La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
« Chaque fois qu’une culture ou qu’une civilisation n’a pas
réussi à penser l’autre, à se penser avec l’autre, à penser
l’autre en soi, ces raides préservations de pierres, de fer, de
barbelés, de grillages électrifiés ou d’idéologies closes se sont
élevées, effondrées, et nous reviennent encore avec de
nouvelles stridences. »
Edouard GLISSANT et Patrick Chamoiseau dans Quand les murs
tombent, l’identité nationale hors-la-loi? Éditions Galaade,
Institut du Tout-Monde, 2007.
Module 7 :
L’élaboration ou la révision de la politique nationale de migration conformément aux
conventions régionales, continentales et internationales :
Qu’est-ce qu’une politique nationale de migration? La réponse à cette question n’est pas aisée du fait de
l’absence d’une définition universellement acceptée de l’expression « politique nationale ». Même le
glossaire de définition élaborée par l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) s’est garde de le
mentionner. Pour autant, dans le monde académique, on tend à la décrire comme « une déclaration
d’un gouvernement sur ce qu’il entend faire ou ne pas faire (y compris lois, règlements, décisions,
arrêtés) concernant la sélection, l’entrée, le séjour et l’éloignement des ressortissants étrangers.1 »
L’élaboration, par les États africains, d’un document de politique nationale pour gérer, de manière
appropriée, la question migratoire est une des propositions phares du Cadre de politique de migration
pour l’Afrique (CPMA) adopté en juin 2006 par la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de
l’Union africaine. Celle-ci s’était certainement appuyée sur le travail de la Commission mondiale sur les
migrations internationales2 qui recommandait fortement aux États d’« établir des politiques migratoires
nationales cohérentes basées sur des objectifs convenus qui tiennent compte des questions politiques
connexes et qui respectent le droit internationale des traités, y compris la législation des droits de
l’homme3.»
Fort du constat que la gestion du mouvement des personnes, volontaire ou forcée, légale ou sans
document à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières étatiques africaines était devenue « l’un des
défis majeurs » du continent africain, le CPMA entend fournir aux États membres de l’Union africaine
1
Voir Liv Bjerre, Marc Hlebling, Frederike Romer and Malisa Zobel, “Conceptualizing and measuring immigration
policies: A comparative perspective” in International Migration Review, Volume 49, issue 3, 2015.
2
Cette Commission a été établie en décembre 2003 par un groupe de pays membres de l’Organisation des Nations
Unies (ONU) sur les encouragements du Secrétaire général Kofi Annan avec pour mission principale de servir de
cadre de formulation d’une réponse cohérente, globale et complète sur la question de la migration internationale.
3
Voir Les migrations dans un monde interconnecté : nouvelles perspectives d’action, Rapport de la Commission
mondiale sur les migrations internationales, octobre 2005, page 90.
1
La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
des orientations et des principes de politique générale devant les aider a mieux formuler et mettre en
œuvre une politique migratoire tenant dument compte de leurs priorités et des ressources disponibles.
En décidant de mettre sur pied le CPMA, les États africains avaient aussi voulu :
1. Intégrer les questions relatives à la migration dans les programmes nationaux et régionaux de
sécurité, de stabilité, de développement et de coopération;
2. Œuvrer à la libre circulation des personnes et au renforcement de la coopération intra et inter-
régionale; et
3. Créer les conditions d’une participation des migrants, en particulier la Diaspora africaine au
développement économique, social et culturel de leurs pays d’origine4.
Document non contraignant, le CPMA se veut aussi assez flexible pour prendre en charge tous les
engagements pris par les États et faire sienne les bonnes pratiques notées ça et là sur le continent dans
le domaine de la migration. C’est ainsi, par exemple, qu’il a été révisé en 2016 pour prendre en compte
les recommandations formulées à la suite de l’évaluation de ses dix premières années d’application et
intégrer les aspects migration contenues dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, les Objectifs du
développement durable, du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et du
Pacte mondial sur les refugies des Nations Unies5.
Les questions auxquelles ce module tente de répondre sont celles de savoir pourquoi et comment un
État africain se dote-t-il d’une politique migratoire et avec quel contenu?
