Économie industrielle : définitions et enjeux
Économie industrielle : définitions et enjeux
R
JU
rière. NC
ES
Dans son Dictionnaire de sciences économiques (1968), A. Cotta définit
IE
SC
qui par l’usage de ses facteurs (capital et travail) transforme des biens
ET
UL
R
JU
J. Tirole, dans Théorie de l’organisation industrielle (1988), définit NC
ES
l’économie industrielle comme l’étude de l’organisation interne des
IE
SC
économie.
:
om
x.c
R
JU
indépendante reconnue en tant que telle, qui ne saurait se confondre avec
ES
(ou prolonger) la microéconomie dans un monde de concurrence pure et
NC
IE
parfaite.
SC
S
DE
Structure de l’ouvrage :
:
om
x.c
rvo
R
JU
pouvant agir unilatéralement et directement sur le prix du marché, et NC
ES
parfaite, tous les acteurs disposant d’une information complète.
IE
SC
Offre/vendeur
Un vendeur Quelques Grand nombre
Demande vendeurs de vendeurs
acheteur
Un acheteur Monopole Monopsone Monopsone
bilatéral contrarié
Quelques Monopole Oligopole Oligopsone
acheteurs contrarié bilatéral
Grand nombre Monopole Oligopole Concurrence
d’acheteurs parfaite
R
JU
ES
NC
IE
SC
La remise en cause
du modèle
de concurrence pure
OBJECTIFS
R
JU
concurrence parfaite, il suffit qu’une seule d’entre elles ne soit pas véri- NC
ES
fiée pour que la concurrence devienne imparfaite. Comme nous allons le
IE
SC
industrielle d’aujourd’hui.
ET
UL
R
JU
quences directes contraires au principe d’atomicité. Ce coût s’identi-
ES
fie aux besoins de capitaux, à leur mobilisation seule capable de
NC
IE
approche
Nouvelle
les informations, la fluidité les facteurs de production.
1
tivité. Cette différenciation peut dépasser le produit lui-même et se
traduire dans le service après-vente, l’emballage, le conditionnement,
etc. L’homogénéité a fait donc place à l’hétérogénéité.
➤ Enfin, la mobilité des facteurs est souvent contradictoire. En ce qui
concerne la mobilité du capital technique, elle est souvent rendue
difficile par les coûts qu’elle génère – ce qui n’empêche pas pour
autant de constater des mouvements importants de délocalisations
d’entreprises. Pour ce qui est de la mobilité du facteur travail, elle est
souvent constatée dans les pays émergents comme la Chine et l’Inde,
et, à un degré moindre, dans les pays anglo-saxons où la pratique du
contrat à durée déterminée est souvent la règle. Par contre, dans les
pays de l’UE, les contraintes sociales et le droit du travail sont
souvent des obstacles à la fluidité.
En conséquence, la réalité industrielle d’aujourd’hui, c’est tout sauf
la concurrence pure et parfaite. De modèle de référence, elle est deve-
nue modèle d’exception (voir le marché à la criée et le marché au
cadran, par exemple). L’économie industrielle en a tiré les consé-
quences et n’entend privilégier aucune structure de marché mais, au
R
JU
contraire analyser toutes celles qui s’identifient au mieux à la réalité NC
ES
de l’entreprise. Parmi ces nouvelles structures, il y a, bien sûr, celles
IE
SC
imparfaite.
C
FA
:
om
x.c
MONOPOLISTIQUE
ho
.sc
1
uh
R
JU
➤ chaque entreprise considère les prix de ses concurrents comme une ES
NC
donnée.
IE
SC
S
produit se traduit par le fait que des firmes différentes offrent, pour
FA:
om
satisfaire des besoins identiques, des produits qui ne sont pas totalement
x.c
rvo
tielle.
approche
Nouvelle
On peut regrouper les différentes formes qu’elle peut prendre, en distin-
guant la différenciation spatiale, la différenciation verticale et la diffé-
renciation horizontale.
La différenciation spatiale
On doit à H. Hotelling, dès 1928, l’approche de la différenciation spatia-
1
le. Dans son modèle, il prend l’exemple de deux blanchisseries qui ne se
distinguent que par leur localisation (le long d’une rue, par exemple). Le
service proposé, ainsi que le prix qui s’y rattache, sont identiques. La
problématique à laquelle nous allons être soumis est double : la déter-
mination de la clientèle de chacune des deux blanchisseries et la locali-
sation optimale des offreurs (en l’occurrence, ici, les blanchisseries).
L’analyse du coût des transports des clients est nécessaire pour détermi-
ner la clientèle de ces deux blanchisseries. H. Hotelling fait une autre
hypothèse concernant le comportement des acheteurs : celle de la mini-
misation du coût de transport, ce qui va permettre de déterminer une
clientèle, dans la partie de la ville où il est moins cher de se rendre. En
amont, les entreprises devront être le plus près possible l’une de l’autre
et du centre-ville (principe de différenciation minimale).
En 1979, cinquante ans après H. Hotelling, d’autres économistes
(C. d’Aspremont, J. J. Gabszewicz et J.-F. Thisse) vont proposer un prin-
cipe de différenciation maximale, les producteurs se situant près des
extrémités de cette route.
