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Carnet de santé et VIH au Cameroun

Ce document décrit comment le carnet de santé des femmes enceintes au Cameroun, qui devrait faciliter la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant, contribue paradoxalement à faire réémerger ce risque. Il présente le contexte des efforts internationaux et camerounais pour éliminer cette transmission.

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Carnet de santé et VIH au Cameroun

Ce document décrit comment le carnet de santé des femmes enceintes au Cameroun, qui devrait faciliter la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant, contribue paradoxalement à faire réémerger ce risque. Il présente le contexte des efforts internationaux et camerounais pour éliminer cette transmission.

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LE CARNET DE SANTÉ DES FEMMES ENCEINTES AU CAMEROUN : UN

OUTIL DE PRÉVENTION DU SIDA ?

Josiane Tantchou, Annick Tijou-Traoré

Presses Universitaires de France | « Ethnologie française »

2015/1 Vol. 45 | pages 87 à 94


ISSN 0046-2616
ISBN 9782130634942
DOI 10.3917/ethn.151.0087
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2015-1-page-87.htm
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12 novembre 2014 12:40 PM – Revue Ethnologie française n° 01/2015 – Collectif – Revue Ethnologie française – 210 x 270 – page 87 / 192

Le carnet de santé des femmes enceintes


au Cameroun :
un outil de prévention du sida ?
Josiane Tantchou
Les Afriques dans le monde (lam)
Annick Tijou‑Traoré
Les Afriques dans le monde (lam)

RÉSUMÉ
L’élimination de la Transmission du vih de la Mère à l’Enfant (etme) est l’un des enjeux définis au niveau international pour les
pays à faibles ressources. Au Cameroun, un protocole théorique définit la trajectoire de toute femme enceinte au sein de l’offre
publique de soins avant et après le dépistage pour le vih. Dans la pratique professionnelle, ce protocole se décline en inscriptions
sur différents types de supports, dont le carnet de santé. Notre article montre que ce carnet, qui devrait faciliter la maîtrise du
risque de transmission du vih de la mère à l’enfant, contribue paradoxalement à le faire réémerger.
Mots‑clés : vih. Accouchement. Carnet de santé. Risque. Cameroun.
Josiane Tantchou Annick Tijou‑Traoré
Les Afriques dans le monde (umr‑5115) Les Afriques dans le Monde (umr‑5115)
Institut d’Études Politiques (iep) de Bordeaux Institut d’Études Politiques (iep) de Bordeaux
11, allée Ausone ‑ Domaine universitaire 11, allée Ausone ‑ Domaine universitaire
33607 Pessac Cedex 33607 Pessac Cedex
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Un des enjeux définis au niveau international en [Kober and Van Damme 2004 ; Stinson, et al., 2010 ;
matière de lutte contre le vih/sida est l’élimination de Ouattara, et al., 2011].
la Transmission du vih de la Mère à l’Enfant (etme). Au Cameroun, un programme pilote de prévention
Un plan mondial a été lancé en juillet 2011. Vingt‑deux de la transmission du vih de la mère à l’enfant a été
pays qualifiés de prioritaires ont été choisis, dont le lancé en 2000. Trois ans plus tard, il était élargi à la
Cameroun. L’objectif général de ce plan est de réduire quasi‑totalité des hôpitaux et centres de santé [Kojoué
le nombre de nouvelles infections du vih chez les enfants Kamga, 2014]. En 2009, la prévalence du vih chez les
de 90 % et le nombre de décès maternels et infantiles femmes enceintes était estimée à 7,6 %, un des taux
liés au vih de 50 % [unaids, 2011]. Avec l’expansion les plus élevés de l’Afrique centrale ; seulement 19 %
de la couverture en antirétroviraux (arv)1, le nombre des femmes enceintes séropositives et 17 % des nou-
d’enfants nouvellement infectés a baissé de 2009 à 2012 veau‑nés exposés au vih recevaient une prophylaxie
dans la plupart des pays prioritaires [unaids, 2013]. Tou- antirétrovirale [pepfar, 2011]2.
tefois, les résultats restent insatisfaisants [Msellati, 2009].
Plusieurs facteurs sont invoqués pour l’expliquer : les
capacités des systèmes de santé à s’approprier et à mettre
en œuvre les directives changeantes, la peur de la stigma-
Le
■■ carnet de santé un outil de liaison
tisation, les tensions soignants‑soignés, la sous‑utilisation pour la prévention
des services de consultations prénatales, les coûts relatifs
au suivi des femmes séropositives et enceintes, l’insuffi- Un protocole basé sur les recommandations de l’oms
sance des ressources humaines, les difficultés d’approvi- définit les étapes clés du processus de prévention de la
sionnements en intrants (tests de dépistage, réactifs de transmission du vih de la mère à l’enfant (ptme). Il se
laboratoire, antirétroviraux) et l’absence d’une adapta- décline sous la forme de supports permettant de docu-
tion des politiques internationales aux contextes locaux menter des éléments de la vie biologique des femmes

