0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
39 vues52 pages

Économie industrielle : définitions et enjeux

Transféré par

smileytooa
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
39 vues52 pages

Économie industrielle : définitions et enjeux

Transféré par

smileytooa
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Introduction

L’économie industrielle a une longue histoire, mais un passé récent


puisque cette discipline trouve ses fondements théoriques avec la publi-
cation de l’ouvrage d’A. Marshall, Industry and Trade, en 1919. Certes,
avant lui, J.-B. Say avait créé, au XIXe siècle, un cours d’économie indus-
trielle au Conservatoire des arts et métiers de Paris. Mais tous les auteurs
reconnaissent que c’est le maître de Cambridge qui permet à cette disci-
pline d’émerger, et de devenir progressivement une discipline autonome.
Rien de bien surprenant, si l’on veut se rappeler que la première révolu-
tion industrielle est anglaise, au milieu du XVIIIe siècle, un siècle avant
la révolution industrielle française.
Si tout le monde s’accorde donc sur le rôle déterminant qu’a été celui
d’A. Marshall quant à l’origine de l’économie industrielle, reste un autre
domaine tout aussi controversé qui est celui de sa définition.
On peut bien sûr définir l’économie industrielle comme l’approche
économique de l’industrie, reste alors à définir l’industrie. Or, pour
beaucoup d’auteurs, il faut distinguer industrie et industrie manufactu-

R
JU
rière. NC
ES
Dans son Dictionnaire de sciences économiques (1968), A. Cotta définit
IE
SC

l’industrie comme « l’ensemble des unités économiques de production


S
DE

qui par l’usage de ses facteurs (capital et travail) transforme des biens
ET
UL

réels en produits ». Cette définition est dans le prolongement de celle de


C
FA

J. B. Say, pour lequel « l’industrie est une activité humaine déployée


:
om
x.c

dans le but de produire des marchandises utiles ».


rvo
la
ho

Plus récemment, L. Cabral définit l’économie industrielle comme


.sc
1

toute activité, au sens large, ayant un support matériel ou immatériel.


uh

Mais le débat essentiel va porter sur l’économie industrielle en tant que


discipline autonome, sur ses rapports avec l’économie en général et la
microéconomie en particulier. Dans son approche contemporaine, on
va surtout opposer les auteurs, peu nombreux, qui considèrent l’éco-
nomie industrielle comme étant du domaine de la microéconomie
(G. J. Stigler et P. Cahuc), à ceux qui la reconnaissent comme discipli-
ne indépendante.
2 Introduction

Dans La nouvelle microéconomie (2000), P. Cahuc définit l’économie


industrielle comme le champ d’application de la nouvelle économie, qui
se situe désormais dans le cadre de la concurrence imparfaite et des
asymétries d’information, avec pour conséquence la remise en cause du
modèle walrasien. De même, G. J. Stigler considère que le domaine
d’investigation de l’économie industrielle est celui de la théorie des prix
et de l’allocation des ressources, sujets traités par la théorie microéco-
nomique.
À part ces deux auteurs, la plupart considèrent l’économie industrielle
comme une discipline indépendante. Aux États-Unis, l’industrial orga-
nization remonte aux années 1940, et va être relayée en Europe par l’ins-
titut d’économie industrielle de Toulouse. Ce courant privilégie, dans
l’économie industrielle, l’étude des structures de marché et l’évaluation
de leur efficacité dans l’allocation des ressources. Un autre courant, s’ap-
puyant davantage sur l’approche structuraliste, se développe dans les
années 1970, à partir de l’association pour le développement des études
sur la firme et l’industrie (Adefi).
L’approche anglo-saxonne trouve son origine dans les travaux du MIT
de Boston. Sous l’impulsion d’économistes tels qu’E. Mason ou J.S.
Bain, dans les années 1940, on considère l’économie industrielle comme
la discipline nouvelle qui étudie le fonctionnement des marchés et le
comportement des entreprises sur ces marchés. Plus récemment, F. M.
Sherer, en 1970, dans Industrial Market Structure and Economic
Performance, étudie la manière dont les activités de production sont
mises en harmonie avec les demandes de biens et de services du marché.

R
JU
J. Tirole, dans Théorie de l’organisation industrielle (1988), définit NC
ES
l’économie industrielle comme l’étude de l’organisation interne des
IE
SC

entreprises et de leurs stratégies. Cette approche va bien au-delà de la


S
DE

simple analyse de la structure des marchés, puisqu’elle permet de véri-


ET

fier et d’étudier l’efficacité du marché - ce qu’ignore et ignorait la micro-


C UL
FA

économie.
:
om
x.c

L’approche européenne des années 1970 doit beaucoup à Y. Morvan. Ce


rvo
la

courant va développer une approche de l’économie industrielle davan-


ho
.sc

tage orientée vers l’analyse de la production. Pour Y. Morvan, définir


1
uh

l’économie industrielle implique d’abord d’insister sur ce qu’elle n’est


pas : en l’occurrence, ni de la microéconomie, ni de la gestion. Tout en
lui reconnaissant de grandes affinités avec ces deux disciplines, Y.
Morvan précise son champ d’analyse et son objet. L’analyse de l’activi-
té économique sous l’angle de la production, autour de la valorisation du
capital, est son objet. Son champ d’analyse est très vaste, puisqu’on y
retrouve toutes les formes d’industries, mais aussi toutes les activités qui
Mini Manuel d’Économie industrielle 3

y concourent directement ou indirectement, comme la formation à la


compétitivité du système productif – idée reprise par M. Rainelli
quelques années plus tard dans son ouvrage consacré à l’économie
industrielle, définie comme la discipline ayant pour but l’étude du systè-
me productif et l’analyse de ses composantes. Cette approche structura-
liste conduit à prendre en compte toutes les formes d’organisations
possibles.
Alors que la science économique étudie la production et la répartition de
la richesse, l’économie industrielle va privilégier l’étude des relations
d’interdépendances entre les composantes du système productif. À ce
titre, elle est aussi une théorie. La différence avec la microéconomie est
la conséquence d’un constat, celui de l’incapacité de la microéconomie
à traduire la réalité économique du monde de l’entreprise. Cette derniè-
re, à l’évidence, ne se retrouve pas toujours dans la rationalité de l’Homo
economicus. De même, le rappel d’un intérêt personnel concourant à
l’intérêt général est battu en brèche par un comportement stratégique
d’entreprise au service de sa seule performance, expliquant pourquoi les
entreprises ne sont ni égales, ni homogènes.
À la rationalité parfaite des agents, si chère aux théoriciens de la micro-
économie classique, va s’opposer la rationalité procédurale d’H. Simon,
prix Nobel d’économie en 1978. À l’atomicité de l’offre et de la deman-
de s’opposent des scénarios de plusieurs configurations possibles. Au
coût zéro d’accès à un marché, O. E. Williamson va répondre par l’exis-
tence de coûts de transaction, etc.
C’est pourquoi, aujourd’hui, l’économie industrielle est une discipline

R
JU
indépendante reconnue en tant que telle, qui ne saurait se confondre avec
ES
(ou prolonger) la microéconomie dans un monde de concurrence pure et
NC
IE

parfaite.
SC
S
DE

L’objet de ce mini manuel d’économie industrielle est de mieux la


E
T
UL

connaître et de mieux la faire connaître.


C
FA

Structure de l’ouvrage :
:
om
x.c
rvo

Partie 1 : Une approche nouvelle des marchés concurrentiels


la
ho
.sc

Partie 2 : L’émergence de nouveaux concepts


1
uh

Partie 3 : Une analyse stratégique propre


1
PARTIE
Une nouvelle
approche
des marchés
concurrentiels

Chapitre 1 La remise en cause du modèle de concurrence


pure .................................................................................... 7
Chapitre 2 Les oligopoles ................................................................. 23
Chapitre 3 Les monopoles .............................................................. 47

La microéconomie s’est longtemps identifiée au modèle walrasien,


lequel reposait sur une structure de marché définie à partir de la
concurrence pure et parfaite – que l’on appellera par la suite la CPP.
Cela signifiait que la concurrence devait être pure, aucun des acteurs ne

R
JU
pouvant agir unilatéralement et directement sur le prix du marché, et NC
ES
parfaite, tous les acteurs disposant d’une information complète.
IE
SC

C’étaient les conditions requises pour que le marché fonctionne à


S
DE

l’avantage des consommateurs, en leur proposant un prix le plus bas


ET
UL

possible, toutes choses égales par ailleurs.


C
FA

Modèle théorique, le modèle de la CPP supposait que les cinq condi-


:
om

tions suivantes soient réunies : l’atomicité du marché, la transparence,


x.c
rvo

la fluidité, l’homogénéité et la mobilité.


la
ho
.sc

➤ L’atomicité se caractérise par un grand nombre d’acheteurs.


1
uh

➤ La transparence concerne l’information dont disposent les consom-


mateurs : elle se doit d’être totale.
➤ La fluidité est la possibilité, pour une entreprise, d’entrer sur un
marché ou d’en sortir sans coût (prohibitif ).
➤ L’homogénéité est celle du produit : il s’agit d’un produit unique ou
similaire.
➤ Enfin, la mobilité est celle des facteurs de production, le travail et le
capital, qui doivent pouvoir se déplacer selon les besoins du marché.
Comme on peut l’imaginer, satisfaire aujourd’hui aux cinq conditions
en même temps est chose quasi impossible. C’est pourquoi ce modèle
n’existe pratiquement qu’en théorie : il suffit qu’une seule de ces cinq
conditions ne soit pas remplie pour que la concurrence devienne
imparfaite.
Dans la première moitié du XXe siècle, l’économiste allemand H. von
Stackelberg va proposer un tableau où vendeurs et acheteurs sont clas-
sés selon leur nombre : un acheteur, quelques acheteurs, de nombreux
acheteurs. Il distingue alors neuf structures de marché, et non une
seule.
Tableau 1 Les neufs structures de marché selon H.von Stackelberg

Offre/vendeur
Un vendeur Quelques Grand nombre
Demande vendeurs de vendeurs
acheteur
Un acheteur Monopole Monopsone Monopsone
bilatéral contrarié
Quelques Monopole Oligopole Oligopsone
acheteurs contrarié bilatéral
Grand nombre Monopole Oligopole Concurrence
d’acheteurs parfaite

R
JU
ES
NC
IE
SC

Comme on peut le constater, la concurrence imparfaite devient la règle,


S
DE

et la CPP, l’exception. Dans la pratique, cette concurrence imparfaite


ET
UL

pourra se traduire par des situations très diverses, comme l’existence


C
FA

de monopoles, de cartels d’oligopoles, etc. Dans l’hypothèse extrême,


:
om
x.c

la concurrence est totalement absente : une seule entreprise s’impose


rvo

au marché. Nous sommes alors en monopole.


la
ho
.sc

Comme pour la concurrence pure et parfaite, le monopole peut être un


1
uh

monopole purement théorique : on parlera alors de monopole pur,


même si, dans la réalité, d’autres formes de monopole existent.
L’économie industrielle va donc s’efforcer de se rapprocher de l’écono-
mie réelle, ce que n’avait pas réussi à faire la microéconomie. Pour cela,
elle va s’appuyer sur des réalités nouvelles, comme les asymétries de
l’information ou la non-homogénéité des produits.
1
CHAPITRE

La remise en cause
du modèle
de concurrence pure
OBJECTIFS

➤ Connaître le modèle de concurrence pure.


➤ Comprendre les raisons de sa remise en cause et en tirer les conséquences.

1.1 Des hypothèses de moins en moins réalistes


PLAN

1.2 Concurrence imparfaite et concurrence monopolistique


1.3 L’apport de la concurrence monopolistique au commerce internatio-
nal : l’analyse de P. Krugman

1.1 DES HYPOTHÈSES DE MOINS EN MOINS RÉALISTES


Parmi les cinq conditions nécessaires pour que l’on puisse parler de

R
JU
concurrence parfaite, il suffit qu’une seule d’entre elles ne soit pas véri- NC
ES
fiée pour que la concurrence devienne imparfaite. Comme nous allons le
IE
SC

voir, aucune d’entre elles n’est véritablement en phase avec la réalité


S
DE

industrielle d’aujourd’hui.
ET
UL

➤ L’atomicité est l’une des conditions rarement atteintes. Elle suppose


C
FA

en effet que les PME et les entrepreneurs individuels constituent l’es-


:
om
x.c

sentiel du monde de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas dans un


rvo
la

marché mondialisé où cohabitent monopoles et oligopoles. De fait, le


ho
.sc

libéralisme et la déréglementation ont eu raison de la CPP.


1
uh

Dans tous les milieux industriels – des médias à la distribution –, la


réalité de ce début de XXIe siècle est celle de la concentration et de la
fusion, afin de constituer des pôles industriels suffisamment puis-
sants pour répondre à la mondialisation des marchés. Fusions et
concentration pourront s’arrêter au stade des oligopoles ou devenir
des monopoles de fait. Dans le cas des oligopoles, la tentation sera
grande, pour un certain nombre d’entre eux, de limiter davantage
8 Chapitre 1 • La remise en cause du modèle de concurrence pure

encore la concurrence en constituant des cartels, officiellement inter-


dits, ou en pratiquant des ententes.
➤ La transparence, condition essentielle pour accéder à toutes les
informations du marché, et ce gratuitement, permet théoriquement
aux consommateurs comme aux autres producteurs de prendre en
toute connaissance la bonne décision.
Aujourd’hui, si le progrès technique a considérablement amélioré
l’accès à l’information, en réduisant plus particulièrement le temps
d’accès, on est cependant loin de la gratuité : l’information a un coût
de plus en plus important. Par ailleurs, si le consommateur est de
mieux en mieux informé, il faut noter qu’il est souvent influencé par
les campagnes publicitaires et que l’asymétrie d’information est la
règle (cf. les travaux de G. Akerlof).

