Book 10
Book 10
DOCUMENTS DE COURS
DROIT PENAL INTERNATIONAL
8. Résolution 827 (1993) du Conseil de sécurité des Nations Unies du 25 mai 1993 46
10. Résolution 955 (1994) du Conseil de sécurité des Nations Unies du 8 novembre 56
1994
11. Statut actualisé du Tribunal pénal international pour le Rwanda, 1994 60
12. Résolution 1966 (2010) du Conseil de sécurité des Nations Unies du 22 décembre 84
2010 (« Mécanisme résiduel »)
13. Statut de Rome de la Cour pénale internationale, 1998
Pour le texte, voir Textes juridiques fondamentaux de la Cour pénale
internationale
15. Le crime d’agression (Résolution RC/Res.6, Assemblée des États Parties de la 100
Cour pénale internationale, Kampala, 11 juin 2010, annexe)
18. Accord entre l’Organisation des Nations Unies et le Gouvernement sierra-léonais 104
sur la création d’un Tribunal spécial pour la Sierra Leone, 2002
19. Accord entre l’Organisation des Nations Unies et la République libanaise sur la 114
création d’un Tribunal Spécial pour le Liban (avec le Statut du Tribunal)
(Résolution 1757 (2007) du Conseil de sécurité des Nations Unies du 30 mai
2007, annexe)
20. Confirmation des principes de droit international reconnus par le statut de la Cour 126
de Nuremberg (Résolution 95 (I) de l’Assemblée générale des Nations Unies du
11 décembre 1946)
22. Projet de code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, 1996
Pour le texte, voir La Commission du droit international et son œuvre, 7ème éd.,
vol. I (Publication des Nations Unies, Numéro de vente : F.07.V.9), p. 309
Partie IV – Jurisprudence internationale – Sélection
24. Le Procureur c. Duško Tadić, arrêt relatif à l’appel de la défense concernant 226
l’exception préjudicielle d’incompétence, Tribunal pénal international pour l’ex-
Yougoslavie, Chambre d’appel, 2 octobre 1995
25. Le Procureur c. Jean-Paul Akayesu, jugement, Tribunal pénal international pour 260
le Rwanda, Chambre de première instance, 2 septembre 1998 (extraits : §§1-8;
§§29-129; §§461-562; §§ 697-734)
27. Le Procureur c. Kunarac et consorts, jugement, Tribunal pénal international pour 326
l’ex-Yougoslavie, Chambre de première instance, 22 février 2001 (extraits :
§§387-543)
28. Le Procureur c. Omar Hassan Ahmad Al Bashir, mandat d’arrêt à l’encontre 362
d’Omar Hassan Ahmad Al Bashir, Cour pénale internationale, Chambre
préliminaire, 4 mars 2009
Traité de Paix entre les Puissances alliées et associées et
l’Allemagne et Protocole, Versailles, 1919 (articles 227-230)
Traité de Paix entre les Puissances alliées et associées et l’Allemagne et Article 230.
Protocole, Versailles, le 28 juin 1919 (articles 227-230)
Le Gouvernement allemand s'engage à fournir tous documents et renseignements, de quelque
Partie VII nature que ce soit, dont la production serait jugée nécessaire pour la connaissance complète
des faits incriminés, la recherche des coupables et l'appréciation exacte des responsabilités.
Sanctions
Article 227.
Un tribunal spécial sera constitué pour juger l'accusé en lui assurant les garanties essentielles
du droit de défense. Il sera composé de cinq juges, nommés par chacune des cinq puissances
suivantes, savoir : les États-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le
Japon.
Le Tribunal jugera sur motifs inspirés des principes les plus élevés de la politique entre les
nations avec le souci d'assurer le respect des obligations solennelles et des engagements
internationaux ainsi que de la morale internationale. Il lui appartiendra de déterminer la peine
qu'il estimera devoir être appliquée.
Les Puissances alliées et associées adresseront au Gouvernement des Pays-Bas une requête le
priant de livrer l'ancien empereur entre leurs mains pour qu'il soit jugé.
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Article 228.
Le Gouvernement allemand devra livrer aux Puissances alliées et associées, ou à celle d'entre
elles qui lui en adressera la requête, toutes personnes qui, étant accusées d'avoir commis un
acte contraire aux lois et coutumes de la guerre, lui seraient désignées soit nominativement,
soit par le grade, la fonction ou l'emploi auxquels les personnes auraient été affectées par les
autorités allemandes.
Article 229.
Les auteurs d'actes contre les ressortissants d'une des Puissances alliées et associées seront
traduits devant les tribunaux militaires de cette Puissance.
Les auteurs d'actes commis contre des ressortissants de plusieurs Puissances alliées et
associées seront traduits devant des tribunaux militaires composés de membres appartenant
aux tribunaux militaires des Puissances intéressées.
Dans tous les cas, l'accusé aura droit à désigner lui-même son avocat.
Convention pour la prévention et la répression
du crime de génocide, 1948
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Convention internationale sur l'élimination et la répression
du crime d'apartheid, 1973
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Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants, 1984
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Convention internationale pour la protection de toutes les
personnes contre les disparitions forcées, 2006
I-48088 I-48088
No. 48088*
[ FRENCH TEXT – TEXTE FRANÇAIS ]
____
Multilateral
International Convention for the Protection of All Persons from Enforced Disap-
pearance. New York, 20 December 2006
Entry into force: 23 December 2010, in accordance with article 39(1) which reads as
follows: "This Convention shall enter into force on the thirtieth day after the date of
deposit with the Secretary-General of the United Nations of the twentieth instrument
of ratification or accession."
Authentic texts: Arabic, Chinese, English, French, Russian and Spanish
Registration with the Secretariat of the United Nations: ex officio, 23 December
2010
Note: See also annex A, No. 48088.
*
No UNTS volume number has yet been determined for this record. The Text(s) reproduced below, if attached,
are the authentic texts of the agreement /action attachment as submitted for registration and publication
to the Secretariat. For ease of reference they were sequentially paginated. Translations, if attached, are
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not final and are provided for information only.
Multilatéral
Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les dis-
paritions forcées. New York, 20 décembre 2006
Entrée en vigueur : 23 décembre 2010, conformément au paragraphe 1 de l'article 39
qui se lit comme suit : "La présente Convention entrera en vigueur le trentième jour
après la date du dépôt auprès du Secrétaire général de l'Organisation des Nations
Unies du vingtième instrument de ratification ou d'adhésion."
Textes authentiques : arabe, chinois, anglais, français, russe et espagnol
Enregistrement auprès du Secrétariat des Nations Unies : d'office, 23 décembre 2010
Note : Voir aussi annexe A, No. 48088.
*
Numéro de volume RTNU n'a pas encore été établie pour ce dossier. Les textes réproduits ci-dessous, s'ils
sont disponibles, sont les textes authentiques de l'accord/pièce jointe d'action tel que soumises pour
l’enregistrement et publication au Secrétariat. Pour référence, ils ont été présentés sous forme de la pagi-
nation consécutive. Les traductions, s'ils sont inclus, ne sont pas en form finale et sont fournies
uniquement à titre d'information.
I-48088 I-48088
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Statut du tribunal militaire international – Annexe
à l’Accord concernant la poursuite et le châtiment des
grands criminels de guerre des Puissances européennes
de l’Axe, 1945
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Résolution 827 (1993) du Conseil de sécurité
des Nations Unies du 25 mai 1993
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Statut actualisé du Tribunal pénal international
pour l’ex-Yougoslavie, 1993
NATIONS
UNIES STATUT ACTUALISÉ DU TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL
POUR L’EX-YOUGOSLAVIE
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Annexe I.................................................................................................................................................................... 30
(TEL QU’AMENDÉ LE 30 NOVEMBRE 2000, RÉSOLUTION 1329) Annexe II .................................................................................................................................................................. 31
(TEL QU’AMENDÉ LE 17 MAI 2002, RÉSOLUTION 1411)
RÉSOLUTION 1431 (2002) ..................................................................................................................................... 33
(TEL QU’AMENDÉ LE 14 AOÛT 2002, RÉSOLUTION 1431) Annexe I.................................................................................................................................................................... 34
(TEL QU’AMENDÉ LE 19 MAI 2003, RÉSOLUTION 1481) Annexe II .................................................................................................................................................................. 37
(TEL QU’AMENDÉ LE 20 AVRIL 2005, RÉSOLUTION 1597)
(TEL QU’AMENDÉ LE 28 FÉVRIER 2006, RÉSOLUTION 1660) RÉSOLUTION 1481 (2003) ..................................................................................................................................... 39
Annexe...................................................................................................................................................................... 40
(TEL QU’AMENDÉ LE 29 SEPTEMBRE 2008, RÉSOLUTION 1837)
(TEL QU’AMENDÉ LE 7 JUILLET 2009, RÉSOLUTION 1877) RÉSOLUTION 1597 (2005) ..................................................................................................................................... 41
Annexe...................................................................................................................................................................... 42
(Cette compilation a été créée à partir de résolutions des Nations Unies. Ceci n’est pas un document officiel.)
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STATUT ACTUALISÉ DU TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL Article 17 ................................................................................................................................................... 11
POUR L’EX-YOUGOSLAVIE Le Greffe
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Article 10 ..................................................................................................................................................... 7
Non bis in idem Article 28 ................................................................................................................................................... 13
Grâce et commutation de peine
Article 11 ..................................................................................................................................................... 7
Organisation du Tribunal international Article 29 ................................................................................................................................................... 13
Coopération et entraide judiciaire
Article 12 ..................................................................................................................................................... 7
Composition des Chambres Article 30 ................................................................................................................................................... 13
Statut, privilèges et immunités du Tribunal international
Article 13 ..................................................................................................................................................... 8
Qualifications des juges Article 31 ................................................................................................................................................... 14
Siège du Tribunal international
Article 13 bis................................................................................................................................................ 8
Election des juges permanents Article 32 ................................................................................................................................................... 14
Dépenses du Tribunal international
Article 13 ter................................................................................................................................................ 9
Election et désignation des juges ad litem Article 33 ................................................................................................................................................... 14
Langues de travail
Article 13 quater.......................................................................................................................................... 9
Statut des juges ad litem Article 34 ................................................................................................................................................... 14
Rapport annuel
Article 14 ................................................................................................................................................... 10
Constitution du Bureau et des Chambres
Article 15 ................................................................................................................................................... 10
Règlement du Tribunal
Article 16 ................................................................................................................................................... 10
Le Procureur
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STATUT ACTUALISÉ DU TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL Article 4
POUR L’EX-YOUGOSLAVIE Génocide
(ADOPTÉ LE 25 MAI 1993, RÉSOLUTION 827) 1. Le Tribunal international est compétent pour poursuivre les personnes ayant commis le génocide,
(TEL QU’AMENDÉ LE 13 MAI 1998, RÉSOLUTION 1166) tel qu’il est défini au paragraphe 2 du présent article, ou l’un quelconque des actes énumérés au
(TEL QU’AMENDÉ LE 30 NOVEMBRE 2000, RÉSOLUTION 1329) paragraphe 3 du présent article.
(TEL QU’AMENDÉ LE 17 MAI 2002, RÉSOLUTION 1411)
(TEL QU’AMENDÉ LE 14 AOÛT 2002, RÉSOLUTION 1431) 2. Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire,
(TEL QU’AMENDÉ LE 19 MAI 2003, RÉSOLUTION 1481) en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
(TEL QU’AMENDÉ LE 20 AVRIL 2005, RÉSOLUTION 1597)
a) meurtre de membres du groupe ;
(TEL QU’AMENDÉ LE 28 FÉVRIER 2006, RÉSOLUTION 1660) b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
(TEL QU’AMENDÉ LE 29 SEPTEMBRE 2008, RÉSOLUTION 1837) c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa
(TEL QU’AMENDÉ LE 7 JUILLET 2009, RÉSOLUTION 1877) destruction physique totale ou partielle ;
d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Créé par le Conseil de sécurité agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le
Tribunal international pour juger les personnes présumées responsables de violations graves du droit 3. Seront punis les actes suivants :
international humanitaire commises sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991 (ci-après
dénommé “le Tribunal international”) fonctionnera conformément aux dispositions du présent statut. a) le génocide ;
b) l’entente en vue de commettre le génocide ;
Article premier c) l’incitation directe et publique à commettre le génocide ;
Compétence du Tribunal international d) la tentative de génocide ;
e) la complicité dans le génocide.
Le Tribunal international est habilité à juger les personnes présumées responsables de violations
graves du droit international humanitaire commises sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991, Article 5
conformément aux dispositions du présent statut. Crimes contre l’humanité
Article 2 Le Tribunal international est habilité à juger les personnes présumées responsables des crimes
Infractions graves aux Conventions de Genève de 1949 suivants lorsqu’ils ont été commis au cours d’un conflit armé, de caractère international ou interne, et
dirigés contre une population civile quelle qu’elle soit :
Le Tribunal international est habilité à poursuivre les personnes qui commettent ou donnent l’ordre
de commettre des infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août 1949, à savoir les actes a) assassinat ;
suivants dirigés contre des personnes ou des biens protégés aux termes des dispositions de la b) extermination ;
Convention de Genève pertinente : c) réduction en esclavage ;
d) expulsion ;
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a) l’homicide intentionnel ; e) emprisonnement ;
b) la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques ; f) torture ;
c) le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des atteintes graves à g) viol ;
l’intégrité physique ou à la santé ; h) persécutions pour des raisons politiques, raciales et religieuses ;
d) la destruction et l’appropriation de biens non justifiées par des nécessités militaires et i) autres actes inhumains.
exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire ;
e) le fait de contraindre un prisonnier de guerre ou un civil à servir dans les forces armées de la Article 6
puissance ennemie ; Compétence ratione personae
f) le fait de priver un prisonnier de guerre ou un civil de son droit d’être jugé régulièrement et
impartialement ; Le Tribunal international a compétence à l’égard des personnes physiques conformément aux
g) l’expulsion ou le transfert illégal d’un civil ou sa détention illégale ; dispositions du présent statut.
h) la prise de civils en otages.
Article 7
Article 3 Responsabilité pénale individuelle
Violations des lois ou coutumes de la guerre
1. Quiconque a planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre manière aidé et
Le Tribunal international est compétent pour poursuivre les personnes qui commettent des violations encouragé à planifier, préparer ou exécuter un crime visé aux articles 2 à 5 du présent statut est
des lois ou coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être limitées : individuellement responsable dudit crime.
a) l’emploi d’armes toxiques ou d’autres armes conçues pour causer des souffrances inutiles ; 2. La qualité officielle d’un accusé, soit comme chef d’Etat ou de gouvernement, soit comme haut
b) la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les fonctionnaire, ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale et n’est pas un motif de diminution de la
exigences militaires ; peine.
c) l’attaque ou le bombardement, par quelque moyen que ce soit, de villes, villages, habitations
ou bâtiments non défendus ; 3. Le fait que l’un quelconque des actes visés aux articles 2 à 5 du présent statut a été commis par un
d) la saisie, la destruction ou l’endommagement délibéré d’édifices consacrés à la religion, à la subordonné ne dégage pas son supérieur de sa responsabilité pénale s’il savait ou avait des raisons de
bienfaisance et à l’enseignement, aux arts et aux sciences, à des monuments historiques, à des savoir que le subordonné s’apprêtait à commettre cet acte ou l’avait fait et que le supérieur n’a pas pris
œuvres d’art et à des œuvres de caractère scientifique ; les mesures nécessaires et raisonnables pour empêcher que ledit acte ne soit commis ou en punir les
e) le pillage de biens publics ou privés. auteurs.
4. Le fait qu’un accusé a agi en exécution d’un ordre d’un gouvernement ou d’un supérieur ne
l’exonère pas de sa responsabilité pénale mais peut être considéré comme un motif de diminution de la
peine si le Tribunal international l’estime conforme à la justice.
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Article 8 4. Une personne qui, aux fins de la composition des Chambres du Tribunal pénal
Compétence ratione loci et compétence ratione temporis international, pourrait être considérée comme ressortissante de plus d’un État, est réputée
ressortissante de l’État dans lequel elle exerce ordinairement ses droits civils et politiques.
La compétence ratione loci du Tribunal international s’étend au territoire de l’ancienne République
fédérative socialiste de Yougoslavie, y compris son espace terrestre, son espace aérien et ses eaux 5. Le Secrétaire général peut, à la demande du Président du Tribunal pénal international,
territoriales. La compétence ratione temporis du Tribunal international s’étend à la période désigner parmi les juges ad litem élus conformément à l’article 13 ter des juges de réserve qui
commençant le 1er janvier 1991. assisteront à toutes les phases du procès auquel ils auront été affectés et qui remplaceront un
juge qui serait dans l’incapacité de continuer à siéger.
Article 9
Compétences concurrentes 6. Sans préjudice du paragraphe 2 ci-dessus, si, en raison de circonstances exceptionnelles,
un juge permanent d’une section d’une Chambre de première instance doit être remplacé et
1. Le Tribunal international et les juridictions nationales sont concurremment compétents pour juger
les personnes présumées responsables de violations graves du droit international humanitaire commises qu’une section se trouve dès lors composée exclusivement de juges ad litem, cette section
sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis le 1er janvier 1991. pourra continuer à connaître de l’affaire nonobstant le fait qu’elle ne comprend plus de juge
permanent.
2. Le Tribunal international a la primauté sur les juridictions nationales. A tout stade de la
procédure, il peut demander officiellement aux juridictions nationales de se dessaisir en sa faveur Article 13
conformément au présent statut et à son règlement. Qualifications des juges
Article 10 Les juges permanents et ad litem doivent être des personnes de haute moralité, impartialité et
Non bis in idem intégrité possédant les qualifications requises, dans leurs pays respectifs, pour être nommés aux plus
hautes fonctions judiciaires. Il est dûment tenu compte dans la composition globale des Chambres et
1. Nul ne peut être traduit devant une juridiction nationale pour des faits constituant de graves des sections des Chambres de première instance de l’expérience des juges en matière de droit pénal et
violations du droit international humanitaire au sens du présent statut s’il a déjà été jugé par le Tribunal de droit international, notamment de droit international humanitaire et des droits de l’homme.
international pour ces mêmes faits.
Article 13 bis
2. Quiconque a été traduit devant une juridiction nationale pour des faits constituant de graves Election des juges permanents
violations du droit international humanitaire ne peut subséquemment être traduit devant le Tribunal
international que si : 1. Quatorze des juges permanents du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie sont élus
par l’Assemblée générale sur une liste présentée par le Conseil de sécurité, selon les modalités ci-
a) le fait pour lequel il a été jugé était qualifié crime de droit commun ; ou après :
b) la juridiction nationale n’a pas statué de façon impartiale ou indépendante, la procédure
engagée devant elle visait à soustraire l’accusé à sa responsabilité pénale internationale, ou la a) Le Secrétaire général invite les Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies et les
poursuite n’a pas été exercée avec diligence. Etats non membres ayant une mission d’observation permanente au Siège de l’Organisation à
présenter des candidatures ;
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3. Pour décider de la peine à infliger à une personne condamnée pour un crime visé par le présent b) Dans un délai de soixante jours à compter de la date de l’invitation du Secrétaire général,
statut, le Tribunal international tient compte de la mesure dans laquelle cette personne a déjà purgé chaque Etat peut présenter la candidature d’au maximum deux personnes réunissant les
toute peine qui pourrait lui avoir été infligée par une juridiction nationale pour le même fait. conditions indiquées à l’article 13 du Statut et n’ayant pas la même nationalité ni celle d’un
juge qui est membre de la Chambre d’appel et qui a été élu ou nommé juge permanent du
Article 11 Tribunal criminel international chargé de juger les personnes présumées responsables d’actes
Organisation du Tribunal international de génocide ou d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur le
territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes ou violations
Le Tribunal international comprend les organes suivants :
commis sur le territoire d’Etats voisins entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 (ci-après
a) les Chambres, soit trois Chambres de première instance et une Chambre d’appel ; dénommé le « Tribunal pénal international pour le Rwanda ») conformément à l’article 12 bis
b) le Procureur ; et du Statut de ce tribunal ;
c) un Greffe commun aux Chambres et au Procureur. c) Le Secrétaire général transmet les candidatures au Conseil de sécurité. Sur la base de ces
candidatures, le Conseil dresse une liste de vingt-huit Candidats au minimum et quarante-deux
Article 12 candidats au maximum en tenant dûment compte de la nécessité d’assurer une représentation
Composition des Chambres adéquate des principaux systèmes juridiques du monde ;
d) Le Président du Conseil de sécurité transmet la liste de candidats au Président de l’Assemblée
1. Les Chambres sont composées, au maximum, de seize juges permanents indépendants, générale. L’Assemblée élit sur cette liste quatorze juges permanents du Tribunal pénal
tous ressortissants d’États différents, et, au maximum au même moment, de douze juges ad international pour le Rwanda. Sont élus les candidats qui ont obtenu la majorité absolue des
litem indépendants, tous ressortissants d’États différents, désignés conformément à l’article 13 voix des Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies et des Etats non membres ayant
ter du paragraphe 2, du Statut. une mission d’observation permanente au Siège de l’Organisation. Si deux candidats de la
même nationalité obtiennent la majorité requise, est élu celui sur lequel s’est porté le plus
2. Trois juges permanents et six juges ad litem sont membres, au maximum et au même grand nombre de voix.
moment, de chacune des Chambres de première instance. Chaque Chambre de première
instance à laquelle ont été désignés des juges ad litem peut être subdivisée en sections de trois 2. Si le siège de l’un des juges permanents élus ou nommés conformément au présent article devient
juges chacune, composées à la fois de juges permanents et ad litem, sauf dans les cas visés au vacant à l’une des Chambres, le Secrétaire général, après avoir consulté les Présidents du Conseil de
paragraphe 5 ci-après. Les sections des Chambres de première instance ont les mêmes pouvoirs sécurité et de l’Assemblée générale, nomme une personne réunissant les conditions indiquées à l’article
et responsabilités que ceux conférés à une Chambre de première instance par le Statut et rendent 13 du Statut pour siéger jusqu’à l’expiration du mandat de son prédécesseur.
leurs jugements suivant les mêmes règles.
3. Les juges permanents élus conformément au présent article ont un mandat de quatre ans. Leurs
3. Sept des juges permanents sont membres de la Chambre d’appel, laquelle est, pour conditions d’emploi sont celles des juges de la Cour internationale de Justice. Ils sont rééligibles.
chaque appel, composée de cinq de ses membres.
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Article 13 ter a) Bénéficient, mutatis mutandis, des mêmes conditions d’emploi que les juges
Election et désignation des juges ad litem permanents du Tribunal international;
b) Jouissent des privilèges et immunités, exemptions et facilités d’un juge du Tribunal
1. Les juges ad litem du Tribunal international sont élus par l’Assemblée générale sur une liste international;
présentée par le Conseil de sécurité, selon les modalités ci-après : c) Jouissent du pouvoir de se prononcer pendant la phase préalable à l’audience dans
d’autres procès que ceux auxquels ils ont été nommés et à cette fin jouissent, sous
a) Le Secrétaire général invite les Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies et les Etats réserve du paragraphe 2 ci-dessus, des mêmes pouvoirs que les juges permanents.
non membres ayant une mission d’observation permanente au Siège de l’Organisation à
présenter des candidatures.
b) Dans un délai de soixante jours à compter de la date de l’invitation du Secrétaire général, 4. À partir du moment où ils remplacent un juge qui se trouve dans l’incapacité de
chaque Etat peut présenter la candidature d’au maximum quatre personnes réunissant les continuer à siéger, les juges de réserve bénéficient des dispositions du paragraphe 1 ci-dessus.
conditions indiquées à l’article 13 du Statut compte tenu de l’importance d’une représentation
équitable des hommes et des femmes parmi les candidats. Article 14
c) Le Secrétaire général transmet les candidatures au Conseil de sécurité. Sur la base de ces Constitution du Bureau et des Chambres
candidatures, le Conseil dresse une liste de cinquante-quatre candidats au minimum en tenant
dûment compte de la nécessité d’assurer une représentation adéquate des principaux systèmes 1. Les juges permanents du Tribunal international élisent un président parmi eux.
juridiques du monde et en gardant à l’esprit l’importance d’une répartition géographique
équitable. 2. Le Président du Tribunal international doit être membre de la Chambre d’appel, qu’il
d) Le Président du Conseil de sécurité transmet la liste de candidats au Président de l’Assemblée préside.
générale. L’Assemblée élit sur cette liste les vingt-sept juges ad litem du Tribunal
international. Sont élus les candidats qui ont obtenu la majorité absolue des voix des Etats
3. Après avoir consulté les juges permanents du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie,
Membres de l’Organisation des Nations Unies et des Etats non membres ayant une mission
d’observation permanente au Siège de l’Organisation. le Président nomme quatre des juges permanents élus ou nommés conformément à l’article 13 bis du
e) Les juges ad litem sont élus pour un mandat de quatre ans. Ils sont rééligibles. Statut à la Chambre d’appel et neuf de ces juges aux Chambres de première instance. Nonobstant les
dispositions des paragraphes 1 et 3 de l’article 12, le Président peut affecter à la Chambre d’appel
2. Pendant un mandat quelconque, les juges ad litem seront nommés par le Secrétaire général, à la jusqu’à quatre autres juges permanents des Chambres de première instance à l’issue des affaires dont
demande du Président du Tribunal international, pour siéger aux Chambres de première instance dans chaque juge est saisi. Le mandat de chaque juge réaffecté à la Chambre d’appel sera le même que celui
un ou plusieurs procès, pour une durée totale inférieure à trois ans. Lorsqu’il demande la désignation de des juges de cette chambre.
tel ou tel juge ad litem, le Président du Tribunal international tient compte des critères énoncés à
l’article 13 du Statut concernant la composition des Chambres et des sections des Chambres de 4. Le Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda nomme, en consultation avec le
première instance, des considérations énoncées aux paragraphes 1 b) et c) ci-dessus et du nombre de Président du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, deux des juges permanents élus ou
voix que ce juge a obtenues à l’Assemblée générale. nommés conformément à l’article 12 bis du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda
membres de la Chambre d’appel et juges permanents du Tribunal pénal international. Nonobstant les
Article 13 quater
dispositions des paragraphes 1 et 3 de l’article 12, le Président du Tribunal pénal international pour le
Statut des juges ad litem Rwanda peut affecter à la Chambre d’appel jusqu’à quatre autres juges permanents des Chambres de
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première instance du Tribunal pénal international pour le Rwanda à l’issue des affaires dont chaque
1. Pendant la durée où ils sont nommés pour servir auprès du Tribunal international, les juge est saisi. Le mandat de chaque juge réaffecté à la Chambre d’appel sera le même que celui des
juges ad litem : juges de cette chambre.
a) Bénéficient, mutatis mutandis, des mêmes conditions d’emploi que les juges 5. Après avoir consulté les juges permanents du Tribunal international, le Président nomme
permanents du Tribunal international; les juges ad litem qui peuvent être de temps à autre appelés à siéger au Tribunal international
b) Jouissent des mêmes pouvoirs que les juges permanents du Tribunal international, sous aux Chambres de première instance.
réserve du paragraphe 2 ci-après;
c) Jouissent des privilèges et immunités, exemptions et facilités d’un juge du Tribunal 6. Un juge ne siège qu’à la Chambre à laquelle il a été affecté.
international;
d) Jouissent du pouvoir de se prononcer pendant la phase préalable à l’audience dans 7. Les juges permanents de chaque Chambre de première instance élisent parmi eux un président,
d’autres procès que ceux auxquels ils ont été nommés pour juger. qui dirige les travaux de la Chambre.
2. Pendant la durée où ils sont nommés pour servir auprès du Tribunal international, les Article 15
juges ad litem :
Règlement du Tribunal
a) Ne peuvent ni être élus Président du Tribunal ou Président d’une Chambre de première Les juges du Tribunal international adopteront un règlement qui régira la phase préalable à
instance, ni participer à son élection, conformément à l’article 14 du Statut; l’audience, l’audience et les recours, la recevabilité des preuves, la protection des victimes et des
b) Ne sont pas habilités : témoins et d’autres questions appropriées.
9 10
4. Le Procureur est nommé par le Conseil de sécurité sur proposition du Secrétaire général. Il doit 4. Les audiences sont publiques à moins que la Chambre de première instance décide de les tenir à
être de haute moralité, d’une compétence notoire et avoir une solide expérience de l’instruction des huis clos conformément à ses règles de procédure et de preuve.
affaires criminelles et de la poursuite. Son mandat est de quatre ans, et il est rééligible. Ses conditions
d’emploi sont celles d’un secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies. Article 21
Les droits de l’accusé
5. Le personnel du Bureau du Procureur est nommé par le Secrétaire général sur recommandation du
Procureur. 1. Tous sont égaux devant le Tribunal international.
Article 17 2. Toute personne contre laquelle des accusations sont portées a droit à ce que sa cause soit entendue
Le Greffe équitablement et publiquement, sous réserve des dispositions de l’article 22 du statut.
1. Le Greffe est chargé d’assurer l’administration et les services du Tribunal international. 3. Toute personne accusée est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie
conformément aux dispositions du présent statut.
2. Le Greffe se compose d’un greffier et des autres personnels nécessaires.
4. Toute personne contre laquelle une accusation est portée en vertu du présent statut a droit, en
3. Le Greffier est désigné par le Secrétaire général après consultation du Président du Tribunal pleine égalité, au moins aux garanties suivantes :
international pour un mandat de quatre ans renouvelable. Les conditions d’emploi du Greffier sont
celles d’un sous-secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. a) à être informée, dans le plus court délai, dans une langue qu’elle comprend et de façon
détaillée, de la nature et des motifs de l’accusation portée contre elle ;
4. Le personnel du Greffe est nommé par le Secrétaire général sur recommandation du Greffier. b) à disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense et à communiquer
avec le conseil de son choix ;
Article 18 c) à être jugée sans retard excessif ;
Information et établissement de l’acte d’accusation d) à être présente au procès et à se défendre elle-même ou à avoir l’assistance d’un défenseur de
son choix ; si elle n’a pas de défenseur, à être informée de son droit d’en avoir un, et, chaque
1. Le Procureur ouvre une information d’office ou sur la foi des renseignements obtenus de toutes fois que l’intérêt de la justice l’exige, à se voir attribuer d’office un défenseur, sans frais, si elle
sources, notamment des gouvernements, des organes de l’Organisation des Nations Unies, des n’a pas les moyens de le rémunérer ;
organisations intergouvernementales et non gouvernementales. Il évalue les renseignements reçus ou e) à interroger ou faire interroger les témoins à charge et à obtenir la comparution et
obtenus et se prononce sur l’opportunité ou non d’engager les poursuites. l’interrogatoire des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge ;
f) à se faire assister gratuitement d’un interprète si elle ne comprend pas ou ne parle pas la langue
2. Le Procureur est habilité à interroger les suspects, les victimes et les témoins, à réunir des preuves employée à l’audience ;
et à procéder sur place à des mesures d’instruction. Dans l’exécution de ces tâches, le Procureur peut, g) à ne pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s’avouer coupable.
selon que de besoin, solliciter le concours des autorités de l’Etat concerné.
Article 22
3. Tout suspect interrogé a le droit d’être assisté d’un conseil de son choix, y compris celui de se Protection des victimes et des témoins
voir attribuer d’office un défenseur, sans frais, s’il n’a pas les moyens de le rémunérer et de bénéficier,
si nécessaire, de services de traduction dans une langue qu’il parle et comprend et à partir de cette Le Tribunal international prévoit dans ses règles de procédure et de preuve des mesures de
53
langue. protection des victimes et des témoins. Les mesures de protection comprennent, sans y être limitées, la
tenue d’audiences à huis clos et la protection de l’identité des victimes.
4. S’il décide qu’au vu des présomptions, il y a lieu d’engager des poursuites, le Procureur établit un
acte d’accusation dans lequel il expose succinctement les faits et le crime ou les crimes qui sont Article 23
reprochés à l’accusé en vertu du statut. L’acte d’accusation est transmis à un juge de la Chambre de Sentence
première instance.
1. La Chambre de première instance prononce des sentences et impose des peines et sanctions à
Article 19 l’encontre des personnes convaincues de violations graves du droit international humanitaire.
Examen de l’acte d’accusation
2. La sentence est rendue en audience publique à la majorité des juges de la Chambre de première
1. Le juge de la Chambre de première instance saisi de l’acte d’accusation examine celui-ci. S’il instance. Elle est établie par écrit et motivée, des opinions individuelles ou dissidentes pouvant y être
estime que le Procureur a établi qu’au vu des présomptions, il y a lieu d’engager des poursuites, il jointes.
confirme l’acte d’accusation. A défaut, il le rejette.
Article 24
2. S’il confirme l’acte d’accusation, le juge saisi, sur réquisition du Procureur, décerne les Peines
ordonnances et mandats d’arrêt, de détention, d’amener ou de remise de personnes et toutes autres
ordonnances nécessaires pour la conduite du procès. 1. La Chambre de première instance n’impose que des peines d’emprisonnement. Pour fixer les
conditions de l’emprisonnement, la Chambre de première instance a recours à la grille générale des
Article 20 peines d’emprisonnement appliquée par les tribunaux de l’ex-Yougoslavie.
Ouverture et conduite du procès
2. En imposant toute peine, la Chambre de première instance tient compte de facteurs tels que la
1. La Chambre de première instance veille à ce que le procès soit équitable et rapide et à ce que gravité de l’infraction et la situation personnelle du condamné.
l’instance se déroule conformément aux règles de procédure et de preuve, les droits de l’accusé étant
pleinement respectés et la protection des victimes et des témoins dûment assurée. 3. Outre l’emprisonnement du condamné, la Chambre de première instance peut ordonner la
restitution à leurs propriétaires légitimes de tous biens et ressources acquis par des moyens illicites, y
2. Toute personne contre laquelle un acte d’accusation a été confirmé est, conformément à une compris par la contrainte.
ordonnance ou un mandat d’arrêt décerné par le Tribunal international, placée en état d’arrestation,
immédiatement informée des chefs d’accusation portés contre elle et déférée au Tribunal international.
3. La Chambre de première instance donne lecture de l’acte d’accusation, s’assure que les droits de
l’accusé sont respectés, confirme que l’accusé a compris le contenu de l’acte d’accusation et lui
ordonne de plaider coupable ou non coupable. La Chambre de première instance fixe alors la date du
procès.
11 12
Article 25 Article 31
Appel Siège du Tribunal international
1. La Chambre d’appel connaît des recours introduits soit par les personnes condamnées par les Le Tribunal international a son siège à La Haye.
Chambres de première instance, soit par le Procureur, pour les motifs suivants :
Article 32
a) erreur sur un point de droit qui invalide la décision ; ou Dépenses du Tribunal international
b) erreur de fait qui a entraîné un déni de justice.
Les dépenses du Tribunal international sont imputées sur le budget ordinaire de l’Organisation des
2. La Chambre d’appel peut confirmer, annuler ou réviser les décisions des Chambres de première Nations Unies conformément à l’Article 17 de la Charte des Nations Unies.
instance.
Article 33
Article 26 Langues de travail
Révision
Les langues de travail du Tribunal international sont l’anglais et le français.
S’il est découvert un fait nouveau qui n’était pas connu au moment du procès en première instance
ou en appel et qui aurait pu être un élément décisif de la décision, le condamné ou le Procureur peut Article 34
saisir le Tribunal d’une demande en révision de la sentence.
Rapport annuel
Article 27 Le Président du Tribunal international présente chaque année un rapport du Tribunal international au
Exécution des peines Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale.
La peine d’emprisonnement est subie dans un Etat désigné par le Tribunal sur la liste des Etats qui
ont fait savoir au Conseil de sécurité qu’ils étaient disposés à recevoir des condamnés. La réclusion est
soumise aux règles nationales de l’Etat concerné, sous le contrôle du Tribunal international.
Article 28
Grâce et commutation de peine
Si le condamné peut bénéficier d’une grâce ou d’une commutation de peine en vertu des lois de
l’Etat dans lequel il est emprisonné, cet Etat en avise le Tribunal. Le Président du Tribunal, en
consultation avec les juges, tranche selon les intérêts de la justice et les principes généraux du droit.
Article 29
Coopération et entraide judiciaire
54
1. Les Etats collaborent avec le Tribunal à la recherche et au jugement des personnes accusées
d’avoir commis des violations graves du droit international humanitaire.
2. Les Etats répondent sans retard à toute demande d’assistance ou à toute ordonnance émanant
d’une Chambre de première instance et concernant, sans s’y limiter :
Article 30
Statut, privilèges et immunités du Tribunal international
1. La Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies en date du 13 février 1946
s’applique au Tribunal international, aux juges, au Procureur et à son personnel ainsi qu’au Greffier et à
son personnel.
2. Les juges, le Procureur et le Greffier jouissent des privilèges et immunités, des exemptions et des
facilités accordés aux agents diplomatiques, conformément au droit international.
4. Les autres personnes, y compris les accusés, dont la présence est requise au siège du Tribunal
international bénéficient du traitement nécessaire pour assurer le bon fonctionnement du Tribunal
international.
13 14
Résolution 955 (1994) du Conseil de sécurité
des Nations Unies du 8 novembre 1994
S/RES/955 (1994)
NATIONS Page 2
UNIES S
Estimant que la création d'un tribunal international pour juger les personnes présumées
Conseil de sécurité responsables de tels actes ou violations contribuera à les faire cesser et à en réparer dûment les
Distr.
effets,
GÉNÉRALE
Soulignant qu'une coopération internationale est nécessaire pour renforcer les tribunaux et
S/RES/955 (1994)
l'appareil judiciaire rwandais, notamment en raison du grand nombre de suspects qui seront déférés
8 novembre 1994
devant ces tribunaux,
Considérant que la Commission d'experts créée en vertu de la résolution 935 (1994) devrait
continuer à rassembler de toute urgence des informations tendant à prouver que des violations
RÉSOLUTION 955 (1994) graves du droit international humanitaire ont été commises sur le territoire du Rwanda, et qu'elle
devrait présenter son rapport final au Secrétaire général le 30 novembre 1994 au plus tard,
Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 3453e séance,
le 8 novembre 1994 Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
56
paragraphe 3 de sa résolution 935 (1994) du 1er juillet 1994 (S/1994/879 et S/1994/906), et ayant international pour le Rwanda annexé à la présente résolution;
pris acte des rapports du Rapporteur spécial pour le Rwanda de la Commission des droits de
l'homme des Nations Unies (S/1994/1157, annexe I et annexe II), 2. Décide que tous les États apporteront leur pleine coopération au Tribunal international
et à ses organes, conformément à la présente résolution et au Statut du Tribunal international, et
Saluant le travail accompli par la Commission d'experts créée en vertu de sa résolution qu'ils prendront toutes mesures nécessaires en vertu de leur droit interne pour mettre en application
935 (1994), en particulier son rapport préliminaire sur les violations du droit international les dispositions de la présente résolution et du Statut, y compris l'obligation faite aux États de
humanitaire au Rwanda que le Secrétaire général lui a transmis dans sa lettre du 1er octobre 1994 donner suite aux demandes d'assistance ou aux ordonnances émanant d'une Chambre de première
(S/1994/1125), instance, conformément à l'article 28 du Statut, et prie les États de tenir le Secrétaire général
informé des mesures qu'ils prendront;
Se déclarant de nouveau gravement alarmé par les informations selon lesquelles des actes de
génocide et d'autres violations flagrantes, généralisées et systématiques du droit international 3. Considère qu'une notification devrait être adressée au Gouvernement rwandais avant
humanitaire ont été commises au Rwanda, que des décisions ne soient prises en vertu des articles 26 et 27 du Statut;
Constatant que cette situation continue de faire peser une menace sur la paix et la sécurité 4. Prie instamment les États ainsi que les organisations intergouvernementales et non
internationales, gouvernementales d'apporter au Tribunal international des contributions sous forme de ressources
financières, d'équipements et de services, y compris des services d'experts;
Résolu à mettre fin à de tels crimes et à prendre des mesures efficaces pour que les personnes
qui en sont responsables soient traduites en justice, 5. Prie le Secrétaire général de mettre en oeuvre d'urgence la présente résolution et de
prendre en particulier des dispositions pratiques pour que le Tribunal international puisse
Convaincu que, dans les circonstances particulières qui règnent au Rwanda, des poursuites fonctionner effectivement le plus tôt possible, notamment de lui soumettre des recommandations
contre les personnes présumées responsables d'actes de génocide ou d'autres violations graves du quant aux lieux où le siège du Tribunal international pourrait être établi, et de lui présenter des
droit international humanitaire permettraient d'atteindre cet objectif et contribueraient au processus rapports périodiques;
de réconciliation nationale ainsi qu'au rétablissement et au maintien de la paix,
S/RES/955 (1994)
Page 3
ANNEXE
57
(*) Pour le texte actualisé du Statut du Tribunal
international, voir p. ci-dessous
Statut actualisé du Tribunal pénal international pour le
Rwanda, 1994
BASIC DOCUMENTS
TEXTES FONDAMENTAUX
60
Statute Statut
p.
STATUT DU TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL POUR LE RWANDA
Article premier : Compétence du Tribunal international pour le Rwanda 60
Tel qu’adopté puis modifié, le cas échéant*, par les résolutions du Conseil de Sécurité suivantes** :
Article 2 : Génocide 60
p. Article 3 : Crimes contre l’humanité 62
1. Résolution 955 (1994) Créant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Le Statut du 2
du 8 novembre 1994* Tribunal est annexé à la Résolution.
Article 4 : Violations de l’article 3 commun aux Conventions de 62
Genève et du Protocole additionnel II
2. Résolution 1165 (1998) Créant une troisième Chambre de première instance et modifiant les 6
du 30 avril 1998* Articles 10, 11 et 12 du Statut du Tribunal Article 5 : Compétence ratione personae 64
3. Résolution 1329 (2000) Décidant de l’élection de deux juges supplémentaires au TPIR, qui 10 Article 6 : Responsabilité pénale individuelle 64
du 30 novembre 2000 siègeront à la Chambre d’appel.
Article 7 : Compétence ratione loci et compétence ratione temporis 64
4. Résolution 1411 (2002) Modifiant l’Article 11 du Statut du TPIR portant composition des 14
du 17 mai 2002* Chambres.
Article 8 : Compétences concurrentes 64
5. Résolution 1431 (2002) Créant un groupe de juges ad litem au TPIR et modifiant les Articles 11, 12 16 Article 9 : Non bis in idem 66
du 14 août 2002* et 13 du Statut du Tribunal. Article 10 : Organisation du Tribunal international pour le Rwanda 66
6. Résolution 1503 (2003) Priant le Tribunal de concevoir une stratégie d’achèvement de ses travaux, 18 Article 11 : Composition des Chambres 66
du 28 août 2003* modifiant l’Article 15 du Statut portant sur le Procureur, demandant au
TPIR et au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de Article 12 : Qualifications et élection des juges 68
conclure les enquêtes à la fin de 2004, d’achever les procès de première Article 12 bis : Qualifications des juges 68
instance à la fin de 2008 et de conclure tous leurs travaux en 2010.
Article 12 ter : Élection et désignation des juges ad litem 70
7. Résolution 1512 (2003) Augmentant le nombre des juges ad litem pouvant être affectés à un 24
du 27 octobre 2003* moment donné à une chambre de première instance et modifiant les Articles
Article 12 quater : Statut des juges ad litem 70
11 et 12 quater du Statut. Article 13 : Constitution du bureau et des Chambres 72
8. Résolution 1534 (2004) Demandant aux Procureurs respectifs du TPIR et du TPIY d’identifier les 30 Article 14 : Règlement du Tribunal 72
du 26 mars 2004 affaires qui pourraient être déférées à des juridictions nationales et priant le
Article 15 : Le Procureur 74
61
TPIR et le TPIY de présenter un rapport semestriel relatif à l’achèvement
des travaux. Article 16 : Le Greffe 74
9. Résolution 1684 (2006) Prorogeant jusqu’au 31 décembre 2008 le mandat des 11 juges permanents 36 Article 17 : Information et établissement de l'acte d'accusation 74
du 13 juin 2006 du Tribunal.
Article 18 : Examen de l’acte d’accusation 76
10. Résolution 1717 (2006) Prorogeant jusqu’au 31 décembre 2008 le mandat des juges 40
du 13 octobre 2006 ad litem du Tribunal pénal international élus en juin 2003. Article 19 : Ouverture et conduite du procès 76
Article 20 : Les droits de l’accusé 76
11. Résolution 1824 (2008) Prorogeant jusqu’au 31 décembre 2009 le mandat des juges de première 44 Article 21 : Protection des victimes et des témoins 78
18 juillet 2008 instance (permanents et ad litem), et jusqu’au 31 décembre 2010 le mandat
des deux juges de la Chambre d’appel, et amendant l’article 11 du Statut du Article 22 : Sentence 78
Tribunal. Article 23 : Peines 78
12. Résolution 1855 (2008) Modifiant l’Article 11 du Statut du Tribunal et augmentant le nombre de 48 Article 24 : Appel 80
19 décembre 2008 juges ad litem autorisés au Tribunal.
Article 25 : Révision 80
13. Résolution 1878 (2009) Modifiant l’Article 13 du Statut du Tribunal et augmentant le nombre de 50 Article 26 : Exécution des peines 80
7 juillet 2009 juges affectés à la Chambre d’appel.