Ethnologie française, XLV, 2015, 1, p. 87-94


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88 Josiane Tantchou, Annick Tijou‑Traoré

enceintes séropositives pour évaluer et maîtriser les


risques. Le registre de ptme, la fiche mensuelle de suivi
de la ptme, et le carnet de santé, que possède toute
femme enceinte, en sont des illustrations concrètes.
Parmi toutes ces formes d’inscriptions [Latour et
Woolgar, 1996], qui ne se réduisent pas à de l’infor-
mation mais sont des entités matérielles contraignantes
à produire et à utiliser, nous avons retenu le carnet de
santé pour notre analyse.
En effet, le registre de ptme et la fiche mensuelle
de suivi de la ptme sont des supports statiques. Ils
documentent une population de femmes pour éva-
luer notamment les performances des services de santé
maternelle et suivre les progrès en matière de morta-
lité maternelle. Ils sont mis à jour par les soignants à
l’intention d’autres soignants ou des responsables des
programmes et services de santé. Le carnet de santé
est quant à lui un objet intime qui trace des éléments
précis de la vie biologique d’une femme. Il est aussi
personnel : la femme enceinte l’achète et le garde sur
elle ou à son domicile. Toutefois, sa mise à jour est
exclusivement l’œuvre des soignants et elle est destinée
aux acteurs qui la suivront dans sa trajectoire au sein
du programme ptme. Il s’agit donc d’un objet mobile,
liant les acteurs les uns aux autres autour d’un seul
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objectif : la maîtrise des dangers liés à la grossesse et
à l’accouchement. De fait, le carnet est susceptible de
cristalliser deux types de risques : un premier, d’ordre
médical, qui définit en partie sa fonction, et un second,
d’ordre social, qui révèle la séropositivité de la femme. Le carnet de santé : page de couverture.
Ces caractéristiques invitent à retenir le carnet de santé
pour interroger la gestion de transmission du vih de
la mère à l’enfant en comparant ses usages par les soi-
gnants et par les femmes. Le fait qu’il soit conservé par rares travaux qui se sont spécifiquement penchés sur
les femmes permet en effet de penser qu’elles peuvent le carnet de santé relèvent de la santé publique et sou-
exercer un pouvoir sur les informations qu’il contient lèvent les enjeux liés à son contenu [Koffi et al., 2000 ;
et ainsi contribuer ou non à évaluer et prévenir la Suesser et al., 2001 ; Chalumeau et al., 2003]. D’autres
transmission du vih à leur enfant. Comment s’arti- travaux d’historiens, invitent à appréhender les liens
culent les usages du carnet de santé et de son script par entre le carnet de santé et les représentations de la santé
les unes et les autres ? La nature du danger et sa mesure publique [Rollet, 2002].
renvoient‑elles toujours aux mêmes réalités pour les Nous voulons penser le carnet de santé en tant
acteurs ? Tel est l’objet de cet article. qu’objet intermédiaire, lieu d’une confluence d’images
Le carnet de santé constitue rarement un objet et de traductions du réel [Vinck, 1999 ; Vinck, 2009.],
d’analyse en soi. Marie‑France N’Guyen‑Vaillant qui et son contenu comme un scénario ou un script3 sans
a pensé les usages du carnet de surveillance du diabète cesse reconfiguré qui définit un espace, des rôles et
figure certainement parmi les pionniers [Nguyen‑Vail- des règles d’interactions entre les différents acteurs
lant, 2010]. Des études autour de la maternité en (humains et non humains) [Akrich, 1990 ; Mondada et
documentent certains aspects problématiques : son al., 2007]. Au cœur de la démarche des acteurs, figure
absence, ses imprécisions ou la stigmatisation qui lui la gestion de l’ensemble des risques liés à la grossesse,
est liée [Jaffré et al., 2009 ; Ouattara et al., 2011]. Les dont la transmission du vih de la mère à l’enfant.

