légale des collatéraux privilégiés, la disposition de
l’article 11, alinéa 2 précité fixe également à la moitié de la succession. Ainsi, leur quotité
disponible est de la moitié de la succession.

C. La réserve héréditaire du conjoint survivant

C’est la loi no 64-380 relative aux donations entre vifs et aux testaments qui a accordé un droit
à réserve au conjoint survivant, a certaine condition toutefois
à savoir :
- qu’il ne soit pas divorcé
- qu’il n’existe par contre lui de jugement de séparation de corps passé en force de chose
jugée
La loi de 1960 améliore la situation du conjoint survivant en lui reconnaissant un droit à réserve.
44
Pour ce qui est du montant de la réserve légale du conjoint survivant, la disposition de l’article
11, alinéa 2 précité fixe également à la moitié de la succession. La quotité disponible est
naturellement de la moitié de la succession.

§3. La réduction des libéralités pour atteinte à la réserve héréditaire

La protection de la réserve héréditaire impose la réduction des libéralités faites par le de cujus
qui excède la quotité disponible.

Pour savoir s’il y a lieu de réduire une libéralité, il est nécessaire dans un premier temps de
déterminer les montants de la réserve héréditaire et de la quotité disponible.
Apres avoir chiffré chacune de ces deux amasses, il convient de procédé ensuite à l’imputation
des libéralité et cette opération permettra de connaître si c’est la réserve héréditaire ou si c’est
la quotité disponible qui est diminuée par la libéralité.

Ces deux opérations constituent un préalable indispensable à l’exercice effectif du droit de


critique accordé aux
héritiers réservataires qu’est l’action en réduction des libéralités qui excédent la quotité
disponible.
A. la masse de calcul de la quotité disponible ordinaire.

Selon l’article 17 de la loi de 1964 relative aux donations entre vifs et testaments, trois
opérations sont à distinguer, la quotité disponible et la réserve se calcule sur la masse du
patrimoine du défunt tel qu’il aurait été composé à son décès s’il n’avait pas fait de libéralité.

Trois opérations :
- détermination et estimation des biens existant au décès
- déduction du passif
- réunion fictive des biens donnés entre vifs et leur estimation

1) Détermination et estimation des biens existants au décès

En principe tous les biens existant du de cujus dans son patrimoine au jour de son décès et dont
il est encore propriétaire, font parties de la masse de calcul de la quotité disponible. Tous les
biens qui ont une valeur argent. Il convient de comprendre parmi ces biens ceux qui font l’objet
d’un legs ainsi que ceux qui font l’objet d’une institution contractuelle. Les créances que le de
cujus pouvait détenir sont également comprises dans les biens existants.
En revanche certain biens ayant appartenus au de cujus jusqu’à son décès ne sont pas compris
45
dans
la masse de calcul de la quotité disponible au titre des biens existants :
- les biens qui n’ont aucune valeur pécuniaire (exemple : papier, portrait de famille),
- ni les droits patrimoniaux viagers comme un usufruit, qui disparaît avec le décès,
- ni les biens qui font l’objet d’une succession anomale ou d’un droit de retour légal à conditions
que les biens se retrouvent en nature dans la succession du de cujus donataire. Exemple : si les
biens objet d’une succession anomale ont été légués, la succession anomale ne s’ouvrant pas,
lesdits biens sont compris dans la succession ordinaire.
- ni les biens qui font l’objet d’un droit de retour conventionnel

Les biens existants sont estimés au jour du décès et dans l’état ou il se trouve à cette date.
2) La déduction du passif

La quotité disponible se calcule sur l’actif net, il convient donc de déduire les dettes du défunt,
l’article 1 susvisé indique clairement que la réunion fictive des biens donnés doit être postérieur
à la déduction du passif. Cette solution parait logique puisse que les créanciers ne peuvent pas
bénéficier de la réduction des libéralités (article 15), or si la déduction des dettes ne se faisait
qu’après avoir réuni fictivement les biens donnés au bien existant, dans l’hypothèse où le passif
est supérieur à l’actif, l’excédent des dettes devrait être imputé sur les biens donnés ce qui est
contraire à l’article 17.

La déduction du passif tel que prévu à l’article 17 peut conduire à deux situations :
- Si l’actif excède le passif on obtient l’actif net existant auquel on réunit les bien
donnés

- Si la déduction des dettes dégage un solde négatif, on ne peut l’imputer sur la valeur des biens
donnés. Ce solde doit alors être tenu pour nul, et la masse de calcul de la quotité disponible sera
en conséquence égale à la valeur des biens donnés.

Ce passif comprend toutes les dettes dont le de cujus était tenu au jour de sa mort, à condition
qu’il s’agisse de dette civile et non de somme que le de cujus croyait devoir, pour remplir par
exemple son devoir de conscience. De même que l’on compte dans l’actif les créances que le
défunt pourrait avoir, il convient de déduire les créances de l’un des héritiers contre la
succession (exemple : frais funéraire, frais de liquidation et de partage).