Article 27 : Grâce et commutation de peine 80
14. Résolution 1901 (2009) Soulignant son intention de proroger, d’ici au 30 juin 2010, le mandat de 56 Article 28 : Coopération et entraide judiciaire 80
16 décembre 2009 tous les juges de première instance et d'appel, autorisant le Tribunal a
Article 29 : Statut, privilèges et immunités du Tribunal international 82
temporairement dépasser le maximum de juges ad litem siégeant au
Tribunal à un instant donné, et décidant qu’un juge de première instance Article 30 : Dépenses du Tribunal international pour le Rwanda 82
siégera jusqu’à la fin de son affaire malgré l’expiration de son mandat. Article 31 : Langues de travail 82
** Liste non exhaustive. Voir, par exemple, les résolutions : 977 (1995), désignant la ville d’Arusha comme siège du TPIR ; 978 (1995) relative à l’arrestation de Article 32 : Rapport annuel 82
personnes responsables d’actes tombant sous la juridiction du TPIR ; 989 (1995) relative à la désignation des juges du TPIR; 1047 (1996), nommant Mme Louise
Arbour Procureur du TPIR et du TPIY ; 1200 (1998) relative à la désignation des juges du TPIR, 1241 (1999) décidant que le Juge Aspegren finirait les affaires
entamées avant l’expiration de son mandat; 1259 (1999), nommant Mme Carla Del Ponte Procureur du TPIR et du TPIY ; 1347 (2001), portant désignation de
juges du TPIR; 1449 (2002), établissant une liste de juges candidats; 1477 (2003), portant désignation de Juges ad litem; 1482 (2003) autorisant les Juges Dolenc,
Maqutu, Ostrovsky et Pillay à rester juges jusqu’à la conclusion d’affaires entamées avant l’expiration de leurs mandats respectifs; 1505 (2003), nommant
M. Hassan Bubacar Jallow Procureur du TPIR; 1705 (2006), autorisant le Juge ad litem, Mme Solomy Balungi Bossa à continuer de siéger dans l’Affaire Butare
jusqu’à la fin de cette affaire; 1774 (2007), renouvelant le mandat de M. Hassan Bubacar Jallow en tant que Procureur du TPIR pour une durée maximum de quatre
ans.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda ii Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda iv
RÉSOLUTION 955 (1994) S/RES/955 (1994)
8 novembre 1994 Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
Adoptée par le Conseil de sécurité 1. Décide par la présente résolution, comme suite à la demande qu’il a reçue du Gouvernement
à sa 3454e séance, le 8 novembre 1994 rwandais (S/1994/1115), de créer un tribunal international chargé uniquement de juger les
personnes présumées responsables d’actes de génocide ou d’autres violations graves du Droit
Le Conseil de sécurité, international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés
responsables de tels actes ou violations commis sur le territoire d’États voisins, entre le
Réaffirmant toutes ses résolutions antérieures sur la situation au Rwanda, 1er janvier et le 31 décembre 1994, et d’adopter à cette fin le Statut du Tribunal criminel
international pour le Rwanda annexé à la présente résolution;
Ayant examiné les rapports que le Secrétaire général lui a présentés conformément au
paragraphe 3 de sa résolution 935 (1994) du 1er juillet 1994 (S/1994/879 et S/1994/906), et 2. Décide que tous les États apporteront leur pleine coopération au Tribunal international et à
ayant pris acte des rapports du Rapporteur spécial pour le Rwanda de la Commission des droits ses organes, conformément à la présente résolution et au Statut du Tribunal international, et
de l’homme des Nations Unies (S/1994/1157, annexe I et annexe II), qu’ils prendront toutes mesures nécessaires en vertu de leur droit interne pour mettre en
application les dispositions de la présente résolution et du Statut, y compris l’obligation faite aux
Saluant le travail accompli par la Commission d’experts créée en vertu de sa résolution États de donner suite aux demandes d’assistance ou aux ordonnances émanant d’une Chambre
935 (1994), en particulier son rapport préliminaire sur les violations du droit international de première instance, conformément à l’Article 28 du Statut, et prie les États de tenir le
humanitaire au Rwanda que le Secrétaire général lui a transmis dans sa lettre du 1er octobre 1994 Secrétaire général informé des mesures qu’ils prendront;
(S/1994/1125),
3. Considère qu’une notification devrait être adressée au Gouvernement rwandais avant que des
Se déclarant de nouveau gravement alarmé par les informations selon lesquelles des actes décisions ne soient prises en vertu des Articles 26 et 27 du Statut;
de génocide et d’autres violations flagrantes, généralisées et systématiques du droit international
humanitaire ont été commises au Rwanda, 4. Prie instamment les États ainsi que les organisations intergouvernementales et non
gouvernementales d’apporter au Tribunal international des contributions sous forme de
Constatant que cette situation continue de faire peser une menace sur la paix et la sécurité ressources financières, d’équipements et de services, y compris des services d’experts;
internationales,
62
5. Prie le Secrétaire général de mettre en oeuvre d’urgence la présente résolution et de prendre
Résolu à mettre fin à de tels crimes et à prendre des mesures efficaces pour que les en particulier des dispositions pratiques pour que le Tribunal international puisse fonctionner
personnes qui en sont responsables soient traduites en justice, effectivement le plus tôt possible, notamment de lui soumettre des recommandations quant aux
lieux où le siège du Tribunal international pourrait être établi, et de lui présenter des rapports
Convaincu que, dans les circonstances particulières qui règnent au Rwanda, des
périodiques;
poursuites contre les personnes présumées responsables d’actes de génocide ou d’autres
violations graves du droit international humanitaire permettraient d’atteindre cet objectif et
6. Décide qu’il choisira le siège du Tribunal international en fonction de critères de justice et
contribueraient au processus de réconciliation nationale ainsi qu’au rétablissement et
d’équité ainsi que d’économie et d’efficacité administrative, notamment des possibilités d’accès
au maintien de la paix,
aux témoins, sous réserve que l’Organisation des Nations Unies et l’État où le Tribunal aura son
Estimant que la création d’un tribunal international pour juger les personnes présumées siège concluent des arrangements appropriés qui soient acceptables pour le Conseil de sécurité,
responsables de tels actes ou violations contribuera à les faire cesser et à en réparer dûment les étant entendu que le Tribunal international pourra se réunir ailleurs quand il le jugera nécessaire
effets, pour l’exercice efficace de ses fonctions; et décide d’établir un bureau au Rwanda et d’y conduire
des procédures, si cela est possible et approprié, sous réserve de la conclusion d’arrangements
Soulignant qu’une coopération internationale est nécessaire pour renforcer les tribunaux adéquats analogues;
et l’appareil judiciaire rwandais, notamment en raison du grand nombre de suspects qui seront
déférés devant ces tribunaux, 7. Décide d’envisager d’augmenter le nombre de juges et de chambres de première instance du
Tribunal international, si cela s’avère nécessaire;
Considérant que la Commission d’experts créée en vertu de la résolution 935 (1994)
devrait continuer à rassembler de toute urgence des informations tendant à prouver que des 8. Décide de rester activement saisi de la question.
violations graves du Droit international humanitaire ont été commises sur le territoire du
Rwanda, et qu’elle devrait présenter son rapport final au Secrétaire général le 30 novembre 1994 _____________________
au plus tard,
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 2 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 4
RÉSOLUTION 1165 (1998) S/RES/1165 (1998) 5. Demande aussi instamment aux organes du Tribunal pénal international pour le Rwanda de
30 avril 1998 poursuivre activement leurs efforts afin d’accroître encore l’efficacité des travaux du Tribunal
international dans leurs domaines de compétence respectifs et, à cet égard, leur
Adoptée par le Conseil de sécurité demande en outre d’examiner la manière dont leurs procédures et méthodes de travail pourraient
à sa 3877e séance, le 30 avril 1998 être améliorées, compte tenu des recommandations pertinentes à ce sujet;
Le Conseil de sécurité, 6. Prie le Secrétaire général de prendre des dispositions concrètes pour organiser les élections
mentionnées au paragraphe 2 ci-dessus et pour améliorer encore le bon fonctionnement du
Réaffirmant sa résolution 955 (1994) du 8 novembre 1994, Tribunal pénal international pour le Rwanda, notamment en fournissant en temps utile le
Rappelant la décision qu’il a prise dans cette résolution d’envisager d’augmenter le nombre personnel et les moyens nécessaires, en particulier à la troisième Chambre de première instance
de juges et de chambres de première instance du Tribunal pénal international pour le Rwanda, et aux bureaux correspondants du Procureur, et le prie en outre de le tenir régulièrement informé
si cela s’avérait nécessaire, des progrès accomplis à ce sujet;
Demeurant convaincu que, dans les circonstances particulières qui règnent au Rwanda, des 7. Décide de demeurer activement saisi de la question.
poursuites contre les personnes présumées responsables de violations graves du Droit
international humanitaire contribueraient au processus de réconciliation nationale ainsi qu’au ___________________
rétablissement et au maintien de la paix au Rwanda et dans la région,
Soulignant qu’une coopération internationale est nécessaire pour renforcer les Tribunaux
et l’appareil judiciaire rwandais, notamment en raison du grand nombre de prévenus qui sont
déférés devant ces tribunaux,
Ayant examiné la lettre du Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda,
transmise aux Présidents du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale par des lettres
identiques du Secrétaire général en date du 15 octobre 1997 (S/1997/812),
Convaincu qu’il est nécessaire d’augmenter le nombre de juges et de chambres de première
instance pour permettre au Tribunal international pour le Rwanda de juger sans retard le grand
63
nombre de prévenus,
Prenant note des progrès accomplis dans l’amélioration de l’efficacité du Tribunal
international pour le Rwanda, et convaincu qu’il importe que ses organes continuent leurs efforts
afin de poursuivre ces progrès,
Agissant en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 6 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 8
RÉSOLUTION 1329 (2000) S/RES/1329 (2000) 1. Décide de créer un groupe de juges ad litem au Tribunal pénal international
30 novembre 2000 pour l’ex-Yougoslavie et d’augmenter le nombre des membres des Chambres d’appel du
Tribunal pénal international pour l’ex - Yougoslavie et du Tribunal pénal international
Adoptée par le Conseil de sécurité pour le Rwanda et, à cette fin, décide de modifier les articles 12, 13 et 14 du Statut du
à sa 4240e séance, le 30 novembre 2000 Tribunal pénal international pour l’ex- Yougoslavie et d’y substituer les dispositions
Le Conseil de sécurité, indiquées à l’annexe I à la présente résolution et décide également de modifier les
articles 11, 12 et 13 du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda et
Réaffirmant ses résolutions 827 (1993) du 25 mai 1993 et 955 (1994) du d’y substituer les dispositions indiquées à l’annexe II de la présente résolution;
8 novembre 1994,
2. Décide que deux juges supplémentaires seront élus le plus tôt possible au
Demeurant convaincu que les poursuites dirigées contre les personnes responsables de Tribunal pénal international pour le Rwanda et décide également, sans préjudice de
graves violations du droit international humanitaire commises sur le territoire de l’article 12, paragraphe 4, du Statut de ce tribunal, qu’une fois élus, ils siégeront jusqu’à la
l’ex-Yougoslavie contribuent au rétablissement et au maintien de la paix en ex-Yougoslavie, date à laquelle expirera le mandat des juges actuellement en fonction et que, aux fins de
Demeurant convaincu également que dans la situation particulière régnant au Rwanda, ces élections, nonobstant l’article 12, paragraphe 2 c) du Statut, le Conseil de sécurité
les poursuites dirigées contre les personnes responsables d’actes de génocide ou d’autres dressera, sur la base des candidatures reçues, une liste de quatre candidats au minimum et
violations graves du droit international humanitaire favorisent le processus de réconciliation de six candidats au maximum;
nationale et le rétablissement et le maintien de la paix au Rwanda et dans la région,
3. Décide qu’une fois que deux juges auront été élus conformément au
Ayant examiné la lettre du Secrétaire général au Président du Conseil de sécurité en date paragraphe 2 ci-dessus et seront entrés en fonctions, le Président du Tribunal pénal
du 7 septembre 2000 (S/2000/865) ainsi que la lettre datée du 12 mai 2000 adressée au Secrétaire international pour le Rwanda prendra le plus tôt possible, eu égard à l’article 13,
général par le Président du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, et la lettre du paragraphe 3, du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda et à l’article 14,
Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda, datée du 14 juin 2000, qui y sont paragraphe 4, du Statut du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, les mesures
jointes, nécessaires pour que les deux juges élus ou nommés en application de l’article 12 du Statut
Convaincu qu’il est nécessaire de créer un groupe de juges ad litem au Tribunal pénal du Tribunal pénal international pour le Rwanda siègent aux Chambres d’appel des
international pour l’ex-Yougoslavie et d’augmenter le nombre des juges siégeant dans les Tribunaux pénaux internationaux;
Chambres d’appel des deux Tribunaux pénaux internationaux pour permettre à ceux-ci de 4. Prie le Secrétaire général de prendre les dispositions pratiques voulues pour les
64
terminer leurs travaux le plus tôt possible, élections mentionnées au paragraphe 2 ci-dessus, pour l’élection aussi prochaine que
Notant que les procédures des Tribunaux internationaux se sont beaucoup améliorées et possible de 27 juges ad litem, conformément à l’article 13 ter du Statut du Tribunal pénal
convaincu que ces organes doivent poursuivre leurs efforts afin de les perfectionner encore, international pour l’ex-Yougoslavie, ainsi qu’en ce qui concerne la fourniture en temps
opportun de personnel et de moyens matériels au Tribunal pénal international
Prenant acte de la position exprimée par les Tribunaux pénaux internationaux selon
pour l’ex-Yougoslavie et au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en particulier à
laquelle ce sont les hauts responsables civils, militaires et paramilitaires, et non les simples
l’intention des juges ad litem, des Chambres d’appel et des services connexes du
exécutants, qui devraient être traduits devant eux,
Procureur, et le prie en outre de tenir le Conseil de sécurité strictement informé de
Rappelant que les Tribunaux pénaux internationaux et les tribunaux nationaux ont l’évolution de la situation à cet égard;
concurremment compétence pour poursuivre les personnes accusées de violations graves du droit
international humanitaire et notant que le Règlement de procédure et de preuve du Tribunal pénal 5. Demande instamment aux États de coopérer pleinement avec les Tribunaux
international pour l’ex-Yougoslavie dispose qu’une chambre de première instance peut décider pénaux internationaux et leurs organes conformément aux obligations qui leur incombent
de surseoir à un acte d’accusation dans une affaire donnée pour permettre à un tribunal national en vertu des résolutions 827 (1993) et 955 (1994) et des Statuts des deux Tribunaux, et se
de connaître de cette affaire, félicite de la coopération dont les Tribunaux ont déjà bénéficié dans l’exercice de leurs
mandats;
Reconnaissant des efforts que font les membres du Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie, ainsi que le montre l’annexe I à la lettre du Secrétaire général en date du 6. Prie le Secrétaire général de présenter aussitôt que possible au Conseil de
7 septembre 2000, pour que les organes compétents des Nations Unies commencent à se faire une sécurité un rapport contenant une évaluation et des propositions relatives à la date à
idée relativement exacte de la durée du mandat du Tribunal, laquelle prendra fin la compétence ratione temporis du Tribunal pénal international pour
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, l’ex-Yougoslavie;
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 10 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 12
RÉSOLUTION 1411 (2002) S/RES/1411 (2002) RÉSOLUTION 1431 (2002) S/RES/1431 (2002)
17 mai 2002 14 août 2002
Réaffirmant sa résolution 827 (1993) du 25 mai 1993, 955 (1994) du 8 novembre 1994, Réaffirmant ses résolutions 827 (1993) du 25 mai 1993, 955 (1994) du 8 novembre 1994,
1165 (1998) du 30 avril 1998, 1166 (1998) du 13 mai 1998 et 1329 (2000) 1165 (1998) du 30 avril 1998, 1166 (1998) du 13 mai 1998, 1329 (2000) du 30 novembre 2000 et
du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002,
65
pour l’ex-Yougoslavie et de le remplacer par le texte figurant à l’annexe I de la présente
résolution; Rwanda et, à cette fin, décide de modifier les articles 11, 12 et 13 du Statut du Tribunal pénal
international pour le Rwanda et d’y substituer les dispositions portées à l’annexe I de la présente
2. Décide également d’amender l’article 11 du Statut du Tribunal international pour le résolution et décide également de modifier les articles 13 bis et 14 du Statut du Tribunal pénal
Rwanda et de le remplacer par le texte figurant à l’annexe II de la présente résolution; international pour l’ex-Yougoslavie et d’y substituer les dispositions portées à l’annexe II de la
présente résolution;
3. Décide de rester activement saisi de la question.
2. Prie le Secrétaire général de prendre les dispositions pratiques voulues pour l’élection
_____________________ aussi prochaine que possible de 18 juges ad litem conformément à l’article 12 ter du Statut du
Tribunal pénal international pour le Rwanda ainsi que pour la fourniture en temps opportun de
personnel et de moyens matériels au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en particulier
à l’intention des juges ad litem et des services correspondants du Procureur, et le prie en outre de
le tenir strictement informé de l’évolution de la situation à cet égard;
_____________________
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 14 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 16
RÉSOLUTION 1503 (2003) S/RES/1503 (2003) Priant instamment le Tribunal pénal international pour le Rwanda d’arrêter une stratégie
28 août 2003 détaillée, inspirée du modèle de la Stratégie d’achèvement des travaux du Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie, en vue de déférer devant les juridictions nationales
Adoptée par le Conseil de sécurité compétentes, selon qu’il convient, y compris au Rwanda, les accusés de rang intermédiaire ou
à sa 4817e séance, le 28 août 2003 subalterne pour être en mesure d’achever ses enquêtes au plus tard à la fin de 2004, tous les
procès en première instance en 2008 et l’ensemble de ses travaux en 2010 (Stratégie
Le Conseil de sécurité, d’achèvement des travaux),
Notant que les Stratégies d’achèvement des travaux susmentionnés ne modifient en rien
Rappelant ses résolutions 827 (1993) du 25 mai 1993, 955 (1994) du 8 novembre 1994,
l’obligation faite au Rwanda et aux pays de l’ex-Yougoslavie d’enquêter sur les accusés qui ne
978 (1995) du 27 février 1995, 1165 (1998) du 30 avril 1998, 1166 (1998) du 13 mai 1998,
seront pas jugés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda ou par le Tribunal pénal
1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002) du 14 août 2002,
international pour l’ex-Yougoslavie et de prendre des mesures appropriées concernant
et 1481 (2003) du 19 mai 2003,
l’inculpation et les poursuites, tout en gardant à l’esprit que le Tribunal international pour le
Rwanda et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie priment sur les tribunaux
Notant la lettre que le Secrétaire général a adressée au Président du Conseil de sécurité
nationaux,
le 28 juillet 2003 (S/2003/766),
Notant qu’il est d’une importance cruciale pour le respect de l’état de droit en général et
Saluant l’important concours que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie la réalisation des Stratégies d’achèvement des travaux du Tribunal pénal international pour l’ex-
et le Tribunal pénal international pour le Rwanda apportent à l’instauration d’une paix et d’une Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda en particulier de renforcer les
sécurité durables dans l’ex-Yougoslavie et au Rwanda et les progrès accomplis depuis leur systèmes judiciaires nationaux,
création,
Notant que la création rapide, sous les auspices du Haut Représentant en Bosnie-
Herzégovine, et la prompte entrée en fonctions, au sein de la Cour d’État de Bosnie-Herzégovine,
Notant que la réalisation des objectifs fixés dans les Stratégies d’achèvement des
d’une chambre spéciale (la « Chambre des crimes de guerre »), puis le renvoi devant celle-ci par
travaux du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et du Tribunal pénal international
le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie des accusés de rang intermédiaire ou
pour le Rwanda a pour condition sine qua non la pleine coopération de tous les États, notamment
subalterne, est une condition sine qua non de la réalisation des objectifs de la Stratégie
pour arrêter les personnes non appréhendées accusées par le Tribunal pénal international pour
d’achèvement des travaux du Tribunal,
l’ex-Yougoslavie et le Tribunal pénal international pour le Rwanda,
66
Convaincu que les deux Tribunaux pourront s’acquitter plus efficacement et plus
Accueillant avec satisfaction les mesures prises par les pays des Balkans et de la région rapidement de leur mission si chacun dispose de son propre procureur,
des Grands Lacs en Afrique en vue de renforcer cette coopération et d’arrêter les personnes non
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
appréhendées accusées de violations graves du droit international humanitaire par le Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie et le Tribunal pénal international pour le Rwanda, 1. Demande à la communauté internationale d’aider les juridictions nationales à renforcer
mais notant avec préoccupation que certains États ne coopèrent toujours pas pleinement, leurs capacités afin qu’elles puissent connaître des affaires que leur auront renvoyées le Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie et le Tribunal pénal international pour le Rwanda et
Priant instamment les États Membres d’envisager de prendre des mesures à l’encontre invite les Présidents, les Procureurs et les Greffiers des deux Tribunaux à développer et à
des personnes, groupes et organisations qui aident les accusés non appréhendés à continuer de améliorer leurs programmes de communication;
se soustraire à la justice, notamment pour les empêcher de voyager et geler leurs avoirs, 2. Exhorte tous les États, en particulier la Serbie-et-Monténégro, la Croatie et la
Bosnie-Herzégovine et, au sein de cette dernière, la Republika Srpska, à intensifier la
Rappelant que, par la déclaration de son président en date du 23 juillet 2002 coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et à lui fournir toute
(S/PRST/2002/21), le Conseil de sécurité a approuvé la stratégie du Tribunal pénal international l’assistance dont il a besoin, en particulier dans les efforts qu’il mène pour traduire Radovan
pour l’ex-Yougoslavie qui prévoit que celui-ci achève ses enquêtes au plus tard en 2004, ses Karadzic et Ratko Mladic, ainsi que Ante Gotovina et tous les autres accusés devant le Tribunal,
jugements d’instance à l’horizon 2008 et l’ensemble de ses travaux en 2010 et demande à ces derniers ainsi qu’à tous les autres accusés non appréhendés de se livrer au
(Stratégie d’achèvement des travaux) (S/2002/678) en concentrant son action sur la poursuite et Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie;
le jugement des principaux dirigeants portant la plus lourde responsabilité des crimes commis sur
le territoire de l’ex-Yougoslavie, en déférant devant les juridictions nationales compétentes, 3. Exhorte tous les États, en particulier le Rwanda, le Kenya, la République
selon qu’il convient, les accusés qui n’encourent pas une responsabilité aussi lourde et en démocratique du Congo et la République du Congo, à intensifier la coopération avec le Tribunal
renforçant les systèmes judiciaires nationaux, et réaffirmant de la manière la plus énergique pénal international pour le Rwanda et à lui fournir toute l’assistance nécessaire, notamment à
cette déclaration, l’occasion des enquêtes concernant l’Armée patriotique rwandaise et dans les efforts qu’il mène
pour traduire en justice Félicien Kabuga et tous les autres accusés, et demande à ces derniers
ainsi qu’à tous les autres accusés non appréhendés de se livrer au Tribunal pénal international
pour le Rwanda;
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 18 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 20
4. Demande à tous les États de coopérer avec l’Organisation internationale de police RÉSOLUTION 1512 (2003) S/RES/1512 (2003)
criminelle (OIPC - Interpol) pour faire arrêter et transférer les personnes mises en accusation par 27 octobre 2003
les Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda;
5. Demande à la communauté des donateurs d’appuyer les efforts faits par le Haut Adoptée par le Conseil de sécurité
Représentant en Bosnie-Herzégovine en vue de créer à la Cour d’État de Bosnie-Herzégovine à la 4849e séance, le 27 octobre 2003
une chambre spéciale chargée de connaître des violations graves du droit international
humanitaire; Le Conseil de sécurité,
6. Prie les Présidents et les Procureurs des Tribunaux pénaux internationaux pour Réaffirmant ses résolutions 955 (1994) du 8 novembre 1994, 1165 (1998)
l’ex-Yougoslavie et le Rwanda d’expliquer, dans leurs rapports annuels au Conseil, comment ils du 30 avril 1998, 1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002)
envisagent d’appliquer les Stratégies d’achèvement des travaux de leur Tribunal; du 14 août 2002 et 1503 (2003) du 28 août 2003,
7. Demande au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et au Tribunal pénal
international pour le Rwanda de prendre toutes mesures en leur pouvoir pour mener à bien les Ayant examiné la lettre du Secrétaire général au Président du Conseil de sécurité en date
enquêtes d’ici à la fin de 2004, achever tous les procès de première instance d’ici à la fin de 2008 du 12 septembre 2003 (S/2003/879), et la lettre datée du 8 septembre 2003, adressée au
et terminer leurs travaux en 2010 (Stratégies d’achèvement des travaux); Secrétaire général par la Présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, qui y est
jointe,
8. Décide de modifier l’article 15 du Statut du Tribunal pénal international pour
le Rwanda et de le remplacer par le texte qui figure à l’annexe I de la présente résolution, et prie Ayant examiné également la lettre du Secrétaire général au Président du Conseil de
le Secrétaire général de lui proposer un candidat pour le poste de procureur du Tribunal pénal sécurité en date du 3 octobre 2003 (S/2003/946), et la lettre datée du 29 septembre 2003,
international pour le Rwanda; adressée au Secrétaire général par la Présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda,
9. Accueille avec satisfaction l’intention manifestée par le Secrétaire général dans qui y est jointe,
sa lettre du 28 juillet 2003 de lui proposer de nommer Mme Carla Del Ponte au poste de
procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie; Convaincu qu’il est souhaitable d’élargir les attributions des juges ad litem du Tribunal
pénal international pour le Rwanda de façon que, pendant qu’ils sont affectés à un procès, ils
10. Décide de demeurer activement saisi de la question. puissent également se prononcer pendant la phase préalable d’autres affaires, si le besoin s’en fait
sentir et s’ils sont en mesure de le faire,
67
_____________________
Convaincu également qu’il est souhaitable d’accroître le nombre des juges ad litem
Annexe I susceptibles d’être affectés, à un moment donné, à l’une des chambres de première instance du
Article 15 Tribunal pénal international pour le Rwanda de façon que le Tribunal soit mieux à même
Le Procureur d’achever tous les procès en première instance avant la fin de 2008, comme l’envisage le plan
d’achèvement des travaux,
1. Le Procureur est responsable de l’instruction des dossiers et de l’exercice de la poursuite
contre les personnes présumées responsables de violations graves du droit international Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
humanitaire commises sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés
responsables de telles violations commises sur le territoire d’États voisins entre le 1er janvier et 1. Décide d’amender les articles 11 et 12 quater du Statut du Tribunal pénal international
le 31 décembre 1994. pour le Rwanda et d’y substituer les dispositions portées à l’annexe de la présente résolution;
2. Le Procureur, qui est un organe distinct au sein du Tribunal pénal international pour le
Rwanda, agit en toute indépendance. Il ne sollicite ni ne reçoit d’instructions d’aucun 2. Décide de rester activement saisi de la question.
gouvernement ni d’aucune autre source.
_____________________
3. Le Bureau du Procureur se compose du Procureur et du personnel qualifié qui peut être
nécessaire.
4. Le Procureur est nommé par le Conseil de sécurité sur proposition du Secrétaire général. Il
ou elle doit être de haute moralité, d’une compétence notoire et avoir une solide expérience de
l’instruction des affaires criminelles et des poursuites. Son mandat est de quatre ans et peut être
reconduit. Ses conditions d’emploi sont celles d’un secrétaire général adjoint de l’Organisation
des Nations Unies.
5. Le personnel du Bureau du Procureur est nommé par le Secrétaire général sur
recommandation du Procureur.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 22 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 24
Annexe
b) Ne sont pas habilités :
i) À participer à l’adoption du règlement conformément à l’article 14 du
Article 11 présent Statut. Ils sont toutefois consultés avant l’adoption dudit règlement;
Composition des Chambres
ii) À participer à l’examen d’un acte d’accusation conformément à
1. Les Chambres sont composées de 16 juges permanents indépendants, l’article 18 du présent Statut;
ressortissants d’États différents et, au maximum au même moment, de neuf juges ad iii) À participer aux consultations tenues par le Président du Tribunal
litem indépendants, tous ressortissants d’États différents, désignés conformément à pénal international pour le Rwanda au sujet de la nomination de juges,
l’article 12 ter , paragraphe 2 du présent Statut. conformément à l’article 13 du Statut, ou de l’octroi d’une grâce ou d’une
2. Trois juges permanents et, au maximum au même moment, six juges ad litem commutation de peine, conformément à l’article 27 du Statut.
sont membres de chacune des Chambres de première instance. Chaque Chambre de
première instance à laquelle ont été affectés des juges ad litem peut être subdivisée _______________________
en sections de trois juges chacune, composées à la fois de juges permanents et ad
litem. Les sections des Chambres de première instance ont les mêmes pouvoirs et
responsabilités que ceux conférés à une Chambre de première instance par le présent
Statut et rendent leurs jugements suivant les mêmes règles.
3. Sept des juges permanents siègent à la Chambre d’appel, laquelle est, pour
chaque appel, composée de cinq de ses membres.
4. Aux fins de la composition des Chambres du Tribunal pénal international pour
le Rwanda, quiconque pourrait être considéré comme le ressortissant de plus d’un
État est réputé être ressortissant de l’État où il exerce habituellement ses droits civils
et politiques.
68
Article 12 quater
Statut des juges ad litem
1. Pendant la durée où ils sont nommés pour servir auprès du Tribunal pénal
international pour le Rwanda, les juges ad litem :
a) Bénéficient, mutatis mutandis, des mêmes conditions d’emploi que les
juges permanents du Tribunal pénal international pour le Rwanda;
b) Jouissent des mêmes pouvoirs que les juges permanents du Tribunal pénal
international pour le Rwanda, sous réserve du paragraphe 2 ci-après;
c) Jouissent des privilèges et immunités, exemptions et facilités d’un juge du
Tribunal pénal international pour le Rwanda;
d) Sont habilités à se prononcer pendant la phase préalable au procès dans
des affaires autres que celles pour lesquelles ils ont été nommés.
2. Pendant la durée où ils sont nommés pour servir auprès du Tribunal pénal
international pour le Rwanda, les juges ad litem :
a) Ne peuvent ni être élus Président du Tribunal pénal international pour le
Rwanda ou Président d’une Chambre de première instance, ni participer à son
élection, conformément à l’article 13 du présent Statut;
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 26 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 28
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
RÉSOLUTION 1534 (2004) S/RES/1534 (2004) 1. Réaffirme la nécessité de juger les personnes inculpées par le Tribunal pénal
26 mars 2004 international pour l’ex-Yougoslavie et exhorte de nouveau tous les États, en particulier
la Serbie-et-Monténégro, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine et, au sein de cette dernière, la
Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 4935e séance, Republika Srpska, à intensifier la coopération avec le Tribunal pénal international pour
le 26 mars 2004 l’ex-Yougoslavie et à lui fournir toute l’assistance dont il a besoin, en particulier dans les efforts
qu’il mène pour traduire Radovan Karadzic et Ratko Mladic, ainsi que Ante Gotovina et tous les
Le Conseil de sécurité, autres accusés devant le Tribunal, et demande à tous les accusés non appréhendés de se livrer au
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie;
Rappelant ses résolutions 827 (1993) du 25 mai 1993, 955 (1994) du 8 novembre 1994,
978 (1995) du 27 février 1995, 1165 (1998) du 30 avril 1998, 1166 (1998) du 13 mai 1998, 2. Réaffirme la nécessité de juger les personnes inculpées par le Tribunal pénal
1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002) du 14 août 2002 et international pour le Rwanda et exhorte de nouveau tous les États, en particulier le Rwanda, le
1481 (2003) du 19 mai 2003, Kenya, la République démocratique du Congo et la République du Congo, à intensifier la
coopération avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda et à lui fournir toute l’assistance
Rappelant et réaffirmant de la manière la plus énergique la déclaration de son président nécessaire, notamment à l’occasion des enquêtes concernant l’Armée patriotique rwandaise et
en date du 23 juillet 2002 (S/PRST/2002/21) par laquelle il a approuvé la stratégie d’achèvement dans les efforts qu’il mène pour traduire en justice Félicien Kabuga et tous les autres accusés, et
des travaux du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, ainsi que sa demande à tous les accusés non appréhendés de se livrer au Tribunal pénal international pour
résolution 1503 (2003) du 28 août 2003, le Rwanda;
3. Souligne qu’il importe que les stratégies d’achèvement des travaux soient menées à
Rappelant que, dans sa résolution 1503 (2003), il a demandé au Tribunal pénal bien comme indiqué au paragraphe 7 de la résolution 1503 (2003), où il demande aux deux
international pour l’ex-Yougoslavie et au Tribunal pénal international pour le Rwanda de prendre Tribunaux de prendre toutes mesures en leur pouvoir pour mener à bien les enquêtes d’ici à la fin
toutes mesures en leur pouvoir pour mener à bien les enquêtes d’ici à la fin de 2004, achever tous de 2004, achever tous les procès en première instance d’ici à la fin de 2008 et terminer leurs
les procès en première instance d’ici à la fin de 2008 et terminer leurs travaux en 2010 (stratégies travaux en 2010, et prie instamment chaque Tribunal de planifier et mener ses activités en
d’achèvement des travaux), et a prié les présidents et les procureurs des deux tribunaux pénaux conséquence;
internationaux d’expliquer dans leurs rapports annuels au Conseil comment ils envisagent
d’appliquer leurs stratégies d’achèvement des travaux respectives, 4. Demande aux procureurs des Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie
et pour le Rwanda de faire le point sur l’ensemble des affaires dont ils sont saisis, en particulier
69
Se félicitant des exposés que les présidents et procureurs des tribunaux pénaux pour déterminer les affaires dont ils continueraient de connaître et celles qui devraient être
internationaux pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda lui ont faits le 9 octobre 2003, déférées aux juridictions nationales compétentes, ainsi que les mesures qui devront être prises
pour mener à bien les stratégies d’achèvement des travaux visées dans la résolution 1503 (2003),
Saluant l’important concours que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et et les prie instamment de procéder à cet examen dans les meilleurs délais et d’en rendre compte
le Tribunal pénal international pour le Rwanda apportent à l’instauration d’une paix et d’une dans les évaluations qu’ils présenteront au Conseil en application du paragraphe 6 de la présente
sécurité durables et à la réconciliation nationale, ainsi que les progrès qu’ils ont accomplis depuis résolution;
leur création, les félicitant des efforts qu’ils ont faits à ce jour pour mener à bien les stratégies 5. Demande à chaque Tribunal de veiller à ce que les nouveaux actes d’accusation
d’achèvement des travaux et leur demandant de veiller à utiliser leurs budgets de manière qu’il examinera et confirmera visent les plus hauts dirigeants soupçonnés de porter la
judicieuse et efficace, en en rendant dûment compte, responsabilité la plus lourde des crimes relevant de leur compétence, comme indiqué dans la
résolution 1503 (2003);
Réaffirmant qu’il soutient les efforts que les procureurs du Tribunal pénal international
pour l’ex-Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda ne cessent de déployer 6. Prie chaque Tribunal de lui fournir, d’ici au 31 mai 2004 et tous les six mois par la
pour traduire devant les deux Tribunaux les accusés non encore appréhendés, suite, des évaluations dans lesquelles le Président et le Procureur indiquent en détail les progrès
accomplis dans la mise en oeuvre de la stratégie d’achèvement des travaux et expliquent les
Notant avec préoccupation les difficultés qu’éprouvent les Tribunaux à s’assurer la mesures déjà prises à cette fin et celles qui doivent encore l’être, notamment en ce qui concerne
coopération régionale voulue, qui ont été mises en avant lors des exposés devant le Conseil de le renvoi devant les juridictions nationales compétentes des affaires impliquant des accusés de
sécurité le 9 octobre 2003, rang intermédiaire ou subalterne; et déclare son intention de s’entretenir desdites évaluations
avec le Président et le Procureur de chacun des Tribunaux;
Notant aussi avec préoccupation qu’il ressort de ces exposés du 9 octobre qu’il ne sera 7. Se déclare résolu à faire le point de la situation et, à la lumière des évaluations qu’il
peut-être pas possible aux Tribunaux de mener à bien les stratégies d’achèvement des travaux aura reçues en application du paragraphe précédent, à veiller à ce que les calendriers fixés dans
arrêtées dans la résolution 1503 (2003), les stratégies d’achèvement des travaux et entérinés par la résolution 1503 (2003) soient
respectés;
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 30 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 32
8. Exprime sa gratitude aux États qui ont conclu des accords pour l’exécution des peines RÉSOLUTION 1684 (2006) S/RES/1684 (2006)
prononcées contre les personnes condamnées par le Tribunal pénal international pour l’ex- 13 juin 2006
Yougoslavie et par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, ou qui ont accepté que ces
condamnés purgent leur peine sur leur territoire; encourage tous les États qui sont en mesure de Adoptée par le Conseil de sécurité
le faire à suivre leur exemple; et invite le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et le à sa 5455e séance, le 13 juin 2006
Tribunal pénal international pour le Rwanda à poursuivre et intensifier les efforts qu’ils déploient
pour conclure des accords avec d’autres États concernant l’exécution des peines ou pour
s’assurer la coopération d’autres États à cet égard; Le Conseil de sécurité,
9. Rappelle que le renforcement des systèmes judiciaires nationaux compétents revêt Rappelant ses résolutions 955 (1994) du 8 novembre 1994, 1165 (1998) du 30 avril 1998,
une importance cruciale pour l’état de droit, en général, et pour la mise en oeuvre des stratégies 1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002) du 14 août 2002,
d’achèvement des travaux du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et du Tribunal 1449 (2002) du 13 décembre 2002, 1503 (2003) du 28 août 2003 et 1534 (2004)
pénal international pour le Rwanda, en particulier; du 26 mars 2004,
10. Accueille avec satisfaction, notamment, les efforts déployés par le Bureau du Rappelant que le 31 janvier 2003, l’Assemblée générale, par sa décision 57/414 A et
Haut Représentant en Bosnie-Herzégovine, par le Tribunal pénal international pour conformément à l’alinéa b) du paragraphe 1, tel que modifié, de l’article 12 bis du Statut du
l’ex-Yougoslavie et par la communauté des donateurs pour créer une chambre des crimes de Tribunal pénal international pour le Rwanda, a élu à partir d’une liste de candidats approuvée par
guerre à Sarajevo; encourage toutes les parties à poursuivre leurs efforts pour que cette chambre la résolution 1449 (2002) du 13 décembre 2002 les onze juges ci-après au Tribunal pénal
soit créée dans les meilleurs délais; et engage la communauté des donateurs à fournir un appui international pour un mandat de quatre ans commençant le 25 mai 2003 et venant à expiration le
financier suffisant pour garantir le succès des poursuites engagées à l’échelon national en 24 mai 2007 : M. Mansoor Ahmed (Pakistan); M. Sergei Aleckseievich Egorov (Fédération de
Bosnie-Herzégovine et dans la région; Russie); M. Asoka Zoysa Gunawardana (Sri Lanka); M. Mehmet Güney (Turquie);
M. Erik Møse (Norvège); Mme Arlete Ramaroson (Madagascar); M. Jai Ram Reddy (Fidji);
11. Décide de rester activement saisi de la question. M. William Hussein Sekule (République-Unie de Tanzanie); Mme Andrésa Vaz (Sénégal);
Mme Inés Mónica Weinberg de Roca (Argentine); et M. Lloyd George Williams (Saint-Kitts-et-
_____________________ Nevis),
70
Rappelant que, le juge Mansoor Ahmed ayant démissionné de ses fonctions, le Secrétaire
général, après avoir consulté les Présidents du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, et
par application du paragraphe 2 de l’article 12 bis du Statut du Tribunal, a nommé Mme Khalida
Rachid Khan (Pakistan) à compter du 7 juillet 2003 pour le mandat restant à courir du juge
Ahmed,
Rappelant que, le juge Lloyd George Williams ayant démissionné de ses fonctions,
le Secrétaire général, après avoir consulté les Présidents du Conseil de sécurité et de l’Assemblée
générale, et par application du paragraphe 2 de l’article 12 bis du Statut du Tribunal, a nommé
M. Charles Michael Dennis Byron (Saint-Kitts-et-Nevis) à compter du 8 avril 2004 pour
le mandat restant à courir du juge Williams,
Rappelant que, le juge Asoka Zoysa Gunawardana ayant démissionné de ses fonctions,
le Secrétaire général, après avoir consulté les Présidents du Conseil de sécurité et de l’Assemblée
générale, et par application du paragraphe 2 de l’article 12 bis du Statut du Tribunal, a nommé
M. Asoka de Silva (Sri Lanka) à compter du 2 août 2004 pour le mandat restant à courir du juge
Gunawardana,
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 34 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 36
Décide, comme suite à la demande du Secrétaire général et nonobstant les RÉSOLUTION 1717 (2006) S/RES/1717 (2006)
dispositions de l’article 12 bis du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda, de 13 octobre 2006
proroger jusqu’au 31 décembre 2008 le mandat des juges permanents du Tribunal pénal
international ci-après : Adoptée par le Conseil de sécurité
– Charles Michael Dennis Byron (Saint-Kitts-et-Nevis) à sa 5550e séance, le 13 octobre 2006
71
décidé de proroger jusqu’au 31 décembre 2008 le mandat des onze juges permanents du
Tribunal pénal international pour le Rwanda,
Rappelant que le Conseil de sécurité par sa résolution 1705 (2006) du 29 août 2006 a
décidé que, nonobstant les dispositions de l’article 12 ter du Statut du Tribunal pénal
international pour le Rwanda, et nonobstant le fait que le mandat de la juge Solomy Balungi
Bossa, élue juge ad litem du Tribunal prendra fin le 24 juin 2007, la juge sera autorisée à
continuer d’exercer ses fonctions à compter du 28 août 2006 dans l’affaire Butare, et ce, jusqu’au
terme du procès,
Prenant note de la lettre datée du 2 octobre 2006 que le Secrétaire général a adressée au
Président du Conseil de sécurité,
1. Décide, comme suite à la demande formulée par le Secrétaire général, et nonobstant
les dispositions de l’article 12 ter du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda,
de proroger jusqu’au 31 décembre 2008 le mandat des juges ad litem du Tribunal pénal
international qui ont été élus le 25 juin 2003 :
M. Aydin Sefa Akay (Turquie),
Mme Florence Rita Arrey (Cameroun),
Mme Solomy Balungi Bossa (Ouganda),
M. Robert Fremr (République tchèque),
Mme Taghrid Hikmet (Jordanie),
Mme Karin Hökborg (Suède),
M. Vagn Joensen (Danemark),
M. Gberdao Gustave Kam (Burkina Faso),
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 38 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 40
Mme Flavia Lattanzi (Italie), RÉSOLUTION 1824 (2008) S/RES/1824 (2008)
M. Kenneth Machin (Royaume-Uni), 18 juillet 2008
M. Joseph Edward Chiondo Masanche (République-Unie de Tanzanie), Adoptée par le Conseil de sécurité
M. Tan Sri Dato’ Hj. Mohd. Azmi Dato’ Hj. Kamaruddin (Malaisie), à sa 5937e séance, le 18 juillet 2008
M. Lee Gacuiga Muthoga (Kenya),
M. Seon Ki Park (République de Corée), Le Conseil de sécurité,
M. Mparany Mamy Richard Rajohnson (Madagascar), Prenant note de la lettre en date du 13 juin 2008 adressée au Président du Conseil par le
M. Emile Francis Short (Ghana), Secrétaire général, à laquelle était jointe la lettre en date du 6 juin 2008 adressée à ce dernier par
le Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda (« le Tribunal ») (A/62/896-
M. Albertus Henricus Joannes Swart (Pays-Bas),
S/2008/436),
Mme Aura Emérita Guerra de Villalaz (Panama);
Rappelant ses résolutions 955 (1994) du 8 novembre 1994, 1165 (1998) du 30 avril
2. Décide, comme suite à la demande formulée par le Secrétaire général, d’autoriser 1998, 1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002) du 14 août
les juges ad litem Bossa, Arrey, Lattanzi, Muthoga, Sort, Hökborg, Hikmet, Kam et Park à 2002 et 1449 (2002) du 13 décembre 2002,
continuer de servir auprès du Tribunal international après la fin de la période totale de leur
mandat, stipulée à l’article 12 ter du Statut, jusqu’au 31 décembre 2008; Rappelant en particulier ses résolutions 1503 (2003) du 28 août 2003 et 1534 (2004) du
26 mars 2004, dans lesquelles le Conseil de sécurité demande au Tribunal de prendre toutes
3. Prie les États de continuer de tout mettre en oeuvre pour que leurs nationaux qui
mesures en son pouvoir pour mener à bien les enquêtes avant la fin de 2004, achever tous les
siègent comme juge permanent au Tribunal pénal international pour le Rwanda puissent
procès en première instance avant la fin de 2008 et terminer leurs travaux en 2010,
continuer d’exercer leurs fonctions jusqu’au 31 décembre 2008;
Rappelant que le 13 juin 2006, le Conseil de sécurité a décidé dans sa résolution 1684
4. Décide de demeurer saisi de la question.
(2006), de proroger jusqu’au 31 décembre 2008 le mandat de onze juges permanents du Tribunal,
_____________________
et que le 13 octobre 2006, il a décidé dans sa résolution 1717 (2006) de proroger jusqu’au 31
décembre 2008 le mandat de dix-huit juges ad litem du Tribunal,
Notant que deux des juges permanents et l’un des juges ad litem qui servent
actuellement auprès du Tribunal ont fait connaître leur intention de démissionner en 2008 après
72
avoir mené à terme leurs affaires respectives, et que leur remplacement n’apparaît pas nécessaire
à ce stade,
Notant les progrès accomplis par le Tribunal vers l’achèvement des procès dans les
meilleurs délais,
Prenant note des projections communiquées par le Tribunal qui prévoient l’achèvement
de toutes les affaires encore pendantes au stade du procès avant la fin de décembre 2009,
Comptant que la prorogation des mandats des juges concernés améliorera l’efficacité
des procédures et facilitera la mise en oeuvre de la stratégie d’achèvement des travaux du
Tribunal,
73
– M. Albertus Henricus Johannes Swart (Pays-Bas)
temporaire, à nommer des juges ad litem en sus des neuf prévus dans le Statut, afin de permettre
– Mme Aura E. Guerra de Villalaz (Panama)
au Tribunal international d’achever les procès en cours et d’en organiser de nouveaux dans les
5. Décide de modifier les paragraphes 1 et 2 de l’article 11 du Statut du Tribunal pénal meilleurs délais de manière à atteindre les objectifs fixés dans sa stratégie de fin de mandat,
international pour le Rwanda en les remplaçant par le texte figurant en annexe à la présente
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
résolution;
1. Décide que le Secrétaire général peut, dans la limite des ressources disponibles,
6. Décide de demeurer saisi de la question.
nommer des juges ad litem supplémentaires, sur la demande du Président du Tribunal
international, pour l’achèvement des procès en cours ou la conduite de nouveaux, en dépit du fait
_____________________
que le nombre total de juges ad litem nommés aux Chambres pourra parfois dépasser
temporairement le maximum de neuf prévu au paragraphe 1 de l’article 11 du Statut du Tribunal
Annexe
international, à condition toutefois qu’il ne soit jamais supérieur à douze, ce nombre devant être
ramené à un maximum de neuf au 31 décembre 2009;
Article 11 Composition des Chambres
2. Décide de modifier le paragraphe 2 de l’article 11 du Statut du Tribunal international
1. Les Chambres sont composées au maximum de seize juges permanents indépendants,
comme il est indiqué dans l’annexe à la présente résolution;
ressortissants d’États différents et, au maximum au même moment, de neuf juges ad litem
indépendants, tous ressortissants d’États différents, désignés conformément à l’article 12 ter, 3. Décide de rester saisi de la question.
paragraphe 2 du présent Statut.
_____________________
2. Au maximum au même moment, trois juges permanents et six juges ad litem sont membres
Annexe
de chacune des Chambres de première instance. Chaque Chambre de première instance à laquelle
ont été affectés des juges ad litem peut être subdivisée en sections de trois juges chacune, Article 11 : Composition des Chambres
composées à la fois de juges permanents et ad litem. Les sections des Chambres de première 2. Chaque Chambre de première instance peut être subdivisée en sections de trois juges chacune.
instance ont les mêmes pouvoirs et responsabilités que ceux conférés à une Chambre de première Les sections des Chambres de première instance ont les mêmes pouvoirs et responsabilités que
instance par le présent Statut et rendent leurs jugements suivant les mêmes règles. ceux conférés à une Chambre de première instance par le présent statut et rendent leurs
jugements suivant les mêmes règles.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 46 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 48
RÉSOLUTION 1878 (2009) S/RES/1878 (2009) Notant les préoccupations exprimées par le Président du Tribunal pénal international au
7 juillet 2009 sujet du statut et des conditions d’emploi des juges ad litem compte tenu de la durée de leur
mandat et de la part de la charge de travail du Tribunal pénal international qu’ils assument,
Adoptée par le Conseil de sécurité
à sa 6156e séance, le 7 juillet 2009 Priant instamment le Tribunal pénal international de prendre toutes mesures en son
pouvoir pour achever ses travaux dans les meilleurs délais,
Le Conseil de sécurité,
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
Prenant note de la lettre que le Secrétaire général a adressée à son président le 19 juin
2009, à laquelle étaient jointes la lettre du Président du Tribunal pénal international pour le 1. Décide d’examiner, avant le 31 décembre 2009 au plus tard, la prorogation du
Rwanda (« le Tribunal pénal international ») datée du 29 mai 2009 et la lettre du Président du mandat des juges permanents du Tribunal pénal international qui sont membres de la Chambre
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie datée du 27 mai 2009 (S/2009/333), et de la d’appel, à la lumière des progrès accomplis par le Tribunal pénal international dans la mise en
lettre que le Secrétaire général a adressée à son président le 26 juin 2009, à laquelle était jointe la œuvre de la stratégie de fin de mandat;
lettre du Président du Tribunal pénal international datée du 15 juin 2009 (S/2009/334), ainsi que
2. Décide de proroger jusqu’au 31 décembre 2010, ou jusqu’à l’achèvement des
de la lettre que le Secrétaire général a adressée à son président le 7 juillet 2009, à laquelle était
affaires dont ils sont saisis si celui-ci intervient à une date antérieure, le mandat des juges
jointe la lettre du Président du Tribunal pénal international datée du 1er juillet 2009 (S/2009/336),
permanents du Tribunal pénal international siégeant dans les Chambres de première instance
Rappelant ses résolutions 955 (1994) du 8 novembre 1994, 1165 (1998) du 30 avril dont les noms figurent ci-après :
1998, 1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002) du 14 août – Charles Michael Dennis Byron (Saint-Kitts-et-Nevis)
2002, 1717 (2006) du 13 octobre 2006, 1824 (2008) du 18 juillet 2008 et 1855 (2008) du – Joseph Asoka Nihal de Silva (Sri Lanka)
19 décembre 2008, – Khalida Rachid Khan (Pakistan)
– Arlette Ramaroson (Madagascar)
Rappelant en particulier ses résolutions 1503 (2003) du 28 août 2003 et 1534 (2004) du
– William H. Sekule (République-Unie de Tanzanie);
26 mars 2004, dans lesquelles il a demandé au Tribunal pénal international de prendre toutes
mesures en son pouvoir pour mener à bien les enquêtes avant la fin de 2004, achever tous les 3. Décide que le mandat du juge permanent nommé en remplacement de M. Sergei
procès en première instance à la fin de 2008 au plus tard et terminer ses travaux en 2010, Aleckseevich Egorov (Fédération de Russie) courra jusqu’au 31 décembre 2010 ou jusqu’à
l’achèvement des affaires dont il sera saisi si celui-ci intervient à une date antérieure;
Prenant note du bilan que le Tribunal pénal international a dressé dans son Rapport sur
la stratégie d’achèvement des travaux (S/2009/247), qui indique qu’il ne sera pas en mesure 4. Décide de proroger jusqu’au 31 décembre 2010, ou jusqu’à l’achèvement des
74
d’achever ses travaux en 2010, affaires dont ils sont saisis si celui-ci intervient à une date antérieure, le mandat des juges ad
litem actuellement au service du Tribunal pénal international dont les noms figurent ci-après :
Ayant examiné les propositions présentées par le Président du Tribunal pénal
– Aydin Sefa Akay (Turquie)
international,
– Florence Rita Arrey (Cameroun)
Se déclarant décidé à appuyer les efforts que déploie le Tribunal pénal international – Solomy Balungi Bossa (Ouganda)
pour achever ses travaux le plus tôt possible, – Taghrid Hikmet (Jordanie)
– Vagn Joensen (Danemark)
Rappelant que dans sa résolution 1824 (2008), il a prorogé jusqu’au 31 décembre 2010,
– Gberdao Gustave Kam (Burkina Faso)
ou jusqu’à l’achèvement des affaires portées devant la Chambre d’appel si celui-ci intervenait à
– Joseph Edward Chiondo Masanche (République-Unie de Tanzanie)
une date antérieure, le mandat des juges permanents Mehmet Güney (Turquie) et Andrésia Vaz
– Lee Gacugia Muthoga (Kenya)
(Sénégal), membres de la Chambre d’appel,
– Seon Ki Park (République de Corée)
Comptant que la prorogation du mandat de juges viendra améliorer l’efficacité des – Mparany Mamy Richard Rajohnson (Madagascar)
procédures et concourir à l’exécution de la stratégie de fin de mandat du Tribunal pénal – Emile Francis Short (Ghana);
international,
5. Décide d’autoriser le juge ad litem Joensen à rester au service du Tribunal pénal
Notant que le juge permanent Sergei Aleckseevich Egorov (Fédération de Russie) a international au-delà de la période cumulative prévue au paragraphe 2 de l’article 12 ter du Statut
l’intention de démissionner du Tribunal pénal international, du Tribunal pénal international;
Convaincu qu’il convient d’élargir la composition de la Chambre d’appel compte tenu
de l’accroissement prévu de son rôle par suite de l’achèvement des procès en première instance,
Soulignant la nécessité de veiller à ce qu’aucun juge de la Chambre d’appel ne soit
amené à connaître d’une affaire dont il ou elle a été saisi(e) au stade de la mise en état ou en
première instance,
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 50 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 52
6. Décide, au vu des circonstances exceptionnelles, que nonobstant les dispositions RÉSOLUTION 1901 (2009) S/RES/1901 (2009)
du paragraphe 3 de l’article 12 bis du Statut du Tribunal pénal international, MM. Joseph Asoka 16 décembre 2009
Nihal de Silva et Emile Francis Short sont autorisés à siéger à temps partiel et à exercer dans leur
pays d’origine d’autres fonctions judiciaires ou d’autres fonctions revêtues d’un statut
indépendant pour le restant de la durée de leur mandat, jusqu’à la fin des affaires dont ils sont Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 6243e séance,
saisis; prend note de l’intention du Tribunal pénal international d’achever les procès d’ici à la mi- le 16 décembre 2009
2010; et souligne que cette autorisation exceptionnelle ne saurait être considérée comme créant
un précédent. Le Président du Tribunal pénal international est chargé de veiller à ce que cet Le Conseil de sécurité,
arrangement soit compatible avec l’indépendance et l’impartialité des juges, qu’il ne donne pas
lieu à des conflits d’intérêts et qu’il ne retarde pas le prononcé du jugement; Prenant note des lettres que le Secrétaire général a adressées à son président les 2
(S/2009/571) et 23 novembre 2009 (S/2009/601), auxquelles étaient jointes des lettres du
7. Décide que nonobstant les dispositions du paragraphe 1 de l’article 11 du Statut
Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda (« le Tribunal pénal international »)
du Tribunal pénal international et à titre exceptionnel, le juge Egorov, une fois remplacé comme
datées respectivement du 15 octobre et du 6 novembre 2009,
membre du Tribunal, statuera sur les affaires dont il a commencé à connaître avant sa démission
et prend note de l’intention du Tribunal pénal international d’achever les procès d’ici à la fin
Rappelant ses résolutions 955 (1994) du 8 novembre 1994, 1165 (1998) du 30 avril 1998,
2009;
1329 (2000) du 30 novembre 2000, 1411 (2002) du 17 mai 2002, 1431 (2002) du 14 août 2002,
8. Décide de modifier le paragraphe 3 de l’article 13 du Statut du Tribunal pénal 1717 (2006) du 13 octobre 2006, 1824 (2008) du 18 juillet 2008, 1855 (2008) du 19 décembre
international comme indiqué à l’annexe de la présente résolution; 2008 et 1878 (2009) du 7 juillet 2009,
9. Décide de rester saisi de la question.
Rappelant en particulier ses résolutions 1503 (2003) du 28 août 2003 et 1534 (2004) du
26 mars 2004, dans lesquelles il a demandé au Tribunal pénal international de prendre toutes
mesures en son pouvoir pour mener à bien les enquêtes avant la fin de 2004, achever tous les
procès en première instance à la fin de 2008 au plus tard et terminer ses travaux en 2010,
Annexe
Article 13 Constitution du Bureau et des Chambres
Prenant note du bilan que le Tribunal pénal international a dressé dans son Rapport sur la
stratégie d’achèvement des travaux (S/2009/587), d’où il ressort qu’il ne sera pas en mesure
3. Après avoir consulté les juges permanents du Tribunal pénal international pour le
75
d’achever ses travaux en 2010,
Rwanda, le Président nomme deux des juges permanents élus ou nommés conformément à
l’article 12 bis du présent Statut à la Chambre d’appel du Tribunal pénal international pour l’ex-
Rappelant que dans sa résolution 1878 (2009), il a prorogé le mandat des juges
Yougoslavie et huit de ces juges aux Chambres de première instance du Tribunal pénal
permanents et des juges ad litem, qui sont membres des chambres de première instance, jusqu’au
international pour le Rwanda. Nonobstant les dispositions des paragraphes 1 et 3 de l’article 11,
31 décembre 2010 ou jusqu’à l’achèvement des affaires dont ils sont saisis si celui-ci intervient à
le Président peut affecter à la Chambre d’appel jusqu’à quatre autres juges permanents des
une date antérieure et a décidé d’examiner, le 31 décembre 2009 au plus tard, la prorogation du
Chambres de première instance à l’issue des affaires dont chaque juge est saisi. Le mandat de
mandat des juges permanents du Tribunal pénal international, qui sont membres de la Chambre
chaque juge réaffecté à la Chambre d’appel sera le même que celui des juges de cette chambre.
d’appel, à la lumière des progrès accomplis par le Tribunal dans la mise en œuvre de sa stratégie
d’achèvement des travaux,
Priant instamment le Tribunal pénal international de prendre toutes les mesures possibles
pour achever rapidement ses travaux,
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 54 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 56
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
STATUT DU TRIBUNAL INTERNATIONAL POUR LE RWANDA
1. Souligne son intention de proroger, d’ici au 30 juin 2010, le mandat de tous les juges de
première instance du Tribunal pénal international sur la base des projections concernant
l’audiencement des affaires ainsi que le mandat de tous les juges d’appel jusqu’au 31 décembre Créépar le Conseil de sécurité agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des
2012 ou jusqu’à l’achèvement de tous les procès dont ils sont saisis si celui-ci intervient à une Nations Unies, le Tribunal criminel international chargé de juger les personnes présumées
date antérieure, et prie le Président du Tribunal pénal international de lui soumettre un calendrier responsables d’actes de génocide ou d’autres violations graves du droit international humanitaire
actualisé des procès en première instance et en appel, en lui indiquant les juges dont il demandera commis sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes
la prorogation du mandat ou la réaffectation à la Chambre d’appel; ou violations commis sur le territoire d’États voisins entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994
(ci-après dénommé « Tribunal international pour le Rwanda ») exercera ses fonctions
2. Décide, afin de permettre au Tribunal pénal international d’achever les procès en cours ou conformément aux dispositions du présent Statut.
de mener à terme de nouveaux procès, que le nombre total de juges ad litem siégeant au tribunal
pourra parfois temporairement dépasser le maximum de neuf prévu au paragraphe 1 de l’article
11 du Statut du Tribunal, sans jamais être supérieur au nombre de douze, devant être ramené à un Article premier : Compétence du Tribunal international pour le Rwanda
maximum de neuf d’ici au 31 décembre 2010;
Le Tribunal international pour le Rwanda est habilité à juger les personnes présumées
3. Décide que malgré l’expiration de son mandat le 31 décembre 2009, le juge Eric Møse responsables de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire du
siégera jusqu’à la fin de l’affaire Setako dont il a été saisi avant l’expiration de son mandat; et Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de telles violations commises sur le
prend acte de l’intention du Tribunal pénal international de mener à terme l’affaire avant la fin territoire d’États voisins entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994, conformément aux
février 2010; dispositions du présent Statut.
