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AOAA _ v.0.

Introduction générale

L’autonomie financière étant un des fondements essentiels de l’autonomie


locale1, l’ordonnancement normatif régissant la fiscalité locale au Cameroun se doit
d’avoir un impact sur l’augmentation significative des recettes des collectivités locales.
Il contribuerait ainsi à soutenir la consécration constitutionnelle de la libre
administration2 reconnue aux collectivités territoriales décentralisées.

Les finances des collectivités territoriales, créées par la loi et garanties par la
constitution3, devraient être alimentées de moyens et ressources appropriés et
importants. Dans le prolongement d’une dynamique constructive et de mise en œuvre
de la décentralisation, le corpus légal qui la régit doit promouvoir le principe de la
libre administration des collectivités territoriales décentralisées (CTD), qui énonce en
substance qu’elles s’administrent librement, de façon autonome, dans les conditions
prévues par la loi, par des conseils élus et disposent d’un pouvoir réglementaire pour
exercer toutes libres compétences. En conséquence, elles bénéficient de ressources
dont elles peuvent disposer librement dans les conditions fixées par la loi4.

A ce titre, les ressources concourant à financer le budget des collectivités


territoriales décentralisées camerounaises proviennent des recettes en gestion propres,
des recettes en gestion partagée et des recettes de péréquation5.
1
Jean Claude BRUNEL, L’avenir de l’autonomie financière des collectivités locales, bureau du conseil économique et
social, France, 29 février 2009.p.1.
2
Voir titre X, article 55, alinéa 2, de la constitution de la République du Cameroun du 16 janvier 1996. Comparer à l’article
72 de la constitution Française. Lire aussi (C). BACOYANNIS, Le principe constitutionnel de libre administration des
collectivités territoriales, Economica. PUAM, 1993, et (A). BOUX, Le principe constitutionnel de la libre administration
des collectivités territoriales, RFDA. 1992, p. 435.
3
Titre X, article 55, alinéa 1, de la constitution de la République du Cameroun du 16 janvier 1996. Voir aussi (C).
AUTEXIER « l’ancrage constitutionnel des collectivités de la République, RDP, 1981, p.581.
4
. Abondant dans le même sens que l’alinéa 2, de l’article 55, stipulant que les « les collectivités territoriales décentralisées
(…) s’administrent librement (…) dans les conditions fixées par la loi», (Loïc) PHILIP soutient quant à lui que, « même si la
libre administration a été consacrée comme principe constitutionnel depuis 1979, la constitution précise bel et bien que c’est
à la loi d’en déterminer les principes fondamentaux. C’est au législateur qu’il revient de déterminer l’étendue du pouvoir
budgétaire et fiscal des collectivités territoriales décentralisées ». Lire à ce sujet (L) PHILIP, L’autonomie financière des
collectivités territoriales, Les Cahiers du Conseil Constitutionnel, N°12/2002.p.152. Lire aussi (F). MODERNE (sous la
direction de), Les nouvelles compétences locales, Economica, 1985, p.78 ; (J) MORAND-DEVILLER et (S)
MONCHAMBERT, les nouvelles responsabilités des collectivités locales, RDP 1988, p.991.
5
Comparer à la fiscalité des collectivités territoriales françaises qui regroupe plutôt trois types de ressources alimentant le
budget des collectivités locales. On parle plutôt ici :
- De recettes fiscales propres qui regroupent les impôts dits d’Etat qui ont, conformément à l’ordonnance du 07
janvier 1959, remplacés l’archaïque système « des centimes additionnels communaux ». Ce sont : la taxe foncière
sur les propriétés bâties ; la taxe foncière sur les propriétés non bâties; la taxe d’habitation; la taxe professionnelle
(ex patente), de loin la plus productive; les taxes sur les ventes immobilières ; les taxes sur les permis de

1
AOAA _ v.0.

Les recettes en gestion propre6 concernent les recettes dont la commune a


la gestion de la chaîne de mobilisation, depuis la détermination de l’assiette,
jusqu’au recouvrement, en passant par l’émission. Ces recettes proviennent des
taxes communales indirectes. C’est le cas notamment des taxes d’abattage,
d’inspections sanitaires et vétérinaires, de stationnement, des taxes sur le
divertissement, sur la publicité, des droits de place sur les marchés, des droits
sur les permis de bâtir, des amendes de simple police7.

Les recettes en gestion partagée8 sont constituées de deux sous groupes :

- Le premier sous groupe comprend les impôts et taxes dont la totalité


des produits revient aux communes et au Fond d’équipement inter
communal (FEICOM). Il s’agit de l’impôt libératoire, de la
contribution des patentes9, de la contribution des licences, de la taxe
sur le bétail, de la taxe sur les armes à feu, la taxe communale
directe10 .
- Le second sous groupe comporte les recettes affectées à l’Etat et aux
communes : c’est le cas notamment de la quote part de 50% des droits
conduire et les cartes grise.
- De ressources de transfert qui sont des subventions et dotations attribuées par l’Etat. Traditionnellement sous la
forme de subventions spécifiques, utilisables seulement pour une fin bien déterminée, et approuvée par l’Etat, pour
certaines d’entre elles, sous la forme de subventions globales, dont l’emploi est librement déterminé par la
collectivité bénéficiaire. Ainsi, a d’abord été crée en 1983 une dotation globale de fonctionnement (DGF) ; suivi
d’une dotation globale d’équipement (DGE) et d’une dotation générale de décentralisation (DGD).
- De fonds d’emprunts principalement contractés auprès d’organismes publics ou semi-publics : notamment, les
caisses d’épargne, le crédit agricole et le crédit local de France, sociétés anonymes ayant succédé, en vertu du
décret du 6 octobre 1987, à la caisse d’aide à l’équipement des collectivités locales (créée, sous forme
d’établissement administratif, par le décret du 4 mai 1966). Recettes. Voir (R) CHAPUS, Droit administratif
général, tome 1, 15ème édition, Paris, Montchrestien, aout 1999.p.305-306.
6
Cf. Loi n°74/023 du 5 décembre 1974, portant organisation communale et ses modifications subséquentes. Voir aussi
TITRE II, Chapitre I, sous section 1, Articles 11 à 23, de la Loi n° 2009/011 du 10 juillet 2009, portant régime financier des
collectivités territoriales décentralisées.
7
Voir TITRE IV, Chapitre I et II, (Art. C57-C113), code général des impôts (CGI), édition officielle du Ministère des
Finances, Direction Générale des Impôts, mise à jour au 1 er janvier.2011, pp.292-308. Lire aussi Le précis de la doctrine
fiscale 2010.
8
Voir TITRE II, Art. C7, (p.267). Chapitres I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, (pp.267-290). TITRE III, Art. C53 à C56. (p 291)
et TITRE VI, Art. C116-C117, (pp.310-311). Idem.
9
Rappelons qu’en France, la patente certainement jugée inefficace, a été remplacée par la taxe professionnelle, plus
productive qui sera instituée par la loi du 29 juillet 1975. Compléter cette idée en lisant (R) CHAPUS, Droit administratif
général, op.cit .p.304- 305 et 306.
10
Cf. Le décret 80/017 du 15 janvier 1980, fixant les taux maxima des taxes communales directes (taxe d’eau, taxe sur
l’éclairage, taxe d’enlèvement des ordures ménagères, etc.).

2
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d’enregistrement sur les ventes et baux immobiliers, de la redevance


forestière annuelle (RFA), de la redevance minière sur l’exploitation
des carrières affectées pour 25% aux communes, 15% aux populations,
10% aux services d’inspection et 50% à l’Etat.

Les recettes de péréquation11 sont des recettes dont l’assiette, l’émission et


le recouvrement sont assurées par la chaîne fiscale de l’Etat et dont une quote
part additionnelle ou déduite, est repartie aux communes et au FEICOM. Ces
recettes concernent les centimes additionnels communaux 12, dont le taux de
prélèvement est de 10% du principal de l’impôt sur le revenu des personnes
publiques (IRPP), l’impôt sur les sociétés (IS), la taxe sur la valeur ajoutée
(TVA), la taxe sur les jeux et la taxe sur la propriété foncière.

Afin de garantir la libre administration13 des collectivités territoriales


décentralisées, les recettes fiscales propres desdites collectivités territoriales
doivent représenter pour chacune d’elles, une part déterminante 14 de l’ensemble
de leurs ressources.

En l’absence de la définition de la « part déterminante », pour cause de


censure du conseil constitutionnel, la loi dispose seulement que cette part
déterminante ne peut être inférieure au niveau constaté au titre de l’année 2003.
Très concrètement, cette « part déterminante » de ressources propres, a été
définie par la loi organique du 29 juillet 2004 qui stipule que, « l’addition des
recettes fiscales et des ressources propres de chaque catégorie de collectivité
11
Voir TITRE II, Art. C7, (p.267). Chapitres I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, (pp.267-290). TITRE III, Art. C53 à C56. (p
291) et TITRE VI, Art. C116-C117, (pp.310-311). Voir aussi Livre 1 er, TITRE II Art.125 à 131.ibid. Comparer les recettes
de péréquation camerounaise aux ressources de transfert français pour ce faire voir supra p.4 (note 7).
12
Voir clé de répartition du produit des impôts, droits et taxes parafiscales. Cf. Circulaire conjointe n°0002335
MINATD/MINFI du 20 octobre 2010, précisant les modalités d’application de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009
portant fiscalité locale; et l’instruction n° 11/002/I/MINFI/SG/DGTCFM/CLC du 28 février 2011, portant création des
comptes et institution de la procédure de comptabilisation des impôts communaux perçus par l’Etat. Comparer encore à voir
TITRE III, Art. C53 à C56. (p 291). ibid
13
Lire Louis FAVOREU, Décentralisation et constitution, in R.D.P., 1982, p.1259 ; Libre administration et principes
constitutionnels, in La libre administration des collectivités locales, réflexion sur la décentralisation, Economica, Paris,
1984, p.63.
14
Voir article 72-2-C, de la loi constitutionnelle du 28 mars 2003, relative à l’organisation décentralisée de la République
française, consacrée aux ressources des collectivités territoriales. Lire Décision n° 2004-500 DC du 29 juillet 2004, du
Conseil constitutionnelle sur la « part déterminante ».

3
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territoriale sont constituées du produit des impositions de toutes natures, dont la


loi autorise à fixer l’assiette, le taux ou le tarif, ou dont elle détermine, par
collectivité, le taux ou une part locale d’assiette, des redevances pour services
rendus, des produits du domaine, des participations d’urbanisme, des produits
financiers et des dons et legs ».

Les fondements véritables de tout pouvoir politique reposent sur la


détention d’un pouvoir fiscal libre, indépendant et autonome 15, qui s’alimente
par ses propres ressources et non par la simple gestion de moyens financiers
procurés et concédés par des tiers.

La décentralisation16, système d’administration consistant à permettre à


une collectivité humaine ou à un service de s’administrer eux-mêmes, sous le
contrôle de l’Etat, en les dotant de la personnalité juridique, d’autorité propres et
de ressources, est une technique d’organisation administrative qui, en plus du
sacro saint principe de la libre administration déjà évoquée, se particularise par
la reconnaissance d’importantes compétences décisionnelles à des institutions
distinctes de l’Etat. Elle consacre parmi ses critères fondamentaux 17, la détention
par les CTD de moyens matériels (biens, infrastructures et équipements),
humains (agents) et financiers (budget) propres.

Ceci suppose que pour mieux assumer la participation du plus grand


nombre de citoyens dans la gestion des intérêts régionaux ou locaux,
promouvoir18 le développement des orientations économiques, sociales,

15
(M)BOUVIER, Autonomie fiscale locale et libre administration des collectivités locales, RFFP, N°81, mars 2003, p.27-
28.
16
(R) GUILLIEN (R) et (J) VINCENT, Lexique des termes juridiques, 17ème édition, Paris, Dalloz, 2010, p. 224. Lire aussi
les articles 2 et 4 de la loi n°2004 -17 du 22 juillet 2004 portant orientation de le décentralisation qui disposent
respectivement dans leur alinéa 1er que « la décentralisation consiste en un transfert par l’Etat aux CTD, ci-après désignées les
collectivités territoriales, des compétences particulières et des moyens appropriés, » les collectivités territoriales sont des
personnes morales de droit public. Elles jouissent de l’autonomie administrative et financière pour la gestion des intérêts
locaux (…)
17
(J) BAGUENARD, La décentralisation, Paris, PUF, 7ème édition, collection « Que sais-je ? », n°1879, février
2004.passim.
18
Cette promotion transparait clairement dans le 2 ème paragraphe de l’alinéa 2 du titre X, article 55 de la constitution de la
République du Cameroun du 16 janvier 1996.

4
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culturelles et sportives desdites collectivités territoriales, ces dernières devraient


pour assurer cette autonomie et véritablement s’administrer librement, être
capables de susciter et de générer des ressources propres pour leur
fonctionnement19. Une bonne exécution des opérations d’émission, de collecte et
de recouvrement des impôts et taxes communaux constituent la clé de voûte du
bon fonctionnement des entités locales infra étatiques 20 et soutient la viabilité, la
vitalité et l’embellie financière des recettes locales et donc des budgets
communaux21.

Mais l’exécution optimale du budget des CTD semble difficile du fait des
déséquilibres financiers dus à la faible productivité des taxes et impôts locaux et
la difficulté, voire la quasi impossibilité de recouvrer de façon satisfaisante
lesdites recettes22. En effet, la difficulté qu’éprouve les CTD pour générer les
ressources propres constantes et croissantes, grâce à une levée conséquente et
importante des recettes et taxes communales, bref leur incapacité à
s’autofinancer à partir des impôts locaux 23 risquent de les faire dépendre presque
toutes des ressources et concours financiers de l’Etat 24, ce qui, par effet domino,
hypothéquerait leur survie institutionnelle et fragiliserait fortement le principe
de libre administration des CTD telle que labélisé au Cameroun 25.

19
(R) CHAPUS, Droit administratif général, tome 1, 15ème édition, Paris, Montchrestien, aout 1999.p.304.
20
(Alain) MOYRAND, Les pays d’outre-mer transforment la République française en un Etat autonomique, réflexions
sur la création d’une nouvelle catégorie des collectivités publiques infra étatiques, Droit constitutionnel, in Etudes
rassemblées et coordonnées par Patrick Fraisseix, Patrice GELARD (dir), Mélanges, Montchrestien, page.187-197.
21
(J) BODIN, La République, (1576), cité par Jacques BUISSON et Alexandre MAITROT de La MOTTE, énonce et
affirme que « les finances sont le nerf de la République » Adage qui s’est vite popularisé en se transformant en « les
finances (ou trivialement, l’argent) est le nerf de la guerre » in Droit, collection Mention, Edition Eyrolles, 2007, p.233.
22
Lire dossier « Imbroglio autour de la collecte des taxes communales », in le quotidien le jour n°0710 du 16 juin 2010. pp.
2-3.
23
Les ressources des collectivités territoriales décentralisées représentent moins de 1% du produit intérieur brut (PIB) et
moins de 5% des recettes budgétaires de l’Etat. Lire J.P. KUATE, Les collectivités territoriales décentralisées au
Cameroun, recueil des textes, 4ème édition, Les dynamiques locales, Douala, 2007, p.15. Lire aussi Le rapport général du
Ministère des Finances de la république du Cameroun sur la réforme fiscale, Yaoundé, 2007, p. 69.
24
Rappelons toutefois qu’une part très importante des subventions versées par l’Etat est désormais, en principe
globalisée. ???? À approfondir auprès du MINATD ; Cf. (M-J) GUEDON, op.cit. p.188.
25
Se référer aux différents textes normatifs encadrant la mise en place du processus de la décentralisation consacré par la loi
constitutionnelle du 18 janvier 1996, notamment les Loi N°2004-17 du 22 juillet 2004 portant orientation de la
décentralisation ; Loi n°2004-18 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes ; Loi n°2004-19 du 22 juillet
2004 fixant les règles applicables aux régions ; Loi n°2009/019 du 19 décembre 2009 portant fiscalité locale ; Loi n°2009-

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AOAA _ v.0.

L’appréhension du régime de la fiscalité des CTD est assez complexe


qu’elle ne semble paraître de prime abord, et l’analyse introductive qu’il
convient de conduire sur ce sujet de recherche, s’articule autour des axes nous
permettant de dessiner le cadre de l’étude (I) , de construire l’objet de notre
recherche (II) et de définir la démarche appropriée pour conduire l’analyse du
régime de la fiscalité locale au Cameroun (III).

I. LE CADRE DE L’ETUDE

A. LE CADRE CONCEPTUEL

La question est de savoir ce à quoi renvoi le vocable régime. Le régime


désigne de façon générale, une manière de vivre, une règle de vie ou de
conduite. Il renvoie à un ensemble de dispositions qui régissent le mode de
fonctionnement d’un objet ou d’un système particulier à l’état normal.

Etymologiquement, régime vient du latin regimen, de regere, qui veut


dire action de diriger. Le régime désigne un mode de fonctionnement d’une
organisation ou une institution politique, sociale ou économique d’un Etat. En
droit public, l’expression latine est utilisée pour gouverner les cités 26.
Ce vocable renvoie à ce qui forme l’essence, la base de quelque chose. Il
désigne et caractérise la soumission à un certain ordre, au fonctionnement d’un
système dans les conditions voulues.
Parler du régime juridique par contre, c’est désigner l’ensemble des
dispositions légales qui organisent une institution ; cette institution27. Par régime
juridique, il faut entendre un «système de règles considérées comme un tout, soit

011 du 10 juillet 2009 portant régime financier des collectivités territoriales décentralisées.
26
Ciceron, De Republica, 1, 42-43, cité par (Eric) OLIVA, Essai de définition normative du domaine des finances
publiques, in Loïc Philip, (Etude en l’honneur de), Constitution et finances publiques, op ci, p. 497.
27
Idem.

6
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en tant qu’il regroupe l’ensemble des règles relatives à la matière, soit en raison
de la finalité à laquelle sont ordonnées les règles28 ».
Le recours à la notion de régime juridique a déjà été utilisé en droit
administratif notamment pour définir l’acte administratif. La querelle doctrinale
qui opposa Charles Eisenmann et Marcel Virally nous sera d’un apport utile 29.
En effet, le débat portait sur le choix des critères de définition du régime
administratif. Charles Eisenmann considère de ce point de vue qu’il existe deux
choix possibles, d’une part celui de ne retenir que des éléments ou données que
l’on peut constater dans les actes administratifs, pour ainsi dire dans leur être.
D’autre part, celui de prendre en considération le régime ou réglementation
juridique des actes, c’est-à-dire « un ensemble de règles de droit ou peut être une
règle déterminée qui leur est applicable que le droit a établi pour eux 30 ».
Malgré les différences existant au sein des finances publiques entre les
organismes, « il existe un certain nombre de règles communes qui se
caractérisent par leur grande spécificité par rapport au régime des finances
privées ». Loïc Philip a ainsi posé les bases d’une définition des finances
publiques à travers la notion de régime juridique.
«Les finances publiques, au contraire (des finances privées), obéissent à
un régime de puissance publique qui, s’il comporte certaines prérogatives pour
les personnes publiques, est aussi un régime beaucoup plus strict. On retrouve
ici une situation identique à celle qui existe en droit administratif. Les
personnes publiques bénéficient d’avantages que ne connaissent pas les
particuliers, mais, la dérogation au droit commun ne joue uniquement dans le
sens de la réduction. En effet, l’administration jouit dans l’exercice de ces
attributions financières d’une liberté d’action beaucoup moins grande que les

28
(Gérard) CORNU, Vocabulaire juridique, PUF, Paris, 2009, p. 785.
29
(Charles) EISENMANN, Cours de droit administratif, LGDJ, Paris, 1983, vol. II, pp. 728-739 ; (Marcel) VIRALLY,
Article, Acte administratif, in Répertoire de droit public et administratif (sous la direction de R. ODENT et M. WALINE),
Dalloz, Paris, 1958, Tome I, p. 6 et s.
30
(Charles) EISENMANN, op cit, p. 728.

7
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personnes privées. A chaque stade d’une opération financière, elle est tenue de
respecter toute une série de règles particulièrement contraignantes 31 ».
Ces règles constituent le régime des finances publiques, c’est-à-dire
l’ensemble de règles de droit applicable aux finances publiques. Le régime des
finances publiques est dès lors l’ensemble des règles (dispositions légales et
réglementaires) juridiques gouvernant les finances publiques32.
Par analogie, nous pourrons définir le régime de la fiscalité des
collectivités territoriales décentralisées comme l’ordonnancement normatif qui
régit, fonde, encadre et organise l’empire des impôts, taxes et redevances
prélevées au profit des entités infra étatiques consacrées par la constitution du
Cameroun33. Il concerne plus spécifiquement l’ensemble des dispositions légales
et réglementaires essentielles pour le fonctionnement du système fiscal local 34,
dans les conditions voulues par le centre d’impulsion politique, le législateur et
le gouvernement. Mais dans le cadre de notre étude, il sera question d’élargir le
champ d’analyse car, depuis la réforme constitutionnelle de 1996, le système
fiscal camerounais a connu et connait moult mutations, généralement
concrétisées par l’édiction progressive d’actes législatifs et réglementaires. A cet
égard, la mobilisation optimale des ressources fiscales locales nécessaires pour
la consécration de l’autonomie financière des collectivités territoriales
décentralisées, passe par la clarification et la maitrise des dispositions
législatives et réglementaires qui constituent son contenu normatif.
Parler du régime de la fiscalité des collectivités territoriales
décentralisées, revient pour nous à analyser l’organisation, le fonctionnement, et

31
(Loïc) PHILIP, Finances publiques, Cujas, Paris, 2000, Tome I, p. 18, § 5.
32
Les arguments développés dans ces paragraphes s’inspirent largement de E. OLIVA, Essai de définition normative du
domaine des finances publiques, in Loïc Philip, (Etude en l’honneur de), Constitution et finances publiques, op cit. p. 478 –
479.
33
Voir Loi N° 96/06 du 18 janvier 1996, portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
34
Le titre premier de la loi portant fiscalité locale indique qu’elle traite de l’ensemble des prélèvements fiscaux et para
fiscaux susceptibles d’être réalisés par les collectivités territoriales décentralisées ou affectés aux dites collectivités quelques
soient leur nature et leur objet. Cf. Loi N° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale.

8
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l’agencement de l’ensemble des règles à finalité fiscale, relatives aux ressources


alimentant les finances locales. Il va dès lors de soi, que nous analyserons
l’ensemble des dispositions normatives en la matière, relative aux ressources
propres et aux transferts de l’Etat. L’implication de l’appareil fiscal d’Etat
(l’administration fiscale s’entend), appelle à élargir l’angle d’approche et à
envisager le régime de la fiscalité locale sous un prisme plus large englobant la
fiscalité régalienne ; tant les deux fiscalités semblent « ombilicalemant » liées.
Notre recherche analysera en définitive, l’ensemble des ressources et
prélèvements fiscaux et parafiscaux pouvant être levés ou réalisés par et/ ou
pour les collectivités territoriales décentralisées, susceptibles d’influer la mise en
place d’une véritable décentralisation. A ce titre le régime juridique de la
fiscalité des collectivités territoriales décentralisées, s’entend comme la batterie
de textes normatifs, aussi bien fondateurs que d’accompagnement, issue, non
seulement de la réforme constitutionnelle, mais aussi et surtout du corpus
normatif sou tendant le principe de libre administration, base de toute
décentralisation authentique.

1. Le régime juridique

2. La fiscalité locale

3. Collectivités territoriales décentralisées

B. LE CADRE MATERIEL OU SCIENTIFIQUE

C. LE CADRE SPATIO-TEMPOREL

II. L’OBJET DE L’ETUDE

A. L’ETAT DE LA QUESTION
9
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B. LA PROBLMATIQUE

C. L’HYPOTHESE

III. LA METHODE DE L’ETUDE

La fiscalité est un instrument de développement économique, d’une part parce que le


niveau des prélèvements fiscaux dans un pays peut encourager ou, au contraire, défavoriser le
développement des activités économiques, l’investissement ou l’épargne des ménages, d’autre
part parce que l’importance des recettes fiscales de l’Etat détermine sa capacité à réaliser des
investissements et des infrastructures et à rémunérer le travail de ses agents35.
Pour tenter de réaliser cette double ambition, les pays africains de manière générale, et
ceux de l’Afrique Centrale en particulier, ont promulgué les Codes des Investissements, au
début des années 1960, pour favoriser l’investissement direct étranger dans des secteurs jugés
prioritaires ou d’intérêt stratégique (pétrole, mines, l’exploitation forestière notamment) pour
le développement économique du pays au sommet comme à la base.
Ces Codes des investissements étaient inspirés de l’idée selon laquelle ils faillaient
accorder aux investisseurs étrangers disposant d’importants capitaux des avantages fiscaux de
façon à faciliter leur implantation sur le territoire des Etats africains et ainsi, développer une
activité industrielle dont ces pays allaient tirer profit. Ils étaient alors articulés autour d’un
dispositif d’incitations fiscales aux entreprises étrangères, constitué d’une part, par de
nombreuses exonérations fiscales et douanières et d’autre part, par un mécanisme de
stabilisation des conditions juridiques et fiscales pendant une durée de 10 ans.
L’ensemble de ce dispositif constituera ce qu’on a appelé « la fiscalité du
développement ». Aujourd’hui, le concept de développement a évolué .Il n’est plus seulement
perçus au niveau macro-étatique mais est de plus en plus admis et appliqué au niveau micro-
étatique c’est-à-dire, des Collectivités infra-étatique. Aussi, son nouveau cadre de référence
fait clairement ressortir l’importance de la prise en compte des dimensions politique, sociale

35
ABESSOLO (S), « Réflexions et propositions pour une fiscalité du développement en Afrique Centrale »,
Conférence consultative régionale en Afrique du 5 au 7 novembre 2007,Accra – Ghana. p.1.
10
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et culturelle de l’épanouissement des hommes et des peuples. Plus précisément, la politique de
développement des Etats africains doit viser à favoriser la gouvernance locale.
Dès lors, la décennie 1990-2000 a vu les Etats africains accorder une place importante
à la décentralisation dans les réformes institutionnelles auxquelles ils ont été, pour la plupart,
contraints.

La République du Cameroun, à l'instar des autres pays d’Afrique Centrale, avait


expérimenté plusieurs modèles de développement axés sur la déconcentration du pouvoir
central avant d'opter pour la démocratisation, la bonne gouvernance et la décentralisation en
1990. Ce choix fut systématisé par l’entrée en vigueur de la loi constitutionnelle du 18 janvier
1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972. Aussi, l'exercice de la démocratie à
la base à travers la décentralisation, recommandée par l’article 1(2) de la loi fondamentale du
18 janvier 1996 , est devenu une réalité sur le plan administratif et financier depuis l'adoption
des lois n° 2004 /017 du 22 juillet 2004 portant orientation de la décentralisation au
Cameroun, n°2009 / 019 du 15 déc. 2009 portant fiscalité locale.

La décentralisation consacrée par ces textes consiste en un système d'administration


permettant à une collectivité humaine de s'administrer elle-même sous le contrôle de l'Etat en
la dotant de la personnalité juridique, d'autorité et de ressources propres. Autrement dit, elle
consiste en un transfert de compétence de l’Etat vers les Collectivités Territoriales
Décentralisées (CTD) et les autres personnes morales de droit Public distinctes de lui.
Celles-ci disposent alors d’une autonomie plus ou moins grande, et selon le degré de
décentralisation, d’un budget propre et restent sous la surveillance de l’Etat, « autorité de
tutelle »36.

Etant entendu que la décentralisation rime avec l’autonomie, ces conditions sont au
nombre de trois à savoir :

- Autonomie matérielle,
- Autonomie organique
- Autonomie fonctionnelle
Au plan matériel la structure décentralisée, jouie de la personnalité morale. Elle Dispose
d’un patrimoine et d’affaires propres qualifiées le plus souvent d’affaires locales par
opposition aux affaires nationales gérées par l’Etat.

36
KANKEU (J), « l’autonomie des collectivités territoriales décentralisées : quelles autonomie ? » In juridis
périodique, n°85, janvier, février, mars, 2011, pp. 90-99.
11
AOAA _ v.0.
Dans sa dimension organique l’autonomie signifie que les affaires de la structure
décentralisée sont gérées par des organes qui sont propres à cette structure décentralisée.

Quant à l’autonomie fonctionnelle enfin, la structure décentralisée gère ses affaires plus
ou moins librement. C’est l’application de ces différents principes, et particulièrement du
premier, que l’on retiendra dans le cadre de la production formelle de l’impôt locale au
Cameroun.

Si littéralement le concept « production » provient du latin « productio » et s’entend


comme « une action de provoquer », « une manière de produire », ou même « le fait de
créer, de transformer des biens, d’assurer des services »37, Sur le plan juridique, ce concept
désigne tout d’abord : « une opération matérielle par laquelle une partie au procès (ou un
tiers) met une pièce dans un débat, la verse au dossier pour discussions contradictoire et
examen par le juge »38. Ensuite, en matière de liquidation des biens et règlements judiciaire,
elle s’entend comme une déclaration accompagnée de pièces justificatives ( et d’un bordereau
récapitulatif) par laquelle une personne fait connaitre au syndic l’origine, le montant et la
qualité de la créance pour laquelle elle entend figurer dans la masse 39. Enfin, elle désigne
« une activité économique consistant dans la fabrication, la culture de produits ou de biens,
artistiques, industriels, agricoles et économique40 ». Toutefois, il convient de préciser qu’il ne
s’agit pas ici de n’importe quelle « production ». Le concept pris en compte dans cette
thématique, s’inscrit dans le cadre de la fiscalité locale qui désigne tous prélèvements opérés
par les services fiscaux de l'Etat ou compétents, des collectivités territoriales au profit de ces
dernières. L'ensemble de ces prélèvements est encore désigné sous le vocable « impôts locaux
»41.

Au sens commun, l’impôt évoque « une contribution exigée pour assurer le


fonctionnement de l’Etat et des Collectivités locales »42 ou « une prestation pécuniaire
perçue d’autorité sur les citoyens sans consentement pour financer le charges publiques »43

Dans la doctrine, l’acception juridique de l’impôt est très fluctuante au regard des
divergences qui pèsent sur la nature et la conception de prélèvement obligatoire. En effet,

37
Cf., Le dictionnaire français LE ROBERT-SEJER, nouvelle édition, 2005, p.359.
38
CORNU (G), Vocabulaire juridique, association Henri Capitant quadrige, puf, 7em édition, juin 2005, p.713.
39
En France, ce procédé donnera naissance à la déclaration de créances dans la réforme de 1985.
40
CORNU (G),op.cit., p.713.
41
Article 1 (2) de la loi n° 2009 / 019 du 15 déc. 2009 portant fiscalité locale.
42
Dictionnaire encyclopédie Larousse, P.1780.
43
CADRILLAC (R) (dir.), Le dictionnaire du vocabulaire juridique de l’étudiant en licence de droit, Paris Litec,
2009, p. 197.
12
AOAA _ v.0.
tandis que certains auteurs contestent l’impôt dans son principe, d’autres l’approuvent ou le
célèbrent. Ainsi, Pierre Joseph Proudhon44 et Thierry Lambert45 ont cru devoir établir une
distinction dans la conception cde l’impôt selon que ce dernier était mise en œuvre avant ou
après le moyen âge.

Pour ces auteurs, à l’ère de l’Europe médiévale, celle des régimes féodaux, les impôts
étaient assimilés « à des confiscations, ou plutôt à des mécanismes d’exploitation »46, d’où la
théorie de l’« impôt confiscation ». La période postrévolutionnaire47 est marquée par
l’émergence des conceptions libérale de l’impôt telle que les théories de l’impôt-assurance »,
« impôt-échange » et de « l’impôt-solidarité » ou « impôt-communautaire », développée par
Emile Girardin48.

En sus, probablement controversée est la définition de Gaston Jèze qui définit l’impôt
comme « une prestation de valeur pécuniaire exigée des individus d’après des règles fixes,
en vue de couvrir les charges publiques d’intérêt général et, uniquement en raison du fait que
les individus qui doivent les payer sont membres d’une communauté politique organisée »49.
A sa suite, Jacques Grosclaude et Philippe Marschessou, pensent que « l’impôt est un
prélèvement à caractère obligatoire et sans contrepartie, perçues au profit d’une collectivité
publique »50. Dans le même sens, Pierre Beltame affirme que l’impôt est « une prestation
pécuniaire requise des personnes physiques et morale de droit privés et de droit public
d’après leurs facultés contributives, par voies d’autorité et sans contrepartie, déterminée, à
titre définitif en vue de la couverture des charges d’intérêt général ou à des fins
d’interventionnisme de la puissance publique »51.

Au regard des définitions proposées par ces auteurs, la distinction étanche entre l’impôt et
les autres prélèvements obligatoires comme les redevances, les taxes ou les cotisations
sociales, réside dans sa double définition ou fonction budgétaire et instrumentale. En effet,
alors que la taxe est un prélèvement obligatoire perçu à l’occasion de la prestation d’un
service rendu, la redevance, en revanche, se distingue par l’exigence du critère de
44
PROUDHON (P-J), Théorie de l’impôt, éd. Larcin, VERROEBROKEN et CIE, 1868, cité par LAMBERT
(T), Théorie de l’impôt, Paris, L’Harmattan, 1995, p.9.
45
LAMBERT (T), op.cit. p.21.
46
Idem.
47
En effet, il s’agit de l’avènement de la Magma carta anglaise de 1215 avec le Slogan « No texation without
representation » consacrant le principe de consentement du peuple à l’impôt et la révolution française de 1789.
48
DE GIRARDIN (E), L’impôt, éd. Librairie Nouvelle, 1853, p.229.
49
JEZE (G), Cours de finances publiques, 1931-1932, cité par ALBERT (J-L), et PIERRE (J-L), RICHER (D),
(sous la dir. de), Dictionnaire de droit fiscale et douanier, Paris Ellipse, 2007, pp.280-285.
50
GROSCLAUDE (J), MARCHESSOU (P), Droit fiscale général, 5e éd. Dalloz, p.2.
51
BELTAME (P), Sciences et techniques fiscales, P.U.F, 1984, p77.
13
AOAA _ v.0.
l’équivalence entre le prix payé et la prestation fournie par l’Etat. Bien que la doctrine
française apporte une nette distinction entre les impositions et les cotisations obligatoires 52, la
diversité des prélèvement obligatoires semble avoir imposée au constituant français la
nécessité de les regrouper autour de la qualification « imposition de toutes natures » En
revanche, la jurisprudence fiscale camerounaise semble adopter une conception large et
extensive de l’impôt, autant les droits de douane, autant les cotisations sociales 53 perçues par
la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale sont perçues comme impôts.

Ces différentes définition de l’impôt met en relief les principales caractéristiques de cette
notion à savoir :

- L’impôt est d’abord un prélèvement pécuniaire sur le propriété. Ceci revient à dire
que par l’impôt, on opère un transfert de richesse d’un patrimoine à un autre. ce
prélèvement s’effectue d’ailleurs en principe en argent autrement dit, l’impôt en
nature est proscrit car jugé injuste et incommode.
- l’impôt est ensuite prélevé par voie d’autorité. Autrement dit, c’est un acte de
puissance publique Cela signifie que le contribuable paye obligatoirement l’impôt dû
sous peine de pénalité ou de sommation ;
- l’impôt est par ailleurs une prestation sans contrepartie à titre définitif. En d’autre
terme le paiement de l’impôt par le contribuable ne donne pas un avantage immédiat
appréhendé comme la contrepartie de l’argent que l’on paie à l’Etat même si l’on sait
que c’est l’argent de l’impôt qui finance le fonctionnement de l’Etat ou la réalisation
des services d’intérêt général. Ce n’est qu’à titre exceptionnel que l’on peut avoir une
contrepartie. Tel est le cas des impôts prélevés en matière d’abattage dont une partie
est réservée aux collectivités humaines environnantes, de même que le produit des
péages routiers et impôts sur les produits pétroliers affectés à l’entretien des routes ;
- l’impôt est enfin, un prélèvements dans le but d’intérêt général ou/ et
d’interventionnisme. En effet, l’impôt est d’abord une participation globale a un
projet d’intérêt collectif. Dans cet optique, l’impôt est uniquement un moyens de
financement des charges publiques, de souveraineté. Le passage de l’Etat gendarme à
l’Etat providence a cependant eu pour conséquence l’intervention de l’Etat dans
d’autres secteurs d’activités notamment social et économique. Dans une vison

52
AMSELEK (P), « impositions et cotisations sociales », in Mélanges offertes à l’honneur du Professeur LOIC
(P), Constitution et finances publiques, Paris, Economica, 2008, p.241.
53
CS. Arrêt, n°27/ s du 22 sept. 1994, cité par NGUE (S), in Code de procédure civile et commerciale,
Yaoundé, édition Minos, 2001, p.71.
14
AOAA _ v.0.
instrumentale, l’impôt est ainsi utilisé pour satisfaire les charges issues de ces
diverses interventions. On prélève ainsi d’aurai-avent l’impôt pour encourager un
certain secteur d’activité économique ou pour venir en aide à certaines couches
sociales défavorisées. l’impôt buste alors l’économie et participe même à la bonne
redistribution des richesses publics.

Ces caractéristiques de l’impôt trahissent implicitement la place de ces prélèvements


obligatoires dans les recettes publiques et même leurs fonctions dans l’activité étatique. Ainsi,
l’impôt assure plusieurs fonction parmi lesquelles la couverture des charges publiques d’une
part, et d’autre part, l’interventionnisme notamment à travers l’incitation, la dissuasion et la
protection.

Bien qu’ayant des caractéristiques et des fonctions biens diversifiées et précises, la notion
de l’impôt demeure tout de même générique. En effet, il existe plusieurs types d’impôts. Afin
de ressortir fidèlement cette diversité, la doctrine s’est livrée à plusieurs classifications en
usant d’une diversité de critère. Force est tout de même de reconnaitre que cette œuvre de
classification scientifique s’est avérée illusoire à la pratique eu égard à la difficulté d’en
trouver concrète vérification. Ceci étant, certaine classifications restent cependant
traditionnelles ou classiques et se distinguent des autres classifications. Au nombre des
classifications classiques, la doctrine a distingué l’impôt réel de l’impôt personnel d’une part,
l’impôt direct de l’impôt indirect d’autre part. Sous le registre des autres classifications, on
distingue l’impôt analytique de l’impôt synthétique d’une part, et l’impôt sur le revenu,
l’impôt sur les dépenses, et l’impôt sur le capital d’autre part.

Après une perception globale de l’impôt, il sied à présent de l’appréhender sur le plan de
locale, autrement dit, il convient d’avoir une idée précise sur chaque impôt prévue par l’article
2 de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale. Vue sous cet angle, le
terme « impôt » dans « impôt local » ne devrait pas alors être perçus sous un prisme purement
technique, mais plutôt sous sa dimension générique renvoyant à tout prélèvement pécuniaire
dont les collectivités locales sont bénéficiaires. Ainsi, les impôts communaux ; les centimes
additionnels communaux sur les impôts et taxes de l'Etat ; les taxes communales ; les impôts
et taxes des régions ; les redevances et tout autre type de prélèvements prévus par la loi
rentrent donc aussi dans cette catégorie54.

54
Article 2 et 3 de la loi n°2009/019 du 15 déc. 2009 op.cit.
15
AOAA _ v.0.
L’intérêt de la doctrine en général 55 et camerounaise en particulier pour la théorie
juridique de l’impôt local est relativement récent tant les travaux consacrés à cette discipline
sont rares. Ainsi, pour ce qui est du Cameroun, depuis 1996 l’on remarque une certaine
évolution de la doctrine quant à sa manière d’appréhender la problématique de l’impôt local.
En clair, les premiers travaux de recherche sur la question, en l’occurrence les thèse d’Alaka
Alaka56 et de Odile Togolo semblent surtout s’intéresser à la science administrative et la
science fiscale au détriment de la théorie de la science juridique de l’impôt. En revanche les
travaux les plus récents notamment les thèses d’Ibahim Moliom 57, Atangana Atangana
Fogue58 et les ouvrages spéciaux et contributions de Francois-Xavier Mbomé et Felix Ateck
Adjam59, Jean Kankeu60 ,Serges Abessolo61 cela, en ajoutant les récentes thèses de Akono
Ongba Sedena62 et Ange Bango63, permettent de penser que désormais la doctrine
camerounaise s’intéresse à la théorie juridique de l’impôt locale. Toutefois, il n’est pas sans
intérêt d’observer un déficit doctrinal notoire sur la question spécifique de la production
formelle de l’impôt local. Là aussi, se trouve l’intérêt de ce travail de recherche dont l’optique
est de contribuer à pallier cette insuffisance.

Pour y parvenir, le présent travail ambitionne de se démarquer du syncrétisme


méthodologique auquel une partie de la doctrine camerounaise a dû recourir pour rendre
compte du phénomène de l’impôt au Cameroun. Une place de choix sera accordée dans la
présente étude à la méthode juridique. Tout en excluant le Jus naturalisme, l’on s’appuiera
essentiellement sur le positivisme qui est la méthode centrale de la recherche juridique à

55
DOUAT (E), « Décentralisation et finances publiques », Mélange en l’honneur de Franck MODERNE,
Mouvement de droit public Dalloz 2004, pp.103-126. Dans cette contribution, l’auteur parle de décentralisation
des Finances Publiques et des rôles respectifs joués par les différentes Collectivités locales. L’auteur part d’un
constat : la modification des budgets locaux par la décentralisation du fait des nouvelles techniques et méthodes
de production formelle de l’impôt à la base, puis concentre ses propos sur le contrôle et la transparence des
finances locales. Dans le même sens, lire ROUX (A), « L’autonomie financière des collectivités locales en
Europe », Rapport introductif Annuaire international de justice constitutionnelle, 2006, p.499.
56
ALAKA ALAKA (P), Les difficultés de recouvrement de l’impot au Cameroun : contribution à l’étude des
dysfonctionnement administratifs, Thèse de doctorat, Université de Paris II Panthéon-Assas, mars 1996, 289 p.
57
MOLIOM (I), Le contentieux de l’imposition au Cameroun : essai sur la nature juridique, Thèse de doctorat,
Université de Yaoundé II-Soa, juin 2002, 294 p.
58
ATANGANA FOGUE (R), contrôle fiscale et protection du contribuable dans un contexte d’ajustement
structurel, le cas du Cameroun, Paris, l’Harmattan, 2007, p.26.
59
ATECK ADJAM (F), Le droit du contentieux fiscale camerounais, Paris, L’Harmattan, 269 p.
60
KANKEU (J), « l’autonomie des collectivités territoriales décentralisées : quelles autonomie ? »op.cit, pp. 90-
99.
61
ABESSOLO (S), « Réflexions et propositions pour une fiscalité du développement en Afrique
Centrale »,op.cit.. p.1.
62
AKONO ONGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal camerounais, Thèse de doctorat,
Université de Yaoundé II-Soa, 2013, 567p.
63
BANGO (A), L’élaboration et la mise en œuvre de la fiscalité dans les pays de la Communauté Economique
et Monétaire d’Afrique Centrale, Thèse de doctorat en Droit, Université de Jean Moulin Lyon 3, 2009,
16
AOAA _ v.0.
travers la dogmatique64 et accessoirement la casuistique65 . Ceci étant, le positivisme juridique,
notamment le positivisme normatif envisagé dans le cadre de cette étude consistera à éluder
un syncrétisme des méthodes qui obscurcit la science du droit et la rend floue et vagues les
bornes qui sont assignées par la nature de son objet. Elle suppose selon Brimo une séparation
rigoureuse des genres, une séparation du droit et de la morale, du droit et de la politique.

L’option pour cette orientation méthodologique tient à trois (03) raisons principales :

D’abord, la compréhension des mécanismes et techniques de détermination de l’assiette


ce, à travers l’identification de la matière imposable et des techniques d’évaluation de la
matière imposables.

Ensuite, la compréhension des procédures fiscales applicables aux impôts et taxes de


l’Etat d’une part, des procédures spécifiques visant la libre administration des Collectivités
territoriales décentralisées d’autre part.

Enfin, ce travail de recherche nous offre l’occasion d’apporter une précision sur certaines
notions fondamentales d’imposition au niveau local, sur les contours théoriques des principes
qui régissent la matière fiscale au niveau local.

64
Lire à ce sujet KEUTCHA TCHAPNGA (C), Méthodologie de la recherche, Cour polycopié de Master II
recherche, Université de DSCHANG, 2008-2009, Inédit. ONDOA (M), Théorie, Méthodologie et épistémologie
du droit, Cour de Master II recherche, Université de DSCHANG, 2008-2009, Inédit. En effet, « la
Dogmatique juridique consiste pour l’essentiel dans la description, l’interprétation et la tentative de compléter
les règles de droit en comblant les carences de la législation ».
65
MAGNON (X), Théorie(s) du droit, Ellipses, 2008, pp. 47-64.
17
AOAA _ v.0.

PREMIERE PARTIE :
LA PRODUCTION DE LA FISCALITE LOCALE
L’ambition à ce niveau de l’étude est de systématiser les règles juridiques liées à la
production formelle de l’impôt local. Autrement dit, de déterminer l’Assiette à travers une
étude approfondie sur la matière imposable, les techniques d’évaluation de la matière
imposable, ainsi que la procédure de production de l’impôt local. Ainsi, le problème majeur
qui se pose est alors sans aucun doute, celui de la détermination du cadre de production
formelle de l’impôt local. En d’autres termes au regard de la loi du 15 décembre 2009 portant
fiscalité locale au Cameroun, la question est de savoir comment s’opère la production
formelle de l’impôt local ?

En guise de réponse à cette question, nous disons que la production formelle de l’impôt
local passe par deux étapes précises : la détermination de l’Assiette d’une part (Titre 1), et
l’identification les procédures fiscales applicables aux impôts et taxes de l’Etat et des
Collectivités territoriales décentralisées d’autre part66 (Titre 2).

66
Tantôt binaire, celle-ci s’applique à la fois aux impôts et taxes de l’Etat et des collectivités territoriales
décentralisées. Tantôt recentralisatrice, celle-ci met en exergue la compétence exclusive de l’Etat dans la
définition des règles
18
AOAA _ v.0.

TITRE 1 :
LA PRODUCTION FORMELLE DE L’IMPOT LOCAL : L’ASSIETTE

Pour mener à bien une étude minutieuse et méticuleuse sur la production formelle de
l’impôt locale à la lumière de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale
au Cameroun, il convient de procéder à la détermination de l’assiette d’une part (Chapitre 1),
l’identification et l’examen des procédures de l’assiette d’autre part (Chapitre 2).

19
AOAA _ v.0.

CHAPITRE 1 :
LA DETERMINATION DE L’ASSIETTE

Asseoir l’impôt, c’est déterminer la base de l’imposition. On pourrait dire : dégager la


cause immédiate de l’imposition, sa cause immédiate étant, l’ensemble des charges publiques.

En évoquant ainsi l’idée de cause pour définir l’assiette de l’impôt, on donne à cette
notion d’assiette un caractère juridique : l’assiette de l’impôt apparait comme le fait
générateur de l’impôt. Cependant, il faut ajouter que la complexité de la science de l’impôt
interdit d’ailleurs de retenir dans cette détermination des bases de l’imposition son seul aspect
juridique : l’impôt est un phénomène politique, économique et social, et non pas seulement
juridique, et la source de l’imposition que nous trouvons dans l’assiette de l’impôt, est aussi
importante à définir sous ces différents aspects que sous son aspect juridique. C’est donc à
une présentation générale de l’assiette qu’il faut ici s’attacher, et non à l’établissement
particulier de la créance d’impôts local. Sa détermination implique le fait de connaitre son
champ d’application en l’espèce est déterminé sur le fondement de principes qui
correspondent aux éléments constitutifs de l'impôt.

Le premier est un élément matériel. Il concerne la matière imposable et répond à la


question de savoir si telle activité, telle opération, tel revenu, tel bien est imposable.

Le second élément est un élément personnel, qui soulève le problème de la


détermination des personnes imposables : est-ce que telle personne est imposable à raison de
cette activité, de ces opérations, de ces revenus ou de ces biens ?

Le troisième élément est un élément de caractère temporel ; il intéresse le moment à


partir duquel la personne devient imposable à raison des revenus qu’elle a acquis, des
opérations qu'elle a réalisées, des biens dont elle est propriétaire, etc.

Le quatrième et dernier élément est un élément territorial. Cette personne est-elle


imposable au Cameroun ou à l’étranger?

L'application de ces principes implique l'exécution d'opérations purement


administratives qui ont pour but de rechercher la matière imposable d’une part (Section 1), et
d’autre part, de procéder à son évaluation (Section 2).

20
AOAA _ v.0.

SECTION 1. LA MATIERE IMPOSABLE

Conformément aux dispositions de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant


fiscalité locale, les produits des impôts communaux perçus par l'Etat proviennent de :

- la contribution des patentes ;

- la contribution des licences ;

- l'impôt libératoire ;

- la taxe foncière sur les propriétés immobilières ;

- la taxe sur les jeux de hasard et de divertissement ;

- les droits de mutation d'immeubles ;

- le droit de timbre automobile ;

- la redevance forestière… etc.

Par souci de structuration et de synthèse, il sera question de procéder à une répartition


schématique qui permettra de distinguer, sous le problème général de l’assiette, deux
problèmes très différents : Il s’agira de déterminer d’une part, la matière imposable liée à
l’immeuble (I), et d’autre part la matière imposable liée à l’activité économique mobile (II).

I. LA MATIERE IMPOSABLE LIEE A L’IMMEUBLE

Plusieurs classifications peuvent être retenues. Mais dans le cadre de ce travail, l’on
s’en tiendra uniquement à la distinction classique fondée sur le produit des taxes (A) et
redevances (B) immobilières entièrement ou partiellement affecté aux communes, régions et
communautés urbaines.

A. Les taxes immobilières des communes, régions et communautés


urbaines

Sans se fixé pour objectif de détailler l’assiette de chacune de ces impositions, ce qui sera
ultérieurement le cas, les développements qui vont suivre sont destinés à illustrer ses
différentes composantes. L’on retiendra dans cette catégorie :

21
AOAA _ v.0.
- le produit de la taxe foncière sur les propriétés immobilières prévue par le Code
Général des Impôts67 et affecté en totalité à la commune du lieu de situation de
l'immeuble ;
- le produit des droits de mutation d'immeubles prévus par le Code Général des
Impôts68 et affecté en totalité à la commune du lieu de situation de l'immeuble ;
- les droits de permis de bâtir ou d’implanter69 ;
- les droits de place sur les marchés70 ;
- les droits d'occupation temporaire de la voie publique71;
- la taxe de stationnement72 ;
- les taxes ou redevances sur les ressources minières73 ;
- des taxes et/ou redevances sur les ressources énergétiques74 ;
- des taxes et/ou redevances sur les ressources touristiques75 ;
- des taxes et/ou redevances aérospatiales76 ;
- des taxes et/ou redevances sur les ressources du secteur gazier77 ;
- de tout autre impôt, droit ou redevance affecté par l'Etat.

B. Les redevances immobilières des communes, régions et communautés


urbaines

Dans cette catégorie, conformément aux dispositions de la loi n°2009/019 il s’agit:

- de la quote-part (40 %) du produit de la redevance forestière annuelle affectée aux


communes conformément aux dispositions du Code Général des Impôts78 ;

- de la redevance pour dégradation de la chaussée79 ;

- des redevances sur les ressources de la forêt, de la faune et de la pêche80 ;

67
Article 48 de la loi n°2009/019 du 15 déc. 2009, op.cit.
68
Article 49 de la loi n°2009/019 op.cit
69
Article 62 de la loi n°2009/019 op.cit.
70
Idem.
71
Idem.
72
Idem.
73
Article118 de la loi n°2009/019 op.cit.
74
Idem.
75
Idem.
76
Idem.
77
Idem.
78
Article 52 de la loi n°2009/019 op.cit.
79
Article 62 de la loi n°2009/019 op.cit.
80
Article 118 de la loi n°2009/019 op.cit.
22
AOAA _ v.0.
- de la redevance sur les ressources halieutiques et d'élevage81

- des redevances sur les ressources en eau82 ;

- des redevances sur les ressources pétrolières83 ;

- de la redevance d'usage de la route84 ;

- des droits d'exploitation des établissements classés dangereux, insalubres ou


incommodes85 ;

- de tout autre impôt, droit ou redevance affecté par l'Etat.

II. LA MATIERE IMPOSABLE LIEE A L’ACTIVITE ECONOMIQUE MOBILE

La matière imposable liée à l’activité économique mobile trouve sa source au Titre II


de la loi portant fiscalité locale, et plus précisément à partir de l’article 42 jusqu’à 47. Il s’agit
précisément du produit des contributions de l’impôt libératoire. Il convient de le définir (A)
avant d’en préciser les sujets (assujettis) (B).

A. Définition de l’impôt libératoire

Considéré comme un impôt de basse catégorie des opérateurs économiques, le produit


de cet impôt constitue la base d’imposition de toute personne exerçant une activité une
activité commerciale, industrielle, artisanale ou agro-pastorale ne relevant ni du régime du
bénéfice réel, ni du régime simplifié d'imposition, ni du régime de base, prévue à l’article 45
de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale. Ainsi, c’est un impôt qui
frappe en fait les petites activités commerciales, artisanales industrielle ou agro-pastorales.

B. Les personnes assujetties à l’impôt libératoire

Les contribuables assujettis à l’impôt libératoire sont classé dans quatre catégories
d’activités. Et à chaque catégorie correspond une fourchette légalement prédéterminée. Ces
catégories sont établies en fonction de l’importance de l’activité. Ainsi, relève de la catégorie
A:

- Coiffeur ambulant ;

81
Idem.
82
Idem.
83
Idem.
84
Idem.
85
Idem.
23
AOAA _ v.0.
- Gargotier ambulant ;

- Gargotier sans local aménagé ;

- Vendeur ambulant de boissons gazeuses et d'eau potable par

triporteur, pousse-pousse ou cyclomoteur ;

- Tailleur ou couturier ayant moins de 5 machines, apprentis ou

employés ou travaillant seul ;

- Exploitant d'un moulin à écraser ;

- Marchand ambulant d'articles divers ;

- Graveur ambulant ;

- Coiffeur à demeure ;

- Exploitant de bornes fontaines, par borne fontaine ;

- Tenancier d'un salon de coiffure ayant de 1 à 3 employés ;

- Artisan ou fabricant sans moyen mécanique ;

- Graveur à domicile ;

- Exploitant de cafétéria ;

- Vendeur de soya ;

- Transporteur de personnes par cyclomoteur (mototaxis) ;

- Transporteur de marchandises par pousse-pousse ;

- Tenancier .d'une cantine scolaire ;

- Horloger ;

- Revendeur de produits vivriers (bayam-sellam) sans moyen de

transport ;

- Vendeur à la sauvette de marchandises diverses ;

- Exploitant de photocopieur, de machine à dactylographier ou

24
AOAA _ v.0.
d'ordinateur pour traitement de textes sans local et par

photocopieur, machine à dactylographier ou ordinateur ;

- Cordonnier ambulant ;

- Vendeur de vin de raphia ou de palme ;

- Sculpteur sur bois ;

- Forgeron ;

- Vannier ;

- Artisan fabricant de maroquinerie ;

- Vendeur de fleurs ;

- Libraire ambulant ;

- Revendeurs non-salariés de tickets ou billets de loterie et

PMUC ;

- Réparateur de téléviseurs et autres appareils audiovisuels ne

vendant pas des pièces détachées ;

- Chargeurs de batteries, réparateur de roues ;

Collecteur de peaux de bêtes ;

- Marchand de bois à brûler au détail ;

- Vendeur ambulant de radiocassettes, de montres et d'horloges ;

- Kiosque à journaux ;

- Logeur en dortoir ;

- Marchand de charbon de bois au détail ;

- Photographe ambulant ;

- Exploitant de jeux de hasard à trois cartes ;

- Ecrivain public ;

25
AOAA _ v.0.
- Fabricant de yaourt, de glaces alimentaires ou de sucettes ne

présentant pas un caractère industriel ;

- Les contribuables relevant des bénéfices agricoles dont le

chiffre d'affaires annuel est inférieur à un million de F ;

- Vendeur ambulant de pâtisserie ;

- Marchand de piquets, de bambous et de planches ;

- Vendeur ambulant de cassette de musique enregistrée et de cassette vidéo ;

- Exploitant d'une laverie avec compteur d'eau et sans gardiennage ;

- Agent commercial non salarié.

D’autre part, la loi précise en ce qui concerne la catégorie B, cette dernière est
constituée des activités telles que :

- Exploitant de photocopieur, de machine à dactylographier ou

d'ordinateur pour traitement de textes avec local et par

photocopieur, machine à dactylographier ou ordinateur ;

- Guérisseur ;

- Commerçant, réalisant un chiffre d'affaires inférieur à

cinq millions de F ;

- Gargotier avec local aménagé ;

- Loueur de bicyclettes ayant moins de 10 bicyclettes ;

- Marchand de petit bétail, de volaille, dont le chiffre d'affaires

est inférieur à cinq millions de F ;

- Exploitant de ciné-club ;

- Loueur de bâches, de chaises ou de vaisselle dont le chiffre

d'affaires ne dépasse pas cinq millions de F ;

- Revendeur de produits vivriers disposant d'un véhicule ;


26
AOAA _ v.0.
- Tenancier d'un salon de coiffure ayant de 3 à 5 employés ;

- Transporteur de personnes par véhicule à la périphérie des

centres urbains ;

- Photographe en studio ;

- Tenancier d'un atelier d'impression sur tissu ;

- Professeur de danse ou de musique, de sports, de culture physique, moniteur de


gymnastique ;

Kiosque à tabac ;

- Marchand de bois de chauffage ou à brûler disposant d'un

véhicule ;

- Marchand de boissons hygiéniques ne donnant pas lieu à

licence ;

- Prestidigitateur ou illusionniste ;

- Exploitant d'une téléboutique réalisant un chiffre d'affaires

annuel inférieur à cinq millions de F ;

- Mécanicien, tôlier, électricien automobile sans moyens

mécaniques ;

- Exploitant d'un débit de boissons hygiéniques donnant lieu à

licence et dont le chiffre d'affaires est inférieur à quinze

millions de F ;

- Exploitant d'une laverie avec compteur d'eau et avec gardiennage

de véhicule ;

- Cameraman ambulant.

Par ailleurs, relève de la catégorie C

- Sage-femme donnant des soins à domicile ;

27
AOAA _ v.0.
- Infirmier ou infirmière, masseur ;

- Transport mixte de personnes et de marchandise à la périphérie

des centres urbains ;

- Commerçant réalisant un chiffre d'affaires annuel compris entre

cinq millions et dix millions de F ;

- Loueur de bicyclettes ayant de 10 à 20 bicyclettes ;

- Restaurant non classé ;

- Loueur de cyclomoteurs ayant moins de 10 cyclomoteurs ;

Tâcheron réalisant un chiffre d'affaires inférieur à cinq

millions de F ;

- Marchand ambulant par voiture automobile ;

- Collecteur de produits de base ;

- Marchand de bétail et volaille réalisant un chiffre d'affaires

compris entre cinq millions et dix millions de F ;

- Exploitant de taxi et par taxi ;

- Tenancier d'un salon de coiffure ayant plus de 5 employés ;

- Exploitant d'un débit de boissons hygiéniques et vins dont le

chiffre d'affaires est inférieur à quinze millions de F ;

- Guide de tourisme ;

- Marchand de sable, de graviers ou de moellons ;

- Exploitant d'une téléboutique réalisant un chiffre d'affaires

annuel compris entre cinq millions de F et dix millions de F ;

- Loueur de bâches, de chaises ou de vaisselle dont le chiffre

d'affaires est compris entre cinq millions et dix millions de F.