➤ La fluidité des marchés est une autre condition nécessaire du modè-


le de la concurrence parfaite. Elle permet à de nouveaux producteurs
de bénéficier de la profitabilité du secteur et/ou de la filière, mais
aussi à ceux existants déjà sur le marché de sortir de la filière, consi-
dérée par eux comme insuffisamment rentable, pour se reconvertir
dans d’autres activités.
Cette fluidité est aujourd’hui principalement remise en cause par la
recherche d’économie d’échelle, qui seule permet d’atteindre la
capacité de produire dans une économie mondialisée, où la part belle
du marché est faite aux entreprises qui ont les coûts de production les
plus bas. Mais les économies d’échelle ont un coût, et des consé-

R
JU
quences directes contraires au principe d’atomicité. Ce coût s’identi-
ES
fie aux besoins de capitaux, à leur mobilisation seule capable de
NC
IE

permettre d’atteindre la taille optimale leur permettant d’affronter la


SC
S

concurrence. Toutes les entreprises ne disposent pas des moyens


DE
E

financiers capables de les réaliser. Dans un marché dominé par la


T
C UL

petite entreprise, un petit nombre d’entre elles sera capable de mobi-


FA:
om

liser les capitaux nécessaires. Les autres devront disparaître à long


x.c

terme. Parmi les conséquences directes de cette recherche d’écono-


rvo
la
ho

mie d’échelle, il y aura donc d’une part une diminution importante de


.sc
1

PME et, d’autre part, l’arrivée sur le marché d’entreprises de taille de


uh

plus en plus importante.


On s’éloigne ainsi à grands pas du principe d’atomicité, ce qui se
vérifie particulièrement dans la grande distribution, avec l’avènement
de véritables oligopoles dominés par des enseignes comme Auchan,
Carrefour, Casino ou Leclerc. De même, on ne saurait oublier les
obstacles d’ordre administratif, réglementaire, technique, etc., qui
sont autant d’obstacles à la fluidité.
1.2 • Concurrence imparfaite et concurrence monopolistique 9

Ne pas confondre fluidité et transparence des marchés. La transparence concerne

approche
Nouvelle
les informations, la fluidité les facteurs de production.

➤ L’homogénéité des produits n’est plus aujourd’hui qu’une hypo-


thèse d’école que l’on retrouve encore, par exemple, sur le marché
financier avec l’action ou l’obligation. Dans la quasi-totalité des cas,
la différenciation des produits est la règle. En effet, elle permet de
mieux affronter la concurrence directe, pour une même branche d’ac-

1
tivité. Cette différenciation peut dépasser le produit lui-même et se
traduire dans le service après-vente, l’emballage, le conditionnement,
etc. L’homogénéité a fait donc place à l’hétérogénéité.
➤ Enfin, la mobilité des facteurs est souvent contradictoire. En ce qui
concerne la mobilité du capital technique, elle est souvent rendue
difficile par les coûts qu’elle génère – ce qui n’empêche pas pour
autant de constater des mouvements importants de délocalisations
d’entreprises. Pour ce qui est de la mobilité du facteur travail, elle est
souvent constatée dans les pays émergents comme la Chine et l’Inde,
et, à un degré moindre, dans les pays anglo-saxons où la pratique du
contrat à durée déterminée est souvent la règle. Par contre, dans les
pays de l’UE, les contraintes sociales et le droit du travail sont
souvent des obstacles à la fluidité.
En conséquence, la réalité industrielle d’aujourd’hui, c’est tout sauf
la concurrence pure et parfaite. De modèle de référence, elle est deve-
nue modèle d’exception (voir le marché à la criée et le marché au
cadran, par exemple). L’économie industrielle en a tiré les consé-
quences et n’entend privilégier aucune structure de marché mais, au

R
JU
contraire analyser toutes celles qui s’identifient au mieux à la réalité NC
ES
de l’entreprise. Parmi ces nouvelles structures, il y a, bien sûr, celles
IE
SC

qui sont directement la conséquence de la remise en cause des hypo-


S
DE

thèses de la CPP : la concurrence monopolistique et la concurrence


E
T
UL

imparfaite.
C
FA
:
om
x.c

1.2 CONCURRENCE IMPARFAITE ET CONCURRENCE


rvo
la

MONOPOLISTIQUE
ho
.sc
1
uh

En 1933, deux auteurs, J. V. Robinson et E. H. Chamberlin, publient deux


ouvrages qui restent des références sur ce sujet. Élève d’A. Marshall, J.
V. Robinson publie The Economic of Imperfect Competition et, la même
année, E. H. Chamberlin publie The Theory of Monopolistic Competition.
Dans son ouvrage, J. V. Robinson remet en question la théorie de l’équi-
libre général de L. Walras, contestant les hypothèses sur laquelle elle
repose, et plus particulièrement celle de la CPP. Il propose alors une
10 Chapitre 1 • La remise en cause du modèle de concurrence pure

analyse plus réaliste des structures de marché. À la différence de L.


Walras, son analyse part du monopole et non de la CPP, non pas pour en
faire la structure référente, mais pour contester l’idée selon laquelle le
monopole n’est qu’un cas extrême, une exception de la CPP. Cette
démarche l’a conduit à faire de la concurrence imparfaite une structu-
re de marché où les entreprises sont bien en concurrence, sans que soient
autant vérifiées toutes les hypothèses du modèle de CPP.
E. H. Chamberlin aboutit aux mêmes conclusions, mais à partir d’une
critique du modèle de CPP et de la remise en cause d’une de ses hypo-
thèses : celle de l’homogénéité du produit. Ce qui va l’amener à définir
une nouvelle structure de marché : la concurrence monopolistique,
structure où cohabitent à la fois monopole et concurrence. L’analyse d’E.
H. Chamberlin trouvera un relais avec P. Krugman, prix Nobel 2008, qui
va proposer, dans les années 1980, un modèle du commerce internatio-
nal fondé sur la concurrence monopolistique.
En résumé, ces deux auteurs se complètent, la concurrence monopolis-
tique n’étant que la conséquence d’une concurrence imparfaite. À ce
titre, la contribution d’E. H. Chamberlin est sans doute plus importante
pour l’économie industrielle que celle de J. V. Robinson, cette dernière
s’inscrivant davantage dans une contestation du modèle macroécono-
mique. Régime hybride entre le monopole et la concurrence pure et
parfaite, la concurrence monopolistique répond aux trois conditions
suivantes, réunies simultanément :
➤ il y a libre entrée et libre sortie des firmes dans la filière ;
➤ chaque firme dispose de sa propre clientèle ;

R
JU
➤ chaque entreprise considère les prix de ses concurrents comme une ES
NC

donnée.
IE
SC
S

L’hypothèse centrale, celle de la différenciation du produit, remet totale-


DE
E

ment en cause l’hypothèse d’homogénéité. La différenciation d’un


T
C UL

produit se traduit par le fait que des firmes différentes offrent, pour
FA:
om

satisfaire des besoins identiques, des produits qui ne sont pas totalement
x.c
rvo

identiques, même s’ils portent souvent le même nom. Cette différencia-


la
ho

tion devient un élément du marché pouvant constituer une barrière à


.sc
1

l’entrée et, à ce titre, contribuer à rendre difficile la pratique concurren-


uh

tielle.

Si la concurrence monopolistique est la conséquence d’une concurrence impar-


faite (E. H. Chamberlin), cette dernière s’inscrit dans la logique de la contestation
du modèle de concurrence pure et parfaite (J. V. Robinson).
1.2 • Concurrence imparfaite et concurrence monopolistique 11

a) Les différentes formes de différenciation

approche
Nouvelle
On peut regrouper les différentes formes qu’elle peut prendre, en distin-
guant la différenciation spatiale, la différenciation verticale et la diffé-
renciation horizontale.
La différenciation spatiale
On doit à H. Hotelling, dès 1928, l’approche de la différenciation spatia-

1
le. Dans son modèle, il prend l’exemple de deux blanchisseries qui ne se
distinguent que par leur localisation (le long d’une rue, par exemple). Le
service proposé, ainsi que le prix qui s’y rattache, sont identiques. La
problématique à laquelle nous allons être soumis est double : la déter-
mination de la clientèle de chacune des deux blanchisseries et la locali-
sation optimale des offreurs (en l’occurrence, ici, les blanchisseries).
L’analyse du coût des transports des clients est nécessaire pour détermi-
ner la clientèle de ces deux blanchisseries. H. Hotelling fait une autre
hypothèse concernant le comportement des acheteurs : celle de la mini-
misation du coût de transport, ce qui va permettre de déterminer une
clientèle, dans la partie de la ville où il est moins cher de se rendre. En
amont, les entreprises devront être le plus près possible l’une de l’autre
et du centre-ville (principe de différenciation minimale).
En 1979, cinquante ans après H. Hotelling, d’autres économistes
(C. d’Aspremont, J. J. Gabszewicz et J.-F. Thisse) vont proposer un prin-
cipe de différenciation maximale, les producteurs se situant près des
extrémités de cette route.
La différenciation horizontale

R
JU
La différenciation horizontale se caractérise par l’existence, sur un
ES
même marché, de produits ayant un usage identique ou similaire, une
NC
IE

appellation souvent identique et une apparence différente.


SC
S
DE
ET
UL

P
C

CM
FA:
om

C
x.c
rvo
la
ho
.sc
1
uh

QE : Production maximisant le profit


Q* : Production minimisant les coûts

O QE D Q* Q

Graphique 1-1 La différenciation horizontale


12 Chapitre 1 • La remise en cause du modèle de concurrence pure

Dans son analyse de la concurrence monopolistique, c’est cette appro-


che que retient E. H. Chamberlin. Dans cette représentation, chaque
offreur est considéré comme disposant d’une partie de la demande tota-
le. Une variation du prix de l’un des biens aura peu d’effets sur la deman-
de des autres biens. À l’équilibre, le schéma est le suivant (voir page
suivante).

La différenciation verticale
La différenciation verticale (ou différenciation qualitative) peut se défi-
nir comme la situation où des produits présentent les mêmes structures
de caractéristiques, mais avec un nombre de caractéristiques différent.
Le produit ayant le plus grand nombre de caractéristiques sera considé-
ré comme étant de meilleure qualité : cette différenciation est donc
subjective, et résulte souvent de l’action persuasive résultant des tech-
niques de vente, comme la publicité.

b) Les conséquences de la différenciation


Quelle que soit la forme de différenciation, elle va permettre à chaque
entreprise de passer d’une demande individuelle à élasticité infinie, à une
demande à élasticité finie. De plus, la différenciation va permettre de
fidéliser une clientèle : l’élasticité finie de la demande sera le plus
souvent faible en valeur absolue. À court terme, l’entreprise pourra donc
privilégier un rapport prix-quantité tenant compte de cette demande fidé-
lisée, ce qui aura pour conséquence de générer un super profit à court

R
JU
terme, et ce, malgré une augmentation des coûts de production induite
ES
par les coûts engendrés par la différenciation (coûts des dépenses publi-
NC
IE

citaires, par exemple).


SC
S
DE

En conséquence, plus l’entreprise différencie son produit, moins la


ET

demande qui s’adresse à elle est sensible au prix. L’élasticité prix est
C UL
FA

plus forte qu’en monopole, mais moins forte qu’en concurrence pure, et
:
om

le degré de différenciation devient un déterminant important de la


x.c
rvo

demande. Le marché n’est plus un lieu d’échange de biens strictement


la
ho

homogènes, mais devient un lieu d’échange de l’ensemble des biens


.sc
1
uh

différenciés. Il n’existe donc plus un prix unique sur le marché, mais un


prix différent pour chaque bien différencié.
À court terme, comme en CPP, le nombre d’entreprises est donné.
Chacune d’entre elles maximise son profit sans prendre en compte les
décisions des concurrents. Du fait de la fidélisation au produit, elle se
comporte comme un monopole, avec un prix d’équilibre supérieur au
coût marginal. Comme en monopole, les quantités produites sont plus
1.2 • Concurrence imparfaite et concurrence monopolistique 13

faibles que celles obtenues en CPP. Pour autant, l’entreprise dispose

approche
Nouvelle
alors d’un véritable pouvoir de marché. La concurrence prend une autre
dimension, et ne se résume plus à la seule concurrence par les prix,
mettant en évidence le rôle de la publicité.

c) L’équilibre de l’entreprise en concurrence mono-


polistique

1
La concurrence monopolistique n’exige pas seulement une différen-
ciation du produit, mais suppose implicitement des économies d’échelle
limitées. C’est à cette condition que les entreprises peuvent oublier leur
interdépendance avec les entreprises concurrentes. La courbe de deman-
de à la branche DD est celle de la production totale pour un seul prix,
prix unique du marché. La part de marché de chaque entreprise dépend
bien sûr du nombre d’entreprises présentes et du prix pratiqué. Toute
entreprise présente peut décider d’accroître sa part de marché en propo-
sant un prix moins élevé.
À court terme, l’équilibre de la firme est représenté par le graphique ci-
dessous :

P
Rm
coûts D Cm

A CMT

R
PE
JU
ES
NC

B
IE

D
SC

C
S

E
DE
ET
C UL
FA:
om
x.c
rvo

Rm
la
ho
.sc
1
uh

O QE Q

Graphique 1-2 La firme à court terme


14 Chapitre 1 • La remise en cause du modèle de concurrence pure

Le profit est maximisé en E (Rm = Cm), au prix PE pour des quantités


QE. PE ABC représente le profit pur de l’entreprise. C’est un prix d’équi-
libre, parce que pratiqué par l’ensemble des entreprises. Libre à elles de
le modifier, mais aussi de différencier le produit, afin de réduire son coût
moyen, ou de l’augmenter en justifiant cette augmentation par une
qualité supérieure du produit.
À long terme, l’existence de profits purs et la libre entrée sur le marché
vont justifier l’accroissement du nombre d’entreprises et de marques
concurrentes, ce qui entraîne une réduction de la demande à chaque
firme, D → D1 (cf. graphique 1.3).

P
Rm
coûts
CmLT

CMLT

PE B
A D
Pc

E
D1

R
JU
ES
NC
IE
SC
S
DE

Rm1
ET

O Q
UL

QE Qc
C
FA:
om
x.c

Graphique 1-3 La firme à long terme


rvo
la
ho

Le partage de la production va conduire à une annulation des profits


.sc
1
uh

purs, lorsque D1 est tangente en B, à la courbe de coût moyen de longs


termes. On retrouve l’une des caractéristiques de la CPP. Par contre, une
autre conséquence est celle de l’existence d’une capacité de production
inutilisée : on parle alors d’excès de capacité, représentée par QE – QC,
QC étant l’optimum concurrentiel. Cette fois, on n’est plus dans l’effi-
cience concurrentielle pure, bien au contraire, puisque ce graphique
montre l’existence d’un coût social, dont l’annulation ne peut venir que
de la renonciation à différencier les produits. On retrouve alors la CPP.
1.3 • L’apport de la concurrence monopolistique au commerce international 15

Ce n’est pas l’accroissement du nombre d’entreprises qui explique l’existence de

approche
Nouvelle
profits purs, mais bien l’inverse.