La différenciation horizontale
R
JU
La différenciation horizontale se caractérise par l’existence, sur un
ES
même marché, de produits ayant un usage identique ou similaire, une
NC
IE
P
C
CM
FA:
om
C
x.c
rvo
la
ho
.sc
1
uh
O QE D Q* Q
La différenciation verticale
La différenciation verticale (ou différenciation qualitative) peut se défi-
nir comme la situation où des produits présentent les mêmes structures
de caractéristiques, mais avec un nombre de caractéristiques différent.
Le produit ayant le plus grand nombre de caractéristiques sera considé-
ré comme étant de meilleure qualité : cette différenciation est donc
subjective, et résulte souvent de l’action persuasive résultant des tech-
niques de vente, comme la publicité.
R
JU
terme, et ce, malgré une augmentation des coûts de production induite
ES
par les coûts engendrés par la différenciation (coûts des dépenses publi-
NC
IE
demande qui s’adresse à elle est sensible au prix. L’élasticité prix est
C UL
FA
plus forte qu’en monopole, mais moins forte qu’en concurrence pure, et
:
om
approche
Nouvelle
alors d’un véritable pouvoir de marché. La concurrence prend une autre
dimension, et ne se résume plus à la seule concurrence par les prix,
mettant en évidence le rôle de la publicité.
1
La concurrence monopolistique n’exige pas seulement une différen-
ciation du produit, mais suppose implicitement des économies d’échelle
limitées. C’est à cette condition que les entreprises peuvent oublier leur
interdépendance avec les entreprises concurrentes. La courbe de deman-
de à la branche DD est celle de la production totale pour un seul prix,
prix unique du marché. La part de marché de chaque entreprise dépend
bien sûr du nombre d’entreprises présentes et du prix pratiqué. Toute
entreprise présente peut décider d’accroître sa part de marché en propo-
sant un prix moins élevé.
À court terme, l’équilibre de la firme est représenté par le graphique ci-
dessous :
P
Rm
coûts D Cm
A CMT
R
PE
JU
ES
NC
B
IE
D
SC
C
S
E
DE
ET
C UL
FA:
om
x.c
rvo
Rm
la
ho
.sc
1
uh
O QE Q
P
Rm
coûts
CmLT
CMLT
PE B
A D
Pc
E
D1
R
JU
ES
NC
IE
SC
S
DE
Rm1
ET
O Q
UL
QE Qc
C
FA:
om
x.c
approche
Nouvelle
profits purs, mais bien l’inverse.
1
COMMERCE INTERNATIONAL : L’ANALYSE DE P. KRUGMAN
Prix Nobel d’économie en 2008, P. Krugman propose, dès 1980, un
modèle original du commerce international fondé sur la concurrence
internationale. En 1977, A. Dixit et J. Stiglitz avaient déjà proposé un
modèle de concurrence monopolistique qui intègre l’effet positif de la
variété dans l’offre des produits sur le bien-être, et l’augmentation des
coûts fixes, qui en est la consistance. Dans son modèle, P. Krugman va
partir des hypothèses suivantes :
➤ les entreprises peuvent bénéficier de rendements d’échelle crois-
sants ;
➤ les produits sont différenciés ;
➤ chaque producteur détient sur un produit différencié un véritable
pouvoir de monopole ;
➤ les consommateurs aiment la variété ;
➤ le coût du transport est un coût qu’il faut intégrer dans l’analyse de
R
la différentiation.
JU
ES
L’ouverture du commerce au niveau mondial va conduire les consom-
NC
IE
R
taille du marché intérieur, les économies d’échelle, etc.
JU
ES
P. Krugman en tirera une conclusion très importante : ce ne sont pas des
NC
IE
pays qui commercent entre eux, mais des groupes industriels, des firmes.
SC
S
C’est donc à leur niveau qu’il faut chercher les raisons du commerce
DE
E
international.
T
C UL
FA
Dans les années 1980, P. Krugman ira encore plus loin, en justifiant les
uh
aides qu’un État peut apporter à une grande entreprise nationale, en l’oc-
currence l’industrie aéronautique. Son argumentation s’appuie sur l’idée
qu’un seul constructeur d’avions sera plus efficace que plusieurs. Pour
devenir le seul, cela vaut la peine qu’un État aide son champion natio-
nal. À partir de 1991, il va apporter une contribution décisive à l’écono-
mie géographique, avec la publication de Geography Trade, en 1991.
Pour lui, l’important n’est pas la frontière d’un pays, mais les zones
1.3 • L’apport de la concurrence monopolistique au commerce international 17
approche
Nouvelle
non prospères. Et là encore, les économies d’échelle jouent un rôle
essentiel, associées à des coûts de production jusqu’alors ignorés de la
CPP, à savoir : les coûts de transport et les coûts de transaction. Les coûts
de transport sont intégrés au concept de différenciation et les coûts de
transaction font partie de l’apport de l’économie industrielle par rapport,
par exemple, à la microéconomie. Si ces coûts n’existaient pas, toutes les
1
entreprises finiraient par cheminer vers une même région.
Aujourd’hui, parmi les rares marchés qui vérifient globalement les
hypothèses de la concurrence pure et parfaite, deux sont le plus souvent
cités : le marché au cadran et le marché à la criée.
R
JU
chef de vente, ou chef d’orchestre, affiche le prix proposé et les NC
ES
acteurs regroupés autour d’une salle circulaire, face au cadran,
IE
SC
pour le producteur, mieux vaut un prix bas que pas de prix du tout.
la
ho
.sc
POINTS CLEFS
R
concurrence imparfaite.