1. POURQUOI ÉLABORER UN DOCUMENT DE POLITIQUE MIGRATOIRE?
a. Avoir un document qui clarifie la vision et les objectifs du gouvernement, définit sa ligne
d’action, guide et détermine ses actions et choix politique en matière de migration;
b. Contextualiser les facteurs qui influencent ou sont influencés par la migration pour mieux saisir
sa complexité et ses dynamiques et décider des interventions devant conduire aux changements
souhaités;
c. Déterminer qui et quoi influencer tant au niveau national, régional, continental et international;
d. Établir les principes sur lesquels doivent reposer une bonne gouvernance de la migration : non-
discrimination, protection des droits, transparence, participation, responsabilité, coordination,
cohérence, coopération internationale, etc.;
e. Identifier les acteurs et consolider le paysage institutionnel : fixer les règles du jeu et définir les
rôles et responsabilité des différents acteurs;
f. Concilier les intérêts et gérer les attentes et préférences des acteurs :
4
Voir sur ces questions, la décision du Conseil des ministres de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) [CM/Dec.
614 (LXXIV) de juillet 2001.]
5
Voir Union africaine, le Cadre de politique migratoire pour l’Afrique révisé et Plan d’action (2018-2030), mai 8
2
La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
g. Renforcer les efforts et les capacités de collecte et de traitement des données migratoires;
h. Promouvoir et favoriser la cohérence institutionnelle et politique;
i. Gérer le volume, la composition, l’origine, la direction et la structure des flux migratoires;
2. COMMENT ÉLABORER UN DOCUMENT DE POLITIQUE MIGRATOIRE?
a. Utiliser et viser l’inclusivité : favoriser la participation la plus large des acteurs, garantir le bon
déroulement des activités et l’utilisation rationnelle des ressources;
b. S’appuyer principalement sur les compétences nationales et la coopération avec les organismes
internationaux traitant de la question de la migration (OIM, HCR, UNICEF, ONU-Femmes, FNUAP,
UA, les CERs);
c. Prendre en charge tous les engagements pris par l’État dans le cadre des traités internationaux
qu’il a ratifiés, aux niveaux des Communautés économiques régionales africaines, de l’Union
africaine et des organismes de coopération internationale (Nations Unies, Union européenne,
Communauté des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, etc.)
3. QUEL CONTENU POUR LA POLITIQUE MIGRATOIRE D’UN ÉTAT?
Étant donné que la migration est une question transversale et complexe, il est suggéré de donner à la
politique nationale un contenu évolutif qui s’appuie sur les ressources et les capacités techniques
disponibles au sein de l’État et les priorités et dynamiques identifiées au moment de son élaboration à
l’intérieur de celui-ci et dans la sous-région. Le CPMA a identifie 9 thématiques clés de problématiques
de migration6 et des questions transversales sur lesquelles les États pourraient concentrer leurs efforts.
Pour les besoins de cette formation, nous proposons dix (10) thématiques et questions transversales.
a. Migration de la main d’œuvre et d’éducation :
(1) Les politiques publiques et la législation nationale en matière de migration de la main d’œuvre
et de mobilité académique des étudiants et les institutions étatiques et autres chargées de les
mettre en œuvre;
(2) La coopération régionale, continentale et l’harmonisation des politiques en matière de
migration de la main d’œuvre et de mobilité académique des étudiants (harmonisation des
codes du travail avec les engagements internationaux des pays, reconnaissance mutuelle des
diplômes, portabilité de la sécurité sociale, etc.)
(3) La circulation et la « fuite » des cerveaux;
(4) Les transferts de fonds.
b. Gouvernance transfrontalière :
(1) Équilibre entre la circulation fluide des personnes et des biens et la prévention des activités
illégales et de l’insécurité humaine;
6
Réduites a 8 dans le CPMA révisé et le Plan d’action 2018-2030.
