p e men t
Dév e l o p
he et
Recherc
Production d’hydrogène par cycles thermochimiques :
procédés en cours de développement
LASSOUANE Fatiha
Attachée de recherche
Division Hydrogène - Energie Renouvelable - CDER
E-mail :
[email protected] Introduction La mise en œuvre de réactions intermédiaires permet d’abais-
ser significativement la température de dissociation directe
L’attrait fondamental de l’hydrogène, principal moteur des
de l’eau, d’où l’intérêt des cycles thermochimiques.
activités de recherche et développement actuelles, tient à ses
avantages écologiques par rapport aux combustibles fossiles. Principe des cycles thermochimiques
En effet, l’hydrogène pourrait contribuer à réduire ou élimi-
Le principe des cycles consiste à dissocier la molécule d’eau
ner les émissions de dioxyde de carbone et autres gaz à effet
par des réactions chimiques successives en introduisant cer-
de serre. Afin d’aboutir à cette perspective, il faudrait que le
tains composés chimiques (S, I, Br, Ca, Cu,…) qui sont res-
procédé de production de l’hydrogène soit exempte de car-
titués au cours des réactions, pour être réutilisés en
bone. Cette technologie vise des rendements élevés (>50%)
boucle fermée dans le procédé. La succession de réactions
par le recours à une source d’énergie qui peut être d’origine
aboutit à la formation d’hydrogène et d’oxygène (Figure 2).
nucléaire ou solaire (cylindro-paraboliques, tours solaires,
La réaction de base produisant de l’hydrogène et de l’oxy-
capteurs paraboliques (dish)) (Figure 1).
gène est endothermique ; elle est complétée par une ou
deux réactions exothermiques qui restituent les substances
Principales filières solaires chimiques à leur état initial (pression et température) et pro-
duisent de l’hydrogène (2).
D’après la littérature, environ 280 cycles thermochimiques
ont été référencés. Le tableau 1 résume quelques cycles parmi
Réacteur nucléaire
ceux qui semblent actuellement les plus prometteurs, sur le
point technique et économique pour un développement in-
20 500 1000 1500 2000 3000
dustriel.
T (°C)
Classification des cycles thermochimiques
Thermolyse
Cycles à basse Cycles à moyenne Cycles à haute directe
température température température
Elément Température Rendement
Cycle Etape
Figure 1 : Sources d’énergie pour les cycles thermochimiques. chimique max (°C) (%)
Iode-Soufre (I-S) I, S 3 850 30-50
Pourquoi les cycles thermochimiques ?
UT-3 Br, Ca, Fe 4 750 40-50
La dissociation thermochimique de l’eau, appelée également Oxyde-Zinc Zn 2 1800 45
la thermolyse, nécessite une température élevée pour se dé-
Hybride de Soufre S 2 >850 40-50
composer en oxygène et en hydrogène. Cette température (HyS)
doit être supérieure à 2500 K pour obtenir des rendements
Hybride Cu-Cl Cu, Cl 4 550 40-50
raisonnables (Figure 1). En effet, des matériaux stables com-
patibles avec la température ainsi qu’une source de chaleur
durable à cette température ne sont pas facilement dispo- Les cycles thermochimiques peuvent être classés en deux
nibles. Ce qui rend cette réaction de dissociation difficilement catégories:
envisageable au niveau industriel. 1 - Cycles thermochimiques pures qui utilisent seulement de
Chaleur
H 2O → H 2 + 1 O2 la chaleur et de l’eau pour réaliser la décomposition.
2
En outre, cette méthode directe de dissociation de l’eau à H2 O + Chaleur → [Réactions chimiques] → H2+ O2
haute température nécessite une technique efficace de sépa- - Cycle thermochimique iode-soufre (I-S)
ration de H2 et O2, afin d’éviter la formation d’un mélange
explosif. Le cycle iode-soufre (cycle I-S) est aujourd’hui considéré
comme le cycle thermochimique potentiellement le plus
L’énergie libre ΔG de la réaction de décomposition de l’eau intéressant.
n’atteint pas zéro jusqu’à une température de 4310 K et une
pression de 1 bar. A cette température de fonctionnement, la Ce procédé, illustré dans la figure 2A, a été proposé par
molécule d’eau se dissocie à 100 % (1). General Atomic, USA, vers la fin des années 70. Le cycle iode-
soufre fait appel à trois réactions et est basé sur la décompo-
2
sition de deux acides à haute température : l’acide sulfurique et présente l’avantage de ne faire appel qu’à un seul élément
qui produit de l’oxygène et du SO2 (dioxyde de soufre) et intermédiaire, le soufre, qui est très abondant.
l’acide iodhydrique qui produit de l’hydrogène et de l’iode.