JU
ES
➤ Au cœur du débat sur la concurrence imparfaite se trouve la différen-
NC
IE
SC
ciation du produit offert sur le marché. Elle pourra être spatiale, verti-
S
DE
cale ou horizontale.
ET
UL
Les oligopoles
OBJECTIFS
R
JU
En situation de concurrence imparfaite, ou de concurrence pure, le ES
NC
quiète pas des conséquences des décisions prises sur les entreprises riva-
S
DE
L’étude des oligopoles remonte au XIXe siècle, à partir d’un cas particu-
lier et réducteur d’un marché avec deux entreprises. On parle alors de
duopole. Précisons que si les duopoles sont bien des oligopoles, tous les
oligopoles ne sont pas des duopoles.
Dans le cadre du duopole, deux auteurs français ont apporté, au XIXe
siècle, une contribution faisant référence. Ils ont donné leur nom à deux
analyses originales : celle d’A.-A. Cournot et celle de J. Bertrand. Au
XXe siècle, un auteur allemand, H. von Stackelberg, va venir enrichir et
compléter leurs analyses ; tandis que deux auteurs américains, P. M.
Sweezy et G. J. Stigler, vont s’affronter sur le fait de savoir si, en struc-
ture oligopolistique, il y a, ou non, concurrence par les prix.
Le faible nombre de participants et la taille des groupes industriels
concernés vont conduire, tout naturellement, s’interroger sur les risques
d’entente ou de collusion propres à cette structure.
R
JU
a) Les duopoles en situation d’équilibre ES
NC
IE
SC
Le duopole de Cournot
S
DE
Très en avance sur les théories de son époque, A.-A. Cournot va s’effor-
ET
UL
a Q2
a Q2 a − a
Q1 = − = − 2b 2 =
2b 2 2b 2 3b
et pour (2) :
a
Q2 =
3b
soit :
a
Q1 = Q2 =
3b
R
JU
Cournot est particulièrement novatrice. C’est l’une des premières, voire NC
ES
la première tentative de formalisation mathématique des comportements
IE
SC
jeux (cf. encadré suivant). Enfin, ce n’est pas en introduisant les coûts de
C
FA
approche
Nouvelle
Équilibre de Nash, équilibre de Cournot
Beaucoup d’auteurs considèrent qu’A.-A. Cournot est le premier à
formaliser, dans le cadre d’un oligopole, ce que l’on appellera, par
la suite, l’équilibre de Nash. Celui-ci part du principe que l’existen-
ce d’un équilibre n’implique pas nécessairement que celui-ci soit
1
nécessairement optimal. Ce qui suppose que l’équilibre n’est pas
unique. J. Nash, prix Nobel d’économie en 1994, va démontrer que
toute situation ayant un nombre fini de joueurs (ou d’entreprises) et
un nombre fini de stratégies connaît au moins une situation d’équi-
libre. Dans le cas d’un jeu à somme nulle, ce que gagne l’un est
nécessairement perdu par l’autre. Dans un film consacré à sa
biographie, Un homme d’exception, l’approche de l’équilibre résul-
te d’une stratégie de séduction où quatre condisciples de J. Nash
souhaitent séduire l’une des cinq filles présentes. S’ils poursuivent
tous les quatre leur intérêt personnel, leur choix va se porter sur la
plus belle. Pareille attitude va nécessairement conduire les trois
autres à se reporter sur les quatre restantes, et ainsi de suite... Mais
personne n’aime être ou bénéficier d’un second choix. Cette straté-
gie est donc vouée à l’échec. La meilleure stratégie serait donc de
s’entendre pour séduire, chacun, l’une des quatre autres filles
restantes, évitant ainsi de se faire concurrence. La théorie des jeux
va permettre à J. Nash de préciser la stratégie.
Pour deux joueurs, il n’y a d’équilibre de Nash que si la stratégie de
R
chacun maximise son profit, compte tenu de la stratégie de l’autre.
JU
Dans sa présentation matricielle, cela revient à établir la matrice des ES
NC
IE
II
x.c
rvo
la
Stratégie A Stratégie B
ho
.sc
1
I
Stratégie B 200 320 300 300
Le duopole de Bertrand
Comme A.-A. Cournot, J. Bertrand est français, économiste et mathé-
maticien, et s’est intéressé au duopole. Cependant, la variable straté-
gique retenue diffère, puisque le prix est cette fois la variable privilégiée,
même si la demande est la même. En effet, dans le duopole de Bertrand,
chacune des deux entreprises fixe son prix en considérant le prix de l’au-
tre comme une donnée. On retrouve alors des fonctions de réactions à
partir des prix. Elles se déduisent des courbes d’iso-profit, définies
comme le lien des combinaisons de prix, de deux entreprises qui réali-
sent le même profit.
Que se passe-t-il alors si les entreprises choisissent de faire jouer la
concurrence par les prix, sachant qu’elles sont capables de satisfaire la
R
demande qui répond au prix fixé ? C’est à cette question que va répon-
JU
dre J. Bertrand, partant d’un autre principe qui est que le consommateur ES
NC
IE
sent par rapport au prix proposé. De même, les entreprises sont suppo-
ET
UL
sées agir de façon symétrique et la décision sur les prix est prise, par
C
FA:
passe-t-il ?