3) La réunion fictive des biens données entre vifs et leur estimation

La réunion aux biens existants après déduction du passif des biens donnés entre vifs et d’ordre
public, le donateur ne peut écarter cette réunion des biens donnés.
La réunion des biens données entre vif à l’actif net n’est que fictive, il s’agit d’une pure
opération comptable qui n’oblige le bénéficiaire à aucune restitution de bien réelle. Les legs
faisant parties de l’actif, il s’agit donc de tous les biens dont le défunt à disposer entre vifs, quel
46
qu’en soit la nature et peu importe la qualité du gratifié.

Aux termes de l’article 17, les biens donnés doivent être évalués d’après leur état et d’après leur
valeur au jour de la donation.
Il n’est pas tenu compte de l’augmentation de valeur du bien donné en raison des améliorations
apportées par le donataire comme d’autre part des détériorations imputables au fait ou à la faute
du donataire.

Ces trois opérations permettent de calculer la quotité disponible ordinaire et par voie de
conséquence la réserve héréditaire, il ne reste plus qu’à comparer les libéralités faites par le DC
avec la quotité disponible ainsi calculée. C’est l’opération d’imputation des libéralités, elle
permet de constater et de mesurer l’excès éventuel qui traduit l’atteinte à la réserve héréditaire.

B/ L’imputation des libéralités

L’imputation des libéralités obéit à un certain nombre de règles et l’ensemble de ces règles
conduit à distinguer la question de l’ordre d’imputation et le secteur d’imputation.

1) L’ordre d’imputation des libéralités

Aucun texte ne règle expressément la question de l’ordre dans lequel les différentes libéralités
doivent être imputé, en revanche elle prévoit l’ordre dans lequel les libéralités doivent être
réduite, lorsqu’il a été constaté après imputation qu’elle dépasse la quotité disponible, l’ordre
d’imputation est donc l’ordre inversé des réductions.
Ainsi on impute d’abord les donations entre vif dans leur ordre chronologique, puis les legs et
libéralité assimilée (institution contractuelle entre époux)

2) Le secteur d’imputation

L’imputation des libéralités ne présente aucune difficulté particulière lorsque l’on se trouve en
présence de libéralité faite à des étrangers ou à des héritiers non réservataires. Le gratifié
n’ayant aucun droit sur la réserve héréditaire la libéralité ne peut s’imputer que sur la quotité
disponible, elle devient réductible dès qu’elle dépasse le montant du disponible.

Le système est plus complexe lorsque les libéralités ont été adressées à des héritiers
réservataires. Selon l’article 19 de la loi relative aux donations entre vifs et aux testaments : «
si la donation entre vifs réductible a été faite à l’un des successibles, il pourra retenir sur les
biens donnés, la valeur de la portion qui lui appartiendrait comme héritier dans les biens non
disponibles, s’ils sont de la même nature. On peut donc dire que la donation faite en avancement
d’hoirie (de part successorale), s’impute sur la quotité disponible et subsidiairement sur sa part
47
de réserve.

Cette interprétation et le mode d’imputation correspondant fait des libéralités consenties aux
héritiers réservataires, des libéralités préciputaires c’est-à-dire dispensées du rapport à la
succession. Ce qui correspond à la volonté du législateur ivoirien qui n’a pas institué de rapport
des libéralités.

C/ La réduction des libéralités

Elle ne peut être demandée que si la quotité disponible est dépassée après imputation des
libéralités faites par le défunt.
Il faut déterminer l’ordre dans lequel les libéralités réductibles seront réduites.

1) L’ordre de réduction des libéralités


Aux termes de l’article 19, on réduit tout d’abord les legs et libéralités assimilées puis ensuite
les donations entre vifs et ce en commençant par la plus ressente en date (=> par la dernière
donation).
Il est prévu à l’article 19 que la réduction des dispositions testamentaires, se fera au marc le
franc, sans aucune distinction entre les legs universels et les legs particuliers. On fait ainsi subir
aux legs une réduction proportionnelle à leurs valeurs puisque prenant tous effets au décès ils
sont de principe d’exécution simultanée. Il est permis au testateur de déclarer de manière
expresse qu’il entend que tel legs soit acquitté par préférence aux autres, le legs ainsi préféré
ne sera réduit que si la valeur des autres legs ne remplirait pas la réserve légale.