76
quelconque des actes énumérés au paragraphe 3 du présent article.
2. Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de
détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) Meurtre de membres du groupe;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa
destruction physique totale ou partielle;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 58 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 60
Article 3 : Crimes contre l’humanité Article 5 : Compétence ratione personae
Le Tribunal international pour le Rwanda est habilité à juger les personnes responsables des Le Tribunal international pour le Rwanda a compétence à l’égard des personnes physiques
crimes suivants lorsqu’ils ont été commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique conformément aux dispositions du présent Statut.
dirigée contre une population civile quelle qu’elle soit, en raison de son appartenance nationale,
politique, ethnique, raciale ou religieuse :
a) Assassinat; Article 6 : Responsabilité pénale individuelle
b) Extermination; 1. Quiconque a planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre manière aidé
c) Réduction en esclavage; et encouragé à planifier, préparer ou exécuter un crime visé aux Articles 2 à 4 du présent Statut
est individuellement responsable dudit crime.
d) Expulsion;
e) Emprisonnement; 2. La qualité officielle d’un accusé, soit comme chef d’État ou de gouvernement, soit comme
haut fonctionnaire, ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale et n’est pas un motif de
f) Torture; diminution de la peine.
g) Viol;
3. Le fait que l’un quelconque des actes visés aux Articles 2 à 4 du présent Statut a été
h) Persécutions pour des raisons politiques, raciales et religieuses;
commis par un subordonné ne dégage pas son supérieur de sa responsabilité pénale s’il savait ou
i) Autres actes inhumains. avait des raisons de savoir que le subordonné s’apprêtait à commettre cet acte ou l’avait fait et
que le supérieur n’a pas pris les mesures nécessaires et raisonnables pour empêcher que ledit acte
ne soit commis ou en punir les auteurs.
Article 4 : Violations de l’Article 3 commun aux Conventions de Genève
et du Protocole additionnel II 4. Le fait qu’un accusé a agi en exécution d’un ordre d’un gouvernement ou d’un supérieur ne
l’exonère pas de sa responsabilité pénale mais peut être considéré comme un motif de diminution
Le Tribunal international pour le Rwanda est habilité à poursuivre les personnes qui de la peine si le Tribunal international pour le Rwanda l’estime conforme à la justice.
commettent ou donnent l’ordre de commettre des violations graves de l’Article 3 commun aux
77
Conventions de Genève du 12 août 1949 pour la protection des victimes en temps de guerre, et
du Protocole additionnel II auxdites Conventions du 8 juin 1977. Ces violations comprennent, Article 7 : Compétence ratione loci et compétence ratione temporis
sans s’y limiter :
a) Les atteintes portées à la vie, à la santé et au bien-être physique ou mental des La compétence ratione loci du Tribunal international pour le Rwanda s’étend au territoire
personnes, en particulier le meurtre, de même que les traitements cruels tels que la du Rwanda, y compris son espace terrestre et son espace aérien, et au territoire d’Etats voisins en
torture, les mutilations ou toutes formes de peines corporelles; cas de violations graves du droit international humanitaire commises par des citoyens rwandais.
La compétence ratione temporis du Tribunal international s’étend à la période commençant le
b) Les punitions collectives; 1er janvier 1994 et se terminant le 31 décembre 1994.
c) La prise d’otages;
d) Les actes de terrorisme; Article 8 : Compétences concurrentes
e) Les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et
dégradants, le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à la pudeur; 1. Le Tribunal international pour le Rwanda et les juridictions nationales sont concurremment
compétentes pour juger les personnes présumées responsables de violations graves du droit
f) Le pillage;
international humanitaire commises sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais
g) Les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement présumés responsables de telles violations commises sur le territoire d’États voisins entre le 1er
préalable rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties janvier et le 31 décembre 1994.
judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés;
h) La menace de commettre les actes précités. 2. Le Tribunal international pour le Rwanda a la primauté sur les juridictions nationales de
tous les États. A tout stade de la procédure, il peut demander officiellement aux juridictions
nationales de se dessaisir en sa faveur conformément au présent Statut et à son Règlement de
procédure et de preuve.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 62 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 64
Article 9 : Non bis in Idem Article 12 : Qualifications et élection des juges
1. Nul ne peut être traduit devant une juridiction nationale pour des faits constituant de Les juges permanents et ad litem doivent être des personnes de haute moralité,
graves violations du droit international humanitaire au sens du présent Statut s’il a déjà été jugé impartialité et intégrité possédant les qualifications requises, dans leurs pays respectifs, pour être
pour les mêmes faits par le Tribunal international pour le Rwanda. nommés aux plus hautes fonctions judiciaires. Il est dûment tenu compte dans la composition
globale des Chambres et des sections des Chambres de première instance de l’expérience des
2. Quiconque a été traduit devant une juridiction nationale pour des faits constituant de graves juges en matière de droit pénal et de droit international, notamment de droit international
violations du droit international humanitaire ne peut subséquemment être traduit devant le humanitaire et des droits de l’homme.
Tribunal international pour le Rwanda que si : Article 12 bis : Élection des juges permanents
a) Le fait pour lequel il a été jugé était qualifié crime de droit commun; ou
1. Onze des juges permanents du Tribunal pénal international pour le Rwanda sont élus par
b) La juridiction nationale n’a pas statué de façon impartiale ou indépendante, la l’Assemblée générale sur une liste présentée par le Conseil de sécurité, selon les modalités ci-
procédure engagée devant elle visait à soustraire l’Accusé à sa responsabilité pénale après :
internationale, ou la poursuite n’a pas été exercée avec diligence.
a) Le Secrétaire général invite les États Membres de l’Organisation des Nations
Unies et les États non membres ayant une mission d’observation permanente au
3. Pour décider de la peine à infliger à une personne condamnée pour un crime visé par le
Siège de l’Organisation à présenter des candidatures aux sièges de juge
présent Statut, le Tribunal international pour le Rwanda tient compte de la mesure dans laquelle
permanent du Tribunal pénal international pour le Rwanda;
cette personne a déjà purgé toute peine qui pourrait lui avoir été infligée par une juridiction
nationale pour le même fait. b) Dans un délai de soixante jours à compter de la date de l’invitation du Secrétaire
général, chaque État peut présenter la candidature d’au maximum deux personnes
réunissant les conditions indiquées à l’article 12 du présent Statut et n’ayant pas
Article 10 : Organisation du Tribunal international pour le Rwanda la même nationalité ni celle d’un juge qui est membre de la Chambre d’appel
et qui a été élu ou nommé juge permanent du Tribunal pénal international
Le Tribunal international comprend les organes suivants : chargé de poursuivre les personnes présumées responsables de violations graves
du droit international humanitaire commises sur le territoire de l’ex-Yougoslavie
a) Les Chambres, soit trois Chambres de première instance et une Chambre d’Appel;
depuis 1991 (ci-après dénommé le « Tribunal pénal international pour l’ex-
b) Le Procureur; Yougoslavie ») conformément à l’article 13 bis du Statut de ce Tribunal;
78
c) Un Greffe. c) Le Secrétaire général transmet les candidatures au Conseil de sécurité. Sur la base
de ces candidatures, le Conseil dresse une liste de vingt-deux candidats au
minimum et trente-trois candidats au maximum en tenant dûment compte de la
Article 11 : Composition des Chambres nécessité d’assurer au Tribunal pénal international pour le Rwanda une
représentation adéquate des principaux systèmes juridiques du monde;
1. Les Chambres sont composées au maximum de seize juges permanents indépendants,
d) Le Président du Conseil de sécurité transmet la liste de candidats au Président de
ressortissants d’États différents et, au maximum au même moment, de neuf juges ad litem
l’Assemblée générale. L’Assemblée élit sur cette liste onze juges permanents du
indépendants, tous ressortissants d’États différents, désignés conformément à l’article 12 ter,
Tribunal pénal international pour le Rwanda. Sont élus les candidats qui ont
paragraphe 2 du présent Statut.
obtenu la majorité absolue des voix des États Membres de l’Organisation des
Nations Unies et des États non membres ayant une mission d’observation
2. Chaque Chambre de première instance peut être subdivisée en sections de trois juges
permanente au Siège de l’Organisation. Si deux candidats de la même nationalité
chacune. Les sections des Chambres de première instance ont les mêmes pouvoirs et
obtiennent la majorité requise, est élu celui sur lequel s’est porté le plus grand
responsabilités que ceux conférés à une Chambre de première instance par le présent Statut et
nombre de voix.
rendent leurs jugements suivant les mêmes règles.
2. Si le siège de l’un des juges permanents élus ou désignés conformément au présent article
3. Sept des juges permanents siègent à la Chambre d’appel, laquelle est, pour chaque appel,
devient vacant à l’une des Chambres, le Secrétaire général, après avoir consulté les Présidents du
composée de cinq de ses membres.
Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, nomme une personne réunissant les conditions
indiquées à l’article 12 du présent statut pour siéger jusqu’à l’expiration du mandat de son
4. Aux fins de la composition des Chambres du Tribunal pénal international pour le
prédécesseur.
Rwanda, quiconque pourrait être considéré comme le ressortissant de plus d’un État est réputé
être ressortissant de l’État où il exerce habituellement ses droits civils et politiques.
3. Les juges permanents élus conformément au présent article ont un mandat de quatre ans.
Leurs conditions d’emploi sont celles des juges permanents du Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie. Ils sont rééligibles.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 66 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 68
Article 12 ter : Élection et désignation des juges ad litem 2. Pendant la durée où ils sont nommés pour servir auprès du Tribunal pénal international
1. Les juges ad litem du Tribunal pénal international pour le Rwanda sont élus par pour le Rwanda, les juges ad litem :
l’Assemblée générale sur une liste présentée par le Conseil de sécurité, selon les modalités ci- a) Ne peuvent ni être élus Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda
après : ou Président d’une Chambre de première instance, ni participer à son élection,
conformément à l’article 13 du présent Statut;
a) Le Secrétaire général invite les États Membres de l’Organisation des Nations b) Ne sont pas habilités :
Unies et les États non membres ayant une mission d’observation permanente au i) À participer à l’adoption du règlement conformément à l’article 14 du
Siège de l’Organisation à présenter des candidatures; présent Statut. Ils sont toutefois consultés avant l’adoption dudit
b) Dans un délai de soixante jours à compter de la date de l’invitation du Secrétaire règlement;
général, chaque État peut présenter la candidature d’au maximum quatre ii) À participer à l’examen d’un acte d’accusation conformément à
personnes réunissant les conditions indiquées à l’article 12 du présent statut, en l’article 18 du présent Statut.
tenant compte de l’importance d’une représentation équitable des hommes et des iii) À participer aux consultations tenues par le Président du Tribunal pénal
femmes parmi les candidats; international pour le Rwanda au sujet de la nomination de juges,
conformément à l’article 13 du Statut, ou de l’octroi d’une grâce ou d’une
c) Le Secrétaire général transmet les candidatures au Conseil de sécurité. Sur la
commutation de peine, conformément à l’article 27 du Statut.
base de ces candidatures, le Conseil dresse une liste de trente-six candidats au
minimum en tenant dûment compte de la nécessité d’assurer une représentation
Article 13 : Constitution du Bureau et des Chambres
adéquate des principaux systèmes juridiques du monde et en gardant à l’esprit
l’importance d’une répartition géographique équitable; 1. Les juges permanents du Tribunal pénal international pour le Rwanda élisent un président
d) Le Président du Conseil de sécurité transmet la liste des candidats au Président de parmi eux.
l’Assemblée générale. L’Assemblée élit sur cette liste les dix-huit juges ad litem 2. Le Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda doit être membre de l’une
du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Sont élus les candidats qui ont des Chambres de première instance.
obtenu la majorité absolue des voix des États Membres de l’Organisation des
Nations Unies et des États non membres ayant une mission d’observation 3. Après avoir consulté les juges permanents du Tribunal pénal international pour le
permanente au Siège de l’Organisation; Rwanda, le Président nomme deux des juges permanents élus ou nommés conformément à
l’article 12 bis du présent Statut à la Chambre d’appel du Tribunal pénal international pour l’ex-
e) Les juges ad litem sont élus pour un mandat de quatre ans. Ils ne sont pas
79
Yougoslavie et huit de ces juges aux Chambres de première instance du Tribunal pénal
rééligibles. international pour le Rwanda. Nonobstant les dispositions des paragraphes 1 et 3 de l’article 11,
2. Pendant la durée de leur mandat, les juges ad litem sont nommés par le Secrétaire général, le Président peut affecter à la Chambre d’appel jusqu’à quatre autres juges permanents des
à la demande du Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda, pour siéger aux Chambres de première instance à l’issue des affaires dont chaque juge est saisi. Le mandat de
Chambres de première instance dans un ou plusieurs procès, pour une durée totale inférieure à chaque juge réaffecté à la Chambre d’appel sera le même que celui des juges de cette chambre.
trois ans. Lorsqu’il demande la désignation de tel ou tel juge ad litem, le Président du Tribunal 4. Les juges siégeant à la Chambre d’appel du Tribunal pénal international pour l’ex-
pénal international pour le Rwanda tient compte des critères énoncés à l’article 12 du présent Yougoslavie siègent également à la Chambre d’appel du Tribunal pénal international pour le
statut concernant la composition des Chambres et des sections des Chambres de première Rwanda.
instance, des considérations énoncées aux paragraphes 1 b) et c) ci-dessus et du nombre de voix
que ce juge a obtenues à l’Assemblée générale. 5. Après avoir consulté les juges permanents du Tribunal pénal international pour le
Rwanda, le Président nomme les juges ad litem qui peuvent être de temps à autre appelés à siéger
Article 12 quater : Statut des juges ad litem au Tribunal pénal international pour le Rwanda aux Chambres de première instance.
1. Pendant la durée où ils sont nommés pour servir auprès du Tribunal pénal international 6. Un juge ne siège qu’à la Chambre à laquelle il a été affecté.
pour le Rwanda, les juges ad litem :
7. Les juges permanents de chaque Chambre de première instance élisent parmi eux un
a) Bénéficient, mutatis mutandis, des mêmes conditions d’emploi que les juges président, qui dirige les travaux de la Chambre.
permanents du Tribunal pénal international pour le Rwanda;
b) Jouissent des mêmes pouvoirs que les juges permanents du Tribunal pénal Article 14 : Règlement du Tribunal
international pour le Rwanda, sous réserve du paragraphe 2 ci-après;
Les juges du Tribunal international pour le Rwanda adopteront, aux fins de la procédure du
c) Jouissent des privilèges et immunités, exemptions et facilités d’un juge du
Tribunal international pour le Rwanda, le règlement du Tribunal international pour l’ex-
Tribunal pénal international pour le Rwanda;
Yougoslavie régissant la mise en accusation, les procès en première instance et les recours, la
d) Sont habilités à se prononcer pendant la phase préalable au procès dans des recevabilité des preuves, la protection des victimes et des témoins et d’autres questions
affaires autres que celles pour lesquelles ils ont été nommés. appropriées, en y apportant les modifications qu’ils jugeront nécessaires.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 70 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 72
Article 15 : Le Procureur 3. Tout suspect interrogé a le droit d’être assisté d’un conseil de son choix, y compris celui de
se voir attribuer d’office un défenseur, sans frais, s’il n’a pas les moyens de le rémunérer, et de
1. Le Procureur est responsable de l’instruction des dossiers et de l’exercice de la poursuite bénéficier, si nécessaire, de services de traduction dans une langue qu’il parle et comprend et à
contre les personnes présumées responsables de violations graves du droit international partir de cette langue.
humanitaire commises sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés
responsables de telles violations commises sur le territoire d’États voisins entre le 1er janvier et 4. S’il décide qu’au vu des présomptions, il y a lieu d’engager des poursuites, le Procureur
le 31 décembre 1994. établit un Acte d’accusation dans lequel il expose succinctement les faits et le crime ou les
2. Le Procureur, qui est un organe distinct au sein du Tribunal pénal international pour le crimes qui sont reprochés à l’Accusé en vertu du Statut. L’Acte d’accusation est transmis à un
Rwanda, agit en toute indépendance. Il ne sollicite ni ne reçoit d’instructions d’aucun juge de la Chambre de première instance.
gouvernement ni d’aucune autre source.
3. Le Bureau du Procureur se compose du Procureur et du personnel qualifié qui peut être Article 18 : Examen de l’Acte d’accusation
nécessaire.
1. Le juge de la Chambre de première instance saisi de l’Acte d’accusation examine celui-ci.
4. Le Procureur est nommé par le Conseil de sécurité sur proposition du Secrétaire général.
S’il estime que le Procureur a établi qu’au vu des présomptions il y a lieu d’engager des
Il ou elle doit être de haute moralité, d’une compétence notoire et avoir une solide expérience de
poursuites, il confirme l’Acte d’accusation. A défaut, il le rejette.
l’instruction des affaires criminelles et des poursuites. Son mandat est de quatre ans et peut être
reconduit. Ses conditions d’emploi sont celles d’un secrétaire général adjoint de l’Organisation
2. S’il confirme l’Acte d’accusation, le juge saisi décerne, sur réquisition du Procureur, les
des Nations Unies.
ordonnances et mandats d’arrêt, de dépôt, d’amener ou de remise et toutes autres ordonnances
5. Le personnel du Bureau du Procureur est nommé par le Secrétaire Général sur nécessaires pour la conduite du procès.
recommandation du Procureur.
80
l’Accusé étant pleinement respectés et la protection des victimes et des témoins dûment assurée.
2. Le Greffe se compose d’un greffier et des autres fonctionnaires nécessaires.
3. Le Greffier est désigné par le Secrétaire général, après consultation du Président du 2. Toute personne contre laquelle un acte d’accusation a été confirmé est, conformément à une
Tribunal international pour le Rwanda, pour un mandat de quatre ans renouvelable. Les ordonnance ou un mandat d’arrêt décerné par le Tribunal international pour le Rwanda, placée en
conditions d’emploi du Greffier sont celles d’un sous-secrétaire général de l’Organisation des état d’arrestation, immédiatement informée des chefs d’accusation portés contre elle et déférée au
Nations Unies. Tribunal international pour le Rwanda.
4. Le personnel du Greffe est nommé par le Secrétaire général sur recommandation du 3. La Chambre de première instance donne lecture de l’Acte d’accusation, s’assure que les
Greffier. droits de l’accusé sont respectés, confirme que l’Accusé a compris le contenu de l’acte
d’accusation et l’invite à faire valoir ses moyens de défense. La Chambre de première instance
fixe alors la date du procès.
Article 17 : Information et établissement de l’Acte d’accusation
4. Les audiences sont publiques, à moins que la Chambre de première instance décide de les
1. Le Procureur ouvre une information d’office ou sur la foi des renseignements obtenus de tenir à huis clos conformément à son Règlement de procédure et de preuve.
toutes sources, notamment des gouvernements, des organes de l’Organisation des Nations Unies,
et des organisations intergouvernementales et non gouvernementales. Il évalue les Article 20 : Les droits de l’Accusé
renseignements reçus ou obtenus et décide s’il y a lieu de poursuivre.
2. Le Procureur est habilité à interroger les suspects, les victimes et les témoins, à réunir des 1. Tous sont égaux devant le Tribunal international pour le Rwanda.
preuves et à procéder sur place à des mesures d’instruction. Dans l’exécution de ces tâches, le
Procureur peut, selon que de besoin, solliciter le concours des autorités de l’État concerné. 2. Toute personne contre laquelle des accusations sont portées a droit à ce que sa cause soit
entendue équitablement et publiquement, sous réserve des dispositions de l’Article 21 du Statut.
3. Toute personne accusée est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie
conformément aux dispositions du présent Statut.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 74 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 76
4. Toute personne contre laquelle une accusation est portée en vertu du présent Statut a droit,
en pleine égalité, au moins aux garanties suivantes :
Article 24 : Appel
a) Etre informée, dans le plus court délai, dans une langue qu’elle comprend et de façon
détaillée, de la nature et des motifs de l’accusation portée contre elle; 1. La Chambre d’appel connaît des recours introduits soit par les personnes condamnées par
les Chambres de première instance, soit par le Procureur, pour les motifs suivants :
b) Disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense et
à communiquer avec le conseil de son choix; a) Erreur sur un point de droit qui invalide la décision; ou
c) Etre jugée sans retard excessif; b) Erreur de fait qui a entraîné un déni de justice.
d) Etre présente au procès et se défendre elle-même ou avoir l’assistance d’un défenseur 2. La Chambre d’appel peut confirmer, annuler ou réviser les décisions des Chambres de
de son choix; si elle n’a pas de défenseur, être informée de son droit d’en avoir un, et, première instance.
chaque fois que l’intérêt de la justice l’exige, se voir attribuer d’office un défenseur,
sans frais, si elle n’a pas les moyens de le rémunérer; Article 25 : Révision
e) Interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la comparution et S’il est découvert un fait nouveau qui n’était pas connu au moment du procès en première
l’interrogatoire des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à instance ou en appel et qui aurait pu être un élément décisif de la décision, le condamné ou le
charge; Procureur peut saisir le Tribunal international pour le Rwanda d’une demande en révision de la
f) Se faire assister gratuitement d’un interprète, si elle ne comprend pas ou ne parle pas sentence.
la langue employée à l’audience;
Article 26 : Exécution des peines
g) Ne pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s’avouer coupable.
Les peines d’emprisonnement sont exécutées au Rwanda ou dans un État désigné par le
Tribunal international pour le Rwanda sur la liste des États qui ont fait savoir au Conseil de
Article 21 : Protection des victimes et des témoins sécurité qu’ils étaient disposés à recevoir des condamnés. Elles sont exécutées conformément aux
Le Tribunal international pour le Rwanda prévoit dans son Règlement de procédure et de lois en vigueur de l’État concerné, sous la supervision du Tribunal.
preuve des mesures de protection des victimes et des témoins. Les mesures de protection
comprennent, sans y être limitées, la tenue d’audiences à huis clos et la protection de l’identité Article 27 : Grâce et commutation de peines
81
des victimes. Si le condamné peut bénéficier d’une grâce ou d’une commutation de peine en vertu des
lois de l’État dans lequel il est emprisonné, cet État en avise le Tribunal international pour le
Article 22 : Sentence Rwanda. Une grâce ou une commutation de peine n’est accordée que si le Président du Tribunal
international pour le Rwanda, en consultation avec les juges, en décide ainsi dans l’intérêt de la
1. La Chambre de première instance prononce des sentences et impose des peines et sanctions justice et sur la base des principes généraux du droit.
à l’encontre des personnes convaincues de violations graves du droit international humanitaire.
2. La sentence est rendue en audience publique à la majorité des juges de la Chambre de Article 28 : Coopération et entraide judiciaire
première instance. Elle est établie par écrit et motivée, des opinions individuelles ou dissidentes
pouvant y être jointes. 1. Les États collaborent avec le Tribunal international pour le Rwanda à la recherche et au
jugement des personnes accusées d’avoir commis des violations graves du droit international
humanitaire.
Article 23 : Peines
2. Les États répondent sans retard à toute demande d’assistance ou à toute ordonnance
1. La Chambre de première instance n’impose que des peines d’emprisonnement. Pour fixer émanant d’une Chambre de première instance et concernant, sans s’y limiter :
les conditions de l’emprisonnement, la Chambre de première instance a recours à la grille
générale des peines d’emprisonnement appliquée par les tribunaux du Rwanda. a) L’identification et la recherche des personnes;
2. En imposant toute peine, la Chambre de première instance tient compte de facteurs tels que b) La réunion des témoignages et la production des preuves;
la gravité de l’infraction et la situation personnelle du condamné. c) L’expédition des documents;
3. Outre l’emprisonnement du condamné, la Chambre de première instance peut ordonner la d) L’arrestation ou la détention des personnes;
restitution à leurs propriétaires légitimes de tous biens et ressources acquis par des moyens e) Le transfert ou la traduction de l’accusé devant le Tribunal.
illicites, y compris par la contrainte.
Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 78 Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda 80
Article 29 : Statut, privilèges et immunités du Tribunal
international pour le Rwanda
1. La Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies en date du 13 février 1946
s’applique au Tribunal international pour le Rwanda, aux juges, au Procureur et à son personnel
ainsi qu’au Greffier et à son personnel.
2. Les juges, le Procureur et le Greffier jouissent des privilèges et immunités, des exemptions
et des facilités accordés aux agents diplomatiques, conformément au droit international.
3. Le personnel du Procureur et du Greffier jouit des privilèges et immunités accordés aux
fonctionnaires des Nations Unies en vertu des Articles V et VII de la Convention visée au
paragraphe 1 du présent article.
4. Les autres personnes, y compris les accusés, dont la présence est requise au siège du
Tribunal international pour le Rwanda bénéficient du traitement nécessaire pour assurer le bon
fonctionnement du Tribunal international pour le Rwanda.
Les dépenses du Tribunal international pour le Rwanda sont imputées sur le budget
ordinaire de l’Organisation des Nations Unies conformément à l’Article 17 de la Charte des
Nations Unies.
82
Les langues de travail du Tribunal international sont l’anglais et le français.
Conseil de sécurité Distr. générale Soulignant que les fonctions résiduelles étant sensiblement limitées, le
22 décembre 2010 mécanisme international devrait être une petite entité efficace à vocation temporaire,
dont les fonctions et la taille iront diminuant, et dont le personnel peu nombreux
sera à la mesure de ses fonctions restreintes,
Accueillant avec satisfaction le rapport du Secrétaire général (S/2009/258) sur
les aspects administratifs et budgétaires du dépôt des archives du TPIY et du TPIR,
et sur le siège du ou des mécanismes appelés à exercer les fonctions résiduelles des
Tribunaux,
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
1. Décide de créer le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions
Résolution 1966 (2010) résiduelles des Tribunaux pénaux (« le Mécanisme »), composé de deux divisions
dont les dates d’entrée en fonction seront le 1er juillet 2012 pour la division chargée
Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 6463e séance, des fonctions résiduelles du TPIR, et le 1er juillet 2013 pour la division chargée des
le 22 décembre 2010 fonctions résiduelles du TPIY, et décide à cette fin d’adopter le Statut du Mécanisme
figurant à l’annexe 1 de la présente résolution;
Le Conseil de sécurité, 2. Décide que les dispositions de la présente résolution, le Statut du Mécanisme
Rappelant sa résolution 827 (1993) du 25 mai 1993, portant création du et les Statuts du TPIY et du TPIR s’appliquent sans préjudice des dispositions
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (« TPIY »), et sa résolution transitoires prises à l’annexe 2 de la présente résolution;
955 (1994) du 8 novembre 1994, portant création du Tribunal pénal international 3. Prie les deux Tribunaux de tout faire pour achever rapidement leurs
pour le Rwanda (« TPIR »), et toutes ses résolutions ultérieures sur le sujet, travaux comme le prévoit la présente résolution et au plus tard le 31 décembre 2014,
Rappelant en particulier ses résolutions 1503 (2003) du 28 août 2003 et de préparer leur fermeture et d’opérer une transition sans heurt avec le Mécanisme,
1534 (2004) du 26 mars 2004, qui demandaient aux Tribunaux de prendre toutes les notamment en créant en leur sein une équipe préparatoire;
mesures en leur pouvoir pour mener à bien les enquêtes d’ici à la fin de 2004, 4. Décide qu’à compter des dates d’entrée en fonctions indiquées au
84
achever tous les procès en première instance d’ici à la fin de 2008 et terminer leurs paragraphe 1, les compétences, les fonctions essentielles, les droits et obligations du
travaux en 2010 (« stratégies d’achèvement des travaux »), et notant que ces TPIY et du TPIR seront dévolus au Mécanisme, sous réserve des dispositions de la
échéances n’ont pas été tenues, présente résolution et du Statut du Mécanisme, et que tous les contrats et accords
Reconnaissant la contribution considérable que les Tribunaux ont apportée à la internationaux conclus par l’Organisation des Nations Unies en relation avec le
justice pénale internationale et à l’établissement des responsabilités à raison des TPIY et le TPIR encore en vigueur à la date d’entrée en fonctions de la division
crimes internationaux graves, ainsi qu’au rétablissement de l’état de droit dans les concernée demeureront en vigueur mutatis mutandis vis-à-vis du Mécanisme;
pays de l’ex-Yougoslavie et au Rwanda, 5. Prie le Secrétaire général de soumettre dès que possible, mais au plus
Rappelant que la création des Tribunaux dans les circonstances propres à l’ex- tard le 30 juin 2011, un projet de règlement de procédure et de preuve du
Yougoslavie et au Rwanda se voulait une mesure tendant spécialement à concourir Mécanisme qui s’inspirera des règlements de procédure et de preuve des Tribunaux
au rétablissement et au maintien de la paix, et sera assujetti aux dispositions de la présente résolution et au Statut du
Mécanisme, pour examen et adoption par les juges du Mécanisme;
Réaffirmant qu’il est déterminé à combattre l’impunité de tous les
responsables de violations graves du droit international humanitaire et que toutes les 6. Décide que le Règlement de procédure et de preuve du Mécanisme et les
personnes mises en accusation par le TPIY et le TPIR doivent être traduites en modifications qui pourront y être apportées prendront effet dès leur adoption par les
justice, juges du Mécanisme, sauf décision contraire du Conseil;
Rappelant la déclaration de son président datée du 19 décembre 2008 7. Décide que la décision relative aux sièges des divisions du Mécanisme
(S/PRST/2008/47) et réaffirmant qu’il est nécessaire de créer un mécanisme spécial est subordonnée à la conclusion d’arrangements qu’il juge acceptables entre
appelé à exercer certaines fonctions essentielles des Tribunaux après leur fermeture, l’Organisation des Nations Unies et les pays qui les accueilleront;
notamment de juger les fugitifs faisant partie des plus hauts dirigeants soupçonnés 8. Rappelle que les États ont l’obligation de coopérer avec les Tribunaux,
de porter la responsabilité la plus lourde des crimes commis, en particulier de satisfaire sans retard injustifié aux demandes d’assistance
concernant la recherche, l’arrestation, la détention, le transfèrement des accusés et
leur traduction devant les Tribunaux;
* Nouveau tirage pour raisons techniques (12 septembre 2011).
10-70609* (F)
2 10-70609
*1070609*
S/RES/1966 (2010) S/RES/1966 (2010)
9. Décide que tous les États coopéreront sans réserve avec le Mécanisme 18. Souligne l’intention qu’il a l’intention de décider des modalités de
conformément à la présente résolution et au Statut du Mécanisme, et légiféreront en l’exercice des éventuelles fonctions résiduelles du Mécanisme lorsque celui-ci aura
conséquence selon leur droit interne pour donner effet aux dispositions de la achevé ses travaux;
présente résolution et au Statut du Mécanisme, y compris l’obligation à eux faite de
19. Décide de demeurer saisi de la question.
satisfaire aux demandes d’assistance du Mécanisme et d’exécuter ses ordonnances
en vertu de son Statut;
10. Prie instamment tous les États, en particulier ceux sur le territoire
desquels des fugitifs sont soupçonnés d’être en liberté, de renforcer encore la
coopération avec les Tribunaux et le Mécanisme et de leur fournir toute l’assistance
dont ils auraient besoin, notamment pour appréhender et remettre le plus rapidement
possible tous les fugitifs restants;
11. Prie instamment les Tribunaux et le Mécanisme de s’employer
activement à renvoyer les affaires ne mettant pas en cause les plus hauts dirigeants
soupçonnés de porter la responsabilité la plus lourde des crimes commis aux
juridictions nationales compétentes conformément à leurs statuts et règlements de
procédure et de preuve respectifs;
12. Demande à tous les États de coopérer autant qu’ils le peuvent pour
recevoir les affaires qui leur sont renvoyées par les Tribunaux et par le Mécanisme;
13. Prie le Secrétaire général de donner effet à la présente résolution et de
prendre des dispositions pratiques pour permettre au Mécanisme de commencer
effectivement à fonctionner à la première des dates d’entrée en fonctions visées au
paragraphe 1, en particulier de lancer au plus tard le 30 juin 2011 la procédure de
sélection des juges à inscrire sur la liste de réserve du Mécanisme prévue dans le
Statut de celui-ci;
85
14. Prie le Secrétaire général de mettre au point, en consultation avec le
Conseil et avant la première des dates d’entrée en fonctions indiquées au
paragraphe 1, le régime de protection des informations et d’accès aux archives des
Tribunaux et du Mécanisme;
15. Prie les Tribunaux et le Mécanisme de coopérer avec les pays de l’ex-
Yougoslavie et avec le Rwanda ainsi qu’avec les organismes concernés pour faciliter
la création de centres d’information et de documentation, en donnant accès aux
documents publics des archives des Tribunaux et du Mécanisme, y compris sur leurs
sites Web;
16. Prie le Président du Mécanisme de présenter un rapport annuel au
Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale, et le Président et le Procureur du
Mécanisme de présenter au Conseil de sécurité des rapports semestriels sur
l’avancement des travaux du Mécanisme;
17. Décide que le Mécanisme restera en fonctions pendant une période
initiale de quatre ans qui commencera à la première des dates d’entrée en fonctions
indiquées au paragraphe 1, décide d’examiner l’avancement de ses travaux, y
compris l’achèvement des tâches qui lui ont été confiées, avant la fin de cette
période initiale puis tous les deux ans, et décide en outre qu’il restera en fonctions
pendant de nouvelles périodes de deux ans commençant après chacun de ces
examens, sauf décision contraire du Conseil;
10-70609 3 4 10-70609
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Préambule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Article premier : Compétence du Mécanisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Article 2 : Fonctions du Mécanisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Article 3 : Structure et sièges du Mécanisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Article 4 : Organisation du Mécanisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Article 5 : Compétences concurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Article 6 : Renvoi d’affaires devant les juridictions nationales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Article 7 : Non bis in idem . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Article 8 : Liste des juges . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Article 9 : Qualification des juges . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Article 10 : Élection des juges . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Article 11 : Le Président . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
86
Article 12 : Affectation des juges et composition des Chambres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Article 13 : Règlement de procédure et de preuve . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Article 14 : Le Procureur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Article 15 : Le Greffe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Article 16 : Information et établissement de l’acte d’accusation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Article 17 : Examen de l’acte d’accusation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Article 18 : Ouverture et conduite du procès . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Article 19 : Les droits de l’accusé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Article 20 : Protection des victimes et des témoins . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Article 21 : Sentence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Article 22 : Peines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Article 23 : Appel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Article 24 : Révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Article 25 : Exécution des peines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Article 26 : Grâce et commutation de peine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Article 27 : Gestion des archives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
10-70609 5 6 10-70609
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Statut du Mécanisme international appelé à exercer 5. Le Mécanisme n’est pas habilité à délivrer de nouveaux actes d’accusation
les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux contre des personnes autres que celles visées par le présent article.
Préambule Article 2
Fonctions du Mécanisme
Créé par le Conseil de sécurité agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte
des Nations Unies pour exercer les fonctions résiduelles du Tribunal international Le Mécanisme succède au TPIY et au TPIR dans leurs fonctions, telles
chargé de juger les personnes accusées de violations graves du droit international qu’elles sont définies dans le présent Statut (« fonctions résiduelles »), pendant sa
humanitaire commises sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991 (ci-après période d’activité.
dénommé « le TPIY ») et du Tribunal international chargé de juger les personnes
accusées d’actes de génocide ou d’autres violations graves du droit international Article 3
humanitaire commis sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais accusés de Structure et sièges du Mécanisme
tels actes ou violations commis sur le territoire d’États voisins entre le 1er janvier et Le Mécanisme comprend deux divisions, l’une exerçant les fonctions du TPIY,
le 31 décembre 1994 (ci-après dénommé « le TPIR »), le Mécanisme international l’autre celles du TPIR. La première a son siège à La Haye; la seconde à Arusha.
appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux (ci-après dénommé
« le Mécanisme ») est régi par les dispositions du présent Statut. Article 4
Organisation du Mécanisme
Article premier
Compétence du Mécanisme Le Mécanisme comprend les organes suivants :
1. Le Mécanisme succède au TPIY et au TPIR dans leur compétence matérielle, a) Les Chambres, soit une Chambre de première instance pour chaque
territoriale, temporelle et personnelle, telle que définie aux articles premier à 8 du division et une Chambre d’appel commune aux deux divisions;
Statut du TPIY et aux articles premier à 7 du Statut du TPIR 1, et dans leurs droits et b) Le Procureur commun aux deux divisions;
leurs obligations, sous réserve des dispositions du présent Statut.
c) Le Greffe commun aux deux divisions, qui assure le service administratif
2. Le Mécanisme est habilité à juger, conformément aux dispositions du présent du Mécanisme, y compris les Chambres et le Procureur.
Statut, les personnes mises en accusation par le TPIY ou le TPIR qui font partie des
87
plus hauts dirigeants soupçonnés de porter la responsabilité la plus lourde des Article 5
crimes visés au paragraphe 1 du présent article, compte tenu de la gravité des crimes Compétences concurrentes
reprochés et de la position hiérarchique de l’accusé.
1. Le Mécanisme et les juridictions nationales sont concurremment compétents
3. Le Mécanisme est habilité à juger, conformément aux dispositions du présent pour juger les personnes visées à l’article premier du présent Statut.
Statut, les personnes mises en accusation par le TPIY ou le TPIR qui ne font pas
partie des plus hauts dirigeants visés au paragraphe 2 du présent article, étant 2. Le Mécanisme a la primauté sur les juridictions nationales. À tout stade de la
entendu qu’il ne les jugera, conformément aux dispositions du présent Statut, procédure mettant en cause une personne visée au paragraphe 2 de l’article premier
qu’après avoir épuisé toutes solutions raisonnables pour renvoyer l’affaire comme du présent Statut, le Mécanisme peut demander officiellement aux juridictions
l’envisage l’article 6 du présent Statut. nationales de se dessaisir en sa faveur conformément au présent Statut et à son
Règlement de procédure et de preuve.
4. Le Mécanisme est habilité à juger, conformément aux dispositions du présent
Statut : Article 6
a) Quiconque entrave ou a entravé sciemment et délibérément Renvoi d’affaires devant les juridictions nationales
l’administration de la justice par le Mécanisme ou les Tribunaux, et à le déclarer 1. Le Mécanisme est habilité à renvoyer toutes affaires mettant en cause des
coupable d’outrage; et personnes visées au paragraphe 3 de l’article premier du présent Statut devant les
b) Quiconque fait ou a fait sciemment et délibérément un faux témoignage autorités d’un État et doit tout mettre en œuvre à cette fin, conformément aux
devant le Mécanisme ou les Tribunaux. paragraphes 2 et 3 du présent article. Il est également habilité à renvoyer toutes
affaires mettant en cause des personnes visées au paragraphe 4 de l’article premier
Avant de juger ces personnes, le Mécanisme envisage de renvoyer l’affaire aux du présent Statut.
autorités d’un État conformément à l’article 6 du présent Statut, selon ce que
commandent l’intérêt de la justice et l’opportunité. 2. Après confirmation de l’acte d’accusation et avant l’ouverture du procès, que
l’accusé soit placé ou non sous la garde du Mécanisme, le Président peut désigner
__________________ une Chambre de première instance qui détermine s’il y a lieu de renvoyer l’affaire
1 Voir art. 1 à 8 du Statut du TPIY [S/RES/827 (1993) et annexe au rapport S/25704 et Add.1 aux autorités de l’État :
1993)] et art. 1 à 7 du Statut du TPIR [annexe à la résolution S/RES/955 (1994)].
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88
Article 7
Non bis in idem l’expérience de juge au TPIY ou au TPIR.
1. Nul ne peut être traduit devant une juridiction nationale pour des faits 2. Il est dûment tenu compte dans la composition des Chambres de première
constitutifs de violations graves du droit international humanitaire au sens du instance et d’appel de l’expérience des juges en matière de droit pénal et de droit
présent Statut s’il a déjà été jugé par le TPIY, le TPIR ou le Mécanisme. international, notamment de droit international humanitaire et des droits de
l’homme.
2. Toute personne visée à l’article premier du présent Statut qui a été traduite
devant une juridiction nationale pour des faits constitutifs de violations graves du
Article 10
droit international humanitaire ne peut par la suite l’être devant le Mécanisme que
Élection des juges
si :
1. Les juges du Mécanisme sont élus par l’Assemblée générale sur la liste
a) Le fait pour lequel elle a été jugée était qualifié crime de droit commun; ou
présentée par le Conseil de sécurité, selon les modalités ci-après :
b) La juridiction nationale n’a pas statué en toute impartialité ou
a) Le Secrétaire général invite les États Membres de l’Organisation des
indépendance, la procédure engagée devant elle visait à soustraire l’accusé à sa
Nations Unies et les États non membres ayant une mission d’observation
responsabilité pénale internationale, ou la poursuite n’a pas été exercée en toute
permanente au Siège de l’Organisation à présenter des candidats, choisis de
diligence.
préférence parmi les personnes qui ont déjà exercé les fonctions de juge au TPIY ou
3. Pour décider de la peine à infliger à toute personne condamnée pour un crime au TPIR;
visé par le présent Statut, le Mécanisme tient compte de la mesure dans laquelle
cette personne a déjà purgé la peine qui lui aurait été infligée par une juridiction b) Dans les soixante jours suivant la date de cette invitation, chaque État
nationale pour les mêmes faits. peut présenter la candidature d’au plus deux personnes réunissant les conditions
indiquées au paragraphe premier de l’article 9 du Statut;
c) Le Secrétaire général transmet les candidatures au Conseil de sécurité.
Sur la base de ces candidatures, le Conseil dresse une liste d’au moins 30 noms en
tenant dûment compte des conditions indiquées au paragraphe 1 de l’article 9 et de
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la nécessité d’assurer une représentation adéquate des principaux systèmes 3. Le Président du Mécanisme est membre de la Chambre d’appel, en nomme les
juridiques du monde; autres membres et en préside les débats. En cas d’appel formé contre toute décision
rendue par un juge unique, la Chambre d’appel se compose de trois juges. En cas
d) Le Président du Conseil de sécurité transmet la liste de candidats au
d’appel formé contre toute décision rendue par une Chambre de première instance,
Président de l’Assemblée générale. L’Assemblée élit sur cette liste 25 juges du
la Chambre d’appel se compose de cinq juges.
Mécanisme. Sont élus les candidats qui ont obtenu la majorité absolue des voix des
États Membres de l’Organisation des Nations Unies et des États non membres ayant 4. S’il est formé en vertu de l’article 24 du présent Statut une demande en
une mission d’observation permanente au Siège de l’Organisation. Si plus de deux révision d’une sentence prononcée par un juge unique ou une Chambre de première
candidats de la même nationalité obtiennent la majorité requise, sont élus les deux instance, le Président en saisit une Chambre de première instance composée de trois
candidats ayant recueilli le plus grand nombre de voix. juges. En cas de demande en révision d’un arrêt rendu par la Chambre d’appel, la
Chambre d’appel saisie se compose de cinq juges.
2. Si le siège de l’un des juges inscrits sur la liste devient vacant, le Secrétaire
général, après avis du Président du Conseil de sécurité et du Président de 5. Le Président peut désigner parmi les juges du Mécanisme un juge de réserve
l’Assemblée générale, nomme une personne réunissant les conditions indiquées au appelé à assister à toutes les phases du procès auquel il aura été affecté et à
paragraphe 1 de l’article 9 du Statut pour siéger jusqu’à l’expiration du mandat de remplacer tout juge dans l’incapacité de continuer à siéger.
son prédécesseur.
Article 13
3. Les juges du Mécanisme sont nommés pour un mandat de quatre ans et
Règlement de procédure et de preuve
peuvent être reconduits dans leurs fonctions par le Secrétaire général sur avis du
Président du Conseil de sécurité et du Président de l’Assemblée générale. 1. Les juges du Mécanisme adoptent le règlement qui régit la phase préalable au
procès, les débats et les recours, l’administration de la preuve, la protection des
4. S’il ne reste pas de juge sur la liste, si aucun juge figurant sur la liste n’est
victimes et des témoins et toute autre question s’y prêtant.
disponible ou s’il n’est pas possible de désigner un juge siégeant au Mécanisme, et
si toutes les solutions pratiques ont été épuisées, le Secrétaire général peut, à la 2. Les modifications du Règlement de procédure et de preuve peuvent être
demande du Président du Mécanisme et après l’avis du Président du Conseil de décidées à distance par les juges du Mécanisme par voie de procédure écrite.
sécurité et du Président de l’Assemblée générale, nommer une personne réunissant
3. Sauf décision contraire du Conseil de sécurité, le Règlement de procédure et
les conditions énoncées au paragraphe 1 de l’article 9 du Statut pour siéger comme
de preuve et toutes modifications y relatives prennent effet dès leur adoption par les
juge du Mécanisme.
juges du Mécanisme.
89
Article 11 4. Le Règlement de procédure et de preuve et toutes modifications y relatives
Le Président doivent être compatibles avec le présent Statut.
1. Après consultation du Président du Conseil de sécurité et des juges du
Article 14
Mécanisme, le Secrétaire général nomme un Président à temps plein parmi les juges
Le Procureur
du Mécanisme.
1. Le Procureur est responsable de l’instruction des dossiers et de l’exercice de la
2. Le Président est présent au siège de l’une ou l’autre des divisions du
poursuite contre les personnes visées à l’article premier du présent Statut.
Mécanisme selon ce qu’exige l’exercice de ses fonctions.
2. Le Procureur, qui est un organe distinct du Mécanisme, agit en toute
Article 12 indépendance. Il ne sollicite ni ne reçoit d’instructions d’aucun gouvernement ni
Affectation des juges et composition des Chambres d’aucune autre source.
1. Pour juger toute affaire relevant des paragraphes 2 et 3 de l’article premier du 3. Le Bureau du Procureur se compose du Procureur, d’un responsable désigné
présent Statut ou pour examiner l’opportunité de renvoyer telle affaire devant une par lui au siège de chaque division du Mécanisme et du personnel qualifié qui peut
juridiction nationale, le Président nomme trois juges inscrits sur la liste qui être nécessaire, conformément aux dispositions du paragraphe 5 du présent article.
constitueront une Chambre de première instance et nomme parmi eux le président Le Procureur est présent au siège de l’une ou l’autre des divisions du Mécanisme
qui supervisera les travaux de la Chambre. Dans tous les autres cas, y compris les selon ce qu’exige l’exercice de ses fonctions.
procès conduits conformément au paragraphe 4 de l’article premier du présent
4. Le Procureur est nommé par le Conseil de sécurité sur proposition du
Statut, le Président saisit un juge unique qu’il désigne sur la liste.
Secrétaire général. Il doit être de haute moralité et de la compétence la plus élevée
2. Le Président peut nommer pour chaque division du Mécanisme un juge de et avoir une solide expérience de l’instruction et de la poursuite dans les affaires
permanence appelé à statuer à tout moment comme juge unique sur les actes criminelles. Son mandat est de quatre ans et renouvelable. Ses conditions d’emploi
d’accusation, mandats ou autres actes non renvoyés à une Chambre de première sont celles d’un secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies.
instance.
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première instance fixe alors la date du procès.
Article 16
Information et établissement de l’acte d’accusation 4. L’audience est publique à moins que le juge unique ou la Chambre de première
instance n’ordonne le huis clos conformément au Règlement de procédure et de
1. Le Procureur a le pouvoir d’enquêter sur les personnes visées à l’article
preuve.
premier du présent Statut. Il n’a pas le pouvoir d’établir de nouveaux actes
d’accusation contre des personnes autres que celles que vise l’article premier du
Article 19
présent Statut.
Les droits de l’accusé
2. Le Procureur a le pouvoir d’interroger les suspects, les victimes et les témoins,
1. Tous sont égaux devant le Mécanisme.
de réunir des preuves et de procéder sur place à des mesures d’instruction. Dans
l’exécution de ces tâches, le Procureur peut solliciter au besoin le concours des 2. Toute personne contre laquelle des accusations sont portées a droit à ce que sa
autorités de l’État concerné. cause soit entendue équitablement et publiquement, sous réserve des dispositions de
l’article 20 du présent Statut.
3. Tout suspect interrogé a le droit d’être assisté d’un conseil de son choix, y
compris le droit de se voir commettre d’office un défenseur, sans frais s’il n’a pas 3. Tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie
les moyens de le rémunérer, et de bénéficier le cas échéant de services de traduction conformément aux dispositions du présent Statut.
dans une langue qu’il parle et comprend et à partir de cette langue.
4. Toute personne contre laquelle une accusation est portée en vertu du présent
4. S’il décide qu’au vu des présomptions, il y a lieu d’engager des poursuites, le Statut a droit en toute égalité au moins aux garanties suivantes :
Procureur établit un acte d’accusation dans lequel il expose succinctement les faits
a) Être informée dans le plus court délai dans une langue qu’elle comprend
et le crime ou les crimes qui sont reprochés à l’accusé en vertu du Statut. L’acte
et de façon détaillée, de la nature et des motifs de l’accusation portée contre elle;
d’accusation est transmis au juge de permanence ou à un juge unique désigné par le
Président. b) Disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa
défense et communiquer avec le conseil de son choix;
c) Être jugée sans retard excessif;
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Mécanisme sur la liste des États ayant conclu à cet effet un accord avec
2. La sentence est rendue en audience publique et établie par écrit et motivée. l’Organisation des Nations Unies. La réclusion est soumise aux règles nationales de
Elle est rendue à la majorité des juges de la Chambre, des opinions individuelles ou l’État concerné, sous le contrôle du Mécanisme.
dissidentes pouvant y être jointes.