Dans les faits, les meilleurs exemples de concurrence monopolistique se


retrouvent dans les activités, où les économies d’échelle sont faibles –
les activités de services, par exemple.

1.3 L’APPORT DE LA CONCURRENCE MONOPOLISTIQUE AU

1
COMMERCE INTERNATIONAL : L’ANALYSE DE P. KRUGMAN
Prix Nobel d’économie en 2008, P. Krugman propose, dès 1980, un
modèle original du commerce international fondé sur la concurrence
internationale. En 1977, A. Dixit et J. Stiglitz avaient déjà proposé un
modèle de concurrence monopolistique qui intègre l’effet positif de la
variété dans l’offre des produits sur le bien-être, et l’augmentation des
coûts fixes, qui en est la consistance. Dans son modèle, P. Krugman va
partir des hypothèses suivantes :
➤ les entreprises peuvent bénéficier de rendements d’échelle crois-
sants ;
➤ les produits sont différenciés ;
➤ chaque producteur détient sur un produit différencié un véritable
pouvoir de monopole ;
➤ les consommateurs aiment la variété ;
➤ le coût du transport est un coût qu’il faut intégrer dans l’analyse de

R
la différentiation.
JU
ES
L’ouverture du commerce au niveau mondial va conduire les consom-
NC
IE

mateurs à importer des produits en plus grand nombre. Se développe


SC
S
DE

alors un commerce intra-branche, où chaque entreprise doit faire face à


ET

un marché de plus en plus vaste. Mais, si les consommateurs sont sensi-


C UL

bles à la diversité de l’offre, pour autant l’élargissement des choix


FA:
om

conduit aussi, paradoxalement, à l’uniformisation, conduisant à une


x.c
rvo

double application. Tout d’abord, compte tenu des coûts de transport et


la
ho

des rendements d’échelle, les entreprises ont un avantage compétitif sur


.sc
1
uh

leur propre territoire. Ensuite, les mêmes entreprises implantées sur un


grand marché bénéficient d’économies d’échelle importantes, ce qui
renforce leur compétitivité.
Exemple. Les grands pays, comme la Chine et l’Inde, ont tendance à se
spécialiser dans les secteurs à rendement croissant – ce qui se vérifie
plus particulièrement dans les secteurs high-tech, à fort potentiel de crois-
sance.
16 Chapitre 1 • La remise en cause du modèle de concurrence pure

Dans la théorie traditionnelle de l’échange international, l’hypothèse de


base était la CPP : on en déduisait que le libre-échange était profitable à
toutes les nations qui échangeaient (cf. D. Ricardo). Dès 1989,
P. Krugman constatait que la CPP est l’exception et que, dans la majori-
té des cas, les marchés sont en situation de concurrence imparfaite, avec
un nombre d’entreprises réduit agissant sur le marché. Ce nouvel envi-
ronnement stratégique est vérifié aujourd’hui avec l’émergence d’oligo-
poles industriels.
Dans un article fondateur paru dans le Journal of International
Economics, P. Krugman constatait que, si la spécialisation existe bien,
l’essentiel du commerce international a lieu entre pays de même niveau
de développement et s’adresse, le plus souvent, à des produits similai-
res : la France exporte des Renault en Allemagne et importe des
Volkswagen d’Allemagne. Comment expliquer ce phénomène ? Pour
cela, deux concepts vont être mis en avant : les économies d’échelle,
d’une part, et l’avènement d’un marché de concurrence monopolis-
tique, d’autre part. L’existence d’économie d’échelle explique pour-
quoi plus on produit en grandes quantités, plus le coût unitaire diminue.
La concurrence monopolistique se traduit par un nombre très limité de
producteurs au niveau national (deux constructeurs automobiles en
France, trois ou quatre en Allemagne, etc.). En réduisant le nombre d’en-
treprises sur le marché, la ou les entreprises restantes vont devoir diver-
sifier leur offre. La concurrence prend une autre forme : ce ne sont plus
nécessairement les avantages comparatifs qui vont être déterminants,
mais l’antériorité dans la spécialisation (avantage au premier parti), la

R
taille du marché intérieur, les économies d’échelle, etc.
JU
ES
P. Krugman en tirera une conclusion très importante : ce ne sont pas des
NC
IE

pays qui commercent entre eux, mais des groupes industriels, des firmes.
SC
S

C’est donc à leur niveau qu’il faut chercher les raisons du commerce
DE
E

international.
T
C UL
FA

Dans la théorie du commerce extérieur de D. Ricardo, l’échange concerne deux


:
om

pays de développement économique différent, alors que celle de P. Krugman


x.c
rvo

privilégie l’échange entre deux pays de même niveau de développement.


la
ho
.sc
1

Dans les années 1980, P. Krugman ira encore plus loin, en justifiant les
uh

aides qu’un État peut apporter à une grande entreprise nationale, en l’oc-
currence l’industrie aéronautique. Son argumentation s’appuie sur l’idée
qu’un seul constructeur d’avions sera plus efficace que plusieurs. Pour
devenir le seul, cela vaut la peine qu’un État aide son champion natio-
nal. À partir de 1991, il va apporter une contribution décisive à l’écono-
mie géographique, avec la publication de Geography Trade, en 1991.
Pour lui, l’important n’est pas la frontière d’un pays, mais les zones
1.3 • L’apport de la concurrence monopolistique au commerce international 17

économiques et les déséquilibres entre zones économiques prospères et

approche
Nouvelle
non prospères. Et là encore, les économies d’échelle jouent un rôle
essentiel, associées à des coûts de production jusqu’alors ignorés de la
CPP, à savoir : les coûts de transport et les coûts de transaction. Les coûts
de transport sont intégrés au concept de différenciation et les coûts de
transaction font partie de l’apport de l’économie industrielle par rapport,
par exemple, à la microéconomie. Si ces coûts n’existaient pas, toutes les

1
entreprises finiraient par cheminer vers une même région.
Aujourd’hui, parmi les rares marchés qui vérifient globalement les
hypothèses de la concurrence pure et parfaite, deux sont le plus souvent
cités : le marché au cadran et le marché à la criée.

Marché au cadran, marché à la criée


Le marché au cadran est un marché où la vente est la conséquen-
ce d’enchères électroniques, ce qui assure la transparence dans la
fixation des prix. Les prix sont affichés sur un cadran, permettant
ainsi de faire jouer la concurrence, en comparant le prix affiché avec
les prix pratiqués dans d’autres zones de production. Si les enchères
peuvent être progressives ou dégressives, dans la pratique, elles sont
dégressives, en partant d’un prix élevé. Cette technique est souvent
pratiquée dans la vente de la production légumière et maraîchère,
ainsi que dans la vente de bovins. Le premier marché au cadran en
France fut créé en 1961, à l’initiative d’A. Gourvenec, à Saint-Pol-
de-Léon en Bretagne. Derrière un tableau de bord informatique, le

R
JU
chef de vente, ou chef d’orchestre, affiche le prix proposé et les NC
ES
acteurs regroupés autour d’une salle circulaire, face au cadran,
IE
SC

peuvent faire monter les enchères, ou les faire baisser. Ce système


S
DE

de vente a permis d’obtenir des prix qui sont supérieurs à un marché


ET
UL

de gré à gré. À tout moment, le producteur est libre d’accepter ou de


C
FA

refuser la vente au prix affiché. On soulignera que les productions


:
om

légumières et maraîchères sont des productions périssables. Aussi,


x.c
rvo

pour le producteur, mieux vaut un prix bas que pas de prix du tout.
la
ho
.sc

Enfin, le marché au cadran peut aussi concerner d’autres produc-


1
uh

tions, comme le marché des fleurs à Nice.


Le marché à la criée est un marché sur lequel s’échangent poissons
et autres produits de la mer. Un responsable de vente, qu’on appe-
lait autrefois « crieur », propose un prix de départ, au kilo, des diffé-
rents produits. Comme pour le marché au cadran, les enchères sont
descendantes et le premier acheteur qui montre un intérêt décroche
le lot. Il existe toutefois un prix de retrait pour éviter que les prix ne
18 Chapitre 1 • La remise en cause du modèle de concurrence pure

descendent trop bas. Mais, là encore, le caractère périssable du


produit ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.
Bien sûr, ces deux marchés ne sauraient vérifier toutes les hypothè-
ses de la CPP. Ce sont cependant les survivants d’une pratique
concurrentielle. On notera que, sur ces marchés, les prix sont parti-
culièrement volatiles. En effet, si les pratiques de la consommation
sont généralement stables, il n’en est pas de même de la production,
qui est souvent soumise aux aléas climatiques, ce qui explique cette
volatilité.

POINTS CLEFS

➤ La concurrence pure et parfaite repose sur cinq hypothèses : atomici-


té, homogénéité, transparence, fluidité et mobilité des facteurs.
➤ Ces hypothèses sont de moins en moins réalistes et ont donné
naissance, dans leur contestation, aux approches proposées par
E. H. Chamberlin et J. V. Robinson.
➤ Chez E. H. Chamberlin, on propose un nouveau concept, celui de
concurrence monopolistique. Chez J. V. Robinson, on parlera de

R
concurrence imparfaite.
JU
ES
➤ Au cœur du débat sur la concurrence imparfaite se trouve la différen-
NC
IE
SC

ciation du produit offert sur le marché. Elle pourra être spatiale, verti-
S
DE

cale ou horizontale.
ET
UL

➤ La concurrence monopolistique va trouver une autre application dans


C
FA

le commerce international avec les travaux de P. Krugman.


:
om
x.c

➤ Aujourd’hui, à part le marché au cadran ou le marché à la criée, les


rvo
la
ho

marchés ne vérifient plus les hypothèses du modèle de CPP.


.sc
1
uh
2
CHAPITRE

Les oligopoles
OBJECTIFS

➤ Appréhender l’originalité de la structure oligopolistique et sa diversité.


➤ Analyser les mécanismes de fusion et de concentration qui y sont asso-
ciés.

2.1 Les duopoles


PLAN

2.2 La place des oligopoles dans l’économie industrielle


2.3 Une stratégies duales : fusions et ententes

R
JU
En situation de concurrence imparfaite, ou de concurrence pure, le ES
NC

nombre d’entreprises est suffisamment important pour que l’on ne s’in-


IE
SC

quiète pas des conséquences des décisions prises sur les entreprises riva-
S
DE

les ou concurrentes. Tel n’est pas le cas d’un marché oligopolistique,


ET
UL

regroupant quelques entreprises.


C
FA:
om
x.c

Exemple : l’automobile est le secteur oligopolistique par excellence,


rvo
la

duopolistique en France si l’on ne prend en compte que les groupes auto-


ho
.sc

mobiles français. On considérera alors que l’industrie automobile est un


1
uh

duopole en France, confronté à un oligopole européen et à un oligopole


mondial. Compte tenu du faible nombre de participants, chacune des deux
entreprises, en duopole ou en oligopole, doit nécessairement prendre en
compte les décisions que prendra l’autre, ou que prendront les autres. On
dira que la décision de l’une dépend de ses conjectures sur les réactions
des autres à cette décision, ce qui conduit à parler d’interdépendance
conjecturale.
24 Chapitre 2 • Les oligopoles

L’étude des oligopoles remonte au XIXe siècle, à partir d’un cas particu-
lier et réducteur d’un marché avec deux entreprises. On parle alors de
duopole. Précisons que si les duopoles sont bien des oligopoles, tous les
oligopoles ne sont pas des duopoles.
Dans le cadre du duopole, deux auteurs français ont apporté, au XIXe
siècle, une contribution faisant référence. Ils ont donné leur nom à deux
analyses originales : celle d’A.-A. Cournot et celle de J. Bertrand. Au
XXe siècle, un auteur allemand, H. von Stackelberg, va venir enrichir et
compléter leurs analyses ; tandis que deux auteurs américains, P. M.
Sweezy et G. J. Stigler, vont s’affronter sur le fait de savoir si, en struc-
ture oligopolistique, il y a, ou non, concurrence par les prix.
Le faible nombre de participants et la taille des groupes industriels
concernés vont conduire, tout naturellement, s’interroger sur les risques
d’entente ou de collusion propres à cette structure.

2.1 LES DUOPOLES


Structure de marché réduite à deux entreprises, le duopole est
une structure théorique où l’analyse simplifiée permet de proposer
des conclusions qui pourront être généralisées à un marché,
toujours oligopolistique, mais plus large. L’analyse théorique
revient à distinguer celles qui aboutissent à une situation d’équi-
libre (A.-A. Cournot et J. Bertrand), de celles du déséquilibre
(H. von Stackelberg).

R
JU
a) Les duopoles en situation d’équilibre ES
NC
IE
SC

Le duopole de Cournot
S
DE

Très en avance sur les théories de son époque, A.-A. Cournot va s’effor-
ET
UL

cer de formaliser le comportement des entreprises sur un marché. Pour


C
FA:

cela, il va faire deux hypothèses simplificatrices, à savoir :


om
x.c
rvo

➤ le marché est celui d’un bien homogène à coût nul de production ;


la
ho
.sc

➤ la variable stratégique est le volume de production, et non le prix.


1
uh

Pour donner une meilleure crédibilité à sa démarche, il prend l’exemple


de deux entreprises exploitant deux sources minérales, côte à côte,
alimentées par des puits artésiens auxquels les consommateurs viennent
s’approvisionner. Sous réserve de ces hypothèses, on peut alors formali-
ser l’analyse.
26 Chapitre 2 • Les oligopoles

a Q2
a Q2 a − a
Q1 = − = − 2b 2 =
2b 2 2b 2 3b
et pour (2) :
a
Q2 =
3b
soit :
a
Q1 = Q2 =
3b

Les conclusions de cette modélisation sont les suivantes :


Le profit de (I) dépend des quantités Q1 et Q2 produites par (I) et (II), et
réciproquement, pour le profit de (II).
L’interdépendance entre (I) et (II) est ainsi mise en évidence.
Les quantités de (I) et de (II) qui maximisent leur profit sont égales.
À l’équilibre, la demande n’est pas totalement satisfaite, ce qui ne peut
que contribuer à faire monter les prix.
Le duopole de Cournot est un duopole symétrique à double satellitisme.
Pour I, la quantité Q2 est une donnée, de même pour II la quantité Q1.
Les fonctions de réaction (1) et (2) sont symétriques et le comportement
des entreprises est identique. Par la suite, on dira que le duopole de
Cournot est symétrique, à double satellitisme.
Bien que reposant sur des hypothèses restrictives, l’analyse d’A.-A.