Cela va continuer ainsi jusqu’au moment ou le dernier prix proposé est
égal au minimum de la fonction de Cm, soit PE, qui est aussi un prix
d’équilibre. Ce prix est nécessairement un prix d’équilibre commun aux
deux entreprises. Si ce n’était pas le cas, comme les produits sont homo-
gènes, l’entreprise ayant le prix le plus bas prendrait toute la demande.
Nous ne serions plus alors en duopole, mais en monopole.
2.1 • Les duopoles 29
approche
Nouvelle
Toute la demande va à B et le Réaction de A avec
profit de A est nul. Aucun P'(A) < PB.
intérêt pour A de fixer PA.
1
B baisse son prix avec P'B < P'A. précédemment,
mais cette fois
aux dépens de B.
R
JU
b) Un duopole de déséquilibre : NC
ES
le duopole de Stackelberg
IE
SC
S
DE
Présentation du modèle
ET
C UL
et de Bertrand. Les hypothèses ne sont plus les mêmes, même s’il s’agit
rvo
la
ho
que ces deux entreprises ne sont pas symétriques, n’étant pas de même
uh
R
JU
Dans le schéma (1), l’entreprise A est leader et l’entreprise B est satelli-
ES
te ; dans le schéma (2), B est leader et A est satellite. Dans ces schémas,
NC
IE
les leaders et les satellites ont bien été identifiés. La firme leader, si elle
SC
S
approche
Nouvelle
se des prix et des profits réalisés par (A) et par (B). Selon A. L. Bowley,
trois hypothèses sont alors possibles. La première est celle où l’une des
deux entreprises capitule et devient l’entreprise satellite. On se retrouve
alors dans les schémas (1) et (2). La seconde hypothèse est que (A) et
(B) se retrouvent en double satellisation. Dans ce cas, on sera en situa-
tion de Cournot. Dernière hypothèse, celle d’une entente entre (A) et (B)
1
pour se partager le marché, on parlera alors de maximisation des profits
joints (cf. E. H. Chamberlin).
Dans le schéma (4), l’absence d’entreprise leader identifiée par le
marché revient à une situation de sous-production par rapport à la
demande. Les prix vont augmenter, ainsi que les profits.
L’analyse de Stackelberg prend en compte l’asymétrie de l’information.
On est très loin du modèle de transparence pure de la CPP. Comme pour
A.-A. Cournot et pour J. Bertrand, l’utilisation de la théorie des jeux va
permettre d’en préciser les conclusions et d’élargir le champ d’analyse.
Dans une certaine mesure, elle est un passage obligé entre la microéco-
nomie et l’économie industrielle.
R
JU
un rôle essentiel. L’enseignement de la microéconomie est principale-
ES
NC
ment identifié aux structures de marché sur cette question. En concur-
IE
SC
moderne de l’oligo-pole.
la
ho
.sc
P0
O Q
Q0
R
JU
Et ces anticipations sont celles liées à une hausse, ou à une baisse des
ES
NC
prix. On distinguera donc les conséquences d’une augmentation des
IE
SC
demande sur celui offert par les autres entreprises présentes sur le
rvo
approche
Nouvelle
intérêt à le faire.
Certes, que cela soit l’hypothèse de la hausse des prix ou celle de leur
baisse, l’intensité des mouvements dépendra aussi du degré de différen-
ciation du produit, mais la conclusion générale sera que la dissymétrie
des comportements en réaction à une hausse ou à une baisse des prix,
explique pourquoi la fonction de demande n’est plus linéaire et pourquoi
1
la stabilité des prix, c’est à dire le refus de faire concurrence par les prix,
est la conclusion de la démarche de P. M. Sweezy.
Si la fonction de demande est coudée, la recette marginale est disconti-
nue. En conséquence, l’oligopoleur ne peut se trouver, de façon durable,
que dans une situation où son coût marginal ne coupe pas sa recette
marginale. L’entreprise ne peut donc ni maximiser son profit, ni espérer
l’augmenter en élevant ou en baissant son prix.
P0
R
JU
Rm + NC
ES
IE
SC
S
DE
ET
C UL
FA:
om
x.c
rvo
la
ho
.sc
O Q0 Q
1
uh
Rm –
b) La contestation de G. J. Stigler
Dès 1947, l’économiste américain G. J. Stigler, prix Nobel en 1982,
propose une critique générale de la théorie de la courbe de demande
coudée. Le point fort de sa critique est de proposer une analyse de la
stabilité des prix qui exclut la modification du caractère linéaire de la
droite de demande. Après avoir rappelé que la théorie traditionnelle n’im-
pose pas une modification des prix chaque fois que la demande varie et
que les coûts de production changent, il privilégie, pour justifier cette
R
JU
affirmation, trois arguments : NC
ES
➤ À long terme, l’apparition de produits de substitution et la modifica-
IE
SC
tion des goûts et des habitudes font que la demande devient plus sensi-
S
DE
approche
Nouvelle
expérimentale. Pour cela, il analyse les données portant sur une vingtai-
ne d’oligopoles de taille significative, mais se rapportant à des secteurs
d’activité différents ; et ce, sur la période 1929-1937. Les conclusions
auxquelles il parvient sont les suivantes :
➤ L’étude de l’évolution des prix réels ne conduit pas à une tendance
préférentielle d’imitation à la baisse. Au contraire, l’imitation à la
1
hausse semble avoir la préférence.
➤ Les situations de collusion ne révèlent aucun accroissement de la
flexibilité des prix.