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Le carnet de santé des femmes enceintes au Cameroun 89

Fondamentalement différent des autres risques qui femmes enceintes séropositives. Elle fait partie de
ne découlent pas de décisions humaines, comme les l’équipe assurant les consultations prénatales mais n’in-
catastrophes naturelles, le risque lié à la transmission du tervient pas dans la salle d’accouchement. Le « point
vih d’une mère à son enfant revêt une spécificité ayant focal ptme » lui transmettra un « bulletin d’examen »
des conséquences sur le statut du carnet de santé et pour le calcul des lymphocytes T4 (cd4)5. À partir des
donc sur le scénario. Contrairement aux autres modes résultats de cet examen, la femme enceinte sera mise
de transmission du vih, ce danger spécifique pour la ou pas sous traitement. La date du début du traite-
santé de l’enfant renvoie à trois moments de contami- ment devra être notifiée dans le carnet. On note donc
nation possible : la grossesse, l’accouchement et l’allai- que le calcul des lymphocytes T4 est déterminant pour
tement – l’accouchement étant un des moments les la suite de la prise en charge. Pour autant, le résultat
plus empreints de risque. Sauf circonstances particu- n’est pas systématiquement porté sur le carnet, souvent
lières, la transmission du vih à un enfant est donc dif- parce que, pour différentes raisons (coût, équipement
ficilement associable à une temporalité précise dans la en panne, rupture des stocks de réactifs), l’examen n’a
trajectoire d’une femme. Le carnet de santé doit per- pas encore été réalisé. Le suivi de la grossesse d’une
mettre de relier les femmes enceintes séropositives et femme séropositive se poursuivra ensuite comme
les soignants autour du protocole de la ptme pour faci- celui de n’importe quelle autre femme enceinte. Lors
liter la prévention de la transmission du vih à l’enfant de l’ultime consultation prénatale, il leur est rappelé de
pendant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement. ne pas oublier d’apporter du linge, de l’eau de javel, le
Or, comme nous le montrerons, il peut paradoxale- carnet de santé et, pour les femmes séropositives, un
ment contribuer à faire réémerger ce risque ou à créer désinfectant. Le carnet présenté en salle d’accouche-
des situations de vulnérabilité4. ment comporte donc un « script » (des inscriptions)
qui doit orienter les conduites à tenir pour maîtriser la
transmission du vih lors de l’accouchement. Si aucune
mention du test ne figure dans le carnet, le test sera
Un
■■ script pour l’action théoriquement proposé.
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Lorsqu’une femme se présente pour accoucher, lui
Selon le protocole théorique, l’évaluation et la maî- demander son carnet et le consulter sont théorique-
trise du risque de transmission du VIH d’une femme ment les premiers gestes que doivent faire les soignants.
enceinte à son enfant débutent par la proposition d’un Pour eux, cet objet est indissociable de la prise en
test de dépistage du vih lors d’une consultation préna- charge : sans carnet de santé, une femme ne peut être
tale. On doit en même temps informer la patiente sur reçue, le soignant ne peut travailler. Ils le considèrent
les risques pour sa propre santé et celle de son enfant, comme un outil de communication essentiel qui par-
ainsi que sur les moyens de les maîtriser. Lorsque le ticipe à la construction de la représentation qu’ils vont
résultat du test s’avère positif, l’annonce doit être pré- se faire d’une femme enceinte. Ouvrir le carnet de
cédée d’un « conseil » visant à l’aider à accepter sa santé permet en premier lieu de savoir si elle a bien
sérologie. Dans les faits, ce « conseil » est expéditif et le fait ses consultations prénatales et si elle a réalisé un
résultat parfois annoncé implacablement (« c’est posi- test de dépistage du vih. L’inscription de ce résultat
tif », « tu as le sida » ou « tu es séropositive »), ce qui est « codée ». Lorsque les consultations prénatales ont
fragilise ce premier moment au cours duquel le soi- été effectuées à la maternité de l’hôpital, l’inscription
gnant prévient la femme enceinte de l’existence d’une « ptme + » doit alerter les professionnels sur l’existence
menace pour la santé de son enfant. Une sérologie d’un risque pour l’enfant et pour eux‑mêmes. Elle doit
positive est systématiquement inscrite dans le carnet de ensuite amener les soignants à chercher à savoir si la
santé. Cette inscription est destinée à alerter les profes- femme est sous traitement antirétroviral ou à connaître
sionnels de la salle d’accouchement afin de les amener la date à partir de laquelle elle a commencé à prendre
à adopter des conduites appropriées. un traitement prophylactique pendant la grossesse.
La femme est ensuite envoyée vers la sage‑femme Le personnel soignant détermine alors s’il est néces-
spécifiquement chargée de suivre les femmes enceintes saire de lui administrer la prophylaxie antirétrovirale
séropositives dans le cadre de la ptme. Cette dernière, durant le travail. Outre le fait de pouvoir s’informer
appelée « point focal ptme » est la seule soignante à sur les consultations prénatales et le dépistage du vih,
être régulièrement formée sur la prise en charge des prendre connaissance du script permet de savoir si les