R
JU
Cournot est particulièrement novatrice. C’est l’une des premières, voire NC
ES
la première tentative de formalisation mathématique des comportements
IE
SC

de l’entreprise. Elle est, par voie de généralisation, une contribution réfé-


S
DE

rente et directe à l’étude de l’oligopole. Elle annonce aussi la théorie des


ET
UL

jeux (cf. encadré suivant). Enfin, ce n’est pas en introduisant les coûts de
C
FA

production dans le modèle que l’on va modifier, ou annuler, la conclu-


:
om

sion essentielle à laquelle on aboutit, à savoir l’interdépendance des


x.c
rvo

entreprises. L’hypothèse de coûts de production nuls a permis de simpli-


la
ho
.sc

fier la démonstration, mais n’est pas à l’origine des conclusions auxquel-


1
uh

les elle aboutit.


Parmi les critiques essentielles faites à cette analyse, la première porte
sur la variable explicative retenue, la quantité produite, et non le prix. Un
autre économiste français, J. Bertrand, va faire l’hypothèse inverse,
privilégier la variable prix et ignorer la variable quantité. La seconde
critique concerne le caractère statique de la démarche qui suppose l’ins-
tantanéité des ajustements.
2.1 • Les duopoles 27

approche
Nouvelle
Équilibre de Nash, équilibre de Cournot
Beaucoup d’auteurs considèrent qu’A.-A. Cournot est le premier à
formaliser, dans le cadre d’un oligopole, ce que l’on appellera, par
la suite, l’équilibre de Nash. Celui-ci part du principe que l’existen-
ce d’un équilibre n’implique pas nécessairement que celui-ci soit

1
nécessairement optimal. Ce qui suppose que l’équilibre n’est pas
unique. J. Nash, prix Nobel d’économie en 1994, va démontrer que
toute situation ayant un nombre fini de joueurs (ou d’entreprises) et
un nombre fini de stratégies connaît au moins une situation d’équi-
libre. Dans le cas d’un jeu à somme nulle, ce que gagne l’un est
nécessairement perdu par l’autre. Dans un film consacré à sa
biographie, Un homme d’exception, l’approche de l’équilibre résul-
te d’une stratégie de séduction où quatre condisciples de J. Nash
souhaitent séduire l’une des cinq filles présentes. S’ils poursuivent
tous les quatre leur intérêt personnel, leur choix va se porter sur la
plus belle. Pareille attitude va nécessairement conduire les trois
autres à se reporter sur les quatre restantes, et ainsi de suite... Mais
personne n’aime être ou bénéficier d’un second choix. Cette straté-
gie est donc vouée à l’échec. La meilleure stratégie serait donc de
s’entendre pour séduire, chacun, l’une des quatre autres filles
restantes, évitant ainsi de se faire concurrence. La théorie des jeux
va permettre à J. Nash de préciser la stratégie.
Pour deux joueurs, il n’y a d’équilibre de Nash que si la stratégie de

R
chacun maximise son profit, compte tenu de la stratégie de l’autre.
JU
Dans sa présentation matricielle, cela revient à établir la matrice des ES
NC
IE

gains envisageables pour deux entreprises (I et II), auxquelles on


SC

propose deux stratégies (A et B).


S
DE
ET
UL

Tableau 2-1 Équilibre de Nash,équilibre de Cournot


C
FA:
om

II
x.c
rvo
la

Stratégie A Stratégie B
ho
.sc
1

Stratégie A 260 260 260 200


uh

I
Stratégie B 200 320 300 300

Si (I) adopte la stratégie A, (II) choisira également la stratégie A, car


le profit obtenu avec (A) : 260, est supérieur à celui qu’elle obtien-
drait avec B : 200. De même, (II) choisira A (260) si (II) retient (A),
car la stratégie A (260) est supérieure à la stratégie B (200), si elle
28 Chapitre 2 • Les oligopoles

choisissait (B). Le couple stratégique A/A conduit à un équilibre de


Nash, car il est compatible avec (I) et (II), compte tenu du choix fait
par l’autre.
Comme on peut le constater, l’équilibre de Cournot a les mêmes
caractéristiques que celui de Nash. Les quantités qui maximisent le
profit ne sont pas celles qui couvrent l’intégralité de la demande,
mais celles qui maximisent le profit de l’une et l’autre, à partir de la
production de l’autre.

L’équilibre de Nash s’applique à la formalisation de l’équilibre de Cournot, et non


l’inverse.

Le duopole de Bertrand
Comme A.-A. Cournot, J. Bertrand est français, économiste et mathé-
maticien, et s’est intéressé au duopole. Cependant, la variable straté-
gique retenue diffère, puisque le prix est cette fois la variable privilégiée,
même si la demande est la même. En effet, dans le duopole de Bertrand,
chacune des deux entreprises fixe son prix en considérant le prix de l’au-
tre comme une donnée. On retrouve alors des fonctions de réactions à
partir des prix. Elles se déduisent des courbes d’iso-profit, définies
comme le lien des combinaisons de prix, de deux entreprises qui réali-
sent le même profit.
Que se passe-t-il alors si les entreprises choisissent de faire jouer la
concurrence par les prix, sachant qu’elles sont capables de satisfaire la

R
demande qui répond au prix fixé ? C’est à cette question que va répon-
JU
dre J. Bertrand, partant d’un autre principe qui est que le consommateur ES
NC
IE

retient toujours le producteur qui pratique le prix le plus bas. Dans sa


SC

réponse, les entreprises choisissent le prix et les consommateurs réagis-


S
DE

sent par rapport au prix proposé. De même, les entreprises sont suppo-
ET
UL

sées agir de façon symétrique et la décision sur les prix est prise, par
C
FA:

elles, de façon simultanée.


om
x.c
rvo

Hypothèse : deux entreprises (A) et (B)


la
ho
.sc

Question : Si A propose un prix PA supérieur à un prix PB de B, que se


1
uh

passe-t-il ?
Cela va continuer ainsi jusqu’au moment ou le dernier prix proposé est
égal au minimum de la fonction de Cm, soit PE, qui est aussi un prix
d’équilibre. Ce prix est nécessairement un prix d’équilibre commun aux
deux entreprises. Si ce n’était pas le cas, comme les produits sont homo-
gènes, l’entreprise ayant le prix le plus bas prendrait toute la demande.
Nous ne serions plus alors en duopole, mais en monopole.
2.1 • Les duopoles 29

approche
Nouvelle
Toute la demande va à B et le Réaction de A avec
profit de A est nul. Aucun P'(A) < PB.
intérêt pour A de fixer PA.

Même constat que

1
B baisse son prix avec P'B < P'A. précédemment,
mais cette fois
aux dépens de B.

Figure 2-1 Le duopole de Bertrand

Contrairement au duopole de Cournot, le duopole de Bertrand aboutit à


une solution concurrentielle. Le prix d’équilibre auquel on parvient est
celui de la CPP, bien qu’il n’y ait pas atomicité du marché. Cette tarifi-
cation au coût marginal entraîne donc la disparition du profit. Un des
paradoxes de la démarche est qu’il suffirait que deux entreprises se
livrent à une concurrence par les prix pour que l’on retrouve le schéma
de concurrence pure. La résolution de ce paradoxe passe par la modifi-
cation de la qualité des produits et la prise en compte de la capacité de
production. La modification de la qualité des produits proposés va se
traduire par la présence de produits différenciés, se substituant aux
produits homogènes.

R
JU
b) Un duopole de déséquilibre : NC
ES
le duopole de Stackelberg
IE
SC
S
DE

Présentation du modèle
ET
C UL

Avec l’économiste allemand H. von Stackelberg, l’analyse du duopole


FA:
om

s’enrichit et répond à certaines critiques faites aux duopoles de Cournot


x.c

et de Bertrand. Les hypothèses ne sont plus les mêmes, même s’il s’agit
rvo
la
ho

toujours d’un marché à deux entreprises. Tout d’abord, l’auteur suppose


1.sc

que ces deux entreprises ne sont pas symétriques, n’étant pas de même
uh

taille et n’ayant pas la même capacité d’intervention sur le marché.


L’une sera considérée comme l’entreprise leader, l’autre étant l’entrepri-
se satellite. L’analyse, ensuite, n’est pas statique, mais se place dans une
logique évolutive, dynamique. Rien n’est figé comme chez Cournot ou
Bertrand. Enfin, les stratégies privilégiées sont conjecturales et non
conjoncturelles, on ne se limite plus à constater l’interdépendance des
deux entreprises. Avec H. von Stackelberg, chacune des deux entreprises
30 Chapitre 2 • Les oligopoles

anticipe la réaction de l’autre à sa propre décision. Les hypothèses de


départ ne sont pas les mêmes.
L’entreprise A et l’entreprise B ne sont pas de même puissance, c’est
pourquoi le duopole de Stackelberg sera dit « duopole asymétrique ».
Mais (A) et (B) vont, toutes deux, anticiper les réactions que leurs prop-
res décisions auront sur les choix de l’autre. L’entreprise leader est celle
qui cherche à maximiser son profit en supposant que l’autre se compor-
te en satellite. À l’inverse, l’entreprise satellite suppose que l’autre est
leader avec une production considérée comme une donnée. L’entreprise
satellite ne connaît alors que sa fonction de réaction, et son comporte-
ment est celui décrit dans le duopole de Cournot.
Les stratégies conjecturales (Stackelberg) diffèrent des stratégies conjecturelles
(Cournot, Bertrand) et ne répondent pas aux mêmes hypothèses.

Les conséquences stratégiques


L’analyse de Stackelberg repose sur une hypothèse forte, celle de la
capacité d’anticipation de l’entreprise aux réactions de l’entreprise
concurrente. Cela suppose également que l’on puisse parfaitement
identifier l’entreprise leader et l’entreprise satellite. Dans la réalité, ce
n’est pas si simple. Si nous prenons, par exemple, le duopole
Renault/Peugeot, qui est leader ? Qui est satellite ? Aussi, le duopole de
Stackelberg revient à distinguer quatre situations possibles. Deux sont
des situations d’équilibres, et les deux autres des situations de déséquili-
bre.

R
JU
Dans le schéma (1), l’entreprise A est leader et l’entreprise B est satelli-
ES
te ; dans le schéma (2), B est leader et A est satellite. Dans ces schémas,
NC
IE

les leaders et les satellites ont bien été identifiés. La firme leader, si elle
SC
S

veut maximiser son profit, devra tenir compte du comportement de la


DE
ET

firme satellite, et pour cela devra intégrer la fonction de réaction de l’en-


C UL

treprise satellite à sa propre fonction de profit. La firme satellite aura


FA:
om

alors un comportement « à la Cournot ». Dans les deux cas, et à ces


x.c
rvo

conditions, les schémas (1) et (2) sont des schémas d’équilibre.


la
ho
.sc

Dans les deux autres schémas, il y a erreur d’anticipation : les deux


1
uh

entreprises pensent être leaders (schéma 3), ou pensent être satellites


(schéma 4). Il y a erreur car, dans le duopole de Stackelberg, il y a néces-
sairement un leader et un satellite. Cette erreur aura une conséquence
indiscutable, celle d’aboutir à une situation de déséquilibre, de nature
différente selon le schéma retenu.
Dans le schéma (3), si (A) et (B) pensent être leader, selon l’hypothèse
connue sous le nom d’hypothèse de Bowley, cette situation, aboutit
2.2 • La place des oligopoles dans l’économie industrielle 31

nécessairement à une surproduction. Cela entraînera, à terme, une bais-

approche
Nouvelle
se des prix et des profits réalisés par (A) et par (B). Selon A. L. Bowley,
trois hypothèses sont alors possibles. La première est celle où l’une des
deux entreprises capitule et devient l’entreprise satellite. On se retrouve
alors dans les schémas (1) et (2). La seconde hypothèse est que (A) et
(B) se retrouvent en double satellisation. Dans ce cas, on sera en situa-
tion de Cournot. Dernière hypothèse, celle d’une entente entre (A) et (B)

1
pour se partager le marché, on parlera alors de maximisation des profits
joints (cf. E. H. Chamberlin).
Dans le schéma (4), l’absence d’entreprise leader identifiée par le
marché revient à une situation de sous-production par rapport à la
demande. Les prix vont augmenter, ainsi que les profits.
L’analyse de Stackelberg prend en compte l’asymétrie de l’information.
On est très loin du modèle de transparence pure de la CPP. Comme pour
A.-A. Cournot et pour J. Bertrand, l’utilisation de la théorie des jeux va
permettre d’en préciser les conclusions et d’élargir le champ d’analyse.
Dans une certaine mesure, elle est un passage obligé entre la microéco-
nomie et l’économie industrielle.

2.2 LA PLACE DES OLIGOPOLES DANS L’ÉCONOMIE


INDUSTRIELLE
a) L’oligopole différencié de Sweezy
En économie industrielle, la théorie des prix et leur détermination jouent

R
JU
un rôle essentiel. L’enseignement de la microéconomie est principale-
ES
NC
ment identifié aux structures de marché sur cette question. En concur-
IE
SC

rence, les prix baissent ; en monopole, les prix augmentent. Que se


S
DE

passe-t-il alors en oligopole ? Dans une économie de marché, on sait


ET

l’importance de la demande dans la détermination du prix d’un bien ou


C UL
FA

d’un service. Aussi, dès 1939, P. M. Sweezy, en remettant en cause le


:
om

caractère linéaire de la courbe de demande, posait les bases de la théorie


x.c
rvo

moderne de l’oligo-pole.
la
ho
.sc

P. M. Sweezy va rejeter l’hypothèse de l’homogénéité du produit et l’hy-


1
uh

pothèse de la parfaite information du consommateur, ce qui va lui


permettre de conclure que l’unicité du prix n’est plus nécessairement la
règle. À partir d’un constat, une production Q0 pour un prix P0, il s’in-
terroge sur les conséquences éventuelles d’une modification de P0 sur
Q0. L’interdépendance conjecturale et les anticipations asymétriques
selon que la décision concerne une hausse, ou une baisse des prix, carac-
térisent l’oligopole de Sweezy.
32 Chapitre 2 • Les oligopoles

La thèse retenue est celle de la dissymétrie des comportements à la haus-


se et à la baisse du prix d’une entreprise. Et cette dissymétrie de compor-
tement explique le caractère non linéaire de la fonction de demande. De
linéaire, la droite de demande devient coudée.