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La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
(2) Gestion des frontières basées sur le renseignement;
(3) Délimitation, démarcation et gestion des frontières et renforcement des relations de bon
voisinage entre les populations frontalières, les communautés territoriales et les
administrations;
(4) Développement d’initiatives et de procédures transfrontalières qui facilitent le commerce, la
mobilité et le développement transfrontalier.
c. Migration irrégulière :
(1) Trafic des migrants : renforcement du cadre juridique, prévention du trafic des migrants,
protection des droits de migrants faisant l’objet de trafic et coopération transnationale contre le
trafic des migrants
(2) Traite des personnes : Mise en œuvre du Plan d’action de Ouagadougou de 2006, prévention,
protection des personnes et accroissement des poursuites et enquêtes, partenariat
international pour lutter contre la traite des personnes.
(3) Retour, réadmission et réinsertion des migrants : coopération et compréhension mutuelle entre
pays d’origine et de destination des migrants, politiques et mécanismes effectifs, surs et
humains pour le retour et la réadmission, assistance socio-économique au migrant et
coopération avec la communauté dans laquelle le migrant retourne.
(4) Sécurité nationale et stabilité régionale et continentale :
d. Déplacement forcé :
(1) Réfugiés et demandeurs d’asile : mise en œuvre des obligations de protection internationale,
fourniture de solutions durables aux refugies et examen des cause profondes des déplacements
forcés, y compris les conflits et les instabilités politiques, en collaboration avec le Conseil de Paix
et de Sécurité de l’Union africaine, le HCR et d’autres organismes internationaux.
(2) Personnes déplacées internes : Mise en œuvre la Convention de Kampala pour la protection et
l’assistance des personnes déplacées internes en privilégiant la prévention des déplacements
internes forcés et l’assistance aux personnes affectées.
(3) Déplacement prolongé : la recherche de solutions durables aux problèmes des réfugiés et le
partage du fardeau entre les États.
(4) Prevention des crises, gestion et règlement des conflits : mise en place de mécanismes d’alerte
précoce et création de cadres de dialogue et de coopération en vue de prévenir et gérer les
conflits.
(5) Intégration et réinsertion : accès aux services sociaux de base (éducation, santé, emploi) et prise
de mesures spéciales en cas de retour pour une réinsertion réussie dans les communautés.
(6) Apatrides : changement du cadre législatif pour s’assurer que les apatrides seront identifiés et
que des mesures seront prises pour les aider à acquérir rapidement la nationalité du pays
d’accueil.
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La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
e. Migration interne :
Il s’agit d’un volet important de la migration en Afrique et ce n’est pas un hasard si l’Union africaine lui a
consacré un traité, la Convention de Kampala. L’objet ici est de reconnaitre les droits imprescriptibles
des personnes déplacées, tels que prévus et protégés par les droits de l’homme et le droit international
humanitaire et de viser un certain nombre d’objectifs comme celui de mettre en place un cadre
juridique de solidarité, de coopération, de promotion de solutions durables, et d’appui mutuel entre
États, en vue de combattre le déplacement, et prendre en charge ses conséquences7.
f. Données de migration :
Les données recueillies à travers un système national d’information constituent la base essentielle sur
laquelle s’appuie l’État pour élaborer sa stratégie de gestion de la migration. Elles servent aussi à
développer un profil migratoire national permettant de bâtir une vraie politique nationale de migration.
g. Engagement de la Diaspora :
Il s’agit ici de donner corps a la décision de l’UA de faire de la Diaspora la 6e région du continent et de
régler un certain nombre de problèmes la concernant comme la création d’une banque de données
nationale sur les compétences des professionnels nationaux dans la diaspora, l’inclusion des diasporas
dans les politiques publiques et les pratiques de développement, la facilitation des transferts de fonds
destinées aux familles et qui peuvent aussi contribuer au financement des actions de développement
économique du pays.
h. Migration et commerce :
Elle témoigne de la relation intime qu’il y a entre le développement économique, le commerce et la
mobilité des personnes. La libre circulation des personnes facilite, en effet, le commerce régional et
continental des biens et services et contribue au développement socio-économique tout en réduisant la
pauvreté.