➤ Les oligopoles où existent des entreprises barométriques (c’est-à-dire
inspirant l’adhésion des autres à leurs propres décisions, car elles
sont perçues comme les entreprises référentes du marché) sont moins
flexibles que les autres.
La théorie de la droite de demande coudée ne serait donc, selon lui,
qu’une simple conviction que les faits viennent démentir. Rien d’éton-
nant, précise-t-il puisque l’existence du coude aurait pour conséquence
première la disparition de la maximisation du profit, et trouverait son
origine dans le comportement des oligopoleurs eux-mêmes.
Lorsque G. J. Stigler fait cette constatation, nous sommes avant la
Seconde Guerre mondiale et dans l’environnement de la crise de 1929.
Depuis, les événements ont beaucoup fait évoluer la théorie et les faits
donnent raison à P. M. Sweezy et non à G. J. Stigler.
Entre-temps, Le nouvel État industriel de J. K. Galbraith est venu appor-
R
JU
ter un éclairage nouveau sur la société industrielle d’après-guerre. Cette
ES
société industrielle, dominée et représentée par la grande entreprise, va
NC
IE
naires) et l’exercice réel du pouvoir (par les managers) vient modifier les
T
C UL
fixés non pas pour maximiser le profit, mais pour minimiser les incerti-
x.c
rvo
RENAULT
Volkswagen AG Aston Martin • Renault
• Volkswagen • Lagonda • Dacia
• Audi • Samsung Motors
• Seat
• Skoda
• Bentley Motors VOLVO
• Porsche
• Lamborghini
EUROPE
SAAB
FORD
FIAT
• Alpha Roméo
OPEL • Lancia
DAIMLER • Abarth
• Mercedes • Ferrari
BMW • Maserati
• Smart • BMW
• May Bach • Mini
R
PSA Peugeot
JU
• Rolls-Royce
• Citroën ES
NC
IE
SC
approche
Nouvelle
19,00 % de Suzuki
V.W.
49,90 % de Porsche
FIAT 20,00 % de Chrysler
44,30 % de Nissan (Nissan détient 15,00 %
de Renault)
RENAULT 25,00 % de AvtoVAZ
1
80,00 % de Samsung Motors
99,00 % de Dacia
31,00 % de Daimler (Daimler détient 3,10 %
de Renault)
Figure 2-3 Trois groupes automobiles européens
Au Japon, on trouve huit constructeurs nationaux :
MAZDA
ISUZU
MITSUBISHI HONDA
NISSAN • Honda
• Acura
JAPON
TOYOTA
• Toyota SUBARU (détenu à 15 %
• Lexus par Toyota)
• Scion
R
JU
Figure 2-4 Le secteur automobile au Japon NC
ES
Aux États-Unis, le nombre des constructeurs s’est considérable-
IE
SC
GENERAL
:
om
MOTORS
x.c
• Chevrolet
rvo
FORD
la
• Ford • Buick
ho
• Cadillac
.sc
• Lincoln
1
• GMC
uh
R
fusion-acquisition peut permettre à une entreprise de conserver son
JU
identité, ou de fondre son identité avec celle de l’entreprise ache- ES
NC
IE
teuse. Pour cette dernière, l’objectif est d’accroître ses activités afin
SC
S
approche
Nouvelle
Acheteur et vendeur ont le plus souvent intérêt à une fusion-acquisition.
L’acheteur y verra la possibilité de réaliser des économies d’échelle
(remise sur volume, réduction des doublons dans l’outil de production,
etc.). De même, dans l’hypothèse d’une fusion-acquisition avec intégra-
tion verticale, l’acheteur bénéficiera d’un meilleur contrôle de la chaîne
de production et de l’accès aux matières premières. À cela viendra
1
s’ajouter la synergie des circuits de distribution, l’acquéreur éventuel
pouvant utiliser son propre réseau pour diffuser les produits de ses
nouvelles activités (cf. Pernod-Ricard/Seagram). Enfin, on n’oubliera
pas de souligner l’éventuelle synergie fiscale, dans le cas d’une entrepri-
se fortement bénéficiaire. Cette dernière aura alors intérêt à se rappro-
cher d’activités bénéficiant de crédits d’impôts importants, afin de rédui-
re ou d’annuler les impôts consécutifs à son activité avant fusion.
Mais l’avantage des fusions-acquisitions ne se limite pas à l’acheteur
éventuel : le vendeur peut aussi y trouver avantage. Par exemple, une
fusion-acquisition peut permettre à l’entreprise cédante d’améliorer son
profit en se recentrant sur des activités plus à la mode. Elle pourra aussi
lui permettre de se séparer d’une « branche morte ». Enfin, la fusion-
acquisition peut répondre à un besoin de trésorerie, comme ce fut le cas
pour Vivendi, en 2001-2002, avec la cession de Moughton-Mifflin. En
outre, il convient de ne pas oublier l’effet d’aubaine, le vendeur profitant
d’une valorisation élevée de son entreprise pour la céder à une autre
entreprise (cf. EDF en 2006, avec la mise sur le marché de sa filiale EDF
Énergies nouvelles).
R
JU
Freins et limites du processus de fusion-acquisition NC
IE
ES
T. Straub). La raison principale est un prix payé trop cher par l’entrepri-
ET
UL
qui finiront par être des monopoles. C’est pourquoi le législateur a mis
om
x.c
R
JU
2000 Glaxo Wellcome / Smith Kline Beecham (médicaments) 79 mds de $ ES
NC
IE
SC
approche
Nouvelle
Le cartel est un oligopole où les offreurs contrôlent le marché par
une entente formelle.