P0

O Q
Q0

Graphique 2-1 Droite de demande coudée

L’asymétrie des anticipations est au cœur de l’analyse de P. M. Sweezy.

R
JU
Et ces anticipations sont celles liées à une hausse, ou à une baisse des
ES
NC
prix. On distinguera donc les conséquences d’une augmentation des
IE
SC

prix, de celles consécutives à une baisse des prix.


S
DE

S’il y a augmentation de prix, c’est à dire si une des entreprises décide


ET
UL

d’augmenter ses prix, il y aura une diminution de la demande, certains


C
FA

renonçant définitivement à acheter le produit, d’autres reportant leur


:
om
x.c

demande sur celui offert par les autres entreprises présentes sur le
rvo

marché oligopolistique. Ces dernières bénéficieront d’une augmentation


la
ho
.sc

de leurs ventes et il est donc peu probable qu’elles décident de répondre


1
uh

à la hausse par la hausse, bénéficiant sans rien faire d’une augmentation


de leur part de marché. On en conclura donc que, dans le cas général, les
entreprises ne suivent pas, à la hausse.
Différente sera la situation des entreprises confrontées à la baisse du prix
de l’une d’entre elles. Si elles veulent conserver leur part de marché,
elles devront, toutes choses égales par ailleurs, suivre à la baisse. Aussi,
l’entreprise qui prendra la responsabilité de baisser ses prix ne verra pas
2.2 • La place des oligopoles dans l’économie industrielle 33

sa demande augmenter, ou alors que faiblement. Elle n’aura donc pas

approche
Nouvelle
intérêt à le faire.
Certes, que cela soit l’hypothèse de la hausse des prix ou celle de leur
baisse, l’intensité des mouvements dépendra aussi du degré de différen-
ciation du produit, mais la conclusion générale sera que la dissymétrie
des comportements en réaction à une hausse ou à une baisse des prix,
explique pourquoi la fonction de demande n’est plus linéaire et pourquoi

1
la stabilité des prix, c’est à dire le refus de faire concurrence par les prix,
est la conclusion de la démarche de P. M. Sweezy.
Si la fonction de demande est coudée, la recette marginale est disconti-
nue. En conséquence, l’oligopoleur ne peut se trouver, de façon durable,
que dans une situation où son coût marginal ne coupe pas sa recette
marginale. L’entreprise ne peut donc ni maximiser son profit, ni espérer
l’augmenter en élevant ou en baissant son prix.

P0

R
JU
Rm + NC
ES
IE
SC
S
DE
ET
C UL
FA:
om
x.c
rvo
la
ho
.sc

O Q0 Q
1
uh

Rm –

Graphique 2-2 La discontinuité de la recette marginale


34 Chapitre 2 • Les oligopoles

En conclusion, si l’on suit la démonstration de P. M. Sweezy, l’oligopo-


leur n’aurait pas comme objectif le profit, et sa stratégie concurrentielle
ne serait pas celle des prix. Lorsqu’on prend un secteur oligopolistique
comme celui particulièrement représentatif de l’automobile, on constate
que l’objectif recherché par les groupes n’est pas la maximisation du
profit, mais bien davantage la recherche de parts de marché de plus en
plus importantes ou, à défaut, le maintien de leur part de marché. De
même, la concurrence par les prix n’est pas la règle dans ce secteur où,
par exemple, les modèles de base, chez Renault ou Peugeot, sont propo-
sés à des prix souvent identiques. En revanche, la concurrence existe
bien, mais elle repose sur d’autres critères : différenciation du produit,
options proposées, service après-vente, garanties, etc. La réalité indus-
trielle donne donc raison en 2011 à P. M. Sweezy.
Dans la théorie de P. M. Sweezy, les comportements des entreprises ne sont pas
symétriques en cas de hausse ou de baisse des prix.

b) La contestation de G. J. Stigler
Dès 1947, l’économiste américain G. J. Stigler, prix Nobel en 1982,
propose une critique générale de la théorie de la courbe de demande
coudée. Le point fort de sa critique est de proposer une analyse de la
stabilité des prix qui exclut la modification du caractère linéaire de la
droite de demande. Après avoir rappelé que la théorie traditionnelle n’im-
pose pas une modification des prix chaque fois que la demande varie et
que les coûts de production changent, il privilégie, pour justifier cette

R
JU
affirmation, trois arguments : NC
ES
➤ À long terme, l’apparition de produits de substitution et la modifica-
IE
SC

tion des goûts et des habitudes font que la demande devient plus sensi-
S
DE

ble aux prix, conduisant le chef d’entreprise à ne pas les modifier.


ET
C UL

➤ La collusion implicite des entreprises laisse penser que, dans un


FA:
om

certain nombre de cas, le prix ne sera pas modifié.


x.c
rvo

➤ Enfin, lorsque le marché du produit est restreint, cela peut entraîner


la
ho
.sc

des coûts significatifs, dans le domaine de la publicité par exemple, en


1
uh

cas de changement de prix.


Notons que G. J. Stigler aboutit à une conclusion générale identique à
celle de P. M. Sweezy, à savoir la stabilité des prix - ce qui vient confor-
ter la démarche de ce dernier quant aux conclusions auxquelles il abou-
tit. Il n’y a, à ce niveau de la contestation, rien qui permette de remettre
en cause le caractère non linéaire de la fonction de demande, bien au
contraire.
2.2 • La place des oligopoles dans l’économie industrielle 35

G. J. Stigler soumet ensuite sa triple argumentation à la vérification

approche
Nouvelle
expérimentale. Pour cela, il analyse les données portant sur une vingtai-
ne d’oligopoles de taille significative, mais se rapportant à des secteurs
d’activité différents ; et ce, sur la période 1929-1937. Les conclusions
auxquelles il parvient sont les suivantes :
➤ L’étude de l’évolution des prix réels ne conduit pas à une tendance
préférentielle d’imitation à la baisse. Au contraire, l’imitation à la

1
hausse semble avoir la préférence.
➤ Les situations de collusion ne révèlent aucun accroissement de la
flexibilité des prix.
➤ Les oligopoles où existent des entreprises barométriques (c’est-à-dire
inspirant l’adhésion des autres à leurs propres décisions, car elles
sont perçues comme les entreprises référentes du marché) sont moins
flexibles que les autres.
La théorie de la droite de demande coudée ne serait donc, selon lui,
qu’une simple conviction que les faits viennent démentir. Rien d’éton-
nant, précise-t-il puisque l’existence du coude aurait pour conséquence
première la disparition de la maximisation du profit, et trouverait son
origine dans le comportement des oligopoleurs eux-mêmes.
Lorsque G. J. Stigler fait cette constatation, nous sommes avant la
Seconde Guerre mondiale et dans l’environnement de la crise de 1929.
Depuis, les événements ont beaucoup fait évoluer la théorie et les faits
donnent raison à P. M. Sweezy et non à G. J. Stigler.
Entre-temps, Le nouvel État industriel de J. K. Galbraith est venu appor-

R
JU
ter un éclairage nouveau sur la société industrielle d’après-guerre. Cette
ES
société industrielle, dominée et représentée par la grande entreprise, va
NC
IE

se retrouver et s’identifier à une technostructure qui a pris le pouvoir. Par


SC
S

ailleurs, le divorce entre la détention du pouvoir juridique (par les action-


DE
E

naires) et l’exercice réel du pouvoir (par les managers) vient modifier les
T
C UL

conditions de fonctionnement du marché. Désormais, les prix vont être


FA:
om

fixés non pas pour maximiser le profit, mais pour minimiser les incerti-
x.c
rvo

tudes du marché (risque de grève, par exemple). En outre, les apporteurs


la
ho

de capitaux, qui hier décidaient de maximiser le profit, ne sont plus les


.sc
1

managers. Pour ces derniers, la part de marché est la variable objectif. Il


uh

faut au mieux l’augmenter, au pire la maintenir. La guerre des prix ne va


plus être alors à l’ordre du jour des priorités. Le nouvel État industriel
annonce la mainmise des oligopoles sur le système industriel de la fin du
XXe siècle. La mondialisation des marchés, qui ne cesse de s’accélérer
depuis le début du XXIe siècle, n’a rien changé – bien au contraire.
36 Chapitre 2 • Les oligopoles

Un oligopole type : le secteur automobile


Aujourd’hui, le secteur automobile est, sans aucun doute, celui qui
illustre le mieux le marché oligopolistique. Non seulement ce
marché se partage, au niveau national, entre quelques constructeurs,
mais il donne également lieu à des alliances et à des prises de
participations entre constructeurs, qui sont caractéristiques de l’oli-
gopole.
En Europe, au 30 septembre 2011, dix constructeurs se partagent le
marché avec, pour la plupart d’entre eux, plusieurs marques.

RENAULT
Volkswagen AG Aston Martin • Renault
• Volkswagen • Lagonda • Dacia
• Audi • Samsung Motors
• Seat
• Skoda
• Bentley Motors VOLVO
• Porsche
• Lamborghini
EUROPE
SAAB
FORD
FIAT
• Alpha Roméo
OPEL • Lancia
DAIMLER • Abarth
• Mercedes • Ferrari
BMW • Maserati
• Smart • BMW
• May Bach • Mini

R
PSA Peugeot
JU
• Rolls-Royce
• Citroën ES
NC
IE
SC

Source : La Tribune, 30 septembre 2010.


S
DE
ET

Figure 2-2 Le secteur automobile en Europe


C UL
FA:
om

Ces groupes sont très hétérogènes. Ford est la filiale européenne de


x.c
rvo

Ford Motor Company USA, Opel est la filiale de GM USA, Volvo


la
ho
.sc

est détenu par Geely (constructeur chinois) et Saab par Spyker


1
uh

(constructeur néerlandais). De plus, si l’on prend en compte les


participations des uns chez les autres, le schéma devient plus
complexe et moins transparent.
On n’aurait garde d’oublier les accords passés entre constructeurs,
dont PSA s’est fait le champion avec Fiat, BMW, Mitsubishi et
Ford.
2.3 • Une stratégie duale : fusions et ententes 37

approche
Nouvelle
19,00 % de Suzuki
V.W.
49,90 % de Porsche
FIAT 20,00 % de Chrysler
44,30 % de Nissan (Nissan détient 15,00 %
de Renault)
RENAULT 25,00 % de AvtoVAZ

1
80,00 % de Samsung Motors
99,00 % de Dacia
31,00 % de Daimler (Daimler détient 3,10 %
de Renault)
Figure 2-3 Trois groupes automobiles européens
Au Japon, on trouve huit constructeurs nationaux :

MAZDA
ISUZU

MITSUBISHI HONDA
NISSAN • Honda
• Acura
JAPON

TOYOTA
• Toyota SUBARU (détenu à 15 %
• Lexus par Toyota)
• Scion

R
JU
Figure 2-4 Le secteur automobile au Japon NC
ES
Aux États-Unis, le nombre des constructeurs s’est considérable-
IE
SC

ment réduit au cours de la dernière décennie, puisqu’on ne compte


S
DE

plus que quatre constructeurs, dont Scion, une marque de Toyota.


ET
C UL
FA

GENERAL
:
om

MOTORS
x.c

• Chevrolet
rvo

FORD
la

• Ford • Buick
ho

• Cadillac
.sc

• Lincoln
1

• GMC
uh

• Mercury ÉTATS-UNIS • Opel


• Vauxhall
• G.M. Daewoo
CHRYSLER (20 % Fiat) • Holden
• Chrysler
• Dodge SCION
• Jeep
Figure 2-5 Le secteur automobile au États-Unis
38 Chapitre 2 • Les oligopoles

2.3 UNE STRATÉGIE DUALE : FUSIONS ET ENTENTES


a) Les fusion-acquisitions
La concentration fait partie de la vie des entreprises. Celles-ci peuvent
croître sans s’unir : on parle alors de croissance interne, reposant sur le
développement d’une activité existante. Mais elles peuvent également
croître en s’unissant à d’autres groupes : c’est ce qui caractérise la crois-
sance externe. Cette dernière, dans le cas d’activités nouvelles, peut
permettre de réduire une concurrence exacerbée, en achetant un savoir-
faire, en jouant sur la complémentarité, etc. Pour cela, l’arme stratégique
est la fusion acquisition. Très vite, celle-ci apparaît comme un moyen
rapide de répondre à la mondialisation. Elle consiste, par voie d’acquisi-
tion et/ou de prise de contrôle, à concentrer les activités concernées entre
un nombre de producteurs de plus en plus faible.
Au début du XXe siècle, les échanges internationaux étaient essentielle-
ment intra-européens, le Japon produisant pour son marché intérieur et
les États-Unis pour le leur. Il faut attendre la deuxième moitié du XXe
siècle, et surtout les années 1970, pour voir se généraliser les fusions-
acquisitions.
Définition et domaine d’application
Les fusions-acquisitions (ou « fusac », ou encore M & A pour
Mergers and Acquisitions en anglais) se définissent comme « les
différentes formes de rachat partiel ou total d’une entreprise par un
agent économique, le plus souvent une autre entreprise ». Une

R
fusion-acquisition peut permettre à une entreprise de conserver son
JU
identité, ou de fondre son identité avec celle de l’entreprise ache- ES
NC
IE

teuse. Pour cette dernière, l’objectif est d’accroître ses activités afin
SC
S

d’augmenter son profit (croissance externe).