Étant donné qu’une partie très importante du commerce en Afrique est transfrontalier et informel, et
que celui-ci est la source principale de moyens de subsistance des jeunes et des femmes, il est essentiel
pour les politiques publiques d’accorder de l’importance a la migration temporaire. La création de la
Zone de libre-échange économique aidera certainement a booster cette forme de migration sur le
continent.
i. Migration et santé :
Du fait de leur vulnérabilité, les migrants sont particulièrement sensibles aux risques de santé. Ils ont
généralement un accès limite aux services de sante dans les pays de transit et de destination et leurs
droits sont complètement ignorés dans les contextes de propagation de maladies transmissibles, comme
le COVID 19.
7
Voir particulièrement l’article 2 de la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux
personnes déplacées internes en Afrique (Convention de Kampala)
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La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
La relation entre la migration et la sante est complexe parce que non seulement le migrant, en cas de
pandémie, est confronté au risque de contagion, mais il peut aussi facilement perdre son emploi et donc
ne plus être en mesure d’envoyer des fonds a sa famille. En outre, le COVID19 a montré qu’une
pandémie peut aussi exacerber les comportements xénophobes et les discriminations à l’égard des
migrants. Ce qui exige un plus grande vigilance a l’égard de ces pratiques et l’élaboration et l’application
de stratégies nationales permettant de traiter les questions sanitaires en conjonction avec d’autres
problématiques importantes pour les migrants comme l’accès et le droit aux services de santé.
j. Gouvernance migratoire :
D’après l’organisation Internationale des Migrations (OIM), un État « promeut des migration et une
mobilité humaine digne, ordonnées et bénéfiques aux migrants et à la société :
a) Quand il :
i) Adhère aux normes internationales et garantit les droits des migrants;
ii) Formule des politiques fondées sur des éléments factuels et selon une approche
associant l’ensemble du gouvernement;
iii) Noue des partenariats pour résoudre les questions de migration et les questions
connexes.
b) Dès lors qu’il s’efforce :
i) D’améliorer le bien-être socio-économique des migrants et de la société;
ii) De s’atteler réellement aux aspects d’une crise relatifs à la mobilité;
iii) De faire en sorte que les migrations se déroulent dans des conditions sures, en bon
ordre et dans la dignité8. »
L’Union africaine, non seulement adhère à cette philosophie, mais en outre elle exhorte ses États
membres, les CERs, le secteur privé et les organisations de la société civile a participer a la planification,
mise en œuvre, au suivi et a l’évaluation de la gouvernance migratoire en Afrique.
Les questions transversales sont :
a. Migration et développement :
il s’agit surtout d’évaluer les effets positifs et négatifs de la migration sur le développement local,
national, régional et continental et de veiller a ce que la migration et le développement soient intégrés
dans le cadre de développement local, national, régional et continental en vue de contribuer à la
réalisation de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs du Développement Durable des
Nations Unies.
8
Voir OIM, Cadre de gouvernance des migrations : Éléments essentiels pour faciliter des migrations et une
mobilité humaine ordonnées, sures, régulières et responsables par des politiques de migration planifiées et bien
gérées, C/106/40 du 4 novembre 2015, page 2.
6
La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
b. Droits humains des migrants :
Les migrants subissent toutes formes de violations de leurs droits : politiques discriminatoires et racistes,
xénophobie, exploitation, expulsions massives, persécutions, etc. Le respect, a tous les niveaux, de ces
droits passe par l’application effective des instruments juridiques ratifiés par le pays, notamment la
Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et la Convention internationale sur la protection
des droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles. Il requiert aussi l’accession aux autres
instruments internationaux pertinents pour le traitement migrants (OIT, OMS, etc.) et leur mise en
œuvre par les organismes étatiques.
c. Migration, pauvreté et conflits :
Les conflits, l’insécurité, la dégradation de l’environnement et la pauvreté sont souvent cités parmi les
causes des migration de masse et de déplacement forcés. Le succès d’une politique nationale de
migration passe donc par la mise en place de stratégies de prévention et de gestion des conflits, de
promotion de la bonne gouvernance et de l’état de droit et d’éradication de la pauvreté.
d. Migration et environnement :
La dégradation de l’environnement, les catastrophes environnementales et les changements climatiques
expliquent les déplacements de personnes volontaires ou forcés des zones rurales vers les zones
urbaines ou en dehors du pays. L’environnement doit donc jouer un rôle important dans la formulation
des politiques publiques en matière de migration et de déplacement forcé.
e. Migration et genre :
La féminisation croissante des migrations africaines reflète l’évolution de la demande des types
particuliers de compétences dans les professions généralement dominées par les femmes. Les femmes
deviennent alors de plus en plus indépendantes économiquement, acquièrent de nouvelles
compétences et assument de nouveaux rôles dans les pays d’origine, de transit et de destination.