28
AOAA _ v.0.
En outre, relèvent de la catégorie D

- Exploitant de boissons alcoolisées et autre dont le chiffre

d'affaires est inférieur à quinze millions de F ;

- Commerçant réalisant un chiffre d'affaires annuel compris

entre dix millions et quinze millions de F ;

- Marchand de bétail et de volaille réalisant un chiffre d'affaires

compris entre dix millions et quinze millions de F ;

- Loueur de bicyclette ayant plus de 20 bicyclettes ;

- Loueur de cyclomoteur ayant plus de 10 cyclomoteurs ;

- Manucure, pédicure donnant des soins de beauté ;

- Exploitant de débits de boissons hygiéniques et vins dont le

chiffre d'affaires est compris entre dix millions et quinze

millions de F ;

- Boucher ne disposant pas de moyens frigorifiques vendant

moins de 100 bêtes par an ;

- Transport urbain de masse et par véhicule ;

- Exploitant d'une téléboutique réalisant un chiffre d'affaires

compris entre dix millions et quinze millions de F ;

- Loueur de bâches, de chaises ou de vaisselle dont le chiffre d'affaires est compris


entre dix millions et quinze millions de F;

- Tâcheron réalisant un chiffre d'affaires compris entre cinq millions et quinze


millions, de F.

Ces contributions doivent satisfaire à certaines exigences légales sous peine de


sanctions. A cet effet, ceux qui entreprennent une activité soumise à l'impôt libératoire sont
tenus d'en faire la déclaration au service impôts, ou au bureau de la mairie dans les lieux où

29
AOAA _ v.0.
le service des impôts n'est pas installé. Cette déclaration se fait dans les quinze jours qui
suivent le début de l'activité.

SECTION 2. L’EVALUATION DE LA MATIERE IMPOSABLE

Après une étude menée sur la détermination de la matière imposable, il reste à fixer les
voies d’accès à la matière imposable que l’on a choisi d’atteindre.

Si ce problème apparait comme mineur par rapport au précédent, dans la mesure ou il


ne met plus en cause le principe de l’imposition, mais seulement ses modalités ou sa forme, il
n’en est pas moins capital, et en fin de compte, plus délicat encore à résoudre. il est
relativement facile, par exemple, de prendre position sur le principe de l’imposition général
des revenus, car, il s’agit de dispute d’idées, et de trancher un problème général, in abstracto.
Mais quand il faut passer à l’application, et savoir comment on pourra, en fait, connaitre les
revenus globaux de chaque contribuable, compte tenu des conditions particulières et
différentes dans lesquelles chacun d’eux perçoit ses revenus ou en dispose, c’est une autre
histoire. Et « il n’est pas exagéré de dire qu’en fin de compte, la valeur exacte du système
fiscal, son efficacité et sa justice, dépendent plus de ce second aspect du problème de
l’assiette que du premier »86. Il est vain, en principe, d’adopter le principe d’une imposition
général des revenus si l’aménagement de la loi fiscale ne permet pas d’aboutir à la
connaissance de ces revenues dans les conditions satisfaisantes.

Quels sont donc les moyens et méthodes qui permettent d’accéder à cette connaissance
des facultés contributives ou de la matière imposable ? Pour y répondre, la doctrine87
distingue deux méthodes d’évaluation de la matière imposable ; à savoir : l’évaluation réelle
d’une part (I), et l’évaluation approchée d’autre part (II).

I. L’EVALUATION REELLE

Imposition conforme à la réalité, l’évaluation réelle représente la technique de


liquidation de la matière imposable la plus courante. Elle est également la plus contraignante.
Si elle permet une imposition conforme à l’exacte situation du contribuable, elle implique
aussi, de la part du contribuable ou d’un tiers, la transmission d’information à destinations des
services fiscaux de manière à leur permettre de liquider l’imposition et de contrôler le respect
des obligations fiscales88.

86
TROTABAS (L) et COTTERET (J-M), Droit fiscal, 2e éd. Dalloz, 1975, p.32.
87
LAMARQUE (J), NEGRIN (O), AYREAULT (L), Droit fiscal Général, Litec, 2009, pp.498-504.
88
Idem.
30
AOAA _ v.0.
Le support essentiel de cette information est la déclaration, même si les échanges
automatisés se développent. Rare sont les contribuables qui, aujourd’hui, échappent à
l’obligation de déclarer leur matière imposable. Le contribuable souscrit lui-même à sa
déclaration (taxe immobilière, redevance immobilière). Cette dernière est présumée sincère.

La réussite du système est liée au contrôle fiscal. Cette épée de Damoclès qui pend
au-dessus de la tête de chaque contribuable est particulièrement dissuasive envers les petits
fraudeurs et c’est d’ailleurs ce qui fait dire à Thierry Lamulle 89 que, «de la crainte nait la
vérité ».

Dans les développements qui vont suivre, il sera question d’examiner les modalités
d’évaluation de quelques impôts, taxes et redevances communales prévues par le Code
Général des Impôts et la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale. De
manière synthétique, on peut les regrouper en taxes et impôts liés à l’immeuble (A) et en taxes
et droits liés à l’occupation de la voie publique (B). Il s’agit en l’occurrence : de la taxe
foncière sur les propriétés immobilières, des droits de place sur le marché, des droits sur le
permis de bâtir ou d’implanter, des droits d'occupation temporaire de la voie publique, de la
taxe sur le stationnement et de la redevance pour la dégradation de la chaussée.

 Le tarif de la taxe foncière sur les propriétés immobilières

La loi portant fiscalité locale, en son article 48, renvoi le taux d’imposition de la taxe
foncière sur les propriétés immobilières aux modalités prévue par le Code Général des impôts.
En effet, les articles 577-578 dudit Code dispose en effet que : la taxe sur la propriété
foncière est due annuellement sur les propriétés immobilières, bâties ou non, situées au
Cameroun, dans les Chefs-lieux d'unités administratives. La taxe sur la propriété foncière est
due annuellement sur les propriétés immobilières, bâties ou non, situées au Cameroun, dans
les Chefs-lieux d'unités administratives90.

Relèvent également de la taxe sur la propriété foncière, les propriétés immobilières ci-
dessus lorsqu'elles sont situées dans les agglomérations bénéficiant d'infrastructures ou de
services urbains tels que définis ci-dessous. Par infrastructures et services urbains, il faut
entendre les réseaux de voies carrossables ou bitumées, d'adduction d'eau, d'électricité et/ou
de téléphone. Est redevable de la taxe sur la propriété foncière, toute personne physique ou
morale propriétaire d'immeuble (s) bâti (s) ou non bâti (s), y compris tout propriétaire de

89
LAMULLE (Th.), Droit fiscal, Gualino, 2002, p.25.
90
Article.577 (1). du Code Général des Impôts
31
AOAA _ v.0.
fait91. Lorsqu’un immeuble est loué soit par bail emphytéotique, soit par bail à construction,
soit par bail à réhabilitation, ou a fait l’objet d’une autorisation d’occupation temporaire du
domaine public constitutive d’un droit réel, la taxe foncière est établie au nom de
l’emphytéote, du preneur à bail à construction ou à réhabilitation ou du titulaire de
l’autorisation.

La taxe sur la propriété foncière est assise sur la valeur des terrains et des
constructions telle que déclarée par le propriétaire 92. A défaut de déclaration ou en cas de
minoration, la valeur administrative de l'immeuble déterminée conformément aux dispositions
de l'article 546 bis du présent Code, sert de base à l'imposition 93. Le taux de la taxe sur la
propriété foncière est fixé à 0,1%94. La déclaration de la taxe sur la propriété foncière est
souscrite et l'impôt payé auprès du Centre des impôts du lieu de situation de l'immeuble.

Toutefois, pour les entreprises relevant d’une unité de gestion spécialisée, la


déclaration et le paiement sont effectués auprès de celle-ci95.

 Le tarif des droits de place sur le marché

Suivant les dispositions des articles 80-83 de la loi portant fiscalité locale, les droits
de place sur les marchés sont perçus auprès des commerçants réguliers et des vendeurs
occasionnels qui occupent une place dans tout marché du ressort territorial d'une commune.

La loi distingue cependant les droits fixes payés par les commerçants réguliers et les
droits journaliers payés par les vendeurs occasionnels ou ceux ne disposant pas d'une place
permanente.

En ce qui concerne précisement les droits fixes payés par les commerçants réguliers,
la loi prévoit qu’il appartient au conseil municipal d’établit les tarifs fixes mensuels
applicables aux boutiques ou aux stands construits de façon durable sur les marchés.
L'attribution de ces boutiques ou stands peut être effectuée soit par adjudication, soit de gré à
gré. Sur cette base, un contrat est obligatoirement établi entre la commune et l'occupant
91
Article. 577 (2). du Code Général des Impôts
92
Article. 580 du Code Général des Impôts
93
L’article.546 bis du Code Général des impôts dispose en effet que, nonobstant les dispositions des articles 324
et 325 ci-dessus, si le prix ou l’estimation ayant servi de base à la perception du droit proportionnel, progressif
ou dégressif paraît inférieur à la valeur vénale des biens immeubles transmis en propriété, en usufruit ou en
jouissance, l’Administration doit, pour la fixation de la valeur taxable, recourir à l’évaluation administrative
suivant des modalités fixées par voie réglementaire. En cas de désaccord sur l’évaluation administrative sus-
visée, les parties peuvent recourir à l’expertise. La demande en expertise est faite par simple requête au Tribunal
Civil dans le ressort duquel les biens sont situés ou immatriculés s’il s’agit de navires, de bateaux ou d’aéronefs .
94
Article t.581. du Code Général des Impôts.
95
Article. 582 du Code Général des Impôt.
32
AOAA _ v.0.
permanent de la boutique ou du stand. Ce contrat comporte notamment les mentions suivantes
:

- l'identité du locataire ;

- le numéro d'identifiant unique de l'occupant ;

- la localisation du marché (ville, quartier, lieu-dit) ;

- la référence cadastrale du marché ;

- le numéro de la boutique ;

- la superficie du local ;

- le montant du droit mensuel ;

- la durée du bail ;

- la nature de l'activité.

Cependant, toute sous-location est formellement interdite. Elle est sanctionnée par une
amende de 200% des droits dus sans préjudice des sanctions administratives et des poursuites
de droit. Dans cette veine, l’article 83 de la loi portant fiscalité locale dispose que, les taux de
loyers des boutiques communales applicables dans les marchés sont fixés ainsi qu'il suit :

jusqu'à 4 m2 de 5 000 à 10 000 F par mois ;

- de 4,01 m2 à 6 m2 de 10 001 à 15 000 F par mois ;

- de 6,01 m2 à 8 m2 de 15 001 à 20 000 F par mois ;

- de 8,01 m2 à 10 m2 de 20 001 à 25 000 F par mois ;

- de 10,01 m2 à 12 m2 de 25 001 à 30 000 F par mois

de 12,01 m2 à 14 m2 de 30 001 à 35 000 F par mois ;

- de 14,01 m2 à 16 m2 de 35 001 à 40 000 F par mois ;

- de 16,01 m2 à 18 m2 de 40 001 à 45 000 JF par mois ;

- de 18,01 m2 à 20 m2 de 45 001 à 50 000 F par mois ;

- de 20,1 m2 à 22 m2 de 50 001 à 55 000 F par mois ;

- de 22,01m2 à 24 m2 de 55 001 à 60 000 F par mois ;


33
AOAA _ v.0.
- de plus de 24 m2 de 60 001 à 70 000 F par mois.

 le tarif des droits sur le permis de bâtir ou d’implanter

En ce qui concerne les droits sur le permis de bâtir ou d’implanter, à travers les
dispositions des articles 87-90 la loi énonce en effet que les droits sur le permis de bâtir ou
d'implanter sont perçus sur toute construction élevée au chef-lieu de la commune ou dans les
agglomérations ayant fait l'objet du plan d'urbanisme approuvé. Le taux des droits sur les
permis de bâtir ou d'implanter voté par le conseil municipal au profit du budget est fixé
à 1 % de la valeur de la construction. II s'applique aussi bien aux aménagements importants
qu'aux constructions nouvelles. Le montant des droits est établi sur la base d'un devis
estimatif approuvé par les services techniques communaux ou, le cas échéant, ceux en tenant
lieu. Aussi, toute exécution de travaux sans paiement préalable des droits rend le constructeur
passible d'une amende dont le montant est égal à 30 % des droits dus. L'amende est payée au
profit de la commune. Elle ne dispense pas le coupable du paiement du principal des droits sur
le permis de bâtir. Quid donc des modalités d’évaluation des droits d’occupation temporaire
de la voie publique ?

 Les droits d’occupation temporaire de la voie publique

Le dépôts temporaire de matériaux, notamment le sable, la pierre, le bois, l'exposition


de meubles, de marchandises ou de tout autre objets sur la voie publique est taxable au titre
des droits d’occupation temporaire de la voie publique dans l’ordre de 2000F par mettre
carre occupé96. Seul sont exempté de cette taxe les occupations temporaire perpétrées par les
stations-services, les véhicules et les support publicitaire.

 Le tarif de la taxe sur le stationnement

La taxe sur le stationnement est exigée au propriétaire des véhicules utilisés pour le
transport urbain des personnes exclusivement dans les villes ou exclusivement dans les villes
et agglomérations où les municipalités ont mis à disposition des aires de stationnement ou
aménagé un plan de circulation. Payée sous forme de vignette automobile, cette taxe se
recouvre trimestriellement à hauteur de 3000F pour les mototaxis, 10000 F pour les taxi, et
15 000 F pour les autobus97.

96
Article.91 de la loi n°2009/019 op.cit.
97
V. les articles 94-95 de la loi n°2009/019 op.cit.
34
AOAA _ v.0.
 Le tarif de la redevance pour dégradation de la chaussée

Les engins utilisées lors de la réalisation des travaux publics par les entrepreneurs et
concessionnaires, et surtout ceux non muni de pneumatiques, détériorent considérablement le
chaussée. Il est à cet effet, institué une taxe pour dégradation de la chaussée pour réparer ces
dommages98.

Fixé de manière forfaitaires et en fonction des travaux, les taux sont les suivants :

a- Terrassements, canalisation et autres dégradations :

- route en enrobée grave bitume 90.000 F à 200.000 F par m2 ;

- route revêtue de bitume 45.000 F à 100.000 F par m2 ;

- route en terre 15.000 F à 50.000 F par m2 ;

b- dégradation par les engins à chenille :

- route revêtue de bitume 50.000 F à 100.000 F par m2

- route en terre 20.000 F à 50.000 F par m299.

II. L’EVALUATION APPROCHEE

L’évaluation approchée des bases d’imposition repose sur le calcul approximatif de


l’assiette à l’aide d’élément en lien avec la matière imposable. Le législateur accepte ainsi de
renoncer à l’établissement d’un imposition conforme à l’exacte situation du contribuable, et
ce, le plus souvent, dans un souci de simplification administrative. La création des régimes
d’évaluation approché et/ou forfaitaire, lesquels sont de plus en plus nombreux, répond en
effet, à la volonté d’alléger le formalisme fiscal. Bien qu’approximative, l’évaluation n’est
normalement pas préjudiciable au contribuable.

Les développements suivant sont limités aux seules applications de la technique de


l’évaluation approchée à la matière imposable et aux charges déductibles d’un abattement sur
les recettes brutes c’est par exemple le cas de la taxe de développement local sur laquelle l’on
y reviendra. Au contraire, l’évaluation approchée de la matière imposable repose sur une
estimation approximative des recettes. Il en est par exemple ainsi de l’impôt libératoire prévue

98
Article.105 de la loi n°2009/019 op.cit.
99
Article.106 de la loi n°2009/019 op.cit.
35
AOAA _ v.0.
par les articles 45 et 46 de la loi du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale. L'administration
peut utiliser ces techniques soit pour évaluer les charges déductibles, soit pour déterminer les
bases des impositions, soit même pour fixer directement le montant de l'impôt.

 Les techniques forfaitaires d'évaluation des bénéfices et revenus

Le forfait, du moins celui qui s'applique en matière de détermination des bénéfices


industriels et commerciaux et des taxes sur le chiffre d'affaires, peut être défini comme un «
accord » qui est passé entre le fisc et le contribuable sur les bases d'imposition, pour une
certaine période: le terme d'accord ne doit pas cependant être pris à la lettre. La formule est
utilisée concurremment avec celle des déclarations du contribuable, qui sont alors allégées. Il
en est ainsi en matière d’impôt libératoire.

 La détermination du tarif de l’impôt libératoire

Calculé et émis par les services des impôts, le montant de l’impôt libératoire à payer
par le contribuable obéit à une grille tarifaire arrêté à l’intérieur d’une fourchette fixée par
catégorie. Les tarifs de l’impôt libératoire sont arrêtés par la communes bénéficiaire du
produit de ce prélèvement. Elle peut même à l’intérieur de chaque catégorie, appliquer des
taux spécifiques à chaque activité dans la limite de la fourchette concerné. Schématiquement :

Catégories :

- A : de 0 F à 20.000 F ;

- B: de 20.001 F à 40.000 F;

- C: de 41.001 F à 50.000 F;

- D: de 51.001 F à 100. 000F.

Toutefois, Les communes peuvent, à l'intérieur de chaque catégorie, appliquer des


taux spécifiques à chaque activité dans la limite de la fourchette concernée. C’est la technique
forfaitaire d’évaluation des charges déductible à laquelle est soumise la taxe de
développement local conformément aux dispositions de l’article 58 de la loi portant fiscalité
locale.

 Les techniques forfaitaires d’évaluation des charges déductibles

36
AOAA _ v.0.
Ces techniques sont largement utilisées en matière de fiscalité locale. Elles sont
appliquées même pour déterminer des éléments du régime d'imposition d'après le bénéfice
réel, tels que les amortissements (et dans une moindre mesure, les provisions).

On peut citer, parmi les plus connues, en matière de traitements et de salaires, la


déduction forfaitaire de 5% des frais professionnels et les déductions supplémentaires dont
bénéficient certaines professions. La déduction forfaitaire prévue par la loi portant fiscalité
locale constitue un avantage accordé aux salariés, puisque son application est automatique,
tout salarié en bénéficiant même s'il n'a aucune dépense professionnelle. Cette déduction est
pratiquée sur le montant brut des rémunérations imposables, diminué des cotisations sociales
et, éventuellement, des intérêts d'emprunts. Le caractère uniforme de cette déduction est
assorti d'un double correctif, sous la forme d'un plancher pour les salaires les plus faibles et
d'un plafonnement, pour les salaires les plus élevés. Le législateur camerounais de 2009
applique cette technique dans la détermination du tarif de la taxe sur le développement local

 La détermination du tarif de la taxe de développement local

Pour ce qui est de la taxe pour le développement local, celle-ci est soumise à une
évaluation approchée des charges. En effet, la technique de l’évaluation approchée des
charges octroie aux contribuables un allégement significatif de leurs obligations fiscales
déclaratives100. Les contribuables peuvent ainsi préférer appliquer à la matière imposable un
abattement représentatif des charges considérées comme acceptables par le législateur.
L’option pour l’évaluation réelle est cependant systématiquement offerte au contribuable.
Cette technique d’évaluation ne leur préjudicie donc pas. Les services fiscaux bénéficient
également de cette technique en ce que les déclarations sont plus rapides à contrôler 101. Le
gain du temps ainsi réalisé compense pour partie la perte fiscale induite.

Tous les contribuables ont connaissance de ce mode d’évaluation dès lors qu’ils sont
confrontés, chaque année, à leurs obligations déclaratives en matière d’impôt sur le revenu.
C’est pourquoi, en vue de promouvoir le développement local par la commune, le législateur
camerounais du 15 décembre 2009 a institué une taxe dite de « développement locale ».
Celle-ci sera prélevée sur le revenu des populations des communes correspondantes.

Perçue en même temps que l’impôt libératoire, la patente et l’impôt sur le revenu des
personnes physiques, la taxe de développement connait un régime d’imposition, de pénalité et

100
LAMARQUE (J), NEGRIN (O), AYREAULT (L), op.cit. p.501.
101
Idem.
37
AOAA _ v.0.
de contentieux aligné sur le plan processuel, à celui applicable aux impôt et droits sur lesquels
elle est assise. Son tarif distingue alors les assujetties à l’impôt sur le revenu des personnes
physiques à titre d’employé du secteur public et privé et les assujettis à l’impôt libératoire et à
la patente. Schématiquement :
 Pour les employés du secteur public et privé102 :
- salaire de base mensuel compris entre 62 000 et 75 000 F : 3 000F/an ;
- salaire de base mensuel compris entre 75 001 et 100 000 F : 6 OOOF/an ;
- salaire de base mensuel compris entre 100 001 et 125 000 F : 9 000 F/an ;
- salaire de base mensuel jusqu'à 125 001 et 150 000 F : 12 000 F/an ;
- salaire de base mensuel compris entre 150 001 et 200 000 F : 15 000 F/an ;
- salaire de base mensuel compris entre 200 001 et 250 000 F : 18 000 F/an ;
- salaire de base mensuel compris entre 250 0001 et 300 000 F : 24 000 F/an ;
- salaire de base mensuel compris entre 300 001 et 500 000 F : 27 000 F/an ;
- salaire de base mensuel supérieur à 500 000 F : 30 000 F/an.

• Pour les assujettis à l'impôt libératoire ou à la contribution à la


Patente :
- impôt en principal égal ou inférieur à 30 000 F : 7 500 F/an ;
- impôt en principal compris entre 30001 et 60000 F : 9000 F/an ;
- impôt en principal compris entre 60 001 et 100 000 F : 15 000F/an ;
- impôt en principal compris entre 100 001 et 150 000 F : 22.500F/an ;
- impôt en principal compris entre 150 001 et 200 000 F : 30 000F/an ;
- impôt en principal compris entre 200 001 et 300 000 F : 45 000F/an;
- impôt en principal compris entre 300 001 et 400 000 F : 60 000F/an ;
- impôt en principal compris entre 400 001 et 500 000 F : 75 000F/an ;
- impôt en principal supérieur à 500 000 F : 90 000 F/an.

Le régime des taxes de développement local diffère de celui des autres taxes et droits
assimilés.

102
Lire, l’article. 58 de la loi n°2009 /019 du 15 décembre 2009 op.cit.
38
AOAA _ v.0.

CHAPITRE 2 :
LA PROCEDURE DE L’ASSIETTE
La production de la fiscalité locale n’implique pas uniquement l’existence des règles
substantielles gouvernant l’imposition dans son principe et dans son montant. Il est également
le siège de nombreuses règles de dimension procédurale. Ces règles de procédure, posées par
les textes ou dégagées de la jurisprudence, peuvent être rangées en deux groupes.

Les premières, les plus nombreuses, consacrent, en les encadrant, non seulement la
procédure de droit commun, applicables aux impôts et taxes de l’ Etat, mais aussi et surtout,
les procédures spécifiques visant la libre administration des collectivités territoriales
décentralisées, ceci ; en vue d’une meilleure production de l’impôt locale. Organisant
parallèlement un certain nombre de garanties au profit des contribuables, elles font de la
procédure de l’assiette une procédure binaire (Section1).

Les secondes quant’ à elles, forment un ensemble moins dense mais tout aussi
complexe. Faisant de la procédure de l’assiette une procédure recentralisatrice à travers la
définition exclusive des règles par l’Etat (Section 2).

SECTION 1. UNE PROCEDURE BINAIRE

Afin de mener à bien leurs missions, les agents des services fiscaux de l’Etat et des
Collectivités territoriales décentralisées disposent de nombreuses prérogatives. Celles-ci
peuvent être regroupées en plusieurs catégories avec celles qui ont pour finalité de permettre,
d’établir ou de contrôler le bon établissement de l’imposition des contribuables, celles qui
offrent aux comptables publics les moyens juridiques de s’assurer du recouvrement des
créances publiques et celles qui confèrent aux agents le droit de sanctionner les manquements
des contribuables défaillants ou de saisir la juridiction à cette fin. Dans ce cadre, le caractère
binaire de la procédure de l’assiette révèle d’une part, sa dimension ordinaire à travers la
consécration des règles de procédure fiscales applicables aux impôts et taxes de l’Etat (I), et
d’autre part, sa dimension spécifique, laquelle vise la libre administration des Collectivités
territoriales décentralisées (II).

39
AOAA _ v.0.
I. LA PROCEDURE DE DROIT COMMUN : LES PROCEDURES FISCALES
APPLICABLES AUX IMPOTS ET TAXES DE L’ETAT
La procédure fiscale, dès lors qu’elle s’applique aux impôts et taxes de l’Etat, révèle
sa dimension ordinaire et est de ce fait qualifié par la doctrine 103 de « procédure de droit
commun ». En effet, celle-ci est systématisée dans le Code Général des Impôts à travers les
dispositions du livre de procédures fiscales dudit Code. Plusieurs règles de procédures sont
consacrées dans ce livre. Mais, en ce qui concerne la procédure de l’assiette, la loi consacre
l’existence d’une procédure qui se subdivise en deux grandes catégories à savoir : la
procédure de déclaration d’une part (A), et la procédure de contrôle d’autre part (B).

A. La procédure de déclaration

En vue de déterminer l’assiette de l’impôt, le législateur 104 à travers les dispositions du


Code Général des Impôts consacre relativement au contribuable plusieurs obligations. Parmi
celles-ci, l’on récence: les obligations déclaratives, les obligations et délais de conservation
des documents, et enfin, les obligations de paiement de l’impôt auxquelles s’appliquent un
régime de sanction consacré.

 Les obligations déclaratives du contribuable

Suivant les dispositions de l’articles L1 du livre des procédures fiscales du Code


Général des Impôts, toute personne physique ou morale assujettie en sa qualité de redevable
légal au paiement d’un impôt, droit ou taxe ou d’acompte d’impôt, droit ou taxe en vertu des
dispositions du Code Général des Impôts, est tenue de souscrire une demande aux fins
d’immatriculation auprès du service des impôts territorialement compétent, dans les quinze
(15) jours ouvrables qui suivent le début de ses activités, et de joindre à sa demande un plan
de localisation. Aussi, la loi précise qu’un numéro identifiant unique est attribué, à titre
définitif, par la Direction générale des impôts après certification de la localisation effective du
contribuable. Toute modification substantielle affectant l’exploitation (changement de
dirigeant, cession, cessation, modification de la raison sociale, modification de la structure du
capital ou de l’actionnariat, modification de l’activité), et/ou le lieu d’exercice de l’activité
fera aussi l’objet d’une déclaration dans les quinze (15) jours ouvrables suivant cette
déclaration.

103
LAMARQUE (J), NEGRIN (O), AYRAULT (O), Droit fiscal général, LITEC, 2009, p.921.
104
Article. L1- L8.

40
AOAA _ v.0.
Par ailleurs, il convient de préciser que ces obligations déclaratives s’appliquent
également aux salariés des secteurs publics et privé, ainsi qu’aux contribuables étrangers qui
effectuent au Cameroun des activités économiques sans y avoir un siège. Ils doivent de ce fait
désigner un représentant solvable accrédité auprès de l’administration fiscale 105. Le numéro
Identifiant unique est obligatoirement porté sur tout document matérialisant les transactions
économiques106. Il est requis par les personnes morales, publiques ou privées, lors des
paiements qu’elles effectuent ou, en tant que de besoin, pour toutes autres opérations,
matérielles ou immatérielles. Ce numéro est attribué dans les conditions fixées par voies
réglementaire107.

D’autre part, toute personne physique ou morale assujettie en sa qualité de redevable


légal au paiement d’un impôt, droit ou taxe ou d’acompte d’impôt, droit ou taxe, ou désignée
pour procéder à des retenues d’impôts à la source en vertu des dispositions légales ou
réglementaires est tenue de souscrire des déclarations selon le modèle fourni par
l’Administration fiscale camerounaise, accompagnées des documents annexes obligatoires,
dans les délais prévus par la loi108.

Toutefois, les entreprises relevant d’une unité de gestion spécialisée, sont tenues de
déposer leurs déclarations statistiques et fiscales sur support physique et en version
électronique109. Si l’on prend l’exemple de la taxe foncière sur la propriété immobilière que
l’Etat prélève chez ceux qui occupent un domaine du territoire nationale par l’édification
d’immeuble, celle-ci est exigible le 1er janvier de l'année d'imposition. Elle doit être
acquittée spontanément au plus tard le 15 mars, sur déclaration du redevable ou de son
représentant. La déclaration de la taxe sur la propriété foncière est souscrite et l'impôt payé
auprès du Centre des impôts du lieu de situation de l'immeuble110.

En outre, pour ce qui est des droits de timbre sur les automobiles, celui-ci est annuel et
la période d'imposition s'étend du premier janvier de chaque année au 31 décembre de l'année
suivante. Les taux du droit de timbre sur les véhicules automobiles sont fixés conformément
aux dispositions de l’article 597 du Code Général des Impôts. Le droit de timbre automobile
est acquitté : Dans le mois qui suit le début de l’année fiscale pour le renouvellement ; au
moment de la mise en circulation pour les véhicules nouvellement mis en circulation ; à la
105
M. L. F. 2012.
106
Article. L 1 bis.- L. F. 2012.
107
Article. L 1 ter.- L. F. 2012.
108
Article. L2.
109
MLF 2011.
110
Lire, les Articles. 579 et 582 du Code Général des Impôts.
41
AOAA _ v.0.
fin de la période d’exonération pour les véhicules acquis sous le régime de l’admission
temporaire111. Pour les véhicules importés sous le régime de la mise à la consommation, la
vignette automobile est acquittée en même temps que les droits de douane112.

Aussi, convient-il de préciser que ces obligations déclaratives s’accompagne de


plusieurs autres obligations notamment les obligations de conservation des documents.

 Les obligations et délais de conservation des documents par le contribuable

Conformément aux dispositions de l’article L4 du livre de procédures fiscales du


Code Général des Impôts, les contribuables aux impôts et taxes étatiques sont tenus de
présenter à toute réquisition de l’Administration fiscale, tous les documents et pièces
comptables obligatoires, complétés le cas échéant, par les éléments de la comptabilité
spécifiques à la nature de l’activité exercée, permettant d’établir la sincérité des éléments
portés sur leurs déclarations.

Par ailleurs, les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s’exercer
les droits de contrôle, de communication ou d’enquête de l’Administration fiscale, et ce,
quelle que soit leur forme, doivent être conservés pendant un délai de dix (10) ans à compter
de la date de la dernière opération qu’ils constatent ou de la date à laquelle les documents ont
été établis. Les registres de transfert d'actions et d'obligations, les feuilles de présence et les
procès-verbaux d'assemblées générales et de conseils d'administration, le rapport de gestion
dûment approuvé par les actionnaires ou les associés, éventuellement les conventions
réglementées ainsi que les rapports des commissaires aux comptes doivent être présentés à
toute réquisition du service des impôts.

Aussi, convient-il de souligner que les entreprises sont également astreintes à produire
à toute réquisition de l'Administration fiscale, le livre général des procédures de contrôle
interne, le livre spécifique des procédures et de l'organisation comptable ainsi que le livre
spécifique des procédures et de l'organisation informatique 113. Dans cette optique, l’on
prendra comme champ d’illustration la taxe foncière sur les propriétés immobilières et les
droits de timbre sur les automobiles.

111
Article. 598 du Code Général des Impôts.
112
Idem. Le législateur, plus loin précise que dans ce cas, le redevable de la taxe est la personne physique ou
morale propriétaire du véhicule. Toutefois, lorsqu’une personne morale met un véhicule à la disposition d’une
personne physique, le redevable de la taxe est l’utilisateur du véhicule en cause.
113
Articles L5 et L6 du Code Général des Impôts.
42
AOAA _ v.0.
En ce qui concerne la taxe foncière sur les propriétés immobilières, il en ressort des
dispositions de l’article 583 du livre de procédure fiscale du Code Général des Impôts que, les
actes portant hypothèque, mutation de propriété ou de jouissance en matière immobilière ne
peuvent recevoir la formalité de l'enregistrement que sur justification du paiement régulier de
la taxe sur la propriété foncière. Toute immatriculation au registre de la conservation foncière
est conditionnée par la production d'une quittance de règlement de la taxe sur la propriété
foncière ou la présentation d'un certificat de non-imposition délivré par le service des impôts
compétent. Ainsi, les redevables de la taxe sur la propriété foncière autant que les personnes
exonérées sont tenus de déposer au service des impôts territorialement compétent un double
des titres de propriétés, des permis de bâtir, des devis de construction et autres documents
assimilés, dans le mois qui suit la date de leur délivrance114.

Pour ce qui est des droits de timbre sur les automobiles, force est de constater que le
paiement de ces droits est constaté au moyen de la délivrance d'une vignette dont le modèle et
les modalités de délivrance et d'utilisation sont définis par arrêté du ministre des finances. La
délivrance des duplicata de vignettes donne lieu à la perception d'un droit fixe de 2 000
francs 115.

 Les obligations de paiement de l’impôt par le contribuable et le régime de


sanction consacré

Si l’impôt est défini comme étant « une prestation pécuniaire requise des personnes
physiques et morales de droit privé et de droit public d’après leurs facultés contributives, par
voies d’autorité et sans contrepartie, déterminée, à titre définitif en vue de la couverture des
charges d’intérêt général ou à des fins d’interventionnisme de la puissance publique », le
devoir de citoyenneté implique sur cette base que, toute personne tenue au paiement d’un
impôt ou taxe ou d’un acompte d’impôt ou taxe ainsi qu’au versement d’impôts collectés par
voie de retenue à la source auprès des tiers pour le compte de l’Etat ou de toute autre personne
morale de droit public, doit s’acquitter de sa dette auprès de la Recette des Impôts dans les
délais fixés par la loi. C’est pourquoi, pour ce qui est des droits de timbre sur les automobiles,
le législateur énonce aux article 597-603 du Code Général des Impôts que : les taux du droit
de timbre sur les véhicules automobiles sont fixés comme suit:

- Motocyclettes …………………………………………….….. 2 000 francs

114
Articles 583 (1) et (2) du livre des procédures fiscales du Code Général des Impôts .
115
Lire, l’article 600 du Code Générale des Impôts
43
AOAA _ v.0.
- Véhicules de 02 à moins de 8 CV …………………………… 15 000 francs

-Véhicules de 08 à 13 CV…………………………………….. 25 000 francs

- Véhicules de 14 à 20 CV…………………………………….. 50 000 francs

- Véhicules de plus de 20 CV………………………………… 100 000 francs

Au vue ces dispositions, il ressort clairement que l’obligation de paiement de ces


droits n’est pas une option pour le contribuable. Mais, relève en effet, de l’accomplissement
d’un devoir citoyen. C’est la raison pour laquelle chaque citoyen devrait savoir que le droit de
timbre automobile est acquitté : dans le mois qui suit le début de l’année fiscale pour le
renouvellement ; au moment de la mise en circulation pour les véhicules nouvellement mis en
circulation ; à la fin de la période d’exonération pour les véhicules acquis sous le régime de
l’admission temporaire. Pour les véhicules importés sous le régime de la mise à la
consommation, la vignette automobile est acquittée en même temps que les droits de
douane116.

Il convient de relever par ailleurs que, le redevable de la taxe est la personne physique
ou morale propriétaire du véhicule. Toutefois, la loi précise que lorsqu’une personne morale
met un véhicule à la disposition d’une personne physique, le redevable de la taxe est
l’utilisateur du véhicule en cause. La revente d’un véhicule au cours de la période
d’imposition n’est valable que sur production de la vignette constatée par le service de la
circulation routière117. Dans le même ordre d’idée, le législateur souligne que le paiement du
droit est constaté au moyen de la délivrance d'une vignette dont le modèle et les modalités de
délivrance et d'utilisation sont définis par arrêté du ministre des finances. La délivrance des
duplicata de vignettes donne lieu à la perception d'un droit fixe de 2 000 francs118.

Toutefois, une précision doit être faite à ce niveau car, à l’obligation de paiement de cet
impôt par le contribuable, un régime de sanction y est consacré. Ainsi, la non-présentation de
la vignette automobile obligatoire aux agents chargés du contrôle constitue une contravention
de deuxième classe et punie par l'article 362 b du Code pénal119.

Par ailleurs, Le défaut de paiement de la vignette automobile dûment constaté constitue


une contravention de 3e classe prévue et réprimée par l'article 362 c du Code pénal. En plus

116
Lire, article 598 du Code Général des Impôts.
117
Voir, article 599 du Code Général des Impôts.
118
Voir, article 600 du Code Général des Impôts.
119
Voir, article 601 du Code Général des Impôts.
44
AOAA _ v.0.
de l'amende pénale prévue à l'alinéa (1) ci-dessus, il est dû par le propriétaire du véhicule,
outre le montant du droit simple de la vignette exigible, un droit en sus au titre de pénalité.

En outre, Il ressort des dispositions des articles 602 du Code Général des Impôts que :
« sont spécialement chargés de constater les infractions prévues à l'article 601 ci-dessus,
outre les agents de la Direction Générale des Impôts dûment commissionnés à cet effet, tous
les agents habilités à verbaliser en matière de police de roulage. Les poursuites et instances
se font conformément à l'article 426 ci-avant »120.

B. Les procédures de contrôle

Corollaire du principe de déclaration contrôlée qui imprégné le système fiscale


camerounais, la mission de contrôle des agents des services fiscaux peut s’exercer dans les
délais de reprise ou de répétition. Plusieurs dispositions du Livre de procédures fiscales du
Code Général des impôts permettent à ces agents de recenser des informations de nature à
contrôler le bon établissement des bases imposables121. Car, la liberté donné au contribuable
de souscrire sa déclaration de revenus a pour corollaire la recherche de la sincérité desdites
déclarations par l’Administration des impôts.

Pour mener à bien sa tâche, cette dernière dispose de nombreux moyens


d’investigation avant d’engager les contrôles fiscaux qui pourraient éventuellement aboutir
si cela est justifié122, à des rectifications contradictoires.

 Les procédures d’investigation

Les voies d’action à disposition de l’administration pour se procurer les informations


utiles à sa mission sont plurielles. Si on excepte deux procédures particulières avec le droit
d’assister aux ventes publiques et par enchère et le droit de contrôler, voire saisir les véhicules
sur la voie publique lorsque le conducteur est soumis à une formalité particulière en matière
de circulation, les autres prérogatives des agents des impôts ou des douanes et droits indirects
peuvent être abordées en développant successivement les demandes d’informations,
d’éclaircissements ou de justification, le droit de communication, et le droit d’enquête.

 Les demandes d’éclaircissements et de justifications

120
Voir, les dispositions des articles 602 et 603 du Code Général des Impôts.
121
Lire, sous-titre II, Chapitre du Livre des procédures fiscales du Code Général des Impôts.
122
Notamment en cas d’insuffisance, d’inexactitude, d’omission, de dissimulation dans les éléments servant de
base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du Code Général des
impôts.
45
AOAA _ v.0.
Les demandes d’informations, d’éclaircissements et de justifications permettent aux
service fiscaux d’obtenir un complément d’informations avec ou sans contrainte juridique. En
effet, les services fiscaux disposent de la possibilité de demander aux contribuables « tous
renseignements, justifications ou éclaircissement relatifs aux déclarations souscrites ».
L’article L 22 du Livre de procédure fiscale du Code Général des impôts dispose que «
l’administration peut demander par écrit aux contribuables, tous renseignements,
justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites et aux actes déposés, y
compris pour les catégories de revenus pour lesquels ils ne sont pas astreints à la tenue d’une
comptabilité ». Ces demandes concernent les déclarations souscrites et les actes déposés et
portent à cet effet, sur diverses domaines notamment en matière de taxe foncière sur les
propriétés immobilières123, de timbre gradue124, de taxe sur la publicité125, de droit de timbre
sur les automobiles126, de droit de timbre d’aéroport127, de taxe à l’essieu... etc128.

Par ailleurs, les contribuables doivent impérativement répondre dans un délai de trente
(30) jours à compter de la réception de la demande. A défaut, la procédure de taxation
d’office définie aux articles L29 et suivants du Livre de procédure fiscale, s’applique pour la
détermination des impôts et taxes concernés par la demande. Ainsi, les contribuables qui ne
respectent pas les obligations fiscales en répondant aux demandes fondées sur les autres
dispositions s’exposent à des sanctions attachées à la preuve. Tel est le cas des articles L29 et
L30 qui autorisent à demander des éclaircissements ou justification sur les titres, valeurs,
créances non énoncés dans la déclaration de succession alors qu’ils sont présumés en faire
partie en application de l’article L22 du Livre de procédure fiscale du Code Général des
Impôts. Le défaut ou l’insuffisance de réponse, après mise en demeure infructueuse et un
délai de quinze (15) jours pour obtempérer, emporte alors l’irrecevabilité des preuves qui
pourrait être ultérieurement produite exposant de ce faite les contribuables défaillants à la
taxation d’office.

En outre, une distinction doit être établie entre les demandes d’éclaircissement et les
demandes de justifications. Les premières impliquent une clarification tandis que les secondes
requièrent une argumentation. Cette différence implique que le champ d’application des

123
Voir articles 577-584 du Code Général des Impôts.
124
Voir articles 585-588 du Code Général des Impôts.
125
Lire les articles 589-593 du Code Général des Impôts.
126
Articles 594-603 du Code Général des Impôts.
127
Articles 605-608 du Code Général des Impôts.
128
Articles 609-613 du Code Général des impôts.
46
AOAA _ v.0.
secondes soient plus restreint. Tel est le cas de l’article L30 Paragraphe 1 et 2 du Livre de
procédure fiscale du Code Général des impôts129.

 Le droit de communication

L’administration fiscale dispose de prérogatives lui permettant d’obtenir de certains


tiers, à peine de sanction et sans formalisme, la production de renseignements pour le besoin
de sa mission. A cet effet, les agents des impôts ayant au moins le grade de contrôleur ou
assimilés ont le droit d’obtenir sous forme matérielle ou immatérielle, communication de
documents détenus par les personnes et organismes énumérés à l’article L43 du Livre de
procédure fiscale, afin d’effectuer le contrôle des déclarations souscrites par les contribuables,
sans que puisse leur être opposé le secret professionnel sous réserve des dispositions de
l’article L 47 du Livre de procédure fiscale du Code Général des Impôts.

La communication peut être provoquée, mais aussi spontanée. Dans tous les cas, le
législateur précise à travers l’article L44 du Livre de procédure fiscale que : « le droit de
communication s’exerce à l’initiative du service des impôts sur simple demande écrite. Un
avis de passage doit être adressé préalablement ou remis à l’intéressé lors de leur visite par
les agents. Il dispose alors d’un délai de quinze (15) jours pour communiquer les
informations demandées, à compter de la réception de l’avis de passage, le cachet de la
poste, ou le bordereau de décharge en cas de remise en mains propres, faisant foi ».

Cependant, Toute personne qui s’abstient de répondre, se soustrait ou s’oppose au


droit de communication, au terme du délai prévu à l’alinéa 1 er de l’article L44 susmentionné,
fait l’objet d’une mise en demeure valant commandement de communiquer. Il dispose alors
d’un délai de huit (08) jours pour s’exécuter, à compter de la réception de la mise en demeure,
le cachet de la poste, ou le bordereau de décharge en cas de remise en mains propres, faisant
foi130.

Toutefois, la loi précise que le refus de communiquer expose, à une amande


forfaitaire pouvant aller jusqu’à cinq millions (5 000 000) de francs, toute personne ayant
communiqué de fausses informations ou ayant tenté de se soustraire ou de s’opposer au droit
de communication ou à l’avis à tiers détenteur. Aussi, une astreinte de cent mille (100 000)
129
Cet article précise en effet que la procédure de taxation d’office s’applique également :
- lorsque le contribuable s’abstient de produire les détails et sous détails de certains éléments de la comptabilité
spécifique de l’activité exercée ;
- lorsque le contribuable s’abstient de répondre dans le délai fixé à l’article L29 ci-dessus à une demande
d’éclaircissements ou de justifications.
130
Article 44 (2) du Livre des procédures fiscales précité.
47
AOAA _ v.0.
francs par jour de retard, au-delà des délais indiqués sur la demande, est applicable à toute
tentative de différer l’exécution du droit de communication. La même astreinte, calculée à
partir de la date de la réception de l’avis à tiers détenteur, est appliquée en cas de manœuvres
dilatoires ayant pour but de s’opposer à l’exécution de ce dernier131.

A cet effet, l’article L 43 du Livre de procédure fiscale précise les différentes


catégories de personnes contrainte de répondre à la demande de communication. Parmi les
destinataires les plus représentatifs, peuvent être relevés les employeurs et débirentiers 132, les
administrations publiques, y compris la police et la gendarmerie, les entreprises et les
établissements publics, ou les organismes contrôlés par l’autorité administrative, les
organismes de sécurité sociale, les tribunaux, toutes les personnes ayant la qualité de
commerçant, d’industriel, d’artisan, d’agriculteur, ou exerçant une profession libérale, les
personnes effectuant des opérations d’assurances, les banques, les intermédiaires
professionnels de bourse de valeurs, les dépositaires de documents publics et les sociétés
astreintes notamment à la tenue de registres de transferts d’actions ou d’obligations, de
feuilles de présence aux assemblées générales, de procès-verbaux des conseils
d’administration et des rapports des commissaires aux comptes.

Aussi, convient-il de préciser que le droit de communication s’exerce en principe sur


place, mais les agents des impôts peuvent prendre copie des documents concernés sans que les
personnes soumises au droit de communication et qui sont énumérées à l’article L 43
susmentionné puissent s’y opposer. Toutefois, dans le cadre spécifique d’une procédure de
remboursement des crédits de TVA, l’administration fiscale peut, à partir du bureau,
demander communication de tout ou partie des informations relatives à un dossier. Dans ce
cas, la communication desdites informations est précédée de la formule suivante :

« Je déclare sur l’honneur exactes les informations ci-après communiquées, faute


de quoi, je m’expose aux sanctions prévues à l’article L 104 du Livre des Procédures
Fiscales »133. Ainsi, durant les quinze (15) jours ouvrables qui suivent le prononcé de toute
décision rendue par les juridictions civiles, administratives ou militaires, les pièces restent
déposées au greffe, à la disposition du service des impôts. Le délai est réduit à dix (10) jours
en matière pénale. Les procès-verbaux dressés à l’occasion de toute sentence arbitrale sont
tenus à la disposition du service des impôts pendant un délai de quinze (15) jours ouvrables à
131
Article 104 du Livre des procédures fiscales du Code Général des Impôts.
132
Il s’agit en l’occurrence de toutes personnes physiques ou morales versant des salaires, des honoraires, des
droits d’auteur, encaissant, gérant, distribuant des fonds pour le compte de leurs adhérents.
133
Lire à cet effet, l’article L 45 du Livre de procédure fiscale précité.
48
AOAA _ v.0.
compter de leur dépôt. Passé ce délai, l’Administration fiscale obtient communication de ces
informations sur simple demande écrite de sa part, introduite auprès de la juridiction
territorialement compétente134.

Au demeurant, il convient de dire que les agents des impôts sont tenus au secret
professionnel et ne peuvent communiquer les informations recueillies dans le cadre de leurs
fonctions135. Seulement, ne sont couvertes par le secret professionnel que les informations
exclusivement relatives au dossier médical des patients, ou à la sécurité nationale et classées «
secret défense »136. Par voie de réciprocité, les agents des impôts sont déliés du secret
professionnel à l’égard des membres du Contrôle Supérieur de l’Etat, des agents du Trésor,
des Douanes, de la Brigade Economique et du Procureur de la République agissant dans le
cadre de leurs fonctions137, notamment en matière d’enquête.

 Le droit d’enquête

Le droit d’enquête permet aux agents des impôts ou douanes et droits indirects de
pénétrer dans les locaux professionnels fin d’établir la vérité sur la nature et le tarif de la
matière imposable. Les agents des impôts ayant au moins le grade de contrôleur peuvent se
faire présenter et prendre copie, sous forme matérielle ou immatérielle, des factures, de la
comptabilité matières ainsi que des livres, registres et documents professionnels pouvant se
rapporter à des opérations ayant donné lieu ou devant donner lieu à facturation138.

Par ailleurs, la loi stipule que ces derniers peuvent également se faire présenter et
prendre copie de tous les documents douaniers justifiant la perception de la TVA à
l’importation, la réalité d’une exportation, ou l’application d’un régime suspensif. A
l’exception des locaux affectés au domicile privé, ils peuvent à cet effet accéder aux locaux à
usage professionnel, aux terrains, aux entrepôts, aux moyens de transport à usage
professionnel et à leur chargement, et procéder à la constatation matérielle des éléments
physiques de l’exploitation139.

A cet effet, lors de la première intervention, un avis d’enquête est remis à l’assujetti ou
à son représentant. En l’absence de l’assujetti ou de son représentant, l’avis est remis à la
personne qui reçoit les enquêteurs, et dans ce cas, un procès-verbal est établi et signé par
134
Article L 45 du Livre des procédures fiscales précité.
135
Article L 47 (1) du Livre des procédures fiscales précité.
136
Article L47 (2) du Livre des procédures fiscales précité.
137
Article L 48 du Livre de procédure fiscales précité.
138
Voir, article L 49 du livre de procédure fiscale précité.
139
Idem.
49
AOAA _ v.0.
toutes les parties. En cas de refus de signer, mention en est faite sur procès-verbal. Dans le
cadre spécifique d’une procédure de remboursement des crédits de TVA, le droit d’enquête
permet à l’administration de s’assurer de l’authenticité des factures et autres documents
produits. Chaque intervention fait l’objet d’un procès-verbal relatant les opérations effectuées.

En outre, suivant les dispositions de l’article L50 du Livre de procédure fiscale, il


convient de relever que dans les trente (30) jours qui suivent la dernière intervention ou la
dernière audition, un procès-verbal consignant les manquements constatés ou l’absence de tels
manquements est rédigé. La liste des pièces ayant permis la constatation des infractions est
annexée au procès-verbal. Bien plus, le procès-verbal est signé par les agents ayant participé à
l’intervention et par l’assujetti lui-même. Mention est alors faite de son éventuel refus de
signer.

Ce que l’on pourrait dire en dernière analyse sur ce point, c’est qu’en réalité le droit
d’enquête ne peut en lui-même donner lieu à une notification de redressements c’est pourquoi,
toute personne qui se soustrait ou s’oppose à l’exercice du droit d’enquête fait l’objet d’une
mise en demeure. Il doit s’exécuter à compter de la réception de la mise en demeure, le cachet
de la poste ou le bordereau de décharge en cas de remise en mains propres faisant foi. A
défaut, il encourt les sanctions prévues à l’article L 104 du Livre de procédure fiscale du Code
Général de Impôts140, lesquelles, avant leur application, sont très souvent précédées par
l’exécution et la mise en œuvre des procédures de vérification prévues par ledit Code.

 Les procédures de vérification

Au nombre de deux, les procédures de vérification sont codifiées dans les articles L11-
L 20 (vérification sur place) et L 20 (contrôle sur pièce) du Livre des procédures fiscales. Ces
procédures qu’il convient d’examiner après les avoir recensées, définie, et catégorisées, sont
particulières par les droits et garanties reconnus aux contribuables vérifié.

 Le cadre d’exercice des procédures de vérification

Le contrôle fiscal se manifeste généralement de deux manières à savoir : les contrôles


internes et contrôles externes.

 Les contrôle sur pièces

140
Voir, article L50 bis du Livre de procédure fiscale du Code Général des Impôts.
50
AOAA _ v.0.
Encore appelé contrôle sur interne, le contrôle sur pièce consiste à vérifier la déclaration
du contribuable à partir des documents contenus dans son dossier 141. Exemple : Le
contribuable a cédé un immeuble. la plus-value réalisée est-elle rapportée sur sa déclaration
de revenus ?

les différentes omissions et inexactitudes sont recensées. Ce contrôle à très souvent lieu au
sein ds services fiscaux d’assiette 142. En effet, conformément aux disposition de l’article L
21(b)143 du Livre des procédures fiscales du Code Général des Impôts, le contrôleur dans sa
vérification devrait se limiter aux seul documents fourni par le contribuable. Mais dans
certaines circonstances, celui-ci peut prendre des informations auprès des autres
administrations et même des tiers. C’est une obligation pour le contribuable de coopérer et
répondre favorablement aux demandes de renseignement relatives aux déclarations ceci sous
peine de taxation d’office144.

Dans l’exercice de ce contrôle, force est de constater que le fisc jouie d’un droit de
communication145. Ainsi, les organismes (Banques Entreprises, Communes) en relation avec
le contribuable doivent fournir des informations au fisc au sujet du contribuable. Faute de
quoi, l’administration fiscale se verra dans l’obligation de procéder à des investigations sur
place.

 Les vérification sur place


Les limites du contrôle sur pièce peuvent amener le fisc à poursuivre des
investigations sur place. Cela se passe de trois manières : la vérification de la comptabilité
pour les entreprises, l’examen contradictoire d’ensemble de la situation fiscale personnelle
pour le particulier et les visites domiciliaires et perquisitions inopinées sont même permises.

- la vérification de la comptabilité

Elle est visé à l’article L 11 du Livre des procédures fiscales et concerne les
contribuables astreints à tenir et présenter des documents comptables. Elle s’exerce par le
biais d’investigation sur place menées par les agents des impôts ayant au moins le grade
d’inspecteur, munis de leur carte professionnelle et d’une copie de l’avis de vérification.
141
LAMULLE (Th.), Droit fiscal, op.cit. p.196.
142
Article L 21(a) du Livre de procédure fiscal précité.
143
Article L 21(b) du Livre de procédure fiscal précité. La loi dispose en effet que : « Ces contrôles se limitent à
l’examen des déclarations, des actes utilisés pour l’établissement des impôts et taxes ainsi que des documents
déposés en vue d’obtenir des déductions, des restitutions ou des remboursements ».
144
Evaluation unilatérale de la base d’imposition résultant du constat d’un refus.
145
Article 127 du Code Général des Impôts.
51
AOAA _ v.0.
La vérification de comptabilité s’exerce au siège de l’entreprise ou au lieu de son
principal établissement146. Dans l’hypothèse où le contrôle ne peut s’effectuer en ces deux
lieux, le contribuable doit expressément demander qu’il se déroule soit dans les bureaux de
son comptable, soit dans les locaux de l’administration.

Sont passible de ces vérifications les commerçants, les artisans, les professions
libérales, les agriculteurs, les sociétés et les associations…etc 147. A l’occasion de cette
vérification, l’administration fiscale contrôle la cohérence entre les revenus déclarés par le
contribuable au titre de l’Impôt sur le Revenu, et la situation de sa trésorerie, de son
patrimoine et des éléments de son train de vie. On recherche alors la sincérité et l’exactitude
des écritures comptables, on discute sur la durée des amortissements des immobilisations et
sur le bien-fondé de l’enregistrement de certaines provisions.

La vérification de la comptabilité implique donc une analyse dynamique. En effet, on


peut observer que lors de sa création, la vérification de la comptabilité ne conférait aux agents
des impôts aucunes prérogative nouvelle. Seules les garanties avaient été prévues. Partant du
constat que les prérogatives préexistaient à cette procédure, il devenait évident que les abus
consistant à utiliser certaines procédures moins contraignantes en lieu et place d’une
vérification de comptabilité pouvaient être commis. afin d’éviter, les juridictions sanctionnent
les vérifications innommées. Pour cela, elle utilisent la méthode du faisceau d’indice. Ainsi,
les procédures de contrôle mise en œuvre de manière régulière, prise isolément, deviennent
irrégulières une fois combinées. La vérification de la comptabilité peut donc être considérée
comme une procédure à effet de seuil que le juge caractérise lorsqu’un certain niveau
d’investigations vise à être dépassé.

- L’examen contradictoire d’ensemble de la situation fiscale personnelle

L’examen contradictoire de la situation fiscale personnelle est régi par l’article L 12


du Livre de procédure fiscale. Cette procédure concerne les particuliers passibles de l’impôt
sur les revenus des personnes physique148 et est applicable aux résidents et aux non-résidents.

146
Article L 12 (2) du Livre de procédure fiscal précité.
147
LAMULLE (Th.), Droit fiscal, op.cit. p. 197.

148
Article L12 (1) : « Tout contribuable relevant de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques peut faire
l’objet d’une vérification de sa situation fiscale d’ensemble ».
52
AOAA _ v.0.
De fait, seuls les agents de l’administration fiscale assermentés ayant au moins le
grade d’inspecteur peuvent procéder à une Vérification de la Situation Fiscale d’Ensemble ce,
dans les bureaux de l’administration ou dans les locaux professionnels du contribuable
vérifié149.

Lorsqu’elle réunit des éléments lui permettant de soupçonner une fraude à l’égard de
l’impôt sur le revenu des personnes physiques, l’administration peut engager cette procédure
pour contrôler le cohérence entre les revenus déclarés et la situation patrimoniale, la situation
de trésorerie et les éléments du train de vie. Le vérificateur dressera, en outre, une balance
d’enrichissement comportant deux colonnes : l’une concernant les recettes (revenus déclarés,
emprunts ventes immobilières ou mobilières) ; et l’autre ayant trait aux dépenses (acquisitions
immobilières, remboursement de dette, dépense du train de vie).

Lorsque le total des dépenses est supérieur à celui des recettes, l’administration
demandera au contribuable de justifier cet excédent. Ce dernier arguera d’un héritage, de gain
de jeux (Loto, PMUC, Casino…) ou révèlera un don manuel. En cas d’absence de réponses
ou de réponses insuffisantes, un redressement est opéré.

- Les visites domiciliaires et perquisitions inopinées

Ces modalités de contrôle relèvent des prérogatives cde l’administration fiscale. Jadis
réservées aux contribution indirectes, elles se sont étendues même aux contributions directes
surtout quand les manœuvre frauduleuses sont détectées.

L’article 17 du Code Général des Impôts version 1998-1999 rend cette modalité de
contrôle obligatoire pour les personnes morales. Celles-ci doivent mettre à la dispositions du
fisc tous les éléments justifiants leurs déclarations. L’article 40 du Code Général des impôts
version 2000-2001 prévoit l’émission d’un avis de passage lors de la première intervention.

Par ailleurs, un plan de situation de l’immeuble abritant l’activité doit être joint à la
déclaration du contribuable sous peine de rejet. Tout en subissant les prérogatives de
l’administration ; le contribuable à néanmoins des garanties résidant dans le formalisme des
procédures.

 Les garanties du contribuable vérifié

149
Article L12 (2) et (3).
53
AOAA _ v.0.
Elles se matérialisent par l’envoi d’un avis de vérification, la limitation de la durée des
vérifications et du délai de reprises et la théorie de l’emport des documents.

 L’avis de vérification

Avant d’engager un examen de la situation fiscale personnelle ou une vérification de


comptabilité, l’Administration est tenue d’envoyer un avis de vérification au contribuable
mentionnant que ce dernier à la faculté de se faire assister d’un conseil de son choix. Les
années soumises à vérification sont également spécifiées. Un certain délai doit s’écouler entre
la réception de l’avis et le début de la vérification 150. La charte des droits et obligations du
contribuable vérifié est également jointe à cet avis sous peine de nullité de la procédure
d’imposition. les dispositions mentionnées dans la charte sont opposables à
l’Administration151.

Par ailleurs, le législateur à travers l’article L 14 du livre des procédures fiscales


dispose qu’en cas de report de la date initiale de la première intervention, à l’initiative de
l’Administration, le service des impôts doit impérativement adresser au contribuable un avis
rectificatif. Le contribuable peut également solliciter le report du contrôle, en formulant par
écrit et en motivant sa demande dans les quinze (15) jours de la réception de l’avis. Ce report
doit être expressément accepté par l’administration. L’absence de réponse de l’Administration
fiscale dans un délai de quinze (15) jours vaut acceptation.

 La théorie de l’emport des documents

Dans le cadre du contrôle fiscale, l’absence d’autorisation écrite du contribuable pour


permettre à l’administration d’emporter des documents comptables entraine l’irrégularité de la
vérification. Le document comptable recouvre les notions suivantes :

150
A cet effet, l’article L13 (1) et (2) du Livre des procédures fiscales du Code Général des Impôts dispose :
« Au moins huit (8) jours avant la date prévue pour la première intervention, l’Administration des impôts
adresse, sous pli recommandé ou en mains propres avec accusé de réception ou par bordereau de décharge, un
avis de vérification de comptabilité ou de vérification de situation fiscale d’ensemble et un exemplaire de la
Charte du contribuable, qui l’informent de la possibilité qu’il a de se faire assister d’un conseil de son choix.
Mention doit en être faite dans l’avis de vérification sous peine de nullité de cette dernière. En cas de
Vérification de la Situation Fiscale d’Ensemble, l’avis de vérification est adressé au contribuable dans les
mêmes conditions visées à l’alinéa 1er ci-dessus, au moins quinze (15) jours avant le début de la première
intervention. L'avis de vérification visé à l’alinéa (2) ci-dessus devra comporter une demande de relevé(s) de(s)
compte(s) ».
151
Idem.
54
AOAA _ v.0.
- un inventaire de stocks
- un contrat de bail
- un tableau d’amortissement
- ou tout document susceptible de renseigner le vérificateur sur les conditions
de l’exercice de l’activité professionnelle du contribuable : le livre de
réservations d’un restaurateur par exemple.