DE
ET
UL

La classification habituelle conduit à distinguer, d’une part, les motiva-


C
FA:
om

tions économiques (dans le cadre d’une concentration verticale) de


x.c

celles concernées par le rachat de concurrents (dans le cadre d’une


rvo
la

concentration horizontale) ; d’autre part, les motivations financières


ho
.sc

(conglomérats). Les activités concernées ne sont pas nécessairement


1
uh

cohérentes sur le plan économique (complémentaires ou substituables),


mais s’inscrivent dans la recherche, en cas de difficultés conjoncturelles,
de réduction du risque encouru. Dans le cas particulier des entreprises
cotées en bourse, l’opération pourra être amicale (volonté partagée du
vendeur et de l’acheteur), ou inamicale (cf. Hermès/LVMH en 2011).
Pour les entreprises non cotées en bourse, l’accord se fera à partir d’un
marché de gré à gré.
2.3 • Une stratégie duale : fusions et ententes 39

Intérêt et avantages des fusions-acquisitions

approche
Nouvelle
Acheteur et vendeur ont le plus souvent intérêt à une fusion-acquisition.
L’acheteur y verra la possibilité de réaliser des économies d’échelle
(remise sur volume, réduction des doublons dans l’outil de production,
etc.). De même, dans l’hypothèse d’une fusion-acquisition avec intégra-
tion verticale, l’acheteur bénéficiera d’un meilleur contrôle de la chaîne
de production et de l’accès aux matières premières. À cela viendra

1
s’ajouter la synergie des circuits de distribution, l’acquéreur éventuel
pouvant utiliser son propre réseau pour diffuser les produits de ses
nouvelles activités (cf. Pernod-Ricard/Seagram). Enfin, on n’oubliera
pas de souligner l’éventuelle synergie fiscale, dans le cas d’une entrepri-
se fortement bénéficiaire. Cette dernière aura alors intérêt à se rappro-
cher d’activités bénéficiant de crédits d’impôts importants, afin de rédui-
re ou d’annuler les impôts consécutifs à son activité avant fusion.
Mais l’avantage des fusions-acquisitions ne se limite pas à l’acheteur
éventuel : le vendeur peut aussi y trouver avantage. Par exemple, une
fusion-acquisition peut permettre à l’entreprise cédante d’améliorer son
profit en se recentrant sur des activités plus à la mode. Elle pourra aussi
lui permettre de se séparer d’une « branche morte ». Enfin, la fusion-
acquisition peut répondre à un besoin de trésorerie, comme ce fut le cas
pour Vivendi, en 2001-2002, avec la cession de Moughton-Mifflin. En
outre, il convient de ne pas oublier l’effet d’aubaine, le vendeur profitant
d’une valorisation élevée de son entreprise pour la céder à une autre
entreprise (cf. EDF en 2006, avec la mise sur le marché de sa filiale EDF
Énergies nouvelles).

R
JU
Freins et limites du processus de fusion-acquisition NC
IE
ES

On constate que les fusions-acquisitions ne sont pas des opérations sans


SC

risque, puisque leur taux d’échec dépasse 50 % (cf. les travaux de


S
DE

T. Straub). La raison principale est un prix payé trop cher par l’entrepri-
ET
UL

se acheteuse. De plus, certains redoutent des concentrations excessives,


C
FA:

qui finiront par être des monopoles. C’est pourquoi le législateur a mis
om
x.c

en place, sur le marché, des instances destinées, si nécessaire, à se proté-


rvo
la

ger des fusions-acquisitions jugées excessives et/ou contraires au bon


ho
.sc

respect des règles de concurrence. Parmi les plus connues, citons :


1
uh

➤ les lois anti-trust (le démantèlement de la Standard Oil, par exem-


ple) ;
➤ la direction générale de la concurrence par la Commission euro-
péenne ;
➤ le contrôle du capital pour les sociétés par actions, cotées ou non en
bourse :
40 Chapitre 2 • Les oligopoles

– pratique de la majorité du capital (Casino),


– limitation du droit de vote d’un tiers,
– recours au chevalier blanc. L’entreprise en passe d’être achetée par
un concurrent peut faire appel à une autre entreprise, amie cette
fois, pour se substituer à cet acheteur inamical (par exemple, le
choix fait par AGF d’Alliance, et non de Generali),
– intervention des pouvoirs publics. Souvent, dans le cas d’activités
stratégiques, le législateur peut intervenir pour rendre impossible
toute fusac éventuelle les concernant (par exemple, la décision
américaine, en 2006, de rendre impossible l’acquisition de ports
américains par Dubaï).
Si toutes les fusions donnent lieu à une acquisition, toutes les acquisitions ne
prennent pas la forme d’une fusion. En effet, une fusion ne peut pas être partiel-
le, alors que c’est le cas pour une acquisition.

Le tableau suivant présente les principales fusions-acquisitions des


dernières décennies :

Tableau 2.2 Les principales fusions- acquisitions

1998 Travelers / Citicorp (finance) 73 mds de $


1998-1999 Exon Mobil (pétrole) 85 mds de $
1999-2000 Pfizer / Warner-Lambert (pharmacie) 89 mds de $
1999-2000 Vodafone / Manneman (télécommunications) 203 mds de $

R
JU
2000 Glaxo Wellcome / Smith Kline Beecham (médicaments) 79 mds de $ ES
NC
IE
SC

2000-2001 ACL / Timewarner (médias) 182 mds de $


S
DE

2007 ABN AMRO (banque) 99.364 mds de $


ET
C UL

2007 Alcany / Rio Tinto (mines) 43.922 mds de $


FA:
om
x.c

2007 AT & T Belsouth (télécoms) 89 mds de $


rvo
la
ho

2007 Kraft Foods / Altria Consortium (alimentaire 61.4 mds de $


.sc
1
uh

2007 TXU / Holding US Company (finance) 44.922 mds de $


2008 BMP Billinton / Rio Tuito (mines) 147 mds de $

Comme on peut le constater, les principales fusions-acquisitions ont eu


lieu entre 1999 et 2000, ainsi qu’en 2007.
2.3 • Une stratégie duale : fusions et ententes 41

b) L’entente parfaite : le cartel

approche
Nouvelle
Le cartel est un oligopole où les offreurs contrôlent le marché par
une entente formelle.

On peut assimiler un cartel à une concentration horizontale, où de gran-


des entreprises juridiquement et financièrement indépendantes, ayant

1
des activités semblables, s’entendent en vue de contrôler un marché, en
compliquant l’entrée de nouveaux concurrents, et de maximiser les
profits. On parle alors de stratégie coopérative, pouvant naître d’un
accord formel ou d’un accord tacite. L’objectif est donc de maximiser les
profits du cartel, ou « profits joints ». Comme le cartel fixe un prix
unique à un produit, chaque unité supplémentaire fabriquée procurera la
même recette marginale, ce qui nous permet d’écrire, N représentant le
nombre d’entreprises constituant le cartel :
d RT d RT d RT
= = et Cm A = Cm B = ... Cm N
dQA dQB dQN

En règle générale, les cartels agissent sur les prix et sur les quantités
produites. Le cartel de l’Opep (voir encadré suivant) est tout à fait repré-
sentatif de cette stratégie, agissant tantôt sur les quantités, tantôt sur les
prix. Lorsqu’on agit sur les prix, cela se traduit par la mise en place de
quotas de production. En réduisant l’offre, on maintient ainsi une pres-
sion haussière sur les prix. Pratique anticoncurrentielle, la cartellisation
des marchés nuit nécessairement au consommateur, puisqu’elle revient à

R
JU
lui faire payer un produit plus cher que ne le ferait la libre concurrence.
ES
NC

Les cartels sont théoriquement illégaux (cf. la loi anti-trust aux États-
IE
SC

Unis) mais, dans la pratique, il en existe de célèbres. Outre celui de


S
DE

l’Opep, déjà cité, on rappellera celui, plus ancien, de De Beers, conglo-


ET
UL

mérat diamantaire sud-africain fondé en 1888. Ce cartel était destiné à


C
FA

monopoliser la fourniture de diamants bruts à tous les diamantaires de la


:
om

planète. Dans les années 1980, De Beers contrôlait la commercialisation


x.c
rvo

mondiale du diamant à hauteur de 80 %. Aujourd’hui, il est tombé à


la
ho
.sc

40 % – ce qui n’est pas si mal pour un cartel. Rappelons, en effet, que


1
uh

l’Opep ne contrôle pas l’intégralité, loin s’en faut, de la production


mondiale de pétrole.
Le risque reconnu au cartel, c’est son instabilité, conséquence de l’op-
portunisme des agents économiques. Pour qu’il y ait stabilité, il faut que
les quotas de production et le prix officiel qui s’y rattache soient respec-
tés. Mais la firme opportuniste, si elle accepte bien le prix élevé imposé
par le cartel, pourra être tentée de dépasser le quota de production,
42 Chapitre 2 • Les oligopoles

surtout si ses coûts de production sont faibles, recueillant ainsi un profit


bien supérieur à celui, déjà substantiel, que lui procure le cartel.
C’est pourquoi un cartel sera d’autant plus stable que le nombre de grou-
pes le constituant est faible et que leurs besoins sont semblables. De
plus, pour qu’il soit efficace, il faut que le cartel puisse faire respecter les
accords passés entre ses membres. Pour cela, les sanctions pourront aller
des simples sanctions financières jusqu’à l’exclusion ; mais la sanction
la plus efficace est sans doute celle dite « du prix de déclenchement ».
Inspirée du modèle de Green-Porter, cette technique conduit à autoriser
les membres du cartel à baisser leurs prix, du fait de la tricherie de l’un
des membres. Le prix du marché passe alors en dessous d’une valeur dite
« prix de déclenchement », permettant aux membres du cartel de retro-
uver leur niveau de production antérieure.
Tous les marchés ne sont pas cartélisables. En effet, pour pouvoir imposer un prix
élevé au consommateur, il faut que le produit concerné soit de première nécessi-
té ou de première qualité, sans substitut possible. De même, pour qu’un cartel
demeure efficient, il faudra que l’offre ne soit pas trop dispersée sur la planète.

L’Opep
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est un cartel
constitué de pays dont l’objet est de négocier, avec les sociétés
pétrolières, tout ce qui concerne les prix, les quantités et les droits
de concession. Il a été créé en 1960, à l’initiative de l’Iran et du

R
Venezuela ; cinq pays seulement en sont membres fondateurs
JU
(Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït et Venezuela). D’autres pays les ES
NC

ont rejoints par la suite : le Qatar en 1961, la Lybie en 1962, les


IE
SC

Émirats arabes unis en 1971, l’Algérie en 1969, le Nigéria en 1971


S
DE

et l’Angola en 2007. À ces onze pays vient s’ajouter l’Équateur, qui


ET
UL

fait des allers-retours (entre en 1973, se retire en 1992, puis revient


C
FA

en 2007). Deux autres pays ont le statut d’anciens membres :


:
om
x.c

l’Indonésie et le Gabon.
rvo
la

Aujourd’hui, douze pays sont donc membres de l’Opep et, à travers


ho
.sc

elle, cherchent à réguler la production et le prix du baril de pétrole.


1
uh

Cette organisation fonctionne comme un véritable cartel utilisant la


régulation de la production pour agir sur les prix. Les transactions
se font en dollars, ce qui complique la stratégie, du fait du flotte-
ment des monnaies et de l’instabilité du cours du dollar qui en
découle. C’est pourquoi, si le cours du dollar baisse, on compense-
ra par une augmentation de la production. L’inverse est moins
évident.
Points clefs 43

Avec plus d’un demi-siècle d’existence, l’Opep a connu des jours

approche
Nouvelle
fastes et des jours sombres. La décennie 1973-1983 est la période
faste, où l’Opep impose sa loi. À partir de 1983-1985, elle entre sur
la voie du déclin. Les causes sont multiples : concurrence venue
d’autres pays non membres de l’Opep, comportement de francs-
tireurs de certains de ses membres (Nigéria, Lybie, Équateur) accor-
dant d’importantes remises de prix par rapport au prix officiel, et

1
demande mondiale explosive venue de Chine et d’Inde, face à
laquelle le cartel montre ses limites.

POINTS CLEFS

➤ Le duopole est un oligopole réduit à deux acteurs.


➤ Dans le duopole de Cournot, la variable stratégique est le volume de
production.
➤ Dans le duopole de Bertrand, la variable stratégique est le prix.
➤ L’équilibre de Nash est un équilibre de Cournot.
➤ Le duopole de Stackelberg est un duopole de déséquilibre.
➤ L’oligopole différencié de Sweezy retient comme hypothèse une fonc-
tion de demande non linéaire, mais coudée.
➤ G. J. Stigler fait une analyse critique de la courbe de demande coudée.

R
JU
➤ Le secteur automobile est le type même du secteur oligopolistique. ES
NC
IE

➤ Fusions et acquisitions font partie de la stratégie de l’oligopole.


SC
S
DE

➤ Le cartel est un oligopole qui refuse la pratique concurrentielle.


ET
UL

➤ Les cartels sont théoriquement interdits. L’Opep témoigne du carac-


C
FA

tère tout relatif de cette interdiction.


:
om
x.c
rvo
la
ho
1 .sc
uh
3
CHAPITRE

Les monopoles
OBJECTIFS

➤ Découvrir les monopoles à travers une approche plurielle.


➤ Comprendre et privilégier l’un d’entre eux : le monopole naturel.
PLAN

3.1 Définitions et domaines d’application


3.2 Le monopole naturel : un cas d’école de l’économie industrielle

Définir le monopole est chose à la fois simple et compliquée. Simple, si


l’on se contente d’identifier le monopole à une seule entreprise présente

R
JU
sur un marché, répondant à la demande de l’ensemble des consomma- NC
ES
teurs. Compliquée, si l’on considère fort justement que cette définition
IE
SC

est imparfaite. En effet, la réalité industrielle nous enseigne que l’exis-


S
DE

tence de substitut au produit proposé met fin à ce monopole. De même,


ET

il faudra distinguer le monopole absolu du monopole partiel, le mono-


C UL
FA

pole de production du monopole de distribution, etc. Plus généralement,


:
om

l’approche du monopole se fait à partir d’un double constat : l’absence


x.c
rvo

de concurrence rendue possible par l’existence de barrières à l’entrée, ou


la
ho

l’absence de concurrence due à des raisons naturelles.


.sc
1
uh

Parmi les différents monopoles, l’un d’entre eux, le monopole naturel,


est un cas d’école pour l’économie industrielle, si l’on veut bien se
rappeler que cette dernière privilégie l’analyse des groupes industriels
dans un environnement non concurrentiel. C’est précisément le cas des
monopoles naturels et des problèmes de réglementation qui s’y rappor-
tent, avec des stratégies conséquentes à l’encontre des positions domi-
nantes ou exclusives.
48 Chapitre 3 • Les monopoles

3.1 DÉFINITIONS ET DOMAINES D’APPLICATION


Le mot « monopole » vient du grec monos polein, qui signifie « un
vendeur ». Aussi, au sens strict du terme, le monopole est caractéri-
sé par une situation où un seul offreur répond aux besoins d’une
multitude d’acheteurs. On parle aussi souvent, à cet égard, de posi-
tion dominante ou d’abus de positions dominantes. De plus, si l’on
applique cette définition de façon restrictive, le monopole est
partout : le coiffeur dans son village, l’épicier dans un rayon de
quelques centaines de mètres, etc. Enfin, relevons une chose
commune à toutes les formes de monopole : leur mauvaise réputa-
tion, à l’exception des monopoles naturels.

a) Analyse typologique
Nous reprenons ici la typologie proposée par P. Medan et T. Warin dans
Économie industrielle, une perspective européenne (Dunod, 2000).
Nous distinguerons donc, dans la pratique, le monopole classique,
le monopole naturel et le monopole légal. Le monopole naturel sera
traité plus loin ; rappelons donc seulement sa définition, liée à l’existen-
ce de coûts moyens décroissants, au fur et à mesure de l’augmentation
du volume de production.