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indicateurs d’autres risques spécifiques à l’accouche- parfois au cours de sa trajectoire dans le service. De
ment sont mentionnés. Ces derniers se traduisent par plus, le déplacer à chaque stade de la prise en charge
des indications sur la tension artérielle, le poids, la taille (de l’accueil vers la salle de travail puis la salle d’accou-
et signalent les examens de laboratoire et les vaccina- chement) n’indique pas nécessairement l’intention de
tions. Après toutes ces vérifications, un examen cli- prendre les inscriptions en compte dans la pratique.
nique est effectué et le script mis à jour. Il devient alors un objet privé de sa dimension infor-
Théoriquement, pendant le travail, les soignants mative, suivant mécaniquement la femme ou les soi-
espaceront les touchers vaginaux et éviteront toute gnants. En outre, les indicateurs de risque ne sont
rupture artificielle des membranes. Au moment de pas systématiquement inscrits ou le sont a posteriori,
l’accouchement, ils porteront un tablier, des bottes en de mémoire, ou encore mentionnés sur un « bout de
caoutchouc, une double paire de gants et des lunettes papier », subterfuge pour contourner la mise à jour du
pour assurer leur propre protection. Enfin, à la nais- script. Une soignante déclare : « Parfois on note juste
sance, le bébé sera nettoyé avec un antiseptique et une sur une feuille de papier. S’il faut encore aller noter
première dose d’un antirétroviral sous forme de sirop dans les carnets, c’est trop compliqué ».
lui sera administrée. Un autre flacon de ce sirop sera Rappelons que le carnet de santé est un support d’ins-
donné à la mère ; il devra être administré quotidien- criptions parmi d’autres. Aussi, les liens qui s’établissent
nement jusqu’à une semaine après le sevrage, si l’en- entre les soignants et lui s’inscrivent dans un faisceau de
fant est allaité. Après six heures d’observation et en tâches où la place accordée à l’écriture est vécue comme
l’absence de complications, la mère quittera l’hôpital ; particulièrement contraignante : « Il faut beaucoup rem-
son carnet de santé, chargé d’inscriptions de différents plir […]. Ça t’énerve beaucoup parce que tu as beaucoup
types, lui sera alors rendu. de registres à remplir », déclare un infirmier‑accoucheur.
Les soignants accordent au script une fonction Il faut préciser que, de manière générale, le carnet de
essentielle en termes d’évaluation et de maîtrise de la santé (sa conception, son usage) est peu régi par les ins-
transmission du vih de la mère à l’enfant. Or, on relève tances internationales et nationales. Si son utilisation est
dans les pratiques des discontinuités liées aux habitudes généralisée dans les structures de santé, son format n’est
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et aux conditions de travail, qui font réémerger ce pas standardisé. Le ministère de la Santé publique en
risque, ou créent des situations de vulnérabilité peu propose un modèle dont le format (page de couverture
propices à sa prévention. renseignant partiellement l’identité du titulaire et feuilles
blanches vierges à l’intérieur) est perçu comme peu utile.
Pour cette raison, des soignants vendent aux femmes
arrivant en consultation prénatale sans carnet de santé
Le
■■ script à l’épreuve des conditions des « carnets maison », dans lesquels les indicateurs de
et habitudes de travail risque à documenter sont prédéfinis.
En raison de ces rapports au script, lors de leur der-
L’affluence et les situations d’urgence sont fré- nière consultation prénatale, il est suggéré aux femmes
quentes à la maternité, ce qui a un impact sur la ges- d’alerter elles‑mêmes le personnel en salle d’accouche-
tion du carnet de santé qui se trouve moins investi et ment sur leur séropositivité, d’indiquer le cas échéant
perd sa fonction de support pour l’action. Dans ces cas qu’elles ont pris un traitement préventif et n’ont donc
(mais pas uniquement), les indices qu’il contient pour pas besoin de traitement supplémentaire durant le tra-
évaluer et identifier le risque de transmission du vih vail. Cette dernière information n’est ni mentionnée
n’informent pas les actions ; la transmission du vih de dans le carnet ni transmise oralement aux collègues :
la mère à l’enfant ou au soignant est donc possible. « Elles vont savoir », dira une soignante, dévoilant là
Nos observations montrent que, entre l’accueil de une attitude contradictoire par rapport au script. On
la femme enceinte jusqu’à la naissance de l’enfant, les peut effectivement le « savoir » en analysant le script,
carnets de santé ne sont pas systématiquement consul- mais seulement si « tout ce qui est fait, donné, est effec-
tés. Le fait de le réclamer ne témoigne pas nécessai- tivement noté sur le carnet » ainsi que nous le faisait
rement d’une volonté de contrôler son contenu mais remarquer un infirmier, si le script est intelligible et si
traduirait plutôt, de la part du soignant, le besoin de on le consulte ; ce qui n’est pas toujours le cas.
se rassurer quant à l’existence du script qui sera éven- Prenons l’exemple de la mention de la séropositi-
tuellement mis à jour. D’ailleurs, ce carnet se perd vité de la femme dans le carnet de santé, laquelle doit