Exemple de la réduction au marc le franc :


C’est une technique proportionnelle : chaque legs est amputé d’une quote-part du trop légué =
a la fraction qu’il représente de l’ensemble des legs.
Ex : deux enfants A et B. la masse de calcul de la quotité disponible = 80 millions. Deux legs
particuliers,
l’un de 10 millions l’autre de 15 millions ont été consentis respectivement à A et B.
La quotité disponible est ici = 1/4 et la réserve légale de 3/4 en application de l’article 16.
Si on chiffre les deux masses : quotité disponible = 20 millions et réserve globale = 60 millions.
L’imputation concurrente des legs révèle un excédant = 5 millions. A savoir 10 millions + 15
millions = 25 millions (montant total des deux legs particulier) – 20 millions (montant de la
quotité disponible) = 5 millions (excédent).
A supporte la réduction proportionnellement à ce que représente son legs par rapport à la somme
des deux legs, soit
(10 millions x 5 millions) / 25 millions = 2 Son legs est donc amputé de 2 millions de sorte qu’il
ne recevra que 10 millions - 2 millions = 8 millions
B contribue à l’effort de réduction pour (15 millions x 5 millions) / 25 millions = 3 millions. La
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réduction qu’il doit supporter est de 3 millions De sorte qu’il ne recevra que 15 millions – 3
millions = 12 millions.
Méthode: montant à réduire sur chaque legs = (valeur du legs X excédent) / total des legs

Cette réduction proportionnelle se fait sans distinction entre legs universel et particulier.
Cependant, il faut tenir compte du fait que le légataire universel supporte en toute hypothèse la
charge des legs particuliers, donc l’émolument du légataire universel doit être calculé déduction
faite du ou des legs particuliers. Cette réduction proportionnelle se fait sans distinction entre
legs universel et particulier.

Donc s’agissant des legs la réduction se fait au marc le franc.


Toutefois, il est permis au testateur de déclarer de manière expresse qu’il entend que tel legs
soit acquitté par préférence aux autres. Et le legs ainsi préféré ne sera réduit que autant que la
valeur des autres legs ne remplirait pas la réserve légale.

Les donations entre vifs sont réduites successivement en commençant par les plus récentes d’où
l’intérêt de connaitre leur date. Il n’y a pas de problème parce qu’elles sont faites par acte
notarié.
Quant au mécanisme de la réduction, le principe c’est la réduction en nature, mais la réduction
en valeur a fait des progrès considérables.

2. le principe de la réduction en valeur

La réduction des libéralités se fait en principe en valeur, que le gratifié soit un successible ou
non (article 19).
La réduction en valeur d’une libéralité se solde par le versement d’une « indemnité de réduction
».
Il est prévu que le gratifié pourra exécuter cette réduction en nature lorsque le bien donné ou
léguer lui appartient encore et qu’il est libre de toute charge.

Hormis le cas où le gratifié choisit d’exécuter la réduction de sa libéralité en nature, reste une
hypothèse ou ce type de réduction s’impose : c’est celle où le gratifié débiteur de l’indemnité
de réduction est insolvable et qu’il a aliéné le bien, objet de sa libéralité (article 25).
Le texte prévoit alors que les héritiers réservataires pourront exercer l’action en réduction ou
en revendication contre les tiers détenteurs des immeubles objet des libéralités et qui ont été
aliéné par le gratifié. Sauf si le donateur et tous les héritiers réservataires présomptifs ont
consentis à l’aliénation du bien donné.
De même, s’agissant des biens légués dans l’hypothèse où les héritiers réservataires ont
consentis à l’aliénation du bien objet du legs.
L’action contre le tiers détenteur sera une action en réduction si la donation n’est déductible
49
que partiellement, et une action en revendication dans l’hypothèse où la donation est réductible
pour le tous.

A la suite de l’action dirigée contre lui, le tiers doit restituer en nature ce qui excède la quotité
disponible.
Il peut cependant éviter la perte de son droit en payant aux héritiers réservataires la somme que
le donataire aurait versé s’il avait été solvables, quitte alors au tiers à exercer contre le gratifié
une action récursoire ultérieure.

Lorsque la réduction s’exécute en nature, le donataire restituera les fruits de ce qui excède la
portion disponible et ce à compter du jour de la demande (Article 23).

3. l’exercice du droit à réduction

Aux termes de l’articles 16, la réduction des dispositions entres vifs ne pourra être demandée
que par ceux au profit desquels la loi institue la réserve : les héritiers ou ayant cause.
Ainsi ni les donataires ni les légataires ni les créanciers du défunt, ne peuvent demander cette
réduction ni en profiter.
Les héritiers réservataires sont donc seuls titulaires du droit à réduction, seuls titulaires de
l’action en réduction.

L’article 16 n’envisage que la réduction des dispositions entre vifs. C’est que s’agissant des
legs, les héritiers réservataires n’ont pas besoin d’exercer une action pour faire valoir leur droit
à réduction, puisqu’il leur suffi de refuser la délivrance des legs au légataire dans la mesure ou
leur legs est excessif. Pour les donations entres vifs en revanche, la réduction s’opère par voie
d’action.
Section 2. La prohibition des pactes sur succession future.