Le monopole classique
Sur un marché, lorsqu’une seule entreprise existe, protégée par des

R
coûts d’entrée trop élevés du fait des compétences techniques dont
JU
elle dispose, on est en situation de monopole. Ce monopole est ES
NC
IE

appelé monopole classique.


SC
S
DE

En effet, toute entreprise candidate à l’entrée sur ce marché, en raison de


ET
UL

l’ampleur des investissements nécessaires en recherche et développe-


C
FA

ment pour acquérir la même compétence technique, ne pourra y donner


:
om
x.c

une suite favorable. Dans ces conditions, le prix proposé par cette entre-
rvo
la

prise en situation de monopole sera plus élevé qu’en situation de concur-


ho
.sc

rence, et les quantités offertes plus faibles. On retrouve ici tous les
1
uh

aspects négatifs que l’on attribue, en règle générale, à l’oligopole : prix


défavorable pour le consommateur et utilisation restrictive du moyen de
production (voir efficience économique).

Le monopole légal
Le monopole procède de l’intervention des pouvoirs publics pour
restreindre la concurrence sur un marché donné, afin de répondre à un
3.1 • Définitions et domaines d’application 49

objectif, le plus souvent politique : aménagement du territoire, contrôle

approche
Nouvelle
d’activités stratégiques, etc. La cause première du monopole légal est
liée à la notion de service public, qui conduit à exclure les activités
marchandes de certains secteurs d’activité où l’État pourra, par exemple,
les accompagner de la gratuité (l’éducation, par exemple). On retrouve
ici une idée chère à L. Walras, lorsqu’il parle de monopole moral.
Autre justification de l’intervention publique : celle qui permet aux inno-

1
vateurs de jouir d’un monopole temporaire d’exploitation de leurs inven-
tions, avec la mise en place et la délivrance de brevets afin d’encourager
l’innovation et de permettre à l’innovateur de se rembourser des inves-
tissements en recherche et développement.
Dans les faits, l’intervention des pouvoirs publics va se traduire soit par
la nationalisation, soit par un monopole d’exploitation. Dans le cas de la
nationalisation, ces monopoles sont souvent des monopoles de distribu-
tion et/ou d’utilisation.
Exemples. EDF disposait, à partir de 1945-1946, d’un monopole de
distribution d’électricité sur le territoire français – ce qui vient d’être
remis en cause –, mais n’avait pas pour autant le monopole de la produc-
tion. On pouvait donc produire de l’électricité pour soi-même, ou pour la
revendre à l’EDF. De même, dans le cas de la SNCF, le monopole était
celui de l’utilisation des voies ferrées. Dans ces deux exemples, on retro-
uve un lien entre monopole légal, monopole naturel et industries de
réseaux.
En ce qui concerne les monopoles d’exploitation, ils concernent essen-

R
JU
tiellement le secteur privé, lorsqu’il bénéficie, par exemple, d’une NC
ES
concession d’exploitation pour un temps donné de la part de l’État,
IE
SC

moyennant bien sûr une contrepartie financière.


S
DE
ET

Exemple. En France, la gestion et l’exploitation des autoroutes ont été


C UL

confiées au secteur privé.


FA:
om
x.c

Cette typologie ne prend pas en compte les monopoles locaux, ou


rvo
la
ho

monopoles de niches locales, où les entreprises de taille réduite dispo-


.sc
1

sent, en pratique, d’une situation de monopole du fait de leur position-


uh

nement géographique. Comme on peut le constater, le monopole est


pluriel, comme le sont également les stratégies de prix qui s’y attachent.

b) Des stratégies de prix duales


Nous distinguerons ici le cas général du cas particulier : le monopole
discriminant.
50 Chapitre 3 • Les monopoles

Le cas général
Comme nous le rappelle l’approche microéconomique, le monopoleur a
pour objectif de déterminer le couple prix/quantité qui maximise son
profit. Si l’on distingue le court terme du long terme : à court terme, le
monopoleur sait que la taille de son entreprise ne changera pas et qu’il
n’a pas à craindre l’arrivée de concurrents éventuels sur le marché. Ce
n’est pas le cas si l’on considère le long terme.
➤ La stratégie de prix à court terme
Si la règle d’or de la maximisation du profit, Cm = Rm, vaut pour le
monopole, on ne peut aller au-delà, comme pour la concurrence pure
et parfaite (Rm = Cm = P). En effet, en monopole, la recette margi-
nale est toujours inférieure à cette courbe de demande, de pente néga-
tive, qui est aussi la recette moyenne (voir graphique 3.1)

P
Rm
P0

εp > 1
εp = 1

M
P1 P1

εp < 1

R
JU
ES
D
NC
IE
SC
S
DE

O Q
E

R N
T
C UL
FA

Rm
:
om
x.c
rvo

Graphique 3-1 La stratégie de prix à court terme du monopoleur


la
ho
.sc
1
uh

Le profit maximum est obtenu au point E (graphique 3.2 ci-après).


Pour un prix P* et une quantité Q*, ce prix se situe dans la partie de
la courbe de demande où l’élasticité prix/demande est la plus forte,
supérieure à 1 (graphique 3.1).
Comme on peut le constater, s’il désire maximiser son profit, le
monopoleur est contraint, pour fixer son prix, de tenir compte de la
fonction de demande et de la fonction de coût moyen total. De plus,
3.1 • Définitions et domaines d’application 51

approche
Nouvelle
Rm F
coûts Cm

A
P*
CMT
G

1
E D ≡ RM ≡ P
CMV
C B
V Rm

O Q
Q* Q0
Graphique 3-2 La maximisation du profit à court terme du monopoleur

n’oublions pas que, si le monopoleur est théoriquement libre de fixer


son prix, l’acheteur éventuel est toujours libre, d’acheter (ou non) à
ce prix et de fixer lui-même les quantités achetées.
➤ La stratégie de prix à long terme
À long terme, le monopoleur cherche à adapter la taille de son entre-
prise dans le but d’accroître ses profits, tout en supposant qu’il est
toujours en monopole. Il pourra alors éventuellement jouer sur les
économies d’échelle, afin de proposer un prix plus bas. Cette derniè-

R
JU
re solution a l’avantage, pour lui, de conforter la barrière à l’entrée
ES
que constitue un prix de marché bas.
NC
IE
SC

En conséquence, si le monopoleur a toujours autorité pour fixer le


S
DE

prix du marché (price maker), les décisions qu’il prendra ne seront


ET
UL

pas neutres quant au maintien, à long terme, de sa situation monopo-


C
FA

listique. Il pourra y avoir, à long terme, un conflit d’intérêt entre


:
om

profit maximum et maintien du monopole.


x.c
rvo
la

En monopole, la maximisation du profit passe, comme en concurrence pure, par


ho
.sc

l’égalité Cm = Rm ; en revanche, si le prix vient s’y associer pour un marché de


1
uh

concurrence (P = Cm = Rm), ce n’est pas le cas en monopole.

Un cas particulier : la discrimination des prix


Discriminer un prix, c’est proposer des prix différents pour un
même bien (ou service). Lorsque ce bien est proposé à des qualités
différentes, cela revient à pratiquer la différenciation verticale. Et
cela ne concerne pas une structure de marché particulier. Par
52 Chapitre 3 • Les monopoles

contre, la seule structure qui, par définition, est capable de fixer un


prix et de l’imposer au marché, est le monopole. En concurrence, le
prix est price maker ; en oligopole, le prix est souvent un prix de
compromis entre quelques vendeurs refusant de se faire une guerre
des prix. C’est pourquoi la discrimination est souvent associée au
monopole, car elle suppose qu’on dispose d’un véritable pouvoir de
marché.
On doit à A. C. Pigou une analyse de la discrimination qui perdure et
permet de distinguer trois types de discriminations.
➤ La discrimination du premier degré
On parle aussi de discrimination parfaite, ou totale. Cela revient à
proposer le prix le plus élevé que le consommateur est prêt à payer.
Dans ce cas, on fait disparaître du marché le surplus du consomma-
teur pour le transférer au producteur (cf. analyse microéconomique).
Si elle correspond à une démarche théorique, certaines situations s’en
rapprochent si on l’identifie à la disparition du surplus.
➤ La discrimination du second degré
Elle repose sur le principe d’un prix dépendant des quantités achetées
et de la répartition du marché en différents groupes, auxquels va être
associé un prix unique, mais différent selon le groupe. Souvent prati-
quée dans l’offre de services publics, cette discrimination est beau-
coup plus fréquente que celle du premier degré.

Exemples. La discrimination du second degré est pratiquée dans la tarifi-

R
JU
cation du téléphone, avec une offre au forfait ou une offre au réel (deux NC
ES
groupes ayant un comportement différent). De même, dans la vente de
IE
SC

journaux, un abonnement à deux ans vaut moins cher que deux abonne-
S
DE

ments à un an.
ET
C UL
FA:
om
x.c

Le dilemme de Disneyland
rvo
la
ho

En 1971, W. Oi a proposé une réflexion portant sur la discrimina-


.sc
1
uh

tion, à partir de l’étude du parc d’attraction de Disneyland. Pour


W. Oi, la problématique est de savoir quelle stratégie adopter, à
savoir :
• payer uniquement l’entrée,
• payer uniquement les attractions,
• payer entrée et attractions.
3.1 • Définitions et domaines d’application 53

En faisant payer les attractions, le prix de ces dernières aura pour

approche
Nouvelle
conséquence de faire évoluer l’usage des attractions en fonction du
prix pratiqué. À prix élevé correspond une utilisation modeste, à
prix modeste une utilisation importante. Par contre, en faisant le
choix de ne faire payer que l’entrée, il est plus que probable que les
consommateurs utiliseront toutes les attractions. On peut représen-
ter graphiquement les conséquences de ces différents choix (voir le

1
graphique 3.3). Si l’on fait l’hypothèse que la construction et l’amé-
nagement de ce parc ont un coût et que son utilisation n’en a pas, et
si l’on décide de ne faire payer que l’accès aux attractions, le
propriétaire du site dégage un profit égal à ABCD, pour une quanti-
té consommée QA.

Prix

B Fonction de demande
C des attractions en fonction
de leur prix.

D CM
A T

R
JU
ES
NC
IE
SC
S
DE

O
Q’A QA
E

Q
T
C UL
FA

Graphique 3-3 Le dilemme de Disneyland


:
om
x.c
rvo

Si le propriétaire ne fait payer qu’un droit d’entrée, quel est le prix


la
ho
.sc

maximum qu’il peut demander ? La réponse est celle qui fait dispa-
1
uh

raître la totalité du surplus des consommateurs d’attraction du parc,


ici représenté par le triangle EDF. Le prix d’entrée sera alors égal à
ce surplus, et on se retrouve dans le cas de la discrimination de
premier degré, avec annulation du surplus.
54 Chapitre 3 • Les monopoles

➤ La discrimination du troisième degré


Dans ce cas aussi, on pratique des prix différents selon des groupes,
comme pour la discrimination du deuxième degré. Mais ces groupes
ont d’autres caractéristiques : une demande homogène et une élasti-
cité demande/prix sensiblement égale, différente selon les groupes.
En partant de la relation entre le prix, la recette marginale et l’élasti-
cité demande/prix :
 
1
Rm = P 1 −
εp
On va pouvoir déterminer les prix qui, pour chaque groupe, maximi-
sent le profit, soit :
     
1 1 1
P1 1 − = P2 1 − = . . . = Pn 1 −
ε p1 ε p2 ε pm
où n est égal au nombre de groupes homogènes constitués après
segmentation du marché.
La discrimination du troisième degré est souvent pratiquée à partir de
groupes homogènes constitués par les étudiants, les retraités, etc.,
auxquels se rattachent une élasticité demande/prix homogène.
En conclusion, on rappellera que cette discrimination a pour objet de
développer ses recettes en élargissant son marché, ce qui est rendu
possible par le fait que le monopoleur dispose d’un pouvoir de
marché. La difficulté de discriminer les prix tient aussi au fait que

R
JU
cette discrimination doit se placer dans le cadre légal, ce qui n’est pas
ES
le cas de la discrimination de premier degré.
NC
IE
SC

Enfin, pour qu’elle soit opportune et possible, il faut rappeler deux de


S
DE

ses conditions préalables :


ET
UL

– Le produit ne doit pas pouvoir être acheté sur le marché où le prix


C
FA:

est le plus bas, ni être revendu sur celui où le prix est le plus élevé.
om
x.c

Il faut que les marchés soient cloisonnés, afin d’éviter la cannibali-


rvo
la

sation du marché où le prix est le plus élevé par le marché où le prix


ho
.sc

serait le plus bas.


1
uh

– Les marchés doivent être homogènes et avoir des élasticités


prix/demande bien différenciées.
Ces conditions préalables expliquent pourquoi il est plus facile de
discriminer les services parfaitement individualisables (médecin,
cinéma, par exemple) que les autres services. De même, les secteurs
où le produit dispose d’un monopole de distribution, comme le gaz
et l’électricité hier, seront plus faciles à discriminer que les autres.
3.2 • Le monopole naturel 55

Toutes les pratiques de discrimination sont soumises au critère de la légalité. En

approche
Nouvelle
effet, si celles des deuxième et troisième degrés sont légales, ce n’est pas le cas de
la pratique de discrimination totale, appelée discrimination de premier degré par
A. C. Pigou.