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Le carnet de santé des femmes enceintes au Cameroun 91

alerter les soignants. Elle s’avère parfois probléma- l’enfant à la naissance. À la lecture de cette inscription,
tique dans leur routine professionnelle. Si l’inscription la sage‑femme en charge de la ptme comprend que
« ptme+ » est présentée comme un « code » inconnu la patiente est séropositive, considère qu’elle est déjà
du public et justifiée par le souci de respecter la confi- informée de son statut sérologique et qu’elle vient
dentialité de la sérologie, d’autres « codes » peuvent chercher la boîte de sirop qui doit être administré à
alerter les soignants et induire les mêmes conduites : son enfant. La patiente est appelée dans le bureau de
pvvs, pour désigner une séropositivité connue avant cette sage‑femme, point focal ptme, elle entre et s’as-
la grossesse, le signe Alpha associé à un signe +, ou soit. Au cours de l’entretien très tendu, celle‑ci finit
encore lav + (dénomination antérieure à vih). Mais il par comprendre que la jeune mère ignore qu’elle est
arrive que figurent dans le carnet des inscriptions diffi- séropositive. Très agacée, elle lui annonce brutalement
cilement décodables, lesquelles plutôt que d’alerter les qu’elle a le vih tout en s’entêtant à l’interroger sur ce
soignants les plongent dans le doute quant à l’existence qu’elle sait du sirop qui a déjà été donné à son enfant.
d’un risque de transmission du vih et la conduite à Clarisse désemparée, ne comprend pas le sens des
tenir. Les mentions « ptme faite » ou « résultat rendu » questions. Elle finit par dire : « je me suis évanouie,
en sont des illustrations. En outre, certaines femmes je ne sais pas moi […] ce n’est pas de ma faute ». On
se présentent pour accoucher avec de nouveaux car- finit par comprendre que le personnel de la salle d’ac-
nets de santé ou sans carnet. Ce qui entraîne systéma- couchement a informé la mère de Clarisse, laquelle
tiquement une suspicion de séropositivité, les soignants craignant de voir l’état de santé de sa fille hypertendue
interprétant l’absence de traces comme une volonté de s’aggraver, n’a pas souhaité que celle‑ci soit au courant
dissimuler son statut sérologique. Dans ces deux cas, des résultats du test de dépistage. Clarisse repartira sans
une proposition de dépistage du vih devrait alors théo- avoir reçu d’autres informations.
riquement être faite en salle d’accouchement ; or les Le script est ici pensé par des soignants comme un
habitudes de travail ne le permettent pas toujours. moyen suffisant pour communiquer entre collègues sur
En dépit des pratiques professionnelles autour du la prévention de la transmission du vih à l’enfant : on
carnet de santé (pas toujours consulté ni mis à jour, suppose que l’autre sait, et on prédit qu’il adoptera la
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les indices pas toujours pris en compte) et des inter- conduite appropriée. Ces usages du carnet favorisent
rogations qu’il peut susciter, les soignants tendent à le la réémergence du risque de transmission du vih à
considérer comme un moyen de communication suf- l’enfant. La confiance ressentie dès que l’on a rendu
fisant en soi, contribuant à créer des situations de vul- un script, que ce soit dans le cadre d’une collabora-
nérabilité qui ne sont pas propices à la prévention de tion professionnelle comme ici, ou de la femme au
la santé de l’enfant comme l’illustre l’exemple ci‑après. soignant, a des répercussions sur la représentation du
risque. Le résultat peut, comme le montre l’expérience
de Clarisse, être difficile à vivre pour la femme séro-
Clarisse
■■ : un carnet ‑ sujet positive, mais également pour le soignant réfugié dans
une attitude agressive qui expliquerait que l’échange
pour les soignants ? ait été particulièrement tendu. Ces représentations
du carnet ainsi que les usages et les relations qui se
Clarisse, 20 ans, vient pour accoucher. Le personnel construisent autour révèlent aussi de la part des soi-
de la salle d’accouchement lui a fait un test de dépis- gnants un processus de hiérarchisation des risques que
tage du vih à son insu. Le test était positif et elle n’en a nous allons maintenant aborder.
pas été informée. Après l’accouchement, alors qu’elle
se repose en salle de travail, une soignante va trans-
mettre son carnet à la sage‑femme chargée de suivre
les femmes enceintes séropositives dans le cadre de la Script
■■ et hiérarchisation des risques
ptme (point focal ptme) en lui disant : « Une femme
va venir te voir ». Le lendemain, elle est orientée vers Dans la pratique, le protocole de la ptme est en effet sup-
cette soignante : « On a déposé ton carnet là‑bas », lui planté par la prévention d’autres risques liés à la grossesse
dit‑on. Dans son carnet de santé il est entre autres ins- et à l’accouchement (hémorragie, infection, éclampsie,
crit : « 28/02/2013 : névirapine 15 mg », faisant réfé- avortement, accouchement dystocique, etc.), facteurs
rence au sirop antirétroviral qui doit être administré à de mortalité maternelle. Nous pourrions l’expliquer par