Seule l’emport d’originaux est sanctionné. En effet, l’Administration en vertu de son


droit de communication, dispose de la faculté de photocopier des documents. L’emport des
photocopies est donc sans influence sur la régularité de la vérification.

Pourquoi sanctionner l’emport des documents originaux ? Simplement parce que cette
pratique prive le contribuable d’un débat oral et contradictoire sur place. Il s’agit d’une
garantie essentielle des droits de la défense. Des dispositions spécifiques ont été introduites
lorsque les comptabilités sont tenues au moyens des systèmes informatiques. Une fois la
vérification achevée, l’inspecteur des impôts, en vue de procéder à la rectification de la base
imposable, notifie une proposition de redressement au contribuable.

 Les procédure de rectification de la base imposable

A côté des procédures de redressement contradictoires, subsistent les procédures de


taxation d’office et de l’abus de droit.

 Les procédures de redressement contradictoires

Suivant les dispositions des articles L 23, L 24 et suivants du Livre de procédure


fiscale, lorsque l’Administration constate une insuffisance, une inexactitude, ou une omission
dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits et taxes ou sommes
quelconques dues en vertu du Code Général des Impôts, les redressements correspondants
sont effectués suivant la procédure contradictoire. A cet effet, la charge de la preuve incombe
à l’Administration.

Ainsi, deux situations sont susceptibles de se présenter à l’issue de la vérification :

La première, la plus simple : à l’issue du contrôle, l’Administration adresse au contribuable,


une notification de redressement motivée et chiffrée, ou un avis d’absence de redressement 152
dans un délai de soixante (60) jours à compter de la fin des opérations de contrôle sur place,

152
Article L 24 (1) du Livre de Procédure fiscale op.cit.
55
AOAA _ v.0.
matérialisée par un procès-verbal de fin de contrôle, sauf circonstances exceptionnelles
dûment motivées153. Tout ceci, sous peine de nullité de la procédure.

Aussi, le contribuable doit faire parvenir ses observations ou faire connaître son
acceptation dans un délai de trente (30) jours à compter de la réception de la notification de
redressements, sauf circonstances exceptionnelles dûment motivées. Le législateur précise
par ailleurs que le défaut de réponse dans le délai fixé vaut acceptation et les impôts, droits et
taxes ainsi rappelés sont immédiatement mis en recouvrement.

La seconde : le contribuable refuse la proposition de l’Administration, le différends


selon la volonté de l’un ou de l’autre, peut ouvrir la voie à une réclamation contentieuse en
vertu des dispositions des articles L116 et suivants du présent Livre. A ce niveau, il convient
de relever une fois de plus que deux hypothèses sont prendre en compte :

D’une part, « si les observations formulées par le contribuable dans les délais, sont
reconnues fondées, en tout ou partie, l’Administration doit abandonner tout ou partie des
redressements notifiés. Elle en informe le contribuable dans une lettre de réponse aux
observations du contribuable adressée avec accusé de réception »154.

D’autre part, Si l’Administration entend maintenir les redressements initiaux, elle les
confirme dans une lettre de « réponse aux observations du contribuable » et informe ce
dernier qu’il a la possibilité de déposer une réclamation contentieuse en vertu des dispositions
des articles L116 et suivants du Livre de procédures fiscale.

Dans tous les cas, la lettre de réponse aux observations du contribuable est adressée au
contribuable, sous peine de nullité de la procédure, dans un délai de soixante (60) jours à
compter de la réception des observations du contribuable, sauf circonstances exceptionnelles
dûment motivées. La réponse aux observations du contribuable fera apparaître, pour
information, la liquidation des droits dus suite au contrôle et la motivation des pénalités
appliquées ainsi que leur montant155.

Toutefois, la procédure contradictoire ne s’applique pas en matière de timbre lorsqu’ils


ne sont pas payés sur état ou sur déclaration, et dans les cas de taxation d’office des bases
d’imposition, tels que prévus aux articles L29 et suivants du Livre des procédures fiscales.

153
Article L 24 (2) du Livre de Procédure fiscale op.cit.
154
Article L 26 du Livre de Procédure fiscale op.cit.

155
Article L 27 du Livre de Procédure fiscale op.cit.
56
AOAA _ v.0.

 La procédure de taxation d’office

Elle frappe les contribuables qui n’ont pas respecté leur obligations fiscales. ils n’ont
pas souscrit ou déposé de déclaration dans les délais légaux. Cette disposition concerne
l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les société, la taxe sur le chiffre d’affaire, les droits
d’enregistrement et les taxes assises sur les salaires, l’Administration des impôts procède alors
à une taxation d’office.

Pour ce qui est de sa mise en œuvre, cette procédure n’est possible que lorsque le
contribuable n’a pas régularisé sa situation dans les quinze (15) jours ouvrables suivant la
réception d’une lettre de relance valant mise en demeure de déposer sa déclaration.

D’autres part, la taxation d’office s’applique également :

- lorsque le contribuable s’abstient de produire les détails et sous détails de


certains éléments de la comptabilité spécifique de l’activité exercée ;
- lorsque le contribuable s’abstient de répondre dans le délai fixé à l’article L29
ci-dessus à une demande d’éclaircissements ou de justifications ; en cas de
défaut de désignation d’un représentant fiscal au Cameroun ;
- en cas de défaut de tenue ou de présentation de tout ou partie de la
comptabilité ou de pièces justificatives constaté par procès-verbal ;
- en cas de rejet d’une comptabilité considérée par l’Administration comme
irrégulière ;
- ou en cas d’opposition à contrôle fiscal.

Par ailleurs, la procédure de taxation d’office s’applique également à tout contribuable


qui déclare un revenu global imposable, inférieur à une somme forfaitaire déterminée en
appliquant un barème légal à certains éléments du train de vie, si l’écart entre les deux modes
d’évaluation du revenu excède d’au moins 40 % le revenu net global déclaré au cours de l’un
des deux derniers exercices156.

En ce qui concerne les bases ou les éléments servant au calcul, des impositions
arrêtées d’office sont directement portés à la connaissance du contribuable, au moyen d’une
notification de redressement qui précise les modalités de leur détermination. Les impositions
en cause sont mises en recouvrement immédiatement, mention en est faite dans la notification
de redressement157.
156
Lire les dispositions de l’article L 30 du Livre des procédures fiscales.
157
Article L31 du Livre des Procédures fiscales op.cit.
57
AOAA _ v.0.
En outre, il est fait mention dans la notification de redressement que le contribuable
qui fait l’objet d’une taxation d’office conserve le droit de présenter une réclamation
contentieuse devant l’Administration conformément aux dispositions des articles L 116 et
suivants du Livre des procédures fiscales. C’est fort de ce constat, que la charge de la preuve
incombe au contribuable qui doit justifier par tous les moyens que les impositions mises à sa
charge sont exagérées ou non fondées.

 La Procédure de l’abus de droit

La procédure de l’abus de droit est une procédure codifié dans les articles L 33 et
suivants du Livre des procédure fiscales du Code Général des Impôts. Cette procédure permet
aux services fiscaux de ne pas se voir opposer certains actes qui, « ont un caractère fictif » ou
qui « recherchant le bénéfice d’une application littérale des textes ou des décisions à
l’encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs (…) n’ont pu être inspirés par aucun
autre motif que celui d’éluder ou d’atténuer les charges fiscales que l’intéressé, si ces actes
n’avaient pas été passés ou réalisés, auraient normalement supporté eu égard à sa situation
ou à ses activités réelles »158.

Dans cette veine, l’article 33 du Livre de procédure fiscale du Code Général des
Impôts prévoit que toute opération conclue sous la forme d’un contrat ou d’un acte juridique
quelconque dissimulant une réalisation ou un transfert de bénéfices ou revenus effectués
directement ou par personnes interposées n’est pas opposable à l’Administration des impôts
qui a le droit de restituer à l’opération son véritable caractère et de déterminer en conséquence
les bases des impôts sur les sociétés ou sur le Revenu des Personnes Physiques. C’est sur ce
fondement, qu’à la faveur du contribuable, la loi dispose que : « tout contribuable peut,
préalablement à la conclusion d’une opération sous la forme d’un contrat, d’un acte
juridique ou d’un projet quelconque, solliciter l’avis de l’Administration sur le régime fiscal
qui lui est applicable. Lorsque le contribuable a fourni à l’Administration l’ensemble des
éléments nécessaires à l’appréciation de la portée véritable de l’opération en cause, la
position énoncée par celle-ci garantit le contribuable contre tout changement
d’interprétation ultérieur »159. Aussi, en cas de réclamation devant la juridiction contentieuse,
la charge de la preuve incombe à l’Administration.

158
LPF, article. L. 64.
159
Article 33 bis du Livre de procédure fiscale Précitée.
58
AOAA _ v.0.
Au demeurant, si la procédure de détermination de l’assiette de l’impôt local se trouve
être une procédure binaire, force est alors de constater que, dans cette dimension, celle-ci à un
double fondement : d’une part, elle se fonde sur un ensemble de procédures fiscales
applicables aux impôts et taxes de l’Etat.

D’autre part, elle s’adosse sur un certain nombre de prérequis notamment, la


compétence des organes délibérants des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), la
compétence persistante de l’Etat, qui en réalité font d’elle une procédure à caractère
spécifique visant la libre administration des CTD.

II. LES PROCEDURES SPECIFIQUES VISANT LA LIBRE


ADMINISTRATION DES COLLECTIVITES TERRITORIALES DECENTRALISEES

Depuis l’entrée en vigueur de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité


locale au Cameroun, toute personne physique ou morale de nationalité camerounaise ou
étrangère qui exerce au Cameroun une activité professionnelle et génératrice de revenue est
soumis au respect des règles et procédures établies par le législateur. Ces procédures dites
spécifique visent à en assurer la libre administration des CTD. C’est dans cette perspective
qu’au Cameroun, la loi portant fiscalité locale reconnait aux organes délibérants des CTD,
compétence en matière de détermination de l’assiette (A). Elle reconnait aussi, aux services
fiscaux de l’Etat, une certaine marge de manœuvre dans ce domaine (B).

A. La compétence des organes délibérants des Collectivités Territoriales


Décentralisées

Au-delà des procédures communes, relatives à la détermination de l’assiette des


impôts et taxes de l’Etat, ainsi que des CTD, telles que l’obligation d’immatriculation
préalable, l’obligation de déclaration, la procédure de détermination de l’assiette des impôts,
droits et taxes des CTD obéie au respect de certaines règles spécifiques. Ces règles, dans leur
nature, font ressortir la compétence des organes délibérants desdites collectivités. L’article
124 de la loi portant fiscalité locale, dispose à cet effet : « L'émission de certains impôts dont
le produit est partagée se fait sur ordres de recettes distincts, à l'en-tête de la collectivité
territoriale et ou des organismes bénéficiaires ». plus loin, l’article 132 du même texte
énonce que, « le contrôle des taxes communales est exercé concomitamment par les services
compétents de l'Etat et ceux des communes ».

59
AOAA _ v.0.
Au regard de ce qui précède, il convient alors de déterminer d’une part la compétence
des organes délibérant des CTD en matière d’ordre de recette, et d’autre part, de mettre en
exergue leurs compétences en matière de contrôle.

 La compétence en matière d’ordre de recette

Il est de règle générale, en matière de fiscalité locale 160 que, la détermination de


l’assiette se fait sur ordre de recette distinct, à l’en-tête de la collectivité et ou des organismes
bénéficiaires161. Il appartient donc aux différents organes délibérant des CTD ou des
organismes bénéficiaires de déterminer de façons précise le montant à recouvrer.

A cet effet, la taxe de développement locale en est une parfaite illustration. Force est
de constater que, cette taxe est prélever sur le revenus des populations des communes
correspondantes sur ordre de recette des organes délibérants desdites communes. Elle connait
alors un régime d’imposition, de pénalité et de contentieux aligné sur le plan processuel, à
celui applicable aux impôts et droits sur lesquels elle est assise. Sur cette base, son tarif
distingue les assujetties à l’impôt sur le revenu des personnes physiques à titre d’employé du
secteur public et privé et les assujettis à l’impôt libératoire et à la patente. L’article 58 de la loi
n°2009 /019 du 15 décembre 2009, a établi un schéma fort illustratif des taux maxima de
ladite taxe dont il appartient aux organes délibérants des différentes CTD, la responsabilité de
déterminer de façons précise le montant, selon que l’on est employé du secteur public et privé
ou assujettis à l'impôt libératoire ou à la contribution à la Patente162.
Au demeurant, l’ordre de recette est le moyen par lequel les organes délibérant des
CTD déterminent le montant exacte des mots droits, et taxes des contribuables qui exercent
une activité génératrice de revenue au sein de ladite collectivité. Toutefois, au-delà de cette
technique de détermination de la matière imposable, les organes délibérants des CTD sont
également compétents en matière de contrôle des impôts, droits et taxes communaux.

 La compétence en matière de contrôle

Dans la procédure de détermination de la matière imposable par les organes


délibérants des CTD, le contrôle occupe une place stratégique. En effet, Cette procédure est
prévue par les articles 132 et 133 (1) de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009, qui

160
C’est précisement le cas de certains impôts dont le produit est partagé entre l’Etat les CTD et certains
organismes établi par la loi tels que le FEICOM
161
Lire l’article 124 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 op.cit.
162
Lire l’article 58 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 op.cit.
60
AOAA _ v.0.
disposent :« le contrôle des taxes communales est exercé concomitamment par les services

compétents de l'Etat et ceux des communes »163. De même, « le contrôle des impôts locaux est

exercé soit par les services compétents de l'Etat soit par la commune »164.

Pour ce qui est de l’exercice de cette compétence, la loi prévoit que, pour toute
opération de contrôle des taxes communales auprès des contribuables, les agents des
communes doivent être nommément mandatés et munis d'une note de mission délivrée par
l'autorité compétente, sous peine de nullité.

Le contrôle apparait alors comme une étape essentielle de la procédure de


détermination de l’assiette des impôts et taxes aussi bien des CTD que de l’Etat.

B. La compétence persistante de l’Etat

Dans la procédure de l’assiette de l’impôt local, le législateur du 15 décembre 2009 165


reconnait à l’Etat et aux CTD, le pouvoir de dégager la cause immédiate de l’imposition. La
consécration de ces deux organes traduit dès lors le caractère binaire de cette procédure, qui,
dans sa dimension spécifique, consacre prioritairement la compétence des organes délibérants
des CTD, et de façons accessoire, la compétence de l’Etat dans des domaines tels que le
contrôle par exemple. C’est à ce titre que, les articles 132 et 133 de la loi de 2009
disposent : « le contrôle des taxes communales est exercé concomitamment par les services
compétents de l'Etat et ceux des communes ». « Le contrôle des impôts locaux est exercé
soit par les services compétents de l'Etat soit par la commune. Certaines opérations de
contrôle peuvent être organisées conjointement par les services de l'Etat et ceux des
communes ».

Par ailleurs, au-delà de leurs compétences en matière de contrôle, la loi reconnait aux
organes de l’Etat, compétence en matière d’affectation du produit des impôts et taxes des
CTD.

Si l’on prend à titre d’illustration la commune, en tant que CTD, force est de constater
qu’en dehors de la patente, la licence et l’impôt libératoire, qui sont des contributions
communales directement collectées par les services fiscaux compétents au niveau des
communes, ils existe cinq autres contributions pécuniaires qui nourrissent la fiscalité
communale, mais qui ne sont pas directement collectées par les Communes, mais plutôt par
163
Article 132 de la loi n°2009/019 du 15decembre 2009 op.cit.
164
Article 133 (1) de la loi n°2009/019 du 15decembre 2009 op.cit.
165
Loi n°2009/019 du 15decembre 2009 op.cit.
61
AOAA _ v.0.
l’Etat et sont ensuite affectées aux Communes. Parmi ces contributions, quatre sont
affectées en totalité aux Communes. Il s’agit d’abord de la taxe frontière sur les propriétés
immobilières166 que l’Etat prélève chez ceux qui occupent une portion du domaine nationale
par l’édification d’immeuble. Il est question ensuite des droits de mutation d’immeuble 167 qui
sont en fait le type d’impôt qui pèse sur toute transaction lucrative d’immeuble entre
personne. Il s’agit aussi de la taxe sur les jeux de hasard et de divertissement 168 qui frappent
les revenus issus de l’utilisation monnayée des machines à sous et autres jeux de hasard et
d’évasion. Il est question enfin du droit de timbre automobile169 qui concerne les fruits de tout
timbre que la règlementation exige des propriétaires des automobiles afin d’affranchir ces
dernier. Il convient alors de souligner que tous ces prélèvements, ainsi affectés par l’Etat aux
Communes en totalité, sont régis par le Code General des impôts.

Le dernier impôt affecté par l’Etat au Commune est la redevance forestière. Son
originalité réside sur le degré de son affectation aux communes, sur les modalités de
répartition. En effet, Contrairement aux quatre premiers impôts totalement affectés aux
Communes, l’article 52 de la loi de 2009 sur la fiscalité locale prévoit en effet que, la
redevance forestière n’est affectée aux Communes que pour une quote-part de 40% du produit
annuelle de cette contribution. Cette quote-part ne bénéficie d’ailleurs pas intégralement à la
Commune correspondante. Elle est plutôt repartie à raison de 50% au profit de la Commune
de localisation, et de 50% centralisé par le FEICOM pour être ensuite répartis à toutes les
Communes du Cameroun170.

Au demeurant, il convient de dire que la procédure de production de l’impôt local telle


que définie par le législateur du 15 décembre 2009, est une procédure faisant intervenir
concomitamment les services compétents de l'Etat et ceux des communes. Toutefois, au
regard de certains aspects spécifiques de cette procédures, liés à la fois à l’émission, au
recouvrement, et au contrôle, ne peut ’on pas arguer du fait que cette dernière serait de plus en

166
- Lire à cet effet, l’article 48 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009, op.cit., qui dispose : « Le produit
de la taxe foncière sur les propriétés immobilières prévue par le Code Général des Impôts est affecté en
totalité à la commune du lieu de situation de l'immeuble ».
167
- L’article 49 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009, op.cit, prévoit que, « Le produit des droits de
mutation d'immeubles prévus par le Code Général des Impôts, est affecté en totalité à la commune du lieu de
situation de l'immeuble ».
168
-Article 50. : « Le produit de la taxe sur les jeux de hasard et de divertissement prévue par le Code Général
des Impôts est affecté en totalité à la commune du lieu de situation de l'établissement ».
169
-A la lecture des dispositions de l’article 51 : «Le produit des droits de timbre automobile prévus par le Code
Général des Impôts, est affecté en totalité au Fonds Spécial d'Equipement et d'Intervention Intercommunale
(FEICOM) ou à tout autre organisme chargé de la centralisation et de la péréquation, pour redistribution
intégrale aux communes ».
170
- Lire les dispositions de l’article 52 de la loi de 2009 sur la fiscalité locale op.cit.
62
AOAA _ v.0.
plus recentrée sur l’Etat ; tout en lui octroyant plus de compétences en matière de
détermination de l’assiette ?

SECTION 2. UNE PROCEDURE RECENTRALISATRICE

Au regard des dispositions de la loi du 15 décembre 2009 sur la fiscalité locale, tout
porte à croire que la répartition des compétences en matière de détermination des règles
relatives à la production de l’impôt local octroie à l’Etat la quasi-totalité des compétences en
la matière et ce, au détriment des CTD 171 (I). Cependant, à la lumière des textes et de la
pratique fiscale, l’on constate que cette procédure se révèle très souvent inadaptée (II).

I. La définition exclusivement étatique des règles

Dans la procédure de détermination de l’assiette des impôts, droits et taxes des CTD,
le législateur de 2009 reconnait aux services fiscaux de l’Etat, la compétence exclusive en
matière de liquidation et d’émission des impôts communaux, de la taxe de développement
local et des centimes additionnels communaux.

 Le monopole Etatique dans la définition des règles de liquidation et


d’émission des impôts et taxes communaux

Conformément aux dispositions de l’article 125 alinéa 1 et 2 de la loi n°2009/019 du


15 décembre 2009 portant fiscalité locale, les impôts communaux, la taxe de développement
local et les centimes additionnels communaux sont liquidés et émis par les services fiscaux de
l'Etat. Leur émission se fait sur bulletins d'émission distincts, ou le cas échéant, sur avis de
mise en recouvrement à l'en-tête de la collectivité territoriale concernée et ou des organismes
bénéficiaires.

Ainsi, il convient dès lors, de ressortir tour à tour les modalités d’émission et de
liquidation des impôts communaux, de la taxe de développement local et les centimes
additionnels communaux.

 La définition exclusivement Etatique des règles en matière d’assiette des


impôts communaux

171
En matière d’affectation : lire les articles 48 ;49 ;50 ;51 et 52 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009
op.cit. En matière de contrôle, lire les articles 132 et 133 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 op.cit. En
outre, selon l’article 120 de la loi n°2009/019, sous réserve de certaines spécificités, soumet non seulement les
impôts, droits et taxes des collectivités territoriales décentralisées, mais aussi, certaines obligations du
contribuable, notamment en matière déclaration, d’immatriculation… etc., aux dispositions du Livre des
procédures fiscales du Code Général des Impôts.
63
AOAA _ v.0.
Les impôts communaux trouvent leur énumération intégrale au titre II de la loi portant
fiscalité locale, et plus précisement à partir de l’article 7 jusqu’à l’article 52 172. En l’espèce,
il s’agit des contributions des patentes, de licence et impôts libératoire.

 L’émission et la liquidation de la Patente

Qualifié par la doctrine comme contribution communale directe 173, la patente comme
d’ailleurs tout type d’impôt, commande au préalable une analyse mettant en exergue d’une
part ses différentes conditions d’assujettissement, et d’autre part les modalités de calcul y
afférentes.

 Les conditions générales d’assujettissement

En vertu de l’article 8 de la loi n°2009/019 du 15 décembre portant fiscalité locale, est


assujetti à la contribution des patentes, toute personne physique ou morale de nationalité
camerounaise ou étrangère, qui exerce dans une commune une activité économique
commerciale ou industrielle, ou toute profession non comprise dans les exemptions
déterminée dans l’article 11 de la même loi.

Personnelle, annuelle et uniquement profitable à celui qui la paie, la patente a pour fait
générateur l’exercice effectif, habituel et le but lucratif de la profession taxable. Elle est fixé
par les services fiscaux de l’Etat, en fonction du chiffre d’affaire annuel déclaré par le
redevable à l’intérieur des classes fixées à cet effet174.

 Les modalités de calcul de la patente

Il est question dans cette partie de dégager à la lumière des dispositions législatives, le
tarif de la patente, c’est-à-dire l’ensemble des mécanismes qui contribuent à la détermination
exacte du montant de la patente à l’instar du taux et des éventuels abattements d’une part, et
des différentes obligations qui pèsent sur le contribuable afin de permettre une bonne
liquidation de cet impôt d’autre part.

En ce qui concerne la détermination du montant de la patente due, la loi prévoie que la


Commune concerné à travers ses services fiscaux en corrélation avec les services fiscaux de
l’Etat, devraient appliquer le chiffre d’affaire réalisé par le contribuable au cour de la

172
- BILOUNGA (S-Th), Cours de fiscalité locale, Université de Ngaoundéré, Master II, 2013-2014.p.22. Inédit.
173
Lire à cet effet, NOUETSA HYACINTHE (L), op.cit, pp.66-72., BILOUNGA (S-Th), op.cit., p.22.
174
-Cf. Annexe I de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 op.cit.
64
AOAA _ v.0.
pénultième année, le taux dégressif de la fourchette des taux, correspondant à la classe fixé en
fonction dudit chiffre d’affaire. Les entreprises nouvelles sont pour cela obligées de présenter
au fisc un chiffre d’affaire prévisionnel régularisable en fin d’exercice. Le taux à appliquer au
contribuable est quant à lui arrêté selon le tableau ci-après :

TRANCHES DE CHIFFRE CLASSES FOURCHETTES


D'AFFAIRES DES TAUX
ANNUEL (C.A)

C.A. égal ou supérieur à 2 1ère 0,075% à 0,0875%


milliards de F

C.A. au moins égal à 1 milliard 2ème 0,0875% à 0,0100%


et inférieur
à 2 milliards de F
C.A. au moins égal à 500 3ème 0,100% à 0,108%
millions et inférieur
à 1 milliard de F

C.A. au moins égal à 300 4ème 0,108% à 0,116%


millions et inférieur
à 500 millions de F

C.A. au moins égal à 100 5ème 0,133% à 0,150%


millions et inférieur à
300 millions de F

C.A. au moins égal à 15 6ème 0,158% à 0,16%


millions et inférieur à
100 millions de F

C.A. au moins égal à 5 millions 7ème 0,283% à 0,400%


et inférieur à
15 millions de F

Les abattements sont néanmoins légalement prévues à partir du moment où le chiffre


d’affaire du contribuable excède 2 milliards. Ainsi, à chaque tranche de 500.000.000, un
abattement de 5% est appliqué, sans pour autant que le total de la réduction ne dépasse les
30% du chiffre d’affaire au-dessus de 2 milliards.

65
AOAA _ v.0.
Il est néanmoins nécessaire de relever une exception. Elle concerne le transport interurbain
des personnes et des marchandises. Dans ce cas, la tarification de la patente obéit au régime
suivant :

 Pour le transport des personnes et par véhicule :


- Il est prélevé pour le compte de la Commune une taxe déterminée égale à 27.500 F
- Une taxe valable égale à 1250 par place à partir de la 11e place
 Pour les transporteurs des marchandises et par véhicule :
- Une taxe déterminée égale à 37500 F et
- Une taxe variable égale à 2500F par tonne de charge utile au-dessus de trois tonnes.
Tout assujetti la patente est ténu de satisfaire certaine obligation, sous peine de subir
certaine pénalité175.

En somme, la patente est l’une des contributions communales directes dont la base
d’imposition est déterminée et le montant liquidé par les service fiscaux de l’Etat 176. Il en est
de même pour la licence.

 L’émission et la liquidation de la Licence

La licence est après la patente, la seconde contribution pécuniaire locale, émise et


liquidée par les services fiscaux de l’Etat et ensuite collectée par les collectivités territoriales
décentralisées à leur propre compte. En effet, au regard des dispositions des articles 33 à 36
de la loi de 2009 portant sur la fiscalité locale, la licence vise certaine activité bien précise et
est soumisse à un régime de liquidation et de recouvrement déterminer.

 L’identification des activités imposables

Suivant les dispositions des articles125 (1) de la loi portant fiscalité locale, la
détermination de l’assiette de la licence ainsi que sa liquidation relève de la compétence des
175
-A propos des obligations, la principale exigence qui pèse sur tout assujetti à la patente est déclarative. En
effet, tous contribuables exerçant une activité patentable, et même ceux qui en sont exonérés, sont tenus d’en
faire déclaration écrite d’existence au centre des impôts compétent dans les 10 jours suivant le début de
l’activité. Cette déclaration doit mettre en exergue :
-tous les éléments de son état civil ;
- le numéro de registre de commerce ;
- le numéro d’immatriculation de l’entreprise ;
- les références de localisation et de correspondance ;
- la nature de l’activité et le montant du chiffre d’affaire ;
Les références de la dernière quittance de taxes foncière et tout autre renseignement nécessaire à l’établissement
de la patente.
En outre, une déclaration de paiement de la patente annuelle ou trimestrielle, d’arrêt ou de cessation de l’activité
doit être établie selon le même régime.
176
Article 125 de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 op.cit.
66
AOAA _ v.0.
services fiscaux de l’Etat. A cet effet, les articles 33 à 36 de la même loi cible un type
d’activité bien précis il s’agit en l’occurrence : de la vente, la fabrication ou l’importation des
boissons alcoolisées ou non alcoolisées. C’est à ce titre que l’article 33 de la loi n°2009/019
du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale dispose que: «Toute personne physique ou
morale autorisée à se livrer à la vente en gros ou au détail à un titre quelconque ou à la
fabrication des boissons alcoolisées ou non alcoolisées, est soumise à la contribution des
licences ».

La vente, pour l’évaluation de la licence s’entend comme toute remise de boisson donnant
lieux à licence à l’occasion des transactions commerciales, de troc, d’échange ou même de
cadeaux, ou tout prélèvement destiné à la consommation personnelle. Il faut alors entendre
par boisson non alcoolisées, la bière à teneur d’alcool nulle, résultant de la fermentation d’un
mout préparé à l’aide de malt, d’orge ou de riz de houblon et d’eau ; le cidre ; le
poiré résultant de la fermentation de jus de pommes t de poires fraiche et d’une manière
générale, tout jus fermenté de fruit fait tel que le citron, orange, ananas, cerise…etc.

Par contre sont réputé boissons alcoolisées, les bières les vins les liqueurs et boissons
autres que celles prélistées. Toutefois, la vente de certaine boisson est cependant exemptée de
la contribution de licence, à condition que celle-ci ne soit pas faite dans un établissement autre
celui comportant les boissons imposables. Il s’agit en notamment des eaux minérales, eaux
gazeuses, aromatisées ou non par extrait non alcoolisés et les jus de fruit non fermentés.

 La définition exclusivement Etatique du régime de liquidation de la Licence

Annuelle et personnelle, la contribution de licence est liquidée par les services fiscaux de
l’Etat en fonction du chiffre réalisé par le contribuable 177. Son tarif est fixé en multipliant le
montant de la patente ou de l’impôt libératoire équivalent par le nombre de fois, fixé par le
législateur selon le type de boisson. A ce titre, les tarifs de la contribution des licences sont
regroupés dans le tableau ci-après :

Nature de l'activité Activités Assujetties à la Activités soumises à


patente l'impôt libératoire

177
Idem.
67
AOAA _ v.0.

Classe de Elément de Contribution de Montant de l'impôt


Licence base la patente libératoire

1ère classe Boissons non 02 fois la 1 fois le montant de


alcoolisées contribution de la l'impôt libératoire
patente
2ème classe Boissons 04 fois 2 fois le montant de
alcoolisées contribution de la l'impôt libératoire
patente

Il convient toutefois de préciser qu’aux termes de l’article 38 de la loi de 2009 sur la


fiscalité locale qu’en cas de cumul de la vente des boissons avec un autre commerce dans le
même établissement, le chiffre d'affaires à prendre en compte pour le calcul de la contribution
des licences est celui déclaré au titre de la vente des boissons. Aussi, la réalisation dans le
même établissement des opérations pouvant donner lieu à des licences différentes emporte
imposition à la licence la plus élevée pour l’ensemble des opérations qui y sont réalisées.
C’est pourquoi, les régimes de recouvrement et des pénalités de la contribution des licences
sont équivalents à ceux applicables en matière de patente et d’impôt libératoires
correspondants, sous réserve de quelques précisions supplémentaires. A cet effet, le paiement
de la contribution de licence ne dispense pas le contribuable au paiement de la patente ou de
l’impôt libératoire lorsque les conditions d’assujettissement sont remplies. Ainsi, le cumul de
la vente des boissons avec un autre commerce emporte le paiement de la licence et de la
patente ou de l’impôt libératoire applicable au second commerce.

Par ailleurs, la vente des boissons sans autorisation et la minoration de sa licence


entraine taxation d’office pour l’année entière. Ce régime général évoque à plus d’un titre
celui applicable en matière d’impôt libératoire.

 L’émission et la liquidation de l’impôt libératoire

Au même titre que la patente et la licence, le législateur du 15 décembre 2009 à bien


voulu faire de l’impôt libératoire une contribution pécuniaire dont l’assiette est déterminée et
liquidée exclusivement par les services fiscaux de l’Etat. Très souvent considéré comme un
impôt de basse catégorie des opérateurs économiques, l’impôt libératoire est le troisième
prélèvement pécuniaire directement profitable aux communes. Ainsi, au regard des
dispositions des articles 45 ; 46 et 47 de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant
fiscalité locale, l’impôt libératoire est liquidé et émis par les services des impôts. Elle
68
AOAA _ v.0.
s’applique de ce fait à certaine activés biens précises 178 telles que les activités commerciales,
industrielles, artisanales ou agro-pastorales ne relevant ni du régime du bénéfice réel, ni du
régime simplifié d'imposition, ni du régime de base,

Toutefois, les impôts communaux ne sont pas les seules contributions pécuniaires dont
la base d’imposition est liquidée et émise par les services fiscaux de l’Etat. La loi du 15
décembre 2009 en la matière, prévoit aussi des taxes communales et assimilées.

 La définition exclusivement Etatique des règles en matière de liquidation et


d’émission des taxes communales : le cas de la taxe de développement local
et des centimes additionnels communaux

En vue de financer la décentralisation au niveau des communes, le législateur du 15


décembre 2009 a prévues plusieurs taxes. Parmi celles-ci, la taxe sur le développement locale
et les centimes additionnels communaux par leurs nature et régimes juridique, se distingue des
autres taxes, font l’objet d’une attention particulière.

En effet, suivant les dispositions de l’articles 125 (1) de la loi de 2009 portant fiscalité
locale, la taxe sur le développement locale et les centimes additionnels communaux sont
liquidés et émis par les services fiscaux de l’Etat.

Plus loin, la loi précise que : « leur émission se fait sur bulletins d'émission distincts,
ou le cas échéant, sur avis de mise en recouvrement à l'en-tête de la collectivité territoriale
concernée et ou des organismes bénéficiaire »179.

En sommes, au regard du caractère binaire à prédominance Etatique de la procédure de


production de l’impôt local, des exigences de la décentralisation financière, ne peut-on pas
conclure sans risque de se tromper que la procédure consacrée par le législateur de 2009 serait
inadaptée ?

II. L’inadaptation de la procédure de l’assiette

178
- L’article 45 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 précitée dispose à cet effet que : « Les
contribuables exerçant une activité commerciale, industrielle, artisanale ou agro-pastorale ne relevant ni du
régime du bénéfice réel, ni du régime simplifié d'imposition, ni du régime de base, sont soumis à un impôt
libératoire exclusif du paiement de la patente, de l'impôt sur le revenu des personnes physiques et de la taxe
sur la valeur ajoutée ».
179
Article 125 (2) de la loi n° 2009/019 op.cit.
69
AOAA _ v.0.
Parce qu’il consiste en un prélèvement pécuniaire obligatoire sur le patrimoine des
assujetties, le processus fiscal suscite des réactions défensives de la part des contribuables. En
effet, ceux-ci cherchent des voies et moyens susceptibles d’alléger autant que possible leurs
charges fiscales. Autrement dit, le contribuable s’efforce à payer le moins d’impôt possible et
pour cela, ce dernier recherchera dans la procédure de détermination de l’assiette, des failles
et insuffisances pouvant lui permettre de se soustraire à ses obligations fiscales. C’est le
phénomène de la fuite devant l’impôt qui est une forme d’incivisme fiscale .

De nos jours, la véritable préoccupation est de savoir si l’on peut raisonnablement


jogger de l’ampleur de ce phénomène eut égard à la dimension du secteur informel des
économie des Etats en développement et des déclarations inexactes du contribuable. En
amont, le caractère inadapté de la procédure de l’assiette semble en être la cause
fondamentale. Cette inadaptation procédurale observée dans la quasi-totalité des législations
fiscales des Etats d’Afrique subsaharienne se matérialise à travers deux phénomène qui
traduisent aussi bien l’incivisme du contribuable que l’incivisme et des agents de l’Etat
chargés de collecter l’impôt: il s’agit en l’espèce, de l’évasion fiscale et la fraude fiscale.

A. L’inadaptation de la procédure de l’assiette du fait de l’incivisme du


contribuable : l’évasion et la fraude fiscale

De manière générale, il est notoire que la conscience fiscale est moins rigoureuse que
la conscience morale. Pour bon nombre de citoyen « voler le fisc n’est pas voler ». Ainsi, de
nombreux citoyen n’hésite pas à s’y dérober. Seulement, cette attitude se révèle contraire à
l’esprit et à la lettre du législateur fiscale de 2009 qui, en son article 127 (1) (2) et (3) pose le
principe de l’obligation de déclaration et d’acquittement des droits et charges fiscales
communales par le contribuable en ces termes : « les impôts communaux, liquidés et émis
par les services fiscaux de l'Etat sont payés spontanément par les contribuables à la caisse
du receveur des impôts compétent, sous réserve des dispositions relatives à l'impôt
libératoire ». « Les produits recouvrés par le receveur des impôts sont reversés aux
bénéficiaires dans un délai de soixante-douze heures (72) contre quittance de reversement
et au vu du livre journal et d'un état de rapprochement journalier. Les grandes entreprises
doivent préciser dans leurs déclarations et leurs ordres de virement, les quotes-parts
revenant aux collectivités territoriales et aux organismes. Elles opèrent directement à leur
profit des virements à due concurrence, contre quittance de paiement ».

70
AOAA _ v.0.
Cependant, il est un fait que ces dispositions relatives à la déclaration et au
recouvrement à l’amiable ne peuvent être respecter que si le contribuable a une situation
fiscale prospère. Dans ce cas, il aura tendance à payer l’impôt pour éviter de faire peser sur lui
une tentative de dissimulation des revenues. Mais, par contre, s’il est dans une situation
fiscale difficile, il pensera que le paiement de l’impôt aggravera sa situation. Aussi, convient’
il de préciser que le rôle de la conjoncture économique influx sur la fuite devant l’impôt. Dans
cette circonstance, les grandes entreprises par exemple pourraient dissimuler le montant
exacte des quotes-parts revenant aux collectivités territoriales et aux organismes, et obliger
celles-ci par des manœuvre frauduleuse à faire tenir à la fin de chaque mois, à la structure en
charge des grandes entreprises à la Direction Générale des Impôts, un état des ordres de
paiement qui ne reflète en rien la réalité.

B. L’inadaptation de la procédure du fait de l’incivisme des agents chargés du


contrôle fiscal
Il est très souvent des cas, ou le montant de l’impôt déterminé et perçus, n’a rien à voir
avec celui qui rentre dans les caisses de l’Etat ou de la collectivité territoriale bénéficiaire.
Dans de telles circonstances, l’on parlerait de détournement des deniers et biens publiques.
condamné par le code pénal camerounais.

En effet, ce phénomène qualifié par la doctrine « d’enrichissement illicite »180, prend


naissance à deux niveaux : d’une part, lors des opérations de contrôle fiscales exercées soit
par les services compétents de l’Etat, soit par la commune ou concomitamment, par les
services compétents de l'Etat et ceux des communes. A ce niveau, il convient de relever que la
manœuvre frauduleuse exercée par l’agent fiscale et le contribuable sur le montant à
déterminer, entraine instantanément le passage de la fraude fiscale à l’enrichissement illicite
et ce, au détriment de personne publique.

D’autre part, ce phénomène est très observé lors des opérations de répartition du
produit des impôts, droits et taxes affectés aux différentes CTD, au FEICOM ou à tout autre
organisme chargé de la centralisation et de la péréquation pour le financement de projets des
communes, communautés urbaines et syndicats de communes suivant les modalités prévues
par la loi.

180
ALAKA ALAKA (P), Les difficultés de recouvrement de l’impot au Cameroun : contribution à l’étude des
dysfonctionnement administratifs, op.cit., 289 p.

71
AOAA _ v.0.

72
AOAA _ v.0.
TITRE 2

LA PRODUCTION MATERIELLE DE L’IMPOT LOCAL :


LE RECOUVREMENT

Le recouvrement est un terme polysémique qui se trouve aux confins du droit public et
du droit privé. En droit public, le terme désigne « l'ensemble des procédures par lesquelles
l'impôt passe du patrimoine du contribuable dans les caisses du trésor public ». Autrement dit,
il s'agit d'une opération de perception des impôts en l'occurrence, qui se déroule dans le
respect scrupuleux des règles juridiques. Elle consiste donc à encaisser l’impôt et de le faire
rentrer dans les caisses du trésor public 181. La procédure de recouvrement peut être utilisée
pour la perception de l’impôt national comme pour celle des impôts locaux. Ce dernier cas de
figure réfère à la fiscalité locale qui désigne, théoriquement, l'ensemble des règles et pratiques
applicables à l'impôt des CTD. En effet, la détermination des compétences locales révèle que
les collectivités territoriales décentralisées interviennent dans de nombreuses matières. Se
faisant, le législateur de 2004 ouvre ainsi la voie à une plus grande participation des
communes et des régions camerounaises au développement national. C’est d’ailleurs le cas en
matière de fiscalité locale.

Dans la présente étude, le terme fiscalité locale renvoie aux recettes des collectivités
territorialement décentralisées et spécialement celle des communes, entendu que la région
constitue encore des entités virtuelles. Ainsi, la fiscalité locale est-elle liée au cadre nouveau
de la décentralisation dans la mesure où elle y sa justification 182. Elle s'intègre dans le vaste
champ d'étude des finances publiques et concernerait exclusivement les finances des CTD.
Techniquement, elle est constituée par "Les impôts directs locaux, les centimes additionnels
sur les impôts et taxes de l'Etat, les prélèvements effectués sur les recettes fiscales de l'Etat,
les taxes directes et indirectes ou tout autre prélèvement fiscal prévu par la loi"183. La fiscalité
locale est la première source des revenus des communes au Cameroun dont elle en fonde le
budget. Son recouvrement se caractérise par une véritable emprise de l'Etat. La question qui
se pose alors est celle de savoir si une telle démarche est opportune tant il est constant que
l'image que l'on se fait d'elle n'est pas toujours reluisante. De l'avis des Sieurs DOUAT et
GUENGANT " Parfois perçue comme une entrave à la décentralisation, l'implication de
l'administration nationale dans le recouvrement des taxes directes locales apparait au

181
DISLE (E.), SARAF, (J.), Droit fiscal, Dunod, Paris, 2004, p. 8.
182
CRUZEL (J.), Les finances locales décentralisées, LGDJ, Paris, 1989, p. 17.
183
Lire l'article 2 de la loi n° 2009/011 du 10 juillet 2009 portant régime financier des collectivités territoriales
décentralisées.
73
AOAA _ v.0.
contraire avantageuse pour le secteur public territorial"184. Il se fait par deux (02) procédés :
le procédé amiable et le procédé forcé ou juridictionnel. Au sens large, le mot recouvrement
réfère aux deux principales modalités de perception de l’impôt. Il s’agit notamment du
versement amiable par le débiteur et la perception forcée qui implique l’usage des voies de
recours dont dispose l’administration fiscale185.

Constitué débiteur du de la recette locale, le contribuable peut se libérer volontairement de sa


dette par une procédure de recouvrement amiable (Chapitre 1), ou bien résister, ce qui
entrainera, dans ce cas, le recouvrement forcé de l’impôt local (Chapitre 2).

184
DOUAT (L.), GUENGANT (A.), Leçons de finances locales, Economica, Paris, 2002, p. 113.
185
Lexique des Termes juridiques, Dalloz, 2010, p. 602.
74
AOAA _ v.0.

CHAPITRE 1

LE RECOUVREMENT AMIABLE

Sur le fondement de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale 186, une
répartition est faite relativement à la compétence de recouvrement des impôts locaux entre
l’Etat (Section 1) et les CTD (Section 2). La répartition de la compétence considérée est
fonction de la matière de l’impôt ainsi que des règles applicables à chaque mode de
recouvrement.

SECTION 1 . LE RECOUVREMENT PAR L’ETAT

Dans le recouvrement des impôts locaux, les services de l’Etat jouent un rôle prépondérant. Il
se dégage à la vérité une idée de monopole caractéristique des organes de l’Etat à travers les
services du Trésor public. Dans ce sens, le recouvrement des impôts locaux par les services
fiscaux de l’Etat (I), s’effectue suivant des modalités prescrites par le Code général des impôts
(II).

I. LES ORGANES CHARGES DU RECOUVREMENT

S’agissant du recouvrement des recettes locales par l’Etat, le rôle joué par le Trésor public est
prépondérant. En effet, l’activité bancaire est au cœur des missions du trésor public. Ceci
n’est pas une exclusivité du droit camerounais. En effet, une compétence identique est
perceptible et consacrée par les systèmes français et américain. Dans ces Etats mêmes, le
Trésor Public effectue des opérations classiques de banque et d’autres opérations telles le
placement ou encore la prise en pension, bien qu’avec quelques spécifiés. Aux Etats Unis
d’Amérique par exemple, la fonction bancaire du Trésor Public est fondée sur un système
bancaire parallèle permettant d’assurer une fonction d’intermédiation financière et une
fonction de distribution de crédit en dehors du système bancaire traditionnel. Le Trésor Public
français quant à lui effectue les opérations de recouvrement d’impôts, de taxes, de
conservation de fonds et de valeurs auxquelles viennent s’ajouter les placements et les prises
en pension. Dans le contexte camerounais, la fonction bancaire du Trésor Public n’est pas
encore autant perfectionnée à cause entre autres raison, de la crise économique des années
1990 qui aurait entrainé la dégradation de la qualité de sa signature et la détérioration de la
relation de confiance avec les partenaires. Au registre des conséquences de cette situation,

186
Lire à cet effet les articles 1er, 127 et 128 de la loi susmentionnée.
75
AOAA _ v.0.
l’on peut relever la dispersion des fonds publics dans les comptes ouverts dans les livres des
banques commerciales par les administrations et les correspondants du Trésor. C’est dans ce
contexte qu’est intervenue une innovation majeure, marquée par la mise en place du Compte
Unique du Trésor en Septembre 2007. Et dans le but d’arrimer le système camerounais aux
bonnes pratiques internationales et de palier ainsi aux insuffisances soulevées par l’ancien
système, le système du Compte Unique est venu centraliser toutes les ressources de l’Etat.
Cette centralisation va contribuer à l’amélioration de la gestion de la trésorerie et, par
conséquent, favoriser le paiement régulier de toutes les dépenses bien que quelques fois
aidées par l’apport de la gestion de fait.

Actuellement, le Trésor Public est donc un acteur central dans le recouvrement des impôts
tant centraux que locaux. C’est du moins ce qui ressort des dispositions de la loi portant
Régime Financier de l’Etat187. Il exerce le recouvrement de toutes les recettes, le paiement de
toutes les dépenses et la totalité de la trésorerie de l’Etat, des CTD et des autres personnes
morales de droit public188. C’est dans ce sens qu’il effectue pour les différentes personnes
morales de droit public concernées, les diverses opérations d’encaissement des recettes et de
paiement de toutes les dépenses. Les organes par lesquels il effectue cette perception des
recettes sont principalement le comptable public (A) et le comptable de fait (B).

A. LE COMPTABLE PUBLIC

Le terme comptable est défini par le dictionnaire Larousse 189 comme la personne chargée de la
comptabilité d’une entreprise, d’un particulier. Dans le meme sens, l’on retient, suivant les
travaux d’un groupe d’expert camerounais 190, que la comptabilité est un système
d’organisation de l’information financière ayant pour role : de saisr, classer, enregistrer les
données chiffrées ; de traiter et fournir les informations conformes aux diverses parties
prenantes ; de respecter les principes comptables et les procédures généralement admis ; de
présenter les états relatifs à la situation patrimoiniale, à la situation finacière et au résultat
d’un organismes en de gestion ; de rendre aisés les controles et vérifications des comptes et
état finaciers présentés. Sous ce rapport se dégage quelques faissceaux de définition de la
notion de comptable public. Mais cette définition a connu une nette évolution dpuis la loi de
187
Lire à cet effet les Chapitres VII et VIII consacrant les opérations de trésorerie de l’Etat et du Trésor Public.
188
Lire l’article 68 de la loi n° 2007/006 du 26 Décembre portant régime financier de l’Etat.
189
Le Petit Laroiusse Illustré, édition 2013, p. 245.
190
Cf. Guide pratique de l’ordonnateur et du receveur municipal, par un groupe d’expert camerounais,
Comptabilité communale au Cameroun, 2003, p. 103.
76
AOAA _ v.0.
2007. Jadis, sous la République fédérale, l’un des premiers textes qui régissant les finances
publiques de l’Etat du Cameroun ainsi que celles de ses démemvrements que furent à cette
époque les seules communes, était l’ordonnance du 7 février 1962 191.C’est sans doute fort de
l’anachronisme de ce texte qui revelait d’ailleurs à suffisance l’inaptitude des institutions de la
comptabilité publique à répondre aux exigences d’assainissemnt des finaces publique, que le
Cameroun s’est engagé, à l’instar d’autres Etats africains, dans le vaste mouvement de
réforme institutionnelle censée impulser un management moderne de l’Etat.

M. GOUDEM LAMENE192 fait néanmoins savoir que la loi de 2007 sur le régime foncier de
l’Etat au Cameroun a donné un sens nouveau et complet à la notion de comptable public,
marquant ainsi une évolution par rapport à la loi de 2003 193 et le décret de 1978194, textes qui
ne permettaient de cerner ladite notion dans un contour précis. L’article 58 de la nouvelle loi
de 2007 apporte donc une réponse à un souci d’uniformisation et de systémation de la notion
de comptable public. Selon ses termes, trois critères doivent etre réunis pour appréhender la la
notion de comptable public : l’exercice de fonctions spécifiques, la nomination par l’autorité
compétente et la soumission à un régime de responsabilité spécifique. Il convient d’indiquer
que

Le recouvrement des recettes locales au Cameoun par le comptable public n’est pas ex-nihilo.
Il s’agit d’un pouvoir fondé, reconnu à une catéogorie précise d’organe et qui s’effectue
suivant un certain cheminement/ étapes.

- Les fondements du pouvoir de perception par le comptable public.

Le fondement théorique : Au plan théorique, c’est le principe de l’universalité , corollaire du


principe de l’unité qui lui base une base. La principe de ce principe renvoie à l’idée que que la
gestion transparente des déniers publics disponibles se fait en servant des des encaissement
pour opérer les décaissement. Ce principe se rapportatnt à la présentation du budget est repris
par le législateir camerounais aux termes de l’article 5 ali. 3 et 4 en ces termes : « L’ensemble
des recttes assure l’exécution de l’ensemble des dépenses. Dans le budget de l’Etat, il est fait
receet du montant intégral des produits sans contraction entre recette et dépenses »195. A la
191
Ce texte règlait le mode de présentation, les conditions d’exécution du budget de la République Fédérale du
Cameroun, de ses recttes, de ses dépenses et toutes les opérations s’y rattachant.
192
GOUDEM LAMENE (B.), « Les comptables publics dans le nouveau régime finacier de l’Etat au Cameroun », In
ONDOA Magloire (dir), L’administration publique camerounaise à l’heure de réforme, l’Harmattan, 2010, p. 275
193
Loi n° 2003/005 du 21 avril 2003 fixant les attributions, l’organisation et le fonctionnement de la Chambre
des Comptes de la Cour Supreme.
194
Décret n° 78/470 du 3 novemebre 1978 relatif à l’apurement des comptes et à la sanction de la
responsabilité des comptables.
195
Lire l’article 5 ali. 3 de la loi du 26 décembre 2007 portant régime finacier de l’Etat.
77
AOAA _ v.0.
vérité, ce principe budgétatire dégne deux règlres impératives et distinctes : d’une part il s’agit
de la règle de non contraction qui oblige la loi de finances à retracer fidèlement toutes les
opérations de recettes et toutes les opérations de dépenses de l’Etat. De fait, la compensation
ou cntraction entre les recttes et les dépenses sont interdites. D’autre part, c’est la règle de non
affectation qui condamne l’affectation des recetes particulières à la couverture des dépenses
prédeterminées. Ainsi, toutes les recttes et les dépenses sont-elles imputées à un compte
unique intitulté budget intégral.

Le principe ainsi présenté comporte néanmoins quelques exceptions. Tout d’abord, il s’agit de
l’existence des budgets annexes qui par définition réaalisent une affectation des recttes et des
dépenses. Ensuite, l’on note l’existences des bugets spéciaux du Trésor qui s’entendent des
comptes d’affectation spéciale créés pour permettre l’affectation des ressources à des emplois
bien déterminés. Puis l’on a les fonds de concours qui sont des fonds versés par des
participants à des travaux d’intérêt général. Il est alors évident que ces fonds soient affectés à
des travaux projétés conformément à la volonté des donateurs. Enfin, l’institution des taxes
parafiscales constitue l’exception la plus courante. Le fait les taxes parafiscales sont une
espèce de recettes publiques affectés de jure à certaines dépenses bien déterminées à l’avance.
On peut citer comme illustration au plan national, la redevance audiovisulle CRTV versée par
tous les fonctionnaires afin de pallier les basoins de cet organismes.

Pour revenir à l’essentiel, il est à noter que cette règle est à l’origine de cette fonction
autrefois dévolue aux banques. C’est donc un besoin essentiel pour l’Etat que de pouvoir
financer au jour le jour son action, notamment au travers du dépôt par certains organismes
publics de leurs fonds au Trésor Public. Cette obligation implique pour le Trésor Public
d’offrir aux titulaires de ces comptes et comme en contrepartie de ces dépots, des servcies
assimilables à ceux d’une banque.

Le fondement normatif : Il est à la fois international et national. Au plan international, l’on


peut relever la Directive CEMAC n° 2/11-UEAC/190-CM-22 relative au Règlement Génaral
de la Comptabilité Publique en ses articles 59 et 60 qui vient préciser que les opération de
trésorerie et de de financement sont effectuées par le Trésor Public196.

Au plan national, mention est faite d’abord à la Loi n° 2007 du 26 décembre portant régime
financier qui consacre le monaopole du Trésor Public sur le recouvrement de toutes les
recettes et la paiement de toutes dépenses de l’Etat, des Collectivités Territoriales
196
Sous ces opérations, l’on fait notamment allusion à l’encaissement, au décaissement et à la gestion des
fonds correcpondants.
78
AOAA _ v.0.
Décentralisées et des Etablissements Publics Administratifs 197. Ce texte réaffirme que les
CTD et les epa sont les correcpondants du Trésor qui a l’obligation de manière exclusive de
conserver leurs fonds qui en l’occurrence, sont des déniers publics. L’on évoque également la
loi n° 2009 /11 du 10 juillet 2009 portant régime financier des CTD 198 et la loi sur la fiscalité
locale199. Plusieurs textes règlementatires viennent mattre en application ces différentes lois 200.
Tous ces textes présentent entre autres l’interet de renseigner sur la qualité de Comptable
Public.

-La qualité de Comptable public. En droit de la comptabilité publique 201, les Comptables
publics sont des agents qui, à la différence des ordonnateurs, occupent en qualité un emploi et
exercent à toitre exclusif ou principal, les attributions proprement financières pour le compte
de l’Etat ou des autres organisles publics. Les comptables publics sont des agenrs publics
régulièrement préposés aux comptes avec pour attribution le recouvrement, de la garde et du
maniement des fonds et des valeurs. Au plan statutaire, ils sont nommés par le ministre des
finances, avec son agréément ou sur sa proposition202. C’est d’ailleurs la loi du 26 décembre
2007 qui a prescrit pour la première fois les critères d’identifaciation du comptable public 203.
Les termes de l’article 58 (1) de ce texte disposent que les comptables publics sont des
« agents publics régulièrement préposés aux comptes et/ou chargés du recouvrement, de la
garde et du maniement des fonds et valeurs ».

Il ressort de l’analyse de cette disposition que législateur de 2007 a manifesté son intention de
retirer aux comptables publics la gestion des matières pour ne leur confier que celle des
déniers et ce, contrairement à celui de 2003 et au décret de 1978 qui étendaient ladite gestion
aux deniers et matières de l’Etat.

En somme est qualifié de comptable public l’agent qui, en plus de satisfaire aux critères
d’identification précis, exerce l’une des fonctions suivantes : la tenue d’une comptabilité, la

197
Lire l’article 68 ali. 3 de ladite loi.
198
Il s’agit de la n° 2009 /11 du 10 juillet 2009 portant Régime Financier des CTD.
199
Notamment la loi n° 2009/019 du 15 décmnvre 2009 portant fiscalité locale.
200
L’on cite ici dcret n° 2003/160 du 15 mai 2013 portant règlement général de la comptabilité publique ; la
décision n°12/00000175/D/MINFI/CLC du 24 décembre 2012 portant création de la Commission mixte MINFI-
MINATD chargée dedu suivi et de l’évaluation des ressources des CTD et du FEICOM mobilisées par les
services du Ministère des Finices en son article 1 et 2 ; l’instruction n°003-005-I-MINFI-DT-SDER du 22 avril 2003
relative au versement des sommes à repartir recouvrées dans les postes comptables.
201
Branche du droit financier public, la comptabilité publique désigne l’ensemble des règles juridiques et
techniques applicabkles à l’exécution, à la description et au co,trole des opérations des organismes. Il
s’interesse donc à la manipulation des déniers publics
202
Lire dans ce sens l’article 14 du décret du 15 mai 2015 sur le règlement général de la comptabilité publique.
203
Lire à cet effet l’artcle 58 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 susmentionnée.
79
AOAA _ v.0.
gestion des déniers ou l’exercice de ces deux fonctions à la fois 204. Par conséquent, trois (03)
critères sont nécessaires pour retenir la qualification de comptable public 205. Il s’agit
notamment de l’autorité de nomination, de la spécificvité des fonctions et de spécifité du
régime de la responsabilité.

Tout d’abord, les comptables publics sont nommés par le Ministre des finances ou avec son
agréement. Cette précision marque une évolution notoire par rapport à la loi de 2003 qui et au
décret de 1978 qui étaient silencieux à ce propos. Cependant, la loi de 2007 présente une
limite car elle ne précise pas le pouvoir de réviocation des autorités nominatives. C’est donc
en se referant à la régle du parallélisme des formes et des procédures, selon laquelle seule une
autorité peut défaire qu’elle a elle-meme pris, que l’on peut déduire que le pouvoir de
nomination entraine systématiquement celui de révocation. Mais lorque lla régularité de la
nomination dépend de son aggréement, la stricte application de la règle commanderait que
l’autorité de nomiantion ne puisse révoquer le comptable sans réquerir à nouveau l’accord du
Ministre sans l’en informer. Au-délà, il reste que cette insuffisance n’altere pas ni la
substance, enore moins la qualité de cette disposition. Par la suite ce critère est repris le décret
n° 2012/320 du 11 septambre portant organisation du minitère des domaines, du cadstre er des
affaires foncières, aux termes duquel, le ministre des domaines nomme les receveurs des
domaines sans l’agréement du ministre des finances.

Ensuite, les comptables publics sont des agents préposés aux comptes et/ou chargés du
recouvrement, de la garde et du maniement des fonds et valeurs.

Enfin, le régime juridique de la responsabilité est renové par la loi de 2007 dont l’article 58
fixe la nature, l’étendue et les conditions de mise en jeu. Il n’en demeure pas moins que
certains aspects de cette responsabilité sont régis par les artciles 48 et 53 de la loi de 2003 sur
la Chambre des comptes et certaines dispositions du décret de 1978 dans la mesure ouu elles
ne sont pas contratires aux lois de 2003 et 2007 d’autre part. En tout état de cause, les
comptables publics sont astreints au régime de responsabilité dérogatoire de celui en vigueur,
dans la mesure ouu, si le statut général de la fonction publique admet la faute duu
fonctionnaire, le comptable public n’a pas droit à l’erreu. Ce régime de responsabilité est de
type accusatoire. En effet, il appartient au comptable d’appprter la preuve de son innocence
tandis que chez les autres agents publics, la faute est présumée.
204
HAPPI (J.), La fonction de comptable public dans les cmmunes au Cameroun, Mémoire de Master en Gestion
des Collectivités Territoriales Décentralisées, Université de Bertoua, 2012-2013, p. 9.
205
GOUDEM LAMENE (B.), « Les comptables publics dans le nouveau régimie financier de l’Etat au Cmaeroun »,
in ONDOA Magloire (Dir.), « L’administration publique camerounaise à l’heure des réforems…
80
AOAA _ v.0.
-La typologie de Comptable public : C’est par dauex catégories que l’on range les
comptables publics. Il s’agit :

 Des comptables du budget de l’Etat : Ils sont regroupés en trois grands groupes.