2. Le Mécanisme contrôle l’exécution des peines prononcées par lui-même, le
TPIY ou le TPIR, y compris l’application des accords relatifs à l’exécution des
Article 22
peines conclus entre l’Organisation des Nations Unies et les États Membres et des
Peines
autres accords conclus avec des organisations internationales et régionales et avec
1. La Chambre de première instance n’impose que des peines d’emprisonnement d’autres organismes.
aux personnes visées aux paragraphes 2 et 3 de l’article premier du présent Statut.
La peine encourue par toute personne visée au paragraphe 4 de l’article premier du Article 26
présent Statut est un emprisonnement de sept ans au maximum ou une amende d’un Grâce et commutation de peine
montant fixé par le Règlement de procédure et de preuve, ou les deux.
Si la personne condamnée par le TPIY, le TPIR ou le Mécanisme peut
2. Pour fixer les conditions de l’emprisonnement, le juge unique ou la Chambre bénéficier d’une grâce ou d’une commutation de peine selon les lois de l’État dans
de première instance a recours à la grille générale des peines d’emprisonnement lequel elle est emprisonnée, cet État en avise le Mécanisme. Il n’est accordé de
appliquée par les Tribunaux de l’ex-Yougoslavie et ceux du Rwanda. grâce ou de commutation de peine que si le Président du Mécanisme en décide ainsi
dans l’intérêt de la justice et sur la base des principes généraux du droit.
3. Lorsqu’ils infligent une peine, le juge unique et la Chambre de première
instance tiennent compte de considérations telles que la gravité de l’infraction et la
Article 27
situation personnelle du condamné.
Gestion des archives
4. Outre l’emprisonnement du condamné, le juge unique ou la Chambre de
1. Sans préjudice des conditions préalables éventuellement posées par la source
première instance peut ordonner la restitution à leurs propriétaires légitimes de tout
d’information ou de documents, ni des arrangements éventuellement pris avec celle-
bien et de toute ressource acquis par des moyens illicites, y compris la contrainte.
ci, les archives du TPIY, du TPIR et du Mécanisme restent la propriété de
l’Organisation des Nations Unies. Ces archives sont inviolables, où qu’elles se
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S/RES/1966 (2010) S/RES/1966 (2010)
trouvent, conformément à la section 4 de la Convention sur les privilèges et 3. Le personnel du Bureau du Procureur et du Greffe jouit des privilèges et des
immunités des Nations Unies du 13 février 1946. immunités accordés aux fonctionnaires des Nations Unies en vertu des articles V
et VII de la Convention visée au paragraphe 1 du présent article.
2. Le Mécanisme est chargé de gérer les archives, sous l’angle notamment de leur
conservation et de leur accessibilité. Les archives du TPIY et du TPIR sont 4. Les conseils de la défense qui justifient avoir été admis à exercer devant le
conservées auprès de la division du Mécanisme concernée. Mécanisme jouissent dans l’exercice de leurs fonctions officielles, après notification
préalable de leur mission et de leurs dates d’arrivée et de départ définitif adressée à
3. Pour ce qui est de l’accessibilité des archives, le Mécanisme veille à préserver
l’État accréditaire par le Mécanisme, des mêmes privilèges et immunités que ceux
les informations confidentielles, y compris celles concernant les témoins protégés et
qui sont accordés aux experts en mission de l’Organisation des Nations Unies en
celles communiquées à titre confidentiel. À cette fin, le Mécanisme met en place un
vertu des paragraphes a) à c) de la section 22 et de la section 23 de l’article VI de la
système de sécurité et de contrôle d’accès, régissant notamment l’incommunicabilité
Convention visée au paragraphe 1 du présent article. Sans préjudice de leurs
des archives et, s’il y a lieu, leur mise en diffusion générale.
privilèges et immunités, les conseils qui bénéficient de ces privilèges et immunités
sont tenus de respecter les lois et règlements de l’État accréditaire.
Article 28
Coopération et entraide judiciaire 5. Les autres personnes, y compris les accusés, dont la présence est requise aux
sièges du Mécanisme bénéficient du traitement qu’exige le bon fonctionnement du
1. Les États collaborent avec le Mécanisme à la recherche et au jugement des
Mécanisme.
personnes visées à l’article premier du présent Statut.
2. Les États répondent sans retard à toute demande d’assistance ou à toute Article 30
ordonnance émanant d’un juge unique ou d’une Chambre de première instance en Dépenses du Mécanisme
rapport avec une affaire mettant en cause une personne visée à l’article premier du
Les dépenses du Mécanisme sont imputées sur le budget ordinaire de
présent Statut, et concernant, sans s’y limiter :
l’Organisation des Nations Unies conformément à l’Article 17 de la Charte des
a) L’identification et la recherche des personnes; Nations Unies.
b) La réunion des témoignages et la production des preuves;
Article 31
c) L’expédition des documents; Langues de travail
92
d) L’arrestation ou la détention des personnes; Les langues de travail du Mécanisme sont l’anglais et le français.
e) Le transfert ou la traduction des accusés devant le Mécanisme.
Article 32
3. Le Mécanisme continue de répondre aux demandes d’assistance des autorités Rapports
nationales en relation avec la recherche, la poursuite et le jugement des personnes
1. Le Président du Mécanisme présente chaque année le rapport du Mécanisme
responsables de violations graves du droit international humanitaire commises sur le
au Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale.
territoire de l’ex-Yougoslavie et celui du Rwanda, notamment, s’il y a lieu, en aidant
à retrouver les fugitifs dont les affaires ont été renvoyées à des autorités nationales 2. Le Président et le Procureur présentent tous les six mois au Conseil de sécurité
par le TPIY, le TPIR ou le Mécanisme. un rapport sur l’état d’avancement des travaux du Mécanisme.
Article 29
Statut, privilèges et immunités du Mécanisme
1. La Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies en date du
13 février 1946 s’applique au Mécanisme, aux archives du TPIY, du TPIR et du
Mécanisme, aux juges, au Procureur et au personnel du Bureau du Procureur, ainsi
qu’au Greffier et au personnel du Greffe.
2. Le Président, le Procureur et le Greffier jouissent des privilèges et des
immunités, des exemptions et des facilités accordés aux agents diplomatiques,
conformément au droit international. Les juges du Mécanisme jouissent, dans
l’exercice de leurs fonctions, des mêmes privilèges et immunités, exemptions et
facilités.
10-70609 17 18 10-70609
S/RES/1966 (2010) S/RES/1966 (2010)
Annexe 2 Article 4
Outrage au tribunal et faux témoignage
Dispositions transitoires
1. Le TPIY et le TPIR sont compétents pour mener et conclure toutes les
Article premier procédures relatives aux outrages au tribunal et aux faux témoignages si la mise en
Première instance accusation de ces chefs est confirmée avant la date d’entrée en fonctions de la
division du Mécanisme concernée.
1. Le TPIY et le TPIR sont compétents pour mener tous les procès et toutes les
procédures de renvoi dont ils seront saisis à la date de l’entrée en fonctions de la 2. Le Mécanisme est compétent pour mener et conclure toutes les procédures
division du Mécanisme qui leur correspond. relatives aux outrages au tribunal et aux faux témoignages si la mise en accusation
de ces chefs est confirmée à la date ou après la date d’entrée en fonctions de la
2. Si un fugitif mis en accusation par le TPIY ou le TPIR est arrêté plus de division du Mécanisme concernée.
12 mois avant la date d’entrée en fonctions de la division du Mécanisme concernée,
ou si un nouveau procès est ordonné par la Chambre d’appel plus de 6 mois avant Article 5
cette date, le TPIY ou le TPIR auront compétence, conformément à leur statut et Protection des victimes et des témoins
règlement de procédure et de preuve respectif, pour mener et conclure le procès de
l’intéressé ou renvoyer l’affaire s’il y a lieu devant les autorités d’un État. 1. Le TPIY et le TPIR pourvoient à la sûreté des victimes et des témoins et
exercent l’ensemble des fonctions de poursuite et de jugement y afférentes dans
3. Si un fugitif mis en accusation par le TPIY ou le TPIR est arrêté moins de toutes les affaires relevant de leur compétence en vertu des articles premier à 4 de la
12 mois avant la date d’entrée en fonctions de la division du Mécanisme concernée, présente annexe.
ou si un nouveau procès est ordonné moins de 6 mois avant cette date, le TPIY ou le
TPIR n’ont compétence, conformément à leur statut et règlement de procédure et de 2. Le Mécanisme pourvoit à la sûreté des victimes et des témoins et exerce
preuve respectif, que pour la mise en état de l’affaire ou son renvoi éventuel devant l’ensemble des fonctions de poursuite et de jugement y afférentes dans toutes les
les autorités d’un État. À compter de la date d’entrée en fonctions de ses divisions, affaires relevant de sa compétence en vertu des articles premier à 4 de la présente
le Mécanisme et compétent à l’égard d’un tel accusé en vertu de l’article premier de annexe.
son Statut, y compris pour le juger ou pour renvoyer l’affaire s’il y a lieu. 3. Le Mécanisme pourvoit à la sûreté des victimes et des témoins et exerce
4. Si un fugitif mis en accusation par le TPIY ou le TPIR est arrêté ou si un l’ensemble des fonctions de poursuite et de jugement y afférentes dans le cas où une
personne est victime ou témoin dans plusieurs affaires relevant à la fois de la
93
nouveau procès est ordonné à la date ou après la date d’entrée en fonctions de la
division du Mécanisme concernée, le Mécanisme est compétent à l’égard de compétence du Mécanisme et de celle du TPIY ou du TPIR en vertu des articles
l’intéressé en vertu de l’article premier de son Statut. premier à 4 de la présente annexe.
4. Le TPIY et le TPIR prennent toutes dispositions nécessaires pour que la
Article 2 fonction de protection des victimes et des témoins soit dévolue au Mécanisme dans
Appel les meilleurs délais et de façon coordonnée pour toutes les affaires achevées. Dès
1. Le TPIY et le TPIR sont compétents pour mener et conclure toutes procédures l’entrée en fonctions de ses divisions, le Mécanisme exerce l’ensemble des fonctions
d’appel si l’appel contre le jugement ou la peine est interjeté avant la date d’entrée de poursuite et de jugement correspondant à ces affaires.
en fonctions de la division du Mécanisme concernée.
Article 6
2. Le Mécanisme est compétent pour mener et conclure toutes les procédures Dévolution coordonnée des autres fonctions
d’appel si l’appel contre le jugement ou la peine est interjeté à la date ou après la
date d’entrée en fonctions des divisions du Mécanisme concernées. Le TPIY et le TPIR prennent toutes dispositions nécessaires pour que soient
dévolues au Mécanisme dans les meilleurs délais et de façon coordonnée toutes
Article 3 leurs autres fonctions, à savoir le contrôle de l’exécution des peines, l’instruction
Révision des demandes d’assistance émanant des autorités nationales ainsi que la gestion des
dossiers et des archives. Dès l’entrée en fonctions de ses divisions, le Mécanisme
1. Le TPIY et le TPIR sont compétents pour mener et conclure tous les procès en exerce l’ensemble des fonctions de poursuite et de jugement correspondantes.
révision si la demande en révision est déposée avant la date d’entrée en fonctions de
la division du Mécanisme concernée.
2. Le Mécanisme est compétent pour mener et conclure tous les procès en
révision si la demande en révision est déposée à la date ou après la date d’entrée en
fonctions de la division du Mécanisme concernée.
10-70609 19 20 10-70609
S/RES/1966 (2010)
Article 7
Dispositions transitoires concernant le Président, les juges,
le Procureur, le Greffier et le personnel
Nonobstant les dispositions des statuts du Mécanisme, du TPIY et du TPIR,
a) Le Président, les juges, le Procureur et le Greffier du Mécanisme peuvent
également exercer les fonctions de président, juge, procureur et greffier du TPIY ou
du TPIR;
b) Les membres du personnel du Mécanisme peuvent également être
membres du personnel du TPIY ou du TPIR.
94
10-70609 21
Amendements à l’article 8 du Statut de Rome
(Résolution RC/Res.5, Assemblée des États Parties de la Cour
pénale internationale, Kampala, 10 juin 2010, annexe)
RC/11 RC/11
Résolution RC/Res.5٭ Considérant que le crime visé au paragraphe 2, e), xv) de l’article 8 (le fait d’utiliser
des balles qui s’épanouissent ou s’aplatissent facilement dans le corps humain) constitue
également une violation grave des lois et coutumes applicables aux conflits armés ne
Adoptée à la douzième séance plénière, le 10 juin 2010, par consensus
présentant pas un caractère international, et étant entendu que l’acte ne constitue un crime
que lorsque l’auteur utilise les balles pour aggraver inutilement les souffrances ou les
RC/Res.5 blessures infligées à la personne visée, conformément au droit coutumier international,
Amendements à l’article 8 du Statut de Rome
1. Décide d’adopter l’amendement au paragraphe 2, e) de l’article 8 du Statut de Rome
de la Cour pénale internationale contenu dans l’annexe I à la présente résolution, qui est
La Conférence de révision,
soumis à ratification ou acceptation, et entrera en vigueur conformément au paragraphe 5
Notant que le paragraphe 1 de l’article 123 du Statut de Rome de la Cour pénale de l’article 121 du Statut ;
internationale demande au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies de
2. Décide d’adopter les éléments pertinents qui doivent être ajoutés aux Éléments des
convoquer une conférence de révision pour examiner tout amendement au Statut, sept ans
crimes, tels que contenus dans l’annexe II à la présente résolution.
après son entrée en vigueur,
Notant le paragraphe 5 de l’article 121 du Statut qui stipule qu’un amendement aux
articles 5, 6, 7 et 8 du Statut entre en vigueur à l’égard des États Parties qui l’ont accepté un
an après le dépôt de leurs instruments de ratification ou d’acceptation et que la Cour
n'exerce pas sa compétence à l'égard d'un crime faisant l'objet de cet amendement lorsque
ce crime a été commis par un ressortissant d'un État Partie qui n'a pas accepté
l'amendement ou sur le territoire de cet État, et confirmant qu’il est entendu que, en ce qui
concerne cet amendement, le même principe qui s’applique à l’égard d’un État Partie qui
n’a pas accepté l’amendement s’applique également à l’égard des États non parties au
Statut,
Confirmant que, à la lumière du paragraphe 5 de l’article 40 de la Convention de
Vienne sur le droit des traités, les États qui deviennent subséquemment États Parties au
Statut auront le droit de décider d’accepter ou non l’amendement énoncé dans cette
résolution au moment de leur ratification, acceptation ou approbation ou au moment de leur
adhésion au Statut,
Notant que l’article 9 du Statut sur les éléments des crimes stipule que ces éléments
aident la Cour à interpréter et appliquer les dispositions des crimes qui relèvent de sa
96
compétence,
Tenant dûment compte du fait que les crimes consistant en le fait d’employer du
poison ou des armes empoisonnées ; le fait d’employer des gaz asphyxiants, toxiques ou
similaires, ainsi que tous liquides, matières ou procédés analogues ; et le fait d’utiliser des
balles qui s’épanouissent ou s’aplatissent facilement dans le corps humain, telles que des
balles dont l’enveloppe dure ne recouvre pas entièrement le centre ou est percée d’entailles,
relèvent déjà de la compétence de la Cour, en vertu du paragraphe 2, b) de l’article 8, en
tant que violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés
internationaux,
Notant les éléments des crimes pertinents parmi les Éléments des crimes déjà
adoptés par l’Assemblée des États Parties le 9 septembre 2000,
Considérant que l’interprétation et l’application des éléments des crimes pertinents
susmentionnés peuvent également aider, dans le cadre de conflits armés ne présentant pas
un caractère international, en ce qu’ils précisent, entre autres, que le comportement a eu
lieu dans le contexte d’un conflit armé et était associé à celui-ci, ce qui confirme en
conséquence l’exclusion de la compétence de la Cour à l’égard des situations de maintien
de l’ordre public,
Considérant que les crimes visés au paragraphe 2, e), xiii) de l’article 8 (le fait
d’employer du poison ou des armes empoisonnées) et au paragraphe 2, e), xiv) de
l’article 8 (le fait d’employer des gaz asphyxiants, toxiques ou similaires, ainsi que tous
liquides, matières ou procédés analogues) constituent des violations graves des lois et
coutumes applicables aux conflits armés ne présentant pas un caractère international,
conformément au droit coutumier international,
٭
Voir [Link]-6 (Notification dépositaire), en date du 29 novembre 2010, disponible à
l’adresse suivante : [Link]
11-F-011110 15 16 11-F-011110
RC/11 RC/11
Annexe I Annexe II
« xiii) Le fait d’employer du poison ou des armes empoisonnées ; Article 8, paragraphe 2, e), xiii)
Emploi de poison ou d’armes empoisonnées
xiv) Le fait d’employer des gaz asphyxiants, toxiques ou similaires, ainsi que tous
liquides, matières ou procédés analogues ;
Éléments
xv) Le fait d’utiliser des balles qui s’épanouissent ou s’aplatissent facilement dans
le corps humain, telles que des balles dont l’enveloppe dure ne recouvre pas entièrement le 1. L’auteur a employé une substance toxique ou a fait usage d’une arme qui dégage
centre ou est percée d’entailles. » une telle substance lorsqu’elle est employée.
2. La substance employée était de nature à causer la mort ou à porter gravement
atteinte à la santé dans le cours normal des événements du fait de ses propriétés toxiques.
3. Le comportement a eu lieu dans le contexte de et était associé à un conflit armé ne
présentant pas un caractère international.
4. L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant l’existence d’un
conflit armé.
Éléments
97
gravement atteinte à la santé dans le cours normal des événements du fait de ses propriétés
asphyxiantes ou toxiques1.
3. Le comportement a eu lieu dans le contexte de et était associé à un conflit armé ne
présentant pas un caractère international.
4. L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant l’existence d’un
conflit armé.
Éléments
1
Rien dans cet élément ne doit être interprété comme limitant ou portant préjudice en aucune manière aux normes
de droit international existantes ou en cours d’élaboration concernant la mise au point, la production, le stockage
et l’emploi d’armes chimiques.
11-F-011110 17 18 11-F-011110
Le crime d’agression (Résolution RC/Res.6, Assemblée des
États Parties de la Cour pénale internationale, Kampala,
11 juin 2010, annexe)
RC/11 RC/11
100
Partie peut déposer une déclaration prévue à l’article 15 bis avant ratification ou État, ou l’utilisation d’une arme quelconque par un État contre le territoire d’un autre État ;
acceptation ;
c) Le blocus des ports ou des côtes d’un État par les forces armées d’un autre
2. Décide également d'adopter les amendements aux Éléments des crimes figurant à État ;
l'annexe II à la présente résolution ;
d) L’attaque par les forces armées d’un État des forces terrestres, maritimes ou
3. Décide également d'adopter les éléments d’interprétation des amendements aériennes, ou des flottes aériennes et maritimes d’un autre État ;
susmentionnés figurant à l'annexe III de la présente résolution ;
e) L’emploi des forces armées d’un État qui se trouvent dans le territoire d’un
4. Décide en outre de réexaminer les amendements relatifs au crime d’agression sept autre État avec l’agrément de celui-ci en contravention avec les conditions fixées dans
ans après le commencement par la Cour de l’exercice de sa compétence ; l’accord pertinent, ou la prolongation de la présence de ces forces sur ce territoire après
5. Demande à tous les États Parties de ratifier ou d'accepter les amendements figurant à l’échéance de l’accord pertinent ;
l'annexe I. f) Le fait pour un État de permettre que son territoire, qu’il a mis à la
disposition d’un autre État, serve à la commission par cet autre État d’un acte d’agression
contre un État tiers ;
g) L’envoi par un État ou au nom d’un État de bandes, groupes, troupes
irrégulières ou mercenaires armés qui exécutent contre un autre État des actes assimilables
à ceux de forces armées d’une gravité égale à celle des actes énumérés ci-dessus, ou qui
apportent un concours substantiel à de tels actes.
Article 15 bis
Exercice de la compétence à l’égard du crime d’agression
(Renvoi par un État, de sa propre initiative)
11-F-011110 19 20 11-F-011110
RC/11 RC/11
2. La Cour peut exercer sa compétence uniquement à l’égard de crimes d’agression 5. Ajouter le texte qui suit après le paragraphe 3 de l’article 25 :
commis un an après la ratification ou l’acceptation des amendements par trente États
Parties. 3 bis. S’agissant du crime d’agression, les dispositions du présent article ne s’appliquent
qu’aux personnes effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou
3. La Cour exerce sa compétence à l’égard du crime d’agression conformément à cet
militaire d’un État.
article, sous réserve d’une décision qui sera prise après le 1er janvier 2017 par la même
majorité d’États Parties que celle requise pour l’adoption d’un amendement au Statut.
6. Remplacer la première phrase du paragraphe 1 de l’article 9 par la phrase suivante :
4. La Cour peut, conformément à l’article 12, exercer sa compétence à l’égard d’un
crime d’agression résultant d’un acte d’agression commis par un État Partie à moins que cet 1. Les éléments des crimes aident la Cour à interpréter et appliquer les articles 6, 7, 8
État Partie n’ait préalablement déclaré qu’il n’acceptait pas une telle compétence en et 8 bis.
déposant une déclaration auprès du Greffier. Le retrait d’une telle déclaration peut être
effectué à tout moment et sera envisagé par l’État Partie dans un délai de trois ans. 7. Remplacer le chapeau du paragraphe 3 de l’article 20 par le texte suivant, le reste du
paragraphe restant inchangé :
5. En ce qui concerne un État qui n’est pas Partie au présent Statut, la Cour n’exerce
pas sa compétence à l’égard du crime d’agression quand celui-ci est commis par des
ressortissants de cet État ou sur son territoire. 3. Quiconque a été jugé par une autre juridiction pour un comportement tombant aussi
sous le coup des articles 6, 7, 8 ou 8 bis ne peut être jugé par la Cour pour les mêmes faits
6. Lorsque le Procureur conclut qu’il y a une base raisonnable pour mener une enquête que si la procédure devant l’autre juridiction :
pour crime d’agression, il s’assure d’abord que le Conseil de sécurité a constaté qu’un acte
d’agression avait été commis par l’État en cause. Il avise le Secrétaire général de
l’Organisation des Nations Unies de la situation portée devant la Cour et lui communique
toute information et tout document utiles.
7. Lorsque le Conseil de sécurité a constaté un acte d’agression, le Procureur peut
mener l’enquête sur ce crime.
8. Lorsqu’un tel constat n’est pas fait dans les six mois suivant la date de l’avis, le
Procureur peut mener une enquête pour crime d’agression, à condition que la Section
préliminaire ait autorisé l’ouverture d’une enquête pour crime d’agression selon la
procédure fixée à l’article 15, et que le Conseil de sécurité n’en ait pas décidé autrement,
conformément à l’article 16.
9. Le constat d’un acte d’agression par un organe extérieur à la Cour est sans préjudice
101
des constatations que fait la Cour elle-même en vertu du présent Statut.
10. Le présent article est sans préjudice des dispositions relatives à l’exercice de la
compétence à l’égard des autres crimes visés à l’article 5.
Article 15 ter
Exercice de la compétence à l’égard du crime d’agression
(Renvoi par le Conseil de sécurité)
11-F-011110 21 22 11-F-011110
RC/11 RC/11
Amendements relatifs aux éléments des crimes Éléments d’interprétation concernant les amendements au
Statut de Rome de la Cour pénale internationale relatifs au
Article 8 bis
Crime d'agression crime d’agression
Introduction Renvois par le Conseil de sécurité
1. Il est entendu que l'un quelconque des actes visés au paragraphe 2 de l'article 8 bis 1. Il est entendu que la Cour peut exercer sa compétence sur la base d'un renvoi par le
constitue un acte d'agression. Conseil de sécurité, en vertu du paragraphe b) de l’article 13 du Statut, uniquement
à l’égard de crimes d’agression commis après qu’une décision conformément au
2. Il n’est pas nécessaire de prouver que l’auteur a évalué, en droit, la question de paragraphe 3 de l’article 15 ter sera prise et un an après la ratification ou l’acceptation des
savoir si le recours à la force armée était incompatible avec la Charte des Nations Unies. amendements par trente États Parties, la date la plus éloignée étant retenue.
3. L'expression «manifeste» est une qualification objective. 2. Il est entendu que la Cour, sur la base d'un renvoi par le Conseil de sécurité, en vertu
4. Il n'est pas nécessaire de prouver que l'auteur a évalué, en droit, le caractère du paragraphe b) de l'article 13 du Statut, exerce sa compétence sur le crime d'agression,
«manifeste» de la violation de la Charte des Nations Unies. que l'État concerné ait accepté ou non la compétence de la Cour à cet égard.
1. L'auteur a planifié, préparé, déclenché ou commis un acte d'agression. 3. Il est entendu que, lorsque l'on se trouve en présence d'un cas de figure visé au
paragraphe a) ou au paragraphe c) de l'article 13 du Statut, la Cour peut exercer sa
1
2. L'auteur était une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger compétence uniquement à l’égard de crimes d’agression commis après qu’une décision
l'action politique ou militaire de l'État ayant commis l'acte d'agression. conformément au paragraphe 3 de l’article 15 bis sera prise et un an après la ratification ou
3. L'acte d'agression – le recours à la force armée par un État contre la souveraineté, l’acceptation des amendements par trente États Parties, la date la plus éloignée étant
l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre État ou de toute autre manière retenue.
incompatible avec la Charte des Nations Unies – a été commis.
Compétence nationale à l'égard du crime d'agression
4. L'auteur avait connaissance des circonstances de fait qui avaient établi
l'incompatibilité d'un tel recours à la force armée avec la Charte des Nations Unies. 4. Il est entendu que les amendements qui portent sur la définition de l’acte d’agression
102
5. L'acte d'agression, par ses caractéristiques, sa gravité et son ampleur, a constitué une et du crime d'agression le font aux fins du présent Statut exclusivement. Conformément à
violation manifeste de la Charte des Nations Unies. l'article 10 du Statut de Rome, les amendements ne doivent pas être interprétés comme
limitant ou préjugeant de quelque manière que ce soit les règles existantes ou en formation
6. L'auteur avait connaissance des circonstances de fait qui avaient établi une telle du droit international à des fins autres que le présent Statut.
violation manifeste de la Charte des Nations Unies.
5. Il est entendu que les amendements ne doivent pas être interprétés comme créant un
droit ou une obligation d'exercer la compétence nationale à l'égard d'un acte d'agression
commis par un autre État.
6. Il est entendu que l’agression est la forme la plus grave et la plus dangereuse
d’emploi illicite de la force et qu’une décision concernant la question de savoir si un acte
d’agression a été commis ou non exige un examen de toutes les circonstances entourant
chaque cas, en particulier la gravité et les conséquences de l’acte concerné, conformément
à la Charte des Nations Unies.
7. Il est entendu que, pour établir si un acte d’agression constitue une violation
manifeste de la Charte des Nations Unies, les trois éléments, à savoir la nature, la gravité et
l’ampleur, doivent être suffisamment importants pour justifier une constatation de
violation «manifeste». Aucun des éléments à lui seul ne peut suffire pour remplir le critère
de violation manifeste.
1
Dans le contexte d'un acte d'agression, il se peut que plus d'une personne réponde à ces
critères.
11-F-011110 23 24 11-F-011110
Accord entre l’Organisation des Nations Unies et le
Gouvernement sierra-léonais sur la création d’un Tribunal
spécial pour la Sierra Leone, 2002
Nations Unies S/2002/246 S/2002/246
104
(Signé) Kofi A. Annan
Article premier
Création du Tribunal spécial
1. Il est créé un Tribunal spécial pour la Sierra Leone chargé de poursuivre les
personnes qui portent la responsabilité la plus lourde des violations graves du droit
international humanitaire et du droit sierra-léonais commis sur le territoire de la
Sierra Leone depuis le 30 novembre 1996.
2. Le Tribunal spécial fonctionne conformément au Statut du Tribunal spécial
pour la Sierra Leone. Le Statut figure en annexe au présent accord dont il fait partie
intégrante.
Article 2
Composition du Tribunal spécial
et nomination des juges
1. Le Tribunal spécial comprend une Chambre de première instance et une
Chambre d’appel. Une seconde Chambre de première instance sera créée si, après
une période d’au moins six mois à compter du début du fonctionnement du Tribunal
spécial, le Secrétaire général ou le Président du Tribunal spécial le demandent. De
même, deux juges suppléants au plus sont nommés après six mois si le Président du
Tribunal spécial en décide ainsi.
2. Les Chambres se composent de huit juges indépendants au moins et de 11 au
plus, qui se répartissent comme suit :
a) Dans chacune des Chambres de première instance siègent trois juges, 2. Le Greffier est un fonctionnaire de l’Organisation des Nations Unies. Il est
dont un est nommé par le Gouvernement sierra-léonais et deux sont nommés par le nommé pour un mandat de trois ans et rééligible.
Secrétaire général sur présentation des États, et en particulier des États membres de
la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et du Commonwealth, Article 5
que le Secrétaire général aura sollicités; Locaux
b) Au cas où la seconde Chambre de première instance serait créée, elle Le Gouvernement facilite la mise de locaux à la disposition du Tribunal
aura également la composition indiquée à l’alinéa a) ci-dessus; spécial, lui accorde toutes les facilités et lui fournit tous les services publics ou
autres qui sont nécessaires à l’accomplissement de ses fonctions.
c) À la Chambre d’appel siègent cinq juges, dont deux sont nommés par le
Gouvernement sierra-léonais et trois sont nommés par le Secrétaire général sur Article 6
présentation des États, et en particulier des États membres de la Communauté Dépenses du Tribunal spécial
économique des États de l’Afrique de l’Ouest et du Commonwealth, que le
Secrétaire général aura sollicités. Les dépenses du Tribunal spécial seront financées par des contributions
volontaires de la communauté internationale. Il est entendu que le Secrétaire général
3. Le Gouvernement sierra-léonais et le Secrétaire général se consultent sur la
entamera le processus de la mise en place du Tribunal lorsqu’il aura obtenu des
nomination des juges.
contributions suffisantes pour financer la création du Tribunal et ses opérations
4. Les juges sont nommés pour un mandat de trois ans et sont rééligibles. pendant 12 mois, ainsi que des contributions annoncées équivalentes aux dépenses
prévues pour le fonctionnement du Tribunal pendant les 24 mois suivants. Il est
5. Si, à la demande du Président du Tribunal spécial, un juge suppléant a été
également entendu que le Secrétaire général continuera la recherche de
nommé, ou si des juges suppléants ont été nommés, par le Gouvernement sierra-
contributions équivalentes aux dépenses prévues du Tribunal au-delà de ses trois
léonais ou le Secrétaire général, le Président d’une Chambre de première instance
premières années de fonctionnement. Au cas où les contributions volontaires ne
ou de la Chambre d’appel désigne le juge suppléant ayant été ainsi nommé pour être
suffiraient pas pour permettre au Tribunal de s’acquitter de son mandat, le Secrétaire
présent à tous les stades de la procédure en remplacement d’un juge se trouvant dans
général et le Conseil de sécurité s’efforceront de trouver d’autres moyens de
l’impossibilité de siéger.
financement.
Article 3
Nomination d’un Procureur Article 7
105
et d’un Procureur adjoint Comité d’administration
1. Le Secrétaire général nomme un Procureur pour un mandat de trois ans, après Il est entendu par les Parties que les États intéressés créent un comité
avoir consulté le Gouvernement sierra-léonais. Le Procureur est rééligible. d’administration, qui sera chargé d’aider le Secrétaire général à trouver des fonds
suffisants et de donner des avis et des directives concernant tous les aspects non
2. Le Gouvernement sierra-léonais nomme, après avoir consulté le Secrétaire
judiciaires du fonctionnement du Tribunal, notamment les questions d’efficacité, et
général et le Procureur, un Procureur adjoint chargé d’assister le Procureur dans la
d’accomplir toutes autres tâches convenues avec les États intéressés. Le comité
conduite des enquêtes et des poursuites.
d’administration sera composé de contribuants importants au budget du Tribunal
3. Le Procureur et le Procureur adjoint doivent jouir d’une haute considération spécial. Le Gouvernement sierra-léonais et le Secrétaire général seront également
morale, avoir une compétence professionnelle du niveau le plus élevé et une grande membres du comité d’administration.
expérience des enquêtes et des poursuites pénales. Le Procureur et le Procureur
adjoint sont indépendants dans l’exercice de leurs fonctions et ne sollicitent ni ne Article 8
reçoivent d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autre source. Inviolabilité des locaux, archives et autres documents du Tribunal
4. Le Procureur est assisté du personnel sierra-léonais et international dont il peut 1. Les locaux du Tribunal spécial sont inviolables. Les autorités compétentes
avoir besoin pour s’acquitter efficacement des fonctions qui lui sont assignées. prennent toutes les mesures appropriées pour que le Tribunal spécial ne soit pas
dépossédé d’une partie ou de la totalité de ses locaux sans son consentement exprès.
Article 4
Nomination d’un Greffier 2. Les biens, fonds et avoirs du Tribunal spécial, où qu’ils se trouvent et quel
qu’en soit le détenteur, ne peuvent faire l’objet de perquisition, saisie, réquisition,
1. Le Secrétaire général nomme, après avoir consulté le Président du Tribunal confiscation, expropriation ou autre intervention au titre de mesures de caractère
spécial, un Greffier qui est chargé du secrétariat des Chambres et du Bureau du exécutif, administratif, judiciaire ou législatif.
Procureur ainsi que du recrutement et de l’administration de tout le personnel
d’appui. Il gère également les ressources financières et les ressources en personnel 3. Les archives du Tribunal spécial, et d’une manière générale tous les documents
du Tribunal spécial. et matériels mis à sa disposition, lui appartenant ou qu’il utilise, où qu’ils se
trouvent et quel qu’en soit le détenteur, sont inviolables.
und_gen_n0227443_docu_r 19 20 und_gen_n0227443_docu_r
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106
2. Les membres du personnel international jouissent de surcroît :
Article 11 a) De l’exemption de toute restriction à l’immigration;
Capacité juridique
b) Du droit d’importer en franchise de droits de douane et d’impôts
Le Tribunal spécial a la capacité juridique : indirects, excepté pour le paiement de services, leurs mobilier et effets lorsqu’ils
prennent pour la première fois leurs fonctions officielles en Sierra Leone.
a) De contracter;
3. Les privilèges et immunités sont accordés aux fonctionnaires du Tribunal
b) D’acquérir et d’aliéner des biens meubles et immeubles;
spécial dans l’intérêt du Tribunal et non à leur avantage personnel. Le droit et le
c) D’ester en justice; devoir de lever l’immunité dans tous les cas où elle peut l’être sans nuire au but
d) De conclure avec des États les accords qui peuvent être nécessaires pour pour lequel elle est accordée appartiennent au Greffier du Tribunal.
l’exercice de ses fonctions et pour son administration.
Article 14
Article 12 Le conseil
Privilèges et immunité des juges, du Procureur et du Greffier 1. Le Gouvernement veille à ce que le conseil d’un suspect ou d’un accusé
1. Les juges, le Procureur et le Greffier, ainsi que les membres de leur famille qui reconnu comme tel par le Tribunal spécial ne soit soumis à aucune mesure
font partie de leur ménage jouissent des privilèges et immunités, exemptions et susceptible d’affecter sa liberté ou son indépendance dans l’exercice de ses
facilités accordés aux agents diplomatiques conformément à Convention de Vienne fonctions.
de 1961 sur les relations diplomatiques. Ils jouissent en particulier : Le conseil jouit en particulier :
a) De l’inviolabilité de leur personne, ne pouvant notamment être soumis à a) De l’immunité d’arrestation et de détention et de saisie de ses bagages
aucune forme d’arrestation ou de détention; personnels;
b) De l’immunité de la juridiction pénale, civile et administrative b) De l’inviolabilité de tous les documents ayant trait à l’exercice de ses
conformément à la Convention de Vienne; fonctions de conseil d’un suspect ou d’un accusé;
und_gen_n0227443_docu_r 21 22 und_gen_n0227443_docu_r
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Le présent Accord entre en vigueur le lendemain du jour où les deux Parties se
moyens.
seront notifié l’une à l’autre par écrit que les formalités requises ont été remplies.
Article 17
Article 22
Coopération avec le Tribunal spécial
Amendement
1. Le Gouvernement coopère avec tous les organes du Tribunal spécial, à tous les
Le présent Accord peut être amendé par convention écrite entre les Parties.
stades de la procédure. Il facilite en particulier l’accès du Procureur aux sites, aux
personnes et aux documents dont il a besoin pour ses enquêtes.
Article 23
2. Le Gouvernement fait suite sans retard indu à toute demande d’assistance que Résiliation
lui adresse le Tribunal spécial et à toute ordonnance prise par les Chambres, y
compris, sans que la liste ci-après soit exhaustive, en ce qui concerne : Le présent Accord est résilié par accord entre les Parties à l’achèvement des
activités judiciaires du Tribunal spécial.
a) L’identification et la localisation de personnes;
En foi de quoi, les soussignés, représentants dûment autorisés de l’Organisation des
b) Le service des documents; Nations Unies et du Gouvernement sierra-léonais, ont signé cet accord.
c) Les arrestations ou les détentions; Fait à Freetown, le 16 janvier 2002, en double exemplaire en langue anglaise.
d) Le transfèrement des accusés au Tribunal.
Pour l’Organisation des Nations Unies Pour le Gouvernement sierra-léonais
Article 18 (Signé) Hans Corell (Signé) Solomon Berewa
Langue de travail
La langue de travail officielle du Tribunal spécial est l’anglais.
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S/2002/246
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compétence de son État d’origine.
h) La menace de commettre les actes précités.
7. Au cas où l’État d’origine ne veut ou ne peut réellement mener une enquête ou
des poursuites, le Tribunal peut, sur la proposition d’un État et si le Conseil de Article 4
sécurité l’autorise, exercer sa compétence sur la personne en question. Autres violations graves du droit international humanitaire
Article 2 Le Tribunal spécial est habilité à juger les personnes accusées d’avoir commis
Crimes contre l’humanité les violations graves ci-après du droit international humanitaire :
Le Tribunal spécial est habilité à poursuivre les personnes accusées d’avoir a) Attaques délibérées dirigées contre la population civile comme telle ou
commis les crimes ci-après dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre des civils qui ne participent pas directement aux hostilités;
dirigée contre les populations civiles : b) Attaques délibérées dirigées contre le personnel, les installations, le
a) Assassinat; matériel, les unités ou les véhicules utilisés pour l’assistance humanitaire ou pour la
mission de maintien de la paix conformément à la Charte des Nations Unies, dès
b) Extermination; lors qu’ils ont droit à la protection dont les civils ou les objets civils bénéficient en
c) Réduction en esclavage; vertu du droit international des conflits armés;
d) Expulsion; c) Recrutement et enrôlement d’enfants âgés de moins de 15 ans dans des
forces ou groupes armés en vue de les faire participer activement aux hostilités.
e) Emprisonnement;
f) Torture; Article 5
Crimes au regard du droit sierra-léonais
g) Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée et toute autre
forme de violence sexuelle; Le Tribunal spécial sera habilité à juger les personnes accusées d’avoir
commis les crimes ci-après au regard du droit sierra-léonais :
h) Persécutions pour des raisons politiques, raciales, ethniques ou
religieuses;
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26 und_gen_n0227443_docu_r
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a) Sévices à l’encontre de fillettes [loi de 1926 relative à la prévention de la 2. Lorsqu’il juge un mineur délinquant, le Tribunal spécial assortit son jugement
cruauté à l’encontre d’enfants (chap. 31)] : d’une ou plusieurs des mesures ci-après : placement, éducation surveillée, travail
d’intérêt général, service de conseils, placement nourricier, programmes d’éducation
i) Sévices à l’encontre de fillettes de moins de 13 ans en violation de pénitentiaire, d’enseignement et de formation professionnelle, établissements
l’article 6; scolaires agréés et, le cas échéant, tout programme de désarmement, démobilisation
ii) Sévices à l’encontre de fillettes âgées de 13 ou 14 ans en violation de et réinsertion, ou programme des organismes de protection des enfants.
l’article 7;
Article 8
iii) Enlèvement de fillettes à des fins immorales en violation de l’article 12; Compétence concurrente
b) Destruction gratuite de biens (loi relative aux dommages volontaires 1. Le Tribunal spécial et les juridictions sierra-léonaises ont une compétence
de 1861) : concurrente.
i) Incendie de maisons alors qu’une personne quelconque s’y trouve en 2. Le Tribunal spécial a la primauté sur les juridictions sierra-léonaises. Il peut, à
violation de l’article 2; tous les stades de la procédure, demander à une juridiction nationale de se dessaisir
ii) Incendie d’édifices publics ou autres en violation des articles 5 et 6; en sa faveur conformément au présent Statut et au Règlement de procédure et de
preuve.
iii) Incendie d’autres édifices en violation de l’article 6.
Article 9
Article 6
Non bis in idem
Responsabilité pénale individuelle
1. Nul ne peut être traduit devant une juridiction sierra-léonaise s’il a déjà été
1. Quiconque a planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre
jugé pour les mêmes faits par le Tribunal spécial.
manière aidé et encouragé à planifier, préparer ou exécuter un crime visé aux
articles 2 à 4 du présent Statut est individuellement responsable dudit crime. 2. Quiconque a été traduit devant une juridiction nationale pour des faits visés
aux articles 2 à 4 du présent Statut ne peut être traduit par la suite devant le Tribunal
2. La qualité officielle d’un accusé, soit comme chef d’État ou de gouvernement,
spécial que si :
soit comme haut fonctionnaire, ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale et n’est
pas un motif de diminution de la peine. a) Le fait pour lequel il a été jugé était qualifié crime de droit commun;
109
3. Le fait que l’un quelconque des actes visés aux articles 2 à 4 du présent Statut b) La juridiction nationale n’a pas statué de façon impartiale ou
a été commis par un subordonné ne dégage pas son supérieur de sa responsabilité indépendante, la procédure engagée devant elle visait à soustraire l’accusé à sa
pénale s’il savait ou avait des raisons de savoir que le subordonné s’apprêtait à responsabilité pénale internationale, ou la poursuite n’a pas été exercée avec
commettre cet acte ou l’avait fait et que le supérieur n’a pas pris les mesures diligence.
nécessaires et raisonnables pour empêcher que ledit acte ne soit commis ou en punir
3. Pour décider de la peine à infliger à une personne condamnée pour un crime
les auteurs.
visé par le présent Statut, le Tribunal spécial tient compte de la mesure dans laquelle
4. Le fait qu’un accusé a agi en exécution d’un ordre d’un gouvernement ou d’un cette personne a déjà purgé une peine qui pourrait lui avoir été infligée par une
supérieur ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale mais peut être considéré juridiction nationale pour le même fait.
comme un motif de diminution de la peine si le Tribunal spécial l’estime conforme à
la justice. Article 10
5. La responsabilité pénale individuelle des crimes visés à l’article 5 est établie Grâce
conformément à la législation pertinente de la Sierra Leone. La grâce accordée à une personne relevant de la compétence du Tribunal
spécial pour ce qui est des crimes visés aux articles 2 à 4 du présent Statut ne fait
Article 7 pas obstacle à l’exercice de poursuites.
Compétence pour juger les mineurs de 15 ans
1. Le Tribunal spécial n’est pas compétent pour juger les mineurs âgés de 15 ans Article 11
au moment où l’infraction alléguée a été commise. Si le Tribunal est appelé à juger Organisation du Tribunal spécial
une personne âgée de 15 à 18 ans au moment où l’infraction alléguée a été commise, Le Tribunal spécial comprend les organes suivants ci-après :
cette personne doit être traitée avec dignité et respect, en tenant compte de son jeune
âge et de la nécessité de faciliter sa réinsertion et son reclassement pour lui a) Les Chambres, soit une ou plusieurs Chambres de première instance et
permettre de jouer un rôle constructif dans la société, et conformément aux normes une Chambre d’appel;
internationales relatives aux droits de l’homme, en particulier les droits de l’enfant. b) Le Procureur;
und_gen_n0227443_docu_r 27 28 und_gen_n0227443_docu_r
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c) Le Greffe. permettent pas de le régler. Dans l’exercice de cette fonction, les juges peuvent
s’inspirer, selon que de besoin, du Code sierra-léonais de procédure pénale de 1965.
Article 12
Composition des Chambres Article 15
Le Procureur
1. Les Chambres se composent de huit juges indépendants au moins et de 11 au
plus, qui se répartissent comme suit : 1. Le Procureur dirige les enquêtes et exerce les poursuites contre les personnes
qui portent la responsabilité la plus lourde des violations graves du droit
a) Dans chacune des Chambres de première instance siègent trois juges, international humanitaire et de crimes au regard du droit sierra-léonais commis sur
dont un est nommé par le Gouvernement sierra-léonais et deux sont nommés par le le territoire de la Sierra Leone depuis le 30 novembre 1996. Le Procureur est un
Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ci-après dénommé le organe distinct au sein du Tribunal spécial. Il ne sollicite ni ne reçoit d’instructions
« Secrétaire général »); d’aucun gouvernement ni d’aucune autre source.
b) À la Chambre d’appel siègent cinq juges, dont deux sont nommés par le 2. Le Bureau du Procureur est habilité à interroger les suspects, les victimes et
Gouvernement sierra-léonais et trois par le Secrétaire général. les témoins, à recueillir des éléments de preuve et à mener des enquêtes sur place.
2. Chaque juge siège exclusivement dans la Chambre à laquelle il a été affecté. Lorsqu’il accomplit ces tâches, le Procureur est assisté, selon que de besoin, par les
autorités sierra-léonaises concernées.
3. Les juges à la Chambre d’appel et les juges qui siègent dans les Chambres de
première instance élisent un président qui dirige les travaux de la Chambre à 3. Le Procureur est nommé par le Secrétaire général pour un mandat de quatre
laquelle il a été élu. Le Président de la Chambre d’appel est Président du Tribunal ans qui peut être renouvelé. Il doit jouir d’une haute considération morale et avoir
spécial. de solides compétences et une grande expérience des enquêtes et des poursuites
pénales.
4. Si, à la demande du Président du Tribunal spécial, un juge suppléant a été
nommé, ou si des juges suppléants ont été nommés, par le Gouvernement sierra- 4. Le Procureur est assisté par un procureur adjoint sierra-léonais et par tous
léonais ou le Secrétaire général, le président d’une Chambre de première instance ou autres fonctionnaires internationaux et sierra-léonais nécessaires pour lui permettre
de la Chambre d’appel désigne le juge suppléant ayant été ainsi nommé pour être de s’acquitter efficacement des fonctions qui lui sont assignées. Eu égard à la nature
présent à tous les stades de la procédure en remplacement d’un juge se trouvant dans des crimes commis et à la sensibilité particulière des fillettes, des jeunes femmes et
l’impossibilité de siéger. des enfants victimes de viol, d’agression sexuelle, d’enlèvement et d’esclavage de
110
toute sorte, il faut veiller à nommer des procureurs et enquêteurs possédant une
Article 13 expérience dans le domaine des crimes à motivation sexiste et en matière de justice
Qualification et élection des juges pour enfants.
1. Les juges doivent jouir d’une haute considération morale, être connus pour 5. Lorsqu’il juge des mineurs délinquants, le Procureur s’assure que le
leur impartialité et leur intégrité et réunir les conditions requises dans leurs pays programme de réinsertion des mineurs n’est pas menacé et que, le cas échéant, il est
respectifs pour l’exercice des plus hautes fonctions judiciaires. Ils doivent être fait usage d’autres mécanismes d’établissement de la vérité et de la réconciliation
indépendants dans l’exercice de leurs fonctions et ne peuvent accepter ou solliciter dans la mesure où ils existent.
d’instructions d’aucun gouvernement ou autre source.
Article 16
2. Il est dûment tenu compte, dans la composition d’ensemble des Chambres, de
l’expérience des juges en matière de droit international, notamment le droit Le Greffe
international humanitaire et les droits de l’homme, le droit pénal et la justice pour 1. Le Greffe est chargé d’assurer l’administration et les services du Tribunal
enfants. spécial.
3. Les juges sont nommés pour un mandat de trois ans. Ils sont rééligibles. 2. Le Greffe se compose d’un greffier et des autres fonctionnaires nécessaires.
und_gen_n0227443_docu_r 29 30 und_gen_n0227443_docu_r
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traumatismes, notamment ceux qui présentent un lien avec les crimes de violence 2. En imposant une peine, la Chambre de première instance doit tenir compte de
sexuelle et de violence à l’égard d’enfants. facteurs comme la gravité de l’infraction et la situation personnelle du condamné.
111
e) Interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la
Article 21
comparution et l’interrogatoire des témoins à décharge dans les mêmes conditions
Révision
que les témoins à charge;
1. En cas de découverte d’un fait nouveau qui n’était pas connu au moment du
f) Se faire assister gratuitement d’un interprète si elle ne comprend pas ou
procès en première instance ou en appel et qui aurait pu être un élément déterminant
ne parle pas la langue employée à l’audience;
de la décision, le condamné ou le Procureur peut saisir le Tribunal d’une requête en
g) Ne pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s’avouer révision.
coupable.
2. Les requêtes en révision sont présentées à la Chambre d’appel. Celle-ci rejette
les requêtes qu’elle juge infondées. Si elle estime qu’une requête est fondée, elle
Article 18
Sentence peut, selon ce qui convient :
La sentence est rendue en audience publique à la majorité des juges de la a) Réunir à nouveau la Chambre de première instance;
Chambre de première instance ou de la Chambre d’appel. Elle est établie par écrit et b) Rester saisie de l’affaire.
motivée, des opinions individuelles ou dissidentes pouvant y être jointes.
Article 22
Article 19 Exécution des peines
Peines
1. Les peines d’emprisonnement sont exécutées en Sierra Leone. Si les
1. La Chambre de première instance impose à la personne reconnue coupable, circonstances l’exigent, la peine d’emprisonnement peut être exécutée dans un des
sauf s’il s’agit d’un mineur délinquant, une peine d’emprisonnement dont elle États qui ont conclu avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda ou le
précise la durée. Pour fixer les conditions de l’emprisonnement, la Chambre de Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie un accord en vue de l’exécution des
première instance a recours, selon qu’il convient, à la grille générale des peines peines et qui ont fait savoir au Greffier du Tribunal spécial qu’ils étaient disposés à
d’emprisonnement appliquée par le Tribunal pénal international pour le Rwanda et recevoir des condamnés. Le Tribunal spécial peut conclure avec d’autres États des
par les juridictions sierra-léonaises. accords similaires en vue de l’exécution des peines.
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2. Les conditions de détention, que ce soit en Sierra Leone ou dans un autre État, Appendice III
sont régies par la législation de l’État d’exécution et soumises au contrôle du
Tribunal spécial. L’État d’exécution est tenu par la durée de la peine, sans préjudice Définition de la mission du Comité d’administration
de l’article 23 du présent Statut. du Tribunal spécial pour la Sierra Leone
Article 23 I. Mandat du Comité d’administration
Grâce et commutation de peine
8. Comme suite à la lettre du Président du Conseil de sécurité (S/2000/1234 du
Si le condamné peut bénéficier d’une grâce ou d’une commutation de peine en 22 décembre 2000, par. 2), il sera créé un Comité d’administration du Tribunal
vertu des lois de l’État dans lequel il est emprisonné, celui-ci en avise le Tribunal spécial pour la Sierra Leone.
spécial. Une grâce ou une commutation de peine n’est accordée que si le Président
du Tribunal spécial, en consultation avec les juges, en décide ainsi dans l’intérêt de II. Composition du Comité d’administration
la justice et sur la base des principes généraux du droit.