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92 Josiane Tantchou, Annick Tijou‑Traoré

une conjoncture internationale où, depuis des décen- explique qu’elle avait « plein de questions » à poser au
nies, la réduction de la mortalité materno‑infantile est professionnel concernant le sirop. Elle dit ne pas l’avoir
un enjeu majeur, remis à l’ordre du jour par les objectifs fait en raison de la présence de son amie et de la crainte
du Millénaire pour le développement (omd)6. La sépa- que cette dernière n’apprenne ainsi sa séropositivité.
ration de ces deux types de risques peut aussi s’expliquer Toutefois, elle est parvenue à interroger le soignant sur
par leur incidence directe en termes de mortalité ; ne la raison pour laquelle il n’avait pas utilisé de désinfec-
pas prendre en compte une hypertension ou les signes tant, produit peut‑être moins équivoque. Celui‑ci lui a
d’une hémorragie peut avoir des conséquences fatales répondu qu’elle n’était pas concernée. Mariam recon-
immédiates, ce qui n’est pas le cas du vih. Par ailleurs, naît que le fait d’avoir transmis son carnet de santé à
alors que la gestion des autres formes de risque est per- l’infirmier a contribué à la rassurer : « comme il a vu le
çue comme faisant partie des fonctions des soignants carnet, il le sait comment on va faire […] comme il n’a
exerçant à la maternité, la prévention de la transmission pas parlé, j’ai dit que peut‑être [l’enfant] n’a pas encore
du VIH est pensée comme un « programme » à part. l’âge, peut‑être il va prendre ça après ».
Nous entendons souvent dire « qui dit programme dit Un mois après l’accouchement, elle se rend dans le
motivation financière ». Or, les soignants ne sont pas centre de santé où elle a accouché, pour soulager son
« motivés » pour les activités menées dans le cadre de fils d’un problème gastrique. Elle en profite pour inter-
la ptme. La désignation d’un « point focal ptme » – qui, roger la soignante et apprend que son enfant aurait dû
rappelons‑le, est le seul soignant régulièrement formé recevoir une première dose de sirop à la naissance puis
à la ptme – ainsi que le manque d’intérêt du chef de durant l’allaitement : « Il y avait toutes les informations
service pour cette procédure7 contribuent à en faire une nécessaires pour agir », déclarera‑t‑elle.
activité supplémentaire limitant de fait son appropria- Nous sommes ici face à un script qui n’induit pas les
tion par l’ensemble des soignants. À tous ces facteurs conduites professionnelles appropriées et, chez la femme,
qui règlent les usages du script du point de vue des pro- face à des représentations du carnet de santé qui génèrent
fessionnels, viennent parfois se greffer des négociations des non‑dits : crainte du dévoilement du statut sérolo-
entre le risque biologique (transmission du vih) et un gique et conception du carnet comme mode de commu-
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risque social (la stigmatisation). nication fiable. Précisons que le sida reste, au Cameroun,
une pathologie associée à la débauche. Être séropositive
n’est donc pas une information que l’on partage néces-
sairement au sein du couple ou de la famille. Certaines
Risque
■■ biologique, risque social : femmes préfèrent détruire leur carnet de santé, en avoir
arbitrage autour d’un script plusieurs ou le remplacer, ou encore changer de struc-
ture sanitaire plutôt que de prendre le risque que ne soit
Lorsque nous rencontrons Mariam, 22 ans, à l’hôpi- dévoilée leur séropositivité. Les stratégies de dissimulation
tal régional de Maroua, où elle est maintenant prise du carnet de santé au sein de l’espace domestique et les
en charge, elle nous exprime ses angoisses et sa colère. peurs relatives à une perte de contrôle du script illustrent
Quand elle arrive pour accoucher de son premier bien cette volonté de maintenir son statut sérologique
enfant, aujourd’hui âgé d’un mois et demi, elle est confidentiel face à une maladie qui reste stigmatisante.
accompagnée par deux amies qui l’attendent dans la Ces conduites (dissimulation, changement de centre
salle de travail. Une panne d’électricité survient alors de santé) créent suspicions et doutes chez les soignants
qu’elle accouche, ce qui contraint le soignant à sollici- comme nous l’avons déjà évoqué. Toutefois, les femmes
ter l’une d’entre elles pour l’éclairer avec une torche. peuvent avoir une emprise sur les inscriptions, comme
Mariam repartira vers 3 heures du matin sans qu’au- l’une d’elles qui a réussi à convaincre un soignant de ne
cune disposition particulière n’ait été prise à l’égard de pas mentionner le code « ptme +» dans son carnet de
son enfant ; il n’a notamment pas été nettoyé avec le santé, en échange de quoi elle lui a assuré qu’elle pré-
désinfectant qu’on lui avait pourtant demandé d’appor- viendrait le personnel de sa sérologie positive au vih au
ter et n’a pas reçu le sirop antirétroviral qui devait lui moment de son accouchement.
être administré après sa naissance. De plus, elle quitte Personnel et intime pour les femmes, essentiel et
l’hôpital sans recevoir d’informations sur la conduite contraignant pour les soignants, peu investi par les ins-
à tenir pour la suite, notamment en matière d’allai- tances nationales et internationales, le carnet de santé
tement. Forte de ses connaissances sur la ptme, elle apparaît comme un objet intermédiaire au cœur de