D’une part, le groupe des comptables directs du Trésor. C’est le réseau le plus important. Il
intervient pour l’exécution des dépenses et des recttes du budget général de l’Etat ainsi que
des budgets des collectivités territoriales. Ces comptables dépendent du directeur de la
comptabilité publique. Dans cettes catégorie l’on a les comptables principaux et les
comptables subordonnés. Les premiers centralisent les opérations effectuées pour le compte
du Trésor par d’autres comptables et rendent leurs comptes à la Cour des comptes. Ces sont
les Trésoriers-Payeurs généraux (TPG) des régions et des départements. Les seconds,
comptables subordonnés, ne centralisent pas des comptes. Ils sont rattachés à un comptable
principal principal. Ils justifient leurs opérations de recttes ou de dépenses budgétaires aupres
ddes comptables principaux de rattachement. Il s’agit des receveurs des finaces dans certains
arrondissemenst, les trésoriers principaux, les recevaurs-percepteurs et les percepteurs.

Ces deux principaux types de comptables sont des appélés comptables déniers car ils
manipulent les déniers publics. Ils s’opposent aux comptables d’ordre qui ne manient pas des
fonds, mais s’occupent exclusivement des documents comptables, ils ne manient donc que les
écritures comptables.

D’autre part, on a les comptables des administrations fonancières. Leur mission est le
recouvrement des impots, taxes, droits, redevances, produits et redevances diverses, ainsi que
des pénalités fiscales et frais de poursuites et de justice y afférents dans les conditions fixées
par le Code Général des Impots, le Code des douanes, la règlementation domaniale de l’Etat
et autres les lois et règlements en vigueur. Ils reversent produit de leur recettes au comptable
du trésor territoriamement compétent et transmettent leur comptabilité au comptable principal
de rattachement, selon une périodicité définie par la règlementation en vigueur. De ce fait, ils
dépendent d’un certain nobre de directions du ministère des finances : les comptables de la
DG des impots chargés du recouvrement de certaibs impots indirects tels que la TVA et les
droits d’enrégistrement ; et les comptables de la DG des douanes qui procèdent au
recoiuvrement des droits de douanes et de certains impots indirects.

81
AOAA _ v.0.
Par ailleurs, d’autres compatbles peuvent etre citer au passage. Il s’agit des comptables des
budgets annexes, des comptables des comptes spéciaux du Trésor 206, des agents comptables
dans les établissements publics.

 Les comptables des budgets locaux : Il s’agit par définition, des fonctionnaires de

l’Etat nommés par le Minitre des fonances après information de l’ordonnateur. Pour la
Commune, il s’agit du Receveur municipal ; tandis que pour la région, il s’agit du payeur
régional. Ils sont chargés de l’exécutionn de toutes les opérations de recttes et de dépenses du
budget de l’organisme punlic auprès duquel sont placés ainsi les opérations de trésorerie207.

B. Le COMPTABLE DE FAIT

L’existence meme de ce type de d’agent de recouvrement constitue une atteinte aux


dispositifs juriridiques. En effet, selon le decret n°2013/160 du 15 ami 2013 portant reglement
général de la commptatibilité publique, il est interdit à quiconque, non pourvu d’un titre
régulier de comptable public, de s’immisercv dans la gestiondes deniers publics, sous peine de
sans prévues par les lois et règlements en vigueur 208. Ce décret va plus loin dans les
psécificités en interdidsant à toute personne non pourvue d’un titre légal ou règlementaire
d’exercer les fonctions d’ordonnateur ou de comptable, sous peine de sanctions prévues par la
loi209. Au dlà de cette interdiction formellement étbalie, la législation en vigueur reconnait
pourtant l’existence et la place des comptables de fait. C’est ainsi que la loi portant régime
financier des CTD définit le comptable de fait comme toute personne qui, sans autorisation
légale, s’immisce dans le maniement des déniers publics210.

Cette défintion laisse transaparaitre trois (03) éléments constitutifs : l’ingérence dans
l’encaissement des recettes publiques, l’absence d’habilitation juridique et le maniement et la
détention.

D’une part, l’ingérence dans l’encaissement des recettes publiques est le fait de s’ingerer dans
le recouvrement des crecettes affectées ou destinées à un organisme public doté d’un
206
Dans cette catégorie, on retrouve surtout les comptables matères qui sont chargés de la gestion des valeurs
matérielles de l’Etat et non des fonds. Ils détiennent des livres spéciaux ouu sont inscrits les entrées, sortie,
déchets et manquement des valeurs. Bref, ils comptabilisent des matières mais la comptabilité des fonds est
exclue.
207
Lire l’article 22 du décret du 15 mai 2013.
208
Lire l’article 5 du décret n° 2013/160 du 16 mai 2013 portant règlement général de la comptabilité publique.
209
Lire l’artcile 8 ali. Du maeme texte.
210
Lire l’article 77 ali. De la loi n° 2009/011 du 10 JUILLET 2009 portant régime financier des CTD.
82
AOAA _ v.0.
comptable public. Autrement dit, percevoir les recettes revenat à un organisme public à la
place d’un comptable public habilité à la faire est constitutif de gestion de fait et par
conséquent le gestionnaire de fait acquiert le statut de comptable de fait. La notion de
receettes doit etre entendue au sens large en intégrant notamment les cotissattions obligatoires
par un lycee, les sommes tirées de la location de salle d’un musée, les recettes tirées de
recherches effectuées par un laboratoire d’Université , les ristournes et commicommision etc.
Constiyue également une gestion de fait, la conservation de fonds utlisés sur instruction de
l’administration qui devait en etre bénéficiaire. On peut également citer les recettes du
domaine public, les impots, droits et taxes fiscales ou parafiscales, lrs produits du
fonctionnement d’un service non délégué, l’encaissement des dons, legs et participations…

D’autre part l’absence d’habilitation juridique est fait de recevoir ou de manier des fonds ou
valeurs extraits iréégulièrement de la caisse d’un organisme public, lui aussi doté d’un
comptable public meme si la loi ne le repete pas. En effet, les opérations de recttes ou de
dépenses d’un organisme doivent etre effectuées par son ou ses comptables publics.
L’habilitation ne découle dès lors pas seulement de la qualité de comptable public, mais
également de la nomination à un poste déterminé. Un régisseur d’avances ou de reccetees
réguklièrement niommé qui ne respect pas les modalités de fonctionnement de sa régie peut
également se voir attribuer la qualification de comptable de fait. Le régistre de comptable de
fait intègre égalemen le comptable public qui effectue des opérations sortant de ses
attribution. Pour reconnaitre la situation de comptable de fait sur la base d’une convention, il
convient de vérifier : que son objet n’est pas irrégulier ; qu’elle ne porte pas sur des dépaenses
étrangères à l’objet de l’organismes signataire ; qu’elle ne porte pas sur des dépenses
étrangères à l’objet de l’organismes cocontractant ; que cette convention soit bien appliquée.

Par ailleurs, il convient d’indiquer que la simple détention de déniers publics est constitutive
de gestion de fait. Les détournements de fonds sont également constitutifs au meme titre que
leur maniememnt. Par définition, le maiement est l’ensemble de recouvrement ou de
paiements.

Sous le rapport des éléments qui viennent d’etre indiqués, peuvent etre déclarées de
comptable de fait, ‘’toutes personnes…’’, des éventuelles gestionnaires de fait. Il peut dinc
s’agir d’une personne physique ou d’une oersonne morale.

S’agissant des peersonnes physiques, il peuts s’agir de tiers, de personnes travaillant dans lr
service ou pour le service, d’ordonnateur, ou du comptable public. Il suffit qu’elle se seoit

83
AOAA _ v.0.
immiscer, c’est-à-dire qu’elle ai agit en l’absence de tout titre légal, dans les fonctions de
comptable. Les fonctionnaires participant à un maniement irrégulier n’ont pas à rendre
compte persollement si leur dépendance hiérarchiqur en fait de simples exécutants.
Cependant, le fait d’etre sous l’autortité d’une personne déclarée comptable de fait, ne fait pas
obsatcl à l’engagement de leur responsabilité s’ils auraient pu, d’une manière ou d’une autre,
avoir connaissance du caractère illégitme de l’ordre qui leur a été donné. En droit francais par
exemple, le juge retient la responsabilité du subordonné en ces termes : « Considérant que les
instruictions et ordre allégués, à supposer meme qu’ils aient revetues dans tous les cas une
forme écrite, ne sauraient etre de nature à faire disparaitre la responasabilité personnelle dses
interessés dans les opéérations irrégulières dont ils ont eux-meme assurés l’exécution ». S’il
n’est pas « tabli qu’une personne a eu connaaissance des opérations irrégulières et les a
approuvées ou au moins tolérées, elle n’est pas déclarée comptable de fait. La jurisprudence
se montre toutefois restrictive à l’égard des supérieurs qui invoquent une méconnanace des
agissements de leurs subordonnés. C’est ainsi que dans un diossier récent, la Cour a estimé
que, compte tenu de son grade de commis, l’agent « n’était en mesure , ni d’apprécier les
irrégularités auxquelles elle a pu preter la main, ni de s’opposer aux instructions qui lui
étatient données par ses supérieurss hiérachiques »211 et ce , alors meme que la Chambre des
comptes avait conclu que « la nature meme des opérations irrégulières effectuées (notamment
le paiement d’heures supplémentaires, de frais de déplacement ou de retrait d’argent liqueide
au profit du maire) de ces activités étaient, de toute évidnce, sans lien avec l’objet de
l’association et ne requeraitent de la part de cette personne aucune analyse pour lui permettre
de conclure à leur irréguklaarité et, ainsi, y mettre fin ».

Les personnes morales, au-delà de leur caractère abstrait, peuvent également etres déclarées
comptable de fait, si celle-ci a, par son agissemnt entandu, « se vider les mains dans la caisse
du comptable public ».

En somme, le comptable de fait est celui qui sans titre légal, s’immisce dans le maniement des
fonds et valeur. Cette définition permet donc de poser un regard sur le type de titre nécessaire
à l’excemption de toute responsabilité. En effet, les personnes ayant recu mandat ou encore
les comptables intérimaires ne sont à loger dans cet ensemble. Car en effet, le décret de 2013
sur le règlement général de la comptabilité publique a prévu la possibilité aux comptables
public de déléguer le pouvoir. C’est du moins ce qui ressort de l’article 23 ali. 2 de cetxte qui
dispose que que les les comptables publics peuvent déléguer leur pouvoir à un ou plusieurs

211
Arret du 10 février 2004, St-Pol-Sur-Mer.
84
AOAA _ v.0.
mandataires ayant la qualité pour agir en leur nom et sous leur responsabilité. De son coté, le
comptable intérimaire peut etre désigné en cas de vacance du poste dument constatée par
l’autorité compétente, et assure la gestion du poste jusqu’à l’installation du noiveau titulaire.
Mais le comptable intérimaire ne peut durer plus de six (06) mois renouvelable une seule fois
et ses compéétences sont les meme que celle du comptablc public212

II. LES MODALITES DU RECOUVREMENT AMIABLE

Le processus de recouvrement amiable par le Comptable public : Le comptable public assure


le recouvrement des fonds des institutions tels que les CTD, les EPA, certaines entreprises à
capitaux publics, les administrations ou unités opérationnelles de l’administration et certains
particuliers. L’obligation de recouvrement se justifie ici par la disposition, par ces institutions,
de comptes ouverts dans les livres du trésor. Elles doivent le cas échéant déposer leur fonds au
trésor.

Une évaluation du niveau de recouvrement des impots locaux, faite depuis la mise en place du
bulletin unique laisse apparaitre l’efficacité du mévanisme mis en place. Sur le meme régistre,
le comptable public du trésor assure la conservation des fonds des collectivités CTD qui,
antérieurement, étaient logés dansles comptes dans les banques commerciales. Cette réforme a
permis de mutualiser les fonds entre le trésor et ses correspondants réduisant par le meme fait
le coout de son financement213.

Le recouvrement amiable des recttes locales par le comptable public peut se faire par trois
modalités à savoir soit sur la base de la bonne volonté du contribuable (1), soit sur la base la
retenue à la source (2), soit enfin suivant la voie du rôle (3). Il faut ajouter que les modalités
de recouvrement du comptablic public ainsi énumérées sont pratiquement similarires à celles
du comptable de fait. C’est la raison pour laquelle l’étude sera davantage croisée que séparée.

1. La modalité du paiement au comptant

212
Lire l’article 28 du décret de 2013.
213
KWAYEB KEMAJOU (M.), Le recouvrement des recettes locales en droit camerounais, Mémoire de Master en
Droit public, Université de Yaoundé II, 2014-2015, p. 45.
85
AOAA _ v.0.
Le paiement au comptant est encore appelé la modalité relative à la bonne volonté du
contribuable. Il suppose l’existence d’une simultabéité entre les opérations d’assiettes, de
liquidation et de paiement214. En effet, le contribuablen, dasn ce sens, s’acquitte de sa dette
fiscale au moment meme ouu lee fait générateur est porté à la connaissance du comptable
public215. Or le fait générateur est effctif dans deux (02) hypothèses :

-La première hypothèse est celle ouu le contribuable porte à la connaissance de


l’administration fiscale ou fisc, l’existence du fait générateur de l’impot. C’est lui qui asseoit
l’impot, le liquide, remplit madéclaration et effectue son paiement. Le système ainsi décrit est
valable pour tous les impots à versement spontané, la patente et les droits d’enrégistrement ;

-La seconde hypothèse est celle où le contribuable ne s’acquitte pas lui-même de cette
obligation légale ou lorsqu’il minore son résultat. Dans ce cas, l’Administration fiscale se
substutue à lui en passsant par la voie du contrôle sur place ou du contrôle sur pièces pour
asseoir et liquider l’impot. Elle en informe ensuite le contribuable. Si celui-ci est d’accord,
l’Administration procède à l’établissement d’une déclaration de paiement ou titre de
perception qui lui est remise pour l’exécution à la caisse du trésor. Dans le cas contraire
l’impot est émis par voie de role. Ce mode de perception présente un interet certain pour
l’Administration. En effet, il permet à l’administration de se procuer des recttes rapidement et
régulièrement tout au long de l’année216. Le paiement ainsi décrit obéit aux quatre étapes du
déroulement de l’opération de rectte à savoir le fait générateur de la créance, la liquidation,
l’établissement du titre de perception et l’encaissemnt qui peut se faire au moyen du chèque
ou en espèces217. Etant posée en ces termes, la méthode du pauiement au comptant offre au
contribuable seul l’alternative de l’initiative à utiliser car aucune disposition légale applicable
ne détermine les fourchettes des montants valables pour l’un ou l’autre moyen.

2. La modalité de la retenue à la source

Par cette modalité on entend, le mode de paiement effectué par un tiers pour le compte de
l’Etat. Le tiers devient ainsi un auxiliaire de l’Administration non rémunéré mais contraint
d’effectuer son travail. Ce mode de paiement esst valable pour l’impot sur le revenu et les
revenus des valeurs mobilières. Dans ce cadre, l’employeur et le banquier retuiennent les
sommes dues pour ensuite les reverser au comptable punlic du trésor.

214
BIDJA (B.), Les finces publiques locales au Cameroun, Ed. B.B, Yaoundé, 1982, p. 6 33.
215
Lire l’article C 127 ali. 1 du Code général des Impots.
216
TATAH JUDE (N.), Les modes de perception des impots au Cameroun, op.cit
217
Lire l’article C 128 Aali. 2 du CGI.
86
AOAA _ v.0.
S’agissant de l’ipot sur le revenu des agents de l’Etat, celui-ci est retenu à la source par la
direction de la solde au ministère des finaces. La taxe sur le chiffre d’affaire due par les
fournisseurs de l’Etat est retenue à la source par le comptabkle de la direction du budget au
niveau ventral et ses démzbrelments au nivau régional et départemental. La taxe sur le chiffre
d’affaire due par les grossistes de boissons de tout genre et de tabacs est retenue à la source
par les fabricant qui se charge de la rverser au fisc, en l’occurrence le comptable public du
trésor.

3. La modalité du rôle

On entend par role nominatif, le titre exéutoire émis par les services d’assiette ou de contrôle,
en vertu duquel les services du trésor effecteuteunt le recouvrement des ompots émis. Soit il
intervient quand le contribuable n’a pas payé spontanemment, soit il résulte d’un contrôle
fisccal ou d’une taxation d’office. Il est également à noter qu’en cas de recouvrement amiable,
le recouvrement se fait au travers d’une fiche journalière.

Au total, les procédés de recpouvrement qui viennent d’etre étudiés sont ceux consacrés par le
droit positf camerounais. Ils sont identiques à ceux pratiqués par le comptable de fait. Si l’on
se refère aux dispositions du décret de 2013, les comptables des CTD et des EPA exécutent
toutes les opérations de recette et de dépenses du by=udget de l’organisme auprès duquel ils
sont placés, ainsi que touytes opérations de trésorerie 218. A cet effet, les comptables des
administrations finacières sont chargés du recouvrement des impots, taxes, droits, redevances,
produits et recettes diverses, ainsi que de pénalités fisclales et frais de poursuites et de justice
y afférent dans les conditions fixées par le CGI, le Code des douanes, la règlementation
domainale et les lois et règlements en vigueur. Ils reversent ensuite le produit intégral de leurs
recttes au comptable du trésor territorialement compétent et transmettent leur comptabilité au
comptable principal de rattachement selon une périodicité définie par la règlementation en
vigueur219. L’on remarque ainsi que le mode opératoire du comptable de fait est identique à
celui du comptable de droit ou public. Le juge assimile meme pratiquement les compétences
du comptable de fait à celles du comptable public. L’article 34 du décret de 2013 indique
meme que les gestions irréguklières entratinent pour leurs auteurs déclarés comptables de fait
par la juridicition des comptables, les memes obligations et responsabilités que les gestions
des comptables publics patents selon les règles et les procédure de ladite juridiction. Cette
compétence de comptable de fait est encore plus flagrante quand on prend en considération
218
Lire l’artcle 122 du décret de 2013.
219
Lire l’article 21 ali. 5 du décret de 2013.
87
AOAA _ v.0.
les points de vue du juge des comptes qui, selon le loi d’oreintation de la décentralisation,
juge l’esemble des comptes des personnes qu’il a déclarées comptable de fait220.

Toutefois, si la similitude du point de vue des taches ou du mode opératoire entre le


comptable public et le comptable de fait est averéé, il n’en demeure pas moins que le sort de
leur responsabilité diffère. A la vérité, le comptable de fait est toujours punissable.

Dans le contexte francais, la notion de comptable de fait est également consacrée. Selon le
droit en vigueur,« Toute personne qui, sans avoir la qualité de comptable public ou sans agir
sous le contrôle et pur le compte d’un comptable public, s’ingère dans le recouvrement des
recttes affectées ou destinées à un organisme public doté d’un poste comptable ou dépendant
d’un tel poste doit, nonobstant les poursuites qui pourraient etre enganées devant les
juridictions répressives, rendre compte au juge finacier de l’emploi des fonds et valeurs
qu’elle a irrégulièrement détténus ou maniés »221. En effet, lorsqu’une personne est déclarée
comptable de fait, elle est sanctionnée. Les sanctios encourues par le comptable de fait
peuvenet prendre des proportions variées, en fonction du mode de gestion par le comptable de
fait, après vérification par le juge des comptes. De ce fait, en cas de bonne gestion par, le
comptable de fait peut juste etre condamné par le juge des comptes, à une amende, en raison
de son immixtion dans les fonctions du comptable public. Cette demande est calculée suivant
l’importance et la durée de la détention ou du maniement des déniers. Son montant ne pourra
dépasser le toatl des sommes indulment détenues ou maniées222.

SECTION 2 . LE RECOUVREMENT PAR LES CTD

Comme il a été indiqué, le décret de 2013 portant règlement général de la comptabilité


publique definit quatre (04) catégories de comptables publics en deniers et en valeurs à savoir
les comptables directs du trésor, dont ceux des administrations financières, les agents
comptables des Etablissement Publics Administratifs, tout autre agent désigné comme tel par
voie législative ou règlementaire et les comptables des CTD. Le recouvrement des recettes
des CTD est en effet opéré par des organes (I) qui, une fois au travail, mettent œuvre des
modalités de recouvrement bien précises (II).

I. LES ORGANES CHARGES DU RECOUVREMENT

220
Lire l’article 28 de la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004 d’orientation de la décentralisation.
221
Lire l’artcle 60 de la loi n° 63-156 du 23 février 1963 relative…
222
Lire l’article 44 du décret de 2013.
88
AOAA _ v.0.

Dans les CTD, le recouvrement des recettes est effectué par un Receveur. Il est Municipal
pour les communes (A) ou alors Régional pour les régions (B).

A. Le receveur municipal
Le RM est, aux termes des dispositions du décret de 1994 223 et de la loi de 2009 sur le régime
financier des CTD, un comptable public qui remplit les conditions d’identification des
comptables publics. Sa présentation passe par l’analyse de sa qualité (1) et de ses attributions
(2).

1. La qualité de RM

Comme préalablement indiqué, le statut et les attributions des RM sont régis par le décret de
1994. S’agisssant de sn statut, le RM est un comptables public. A ce titre, il est soumis aux
règles de discipline, de tenue de comptes et de comptablilité, de recouvrement des recettes, de
paiement des dépenses et de responsabilité applicables aux postes comptables du Trésor. Le
RM est nommé par arrété du Ministre de chargé, pour reprendre l’expression employée par les
textes, de la tutelle sur les collectivités locales et du Ministre chargé des finances. En
principe, il est nommé parmi les comptables du trésor ou parmi les autres fonctionnaires des
services civils et fianciers de l’Etat dotés d’une bonne moralité 224 et justifiant d’une
compétence et d’une expérience suffisante dans la gestion finacière et comptable. Mais la
pratique montre de plus en plus l’introduction d’autres personnels ne répondant pas à ce
critère fondamental de désignation. Ils sont donc nommés : dans les communes des chefs-
lieux de province ; dans les communes dont le dernier compte administratif accuse des
recouvrements de reccetes d’un montant au moins égal à 250.000.000 de francs et
éventuellemnt dans les communes disposant de capacités fincaières nécessires pour assurer le
fonctionnement des services d’appui. La listes de ces communes est établie chaque année par
arreté du Ministyres chargé de la tutelle sur les collectivités locales.

Préalablement à son entrée en vigueur l’entrée en fonction, le RM déposent, auprèse de la


commune auprès de laquelle ils est nommés, un cautionnement dont le montant est fixé par un
texte particulier.

2. Les attributions du RM

223
Il s’agit du décret n° 94/232 du 05 décembre 1994 fixant le statut et les attributions des raceveurs
municipaux.
224
Cf Instruction n° 00000214/I/MINFI du 17 septembre 2010 sur la réddition des comptes de gestion des CTD.
89
AOAA _ v.0.
Le RM recouvre les recettes mises régulièrement en recouvrement et règle les dépenses
ordonnées, selon les cas, par le maire ou le délégué du gouvernement. Il assure la garde et la
gestion des fonds et valeurs des communes. Il tient la comptablilité générale et analytique des
communes conformémént aux prescriptions du plan général de l’Etat et du plan sectoriel
communal. Il accomplit, d’une manière générale, toute mission qui pourrait lui etre confiée
par les lois et règlement. En outre, les RM ouvrent les comptes au nom de leur commun
auprès : de l’institut d’émission, des chèques postaux et éventuellement, auprès des
établissemnt bancaires, dans les conditions et pour les opérations prévues par la loi. Les
fonctions de RM de la commuan d’arrondissemnt peuvent à titre exceptionnel etre remplieies
par le RM de la Communauté urbaine. Dans ce cas, le RM tient une comptabilité séparée pour
chaque commune et produit en fin d’exercice, un compte de gestion séparé.

B. Le payeur régional

Avant tout débat sur le fond, il faut indiquer qu’il ne faut pas faire de confusion entre la
région en tant que circonscription administratives de l’Etat et la région collectivités territoriale
décentralisée225. La Constitution de 1996 qui consacre la région comme CTD laisse le soin au
législateur de la définir ainsi que ses compétences. En effet, elle dispose de manière vague
que « L’Etat transfere aux régions (…) les copétences dans les matières nécessaires à leur
développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif »226. Le législateur
de 2004 attribue par la suite des comptéences opérationneles ou de terrain aux réégions,
partagées ou non avec les communes, notamment en matière économique, de santé,
d’éducation, de formation professionnelle et de jeunesse. Dans les meme matières, les régions
recovent des compétences de coordinantion, de planification du développement poursuivi. Or
le problème actuel est que la région, nouvelle catégorie de collectivités instiutuée par la
Constitution de 1996 demeure, faute de la publication de différents textes règlementaires
d’application, encore virtuelle227. La loi du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux
régions est une illustration pertinente de droit resté lettre morte ou mieux de droit en léthargie
en raison de l’inexistence desdites régions. Constituées en 1996, les régions ne sont pas
toujours mises en place, toute chose qui révèle l’importance du chantier règlementaire en la
matière. Or sans le fonctionnement de ces régions, c’est toute la philosophie de la répartition
des compétences qui semble compromise. Car, créer un échelon supplémentaire de
225
« Paul Biya confirme la création des régions » : c’est le titre d’un article de journal ; voir également :
http://www.cameroun-info.net/stories/0.23947.@paul-biya-confirme-la-création-des-regions.html
226
Lire l’article 56 ali. 1 de la Constitution de 1996.
227
KOUOMEGNE NOUBISSI (H.), Décentralisation et centralisation au cameroun. La répartition des
compétences entre l’Etat et les Collectivités locales, l’Harmattan, Paris, 2013, p. 143.
90
AOAA _ v.0.
décentralisation au-dessus des communes est un choix juridique et politique avec les
conséquences qui peuvent en découler. De fait, ne pas l’appliquer laisse dans une impasse
juridique. En effet, ni le droit antérieur dont l’équilibre à été modifié n’est pas maintenu, et le
droit nouveau n’est pas pratiqué.

En ce qui concerne les ressources nécessaires pour l’exercice des compétences reconnues à la
région, elles sont dévolues soit par transfert de fiscalité, soit par dotation, ou encore soit par
les deux (02)228 matière de recette régionale, il faut dire que le recouvrement est assuré par le
Receveur Régional. Il importe donc décliner sa qualité (1) ainsi que ses attributions (2).

1. La qualité de receveur régional

2. Les attributions du receveur régional

Aux termes de l’article 118 du CGI, les produits de certains impots sont en totalité ou en
partie affectés aux régions. Il s’agit :

- des droits de timbre sur les cartes grises ;

- du droit de timbre d’aéroport ;

- de la taxe à l’essieu ;

-des redevances sur les ressources de la foret, de la faune et de la peche ;

- des redevances sur les ressources en eau ;

- des redevances sur les ressources pétrolières ;

- des taxes ou redevances sur les ressources minières ;

- de la redevance sur les ressources halieutiques et d’élévage ;

- des taxes et/ou redevancs sur les ressources énergétiques ;

- des taxes et/ou redevance sur les ressources touristiques ;

- des taxes et/ou redevances aérospatiales ;

-des taxes et/ou redevances sur les resssources du secteur gazier ;

- de la redevance d’usage de la route.

228
Lire l’article 85 de la loi N° 2004/019 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions.
91
AOAA _ v.0.

II. LES MODALITES DU RECOUVREMENT AMIABLE

L’intérêt d’étudier le recouvrement des recettes locales découle de la distinction qui est faite
entre les recettes fiscales et les recettes non fiscales. Davantage la spécificité des recettes
fiscales locales procède du mode de recouvrement qui varie selon que la recette considérée est
propre (A) aux CTD ou qu’elle leur attribuée (B).

A. La collecte des recettes propres aux CTD

Lorsqu’on envisage d’analyser les recttes propres aux CTD, il faut se garder de penser qu’il
s’agit des recettes dont la valeur ou le montant est déterminée par les CTD elles-memes. Mais
il n’en n’est rien. Certes et par là, on fait allusion déterminées librement par les CTD, mais
cela s’est fait dans les conditions fixées par la loi. Car le principe générale de la
complémentaiité et le caractère unitaire de l’Etat font que ce dernier, dans les Etats d’Afrique
noire francophone encadre les pouvoirs des CTD. Dans la collecte des recttes propres aux
CTD, il faut distinguer la modalité de perception des recettes fiscales de celle des recettes non
fiscales.

1. La collecte des recettes fiscales.

La collecte des recttes fiscales propers aux CTD peut prendre des prportions variées, tant il est
constant que de telles recettes sont de plusieurs nature. Sous le vocable « recttes fiscales
propres aux collectivités locales », l’on évoque en réalité des impots et taxes qui ont été voté
par le conseil municiopal ou régional au profit du budget respectif de la commune ou de la
région. Ces droits et taxes sont généralement déterminés en fonction des difficultées
rencontrées par la CTD en question. S’agissant de la commune, on parle souvent de « taxes
communales »229. Cependant, l’épithète « communal » voile en fait trois catégories
d’institution communale notamment les communes proprement dites 230, les communes
d’arrondiseemnt231 et les Communautés urbaines232. Pour des raisons tant de commodité que
de simplicité, seul sera étudier dans ce cadre, le mode de recouvrement des recettes des
communes d’arrondissemnt et celles des communautés urbaines.

229
Lire l’article C61 du CGI.
230
Les collunes proprement dites sont au nombre de 336.
231
Les communes d’arrondissemnt sont au nombre de 35.
232
Les communautés urbaines sont au nombre de 14.
92
AOAA _ v.0.
En général, on entend par recettes fiscales propres aux CTD, les recettes qui ont été concues
et confirmées par la CTD considérée 233. S’agissant des deux principales communes
susmentionnées, la corrélation se situe dans le fait que le processus de recouvrement se fait
par les services fiscaux de la commune considérée234. Autrement dit, les taxes commuanles
sont émises émises et liquidées par le service d’assiette de ladite commune. Cepandant, cette
similitude n’eclipse pour autant pas les spécificités que l’on peut déceler de la procédure de
recouvrement par chaque type de commune.

En effet, s’agissant d’une part des communautés urbaines d’abord, certaines reccetes fiscales
propres à cette entité ont besoin de la présence soit d’un contrat, soit d’un intermédiaire, pour
la réalisation intégrale de leur collecte. C’est notmmemnt le cas des droits de place sur le
marché. En effet, le droit de place comporte deux figures : il peut s’agir des droits de place
fixe et des droits de place journalier.

Pour ce qui est des droits de place fixe, un contrat comportant plusieurs éléments 235, est établi
entre la communauté urbaine et l’occupant permanet de la boutique. A ce niveau, la collecte
s’avère plus simple dans la lmesure ouu le receveur des communautés urbaines se dirigent
vers les locataires de la boutique lorsque ces derniers ne se sont pas exécutés promptement ou
à temps.

Pour ce qui est de la collecte des droits de place journalier, les loyers de la boutique et le
produit des tickets de droit sont collectés par un agent intermédiaire de recettes contre
délivralnce d’un recu tiré d’un carnet à souche sécurisé et partant, une valeur faciale
imprimée, égale à un terme de loyer mensuel ou au couut du ticket. La somme totale est
reversée 24 heures au pls tard dans la caisse du receveur municipal au vu d’un titre de rectte
émis par l’ordonnateur municipal compétent236. Finalement la pertinence de la collecte des
recttes fiscales propores à la communauté urbaine procède de ce que la collecte de certaines
d’entre elle nécessite la présence d’un magistrat municipal 237, tandis que la collecte des autres
passe par la simple délivrance d’un prospectus ayant lieu et place de preuve de paiement.
C’est ainsi que les droits de permis de batir ou d’implanter qui sont recouvrés par le receveur
municipal au vu d’un titre de rectte émis par l’ordonnateur municipal compétent nécessite, en
plus du conditionnement, de la délivrance d’un permis de batir. C’est également le cas avec

233
KWAYEB KAMAJOU (M.), Le recouvrement des recettes locales en droit camerounais, op.cit, pp. 117 et 123.
234
Lire l’article C126 du CGI
235
Ces élémnets sont visés à l’article C82 du CGI.
236
Lire l’article C86 du CGI
237
On peut citer ici le cas des driots de fourière prévus à l’article C79 ali. 2 du CGI
93
AOAA _ v.0.
les droits d’occupation des parcs de stationnement qui sont payés contre délivrance d’un ticket
par la commune238. A ce niveau une senière vaiété de droit, pour etre respecté par la norme,
nécessite une contre partie de la part de communauté urbaine. Il s’agit des droits de stade
omnisports. Ces droits sont percus par la communauté urbaine et imposent à celle-ci des
obligations d’entretien des voies d’accès au stade et celle d’entretien et d’eclairage des abords
du stade239.

S’agissant d’autre part de la collecte des recttes de la commune d’arrondissement, elle fait
intervenir, en règle générale, certaines personnalités comme le conseiller municiciapl ou
encore le receveur municipal. Cependant, le caractère protéiriforme de telles recettes 240 laisse
transaparitre de lègères différences quant à leurs procesus de collecte. La taxe d’abatage du
bétail par exemple est certes liquidée par les services d’assiette de la commune et recouvrée
par le receveur municipal. Cependant, il faut introduire la précision qu’une telle taxe doit
préalablement etre payée par le boucher avant tout abattage 241. Il transparait donc de ceci que
la taxe d’bbattage du bétail conditionne en quelque sorte le redevable pour la vente de sa
marchandise ; car, celui-ci ne pourra effectivement la vendre que lorsqu’il ses sera acquité de
son obligation de paiement.

D’autres taxes en revanches nécessitent, pour leur collecte, la présence d’une autorité
administrative compétente, à l’instar du sous-préfet. C’est le cas de la taxe sur les armes à feu.
Peut etre au vu eu égard à la nature dangéreuse des armes à feu, eut-il été nécessiare de de la
présence du sous-préfet lors du proccussus d’établissemnt et de collecte de ldite taxe. Mais
davantage, notons que la taxe sur les armes à feu est établie au plus tard le 15 mars de chaque
année par le sous-préfet et le magistrat municipal dans le but de mettre en vue la liste des
détenteurs d’armes à feu de la commune 242. Après cette imprégnation administrative, advient
la liquidation et la collecte, c’est la raison pour laquelle il faut relevr que la taxe sur les armes
à feu est liquidée, émise et payée au profit de la commune de localisation du détenteur contre
délivrance d’une quittance243.

Par ailleurs, certaines taxes encore propres aux communes d’arrondissemnt nécessitent, pour
leur collect, une contre partie de la part de la commune concernée. C’est le cas des droits de
stade autres que les stades omnisport et des droits des droits de fourrière. Pour ce qui est des
238
Lire l’article C98 ali. 2 du CGI
239
Lire l’article C102 ali. 2 et 3 du CGI
240
Pour avoir une idée sur les recctes propores à la communes d’arrondissemnt, lire l’article C115 ali. 2 du CGI.
241
Lire l’article C65 du CGI.
242
Lire l’artcle C73 du CGI.
243
Lire l’artcle C75 du CGI.
94
AOAA _ v.0.
droits de stades autres que les stades omnisport, la contrepartie reste néanmoins la meme que
celle des stades omnisports tel que cela a été indiqué plus haut. Pour ce qui est des droits de
fourrière, ils ont recouvrés par le receveur municipal au vu d’un ordre de rectte émis par le
magistrat municipal compétent244. Cependant, il faut reconnaitre que ces droits ne peuvenet
etre percus que si la commune assure effectivement la gerde des animaux, des véhicules et
autres objets troiuvés sur la voie publique245.

De ce qui précède, il apparait une certaine similitude dans la modalité de recouvrement de


certaines recettes fiscales propres à la commune d’arrondissemnt et à la communauté urbaine.
C’est le cas des recttes fiscales telles que les droits de place sur le marché, la taxe de
stationnement, le produit des parcs de stationnement et bien d’autres ;

2. La collecte des recettes non fiscales.

On entend par recette non fiscale l’ensemble des prélèvements effectués par l’Etat en
contrepartie d’un service mis à disposition246. Sous ce vocable, l’on range la taxe, la
redevance et d’autres taxes parafiscales. Dans le cadre du recouvrement des reccettes non
fiscales, il convient de partir de l’idée qu’au Cameorun, le législateur a mis à la disposition
des CTD un patrimoine. C’est du moins ce qui ressort de l’article 30 de la loi d’orientation de
la décentralisation en ces termes : « Les collectiviés territoriales disposent de budget,
ressources, patrimoine, domaines public et privé ainsi que d’un personnel propres »247. A ce
titre, leurs domaines public et privé se composent de biens meubles et immeubles acquis à
titre onéreux ou gratuit248. Cet ensemble de bien constitue un énorme potentiel qui, géré de
manière optimale, peut générer d’importants revenus susceptibles d’impulser le
développement de nombreuses municipalités. En effet, en cotrepartie du service mis à
disposition et ce, proportionnellement ou non au couut du service, la municipalité peut
préléver des reccettes non fiscales. La substance de telles recette est importante. L’on peut au
passage citer les recettes tirées de l’exploitation des terrains communaux ou encore celles
tirées de l’exploitation des biens communaux.

La collecte de telles reccettes se fait en fonction du mode de gestion ou d’exploitation des


biens considérés. Selon l’article l’article 33 de la loi d’orientation de la décentralisation « Les
services locaux des collectivités territoriales peuvent etrs exploités en régie, par voie de
244
Lire l’article C79 ali. 2 du CGI.
245
Lire l’article C78 ali. 2 du CGI.
246
LAMULLE (T.), Droit fiscal, LGDJ, Montchrstien, 2002, p. 21.
247
Lire l’article 30 de la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004 d’orientation de la décentralisation.
248
Lire l’article 32 du meme texte.
95
AOAA _ v.0.
concession ou d’affermage ». En systématisant l’on peut dire que les CTD gère leur bien par
voie contractuelle et non contractuelle.

D’une part à propos de la gestion non contractuelle, l’on dit que le service public est géré en
régiee lorsque l’Administration, non seulement en assume la direction de principe, mais
encore qu’elle prend elle-meme en main le fonctionnement du service en le faisant
fonctionner avec ses propres biens et avec ses propres agents 249. S’agissant des services
locaux, la régie est le mode de gestion par lequel la CTD organise par ses propores moyens la
gestion du service public local. Ainsi toutes les opérations du service public sont-elles
retracées dans la comptablilité de la CTD concernée et cela, de manière individualisée.

Faisant l’économie des formes de régie qui existent 250, il convient de noter que le service
public local, lorsqu’il est géré en régie séquence ladite gestion en régie des recttes pour
l’encaissement des droits de la commune, en régie d’avance pour le pauement des dépenses de
la commune et la régie de recette et d’avance qui, est chargée d’effectuer les deux opérations.

Dans cee sens, le service n’a aucune autonomie finacièr, ni d’organe de gestion, encore moins
de personnalité juridique propre. Et en cas de contentieux avec un particulier, c’est la
responsabilité de la CTD qui est engagée.

Dans le cadre du recouvrement des reccetes non fiscales, lorsque le service est géré en régie,
le régisseur des recettes est autorisé à encaisser des reccetes pour le compte de la collectivité
locale : ces recettes doiuvent etre énumérées dasn l’acte constitutif de la régie. En
contrapartie, le régissuer remet immédiatement à l’usager un ticket, une quittance ou autre
formule assimilée, quelque soit le mode de paiement. En principe, avant d’encaisser, le
régisseur doit procéder au contrôle de la nature de la recette et de la liquidation.

Tout d’abord s’agissant de la nature de la rectte, il s’assure qu’il est bien habilité par l’acte
constitutif de la régie à encaisser cette recette, d’autre part s’agissant de la liquidation deux

249
VEDEL (G.) et DELVOLVE (P.), Droit administratif, PUF, Paris, 1984, p. 1128.
250
Il existe en effet trois (03) types de régie : la régie simple dans le cadre de laquelle la gestion du service
public est assurée par la collectivité elle-meme et avec ses propores moyens. Ici le service n’a aucune
autonomie financière, ni d’organe de gestionencore moins de personnalité juridique. Et en cas de litige avec les
tier, c’est la responsabilité de la collectivité qui est engagée ; la régie autonome dotée de la seule autonomie
finacière. Son organisation administrative et financière est déterminée par délibération du conseil municipal.
Une telle régie est administrée, sous l’autorité du chef de l’exécutif de la collectivité considérée, par un conseil
d’administration et un directeur, désignés dans les memes conditions sur la proposition de celui-ci ; la régie
personnalisée dotée d’un personnalité morale et de l’autonomie financière dont l’organisation administrative
et finacière est déterminée par délibération du conseil municipal. Elles sont adminsitrées par un conseil
d’administration et un directeur, désignés dans le memes conditions sur proposition du chef de l’exécutif de la
collectivité considérée.
96
AOAA _ v.0.
cas de figure peuvenet etre envisagés. Lorsqu’il s’agit de recttes « au comptant »251, il doit
liquider les droits de la coleectivité. Mais lorsqu’il s’agit de recettes « au constaté »252, la
liquidation des droits est réalisée par les ervices de l’ordonnateur. Le régisseur n’a pas à
vérifier l’exactitude des calculs de liquidation.

Ensuite, pour ce qui est du mode de paiement de la recette, le régisseur s’assure que l’usager
s’acquitte des sommes mises à sa charge selon les modes d’encaissement prévus par l’acte
constitutif de la régie. En règle général, le mode de paiement le plus accessible est le paiement
en espèce. Cependant d’uatre modes de paiement sont envisageables.

Tout compte fait, après paiement advient la phase de justification du paiement. Ceci se
manifeste par la délivrance immédiate, par le régisseur, d’un justificatif à la partie versante et
attestant des droits encaissés. Ce justificatif peut prendre la forme soit d’une quittance, soit
d’un ticket, d’une carte ou d’un recu édité par une machine.

S’agissant de la quittance, elle est extraite d’un journal à souches remlis au régisseur par le
comptable ou produite par le système informatique. Le régisseur doit, dans tous les cas,
indiquer sur la quittance : le nom de la partie versante, la date du versement, le motif du
versement et la somme encaisée. Les quittances sont numéritées dans une série continue. Le
journal à souches peut etre servi soit par duplication, soit par triplication. Dans ce cas, il est
utilisé dans les petirtes régies, pour permettre la confection simultanée de la quittance remise
à la partie versante, du journal et du bordereau de versement des justifications de recettes, si
toutes les recteets encaissées y sont retracées.

Il est interdit de de délivrer des doubles ou duplicatas de quittance. Et toute quittance à


annuler doit etre barrée en rouge avec la mention « annulée ». Elle est conservée par le
régisseur et remise au comptable lors du versement des justifications. De meme, sont
interditesles surchages sur les souches des quittances déjà délivrées.

S’agissant des autres formes de justificatif à l’instar des tickets, elles sont utilisées sont dans
l’ordre de leur nulmérotation et conservés chez le comptable. Les ticket sont livrés chez le
comptable. Le comptable approvisionne le régisseur en fonction des besoins de la régie, sur
demande du régisseur. Au sein des CTD camerounaises, la régie semble etre le mode de
gestion approprié des marchés, des gares routières, des cimétières etc.

251
Se disent des recettes percues sur les lieux meme de leur constatation telles que les droits de photocopie,
entrée dans un musée etc.
252
Se disent des recettes que la loi, les conventions oiu les communes rendent quérables à domicile telles les
loyers et charges locatives, les redevances pour l’enlèvement des ordures ménagères etc.
97
AOAA _ v.0.
D’autre part, l’exploitation des services publics locaux peut se faire par la voie contractuelle
et notamment à travers la concession ou l’affermage. Ces deux modes de gestion par voie
contractuelle du service ont une corelation en raison de leur objet meme, qui est de confier à
un particulier la gestion du service publc. Ils présentent à ce titre un particumarisme accentué
articulé autour des éléments tels que : le libre choix du concessionnaire par la collectivité
concernée, la nature règlemenatire des clauses relatives à l’organisation du service, la
limitation de certains pouvoirs de sanction unilatérale de l’Administration, enfin des pouvoirs
de contrôle étendus du juge sur l’usage par l’Administration de ses préogatives 253. Au vu de ce
qui précède, l’on serait tenté de se demander si l’imbrication avérée entre la concession et
l’affermage peut-elle conduire à éclipser leur spécificté ? Une réponse péremptoirement
affirmative serait tout bonnement irréaliste.

En effet, la concession peut s’entendre d’un mode de gestion déléguée du service public par
lequel la collectivité charge son cocontractant de réaliser des travaux de premier établissemnt
et d’exploiter, ses frais, le service, pendant une durée déterminée, en prélevant directement
auprès de ses usagers des redevances qui lui restent acquises 254. C’est donc la rémunération du
cocontractant par une redevance parcue sur les usagers, qui constitue la carctéristique
essentielle de la concession255. En théorie, la gestion de l’activité est assurée, dans le cadre de
la concession, aux risques et périls du concessionnaire privé. De plus, la convention de
concession doit tenir compte de la nature des prestations demandées au délégatier, pour la
détermination de sa durée. Elle ne doit pas dépasser la duére d’amortissemnt des installations
mises en place. Et à l’expiration de la convention, tous les investissemnts et des biens du
service deviennent la propriété de la collectivité. Relativement à l’objet de la concession ici,
le cocontractant peut etre chargé de construire des ouvrages ou d’acquerir des biens
nécessaires au service. La concession de service public constitue un terrain de prédiclection
du partenariat public-privé.

L’affermage pour sa part, s’appréhende comme une variante de la concession. Ici, la


collectivité confie à une personne privée la gestion d’un bien dint elle tire bénéfice et doit
pour cela verser une redevance à la reccette municipale. Autrement dit, les investissemnt sont
réalisée par la collectivité concernée. Celle-ci met met à la disposition du fermeir des moyens
en contrepartie d’une redevance. Le cocntractant doit pour sa part garntir la maintenece des
ouvrages et éventuellement leur modernisationou leur extension. De plus, la rmunération du
253
VEDEL (G.) et DELVOLVE (P.), Droit administratif, op.cit, p. 347.
254
CE, 30 mars 1916, Compagnie générale d’éclairage de Bordeaux.
255
Lire l’avis du Conseil d’Etat du 14 octobre 1980, EDCE, 1980-81, p.196.
98
AOAA _ v.0.
fermier repose sur une part des redevances payées par les usagers, avec la précision que
l’autre part, destinée à coyvrir l’amortisemnt des frais initiaux engagés par la collectivité, est
versée à la collectivité. En droit camerounais, les contrats de travaux publics conclus par les
CTD ne peuvenet prévoir l’affermage d’une recette publique. L’exception à cette règle porte
notamment sur les recettes issues de l’exploitation de l’ouvrage qui font l’objet du contrat.
Cette formule est souvent développée dans la gestion des stades municipaux, des toilettes
publiques etc.

En somme, la collecte des recettes non fiscales dépend de la modalité de gestion des biens par
les CTD. Ainsi, par la voie de la régie, de la concession ou de l’affermage, la CTD exploite-t-
elle principalement ses biens. Cependant, d’autres modalités de gestion sont envisageables. Il
s’agit notamment de la gestion par une société communale à capital public ou alors par la
gérance.

B. La collecte des recettes attribuées aux CTD

La collecte des recettes attribuées aux CTD se fait d’une manière ambivalente. Avant d’en
analyser les modalités, il convient d’abord d’identifier lesdites recettes.

1. La nature des recettes attribuées aux CTD

Les recettes attribuées aux CTD sont de deux (02) ordres notamment fiscales et non fiscales.

a. S’agissant d’une part des recettes fiscales, on distingue les recettes attribuées à la région 256
de celles attribuées à la commune. Les recettes attribuées à la région regroupent les droits de
timbre sur les cartes grises, le droit de timbre d’aéroport, la taxe à l’essieu, les redevances sur
les ressources de la foret, de la faune et de la pêche, les redevances sur les ressources en eau,
les redevances sur les ressources pétrolières, les taxes ou redevances sur les ressources
minières, les redevances sur les ressources halieutique et d’élevage, les taxes ou redevances
sur les ressources énergétiques, les taxes ou redevances sur les ressources touristiques, les
taxes ou redevances aérospatiales, les taxes ou redevances sur les ressources du secteur gazier,
la redevance d’usage de la route, enfin, les droits d’exploitation des établissements classés
dangereux, insalubres et incommodes.

Les recettes attribuées à la commune quant à elles, peuvent être classées en fonction de la
commune considérée. A la Communauté urbaine, l’Etat a attribué le produit de la contribution
des patentes et licences, le produit des centimes additionnels communaux, le produit des

256
Lire l’article C118 du CGI
99
AOAA _ v.0.
droits des stades omnisport, le produit des droits de timbre automobile et le produit de la taxe
de développement local, le produit de la taxe sur la publicité, le produit des droits
d’occupation des parcs de stationnement de la Communauté urbaine, le produit de la taxe sur
les jeux de hasard et de divertissement, le produit des droits de places sur les marchés de la
communauté urbaine, le produit des droits de fourrière de la Communauté urbaine, le produit
des droits de permis de bâtir ou d’implanter, le produit de la taxe de stationnement et le
produit des droits de timbre257. A la commune d’arrondissement, l’Etat a attribué : le produit
de l’impôt libératoire ; le produit des centimes additionnels communaux ; le produit de la taxe
communale sur le bétail ; le produit de la redevance forestière issue de la péréquation ; le
produit de la taxe d’abattage du bétail ; le produit des droits de places sur les marchés de la
commune d’arrondissement ; le produit des droits de stade à l’exception des stades
omnisports ; le produit de la taxe sur les spectacles ; le produit de la taxe communale de
transit ou de transhumance ; le produit des droits de fourrière de la commune
d’arrondissement ; le produit de la taxe sur les armes à feu, enfin les produits de la taxe de
récupération258.

b. S’agissant d’autre part des recettes non fiscales, elles peuvent revêtir la forme soit des
dotations, soit celle de subventions ou alors celle des emprunts. Tout d’abord, l’accès aux
dotations et subvention est fondé sur l’article 15 de la loi portant régime financier des CTD.
Selon les termes de cet article, les CTD perçoivent de l’Etat des dotations et des subventions
pour l’accomplissement de leurs missions. Il convient de donner un sens à cette disposition.

Pour ce qui est du premier cas de figure, il s’agit bien de la Dotation Générale de la
Décentralisation (DGD)259. Les structures éligibles sont, en général, les régions, les
communes, les syndicats des communes et les communautés urbaines 260. Cette Dotation est
répartie en deux (02) composantes à savoir la Dotation Générale de Fonctionnement (DGF) et
la Dotation Générale d’Investissement (DGI) 261. La première variante est destinée en priorité à
certaines dépenses obligatoires des CTD et de leurs établissements et au financement partiel
des charges de fonctionnement résultant de l’exercice des compétences transférées par
l’Etat262. La DGI quant à elle est destinée, en priorité, aux dépenses d’investissement des CTD
257
Lire l’article 115 ali. 1 de la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale.
258
Lire l’article 115 ali. 2 du même texte.
259
La Dotation Générale de la Décentralisation est prévue par l’article 23 de la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004
d’orientation de la décentralisation.
260
Lire l’article 3 du décret n° 2009/248 du 05 août 2009 fixant les modalités d’évaluation et de répartition de la
Dotation Générale de la Décentralisation.
261
Lire l’article 10 du même texte.
262
Lire l’article 11 du même texte.
100
AOAA _ v.0.
et de leurs établissements et au financement partiel des dépenses d’investissement résultant de
l’exercice des compétences transférées par l’Etat 263. En tout état de cause, la DGD est annexée
au budget annuel de l’Etat pour le financement partiel d la décentralisation.

Pour ce qui est du second cas de figure, la subvention notamment, les CTD peuvent
éventuellement bénéficier des subventions des organismes publics habilités 264. Fondée sur une
convention, la subvention peut s’entendre d’une contribution financière de la personne
publique accordée à la demande du bénéficiaire et justifiée par des considérations relevant de
l’intérêt général, sans que cette contribution constitue le prix d’une prestation de service ou
d’une fourniture de biens directement apportée à la personne publique.

Par ailleurs, les CTD peuvent accéder à des emprunts dans le cadre de leur développement.
Mais les emprunts ne sont autorisés que pour des besoins d’investissement. De plus, les CTD
peuvent recourir soit aux emprunts intérieurs ou extérieurs. Les emprunts intérieurs, destinés
en priorité au financement des investissements, sont autorisés par délibération de l’organe
délibérant, après approbation de l’autorité de tutelle. Quant aux emprunts extérieurs, autorisés
par délibération de l’organe délibérant et soumise à l’approbation de l’autorité de tutelle
compétente, ils sont garantis par l’Etat265.

-Les modalités de la collecte

On distingue deux (02) modalités de collecte des recettes attribuées aux CTD à savoir la
collecte directe et la collecte indirecte.

D’une part, la collecte directe est celle qui se fait sans l’intermédiaire d’un organe. Autrement
dit, la méthode directe met en présence les services fiscaux de compétents de l’Etat qui
assurent la collecte puis l’attribution aux CTD dans les heures qui suivent. Cette modalité de
recouvrement est pratiquée tant pour les recettes fiscales que pour les recettes non fiscales.
S’agissant des recettes fiscales attribuées aux CTD, la collecte directe est par exemple
employée pour la patente ou encore à propos de la de la taxe de développement local. En
effet, la contribution des patentes est établie par le centre des impôts au nom de la personne
qui exerce l’activité imposable. Elle est payée à l’aide d’un bulletin unique établi au profit du
receveur des impôts266. A la suite du paiement, le centre des impôts délivre au redevable un
263
Lire l’article 13 du même texte.
264
Lire l’article 19 de la loi de 2007 portant régime financier de l’Etat
265
Lire l’article 22 ali.3 de la loi portant régime financier de CTD.
266
Lire l’article C24 du CGI.
101
AOAA _ v.0.
titre de patente comportant sa photographie pour les personnes physiques, avec en annexes les
quittances de versements du droit de patente267. Le produit des droits collectés est ensuite
reversé aux collectivités locales. Dans le souci de bien assurer le transfert du produit de la
patente vers les CTD concernées, un ensemble de pièces justificatives sont élaborées par le
livre des procédures fiscales du Code général des impôts. L’article C28 du CGI cite comme
pièces justificatives : un livre journal des émissions et des recouvrements ; un état de
rapprochement des impôts et taxes levés au profit des différents bénéficiaires ; un registre de
contrôle permettant l’identification et la relance des redevables qui ne se seraient pas acquittés
de leurs droits.

S’agissant des recettes non fiscales attribuées aux CTD, les fonds collectés sont déposés à la
recette municipale, à la recette régionale ou dans la caisse de dépôt et consignation 268. Ainsi le
receveur municipal ou régional assure-t-il la garde et la gestion des fonds et valeurs de la
collectivité concernée. Il a d’ailleurs l’obligation d’adresser à l’ordonnateur l’état de la
trésorerie, à la fin de chaque journée.

D’autre part, la collecte indirecte des recettes attribuées au CTD par l’Etat est celle qui fait
intervenir un intermédiaire durant son processus. Lorsqu’il s’agit des recettes fiscales, c’est le
FEICOM269 qui assure la collecte. Cet organisme est ensuite chargé d’attribuer les recettes
collectées sur la base de la péréquation. C’est la technique employée tant pour le
recouvrement des centimes additionnels communaux que pour celui des droits de timbre
automobile, les droits d mutations d’immeubles ou encore de la taxe foncière sur la propriété
immobilière. La précision à faire est tout de même que, dans le processus du recouvrement
indirect, le FEICOM a une quote-part sur les recettes des impôts qu’il recouvre afin de
combler ses dépenses ou alors de payer ses honoraires.

S’agissant des recettes non fiscales, la collecte indirecte se fait à travers un compte bancaire.
Ces opérations s’assimilent un peu celle de la trésorerie. Par définition, les opérations de la
trésorerie s’entendent de tous les mouvements numéraires, de valeur mobilisables, de comptes
de dépôts et de comptes courant, ou encore les opérations de créances et de dettes 270. Le
compte ouvert à la banque centrale ou à la caisse de dépôt et de consignation concerne les
fonds centralisés ou faisant l’objet d’une péréquation ainsi que les fonds d’emprunt dont la
gestion est confiée aux organismes habilités. Notons que c’est le souci de spécification que la
267
Lire l’article C25 du CGI.
268
Lire l’article 76 de la loi portant régime financier des CTD
269
Se dit du Fonds d’Equipement intercommunal
270
Lire l’article 74 de la loi sur le régime financier des CTD.
102
AOAA _ v.0.
loi sur le régime financier des CTD tente de manifester, lorsqu’elle relève que les fonds
centralisés ou faisant l’objet d’une péréquation ainsi que les fonds d’emprunt dont la gestion
est confiée aux organismes publics habilités, peuvent être déposés dans un compte ouvert à la
banque centrale ou à la caisse de dépôt et de consignation 271. C’est à travers ces précisions
préalables qu’il convient de noter que les quotes-parts correspondant de la Dotation Générale
de la Décentralisation sont mises trimestriellement à la disposition des communs, des
syndicats de commune et des communautés urbaines bénéficiaires par l’intermédiaire du
FEICOM. Les versements sont effectués sur les comptes bancaires des collectivités
territoriales décentralisées bénéficiaires, ouverts auprès des établissements bancaires
agréées272.

Par ailleurs, le déblocage des fonds se fait par un arrêté conjoint du ministre chargé des
finances, des investissements et du ministre chargé des collectivités territoriales
décentralisées. Cet arrêté précise le montant affecté à chaque collectivité bénéficiaire, ainsi
que les emplois auxquels les ressources correspondant sont destinées273.

Cependant, sur la demande de la CTD concernée, l’Etat peut lui accorder une avance de
trésorerie sur les recettes escomptées, après avis motivé du ministre chargé des collectivités
territoriales274.

Au total, le recouvrement à l’amiable laisse intervenir une pluralité d’organes parmi lesquels
on retrouve les services fiscaux de l’Etat et les services compétents des collectivités
territoriales décentralisées. Dans le premier cas, le recouvrement repose sur trois (03)
modalités distinctes à savoir le paiement au comptant, la retenue à la source et la modalité du
rôle. Dans le second cas, les modalités de recouvrement varient surtout en fonction du type
des recettes. Distinguant les recettes fiscales des recettes non fiscales, propres aux CTD ou
leur étant par la suite attribuées, le recouvrement s’affecte soit directement par les services
fiscaux de l’Etat suivant d’une attribution par un organisme sur la base de la péréquation ; soit
alors de manière indirecte par le truchement d’un compte bancaire ouvert auprès d’institutions
bancaires agréées. Qu’en est-il donc du recouvrement des recettes locales par le mode
d’intervention forcé ?

271
Lire l’article 76 de la loi portant Régime finacier des CTD.
272
Lire l’article 15 de la loi portant Régime finacier des CTD
273
Lire l’aticle 16 de la loi portant Régime financier des CTD.
274
Lire l’article 79 du meme texte.
103
AOAA _ v.0.

[CHAPITRE 2] 2.2. LE RECOUVREMENT FORCE [L 2009-19, art. 130 et 131]

[SECTION 1] 2.2.1. LA COMPETENCE DU RECOUVREMENT

[I] 2.2.1.1. L’EXCLUSIVITE DE LA COMPETENCE MUNICIPALE [L 2009-19, art. 130 (3)]

[II] 2.2.1.2. LA REPARTITION DE LA COMPETENCE DE RECOUVREMENT [L 2009-19, art. 130 (2, 6,


7)]

[SECTION 2] 2.2.2. LES MODALITES DU RECOUVREMENT FORCE


2.2.2.1. LES MESURES DE RECOUVREMENT OU DE POURSUITE DE DROIT COMMUN : Le
[I]

Livre de procédures fiscales du CGI


[II] 2.2.2.2. LES MESURES PARTICULIERES DE POURSUITE [L 2009-19, art. 130]

Il est constant que lorsque le contribuable n’acquitte pas sa dette fiscale, l’Administration
fiscale peut engager, à son égard une procédure de recouvrement forcé. La législation
camerounaise ne déroge pas à cette règle. Ces modes de recouvrement forcé existent
effectivement dans la législation. En effet, les contribuables qui refusent de payer leur dette
d’impôt auprès de l’Administration fiscale peuvent, le cas échéant, se retrouver face à un
recouvrement forcé.