9. Le Comité d’administration est un groupe non officiel ouvert aux principaux
Article 24 contribuants au budget du Tribunal spécial désireux de mener à bien les tâches
Langue de travail énumérées dans la section III de la présente définition de mission. Le Gouvernement
sierra-léonais et le Secrétaire général sont également membres du Comité
La langue de travail du Tribunal spécial est l’anglais. d’administration.
112
b) Examiner les rapports du Tribunal spécial et donner des conseils et des
directives concernant tous les aspects non judiciaires de ses opérations, notamment
les questions d’efficacité;
c) Superviser le rapport sur le budget annuel du Tribunal spécial et les
autres rapports financiers connexes, et conseiller le Secrétaire général à ce sujet;
d) Aider le Secrétaire général à faire en sorte que le Tribunal spécial dispose
de fonds suffisants pour fonctionner;
e) Encourager tous les États à coopérer avec le Tribunal spécial;
f) Présenter des rapports périodiques au Groupe des États intéressés
concernant le Tribunal spécial.
und_gen_n0227443_docu_r 33 34 und_gen_n0227443_docu_r
Accord entre l’Organisation des Nations Unies et la République
libanaise sur la création d’un Tribunal spécial pour le Liban
(avec le Statut du Tribunal)
(Résolution 1757 (2007) du Conseil de sécurité
des Nations Unies du 30 mai 2007, annexe)
S/RES/1757 (2007)
Nations Unies S/RES/1757 (2007)*
Rappelant également que l’Accord entre l’Organisation des Nations Unies et la
Conseil de sécurité Distr. générale République libanaise sur la création d’un Tribunal spécial pour le Liban a été signé
30 mai 2007 par le Gouvernement libanais et l’Organisation les 23 janvier et 6 février 2007
respectivement,
Se référant à la lettre que le Premier Ministre du Liban a adressée au
Secrétaire général (S/2007/281) et dans laquelle il a rappelé qu’une majorité de
parlementaires s’étaient déclarés favorables à la création du Tribunal et demandé
que soit soumise d’urgence au Conseil de sécurité sa demande que soit donné effet
au Tribunal spécial,
Conscient que le peuple libanais exige que toutes les personnes responsables
de l’attentat terroriste à l’explosif qui a tué l’ancien Premier Ministre libanais, Rafic
Résolution 1757 (2007) adoptée par le Conseil de sécurité Hariri, et d’autres personnes, soient identifiées et traduites en justice,
à sa 5685e séance, le 30 mai 2007 Saluant les efforts que ne cesse de déployer le Secrétaire général, de concert
avec le Gouvernement libanais, en vue de mettre en œuvre les dernières mesures
Le Conseil de sécurité, requises pour la conclusion de l’Accord, comme l’en a prié son président dans sa
Rappelant toutes ses résolutions antérieures sur la question, en particulier les lettre du 21 novembre 2006, et se référant, à cet égard, à l’exposé présenté le 2 mai
résolutions 1595 (2005) du 7 avril 2005, 1636 (2005) du 31 octobre 2005, 1644 2007 par le Conseiller juridique, qui a noté que la création du Tribunal par la voie
(2005) du 15 décembre 2005, 1664 (2006) du 29 mars 2006 et 1748 (2007) du constitutionnelle se heurtait à de sérieux obstacles, mais prenant également acte du
27 mars 2007, fait que toutes les parties concernées ont réaffirmé leur accord de principe pour la
création du Tribunal,
Condamnant à nouveau dans les termes les plus vigoureux l’attentat terroriste
à l’explosif du 14 février 2005, ainsi que les autres attentats terroristes perpétrés au Saluant également les efforts déployés récemment par des parties dans la
Liban depuis octobre 2004, région pour surmonter ces obstacles,
Renouvelant son appel en faveur du strict respect de la souveraineté, de Désireux de continuer à aider le Liban à rechercher la vérité et à amener tous
l’intégrité territoriale, de l’unité et de l’indépendance politique du Liban, sous ceux qui sont impliqués dans cet attentat terroriste à répondre de leurs actes et
114
l’autorité unique et exclusive du Gouvernement libanais, réaffirmant sa ferme volonté de soutenir ce pays dans les efforts qu’il déploie pour
traduire en justice les auteurs, organisateurs et commanditaires de cet assassinat et
Rappelant la lettre, en date du 13 décembre 2005, que le Premier Ministre du
d’autres,
Liban a adressée au Secrétaire général (S/2005/783) et dans laquelle il demandait,
notamment, la création d’un tribunal international afin de juger toutes les personnes Considérant une fois de plus que cet acte terroriste et ses incidences
responsables de ce crime terroriste, et rappelant qu’il a prié le Secrétaire général de constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales,
négocier avec le Gouvernement libanais un accord visant la création d’un tribunal
international fondé sur les normes internationales de justice pénale les plus élevées, 1. Décide, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
Rappelant en outre le rapport du 15 novembre 2006 (S/2006/893) relatif à la a) Que les dispositions du document figurant en annexe, y compris sa pièce
création d’un tribunal spécial pour le Liban, dans lequel le Secrétaire général faisait jointe, relatives à la création d’un Tribunal spécial pour le Liban, entreront en
savoir que les négociations et les consultations qui s’étaient déroulées entre janvier vigueur le 10 juin 2007, à moins que le Gouvernement libanais n’ait présenté avant
et septembre 2006 au Siège de l’ONU à New York, à La Haye et à Beyrouth, entre le cette date une notification en vertu du paragraphe 1 de l’article 19 dudit document;
Conseiller juridique de l’Organisation des Nations Unies et des représentants b) Que, si le Secrétaire général fait savoir que l’Accord de siège n’a pas été
autorisés du Gouvernement libanais avaient été menées à bien, et la lettre en date du conclu comme prévu à l’article 8 du document figurant en annexe, le siège du
21 novembre 2006 (S/2006/911), par laquelle le Président du Conseil informait le Tribunal sera choisi en consultation avec le Gouvernement libanais, sous réserve de
Secrétaire général que les membres du Conseil de sécurité avaient accueilli avec la conclusion d’un Accord de siège entre l’Organisation des Nations Unies et l’État
satisfaction la conclusion des négociations et s’étaient félicités de l’Accord, dont le hôte du Tribunal;
texte était annexé au rapport,
c) Que, s’il indique que les contributions du Gouvernement libanais ne
Rappelant que, comme il ressort de sa lettre en date du 21 novembre 2006, si
suffisent pas à couvrir les dépenses visées à l’alinéa b) de l’article 5 du document
les contributions volontaires étaient insuffisantes pour permettre au Tribunal de
figurant en annexe, le Secrétaire général pourra accepter ou utiliser des
s’acquitter de son mandat, le Secrétaire général et le Conseil de sécurité étudieraient
contributions volontaires fournies par des États pour couvrir tout déficit;
d’autres moyens de financement,
07-36358*(F)
2 07-36358
*0736358*
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
115
ensemble ci-après comme « les Parties ») sont convenues de ce qui suit :
Article premier
Création du Tribunal spécial
1. Il est créé par le présent Accord un Tribunal spécial pour le Liban chargé de
poursuivre les personnes responsables de l’attentat du 14 février 2005 qui a entraîné
la mort de l’ancien Premier Ministre libanais Rafic Hariri et d’autres personnes et
causé des blessures à d’autres personnes. S’il estime que d’autres attentats
terroristes survenus au Liban entre le 1er octobre 2004 et le 12 décembre 2005 ou à
toute autre date ultérieure décidée par les Parties avec l’assentiment du Conseil de
sécurité ont, conformément aux principes de la justice pénale, un lien avec l’attentat
du 14 février 2005 et sont de nature et de gravité similaires, le Tribunal aura
également compétence à l’égard des personnes qui en sont responsables. Ce lien
peut être, sans s’y limiter, une combinaison des éléments suivants : l’intention
criminelle (le mobile), le but recherché, la qualité des personnes visées, le mode
opératoire et les auteurs.
2. Le Tribunal spécial est régi par le Statut du Tribunal spécial pour le Liban qui
est joint au présent Accord, dont il fait partie intégrante.
Article 2
Composition du Tribunal spécial et nomination des juges
1. Le Tribunal spécial comprend les organes suivants : les Chambres, le
Procureur, le Greffe et le Bureau de la Défense.
07-36358 3 4 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
2. Les Chambres se composent d’un Juge de la mise en état, d’une Chambre de 8. Lorsqu’ils réintègrent leur corps d’origine dans l’administration judiciaire
première instance et d’une Chambre d’appel, étant entendu qu’il sera créé une libanaise, les juges libanais du Tribunal spécial se voient reconnaître l’intégralité de
deuxième Chambre de première instance si le Secrétaire général ou le Président du leur temps de service au Tribunal et sont réintégrés à un niveau au moins
Tribunal spécial le demande à l’issue d’une période de six mois au moins à compter comparable à celui de leur position ancienne.
de la date d’entrée en fonction du Tribunal spécial.
Article 3
3. Les Chambres se composent d’au moins onze et d’au plus quatorze juges Nomination du Procureur et du Procureur adjoint
indépendants, répartis comme suit :
1. Après avoir consulté le Gouvernement, le Secrétaire général nomme le
a) Un juge international faisant fonction de Juge de la mise en état; Procureur pour un mandat de trois ans, renouvelable pour une durée à déterminer
b) Trois juges affectés à la Chambre de première instance, dont un juge par le Secrétaire général en consultation avec le Gouvernement.
libanais et deux juges internationaux; 2. Le Secrétaire général nomme le Procureur sur recommandation d’un jury de
c) S’il est créé une deuxième Chambre de première instance, elle sera sélection qu’il établit après en avoir avisé le Conseil de sécurité. Le jury de
composée de la manière décrite à l’alinéa b) ci-dessus; sélection se compose de deux juges siégeant ou ayant siégé dans un tribunal
international et du représentant du Secrétaire général.
d) Cinq juges affectés à la Chambre d’appel, dont deux juges libanais et
trois juges internationaux; et 3. Le Gouvernement nomme, après avoir consulté le Secrétaire général et le
Procureur, un Procureur adjoint libanais chargé d’assister le Procureur dans la
e) Deux juges suppléants, dont un juge libanais et un juge international.
conduite des enquêtes et des poursuites.
4. Les juges du Tribunal doivent jouir de la plus haute considération morale, être
4. Le Procureur et le Procureur adjoint doivent jouir de la plus haute
connus pour leur impartialité et leur intégrité et posséder une grande expérience des
considération morale et justifier d’une compétence professionnelle du niveau le plus
fonctions judiciaires. Ils exercent leurs fonctions en toute indépendance et n’acceptent
élevé ainsi que d’une grande expérience des enquêtes et poursuites pénales. Ils
ni ne sollicitent d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autre source.
exercent leurs fonctions en toute indépendance et n’acceptent ni ne sollicitent
5. a) Les juges libanais affectés à la Chambre de première instance ou à la d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autre source.
Chambre d’appel ainsi que les juges suppléants sont nommés par le Secrétaire
5. Le Procureur est assisté du personnel libanais et international dont il peut avoir
général d’une liste de douze noms qui lui est présentée par le Gouvernement sur
besoin pour s’acquitter efficacement des fonctions à lui assigner.
116
proposition du Conseil supérieur de la magistrature.
b) Les juges internationaux appelés à faire fonction de juge de la mise en Article 4
état ou à siéger à la Chambre de première instance ou à la Chambre d’appel ainsi Nomination du Greffier
que les juges suppléants sont nommés par le Secrétaire général parmi des candidats
1. Le Secrétaire général nomme le Greffier, qui est chargé d’assurer le secrétariat
présentés par les États Membres, à son invitation, ainsi que par des personnes
des Chambres et du Bureau du Procureur et de recruter et d’administrer tout le
compétentes.
personnel d’appui. Il administre également les ressources financières et le personnel
c) Le Gouvernement et le Secrétaire général se consultent sur la nomination du Tribunal spécial.
des juges.
2. Le Greffier est un fonctionnaire de l’Organisation des Nations Unies. Il est
d) Le Secrétaire général nomme les juges sur recommandation d’un jury de nommé pour un mandat de trois ans, renouvelable pour une durée à déterminer par
sélection qu’il établit après en avoir avisé le Conseil de sécurité. Le jury de le Secrétaire général en consultation avec le Gouvernement.
sélection se compose de deux juges siégeant ou ayant siégé dans un tribunal
international et du représentant du Secrétaire général. Article 5
6. À la demande du Président d’une Chambre de première instance, le Président
Financement du Tribunal spécial
du Tribunal spécial peut, si l’intérêt de la justice le commande, désigner un juge 1. Les dépenses du Tribunal spécial sont prises en charge comme suit :
suppléant qui sera présent à tous les stades de la procédure de façon à pouvoir
remplacer tout juge qui se trouverait dans l’impossibilité de continuer à siéger. a) Cinquante et un pour cent des dépenses du Tribunal sont financées par les
contributions volontaires des États;
7. Les juges sont nommés pour un mandat de trois ans et renouvelable pour une
durée à déterminer par le Secrétaire général en consultation avec le Gouvernement. b) Quarante-neuf pour cent des dépenses du Tribunal sont prises en charge
par le Gouvernement libanais.
2. I1 est entendu que le Secrétaire général engagera le processus de création du
Tribunal lorsqu’il aura suffisamment de contributions pour financer la création du
Tribunal et douze mois d’activité de celui-ci, plus des annonces de contributions
07-36358 5 6 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
correspondant aux dépenses prévues pour les vingt-quatre mois suivants d’activité Article 10
du Tribunal. Si les contributions volontaires étaient insuffisantes pour permettre au Fonds, avoirs et autres biens
Tribunal de s’acquitter de son mandat, le Secrétaire général et le Conseil de sécurité Le Bureau du Tribunal spécial et ses fonds, avoirs et autres biens au Liban, où
étudieraient d’autres moyens de financement. qu’ils se trouvent et quel que soit leur détenteur, jouissent d’une immunité de
juridiction absolue, sauf renonciation expresse par le Tribunal en telle ou telle
Article 6 circonstance précise, étant toutefois entendu que la renonciation ne peut s’étendre à
Comité de gestion des mesures d’exécution.
Les Parties se consultent sur la création d’un comité de gestion.
Article 11
Article 7 Privilèges et immunités des juges, du Procureur, du Greffier
Capacité juridique et du Chef du Bureau de la Défense
Le Tribunal spécial a la capacité juridique : 1. Les juges, le Procureur, le Procureur adjoint, le Greffier et le Chef du Bureau
de la Défense jouissent, sur le territoire libanais, des privilèges, immunités,
a) De contracter;
exemptions et facilités accordés aux agents diplomatiques conformément à la
b) D’acquérir et d’aliéner des biens meubles et immeubles; Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques.
c) D’ester en justice; 2. Les privilèges et immunités sont accordés aux juges, au Procureur, au
Procureur adjoint, au Greffier et au Chef du Bureau de la Défense dans l’intérêt du
d) De conclure avec des États les accords nécessaires à l’exercice de ses
Tribunal spécial et non à l’avantage personnel des intéressés. Le droit et le devoir de
fonctions et à son fonctionnement.
lever l’immunité dans tous les cas où elle peut l’être sans nuire au but pour lequel
elle est accordée appartiennent au Secrétaire général, agissant en consultation avec
Article 8
le Président du Tribunal.
Siège du Tribunal spécial
1. Le Tribunal spécial siège hors du Liban. Le choix du siège tiendra dûment Article 12
compte des considérations de justice, d’équité et d’efficacité en matière sécuritaire Privilèges et immunités du personnel international et libanais
et administrative, notamment des droits des victimes et de l’accès aux témoins, et
117
1. Les membres du personnel libanais et international du Bureau du Tribunal
sera subordonné à la conclusion d’un accord de siège entre l’Organisation des
spécial jouissent, sur le territoire libanais :
Nations Unies, le Gouvernement et l’État d’accueil du Tribunal.
a) De l’immunité de juridiction à raison de tous les actes accomplis par eux
2. Le Tribunal spécial peut siéger hors de son siège s’il l’estime nécessaire pour
à titre officiel (y compris leurs paroles et écrits). Ils continuent de jouir de cette
exercer efficacement ses fonctions.
immunité après qu’ils ont quitté le service du Tribunal spécial;
3. Il sera créé au Liban un Bureau du Tribunal spécial chargé des enquêtes, sous
b) De l’exonération de tout impôt sur les traitements, indemnités et
réserve de la conclusion des accords nécessaires avec le Gouvernement.
émoluments qui leur sont versés.
Article 9 2. Les membres du personnel international jouissent de surcroît :
Inviolabilité des locaux, archives et autres documents du Tribunal
a) De l’exemption de toutes restrictions à l’immigration;
1. Le Bureau du Tribunal spécial au Liban est inviolable. Les autorités
b) Du droit d’importer en franchise de droits de douane et d’impôts
compétentes prennent les mesures nécessaires pour prémunir le Tribunal contre
indirects, sauf le paiement de services, leurs mobilier et effets lorsqu’ils prennent
toute dépossession de tout ou partie de ses locaux sauf son consentement exprès.
pour la première fois leurs fonctions officielles au Liban.
2. Les biens, fonds et avoirs du Bureau du Tribunal spécial au Liban, où qu’ils se
trouvent et quel que soit leur détenteur, sont exempts de perquisition, saisie, 3. Ces privilèges et immunités sont accordés aux fonctionnaires du Bureau du
réquisition, confiscation, expropriation et toute autre forme d’ingérence résultant Tribunal spécial dans l’intérêt du Tribunal et non pour leur avantage personnel. Le
d’une décision exécutive, administrative, judiciaire ou législative. droit et le devoir de lever l’immunité dans tous les cas où elle peut l’être sans nuire
au but pour lequel elle est accordée appartiennent au Greffier du Tribunal.
3. Les archives du Bureau du Tribunal spécial au Liban, et d’une manière
générale tous les documents et matériels mis à sa disposition, lui appartenant ou
qu’il utilise sont inviolables, où qu’ils se trouvent et quel qu’en soit le détenteur.
07-36358 7 8 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
Article 13 Article 16
Conseils de la défense Amnistie
1. Le Gouvernement veille à ce que le conseil d’un suspect ou d’un accusé dont la Le Gouvernement s’engage à n’amnistier aucune personne de l’un quelconque
qualité est reconnue par le Tribunal spécial ne soit soumis à aucune mesure susceptible des crimes relevant de la compétence du Tribunal spécial. Toute amnistie accordée à
de nuire à sa liberté ou à son indépendance dans l’exercice de ses fonctions. quiconque pour l’un de ces crimes ne fera pas obstacle à l’exercice de poursuites.
2. Le conseil jouit en particulier : Article 17
a) De l’immunité d’arrestation personnelle ou de détention et de saisie de Dispositions pratiques
ses bagages personnels; Par souci d’efficacité et d’économie dans le fonctionnement du Tribunal spécial :
b) De l’inviolabilité de tous documents ayant trait à l’exercice de ses a) Les dispositions voulues seront prises pour garantir une transition
fonctions de conseil d’un suspect ou d’un accusé;
coordonnée entre les activités de la Commission d’enquête internationale
c) De l’immunité de juridiction pénale ou civile à raison des actes accomplis indépendante créée par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1595 (2005) et
par lui en sa qualité de conseil (y compris ses paroles et écrits). Il conserve cette celles du Bureau du Procureur;
immunité après qu’il a cessé ses fonctions de conseil d’un suspect ou d’un accusé;
b) Les juges de la Chambre de première instance et de la Chambre d’appel
d) De l’exemption de toutes restrictions à l’immigration pendant son séjour prendront leurs fonctions à une date qui sera fixée par le Secrétaire général en
ainsi que pendant ses déplacements à destination et au retour du Tribunal. consultation avec le Président du Tribunal spécial. En attendant, les juges des deux
Chambres seront appelés ponctuellement à traiter de questions d’organisation et
Article 14 siégeront en tant que de besoin.
Sécurité et protection des personnes visées dans le présent Accord
Article 18
Le Gouvernement prend toutes mesures efficaces et suffisantes pour garantir la
Règlement des différends
sécurité, la sûreté et la protection sur le territoire libanais du personnel du Bureau du
Tribunal spécial et des autres personnes visées dans le présent Accord. Il prend Tout différend entre les Parties concernant l’interprétation ou l’application du
toutes mesures appropriées, dans la limite de ses moyens, pour protéger le matériel présent Accord est réglé par voie de négociation ou par tout autre moyen convenu
et les locaux du Bureau contre tout attentat ou action susceptible d’empêcher le entre elles d’un commun accord.
118
Tribunal de s’acquitter de son mandat.
Article 19
Article 15 Entrée en vigueur de l’Accord et commencement des travaux du Tribunal spécial
Coopération avec le Tribunal spécial
1. Le présent Accord entrera en vigueur le lendemain du jour où le
1. Le Gouvernement coopère avec tous les organes du Tribunal spécial, en Gouvernement aura notifié par écrit à l’Organisation des Nations Unies qu’il a
particulier avec le Procureur et le conseil de la défense, à tous les stades de la accompli les formalités requises à cet effet.
procédure. Il facilite l’accès du Procureur et du conseil de la défense aux lieux,
2. Le Tribunal spécial commencera ses travaux à une date qui sera fixée par le
personnes et documents dont ils ont besoin à des fins d’enquêtes.
Secrétaire général en consultation avec le Gouvernement, compte tenu de
2. Le Gouvernement donne suite sans retard indu à toute demande d’assistance l’avancement des travaux de la Commission d’enquête internationale indépendante.
que lui adresse le Tribunal spécial et à toute ordonnance prise par les Chambres, y
compris, sans s’y limiter, en ce qui concerne : Article 20
Amendement
a) L’identification et la localisation de personnes;
b) La signification d’actes; Le présent Accord pourra être modifié par convention écrite entre les Parties.
07-36358 9 10 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
cette période de trois ans, pour lui permettre de le faire, l’Accord sera prolongé pour Pièce jointe
une ou plusieurs périodes dont la durée sera déterminée par le Secrétaire général en
consultation avec le Gouvernement et le Conseil de sécurité. Statut du Tribunal spécial pour le Liban
3. Les dispositions du présent Accord relatives à l’inviolabilité des fonds, avoirs, Créé par un Accord entre l’Organisation des Nations Unies et la République
archives et documents du Bureau du Tribunal spécial au Liban, aux privilèges et libanaise (ci-après l’« Accord ») par application de la résolution 1664 (2006) du
immunités des personnes visées dans l’Accord, aux conseils de la défense et à la Conseil de sécurité, en date du 29 mars 2006, faisant suite à la demande du
protection des victimes et des témoins resteront en vigueur après son extinction. Gouvernement libanais tendant à voir créer un tribunal international pour juger
En foi de quoi, les soussignés, représentants dûment autorisés de l’Organisation toutes les personnes responsables du crime terroriste qui a entraîné la mort de
des Nations Unies et de la République libanaise, ont signé le présent Accord. l’ancien Premier Ministre libanais Rafic Hariri et d’autres personnes, le Tribunal
spécial pour le Liban (ci-après le « Tribunal spécial ») est régi par les dispositions
Fait à _______________, le _________________ deux mil six, en triple original, en du présent Statut.
langues arabe, française et anglaise, les trois textes faisant également foi.
Première section
Pour l’Organisation des Nations Unies : Pour la République libanaise :
Compétence et droit applicable
Article premier
Compétence du Tribunal
Le Tribunal spécial a compétence à l’égard des personnes responsables de
l’attentat du 14 février 2005 qui a entraîné la mort de l’ancien Premier Ministre
libanais Rafic Hariri et d’autres personnes, et causé des blessures à d’autres
personnes. S’il estime que d’autres attentats terroristes survenus au Liban entre le
1er octobre 2004 et le 12 décembre 2005 ou à toute autre date ultérieure décidée par
les parties avec l’assentiment du Conseil de sécurité ont, conformément aux
principes de la justice pénale, un lien de connexité avec l’attentat du 14 février 2005
119
et sont de nature et de gravité similaires, le Tribunal aura également compétence à
l’égard des personnes qui en sont responsables. Ce lien de connexité peut, sans s’y
limiter, être constitué des éléments suivants : l’intention criminelle (le mobile), le
but recherché, la qualité des personnes visées, le mode opératoire et les auteurs.
Article 2
Droit pénal applicable
Sont applicables à la poursuite et à la répression des infractions visées à
l’article premier, sous réserve des dispositions du présent Statut :
a) Les dispositions du Code pénal libanais relatives à la poursuite et à la
répression des actes de terrorisme, des crimes et délits contre la vie et l’intégrité
physique des personnes, des associations illicites et de la non-révélation de crimes
et délits, y compris les règles relatives à l’élément matériel de l’infraction, à la
participation criminelle et à la qualification de complot; et
b) Les articles 6 et 7 de la loi libanaise du 11 janvier 1958 renforçant les
peines relatives à la sédition, à la guerre civile et à la lutte confessionnelle.
Article 3
Responsabilité pénale individuelle
1. Est individuellement responsable de crimes relevant de la compétence du
Tribunal spécial :
07-36358 11 12 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
a) Quiconque a commis le crime visé à l’article 2 du présent Statut, y a c) Les juridictions nationales informent régulièrement le Tribunal de
participé en tant que complice, l’a organisé ou a ordonné à d’autres personnes de le l’évolution de l’enquête. À tout stade de la procédure, le Tribunal peut demander
commettre; ou officiellement aux juridictions nationales de se dessaisir en sa faveur.
b) Quiconque a intentionnellement, de toute autre manière, contribué à la
Article 5
commission du crime visé à l’article 2 du présent Statut par un groupe de personnes
Non bis in idem
agissant de concert, soit pour faciliter l’activité criminelle générale du groupe ou en
servir les buts, soit en pleine connaissance de l’intention du groupe de commettre le 1. Nul ne peut être traduit devant une juridiction libanaise s’il a déjà été jugé
crime visé. pour les mêmes faits par le Tribunal spécial.
2. En ce qui concerne les relations entre supérieur hiérarchique et subordonnés, le 2. Quiconque a été traduit devant une juridiction nationale ne pourra l’être par la
supérieur hiérarchique est pénalement responsable de tout crime visé à l’article 2 du suite devant le Tribunal spécial que si la juridiction nationale n’a pas statué en toute
présent Statut commis par des subordonnés placés sous son autorité et son contrôle impartialité ou indépendance, si la procédure engagée devant elle visait à soustraire
effectifs, faute d’avoir exercé le contrôle qui convenait sur ces subordonnés dès lors : l’accusé à sa responsabilité pénale pour des crimes relevant de la compétence du
Tribunal, ou si les poursuites n’ont pas été exercées en toute diligence.
a) Qu’il savait que ces subordonnés commettaient ou allaient commettre ces
crimes ou a délibérément méconnu des informations qui l’indiquaient clairement; 3. Pour décider de la peine à infliger à une personne condamnée pour un crime
visé par le présent Statut, le Tribunal spécial tient compte de la mesure dans laquelle
b) Que ces crimes étaient liés à des activités relevant de sa responsabilité et
cette personne a déjà purgé une peine qui lui aurait été infligée par une juridiction
de son contrôle effectifs; et
nationale pour le même fait.
c) Qu’il n’a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables qui
étaient en son pouvoir pour en empêcher ou en réprimer l’exécution ou pour en Article 6
référer aux autorités compétentes aux fins d’enquête et de poursuites. Amnistie
3. Le fait que la personne a agi en exécution d’un ordre d’un supérieur ne L’amnistie accordée à une personne pour tout crime relevant de la compétence
l’exonère pas de sa responsabilité pénale mais peut être considéré comme un motif du Tribunal spécial ne fait pas obstacle à l’exercice de poursuites contre elle.
de diminution de la peine dès lors que le Tribunal spécial estime que la justice le
commande.
120
Section II
Article 4 Organisation du Tribunal
Compétences concurrentes
Article 7
1. Le Tribunal spécial et les juridictions libanaises sont concurremment compétents, Organes du Tribunal
le Tribunal spécial ayant, dans les limites de sa compétence, la primauté sur les
juridictions libanaises. Le Tribunal spécial comprend les organes suivants :
2. Dès l’entrée en fonction du Procureur nommé par le Secrétaire général, et deux a) Les Chambres, comprenant un juge de la mise en état, une Chambre de
mois au plus tard après celle-ci, le Tribunal spécial demande à la juridiction première instance et une Chambre d’appel;
libanaise saisie de l’affaire de l’attentat contre le Premier Ministre Rafic Hariri et b) Le Procureur;
d’autres personnes de se dessaisir en sa faveur. La juridiction libanaise transmet au
Tribunal les éléments de l’enquête et copie du dossier, le cas échéant. Les personnes c) Le Greffe; et
arrêtées dans le cadre de l’enquête sont déférées au Tribunal. d) Le Bureau de la défense.
3. a) À la requête du Tribunal spécial, la juridiction nationale saisie de tout
autre crime commis entre le 1er octobre 2004 et le 12 décembre 2005, ou à une date Article 8
ultérieure décidée en application de l’article premier, transmet au Tribunal, pour Composition des Chambres
examen par le Procureur, les éléments de l’enquête et copie du dossier, le cas échéant. 1. Les Chambres sont composées comme suit :
b) À la requête du Tribunal, la juridiction nationale en question se dessaisit a) Un juge international de la mise en état;
en faveur du Tribunal. Elle transmet au Tribunal les éléments de l’enquête et copie
du dossier, le cas échéant, et défère au Tribunal toute personne arrêtée dans le cadre b) Trois juges siégeant à la Chambre de première instance, dont un juge
de l’affaire. libanais et deux juges internationaux;
c) Cinq juges siégeant à la Chambre d’appel, dont deux juges libanais et
trois juges internationaux;
07-36358 13 14 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
d) Deux juges suppléants, dont un juge libanais et un juge international. 4. Le Procureur est assisté d’un procureur adjoint libanais et de tous autres
fonctionnaires internationaux et libanais nécessaires pour lui permettre de
2. Les juges de la Chambre d’appel et les juges de la Chambre de première s’acquitter efficacement des fonctions à lui assignées.
instance élisent un président qui conduit les débats de la Chambre à laquelle il a été
élu. Le Président de la Chambre d’appel est Président du Tribunal spécial. 5. Le Bureau du Procureur peut interroger des suspects, des victimes et des
témoins, recueillir des éléments de preuve et se transporter sur les lieux. Lorsqu’il
3. À la demande du Président de la Chambre de première instance, le Président accomplit ces tâches, le Procureur est assisté, selon que de besoin, des autorités
du Tribunal spécial peut, si l’intérêt de la justice le commande, désigner les juges libanaises concernées.
suppléants qui seraient présents à tous les stades de la procédure et siégeraient en
remplacement de tout juge qui se trouverait dans l’impossibilité de siéger. Article 12
Greffe
Article 9
Qualification et élection des juges 1. Sous l’autorité du Président du Tribunal spécial, le Greffe est chargé d’assurer
l’administration et les services du Tribunal.
1. Les juges doivent jouir d’une haute considération morale, être connus pour
leur impartialité et leur intégrité et posséder une grande expérience judiciaire. Ils 2. Le Greffe se compose d’un greffier et de tels autres fonctionnaires que
sont indépendants dans l’exercice de leurs fonctions et ne peuvent accepter ou nécessaires.
solliciter d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autre source.
3. Nommé par le Secrétaire général, le Greffier est fonctionnaire de
2. Il est dûment tenu compte, dans la composition des Chambres, de la l’Organisation des Nations Unies. Il est nommé pour un mandat de trois ans
compétence établie des juges en matière de droit pénal, de procédure pénale et de renouvelable pour une durée à déterminer par le Secrétaire général en consultation
droit international. avec le Gouvernement.
3. Les juges sont nommés par le Secrétaire général, conformément à l’article 2 de 4. Le Greffier crée au sein du Greffe une section d’aide aux victimes et aux
l’Accord, pour un mandat de trois ans renouvelable pour une durée à déterminer par témoins. La Section prend, en consultation avec le Bureau du Procureur, toutes
le Secrétaire général en consultation avec le Gouvernement. mesures nécessaires pour garantir la sécurité, le bien-être physique et psychologique,
la dignité et le respect de la vie privée des victimes et des témoins. Il fournit toute
Article 10 autre assistance appropriée aux témoins qui comparaissent devant le Tribunal spécial
Pouvoirs du Président du Tribunal et à tous ceux que les dépositions des témoins exposent à des risques.
121
1. Outre ses fonctions judiciaires, le Président du Tribunal spécial représente le
Article 13
Tribunal. Il est responsable du bon fonctionnement du Tribunal et de la bonne
Bureau de la défense
administration de la justice.
1. En consultation avec le Président du Tribunal, le Secrétaire général nomme
2. Le Président du Tribunal présente chaque année au Secrétaire général et au
une personnalité indépendante Chef du Bureau de la défense, laquelle nomme à son
Gouvernement libanais un rapport sur le fonctionnement et les activités du Tribunal.
tour les fonctionnaires du Bureau et établit une liste de conseils de la défense.
Article 11 2. Le Bureau de la défense, qui peut aussi comprendre un ou plusieurs conseils
Procureur commis d’office, protège les droits de la défense et apporte un soutien et une
assistance, sous la forme de recherches juridiques, de rassemblement d’éléments de
1. Le Procureur dirige les enquêtes et exerce les poursuites contre les personnes
preuve ou de conseils juridiques si nécessaire, aux conseils de la défense et aux
responsables des crimes relevant de la compétence du Tribunal spécial. Dans
personnes ayant droit à une aide juridique qui comparaissent devant le juge de la
l’intérêt d’une bonne administration de la justice, il peut décider de mettre en
mise en état ou devant une Chambre pour tel ou tel motif.
accusation ensemble des personnes accusées d’une même infraction ou d’infractions
différentes commises à l’occasion de la même entreprise criminelle.
Article 14
2. Le Procureur est un organe distinct au sein du Tribunal. Il ne sollicite ni ne Langues de travail
reçoit d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autre source.
Les langues de travail du Tribunal sont l’arabe, le français et l’anglais. Pour
3. Conformément à l’article 3 de l’Accord, le Procureur est nommé par le toute procédure, le juge de la mise en état ou la Chambre peuvent décider d’utiliser
Secrétaire général pour un mandat de trois ans renouvelable pour une durée à une ou deux langues de travail parmi ces trois langues, selon qu’il convient.
déterminer par le Secrétaire général en consultation avec le Gouvernement. Il doit
jouir d’une haute considération morale et justifier de solides compétences et d’une
grande expérience des enquêtes et poursuites pénales.
07-36358 15 16 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
Section III d) Sous réserve des dispositions de l’article 22, être présent à son procès et
Droits de l’accusé et des victimes se défendre lui-même ou être assisté d’un conseil de son choix; s’il n’a pas de
conseil, être informé de son droit d’en avoir un, et, chaque fois que l’intérêt de la
Article 15 justice le commande, se voir commettre d’office un conseil, sans frais, s’il n’a pas
Droits du suspect durant l’enquête les moyens de le rémunérer;
Tout suspect qui doit être interrogé par le Procureur n’est pas obligé de e) Interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la
témoigner contre lui-même ni de s’avouer coupable. Il a les droits suivants, dont il comparution et l’interrogatoire des témoins à décharge dans les mêmes conditions
est informé par le Procureur, avant d’être interrogé, dans une langue qu’il parle et que les témoins à charge;
comprend : f) Examiner tous éléments de preuve à charge qui seront présentés au
a) Le droit d’être informé qu’il y a des raisons de croire qu’il a commis un procès, conformément au Règlement de procédure et de preuve du Tribunal spécial;
crime relevant de la compétence du Tribunal; g) Se faire assister gratuitement d’un interprète s’il ne comprend pas ou ne
b) Le droit de garder le silence, sans que ce silence soit pris en parle pas la langue employée à l’audience;
considération pour la détermination de sa culpabilité ou de son innocence, et d’être h) Ne pas être forcé de témoigner contre lui-même ou de s’avouer coupable.
prévenu que toute déclaration de sa part est enregistrée et peut être utilisée comme
élément de preuve; 5. Tout accusé peut, à tout stade de la procédure, faire à l’audience une
déclaration concernant la cause. Les Chambres décident de la valeur probante à
c) Le droit d’être assisté d’un conseil de son choix, y compris, si l’intérêt de accorder à cette déclaration.
la justice le commande, de se voir commettre un conseil par le Bureau de la défense
s’il n’a pas les moyens de le rémunérer; Article 17
d) Le droit de se faire assister gratuitement d’un interprète s’il ne comprend Droits des victimes
pas ou ne parle pas la langue employée pour l’interroger; Lorsque les intérêts personnels des victimes sont concernés, le Tribunal permet
e) Le droit d’être interrogé en présence de son conseil, à moins qu’il n’ait que leurs vues et préoccupations soient exposées et examinées, aux stades de la
renoncé volontairement à son droit d’être assisté d’un conseil. procédure que le juge de la mise en état ou la Chambre estiment appropriés et d’une
manière qui n’est ni préjudiciable ni contraire aux droits de la défense et aux
122
Article 16 exigences d’un procès équitable et impartial. Ces vues et préoccupations peuvent
Droits de l’accusé être exposées par les représentants légaux des victimes lorsque le juge de la mise en
l’état ou la Chambre l’estiment approprié.
1. Tous les accusés sont égaux devant le Tribunal.
2. L’accusé a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et
Section IV
publiquement, sous réserve des mesures ordonnées par le Tribunal pour assurer la
protection des victimes et des témoins. Conduite de la procédure
3. a) Tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été Article 18
établie, conformément aux dispositions du présent Statut. Mise en état
b) Il incombe au Procureur de prouver la culpabilité de l’accusé. 1. Le juge de la mise en état examine l’acte d’accusation. S’il estime que le
c) Pour condamner l’accusé, la Chambre saisie doit être convaincue de sa Procureur a établi qu’au vu des présomptions, il y a lieu d’engager des poursuites, il
culpabilité au-delà de tout doute raisonnable. confirme l’acte d’accusation. À défaut, il le rejette.
4. Lors de l’examen des charges portées contre lui conformément au présent 2. Le juge de la mise en état peut, à la requête du Procureur, décerner les
Statut, l’accusé a droit, en pleine égalité, au moins aux garanties suivantes : ordonnances, les mandats d’arrêt, les ordres de remise de personnes et toutes autres
ordonnances nécessaires à la conduite de l’enquête et à la préparation d’un procès
a) Être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu’il comprend et équitable et rapide.
de façon détaillée, de la nature et des motifs de l’accusation portée contre lui;
b) Disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa Article 19
défense et communiquer librement avec le conseil de son choix; Éléments de preuve réunis avant la création du Tribunal
c) Être jugé sans retard excessif; Les éléments de preuve concernant les affaires dont le Tribunal spécial est
saisi et réunis avant la création du Tribunal par les autorités libanaises ou par la
Commission d’enquête internationale indépendante conformément à son mandat tel
07-36358 17 18 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
que défini par la résolution 1595 (2005) du Conseil de sécurité et des résolutions 2. S’il procède en l’absence de l’accusé, le Tribunal s’assure que :
ultérieures, seront reçus par le Tribunal. Les Chambres décideront de leur a) L’acte d’accusation a été notifié ou signifié à l’accusé, ou que celui-ci en
admissibilité en application des normes internationales relatives au rassemblement a été avisé par voie d’insertion dans les médias ou de communication adressée à son
des éléments de preuve. Il appartient au juge de la mise en état ou aux Chambres État de résidence ou de nationalité;
concernées de décider du poids à accorder à ces éléments de preuve.
b) L’accusé a désigné un conseil de son choix qui sera rémunéré par lui ou
Article 20 par le Tribunal si son état d’indigence est établi;
Ouverture et conduite du procès c) Si l’accusé ne peut ou ne veut désigner un conseil, le Bureau de la
1. La Chambre de première instance donne lecture de l’acte d’accusation à l’accusé, défense du Tribunal en désigne un chargé de défendre scrupuleusement les intérêts
s’assure que les droits de l’accusé sont respectés, confirme que l’accusé a compris le et les droits de l’accusé.
contenu de l’acte d’accusation et lui ordonne de plaider coupable ou non coupable. 3. En cas de condamnation par défaut, l’accusé qui n’avait pas désigné un conseil
2. Sauf décision contraire de la Chambre de première instance dictée par l’intérêt de son choix a droit à ce que sa cause soit rejugée en sa présence devant le Tribunal,
de la justice, les témoins sont interrogés dans l’ordre par le Président de la Chambre, à moins qu’il n’accepte le verdict.
les autres juges, le Procureur et la défense.
Article 23
3. À toute étape du procès, la Chambre de première instance peut, sur requête ou
Sentence
d’office, appeler des témoins supplémentaires ou ordonner la production d’éléments
de preuves supplémentaires. La sentence est rendue en audience publique à la majorité des juges de la
Chambre de première instance ou de la Chambre d’appel. Elle est établie par écrit et
4. L’audience est publique à moins que la Chambre de première instance ordonne
motivée, des opinions individuelles ou dissidentes pouvant y être jointes.
le huis clos conformément au Règlement de procédure et de preuve.
Article 24
Article 21
Peines
Pouvoirs des Chambres
1. La Chambre de première instance impose à la personne reconnue coupable une
1. Le Tribunal limite strictement le procès, l’appel et la révision à un examen
peine d’emprisonnement à perpétuité ou dont elle précise la durée. Pour fixer les
rapide des questions soulevées par les charges, des moyens d’appel ou des moyens
123
conditions de l’emprisonnement à raison des crimes visés dans le présent Statut, la
de révision. Il prend des mesures strictes pour éviter toute action qui entraînerait un
Chambre de première instance a recours, selon qu’il convient, à la grille générale
retard non justifié.
des peines d’emprisonnement appliquée par les juridictions internationales et par les
2. La Chambre peut recevoir tout élément de preuve pertinent qu’elle estime juridictions libanaises.
avoir valeur probante et exclure tout élément de preuve dont la valeur probante est
2. En imposant la peine, la Chambre de première instance doit tenir compte de
largement inférieure à l’exigence d’un procès équitable.
facteurs comme la gravité de l’infraction et la situation personnelle du condamné.
3. La Chambre peut recevoir la déposition d’un témoin oralement, ou par écrit si
l’intérêt de la justice le commande. Article 25
Indemnisation des victimes
4. Dans le silence du Règlement de procédure et de preuve, la Chambre applique
les règles d’administration de la preuve propres à permettre, dans l’esprit du Statut 1. Le Tribunal peut identifier des victimes ayant subi un préjudice en raison de
et des principes généraux du droit, un règlement équitable de la cause. crimes commis par un accusé reconnu coupable par le Tribunal.
2. Le Greffier transmet aux autorités compétentes de l’État concerné le jugement
Article 22
Jugement par défaut par lequel l’accusé a été reconnu coupable d’une infraction qui a causé un préjudice
à une victime.
1. Le Tribunal conduit le procès en l’absence de l’accusé si celui-ci :
3. Une victime ou ses ayants droit peuvent, en se fondant sur la décision du
a) A renoncé expressément et par écrit à son droit d’être présent; Tribunal spécial et conformément à la législation nationale applicable, intenter une
b) N’a pas été remis au Tribunal par les autorités de l’État concerné; action devant une juridiction nationale ou toute autre institution compétente pour
obtenir réparation du préjudice subi, que cette victime ait été ou non identifiée
c) Est en fuite ou est introuvable, et tout ce qui était raisonnablement comme telle par le Tribunal conformément au paragraphe 1 du présent article.
possible a été fait pour garantir sa comparution devant le Tribunal et l’informer des
charges confirmées par le juge de la mise en état. 4. Aux fins de l’action prévue au paragraphe 3 du présent article, le jugement du
Tribunal spécial est définitif et déterminant quant à la responsabilité pénale de la
personne condamnée.
07-36358 19 20 07-36358
S/RES/1757 (2007) S/RES/1757 (2007)
Article 26 Article 30
Appel Grâce et commutation de peine
1. La Chambre d’appel connaît des appels formés, soit par des personnes que la Si le condamné peut bénéficier d’une grâce ou d’une commutation de peine en
Chambre de première instance a reconnu coupables, soit par le Procureur, pour les vertu des lois de l’État dans lequel il est emprisonné, celui-ci en avise le Tribunal
motifs ci-après : spécial. Une grâce ou une commutation de peine n’est accordée que si le Président
du Tribunal spécial, en consultation avec les juges, en décide ainsi dans l’intérêt de
a) Erreur sur un point de droit qui invalide la décision; la justice et par référence aux principes généraux du droit.
b) Erreur de fait qui a entraîné un déni de justice.
2. La Chambre d’appel peut confirmer, annuler ou réviser les décisions de la
Chambre de première instance.
Article 27
Révision
1. S’il est découvert un fait nouveau inconnu au moment du procès en première
instance ou en appel et qui aurait pu être un élément déterminant de la décision, le
condamné ou le Procureur peut saisir le Tribunal d’une demande en révision.
2. Les demandes en révision sont formées devant la Chambre d’appel. Celle-ci
rejette les demandes qu’elle juge infondées. Si elle estime qu’une demande est
fondée, elle peut, selon ce qui convient :
a) Faire renvoi à la Chambre de première instance;
b) Évoquer la cause.
Article 28
124
Règlement de procédure et de preuve
1. Les juges du Tribunal adopteront dès que possible après leur entrée en fonction
un Règlement de procédure et de preuve, qui régira la mise en état des affaires, les
procès en première instance et les recours, la recevabilité des preuves, la
participation des victimes, la protection des victimes et des témoins et d’autres
questions appropriées, et qu’ils pourront modifier si nécessaire.
2. À cet égard, les juges se guideront, selon ce qui conviendra, sur le Code de
procédure pénal libanais et d’autres textes de référence consacrant les normes
internationales de procédure pénale les plus élevées, afin de garantir un procès
rapide et équitable.
Article 29
Exécution des peines
1. Les peines d’emprisonnement seront exécutées dans un État désigné par le
Président du Tribunal spécial dans une liste d’États qui ont fait savoir qu’ils étaient
disposés à recevoir des personnes condamnées par le Tribunal.
2. Les conditions de détention seront régies par la législation de l’État
d’exécution et soumises au contrôle du Tribunal spécial. L’État d’exécution est tenu
par la durée de la peine, sans préjudice de l’article 30 du présent Statut.
07-36358 21 22 07-36358
Confirmation des principes de droit international
reconnus par le statut de la Cour de Nuremberg
(Résolution 95 (I) de l’Assemblée générale des Nations Unies
du 11 décembre 1946)
126
Tribunal international militaire de Nuremberg
M. le Juge Li
M. le Juge Deschênes
M. le Juge Abi-Saab
M. le Juge Sidhwa
LE PROCUREUR
C/
______________________________________
______________________________________
Le Bureau du Procureur :
Le Conseil de la Défense :
I. INTRODUCTION
A. Le jugement en appel
1. La Chambre d'appel du Tribunal international chargé de poursuivre les personnes présumées responsables de violations graves du
droit international humanitaire commises sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis 1991 (Le "Tribunal international") est saisie d'un appel
interjeté par la Défense contre un jugement rendu par la Chambre de première instance II le 10 août 1995. Ce jugement rejetait
l'exception préjudicielle d'incompétence du Tribunal international soulevée par l'Appelant.
2. Devant la Chambre de première instance, l'Appelant avait lancé une attaque sur trois fronts :
Le jugement dont appel a rejeté la demande de l'Appelant. Pour l'essentiel, son dispositif est libellé comme suit :
"LA CHAMBRE DE PREMIÈRE INSTANCE (...) ECARTE PAR LA PRÉSENTE l'exception dans la mesure où elle se rapporte à la primauté et
à la compétence d'attribution au titre des articles 2, 3 et 5 et DÉCIDE, par ailleurs, de se déclarer incompétente dans la mesure où ladite
exception conteste la création du Tribunal international ;
REJETTE PAR LA PRÉSENTE la demande de la Défense en son exception sur la compétence du Tribunal" (décision relative à
l'exception d'incompétence du Tribunal international soulevée par la Défense devant la Chambre de première instance, 10 août 1995, affaire no.
IT-94-1-T, p. 33 ; ("Décision de la Chambre de première instance")).
L'Appelant allègue maintenant que la Chambre de première instance a commis une erreur de droit.
226
3. Il ressort clairement du dispositif du jugement que la Chambre de première instance a adopté une approche différente sur le premier chef
de contestation, sur lequel elle a refusé de statuer, de celle qu'elle a suivie concernant les deux derniers chefs, qu'elle a rejetés. Il convient de
noter cette distinction et nous y reviendrons plus loin.
Cependant, il appert maintenant de l'évolution de l'instance que la question de la compétence a acquis, devant la présente Chambre, une
double dimension :
Avant de se pencher sur le fond, il convient d'examiner la question liminaire, à savoir, la Chambre d'appel est-elle compétente pour être saisie
du présent appel ?
4. L'article 25 du Statut du Tribunal international (Le Statut du Tribunal international, publié originellement comme annexe au Rapport du
Secrétaire général établi conformément au paragraphe 2 de la résolution 808 (1993) du Conseil de sécurité, (Document des Nations Unies
S/25704) et adopté conformément à la résolution 827 (25 mai 1993) du Conseil de sécurité) (dorénavant le "Statut du Tribunal international")
adopté par le Conseil de sécurité des Nations Unies, prévoit une procédure d'appel interne au Tribunal international. Cette disposition est
conforme au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui insiste sur le droit d'interjeter appel (Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, 19 décembre 1966, article 14, paragraphe 5, A.G. Res. 2200 (XXI), 21 U.N. GAOR, supp. (no. 16) 52, Document
des Nations Unies A/6316 (1966) ("le Pacte").
Comme l'a reconnu le Procureur du Tribunal international à l'audience des 7 et 8 septembre 1995, le Statut est d'un caractère général et le Conseil
de sécurité s'attendait certainement à ce qu'il soit complété, le cas échéant, par le règlement que les juges ont reçu pour mandat d'adopter,
en particulier pour "l'audience et les recours" (art. 15). Les juges ont bien adopté ce règlement : chapitre septième du Règlement de procédure et
de preuve (Règlement de procédure et de preuve, 107-108, adopté le 11 février 1994 conformément à l'article 15 du Statut du Tribunal
international, modifié (IT/32/Rév.5) (dorénavant le "Règlement de procédure et de preuve")).
5. Cependant, l'article 73 avait déjà prévu des "Exceptions préjudicielles soulevées par l'accusé", à cinq titres. La première est
"l'exception d'incompétence". L'article 72 B) spécifie :
"La Chambre se prononce sur les exceptions préjudicielles in limine litis. Les décisions ainsi rendues ne sont pas susceptibles d'appel, sauf dans
le cas où la Chambre a rejeté une exception d'incompétence" (Règlement de procédure et de preuve, art. 72 B).
C'est un point facile à comprendre et le Procureur l'énonce clairement dans son argument :
"Je soutiens, premièrement, que clairement dans les limites du Statut, les juges doivent être libres de commenter, de compléter, d'adopter des
articles compatibles et, dans la mesure que j'ai mentionnée hier, il habiliterait également les juges à examiner le bien-fondé du Statut et à
s'assurer qu'ils peuvent rendre justice dans le contexte international dans le cadre du Statut. Ceci est incontestable.