1
des activités semblables, s’entendent en vue de contrôler un marché, en
compliquant l’entrée de nouveaux concurrents, et de maximiser les
profits. On parle alors de stratégie coopérative, pouvant naître d’un
accord formel ou d’un accord tacite. L’objectif est donc de maximiser les
profits du cartel, ou « profits joints ». Comme le cartel fixe un prix
unique à un produit, chaque unité supplémentaire fabriquée procurera la
même recette marginale, ce qui nous permet d’écrire, N représentant le
nombre d’entreprises constituant le cartel :
d RT d RT d RT
= = et Cm A = Cm B = ... Cm N
dQA dQB dQN
En règle générale, les cartels agissent sur les prix et sur les quantités
produites. Le cartel de l’Opep (voir encadré suivant) est tout à fait repré-
sentatif de cette stratégie, agissant tantôt sur les quantités, tantôt sur les
prix. Lorsqu’on agit sur les prix, cela se traduit par la mise en place de
quotas de production. En réduisant l’offre, on maintient ainsi une pres-
sion haussière sur les prix. Pratique anticoncurrentielle, la cartellisation
des marchés nuit nécessairement au consommateur, puisqu’elle revient à
R
JU
lui faire payer un produit plus cher que ne le ferait la libre concurrence.
ES
NC
Les cartels sont théoriquement illégaux (cf. la loi anti-trust aux États-
IE
SC
L’Opep
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est un cartel
constitué de pays dont l’objet est de négocier, avec les sociétés
pétrolières, tout ce qui concerne les prix, les quantités et les droits
de concession. Il a été créé en 1960, à l’initiative de l’Iran et du
R
Venezuela ; cinq pays seulement en sont membres fondateurs
JU
(Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït et Venezuela). D’autres pays les ES
NC
l’Indonésie et le Gabon.
rvo
la
approche
Nouvelle
fastes et des jours sombres. La décennie 1973-1983 est la période
faste, où l’Opep impose sa loi. À partir de 1983-1985, elle entre sur
la voie du déclin. Les causes sont multiples : concurrence venue
d’autres pays non membres de l’Opep, comportement de francs-
tireurs de certains de ses membres (Nigéria, Lybie, Équateur) accor-
dant d’importantes remises de prix par rapport au prix officiel, et
1
demande mondiale explosive venue de Chine et d’Inde, face à
laquelle le cartel montre ses limites.
POINTS CLEFS
R
JU
➤ Le secteur automobile est le type même du secteur oligopolistique. ES
NC
IE
Les monopoles
OBJECTIFS
R
JU
sur un marché, répondant à la demande de l’ensemble des consomma- NC
ES
teurs. Compliquée, si l’on considère fort justement que cette définition
IE
SC
a) Analyse typologique
Nous reprenons ici la typologie proposée par P. Medan et T. Warin dans
Économie industrielle, une perspective européenne (Dunod, 2000).
Nous distinguerons donc, dans la pratique, le monopole classique,
le monopole naturel et le monopole légal. Le monopole naturel sera
traité plus loin ; rappelons donc seulement sa définition, liée à l’existen-
ce de coûts moyens décroissants, au fur et à mesure de l’augmentation
du volume de production.
Le monopole classique
Sur un marché, lorsqu’une seule entreprise existe, protégée par des
R
coûts d’entrée trop élevés du fait des compétences techniques dont
JU
elle dispose, on est en situation de monopole. Ce monopole est ES
NC
IE
une suite favorable. Dans ces conditions, le prix proposé par cette entre-
rvo
la
rence, et les quantités offertes plus faibles. On retrouve ici tous les
1
uh
Le monopole légal
Le monopole procède de l’intervention des pouvoirs publics pour
restreindre la concurrence sur un marché donné, afin de répondre à un
3.1 • Définitions et domaines d’application 49
approche
Nouvelle
d’activités stratégiques, etc. La cause première du monopole légal est
liée à la notion de service public, qui conduit à exclure les activités
marchandes de certains secteurs d’activité où l’État pourra, par exemple,
les accompagner de la gratuité (l’éducation, par exemple). On retrouve
ici une idée chère à L. Walras, lorsqu’il parle de monopole moral.
Autre justification de l’intervention publique : celle qui permet aux inno-
1
vateurs de jouir d’un monopole temporaire d’exploitation de leurs inven-
tions, avec la mise en place et la délivrance de brevets afin d’encourager
l’innovation et de permettre à l’innovateur de se rembourser des inves-
tissements en recherche et développement.
Dans les faits, l’intervention des pouvoirs publics va se traduire soit par
la nationalisation, soit par un monopole d’exploitation. Dans le cas de la
nationalisation, ces monopoles sont souvent des monopoles de distribu-
tion et/ou d’utilisation.
Exemples. EDF disposait, à partir de 1945-1946, d’un monopole de
distribution d’électricité sur le territoire français – ce qui vient d’être
remis en cause –, mais n’avait pas pour autant le monopole de la produc-
tion. On pouvait donc produire de l’électricité pour soi-même, ou pour la
revendre à l’EDF. De même, dans le cas de la SNCF, le monopole était
celui de l’utilisation des voies ferrées. Dans ces deux exemples, on retro-
uve un lien entre monopole légal, monopole naturel et industries de
réseaux.