La procédure de recouvrement forcée est désormais harmonisée et devrait contribuer au


renforcement du « civisme fiscal »275 et à l’amélioration de l’efficacité de l’Administration
fiscale. Mais cette procédure de recouvrement forcée demeure la phase ultime d’une longue
procédure rythmée par le temps276.

Le recouvrement forcé est fait aux assujettis ne manifestant pas la bonne foi de s'acquitter des
dettes envers l'Etat. Il est rendu indispensable à cause de la prescription qui entraine la perte
pour l’Administration de son droit de recouvrer. En effet, la prescription au stade de
l’imposition comme au stade du recouvrement est la sanction de l’inaction de
l’Administration fiscale. Au stade du recouvrement, elle a pour effet immédiat de déchoir
l’Administration fiscale de tout droit et de toute action contre le contribuable. Autrement dit,

275
La phase de recouvrement de l’impôt constitue un enjeu fondamental du « civisme fiscal » (confère sur ce
point Cour des comptes, Les relations de l’Administration fiscale avec les particuliers et entreprises, op. cit. p.
23). L’efficacité recherchée par les pouvoirs publics par le biais de cette harmonisation a pour but de dissuader
les contribuables récalcitrants et les amener à s’acquitter volontairement des impositions mises à leur charge.
276
WOUAKO (D.), Le temps et le recouvrement de l’impot, Thèse de doctorat en Droit public, Université de
Panthéon-Assas, 2012, p. 16.
104
AOAA _ v.0.
elle entraîne pour l’Administration la perte du droit d’exiger le paiement de l’impôt du fait de
l’écoulement du temps. Etant donné que tout ordre de recettes fait l'objet d'un recouvrement à
l'amiable ou forcé, sauf exception tenant à la nature ou à un caractère contentieux de la
créance ; le recouvrement forcé est toujours précédé d'une tentative du recouvrement à
l'amiable.

La loi de 2009 sur la fiscalité locale s’ouvre sur un principe : « A défaut de paiement dans les
délais prescrits, les impôts locaux font l’objet de recouvrement forcé conformément au livre
de procédures fiscales du Code Général des Impôts, sous réserves des spécificités prévues par
la présente loi »277. Il ressort des dispositions en vigueur que, le recouvrement forcé se
s’effectue suivant une gradation de moyens. Quels sont ces moyens ? Quelle est la procédure
suivie pour recouvrer de manière forcée les impôts fiscaux ?

Celle-ci s’effectue nécessairement à travers des poursuites (Section 2) engagées à l’encontre


du contribuable défaillant. Cependant, s’il est vrai que la poursuite permet à l’Administration
de recouvrer l’impôt local, elle ne garantit pourtant pas en valeur absolue, les intérêts du fisc.
C’est la raison pour laquelle, pour s’assurer que sa créance pourra effectivement être
recouvrée même en cas de défaillance du contribuable, un certain nombre de garantie doivent
pouvoir être accordées à cet effet à l’Administration fiscale (Section 3). Mais avant, il est
important d’identifier les organes compétents en matière de recouvrement forcé. Dans cette
optique, une étude quasi exhaustive revient d’abord à décliner la compétence du recouvrement
(Section 1).

Section 1. LA COMPETENCE DU RECOUVREMENT

Qui détient la compétence de procéder au recouvrement forcé des recettes locales en droit
camerounais ? C’est la question à laquelle il convient d’apporter une réponse dans cette partie.
Mais au préalable, il convient de définir la compétence.

Le terme compétence est l’aptitude légale pour une autorité publique ou une juridiction, à
accomplir un acte ou à instruire et juger un procès. La notion de compétence met donc en
relief au moins deux éléments : un organe et une activité. C’est du moins ce qui est connu
sous l’appellation de compétence organique et de la compétence matérielle.

277
Lire l’article 130 de la loi de 2009 sur la fiscalité locale.
105
AOAA _ v.0.
En matière de recouvrement forcé de la fiscalité locale, la législation camerounaise consacre
la compétence exclusive de la municipalité (I) en répartissant les attributions entre ses
différents organes (II).

I. L’EXCLUSIVITE DE LA COMPETENCE MUNICIPALE

Seule CTD opérationnelle à l’heure actuelle, la commune détient une compétence quasiment
exclusive dans le recouvrement des créances fiscales locales. Si la reconnaissance de cette
exclusivité (A) s’est faite de manière progressive, elle a conduit à exclure d’autres institutions
(B) dont le rôle est pourtant souhaité.

A. La reconnaissance de la compétence municipale exclusive

La compétence du recouvrement forcé est dévolue de manière exclusive à la CTD concernée.


Mais il convient d’indiquer, avant tout débat au fond, que dans le premier moment de son
histoire politique, c’est l’idéologie de construction nationale qui a structuré le socle de la
politique des Etats d’Afrique noire francophone post-indépendants à l’instar du Cameroun. La
conséquence de l’adhésion à cette idéologie fut l’institution d’une Administration centrale
forte. Sur le plan fiscal la direction du Trésor à travers ses services décentralisés jouissait
seule, jusqu’à une date antérieure, du monopole de la compétence du recouvrement de
l’impôt. Les versements spontanés étaient alors encaissés automatiquement par les trésoreries
paieries générales au niveau régional, les recettes de finances au niveau départemental et la
perception au niveau des arrondissements. Les brigades de poursuites constituées des agents
de poursuite ayant rang de chef de service adjoint de l’administration centrale effectuaient le
recouvrement des impôts émis par voie de rôle. Seulement, les pertes de cheque certifiées et
les lenteurs observées et décriées par les institutions financières internationales, surtout ans
l’encaissement des recettes et dans l’émission des rôles, ont conditionné la création en 1991
des recettes des impôts278.

De nos jours, c’est le Code général des Impôts qui reconnait à la municipalité la compétence
d’exercer le recouvrement forcé de ses impôts. C’est du moins ce qui ressort de l’article L51
du CGI en ces termes « Le recouvrement des impôts, droits et taxes est confié aux Receveurs
des Impôts territorialement compétents »279. Ceux-ci procèdent au recouvrement des impôts,
droits et taxes liquidés par les contribuables dans leurs déclarations et payés spontanément
lors du dépôt de celles-ci, ainsi qu’au recouvrement des sommes liquidées par
278
THILL (J.), Fiscalité et ajustement structurel en Afrique francophone, Rapport de mars 1989, IIAP, Mars 1991
(Synthèse).
279
Lire l’article L51 du CGI.
106
AOAA _ v.0.
l’Administration fiscale sur déclaration non liquidative des contribuables ou dans le cadre des
contrôles. Le même texte consacre la compétence exclusive des communes dans le
recouvrement forcé des recettes locales280.

Il convient de faire une remarque par rapport aux dispositions de l’article 130 ali 1
susmentionnées. En effet, pour être recouvré, l’impôt local doit remplir deux (02) conditions :
Il doit être émis et exigible.

S’agissant de la première condition, l’impôt est tout d’abord établi. En effet, que ce soit à
l’initiative du contribuable, lorsque celui-ci doit acquitter spontanément une imposition
locale, à celle de la commune, agissant au vu des déclarations que les redevables ont dû
souscrire ou, encore à la seule initiative de l’Administration (c’est le cas, par exemple, en
matière d’impôts locaux, ou lorsque l’Administration met en œuvre ses pouvoirs de contrôle
et de répétition, l’impôt se trouve, tout d’abord, établi.

Cet établissement de l’impôt, qui est enfermé dans un délai au-delà duquel le contribuable
s’expose à des pénalités de retard lorsqu’il doit lui-même procéder à une déclaration, implique
la détermination de son assiette, comporte une liquidation de la cotisation qui sera due par le
contribuable et, fréquemment, doit respecter une certaine démarche procédurale. De
l’observation des règles légales en ces trois domaines, dépendent le bien-fondé et la régularité
de l’imposition, et découlent autant de causes juridiques de contestation. Sa mise en
recouvrement constitue l’objet de l’acte exécutoire par lequel se clôt la procédure de
l’établissement de l’impôt.

Ensuite, l’impôt doit être exigible. L'impôt, n'est exigible qu'à compter de la date où le
contribuable a été informé de la mise en recouvrement. C’est la notification 281 faite au
contribuable qui vaut invitation de payer. Et, c’est à compter de cet instant que l’impôt
devient exigible et le retard dans le paiement sanctionné (majoration des droits).

280
Lire de manière croisée les articles 130 ali. 2 et 3 du même texte.
281
C.E. Section 20 novembre 1992, n° 71902, Seigneur, Rec. C.E. p. 416 ; R.J.F. 1/93, n°143. Dans cette affaire, il
avait été jugé que, si aux termes de l’article 1663 du Code général des impôts, les impôts directs, produits et
taxes assimilés, sont exigibles le dernier jour du mois suivant celui de la mise en recouvrement du rôle, ces
dispositions ne sont applicables que si le contribuable a été, avant la date d'exigibilité ainsi déterminée, avisé
de la mise en recouvrement du rôle contenant l'imposition à laquelle il a été assujetti. Dans le cas où il est
établi que l'Administration a omis d'adresser l'avertissement prévu par les dispositions de l'article 1661 du
code, reprises à l'article L. 253 du Livre des procédures fiscales, ou l'a notifié avec retard, l'impôt n'est exigible
qu'à compter de la date où le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle.
Dès lors que le contribuable n'a pas reçu les avis d'impôt sur le revenu par suite d'une erreur de
l'administration qui les a envoyés à l'ancienne adresse de l'intéressé qui lui avait, cependant, indiqué sa
nouvelle adresse, le délai de réclamation ne court qu'à compter de la date où le contribuable en a connaissance
(C.E. 7e et 8e s.-s. 29 juin 1988, n° 47481, R.J.F. 10/88, n°1163, conclusions FOUQUET Olivier).
107
AOAA _ v.0.
Ainsi, pour les impôts autrefois recouvrés par voie de rôle par les comptables du Trésor tel
l’impôt sur le revenu, la taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les
propriétés non bâties, de même que l’impôt de solidarité sur la fortune, la créance fiscale n’est
exigible qu’à compter de la notification au contribuable de l’avis d’imposition.

Et, pour les impôts recouvrés par les comptables des impôts comme la taxe sur la valeur
ajoutée282, l’impôt sur les sociétés, les droits d’enregistrement et les taxes sur les salaires, au
cas où le contribuable ne paie pas spontanément, l’Administration prend une décision
d’imposition qui revêt la forme d’un avis de mise en recouvrement établi au nom du redevable
et l’impôt mentionné dans cet avis de mise en recouvrement n’est exigible qu’à compter de sa
notification.

Ces deux (02) premières conditions remplies, il ne faut pas croire que l’Administration fiscale
est fondée à procéder immédiatement à l’exécution forcée de ses décisions. C’est seulement,
comme l’énonce la législation camerounaise « A défaut de paiement dans les délais prescrits
(…) », que la mise en recouvrement forcée peut être envisagée. Et, cette mise en
recouvrement forcée ne peut être effectuée que conformément aux règles établies par le livre
de procédures fiscales du Code Général des Impôts, sous réserve de quelques spécificités
prévues par la loi de 2009.

En France, le législateur indique que le recouvrement forcé ne peut intervenir qu’en l’absence
de paiement à l’échéance283. Et, cette mise en recouvrement forcée ne peut intervenir que
trente-huit (38) jours après la mise en demeure pour ce qui est des primo-défaillants et trente
jours (30) dans les autres cas. Avant l’harmonisation des procédures de recouvrement, les
professionnels disposaient d’un moindre laps de temps pour s’acquitter de leur imposition
(vingt jours contre vingt-huit jours pour les particuliers avant l’enclenchement des
poursuites). Désormais, le délai est identique pour les particuliers et les professionnels. La
distinction réside désormais dans le comportement des contribuables, les primo-défaillants
bénéficiant d’un délai de trente-huit (38) jours au lieu de trente.

Toutefois, dans certains cas, pour les motifs fondés sur le risque de non-recouvrement de la
créance fiscale, liés à la solvabilité du contribuable ou à son comportement fiscal 284, la date de
282
La T.V.A. est exigible au moment de la facturation et non de l’encaissement
283
Cette date, pour les impôts recouvrés par les anciens comptables du Trésor est indiquée sur le rôle (article
1659 du Code général des impôts) ainsi que sur les avis d'imposition délivrés aux contribuables (alinéa 3 de
l’article R.*256-1du Livre des procédures fiscales).
284
Le risque de non-recouvrement de la créance fiscale, lié notamment à la solvabilité du contribuable ou à son
comportement fiscal est une condition exigée par le Conseil d’Etat pour l’application de l’article L. 260 du Livre
des procédures fiscales (C.E. 2 février 2000, n°181488, R.J.F. 4/00, n° 568).
108
AOAA _ v.0.
l’exigibilité de l’impôt et de sa mise en recouvrement forcée peuvent coïncider. Il s’agit selon
l’article 1663 du Code général des impôts des cas où le contribuable vend, volontairement ou
non, son habitation ou déménage hors du ressort du service sans justification du nouveau
domicile ou bien encore lorsqu’il a fait l’objet d’une majoration pour non-déclaration ou
déclaration tardive. Cette procédure d’urgence concerne, selon l’article L. 260 du Livre des
procédures fiscales l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation, les taxes foncières sur les
propriétés bâties et non bâties, les cotisations sociales.

B. L’exclusion de la compétence régionale

La consécration de l’échelon régional de la décentralisation est une innovation incontestable


en droit constitutionnel camerounais. Pour le Professeur Alain Didier OLINGA, la nouveauté
de la réforme constitutionnelle réside véritablement dans l’avènement de la région comme
collectivité locale. Il le considère d’ailleurs comme le point essentiel de la nouvelle
Constitution285. L’abondance et le contenu des dispositions consacrées spécifiquement aux
régions aboutissent toutefois à atténuer les effets potentiels de la régionalisation annoncée.
Les régions sont créées par décret du Président de la République. Il peut modifier la
dénomination et les frontières des régions existantes, alors que le même le Senat qui assure la
représentation nationale des régions ne dispose pas de compétence concurrente.

En matière de fiscalité locale, les régions sont, au regard de la loi n° 2009/011 du 10 juillet
2009 portant régime financier des CTD, dotées des postes comptables autonomes crées par
arrêté du ministre chargé des finances. L’organisation et le fonctionnement des postes
comptables des régions sont fixés par un texte particulier.

Cependant, à la lecture de la loi sur la fiscalité locale, le constat fait est que la compétence du
recouvrement des impôts locaux et autres taxes ou redevances dus aux régions reste dévolue
aux services compétents de l’Etat et des communes 286. Alors la question que l’on se pose est
celle notamment de savoir comment une collectivité décentralisée dont la consécration
juridique constitue une innovation majeure peut, dans le recouvrement des ressources
nécessaires à la gestion de ses affaires, être écartée ?

Il semble que la réponse à cette question ne soit pas d’abord juridique mais plutôt politique.
En effet, la consécration de la région en CTD participe d’abord des calculs politiques, ce que
le Professeur Luc SINDJOUN appelle la constitutionnalisation de l’idée de « village
285
OLINGA (A-D), La Constitution de la République du Cameroun, Yaoundé, Presses de l’U.C.A.C, Les Ed. Terre
africaine, 2005, pp. 265-266.
286
Lire l’article C 119 ali. 1 CGI.
109
AOAA _ v.0.
électoral »287 Autrement dit, la régionalisation apporte une réponse au souci d’enracinement
minimal du collège dans l’ensemble de la société locale ; ce que le suffrage réalise a priori.
Pour le démontrer, on a qu’à retenir la base ainsi que les principes qui encadrent la formation
de ses organes.

Du point de vue juridique d’abord, la Constitution fait iniquement de la commune, la CTD de


base

Mais davantage, la région obéit à des considérations sociologiques. En effet, le fondement de


la création de la région est la considération relative l’autochtonie. L’article 57 ali. 3 de la
Constitution prévoit en effet que le conseil régional est présidé par une personnalité
autochtone de la région. Mais comment comprendre cet état de chose ?

Le gouvernement a fait valoir, lors du débat devant la Commission des lois de l’Assemblée
nationale que « la notion d’autochtonie est une spécificité de la décentralisation, elle n’est pas
un concept figé dans le temps, elle va nécessairement évoluer un jour pour disparaitre au
profit de l’intégration nationale »288. D’autres ont estimé que l’exaltation de l’autochtonie dans
le débat le problème du consensus entre groupes ethniques installés sur des espaces locaux de
plus en plus cosmopolites ; entre ceux qui se considèrent comme les premiers détenteurs de la
terre et ceux qui qu’ils considèrent comme des « envahisseurs »289.

Pourtant certains auteurs n’y trouvent aucun inconvénient à cet état de chose. De l’avis du
Professeur OLINGA « Dans la mesure où l’on a décidé de reconnaitre en la région un centre
d’intérêts dignes d’être protégés, est compréhension que la représentation au sommet de ces
intérêts le soit par ce qui est ou parait le plus authentiquement local ou régional »290. De plus
l’article 57 ali. 2 de la Constitution énonce que « Le conseil régional doit refléter les
différences sociologiques de la région ». Il en est de même de la composition du bureau
régional, lequel « doit refléter la composition sociologique de la région »291

Dans la procédure de recouvrement forcé des impôts locaux, c’est la commune qui émet un
titre exécutoire à effet immédiat et procède à la saisie des marchandises, des biens ou des
biens292.
287
SINDJOUN (L.), « L’imagination constitutionnelle de la Nation », in Stanislas MELONE, Adolphe MINKOA SHE,
Luc SINDJOUN (dir.), La réforme constitutionnelle de 18 janvier 1996. Aspects juridiques et politiques, Yaoundé
Fondation Friesrich Ebert/AASP/GRAP, 1996, p. 99.
288
Voir la substance des échanges dans le rapport ETONG Hilarion, p. 71.
289
Hélène-Laure Menthong, ibid., p. 160.
290
OLINGA (A-D), op.cit., p. 270.
291
Lire l’article 57 ali. De la Constitution du 18 janvier 1996.
292
Lire l’article 130 ali. 2 de la loi sur la fiscalité locale.
110
AOAA _ v.0.
Sous le bénéfice de ces données ajouté au fait qu’elle soit encore virtuelle, la région ne peut
valablement être associée à la procédure de recouvrement des recettes locales qui requiert une
certaine technicité et une expertise.

Section 2. LA REPARTITION DE LA COMPETENCE DE RECOUVREMENT

La loi de 2009 sur fiscalité locale qui constitue le troisième livre du CGI, repartit la
compétence de la procédure de recouvrement forcé entre deux principaux organes : il s’agit
du chef de l’exécutif communal (I) et du receveur municipal (II).

I. La compétence du chef de l’exécutif municipal

Le chef de l’exécutif municipal, représentant de la commune 293, émet le titre exécutoire et


autorise la vente des biens saisis.

-L’émission du titre exécutoire : En théorie générale, le créancier ne peut poursuivre son


débiteur qu’il détient un titre exécutoire délivré par le juge. L’une des principales exceptions
notoire à cette règle se recrute en droit fiscal. En la matière, l’idée est que « L’Etat doit
collecter les ressources pour les montants attendus, dans les délais prévus (…) avec des
paiements à bonne date »294. En effet, pour mobiliser les recettes fisc camerounais bénéficie
d’énormes prérogatives qui, en l’espèce, sont dans leur manifestation la plus éclatante. Aussi
le pouvoir de décider du prélèvement fiscal au-delà de la contestation constitue-t-il une
illustration. En effet, l’Administration a le pouvoir d’exiger de tout contribuable, le paiement
de l’impôt. De manière générale, il s’agit d’un pouvoir régalien de l’Etat (institution
centralisée et décentralisée) qui doit viser à procurer les recettes fiscales à l’Etat. Cependant,
l’exercice de telles prérogatives d’action doit nécessairement respecter les exigences de l’Etat
de droit notamment les droits du contribuable. Pour traduire la nécessité de concilier les droits
de l’Etat à recouvrer le phénomène d’imposition avec les droits fragiles des contribuables, le
droit fiscal camerounais a soumis la procédure de recouvrement forcé de l’impôt local à
l’émission d’un titre exécutoire.

Par définition, le titre exécutoire s’entend comme tout acte permettant à son bénéficiaire de
recourir à l’exécution forcée295. Il institue la possibilité pour la collectivité concernée de
passer à l’exécution forcée à l’encontre du débiteur sans avoir besoin de recourir à l’autorité
judiciaire. Le fait est en effet que la collectivité se délivre à elle-même le titre exécutoire.
293
Lire l’article 71 de la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes.
294
Cour des comptes, Les relations de l’Administration fiscale avec les particuliers et entreprises, Rapport public
thématique, Evaluation d’une politique publique, février 2012, La documentation française, 2012, p. 27.
295
Lexique des Termes Juridiques, 10e édition, Dalloz, Paris, 1995.
111
AOAA _ v.0.
L’émission du titre exécutoire trouve son fondement sur l’article 130 ali. 2 de la loi de 2009
en ces termes : « En cas de non-paiement d’une taxe communale dans les délais légaux, la
commune émet un titre exécutoire à effet immédiat et procède à la saisie des marchandises,
des biens ou des bêtes »296. Le titre d’exécution est le préalable au commandement.

En tout état de cause, le titre d’exécution est établi sous forme d’un Avis appelé Avis de Mise
en Recouvrement. L’avis de Mise en Recouvrement constitue un titre exécutoire pour le
recouvrement forcé des impôts, droits et taxes. Il mentionne : le titre autorisant les poursuites,
le montant de la somme à payer et l’ordre de payer la somme réclamée sous peine d’y être
contraint par les voies de droit. Sa notification est en principe assurée par un huissier de
justice ou par tout agent de la collectivité habilité juridiquement à le faire.

-L’autorisation de vente des biens saisis : la saisie-vente pour les meubles et la saisie
immobilières

II. La compétence du receveur municipal : l’encaissement du produit de la


vente

La loi sur la fiscalité localité fait du receveur municipal, la plaque tournante du processus de
recouvrement forcé. Le receveur fait office de gestionnaire de la trésorerie. Il existe à ce
niveau, une distinction entre sa fonction comptable et sa fonction financière. Dans cette
dernière, il est dépositaire de la politique de mobilisation des ressources qu’il centralise à
travers l’unicité de la caisse et de trésorerie. Il organise ses services en respect des objectifs à
atteindre. Ainsi, au niveau des recettes, il doit suivre la collecte des fonds, les transcrire dans
les états statistiques pour l’information des organes de pilotage de la collectivité et surtout
pour les analyses prospectives et les prévisions en vue de la conception par ses soins du plan
de trésorerie. Il en assure le suivi constant, son alimentation et analyse les résultats générés.

En tant que boussole de la trésorerie, le plan de trésorerie doit être produit suivant une
périodicité constante. Son intérêt est d’établir les prévisions, et de retracer les réalisations, de
dégager les écarts qui sont des indicateurs du niveau de recouvrement et du besoin en
ressources et même de la nécessité du financement par ressources alternatives.

En matière d’encaissement forcée des recettes locales, le rôle de l’ordonnateur et celui du


comptable sont quelque fois liés. D’abord, c’est l’ordonnateur municipal qui émet les titres de
recettes, liquide et ordonne le recouvrement au comptable. Ensuite, l’ordonnateur doit définir,

296
Lire l’article 130 ali. De la loi de 2009 sur la fiscalité locale.
112
AOAA _ v.0.
de concert avec le receveur municipal, toutes les stratégies nécessaires à l’optimisation de la
collecte des fonds. Il peut au besoin, créer les régies des recettes placées sous le contrôle du
receveur municipal. Mais après, le receveur municipal est tenu de produire, à l’intention de
l’ordonnateur, la situation de trésorerie et réciproquement. A cet effet, il doit disposer d’un
plan d’engagement.

Section 2. LES MODALITES DU RECOUVREMENT FORCE

En droit camerounais, le recouvrement forcé se fait sur la base de deux (02) catégories de
mesure de poursuite. Certaines sont d’ordre général ou de droit commun (I) alors que d’autres
sont spécifiques au recouvrement des recettes locales (II). En tout état de cause, ces
procédures de recouvrement suivent différentes phases et doivent respecter un certain nombre
de conditions de fond et de formes afin d’être valables

1. LES MESURES DE POURSUITE DE DROIT COMMUN I

Les mesures de poursuite de droit commun comprennent trois degrés : la mise en demeure
valant commandement de payer, la saisie et la vente. Ces trois degrés constituent des
poursuites judiciaires, c’est-à-dire que seuls les tribunaux judiciaires sont compétents pour
statuer sur la validité.

a. La mise en demeure A

Tous les montants dus à titre de droits, taxes et redevances non payés dans le délai légal sont
inscrits dans l'état de restes à recouvrer. Ainsi, avant toute poursuite en recouvrement forcé, le
service de recouvrement doit mettre en demeure les débiteurs défaillants.

Le premier acte de poursuite est le commandement. On entend par commandement, l’acte par
lequel le débiteur est sommé de payer sa dette 297. Sa dénomination varie selon que l’impôt est
recouvré par les comptables du Trésor, ou par les comptables de la direction générale des
impôts. En droit camerounais, le commandement est matérialisé par la mise en demeure.
Celle-ci est notifiée par le Receveur des Impôts territorialement compétent. La mise en
demeure valant commandement de payer est signifiée par les porteurs de contraintes.

297
GROSCLAUDE (J.) et MARCHESSOU (Ph.), Procédures fiscales, 5e édition, Dalloz, Paris, 2009, p. 102.
113
AOAA _ v.0.
S’agissent du mode de signification, la mise en demeure valent commandement de payer doit
être en main(s) propre(s) au destinataire lui-même ou à son représentant ou en cas d’absence,
au chef de la circonscription administrative territorialement compétent.

Sur le plan de la forme, la mise en en demeure valant commandement doit contenir, à peine de
nullité, les références de l’Avis de Mise en Recouvrement en vertu duquel les poursuites sont
exercées, avec le décompte détaillé des sommes réclamées en principal, pénalités et frais. Elle
est revêtue de la mention «le présent commandement emporte obligation de paiement de la
dette concernée dans un délai de huit (08) jours, faute de quoi, il sera procédé à la saisie de
vos biens meubles»298.

Dans l’hypothèse où la mise en demeure valant commandement de payer n’a pas été suivie de
paiement dans les huit (08) jours suivant sa réception par le contribuable, le Receveur des
Impôts territorialement compétent, engage d’autres mesures que sont la saisie et la vente.

b. La saisie et la vente B

La saisie est une voie d’exécution d’exécution forcée par laquelle un créancier fait mettre
sous-main de justice les biens de son débiteur, en vue de les faire vendre aux enchères
publiques et de se payer sur le prix. En matière de recouvrement forcé, la saisie est effectuée
par le porteur de contraintes. Elle est pratiquée La saisie est pratiquée dans les conditions
prescrites par l’Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution299. Son exécution ne peut être suspendue que si le
débiteur offre de se libérer en totalité ou en partie. Elle revêt plusieurs formes à savoir la
saisie-vente, la saisie attribution, la saisie des rémunérations et la saisie immobilière. La
saisie, une fois effectuée laisse intervenir la vente des biens du contribuable.

La saisie, dans le cadre de la procédure de recouvrement forcé de l’impôt local, se fait en cas
de non-paiement dudit impôt dans les délais légaux. Dans ce cas, la commune émet un titre
exécutoire à effet immédiat et procède à la saisie des marchandises, des biens ou des bêtes.

Lorsque l’agent de recouvrement ne peut exécuter sa mission parce que les portes sont
fermées ou que l’ouverture a été refusée, il établit un gardien aux portes et avise, sans délai,

298
Lire l’article L58 du CGI.
299
Lire l’article L60 in fine du CGI.
114
AOAA _ v.0.
l’autorité administrative qui fait procéder à l’ouverture des locaux. Le chef de circonscription
administrative ou son représentant doit assister à cette ouverture et à la saisie et signer le
procès-verbal où mention est faite de l’incident.

A défaut de paiement des impôts, taxes et pénalités dus par les débiteurs, le receveur des
impôts peut être amené à procéder à une saisie-attribution ou opposition desdites sommes
entre les mains des dépositaires et débiteurs des redevables eux-mêmes. La saisie-attribution
s’opère à la requête du Receveur des Impôts sans autorisation préalable et suivant les formes
prévues par l’Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution.

S’agissant de la vente300 des biens saisis, elle est, de manière générale expressément autorisée
par le Directeur Général des Impôts, est faite par le commissaire-priseur ou, à défaut, par le
porteur de contraintes, dans la forme des ventes qui ont lieu par autorité judiciaire. La vente
est interrompue dès que le produit est suffisant pour solder les impôts, droits, taxes et
pénalités exigibles au jour de cette vente ainsi que les frais de poursuite. Le produit est
immédiatement versé au receveur des impôts qui donne quittance au saisi et conserve le
surplus jusqu’à liquidation des frais. Chaque vente est effectuée en présence du Receveur des
Impôts et donne lieu à établissement d’un procès-verbal.

Par ailleurs, Chacun des actes de poursuite délivrés par les porteurs de contraintes doit, sous
peine de nullité, mentionner le montant des frais de poursuites fixé à 1 % du montant de la
dette pénalités comprises, plafonné à FCFA 100 000, destiné à la rémunération des porteurs
de contraintes dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé des finances. Les actes
et pièces relatifs aux commandements, saisies et ventes et tous actes ayant pour objet le
recouvrement des impôts, droits, taxes et pénalités dus, ainsi que les actes et pièces relatifs
aux poursuites, sont exemptés de la formalité du timbre et de l’enregistrement. Cette
exemption s’étend aux originaux et copies des actes accessoires et s’applique au timbre des
placards exigés pour la vente par les dispositions de l’Acte uniforme OHADA portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution301.

La vente des marchandises, des biens ou des bêtes saisis dans la commune considérée est
autorisée par le chef de l’exécutif municipal et exécutée par le porteur de contraintes dans la
forme des ventes effectuées par voie judicaire302.

300
Lire l’article L67 du CGI.
301
Lire l’article L68 du CGI.
302
Lire l’article 130 ali. 6 de la loi sur la fiscalité locale.
115
AOAA _ v.0.
Enfin, le Code GI prévoit des poursuites judiciaires contre les auteurs des saisies et ventes
illicites. De plus, il accorde un régime de protection aux agents de recouvrement des impôts.
Il s’agit du régime de protection prévu aux 152 et 158 du Code pénal camerounais et
notamment celui relatif à la protection des fonctionnaires. En effet, investi d’une mission de
service public et bénéficiaire à ce titre de l’autorité de l’Etat, les agents de recouvrement des
impôts sont protégés par l’administration dans leurs rapports avec les usagers.

La protection pénale à laquelle il est fait allusion est d’abord fondée sur l’article 152 du code
pénal qui réprime les cas d’outrage à ces agents. Par outrage, il convient d’entendre au sens
du Code pénal camerounais, toute diffamation, d’injure ou la menace faites soit par des
gestes, paroles, ou cris proférés dans les lieux ouverts au public, soit par tout procédé destiné
à atteindre le public.

La même protection est ensuite fondée sur l’article 156 du Code pénal camerounais. Cette
disposition punit d’un emprisonnement de un (01) mois à trois (03) ans et d’une amende de
5000 à 100.000 francs, celui qui commet des violences ou voies de fait contre un
fonctionnaire. L’alinéa 2 du même texte prévoit que la peine est un emprisonnement de cinq
(05) à dix (10) ans et une amende de 20.000 à 50.000 francs si les violences et voies de fait
sont préméditées ou si elles entrainent, même non intentionnellement des blessures graves 303
et blessures simples304. Si les violences et voies de fait entrainent non intentionnellement la
mort du fonctionnaire ou de l’agent de recouvrement, la peine est l’emprisonnement à vie 305

2. LES MESURES PARTICULIERES DE POURSUITE II


a. L’avis à tiers détenteur A

L’avis à tiers détenteur306, il se définit comme une sorte de saisie attribution ou de saisi
rémunération en forme très simplifiée, permettant aux comptables publics de demander à tout
tiers détenant (ou devant) des sommes appartenant à un redevable d’impôts assortis du
privilège du Trésor, de leur verser en l’acquit du redevable le montant de ces impôts jusqu’à
concurrence de la somme qu’ils détiennent. Et dans le cas où ces tiers ne s’exécutent pas, ils
peuvent devenir personnellement débiteurs. Autrement dit, par cette procédure, les

303
Lire l’article 277 du Code Pénal.
304
Lire l’article 280 du Code Pénal.
305
Lire l’article 156 ali. 4 du Code Pénal.
306
Lire l’article L71 du CGI.
116
AOAA _ v.0.
comptables publics peuvent obliger un tiers à verser entre leurs mains le fonds dont il est
détenteur ou débiteur à l’égard du redevable, à concurrence des impôts dus par celui-ci 307.

L’objet de cette procédure est large. En effet, elle s’applique à toutes les catégories d’impôt
qu’il s’agisse d’impôts en principal, de pénalités ou de frais accessoires, à condition qu’ils
soient exigibles et couverts par le privilège général du Trésor. Mais l’avis à tiers détenteur ne
peut que porter sur les deniers et non sur des biens mobiliers.

Surtout utilisé pour faire opposition sur les comptes bancaires et les salaires, l’avis à tiers
détenteur doit être adressé par voie postale sous pli recommandé. Il doit également être notifié
au contribuable, sous peine de nullité308.

En France, l’article L 277 du Livre des procédures fiscales prévoit, en son alinéa 5, que le
tiers qui reçoit un tel avis est tenu de verser au Trésor ce qu’il doit au contribuable. Toutefois,
en matière de salaires, il ne doit verser que la partie saisissable. Si le tiers s’abstient, sans
raison valable, de déférer à l’avis qui lui a été adressé, il peut être poursuivi personnellement
sur ses biens309.

En droit camerounais, l’avis à tiers détenteur est la première mesure de recouvrement forcé
prévue par le livre des procédures fiscales du CGI. Aux termes de l’art L71 du CGI, les
dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables
d’impôts, de pénalités et de frais accessoires dont le recouvrement est garanti par le privilège
du Trésor sont tenus, sur demande qui leur en est faite sous forme d’avis à tiers détenteur,
notifié par le Receveur des impôts, de verser en lieu et place des redevables, les fonds qu’ils
détiennent ou qu’ils doivent, à concurrence des impositions dues par ces redevables.
L’Administration est tenue d’informer le redevable de l’envoi de l’avis à tiers détenteur et de
lui préciser le tiers concerné.

Cette saisie-arrêt peut se faire sur tout type de bien à l’exception des valeurs mobilières et la
partie des salaires correspondant aux besoins vitaux élémentaires des personnes à revenus
moyens. Si le tiers ne veut pas procéder au remboursement de la créance, il se rend
personnellement responsable de la dette envers les autorités fiscales guinéennes. En cas
d’imposition collective, les 2 contribuables sont solidairement responsables. Cette procédure
se caractérise à la fois par son efficacité et sa simplicité.

307
GROSCLAUDE (J.) et MARCHESSOU (Ph.), Procédures fiscales, op.cit, p. 102.
308
Com. 13 novembre 1973, Dr. Fisc. 1974.
309
Cass. Avis, 7 mars 1997, Recev. Princ. De ST-Jean-de-Maurienne, RJF 6/1997, n° 626.
117
AOAA _ v.0.
L’effet de l’avis à tiers détenteur est notamment d’affecter, dès réception, les sommes dont le
versement est ainsi demandé, au paiement des impositions quelle que soit la date à laquelle les
créances, même conditionnelles ou à terme, que le redevable possède à l’encontre du tiers
détenteur, deviennent effectivement exigibles.

Par ailleurs, l’avis à tiers détenteur cesse d’être valable seulement après l’extinction de la
dette pour laquelle il a été établi ou à l’obtention d’une mainlevée établie par ceux qui l’ont
émis.

b. La typologie des mesures particulières II

Ces mesures sont diverses et variées. On distingue la contrainte extérieure, le blocage des
comptes bancaires, la fermeture de l’établissement, l’exclusion des marchés publics et la mise
en fourrière.

S’agissant tout d’abord de la contrainte extérieure310, elle est établie est établie par le
Receveur des Impôts assignataires à l’adresse d’un comptable du Trésor Public ou d’un autre
Receveur des Impôts pour le recouvrement des impôts et taxes, y compris ceux retenus à la
source et non reversés. Elle est exercée lorsque les redevables, notamment les collectivités
territoriales décentralisées ou les établissements publics administratifs disposent de créances
ou de subventions domiciliées chez lesdits comptables ou en cas de changement de domicile
des redevables concernés. Elle est également exercée à l’adresse de l’organisme chargé de la
centralisation et de la péréquation des impôts locaux, en cas de non-reversement par les
collectivités territoriales décentralisées des impôts et taxes retenus à la source.

De plus, La contrainte extérieure donne mandat au Comptable du Trésor Public assignataire


d’affecter, dès réception, les sommes dont le versement est ainsi demandé au paiement des
dettes fiscales dues. Elle donne également mandat au Receveur des Impôts assignataire
d’avoir à exercer les poursuites à l’encontre des redevables concernés311.

Il convient de préciser qu’en droit fiscal camerounais, la contrainte par corps n’est pas
envisagée comme voie d’exécution. En France par contre, la contrainte par corps devenue
contrainte judiciaire est instituée par la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004. Cette voie
d’exécution, qui n’est pas une peine, est simplement destinée à faire pression sur le
contribuable pour qu’il se résolve à payer 312. Dorénavant prévue par les articles 749 à 762 du

310
Lire l’article L74 du CGI.
311
Lire l’article L75 du CGI.
312
CE, 24 mars 1972, Dr. Fisc. 1973, n° 12, comm. 481, concl. L. Mehl.
118
AOAA _ v.0.
Code de procédure pénale français, elle peut seulement être ordonnée par l’autorité judiciaire,
sur la demande du comptable public. Elle est alors prononcée par le juge de l’application des
peines, sur réquisition du procureur de la République. Si elle s’applique en matière d’impôts
directs comme en matière d’impôts indirects et de droits de douane, le juge la fixe en
considération du montant de l’amende due par le redevable : son maximum est de vingt-huit
(28) lorsque l’amende est au moins égale à 2000 Euros sans excéder 4000 Euros, d’un mois
lorsque l’amende dépasse ce dernier seuil à 8 000 Euros sans excéder 15 000 Euros, et trois
mois lorsque l’amende est supérieure à 15 000 Euros. Y échappera le condamné qui, par tout
moyen, justifiera de son insolvabilité. En revanche elle ne constitue pas une peine subsidiaire
d’emprisonnement, mais plutôt une mesure d’exécution forcée. Par conséquent, le condamné
qui l’a subie n’est pas libéré du montant des condamnations pour lesquelles elle a été exercée.
L’ombre portée des articles 5 et 7 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de
l’homme ont amené le renforcement du formalisme qui l’accompagne 313, étant précisé que
lorsqu’elle a été prononcée contre un individu, celui-ci peut en prévenir ou en faire cesser les
effets en acquittant tout simplement une somme suffisante pour éteindre sa dette, ou en
fournissant caution. C’est quasiment la même procédure qui est retenue en Afrique de
l’Ouest314. Dans cette partie, les mesures graduées portent sur la contrainte à l’égard du
contribuable ensuite la sommation à tiers détenteur 315. Concrètement, La phase administrative
consiste dans un premier temps à ce que le préposé du bureau de recette compétent fasse
parvenir au contribuable un avertissement par voie postale ou d’autres voies lui demandant de
régler sa dette d’impôt dans les 5 jours. Si après ces 5 jours, le paiement n’a pas été effectué,
le contribuable reçoit alors un 2e et dernier avertissement lui incombant de payer dans les 5
jours. Si le contribuable ne règle toujours pas sa dette d’impôt, la phase judiciaire s’ouvre et le
contribuable redevable peut être poursuivi par toutes les voies légales. Si les avertissements
de la phase administrative s’avèrent inopérants, la phase judiciaire peut commencer : Le
préposé du bureau de recette dont la caisse est créancière d’arriérés d’impôts déclenche la
procédure de recouvrement forcé par l’émission d’une contrainte.

La contrainte est un titre constatant que le contribuable doit à l’Etat une somme déterminée à
titre d’impôts. Cette contrainte est rendue exécutoire par le directeur de l'Administration
fiscale ou son préposé. La contrainte est notifiée au contribuable par voie de commandement.
Le commandement porte sommation au contribuable de payer les cotes d’impôts mentionnées
313
Com. 18 juin 2002, RJF 11/02, n° 1322.
314
OUO-OUO MONEMOU (W.), Contribution à l’amélioration de la performance en matière d’imposition sur le
revenu en République de Guinée, Thèse de Doctorat de droit public, Université Paris Dauphine, 2015, 401 p.
315
Ibid., p. 93.
119
AOAA _ v.0.
sur la contrainte, faute de quoi il sera procédé à l’exécution forcée selon le droit commun. Si
le commandement de payer n’a pas été respecté, les autorités fiscales pourront procéder aux
actes de saisie (exemples : expropriation des immeubles, saisie de meubles afin de les vendre
aux enchères publiques) afin de payer la dette du contribuable316.

S’agissant ensuite du blocage des comptes bancaires317, le livre des procédures fiscales du
CGI prévoit que les Receveurs régionaux des impôts et les Receveurs des impôts des unités de
gestion spécialisées peuvent procéder au blocage des comptes bancaires du contribuable sans
préjudice des sanctions prévues par ailleurs en cas de non-règlement à l’échéance, et après
une mise en demeure, des sommes dûment liquidées.

Pour ce qui est de la fermeture de l’établissement, l’article L 77 du CGI dispose que « Le


Receveur des impôts territorialement compétent peut procéder à la fermeture d’office et
immédiate de l’établissement ou des établissements, sans préjudice des sanctions prévues par
ailleurs, en cas de non-règlement après mise en demeure des sommes dûment liquidées ».
Mais la fermeture de l’établissement prend fin immédiatement avec le paiement des sommes
dues. Il convient de noter que le CGI ne mentionne pas de délais pour procéder à la fermeture
d’un établissement. Il indique seulement « (…) en cas de non-règlement après mise en
demeure des sommes dûment liquidées ». Cette disposition parait peut laisser le juriste averti
perplexe car, elle peut donner lieu à l’exercice d’un pouvoir arbitraire par l’Administration
fiscale, laissant ainsi le contribuable dans une situation d’insécurité juridique. En Guinée
Conakry par exemple, le CGI a amélioré ce sort du contribuable resté redevable. En effet, il
ressort de l’article 678 de ce texte que : « Le défaut ou l’insuffisance de paiement des impôts
et taxes dans un délai de 20 jours suivant la réception d’un titre de perception ou d’un avis de
mise en recouvrement peut entraîner l’exercice de poursuite à l’encontre du redevable
défaillant, notamment : la fermeture administrative des locaux professionnels pour une durée
n’ excédant pas deux semaines sur autorisation écrite du Directeur National des Impôts et du
Directeur National du Trésor et de la Comptabilité publique (…) ». Le délai avant la
fermeture de l’établissement est donc de 20 jours.

En ce qui concerne la mise en fourrière, l’article L 78 du CGI précise que la non


présentation d’une carte grise en cours de validité, de la patente de transport, du timbre
automobile, de la taxe à l’essieu, à l’autorité chargée du contrôle, notamment les agents de la
Direction Générale des Impôts spécialement habilités pour constater cette infraction, entraîne

316
Bloch-Morhan (J.), La révolte des contribuables, Albatros, 1983, p. 210.
317
Lire l’article L 76 du CGI.
120
AOAA _ v.0.
la mise en fourrière du véhicule, dans le respect des règles de procédure. La mise en fourrière
d’un véhicule prend fin immédiatement avec le paiement intégral des sommes dues.

S’agissant enfin de mesures propres en la matière l’exclusion des marchés publics l’article L
79 dispose que « Le non-paiement, après une mise en demeure, des impôts, droits ou taxes
donne lieu à une interdiction temporaire de soumissionner des marchés publics, de se porter
acquéreur d’une entreprise publique en voie de privatisation, ou de participer aux opérations
boursières ; et à une interdiction définitive en cas de récidive. Le Directeur Général des
Impôts dresse chaque trimestre une liste des contribuables interdits de soumissionner ». Il
s’agit d’une mesure d’exclusion à écarter les contribuables considérés comme indignes, de
l’attribution des marchés publics. Elle protège fortement l’Administration publique.

III. PORTEE DES MESURES DE RECOUVREMENT FORCEE Section 3


A. Des mesures institutionnelles essentiellement faibles

Depuis 1987 du fait de la crise économique que traverse le pays, l’administration


camerounaise a innové en matière de recouvrement : le fisc est rentré dans l’illégalité en
matière de perception fiscale. Il a initié un recouvrement de type nouveau, le recouvrement
par compensation318

En ce qui concerne le recouvrement forcé, c’est une technique qui consiste à traquer le
contribuable et à le séquestrer jusqu’au paiement de la créance. A cette fin, des groupes
mixtes se forcément, composées de représentant du fisc 319 et de gendarmes ou policiers
lourdement armés. En effet l’artillerie est composée d’armes en bandoulière, matraques aux
points et gaz lacrymogène à la ceinture. Face à cette véritable artillerie lourde, le contribuable
non armé se trouve contraint de s’exécuter. Aucun moratoire n’est plus négociable. Si le
paiement n’est pas effectif, l’entreprise est scellée et ne peut être rouverte qu’après
acquittement de l’impôt. Lorsqu’il s’agit d’une voiture de transport, elle est conduite à la
fourrière sans respect des passagers. La seule méthode utilisée est donc la brutalité. Lorsque la
légitimité du pouvoir se résout par la force, « il n’y a plus impôt il y a exaction ».

Le résultat de cette méthode ne s’est pas fait attendre : les contribuables a qui l’Etat devaient
de l’argent ont opposé une fin de non-recevoir à toutes les manœuvre d’un autre âge et ont
brandi leur créance : « Je vous dois des impôts, vous me devez de l’argent, payez moi et je
vous paie vous impôts ». De là est née la compensation.
318
ALAKA ALAKA (P.), L’impôt au Cameroun. Contribution à l’étude du dysfonctionnement administratif,
L’Harmattan, Paris, p. 105.
319
Un inspecteur ou contrôleur, un agent de recouvrement, quelques agents d’assiette.
121
AOAA _ v.0.
Pour ce qui est du recouvrement par compensation, il a été retenu au cours de l’exercice
1987/1988 dans le but d’éponger les arriérés que l’Etat devait à ses fournisseurs. Avec la loi
de finance 1990/1991, la compensation est devenue le moyen légal de paiement de l’impôt.
Le contribuable, créancier d’un Etat défaillant et lui-même redevable d’une dette d’impôt peut
se libérer en opérant une compensation entre ladite dette et la créance.

Juridiquement, la compensation est prohibée pour plusieurs raisons :

-D’abord sur le plan budgétaire, l’on a le principe de l’universalité budgétaire.

Se rapportant à la présentation du budget, le principe de l’universalité budgétaire signifie que


l’ensemble des recettes assure l’exécution de l’emble des dépenses. Dans le budget de l’Etat,
il est fait recette du montant intégral des produits sans contraction entre recettes et
dépenses320. L’universalité ainsi présentée comporte en fait deux règles distinctes : la règle de
la non contraction et la règle de la non affectation.

La règle de non affectation condamne l’affectation des recettes particulières à la couverture


des dépenses prédéterminées. C’est dire que l’ensemble des recettes assure l’exécution de
l’ensemble des dépenses. Toutes les recettes et les dépenses sont imputées à un compte unique
intitulé budget général.

La règle de la non compensation oblige la loi de finances à retracer fidèlement toutes les
opérations de recettes et toutes les opérations de dépenses de l’Etat. La compensation ou
contraction entre les recettes et les dépenses sont interdites. Eu égard à cet aspect du principe
budgétaire aucune compensation ne peut être effectuée entre dépense et recette corrélative, a
fortiori entre une dette d’impôt et une créance sans rapport avec elle ;

-Compte tenu des raisons financières, la compensation n’apporte aucun argent frais au Trésor
dont l’impôt est pourtant la justification ;

-En droit public toute voie d’exécution forcée sur les biens de l’Etat est interdite

Face à un Etat qui connait une crise de trésorerie sans pareil, et donc incapable d’honorer ses
engagements, le contribuable créancier de l’Etat, s’est octroyé cette voie d’exécution forcée
en refusant de payer et en déclarant sa dette d’impôt éteinte par compensation.

Acculé par les contribuables, l’Administration du Trésor a réglementé la compensation par


des instructions contradictoires. Après l’instruction de référence n° 038/MINFI/SE2/CFT, le

320
Lire l’article 5 ali. 4 de la loi du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat.
122
AOAA _ v.0.
Directeur du Trésor a décrit les modalités dans l’instruction n° 10 du 22 mars 1991. Cette
instruction, annulée le même jour par le Ministre des Finances, a été remplacée par une
instruction datée du lendemain mais portant le même numéro 321. Cette instruction reconnait
une compétence pour certains montants au comptable des services extérieurs.

B. Des mesures marquant la recentralisation

Le rapport entre les mesures de recouvrement et l’autonomie des CTD n’est pas toujours
systématique. Si l’autonomie financière apparait inexorablement comme le complément
indispensable à l’autonomie administrative pour une véritable décentralisation, l’on admet
qu’il ne saurait exister de décentralisation réelle et efficace sans un transfert réel de moyens
aux CTD322. Le Professeur ESSONO fait déjà remarquer l’autonomie financière peut
s’entendre « comme la situation d’une collectivité locale disposant d’un pouvoir propre de
décision et de gestion de ses recettes et des dépenses regroupées en un budget nécessaire pour
l’exercice de ses compétences »323

De cette définition, il ressort que l’autonomie financière s’avère être la condition


indispensable de la décentralisation puisque « sans autonomie financière, la décentralisation
n’est que mirage »324. S’alignant dans le même sens le Professeur Loïc PHILIP affirme qu’«
il ne peut avoir à l’exercice d’attributions effectives sans un minimum d’autonomie financière
… qu’il s’avère indissociable de la libre administration »325.

La Constitution camerounaise a pourtant cerné la notion d’autonomie dans un contour précis.


L’article 55 ali. 2 de ce texte dispose expressément que « Les CTD sont des personnes
morales de droit public. Elles jouissent de l’autonomie (…) pour la gestion des intérêts
régionaux ou locaux. Elles s’administrent librement par des conseils (…) »326. A la lecture de
ce texte, l’on constate que le constituant camerounais a ainsi opté pour une véritable
autonomie financière des CTD. La notion de l’autonomie ainsi précisée implique dans sa
définition, la libre administration au plan financier induisant un pouvoir fiscal local et une

321
Instruction n° 10 du 23 mars 1991, portant opération de compensation entre l’Eta et le contribuable
322
MONEMBOU (C.), « Les paradoxes de la décentralisation au Cameroun : De la Décentralisation à la
recentralisation », RADSP, vol 1, n° 1, janvier-juin 2013.
323
ESSONO OVONO (A.), « L’autonomie financière des collectivités locales en Afrique noire francophone. Le cas
du Cameroun, de la Cote d’Ivoire, du Gabon et du Sénégal », Revue Afrilex, numéro spécial finance publique, 2e
ed., 2009, p. 2.
324
Lire dans le meme sens ROUX, « L’autonomie financière des Collectivités locales en Europe », Rapport
introductif, Annuaire international de justice constitutionnelle, 2006, p. 499.
325
HOLO (T.), « La décentralisation au Bénin : mythe ou réalité », Revue béninoise…
326
Lire l’article 55 ali. 2 de la loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972.
123
AOAA _ v.0.
gestion financière autonome327. Le pouvoir fiscal local, s’analyse comme une liberté d’action
reconnue aux Collectivités locales dans la détermination des règles relatives, en particulier, au
recouvrement des impôts locaux.

Or cette intention louable du constituant n’est pas allé jusqu’à sa matérialisation totale dans le
cadre des lois d’application. En effet ces lois décèlent des vices cachés de recentralisation de
l’Etat en matière financière. C’est du moins le constat que l’on peut faire en matière de
recouvrement des impôts locaux. En effet, le recouvrement des impôts relèvent de la
compétence des centres des impôts du Cameroun. Ce recouvrement obéit aux règles générales
applicables pour les impôts étatiques ou nationaux. Il s’effectue selon les dispositions
prescrites par le CGI328. Ces règles consacrent leur type de recouvrement : le recouvrement
amiable et le recouvrement forcé sus-étudiés.

La loi de n° 2010/015 du 21 décembre 2010 portant loi de finance 2011 institue le principe du
paiement unique des impôts et taxes par les contribuables. Ainsi entendus, les services
compétents du Trésor, après encaissement globale des sommes, se chargent d’effectuer la
répartition au profit des CTD et organismes bénéficiaires.

Par ailleurs, le recouvrement des impôts locaux pose également le problème de leur
répartition. La règlementation dans ce domaine est assez claire, puisqu’elle précise les quotas
de la répartition329. Sous réserve de quelques impôts recouvrés par les services fiscaux des
communes, le recouvrement de la majeure partie des impôts locaux, relève de la compétence
des structures étatiques. Cet état de chose démontre la volonté réelle de l’Etat d’avoir une
emprise sur les collectivités locales par le biais de la fiscalité330.

L’argument souvent avancé pour justifier cet état de chose et relatif au manque d’expertise de
ces entités ne saurait, selon M. MONEMBOU, convaincre puisqu’une expertise se forge et se
forme. L’autre argument souvent avancé s’articule autour du principe de la subsidiarité 331. Si
le principe de la subsidiarité a été, pendant la phase d’élaboration de la loi d’orientation de la
décentralisation du 22 juillet 2004, un long fleuve tranquille, la notion de subsidiarité n’est
pourtant pas évidente.

327
MONEMBOU (C.), op.cit., p.174.
328
Circulaire conjointe n° 000235/MINATD/MINFI du 20 octobre 2010 précisant les modalités d’application de
la loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale.
329
Selon l’article 53 de la Circulaire sus-évoquée, le produit des centimes additionnels communaux est teparti
ainsi qu’il suit : 10% au profit de l’Etat, à titre de frais d’assiette et de recouvrement etc.
330
MONEMBOU (C.), op.cit, p. 178.
331
Lire l’article 9 ali. 2 de la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004 d’orientation de la décentralisation.
124
AOAA _ v.0.
D’après Chantal MILLON-DELSOL, la notion de subsidiarité « trouve ses fondements à la
fois dans l’esprit grecque, dans la philosophie chrétienne médiévale et dans la vision
germanique de la société »332. L’origine contemporaine de la subsidiarité peut être recherchée
dans la doctrine sociale de l’église catholique dont une synthèse pertinente est présentée dans
l’encyclique Quadragesimo Anno, publiée en 1931 sous l’égide du Pape Pie IX. D’après ce
texte, l’Etat ne devrait prendre en charge que les taches que les individus ne peuvent
accomplir par eux-mêmes : « Ce serait commettre une injustice en même temps que troubler
de manière très dommageable l’ordre social que de retire eu groupement d’ordre inférieur,
pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont à
mesure de remplir eux-mêmes »333. La définition ainsi présentée de la subsidiarité n’est
pourtant toujours pas claire et ne saurait être reçue en l’état en droit. En effet, comme le fait
remarquer M. BAUDIN-CULLIERE, « la subsidiarité n’est pas une norme juridique, c’est un
état d’esprit, une orientation »334. Si donc la répartition des compétences doit privilégier la
prise en charge des problèmes locaux et quotidiens par les collectivités locales, le
recouvrement des créances fiscales locales par les services fiscaux de l’Etat s’appuyant sur le
principe de subsidiarité ne peut pas totalement se justifier dans un contexte de
décentralisation. La répartition des compétences entre les collectivités locales et l’Etat doit
induire une répartition claire des compétences en matière de fiscalité locale. Le maintien
paradoxal de de la compétence des structures étatiques dans ce domaine démontre
inexorablement la volonté manifeste du pouvoir central de décentraliser plutôt que de
décentraliser mieux de « reprendre par la main droite ce que l’Etat aura donné par la main
gauche ».

Section 3. LES GARANTIES DU RECOUVREMENT FORCE

On entend par garantie, l’ensemble des mesures visant à assurer la sécurité de la formation ou
de l’exécution des transactions. Autrement dit, il s’agit des techniques juridiques diverses qui
peuvent faciliter la conclusion ou l’exécution des transactions juridiques. Elles se distinguent
des suretés par leur objet. En effet, si l’objet de la sureté est de prémunir le créancier contre
l’insolvabilité éventuelle de son débiteur, la garantie à quant à elle pour objet simplement de
faciliter la formation ou l’exécution de la transaction. Ces deux notions peuvent toutefois être
assimilables par leurs effets.

332
MILLON-DELSOL (Ch.), L’Etat subsidiaire, PUF, Paris, coll. « Léviathan », 1992, p. 13.
333
Cité par Jean Marie PONTIER, « Les principes de la répartition des compétences », in Franck MODERNE (dir.),
Les nouvelles compétences locales, Economica, Paris, 1985, p. 7.
334
BAUDIN-CULLIERE (F.), Principe de subsidiarité et administration locale, L.G.D.J, 1995, p. 35.
125
AOAA _ v.0.
L’étude des garanties est rendue nécessaire car elles se justifient par le souci de parer à la
défaillance du contribuable pour assurer au fisc que, même dans ce cas, sa créance pourra être
recouvrée. Elles peuvent être classées en deux catégories à savoir les garanties réelles (I) et
les garanties personnelles (II).

I. Les garanties réelles

Le Livre des procédures fiscales du CGI consacre les garanties classiques que sont le
privilège du Trésor et l’hypothèque légale.

Le privilège du Trésor a pour objet la préférence du Trésor par rapport aux autres débiteurs
éventuels du contribuable335. Il couvre le principal de l’impôt et les pénalités, et il s’exerce sur
tous les meubles et effets mobiliers du contribuable en quelque lieu qu’ils se trouvent. En
théorie, il prime tous les privilèges mobiliers généraux et spéciaux Code civil. En fait, son
rang n’est plus très favorable, il est primé notamment par le « super-privilège » des salariés,
par celui des créancier nanti sur l’outillage ou le matériel d’équipement, par le droit du
créancier d’aliments et même par le droit de priorité dont bénéficient les titulaires de créances
nées régulièrement après le jugement d’ouverture de la procédure collective, de sauvegarde,
de redressement ou de liquidation judiciaire.

Contrairement, au privilège de droit commun, le PT à l’égard des imposition sont dus par
commerçants et par les industriels ou les personnes morales de droit privé même non
commerçantes, doit être publié dès que les sommes dues dépassent un seuil fixé en fonction
du chiffre d’affaires de l’entreprise336. Cette publicité est réalisée à la diligence des
comptables au greffe du tribunal de commerce, pour les entreprises industrielles et
commerciales ou au greffe du tribunal de grande instance, pour les personnes orales non
commerçantes. A défaut de publicité, le Trésor ne peut invoquer son privilège. Mais cette
publicité redevient facultative lorsque les sommes dues ne dépassent pas un certain seuil.

En France, l’obligation de publication du privilège n’intervient que si la dette dépasse le seuil


de 6000 Euros ou 10.000 Euros par semestre civil- selon le chiffre d’affaires ou le montant
des recettes et la situation de l’entreprise débitrice -, à l’issue des 9 moins suivant un défaut de
paiement d‘impôts directs ou l’émission d’un titre exécutoire par un comptable des impôts.

335
GROSCLAUDE (J.) et MARCHESSOU (Ph.), Procédures fiscales, op.cit., p. 104.
336
Lire l’article 102 de la loi de finace rectificative pour 2005, Dr. Fiesc. 2006, n°7, Com. 182.
126
AOAA _ v.0.
Lorsque les sommes font l’objet d’un plan de règlement, elles ne sont pas sujettes à publicité
tant que le plan est respecté. Le PT peut être exercé aussi longtemps que la créance privilégiée
n’est pas éteinte par la prescription.

Au Cameroun, le PT est consacré par le livre des procédures fiscales du CGI 337. Ce PT
garantit le recouvrement de tous les impôts, droits, taxes et pénalités assis et liquidés par la
Direction Générale des Impôts et les pénalités de recouvrement liquidées par la Direction
Générale des Impôts, et celle du Trésor.