L'article 72 ne fait, à mon avis, qu'offrir un instrument utile pour réaliser - c'est une disposition juste parce que, sans elle, on pourrait, comme
l'a mentionné hier M. Orie dans un contexte certes différent, se retrouver dans la triste situation d'un procès durant des mois ; du Tribunal
entendant des témoins pour finir par découvrir, au stade de l'appel que, en fait, il n'aurait pas dû y avoir de procès en raison de l'incompétence
du Tribunal, quel qu'en soit le motif.
C'est donc, d'une certaine façon, une règle d'équité pour les deux parties mais particulièrement en faveur de l'accusé pour éviter à une personne
le désagrément d'être traduit en justice dans le cadre d'un procès qui n'aurait jamais dû se tenir. C'est vraiment comme les décisions que vous
avez prises concernant le Règlement de procédure et de preuve. Dans une certaine mesure, il complète le Statut mais c'était l'intention du Conseil
de sécurité quand il a conféré aux juges le pouvoir d'élaborer un Règlement. Ils l'ont fait en sachant que certaines dispositions du Statut devaient
être complétées par un Règlement de procédure et de preuve.
(...)
C'est donc, en fin de compte, un article pratique et, si je peux me permettre, un article judicieux dans l'intérêt de la justice, dans l'intérêt des
deux parties et dans l'intérêt du Tribunal dans son ensemble" (Procès-verbal d'audience d'appel sur l'exception d'incompétence, 8 septembre 1995,
p. 4 ("Procès-verbal de l'appel")).
La question a, cependant, été soulevée de savoir si les trois moyens avancés par l'Appelant portent vraiment sur la compétence du
Tribunal international, élément nécessaire pour qu'ils constituent le fondement d'un appel. Plus spécifiquement, la légalité de la création du
Tribunal international et sa primauté peuvent-ils servir de fondements à un tel appel ?
En page 2 de son Mémoire en appel, le Procureur a conclu dans le sens d'une réponse négative, fondée sur la distinction entre la légalité de
la création du Tribunal international et sa compétence. Seul le deuxième point peut faire l'objet d'un appel tandis que la légalité et la primauté
du Tribunal international ne pourraient pas être contestées en appel (Réponse à l'exception préjudicielle d'incompétence du Tribunal soulevée par
la Défense devant la Chambre de première instance du Tribunal international, 7 juillet 1995, affaire no. IT-94-1-T, p. 4 ("Mémoire du Procureur")).
6. Cette interprétation étroite du concept de compétence, soutenue par le Procureur et un amicus curiae, s'est heurtée à une vision plus moderne
de l'administration de la justice. Une décision sur une question aussi fondamentale que la compétence du Tribunal international ne devrait pas
être repoussée à la fin d'une instance potentiellement longue, marquée par l'émotion et onéreuse. Tous les motifs de contestation sur lesquels
s'appuie l'Appelant se traduisent, en dernière analyse, par une évaluation de la capacité juridique du Tribunal international de juger son affaire.
Ne s'agit-il pas, en fin de compte, d'une question de compétence ? Et quel autre organe que la Chambre d'appel du Tribunal international
pourrait être juridiquement habilité à statuer sur cette question De fait - et ce n'est en aucune façon concluant tout en étant, néanmoins,
227
intéressant : si ces questions n'étaient pas tranchées in limine litis, elles pourraient, de toute évidence, être soulevées dans un appel au fond.
L'intérêt supérieur de la justice serait-il servi par une décision en faveur de l'accusé, après que celui-ci ait subi ce qui devrait alors être qualifié
de procès injustifié. Après tout, une cour de justice se doit d'honorer le bon sens non seulement quand il s'agit de peser les faits mais également
au plan de l'examen du droit et du choix de l'article approprié. En cette affaire, la compétence de la présente Chambre à être saisie et à statuer
sur l'appel de l'Appelant est incontestable.
C. Moyens d'appel
7. La Chambre d'appel a, en conséquence, entendu les Parties sur tous les points soulevés dans les conclusions. Elle a également lu les
mémoires d'amicus curiae présentés par Juristes sans frontières et le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique, auxquels elle fait part de sa gratitude.
8. L'Appelant a présenté deux Mémoires d'appel successifs. Le second Mémoire a été présenté en retard mais, en l'absence d'objection du
Procureur, la Chambre d'appel a accordé la prolongation du délai sollicitée par l'Appelant au titre de l'article 116.
Le second Mémoire tend essentiellement à étayer les arguments développés par l'Appelant dans son Mémoire originel. Ils sont présentés sous
les titres suivants :
b) exercice abusif de la primauté du Tribunal international sur les juridictions nationales compétentes ;
La Chambre d'appel se propose d'examiner chaque moyen d'appel dans l'ordre de leur présentation par l'Appelant.
A. Définition de la compétence
10. Dans son examen de l'exception d'incompétence du Tribunal international soulevée par la Défense sur les motifs de l'illégalité de sa création
par le Conseil de sécurité, la Chambre de première instance a déclaré :
"Il existe, clairement, des questions de compétence relevant du Tribunal international comme les questions de date, de lieu et de caractère du
crime faisant l'objet de poursuites. Ces questions sont qualifiées, à juste titre, de questions juridictionnelles, tandis que la légalité de la création
du Tribunal international n'est pas véritablement une question de compétence. Elle porte, plutôt, sur la légalité de sa création (...)" (Décision de
la Chambre de première instance, par. 4).
La petitio principii sur lequel s'appuie cette affirmation n'explique pas les critères utilisés par la Chambre de première instance pour
récuser l'exception d'illégalité de la création du Tribunal international comme exception d'incompétence. Plus important encore, cette
proposition implique un concept étroit de la compétence ramené à des exceptions fondées sur les limites de sa portée vis-à-vis du temps, de
l'espace, des personnes et de la matière (ratione temporis, loci, personae et materiae). Mais la "juridiction" (compétence en français) n'est
pas simplement un domaine ou une sphère (mieux décrite dans ce cas par le terme "compétence" - (sens anglais du terme) ; il
s'agit fondamentalement - ainsi qu'il ressort de l'origine latine du terme lui-même, jurisdictio - d'un pouvoir juridique et donc, nécessairement,
d'un pouvoir légitime de "dire le droit" dans ce domaine, de manière définitive et faisant autorité.
C'est son sens dans tous les systèmes juridiques. Ainsi, historiquement, dans la common law, les Termes de la ley fournissent la définition suivante :
"La 'compétence' est une dignité conférée à un homme par le pouvoir de rendre justice dans les affaires traduites devant lui" (STROUD'S
JUDICIAL DICTIONNARY, 1379 (5e éd., 1986)).
On trouve le même concept dans les définitions données par les dictionnaires courants :
"(La compétence) est le pouvoir d'un tribunal de statuer sur un litige et présuppose l'existence d'une cour dûment constituée dotée du contrôle sur
la compétence matérielle et les Parties" (BLACK'S LAW DICTIONNARY 712 (6e éd., 1990) citant Pinner c/ Pinner, 33 N.C. App. 204, 234 S.E.
2d 633).
11. Un concept étroit de la compétence peut, éventuellement, se justifier dans un cadre national mais pas en droit international. Le
droit international, du fait de l'absence d'une structure décentralisée, n'offre pas un système judiciaire intégré assurant une répartition ordonnée
du travail entre un certain nombre de tribunaux où certains aspects ou éléments de la compétence en tant que pouvoir pourraient être centralisés
ou affectés à l'un d'eux mais pas aux autres. En droit international, chaque tribunal est un système autonome (sauf s'il en est prévu
autrement). Certes, l'acte constitutif d'un tribunal international peut limiter certains de ses pouvoirs juridictionnels mais seulement dans la mesure
où cette limite ne nuit pas à son "caractère judiciaire", comme nous le verrons plus loin. On ne saurait, cependant, présumer ces limites et, en
tout état de cause, elles ne peuvent pas être déduites du concept de compétence proprement dit.
12. Pour nous résumer, si le tribunal international n'était pas créé légalement, il ne serait pas doté du pouvoir légitime de décider en ce qui
concerne la date, le lieu, les personnes ou le domaine de la compétence matérielle. L'appel fondé sur l'illégalité de la création du
Tribunal international touche le principe même de la compétence en tant que pouvoir d'exercer la fonction judiciaire dans tout domaine. Il est
plus radical, dans le sens où il excède et englobe tous les autres appels relatifs à la portée de la compétence. Il s'agit là d'une question préalable
qui détermine tous les autres aspects de la compétence.
228
du Tribunal international
1) le Tribunal international n'est pas compétent pour réexaminer sa création par le Conseil de sécurité (Mémoire du Procureur, par. 10-12) ; et,
en tout état de cause,
2) la question de savoir si en créant le Tribunal international le Conseil de sécurité a respecté la Charte des Nations Unies pose des
"questions politiques" qui ne sont pas susceptibles d'un "recours judiciaire" (id., par. 12-14).
Elle comprend deux arguments : le premier se rapporte au pouvoir du Tribunal international d'être saisi de cette exception ; et le second intéresse
la qualification du point intéressant l'exception comme une "question politique" et, comme telle, non susceptible de recours judiciaire, qu'elle
relève ou non de la compétence du Tribunal.
"C'est une chose pour le Conseil de sécurité de prendre soin de s'assurer de la création d'une structure appropriée pour la conduite de
procès équitables ; c'en est une autre de déduire, sous quelque angle qu'on se place, de cet établissement attentif, que l'intention était d'habiliter
le Tribunal international à contester la légalité de la législation qui l'a créé. La compétence du Tribunal international est précise et
étroitement définie ; ainsi que le prévoit l'article premier de son Statut, il est habilité à juger les personnes présumées responsables de
violations graves du droit international humanitaire, sous réserve de limites spatiales et temporelles, et cela conformément audit Statut. C'est là
toute l'étendue de la compétence du Tribunal international" (Décision de la Chambre de première instance, par. 8).
Une réserve doit être apportée à la première et la dernière phrases de cette citation. La première phrase suppose une approche subjective,
estimant que la compétence ne peut être déterminée exclusivement qu'en se référant aux intentions du Conseil de sécurité ou par déduction de
ces intentions, ignorant ainsi totalement tout pouvoir résiduel qui pourrait provenir des conditions de la "fonction judiciaire" proprement dite.
C'est également la réserve qu'il convient d'apporter à la dernière phrase.
De fait, la compétence du Tribunal international, qui est définie dans la phrase du milieu et décrite dans la dernière phrase comme "toute l'étendue
de la compétence du Tribunal international", ne l'est pas en réalité. Elle est ce qu'on qualifie en droit international de compétence "originelle"
ou "principale" et parfois "au fond". Mais elle ne comprend pas la compétence "incidente" ou "implicite", qui découle automatiquement de
l'exercice de la fonction judiciaire.
15. Supposer que la compétence du Tribunal international se limite strictement aux "intentions" du Conseil de sécurité le concernant revient à
le considérer uniquement comme un "organe subsidiaire" du Conseil de sécurité (voir Charte des Nations Unies, art. 7 2) et 29, une
"création" entièrement façonnée dans le plus infime détail par son "créateur" et demeurant totalement en son pouvoir et à sa merci. Mais le
Conseil de sécurité n'a pas seulement décidé de créer un organe subsidiaire (le seul moyen juridique à sa disposition pour créer un tel organe),
il avait aussi clairement l'intention de créer un type spécial d'"organe subsidiaire" : un tribunal.
16. En traitant une affaire identique dans son avis consultatif Effets de jugements du Tribunal administratif des Nations Unies accordant
des indemnités, la Cour internationale de Justice a déclaré :
"Il a été soutenu en troisième lieu que le tribunal administratif est un organe subsidiaire, subordonné ou secondaire, et que, par conséquent,
ses jugements ne sauraient lier l'Assemblée générale qui l'a créé.
(...)
La question ne peut être résolue en prenant pour base l'étude des rapports entre l'Assemblée générale et le tribunal, c'est-à-dire en déterminant si
le tribunal doit être considéré comme un organe subsidiaire, subordonné ou secondaire, ou bien en relevant qu'il a été créé par l'Assemblée
générale. La solution dépend de l'intention de l'Assemblée générale quand elle a créé le tribunal et de la nature des fonctions que lui confère
son statut. L'examen des termes du statut du tribunal administratif a démontré que l'Assemblée générale a voulu créer un corps judiciaire". (Effets
de jugements du Tribunal administratif des Nations Unies accordant des indemnités, C.I.J. Recueil 1954, p. 47, 60-61, avis consultatif du 13
juillet ("Effets de jugements").)
17. La Cour avait, antérieurement, déduit la nature judiciaire du Tribunal administratif des Nations Unies ("TANU") de l'emploi d'une
certaine terminologie et d'un certain langage dans le Statut ainsi que de certains de ses attributs. Parmi ces attributs de la fonction judiciaire,
le pouvoir conféré par l'article 2, paragraphe 3 du Statut du TANU figure de façon éminente :
"En cas de contestation sur le point de savoir si le Tribunal est compétent, le Tribunal décide" (id., p. 51-52, citant le Statut du Tribunal
administratif des Nations Unies, art. 2, par. 3).
18. Ce pouvoir, appelé principe de "Kompetenz-Kompetenz" en allemand ou "la compétence de la compétence" en français, est un élément et, de
fait, un élément majeur de la compétence incidente ou implicite de tout tribunal judiciaire ou arbitral et consiste en sa "compétence de déterminer
sa propre compétence". Ce principe est un élément constitutif nécessaire dans l'exercice de la fonction judiciaire et il est inutile qu'il
soit expressément prévu dans les documents constitutifs de ces tribunaux, bien qu'il le soit souvent (voir, par exemple, Statut de la
Cour internationale de Justice, art. 36, par. 6). Mais, pour reprendre les termes de la Cour internationale de Justice :
"Ce principe, que le droit international général admet en matière d'arbitrage, prend une force particulière quand le juge international n'est plus
un tribunal arbitral (...) mais une institution préétablie par un acte international qui en définit la compétence et en règle le
fonctionnement" (affaire Nottebohm (Liechtenstein c/ Guatemala), exception préliminaire, C.I.J. Recueil 1953, p. 7, 119, (21 mars)).
229
Ce n'est pas simplement un pouvoir entre les mains du tribunal. En droit international, où il n'existe pas de système judiciaire intégré et où
chaque organe judiciaire ou arbitral a besoin d'un acte constitutif spécifique définissant sa compétence, "la première obligation de la Cour -
comme de tout autre organe judiciaire - est de déterminer sa propre compétence" (Juge Cordova, opinion dissidente, avis consultatif sur
les jugements du Tribunal administratif de l'OIT à l'occasion de plaintes déposées contre l'UNESCO, C.I.J. Recueil 1956, p. 77, 163, avis
consultatif du 23 octobre).
19. Il est vrai que ce pouvoir peut être limité par une disposition expresse de l'accord d'arbitrage ou des actes constitutifs des tribunaux
permanents, bien que cette dernière possibilité soit controversée, en particulier lorsque les limites risquent de nuire au caractère judiciaire ou
à l'indépendance du Tribunal. Mais il est absolument clair qu'une telle limite, dans la mesure où elle est recevable, ne peut pas être déduite sans
une disposition expresse autorisant la dérogation ou la restriction de ce principe bien établi du droit international général.
Aucun texte limitatif de ce genre ne figure dans le Statut du Tribunal international et, par conséquent, celui-ci peut et, en fait, doit exercer
sa "compétence de la compétence" et examiner l'exception d'incompétence de la Défense dans le but de déterminer sa compétence à être saisi
de l'affaire au fond.
"Le présent Tribunal international n'est pas une juridiction constitutionnelle établie pour examiner les actions des organes des Nations Unies, il
est, au contraire, un tribunal pénal doté de pouvoirs clairement définis, comportant une compétence pénale très spécifique et limitée. S'il
entend confiner ses décisions à ces limites spécifiques, il n'aura aucune compétence pour examiner la légalité de sa création par le Conseil
de sécurité" (Décision de la Chambre de première instance, par. 5 ; voir également par. 7, 8, 9, 17 et 24).
Il n'est pas question, bien sûr, que le Tribunal international fasse fonction de tribunal constitutionnel, réexaminant les actions des autres organes
des Nations Unies, en particulier celles du Conseil de sécurité, son propre "créateur". Il n'a pas été créé à cette fin, ainsi qu'il ressort clairement de
la définition du domaine de sa compétence "principale" ou "au fond" définie dans les articles 1 à 5 de son Statut.
Mais là n'est pas la question. La question dont est saisie la Chambre d'appel est de savoir si le Tribunal international, en exerçant cette
compétence "subsidiaire", peut examiner la légalité de sa création par le Conseil de sécurité aux seules fins de déterminer sa propre
compétence "principale" quant à l'affaire dont il est saisi.
21. La Chambre de première instance a cherché à étayer sa position en s'appuyant sur certaines remarques de la Cour internationale de Justice ou
de ses juges individuels (voir Décision de la Chambre de première instance, par. 10-13) aux termes desquels :
"Il est évident que la Cour n'a pas de pouvoirs de contrôle judiciaire ni d'appel en ce qui concerne les décisions prises par les organes des
Nations Unies dont il s'agit". (Conséquences juridiques pour les Etats de la présence continue de l'Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest
africain) nonobstant la résolution 276 (1970) du Conseil de sécurité, C.I.J. Recueil 1971, p. 16, par. 89, avis consultatif du 21 juin) ("Avis
consultatif sur la Namibie").
Cependant, toutes ces remarques visent l'hypothèse où la Cour exerce ce contrôle judiciaire comme compétence "principale". Elles ne
concernent pas du tout l'hypothèse d'un examen de la légalité des décisions d'autres organes en tant que compétence "subsidiaire", dans le but
de définir et de pouvoir exercer leur compétence "principale" à l'égard de l'affaire dont ils sont saisis. En fait, dans l'avis consultatif sur la
Namibie, immédiatement après la remarque précitée et reprise par la Chambre de première instance (concernant sa compétence "principale"),
la Cour internationale de Justice exerce la même compétence "subsidiaire" que l'on analyse ici :
"La question de la légalité ou de la conformité avec la Charte de la résolution 2145 (XXI) de l'Assemblée générale ou des résolutions connexes
du Conseil de sécurité ne sont pas l'objet de la demande d'avis consultatif. Cependant, dans l'exercice de sa fonction judiciaire et du fait que
des objections ont été soulevées, la Cour examinera ces objections dans le cadre de l'exposé de ses motifs avant de décider des
conséquences juridiques desdites résolutions" (id., par. 89).
La Cour internationale de Justice a procédé au même type d'examen, notamment dans son avis consultatif "Effets de jugements" :
"La légalité du pouvoir de l'Assemblée générale de créer un tribunal compétent pour rendre des jugements liant les Nations Unies a été contestée.
En conséquence, il convient d'examiner si la Charte a conféré ce pouvoir à l'Assemblée générale" (Effets de jugements, p. 56).
De toute évidence, plus le pouvoir discrétionnaire du Conseil de sécurité dans le cadre de la Charte des Nations Unies est large et plus le pouvoir
du Tribunal international de réexaminer ses actions est étroit, même au plan de la compétence subsidiaire. Cela ne signifie pas, néanmoins, que
ce pouvoir disparaît complètement, en particulier dans les affaires où l'on peut observer une contradiction manifeste avec les Principes et les Buts
de la Charte.
22. La Chambre d'appel conclut, par conséquent, que le Tribunal international est compétent pour examiner l'exception d'incompétence
le concernant fondée sur l'illégalité de sa création par le Conseil de sécurité.
23. La Chambre de première instance a accepté cet argument et cette qualification (voir Décision de la Chambre de première instance, par. 24).
24. Les doctrines relatives aux "questions politiques" et "questions non susceptibles de recours judiciaire" sont des reliques des réserves afférentes
à la "souveraineté", à l'"honneur national" etc. dans les anciens traités d'arbitrage. Elles ont disparu du droit international contemporain, sauf
lorsque l'argument de la "question politique" est parfois invoqué devant la Cour internationale de Justice dans des procédures consultatives et,
très rarement aussi, dans des procédures contentieuses.
La Cour a constamment rejeté cet argument comme obstacle à l'examen d'une affaire. Elle considère qu'il n'est pas fondé en droit. Aussi
longtemps que l'affaire dont elle est saisie ou que la demande d'un avis consultatif est fondée sur une question juridique susceptible de recevoir
230
une réponse juridique, la Cour se considère tenue d'exercer sa compétence à son sujet, quels que soient le contexte politique ou les autres
aspects politiques de la question. Sur ce point, la Cour internationale de Justice a déclaré dans son avis consultatif sur Certaines dépenses
des Nations Unies :
"On a fait valoir que la question posée à la Cour touche à des questions d'ordre politique et que, pour ce motif, la Cour doit se refuser à donner
un avis. Certes, la plupart des interprétations de la Charte des Nations Unies présentent une importance politique plus ou moins grande. Par la
nature des choses il ne saurait en être autrement. Mais la Cour ne saurait attribuer un caractère politique à une requête qui l'invite à s'acquitter
d'une tâche essentiellement judiciaire, à savoir l'interprétation d'une disposition conventionnelle" (Certaines dépenses des Nations Unies, C.I.
J. Recueil 1962, p. 151-155, avis consultatif du 20 juillet).
25. La Chambre d'appel ne considère pas que le Tribunal international ne peut pas examiner l'exception d'incompétence de la Défense du fait du
soi-disant caractère "politique" ou "non susceptible de recours judiciaire" de la question qu'elle soulève.
C. La question de la constitutionnalité
26. L'Appelant a avancé de nombreux arguments à l'appui de l'assertion que la création du Tribunal international est illégale aux termes de la
Charte des Nations Unies ou qu'il n'a pas été dûment créé par la loi. Bon nombre de ces arguments ont été présentés oralement et par
dépositions écrites devant la Chambre de première instance. L'Appelant a demandé à cette même Chambre d'incorporer dans l'argument
présenté devant la Chambre d'appel tous les points avancés en première instance (voir Procès-verbal de l'appel, 7 septembre 1995, par. 7). En
dehors des questions abordées spécifiquement ci-après, la Chambre d'appel n'entend pas revenir sur la façon dont ces questions ont été traitées par
la Chambre de première instance.
27. La Chambre de première instance a récapitulé les demandes de l'Appelant comme suit :
"Il est avancé que, pour être légalement constitué, le Tribunal international aurait dû être créé soit par traité, l'acte consensuel des Etats, soit
par amendement à la Charte des Nations Unies, et non par une résolution du Conseil de sécurité. Plusieurs considérations sont avancées à l'appui
de cet argument général : l'établissement d'un tribunal pénal ad hoc n'avait jamais été envisagé avant la création du Tribunal international en
1993 ; l'Assemblée générale, dont la participation aurait au moins garanti la représentation de l'ensemble de la communauté internationale, n'a
pas participé à sa création ; la Charte n'a jamais envisagé que le Conseil de sécurité puisse, aux termes du chapitre VII, établir un organe
judiciaire, moins encore un tribunal pénal ; le Conseil de sécurité a manqué de cohérence en créant ledit Tribunal après n'avoir pas pris de
mesure identique dans le cadre d'autres conflits dans lesquels on a pu observer des violations du droit international humanitaire ; la création
du Tribunal international n'a ni encouragé, ni été en mesure de promouvoir la paix internationale, comme le démontre la situation actuelle dans
l'ex-Yougoslavie ; le Conseil de sécurité n'est pas habilité, en tout état de cause, à créer une responsabilité pénale pour des individus : or c'est ce
qui ressort de la création du Tribunal international ; il n'existait pas et il n'existe toujours pas d'urgence internationale qui justifie l'action du
Conseil de sécurité ; aucun organe politique comme le Conseil de sécurité ne peut créer un tribunal indépendant et impartial ; il existe un
défaut intrinsèque dans la création, après coup, de tribunaux ad hoc pour juger de types spécifiques de crimes et, enfin, conférer au
Tribunal international la primauté sur les juridictions nationales est, en tout état de cause et en soi, fondamentalement erroné" (Décision de
la Chambre de première instance, par. 2).
Ces arguments soulèvent une série de questions constitutionnelles qui sont toutes axées sur les limites du pouvoir du Conseil de sécurité au titre
du chapitre VII de la Charte des Nations Unies et la détermination des actions ou mesures qui peuvent être prises aux termes de ce chapitre,
en particulier la création d'un tribunal pénal international. Sous la forme interrogative, ils se présentent comme suit :
1. Existait-il réellement une menace contre la paix justifiant le recours au chapitre VII comme fondement juridique de la création du
Tribunal international ?
2. Si l'on postule l'existence d'une telle menace, le Conseil de sécurité était-il habilité, en vue de rétablir ou de maintenir la paix, à prendre
toutes mesures de son choix ou était-il tenu de choisir parmi celles expressément visées aux articles 41 et 42 (et, éventuellement, à l'article 40) ?
3. Dans ce dernier cas, comment la création d'un tribunal pénal international peut-elle se justifier, du fait qu'elle ne figure pas parmi les
mesures mentionnées dans des articles et qu'elle est d'une nature différente ?
28. L'article 39 ouvre le chapitre VII de la Charte des Nations Unies et définit les conditions de son application. Il stipule :
"Le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait
des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la
sécurité internationales" (Charte des Nations Unies, 26 juin 1945, art. 39).
Il ressort clairement de ce texte que le Conseil de sécurité joue un rôle pivot et exerce un très large pouvoir discrétionnaire aux termes de cet
article. Mais cela ne signifie pas que ses pouvoirs sont illimités. Le Conseil de sécurité est un organe d'une organisation internationale, établie par
un traité qui sert de cadre constitutionnel à ladite organisation. Le Conseil de sécurité est, par conséquent, assujetti à certaines
limites constitutionnelles, aussi larges que puissent être ses pouvoirs tels que définis par la constitution. Ces pouvoirs ne peuvent pas, en tout état
de cause, excéder les limites de la compétence de l'Organisation dans son ensemble, pour ne pas mentionner d'autres limites spécifiques ou celles
qui peuvent découler de la répartition interne des pouvoirs au sein de l'Organisation. En tout état de cause, ni la lettre ni l'esprit de la Charte
ne conçoivent le Conseil de sécurité comme legibus solutus (échappant à la loi).
En particulier, l'article 24, après avoir déclaré, au paragraphe 1, que les Membres des Nations Unies "confèrent au Conseil de sécurité
la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales", lui impose au paragraphe 3 l'obligation de présenter un
rapport annuel (ou plus fréquemment) à l'Assemblée générale et prévoit, point plus important encore, au paragraphe 2 que :
"Dans l'accomplissement de ces devoirs, le Conseil de sécurité agit conformément aux buts et principes des Nations Unies. Les pouvoirs
231
spécifiques accordés au Conseil de sécurité pour lui permettre d'accomplir lesdits devoirs sont définis aux chapitres VI, VII, VIII et XII" (id., art.
24 2)).
Le texte de la Charte vise donc des pouvoirs spécifiques et non un pouvoir absolu.
29. Quelles sont l'étendue et, le cas échéant, les limites des pouvoirs du Conseil de sécurité aux termes de l'article 39 ?
Le Conseil de sécurité joue un rôle central dans l'application des deux parties de l'article. C'est le Conseil de sécurité qui constate s'il existe une
des situations justifiant l'utilisation des "pouvoirs exceptionnels" du chapitre VII. Et c'est également le Conseil de sécurité qui choisit la réponse
à une telle situation : ou il présente des recommandations (c'est-à-dire qu'il choisit de ne pas recourir aux pouvoirs exceptionnels mais de continuer
à opérer dans le cadre du chapitre VI ou il décide d'utiliser les pouvoirs exceptionnels en ordonnant des mesures devant être prises
conformément aux articles 41 et 42 en vue de maintenir ou de rétablir la paix et la sécurité internationales. Les situations justifiant le recours
aux pouvoirs prévus au chapitre VII sont "une menace contre la paix", une "rupture de la paix" ou un "acte d'agression". S'il est plus facile de
donner une définition juridique de l'"acte d'agression", la "menace contre la paix" est davantage un concept politique. Mais la décision selon
laquelle il existe une telle menace n'est pas totalement discrétionnaire puisqu'elle doit rester, pour le moins, dans les limites des Buts et Principes
de la Charte.
30. Il n'est pas nécessaire, aux fins de la présente décision, d'examiner plus avant la question des limites du pouvoir discrétionnaire du Conseil
de sécurité pour décider de l'existence d'une "menace contre la paix", et ce pour deux raisons.
La première est qu'un conflit armé (ou une série de conflits armés) se déroulait sur le territoire de l'ex-Yougoslavie bien avant que le Conseil
de sécurité décide de créer le présent Tribunal international. Si ce conflit est considéré comme un conflit armé international, il est indéniable
qu'il tombe dans le champ de l'interprétation littérale de l'expression "rupture de la paix" (entre les Parties ou, pour le moins, en tant que
"menace contre la paix" concernant d'autres parties).
Mais même s'il est considéré simplement comme un "conflit armé interne", il constitue néanmoins une "menace contre la paix" d'après la
pratique établie du Conseil de sécurité et l'interprétation partagée par les Membres des Nations Unies en général. De fait, l'action du Conseil
de sécurité est riche de situations de guerres civiles ou de conflits internes qu'il a qualifiées de "menace contre la paix" et réglées dans le cadre
du chapitre VII, avec le soutien ou à la demande de l'Assemblée générale, comme la crise du Congo au début des années soixante et,
plus récemment, au Libéria et en Somalie. On peut donc avancer qu'il existe une interprétation commune, manifestée par la "pratique ultérieure"
des Membres des Nations Unies dans leur ensemble, selon laquelle la "menace contre la paix" de l'article 39 peut inclure les conflits armés internes.
La deuxième raison, plus spécifique à l'affaire qui nous intéresse, est que l'Appelant a modifié sa position par rapport à celle figurant dans
le Mémoire présenté à la Chambre de première instance. L'Appelant ne conteste plus le pouvoir du Conseil de sécurité de décider si la situation
dans l'ex-Yougoslavie constituait une menace contre la paix ni la décision proprement dite. Il reconnaît, de surcroît, que le Conseil de sécurité
"est habilité à s'attaquer à (sic) ces menaces (...) par des mesures appropriées" (Mémoire de la Défense à l'appui de la notification de l'appel, 25
août 1995, affaire no. IT-94-1-AR72, par. 5.1 ("Mémoire en appel de la Défense"). Mais il continue de contester la légalité et le caractère
approprié des mesures choisies à cette fin par le Conseil de sécurité.
31. Une fois que le Conseil de sécurité décide qu'une situation particulière constitue une menace contre la paix ou qu'il existe une rupture de la
paix ou un acte d'agression, il est doté d'un large pouvoir discrétionnaire pour choisir son type d'action : comme nous l'avons observé plus haut
(voir par. 29) il peut soit continuer, malgré sa décision, à agir sous forme de recommandations, c'est-à-dire comme s'il s'agissait au titre du
chapitre VI ("Règlement pacifique des différends"), soit toujours exercer ses pouvoirs exceptionnels au titre du chapitre VII. Pour reprendre
les termes de l'article 39, il décide alors "quelles mesures seront prises conformément aux articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et
la sécurité internationales" (art. 39 de la Charte des Nations Unies).
Une question se pose à cet égard : le choix du Conseil de sécurité est-il limité aux mesures prévues aux articles 41 et 42 de la Charte (comme
le suggère le texte de l'article 39 ), ou est-il doté d'une plus grande discrétion sous forme de pouvoirs généraux pour maintenir et rétablir la paix et
la sécurité au titre de l'ensemble du chapitre VII ? Dans ce dernier cas, il n'est pas nécessaire de trouver chaque mesure prise par le Conseil
de sécurité au titre du chapitre VII dans les limites des articles 41 et 42 ou, peut-être, de l'article 40. En tout état de cause, selon ces
deux interprétations, le Conseil de sécurité est doté d'un large pouvoir discrétionnaire pour décider des mesures à prendre et évaluer leur
caractère adéquat. Le texte de l'article 39 est parfaitement clair pour ce qui est de canaliser les pouvoirs très larges et exceptionnels du Conseil
de sécurité au titre du chapitre VII par la voie des articles 41 et 42. Ces deux articles confèrent un choix si large au Conseil de sécurité qu'il
est inutile de chercher, pour des motifs fonctionnels ou autres, des pouvoirs plus étendus et plus généraux que ceux prévus expressément par
la Charte.
Ces pouvoirs sont d'un caractère coercitif vis-à-vis de l'Etat ou de l'organe coupable. Mais ils sont également contraignants vis-à-vis des autres
Etats Membres, qui sont tenus de coopérer avec l'Organisation (art. 2, par. 5 ; art. 25 et 48) et les uns avec les autres (art. 49) dans l'exécution
de l'action ou des mesures décidées par le Conseil de sécurité.
32. De même que pour la détermination de l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression, le Conseil
de sécurité est doté d'un très large pouvoir discrétionnaire pour choisir le type d'action appropriée et pour évaluer le caractère pertinent des
mesures choisies ainsi que leur contribution potentielle au rétablissement ou au maintien de la paix. Mais là encore, ce pouvoir discrétionnaire
n'est pas illimité ; de surcroît, il est limité aux mesures prévues aux articles 41 et 42. En fait, dans l'affaire qui nous occupe, ce dernier point sert
de fondement à l'argument de l'Appelant pour ce qui est de l'illégalité de la création du Tribunal international.
Dans sa résolution 827, le Conseil de sécurité considère que "dans les circonstances particulières qui prévalent dans l'ex-Yougoslavie", la création
du Tribunal international "contribuerait à la restauration et au maintien de la paix" et précise que, en le créant, le Conseil de sécurité agissait en
vertu du chapitre VII (C.S. Res. 827, Document des Nations Unies S/RES/827 (1993)). Cependant, il n'a pas précisé d'article particulier
comme fondement à son action.
232
L'Appelant a attaqué la légalité de cette décision à différents stades devant la Chambre de première instance ainsi que devant la présente Chambre
en s'appuyant au moins sur trois motifs
a) la création d'un tel tribunal n'a jamais été envisagée par les auteurs de la Charte comme l'une des mesures devant être adoptée en vertu du
chapitre VII, ainsi qu'en témoigne le fait qu'elle ne figure nulle part dans les dispositions dudit chapitre et, plus particulièrement, aux articles 41 et
42 qui détaillent ces mesures ;
b) le Conseil de sécurité est, constitutionnellement ou fondamentalement, incapable de créer un organe judiciaire puisqu'il est conçu d'après
la Charte comme un organe exécutif, qui n'est donc pas doté de pouvoirs judiciaires pouvant être exercés par l'intermédiaire d'un organe subsidiaire ;
c) la création du Tribunal international n'a ni encouragé ni été en mesure de promouvoir la paix internationale, comme le démontre la
situation actuelle dans l'ex-Yougoslavie.
33. La création d'un tribunal pénal international n'est pas expressément mentionnée parmi les mesures de coercition prévues au chapitre VII et
plus particulièrement aux articles 41 et 42.
De toute évidence, la création du Tribunal international n'est pas une mesure prise en vertu de l'article 42, puisque ce dernier vise des mesures
de caractère militaire, impliquant l'usage de la force armée. Elle ne peut pas non plus être considérée comme une "mesure provisoire" au titre
de l'article 40. Ces mesures, comme l'indique leur dénomination, ont pour but d'agir en tant qu'"opération défensive", de produire un "statu quo"
ou un "délai de réflexion", sans qu'elles "préjugent en rien les droits, les prétentions ou la position des parties intéressées" (art. 40 de la Charte
des Nations Unies). Elles s'apparentent davantage à une action de police d'urgence qu'à l'activité d'un organe judiciaire dispensant la
justice conformément au droit. De plus, n'étant pas des mesures de coercition, d'après le texte de l'article 40 lui-même ("avant de faire
les recommandations ou de décider des mesures à prendre conformément à l'article 39"), ces mesures provisoires sont assujetties aux limites
de l'article 2, paragraphe 7 de la Charte et la question de leur caractère obligatoire ou de recommandation fait l'objet d'une vive controverse ;
le Tribunal international ne saurait donc avoir été créé au titre de ces mesures.
34. De prime abord, le Tribunal international correspond parfaitement à la description à l'article 41 des "mesures n'impliquant pas l'emploi de
la force armée". L'Appelant a soutenu, cependant, devant la Chambre de première instance et la présente Chambre d'appel que :
"... il est clair que la création d'un tribunal pour crimes de guerre n'était pas visée. Les exemples mentionnés dans ledit article se concentrent sur
des mesures économiques et politiques et ne suggèrent aucunement des mesures judiciaires" (Mémoire à l'appui de l'exception
préjudicielle d'incompétence du Tribunal présentée par la Défense devant la Chambre de première instance du Tribunal international, 23 juin
1995, affaire no. IT-94-1-T, par. 3.2.1 ("Mémoire de la Défense en instance")).
Il a également été avancé que les mesures envisagées au titre de l'article 41 sont toutes des mesures devant être appliquées par les Etats Membres,
ce qui n'est pas le cas avec la création du Tribunal international.
35. Le premier argument ne tient pas. L'article 41 est rédigé comme suit :
"Le Conseil de sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à
ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète
ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radio-électriques et
des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques" (art. 41 de la Charte des Nations Unies).
Il est évident que les mesures visées à l'article 41 constituent simplement des exemples illustratifs qui, manifestement, n'excluent pas
d'autres mesures. L'article exige simplement qu'elles ne fassent pas appel à "l'emploi de la force armée". C'est une définition négative.
Le fait que les exemples ne mentionnent pas de mesures judiciaires se rapproche de l'autre argument, à savoir que l'article n'envisage
pas l'application de mesures institutionnelles directement par les Nations Unies par l'intermédiaire de l'un de leurs organes mais, comme le
suggèrent les exemples donnés, uniquement des actions prises par les Etats Membres, comme des sanctions économiques
(coordonnées, éventuellement, par un organe de l'institution). Cependant, comme mentionné plus haut, rien dans l'article ne suggère que les
mesures sont limitées à celles appliquées par les Etats. L'article prescrit uniquement les caractéristiques que ces mesures ne peuvent pas revêtir. Il
ne dit ni ne suggère ce qu'elles doivent être.
De surcroît, même une simple analyse littérale de l'article indique que le premier membre de la première phrase comporte une prescription
très générale qui peut concilier à la fois une action institutionnelle et celle d'Etats Membres. Le deuxième membre de cette même phrase peut
être interprété comme se référant particulièrement à une espèce de cette très large catégorie de mesures visée dans le premier membre, mais
pas nécessairement la seule, à savoir les mesures appliquées directement par les Etats. Il est clair également que la deuxième phrase commence
avec "celles-ci" et non "celles-là" et se rapporte aux "espèces" mentionnées dans la deuxième phrase plutôt qu'au "genre" visé dans le
premier membre de la première phrase.
36. Logiquement, si l'Organisation peut prendre des mesures qui doivent être appliquées par l'intermédiaire de ses Membres, elle peut, a
fortiori, prendre des mesures qu'elle peut appliquer directement par le canal de ses propres organes, s'il se trouve qu'elle en a les ressources. Seul
le manque de ressources contraint les Nations Unies à agir par l'intermédiaire de leurs Etats Membres. Mais le fait qu'elles soient
appliquées collectivement relève de l'essence même des "mesures collectives". L'action entreprise par les Etats Membres pour le compte
de l'Organisation n'est qu'un pis-aller, faute de mieux. C'est également le cas de l'article 42 relatif aux mesures impliquant l'emploi de la force armée.
Pour récapituler, la création du Tribunal international relève indéniablement des pouvoirs du Conseil de sécurité en vertu de l'article 41.
de pouvoirs judiciaires ?
233
37. L'argument selon lequel le Conseil de sécurité, n'étant pas doté de pouvoirs judiciaires, ne peut pas créer un organe subsidiaire qui en
serait pourvu est insoutenable ; il résulte d'une erreur de compréhension fondamentale du cadre constitutionnel de la Charte.
De toute évidence, le Conseil de sécurité n'est pas un organe judiciaire et il n'est pas doté de pouvoirs judiciaires (bien qu'il puisse
subsidiairement réaliser certaines activités quasi-judiciaires comme rendre des décisions ou des conclusions). Sa fonction primordiale est le
maintien de la paix et de la sécurité internationales, dont il s'acquitte en exerçant des pouvoirs de décision et d'exécution.
38. La création du Tribunal international par le Conseil de sécurité ne signifie pas, cependant, qu'il lui a délégué certaines de ses propres
fonctions ou l'exercice de certains de ses propres pouvoirs. Elle ne signifie pas non plus, a contrario, que le Conseil de sécurité usurpe une
partie d'une fonction judiciaire qui ne lui appartient pas mais qui, d'après la Charte, relève d'autres organes des Nations Unies. Le Conseil de
sécurité a recouru à la création d'un organe judiciaire sous la forme d'un tribunal pénal international comme un instrument pour l'exercice de
sa propre fonction principale de maintien de la paix et de la sécurité, c'est-à-dire comme une mesure contribuant au rétablissement et au maintien
de la paix dans l'ex-Yougoslavie.
L'Assemblée générale n'a pas eu besoin d'être dotée de fonctions et de pouvoirs militaires et policiers pour pouvoir créer la Force d'Urgence
des Nations Unies au Moyen Orient ("FUNU") en 1956. Pas plus qu'elle n'a eu besoin d'être un organe judiciaire doté de fonctions et de
pouvoirs judiciaires pour être en mesure d'établir le Tribunal administratif des Nations Unies. Dans son avis consultatif rendu dans l'affaire Effets
de jugements, la Cour internationale de Justice, répondant pratiquement à la même objection, a déclaré :
"La Charte ne confère pas de fonctions judiciaires à l'Assemblée générale (...). En créant le Tribunal administratif, l'Assemblée générale ne
déléguait pas l'exercice de ses propres fonctions : elle exerçait son pouvoir aux termes de la Charte de réglementer les relations du
personnel" (Effets de jugements, p. 61).
39. Le troisième argument vise le pouvoir discrétionnaire du Conseil de sécurité au plan de l'évaluation du caractère approprié de la mesure
choisie et de son efficacité dans la réalisation de son objectif, le rétablissement de la paix.
L'article 39 laisse le choix des moyens et leur évaluation au Conseil de sécurité, qui bénéficie de larges pouvoirs discrétionnaires à cet égard ; et
il n'aurait pas pu en être autrement, ce choix demandant une évaluation politique de situations extrêmement complexes et fluctuantes.
Ce serait une erreur de conception totale sur ce que sont les critères de légalité et de validité en droit que de tester la légalité de ces mesures ex
post facto par leur succès ou leur échec à atteindre leurs objectifs (dans le cas présent, le rétablissement de la paix dans l'ex-Yougoslavie dans
le cadre duquel la création du Tribunal international n'est que l'une de nombreuses mesures adoptées par le Conseil de sécurité).
40. Pour les raisons susmentionnées, la Chambre d'appel considère que le Tribunal international a été légalement créé comme mesure prise en
vertu du chapitre VII de la Charte.
41. L'Appelant conteste la création du Tribunal international en alléguant qu'il n'a pas été établi par la loi. Le droit d'une personne à ce
qu'une accusation pénale portée contre elle soit entendue par un tribunal établi par la loi est énoncé à l'article 14, paragraphe 1 du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques. Il stipule :
"...Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal compétent, indépendant et impartial,
établi par la loi, qui décidera soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle, soit des contestations sur ses droits
et obligations de caractère civil".
On relève des dispositions identiques dans l'article 6 1) de la Convention européenne des droits de l'homme, qui énonce :
"Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant
et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute
accusation en matière pénale dirigée contre elle" (Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
4 novembre 1950, art. 6, par. 1, 213 U.N.T.S. 222 ("CEDH")).
ainsi qu'à l'article 8 1) de la Convention américaine des droits de l'homme, qui déclare :
"Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue, avec les garanties appropriées et dans un délai raisonnable, par un tribunal
compétent, indépendant et impartial, antérieurement établi par la loi" (Convention américaine des droits de l'homme, 22 novembre 1969, art. 8,
par. 1, série des Traités de l'OEA, no. 36, O.A.S Off. Rec. OEA/Ser. L/V/II.23 doc Rév. 2 ("ACHR")).
L'Appelant soutient que le droit à ce qu'une accusation pénale soit entendue par un tribunal établi par la loi fait partie du droit international au
titre des "principes généraux du droit reconnus par les nations civilisées", l'une des sources du droit international mentionnées à l'article 38 du
Statut de la Cour internationale de Justice. A l'appui de cette allégation, l'Appelant souligne le caractère fondamental des garanties d'un
"procès impartial" ou "d'une procédure régulière" visées dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention
européenne des droits de l'homme et la Convention américaine des droits de l'homme. L'Appelant soutient qu'il s'agit de conditions minima en
droit international pour l'administration de la justice pénale.
42. Pour les raisons exposées brièvement ci-après, l'Appelant n'a pas convaincu la présente Chambre que les conditions énoncées dans ces
trois conventions doivent s'appliquer non seulement dans le contexte des systèmes juridiques nationaux mais aussi dans le cadre des instances
se déroulant devant un tribunal international. La présente Chambre est, cependant, convaincue que le principe selon lequel un tribunal doit être
établi par la loi, comme expliqué ci-dessous, est un principe général du droit imposant une obligation internationale qui ne s'applique
234
qu'à l'administration de la justice pénale dans un cadre national. D'après ce principe, tous les Etats sont tenus d'organiser leur justice pénale
de manière à garantir à toutes les personnes le droit à ce qu'une accusation pénale soit entendue par un tribunal établi par la loi. Cela ne signifie
pas cependant qu'à l'opposé, un tribunal pénal international pourrait être créé par le simple caprice d'un groupe de gouvernements. Un tel
tribunal doit trouver racine dans la règle de droit et offrir toutes les garanties figurant dans les instruments internationaux pertinents. On peut
alors dire que le tribunal est "établi par la loi".
43. En fait, il existe trois interprétations possibles de l'expression "établi par la loi". Premièrement, comme le soutient l'Appelant, elle
pourrait signifier établi par un organe législatif. L'Appelant allègue que le Tribunal international est le produit "d'une simple décision d'un
organe exécutif" et non d'un "processus de décision sous contrôle démocratique, nécessaire pour créer un organe judiciaire dans une
société démocratique". Par conséquent, l'Appelant maintient que le Tribunal international n'a pas été "établi par la loi" (Mémoire en appel de
la Défense, par. 5.4).
La jurisprudence appliquant l'expression "établi par la loi" dans la Convention européenne des droits de l'homme a favorisé cette interprétation.
Cette jurisprudence confirme l'opinion que la disposition pertinente vise à assurer que, dans une société démocratique, les tribunaux ne
dépendent pas du pouvoir discrétionnaire de l'exécutif ; ils doivent plutôt être réglementés par la loi émanant du Parlement (voir Zand c/
Autriche, app. no. 7360/76, 15 Eur. Comm'n H.R. Dec. & Rep. 70, par. 80 (1979) ; Piersack c/ Belgique, app. no. 8692/79, 47 Eur. Ct. H.R. (ser.
B) par. 12 (1981) ; Crociani, Palmiotti, Tanassi et D'Ovidio c/ Italie, app. nos 8603/79, 8722/79 & 8729/79 (conjoint) 22 Eur. Comm'n H.R. De.
& Rep. 147, par. 219 (1981)).
Ou bien, présenté d'une autre façon, la garantie a pour but d'assurer que l'administration de la justice n'est pas une question laissée au
pouvoir discrétionnaire de l'exécutif mais qu'elle est régie par la législation adoptée par l'organe législatif.
Il est clair que la séparation des pouvoirs entre le législatif, l'exécutif et le judiciaire, qui est largement retenue dans la plupart des
systèmes nationaux, ne s'applique pas au cadre international ni, plus spécifiquement, au cadre d'une organisation internationale comme les
Nations Unies. La répartition des trois fonctions judiciaire, exécutive et législative entre les principaux organes des Nations Unies n'est
pas clairement tranchée. S'agissant de la fonction judiciaire, la Cour internationale de Justice est, de toute évidence, l'"organe
judiciaire principal" (voir Charte des Nations Unies, art. 92). Il n'existe pas, cependant, d'organe législatif dans l'acception technique du terme
dans le système des Nations Unies et, plus généralement, pas de Parlement dans la communauté mondiale. Cela signifie qu'il n'existe pas
d'organe officiellement habilité à promulguer des lois ayant un effet contraignant direct sur des sujets juridiques internationaux.
Il est, de toute évidence, impossible de classer les organes des Nations Unies en fonction de la répartition précitée qui existe dans le droit interne
des Etats. En fait, l'Appelant est convenu que la structure constitutionnelle des Nations Unies ne suit pas la séparation des pouvoirs que l'on
observe souvent dans les constitutions nationales. En conséquence, l'élément "séparation des pouvoirs" de la condition qu'un tribunal soit "établi
par la loi" ne s'applique pas en droit international. Le principe susmentionné ne peut imposer d'obligation qu'aux Etats en ce qui concerne
le fonctionnement de leurs propres systèmes nationaux.
44. Une deuxième interprétation possible est que l'expression "établi par la loi" vise la création de tribunaux internationaux par un organe qui,
bien que n'étant pas un Parlement, est néanmoins doté du pouvoir limité de prendre des décisions contraignantes. A notre avis, le Conseil de
sécurité est l'un de ces organes quand, agissant au titre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, il prend des décisions contraignantes en
vertu de l'article 25 de la Charte.
Toutefois, selon l'Appelant, il faut quelque chose de plus pour qu'un tribunal soit "établi par la loi". L'Appelant allègue que les différences entre
le système des Nations Unies et la séparation nationale des pouvoirs examinées ci-dessus amènent à conclure que le Système des Nations Unies
n'est pas habilité à créer le Tribunal international à moins d'un amendement à la Charte des Nations Unies. Nous rejetons cet argument. Le fait
que les Nations Unies ne soient pas dotées d'un organe législatif ne signifie pas que le Conseil de sécurité n'est pas habilité à créer le
présent Tribunal international s'il agit conformément à des pouvoirs conférés par sa propre constitution, la Charte des Nations Unies. Nous
venons de le voir (par. 28-40), nous sommes d'avis que le Conseil de sécurité est doté du pouvoir de créer le présent Tribunal international
comme une mesure prise en vertu du chapitre VII suite à sa décision selon laquelle il existe une menace contre la paix.
De plus, la création du Tribunal international a été approuvée et soutenue à maintes reprises par l'organe "représentatif" des Nations
Unies, l'Assemblée générale ; cet organe a non seulement participé à sa création, en élisant les juges et en adoptant son budget mais a
aussi encouragé les activités du Tribunal international et exprimé sa satisfaction à leur égard dans diverses résolutions (voir A.G. Res. 48/88
(20 décembre 1993) et A.G. Res. 48/143 (20 décembre 1993), A.G. Res. 49/10 (8 novembre 1994) et A.G. Res. 49/205 (23 décembre 1994)).
45. La troisième interprétation possible de la condition que le Tribunal international soit "établi par la loi" est que sa création doit être conforme à
la règle de droit. Cela semble être l'interprétation la plus raisonnable et la plus probable de l'expression dans le contexte du droit international.
Pour qu'un tribunal comme celui-ci soit créé conformément à la règle de droit, il doit être établi conformément aux normes
internationales appropriées ; il doit offrir toutes les garanties d'équité, de justice et d'impartialité, en toute conformité avec les
instruments internationalement reconnus relatifs aux droits de l'homme.