3.2 LE MONOPOLE NATUREL :


UN CAS D’ÉCOLE DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE

1
a) Un concept ancien
Dès le début du XIXe siècle, des économistes s’intéressent à ce concept.
Ainsi, S. Mill en 1846, A. Marshall en 1923, et R. T. Ely en 1937 – pour
citer ceux qui ont le plus fait évoluer le concept – ont successivement
enrichi son approche.
Pour S. Mill, le monopole dans son approche générale peut être la consé-
quence d’une technologie contrôlée, ce qui va se traduire par l’émergen-
ce de grandes entreprises, reposant sur une maîtrise technique. Et S. Mill
d’ajouter que le monopole peut être artificiel ou légal. À titre d’exemple,
il cite la production et la distribution d’eau et d’électricité à Londres, qui
ne peut être confiée à un marché concurrentiel. Le monopole naturel est
alors caractérisé par des rendements d’échelle croissants, ce que va
confirmer A. Marshall.
Dans l’ouvrage de référence Industry and Trade d’A. Marshall, le
monopole naturel est lié aux ressources naturelles et à leurs conditions
d’exploitation, là où n’existe pas d’offre de substitution. C’est le cas des

R
JU
industries de réseaux (réseau ferroviaire, réseau routier, réseau de distri- NC
ES
bution de l’eau, du gaz, de l’électricité, etc.). Aussi, il définit le mono-
IE
SC

pole naturel comme celui où l’on observe des rendements d’échelle


S
DE

croissants, et donc des coûts d’exploitation décroissants. Dès 1927,


ET

A. Marshall défend l’idée que toutes les activités à rendement croissant


C UL
FA

de par l’augmentation de leur taille sont socialement destinées à être des


:
om

monopoles.
x.c
rvo
la

Auteur moins connu, mais dont la contribution à la définition du


ho
.sc

monopole naturel est intéressante, R. T. Ely propose trois monopoles


1
uh

possibles :
➤ ceux qui sont définis à partir des sources d’approvisionnement ;
➤ ceux qui sont la conséquence d’une décision juridique protégeant le
secret de leur technologie (brevets d’instruction) ;
➤ ceux qui ont des savoir-faire liés à leur activité, industries de réseaux
par exemple, services publics et chemins de fer plus précisément.
56 Chapitre 3 • Les monopoles

Dès lors, il définit les monopoles naturels comme étant ceux dont l’acti-
vité ne se prête pas à la pratique concurrentielle, du fait des économies
d’échelle qui s’y rattachent.
Point commun à tous les auteurs, la présence d’économies d’échelle
croissante. Bien que libéral, et donc peu enclin à défendre les monopo-
les, L. Walras va pourtant faire une exception avec les monopoles natu-
rels, qu’il n’est pas souhaitable de combattre, selon lui. Il justifie sa
proposition en développant les deux arguments suivants :
➤ Dans le cas des monopoles naturels, il faut éliminer les effets pervers
qui résulteraient de la mise en concurrence de plusieurs réseaux.
Parmi les effets pervers : l’anarchie des prix plus élevés (rendement
d’échelle croissant oblige).
➤ Éviter la multiplication des frais de premier établissement.

b) L’économie industrielle et le monopole naturel


Si l’on retient de l’économie industrielle la définition la plus simple et la
plus globale, à savoir l’économie de la concurrence imparfaite, on peut
considérer le monopole naturel comme un cas d’école de cette écono-
mie, dont la problématique est contradictoire. En effet, c’est le seul cas
théorique où le monopole, bien que disposant d’un pouvoir de marché,
est préférable pour le consommateur. Bien que souvent caractérisé par
des coûts fixes importants et invariants, comme c’est le cas des industries
de réseau, le monopole naturel (du fait de l’existence de rendement
d’échelle croissant) produira toujours à un coût moyen plus bas – toutes

R
JU
choses égales par ailleurs – que celui obtenu par des entreprises de taille
ES
plus modeste et en concurrence. De même, la fonction d’utilité, dans le
NC
IE

cas du monopole pur, est une fonction croissante du fait qu’elle augmen-
SC
S

te au fur et à mesure que le nombre de bénéficiaires consommateurs


DE
E

augmente. On retrouve donc une des définitions proposées pour ce


T
C UL

monopole pur, à savoir celle d’un monopole préférable à toute structure


FA:
om

concurrentielle alternative.
x.c
rvo

D’autre part, avoir des coûts plus faibles ne met pas pour autant fin à la
la
ho
.sc

position dominante, bien au contraire : cela la conforte, avec les risques


1
uh

qui s’y rattachent. Le premier risque est celui d’un prix de marché,
imposé au marché supérieur à celui de la structure concurrentielle. En
effet, le monopoleur est toujours dans la situation où il peut choisir le
prix. Ceci est d’autant plus regrettable que, si tous les monopoles natu-
rels ne sont pas des industries de réseau, toutes les industries de réseau
sont des monopoles naturels.
3.2 • Le monopole naturel 57

Exemples. La production et la distribution d’eau, d’électricité, et l’utili-

approche
Nouvelle
sation du chemin de fer sont des monopoles naturels et des domaines où
l’utilité collective est indiscutable, voire prioritaire. Aussi, la pratique de
prix élevés, qui n’est pas empêchée dans les monopoles naturels, pénalise
le consommateur pour lequel les services proposés sont vitaux pour la vie
quotidienne.

1
Enfin, le monopole naturel peut conduire à l’inefficience dans l’alloca-
tion des ressources, si le monopoleur décide de réduire l’offre. C’est le
cas, par exemple, dans l’exploitation des voies ferrées, avec la priorité
donnée aux trains à grande vitesse et le démantèlement programmé et
régulier des réseaux secondaires. C’est pour combattre ces effets pervers
que l’on a proposé de remettre en cause les monopoles naturels privés en
les nationalisant, et de réglementer ceux qui privés ou publics risque-
raient d’utiliser, à leur profit exclusif, les positions dominantes.
Affirmer que tous les monopoles sont contraires à l’intérêt du consommateur est
une erreur, car tel n’est pas le cas du monopole naturel : il peut s’avérer très favo-
rable au consommateur.

c) Réglementation et remise en cause des monopoles


naturels
Nous distinguerons ce qui est du domaine théorique et du domaine régle-
mentaire, tout en rappelant qu’un monopole naturel peut être privé ou
public.

R
JU
Tarification au coût moyen et tarification au coût marginal NC
IE
ES

La théorie de la régulation par les prix distingue la tarification au coût


SC

moyen et la tarification au coût marginal.


S
DE
ET
UL

La tarification au coût moyen concerne tous les monopoles natu-


C
FA

rels, privés ou publics.


:
om
x.c

La tarification au coût marginal est le privilège des monopoles


rvo
la

publics.
ho
.sc
1
uh

➤ La tarification au coût moyen


Comme le montre le graphique 3.4 (voir page suivante), la tarifica-
tion au coût moyen est une solution intermédiaire non optimale, car
la perte sociale n’est pas annulée totalement (surface ABC).
La fonction de demande est dans la zone des économies d’échelle.
Si le monopoleur choisit le prix concurrentiel on a : P0 Q0
58 Chapitre 3 • Les monopoles

P
Rm
coûts

P0

Cm LT
PM A
CM LT

PC C
E B D
Rm

O Q0 QM QC

Graphique 3-4 La tarification au coût moyen en monopole naturel

Au coût moyen, on aura : Pm et Qm


On produit plus et moins cher.
➤ La tarification au coût marginal
Elle n’est retenue que dans le cas des monopoles publics, où l’objec-
tif n’est pas le profit maximum mais l’optimum sociétal.

R
JU
On va donc utiliser la règle simple P = Cm et comparer cette situa- ES
NC

tion à celle de la tarification au Cm et à celle du monopole pur


IE
SC

(graphique 3.5)
S
DE
E

La tarification au coût marginal procure un surplus EPC qui est


T
C UL

maximum. On fait donc disparaître la perte sociale, mais cela a un


FA:
om

prix à payer : l’apparition d’un déficit mesuré par ABCPc. Il convient


x.c

donc de le combler. Pour cela, la logique est, dans le cadre d’un


rvo
la
ho

monopole public, de subventionner cette entreprise publique à


.sc
1

hauteur du déficit constaté. Il faudra donc recourir au prélèvement


uh

fiscal correspondant. Cette solution, à supposer qu’elle soit légale et


acceptée par la commission européenne de la concurrence et des prix,
n’est pas sans inconvénient. Outre le fait que toute levée nouvelle
d’impôt peut entraîner des distorsions, on soulignera que les prélève-
ments fiscaux peuvent concerner des agents qui n’utilisent pas le bien
ou le service offert. C’est pourquoi certains préconisent de pratiquer
la discrimination du prix, au deuxième degré. Pour cela, on va consi-
3.2 • Le monopole naturel 59

approche
Nouvelle
Rm
coûts E

1
P H

F B
A
C CMLT
PC
Rm G D
Cm LT
O Q0 Q QM QC Q

Graphique 3-5 La tarification au coût marginal

dérer deux groupes de clients. Le premier paie un prix élevé P*, ce


groupe consomme OQ* ; le second groupe se voit proposer le prix Pc
pour lequel l’entreprise connaît une perte d’exploitation. À ce prix,
on va consommer Q*Q0. Cette pratique est connue sous le nom de
« règle Ramsey-Boiteux », du nom des deux économistes qui l’ont
appliquée dans le cadre de la tarification des prix de l’électricité à

R
JU
EDF. Comme on peut le constater, une telle pratique revient à accep- NC
ES
ter une perte d’exploitation FBCG, pour un prix Pc qui sera plus que
IE
SC

compensé par le gain d’exploitation (P*HFA), conséquence du prix


S
DE

élevé pratiqué (P*).


ET
UL

Pour combattre les effets pervers d’une situation monopolistique, on aura recours
C
FA

à la tarification au coût marginal et/ou au coût moyen, ne laissant plus le mono-


:
om
x.c

poleur libre de fixer son prix.La tarification au coût moyen est réservée aux mono-
rvo

poles naturels ; la tarification au coût marginal est le privilège des monopoles


la
ho

publics.
.sc
1
uh

La réponse réglementaire
Les réponses apportées par l’économie industrielle dans le domaine
réglementaire procèdent d’une démarche positive visant à maintenir, ou
à recréer, les conditions garantissant l’efficacité des monopoles naturels.
On distinguera, à cet effet, celles qui concernent le secteur public
(concessions de services publics) et celles qui s’adressent aux monopo-
60 Chapitre 3 • Les monopoles

les naturels privés (pratiques du price cap, du rate of return et de la


nationalisation).
➤ La concession de service public
La concession de service public (ou mise en règle) revient à vendre
pour une durée déterminée un droit de monopole par l’État à une
entreprise privée. Cette vente répond à des critères très précis :
enchère concurrentielle, attribution du marché au meilleur prix, à
partir d’un cahier des charges très précises. Il s’agit de faire appliquer
les méthodes de gestion du privé à l’activité concédée.
Exemple. Citons la gestion des autoroutes confiée, pour un temps, à des
opérateurs privés : à charge pour ces derniers d’en assurer l’entretien, les
investissements nécessaires, etc. En contrepartie, ces opérateurs reçoivent
les recettes consécutives aux droits de péage. Si l’État est sans doute
gagnant, ce n’est pas toujours le cas du consommateur. L’expression
montre en effet que les prix pratiqués par l’opérateur privé sont souvent
supérieurs à ceux avant concession.
➤ Le prix cap
Il s’agit d’une forme de régulation d’origine anglo-saxonne qui
remonte aux années 1980, où le législateur impose un prix plafond,
laissant l’entreprise libre de pratiquer des prix inférieurs. Ce prix
plafond, renégocié périodiquement, permet de protéger le consom-
mateur d’une hausse inconsidérée des prix, ce qui est toujours possi-
ble dans le cas d’un monopole privé.

R
JU
L’avantage de cette pratique est dans l’incitation à réduire les coûts
ES
de production. L’inconvénient est dans le risque que cette réduction
NC
IE

entraîne une diminution de la qualité du produit ou du service offerts.


SC
S
DE

Dans le cas d’un syndicat d’eau confié à un opérateur privé, cette


ET
UL

pratique du price cap est chose courante.


C
FA:

➤ Le ROR (rate of return)


om
x.c
rvo

Il s’agit d’une expression anglaise mettant en évidence un taux de


la
ho

rendement ou un taux de retour sur investissement. Le principe est


.sc
1
uh

simple : autoriser un taux de profit calculé à partir des dépenses réali-


sées par l’entreprise auxquelles on ajoute une marge bénéficiaire.
➤ La nationalisation
Les monopoles, naturels ou non, ont mauvaise presse. Aussi, pour
beaucoup, l’État actionnaire sera toujours mieux à même de gérer et
de contrôler un monopole. Dans ce cas, la vente de monopole revient
à la collectivité. Cette idée n’est pas nouvelle, M. Allais, seul prix
Points clefs 61

Nobel d’économie français, la proposait déjà en 1945 pour les mono-

approche
Nouvelle
poles naturels à rendement d’échelle croissant. Il précisait même que,
dans ce cas, la tarification devait se faire au coût marginal. On sait
que cette dernière risque de générer des déficits importants, qu’il
conviendra alors de combler par des subventions. Pour autant, la
nationalisation a un coût – sauf dans le cas des nationalisations sanc-
tions, qu’il ne faut pas oublier. Et il faudra aussi veiller à ce qu’elle

1
aille de pair avec la recherche de gains de productivité.
Parler de monopole, en économie industrielle, apparaît trop restrictif ; mieux vaut
parler des monopoles, même si tous ont un point commun : le pouvoir de marché
dont ils disposent. C’est aussi à partir de ce pouvoir de marché que chacun d’en-
tre eux va définir sa propre stratégie.

POINTS CLEFS

➤ Le monopole est pluriel : monopole légal, monopole naturel, mono-


pole discriminant, monopole géographique, etc.
➤ Le monopole naturel est défini par l’existence de rendement d’échel-
le croissant, et donc de coût moyen décroissant au fur et à mesure
qu’on augmente le volume de production.
➤ Le monopole légal est dû à l’intervention des pouvoirs publics, restrei-
gnant la concurrence sur un marché.

R
➤ Le monopoleur dispose d’un pouvoir de marché (price maker).
JU
ES
➤ Le monopole classique se définit comme une situation où existe une
NC
IE
SC

seule entreprise sur le marché.


S
DE

➤ La règle d’or de la maximisation du profit, en monopole, est l’égalité


ET
UL

Cm = Rm.
C
FA:

➤ La discrimination de premier degré est une discrimination totale,


om
x.c

entraînant la disparition du surplus du consommateur.


rvo
la
ho

➤ Les discriminations des second et troisième degrés sont des discrimi-


.sc
1
uh

nations légales.
➤ Dans la discrimination de troisième degré, on utilise la formule :
 
1
Rm = P 1 −
εp
➤ Le monopole naturel est un concept ancien que l’on trouve chez
S. Mill et A. Marshall.

Vous aimerez peut-être aussi