Son objet s’étend tant sur les biens meubles que sur les biens immeubles et effets immobiliers
du contribuable en quelque lieu qu’ils se trouvent, dans les conditions de rang définies à
l’article 107 de l’Acte Uniforme OHADA relatif aux sûretés. Cependant, à titre exceptionnel,
l’Administration fiscale peut, en dernier recours, comme tout créancier, faire procéder à la
saisie et à la vente des biens immeubles du débiteur conformément aux dispositions de l’Acte
uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution. De plus, Les sommes dues qui sont garanties par le privilège du Trésor
doivent être publiées au greffe du tribunal compétent. Le privilège s’exerce pendant une
période de deux ans à compter de la date de mise en demeure.

Enfin, tous les dépositaires public de deniers tels que les huissiers, les greffiers etc., ne
peuvent remettre aux héritiers, créanciers ou autres personnes ayant le droit de toucher les
sommes séquestrées ou déposées qu’en justifiant du paiement des impôts, droits, taxes et
pénalités dus par les personnes du chef desquelles lesdites sommes seront provenues. Sont en
outre autorisés, en tant que de besoin, lesdits séquestres et dépositaires, à payer directement
les contributions qui se trouvent dues, avant de procéder à la délivrance des deniers ; et les
quittances desdites contributions leur sont passées en compte.

Pour ce qui est de l’hypothèque légale, elle est instituée au bénéfice du Trésor sur tous les
biens immeubles du contribuable.

En droit français, cette garantie est prévue aux termes de l’article 1929 du CGI. Elle
s’applique à toutes les sommes dont la perception est confiée à l’Administration. Dès lors que
ces sommes ont le caractère d’imposition ou d’amende fiscale. Elle prend le rang à la date de
son inscription, à la conservation des hypothèques ou au livre foncier. L’inscription peut être
requise à partir de la date de mise en recouvrement des impositions, lorsque celle-ci résulte
d’une procédure de rectification ou d’imposition d’office ou à partir de la date à laquelle le
337
Lire les articles 81, 82 et suivants du CGI.
127
AOAA _ v.0.
contribuable a encouru une majoration ou pénalité pour défaut de paiement. Elle permet de
suivre l’immeuble hypothéqué entre les mains de l’acquéreur et de le faire vendre.
L’inscription doit être renouvelée à l’expiration d’un délai de dix (10) ans.

Le droit fiscal camerounais consacre également l’Hypothèque légale 338. Elle est mise à la
disposition de l’Administration fiscale sur tous les biens immeubles des redevables, pour le
recouvrement des impositions de toute nature et amendes fiscales qui relèvent de la
compétence du Receveur des Impôts. Cette hypothèque prend rang à la date de son inscription
à la Conservation Foncière. Elle ne peut être inscrite qu’à partir de la date de mise en
recouvrement des impositions concernées et des pénalités y afférentes.

II. Les garanties personnelles

Théoriquement, les garanties personnelles consistent dans la possibilité qu’à l’Administration


de s’adresser aux tiers solidairement responsables du paiement de l’impôt.

En droit privé, la solidarité met en présence une pluralité de créanciers ou de débiteurs pour le
paiement d’une obligation. Autrement dit dans la solidarité il existe une dette unique et
plusieurs débiteurs ont l’obligation de la payer ou plusieurs créanciers ont vocation à la
réclamer. Sous ce rapport, on distingue toutefois deux (02) types de solidarité à savoir la
solidarité passive et la solidarité active.

Du point de vue de ses sources, l’on distingue la solidarité légale de la solidarité


conventionnelle. Dans le cadre de la présente étude, c’est la solidarité légale qui présente un
intérêt particulier. Elle trouve son fondement sur la loi ou alors plus largement sur des raisons
d’interet général.

Du point de vue de ses conséquences, l’unité d’objet de la solidarité fait que le créancier peut
demander le paiement de toute la dette à l’un quelconque des débiteurs. L’unité de l’objet a
également pour conséquence que le paiement fait par l’un des débiteurs libère tous les autres.

Dans la solidarité active, un débiteur a pour la même obligation plusieurs créanciers dont
chacun a droit sur toute la créance c’est-à-dire « sur le tout », ceci conformément aux articles
1197 et 1199 du Code Civil. A contrario, la solidarité passive prévue aux articles 1200 à 1216
apparait lorsqu’existe plusieurs débiteurs principaux d’une même dette afin de prémunir le
créancier contre les inconvénients de la division des poursuites et de l’insolvabilité d’un

338
Lire l’article 85 du CGI
128
AOAA _ v.0.
débiteur qui résulterait du caractère conjoint de la dette. Elle constitue une garantie du
créancier.

En droit fiscal français, cette solidarité a été instituée par plusieurs dispositions du CGI et du
Livre des procédures fiscales qui concernent avant tout les impôts directs, et dans une
moindre mesure les impôts indirects. L’exemple le plus connu est constitué par l’article 1685
du CGI qui a institué la solidarité entre époux vivant sous le même toit, tant au titre de l’impôt
sur le revenu que de la taxe d’habitation 339. Il en va de même l’égard de partenaires liés par un
pacte civil de solidarité (PACS). Cette solidarité ne joue toutefois qu’à la condition que les
époux ou les partenaires d’un PACS fassent l’objet d’une imposition commune. De même
l’article 1683 du CGI déclare solidaire, le locataire d’un immeuble pour le paiement de la taxe
foncière due par le propriétaire.

A l’inverse, d’après l’article 1686 du CGI, le propriétaire est responsable du paiement de la


taxe d’habitation de son locataire s’il n’a pas informé le comptable de son départ un (01) mois
avant la date du déménagement. De même l’article 1684-3 prévoit également que : « Le
propriétaire d’un fonds de commerce est solidairement responsable avec l’exploitant de cette
entreprise des impôts directs établis en raison de l’exploitation de ce point ».

L’article L 267 du livre des procédures fiscales donne au comptable public, la possibilité de
faire condamner, par le Président du TGI, le dirigeant de droit ou de fait d’une société au
paiement des dettes fiscales de celle-ci, lorsque leur recouvrement à été rendu impossible par
« les manouvres frauduleuse ou l’inobservation grave et répétée des obligations fiscales », le
non dépôt des déclarations par exemple.

La solidarité en matière de fiscalité indirecte est plus limitée. Son domaine d’élection est
constitué par les droits d’enregistrement où, d’une façon générale, toutes les parties sont
solidaires envers le fisc non seulement pour le paiement des droits simples mais encore des
amendes et pénalités340. Ainsi, en matière de droit de succession, l’Administration pourra-t-
elle réclamer l’intégralité des droits à l’un des héritiers (obligation au paiement), à charge
pour lui de se retourner contre ses cohéritiers pour se faire rembourser (contribution au
paiement).

339
CE, 12 février 1992, Mme ENGELHARD, Dr. Fisc. 1992, n° 19-20, comm. 989.
340
Lire l’article 1705 et s. du CGI.
129
AOAA _ v.0.
En matière de TVA, on peut citer la solidarité du livreur d’un bien faisant l’objet d’une
acquisition intracommunautaire, imposable en France pour la taxe due par l’acquéreur établi
hors de la France.

En contrepartie de ses obligations, le redevable solidaire va bénéficier des mêmes garanties


que le débiteur principal. Préalablement à l’exercice des poursuites, il devra recevoir la même
lettre de rappel que le contribuable lui-même 341 ; il peut contester devant le tribunal, le rejet de
la réclamation formée par le débiteur principal 342. En revanche, il ne peut former tierce
opposition contre le jugement rendu à l’encontre du débiteur principal 343, parce que les
codébiteurs sont réputés se représentant mutuellement dans toutes instance relative à la dette,
de sorte que le jugement rendu à l’encontre de l’un deux a autorité de chose jugée à l’égard de
tous les autres, y compris ceux n’aurait acquis la qualité de débiteurs solidaires qu’au cours de
cette instance.

Enfin, il faut mentionner la solidarité quelque peu singulière qui existe entre contribuable et
comptable du Trésor. Ceux-ci « prennent en charge » le recouvrement des impôts qui leur
sont confiés, ce qui les rend responsable sur leur propre patrimoine des sommes qu’ils n’ont
pas recouvrées. Cette responsabilité ne disparait que par l’inscription de ces sommes sur
« l’état des côtes irrécouvrable » ou par l’octroi d’une décharge ou atténuation des
responsabilités. Cette solidarité qui existait déjà sous l’ancien régime à l’encontre des fermiers
généraux qui prenaient à ferme le recouvrement de l’impôt, garantit que le comptable fera
toute diligence dans le recouvrement des créances fiscales.

Ces différentes formes de solidarité constituent pour le Trésor une garantie non négligeable,
d’autant plus que le privilège du Trésor porte à la fois sur les biens du contribuable et ceux
des tiers solidaires.

Le droit fiscal camerounais reprend quasi in extenso ces prévisions. La solidarité de paiement
est consacrée par le CGI aux articles L 86 et L 86 du CGI.

Aux termes de l’article 86 du CGI L’Avis de Mise en Recouvrement régulièrement établi est
exécutoire non seulement à l’encontre du contribuable qui y est inscrit, mais à l’encontre de
ses représentants ou ayants droit. A ce titre, sont tenus de payer en l’acquit du redevable sur la
demande qui en est faite par l’agent chargé du recouvrement et à concurrence des sommes
dont ils sont ou seront dépositaires ou débirentiers, tout employeur, tout fermier ou locataire
341
CAA Pari, 11 mars 1999, Mme MANGEARD, req. n° 96-2207.
342
CE, 08 mars 2004, M. PINOT, req. n° 248132, Dr. Fisc. 2004, n° 25, comm. 570, Concl. F. Séners
343
CE, 08 mars, M. BERGNER, req. n° 231199, Dr. Fisc. 2004, n° 26, comm. 592, concl. F. Séners.
130
AOAA _ v.0.
et, d’une manière générale, tout débiteur ou tout tiers détenteur. Le tiers-détenteur est
solidaire du paiement des sommes réclamées en cas de négligence coupable, défaillance
avérée ou complicité établie. Lorsque la cession des droits portant sur les ressources naturelles
ou des actions ou parts sociales d’une entreprise de droit camerounais est réalisée à l’étranger,
l’entreprise de droit camerounais est solidaire, avec le cédant, du paiement des droits dus au
titre de la cession. En cas de cession, quelles que soient les conditions, le cessionnaire peut
être tenu pour responsable solidairement avec le cédant du montant des impôts émis et restant
à émettre. Il ne peut être mis en cause qu’au titre de la période non prescrite et seulement
jusqu’à concurrence du prix de cession si celle-ci est faite à titre onéreux ou de la valeur
retenue pour la liquidation des droits de transmission entre vifs si elle a lieu à titre gratuit.

De plus, Chacun des époux, lorsqu’ils vivent sous un même toit, est solidairement responsable
des impositions assises au nom de son conjoint au titre de l’Impôt sur le Revenu des
Personnes Physiques, à l’exception des situations prévues dans le Code Général des Impôts.
Les héritiers ou légataires peuvent être poursuivis solidairement et conjointement à raison des
impôts non encore payés par leur auteur.

Enfin, lorsque le recouvrement de certains impôts, droits, taxes et pénalités dus par les
sociétés a été totalement compromis ou lorsque l’insolvabilité de celles-ci a été organisée par
des manœuvres frauduleuses des personnes qui exercent en droit ou en fait, directement ou
indirectement la direction effective de ces sociétés, ces personnes sont tenues solidairement
responsables du paiement de ces impôts et pénalités.

131
AOAA _ v.0.

SECONDE PARTIE :

LA PROTECTION DE LA FISCALITE LOCALE

[TITRE 1] LA PROTECTION EN AMONT DE LA FISCALITE LOCALE,


UNE PROTECTION EXCLUSIVEMENT ADMINISTRATIVE

[CHAPITRE 1] 1.1. L’ORGANISATION DE LA PROTECTION ADMINISTRATIVE (35-50 p


[SECTION 1] 1.1.1. LE CONTROLE CONCOMITTANT
[I] 1.1.1.1. LE CONTROLE EXERCE PAR LES SERVICES DE L’ETAT
[II] 1.1.1.2. LE CONTROLE EXERCE PAR LES SERVICES DE LA COMMUNE
[SECTION 2] 1.1.2. LE CONTROLE CONJOINT
[I] 1.1.2.1. LE FONDEMENT DU CONTROLE CONJOINT
[II] 1.1.2.2. LES LIMITES DU CONTROLE CONJOINT [Nouetsa, 90-92]

[CHAPITRE 2] 1.2. LES MODALITES DE LA PROTECTION ADMINISTRATIVE (35-50 p)


[SECTION 1] 1.2.1. LE CONTROLE SUR PIECES
[i] 1.2.1.1. LA BASE DU CONTROLE : LE DOSSIER FISCAL
[ii] 1.2.1.2. LE CONTROLE COMPLEMENTAIRE AU DOSSIER FISCAL
[SECTION 2] 1.2.2. LE CONTROLE SUR PLACE, PROLONGEMENT DU CONTROLE INTERNE
[I] 1.2.2.1. LE FONDEMENT : L’INFRUCTUOSITE DU CONTROLE SUR PIECES

[II] 1.2.2.2. LES MODALITES DU CONTROLE SUR PLACE

132
AOAA _ v.0.

TITRE 2 :
LA PROTECTION EN AVAL DE LA FISCALITE LOCALE, UNE COMPETENCE PARTAGEE
La fiscalité locale, instrument de l’impôt au Cameroun 344, ouvre expressément à tout
contribuable, dans le cadre du contentieux, la possibilité de solliciter dans certaines conditions
une solution administrative ou juridictionnelle à tout ou partie des droits et pénalités mis à sa
charge. Il s’agit du contentieux fiscal local qui met aux prises deux parties, à savoir
l’administration communale et le contribuable communal. En matière fiscale, si ces deux
parties sont facilement identifiables, en revanche, « la détermination de l’objet du litige et du
juge compétent pose quelques problèmes »345. A la lecture du CGI et la loi n°2009/019 portant
fiscalité locale, le législateur fiscal camerounais a pris l’option d’un partage de compétences
dans le contentieux fiscal local. Même réduit au contentieux de l’assiette et du recouvrement
des impôts locaux, les voies de règlement des litiges fiscaux locaux par voie administrative ou
juridictionnelle, instrument de la protection de la fiscalité locale, sont diverses et à maints
égards originales. Le législateur fiscal a, à cet effet, institué deux voies de recours : le recours
gracieux et le recours contentieux346.

Ainsi, au sens large, le contentieux fiscal, qu’il soit général ou local, peut inclure,
outre le contentieux de l’assiette et du recouvrement, le contentieux de la légalité, le
contentieux de la responsabilité et le contentieux de la répression en matière fiscale. Sous ce
rapport, la fiscalité locale est placée sous une double protection, d’une part sous une
protection gracieuse qui relève essentiellement du pouvoir discrétionnaire du chef de
l’exécutif municipal (Chapitre 1) et d’autre part, sous une protection contentieuse qui est,
cette fois-ci, l’œuvre du juge de l’impôt (Chapitre 2).

344
ALAKA ALAKA (P.), L’impôt au Cameroun, Contribution à l’étude d’un dysfonctionnement administratif,
L’Harmattan, 2009, 278p.
345
BELTRAME (P.), La fiscalité en France, Les fondamentaux, 11e édition, Paris, p.151.
346
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, L’Harmattan, 2009 p. 47.
133
AOAA _ v.0.

CHAPITRE 1 :
LA PROTECTION ADMINISTRATIVE OU GRACIEUSE : UN POUVOIR DISCRETIONNAIRE DU
CHEF DE L’EXECUTIF MUNICIPAL

Dans le cadre du contentieux des impôts locaux, tout comme pour les impôts de l’Etat,
les recours gracieux occupent une place importante dans le règlement des litiges fiscaux. Ils
présentent une originalité et une diversité certaines, propres au contentieux fiscal. En effet, la
loi n° 2009/019 portant fiscalité en ses articles 141 à 143 introduit en contentieux fiscal local
le concept de « juridiction gracieuse », sans pour autant le créer347, pour désigner les décisions
par lesquelles le chef de l’exécutif compétemment saisi se prononce sur les demandes de
remise ou de modération fondées sur des considérations humanitaires ou sur un appel à la
bienveillance et à l’équité. La fiscalité locale bénéficie, de ce fait, d’une protection gracieuse
qui se confond avec la juridiction gracieuse. En effet, cette dernière se définit comme
l’ensemble des procédures administratives qui permet de résoudre les litiges opposant
l’administration fiscale au contribuable en dehors de toute intervention du juge. C’est dire que
d’une manière générale, « dans le cadre de la juridiction gracieuse, le contribuable saisit
l’administration en vue d’obtenir une mesure de bienveillance portant abandon des
impositions ou des pénalités mises à sa charge »348.A la lecture du troisième Livre du CGI
camerounais consacré à la fiscalité locale, la juridiction gracieuse concerne les litiges tendant
aux remises, modérations ou à la décharge de responsabilité349.

Dans le contentieux fiscal général, celui impliquant exclusivement les impôts de l’Etat,
la juridiction gracieuse a une acception beaucoup plus large et concerne quatre (04) types de
situations : « 1) en matière d’impôts directs, le contribuable, pour des raisons de gêne ou
d’indigence le mettant dans l’impossibilité de payer sa dette fiscale, peut solliciter la remise
ou la modération du principal de sa dette ; 2) pour tous les impôts, le contribuable, objet de
sanctions, peut, alors qu’il est solvable, demander : soit la remise ou la modération de la
sanction, si elle est devenue définitive ; soit une transaction portant atténuation, si celle-ci
n’est pas encore définitive ; 3) une personne, mise en cause à titre de responsable pour le
paiement des impôts dus par un tiers, peut, pour tous les impôts solliciter la décharge totale

347
Sur l’évolution de la juridiction gracieuse au Cameroun. Voir, LENA (H.), « Aspects de la juridiction
gracieuse en droit fiscal », in Le contentieux fiscal camerounais, PUA, Yaoundé, 1999, pp. 161-194.
348
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 101.
349
Voir article C141 du CGI camerounais et l’article 141 de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant
fiscalité locale
134
AOAA _ v.0.
ou partielle de ses impositions; 4) le comptable du Trésor peut présenter une demande en vue
d’être dispensé d’effectuer de ses propres deniers personnels le versement des impositions
dont il n’a pu assurer le recouvrement »350.

En revanche, si la législation fiscale locale camerounaise n’a pas prévu la saisine


d’organismes consultatifs d’arbitrage, elle a limité les recours gracieux en matière de
contentieux fiscal local aux demandes de remise gracieuse et au pouvoir discrétionnaire du
chef de l’exécutif municipal, même si certaines dispositions du LPF restent applicables en
vertu de l’article C136 du CGI et de l’article 136 de la loi portant fiscalité locale.
Contrairement aux impôts de l’Etat où, conformément à l’article L 143 du LPF camerounais :
« les demandes tendant à obtenir soit une remise, soit une modération doivent être adressées
au chef de centre des impôts territorialement compétent »351, pour les impôts locaux, cette
demande doit être adressée au chef de l’exécutif municipal. Dans le premier cas, outre le
recours hiérarchique352 constaté dans le contentieux administratif général qui constitue la voie
la plus traditionnelle qu’on ne fera pas mention ici, la procédure gracieuse fiscale est celle
laissée à la discrétion de l’administration municipale lorsque les demandes formulées à cet
effet visent la contestation de certains impôts locaux. En effet, le contribuable communal ne
peut contester, dans ce cadre précis, le bien-fondé de la dette mise à sa charge. Il peut
seulement dans le cadre de cette procédure sur demande écrite adressée au chef de l’exécutif
communal, en solliciter l’atténuation voire la remise totale. Toutefois, une telle possibilité
peut assurément favoriser dans certains cas le règlement d’un litige, notamment lorsque le
contribuable peut espérer à l’occasion d’un supplément d’imposition, bénéficier d’une remise
totale ou partielle des pénalités mises à sa charge. Ces données sur la remise et la modération,
composantes de la réclamation gracieuse 353, permettent de distinguer nettement celles-ci de la
réclamation contentieuse ; distinction essentiellement fondée sur la nature des prétentions du
contribuable car, la première se caractérise par l’absence de moyens d’ordre juridiques,
contrairement à la seconde réclamation.

350
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 101.
351
Voir également l’article 143 de la loi n°2009/019 de la loi portant fiscalité locale.
352
Le recours hiérarchique est un recours administratif porté devant l’administration elle-même notamment
devant le supérieur de l’autorité auteur de l’acte en vue de faire annuler l’un de ses actes ou de demander une
réparation pécuniaire. Voir aussi, DOUMBE-BILLE (S.), « Recours pour excès de pouvoir et le recours de plein
contentieux », AJDA, 1993, p.3 et s.
353
LENA (H.), « Aspects fiscaux de la juridiction gracieuse en droit fiscal » in Le droit fiscal camerounais
(François MBOME), PUA, Yaoundé, 1999, p. 161 et s.
135
AOAA _ v.0.
La protection gracieuse de la fiscalité locale est dès lors essentiellement l’œuvre de la
juridiction gracieuse dont il convient d’exposer la compétence (Section 1), avant de préciser
la procédure suivie devant elle (Section 2). [Envisager l’hypothèse de la transaction fiscale]

SECTION 1. LA COMPETENCE DE LA JURIDICTION GRACIEUSE [l 2009/019, art. 141]

La juridiction gracieuse354 s’inscrit dans un cadre totalement différent du débat


contradictoire prévu (en principe) entre le fisc et le contribuable pour asseoir l’impôt 355. En
matière fiscale, s’agissant des mesures gracieuses, c’est l’expression de « juridiction »
gracieuse qui est adoptée. La juridiction gracieuse tout comme la juridiction contentieuse
exerce une compétence inhérente à sa fonction contentieuse 356, même si elle n’est pas, à
proprement parler, une juridiction tant au sens matériel qu’au sens formel 357. La compétence
d’une juridiction apparaît ainsi comme « le droit et l’obligation qu’à cette juridiction de
connaître d’une certaine matière »358. D’un autre point de vue, si la compétence désigne « un
pouvoir juridique, une capacité d’action en vertu desquels les organes juridictionnels et
administratifs sont habilités par l’ordre juridique, à créer des normes juridiques individuelles
en application des normes générales »359, en matière fiscale le Code général des impôts et la
loi n°2009/019 portant fiscale locale précisent le domaine de compétences de la juridiction
gracieuse. En effet, l’article C141 du CGI et l’article 141 de la loi n° 2009/019 disposent en
les mêmes termes que : « la juridiction gracieuse connaît des demandes tendant à obtenir :
- La remise ou modération de taxes communales régulièrement établies, en cas de gêne ou
d’indigence mettant les redevables dans l’impossibilité de se libérer envers la recette
municipale ;
- La remise ou modération d’amendes ou de majorations fiscales, lorsque ces pénalités,
intérêts de retard, sont définitifs ;
- La décharge de la responsabilité incombant à certaines personnes quant au paiement de
taxes dues par un tiers ».

354
COQ (V.), « La notion de juridiction gracieuse en droit fiscal », RDP, n°2, 2015, p.389 et s.
355
NOEL (G.), « Le règlement administratif des litiges fiscaux sans recours au juge » in Le juge fiscal (Sous la
direction de Robert HERTZOG), Economica, 1988, p. 122.
356
« La fonction contentieuse suppose en effet matériellement la solution d’un litige sur la base du droit » (J.
Chevallier « Fonction contentieuse et fonction juridictionnelle », Mélanges Stassinopoulos, Paris, LGDJ, 1974,
p. 283).
357
COQ (V.), « La notion de juridiction gracieuse en droit fiscal », RDP, op.cit., p.340 et s.
358
ODENT (R.), Contentieux administratif, Tome 1, Dalloz, 2007, p.87.
359
KELSEN (H), Théorie pure du droit, op.cit., p 198.
136
AOAA _ v.0.
360
. C’est ici que les contribuables rencontrent le plus souvent des problèmes. En effet, bon
nombre de contribuables locaux ou nationaux ne maîtrisent pas les spécificités de la procédure
fiscale. Ils ont tendance à confondre le recours gracieux avec le recours administratif
préalable qui lui, comme on le verra, relève de la « juridiction contentieuse ».

Dans un État de droit comme le nôtre, l’impôt est alors soumis aux principes de
légalité et d’égalité. Dans le cadre de la fiscalité locale précisément, les contribuables
communaux placés dans des situations objectivement équivalentes au regard de la loi fiscale
sont donc imposés de la même manière. Néanmoins, face à la rigueur arithmétique et
systématique de ces principes, le législateur fiscal a prévu des mécanismes permettant
d’intégrer une sorte d’équité dans le traitement fiscal. Tel est le rôle justement de la
juridiction gracieuse en droit fiscal instituée par le CGI et la loi portant fiscalité locale,
laquelle juridiction permet au contribuable de demander la suppression (remise) ou la
diminution (modération) de son imposition, sans en contester la régularité.

De toutes les composantes de la juridiction gracieuse, que ce soit pour les impôts
d’Etats ou les impôts locaux, les demandes de remise et modération sont celles les plus
sollicités par les contribuables. Le législateur fiscal a également étendu le domaine de cette
procédure fiscale particulière aux demandes des receveurs d’impôts visant à l’admission en
non-valeur de cotes irrécouvrables ou à la décharge de responsabilité (article L141 du LPF) 361.
Cette procédure gracieuse ne se limite pas aux receveurs des impôts communaux, mais surtout
concerne les contribuables qui peuvent formuler des demandes dont l’objet est le bénéfice des
mesures de faveur. Dans la quasi-totalité des cas, dans le cadre de la demande gracieuse, les
contestations des contribuables affectant les impôts locaux et taxes communales dont les
remises ou modérations sont sollicitées concernent les taxes elles-mêmes ou les pénalités

360
Précisant qu’en matière d’impôts d’Etats, le recours hiérarchique s’arrête auprès du Ministère des Finances.
Notons aussi que considérée comme acte administratif, la décision gracieuse est susceptible d’un recours pour
excès de pouvoir. Car, il ne faut pas perdre de vue qu’une loi qui dispose qu’une décision administrative ou
juridictionnelle n’est susceptible d’aucun recours est toujours interprétée comme n’excluant pas le recours pour
excès de pouvoir, s’il s’agit d’une décision administrative (CE, Ass. 17 février 1950, Ministre de l’Agriculture c/
dame Lamotte, GAJA, n° 65, Rec. 110, RDP, 1951, p. 478, concl. J. DELVOLVE, note M. WALINE) ou le
recours en cassation, s’il s’agit d’une décision juridictionnelle (CE, Ass. 7 février 1947, d’Aillières, GAJA, n°
61, Rec. 50, RDP, 1947, 68, concl. R. ODENT, note M. WALINE, JCP 1947.II.3508, note G. MORANGE ; CE,
Ass. 12 juillet 1969, l’Etang, RDP, 1970, p. 387, note WALINE). Cependant, parce que le juge de l’excès de
pouvoir est un juge de la légalité et non de l’opportunité, il ne peut contrôler les larges pouvoirs d’appréciation
dont dispose l’administration en matière de « juridiction gracieuse ». Son contrôle reste donc minimum. En clair,
seuls les moyens tirés de l’incompétence, du détournement de pouvoir, du vice de forme, de l’erreur de droit, ou
de l’inexactitude matérielle des faits peuvent être accueillis par le juge de l’excès de pouvoir. En revanche, il ne
saurait question que celui-ci contrôle la qualification juridique des faits et, moins encore, leur appréciation.
361
Conformément aux dispositions des articles C136 du CGI et l’article 136 de la loi n° 2009/019, « Le recours
contentieux des impôts locaux obéit aux règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales, sous
réserve des dispositions spécifiques régissant les taxes communales ».
137
AOAA _ v.0.
lorsque le contribuable a acquitté la totalité de l’impôt en principal (I), soit les actions en
décharge de responsabilité (II).

I. LA REMISE OU MODERATION DES TAXES COMMUNALES ET DES PENALITES


FISCALES
Les mesures gracieuses de remise ou de modération que le chef de l’exécutif est
autorisé à prendre visent quantitativement les demandes des contribuables. Ces demandes
portent sur les droits au principal ou sur les pénalités affectant les taxes communales. Il
convient respectivement de préciser le contenu juridique des notions de remise ou modération
(A), leur champ d’application (B) et leur régime juridique (C).

A. Notions de remise et de modération

Au Cameroun, la remise ou la modération d’impôts légalement dus, qui relève de la «


juridiction gracieuse », est très ancienne ; puisqu’elle s’inspire de l’histoire française et
remonte à l’instruction du 26 prairial an VIII (prise en exécution de l’arrêté du 24 floréal an
VIII) aux termes de laquelle : «... si justement taxé dans le principe, le contribuable perd en
totalité les revenus ou les facultés objet de la taxe, il a droit à une remise ; s’il ne perd qu’une
partie de ces revenus ou facultés, il n’a droit qu’à une modération : la remise et la
modération tiennent plus à l’humanité et à la bienfaisance qu’à la justice distributive…».
Spécifiquement au Cameroun, l’article 11 de la loi du 27 décembre 1927 a introduit dans le
droit fiscal positif le concept de « juridiction gracieuse » pour désigner les décisions par
lesquelles l’administration des impôts se prononce sur les demandes de « remise » ou de
« modération » fondées sur des considérations humanitaires ou sur un appel à la bienveillance
et l’équité, bien pour autant que ce texte n’a pas créé la juridiction gracieuse 362. Il convient
alors d’en rechercher la signification des notions de « remise » et de « modération ».
Le troisième Livre de procédure fiscale applicable à la fiscalité locale ne donne aucune
définition de la notion de « remise », encore moins celle de « modération ». En effet, l’article
C141 sus énoncé ainsi que l’article 141 du LPF, se bornent à énoncer les domaines sur
lesquels les demandes gracieuses doivent porter, encore moins l’article 410 du CGI 363 qui en
matière des droits d’enregistrement, bien qu’en utilisant les notions de remise et modération,
se bornent à énoncer les autorités compétentes pour accorder ces deux mesures. A ce titre,

362
LENA (H.), « Aspects de la juridiction gracieuse en droit fiscal » in Le contentieux fiscal camerounais
(François MBOME), PUA, Yaoundé, 1999, p. 161.
363
Article 410 du CGI : « la modération ou la remise des pénalités et amendes peuvent être accordées par les
autorités compétentes de chaque Etat membre ».
138
AOAA _ v.0.
l’article C141 se limite à énoncer que : « La juridiction gracieuse connaît des demandes
tendant à obtenir :
- La remise ou modération de taxes communales régulièrement établies, en cas de gêne ou
d’indigence mettant les redevables dans l’impossibilité de se libérer envers la recette
municipale ;
- La remise ou modération d’amendes ou de majorations fiscales, lorsque ces pénalités,
intérêts de retard, sont définitifs… »364.C’est dire que les notions de remise ou de modération
ne font l’objet d’aucune définition expresse de la part du législateur fiscal camerounais.

C’est alors, qu’il faudrait se référer à l’article 571 du CGI qui lui-même complète
l’article 410 cité plus haut, pour y voir une esquisse de définition de la notion de
« modération », et la définition de la « remise » ne pourra être obtenue que par un
raisonnement inverse. Dans ce sens, l’article 571 du CGI dispose que : « Conformément à
l'article 410 du présent Code, la modération ou la remise gracieuse des pénalités, peut être
accordée sur demande timbrée du redevable et selon les modalités ci-après : La remise des
pénalités de retard ne peut être accordée qu'après paiement intégral des droits simples et
lorsque le retard est inférieur à un (1) mois. La modération ou remise partielle des pénalités,
amendes ou astreintes ne peuvent être accordées, lorsque le retard est supérieur à un (1)
mois, qu'après paiement préalable des droits simples majorés d’une amende fiscale de 10
% ». C’est dire à la suite de cette disposition que la modération est synonyme de remise
partielle des pénalités, amendes ou astreintes.
De manière générale, « la remise ou la modération se présente comme un abandon
pur et simple ou conditionnel, consenti par un créancier à son débiteur, et portant sur tout ou
partie de la créance »365. C’est un acte unilatéral d’abandon de créance. De ce fait, et compte
tenu de la règle qui veut que le contentieux tient le gracieux en l’état, la remise ou la
modération, abandons unilatéraux ne sauraient intervenir qu’autant que la créance fiscale est
devenue définitive. On peut donc conclure a contrario que « la remise est l’abandon de la
totalité des pénalités, amendes ou astreintes pour les droits d’enregistrement »366 y compris
les impôts indirects locaux.

En outre, cette définition retenue de l’ancien code de l’enregistrement peut donc


valablement aussi s’appliquer aux autres impôts directs locaux, taxes communales et
assimilées, ainsi qu’aux pénalités et amendes fiscales. Cette lecture est très proche sinon
364
Voir aussi l’article 141 de la loi n°2009/019 de la loi portant fiscalité locale.
365
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 104.
366
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, L’Harmattan, 2009, Paris, p.206.
139
AOAA _ v.0.
identique de celle retenue par la doctrine administrative française. Pour cette dernière : « la
remise est l’abandon pur et simple de la totalité des impositions ; et la modération est
l’abandon pur et simple d’une partie des impositions »367. Au terme de l’article C 141 du
CGI, la remise ou modération de taxes communales régulièrement établies s’appliquent sur
les amendes ou majorations fiscales, lorsque ces pénalités, intérêts de retard sont devenus
définitifs. Il convient de préciser le champ d’application de la remise ou modération
sollicitées par les contribuables devant la juridiction gracieuse dans le cadre du contentieux
fiscal local.

B. Le champ d’application de la remise ou modération

La juridiction gracieuse en droit fiscal est compétente pour l’examen des demandes
présentées soit par les contribuables en vue d’obtenir une mesure de bienveillance portant
abandon ou atténuation des impositions ou des pénalités mises à leur charge, soit par les
comptables publics en vue d’être dispensés d’effectuer de leurs deniers personnels le
versement des impositions dont ils n’ont pu assurer le recouvrement 368. Néanmoins, le plus
souvent, les mesures gracieuses adressées aux administrations communales sont présentées à
la demande des contribuables sur le fondement de l’article L 141 et s. du LFP (contentieux de
l’impôt) et des articles C142 et 142 et s. de la loi portant fiscalité locale (contentieux des
impôts locaux).
En pratique, les contribuables communaux peuvent donc concrètement demander des
remises d’impôts, d’amendes ou de majoration d’impôt en cas de gêne ou d’indigence. Ils
peuvent également, par la voie de la transaction par une interprétation extensive, solliciter une
atténuation d’amendes fiscales ou de majorations d’impôts. Mais la transaction n’est pas
expressément prévue dans le cadre du contentieux des impôts locaux par le CGI et la loi
portant fiscalité locale. En sus, l’administration communale peut encore décharger de leur
responsabilité les personnes tenues au paiement d’impositions dues par un tiers 369. Plus
clairement, au terme des articles C141 du CGI et de l’article 141 de la loi n°2009/019 portant
fiscalité locale sus-visée, les demandes de remise ou de modération peuvent porter sur les
taxes communales régulièrement établies ou des amendes ou de majorations fiscales, lorsque
ces pénalités, intérêts de retard, et (le cas échéant), sont définitifs. Plus précisément, sans

367
Direction Générale des impôts, Précis de Fiscalité, 2002, Tome 2, Livre VII, p. 183.
368
Précis de fiscalité 2014, Livre XX, n° 8812, BOFIP (France).
369
Par exemple, Tel est le cas par exemple de chacun des époux qui peut demander à être déchargé de
l’obligation solidaire de payer un impôt ou une taxe communale quelconque.
140
AOAA _ v.0.
contester la régularité de son impôt, le contribuable communal doit soulever les difficultés
qu’il a à le régler. Pour se faire, il arguera de sa gêne ou de son indigence en faisant appel à la
bienveillance, à « l’humanité » de l’administration fiscale370. Dès lors, en matière gracieuse, le
contribuable ne fonde pas sa demande sur des arguments de droit, il ne remet pas en cause
l’impôt qui lui est demandé à juste titre ; mais sollicite une solution équitable.
S’agissant des demandes concernant les taxes communales régulièrement établies,
l’article C141 du CGI précise que : « la juridiction gracieuse connaît des demandes tendant à
obtenir :- la remise ou modération de taxes communales régulièrement établies, en cas de
gêne ou d’indigence mettant les redevables dans l’impossibilité de se libérer envers la recette
municipale »371. Cette disposition appelle deux observations : la première, c’est que le
législateur fiscal semble limiter aux seules taxes communales l’exercice du pouvoir de remise
ou de modération sur les droits au principal. C’est dire que les impôts indirects locaux et
assimilés, ainsi que sur les autres impôts collectés auprès des tiers pour le compte du trésor, à
l’instar de la TVA (article L 142 du LPF) en sont implicitement exclus. A cet effet, l’article L
142 du LPF précise qu’« aucune remise ou modération ne peut être accordée sur les impôts
sur le chiffre d’affaires ainsi que sur les autres impôts collectés auprès des tiers pour le
compte du Trésor ».
La seconde observation tient au fait que si l’on perçoit que les préoccupations
d’humanité et de bienfaisance à la base de l’institution d’un pouvoir de remise ou de
modération ressortent de cette disposition, les notions de « gêne » et « d’indigence » ne font
l’objet d’aucune définition législative. Puisque la prétention du contribuable ne se fonde pas
sur des moyens juridiques, il peut alors s’appuyer sur l’insuffisance des moyens financiers, la
précarité de sa santé, les charges familiales ou toute autre considération tirée de sa situation
personnelle qui fait obstacle au paiement de sa dette. Et si le contribuable communal peut
évoquer ses motifs à sa guise, l’administration communale dispose toutefois, d’une marge de
liberté dans l’appréciation de la situation du contribuable le mettant dans l’impossibilité de
s’acquitter de sa dette fiscale.
Pour ce qui est des demandes concernant les pénalités fiscales, l’article C141 du CGI
énonce que : « la juridiction gracieuse connaît des demandes tendant à obtenir (…),-la
remise ou modération d’amendes ou de majorations fiscales, lorsque ces pénalités, intérêts
de retard, sont définitifs ».C’est dire que pour ces pénalités, l’administration communale a
toujours le loisir d’en prononcer la remise lorsqu’elles sont attachées à une imposition

370
LENA (H.), « Aspects de la juridiction gracieuse en droit fiscal », op.cit., p. 161.
371
Voir également l’article 141 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
141
AOAA _ v.0.
communale directe ou indirecte, à la seule condition que ces pénalités soient devenues
définitives. A cet effet, on peut admettre qu’une imposition communale est considérée comme
définitive, lorsqu’elle ne peut plus faire l’objet d’un recours contentieux : soit lorsque les
délais de recours contentieux sont expirés, soit lorsqu’une décision juridictionnelle a
irrévocablement mis un terme à toute contestation372 .
En matière d’impositions définitives, si les remises et modérations s’appliquent
exclusivement aux impôts directs en ce qui concerne les droits en principal ; elles s’appliquent
également aux pénalités et amendes de tous les impôts, y compris les impôts indirects locaux,
pour des motifs de gêne et d’indigence. Toutefois, la lecture l’article C141 du CGI
susmentionné lui donne un champ d’application très étendu. En effet, pour tous les impôts
quelle que soit sa nature, le contribuable communal sous le coup d’une sanction fiscale peut,
alors même que sa solvabilité n’est pas en cause, demander à l’administration communale de
reconsidérer ladite sanction si elle est devenue définitive 373. A ce niveau, il est judicieux, pour
la suite de l’étude, de préciser le régime juridique de la remise et modération.

C. Le régime juridique de la remise et modération

Lors de sa demande gracieuse adressée à l’administration communale, précisément le


chef de l’exécutif communal, le contribuable a le devoir de bien s’identifier et d’exposer
clairement la nature de sa requête. Si l’administration communale doit, par suite, décider de
quel type de recours elle est saisie en fonction « des termes de la réclamation » et des
« raisons » invoquées, le contribuable communal doit, pour sa part, avant tout respecter les
conditions de forme et délai dans l’introduction de sa demande de remise ou de modération. Il
s’agit de scruter ici si la loi a prévu des conditions de forme et de délai dans la constitution
d’une telle demande en vue de l’obtention d’une remise ou d’une modération. En effet, en
matière de remise et de modération, la loi (ni le CGI ni la loi n°2009/019 portant fiscalité
locale) ne prévoit aucun délai dans lequel les demandes doivent être adressées au chef de
l’exécutif municipal. A cet titre, l’article C142 du CGI précise que : «les demandes sont
introduites auprès du chef de l’exécutif municipal…»374.

372
Par exemple, à la suite d’une décision d’une juridiction de première instance, non frappée d’appel dans les
délais ; décision d’une juridiction d’appel n’ayant pas fait l’objet d’un pourvoi en cassation ou enfin d’une
décision de la juridiction de cassation.
373
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.207.
374
Voir aussi l’article 142 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
142
AOAA _ v.0.
D’abord en ce qui concerne les délais, les demandes de remise ou de modération
peuvent être formulées à toutes époques après mise en recouvrement des impôts et pénalités
par le receveur municipal. Elles ne sont soumises à aucune condition au regard des délais de
présentation. Ainsi, elles peuvent être formées à tout moment après la mise en recouvrement
de l’impôt local dont le contribuable sollicite l’abandon ou l’atténuation ; elles peuvent même,
dans certains cas, être présentées avant que l’administration communale ait arrêtée
l’imposition ou ait effectivement prononcée les pénalités en cause. Il peut s’agir ici du cas des
demandes de transaction, même si elle ne fait que jusqu’ici l’objet d’une consécration
implicite dans le contentieux fiscal local, présentées au cours d’une procédure de
redressement avant que les impositions soient définitivement établies.
En ce qui concerne la forme, ces demandes doivent être établies par simple lettre et ne
sont pas soumises au droit de timbre. Elles doivent être individuelles et signées par le
contribuable communal lui-même ou son mandataire. La demande doit donc être établie sous
la forme d’une simple lettre adressée au chef de l’exécutif communal. C’est dire que la lettre,
non obligatoirement timbrée (du moins ni le CGI ni la loi portant fiscalité locale ne précisent
que cette lettre est soumise au droit de timbre), doit comporter : nom, prénom et adresse ;
signature de l’auteur ou du mandataire. Toutefois, ces conditions de forme ne sont pas
substantielles pour la suite de l’instruction 375, car les services fiscaux de la commune
concernée peuvent se montrer généralement très libéraux pour apprécier la recevabilité ou la
forme des requêtes gracieuses adressées à l’administration communale. Dans la pratique,
comme pour les impôts d’Etat, il peut arriver qu’on ne rejette pas pour vice de forme, une
demande qui, n’étant pas accompagnée des pièces susvisées, contient néanmoins certaines
indications de nature à permettre l’identification des droits ou pénalités portant sur les impôts
locaux en cause.
Par ailleurs, au terme de l’article C142 du CGI et de l’article 142 de la loi n°2009/019,
les demandes des contribuables communaux visant à obtenir une remise ou une modération
d’imposition doivent contenir les indications nécessaires pour identifier l’imposition en cause.
Elles doivent, tout comme pour les impôts d’Etat être accompagnées d’une copie de l’avis de
recouvrement, le cas échéant, de l’avertissement ou extrait du rôle délivré par l’agent de
recouvrement. En sus, les remises ou modérations portant sur les impôts locaux s’appliquent
à l’égard : des pénalités définitives, des indemnités ou intérêts de retard pour lesquels la
transaction est exclue376, même si les pénalités ne sont pas définitives, dès lors que les droits
375
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.107.
376
En effet, même si la transaction en matière de contentieux fiscal local ne repose que sur une consécration
implicite, il faut noter que, de manière pratique et récurrente les agents communaux en charge de recouvrement
143
AOAA _ v.0.
en principal auxquels elles se rapportent ne sont pas contestés. Toutefois, autant pour les
impôts locaux que pour les impôts d’Etat, « on les accorde uniquement si la nature des
infractions commises ne s’oppose pas à leur octroi ; de même que les demandes en remise ou
en modération ne sauraient donner lieu à l’octroi d’un sursis de paiement »377. Si la remise ou
modération visent à diminuer ou à éteindre certaines impositions ou pénalités, la décharge de
responsabilité permet de libérer le contribuable communal imposé par erreur relativement au
paiement des impositions dues par un tiers.

[II] 2.1.1.2. LA DECHARGE DE RESPONSABILITE

La décharge de responsabilité telle que prévue par les articles C 141 du CGI 378, est une
procédure visant à dispenser de l’obligation du paiement des impôts, les tiers mis en cause en
qualité de responsable solidaire, par application des dispositions du CGI ou de toutes autres
dispositions des lois fiscales379. En effet, l’article C 141 du CGI dispose que : « la juridiction
gracieuse connaît des demandes tendant à obtenir : - la décharge de la responsabilité
incombant à certaines personnes quant au paiement de taxes dues par un tiers »380.Cette
disposition sur la décharge de responsabilité reste lacunaire. Seul le recours à l’article 344 de
l’ancienne version du CGI permet d’en avoir une vision claire. A ce titre, cet article énonce
que : « les tiers qui par application des dispositions du Code Général des Impôts ou de toute
autre disposition des lois fiscales, sont tenus de payer les impôts en l’acquit des redevables,
peuvent soumettre à la juridiction gracieuse une demande tendant à être dispensés de
l’obligation qu’ils assument en vertu des dispositions précitées ». Cette formulation plus ou
moins claire et précise nous permet de constater que le champ d’application de la juridiction
gracieuse, tant pour les impôts locaux que pour les impôts d’Etat, relativement à la décharge
de responsabilité est très vaste et illimité. Ainsi, la décharge de responsabilité peut être
accordée tant en matière d’impôts directs locaux (A) que d’impôts indirects locaux (B).

A. La décharge de responsabilité en matière d’impôts directs locaux

En matière d’impôts directs locaux, la responsabilité solidaire des tiers doit être
dégagée en référence aux articles L 86 à L88 du CGI. A ce propos, l’article L 86 pose le
des impôts locaux procèdent, le plus souvent, à la transaction avec les contribuables locaux. Toute chose qui a
une finalité première : recouvrir les recettes communales.
377
Ibid., p. 109.
378
Voir aussi l’article 141 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
379
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 219.
380
Voir aussi l’article 141 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
144
AOAA _ v.0.
principe général de la solidarité de paiement en ces termes : « l’avis de mise en recouvrement
régulièrement établi, est exécuté non seulement à l’encontre du contribuable qui y est inscrit,
mais aussi à l’encontre de ses représentants ou ayants droit ». Pour se faire, sont tenus de
payer en l’acquit du redevable sur la demande qui est faite par l’agent municipal en charge du
recouvrement et à concurrence des sommes dont ils sont ou seront dépositaires ou
débirentiers, tout employeur, tout fermier ou tout locataire et, d’une manière générale, tout
débiteur ou tout tiers détenteur. Le tiers détenteur est solidaire su paiement des sommes
réclamées en cas de négligence coupable, défaillance avérée ou complicité établie 381.

Bien plus, en cas de cession, quelles qu’en soient les conditions, le cessionnaire peut
être tenu pour responsable solidairement avec le cédant du montant des impôts locaux émis et
restant à émettre. Le cessionnaire ne peut être mis en cause qu’au titre de la période non
prescrite et seulement jusqu’à concurrence du prix de cession si celle-ci est faite à titre
onéreux ou de la valeur retenue pour la liquidation des droits de transmission entre vif si elle
a lieu à titre gratuit382. En sus, les conjoints, pour les impôts locaux dus, sont également
responsables solidairement, en matière d’impôt sur la propriété foncière, conformément à
l’article L 87 du LPF. Les héritiers ou légataires, pour ce qui est des impôts locaux dus,
peuvent être poursuivis solidairement et conjointement à raison des impôts non encore payés
par leurs auteurs. La décharge de responsabilité ne concerne pas que les impôts directs locaux,
elle peut également être prononcée en matière d’impôts indirects locaux.

B. La décharge de responsabilité en matière d’impôts indirects

La décharge de responsabilité peut également être accordée en matière des impôts ou


taxes directs locaux. En effet, en application de l’article 310 du CGI 383, en matière de baux et
locations quelconques, bailleurs et preneurs sont responsables solidairement, pour les droits
simples et le cas échéant pour les pénalités fiscales. Aussi, en application de l’article 308 du
CGI384, les officiers publics qui auraient fait pour les partisans l’avance des droits
d’enregistrement, notamment certains droits et taxes communales, pourront en poursuivre le
paiement, conformément aux dispositions légales relatives au recouvrement des frais dus aux
notaires avoués et huissiers385.
381
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 220.
382
Ibid., p.220.
383
Article 310 : « En matière de baux et locations quelques, bailleur et preneur sont, nonobstant toute clause
contraire, solidaires pour les droits simples et le cas échéant pour les pénalités ».
384
Article 308 : « Les officiers publics qui, aux termes de l’article 305 ci-dessus, auraient fait, pour les parties,
l’avance des droits d’enregistrement, pourront en poursuivre le paiement conformément aux dispositions légales
relatives au recouvrement des frais dus aux notaires, avoués et huissiers ».
385
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 221.
145
AOAA _ v.0.
En outre, peuvent faire l’objet d’une action en décharge de responsabilité,
conformément à l’article 311 du CGI386, les droits et déclarations des mutations par décès
seront payés par les héritiers, donataires ou légataires, et donc les cohéritiers sont solidaires
des impôts ou taxes dus au service de la recette municipale. Si les demandes de remise, de
modération et de décharge de responsabilité ont été expressément prévues par l’article C141
du CGI et l’article 141 de la loi portant fiscalité locale, il n’en va pas de même de la
transaction où le législateur fiscal affiche un certain mutisme.

Section 3. L’hypothèse de la transaction dans la juridiction gracieuse locale

D’après l’article 2044 du code civil, la transaction « c’est un contrat par lequel les
parties terminent une contestation ou préviennent une contestation à naître ». En matière
fiscale, le CGI, pour les impôts d’Etat, a prévu la transaction notamment comme une
convention passée entre l’administration et le contribuable, portant atténuation totale ou
partielle des pénalités, lorsque celles-ci, et le cas échéant les impositions principales
auxquelles elles s’ajoutent, ne sont pas devenues définitives. Si le CGI prévoit expressément
la transaction pour les impôts d’Etat, elle ne l’exprime pas dans les mêmes termes, en ce qui
concerne les impôts locaux ; il en va de même de la loi n° 2009/019 portant fiscalité locale.
Toutefois, si l’article C136 du CGI dispose que : « le recours contentieux des impôts locaux
obéit aux règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales, sous réserve des
dispositions spécifiques régissant les taxes communales », l’on peut en déduire implicitement
que le législateur fiscal, a laissé la latitude aux services fiscaux communaux de recours à la
transaction dans le cadre de règlement des litiges fiscaux, peut-être à l’exception des
dispositions spécifiques aux taxes communales. Il convient alors de préciser les modalités de
cette transaction (I), avant de cerner sa mise œuvre dans le cadre du contentieux fiscal (II).

I. Les modalités de la transaction fiscale locale

Si la transaction implique des concessions réciproques faites par le créancier et le


débiteur, aux fins d’abandonner une part de leurs droits respectifs 387, la transaction, bien que
le CGI est muet sur l’initiative, l’on peut déduire qu’elle peut être initiée autant par les
services fiscaux de la commune que par le contribuable communal lui-même. Dans la
pratique, l’initiative appartient le plus souvent à l’administration, en l’espèce, celle
communale. A lecture de l’article L 125 du LPF dont la consécration implicite peut résulter de

386
Article 311 : « Les droits et déclarations de mutations par décès seront payés par les héritiers donataires ou
légataires. Les cohéritiers sont solidaires ».
387
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 103.
146
AOAA _ v.0.
l’article 136 de la loi portant fiscalité locale 388, et donc transposable et applicable en l’espèce,
la transaction pourrait alors intervenir suivant deux hypothèses : tout d’abord avant la mise en
recouvrement suivant une procédure de contrôle fiscal, c’est-à-dire, à l’issue de la procédure
de redressement (d’office ou contradictoire), engagée par les agents communaux en charge du
recouvrement; ensuite, après la mise en recouvrement durant la procédure contentieuse.

En transposant au contentieux fiscal local, la nouvelle version de l’article L 125 du


LPF, contrairement à l’ancienne389, le chef de l’exécutif municipal, à qui la réclamation
gracieuse est adressée (remise, modération, éventuellement la transaction), dans le cadre de la
transaction, peut consentir à une modération ou à un abandon total des pénalités applicables.
Et en cas d’acceptation de la proposition, le contribuable communal, doit en contrepartie :
s’engager immédiatement à payer les droits en principal et le solde des pénalités
éventuellement laissés à sa charge ; à ne pas introduire une réclamation ultérieure si la
transaction a lieu avant la mise en recouvrement , à se désister des réclamations ou des
requêtes introduites si la transaction a lieu durant la procédure contentieuse. 390 De même, la
transaction fait obstacle pour l’administration communale à toute introduction ou reprise
d’une procédure contentieuse.

Appliqué concrètement au contentieux fiscal local notamment à la procédure


gracieuse, aucun impôt local en principal (impôts communaux, centimes additionnels sur les
impôts et taxes de l’Etat, les taxes communales, impôts et taxes des régions), à l’image des
impôts d’Etat, ne saurait, quelle que soit sa nature, faire l’objet d’une atténuation par voie de
transaction. C’est dire que la procédure de transaction est applicable en toutes matières
fiscales (impôts directs locaux, droits et, les taxes communales éventuellement). Cette
procédure peut donc concerner tous les impôts directs ou indirects locaux. Si la transaction ne
peut porter que sur les pénalités (par une application combinée de l’article L 125 du LPF et
136 de la loi portant fiscalité locale)391, à l’exception du principal des impôts, il faut tout de
même noter que les intérêts de retard 392 doivent en être exclus car ; ces derniers ne présentent
388
Voir aussi l’article C 136 du CGI.
389
L’ancienne version de l’article L 125 du LPF alinéa 1, s’agissant du contentieux des impôts d’Etat, énonçait
que les litiges fiscaux peuvent donner lieu à transaction à tout moment même devant l’instance engagée devant le
juge. Et à l’occasion, il peut être accordé une modération totale ou partielle des pénalités dans les deux cas :
avant la mise en recouvrement consécutive à un contrôle fiscal et durant toute procédure contentieuse. L’alinéa 2
poursuivait : l’acceptation de la transaction ferme toute voie de recours au contribuable, emporte son désistement
devant toute instance contentieuse et lui fait obligation de l’acquittement immédiat des droits et pénalités restant
à sa charge.
390
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.216.
391
Voir également l’article C136 du CGI qui peut être combiné avec l’article L125 du LPF.
392
On entend par intérêts, l’ensemble des sommes d’argent représentant le prix de l’usage d’un capital. Appliqué
au droit fiscal, il s’agit des sommes d’argent destinée à réparer le préjudice subi par l’administration fiscale ou
147
AOAA _ v.0.
pas le caractère d’une sanction, et en sont réduits à titre d’accessoire des droits en principal 393.
C’est à noter que toute pratique de l’administration communale, qui par souci d’efficacité,
opère de la transaction sur les impôts en principal (qu’il s’agisse des impôts, droits ou taxes
communales), s’avère illégale dès lors que l’on en viendrait à une application rigoureuse de la
loi.

En raison de sa particularité, la transaction se justifie autant pour les impôts d’Etats


qu’elle peut l’être pour les impôts locaux. En effet, s’agissant du contentieux fiscal local dans
la mesure où elle s’applique à une créance fiscale, impôts droits et taxes communales ou
pénalités contestés ou susceptibles de contestation. La transaction a raison d’être dans tous les
cas où, en l’absence de toute possibilité de contestation de la créance fiscale devant le juge de
l’impôt ; elle a pour effet de mettre fin à une action déjà engagée devant les tribunaux
répressifs en vue d’obtenir une condamnation à des sanctions fiscales, ou alors d’interdire
l’engagement d’une telle action. Parce que les pénalités remises dans le cadre de la transaction
ont lieu suivant une décision de dégrèvement, la transaction elle-même doit également faire
l’objet d’une mise en œuvre particulière.

II. La mise en œuvre de la transaction fiscale locale

La transaction fiscale telle qu’elle peut se passer dans le cadre du contentieux fiscal
local, obéit aux mêmes règles de procédure qu’en matière de remise ou de modération ou de
décharge de responsabilité en vertu des articles C136 du CGI 394. En effet, le contribuable, qui
reçoit une notification de redressement, peut, avant même de prendre position sur ledit
redressement, et avant même que l’imposition ne soit arrêtée et mise en recouvrement,
présenter une demande de transaction.

A ce titre, le contribuable de la commune concernée doit alors adresser directement


sa requête au chef de l’exécutif municipal qui a procédé de la notification de redressement, et
détient le dossier de l’affaire. Dès réception de la demande, le chef de l’exécutif municipal
considéré, à l’exemple de l’inspecteur des impôts pour les impôts d’Etat 395, s’assure que la
demande émane du redevable ou d’un représentant qualifié, et il vérifie, compte tenu de la
nature des pénalités encourues, si celles-ci peuvent faire l’objet de transaction. Il examine au
fond le dossier ; il consigne sur une feuille d’instruction son avis motivé sur le mérite de la

les services fiscaux d’une commune du fait du retard dans l’exécution de l’obligation pour le contribuable de
payer l’impôt.
393
ATECK ADJAM (F.), op.cit., p.215.
394
La même formulation ressort de l’article 136 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
395
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.105.
148
AOAA _ v.0.
requête ; compte tenu des circonstances de l’affaire, il peut préciser éventuellement les
conditions de la transaction qu’il envisage proposer. Toutefois, dans l’hypothèse où le
contribuable ne respecte pas ses engagements dans les termes prévues par la transaction,
celle-ci devient caduque, même s’il faut noter que l’administration communale y recours
rarement. En réalité, ce qui est considérée comme transaction dans les pratiques
administratives, et partant celles communales, concerne à la fois les impôts en principal
(impôts, droits et taxes communales) et les pénalités, car « la lettre de la loi n’est jamais
respectée »396.

Concrètement en transposant ici l’esprit des dispositions du LPF sur la transaction des
impôts de l’Etat, l’on pourrait dire qu’après examen par ses services fiscaux compétents, le
chef de l’exécutif communal, ou le cas échéant ses services compétents, arrête(nt) les
conditions de la transaction et fait établir un projet de transaction qu’il adresse au redevable
concerné. Celui-ci est généralement notifié de ce projet en deux(02) exemplaires par un agent
des services fiscaux de la commune par lettre de recommandation avec accusé de réception
postal ou notifié à personne. Ce projet, quel que soit l’impôt, les droits ou la taxe communale
en cause, devra mentionner alors le montant de l’impôt en principal et de la pénalité que le
contribuable sera tenu de payer s’il adhère à la proposition. Selon la pratique, le contribuable
a alors un délai de 20 jours dès réception pour accepter ou refuser la proposition de
transaction397. Deux hypothèses sont généralement alors possibles : si le contribuable accepte,
la transaction est conclue, le redevable retourne les deux exemplaires de la proposition avec la
mention : « lu et approuvé » et sa signature, et suivra la signature de la transaction par le chef
de l’exécutif communal ou le cas échéant l’un de ses services compétents ; si le contribuable
refuse la transaction, celle-ci est alors rejetée et la procédure de recouvrement reprend son
cours normal.

Tout compte fait, la compétence de la juridiction gracieuse telle que prévue par les
dispositions du CGI suscitées, repose essentiellement sur les demandes de remise, de
modération ou de décharge de responsabilité, et dans une certaine mesure de transaction,
formulées par les contribuables sur les impôts locaux. Ainsi, une fois la compétence de la
juridiction gracieuse cernée, il convient dès à présenter d’indiquer la procédure suivie devant
celle-ci.

----------------

396
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.217.
397
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 112.
149
AOAA _ v.0.