Cette interprétation de la garantie qu'un tribunal est "établi par la loi" est confirmée par une analyse du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques. Ainsi qu'il est noté par la Chambre de première instance, quand l'article 14 du Pacte a été rédigé, on a cherché, sans succès, à
le modifier pour exiger que les tribunaux soient "pré-établis" par la loi et pas simplement "établis par la loi" (Décision de la Chambre de
première instance, par. 34). Deux propositions identiques ont été présentées à cet effet (une par le représentant du Liban et l'autre par le
représentant du Chili) ; si l'amendement avait été adopté, son effet aurait été d'empêcher la création de tous les tribunaux ad hoc. En réponse,
le délégué des Philippines a noté les inconvénients d'utiliser l'expression "pré-établi par la loi" :
"Si la proposition chilienne ou libanaise est adoptée, un pays ne sera jamais en mesure de réorganiser ses tribunaux. De même, on pourrait
soutenir que le tribunal de Nuremberg n'existait pas à l'époque à laquelle les criminels de guerre commettaient leurs crimes" (voir E/CN.4/SR
109. Conseil économique et social des Nations Unies, Commission des droits de l'homme, 5e session, Sum. Rec. 8 juin 1949, Document des
Nations Unies 6).
Comme l'a observé la Chambre de première instance dans sa décision, les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo sont généralement
considérés comme ayant donné aux accusés un procès globalement équitable au sens procédural du terme sur la plupart des points (Décision de
la Chambre de première instance, par. 34). Le point important pour déterminer si un tribunal a été "établi par la loi" n'est pas de savoir s'il a été
pré-établi ou établi dans un but ou pour une situation spécifiques ; ce qui importe, c'est qu'il soit établi par un organe compétent dans le respect
des procédures juridiques pertinentes et qu'il observe les exigences de l'équité procédurale.
235
Cette préoccupation à l'égard des tribunaux ad hoc qui opèrent de façon à ne pas assurer aux personnes traduites devant eux les garanties d'un
procès équitable sous-tend également l'interprétation par le Comité des droits de l'homme des Nations Unies de l'expression "établi par la
loi" figurant à l'article 14, paragraphe 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ledit Comité n'a pas décidé que les
tribunaux "extraordinaires" ou les cours "spéciales" sont incompatibles avec la condition selon laquelle les tribunaux doivent être établis par la
loi mais il a été d'avis que la disposition vise à assurer que toute juridiction, qu'elle soit "spéciale" ou non, offre véritablement à l'accusé les
garanties intégrales d'un procès équitable prévues à l'article 14 du Pacte international sur les droits civils et politiques (voir Commentaires
généraux sur l'article 14, H.R. Comm., 43e session, supp. no. 40, par. 4, Document des Nations Unies A/43/40 (1988), Cariboni c/ Uruguay H.
R. Comm. 159/83, 39e session, supp. no. 40, Document des Nations Unies A/39/40). Une approche identique a été adoptée par la Commission
inter-américaine (voir, par exemple, Inter-Am C.H.R, Rapport annuel 1972, OAS/Ser. P, AG/doc. 305/73 rev. 1, 14 mars 1973, p. 1 ; Inter-Am C.
H.R., Rapport annuel 1973, OAS/Ser. P, AG/doc. 409/174, 5 mars 1974, p. 2-4). La pratique du Comité des droits de l'homme relative au devoir
des Etats de présenter des rapports sur leurs obligations indique sa tendance à examiner attentivement les tribunaux pénaux "extraordinaires"
ou "spéciaux" dans le but de s'assurer qu'ils garantissent le respect des conditions d'un procès équitable prévues à l'article 14.
46. Un examen du Statut du Tribunal international et du Règlement de procédure et de preuve adopté conformément au Statut invite à conclure
qu'il a été établi conformément à la règle de droit. Les garanties d'un procès équitable prévues à l'article 14 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques ont été adoptées presque verbatim à l'article 21 du Statut. D'autres garanties d'un procès équitable figurent dans le Statut
et dans le Règlement de procédure et de preuve. Par exemple, l'article 13, paragraphe 1 du Statut assure la haute moralité, l'impartialité, l'intégrité
et la compétence des juges du Tribunal international tandis que diverses autres dispositions du Règlement garantissent l'égalité des parties et
un procès équitable.
47. En conclusion, la Chambre d'appel est d'avis que le Tribunal international a été établi conformément aux procédures appropriées dans le cadre
de la Charte des Nations Unies et offre toutes les garanties nécessaires à un procès équitable. Il a, par conséquent, été "établi par la loi".
48. Le premier moyen d'appel, la création illégale du Tribunal international, est donc rejeté.
III. EXERCICE ABUSIF DE LA PRIMAUTÉ DU TRIBUNAL INTERNATIONAL SUR LES JURIDICTIONS NATIONALES COMPÉTENTES
49. Le deuxième moyen d'appel conteste la primauté du Tribunal international sur les juridictions internes.
50. Cette primauté est établie par l'article 9 du Statut du Tribunal international, qui stipule :
"Compétences concurrentes
1. Le Tribunal international et les juridictions internes sont concurremment compétents pour juger les personnes présumées responsables
de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis le 1er janvier 1991.
2. Le Tribunal international a la primauté sur les juridictions internes. A tout stade de la procédure, il peut demander officiellement aux
juridictions internes de se dessaisir en sa faveur, conformément au présent Statut et à son Règlement". (Accentuation ajoutée.)
L'allégation de l'Appelant est pertinente puisqu'il doit être traduit en justice devant le présent Tribunal international du fait d'une demande
de défèrement que le Tribunal a présenté au gouvernement de la République fédérale d'Allemagne le 8 novembre 1994 et que ce dernier, comme il
y était tenu, a accepté d'honorer en transférant l'Appelant au Tribunal international (Charte des Nations Unies, art. 25, 48 et 49 ; Statut du
Tribunal, art. 29.2 e) ; Règlement de procédure et de preuve, article 10).
L'Appelant allègue notamment dans son exception préjudicielle : "La primauté (du Tribunal international) sur les juridictions internes porte atteinte
à la souveraineté des Etats directement concernés" (Exception préjudicielle d'incompétence du Tribunal soulevée par la Défense, 25 juin
1995, affaire no. IT-94-1-T, par. 2).
Le Mémoire de l'Appelant à l'appui de l'exception préjudicielle soulevée devant la Chambre de première instance était plus détaillé et
s'articulait autour de trois titres :
a) compétence nationale ;
Le Procureur a contesté chacun des points avancés par l'Appelant. Il en a été de même de deux des amici curiae, l'un devant la Chambre de
première instance, l'autre en appel.
La Chambre de première instance a analysé les arguments de l'Appelant et a conclu qu'ils n'étaient pas justifiés.
51. Devant la présente Chambre, l'Appelant a quelque peu déplacé l'axe de son approche en faveur de la question de la primauté. Il semble
approprié de citer ici le Mémoire en appel de la Défense :
"La Défense soutient que la Chambre de première instance aurait dû se déclarer incompétente à exercer la compétence principale alors que
l'accusé était traduit en justice en République fédérale d'Allemagne et que les autorités allemandes s'acquittaient comme il convient de
leurs obligations au titre du droit international" (Mémoire en appel de la Défense, par. 7.5).
Cependant, la Chambre de première instance a examiné en détail les trois points soulevés devant elle et, bien qu'ils ne soient pas
expressément invoqués ici par l'Appelant, ils sont néanmoins intimement liés à la question de la primauté. La Chambre d'appel se propose,
par conséquent, de se pencher sur ces trois points mais pas avant d'avoir dissipé une apparente confusion qui s'est immiscée dans le Mémoire
de l'Appelant.
236
52. Au paragraphe 7.4 de son Mémoire, l'Appelant déclare que "les autorités judiciaires allemandes poursuivaient l'accusé avec diligence" (id.
au par. 7.4 (accentuation ajoutée)). Au paragraphe 7.5, l'Appelant revient sur la période pendant laquelle "l'accusé était traduit en justice" (id. au
par. 7.5 (accentuation ajoutée)).
Ces déclarations ne concordent pas avec les observations de la Chambre de première instance I dans sa décision du 8 novembre 1994 sur
le dessaisissement :
"Le Procureur affirme, et cela n'est contesté ni par le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne, ni par le Conseil de Dusko Tadic,
que ledit Dusko Tadic fait l'objet d'une enquête ouverte par les institutions judiciaires internes de la République fédérale d'Allemagne concernant
les accusations figurant au paragraphe 2 des présentes" (Décision de la Chambre de première instance sur la requête introduite par le Procureur
aux fins de demander officiellement le dessaisissement en faveur du Tribunal international dans l'affaire Dusko Tadic, 8 novembre 1994, affaire
no. IT-94-1-D, par. 8 (accentuation ajoutée)).
La différence est nette entre l'enquête et le procès. L'argument de l'Appelant, fondé erronément sur l'existence d'un procès effectif en Allemagne,
ne peut pas être entendu à l'appui de son exception d'incompétence alors que la question n'a pas encore dépassé la phase de l'instruction. Mais il y
a plus encore. L'Appelant insiste, à maintes reprises (voir Mémoire en appel de la Défense, par. 7.2 et 7.4) sur une procédure impartiale
et indépendante poursuivie avec diligence et ne visant pas à soustraire l'accusé à sa responsabilité pénale internationale. On
reconnaît immédiatement que ce vocabulaire est emprunté à l'article 10, paragraphe 2 du Statut. Cette disposition n'a rien à voir avec la
présente affaire. Il ne s'agit pas d'un accusé qui est de nouveau jugé par le présent Tribunal international dans le cadre des
circonstances exceptionnelles décrites à l'article 10 du Statut. En fait, les poursuites contre l'Appelant ont été déférées au Tribunal international
en vertu de l'article 9 du Statut qui prévoit qu'une demande de dessaisissement peut avoir lieu "à tout stade de la procédure" (Statut du
Tribunal international, art. 9, par. 2). Le Procureur n'a jamais cherché à traduire l'Appelant devant le Tribunal international pour un nouveau
procès pour la simple raison que l'une ou l'autre des conditions énumérées à l'article 10 aurait vicié son procès en Allemagne. Le défèrement
des poursuites contre l'Appelant a été sollicité conformément à la procédure prévue à l'article 9 iii) :
"L'objet de la procédure porte sur des faits ou des points de droit qui ont une incidence sur des enquêtes ou des poursuites en cours devant
le Tribunal (...)" (Règlement de procédure et de preuve, art. 9 iii)).
La demande de dessaisissement a suivi automatiquement la conclusion de la Chambre de première instance que cette condition était remplie.
Les conditions alléguées par l'Appelant dans son Mémoire ne sont pas pertinentes.
Une fois cette approche rectifiée, les arguments de l'Appelant perdent tout mérite.
53. Comme nous l'avons fait observer plus haut, cependant, le Mémoire en appel de la Défense se réfère clairement à trois arguments
spécifiques avancés devant la Chambre de première instance. Il serait peu recommandé d'écarter ce moyen fondé sur la primauté sans accorder à
ces questions toute l'attention qu'elles méritent.
La Chambre se propose maintenant d'examiner ces trois points dans l'ordre où ils ont été soulevés par l'Appelant.
A. Compétence nationale
"A compter du moment où la Bosnie-Herzégovine était reconnue comme Etat indépendant, elle était compétente pour créer des juridictions en
vue de juger les crimes commis sur son territoire" (Mémoire en appel de la Défense, par. 5).
"De fait, l'Etat de Bosnie-Herzégovine exerce bien sa compétence, non seulement dans les questions relevant du droit pénal commun mais aussi
dans celles intéressant des violations présumées de crimes contre l'humanité comme, par exemple, dans les poursuites contre M. Karadzic et
al." (id., par. 5.2).
Le premier point n'est pas contesté et le Procureur l'a admis. Mais il ne règle pas, en lui-même, la question de la primauté du Tribunal
international. L'Appelant semble également s'en rendre compte. En conséquence, il approfondit davantage la question et soulève celle de
la souveraineté de l'Etat.
55. L'article 2 de la Charte des Nations Unies prévoit au paragraphe 1 : "L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous
ses Membres".
Selon l'Appelant, aucun Etat ne peut s'attribuer la compétence de poursuivre des crimes commis sur le territoire d'un autre Etat, à moins d'un
intérêt universel "justifié par un traité ou le droit international coutumier ou une opinio juris sur la question" (Mémoire de la Défense en
première instance, par. 6.2).
L'Appelant s'appuie sur cette proposition pour soutenir que les mêmes conditions devraient étayer la création d'un tribunal international destiné
à s'immiscer dans un domaine relevant essentiellement de la compétence interne des Etats. Dans le cas présent, le principe de la souveraineté
de l'Etat aurait été violé. La Chambre de première instance a rejeté cet argument, soutenant, notamment :
"En tout état de cause, l'accusé n'étant pas un Etat, manque du locus standi pour soulever la question de la primauté, qui fait valoir qu'il est
porté atteinte à la souveraineté d'un Etat, un argument que seul un Etat peut invoquer ou auquel il peut seul renoncer et un droit dans le cadre
duquel, clairement, l'accusé ne peut pas se substituer à l'Etat" (Décision de la Chambre de première instance, par. 41).
La Chambre de première instance s'est appuyée sur le jugement du Tribunal de district de Jérusalem dans Israël c/ Eichmann :
237
"Le droit de plaider la violation de la souveraineté de l'Etat est le droit exclusif de l'Etat. Seul un Etat souverain peut invoquer l'argument ou
y renoncer et l'accusé n'a aucun droit à se substituer à l'Etat" (36 International Law Reports 5, 62 (1961), confirmé par la Cour suprême d'Israël,
36 International Law Reports 277 (1962)).
Un principe semblable a été régulièrement confirmé dans de nombreuses affaires, plus récemment aux Etats-Unis d'Amérique dans l'affaire
Etats-Unis c/ Noriega :
"Un principe général de droit international est que les personnes physiques n'ont aucune compétence pour contester les violations des
traités internationaux en l'absence d'une protestation de l'Etat souverain intéressé" (746 F. Supp. 1506, 1533 (S.D. Fla. 1990)).
Quelle que soit leur autorité, ces déclarations n'ont pas, dans le domaine du droit international, le poids qu'elles peuvent exercer sur les
juridictions nationales. La souveraineté était autrefois un attribut sacro-saint et inattaquable de l'Etat mais ce concept a récemment souffert
d'une érosion progressive sous l'influence des forces plus libérales actives dans les sociétés démocratiques, en particulier dans le domaine des
droits de l'homme.
Quelle que soit la situation au plan des litiges internes, la doctrine traditionnelle, confirmée et retenue par la Chambre de première instance, ne
peut se concilier, devant le présent Tribunal international, avec l'opinion qu'un accusé, ayant droit à une défense totale, ne saurait être privé
d'un argument si intimement lié au droit international et fondé sur ce droit, comme moyen de défense fondé sur la violation de la souveraineté
de l'Etat. Interdire à un accusé de soulever un tel argument revient à décider que, à notre époque, un tribunal international ne peut pas, dans
une affaire pénale mettant en jeu la liberté de l'accusé, examiner un argument soulevant la question de la violation de la souveraineté de l'Etat.
Une conclusion aussi étonnante impliquerait une contradiction dans les termes que la présente Chambre considère comme son devoir de réfuter et
de résoudre.
56. Le droit de l'Appelant à invoquer la souveraineté de l'Etat ne signifie pas, bien sûr, que son argument doit être accepté. Il doit s'acquitter
avec succès de son obligation de démonstration. Son argument se heurte à plusieurs obstacles, chacun d'eux pouvant être fatal ainsi que la
Chambre de première instance l'a constaté.
L'Appelant peut s'appuyer sur l'article 2, paragraphe 7 de la Charte des Nations Unies : "Aucune disposition de la présente Charte n'autorise
les Nations Unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un Etat (...)". On ne saurait,
cependant, oublier la restriction impérative à la fin du même paragraphe : "toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des
mesures de coercition prévues au chapitre VII" (Charte des Nations Unies, art. 2, par. 7).
Ce sont là, précisément, les dispositions en vertu desquelles le Tribunal international a été créé. Même sans ces dispositions, des affaires peuvent
être soustraites à la compétence d'un Etat. Dans la présente affaire, non seulement la République de Bosnie-Herzégovine n'a pas contesté
la compétence du Tribunal international, elle l'a en fait approuvée et elle a collaboré avec lui, ainsi qu'en témoignent les éléments suivants :
a) une lettre en date du 10 août 1992 du Président de la République de Bosnie-Herzégovine adressée au Secrétaire général des Nations
Unies (Document des Nations Unies E/CN.4/1992/S-1/5 (1992)) ;
b) un décret-loi sur le défèrement à la demande du Tribunal international (12 Journal officiel de la République de Bosnie-Herzégovine 317 (10
avril 1995) (traduction)) ;
c) une lettre de Vasvija Vidovic, agent de liaison de la République de Bosnie-Herzégovine, au Tribunal international (4 juillet 1995).
S'agissant de la République fédérale d'Allemagne, sa coopération avec le Tribunal international est publique et a déjà été relevée.
La Chambre de première instance était, par conséquent, pleinement justifiée à déclarer sur cette question particulière :
"Il est intéressant de noter que la contestation de la primauté du Tribunal international a eu lieu contre l'intention expresse des deux Etats les
plus concernés par l'acte d'accusation pris contre l'accusé - Bosnie-Herzégovine et République fédérale d'Allemagne. Le premier, sur le
territoire duquel les crimes présumés auraient été commis, et le second où l'accusé résidait à la date de son arrestation, ont
accepté inconditionnellement la compétence du Tribunal international et l'accusé ne peut pas invoquer des droits auxquels les Etats
spécifiquement concernés ont renoncé. Permettre à l'accusé de s'en prévaloir reviendrait à lui permettre de sélectionner l'instance de son
choix, contrairement aux principes régissant les juridictions pénales contraignantes" (Décision de la Chambre de première instance, par. 41).
57. C'est d'autant plus vrai du fait du caractère des crimes présumés reprochés à l'accusé, crimes qui, s'ils sont prouvés, ne touchent pas les
intérêts d'un seul Etat mais heurtent la conscience universelle.
Dès 1950, dans l'affaire du Général Wagener, la cour militaire suprême d'Italie soutenait :
"Ces normes (relatives aux crimes contre les lois et coutumes de la guerre), du fait de leur contenu hautement éthique et moral, ont un
caractère universel et ne sont pas limitées géographiquement.
(...)
La solidarité entre les nations, visant à atténuer dans toute la mesure possible, les horreurs de la guerre, a donné naissance à la nécessité
d'énoncer des règles qui ignorent les frontières, punissant les criminels où qu'ils se trouvent.
(...)
Les crimes contre les lois et coutumes de la guerre ne peuvent pas être considérés comme des délits politiques, puisqu'ils ne nuisent ni aux
intérêts politiques d'un Etat spécifique, ni au droit politique d'un citoyen particulier. Ils sont, au contraire, des crimes de lèse-humanité et,
comme nous l'avons vu, les normes les interdisant sont d'un caractère universel et ne sont pas limitées géographiquement. Ces crimes,
par conséquent, en raison de leur domaine et de leur caractère particulier, sont précisément d'un type différent et contraire aux délits politiques.
238
Ces derniers, généralement, ne concernent que les Etats contre lesquels ils sont commis ; les premiers intéressent tous les Etats civilisés qui
doivent s'y opposer et les réprimer, de la même façon que les crimes de piraterie, de traite de femmes et de mineurs et l'esclavage doivent
être combattus et réprimés où qu'ils aient été commis (articles 537 et 604 du code pénal)" (13 mars 1950, dans Rivista Penale 753, 757 (Sup.
Mil. Trib., Italie 1950 ; traduction officieuse)1 ).
Douze ans plus tard, la Cour suprême d'Israël dans l'affaire Eichmann pouvait peindre un tableau identique :
"Ces crimes constituent des actes qui nuisent aux intérêts internationaux vitaux ; ils sapent les fondations et la sécurité de la
communauté internationale ; ils violent les valeurs morales universelles et les principes humanitaires qui reposent au coeur même des systèmes
de droit pénal adoptés par les nations civilisées. En droit international, le principe fondamental concernant ces crimes est que leur auteur qui,
ce faisant, peut être présumé parfaitement conscient du caractère odieux de son acte, doit répondre de sa conduite. (...)
Ces crimes engagent la responsabilité pénale individuelle parce qu'ils contestent les fondations de la société internationale et heurtent la
conscience des nations civilisées.
(...)
Ils comprennent la perpétration d'un crime international qu'il est dans l'intérêt de toutes les nations du monde de prévenir" (Israël c/ Eichmann,
36 International Law Reports 277, 291-293 (Isr. Ct 1962)).
58. L'indignation publique manifestée à l'encontre de crimes identiques durant les années quatre-vingt-dix a suscité une réaction de la part de
la communauté des nations. Elle est à l'origine, parmi d'autres remèdes, de la création d'une instance judiciaire internationale par un organe
d'une institution représentant la communauté des nations : le Conseil de sécurité. Cet organe est habilité et mandaté, par définition, à traiter
de questions internationales ou de questions qui, bien que de caractère interne, peuvent affecter "la paix et la sécurité internationales" (Charte
des Nations Unies, art. 2 1) , 2 7), 24 et 37). Ce serait une parodie du droit et une trahison du besoin universel de justice si le concept de
la souveraineté de l'Etat pouvait être soulevé avec succès à l'encontre des droits de l'homme. Les frontières ne devraient pas être considérées
comme un bouclier contre l'application de la loi et comme une protection pour ceux qui foulent aux pieds les droits les plus élémentaires
de l'humanité. Dans l'affaire Barbie, la Cour de cassation française a cité en l'approuvant la déclaration ci-après de la Cour d'appel :
"(...) en raison de leur nature, les crimes contre l'humanité (...) ne relèvent pas seulement du droit interne français, mais encore d'un ordre
répressif international auquel la notion de frontières et les règles extraditionnelles qui en découlent sont fondamentalement
étrangères" (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes et autres c/ Barbie, 78 International Law Reports 125, 130
(Cass. Crim. 1983)) (6 octobre 1983, 88 Revue générale de droit international public, 1984, p. 509)2.
En fait, lorsqu'un tribunal international comme le présent est créé, il doit être doté de la primauté sur les juridictions nationales. Autrement, la
nature humaine étant ce qu'elle est, on courrait constamment le danger que les crimes internationaux soient qualifiés de "crimes de
droit commun" (Statut du Tribunal international, art. 10, par. 2 a)) ou que les procédures visent "à soustraire l'accusé" ou que les poursuites ne
soient pas exercées avec diligence (Statut du Tribunal international, art. 10, par. 2 b)).
S'ils ne sont pas efficacement contrés par le principe de la primauté, l'un quelconque de ces stratagèmes pourrait être utilisé pour faire échouer le
but même de la création d'une juridiction répressive internationale, au bénéfice des personnes mêmes qu'elle visait à poursuivre.
59. Le principe de la primauté du présent Tribunal international sur les juridictions nationales doit être affirmé, d'autant plus qu'il est enfermé
dans les limites rigoureuses des articles 9 et 10 du Statut et des articles 9 et 10 du Règlement de procédure et de preuve du Tribunal.
"Une dernière remarque concernant cette question de l'atteinte à la souveraineté des Etats : les crimes qu'il est demandé au Tribunal international
de juger ne sont pas des crimes d'un caractère purement interne. Ce sont réellement des crimes de caractère universel, bien reconnus en
droit international comme des violations graves du droit international humanitaire et qui transcendent l'intérêt d'un seul Etat. La Chambre
de première instance est d'avis que, dans les circonstances, les droits souverains des Etats ne peuvent pas et ne devraient pas l'emporter sur le droit
de la communauté internationale à agir de façon appropriée dans la mesure où ces crimes touchent l'ensemble de l'humanité et suscitent
l'indignation de toutes les nations. Il ne peut, par conséquent, y avoir d'objection à ce qu'un tribunal légalement constitué juge ces crimes au nom
de la communauté internationale" (Décision de la Chambre de première instance, par. 42).
60. L'argument tiré de la souveraineté de l'Etat doit, par conséquent, être rejeté.
61. L'Appelant soutient qu'il a un droit à être jugé par ses juridictions internes conformément à son droit national.
Personne n'a contesté ce droit de l'Appelant. Le problème est ailleurs : s'agit-il d'un droit exclusif ? Empêche-t-il l'Appelant d'être jugé - et d'avoir
un procès tout aussi équitable (voir Statut du Tribunal international, art. 21) - devant un tribunal international ?
L'Appelant soutient qu'un tel droit exclusif est universellement accepté, pourtant, il n'est exprimé ni dans la Déclaration universelle des droits
de l'homme ni dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, à moins que l'on ne soit prêt à pousser à la limite l'interprétation
de leurs dispositions.
A l'appui de cet argument, l'Appelant a cité sept constitutions nationales (art. 17 de la Constitution des Pays-Bas, art. 101 de la Constitution
de l'Allemagne (unifiée), art. 13 de la Constitution de la Belgique, art. 25 de la Constitution d'Italie, art. 24 de la Constitution de l'Espagne, art. 10
de la Constitution du Surinam et art. 30 de la Constitution du Venezuela). Cependant, après examen, ces dispositions ne viennent pas
étayer l'argument de l'Appelant. Par exemple, la Constitution de la Belgique (la plus ancienne), prévoit :
"Art. 13 : Aucune personne ne peut être soustraite au juge qui lui est assigné par la loi, sans son consentement" (Blaustein &
Flanz, CONSTITUTIONS OF THE COUNTRIES OF THE WORLD, 1991).
239
Les autres dispositions constitutionnelles citées soit sont semblables au fond, exigeant simplement qu'aucune personne ne soit soustraite à son
"juge naturel" établi par la loi, soit dépourvues d'intérêt pour l'argument de l'Appelant.
62. En fait - comme en droit - le principe soutenu par l'Appelant vise un but très spécifique : éviter la création de juridictions extraordinaires
ou spéciales conçues pour juger des crimes politiques en périodes de troubles sociaux sans les garanties d'un procès équitable.
Ce principe n'est pas violé par le transfert de compétence à un tribunal international créé par le Conseil de sécurité agissant pour le compte de
la communauté des nations. Aucun droit de l'accusé n'est ainsi enfreint ou menacé ; bien au contraire, ils sont tous spécifiquement énoncés
et protégés dans le Statut du Tribunal international. Aucun accusé ne peut se plaindre. Certes, il sera soustrait à son milieu national "naturel" mais
il sera traduit devant un tribunal au moins aussi équitable, plus distant des faits de la cause et adoptant une approche plus générale de l'affaire.
De surcroît, on ne peut que se réjouir à la pensée que, la compétence universelle étant aujourd'hui reconnue dans le cas des crimes
internationaux, une personne soupçonnée de ces crimes peut enfin être traduite devant un organe judiciaire international pour un examen objectif
de son acte d'accusation par des juges impartiaux, indépendants et désintéressés venant, comme c'est le cas ici, de tous les continents.
63. L'objection fondée sur la théorie de jus de non evocando a été examinée par la Chambre de première instance qui a statué sur ce point dans
les termes suivants :
"Référence est également faite au principe de jus de non evocando qui figure dans un certain nombre de constitutions nationales. Mais ce
principe, s'il exige qu'un accusé soit jugé par les tribunaux régulièrement établis et non par quelque tribunal spécial créé à cette fin particulière,
ne s'applique pas quand la question qui se pose concerne l'exercice, par le Conseil de sécurité, agissant au titre du chapitre VII, des pouvoirs qui
lui sont conférés par la Charte des Nations Unies. De toute évidence, cela implique un certain abandon de souveraineté de la part des Etats
Membres des Nations Unies et c'est précisément ce qui a été réalisé par l'adoption de la Charte" (Décision de la Chambre de première instance,
par. 37).
Aucune nouvelle objection n'a été soulevée devant la Chambre d'appel, qui se plaît à souscrire sur ce point particulier aux opinions exprimées par
la Chambre de première instance.
64. Pour ces raisons, la Chambre d'appel conclut que le deuxième moyen d'appel de la Défense, contestant la primauté du Tribunal
international, n'est pas fondé et doit être rejeté.
65. Le troisième moyen d'appel de la Défense est l'argument selon lequel le Tribunal international est incompétent ratione materiae en ce
qui concerne les crimes présumés. Le fondement de cette allégation est l'argument de l'Appelant selon lequel la compétence ratione materiae
prévue aux articles 2, 3 et 5 du Statut du Tribunal international est limitée aux crimes commis dans le contexte d'un conflit armé
international. Devant la Chambre de première instance, l'Appelant a soutenu que les crimes présumés, même s'ils sont prouvés, ont été commis
dans le contexte d'un conflit armé interne. Il a avancé un autre argument en appel, alléguant qu'il n'y avait pas du tout de conflit armé dans la
région où les crimes auraient été commis.
Devant la Chambre de première instance, le Procureur a répondu avec d'autres arguments, à savoir que : a) les conflits dans l'ex-
Yougoslavie devraient être qualifiés de conflits armés internationaux ; et b) même s'ils sont qualifiés de conflits internes, le Tribunal international
est compétent aux termes des articles 3 et 5 pour juger les crimes présumés. En appel, le Procureur maintient que, en adoptant le Statut, le Conseil
de sécurité a déterminé que les conflits dans l'ex-Yougoslavie étaient des conflits internationaux et que, du fait de cette décision, le
Tribunal international est compétent en la présente affaire.
La Chambre de première instance a rejeté l'exception préjudicielle de la Défense, concluant que la notion de conflit armé international n'est pas
un critère juridictionnel de l'article 2 et que les articles 3 et 5 s'appliquent tous les deux aux conflits armés internes et internationaux. La Chambre
de première instance a conclu, par conséquent, qu'elle était compétente, quelque soit le caractère du conflit, et qu'elle n'est pas tenue de déterminer
si le conflit est interne ou international.
66. L'Appelant avance maintenant le nouvel argument selon lequel il n'existait pas de conflit armé juridiquement définissable - interne
ou international - aux date et lieu où les crimes présumés ont été commis. Son argument s'appuie sur un concept du conflit armé couvrant
seulement la date et le lieu précis d'hostilités effectives. Il allègue que le conflit dans la région de Prijedor (où les crimes présumés sont censés
avoir été commis) était limité à une prise de pouvoir politique par les Serbes de Bosnie et n'a pas comporté de combats armés (bien qu'il admette
des mouvements de blindés). Cet argument présente une question liminaire que nous allons examiner en premier lieu.
67. Le droit international humanitaire régit la conduite des conflits armés internes et internationaux. L'Appelant fait correctement remarquer
que pour qu'il y ait violation de cet ensemble de textes juridiques, il faut qu'on observe un conflit armé. La définition de "conflit armé" varie
selon que les hostilités sont internationales ou internes mais, contrairement à l'allégation de l'Appelant, le champ temporel et géographique
des conflits armés internationaux et internes s'étend au-delà de la date et du lieu exacts des hostilités. S'agissant du cadre temporel de référence
de conflits armés internationaux, chacune des quatre Conventions de Genève renferme un langage indiquant que leur application peut se
prolonger au-delà de la cessation des combats. Par exemple, les Conventions I et III s'appliquent jusqu'à ce que les personnes protégées qui
sont tombées aux mains de l'ennemi aient été libérées et rapatriées (Convention de Genève pour l'amélioration du sort des blessés et des
malades dans les forces armées en campagne du 12 août 1949, art. 5, 75 U.N.T.S. 970 ("Convention de Genève I") ; Convention de Genève
relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 août 1949, art. 5, 75 U.N.T.S. 972 ("Convention de Genève III") ; voir également
la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 août 1949, art. 6, 75 U.N.T.S. 973 ("Convention
de Genève IV")).
68. Les Conventions de Genève restent silencieuses sur le champ géographique des "conflits armés" internationaux mais les dispositions
suggèrent qu'au moins certaines des clauses desdites Conventions s'appliquent à l'ensemble du territoire des Parties au conflit et pas simplement
au voisinage des hostilités effectives. Indéniablement, certaines des dispositions sont clairement liées aux hostilités et le champ géographique de
ces dispositions devrait y être limité. D'autres, en particulier celles se rapportant à la protection des prisonniers de guerre et des civils, ne sont
240
pas restreintes de la même façon. S'agissant des prisonniers de guerre, la Convention s'applique aux combattants aux mains de l'ennemi ; il ne
fait aucune différence qu'ils soient internés à proximité des hostilités. Dans le même esprit, la Convention de Genève IV protège les civils sur tout
le territoire des Parties. Cette interprétation est implicite à l'article 6, paragraphe 2 de la Convention, qui stipule que :
"Sur le territoire des Parties au conflit, l'application de la Convention cessera à la fin générale des opérations militaires" (Convention de Genève
IV, art. 6, par. 12 (accentuation ajoutée)).
L'article 3 b) du Protocole I aux Conventions de Genève renferme un langage semblable (Protocole additionnel aux Conventions de Genève du
12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, 12 décembre 1977, art. 3 b), 1125 U.N.T.S 3 ("Protocole I")).
En plus de ces références textuelles, la nature même des Conventions - en particulier des Conventions III et IV - dicte leur application sur
l'ensemble des territoires des Parties au conflit ; toute autre interprétation irait nettement à l'encontre du but visé.
69. Le cadre géographique et temporel de référence pour les conflits armés internes est tout aussi large. Cette interprétation se manifeste dans le
fait que les bénéficiaires de l'article 3 commun aux Conventions de Genève sont ceux qui ne participent pas directement (ou qui ne participent
plus directement) aux hostilités. Cela indique que les règles figurant à l'article 3 s'appliquent aussi à l'extérieur du contexte géographique étroit
du théâtre effectif des combats. De même, certaines expressions dans le Protocole II aux Conventions de Genève (un traité qui, comme nous
le verrons aux paragraphes 88 et 114 ci-après, peut être considéré applicable à certains aspects des conflits dans l'ex-Yougoslavie)
suggèrent également un large champ. Tout d'abord, de même que l'article 3 commun, il protège explicitement "Toutes les personnes qui
ne participent pas directement ou ne participent plus aux hostilités" (Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à
la protection des victimes des conflits armés non internationaux, 12 décembre 1977, art. 4, par. 1, 1125 U.N.T.S 609 ("Protocole II")). L'article
2, paragraphe 1 prévoit que :
"Le présent Protocole s'applique (...) à toutes les personnes affectées par un conflit armé au sens de l'article premier" (id., art. 2, par. 1
(accentuation ajoutée)).
"à la fin du conflit armé, toutes les personnes qui auront été l'objet d'une privation ou d'une restriction de liberté pour des motifs en relation avec
ce conflit, ainsi que celles qui seraient l'objet de telles mesures après le conflit pour les mêmes motifs, bénéficieront des dispositions des articles 5
et 6 jusqu'au terme de cette privation ou de cette restriction de liberté" (id., art. 2, par. 2).
Aux termes de cette disposition, le champ temporel des règles applicables excède clairement les hostilités proprement dites. De surcroît, la
rédaction relativement imprécise du membre de la phrase "pour des motifs en relation avec ce conflit" suggère également un large
champ géographique. La condition requise est seulement une relation entre le conflit et la privation de liberté et non que ladite privation ait eu
lieu au coeur des combats.
70. Sur la base de ce qui précède, nous estimons qu'un conflit armé existe chaque fois qu'il y a recours à la force armée entre Etats ou un conflit
armé prolongé entre les autorités gouvernementales et des groupes armés organisés ou entre de tels groupes au sein d'un Etat. Le droit
international humanitaire s'applique dès l'ouverture de ces conflits armés et s'étend au-delà de la cessation des hostilités jusqu'à la
conclusion générale de la paix ; ou, dans le cas de conflits internes, jusqu'à ce qu'un règlement pacifique soit atteint. Jusqu'alors, le droit
international humanitaire continue de s'appliquer sur l'ensemble du territoire des Etats belligérants ou, dans le cas de conflits internes, sur
l'ensemble du territoire sous le contrôle d'une Partie, que des combats effectifs s'y déroulent ou non.
En appliquant la définition des conflits armés qui précède à la présente affaire, nous soutenons que les crimes présumés ont été commis dans
le contexte d'un conflit armé. Les combats entre les diverses entités au sein de l'ex-Yougoslavie ont commencé en 1991, se sont poursuivis
durant l'été 1992 quand les crimes présumés auraient été commis et continuent à ce jour. En dépit de divers accords provisoires de cessez-le-
feu, aucune conclusion générale de la paix n'a mis un terme aux opérations militaires dans la région. Ces hostilités excèdent les critères
d'intensité applicables aux conflits armés tant internes qu'internationaux. On a observé un conflit prolongé, sur une grande échelle, entre les
forces armées de différents Etats et entre des forces gouvernementales et des groupes de rebelles organisés. Même si des actions
militaires substantielles n'ont pas eu lieu dans la région de Prijedor aux date et lieu où les crimes présumés ont été commis - une question de fait
sur laquelle la Chambre d'appel ne se prononce pas - le droit international humanitaire s'applique. Il suffit que les crimes présumés aient
été étroitement liés aux hostilités se déroulant dans d'autres parties des territoires contrôlés par les Parties au conflit. Il est indéniable que
les allégations examinées ici ont le lien requis. L'acte d'accusation indique qu'en 1992, les Serbes de Bosnie se sont emparés du contrôle de
la municipalité de Prijedor et ont établi un camp de prisonniers à Omarska. De plus il est allégué que des crimes ont été commis contre des civils
à l'intérieur et à l'extérieur du camp de prisonniers d'Omarska dans le cadre de la prise de contrôle et de la consolidation du pouvoir des Serbes
de Bosnie dans la région de Prijedor, qui faisaient à leur tour partie de la campagne militaire plus générale des Serbes de Bosnie pour s'emparer
du contrôle du territoire bosniaque. L'Appelant n'offre aucune preuve du contraire mais il a admis dans ses conclusions orales qu'il existait dans
la région de Prijedor des camps de détention administrés non par les autorités centrales de Bosnie-Herzégovine mais par les Serbes de
Bosnie (Procès-verbal d'audience d'appel, 8 septembre 1995, p. 36-37). Compte tenu de ce qui précède, nous concluons que, aux fins de
l'application du droit international humanitaire, les crimes présumés ont été commis dans le contexte d'un conflit armé.
71. Apparemment, il n'apparaît pas clairement si certaines dispositions du Statut s'appliquent uniquement à des crimes commis dans des
conflits armés internationaux ou également à ceux perpétrés dans des conflits armés internes. L'article 2 fait référence aux "infractions graves"
aux Conventions de Genève de 1949, qui sont généralement interprétées comme commises uniquement dans des conflits armés internationaux,
de sorte que la référence à l'article 2 semble suggérer que l'article se limite aux conflits armés internationaux. L'article 3 ne fait pas non plus
de référence expresse à la nature du conflit implicitement requise. Une interprétation littérale de cette disposition prise isolément peut porter à
croire qu'elle s'applique aux deux types de conflits. Par contre, l'article 5 confère expressément compétence pour les crimes commis dans les
conflits armés tant internes qu'internationaux. Un argument a contrario fondé sur l'absence de disposition semblable dans l'article 3 pourrait
suggérer que ce dernier ne s'applique qu'à une catégorie de conflit plutôt qu'aux deux. En vue de mieux cerner le sens et le champ de
ces dispositions, la Chambre d'appel examinera l'objet et le but de la promulgation du Statut.
241
72. En adoptant la résolution 827, le Conseil de sécurité a créé le Tribunal international dans le but déclaré de traduire en justice les
personnes responsables de violations graves du droit international humanitaire dans l'ex-Yougoslavie, décourageant ainsi la perpétration de
futures violations et contribuant au rétablissement de la paix et de la sécurité dans la région. Le contexte dans lequel le Conseil de sécurité a
agi indique qu'il entendait atteindre ce but sans référence au fait que les conflits dans l'ex-Yougoslavie sont internes ou internationaux.
Comme le savent parfaitement les Membres du Conseil de sécurité, quand le Statut a été rédigé en 1993, les conflits dans l'ex-Yougoslavie
auraient pu être qualifiés à la fois d'internes et d'internationaux ou d'un conflit interne parallèle à un conflit international, ou d'un conflit interne
qui s'est internationalisé du fait d'un soutien extérieur, ou d'un conflit international remplacé ultérieurement par un ou plusieurs conflits internes
ou quelque combinaison de ces situations. Le conflit dans l'ex-Yougoslavie a été internationalisé par la participation de l'armée croate en
Bosnie-Herzégovine et par la participation de l'Armée nationale yougoslave ("JNA") dans les hostilités en Croatie ainsi qu'en Bosnie-
Herzégovine, au moins jusqu'à son retrait officiel le 19 mai 1992. Dans la mesure où les conflits étaient limités à des incidents entre les forces
du gouvernement bosniaque et les forces rebelles des Serbes de Bosnie en Bosnie-Herzégovine, ainsi qu'entre le gouvernement croate et les
forces rebelles des Serbes de Croatie en Krajina (Croatie), ils étaient de caractère interne (à moins qu'on ne puisse prouver la participation directe
de la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro). Il est remarquable que les Parties à la présente affaire conviennent aussi que
les conflits dans l'ex-Yougoslavie depuis 1991 ont été à la fois internes et internationaux (voir le procès-verbal d'audience sur
l'exception préjudicielle d'incompétence, 26 juillet 1995, p. 47, 111).
73. Les accords conclus par les différentes parties pour respecter certaines règles du droit humanitaire révèlent à l'évidence la nature variable
des conflits. Reflétant les aspects internationaux des conflits, le 27 novembre 1991, les représentants de la République fédérale de
Yougoslavie, l'Armée populaire de Yougoslavie, la République de Croatie et la République de Serbie ont conclu un accord sur l'application
des Conventions de Genève de 1949 et le Protocole additionnel I de 1977 à ces Conventions (voir Mémorandum d'accord, 27 novembre 1991).
Point intéressant, les Parties ont évité de mentionner l'article 3 commun des Conventions de Genève relatif aux conflits armés non-internationaux.
Par contre, un accord conclu le 22 mai 1992 entre les diverses factions au conflit en République de Bosnie-Herzégovine reflète les éléments
internes des conflits. L'accord était fondé sur l'article 3 commun des Conventions de Genève qui, en plus de l'énoncé de règles régissant les
conflits internes, prévoit au paragraphe 3 que les Parties à ces conflits peuvent convenir d'appliquer les dispositions des Conventions de Genève
qui ne sont généralement applicables qu'aux seuls conflits armés internationaux. Dans l'Accord, les représentants de M. Alija Izetbegovic
(Président de la République de Bosnie-Herzégovine et du Parti d'action démocratique), M. Radovan Karadzic (Président du Parti démocrate serbe)
et M. Miljenko Brkic (Président de la Communauté démocrate croate) ont engagé les Parties à respecter les règles fondamentales des conflits
armés internes figurant à l'article 3 commun et, en plus, convenu, en s'appuyant sur le paragraphe 3 de l'article 3 commun, d'appliquer
certaines dispositions des Conventions de Genève relatives aux conflits internationaux (Accord no. 1, 22 mai 1992, art. 2, par. 1-6) ("Accord no.
1"). De toute évidence, cet Accord révèle que les Parties concernées considéraient les conflits armés auxquels elles participaient comme des
conflits internes mais, en raison de leur degré d'importance, elles ont convenu de leur appliquer certaines des dispositions des Conventions
de Genève qui sont normalement applicables uniquement aux conflits armés internationaux. La même position a été implicitement adoptée par
le Comité international de la Croix Rouge (CICR) à l'invitation et sous les auspices duquel l'accord a été conclu. A cet égard, il convient de noter
que si le CICR n'avait pas pensé que les conflits régis par l'accord en question étaient internes, il aurait, de façon flagrante, enfreint une
disposition commune des quatre Conventions de Genève (art. 6/6/6/7). Cette dernière interdit formellement tout accord visant à limiter
l'application des Conventions de Genève dans le cas de conflits armés internationaux. ("Aucun accord spécial ne pourra porter préjudice à
la situation (des personnes protégées) telle qu'elle est réglée par la présente Convention, ni restreindre les droits que celle-ci leur
accorde" ; Convention de Genève I, art. 6 ; Convention de Genève II, art. 6 ; Convention de Genève III, art. 6 ; Convention de Genève IV, art. 7).
Si les conflits étaient en fait considérés comme internationaux, le fait pour le CICR d'accepter qu'ils soient régis uniquement par l'article 3
commun, outre les dispositions de l'article 2, par. 1 à 6, de l'Accord no. 1, aurait constitué un mépris évident à l'égard des
dispositions susmentionnées des Conventions de Genève. Du fait de l'autorité, de la compétence et de l'impartialité unanimement reconnues
du CICR ainsi que de sa mission statutaire de promouvoir et de superviser le respect du droit international humanitaire, il est inconcevable
que, même s'il planait certains doutes sur le caractère du conflit, le CICR encourage et appuie un accord contraire aux dispositions
fondamentales des Conventions de Genève. Il est par conséquent justifié de conclure que le CICR considérait comme internes les conflits régis
par l'accord en question.
Pris globalement, les accords conclus entre les diverses parties aux conflits dans l'ex-Yougoslavie confirment la proposition aux termes de
laquelle quand le Conseil de sécurité a adopté le Statut du Tribunal international en 1993, il l'a fait en se référant à des situations que les Parties
elles-mêmes considéraient à des dates et en des lieux différents comme des conflits armés soit internes soit internationaux ou comme
une combinaison des deux.
74. Les nombreuses déclarations du Conseil de sécurité qui ont conduit à la création du Tribunal international indiquent qu'il était conscient
du caractère mixte des conflits. D'une part, avant de créer le Tribunal international, le Conseil de sécurité a adopté plusieurs résolutions
condamnant la présence des forces de la JNA en Bosnie-Herzégovine et en Croatie comme une violation de la souveraineté de ces deux
derniers Etats (voir, par exemple, C.S. Res. 752 (15 mai 1992) ; C.S. Res. 757 (30 mai 1992) ; C.S. Res. 779 (6 octobre 1992 ; C.S. Res. 787
(16 novembre 1992)). D'autre part, dans aucune de ces nombreuses résolutions, le Conseil de sécurité n'a déclaré que ces conflits
étaient internationaux.
Dans chacune de ses résolutions successives, le Conseil de sécurité s'est concentré sur les pratiques qui le préoccupaient, sans se référer au
caractère du conflit. Par exemple, dans la résolution 771 du 13 août 1992, le Conseil de sécurité s'est déclaré : "gravement alarmé" (par les)
"informations qui continuent de faire état de violations généralisées du droit humanitaire international sur le territoire de l'ex-Yougoslavie,
en particulier en Bosnie-Herzégovine, et notamment par les informations selon lesquelles il serait procédé à l'expulsion et à la déportation
massives et forcées de civils, à l'emprisonnement de civils dans des centres de détention où ils seraient soumis à des exactions, à des
attaques délibérées à l'encontre de non-combattants, d'hôpitaux et d'ambulances, qui font obstacle à l'acheminement des produits alimentaires
et médicaux destinés à la population civile, et à des actes insensés de saccage et de destruction de biens" (C.S. Res. 771 (13 août 1992)).
Comme dans le cas de toutes les autres déclarations du Conseil de sécurité sur la question, cette dernière résolution ne fait aucune référence
au caractère du conflit armé en cause. Le Conseil de sécurité se souciait clairement de traduire en justice les personnes responsables des
actes spécifiquement condamnés, sans égard au contexte. Le Procureur s'appuie beaucoup sur la référence répétée du Conseil de sécurité
aux infractions graves aux dispositions des Conventions de Genève, qui sont généralement considérées comme applicables uniquement aux
conflits armés internationaux. Cet argument ignore, cependant, que le Conseil de sécurité s'est référé généralement aux "autres violations du
droit international humanitaire", une expression qui couvre le droit applicable également aux conflits armés internes, aussi souvent qu'il a
invoqué les infractions graves aux dispositions des Conventions.
75. L'intention du Conseil de sécurité d'encourager une solution pacifique au conflit sans se prononcer sur la question du caractère international
242
ou interne s'est manifestée dans le Rapport du Secrétaire général du 3 mai 1993 et dans les déclarations des Membres du Conseil de sécurité
relatives à leur interprétation du Statut. Le Rapport du Secrétaire général déclare spécifiquement que la clause du Statut concernant la
compétence ratione temporis du Tribunal international :
"visait manifestement à dénoter qu'aucun jugement n'est porté sur le caractère international ou interne du conflit" (Rapport du Secrétaire
général, par. 62, Document des Nations Unies S/25704 (3 mai 1993) ("Rapport du Secrétaire général")).
Dans le même esprit, à la réunion durant laquelle le Conseil de sécurité a adopté le Statut, trois Membres ont exprimé leur interprétation
selon laquelle la compétence du Tribunal international aux termes de l'article 3, concernant les lois ou coutumes de la guerre, couvre tout accord
sur le droit humanitaire en vigueur dans l'ex-Yougoslavie (voir Déclarations des représentants de la France, des Etats-Unis et du Royaume-
Uni, procès-verbal verbatim provisoire de la 3217e réunion, par. 11, 15 et 19, Document des Nations Unies S/PV.3217 (25 mai 1993)).
Comme exemple de ces accords supplémentaires, les Etats-Unis ont cité les règles sur les conflits armés internes figurant à l'article 3
des Conventions de Genève ainsi que les "Protocoles additionnels de 1977 à ces Conventions de Genève (de 1949)" (id., par. 15). Cette
référence couvre clairement le Protocole additionnel II de 1977 qui se rapporte aux conflits armés internes. Aucun autre Etat n'a contredit
cette interprétation, qui reflète clairement une qualification du conflit comme à la fois interne et international (il convient de souligner que
le représentant des Etats-Unis, avant de présenter les vues américaines sur l'interprétation du Statut du Tribunal international, a fait
remarquer : "Nous savons que d'autres Membres du Conseil de sécurité partagent notre opinion concernant les clarifications ci-après relatives
au Statut" (id.)).
76. Un raisonnement par l'absurde permet de confirmer le fait que le Conseil de sécurité a volontairement évité de classer les conflits armés dans
l'ex-Yougoslavie comme internationaux ou internes et, en particulier, n'a pas eu l'intention de lier le Tribunal international par une classification
des conflits comme "internationaux". Si le Conseil de sécurité avait qualifié le conflit d'exclusivement international et, en outre, ce faisant,
avait décidé de lier le Tribunal international, ce dernier devrait alors considérer comme international le conflit opposant les Serbes de Bosnie et
les autorités centrales de Bosnie-Herzégovine. Puisqu'on ne peut soutenir que les Serbes de Bosnie constituent un Etat, la
classification susmentionnée s'appuierait sur l'hypothèse implicite qu'ils agissent non comme une entité rebelle mais comme des organes ou
des agents d'un autre Etat, la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro). En conséquence, les atteintes graves au droit
international humanitaire commises par l'armée gouvernementale de Bosnie-Herzégovine contre des civils serbes de Bosnie entre leurs mains
ne seraient pas considérées comme des "infractions graves" parce que ces civils, ayant la nationalité de Bosnie-Herzégovine, ne seraient
pas considérés comme des "personnes protégées" aux termes de l'article 4, paragraphe 1 de la Convention de Genève IV. En revanche, les
atrocités commises par les Serbes de Bosnie contre les civils bosniaques entre leurs mains seraient considérées comme des "infractions graves"
parce que ces civils seraient des "personnes protégées" aux termes de la Convention, du fait que les Serbes de Bosnie agiraient en tant qu'organes
ou agents d'un autre Etat, la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro) dont les Bosniaques ne posséderaient pas la nationalité.
Ce serait là, bien sûr, une situation absurde puisqu'elle placerait les Serbes de Bosnie dans une situation juridique très désavantageuse vis-à-vis
des autorités centrales de Bosnie-Herzégovine. Cette absurdité confirme le caractère fallacieux de l'argument avancé par le Procureur devant
la Chambre d'appel.
77. Sur la base de ce qui précède, nous concluons que les conflits dans l'ex-Yougoslavie revêtent les caractères de conflits à la fois internes
et internationaux, que les Membres du Conseil de sécurité avaient clairement les deux aspects à l'esprit quand ils ont adopté le Statut du
Tribunal international et qu'ils avaient l'intention de l'habiliter à juger des violations du droit humanitaire commises dans les deux contextes.