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Le carnet de santé des femmes enceintes au Cameroun 93

l’évaluation et de la maîtrise du risque de transmission décisions humaines, est mouvante et complexe, du fait
du vih de la mère à l’enfant. Le scénario qui y figure est d’imprévus qui surgissent au fil des usages, des interac-
destiné à informer les pratiques médicales afin d’écarter tions avec le script et des façons de l’interpréter. La ges-
ce risque pendant la grossesse, l’accouchement et l’allai- tion de ce risque est fonction d’enjeux de nature qui
tement. Il s’agit donc d’un script pour l’action [Akrich, diffèrent selon les acteurs : tension entre la lutte contre
1990]. Or, son existence, sa mise à jour et sa transmis- la mortalité maternelle et infantile et la ptme chez les
sion ne suffisent pas pour évaluer et maîtriser ce risque. soignants, puis chez les femmes, tension entre la divul-
L’usage du carnet peut contribuer, au contraire, à faire gation de la séropositivité et la ptme. On peut alors affir-
réémerger le risque de transmission du vih de la mère mer que les usages du carnet de santé par les femmes et
à l’enfant ou à créer des situations de vulnérabilité peu par les soignants induisent des effets non recherchés, qui
propices à sa prévention. Cet objet permet ainsi d’illus- annihilent son rôle en termes de prévention de la trans-
trer à quel point la gestion d’un risque, qui dépend de mission du vih à l’enfant. ■