Cependant, les femmes et les filles migrantes demeurent vulnérables et font le plus souvent a
l’exploitation et a la traite des êtres humains. Il est donc particulièrement important de prêter une
attention a la protection de leurs droits dans le cadre de la gestion de la migration, de mieux
comprendre leurs expériences et d’élaborer des stratégies de prévention de ces crimes.
f. Migration, enfants, adolescents et jeunes :
Les migrations forcées ou volontaires sur le continent concernent un très grand nombre d’enfants,
d’adolescents et de jeunes dont la prise en charge, notamment dans les domaine de la sante, de
l’éducation et de l’habitat est très délicate. S’y ajoute que dans de nombreuses régions du continent,
comme en Afrique de l’ouest et du centre, la traite des enfants est un défi majeur que les États doivent
relever, dans leurs politiques publiques, en s’attaquant particulièrement aux trafiquants et a leurs
complices internes et internationaux.
Une place spéciale devrait être accordée aux échanges entre les étudiants en Afrique en vue d’accélérer
l’intégration régionale et continentale.
g. Migration et personnes âgées :
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La politique de migration, la liberté de mouvement et l’intégration régionale
en Afrique
La migration des personnes âgées est certainement celle qui est le moins déterminée par des facteurs
économiques. Mais elle aussi celle qui requiert une attention multiforme a cause de l’impact du
déracinement sur le bien-être et la sante du migrant. Les politiques publiques devraient donc veiller a ce
que leurs besoins soient satisfaits tout au long du processus de migration et que leurs droits
fondamentaux, y compris a la pension de retraite et a la sécurité sociale soient respectés.
h. Gestion de la diversité dans les communautés d’accueil :
L’intensification des migrations africaines a accéléré la diversification de la structure des populations des
États africains au point qu’on peut affirmer que l’idée de l’État-nation, héritée de la colonisation est une
notion maintenant totalement dépassée en Afrique. Cela est même un avantage considérable pour le
continent car les sociétés qui pratiquent et vivent la diversité sont souvent décrites comme des sociétés
dynamiques politiquement, culturellement novatrices et économiquement prospères9.
Cette diversité peut aussi poser des défis aux États, notamment au niveau de la cohésion sociale du fait
de la concurrence des systèmes de valeurs et de la compétition pour l’accès aux ressources nationales. Il
est donc de la responsabilité des gouvernements et des autorités locales de prendre, à travers les
politiques publiques, des mesures pour que les membres de la communauté nationale (citoyens et
migrants) agissent et travaillent de façon active et égale a l’animation de la vie publique.
i. Renforcement des capacités :
Une bonne gestion de la migration suppose que l’État ait la capacite de comprendre et d’appliquer les
politiques publiques et les lois qu’il s’est données pour contrôler les processus migratoires internes.
Étant donné le type d’État que nous avons, il serait nécessaire de renforcer ses capacités humaines et
institutionnelles afin qu’il puisse prendre effectivement en charge les besoins de migrants, la gestion des
frontières, le maintien de la sécurité interne, etc.
L’État doit également définir ses besoins et créer les mécanismes de promotion de ses capacités de
recherche sur les questions migratoires.
j. Coopération internationale :
Étant un phénomène national et international, la migration implique une collaboration et une
coopération de tous les instants de la part des États africains. Parler le même langage lorsqu’il s’agit
d’évoquer les questions migratoires devient même nécessaire lorsqu’il s’agit de traiter avec les acteurs
extérieurs au continent. Et dans cette démarche, le soutien de la société civile et des organismes
régionaux ou continental peuvent s’avérer d’une importance capitale.
9
Voir Les migrations dans un monde interconnecté : nouvelles perspectives d’action, Rapport de la Commission
mondiale sur les migrations internationales, octobre 2005, page 46.