En ce qui concerne les monopoles d’exploitation, ils concernent essen-
R
JU
tiellement le secteur privé, lorsqu’il bénéficie, par exemple, d’une NC
ES
concession d’exploitation pour un temps donné de la part de l’État,
IE
SC
Le cas général
Comme nous le rappelle l’approche microéconomique, le monopoleur a
pour objectif de déterminer le couple prix/quantité qui maximise son
profit. Si l’on distingue le court terme du long terme : à court terme, le
monopoleur sait que la taille de son entreprise ne changera pas et qu’il
n’a pas à craindre l’arrivée de concurrents éventuels sur le marché. Ce
n’est pas le cas si l’on considère le long terme.
➤ La stratégie de prix à court terme
Si la règle d’or de la maximisation du profit, Cm = Rm, vaut pour le
monopole, on ne peut aller au-delà, comme pour la concurrence pure
et parfaite (Rm = Cm = P). En effet, en monopole, la recette margi-
nale est toujours inférieure à cette courbe de demande, de pente néga-
tive, qui est aussi la recette moyenne (voir graphique 3.1)
P
Rm
P0
εp > 1
εp = 1
M
P1 P1
εp < 1
R
JU
ES
D
NC
IE
SC
S
DE
O Q
E
R N
T
C UL
FA
Rm
:
om
x.c
rvo
approche
Nouvelle
Rm F
coûts Cm
A
P*
CMT
G
1
E D ≡ RM ≡ P
CMV
C B
V Rm
O Q
Q* Q0
Graphique 3-2 La maximisation du profit à court terme du monopoleur
R
JU
re solution a l’avantage, pour lui, de conforter la barrière à l’entrée
ES
que constitue un prix de marché bas.
NC
IE
SC
R
JU
cation du téléphone, avec une offre au forfait ou une offre au réel (deux NC
ES
groupes ayant un comportement différent). De même, dans la vente de
IE
SC
journaux, un abonnement à deux ans vaut moins cher que deux abonne-
S
DE
ments à un an.
ET
C UL
FA:
om
x.c
Le dilemme de Disneyland
rvo
la
ho
approche
Nouvelle
conséquence de faire évoluer l’usage des attractions en fonction du
prix pratiqué. À prix élevé correspond une utilisation modeste, à
prix modeste une utilisation importante. Par contre, en faisant le
choix de ne faire payer que l’entrée, il est plus que probable que les
consommateurs utiliseront toutes les attractions. On peut représen-
ter graphiquement les conséquences de ces différents choix (voir le
1
graphique 3.3). Si l’on fait l’hypothèse que la construction et l’amé-
nagement de ce parc ont un coût et que son utilisation n’en a pas, et
si l’on décide de ne faire payer que l’accès aux attractions, le
propriétaire du site dégage un profit égal à ABCD, pour une quanti-
té consommée QA.
Prix
B Fonction de demande
C des attractions en fonction
de leur prix.
D CM
A T
R
JU
ES
NC
IE
SC
S
DE
O
Q’A QA
E
Q
T
C UL
FA
maximum qu’il peut demander ? La réponse est celle qui fait dispa-
1
uh
R
JU
cette discrimination doit se placer dans le cadre légal, ce qui n’est pas
ES
le cas de la discrimination de premier degré.
NC
IE
SC
est le plus bas, ni être revendu sur celui où le prix est le plus élevé.
om
x.c
approche
Nouvelle
effet, si celles des deuxième et troisième degrés sont légales, ce n’est pas le cas de
la pratique de discrimination totale, appelée discrimination de premier degré par
A. C. Pigou.
1
a) Un concept ancien
Dès le début du XIXe siècle, des économistes s’intéressent à ce concept.
Ainsi, S. Mill en 1846, A. Marshall en 1923, et R. T. Ely en 1937 – pour
citer ceux qui ont le plus fait évoluer le concept – ont successivement
enrichi son approche.
Pour S. Mill, le monopole dans son approche générale peut être la consé-
quence d’une technologie contrôlée, ce qui va se traduire par l’émergen-
ce de grandes entreprises, reposant sur une maîtrise technique. Et S. Mill
d’ajouter que le monopole peut être artificiel ou légal. À titre d’exemple,
il cite la production et la distribution d’eau et d’électricité à Londres, qui
ne peut être confiée à un marché concurrentiel. Le monopole naturel est
alors caractérisé par des rendements d’échelle croissants, ce que va
confirmer A. Marshall.
Dans l’ouvrage de référence Industry and Trade d’A. Marshall, le
monopole naturel est lié aux ressources naturelles et à leurs conditions
d’exploitation, là où n’existe pas d’offre de substitution. C’est le cas des
R
JU
industries de réseaux (réseau ferroviaire, réseau routier, réseau de distri- NC
ES
bution de l’eau, du gaz, de l’électricité, etc.). Aussi, il définit le mono-
IE
SC
monopoles.
x.c
rvo
la
possibles :
➤ ceux qui sont définis à partir des sources d’approvisionnement ;
➤ ceux qui sont la conséquence d’une décision juridique protégeant le
secret de leur technologie (brevets d’instruction) ;
➤ ceux qui ont des savoir-faire liés à leur activité, industries de réseaux
par exemple, services publics et chemins de fer plus précisément.
56 Chapitre 3 • Les monopoles
Dès lors, il définit les monopoles naturels comme étant ceux dont l’acti-
vité ne se prête pas à la pratique concurrentielle, du fait des économies
d’échelle qui s’y rattachent.