SECTION 2. LA PROCEDURE DEVANT LA JURIDICTION GRACIEUSE [l 2009/019, art. 142-143]

Les services fiscaux communaux accordent eux-mêmes, dans certaines conditions des
transactions, des remises et modérations d’impôts suivant une procédure propre à la
juridiction gracieuse. En règle générale, la procédure désigne « l’ensemble des formalités qui
doivent être suivies pour soumettre une prétention à un juge »398. En contentieux fiscal, la
procédure en matière gracieuse renvoie à l’ensemble des formalités entourant la saisine de la
juridiction gracieuse jusqu’au prononcé de la décision par celle-ci. Cette appréhension est
réelle et vérifiable en matière fiscale car bien que les impôts locaux soient de nature
différente, les questions posées au chef de l’exécutif municipal restent globalement ceux
relatifs à la demande de remise ou de modération ou encore de la décharge de responsabilité,
et éventuellement de la transaction conformément aux dispositions expresses ou implicites de
la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
Dans le cadre de la « juridiction gracieuse »399, la procédure à suivre est généralement
simple. Au Cameroun, la demande tendant à obtenir une remise ou une modération des impôts
et taxes communaux doit être adressée au chef de l’exécutif municipal suivant les dispositions
de l’article C142 du CGI400. Elle est soumise à des conditions de délai et autres conditions de
fond puisqu’il ne s’agit pas de revendiquer l’application d’une règle de droit, mais d’une «
bienveillance » de l’administration communale. Elle se présente généralement sans
formalisme excessif (pas de droit de timbre, simples indications nécessaires pour identifier
l’imposition en cause et accompagnée d’une copie de l’avis de mise en recouvrement). Après
examen, l’administration municipale notamment le chef de l’exécutif municipal notifie sa
décision par écrit quel que soit son sens (remise, modération ou rejet), bien que selon les pays
et suivant l’importance des impositions en cause, l’autorité qui notifie cette décision n’est pas
la même. En s’attachant à la pratique camerounaise et aux instruments juridiques applicables
à la juridiction gracieuse, il convient en vue de ressortit la procédure suivie devant celle-ci, de
présenter dans un premier temps l’introduction de la demande y afférente (I), avant de cerner
dans un second temps l’examen de ladite demande (II).

398
Lexique des termes juridiques, 13e édition, Dalloz.
399
Voir section II : « De la juridiction gracieuse », du Troisième Livre du CGI, voir le chapitre II : « Juridiction
gracieuse » du Livre des procédures fiscales.
400
Voir l’article 142 de la loi portant fiscalité locale.
150
AOAA _ v.0.

I. L’INTRODUCTION DE LA DEMANDE
Contrairement aux impôts locaux où les demandes de remise ou de modération
doivent être introduites devant une diversité des agents du fisc suivant le montant de
l’imposition, en matière des taxes communales, l’autorité habilitée à recevoir la demande de
remise ou de modération, de décharge de responsabilité et éventuellement en matière de
transaction, est le chef de l’exécutif municipal. A cet effet, l’article C142 dispose que : « les
demandes sont introduites auprès du chef de l’exécutif municipal. Elles doivent contenir les
indications nécessaires pour identifier l’imposition en cause »401.Il convient alors de présenter
respectivement les forme et délai de la demande (A) et le contenu de la demande (B).

A. Forme et délai de la demande

De manière générale, quel que soit son objet : remise ou modération, décharge de
responsabilité ou transaction, la demande gracieuse n’est soumise à aucune condition stricte
au regard des délais de présentation. Ainsi, la demande gracieuse peut être formée à tout
moment après mise en recouvrement de l’impôt dont le contribuable sollicite abandon ou
atténuation ; elle peut même, dans certains cas, être présentée avant que l’administration ait
arrêté l’imposition ou ait effectivement prononcé les pénalités 402. Dans le cadre de la
procédure gracieuse, la forme et le délai en matière de remise ou de modération ne différent
pas de ceux applicables dans la décharge en responsabilité.

En matière de remise et de modération des impôts et taxes communaux, sur la forme,


la loi n’a prévu aucun délai dans lequel les demandes doivent être adressés à l’administration
communale notamment le chef de l’exécutif communal. Elles peuvent donc être formées à
toutes époques, après la mise en recouvrement des impôts et pénalités émis. En plus, ces
demandes sont établies sur une simple lettre. L’article L 143 du CGI précise qu’elles ne sont
pas soumises au droit de timbre. L’absence de délai se trouve ainsi justifier puisqu’il s’agit
d’une demande gracieuse. Elles doivent être individuelles et signées par le contribuable ou
son mandataire. Sur le fond, elles doivent contenir les indications nécessaires pour identifier
l’imposition en cause et être accompagnées, le cas échéant, d’une copie de l’avis de mise en
recouvrement403.

Quant à la décharge de responsabilité, tout comme dans le précèdent cas, la loi n’a
apporté aucune clarification sur la forme de la demande. Les précisions de l’article L 143 du
401
Voir l’article 142 de la loi portant fiscalité locale.
402
Ici il s’agit dans ce dernier cas, des demandes de transaction présentées au cours d’une procédure de
redressement avant que les impositions soient définitivement établies.
403
Voir aussi, ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.221.
151
AOAA _ v.0.
CGI concernent les demandes tendant à obtenir une remise ou une modération. Mais faute
d’une clarification pour ce qui est des demandes en décharge, les exigences de l’article L 143
du CGI peuvent utilement être reprises ici. En l’espèce, pour ce qui est du délai de la
demande, rien n’a été expressément prévu.

A tout prendre, ces conditions de forme ne sont pas substantielles pour la suite de
l’instruction, car les services des impôts communaux, tout comme ceux de l’administration
fiscale, se montrent généralement très libéral pour apprécier la forme des requêtes s’adressant
à la juridiction gracieuse. Ils ne rejettent que très rarement pour vice de forme une demande
qui, n’étant pas accompagnée des pièces indiquées, contient néanmoins les indications de
nature à permettre d’identifier les droits ou pénalités en cause.

B. Le contenu de la demande

La demande du contribuable dans le cadre de la juridiction gracieuse (remise,


modération ou décharge de responsabilité, éventuellement la transaction) qui doit être
adressée au chef de l’exécutif municipal doit, pour être recevable, contenir un certain nombre
éléments. En effet, le CGI et la loi n°2009/019 portant fiscalité ne donnent pas des indications
précises quant au contenu de la demande gracieuse. Tout au plus, l’article C 142 du CGI
404
dispose que : « (…). Elles doivent contenir les indications nécessaires pour identifier
l’imposition en cause ». La demande doit être faite sur papier libre, non timbré ».Une lecture
inspirée des articles L 91 et L 92 du Livre des procédures fiscales applicables aux modalités
des demandes de remise gracieuse peut révéler certains éléments devant être retenus dans la
demande du contribuable communal.

S’agissant de la demande gracieuse des agents communaux en charge du recouvrement


des impôts locaux, en vertu des dispositions des articles L 91 et L 92 du LPF susceptibles
d’application aux receveurs municipaux, exception faite des dispositions spécifiques sur les
taxes communales, il est à noter que toute situation d’impossibilité de recouvrement des
impositions doit être constatée par un procès-verbal de carence. Les receveurs municipaux
l’insèrent dans un dossier mentionnant : la nature de l’impôt en cause, la référence de l’AMR,
le montant non-recouvré, tous documents susceptibles de justifier des mesures prises en vue
du recouvrement, tous renseignements et détails propres à établir l’impossibilité de
recouvrement.

404
Voir également l’article 142 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
152
AOAA _ v.0.
En ce qui concerne le contenu de la demande gracieuse des contribuables locaux en
matière de remise ou de modération, ceux-ci sont assujetties au respect des certaines
conditions de forme et de fond. Sur la forme, conformément à l’article C 142 du CGI 405, si les
demandes formulées par les contribuables tendant à obtenir soit une remise ou une modération
doivent être adressées au chef de l’exécutif municipal, des telles demandes sont dispensées de
droit de timbre et doivent être sur papier libre. Sur le fond, si l’article suscité prévoit que
lesdites demandes doivent contenir les indications nécessaires pour identifier l’imposition en
cause sans autre forme de précision, il pourrait alors s’agir : du montant de l’impôt, les
références sur la période d’imposition, la nature de l’impôt contestée, les pénalités et les
amendes y afférentes, les pièces justificatives à l’appui de la demande de remise ou de
modération, tous documents, renseignements ou détails pouvant servir de base à la demande
gracieuse. A cela, il faut ajouter, conformément à l’article L 143 al. 3 du CGI, une autre
exigence non précisée par le Livre troisième du CGI, notamment une copie de l’Avis de mise
en recouvrement406. Une fois la demande adressée au chef de l’exécutif municipal est faite
dans conditions prévues par le CGI et la loi portant fiscalité locale, l’autorité saisie peut dès
alors procéder à l’examen de la demande gracieuse à lui soumise.

II. L’EXAMEN DE LA DEMANDE


L’examen de la demande implique que l’autorité compétemment saisie de la demande
gracieuse prenne en compte le délai de traitement (A), ainsi que les critères d’appréciation en
vue d’examiner minutieusement la demande ainsi formulée (B).

A. Le délai de traitement de la demande

Le CGI et la loi n°2009/019 ont fixé un délai de traitement de demande par le chef de
l’exécutif municipal de la demande de remise, de modération ou de décharge de responsabilité
, éventuellement de la transaction, des taxes communales et impôts locaux. C’est dans ce sens
que l’article C 143 al. 1 du CGI 407 dispose que : « 1) après examen, le chef de l’exécutif
municipal notifie par écrit sa décision de remise, modération ou de rejet dans un délai de
trente (30) jours à compter de sa saisine ». A cet effet, il faut rappeler que saisi d’une
réclamation gracieuse, le chef de l’exécutif municipal dispose d’un délai de trente (30 jours)
pour donner sa réponse au contribuable ou à son mandataire.
405
Voir également l’article 142 de la loi portant fiscalité locale.
406
Voir pour les impôts d’Etat, ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.221 ;
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.107.
407
Voir aussi l’article 143 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
153
AOAA _ v.0.
Tout laisse à croire que cette précision ou détermination de délai signifie que le chef
de l’exécutif municipal ne dispose pas en la matière d’une grande marge de manœuvre. L’on
peut alors comprendre que le souci du législateur est de voir que le traitement des demandes
gracieuses s’effectue dans des délais raisonnables notamment trente (30) jours, ce d’autant
plus que ce délai court à compter de la saisine du chef de l’exécutif municipal. A l’exemple
du traitement des impôts d’Etat, les chefs des exécutifs municipaux tout comme
l’administration fiscale dans son ensemble, se sont résolument engagés ces dernières années à
améliorer la qualité de leurs relations avec les contribuables dans le cadre du traitement des
demandes gracieuses408. C’est dans cet esprit que dans une de ses circulaires relative au
traitement du contentieux409, le Directeur général des impôts avait alors demandé à ses
collaborateurs de traiter les demandes gracieuses dans un délai maximum de cinq (5) jours,
pour accélérer le recouvrement. Il y a pas de doute du point de vue général que dans la
pratique, le chef de l’exécutif municipal, tout comme le fisc, réagit avec beaucoup de célérité
dans le traitement des demandes gracieuses ; et peut déterminer dès lors les critères
d’appréciation de la demande gracieuse.

B. Les critères d’appréciation de la demande gracieuse

Le CGI et la loi n°2009/019 portant fiscalité locale n’a pas déterminé de manière
précise les critères devant permettre au chef de l’exécutif municipal d’apprécier les demandes
gracieuses, même si la demande gracieuse de remise ou de modération doit être fondée sur la
gêne et l’indigence. A cet effet, l’article C 141 al. 1 du CGI 410 dispose que : « la remise ou
modération de taxes communales régulièrement établies, en cas de gêne ou d’indigence
mettant les redevables dans l’impossibilité de se libérer envers la recette municipale ». Mais
ni le CGI ni la loi n°2009/019, encore moins un autre texte réglementaire n’ont apporté des
précisons en ce qui concerne les critères d’appréciation dans les notions de « gêne » et
« d’indulgence ». Est-ce à dire alors que le pouvoir d’appréciation du chef de l’exécutif
municipal chargé d’accorder les remises et modérations des taxes communales est
discrétionnaire ?

L’on pourrait a priori être tenté de répondre dans la négative dans la mesure où il
s’agit d’une décision pouvant avoir des répercussions sérieuses sur le budget de la commune.
En effet, le chef de l’exécutif municipal ne saurait alors accorder des remises et des

408
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 209.
409
Circulaire cadre du 8 mai 2008, p. 18.
410
Voir également l’article 141 de la loi portant fiscalité locale.
154
AOAA _ v.0.
modérations fantaisistes, toute chose qui viendrait à rompre avec le principe d’égalité devant
les charges publiques qui fonde le paiement des impôts dus aux collectivités publiques y
comprises les collectivités territoriales décentralisées. En se fondant sur la circulaire du 8 mai
2008 suscitée et la doctrine fiscale française, on pourrait penser que les critères d’appréciation
des demandes gracieuses de remise ou de modération des taxes communales et impôts locaux
peuvent être différents pour les contribuables-particuliers (1) et les contribuables-entreprises
(2).

1. Les critères d’appréciation propres aux contribuables-particuliers

Le CGI et la loi n° 2009/019 relative à fiscalité locale retiennent comme critères


d’appréciation de la remise ou de modération des taxes communales des contribuables-
particuliers, la gêne et l’indigence sans autre forme de précision. Il faut alors observer que le
seul constat d’une insuffisance de ressources ne saurait l’unique à justifier la décision de
remise ou de modération. En effet, la gêne et l’indigence du contribuable peuvent trouver leur
origine du fait des circonstances exceptionnelles telles que le décès d’un conjoint, l’invalidité
ou une maladie grave ayant occasionné des dépenses anormalement élevées ou le plus souvent
du chômage411.

En outre, la décision de remise ou de modération peut également résulter d’une


disproportion entre l’importance de la dette fiscale et le niveau des revenus du contribuable
(accumulation d’arriérés ou rappel suite à un contrôle fiscal) 412. En effet, le délai de
prescription des rappels de droits éludés étant très souvent de quatre (4) ans, les redressements
opérés interviennent souvent quand le contribuable n’est plus dans une période de prospérité.

La circulaire du 8 mai 2008 suscitée a déterminé des critères d’appréciation de la


demande gracieuse pour les impôts de l’Etat peut être transposée ici en vue d’appréhender les
critères sur lesquels le chef de l’exécutif municipal peut se fonder pour accorder la remise ou
la modération des taxes communales et impôts locaux, qu’il s’agisse des taxes et impôts au
principal que des pénalités pouvant s’y rapporter.

S’agissant des impôts et taxes en principal, le chef l’exécutif municipal doit au


préalable veiller à procéder à la recherche d’informations sur les motifs de gêne invoqués par
les contribuables, en tenant compte de critères précis. Il devra alors, à partir du dossier de
demande de remise gracieuse du contribuable, qui devrait comprendre l’ensemble des pièces

411
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.211.
412
Ibid., p.212.
155
AOAA _ v.0.
justifiant la précarité de sa situation, notamment les certificats d’indigence, des constats
d’huissier, des jugements des tribunaux, des procès-verbaux de conciliation, etc.

En ce qui concerne les pénalités, le chef de l’exécutif municipal peut apprécier si les
pénalités découlent ou non des manœuvres et si elles ont été sous-tendues par la bonne ou la
mauvaise foi du contribuable. Il convient également de se rapporter au dossier fiscal du
contribuable pour évaluer les éléments de son patrimoine, ses antécédents fiscaux et le niveau
de respect de ses obligations fiscales déclaratives. De même, l’effort contributif déjà consenti
par le redevable doit être pris en compte. Les critères ainsi retenus pour l’appréciation de la
demande gracieuse du contribuable-particulier peuvent être transposé aux contribuables-
entreprises.

2. Les critères d’appréciation propres aux contribuables-entreprises

Les critères de gêne et d’indigence tels que visée à l’article C 141 al. 1 413 sur les
demandes de remise ou de modération concernent tout aussi les contribuables personnes
physiques que les contribuables personnes morales. A ce titre, une remise ou modération ne
doit être accordée par le chef de l’exécutif municipal que lorsque les entreprises visées dans
les demandes des graves difficultés économiques qui les mettent dans l’incapacité absolue de
s’acquitter de leurs impositions, sauf à compromettre la marche de leur exploitation, et mettre
en péril leur pérennité414.

En pratique, le chef de l’exécutif municipal, dans l’appréciation de la situation des


entreprises ayant sollicité les demandes de remise ou de modération, devra faire preuve de
réalisme dans la mesure où les sommes maintenues doivent demeurer en rapport avec les
facultés réelles de paiement du contribuable-entreprise. Il devra également prendre en
considération le comportement habituel de l’entreprise demanderesse de la demande de
remise ou de modération, au regard de ses obligations fiscales 415 : antécédents fiscaux, nature
des infractions commises, respect des obligations déclaratives et attitude habituelle du
requérant à l’égard du service de la recette municipale. Toujours pour une société, il peut
s’agir de vérifier : « l’état de trésorerie, la marche de l’entreprise, ses possibilités de
redressement, état général du marché »416. Aussi, le chef de l’exécutif communal pourrait-il
vérifier, si l’octroi de simples délais de paiement ne résous pas les problèmes ponctuels de

413
La même formulation se trouve à l’article 141 al. 1 de la loi portant fiscalité locale.
414
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 212.
415
ATECK ADJAM (F.), op.cit., p. 212.
416
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.111.
156
AOAA _ v.0.
trésorerie. L’on pourrait aussi supposer qu’en cas d’absence de ces données ou lorsqu’elles ne
sont pas suffisamment édifiantes, le chef de l’exécutif peut se réserve le droit de rejeter la
demande de remise gracieuse des pénalités ou le cas échéant, d’accorder une remise
minimale, qui ne devrait pas excéder 10°/° du montant des pénalités dues. Après examen de la
demande du contribuable, le chef de l’exécutif municipal peut alors rendre sa décision.

[III] LA DECISION

A la lecture du CGI et de la loi n°2009/019 portant fiscalité fiscale, la décision de


l’administration présente de nombreuses originalités selon qu’elle porte sur la demande
gracieuse de remise ou de modération (A) que sur la demande gracieuse en décharge de
responsabilité (B).

A. Décision en matière de remise ou de modération

Suivant la décision du chef de l’exécutif communal, la demande de remise ou de


modération peut revêtir une double nature, tout comme sa misa en œuvre présente certaines
spécificités de fond et de forme.

Après examen de la demande de remise ou de modération au regard des différents


critères d’appréciations du chef de l’exécutif municipal, la demande peut donner lieu soit à
une décision de remise ou de modération ou de rejet. A cet effet, l’article 143 al.1 de la loi
n°2009/019417 énonce que : « 1) après examen, le chef de l’exécutif municipal notifie par écrit
sa décision de remise, modération ou de rejet dans un délai de trente (30) jours à compter de
sa saisine ». Cette disposition appelle un double commentaire sur le fond de la décision et sur
le délai:

En ce qui concerne le fond de la décision, il faut dire qu’en cas de décision de rejet, le
chef de l’exécutif municipal notifie au contribuable la position prise, et le échéant, motivée.
En cas de décision de remise ou de modération, conformément à l’article C143 susmentionné,
le chef de l’exécutif municipal notifie le dégrèvement au contribuable, et informe le
comptable compétent afin que ce dernier abandonne les poursuites engagées sur la totalité des
impôts et taxes communaux en cas de remise gracieuse ou sur une partie des impôts, en cas de
modération.

417
Voir l’article C143 al. 1 du CGI.
157
AOAA _ v.0.
S’agissant de la forme de la décision, l’article C143 du CGI supra précise que la
décision de remise, de modération ou de rejet doit tout d’abord être notifiée par écrit et ne
saurait donc prendre toute forme autre que celle qui vient d’être précisée. En l’absence de
précision expresse sur le destinataire de la décision dans la précédente disposition citée du
CGI, l’on peut tout logiquement penser qu’il s’agit du contribuable ou de son mandataire.
Aussi, le législateur fiscal de 2009 donne un délai de trente (30 jours) au chef de l’exécutif
municipal pour se prononcer. Le respect de ce délai parait impératif car il a des conséquences
sur la suite de la procédure. A ce titre, l’article C143 précise que : « 2) le silence gardé par le
chef de l’exécutif municipal au terme du délai susvisé vaut décision implicite de rejet »418. Il
apparait alors clair que le silence garde par le chef de l’exécutif équivaut à un rejet implicite,
c’est-à-dire à une décision défavorable, ouvrant la possibilité au contribuable d’exercer la voie
de recours contentieux.

B. Décision en matière de décharge de responsabilité

Si l’on peut admettre qu’en matière de décharge de responsabilité tout comme en


matière de remise ou de modération, l’autorité compétente pour recevoir la demande est le
chef de l’exécutif municipal, la loi est muette, contrairement aux deux dernières actions, quant
à l’autorité compétente pour examiner la demande de décharge de responsabilité et l’autorité
compétente pour décider.

S’agissant de l’autorité devant examiner la demande de décharge de responsabilité,


l’article C 143 prévoit plutôt que : « après examen, le chef de l’exécutif municipal notifie par
écrit sa décision de remise, modération ou de rejet dans un délai de trente (30) jours à
compter de sa saisine ». Cette disposition vise exclusivement les demandes de remise et de
modération. En matière de décharge de responsabilité, la loi est restée muette. Ce vise
juridique n’a pas été entièrement comblé par la doctrine administrative 419. Au regard de la
pratique administrative, et des dispositions de l’article 344 de l’ancien CGI, en transposant
cet article aux impôts et taxes communaux les demandes des tiers mis en cause tendant à être
dispensés de l’obligation de payer les impôts, sont instruites le contribuable ou son
mandataire au chef de l’exécutif municipal. C’est dire que la rédaction de l’article C 143 du
420
CGI susmentionné a omis de les adapter expressément aux compétences du chef de
l’exécutif municipal.

418
Voir l’article 143 de la loi portant fiscalité locale.
419
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op. p. 221.
420
Il en va de même de l’article 143 de la loi portant fiscalité locale.
158
AOAA _ v.0.
En ce qui concerne la question sur l’autorité compétente pour prendre une décision en
matière de décharge de responsabilité, là également des difficultés persistent dans
l’interprétation de l’article C 143 sus-dessus cité. Cette disposition fait du chef de l’exécutif
municipal, l’autorité compétente de prendre une décision de remise, modération ou de rejet ;
mais aucune mention n’est faite quant à la décharge de responsabilité. L’on pourrait peut-être
par interprétation extensive, dire que si la demande de décharge doit être introduite devant le
chef de l’exécutif municipal, ce dernier serait alors le même en examine la demande et à s’y
prononcer conformément aux délais fixés à l’article C 143 du CGI et 143 de la loi
n°2009/019.

159
AOAA _ v.0.

CHAPITRE 2 :
LA PROTECTION CONTENTIEUSE

Dans la recherche d’une solution à un litige l’opposant à la collectivité locale, le contribuable


communal dispose de la possibilité de recourir à la voie contentieuse. Elément de protection
de la fiscalité locale, la procédure contentieuse en matière fiscale présente des spécificités
liées à l’exigence de la procédure préalable avant toute saisine du juge compétent. Le
contentieux fiscal local au Cameroun, en plus de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale, est
à la fois régi par les dispositions du Livre des procédures fiscalités, et sur le Livre Troisième
du CGI relatif à la fiscalité locale, pour ce qui est spécifiquement des taxes communales. A
cet effet, l’article C136 du CGI421 dispose que: « le recours contentieux des impôts locaux
obéit aux règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales, sous réserve des
dispositions spécifiques régissant les taxes communales ».

En pratique, le recours contentieux portant sur les litiges touchant les impôts locaux
s’entend à celui relatif à l’imposition, car il forme le contentieux le plus récurrent. Pourtant
même, au niveau de la fiscalité locale, il existe en matière fiscale différentes branches du
contentieux qui diffère selon l’objet du désaccord notamment en y incluant les contentieux de
l’excès de pouvoir et de la responsabilité en l’occurrence. Mais le contentieux d’assiette des
impôts semble le plus visé par le CGI et la loi portant fiscalité locale. A ce titre, l’article 137
de la loi n°2009/019422 énonce que : « les réclamations relatives aux taxes communales
ressortissent de la juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la répartition
d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d’un droit
résultant d’une disposition législative ou réglementaire ». C’est dire que la juridiction
contentieuse locale concerne tous les litiges susceptibles d’être portés devant le juge de
l’impôt. Ainsi, en fonction de leur nature, les demandes contentieuses sur les impôts locaux
tout comme pour les impôts d’Etat, peuvent être qualifiées : « de demande en décharge
lorsque le réclamant conteste la totalité de l’imposition ; de demande en réduction lorsque le
réclamant ne conteste qu’une partie de l’imposition ; et enfin de demande en restitution
lorsque le réclamant sollicite le remboursement d’un impôt versé spontanément sans émission
préalable de rôle ou d’AMR »423.

421
Voir aussi l’article 136 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
422
Voir également l’article C 137 du CGI.
423
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 46.
160
AOAA _ v.0.
La procédure contentieuse en matière fiscale se caractérise par l’obligation pour le
contribuable d’introduire un recours préalable auprès de l’administration, qualifié de
réclamation préalable424. La voie contentieuse comprend ainsi deux phases : une phase
administrative préliminaire, avec la réclamation préalable auprès des services fiscaux de la
commune, puis la phase juridictionnelle ultérieure avec la saisine du juge compétent,
conformément aux articles C 136 à C140 du CGI et des articles 136 à 140 de la loi
n°2009/019 portant fiscalité locale. L’étude du contentieux fiscal local peut être menée en
associant les aspects organisationnels (les juridictions compétentes) des aspects fonctionnels
(le procès fiscal)425.

Sous ce rapport, si la spécificité du contentieux fiscal dans son ensemble, et du


contentieux fiscal local en particulier repose sur sa dualité procédurale, la voie contentieuse,
élément de protection de la fiscalité locale, comprend deux phases : une phase administrative
préliminaire, avec la réclamation préalable auprès de l’administration communale (Section 1),
puis la phase juridictionnelle ultérieure avec la saisine du juge compétent (Section 2).

SECTION 1. LE RECOURS PREALABLE A L’ADMINISTRATION


L’un des traits singuliers de l’organisation de la juridiction contentieuse en matière fiscale
réside sans doute dans la première étape qui se déroule nécessairement devant
l’administration. Si l’exigence de la réclamation semble traduire le souci du législateur de
préserver le plus longtemps possible les chances de dialogue entre le fisc et le contribuable, il
oblige avant tout le contribuable à exposer au préalable devant le fisc la requête qu’il entend
déposer devant le juge fiscal et les moyens qui sous-tendent celle-ci. En effet, « la
réclamation préalable ne doit pas être confondue avec le recours gracieux. Elle doit avoir
pour objet de contester une imposition, non d’en solliciter uniquement l’atténuation »426.

Bien plus, l’article C138 du CGI et l’article 138 de la loi portant fiscalité locale
précisent similairement que : « le contribuable qui se voit réclamer à tort le paiement d’une
taxe communale peut, par écrit, en faire réclamation auprès du chef de l’exécutif municipal
dans un délai de trente (30) jours à partir de la date d’émission du titre de créance ou de la
connaissance certaine de l’imposition ». Ce recours adressé au chef de l’exécutif municipal a
pour objet d’obtenir sur demande une décision expresse ou implicite de la part de l’autorité

424
BOUVIER (M.), Introduction au droit fiscal et à la théorie de l’impôt, 2e édition, LGDJ, Paris, 1998, p.116.
Voir aussi, MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, PUA, Yaoundé, 1999, p. 11.
425
BELTRAME (P.), La fiscalité en France, op.cit., p.151.
426
BOUVIER (M.), Introduction au droit fiscal et à la théorie de l’impôt, 2e édition, LGDJ, Paris, 1998, p.116.
161
AOAA _ v.0.
concernée. C’est qu’une fois cette décision rendue, ou expirée le délai à l’issue duquel la
demande est réputée rejetée, que le contribuable communal pourra soumettre cette dernière au
juge s’il estime n’avoir pas obtenu satisfaction. En plus d’être une règle d’ordre public, la
procédure préalable lie le contentieux, c’est-à-dire, la position prise dans le cadre de cette
procédure a des conséquences sérieuses sur l’issue du contentieux.
En matière fiscale, il est clair que la recours préalable concurrence le recours
juridictionnel, pour au moins deux raisons : la première ce que tous deux supposent un litige
fiscal, la seconde ce que tous deux s’emploient à vider un litige fiscal 427 ; ce d’autant plus que
pour les impôts d’Etat que pour les impôts locaux « l’examen du traitement processuel des
réclamations des contribuables (…) montre que le recours devant l’administration demeure
de loin la modalité essentielle de résolution des conflits entre les contribuables contrôlés et
l’administration fiscale »428.
Dans le cadre de la fiscalité locale, et précisément de la procédure contentieuse, si la
réclamation préalable offre des avantages autant aux services fiscaux de la commune qu’aux
contribuables, elle commande que l’on précise respectivement le domaine de la réclamation
préalable (I), l’examen de la recevabilité de la demande (II) et la décision de l’autorité
administrative (III).

I. Le domaine de la réclamation préalable


A la lecture de l’article C 137 du CGI et de l’article 137 de la loi n°2009/019 portant
fiscalité locale, le domaine de la réclamation préalable apparait alors bien délimité. Dans ce
domaine, sont visées certaines demandes concernées par la réclamation préalable (A), ainsi
que certaines impositions (B).

A. Les demandes concernées par la réclamation préalable

L’article C 137 du CGI et de l’article 137 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale
suscitée déterminent les demandes concernées par la réclamation préalable. Ainsi, les

427
NOEL (G.), « Le règlement administratif des litiges fiscaux sans recours au juge », in Le juge fiscal, sous la
direction de Robert HERTZOG, Economica, 1988, p. 122-124. Voir aussi, ATECK A DJAM (F.), Droit du
contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.47-48.
428
ATANGA FONGUE (R.), Le contrôle fiscal et protection du contribuable dans un contexte d’ajustement
structurel : le cas du Cameroun, L’Harmattan, collection Finances publiques, 2007, p. 279.
162
AOAA _ v.0.
réclamations présentées par les contribuables communaux ou leurs mandataires dument
désignés, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la
réparation d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions ; soit le bénéfice
d’un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire. A ce titre, l’article C 137 429
dispose clairement : « les réclamations relatives aux taxes communales ressortissent de la
juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la répartition d’erreurs commises
dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d’un droit résultant d’une
disposition législative ou réglementaire ». L’on peut également y ajouter, les demandes
fondées sur la non-conformité de la règle de droit dont il a été fait application à la règle de
droit supérieure.
A contrario, la lecture des dispositions fiscales suscitées, opère une césure entre les
demandes concernées et celles qui ne le sont pas notamment les demandes gracieuses et les
décisions de dégrèvement ou de restitution d’office. En effet, les demandes gracieuses tendent
uniquement à obtenir une mesure de bienveillance auprès du chef de l’exécutif municipal et
sont nécessairement adressées à la juridiction gracieuse. De même que en matière de
dégrèvement ou de restitution d’office, non visées par les dispositions spécifiques sur les
taxes communales du CGI, ces mesures permettent à « l’administration de prendre de sa
propre initiative, à la suite d’une réclamation du contribuable forclose ou d’un vice de forme
la rendant définitivement irrecevable, des décisions de nature à réparer en toute matière
fiscale, les erreurs d’imposition commises au préjudice de ce dernier »430. L’on peut alors
constater que le dégrèvement d’office était prévu dans l’article 152 de l’ordonnance du 7
février 1962 portant organisation du régime financier de l’Etat 431, mais il n’a pas était repris ni
par l’actuel LFP ni le Troisième Livre des procédures fiscales, en moins par la loi n°2009/019
portant fiscalité locale. L’on peut alors regretter ce silence du législateur sur cette mesure, car
l’administration communale, tout comme la DGI, a le devoir de réparer de sa propre initiative
les erreurs survenues dans l’établissement de l’impôt, même si le contribuable n’a pas fait la
demande. En revanche, pour les demandes concernées par la réclamation préalable, celles-ci
ne doivent portent que sur certaines catégories d’impositions.

B. Les impositions concernées par la réclamation préalable

429
Voir également l’article 137 de la loi portant fiscalité locale.
430
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 50.
431
Voir la loi du 7 février 1962 portant régime financier de l’Etat.
163
AOAA _ v.0.
La lecture combinée des dispositions des articles C 137 du CGI et 137 de la loi
n°2009/019 portant fiscalité locale, certaines impositions sont expressément visées par la
demande de réclamation préalable. A cet effet, l’article C 137 suscitée énonce que : « les
réclamations relatives aux taxes communales ressortissent de la juridiction contentieuse… ».
Cette formulation très particulière visant les taxes communales spécifiquement doit être
interprétée sous réserve du contentieux des impôts directs locaux ou des droits
d’enregistrement qui sont régis par dispositions du LPF et du CGI.
Une lecture suivant la lettre de l’article C 137 du CGI pourrait laisser entendre a priori
que les taxes communales sont exclusivement visées dans la demande de réclamation
préalable. Il s’agira alors principalement au sens du Titre IV sur les « taxes communales » de
la loi portant n°2009/019 sur la fiscalité locale : de la taxe de développement local 432 et des
autres droits et taxes dits « taxes communales » au sens de l’article 61 de la loi suscitée. Elles
comprennent alors : la taxe d’abattage du bétail, la taxe communale sur le bétail, la taxe sur
les armes à feu, la taxe d'hygiène et de salubrité, les droits de fourrière, les droits de place sur
les marchés, les droits sur les permis de bâtir ou d'implanter, les droits d'occupation
temporaire de la voie publique, la taxe de stationnement; les droits d'occupation des parcs de
stationnement, les tickets de quai, la taxe sur les spectacles, les droits de stades, la taxe sur la
publicité, le droit de timbre communal, la redevance pour dégradation de la chaussée, la taxe
communale de transit ou de transhumance, la taxe sur le transport des produits de carrières,
les droits de parkings, la taxe sur les produits de récupération. Or les « impôts locaux »
comprennent un ensemble des prélèvements autres que les taxes communales.
En l’absence de précision faite par l’article C137 susmentionnée en ce qui concerne les
autres impôts locaux, ce qui est regrettable, il faudra à la lecture de l’article C136 et article
136 de la loi portant fiscalité locale, se référer au CGI. En effet, ces dispositions invitent à
recourir au CGI lorsque les dispositions à appliquer sont autres que celles concernant les taxes
communales. A ce titre, l’article C 136 du CGI énonce que : « le recours contentieux des
impôts locaux obéit aux règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales,
sous réserve des dispositions spécifiques régissant les taxes communales ». C’est dire que les
demandes concernant la réclamation préalable portant sur les autres impôts locaux notamment
les impôts communaux433, les impôts et taxes des régions434, les centimes additionnels sur les

432
Article 57 de la loi n°2009/019.
433
Au terme de l’article 7, ce sont : la contribution des patentes, la contribution des licences, l'impôt libératoire;
la taxe foncière sur les propriétés immobilières; la taxe sur les jeux de hasard et de divertissement; les droits de
mutation d'immeubles; le droit de timbre automobile; la redevance forestière.
434
Voir l’article 118 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
164
AOAA _ v.0.
impôts et taxes de l’Etat435 peuvent obéir aux dispositions de l’article L 115 du LPF, dès lors
que ces demandes rentrent dans « les réclamations relatives aux impôts, taxes et pénalités »
établies par l’administration des impôts et taxes des collectivités territoriales, ou sous réserve
de ceux gérés par l’administration fiscale. Il va de même, en vertu de l’article 2 de la loi
portant fiscalité locale, de tout autre type de prélèvement prévus par la loi notamment des
taxes et redevances relevant des fiscalités spécifiques dont l’émission ou le recouvrement peut
être dévolu à l’administration des taxes et impôts des collectivités territoriales.
Une fois le domaine de la réclamation préalable précisé, il importe dès lors de fixer les
règles entourant la recevabilité de ladite demande.

II. La recevabilité de réclamation préalable

La procédure de réclamation préalable est déclenchée par le contribuable communal


dont la présentation obéit à certaines conditions permettant d’examiner la demande en la
forme (A) et aussi dans le fond (B).

A. L’examen de la demande en la forme

Le CGI en son Livre troisième portant sur la fiscalité locale en son article C138 436
prévoit un ensemble éléments devant rentrer dans la constitution de la demande de
réclamation préalable. A cet effet, le contribuable communal est tenu de faire une réclamation
écrite, laquelle doit, à peine d’irrecevabilité, doit comprendre :
- Une demande assortie des timbres fiscaux et communaux et dûment signée du requérant ou
de son mandataire ;
- Des indications sur la nature de la taxe en cause et sur son montant ;
- Un exposé sommaire des moyens et conclusions du requérant ;
- Une copie de tout document justifiant le cas échéant, du paiement de la totalisé de la taxe
non contestée et de 50 % de la partie contestée.
L’on constate que ces éléments devant constituer la demande de réclamation préalable
déclinent ainsi l’identité du contribuable, les références de l’impôt contesté et l’objet de la
demande. Cette disposition suscitée subordonne la recevabilité de la réclamation du
contribuable communal au respect de certaines conditions de forme relatives au mode de

435
Voir les articles 114 et 115 de la loi n°2009/019.
436
Voir aussi l’article 138 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
165
AOAA _ v.0.
présentation (1), à l’objet et aux pièces à fournir au soutien de la demande (2) et l’examen de
la régularité (3).

1. Le mode et délai de présentation de la réclamation

La demande du contribuable dans le cadre de la réclamation doit se faire dans le délai


prescrit par le CGI. La réclamation doit alors être présentée par écrit sous forme d’une lettre
timbrée et doit être en principe individuelle. Au sens de l’article C 138 al. 2 du CGI, la
demande doit être assortie des timbres fiscaux et communaux et dûment signée du requérant
ou de son mandataire A ce titre, l’article C 138 al. 1 dispose que : « 1) le contribuable qui se
voit réclamer à tort le paiement d’une taxe communale peut, par écrit, (…) ». Cependant, de
manière exceptionnellement, les réclamations à caractère collectif peuvent être présentées par
les contribuables communaux imposés collectivement (notamment les propriétaires indivis) 437.
L’auteur ou le signataire de la réclamation est le contribuable lui-même ou, le cas échéant son
mandataire. Celui-ci ne pourra se substituer à lui que dès lors qu’in se serait justifier d’un
mandat régulier.
S’agissant du délai, la réclamation doit être présentée dans les délais fixés par la loi. A
cet effet, l’article C 138 in extenso du CGI énonce que : « 1) le contribuable qui se voit
réclamer à tort le paiement d’une taxe communale peut, par écrit, en faire réclamation
auprès du chef de l’exécutif municipal dans un délai de trente (30) jours à partir de la date
d’émission du titre de créance ou de la connaissance certaine de l’imposition »438. C’est dire
que le contribuable dans le cadre de sa réclamation préalable doit présenter sa demande dans
un délai maximum de trente (30) jours. Ce délai commence à courir au sens de l’article suscité
à compter de la date d’émission du titre de créance ou tout simplement à partir de la
connaissance certaine de l’imposition. Si le CGI ne donne pas une précision expresse quant
au délai d’expiration de la réclamation, l’on pourrait croire alors que la date d’expiration du
délai pourrait alors être celle de la réception par le service communal destinataire. En sus, il
est très souvent admis par simple tolérance administrative que la demande du contribuable
puisse être reçue si le dernier jour du délai est un jour férié ou un dimanche.

2. Les pièces à fournir au soutien de la demande

437
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.27.
438
Voir aussi l’article 138 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
166
AOAA _ v.0.
L’examen de la demande du contribuable nécessite que la réclamation soit
accompagnée de certains types de pièces à la fois obligatoires et facultatives.
Pour ce qui est des pièces obligatoires, au terme de l’article C138 al. 2 du CGI, sous
peine d’irrecevabilité, la demande du contribuable doit être accompagnée : « une copie de
tout document justifiant le cas échéant, du paiement de la totalisé de la taxe non contestée et
de 50 % de la partie contestée ». C’est dire que lorsque le contribuable communal ne
conteste pas la totalité des impôts émis, il doit justifier tout au moins du paiement de la partie
non contestée et de 50°/° de la partie qu’il conteste. Le contribuable pourra en apporter la
preuve par la production des copies, des quittances attestant le paiement 439. Tout comme le
contribuable qui ne serait pas à mesure de produire ces quittances pourra voir sa réclamation
rejetée par l’administration des taxes et impôts de la collectivité territoriale concernée. L’on
assiste généralement dans la pratique à plus de souplesse car cette dernière invite souvent le
contribuable à compléter sa demande avec les pièces manquantes.
Aussi, il arrive que le contribuable communal soit amené à fournir, à titre facultatif ou
additif, des arguments contenus dans sa réclamation. D’abord, si le contribuable conteste des
impôts émis suite d’un contrôle sur pièce, il pourra produire, le cas échéant, une copie de la
notification de redressement, une copie de la demande d’éclaircissement ou une copie de la
réponse à la demande d’éclaircissement, une copie de la réponse de l’administration à ses
observations. Ensuite, dans le cadre d’une demande en restitution, le contribuable pourra
produire une copie de la déclaration des impôts payés sans émission préalable d’un AMR ou
d’une copie de la quittance justifiant le paiement. Enfin, dans le cadre de la contestation des
impôts émis suite à une vérification générale, partielle ou ponctuelle, le contribuable pourra
produire une copie du procès-verbal de la date de début du contrôle, une copie de l’avis de
vérification, une copie de la notification de redressement une copie des observations
présentées, une copie de la réponse aux observations qui accompagnent l’AMR et le cas
échéant, de toutes les autres pièces ne révélant nécessaires440.

3. L’examen de la régularité de la réclamation

L’examen de la régularité touche, en règle générale, aux procédures devant conduire à


l’instruction complète de la réclamation préalable. Après saisine du chef de l’exécutif
municipal, l’agent instructeur doit examiner en premier lieu la régularité de l’imposition. Pour

439
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 46.
440
ATECK ADAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 120.
167
AOAA _ v.0.
ce faire, il est appelé à vérifier les éléments déclarés par le contribuable communal en cas
d’imposition primitive ou encore vérifier la procédure suivie en cas d’imposition
supplémentaire, à la suite d’un contrôle sur place ou sur pièce 441. Ainsi, si le déroulement de la
procédure suivie est entachée d’irrégularité, l’administration des taxes et impôts des
collectivités territoriales doit alors procéder au dégrèvement de l’imposition contestée et
engager, le cas échéant, si la prescription ne fait pas obstacle, une nouvelle procédure de
redressement après en avoir informé le contribuable au préalable.
Par ailleurs, il est clair que l’examen de la régularité de la procédure suivie est aussi
une étape importante de l’instruction, dans la mesure où elle détermine notamment à qui
incombe la charge de la preuve dont le principe est la liberté de la preuve. Lorsque la charge
de la preuve incombe à l’administration dans l’instruction de la procédure, l’agent communal
instructeur doit apporter des justifications précises et détaillées, se rapportant au cas
particulier, et non tout simplement de simples allégations, affirmations ou évaluation à
caractère. Cette charge incombe à l’administration des taxes et impôts des collectivités
territoriales lorsqu’elle utilise la procédure de redressement contradictoire, conformément aux
dispositions de l’article L 23 du LPF applicables à la fiscalité locale en vertu de l’article C136
du CGI qui indique que le recours contentieux des impôts locaux obéit aux règles et
procédures prévues par le livre des procédures fiscales. En revanche, lorsque la charge de la
preuve incombe au contribuable, l’agent communal instructeur doit procéder à un examen
approfondi des justifications que l’intéressé a produites ou qu’il propose d’apporter. Il en est
ainsi lorsque l’administration des taxes et impôts des collectivités territoriales, conformément
à l’article L 32 du LPF et en combinaison des articles C136 du CGI 442, utilise de la procédure
de taxation d’office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui doit justifier par tous
les moyens que les impositions mises à sa charge sont exagérées ou non fondées. Toutefois,
l’examen de la forme de la réclamation préalable est toujours suivi de l’instruction au fond.

B. L’examen au fond de la réclamation préalable


L’examen au fond de la réclamation préalable formulée par le contribuable communal
commande que soit respectivement instruit les éléments de faits (1) et les éléments de droit
(2).
1. L’examen des éléments des faits

441
KHALIL HALOUI, Les garanties du contribuable dans le cadre du contrôle fiscal en droit marocain, Thèse
de Doctorat, Université de Grenoble, décembre 2011, p. 22.
442
Voir l’article 136 de la loi portant fiscalité locale.
168
AOAA _ v.0.
L’examen des éléments des faits de la réclamation doit s’arrimer à l’exposé des faits
retenu par le contribuable. A ce titre, il est important de chercher à déterminer de façon aussi
exacte que possible tous les faits utiles à l’appréciation du mérite de la réclamation
notamment les conditions d’exercice de l’activité professionnelle, régime d’imposition, nature
de l’opération contestée, éléments déclarés par le contribuable ou pat le tiers, nature des
procédures fiscales mise en œuvre, dates en litige, etc. Pour ce faire, l’agent communal
instructeur peut procéder à une enquête en vue de s’assurer de leur exactitude, de les préciser
ou de les compléter, et ce de deux manières : d’une part, en se rapprochant du contribuable ou
de son mandataire pour obtenir d’eux toutes les explications utiles et nécessaires, d’autre part
en effectuant des investigations dans la comptabilité de l’intéressé 443, notamment lorsque la
réclamation porte sur les bases des impôts ou des taxes contestées.
En pratique, dans le premier cas, il peut arriver que le contribuable invoque une
disposition dont le bénéfice dépend d’éléments de fait non produits à l’appui de sa
réclamation et non déjà en possession du service, de même, il peut être invité à régulariser sa
demande en la complétant des justifications manquantes. Dans le second cas, si la
comptabilité du contribuable a déjà eu à faire l’objet d’un contrôle sur place, cette
investigation ne s’oppose pas à un examen ultérieur en vue de la validation des arguments du
contribuable, même si cette investigation ne saurait permettre de compléter ou d’étendre les
redressements opérés antérieurement. Toutefois, il n’est pas exclu pour l’agent communal
instructeur de se renseigner auprès des tiers en vertu du droit de communication prévu à
l’article L 42 du LPF444 applicable au contentieux fiscal local conformément aux articles C
136 du CGI et 136 de la loi n°2009/019 portant fiscalité locale.
Tout compte fait, les faits retenus doivent reposer sur des documents écrits ayant force
probante, fournis par le contribuable lui-même ou recueillis par l’administration des taxes et
impôts de la collectivité territoriale concernée pour servir de preuve, et donner suite à la
procédure contentieuse. Si les faits sont de nature à justifier le maintien de l’impôt ou de la
taxe communale contestée ou au contraire fonder son abandon, ils doivent avant tout
coïncider avec des éléments de droit dans la procédure d’instruction.

2. L’examen des éléments de droit

443
MBOME (F.), Le contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 45.
444
Article L 42 al. 2 du LPF : « le droit de communication ne peut en lui-même donner lieu à une notification de
redressements ».
169
AOAA _ v.0.
L’instruction de la demande du contribuable touche tout aussi les éléments de droit à
l’issue de déterminer la décision de l’administration communale. A ce titre, l’agent instructeur
communal pourra procéder à l’examen du bien-fondé de l’imposition en litige ou examiner
l’objet et les moyens de la réclamation préalable.
L’examen du bien-fondé de l’impôt ou de la taxe contestée touche, à la vérité, la
légalité des impositions dans le cadre d’une bonne appréciation des éléments conditionnant
l’application du droit. En effet, c’est précisément au cours de cet examen que l’agent
communal instructeur doit procéder à l’appréciation de la bonne qualité de la motivation des
redressements effectuées en examinant scrupuleusement et autant que distinctement tous les
moyens soulevés par le contribuable dans la demande de réclamation préalable,
conformément aux « moyens » indiqués à l’article C138 al. 2 du CGI 445. Si généralement,
pour les impôts d’Etats, les structures chargées du contentieux dans les services déconcentrés,
en cas de rejet de la réclamation rétienne généralement la formulation « votre réclamation
n’apporte aucun élément nouveau d’où son rejet »446, il convient de souhaiter que les
agents instructeurs du fisc ou de l’administration communale, accordent plus de soins à
l’appréciation du bien-fondé de la réclamation du contribuable. Ainsi, lesdits agents devront
veiller à retenir l’interprétation qui leur est faite par la jurisprudence récente, si elle existe, ou
la doctrine administrative447 exprimée au jour de l’examen de la demande du contribuable.
Toutefois, lorsque la même matière imposable est susceptible de demeurer au même impôt
non pas en vertu de la disposition législative initialement invoquée, mais sur le fondement
d’une autre disposition, l’imposition contestée peut être maintenue au moyen d’une
substitution de base légale448.
En ce qui concerne l’objet et les moyens de la réclamation, il faut a priori signifier
que l’objet est désigné dans les articles C 138 al. 2 et 128 de la loi n°2009/019 portant
fiscalité locale par le terme « conclusions ». Il s’agit de ce que le réclamant demande dans sa
requête. Cette demande peut porter sur le dégrèvement de la totalité des impôts émis ou sur
une partie seulement de ceux-ci. En effet, le contribuable dans la rédaction de sa réclamation
doit accorder une attention particulière à la circonscription de l’objet de la contestation car en
vertu de l’exigence de l’identité de l’objet, celui-ci ne devra pas changer dans la demande
445
Voir aussi l’article 138 al. 2 de la loi portant fiscalité locale.
446
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 66.
447
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.30. Contrairement à la doctrine au
sens classique qui correspond à l’ensemble des écrits scientifiques concernant une même matière, en droit fiscal,
elle rassemble les écrits des universitaires, des praticiens, des juristes, des avocats, etc…
448
La substitution de base légale qui est une technique d’origine jurisprudence consiste à procéder a posteriori au
changement du fondement juridique d’une imposition contestée, par un autre fondement de nature à la justifier.
En changeant le motif de fait et de droit d’une imposition, la substitution la préserve d’une possible annulation.
170
AOAA _ v.0.
contentieuse qui pourra être présenté devant le juge, le cas échéant. Ainsi en vue d’éviter ce
désagrément, le contribuable doit mentionner dans sa réclamation préalable, avec exactitude
l’étendue de la contestation en précisant, par exemple, le montant global des taxes ou impôts
contestés en principal comme en pénalités, la décharge, la réduction ou la restitution
sollicitées. En plus, le contribuable doit s’assurer d’avoir présenté les moyens de droit qui
fondent sa contestation, car, toute requête présentée sans arguments de droit, et même de fait,
doit être déclarée irrecevable. C’est notamment après instruction de la réclamation préalable
du contribuable que l’administration des taxes et impôts de la collectivité territoriale saisie
pourra, à cet effet, se prononcer, c’est-à-dire rendre sa décision.

III : La décision de l’administration communale


L’étude de la décision de l’administration communale nous conduit à examiner
respectivement les seuils de compétence (A) et la décision proprement dite qui doit en résulter
(B).

A. Les seuils de compétence

Le CGI en son Livre troisième et la loi n°2009/019 portant fiscalité locale ont dévolus
à certaines autorités administratives la compétence pour se prononcer sur la réclamation
préalable du contribuable en matière des taxes et impôts communaux. Il s’agit premièrement
du chef de l’exécutif municipal à qui la réclamation est adressée, et éventuellement du préfet
en cas du silence gardé par le premier.
S’agissant de la compétence du chef de l’exécutif municipal, elle résulte clairement de
la combinaison des articles C 138 al. 1 et C 139 du CGI 449. En effet, l’article C138 al. 1 du
CGI : « 1) le contribuable qui se voit réclamer à tort le paiement d’une taxe communale peut,
par écrit, en faire réclamation auprès du chef de l’exécutif municipal dans un délai de trente
(30) jours à partir de la date d’émission du titre de créance ou de la connaissance certaine de
l’imposition »450. C’est dire qu’autant le chef de l’exécutif municipal est l’autorité destinataire
de la réclamation que celle devant statuer sur la demande du contribuable. Encore qu’il doit le
faire d’un un délai précis qui est de 15 jours, à partir du jour de la réception de la réclamation
du contribuable. En cas de silence gardé par le chef de l’exécutif municipal au-delà de ce
délai, son comportement doit être assimilé à une décision implicite valant rejet. A ce titre,

449
Voir aussi les articles 138 al. 1 et 139 de la loi portant fiscalité.
450
Voir aussi l’article 138 al. 1 de la loi portant fiscalité locale.
171
AOAA _ v.0.
l’article C 138 al. 3 : « 3) le silence gardé par le chef de l’exécutif municipal pendant un délai
de quinze (15) jours à compter de la réception de la réclamation, vaut décision implicite de
rejet et ouvre droit à la saisine du préfet, représentant de l’Etat »451.
En vertu de l’article C 138 al. 3 suscité, la saisine du préfet, représentant de l’Etat
devient inévitable en cas de silence gardé par le chef de l’exécutif municipal saisi au-delà du
délai légal prescrit. Une fois saisi, le préfet peut alors examiner la demande du contribuable,
et s’il la trouve fondé, peut proposer au chef de l’exécutif municipal de procéder au
dégrèvement total ou partiel des taxes ou impôts contestés par le contribuable communal. A
ce titre, l’article C139 énonce que : « 1) lorsque, après avis du service fiscal de l’Etat
territorialement compétent, les arguments du requérant sont reconnus fondés, le préfet
recommande au chef de l’exécutif municipal, le dégrèvement de tout ou partie des droits en
cause ».
Cette dispose appelle un double commentaire : primo, on peut supposer que
l’ouverture au contribuable de la possibilité de saisir le préfet, représentant de l’Etat réside
plus fondamentalement dans l’idée que c’est le préfet qui exerce la tutelle sur les communes,
collectivités territoriales décentralisées. C’est donc en toute logique que le législateur a choisi
cette voie proposée au contribuable avant tout recours au juge ; secundo, dans la préparation
de sa décision, le préfet sollicite l’avis, et cela s’apparente à un avis obligatoire, du service
fiscal de l’Etat en vue d’apprécier le bien-fondé des arguments formulés par le contribuable
dans sa réclamation.
En sus, conformément de l’article 139 de la loi portant fiscalité locale 452, lorsque le
préfet à formuler des recommandations au chef de l’exécutif municipal, le refus de celui-ci de
s’exécuter dans les 90 jours de la réclamation vaut décision implicite de rejet. C’est dire que si
le chef de l’exécutif municipal se prononce, après recommandation du préfet, la réclamation
du contribuable peut être vidée ; mais passé ce délai, la voie de recours juridictionnelle
s’ouvre au contribuable.
Tout compte fait, quelle que soit l’autorité, chef de l’exécutif municipal ou préfet,
après examen de la réclamation du contribuable, l’une ou l’autre, est appelée à se prononcer
par une décision qui produit des effets sur la situation fiscale du contribuable.

B. La décision administrative proprement dite

451
Voir également l’article 138 al. 3 de la loi portant fiscalité locale.
452
Voir aussi l’article C139 al. 1 du CGI.
172
AOAA _ v.0.
A l’issue de l’examen de la réclamation préalable, l’administration des taxes et impôts
de la collectivité territoriale saisie doit rendre une décision. Il convient de présenter la
décision dans ses composantes, c’est-à-dire son contenu et sa forme (1) avant de cerner ses
effets (2).

1. Le contenu et la forme de la décision préalable

A la lecture des dispositions des articles C 138 et C139 du CGI, ainsi que les articles
138 et 139 de la loi portant fiscalité locale, la décision que doit rendre l’administration peut
revêtir plusieurs formes et présenter un certain contenu.
Sur la forme, le CGI ainsi que la loi portant fiscalité locale n’apportent aucune
clarification sur la forme de la décision matérialisant le dégrèvement ou le rejet prononcés par
les différentes autorités administratives (chef de l’exécutif municipal ou le préfet) saisies et le
mode de notification de ceux-ci aux destinataires. En effet, les articles C 138 et C139 du CGI
se contentent d’énoncer que lorsque les arguments du contribuable sont reconnus fondés, le
chef de l’exécutif municipal peut prononcer le dégrèvement, ou le cas échéant, le préfet en cas
de silence gardé par celui-là pendant un délai de 15 jours à compter de la réception de la
réclamation. L’on pourrait alors souligner deux cas de figures : la décision de rejet total et la
décision d’admission totale ou partielle.
Dans le premier cas, celui de la décision totale de rejet, aucun formalisme particulier
ne saurait être exigé qu’il s’agisse de la décision de rejet du chef de l’exécutif municipal ou du
préfet représentant de l’Etat. A cet effet, l’article C138 al. 3 du CGI se contente d’énoncer
que : « 3) Le silence gardé par le chef de l’exécutif municipal pendant un délai de quinze (15)
jours à compter de la réception de la réclamation, vaut décision implicite de rejet et ouvre
droit à la saisine du préfet, représentant de l’Etat »453. De même que l’article C 139 al. 2
précise que : « 2) le silence gardé par le préfet ou le refus du chef de l’exécutif municipal
d’exécuter les recommandations du préfet dans les 90 jours de la réclamation, vaut décision
implicite de rejet et ouvre droit à la saisine du juge de l’impôt, en contestation de l’acte du
chef de l’exécutif municipal »454. Puisqu’aucune autre formalité n’est exigée en cas de décision
implicite de rejet, le contribuable peut être informé par une correspondance administrative
motivée, signée de l’autorité compétente (chef de l’exécutif municipal ou le préfet selon les
seuils de compétence), lui indiquant qu’une favorable n’a pas été accordée à sa réclamation.

453
Cf. Article 138 al. 3 de la loi portant fiscalité locale.
454
Voir aussi l’article 139 al. 2 de la loi portant fiscalité locale.
173
AOAA _ v.0.
Dans le second cas, c’est-à-dire, celui d’un dégrèvement partiel ou total au sens de
l’article C 139 al. 1 du CGI que le problème peut se poser. En effet, le CGI, ainsi que la loi
portant fiscalité locale désignent clairement les autorités compétentes et les seuils de
compétence, soit le chef de l’exécutif municipal, soit le préfet, représentant de l’Etat. Ainsi au
terme de l’article C139 al. 1:« lorsque, après avis du service fiscal de l’Etat territorialement
compétent, les arguments du requérant sont reconnus fondés, le préfet recommande au chef
de l’exécutif municipal, le dégrèvement de tout ou partie des droits en cause »455. Dans la
pratique, après instruction de la réclamation, l’autorité saisie adresse au contribuable une note
dans laquelle ce dernier est informé du dégrèvement qui lui est accordé. C’est pourquoi les
comptables ampliatives des décisions de recouvrement ont toujours les pièces justificatives
nécessaires pour poursuivre partiellement ou arrêter l’action en recouvrer.
En ce qui concerne le contenu de la décision, la décision du chef de l’exécutif
municipal ou du préfet dans le cadre de la réclamation préalable, peut revêtir plusieurs sens :
il peut s’agir alors d’une admission totale, d’une admission partielle ou d’un rejet total. En cas
d’admission totale de la réclamation du contribuable, la décision n’est pas nécessairement
motivée. Par contre, la motivation doit être obligatoire en cas d’admission partielle ou de rejet
total conformément à l’article L 123 du LPF 456 qui reste applicable dans le contentieux fiscal
local en vertu des articles C 136 du CGI 457, à l’exception des dispositions spécifiques sur les
taxes communales. Dès lors, les motifs doivent être rédigés de façon claire et précise et
doivent être adaptés à l’esprit général de la réclamation, sans manquer de répondre à tous les
moyens expressément soulevés.
Dans sa généralité, le texte de la décision d’admission partielle ou de rejet en référencé
aux articles C 138 et C 139 du CGI doit comporter certaines indications : « un rappel de la
situation de fait du contribuable, l’analyse des dispositions législatives ou réglementaires
applicables et le cas échéant, l’analyse de leur interprétation par la jurisprudence ; la
conclusion résultant de l’application des principes dégagés au cas particulier. Le cas
échéant, l’indication des compensations effectuées et leur incidence financières »458. Une fois
la décision notifiée au contribuable, elle est dès lors susceptible de produire certains effets.

2. Les effets de la décision de réclamation préalable

455
Voir aussi l’article 139 al. 1 de la loi portant fiscalité locale.
456
Article L 123 : « la décision de l’Administration doit être rendue dans un délai de trois (3) mois à compter
de la date de réception de la réclamation. Cette décision formulée par écrit doit être motivée ».
457
Cf. également l’article 136 de la loi portant fiscalité locale.
458
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 81.
174
AOAA _ v.0.