La prohibition de tels actes date du Code civil de 1804. Elle est affirmée dans plusieurs articles.
L’article 1130 du code civil pose le principe en ces termes : «on ne peut cependant renoncer à
une succession non ouverte ni faire aucune stipulation sur une pareille succession, même avec
le consentement de celui de la succession duquel il s'agit ». L'article 59 de la loi de 1964 le
complète: «on ne peut renoncer à la succession d'un homme vivant ni aliéner les droits éventuels
qu'on peut avoir à cette succession". Aujourd’hui l’article 6 de la loi du 26 juin 2019 relative
aux successions interdit expressément les pactes sur succession future en ces termes : « Est
nulle et de nul effet toute convention ayant pour effet une succession non encore ouverte ; qu’il
s’agisse de convention sur la succession d’autrui ou de convention sur sa propre succession,
sauf dans les cas prévus par la loi.

§1 : La notion de pacte sur succession future : principe

Faute de définition légale c’est la jurisprudence qui a précisé la notion :


La C. cass définit le pacte sur succession future comme « une stipulation ayant pour objet
50
d’attribuer, en dehors des cas limitativement prévus par la loi, un droit privatif sur tout ou partie
d’une succession non ouverte même avec le consentement de celui de la succession duquel il
s’agit ».
Toujours selon la C. cass, « constitue un pacte de succession future et est donc prohibé, toute
convention qui tente de modifier la dévolution d’un bien du de cujus ».

Constitue un pacte sur succession future toute convention qui intervient en considération d’une
succession non encore ouverte, et par laquelle l’une des parties se fait attribuer ou abdique des
droits purement éventuels dans cette succession.

Un pacte sur succession future est un accord qui porte donc sur les biens que le futur défunt
possède et sur ceux qu'il possédera et laissera à sa mort.
Ce type d'accord est, en principe, interdit car il s'agit de garantir au futur défunt le respect de
ses dernières volontés, et de protéger les héritiers présomptifs contre de mauvaises influences.
Selon ce principe, on ne peut valablement conclure un acte ayant des effets définitifs sur une
succession éventuelle. Ainsi, on ne peut renoncer à l'avance à la succession à laquelle on sera
appelé. De même, quel que soit le caractère onéreux ou gratuit de l'acte, on ne peut transmettre
les droits que l'on tiendra dans la succession d'une autre personne.

Sont qualifiés de pacte sur succession future, attribuant ou abandonnant un droit éventuel,
- la renonciation avant le décès au bénéfice d’une institution contractuelle (c’est-à-dire la
désignation d’un successeur irrévocable par contrat qui n’est autorisée qu’exceptionnellement
et par contrat de mariage), le bénéficiaire étant titulaire sur la succession du disposant d’un droit
seulement éventuel quant à son objet
- L’acte par lequel une personne reconnaît devoir une certaine somme et stipule que cette
somme sera prélevée à son décès sur la part revenant à tel héritier.

Le pacte n'est interdit que s'il confère à une personne un droit sur une succession future et il
faut le distinguer de ce qu'on appelle le « contrat post-mortem » conférant un droit actuel au
contractant, ce droit ne pouvant être exigé qu'après le décès.
Le pacte sur succession future (interdit) porte sur des droits éventuels dans la succession (le
bien fera encore partie ou non du patrimoine du donateur) ; le pacte post-mortem (licite) porte
sur des droits actuels mais ne prend effet qu'au moment du décès.

§2 :Les exceptions

Néanmoins, certains pactes sont licites parce qu'ils favorisent la famille et la transmission du
patrimoine en général. Ces exceptions sont admises par l’article 6 qui réserve les cas prévus par
la loi comme exception à l’interdiction des pactes sur succession future. Déjà l’Article 1130
alinéa 2 du Code civil précisait : on ne peut faire de tels pactes que dans les conditions prévues
par la Loi.
Ce sont les "pactes post-mortem".
- Ainsi, est valide la clause du contrat de mariage par laquelle un époux est autorisé à acquérir
51
dans la succession de son conjoint tel bien qui appartient personnellement à ce dernier, ce bien
étant souvent un fonds de commerce lorsque les époux sont des commerçants. Cette clause est
appelée "clause commerciale".

- De même, la loi valide le pacte de renonciation aux droits successoraux réciproques entre
époux dans le régime de la séparation de corps par consentement mutuel : chacun des époux
peut renoncer aux droits auxquels il pourrait prétendre dans la succession de l'autre.

- La donation-partage faite par des ascendants au profit de leurs descendants, elle ne peut porter
que sur des biens présents (donc pas succession future) mais elle organise par contrat le futur
partage des biens entre les héritiers.

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