Point commun à tous les auteurs, la présence d’économies d’échelle
croissante. Bien que libéral, et donc peu enclin à défendre les monopo-
les, L. Walras va pourtant faire une exception avec les monopoles natu-
rels, qu’il n’est pas souhaitable de combattre, selon lui. Il justifie sa
proposition en développant les deux arguments suivants :
➤ Dans le cas des monopoles naturels, il faut éliminer les effets pervers
qui résulteraient de la mise en concurrence de plusieurs réseaux.
Parmi les effets pervers : l’anarchie des prix plus élevés (rendement
d’échelle croissant oblige).
➤ Éviter la multiplication des frais de premier établissement.
R
JU
choses égales par ailleurs – que celui obtenu par des entreprises de taille
ES
plus modeste et en concurrence. De même, la fonction d’utilité, dans le
NC
IE
cas du monopole pur, est une fonction croissante du fait qu’elle augmen-
SC
S
concurrentielle alternative.
x.c
rvo
D’autre part, avoir des coûts plus faibles ne met pas pour autant fin à la
la
ho
.sc
qui s’y rattachent. Le premier risque est celui d’un prix de marché,
imposé au marché supérieur à celui de la structure concurrentielle. En
effet, le monopoleur est toujours dans la situation où il peut choisir le
prix. Ceci est d’autant plus regrettable que, si tous les monopoles natu-
rels ne sont pas des industries de réseau, toutes les industries de réseau
sont des monopoles naturels.
3.2 • Le monopole naturel 57
approche
Nouvelle
sation du chemin de fer sont des monopoles naturels et des domaines où
l’utilité collective est indiscutable, voire prioritaire. Aussi, la pratique de
prix élevés, qui n’est pas empêchée dans les monopoles naturels, pénalise
le consommateur pour lequel les services proposés sont vitaux pour la vie
quotidienne.
1
Enfin, le monopole naturel peut conduire à l’inefficience dans l’alloca-
tion des ressources, si le monopoleur décide de réduire l’offre. C’est le
cas, par exemple, dans l’exploitation des voies ferrées, avec la priorité
donnée aux trains à grande vitesse et le démantèlement programmé et
régulier des réseaux secondaires. C’est pour combattre ces effets pervers
que l’on a proposé de remettre en cause les monopoles naturels privés en
les nationalisant, et de réglementer ceux qui privés ou publics risque-
raient d’utiliser, à leur profit exclusif, les positions dominantes.
Affirmer que tous les monopoles sont contraires à l’intérêt du consommateur est
une erreur, car tel n’est pas le cas du monopole naturel : il peut s’avérer très favo-
rable au consommateur.
R
JU
Tarification au coût moyen et tarification au coût marginal NC
IE
ES
publics.
ho
.sc
1
uh
P
Rm
coûts
P0
Cm LT
PM A
CM LT
PC C
E B D
Rm
O Q0 QM QC
R
JU
On va donc utiliser la règle simple P = Cm et comparer cette situa- ES
NC
(graphique 3.5)
S
DE
E
approche
Nouvelle
Rm
coûts E
1
P H
F B
A
C CMLT
PC
Rm G D
Cm LT
O Q0 Q QM QC Q
R
JU
EDF. Comme on peut le constater, une telle pratique revient à accep- NC
ES
ter une perte d’exploitation FBCG, pour un prix Pc qui sera plus que
IE
SC
Pour combattre les effets pervers d’une situation monopolistique, on aura recours
C
FA
poleur libre de fixer son prix.La tarification au coût moyen est réservée aux mono-
rvo
publics.
.sc
1
uh
La réponse réglementaire
Les réponses apportées par l’économie industrielle dans le domaine
réglementaire procèdent d’une démarche positive visant à maintenir, ou
à recréer, les conditions garantissant l’efficacité des monopoles naturels.
On distinguera, à cet effet, celles qui concernent le secteur public
(concessions de services publics) et celles qui s’adressent aux monopo-
60 Chapitre 3 • Les monopoles
R
JU
L’avantage de cette pratique est dans l’incitation à réduire les coûts
ES
de production. L’inconvénient est dans le risque que cette réduction
NC
IE
approche
Nouvelle
poles naturels à rendement d’échelle croissant. Il précisait même que,
dans ce cas, la tarification devait se faire au coût marginal. On sait
que cette dernière risque de générer des déficits importants, qu’il
conviendra alors de combler par des subventions. Pour autant, la
nationalisation a un coût – sauf dans le cas des nationalisations sanc-
tions, qu’il ne faut pas oublier. Et il faudra aussi veiller à ce qu’elle
1
aille de pair avec la recherche de gains de productivité.
Parler de monopole, en économie industrielle, apparaît trop restrictif ; mieux vaut
parler des monopoles, même si tous ont un point commun : le pouvoir de marché
dont ils disposent. C’est aussi à partir de ce pouvoir de marché que chacun d’en-
tre eux va définir sa propre stratégie.
POINTS CLEFS
R
➤ Le monopoleur dispose d’un pouvoir de marché (price maker).
JU
ES
➤ Le monopole classique se définit comme une situation où existe une
NC
IE
SC
Cm = Rm.
C
FA:
nations légales.
➤ Dans la discrimination de troisième degré, on utilise la formule :
1
Rm = P 1 −
εp
➤ Le monopole naturel est un concept ancien que l’on trouve chez
S. Mill et A. Marshall.