Une fois la décision prise par le chef de l’exécutif municipal ou le cas échéant le
préfet, qu’elle soit implicite ou expresse, elle doit être adressée au contribuable auteur de la
réclamation par poste avec accusé de réception ou lui est remise en main propre contre
décharge. Les effets attachés à la décision ne sont donc pas les mêmes selon qu’il s’agit d’une
admission totale, une admission partielle ou un rejet total. En cas d’admission totale, toute
action contentieuse est éteinte ; et la décision prise est notifiée à l’agent comptable
assignataire pour qu’il arrête immédiatement les poursuites. En revanche, dans l’hypothèse
d’un rejet total (articles C138 al. 2 et C 139 al. 3 du CGI) ou d’admission partielle (article C
139 al. 1), le comptable compétent est fondé à poursuivre le recouvrement, si son action a été
paralysée par un éventuel sursis de paiement accordé au contribuable. Le comptable
poursuivant devra apurer la dette fiscale du contribuable du montant ayant fait l’objet du
dégrèvement partiel. En cas de dégrèvement total, le même comptable sera invité à apurer la
totalité de la dette du contribuable ; et ce dernier ne sera plus poursuivi pour le recouvrement
des impôts ainsi dégrevés.
En outre, la décision implicite du préfet valant rejet, ainsi que le refus du chef de
l’exécutif municipal d’exécuter les recommandations du préfet ouvre la possibilité au
réclamant de saisir le juge de l’impôt. A ce titre, l’article C 139 al. 2 du CGI 459 dispose que :
« 2) le silence gardé par le préfet ou le refus du chef de l’exécutif municipal d’exécuter les
recommandations du préfet dans les 90 jours de la réclamation, vaut décision implicite de
rejet et ouvre droit à la saisine du juge de l’impôt, en contestation de l’acte du chef de
l’exécutif municipal ». En sus, l’article C 140 ajoute clairement que : « 1) le requérant, pour
saisir le juge de l’impôt, dispose d’un délai de trente (30) jours à compter de la date du rejet
de sa requête »460.

SECTION 2. A PROTECTION JURIDICTIONNELLE DE L’IMPOT LOCAL

Le recours au juge de l’impôt intervient au terme de la décision de rejet de la


réclamation du contribuable communal ou de l’absence de décision de l’administration
communale. En effet, l’article C 139 al. 2 du CGI dispose que : « 2) le silence gardé par le
préfet ou le refus du chef de l’exécutif municipal d’exécuter les recommandations du préfet
459
Voir également l’article 139 al. 2 de la loi portant fiscalité locale.
460
Voir l’article 140 de la loi portant fiscalité locale.
175
AOAA _ v.0.
dans les 90 jours de la réclamation, vaut décision implicite de rejet et ouvre droit à la saisine
du juge de l’impôt, en contestation de l’acte du chef de l’exécutif municipal »461. A cet effet,
au terme de l’article C 140 du CGI, le contribuable dispose d’un délai de trente (30) jours à
compter de la date du rejet de sa requête 462. Le contentieux fiscal local porté devant le juge de
l’impôt, reste au-delà de toute considération secondaire, un contentieux réparti par le
Troisième Livre du CGI (Art.137 et s.) et de la loi n° 2009/019 portant fiscalité locale, entre
les juridictions judiciaires et les juridictions administratives. En effet, le règlement des litiges
fiscaux devant les juridictions relève d’une part, en ce qui concerne les impôts directs, droits
et taxes assimilés, de la compétence du juge administratif ; d’autre part, de la compétence du
juge judiciaire, en ce qui concerne les impôts indirects locaux, droits et taxes assimilées.
A la lecture de l’article C136 du CGI qui ressort clairement que « le recours
contentieux des impôts locaux obéit aux règles et procédures prévues par le livre des
procédures fiscales, sous réserve des dispositions spécifiques régissant les taxes
communales ». C’est dire qu’à l’exception des dispositions spécifiques applicables aux taxes
fiscales, les règles et procédures prévues dans le Livre des Procédures fiscales applicables aux
impôts d’Etat restent applicables au Contentieux fiscal local.
Le recours au juge fiscal local dans l’ordre juridictionnel camerounais pose le
problème de sa détermination et de sa compétence, tant il est vrai que cette dernière est une
question prioritaire de la procédure contentieuse 463. La mise en perspective du contentieux
fiscal local permet de constater que ni au sens restreint, c’est-à-dire classique de justice
administrative464, ni au sens élargi (type, genre de juridiction), on ne rencontre pas un juge
fiscal unique ou spécialisé dans notre ordre juridique interne. En pratique, ce sont les deux
juges des ordres classiques qui concourent au règlement des litiges fiscaux en fonction de
chacune des compétences dans le contentieux fiscal local.
En clair, la répartition des compétences bien que complexes entre le juge administratif
et le juge judiciaire, est fonction des impôts, droits et taxes, ainsi que des litiges fiscaux en
dépit de la dualité des juges de l’impôt. Ce faisant, il convient de fixer la répartition des
compétences entre les juridictions fiscales, dans un premier temps (I) ; et dans un second
temps, de préciser la procédure à suivre devant le juge de l’impôt (II).

I. La répartition des compétences entre les juridictions


461
Voir également l’article 139 al. 2 du CGI portant fiscalité locale.
462
Voir l’article C 140 du CGI : « 1) le requérant, pour saisir le juge de l’impôt, dispose d’un délai de trente
(30) jours à compter de la date du rejet de sa requête ».
463
CHAPUS (R.), Droit du contentieux administratif, Paris, LGDJ, 15e éd., 2001, pp.233 et s.
464
ABA’A AYONO (J.C.), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, op.cit., p15.
176
AOAA _ v.0.

L’existence dans un système juridictionnel fiscal d’un Etat, de plusieurs ordres de


juridictions distincts, pose inéluctablement le problème de la répartition des compétences
entre ces différentes juridictions. Pour les Professeurs Jean Vincent et Serge Guinchard, la
compétence apparait ainsi comme « l’aptitude d’une juridiction à connaitre d’une
prétention »465. Seulement, il n’y a pas de compétence exclusive de l’un ou de l’autre ordre de
juridictions en matière de contentieux fiscal local. Au Cameroun, comme ailleurs, le juge de
l’impôt a deux têtes466. Le partage de compétence s’explique davantage par des raisons
historiques que par des considérations rationnelles ou juridiques.
Se situant sous l’angle de la compétence rationae materiae 467, l’étendue de la
compétence des juridictions intervenant dans le contentieux fiscal local est déterminée
d’abord par la nature des prélèvements fiscaux ; elle l’est aussi suivant le type de contentieux
concerné.

Sur le plan juridique, pour certains auteurs468, la compétence administrative s’impose


au contentieux des impôts directs, car le rôle nominatif hier et l’AMR 469 aujourd’hui sont des
actes administratifs470. L’AMR est alors signé par le receveur des impôts (CGI du Tchad) 471 ou
rendu exécutoire par le Chef de centre des impôts territorialement compétent (pour exemple,
CGI du Gabon)472. Par conséquent, de nature administrative de cet acte, l’on peut inférer que
seul le juge fiscal administratif est juge des impôts recouvrés par voie de rôle. En revanche, la
compétence du juge judiciaire, notamment dans le contentieux du recouvrement, tient au fait
que « les poursuites susceptibles d’être engagées pour avoir paiement de l’impôt obéissent

465
VINCENT (J.), GUINCHARD (S.), Procédure civile, Dalloz, 25e édition, 1999, p. 24
Pour le Président Raymond ODENT, « La compétence d’une juridiction, c’est le droit et l’obligation qu’à
cette de connaitre d’une certaine matière ». ODENT (R.), Contentieux administratif, Tome I, Dalloz, 2007, p.
87.
466
BELTRAME (P.), La fiscalité en France, Les fondamentaux, 11e édition, Paris, 1992, p. 152.
467
On distingue additionnement, la compétence rationae materiae qui tient à la nature du litige, à la compétence
rationae loci qui tient à la circonscription territoriale assignée à chaque organe juridictionnel et la compétence
rationae temporis qui tient à l’étendue de la compétence d’une juridiction dans le temps.
468
BOUVIER (M.), Introduction au droit fiscal et à la théorie de l’impôt, LGDJ, Paris, 2e édition 1999, p.121.
469
« Document contenant l’acte par lequel l’administration authentifie une créance fiscale non acquittée dans
les délais légaux, pour les impôts non perçus par voie de rôle nominatif et recouvrés par les comptables de la
Direction Générale des Impôts », CORNU (G.), Vocabulaire juridique, op.cit., p.113.
Le Lexique des termes juridiques définit quant à lui l’AMR comme un « titre exécutoire émis par les
services de la Direction Générale des Impôts pour liquider le montant impayé d’un impôt, et en permettre le
recouvrement éventuel par des voies d’exécution », 13e édition, Dalloz. p.61.
470
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit. p.109.
471
Article R 56 « L’AMR, signé par le receveur des impôts, territorialement compétent, est adressé au
contribuable le jour même ».
472
Article P 922 « L’AMR rendu exécutoire par le Chef de centre des impôts territorialement compétent, est pris
en charge par le Receveur des impôts qui le notifie le jour même au contribuable ».
177
AOAA _ v.0.
du point de vue de leur forme aux règles de droit privé »473. En effet, c’est parce que la
validité formelle des actes de poursuite met en cause les règles de droit privé que le juge
judiciaire est habilité à en connaitre. Certaines mesures de droit commun telles que la saisie et
la vente des biens d’un redevable, se rapprochent précisément des voies d’exécution. De sorte
que c’est le juge civil, « juge de l’exécution » qui est mieux placé pour en connaitre. Or par
exemple, les droits d’enregistrement sont perçus à l’occasion des faits matériels ou
d’opérations juridiques civiles régi(e)s par le Code civil et le CPCC, d’où l’attribution de la
compétence au juge judicaire.

Sur le plan historique, en droit français, d’autres auteurs pensent que les bases de la
répartition ont été jetées par une loi des 7-11 septembre 1790 474. Conformément aux
dispositions de cette loi, le contentieux des contributions directes était confié aux directoires
(c’est-à-dire aux autorités administratives) et celui des contributions indirectes aux juges
civils de districts475. Les bases originaires du dualisme juridictionnel en matière fiscale dans
les Etats de l’Afrique Equatoriale française, à l’instar du Cameroun, du Gabon et du Tchad,
comme déjà rappeler plus haut, ont été posées par le législateur français. C’est bien ce dernier
qui a introduit dans ces Etats (et dans bon nombre d’Etats africains), le système de la dualité
des juridictions476 de l’ordre administratif et judiciaire en matière fiscale. Le dualisme
juridictionnel fiscal tel que perçu et reçu au Cameroun, au Gabon et au Tchad, est un héritage
colonial consolidé.

Sur le plan économique, certaines considérations, à la lecture des Codes généraux des
impôts des Etats étudiés, peuvent conduire à tenir compte des éléments économiques dans la
détermination de la nature d’une imposition. A cet effet, le Professeur Bernard Castagnède 477
souligne que le caractère mobile, occasionnel et instable des éléments économiques
susceptibles d’être frappée par les impôts indirects contrairement à ceux directs, justifie
l’attribution du contentieux y afférent au juge judiciaire. Car, les actes de production, de
circulation et de consommation de biens 478 suscitent davantage des contestations d’intérêt

473
CASTAGNEDE (B.), La répartition des compétences juridictionnelles…, op.cit., p.409.
474
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 105.
475
En opérant cette répartition, le législateur révolutionnaire entendait faire application en matière fiscale du
principe de la séparation des fonctions administratives et judiciaires, posé par l’article 13 du titre 2 de la loi sur
l’organisation judiciaire des 16-24 aout 1790, dans laquelle la loi des 7-11 septembre a été intégré sous forme
d’un titre XIV.
476
Ibid., p. 247.
477
CASTAGNEDE (B.), La répartition des compétences juridictionnelles en matière fiscale, ….op.cit. p. 139.
478
Ces biens peuvent être à la fois meubles ou immeubles. Voir article 236 du CGI tchadien, etc
178
AOAA _ v.0.
privé notamment en matière de saisine des biens 479 qui sont alors susceptibles d’être mieux
dévolues et résolues par les juridictions de droit commun. Toutefois, la répartition des
compétences fiscales entre les juges administratif et judiciaire n’est aucunement chose aisée.

Au Cameroun, le contentieux fiscal local reste au-delà de toute considération


secondaire, un contentieux réparti par le Troisième Livre du CGI sur la fiscalité locale, le
Livre de Procédures Fiscales et la loi n° 2009/019 portant fiscalité locale, entre les juridictions
judiciaires et les juridictions administratives. En fonction de la nature des impôts, la lecture
combinée de ces différents instruments juridiques, il ressort que le juge administratif est juge
des impôts directs locaux, droits et taxes assimilées (A) ; alors que le juge judiciaire a
compétence pour statuer sur les impôts indirects, droits et taxes assimilées (B).

A. Le juge administratif, juge de l’impôt local

Au terme de l’article C 140 al. 2 et de l’article 140 de la loi portant fiscalité formulés
dans le même style, « 2) le recours contentieux porté devant la juridiction administrative
compétente obéit aux règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales pour
les impôts de l’Etat ». C’est dire que les règles de compétences entre les juridictions fiscales,
à l’exception de celles régissant les taxes communales obéissent également aux règles et
procédures fixées dans le Livre des procédures fiscales ». S’agissant des taxes communales
spécifiquement, l’article C137 du CGI énonce que : « les réclamations relatives aux taxes
communales ressortissent de la juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la
répartition d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice
d’un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire ».

S’agissant des bases actuelles de la compétence du juge fiscal administratif, au


Cameroun, l’on s’en tiendra tout d’abord à la loi du 19 avril 2002, 480 portant Code général des
impôts de la République du Cameroun et au Code général des impôts en vigueur durant
l’exercice fiscal 2017481. En effet, l’article L.126 du Livre de Procédures fiscales du CGI sus-
indiqué dispose qu’: « en matière d’impôts directs et taxe sur la valeur ajoutée ou de taxes
assimilées, les décisions rendues par l’Administration sur les réclamations contentieuses et
qui ne donnent pas entièrement satisfaction aux intéressés, peuvent être attaquées devant la

479
Par exemple, l’article R73 du CGI tchadien « …le porteur de contrainte peut procéder à la saisine des biens
meubles appartenant au débiteur, dans les formes prescrites par le Code de procédure civile ».
480
Loi n°2002/03 du 19 avril 2002, portant Code général des impôts de la République du Cameroun.
481
Code général des impôts du Cameroun, pour l’exercice 2017.
179
AOAA _ v.0.
Chambre Administrative de la Cour Suprême, dans un délai de soixante jours à partir du jour
de la réception de l’avis portant notification de la décision »482.

En vertu de l’article L 116 sur les impôts d’Etat dont l’énoncé reste applicable pour les
impôts directs locaux, les juridictions administratives sont compétentes pour connaitre des
litiges relatifs aux impôts directs ou assimilés, autant pour les impôts d’Etat (impôt sur le
revenu, impôt sur les sociétés, TVA et assimilées, que pour les impôts directs locaux (la
patente, la licence, l’impôt libératoire, etc). En effet, ont le caractère d’impôts directs ou
assimilés « les impôts perçus par voie de rôle »483.

En effet, l’article 26 de la constitution camerounaise en vigueur précise tacitement la


compétence des juridictions en matière fiscale. Si nous nous référons à cette idée, il convient
donc de rechercher au cas par cas, la clé de répartition établie par le législateur au profit du
juge administratif. Certaines lois fiscales 484 en vigueur adoptées et publiées au Cameroun
attestent d’une attribution explicite du contentieux des impôts directs à la juridiction
administrative et celui du contentieux des impôts indirects à la juridiction judiciaire. En fait,
la répartition des compétences en fonction de la nature des impositions litigieuses n’est que
très peu fonctionnelle ; elle doit tenir également compte de la nature du contentieux.

En général la compétence du juge administratif de l’impôt local est déterminée par la


nature des prélèvements fiscaux et varie suivant le type de contentieux en cause.

Suivant la nature du prélèvement, la compétence du juge administratif de l’impôt


local reste aménagé par l’article L126 du LPF. A ce titre, l’article c 140 al. 2 du CGI dispose
que : 2) le recours contentieux porté devant la juridiction administrative compétente obéit
aux règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales pour les impôts de
l’Etat ». C’est dire que le tribunal administratif qui est compétente pour connaitre en premier
ressort des litiges relatifs aux impôts directs locaux, droits et axes assimilées. Ont le caractère
directs locaux et assimilés, les impôts perçus par voie de rôle notamment impôt foncier, la
patente, impôt libératoire, etc.

482
Voir loi infra.
483
BELTRAME (P.), La fiscalité en France, op.cit., p. 153.
484
La notion de loi fiscale fait référence aux « lois à objet fiscal », c’est-à-dire les lois ordinaires aussi bien que
les lois de finances, notamment les dispositions fiscales de celles-ci.
180
AOAA _ v.0.
Très souvent, il arrive que l’on fait face à des « impositions innommées » ou
« prélèvements innommés » qui sont de nature incertaine 485, c’est-à-dire que les impôts que
l’on ne peut assimiler ni aux impôts directs ni aux impôts indirects. Cette catégorie
d’impositions est dévolue au juge administratif par la loi. Ainsi l’article 205 du CGI énonce
que l’assiette, le recouvrement et le contentieux de ces taxes locales suivent les procédures
applicables en matière de contributions directes. De même que se référant à la loi de finances
pour l’exercice 2006, il ressort que la collecte et le traitement des titres de créances de l’Etat,
et partant des Collectivités décentralisées, en matière domaniale, cadastrale et foncière de
l’administration jouit des prérogatives qui lui sont reconnues par le LPF ; toute chose qui
semble, dans une certaine mesure, conférer en quelque sorte un caractère fiscal ou quasi-fiscal
à ces créances486.

S’agissant du critère du type du contentieux, le juge administratif de l’impôt local


connait de l’ensemble des impôts directs locaux et assimilées. Quant au contentieux, il est
d’abord compétent pour connaitre de l’intégralité du contentieux de l’assiette des impôts
directs locaux, des droits et taxes assimilées y compris le contentieux de l’assiette des taxes
communales directes aux termes de l’article 205 du CGI. Le contentieux de l’assiette est une
voie de droit, une sorte de droit commun de l’action fiscale, qui s’analyse le plus souvent en
action en décharge ou en réduction d’impôt dirigée contre l’acte individuel d’imposition. Est
également devant le juge administratif le recours en responsabilité des fautes commises par le
service fiscal des collectivités territoriales décentralisées dans la mise en œuvre des
prélèvements obligatoires relevant de leur compétence sauf cas de voie de fait administrative
qui ressortit de la compétence du juge judiciaire.

En outre, dans les litiges se rapportant au paiement des prélèvements communaux


obligatoires, le juge administratif notamment le tribunal administratif, est seulement
compétent pour connaitre des « oppositions à contrainte », c’est-à-dire des contestations
relatives à l’obligation de payer, à leur quotité ou à leur exigibilité, car les oppositions à
contraintes sont considérés comme des actes administratifs 487. Dès lors, le contribuable est en
droit de faire valoir qu’il a déjà payé l’impôt communal qui lui est réclamé ou qu’il est
poursuivi à tort comme débiteur solidaire, à condition, toutefois, que ces oppositions à

485
FERMOSE (J.), Le juge fiscal camerounais, Mémoire de Master II, Université de Ngaoundéré, 2012-2013,
p.31.
486
MBOULI (A.), Le dualisme juridictionnel en matière fiscale, Thèse de doctorat, Université Jean Moulin 3,
Octobre 2009, p.119.
487
AKONO OMBGA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal camerounais, Thèse de Doctorat,
Université de Yaoundé II-Soa, 2013, p. 419.
181
AOAA _ v.0.
contrainte doivent nécessairement concerner les impôts directs locaux, droits et taxes
assimilées. Toute chose que si le justiciable ne conteste que la régularité des actes de
poursuites qui sont la mise en demeure valant commandement de payer, la saisie et la vente,
on sera en présence d’une « opposition à poursuites » qui est du ressort du juge judiciaire.

Enfin, s’agissant du contentieux de la légalité, qui par le moyen de recours pour excès
de pouvoir tend, à l’annulation de la décision administration fiscale ( le chef de l’exécutif
municipal ou le préfet) autre qu’un acte individuel d’impôt, est de la seule compétence du
juge administratif. C’est dire qu’à la lecture des articles C 139 al. 2 et l’article C 140, les
décisions prises par le chef de l’exécutif municipal ou le préfet en matière d’excès de pouvoir,
peuvent faire l’objet d’un recours en annulation devant le tribunal administratif. Toutefois, ce
principe est battu en brèche en matière de contentieux d’imposition. En effet, les contentieux
d’interprétation et d’appréciation de légalité des actes administratifs individuels et
réglementaires ne constituent que des questions préjudicielles devant le juge judiciaire de
l’impôt488. C’est dire qu’il n’existe pas des questions préjudicielles devant le juge judiciaire de
l’impôt contraste avec la jurisprudence française Septfonds de 1923 dans le cadre du
contentieux administratif général, car le juge judiciaire de l’impôt bénéficie d’une plénitude
de juridiction489.

S’agissant des bases actuelles de la compétence du juge fiscal administratif, au


Cameroun, l’on s’en tiendra tout d’abord à la loi du 19 avril 2002, 490 portant Code général des
impôts de la République du Cameroun et au Code général des impôts en vigueur durant
l’exercice fiscal 2017491. En effet, l’article L.126 du Livre de Procédures fiscales du CGI sus-
indiqué dispose qu’: « en matière d’impôts directs et taxe sur la valeur ajoutée ou de taxes
assimilées, les décisions rendues par l’Administration sur les réclamations contentieuses et
qui ne donnent pas entièrement satisfaction aux intéressés, peuvent être attaquées devant la
Chambre Administrative de la Cour Suprême, dans un délai de soixante jours à partir du jour
de la réception de l’avis portant notification de la décision »492.

B. Le juge judiciaire, juge de l’impôt local

488
GRANJON (D.), « Les questions préjudicielles », AJDA, 1968, p. 75-93.
489
TC, 27 oct. 1931, Société Pommier, Rec. 1173, 24/10/1942, concl. De Morcourt. En l’espèce, le juge des
conflits déclare : « l’autorité judiciaire compétente pour statuer sur les réclamations relatives à l’application
des contributions et taxes indirectes, l’est également pour apprécier la légalité et interpréter le sens des actes
administratifs en vertu desquels la perception a eu lieu ».
490
Loi n°2002/03 du 19 avril 2002, portant Code général des impôts de la République du Cameroun.
491
Code général des impôts du Cameroun, pour l’exercice 2017.
492
Voir loi infra.
182
AOAA _ v.0.
Le juge administratif n’a pas l’exclusivité de compétence dans le contentieux
fiscal local, la compétence du juge fiscal judiciaire est également admise. Au Cameroun, le
juge judiciaire, aux termes de l’article 419 du Code général impôt, connait des droits
d’enregistrement et du timbre, et autres taxes indirectes qui ne sont pas des taxes sur le chiffre
d’affaire493. Cette disposition prévoit alors qu’en matière d’impôts indirects « l'introduction et
l'instruction des instances ont lieu devant les tribunaux civils de la situation du Centre des
Impôts chargé de la perception des droits ; la connaissance et la décision en sont interdites
par toutes autres autorités constituées et administratives ».Aussi dans le LPF l’article 55
dispose-t-il que « les poursuites de droit commun comprennent trois degrés : la mise en
demeure valant commandement de payer, la saisie et la vente. Ces trois degrés constituent
des poursuites judiciaires, c’est-à-dire seuls les tribunaux judiciaires sont compétents pour
statuer sur la validité de ces actes ». A côté des Codes généraux des impôts, la consécration
de la compétence du juge judiciaire se trouve aussi bien dans les conventions et actes
communautaires494 applicables au Cameroun, au Gabon et au Tchad qui détermine la
compétence du juge civil, juge de droit commun du contentieux des droits d’enregistrement et
d’une partie importante du contentieux de recouvrement.

Si pour Michel de Forges, les critères énoncés ne sont pas toujours fonctionnels, la
doctrine s’est finalement fondée sur un certain nombre de justifications que l’on peut aisément
expliquer sur la base des textes fiscaux (notamment les Codes généraux des impôts
camerounais, gabonais et tchadien). Ces justifications sont d’ordre juridique, historique et
économique.

…Il est vrai qu’à la lecture du Livre troisième du CGI et de la loi n°2009/019 portant fiscalité
locale, aucune disposition des textes suscitées ne donnent une compétence expresse au juge
judiciaire sur la nature des impôts en litige, encore moins sur le litige fiscal. En vertu de
l’article C 136 du CGI qui énonce que: « le recours contentieux des impôts locaux obéit aux
règles et procédures prévues par le livre des procédures fiscales, sous réserve des
dispositions spécifiques régissant les taxes communales », il ressortir clairement en dehors
des dispositions spécifiques aux taxes communales, les règles et procédures du LPF

493
ATECK A DJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.108.
494
Cf. Acte n°5/66 UDEAC-49 du 13 décembre portant convention fiscale CEMAC ; Acte n°17/65-UDEAC-38
du 14 décembre 1965 portant Convention d’assistance mutuelle administrative en matière fiscale ; Règlement
n°17/99/CEMAC-20-CM-03 du 17 décembre 1999, Charte des investissements de la CEMAC ; Directive
n°1/99/CEMAC-028-CM-03 du 17 décembre 1999 portant harmonisation des législations des Etats membres en
matière de TVA et de droit d’accises.
183
AOAA _ v.0.
demeurent applicables. Ainsi l’étendue de la compétence du juge judiciaire de l’impôt est
fonction de la nature des impôts et varie suivant le type de contentieux.

Primo en fonction de la nature des impôts, le juge judiciaire est compétent pour
connaitre des litiges relatifs aux impôts indirects communaux, droits et taxes assimilées (la
taxe sur les spectacles, les droits de place sur les marchés, ect), les oppositions à poursuites
relatives aux impôts et taxes relevant de la juridiction administrative, l’intégralité du
contentieux du recouvrement (art. L55- L70 du LPF), à l’exception des actes administratifs
s’y rapportant suivant les articles L 80 du LPF et article 411 à 419 du CGI sur les droits
d’enregistrement.

Secundo, en ce qui concerne le type de contentieux, le juge judiciaire connait de


l’intégralité du contentieux de l’assiette des impôts sus-visés, de la responsabilité en cas de
voie de fait administrative sous réserve de l’évolution à venir par rapport à la loi du 29
décembre 2006 et du recouvrement (opposition à contrainte et à poursuites relatives aux
impôts directs locaux, bien que ces derniers impôts relèvent de la compétence du juge
administratif)495.

Par rapport au contentieux local répressif de l’impôt qui tend essentiellement à


réprimer le délit de fraude fiscale, il relève suivant l’article L 111 LPF 496, applicable
également au contentieux fiscal local, du tribunal correctionnel qui est en général indépendant
du juge de l’impôt. Il est alors juge des pénalités fiscales prononcées par le fisc ainsi que de la
responsabilité pénale des agents fautifs de l’administration fiscale communale.

III. LA PROCEDURE DEVANT LE JUGE DE L’IMPOT

D’une manière générale, aussi bien devant les juridictions administratives que devant
les juridictions judiciaires, les règles régissant l’instance juridictionnelle en matière de
contentieux fiscal local, résultent soit des dispositions de droit commun, soit de celles
spécifiques aux lois fiscales (CGI et loi de 2009 sur la fiscalité locale). Aux termes des

495
BELTRAME (P.), La fiscalité en France, op.cit., p. 155.
496
Article L 111 : « Le tribunal correctionnel peut à titre de peine complémentaire :
- Prononcer les déchéances prévues aux articles 30 et 31 du Code Pénal ;
- Interdire temporairement, pendant une période n’excédant pas cinq (5) ans, le droit d’exercer, directement ou
par personne interposée, pour son compte ou le compte d’autrui, toute profession industrielle, commerciale ou
libérale.
Le tribunal correctionnel ordonne, dans tous les cas, la publication intégrale ou par extraits du jugement dans
un journal d’annonces légales. Les frais de publication sont à la charge du condamné ».
184
AOAA _ v.0.
articles C 136 du CGI et C136 de la loi portant fiscalité locale, le recours contentieux des
impôts locaux obéit aux règles et procédures prévues par le Livre des procédures fiscales,
sous réserve des dispositions spécifiques aux taxes communales. C’est dire que l’organisation
de l’instance devant le juge de l’impôt en matière de contentieux fiscal local obéit pour une
grande aux règles du Livre des Procédures fiscales régissant le contentieux fiscal en général,
tant du point de vue des caractères de la procédure (A) que de l’ensemble des éléments
constitutifs de l’instance devant le juge de l’impôt (B).

A. Les caractères de la procédure devant le juge de l’impôt

Un certain nombre des caractères sont communs devant les juridictions administratives
ou judiciaires dans le contentieux fiscal local. Ainsi quel que soit l’ordre de juridiction
considéré, la procédure est écrite, contradictoire et inquisitoire.

Tout d’abord, les prétentions et l’argumentation des parties doivent être formulées
dans la forme écrite. La procédure est écrite parce que « l’introduction se fait devant le juge
administratif (tribunal administratif) par simples mémoires respectivement communiqués »
selon l’article 419 (2) et que les parties ne peuvent à l’audience que développer les moyens
qu’elles ont exposés par voie de mémoire. Le juge n’arrêtera sa décision qu’au vu de
l’argumentation développée et des éléments de preuve fournis dans les mémoires écrits et
ceux qu’il aura pris l’initiative de demander. En France, par exemple, le ministère d’un avocat
n’est pas requis devant l’instance fiscale administrative, mesure étendue au TGI en formation
fiscale ; de même qu’au Cameroun, le ministère de l’avocat est aussi facultatif devant
l’instance fiscale. A ce titre, l’article 419 al. 2 du CGI énonce que « les parties ne sont pas
obligées d’employer le ministère d’avocats défenseurs ».

Ensuite, s’agissant de la procédure contradictoire 497, ce principe découle de


l’obligation faite au juge de faire prendre connaissance à chaque partie les pièces produites
par l’autre et l’exigence qui pèse sur elles de répondre ou de faire des observatoires (article L
132 et L 133 du LPF). Le terme contradictoire se définit comme « ce qui contredit, s’oppose,
implique une contradiction »498. Le principe du contradictoire signifie que « le juge, soumis à
un devoir d’impartialité, doit entendre les deux parties »499. Chaque partie est toujours
497
« Procédure dans laquelle les parties comparaissent en personne ou par mandataire selon les modalités propres
à la juridiction devant laquelle la demande est portée ». Lexiques des termes juridiques, 13 e édition, Dalloz. Voir
SCHRAMECK (O.), « Quelques observations sur le principe du contradictoire : l’état du droit », Mélanges Guy
BRAIBANT, Paris, Dalloz, 1996, p. 630.
498
Définition donnée par le Dictionnaire Larousse.
499
CHAUTARD (A.), La mutabilité de l’instance fiscale et le droit à un procès équitable, L’harmattan, 2003,
p.145.
185
AOAA _ v.0.
appelée à s’expliquer sur ce qui est avancé par la partie adverse. Les parties doivent être à
même de discuter l’argumentation et les prétentions de leurs adversaires. La requête, les
mémoires et les pièces sont communiqués aux parties selon des modalités prévues aux articles
sus-visés. Au fait, le principe de la contradiction est une exigence de l’article L 23 à 29 du
LPF en matière de redressement, et encourt la sanction du juge s’il n’est pas respecté à ce
stade500. Ce principe va de pair avec celui du respect des droits de la défense 501 avec pour
objectif de remédier à l’inégalité naturelle des parties, ce qui induit le principe d’égalité
devant la justice.

Enfin, il faut noter que la procédure devant le juge de l’impôt présente également un
caractère inquisitorial. Ce type de procédure s’oppose à la procédure dite accusatoire, dont la
procédure civile a fourni le type caractéristique, en ce qui concerne le rôle du juge. Dans la
procédure accusatoire, il se borne à suivre le déroulement de l’instruction dont les parties
gardent l’initiative alors que dans la procédure inquisitoriale, il la dirige. En pratique, dans le
procès civil, l’action en justice débute par une assignation adressée par la partie adverse par le
demandeur et se poursuit par les notifications qu’échangent les avocats ; dans le procès
administratif au contraire, c’est au juge que le demandeur. Et c’est le juge qui saisit la partie
adverse ; c’est à lui que sont adressés les mémoires des parties ; c’est lui qui les transmet de
l’une à l’autre, et qui met fin à cet échange lorsqu’il estime l’affaire en état d’être jugée.
Aussi, le caractère inquisitorial du procès donne au juge, qu’il soit judiciaire ou administratif,
les mêmes pouvoirs que ceux dont il dispose pour l’ensemble du contentieux administratif. Le
juge ne se contente donc pas d’entendre les parties au procès et de juger les moyens exposés,
mais il a la faculté d’ordonner les enquêtes, expertises et descentes sur les lieux afin de
vérifier la réalité des faits contestés. Mais ce n’est qu’une faculté, car le juge n’est pas tenu
d’ordonner une enquête ou toute autre mesure d’instruction s’il estime trouver au dossier des
éléments d’appréciation suffisants502.

Enfin, la procédure devant le juge de l’impôt local présente aussi un caractère secret.
La procédure est écrite, car le public n’a pas accès aux informations relatives au procès. En
effet, le secret qui entoure le déroulement du procès fiscal est absolu. Il est déjà exigé au
niveau du contrôle fiscal puis qu’aux termes de l’article 47 al. 1, « les agents des impôts sont
tenus au secret professionnel et ne peuvent communiquer les informations recueillies dans le

500
Affaire CCC/Etat du Cameroun (Minfi) du 27 septembre 2006.
501
CHAUTARD (A.), La mutabilité de l’instance fiscale et le droit à un procès équitable, op.cit., p.182.
502
Voir les arrêts, n°10 du 21 juin 1966, Commune rurale de Bengbis C/Dame Abeng Mfoumou Jeanne ; CFJ,
arrêt n°13 du 30 avril 1963, Nguele Jérome C/Etat du Cameroun.
186
AOAA _ v.0.
cadre de leurs fonctions ». Le secret s’impose aussi au juge puisque « la connaissance et la
décision n sont interdites part toutes autres autorités constituées et administratives » aux
termes de l’article 419 du CGI dont plusieurs justifications peuvent y être apportées 503. Si le
contentieux fiscal local présente certains caractères devant le juge de l’impôt, certains
éléments constitutifs de l’instance sont également à respecter devant ce dernier.

B. Les éléments constitutifs de l’instance devant le juge de l’impôt

Le contentieux fiscal local devant le juge de l’impôt, tout comme le contentieux fiscal
général, pour être recevable doit comporter un certain nombre d’éléments constitutifs de
l’instance. Ces éléments sont déterminés par le requérant qui saisit le juge de l’impôt,
considérés comme un principe selon le Professeur René CHAPUS 504. A cet effet, l’article C
138 al. 2 du CGI énumère certains éléments constitutifs de l’instance en ces termes : « 2) la
réclamation comprend, à peine d’irrecevabilité :
- Une demande assortie des timbres fiscaux et communaux et dûment signée du requérant ou
de son mandataire ;
- Des indications sur la nature de la taxe en cause et sur son montant ;
- Un exposé sommaire des moyens et conclusions du requérant ;
- Une copie de tout document justifiant le cas échéant, du paiement de la totalisé de la taxe
non contestée et de 50 % de la partie contestée ». C’est dire le juge de l’impôt, en examinant
le recours d’un requérant en contestation d’une imposition ou taxe communale, doit pouvoir
identifier : le défendeur, l’objet de la demande appelé aussi prétention du requérant, c’est-à-
dire ce qui est demandé au juge de l’impôt, ou encore les conclusions du requérant (réduction
de l’impôt ou de la taxe communale), enfin les moyens de fait (imposition à tort d’une taxe
communale à un particulier) et de droit (violation d’une norme juridique, par exemple, une
disposition du CGI ou de la loi portant fiscalité locale) sur lesquels le requérant s’appuie en
vue de justifier sa demande.

L’on peut retenir que les éléments constitutifs de l’instance sont : les parties, les
conclusions et les moyens.

S’agissant des parties, comme pour toute instance, le procès fiscal local comporte
naturellement des parties originaires qui sont aisément identifiables : le contribuable
communal qui conteste l’impôt mis à sa charge et l’administration fiscale de la commune
503
Pour certains, le secret de la procédure s’explique dans la mesure où sont souvent mises en cause la vie des
affaires, la solvabilité et même l’honneur du contribuable. Pour d’autres, il se justifie par la discrétion qui doit
entourer aussi bien les contrôles externes que le contentieux fiscal.
504
CHAPUS (R.), Droit du contentieux administratif, Montchrestien, 1995, p. 586.
187
AOAA _ v.0.
concernée. A ces parties originaires, d’autres parties peuvent s’ajouter en cours d’instance :
intervention volontaire des tiers ou sur appel du juge de l’impôt. Dans le premier cas et ne
particulier en plein contentieux fiscal, l’intervenant doit se prévaloir d’un intérêt 505 ; alors que
dans l’autre cas, l’intervention forcée est ordonnée par le juge sur demande des parties, dans
l’hypothèse d’une solidarité d’obligation fiscale (appel en cause, appel ou garantie, appel en
déclaration de jugement commun).

En ce qui concerne les conclusions, elles sont l’expression des prétentions soumises au
juge de l’impôt, ce que le demandeur ou le défendeur veut obtenir du juge. Il s’agit là des
conclusions principales ou initiales. Pour le Professeur Raymond Odent, « les conclusions
énoncent les prétentions que tout requérant soumet au juge qu’il saisit »506. Les conclusions
du contribuable-demandeur, peuvent être le dégrèvement (article C 139 al. 1), l’annulation de
la décision de rejet pour non-respect des conditions de forme visées à l’article C 138 al. 2.
Tandis que le défendeur (l’administration communale) peut faire valoir des impositions de
celles visées dans la réclamation devant le chef de l’exécutif municipal (article C 138 al. 1).
En revanche, l’article L 130 du LPF applicable en l’espèce en vertu des termes de l’article 136
de la loi portant fiscalité locale, donne au contribuable la possibilité de faire valoir toutes
conclusions nouvelles dans la limite du dégrèvement primitivement sollicité, à condition de
les formuler dans sa demande introductive d’instance. C’est dire qu’il peut y avoir une
possibilité de substitution de conclusions par rapport à la réclamation, bien entendu que « le
juge ne peut statuer que sur le conclusions dont il est saisi par les parties en cause »507. En
réplique, le chef de l’exécutif municipal ou son mandataire pourra demander le maintien de
l’impôt ou de la taxe mise à la charge du contribuable communal, c’est-à-dire, la confirmation
de l’imposition en cause devant le juge de l’impôt. A cela, il faut ajouter les conclusions
subsidiaires, les conclusions accessoires ou les demandes reconventionnelles. Les premières
permettent au défendeur (l’administration fiscale communale) de demander le rejet du recours
comme mal fondé, les secondes peuvent être initiées en vue de supprimer un passage
injurieux dans le mémoire de l’adverse ; enfin les dernières émanent généralement du
défendeur, l’administration communale, en l’occurrence, car si elles venaient à émaner du
contribuable, elles pourraient dénaturer la règle du recours préalable posée à l’article C 138 du
CGI. Toutefois, si le juge de l’impôt est lié par les conclusions des parties, il peut être

505
Voir CE, Ass., 2 juillet 1965, Ministre des Finances, D. 1966, p. 49, concl. M. POUSSIERE.
506
ODENT (R.), Contentieux administratif, TomeI, Dalloz, 2007, p. 870.
Pour René CHAPUS, les conclusions sont « l’expression des prétentions soumises au juge ». CHAPUS (R.),
Droit du contentieux administratif, 5e édition, Montchrestien, 1995, p. 600.
507
CE, 8 aout 1918, Delacour, D. 1922, 3, 62, p. 739.
188
AOAA _ v.0.
dispensé de statuer, en s’inspirant de certaines dispositions du LPF : le non-lieu à statuer (par
exemple, lorsque l’objet de la demande a disparu, notamment le chef de l’exécutif communal
a satisfait à la demande du dégrèvement ou de réduction d’impôt ou de taxe), l’acquiescement
du chef de l’exécutif communal aux faits exposés dans la requête du contribuable s’il n’a pas
produit sa réponse dans le délai de trois (3) mois (article L 133 al.3du LPF), le désistement
du contribuable de son action s’il ne produit pas d’observation à la réponse de
l’administration communale dans un délai d’un (1) mois qui lui est imparti (Cf. article supra).

Relativement aux moyens nécessaires à la saisine du juge de l’impôt, le Professeur


Raymond Odent, les définit comme « les raisons de droit et de fait invoqués devant un
tribunal à l’appui d’une prétention »508. C’est dire que les moyens sont des éléments de droit
ou de fait qu’invoquent les parties pour d’efforcer de convaincre le juge de l’impôt du bien-
fondé de leurs conclusions. On distingue traditionnellement les moyens de droit et les moyens
de fait. Sur les moyens de fait, ils sont essentiellement dans un procès. Avant d’évoquer le
droit applicable, l’issue d’un litige dépend de ce que sont les faits litigieux opposant le
contribuable à l’administration communale. Ce sont donc les faits qui déterminent le droit
applicable, et en cas de besoin, le juge de l’impôt pourra éventuellement ordonner les mesures
d’instruction propres pour avoir une connaissance complète et plus précise des faits
(expertise, enquête). Sur les moyens de droit, ils sont également importants et nourrissent le
débat juridique. Pour le Professeur René CHAPUS, ils doivent être considérés comme
« l’aliment de la discussion juridique provoquée par la situation de fait litigieuse, et en
conséquence de laquelle le juge sera en mesure de prendre la décision justifiée par le
droit »509. Toutefois, il faut signaler que les « moyens de droit » ne sont pas nécessairement
des « moyens de légalité ». A ce titre, le Président ODENT écrit que : « l’expression
’’moyens de légalité’’ est de moins en moins synonyme de ’’moyens de droit’’. Car des
moyens de fait constituent des moyens de légalité chaque fois que certaines circonstances de
fait sont une condition légale de l’exercice des pouvoirs de l’administration »510.

Aux moyens de droit ou de fait invoqués par le requérant, peuvent s’ajouter ceux du
défendeur ou même ceux du juge, ce d’autant plus qu’ils sont examinés d’office en tant que
moyens d’ordre public. En effet, le juge de l’impôt ne se borne pas à apprécier la légalité de
l’impôt, il dispose du pouvoir d’établir l’imposition. Ainsi, au cours de l’instance, il dispose
comme n’importe quel juge utilise un certain nombre de prérogatives légales tel que soulever
508
ODENT (R.), Contentieux administratif, op.cit., p. 870.
509
CHAPUS (R.), Droit du contentieux administratif, op.cit., p. 605.
510
ODENT (R.), Contentieux administratif, op.cit., p.6.
189
AOAA _ v.0.
d’office les moyens d’ordre public ou opérer une substitution de base légale. Pour les moyens
d’ordre public, c’est une obligation de relever d’office et éventuellement se prononcer sur les
moyens dits d’ordre public comme ceux se rapportant à la recevabilité de la requête devant le
juge de l’impôt. Cette règle constamment confirmée par le juge camerounais en matière
fiscale511, est une règle impérative qui est aussi applicable en contentieux fiscal local. Dès
lors, le contribuable, tout comme, l’administration communale, peut chacun en ce qui le
concerne, invoquer devant le juge de l’impôt, les effets favorables d’une loi à leur égard afin
de compenser ses effets défavorables512. S’agissant de la substitution de base légale, elle
permet au juge de l’impôt, tout comme, au chef de l’exécutif communal, de requalifier les
faits du point de vue juridique afin de fonder l’imposition (impôts ou taxes) sur d’autres
dispositions légales que celles primitivement retenues. Il peut donc s’agir pour le juge de
l’impôt, de donner un autre fondement juridique à la même imposition, par exemple, une
taxation d’office pourra se substitue à une procédure de redressement contradictoire
(article)513. Ces éléments constitutifs organisent l’instance devant le juge de l’impôt, pour que
celui-ci puisse se prononcer, il doit impérativement suivre le déroulement de l’instance.

B. Le déroulement de l’instance devant le juge de l’impôt

Le déroulement de l’instance devant le juge de l’impôt saisi d’une contestation portant


sur un impôt ou une taxe communale, doit conduire celui-ci à instruire l’affaire (2), avant de
se prononcer par une décision par lui rendue (3). Mais il faudrait au préalable saisir le juge de
l’impôt suivant les conditions fixées par le LPF applicables au contentieux fiscal local (1).

1. La saisine du juge de l’impôt

Conformément à l’article L 127 du LPF, le Tribunal administratif est saisi par une
requête introductive d’instance. Les demandes doivent être adressées au greffe du Tribunal
administratif où elles sont enregistrées. Un accusé de réception est délivré aux personnes qui
en font la demande. Puisque les règles et procédures régissant le recours contentieux du LPF
sont applicables au contentieux fiscal local, à l’exception des dispositions spécifiques aux
511
Jugement n° 32/SC/CA/82-83, du 24 février 1983, Nomeny Nguissi Emile, jugement n°47/SC/CA/89-90 du
28 juin 1990, Ondo Jean-Boulevard c/Etat du Cameroun (MINFI), etc.
512
Ainsi, le contribuable est fondé à invoquer une surtaxation à l’encontre d’un rehaussement (compensation
fiscale, article L 125 bis du LPF). De même, l’administration communale, à une demande de dégrèvement
justifier, peut opposer une insuffisance ou une omission constatée en cours d’instruction.
513
Dans l’arrêt du 27 septembre 2006, CCC c/Etat du Cameroun (MINFI), le juge déclare qu’en matière de
redressement, l’AMR cesse d’être une simple invitation lorsqu’il est assorti d’une injonction de payer pour
devenir « un avis de poursuites ».
Dans l’affaire Société S.-Cameroun S.A. c/Etat du Cameroun (MINFI) du 28 avril 2004, le juge affirme en
l’espèce « qu’en fait la question de la fusion-absorption ou fusion-réorganisation, est de pur fait, soumise à
l’appréciation de l’administration fiscale et des tribunaux ».
190
AOAA _ v.0.
taxes communales, les conditions de fond et de forme dans la saisine du juge de l’impôt local,
demeurent essentiellement celles déjà applicables au contentieux fiscal général. En effet,
l’article L 128 du LPF : « A peine d’irrecevabilité, la requête doit satisfaire aux conditions de
forme et de fond suivantes :
- Etre présentée par écrit, signée par le requérant ou son représentant dûment habilité et être
accompagnée de deux copies de la requête sur papier libre ;
- Contenir l’exposé sommaire des faits et moyens et des conclusions de la partie ;
- Préciser le montant des dégrèvements en droits et pénalité sollicités ;
- Etre accompagnée d’une copie de la décision contestée ».

Sur la forme, la requête du contribuable, pour être recevable, devant le juge de


l’impôt, doit être présentée par écrit, signé par le requérant ou son représentant dument
habilité. La requête doit apparaitre les noms, prénoms, profession et domicile du demandeur,
la désignation du défendeur qui est l’administration communale. Le requérant illettré qui n’a
pas de mandataire y appose son empreinte digitale. La requête en elle-même doit être
présentée en deux copies sur papier libre, certifiées conformes par le requérant ou son
mandataire. Le rapporteur peut dispenser le requérant de produire les copies des documents
volumineux. Les copies destinées à être notifiées aux parties en cause sont au nombre égal à
celui des défenseurs plus deux, encore que la requête doit être accompagnée d’une copie de la
décision contestée. Le recourant peut également joindre à sa requête, c’est une faculté, toutes
pièces déjà mentionnées dans le cadre de la réclamation. Toutefois, la loi prévoit la possibilité
de régularisation des conditions de forme non respectées dans le cadre de la réclamation
préalable devant l’administration communale. Il s’agit, précisément en référence à l’article L
131 du LPF des conditions prévues par l’article L 116 du même livre, lorsqu’elles ont motivé
le rejet à l’exception du défaut de signature.
En outre, s’agissant des délais, ils varient suivant que la décision de l’autorité
préalable est une décision implicite ou explicite de rejet. En ce qui concerne, les décisions
implicite de rejet, l’article C 139 al. 2 du CGI 514 énonce que : « 2) Le silence gardé par le
préfet ou le refus du chef de l’exécutif municipal d’exécuter les recommandations du préfet
dans les 90 jours de la réclamation, vaut décision implicite de rejet et ouvre droit à la saisine
du juge de l’impôt, en contestation de l’acte du chef de l’exécutif municipal ». Alors qu’en
relativement aux décisions explicites de rejet, l’article C 140 du CGI dispose que : « le
requérant, pour saisir le juge de l’impôt, dispose d’un délai de trente (30) jours à compter de

514
Voir aussi l’article 139 al. 2 de la loi portant fiscalité locale.
191
AOAA _ v.0.
la date du rejet de sa requête »515. C’est dire que le délai de saisine du juge de l’impôt offert
au contribuable communal est de quatre-vingt-dix jours (90) jours mois à compter du silence
gardé par le préfet ou le refus du maire d’exécuter les recommandations du préfet à compter
de la réclamation, ou de trente (30) jours516 à compter de la date de rejet de la requête.
Sur le fond, la requête du contribuable, pour être recevable doit contenir l’exposé des
faits, moyens et conclusions de la partie. Elle doit également en plus préciser le montant des
dégrèvements en droits et en pénalités sollicités. En sus, aux termes de l’article L 129 du LPF,
le requérant qui entend bénéficier devant le tribunal administratif du sursis de paiement déjà
appliqué au stade de la réclamation, doit renouveler expressément la demande dans le cadre
de sa requête. Il s’agit pour le contribuable de renouveler dans sa requête contentieuse devant
le juge de l’impôt, la demande de sursis paiement qu’il avait déjà formulé dans le cadre de sa
réclamation préalable auprès du chef de l’exécutif communal. Aussi, au sens de l’article L
130 du LPF, en vertu du principe de l’immutabilité du litige, « le réclamant ne peut contester
devant le Tribunal administratif des impositions différentes de celles qu’il a visées dans sa
réclamation à l’administration. Mais, dans la limite du dégrèvement primitivement sollicité, il
peut faire valoir toutes conclusions nouvelles, à condition de les formuler explicitement dans
sa demande introductive d’instance ».
En réalité, cette interdiction de modifier l’objet de la demande du contribuable devant
le juge de l’impôt, résulte de l’application stricte de l’exigence de la réclamation préalable,
qui a un caractère obligatoire devant l’administration. Parce que cette règle a un caractère
d’ordre public, elle peut être invoquée à tout moment de la procédure, tant en ce qui concerne
les impositions contestées dans la réclamation que le montant des dégrèvements
primitivement sollicités. Toutefois, le contribuable, dans la limite du dégrèvement sollicité,
conformément à l’article L 130 du LPF « peut faire valoir toutes conclusions nouvelles »,
ceci à la seule condition de les avoir formulé dans sa demande introductive d’instance 517.
C’est dire par exemple que si le contribuable a sollicité un dégrèvement de la totalité
des impositions dans la phase préalable, il lui est permis , dans sa requête devant le juge de
l’impôt, de demander un dégrèvement partiel desdites impositions 518. Au contraire, si le
contribuable dans le cadre de sa réclamation auprès du chef de l’exécutif communal a contesté
la contribution de patente ou les droits de marchés, il est mal fondé à contester l’impôt

515
Voir aussi l’article 140 de la loi portant fiscalité locale.
516
Ce délai n’est pas différent de celui prévu à l’article L 124 du LPF dans le cadre contentieux fiscal de l’Etat
517
Voir aussi, ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p.122.
518
Ibid.
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libératoire ou la taxe sur les jeux du hasard. Dès lors que le juge de l’impôt est saisi, il est
appelé à instruire l’affaire qui lui est soumise.

2. L’instruction devant le juge de l’impôt


Le principe de l’obligation d’instruire avant de juger a pour objet de mettre l’affaire en
l’état d’être réglée. Ce principe cède néanmoins lorsqu’au vu de la requête introductive
d’instance, la solution de l’affaire est d’ores et déjà certaine : incompétence du juge,
irrecevabilité du recours, décision insusceptible de recours, défaut d’intérêt à agir, le cas
contraire, l’affaire est mise au rôle du jugement.

Le déroulement de l’instruction devant le juge de l’impôt se caractérise d’abord par la


communication des mémoires et pièces (article L 132 et L 133) dont l’organisation est assurée
par le greffe et soumise à un droit à prendre connaissance des productions pour les parties et
encadrée par un régime des délais strict. Ainsi dès réception de la requête introduction
d’instance au greffe, une copie est adressée à l’administration communale pour la production
de son mémoire en défense, qui est communiqué au demandeur pour la production de ses
observations. Celles-ci peuvent éventuellement entrainer une réponse de l’administration,
notamment aux moyens des moyens en réplique ou en défense, dans les conditions fixées à
l’article L 133 du LPF. En sus, s’agissant des délais d’échange des mémoires, ceux régissant
le contentieux fiscal de l’Etat, peuvent être appliqués au contentieux fiscal local, en vertu des
articles C 136 du CGI et 136 de la loi portant fiscalité locale.

Dans le cadre de l’administration de la preuve, le juge de l’impôt peut ordonner


certaines mesures d’instruction dont la plus importante en matière fiscale est l’expertise peut
nécessiter la descente sur les lieux (article L 137). En effet, « l’expertise consiste à confier à
un tiers qualifié « l’expert », la mission de recueillir, de préciser, de vérifier ou d’apprécier
en toute indépendance, des faits douteux ou litigieux, susceptibles d’avoir une incidence sur
la solution de l’affaire soumise au juge de l’impôt »519. Aux termes des articles L 134 à L 139
du LPF, applicables également au contentieux fiscal local en vertu des articles C136 du CGI
et 136 de la loi portant fiscalité locale, l’expertise est ordonnée d’office ou sur demande des
parties, c’est-à-dire, le tribunal administratif, juge de l’impôt ou sur demande du contribuable
communal ou de l’administration communale. L’expertise ne peut porter que sur les questions
de fait et doit être utile à la solution du litige. Ainsi, l’expertise est ordonnée par un jugement
du tribunal administratif ou de la chambre administrative par lequel il est décidé de surseoir à

519
ATECK ADJAM (F.), Droit du contentieux fiscal camerounais, op.cit., p. 128.
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AOAA _ v.0.
statuer sur le bien-fondé de l’imposition et de nommer les experts en fixant leur mission
(objet, opérations d’expertise) conformément à l’article L 136 du LPF. Toutefois, il faut noter
que l’ordonnance d’expertise, régie par les articles L 134 à L 139, est un jugement avant dire
droit.

Ensuite, l’instruction devant le juge de l’impôt se poursuit par le prononcé d’autres


mesures d’instruction qui assure l’information du juge de l’impôt et l’établissement de sa
conviction. Il appartient aux parties d’apporter par tous les moyens de la preuve des faits
allégués. Les autres mesures d’instruction ne sont pas spécifiquement visées dans la loi
portant fiscalité locale, encore moins dans le LPF, mais sont plutôt prévues par les lois portant
organisation et fonctionnement des juridictions administratives 520. Il s’agit notamment les
descentes sur les lieux, la vérification des écritures et les enquêtes. Dans le premier cas,
conformément aux articles 72 à 76 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006, fixant
l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs, « le tribunal (administratif)
peut, soit se transporter sur les lieux, soit commettre un juge pour procéder à toutes
constatations et vérifications utiles »521. Dans le second cas, la vérification des écritures
résulte de l’article 83 de la loi sus-visée, dans le cas où une des parties allègue la fausseté d’un
acte sous seing privé, public ou authentique, elle peut en rapporter la preuve conformément au
droit commun. Dans le dernier cas, les enquêtes telles que prévues dans les articles 65 à 71 du
même texte sus-indiqué, constituent une procédure qui a pour finalité de recueillir les
témoignages des tiers pour éclairer des faits dont la constatation peut paraitre utile au tribunal
pour l’instruction de l’affaire soumise au juge de l’impôt.

Enfin, intervient la clôture de l’instruction qui met fin à la possibilité pour les tiers
d’intervenir dans l’instance et pour les parties de produire les nouveaux mémoires. Lorsque
les échanges de mémoire sont terminés ou lorsque les délais fixés pour le dépôt sont expirés,
le rapporteur procède à l’étude du dossier. L’instruction est alors close quand le rapporteur
estime que les éléments en sa possession sont suffisants pour que l’affaire soit jugée. Une fois
l’instruction faite, le litige doit prendre fin et cela au moyen du jugement.

3. La décision du juge de l’impôt


520
Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006, fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs
et la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006, fixant l’organisation et le fonctionnement de la cour suprême.
521
Article 72 de la loi n°2006/022.
194
AOAA _ v.0.
Il est de principe que toute instance juridictionnelle donne lieu à un jugement, c’est-à-
dire à une décision juridictionnelle expresse, à l’exclusion des jugements implicites. Il
s’ensuit que le juge de l’impôt, tel qu’il soit administratif ou judiciaire, procède alors à la
formation de son jugement, lequel jugement est une décision emportant des effets juridiques.

En effet, la formation de la décision du juge de l’impôt assortie d’un certain nombre


d’obligations, présente certains caractères. En effet, comme pour toutes juridictions, les
jugements des tribunaux administratifs ou de la chambre administrative, sont rendues en
audience publique et sont pris après délibéré à la majorité des voix des juges ayant suivi les
débats. Le jugement est contradictoire soit lorsque les parties ont comparu ou ont été
représentés à l’audience, soit qu’elles ont produit leurs mémoires sans comparaitre à
l’audience, bien que régulièrement convoqués. L’obligation de statuer du juge de l’impôt est
assortie d’une double interdiction de statuer infra petita ou ultra petita522, réserve faite des
pouvoirs accordés au juge an matière de qualification des faits. Le juge a aussi l’obligation de
motiver sa décision en fait et en droit. De cette obligation de motivation obligatoire des
jugements, il résulte que le juge de l’impôt doit statuer, comme tout juge, au regard des
conclusions et des moyens soulevés par les parties.

En pratique, sur les conclusions des parties, le juge a l’obligation de statuer sur leur
ensemble. Toutefois, au regard de la jurisprudence, l’obligation du juge porte sur les chefs de
demande contenus dans le dispositif des conclusions et non ceux indiqués dans les motifs et
non repris dans le dispositif523. S’il est tenu de se prononcer sut toutes les conclusions, le juge
de l’impôt ne peut pas statuer au-delà de ce qui lui est demandé. Sa décision doit être prise
dans les limites du litige, telles que tracées par les conclusions des parties. En ce qui concerne
les moyens, la motivation du jugement doit contenir l’examen des différents moyens. Cet
examen doit concerner aussi bien tous les moyens soulevés par les parties que les moyens
d’ordre public. C’est d’autant plus que « l’obligation faite au juge du fond de motiver leurs
décisions les oblige à répondre aux moyens présentés par les parties notamment dans leur
requête introductive d’instance et mémoires à l’appui de leur recours, dès lors que ces
moyens sont susceptibles, selon qu’ils sont fondés ou non, de réagir sur le dispositif de leur
décision »524.
522
« Au-delà de la demande. Le tribunal statue « ultra petita » lorsqu’il accorde plus qu’il n’a pas été demandé
ou juge des points qui ne lui ont pas été soumis ». Lexique des termes juridiques, 13e édition, Dalloz. Voir
également, CHAUTARD (A.), La mutabilité de l’instance fiscale et le droit à un procès équitable, op.cit., p.152.
523
C.S. Arrêt, n°68/S du 2 juin 1994, cité par Samuel Ngué dans Code de procédure civile et commerciale,
édition Minos, p.566.
524
C.S. Arrêt n°11 du 21 juin 1966, voir Alexis DIPANDA MOUELLE, Répertoire chronologique de la
jurisprudence de la Cour Suprême du Cameroun, Tome V, Droit administratif, p. 73.
195
AOAA _ v.0.
Les décisions rendues en premier ressort par le tribunal administratif comme juge de
l’impôt, peut faire l’objet des recours en appel ou en cassation. A ce titre, l’article L 140 du
LPF dispose que : « A l’issue de la procédure contradictoire, le Tribunal Administratif rend
une décision. Toutes les voies de recours prévues par la législation sur l’organisation et le
fonctionnement des Tribunaux Administratifs et de la Cour Suprême sont ouvertes aux
parties ».

CONCLUSION DE LA seconde partie

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