❙❙Notes pitaux régionaux des villes de Maroua (extrême


Nord) et de Garoua (Nord) du Cameroun. Elles
par mm3, la patiente est mise sous traitement
antirétroviral (art). Au‑dessus, une prophylaxie
ont été collectées entre juillet et septembre 2012, (arv) lui est donnée à partir de la 14e semaine
1. Nous effectuons une différence entre janvier et mars 2013, juin et juillet 2013, octobre de grossesse, sinon dès que possible.
les traitements antirétroviraux (art) et la pro- et décembre 2013 ; une autre phase de terrain
phylaxie antirétrovirale pour les femmes en- 6. Il s’agit de huit objectifs adoptés par les
est en cours (mai à juin 2014). Des entretiens États membres de l’Organisation des Nations
ceintes ne nécessitant pas de traitement pour semi‑directifs approfondis ont été conduits au-
leur propre santé (arv). unies (onu), lors du Sommet du Millénaire qui
près de soignants chargés des consultations pré- s’est tenu à New‑York en septembre 2000. Parmi
2. pepfar, 2011, Cameroon operational natales (cpn) travaillant en maternité et auprès ces huit objectifs, deux visent spécifiquement la
plan report, FY. de femmes séropositives prises en charge dans le réduction de la mortalité infantile (objectif 4) et
cadre du programme ptme, pendant leur gros- l’amélioration de la santé maternelle (objectif 5).
3. Nous utiliserons de manière interchan- sesse ou après l’accouchement. Ces entretiens
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geable ces deux notions pour faire référence au ont été enrichis d’observations conduites à la 7. La structuration de la présentation des
contenu du carnet de santé, aux inscriptions qui maternité et pendant les consultations prénatales. « cas » reçus par l’équipe de garde du staff (réu-
y figurent. Dans cet article, nous nous intéressons princi- nion d’équipe à visée pédagogique) en est une
palement à l’hôpital régional de Maroua où la illustration. Cette présentation est régie par un
4. Les données sont issues d’un projet de collecte des données est la plus avancée. protocole élaboré par le chef du service, qui
recherche en cours financé par la Fondation ne prévoit aucune évocation de la ptme. Or, il
de France (no engt 0023969) et dont le but est 5. Indicateur de l’état du système immu- n’existe pas d’autre cadre formel d’échanges au
d’ethnographier le programme ptme dans les hô- nitaire ; si les CD4 sont inférieurs à 350 cellules cours duquel la ptme pourrait être abordée.

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❙❙ABSTRACT
The health record of pregnant women in Cameroon: a tool for the prevention of AIDS?
Elimination of mother‑to‑child‑transmission of HIV infection is one approach to reduce the impact of HIV, especially on the child-
ren. In Cameroon, a protocol defines the trajectory of pregnant women within public health facilities before and after screening for
HIV. In practice, this protocol is implemented through inscriptions on various types of supports. The health record is one of them.
Our paper shows that this health record which is supposed to help in preventing mother to child transmission of HIV, paradoxically
contributes to the re‑emergence of that risk.
Keywords: HIV. Health record. Risk. Childbirth. Cameroon.
© Presses Universitaires de France | Téléchargé le 02/06/2022 sur www.cairn.info (IP: 129.0.125.225)

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❙❙ZUSAMMENFASSUNG
Das Gesundheitsheft schwangerer Frauen im Kamerun: Ein Mittel zur Prävention von AIDS?
Die Eliminierung der HIV‑Übertragung von einer Mutter auf ihr Kind ist ein auf internationaler Ebene fixiertes Ziel für die Länder,
die über schwache Ressourcen verfügen. Im Kamerun definiert ein Protokoll den Werdegang jeder schwangeren Frau vor und nach
der HIV‑Vorsorge innerhalb des öffentlichen Gesundheitswesens. Im beruflichen Alltag dekliniert sich dieses Protokoll in Form einer
Verschriftlichung auf verschiedenen Formularen, darunter das Gesundheitsheft. Unser Artikel zeigt auf, dass dieses Gesundheitsheft,
das die Beherrschung des Übertragungsrisikos des HIV‑Virus von Mutter auf Kind begünstigen sollte, paradoxerweise zu einem
Neuauftreten beiträgt.
Stichwörter: HIV. Entbindung. Gesundheitsrisiko. Risiko. Kamerun.

❙❙Résumen
La cartilla médica de las mujeres embarazadas en Camerún : ¿ una herramienta de prevención del sida ?
La eliminación de la trasmisión del VIH de la Madre al Niño (eTME) es uno de los desafíos definidos a nivel internacional por
los países de escasos recursos. En Camerún, un protocolo teórico define la trayectoria de cada mujer embarazada dentro de la oferta
pública de los cuidados médicos, antes y después del examen médico preventivo para el VIH. En la práctica profesional, este protocolo
se concreta en apuntes sobre distintos documentos, entre ellos la cartilla médica. Nuestro artículo muestra que esta cartilla, que debería
facilitar el control del riesgo de trasmisión del VIH de la madre al niño, contribuye al contrario a que vuelva a resurgir.
Palabras‑clave : VIH. Parto. Cartilla médica. Riesgo. Camerún.

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