Ce procédé peut être considéré comme une variante du pro-
cédé iode-soufre dans laquelle les deux dernières réactions
sont remplacées par l’électrolyse du dioxyde de soufre (3).
L’iode et le dioxyde de soufre réagissent à basse température
Chaleur Chaleur
solaire solaire H2O
H2O Chaleur
solaire Electricité
SO2 I2
Réaction Electrolyse
Réacteur Réacteur Réacteur H2
Bunsen SO2 80 ° C
850 °C 360 °C > 850 °C
120 °C
H2
O2 H2SO4 2HI
H2SO4
A B
Figure 2 : Représentation schématique des cycles : S-I (A) et HyS (B)
en présence d’eau pour régénérer ces deux acides (réaction Conclusion
de Bunsen). Le bilan global est donc bien une dissociation
Les études réalisées jusqu’à présent sur la production d’hy-
de l’eau en hydrogène et oxygène catalysée par l’iode et le
drogène par cycles thermochimiques ont permis d’évaluer
soufre (1,3).
la faisabilité de différents cycles à l’échelle du laboratoire
2 - Cycles thermochimiques hybrides (thermo-électrochi- et éventuellement une extrapolation à l’échelle industrielle.
miques) qui utilisent, en plus de la chaleur, une petite quan- Ces procédés de dissociation de l’eau offrent une perspective
tité d’électricité pour conduire les réactions électrochimiques intéressante en utilisant l’énergie solaire concentrée ; ce qui
(1). Ces cycles sont décrits par la réaction suivante : motive l’équipe énergie multi sources et stockage de la divi-
sion Hydrogène- Energie Renouvelable à se lancer dans cette
H2 O + Chaleur + Electricité → [Réactions chimiques et éléc-
voie afin de développer des procédés adaptés à nos condi-
trochimiques] → H2+ O2
tions climatiques, d’autant plus que l’Algérie est considérée
L’intérêt de ces cycles réside dans les perspectives de contour- comme l’un des pays du monde possédant des potentialités
nement partiel des difficultés associées à la thermochimie exceptionnelles en matière d’énergie solaire.
et à l’électrolyse car en réduisant le nombre de substances
Références
chimiques, on réduit le nombre de processus de séparation
des phases et des constituants ainsi que la quantité de ma- 1. C. A. Grimes, O. K. Varghese, S. Ranjan, 2008 : light, water,
tières qui est nécessaire à faire circuler. En plus, il est possible hydrogen, Springer Berlin Heidelberg, Springer, 546 p.
de réduire, au niveau de l’électrolyseur, la tension électrique
2. M. Dicko, F. Darkrim-Lamari, 2013 : Combustible hydro-
et donc les pertes par effet joule (4). Parmi ces cycles électro-
gène- Production, Technique de l’ingénieur, BE8565, 19 p.
thermochimiques, le cycle hybride de soufre est décrit briè-
vement ci-dessous : 3. K.T. Ghosh, M. A. Prelas, 2011: Energy resources and sys-
tems, vol 2 : Renewable resources, Springer, 810 p.
- Cycle hybride de soufre (Westinghouse)
4. Mémento de l’hydrogène, 2012 : Production d’hydrogène
Ce cycle hybride a été développé par Westinghouse Electric.
par dissociation de l’eau à partir d’un réacteur nucléaire.
Co, USA en 1975, appelé cycle hybride de soufre (HyS) ou
CEA – AFHYPAC, 7 p.
cycle de Westinghouse (Figure 2B). Celui-ci est parmi les
cycles hybrides les plus étudiés ; Il est prometteur, simple
3 N° 30 2014