Le Statut doit, par conséquent, être considéré comme donnant effet à cet objectif dans toute la mesure du possible aux termes du droit
international en vigueur.
78. A l'exception de l'article 5 traitant des crimes contre l'humanité, aucune des dispositions statutaires ne fait explicitement référence au type
de conflit comme un élément du crime ; et, nous le verrons plus loin, la référence dans l'article 5 vise à différencier le lien requis par le Statut
de celui requis par l'article 6 de l'Accord de Londres du 8 août 1945 établissant le Tribunal militaire international de Nuremberg. Le
droit international coutumier n'exige plus de lien entre les crimes contre l'humanité et un conflit armé (voir ci-dessous, par. 140 et 141) et,
par conséquent, l'article 5 visait à réintroduire ce lien pour les objectifs poursuivis par le présent Tribunal. Nous l'avons déjà relevé, bien que
l'article 2 ne se réfère pas explicitement au caractère des conflits, sa référence aux dispositions sur les infractions graves laisse à penser qu'il
est limité aux conflits armés internationaux. Il serait, cependant, contraire à l'intention du Conseil de sécurité de voir dans les autres dispositions
du Statut traitant de la compétence une condition semblable. Contrairement à l'indifférence apparente des auteurs quant au caractère des conflits
en cause, cette interprétation autoriserait le Tribunal international à poursuivre et à punir certains comportements dans un conflit armé
international tout en ignorant le même comportement dans un conflit armé interne. Pour illustrer ce point, le Conseil de sécurité a
constamment condamné la dévastation et la destruction sans motifs de biens, qui n'est punissable, de façon explicite, qu'aux termes des articles 2 et
3 du Statut. L'Appelant maintient que ces articles ne s'appliquent qu'aux conflits armés internationaux. Cependant, il aurait été illogique de la
part des auteurs du Statut de conférer au Tribunal international la compétence de juger la conduite même qui les préoccupait uniquement dans
le cadre d'un conflit international, alors qu'ils savaient que les conflits en cause dans l'ex-Yougoslavie pouvaient être classés, à différentes époques
et lieux, comme des conflits internes, internationaux ou les deux à la fois.
Ainsi, l'objet du Conseil de sécurité en promulguant le Statut - poursuivre et punir les auteurs de certains actes condamnés commis dans un
conflit caractérisé par des éléments à la fois internes et internationaux - suggère que le Conseil de sécurité entendait que, dans la mesure du
possible, la compétence ratione materiae du Tribunal international s'étende à ces deux catégories de conflits armés.
A la lumière de cette interprétation du but poursuivi par le Conseil de sécurité en créant le Tribunal international, nous examinons ci-après
les arguments spécifiques de l'Appelant concernant l'étendue de la compétence du Tribunal international aux termes des articles 2, 3 et 5 du Statut.
a) Article 2
"Le Tribunal international est habilité à poursuivre les personnes qui commettent ou donnent l'ordre de commettre des infractions graves
aux Conventions de Genève du 12 août 1949, à savoir les actes suivants dirigés contre des personnes ou des biens protégés aux termes
des dispositions de la Convention de Genève pertinente :
a) l'homicide intentionnel ;
243
b) la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques ;
c) le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé ;
d) la destruction et l'appropriation de biens non justifiées par des nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite
et arbitraire ;
e) le fait de contraindre un prisonnier de guerre ou un civil à servir dans les forces armées de la puissance ennemie ;
f) le fait de priver un prisonnier de guerre ou un civil de son droit d'être jugé régulièrement et impartialement ;
Par son libellé explicite et comme confirmé dans le Rapport du Secrétaire général, cet article du Statut est fondé sur les Conventions de Genève
de 1949 et, plus spécifiquement, sur les dispositions de ces Conventions relatives aux "infractions graves". Chacune des quatre Conventions
de Genève de 1949 renferme une disposition sur les "infractions graves", précisant les infractions particulières aux Conventions pour lesquelles
les Hautes Parties contractantes sont tenues de poursuivre les personnes responsables. En d'autres termes, les Conventions créent, pour ces
actes spécifiques, une compétence répressive obligatoire universelle parmi les Etats contractants. Bien que le texte des Conventions puisse
sembler ambigu et que la question ne soit pas définitivement tranchée (voir, par exemple, (Amicus Curiae) exposé du gouvernement des Etats-
Unis d'Amérique concernant certains arguments présentés par le Conseil de la Défense dans l'affaire Le Procureur c/ Dusan Tadic, 17 juillet
1995, affaire no. IT-94-1-T, par. 35-36 ("Mémoire d'amicus curiae des Etats-Unis")), on s'accorde généralement à penser que les
dispositions relatives aux infractions graves établissent une compétence contraignante universelle uniquement en ce qui concerne les infractions
aux Conventions commises dans des conflits armés internationaux. Selon l'Appelant, puisque le système de répression des infractions graves
ne s'applique qu'aux conflits armés internationaux, la référence dans l'article 2 du Statut aux dispositions sur les infractions graves des
Conventions de Genève limite la compétence du Tribunal international aux termes de cet article aux actes commis dans le contexte d'un conflit
armé international.
"... a été rédigé de façon à être autonome plutôt qu'à servir de référence, sauf sur le point de l'identification des victimes des actes énumérés ;
cette identification et elle seule, demande que l'on se reporte aux Conventions proprement dites pour la définition des "personnes ou des
biens protégés".
(...)
... la condition de l'existence d'un conflit international ne figure pas dans le texte de l'article 2. Indéniablement, rien dans le libellé de l'article
n'exige expressément son existence. Une fois que l'un des actes spécifiés est présumé commis à l'encontre de l'une des personnes protégées,
le Tribunal international est compétent pour poursuivre si les conditions d'espace et de temps énoncées à l'article premier sont remplies.
(...)
Aucun argument ne permet de traiter l'article 2 comme s'il introduisait en fait dans le Statut l'ensemble des termes des Conventions, y compris
la référence aux conflits internationaux figurant à l'article 2 commun aux Conventions de Genève. Comme nous l'avons indiqué, l'article 2 du
Statut est apparemment autonome, sauf en ce qui concerne la définition des personnes et des biens protégés" (Décision de la Chambre de
première instance, par. 49-51).
80. Avec tout le respect qui lui est dû, le raisonnement de la Chambre de première instance est fondé sur une conception erronée des dispositions
sur les infractions graves et du degré de leur incorporation dans le Statut du Tribunal international. Le régime des infractions graves
aux Conventions de Genève établit un double dispositif : on observe, d'une part, une énumération des crimes qui sont considérés si graves
qu'ils constituent des "infractions graves" ; d'autre part, étroitement lié à cette énumération, un mécanisme d'exécution obligatoire, fondé sur
le concept du devoir et du droit de tous les Etats contractants de rechercher et de juger ou d'extrader les personnes présumées
responsables d'"infractions graves". L'élément de conflit armé international généralement attribué aux dispositions sur les infractions graves
des Conventions de Genève est simplement une fonction du régime de compétence universelle obligatoire que crée ces dispositions. La condition
de conflit armé international était une limite nécessaire au régime des infractions graves à la lumière de l'intrusion dans le domaine de
la souveraineté de l'Etat que cette compétence universelle obligatoire représente. Les Etats parties aux Conventions de Genève de 1949 ne
voulaient pas conférer à d'autres Etats compétence pour les violations graves du droit international humanitaire commises dans leurs conflits
armés internes - à tout le moins pas la compétence universelle obligatoire du régime des infractions graves.
81. La Chambre de première instance a raison lorsqu'elle laisse entendre que le mécanisme d'exécution n'a, assurément, pas été reproduit dans
le Statut du Tribunal international, pour la raison évidente que le Tribunal international lui-même constitue un mécanisme pour la poursuite et
la répression des auteurs d'"infractions graves". Cependant, la Chambre de première instance a interprété erronément la référence aux
Conventions de Genève figurant dans la phrase de l'article 2 : "des personnes ou des biens protégés aux termes des dispositions de la Convention
de Genève pertinente" (Statut du Tribunal, art. 2). Pour les raisons susmentionnées, cette référence vise clairement à indiquer que les
crimes énumérés à l'article 2 ne peuvent faire l'objet de poursuites que lorsqu'ils sont perpétrés contre des personnes ou des biens considérés
comme "protégés" par les Conventions de Genève dans le cadre des conditions rigoureuses fixées par les Conventions proprement dites.
Cette référence dans l'article 2 à la notion de "personnes ou biens protégés" doit forcément couvrir les personnes mentionnées aux articles 13, 24,
25 et 26 (personnes protégées) et 19, 33 à 35 (biens protégés) de la Convention de Genève I ; aux articles 13, 36, 37 (personnes protégées) et 22,
24, 25 et 27 (objets protégés) de la Convention II ; à l'article 4 de la Convention III sur les prisonniers de guerre ; et aux articles 4 et 20
(personnes protégées) et 18, 19, 21, 22, 33, 53, 57 etc. (biens protégés) de la Convention IV sur les civils. Clairement, ces dispositions
des Conventions de Genève s'appliquent aux personnes ou aux biens protégés uniquement dans la mesure où ils se situent dans le contexte
d'un conflit armé international. En revanche, ces dispositions ne couvrent pas les personnes ou les biens relevant du domaine de l'article 3
commun aux quatre Conventions de Genève.
82. L'interprétation qui précède est confirmée par ce que l'on pourrait considérer comme une partie des travaux préparatoires du Statut du
244
Tribunal international, à savoir le Rapport du Secrétaire général. Référence y est faite aux "conflits armés internationaux" dans l'introduction et
dans l'explication du sens et du but de l'article 2 ainsi qu'en ce qui concerne le régime des "infractions graves" des Conventions de Genève
(Rapport du Secrétaire général, par. 37).
83. Nous sommes d'avis que notre interprétation de l'article 2 est la seule justifiée par le texte du Statut et les dispositions pertinentes
des Conventions de Genève ainsi que par la construction logique de leur interaction dictée par l'article 2. Cependant, nous sommes conscients de
ce que cette conclusion peut sembler ne pas concorder avec les tendances récentes de la pratique des Etats et de l'ensemble de la doctrine des
droits de l'homme - qui, comme nous l'indiquons ci-dessous (voir par. 97-127), tendent à estomper de nombreux aspects de la
dichotomie traditionnelle entre guerres internationales et conflits civils. A cet égard, la Chambre note avec satisfaction la déclaration contenue
dans le Mémoire d'amicus curiae présenté par le gouvernement des Etats-Unis, où il est soutenu que :
"les dispositions relatives aux "infractions graves" de l'article 2 du Statut du Tribunal international s'appliquent aux conflits armés de caractère
non-international comme à ceux de caractère international" (Mémoire d'amicus curiae des Etats-Unis, p. 35).
Cette déclaration, que ne vient étayer aucune jurisprudence, ne semble pas être justifiée en ce qui concerne l'interprétation de l'article 2.
Néanmoins, vue sous un autre angle, on ne saurait nier sa portée : elle énonce l'opinion juridique de l'un des Membres permanents du Conseil
de sécurité sur une question juridique délicate. A ce titre, elle fournit le premier indice d'un changement possible de l'opinio juris des Etats.
Si d'autres Etats et organes internationaux en viennent à partager cette opinion, un changement du droit coutumier relatif à la portée du régime
des "infractions graves" pourrait se concrétiser progressivement. On peut trouver d'autres éléments pointant dans la même direction dans
la disposition du Manuel militaire allemand susmentionné (par. 131) aux termes duquel les infractions graves au droit international
humanitaire comprennent certaines violations de l'article 3 commun. De plus, on peut attirer l'attention sur l'Accord du 1er octobre 1992 conclu
par les parties belligérantes en Bosnie-Herzégovine. Les articles 3 et 4 dudit Accord prévoient implicitement les poursuites et la répression
des auteurs d'infractions graves aux Conventions de Genève et au Protocole additionnel I. L'Accord a, clairement, été conclu dans le cadre
d'un conflit armé interne (voir ci-dessus, par. 73) et il doit, par conséquent, être considéré comme un indice important de la tendance actuelle
à étendre les dispositions relatives aux infractions graves à cette catégorie de conflits. On peut également mentionner un jugement récent
d'un tribunal danois. Le 25 novembre 1994, la troisième Chambre de la Division orientale de la Cour suprême danoise a rendu un jugement relatif
à une personne accusée de crimes commis avec un certain nombre de membres de la police militaire croate le 5 août 1993 dans le camp croate
de prisonniers de Dretelj, en Bosnie (Le Ministère public c/ Refik Saric, non publié (Den. H. Ct. 1994)). La Cour a explicitement agi sur
le fondement des dispositions relatives aux "infractions graves" des Conventions de Genève, plus spécifiquement sur le fondement des articles
129 et 130 de la Convention III et des articles 146 et 147 de la Convention IV (Le Ministère public c/ Refik Saric, Compte rendu, p. 1 (25
novembre 1994)) sans, toutefois, soulever la question préliminaire de savoir si les crimes présumés avaient été commis dans le cadre d'un
conflit armé international plutôt qu'interne (en tout état de cause, la Cour a condamné l'accusé en vertu de ces dispositions et des dispositions
pénales pertinentes du Code pénal danois (voir id., p. 7-8)). Ce jugement révèle que certaines juridictions nationales adoptent également
l'opinion que le régime des "infractions graves" peut s'appliquer, que le conflit armé soit international ou interne.
84. En dépit de ce qui précède, la Chambre d'appel doit conclure que, dans l'état actuel de l'évolution du droit, l'article 2 du Statut ne
s'applique qu'aux crimes commis dans le contexte de conflits armés internationaux.
85. Le Procureur a soutenu un autre argument devant la Chambre de première instance selon lequel les dispositions sur les infractions graves
aux Conventions de Genève pourraient s'appliquer aux conflits internes en vertu de certains accords conclus par les parties belligérantes. Pour
les raisons indiquées plus loin à la Section IV C (par. 144), nous concluons qu'il est inutile de trancher cette question à ce stade.
b) Article 3
86. L'article 3 du Statut habilite le Tribunal international à juger les violations des lois ou coutumes de la guerre. L'article est ainsi libellé :
"Le Tribunal international est compétent pour poursuivre les personnes qui commettent des violations des lois ou coutumes de la guerre.
Ces violations comprennent, sans y être limitées :
a) l'emploi d'armes toxiques ou d'autres armes conçues pour causer des souffrances inutiles ;
b) la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires ;
c) l'attaque ou le bombardement, par quelque moyen que ce soit, de villes, villages, habitations ou bâtiments non défendus ;
d) la saisie, la destruction ou l'endommagement délibéré d'édifices consacrés à la religion, à la bienfaisance et à l'enseignement, aux arts et
aux sciences, à des monuments historiques, à des oeuvres d'art et à des oeuvres de caractère scientifique ;
Comme l'a expliqué le Secrétaire général dans son Rapport sur le Statut, cette disposition est fondée sur la Convention de la Haye de 1907
(IV) concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, le Règlement d'application annexé à ladite Convention et l'interprétation de ce
Règlement par le Tribunal de Nuremberg. L'Appelant soutient que les Règles de La Haye ont été adoptées pour réglementer les conflits armés
entre Etats tandis que le conflit dans l'ex-Yougoslavie est un conflit armé interne. Par conséquent, dans la mesure où la compétence du
Tribunal international aux termes de l'article 3 est fondée sur la Convention de La Haye, il n'est pas compétent pour juger aux termes de l'article 3
les violations présumées commises dans l'ex-Yougoslavie. L'argument de l'Appelant ne résiste pas à l'examen parce qu'il est fondé sur
une interprétation excessivement étroite du Statut.
i) L'interprétation de l'article 3
87. Une interprétation littérale de l'article 3 révèle que : i) il se rapporte à une large catégorie de crimes, à savoir toutes "les violations des lois
ou coutumes de la guerre" ; et ii) l'énumération de certaines de ces violations figurant à l'article 3 est de caractère illustratif et non exhaustif.
Pour identifier le contenu de la catégorie d'infractions relevant de l'article 3, il convient d'attirer l'attention sur un point important.
L'expression "violations des lois ou coutumes de la guerre" est une expression technique traditionnelle employée dans le passé, quand les
245
concepts de "guerre" et "lois de la guerre" prévalaient encore, avant d'être en grande partie remplacés par deux notions plus larges : i) celle
de "conflit armé", introduite essentiellement par les Conventions de Genève de 1949 ; et ii) la notion corrélative de "droit international des
conflits armés", ou la notion plus récente et plus exhaustive de "droit international humanitaire", qui s'est dégagée du fait de l'influence des
doctrines des droits de l'homme sur le droit des conflits armés. Comme nous l'avons indiqué plus haut, il ressort clairement du Rapport du
Secrétaire général que l'expression désuète susmentionnée a été utilisée dans l'article 3 du Statut essentiellement pour faire référence à la
Convention de La Haye de 1907 (IV) concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre et le Règlement d'application qui y est annexé
(Rapport du Secrétaire général, par. 41). Cependant, comme l'indique le Rapport, la Convention de La Haye, considérée comme du droit
coutumier, constitue un important domaine du droit international humanitaire (id.). En d'autres termes, le Secrétaire général lui-même concède que
le droit traditionnel de la guerre est plus correctement qualifié aujourd'hui de "droit international humanitaire" et que les Règles de La
Haye constituent une partie importante de ce droit. De surcroît, le Secrétaire général a aussi admis correctement que les Règles de La Haye ont
une portée plus large que les Conventions de Genève parce qu'elles couvrent non seulement la protection des victimes de violence armée (civils)
ou de ceux qui ne participent plus aux hostilités (prisonniers de guerre) mais aussi la conduite des hostilités. Aux termes du Rapport : "Les Règles
de La Haye portent sur des aspects du droit international humanitaire auxquels se rapportent aussi les Conventions de Genève de 1949" (id., par.
43). Ces commentaires suggèrent que l'article 3 a pour but de couvrir à la fois les Règles de Genève et de La Haye. Par contre, les
commentaires ultérieurs du Secrétaire général indiquent que les violations énumérées explicitement à l'article 3 se rapportent au droit de La Haye
ne figurant pas dans les Conventions de Genève (id., par. 43). Comme nous l'avons mentionné plus haut, cette liste est simplement illustrative ;
de fait, l'article 3, avant d'énumérer les violations, précise qu'elles "comprennent, sans y être limitées". Quand on considère cette liste dans
le contexte général de l'examen par le Secrétaire général des Règles de La Haye et du droit international humanitaire, nous concluons qu'elle
peut être interprétée comme incluant d'autres infractions au droit international humanitaire. La seule limite est que ces infractions ne doivent pas
déjà être couvertes par l'article 2 (autrement cette disposition deviendrait superflue). L'article 3 doit être considéré comme couvrant toutes
les violations du droit international humanitaire autres que les "infractions graves" aux quatre Conventions de Genève relevant de l'article 2 (ou,
de fait, les violations visées par les articles 4 et 5 dans la mesure où les articles 3, 4 et 5 se recouvrent).
88. Les débats du Conseil de sécurité qui ont suivi l'adoption de la résolution portant création du Tribunal international confirment que l'article 3
ne se limite pas à couvrir les violations des Règles de La Haye mais qu'il vise également à se référer à toutes les violations du droit
international humanitaire (sous réserve des limites susmentionnées). Comme nous l'avons déjà indiqué, trois Etats Membres du Conseil, à savoir
la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, ont expressément déclaré que l'article 3 du Statut couvre aussi les obligations provenant d'accords
en vigueur entre les parties belligérantes, c'est-à-dire l'article 3 commun aux Conventions de Genève et les deux Protocoles additionnels ainsi que
les autres accords conclus par les parties belligérantes. Le délégué de la France a déclaré que :
"L'expression 'lois ou coutumes de la guerre' employée à l'article 3 du Statut couvre spécifiquement, de l'avis de la France, toutes les obligations
qui découlent des accords sur le droit humanitaire en vigueur sur le territoire de l'ex-Yougoslavie à l'époque de la commission des
crimes" (Procès-verbal verbatim provisoire de la 3217e réunion, p. 11, Document des Nations Unies S/PV.3217 (25 mai 1993)).
"Nous croyons savoir que d'autres Membres du Conseil partagent notre opinion concernant les clarifications suivantes du Statut :
Premièrement, il est entendu que les "lois ou coutumes de la guerre" mentionnées à l'article 3, comprennent toutes les obligations aux termes du
droit humanitaire en vigueur sur le territoire de l'ex-Yougoslavie à l'époque où les actes ont été commis, y compris l'article 3 commun
aux Conventions de Genève de 1949 et les Protocoles additionnels de 1977 à ces Conventions" (id., p. 15).
"Notre opinion est que la référence aux lois ou coutumes de la guerre à l'article 3 est suffisamment large pour inclure les Conventions
internationales applicables" (id., p 19).
"l'importance du fait que la compétence du Tribunal international couvre tout l'éventail du droit international humanitaire et toute la durée du
conflit sur l'ensemble du territoire de l'ex-Yougoslavie" (id., p. 20).
Aucun délégué n'a contesté ces déclarations et elles peuvent donc être considérées comme une interprétation faisant autorité de l'article 3, à
savoir que sa portée est beaucoup plus large que les violations énumérées dans les Règles de La Haye.
89. A la lumière des remarques qui précèdent, on peut soutenir que l'article 3 est une clause générale couvrant toutes les violations du
droit humanitaire ne relevant pas de l'article 2 ou couvertes par les articles 4 ou 5, plus spécifiquement : i) les violations des Règles de La Haye
sur les conflits internationaux ; ii) les atteintes aux dispositions des Conventions de Genève autres que celles classées comme "infractions
graves" par lesdites Conventions ; iii) les violations de l'article 3 commun et autres règles coutumières relatives aux conflits internes ; iv)
les violations des accords liant les Parties au conflit, considérés comme relevant du droit conventionnel, c'est-à-dire des accords qui ne sont
pas devenus du droit international coutumier (sur ce point, se reporter au paragraphe 143 ci-dessous).
90. La Chambre d'appel souhaite ajouter que, dans l'interprétation du sens et du but des expressions "violations des lois ou coutumes de la guerre"
ou "violations du droit international humanitaire", il convient de tenir compte du contexte de l'ensemble du Statut. Une interprétation
systématique du Statut met l'accent sur le fait que diverses dispositions, en expliquant le but et les tâches du Tribunal international ou en
définissant ses fonctions, se réfèrent aux "violations graves" du droit international humanitaire" (voir Statut du Tribunal international,
préambule, art. 1, 9 1), 10 1)-2), 23 1), 29 1), accentuation ajoutée). Il est, par conséquent, approprié d'interpréter l'expression "violations des lois
ou coutumes de la guerre" comme couvrant des violations graves du droit international humanitaire.
91. Ainsi, l'article 3 confère au Tribunal international compétence sur toute violation grave du droit international humanitaire qui n'est pas
couverte par les articles 2, 4 ou 5. L'article 3 est une disposition fondamentale établissant que toute "violation grave du droit
international humanitaire" doit faire l'objet de poursuites par le Tribunal international. En d'autres termes, l'article 3 opère comme une
clause supplétive visant à garantir qu'aucune violation grave du droit international humanitaire n'échappe à la compétence du Tribunal
international. L'article 3 vise à rendre cette compétence inattaquable et incontournable.
92. Cette interprétation de l'article 3 est aussi corroborée par l'objet et le but de la disposition. Quand il a décidé de créer le Tribunal international,
246
le Conseil de sécurité visait à mettre un terme à toutes les violations graves du droit international humanitaire perpétrées sur le territoire de
l'ex-Yougoslavie et pas simplement à des catégories spéciales de ces violations, à savoir les "infractions graves" aux Conventions de Genève ou
les violations des "Règles de La Haye". Par conséquent, si l'interprétation est correcte, l'article 3 concrétise pleinement l'objectif fondamental de
la création du Tribunal international, c'est-à-dire de ne laisser impuni aucun auteur de ces violations graves, quel que soit le contexte de
leur perpétration.
93. L'interprétation qui précède est encore confirmée si l'article 3 est analysé d'un point de vue plus général, c'est-à-dire s'il est interprété dans
son contexte historique. Comme l'a indiqué la Cour internationale de justice dans l'affaire Nicaragua, l'article premier des quatre Conventions
de Genève, aux termes desquelles les parties contractantes s'"engagent à respecter et à faire respecter (les Conventions) en toutes
circonstances" découle "des principes généraux du droit humanitaire dont les Conventions ne sont que l'expression concrète" (affaire relative
aux activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre lui (Nicaragua. c/ Etats-Unis d'Amérique), Motifs, C.I.J. Recueil 1986, p. 14,
par. 220, 27 juin ("Affaire du Nicaragua")). Ce principe général énonce une obligation qui incombe non seulement aux Etats mais aussi à
d'autres entités internationales, y compris les Nations Unies. C'est avec cette obligation à l'esprit qu'en 1977, les Etats rédigeant les deux
Protocoles additionnels aux Conventions de Genève ont convenu de l'article 89 du Protocole I, aux termes duquel :
"Dans les cas de violations graves des Conventions ou du présent Protocole, les Hautes Parties contractantes s'engagent à agir, tant
conjointement que séparément, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies et conformément à la Charte des Nations Unies" (Protocole
I, art. 89, (accentuation ajoutée)).
L'article 3 vise à concrétiser cet engagement en dotant le Tribunal international du pouvoir de poursuivre toutes les "violations graves" du
droit international humanitaire.
94. La Chambre d'appel estime nécessaire de préciser les conditions à remplir pour que l'article 3 s'applique. Les conditions suivantes doivent
être remplies pour qu'un crime puisse faire l'objet de poursuites devant le Tribunal international aux termes de l'article 3 :
ii) la règle doit être de caractère coutumier ou, si elle relève du droit conventionnel, les conditions requises doivent être remplies (voir par. 143
ci-dessous) ;
iii) la violation doit être grave, c'est-à-dire qu'elle doit constituer une infraction aux règles protégeant des valeurs importantes et cette infraction
doit entraîner de graves conséquences pour la victime. Ainsi, par exemple, le fait qu'un combattant s'approprie simplement un pain dans un
village occupé ne constituerait pas une "violation grave du droit international humanitaire" bien que cet acte puisse relever du principe
fondamental énoncé à l'article 46 par. 1 des Règles de La Haye (et de la règle correspondante du droit coutumier) selon laquelle "les biens
privés doivent être respectés" par toute armée occupant un territoire ennemi ;
iv) la violation de la règle doit entraîner, aux termes du droit international coutumier ou conventionnel, la responsabilité pénale individuelle de
son auteur.
Il s'ensuit qu'il importe peu que les "violations graves" aient été perpétrées ou non dans le contexte d'un conflit armé international ou interne,
aussi longtemps que les conditions précitées sont remplies.
95. La Chambre d'appel considère nécessaire d'examiner maintenant deux des conditions précitées, à savoir : i) l'existence de règles
internationales coutumières régissant le conflit interne ; et ii) la question de savoir si la violation de ces règles peut entraîner la responsabilité
pénale individuelle. La Chambre d'appel se concentre sur ces deux conditions parce que la Défense a allégué devant la Chambre de
première instance qu'elles n'ont pas été remplies dans l'affaire en cause. Cet examen est également approprié du fait de la rareté des
décisions judiciaires faisant autorité et de la doctrine juridique sur la question.
armés internes
a) Contexte général
96. Chaque fois que la violence armée éclatait dans la communauté internationale, la réponse juridique du droit international traditionnel
s'appuyait sur une dichotomie absolue : guerre ou révolte. La première catégorie s'appliquait aux conflits armés entre Etats souverains (à moins
de reconnaissance de belligérance dans une guerre civile) tandis que la seconde intéressait la violence armée éclatant sur le territoire d'un
Etat souverain. Le droit international traitait donc très différemment ces deux catégories de conflit : les guerres entre Etats étaient réglementées
par un ensemble de règles juridiques internationales, régissant à la fois la conduite des hostilités et la protection des personnes ne participant pas
(ou ne participant plus) à la violence armée (civils, blessés, malades, naufragés, prisonniers de guerre). En revanche, les règles régissant les
conflits civils étaient rares, les Etats préférant les considérer comme une rébellion, une mutinerie ou une trahison relevant du droit pénal interne
et, de ce fait, excluant toute intrusion possible d'autres Etats dans leur propre domaine de compétence interne. Cette dichotomie était clairement
axée sur la souveraineté de l'Etat et reflétait la configuration traditionnelle de la communauté internationale, fondée sur la coexistence
d'Etats souverains plus enclins à défendre leurs intérêts propres que les préoccupations de la communauté ou les exigences humanitaires.
97. Depuis les années 1930, cependant, la distinction susmentionnée s'est de plus en plus estompée et des règles juridiques internationales sont
de plus en plus apparues ou ont été convenues en vue de régir les conflits armés internes. Cette évolution s'explique par plusieurs
raisons. Premièrement, les guerres civiles sont devenues plus fréquentes, non seulement parce que le progrès technologique a permis à des
groupes de personnes d'accéder aux armements mais aussi du fait de tensions croissantes tant idéologiques qu'ethniques ou économiques ;
en conséquence, la communauté internationale ne pouvait plus ignorer le régime juridique de ces conflits. Deuxièmement, les conflits armés
internes sont devenus de plus en plus cruels et prolongés, touchant l'ensemble de la population de l'Etat concerné ; le recours à une violence
247
armée totale a pris une telle dimension que la différence avec les guerres internationales s'est de plus en plus effacée (il suffit de mentionner
la guerre civile espagnole en 1936-1939, la guerre civile congolaise en 1960-1968, le conflit biafrais au Nigeria en 1967-1970, la guerre civile
au Nicaragua en 1981-1990 ou au Salvador, 1980-1993). Troisièmement, le conflit civil de grande échelle, conjugué à l'interdépendance
croissante des Etats dans la communauté internationale a rendu de plus en plus difficile pour les Etats tiers de demeurer à l'écart ; les
intérêts économiques, politiques et idéologiques des Etats tiers ont provoqué leur participation directe dans cette catégorie de conflits, exigeant
par conséquent que le droit international tienne davantage compte de leur régime juridique pour éviter, dans la mesure du possible, des
retombées nuisibles. Quatrièmement, le développement et la propagation rapides dans la communauté internationale des doctrines des droits
de l'homme, en particulier après l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, ont apporté des changements significatifs
au droit international, en particulier dans l'approche des problèmes qui assaillent la communauté mondiale. Une approche axée sur la souveraineté
de l'Etat a été progressivement supplantée par une approche axée sur les droits de l'homme. Progressivement, la maxime du droit romain
hominum causa omne jus constitutum est (tout droit est créé au bénéfice des êtres humains) a acquis également un solide point d'ancrage dans
la communauté internationale. Il s'ensuit que, dans le domaine des conflits armés, la distinction entre conflits entre Etats et guerres civiles perd de
sa valeur en se qui concerne les personnes. Pourquoi protéger les civils de la violence de la guerre, ou interdire le viol, la torture ou la
destruction injustifiée d'hôpitaux, édifices du culte, musées ou biens privés ainsi qu'interdire des armes causant des souffrances inutiles quand
deux Etats souverains sont en guerre et, dans le même temps, s'abstenir de décréter les mêmes interdictions ou d'offrir les mêmes protections
quand la violence armée éclate "uniquement" sur le territoire d'un Etat souverain ? Si le droit international, tout en sauvegardant, bien sûr, les
intérêts légitimes des Etats, doit progressivement assurer la protection des êtres humains, l'effacement progressif de la dichotomie
susmentionnée n'est que naturel.
98. Les règles internationales régissant les conflits internes sont apparues à deux échelons différents : celui du droit coutumier et celui du
droit conventionnel. Deux catégories de règles, qui ne sont en aucune façon contraires ou incohérentes mais qui, plutôt, se soutiennent et
s'étayent mutuellement, se sont ainsi cristallisées. En fait, l'interaction entre ces deux catégories est telle que certaines règles du droit
conventionnel se sont progressivement intégrées au droit coutumier. C'est le cas de l'article 3 commun des Conventions de Genève de 1949,
comme l'a soutenu la Cour internationale de Justice (affaire du Nicaragua, par. 218) mais cela s'applique également à l'article 19 de la Convention
de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé du 14 mai 1954 et, comme nous le verrons plus loin (par. 117) à
l'essentiel du Protocole additionnel II de 1977.
99. Avant de relever certains des principes et règles du droit coutumier qui sont apparus dans la communauté internationale pour réglementer
la guerre civile, il convient d'élever une mise en garde sur le processus d'adoption des lois dans le domaine du droit des conflits armés. Quand
on s'efforce d'évaluer la pratique des Etats en vue d'établir l'existence d'une règle coutumière ou d'un principe général, il est difficile, pour ne pas
dire impossible, de préciser le comportement effectif des troupes sur le terrain dans le but d'établir si elles respectent ou ignorent en fait
certaines normes de conduite. Cet examen est considérablement compliqué par le fait que non seulement l'accès au théâtre des opérations
militaires est normalement refusé aux observateurs indépendants (souvent même au CICR) mais aussi parce que les renseignements sur la
conduite effective des hostilités sont dissimulés par les Parties au conflit ; pis encore, il est souvent recouru à la désinformation dans le but
de tromper l'ennemi ainsi que l'opinion publique et les gouvernements étrangers. Lorsqu'on évalue la formation de règles coutumières ou
de principes généraux, il convient par conséquent d'être conscient que, du fait du caractère intrinsèque de ce domaine, on doit
s'appuyer essentiellement sur des éléments comme les déclarations officielles des Etats, les manuels militaires et les décisions judiciaires.
b) Règles principales
100. Les premières règles apparues dans ce domaine visaient à protéger la population civile vis-à-vis des hostilités. Dès la guerre civile
espagnole (1936-1939), la pratique des Etats révélait une tendance à ignorer la distinction entre les guerres internationales et internes et à
appliquer certains principes généraux du droit humanitaire, au moins aux conflits internes qui constituaient des guerres civiles sur une
grande échelle. La guerre civile espagnole se caractérisait par des éléments d'un conflit armé à la fois international et interne. Il est significatif que
le gouvernement républicain, de même que les Etats tiers, ont refusé de reconnaître la qualité de belligérants aux rebelles. Ils ont néanmoins
insisté pour l'application de certaines règles relatives aux conflits armés internationaux. On relève parmi les règles jugées applicables,
l'interdiction du bombardement intentionnel des populations civiles, la règle interdisant les attaques contre des objectifs non-militaires et
celle intéressant les précautions requises lors de l'attaque d'objectifs militaires. Ainsi, par exemple, le 23 mars 1938, le Premier ministre
Chamberlain a expliqué la protestation britannique contre le bombardement de Barcelone de la manière suivante :
"Les règles du droit international régissant ce qui constitue un objectif militaire sont mal définies et, en attendant la conclusion de l'examen de
cette question ... je ne suis pas en mesure de faire une déclaration sur le sujet. Cependant, s'il est une règle indéniable de droit international c'est
que le bombardement direct et délibéré de non-combattants est illégal en toutes circonstances. La protestation du gouvernement de Sa Majesté
se fonde sur des informations qui l'ont conduit à conclure que le bombardement de Barcelone, réalisé apparemment sans motif et sans
viser spécialement des objectifs militaires, était en fait de cette nature" (333 Débats de la Chambre des Communes, col. 1177, (23 mars 1938)).
De façon plus générale, répondant aux questions posées par un membre du Parlement, Noel Baker, concernant la guerre civile espagnole, le
Premier ministre déclarait le 21 juin 1938
"On peut dire qu'il existe, en tout état de cause, trois règles ou trois principes de droit international qui sont tout autant applicables à la
guerre aérienne qu'ils le sont à la guerre sur terre ou sur mer. En premier lieu, il est contraire au droit international de bombarder des civils et
de lancer des attaques délibérées contre des populations civiles. Il s'agit là indéniablement, de violations du droit international. En second lieu,
les cibles visées par les opérations aériennes doivent être des objectifs militaires légitimes et doivent pouvoir être identifiées. En troisième lieu,
on doit éviter dans toute la mesure du possible dans l'attaque de ces objectifs militaires de bombarder des populations civiles qui se trouveraient
dans leur voisinage" (337 Débats de la Chambre des Communes, cols. 937-38 (21 juin 1938)).
101. Ces opinions ont été réaffirmées dans un certain nombre de résolutions contemporaines par l'Assemblée de la Société des Nations ainsi
que dans les déclarations et accords des parties belligérantes. Par exemple, le 30 septembre 1938, l'Assemblée de la Société des Nations a adopté
à l'unanimité une résolution concernant à la fois le conflit espagnol et la guerre sino-japonaise. Après avoir déclaré qu'"en de nombreuses
occasions, l'opinion publique a exprimé par les circuits les plus autorisés son horreur du bombardement des populations civiles", et que
"cette pratique dépourvue d'impératif militaire et qui, comme le démontre l'expérience, cause uniquement des souffrances inutiles, est
condamnée par les principes reconnus du droit international", l'Assemblée a exprimé l'espoir qu'un accord pourrait être conclu sur la
question, ajoutant qu'elle :
"reconnaît les principes suivants comme le fondement nécessaire à toute réglementation future
248
2) les cibles visées par les opérations aériennes doivent être des objectifs militaires légitimes et doivent être identifiables ;
3) toute attaque contre des objectifs militaires légitimes doit être exécutée de manière à éviter de bombarder par négligence les populations civiles
se trouvant dans le voisinage" (Société des Nations, O.J. Supp. Spec. 183, p. 135-136 (1938)).
102. La pratique ultérieure des Etats démontre que la guerre civile espagnole n'a pas été une exception pour ce qui est d'avoir étendu
certains principes généraux du droit de la guerre aux conflits armés internes. Les règles dont elle fut à l'origine visaient à protéger les civils
se trouvant sur le théâtre des hostilités ; celles conçues pour protéger ceux qui ne participaient pas (ou ne participaient plus) aux hostilités
sont apparues après la Deuxième guerre mondiale. En 1947, Mao Tsétoung donnait pour instruction à l'"Armée populaire de libération" chinoise
de ne pas "tuer ou humilier les officiers et les hommes appartenant à l'armée de Chiang Kai-shek qui déposent leurs armes" (Manifeste de
l'Armée populaire de libération chinoise, dans Mao Tsétoung, 4 OEUVRES CHOISIES (1961) p. 147 à 151). Il a aussi donné pour instruction
aux rebelles, notamment, de ne pas "maltraiter les prisonniers", "endommager les récoltes" ou "prendre des libertés avec les femmes" (Sur
la réédition des trois grandes règles de discipline et des huit points d'attention - Instruction du Quartier général de l'Armée populaire de
libération chinoise, id., p. 155).
Point important, les Etats ont par la suite édicté certaines règles obligatoires minima applicables aux conflits armés internes dans l'article 3
commun aux Conventions de Genève de 1949. La Cour internationale de Justice a confirmé que ces règles reflètent "les considérations
élémentaires d'humanité" applicables dans le cadre du droit international coutumier à tout conflit armé, qu'il soit de caractère interne ou
international (affaire du Nicaragua, par. 128). Par conséquent, au moins en ce qui concerne les règles minima de l'article 3 commun, le caractère
du conflit importe peu.
103. L'article 3 commun renferme non seulement les règles de fond régissant les conflits armés internes mais aussi un mécanisme procédural
invitant les Parties à ces conflits à convenir de respecter le reste des Conventions de Genève. Comme dans les conflits qui se déroulent
actuellement dans l'ex-Yougoslavie, les Parties à un certain nombre de conflits armés internes ont recouru à cette procédure pour
assurer l'application du droit régissant les conflits armés internationaux à leurs hostilités internes. Par exemple, dans le conflit de 1967 au Yémen,
les Royalistes comme le Président de la République ont convenu de respecter les règles essentielles des Conventions de Genève. De telles
décisions reflètent l'idée que certaines règles fondamentales doivent s'appliquer quelle que soit la nature du conflit.
104. Les accords conclus conformément à l'article 3 commun ne sont pas le seul véhicule permettant au droit international humanitaire
d'être appliqué dans les conflits armés internes. Dans plusieurs cas reflétant le respect coutumier de principes fondamentaux dans des
conflits internes, les belligérants se sont unilatéralement engagés à respecter le droit international humanitaire.
105. Nous pouvons citer, comme exemple notoire, la conduite de la République démocratique du Congo durant la guerre civile qui s'est
déroulée dans ce pays. Dans une déclaration publique du 21 octobre 1964, le Premier ministre a pris l'engagement suivant concernant la conduite
des hostilités :
"Pour des raisons humanitaires et dans le but de rassurer la population civile qui pourrait se croire en danger, le gouvernement congolais déclare
que les forces aériennes congolaises limiteront leurs actions aux objectifs militaires.
Dans cette affaire, le gouvernement congolais désire non seulement protéger les vies humaines mais aussi respecter la Convention de Genève (sic).
Il escompte également à ce que les rebelles - et il leur lance un appel urgent à cet effet - agissent de la même manière.
Comme mesure pratique, le gouvernement congolais suggère que des observateurs de la Croix rouge internationale viennent vérifier si la
Convention de Genève est respectée (sic), en particulier au plan du traitement des prisonniers et de l'interdiction de la prise
d'otages" (Déclaration publique du Premier ministre de la République démocratique du Congo (21 octobre 1964), réimprimée dans
American Journal of International Law (1965) p. 614 à 616).
Cette déclaration indique l'acceptation des règles relatives à la conduite des hostilités et, en particulier, le principe que les civils ne doivent pas
être attaqués. Comme la pratique de l'Etat dans la guerre civile espagnole, la déclaration du Premier ministre congolais confirme que cette règle
fait partie intégrante du droit coutumier des conflits armés internes. En fait, cette déclaration ne doit pas être interprétée comme une offre ou
un engagement de respecter des obligations qui n'étaient pas antérieurement contraignantes ; elle visait, plutôt, à réaffirmer l'existence de
ces obligations et énonçait le fait que le gouvernement congolais les respecterait sans réserves.
106. On peut en trouver une autre confirmation dans le "Code opérationnel de conduite des forces armées nigérianes", publié en juillet 1967 par
le Chef du gouvernement militaire fédéral, le Général Y. Gowon, pour réglementer la conduite des opérations militaires de l'Armée fédérale
contre les rebelles. Ce "Code opérationnel de conduite" précisait que dans la répression de la rébellion au Biafra, les troupes fédérales étaient
tenues de respecter les Conventions de Genève et, en outre, de respecter un ensemble de règles protégeant les populations et biens civils sur
le théâtre des opérations militaires (voir A.H.M. Kirk-Greene, I CRISIS AND CONFLICT IN NIGERIA, A DOCUMENTARY
SOURCEBOOK 1966-1969, p. 455-457 (1971)). Ce "Code opérationnel de conduite" montre que, dans une guerre civile longue et de
grande échelle, les autorités centrales, tout en refusant d'accorder une reconnaissance de belligérance, jugeaient nécessaire d'appliquer non
seulement les dispositions des Conventions de Genève visant à protéger les civils aux mains de l'ennemi et les combattants faits prisonniers,
mais également les règles générales sur la conduite des hostilités qui sont généralement applicables aux conflits internationaux. Il convient de
noter que le Code a été effectivement appliqué par les autorités nigérianes. Ainsi, par exemple, le 27 juin 1968, deux officiers de l'armée
nigériane ont été publiquement exécutés par un peloton d'exécution à Bénin City dans le centre-ouest du Nigéria, pour le meurtre de quatre
civils près d'Asaba (voir New Nigerian, 28 juin 1968, p. 1). De plus, le 3 septembre 1968, un lieutenant nigérian a été traduit devant un
tribunal militaire, condamné à mort et exécuté par un peloton d'exécution à Port-Harcourt pour avoir tué un soldat biafrais rebelle qui s'était
rendu aux troupes fédérales près d'Aba (voir Daily Times -Nigeria, 3 septembre 1968, p. 1 ; Daily Times - Nigeria, 4 septembre 1968, p. 1).
Cette attitude des autorités nigérianes confirme ainsi la tendance amorcée par la guerre civile espagnole à laquelle il est fait référence plus haut
(par. 101-102). Cette attitude des autorités nigérianes confirme ainsi la tendance amorcée par la guerre civile espagnole à laquelle il est fait
référence plus haut (par. 101-102), aux termes de laquelle le gouvernement central d'un Etat, dans lequel un conflit interne a éclaté, juge
préférable de ne pas reconnaître l'état de belligérance, tout en appliquant au conflit l'essentiel des normes juridiques relatives aux conflits entre Etats.
107. On peut relever un cas plus récent de cette tendance dans la décision prise en 1988 par les rebelles (FMLN) au Salvador, quand il est
devenu évident que le gouvernement n'était pas prêt à appliquer le Protocole additionnel II qu'il avait antérieurement ratifié. Le FMLN s'est engagé
à respecter à la fois l'article 3 commun et le Protocole II :
249
"Le FMLN assure que ses méthodes de combat respectent les dispositions de l'article 3 commun aux Conventions de Genève et du
Protocole additionnel II, prennent en considération les besoins de la majorité de la population et défendent leurs libertés fondamentales" (FMLN,
La Legitimidad de nuestros métodos de lucha, Secretaría de promoción y protección de los Derechos Humanos del FMLN, El Salvador, 10
octobre 1988, p. 89 ; traduction officieuse)2 .
108. En plus du comportement des Etats belligérants, des gouvernements et des rebelles, d'autres facteurs ont contribué à la formation des
règles coutumières en cause. Nous mentionnerons, en particulier, l'action du CICR, deux résolutions adoptées par l'Assemblée générale des
Nations Unies, certaines déclarations d'Etats membres de la Communauté européenne (devenue depuis l'Union européenne) ainsi que le
Protocole additionnel II de 1977 et certains manuels militaires.
109. On le sait, le CICR a été extrêmement actif en encourageant l'élaboration, l'application et la diffusion du droit international humanitaire.
Sous l'angle qui nous intéresse, à savoir l'apparition de règles coutumières concernant les conflits armés internes, le CICR a apporté une
contribution remarquable en demandant à toutes les parties aux conflits armés de respecter le droit international humanitaire. Il est notable
que, quand il s'est trouvé confronté à des conflits armés non-internationaux, le CICR a encouragé l'application des principes fondamentaux du
droit humanitaire par les belligérants. De plus, dans toute la mesure du possible, il s'est efforcé de persuader les Parties au conflit de respecter
les Conventions de Genève de 1949 ou, au moins, leurs principales dispositions. Quand les Parties, ou l'une d'elles, ont refusé de respecter
l'essentiel du droit international humanitaire, le CICR a indiqué qu'elles devraient, au minimum, respecter l'article 3 commun. Cela montre que
le CICR a encouragé et facilité l'application des principes généraux du droit humanitaire aux conflits armés internes. Les résultats pratiques
ainsi obtenus par le CICR en incitant au respect du droit international humanitaire doivent, par conséquent, être considérés comme un élément de
la pratique internationale effective ; c'est un élément qui a nettement contribué à l'apparition ou à la cristallisation de règles coutumières.
110. L'application de certaines règles de guerre dans les conflits armés tant internes qu'internationaux est corroborée par deux résolutions
de l'Assemblée générale sur le "Respect des droits de l'homme dans le cadre des conflits armés". La première, résolution 2444, a été adoptée
à l'unanimité3 en 1968 par l'Assemblée générale : ("reconnaissant la nécessité d'appliquer les principes humanitaires fondamentaux dans tous
les conflits armés") l'Assemblée générale "affirme" que :
"les principes suivants que doivent observer toutes les autorités, gouvernementales et autres, responsables de la conduite d'opérations en période
de conflit armé, à savoir : a) que le droit des parties à un conflit armé d'adopter des moyens de nuire à l'ennemi n'est pas illimité ; b) qu'il est
interdit de lancer des attaques contre les populations civiles en tant que telles ; c) qu'il faut en tout temps faire la distinction entre les personnes
qui prennent part aux hostilités et les membres de la population civile, afin que ces derniers soient épargnés dans toute la mesure du possible" (A.
G. Res. 2444, U.N. GAOR, 23e session, supp. no. 18, Document des Nations Unies A/7218 (1968)).
Il convient de noter qu'avant l'adoption de la résolution, le représentant des Etats-Unis avait déclaré à la Troisième Commission que les
principes proclamés dans la résolution "constituent une réaffirmation du droit international existant" (U.N. GAOR, 3e Commission, 23e
session, 1634e séance, p. 2, Document des Nations Unies A/C.3/SR.1634 (1968)). Cette opinion a été réitérée en 1972 quand le Département de
la défense des Etats-Unis a relevé que la résolution était "déclarative du droit international coutumier existant" ou, en d'autres termes,
"une réaffirmation correcte" des "principes du droit international coutumier" (voir 67 American Journal of International Law (1973), p. 122, 124).
111. Poussant plus avant les principes énoncés dans la résolution 2444, l'Assemblée générale a adopté à l'unanimité4 en 1970 la résolution 2675
sur les "Principes fondamentaux touchant la protection des populations civiles en période de conflit armé". En présentant cette résolution qu'elle
co-parrainait à la Troisième Commission, la Norvège a expliqué que, dans ladite résolution, "l'expression 'conflit armé' s'entend des conflits de
toutes sortes - point important, puisque les dispositions des Conventions de Genève et des Règles de La Haye ne s'étendent pas à tous les
conflits" (U.N. GAOR, 3e Commission, 25e session, 1785e séance, p. 281, Document des Nations Unies A/C.3/SR.1785 (1970) ; voir également
U.N. GAOR 25e session, 1922e séance, p. 3, Document des Nations Unies A/PV.1922 (1970) (Déclaration du représentant de Cuba durant
l'examen en session plénière de la résolution 2675)). La résolution déclarait notamment :
"Consciente de la nécessité de mesures propres à assurer une meilleure protection des droits de l'homme lors des conflits armés de toutes sortes,
(... l'Assemblée générale) affirme les principes fondamentaux ci-après touchant la protection des populations civiles en période de conflit armé,
sans préjudice à l'approfondissement dont ils pourront faire l'objet à l'avenir dans le cadre du développement progressif du droit
international applicable aux conflits armés :
1. Les droits fondamentaux de l'homme, tels qu'ils sont acceptés en droit international et énoncés dans des instruments internationaux,
demeurent pleinement applicables en cas de conflit armé.
2. Dans la conduite des opérations militaires en période de conflit armé, une distinction doit toujours être faite entre les personnes qui prennent
part activement aux hostilités et les populations civiles.
3. Dans la conduite des opérations militaires, tout effort sera fait pour épargner aux populations civiles les ravages de la guerre, et toutes
précautions nécessaires seront prises pour éviter d'infliger des blessures, pertes ou dommages aux populations civiles.
4. Les populations civiles en tant que telles ne seront pas l'objet d'opérations militaires.
5. Les habitations et autres installations qui ne sont utilisées que par les populations civiles ne seront pas l'objet d'opérations militaires.
6. Les lieux ou régions désignés pour la seule protection des populations civiles, tels que zones sanitaires ou refuges similaires, ne seront pas
l'objet d'opérations militaires.
7. Les populations civiles, ou les individus qui les composent, ne seront pas l'objet de représailles, de déplacements par la force ou de toute
autre atteinte à leur intégrité.
8. La fourniture d'une aide internationale aux populations civiles est conforme aux principes humanitaires de la Charte des Nations Unies, de
la Déclaration universelle des droits de l'homme et d'autres instruments internationaux dans le domaine des droits de l'homme. La Déclaration
de principe relative aux actions de secours en faveur des populations civiles en cas de désastre, contenue dans la résolution XXVI adoptée par
la XXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge, sera applicable en cas de conflit armé, et toutes les parties au conflit s'efforceront de
faciliter l'application desdits principes" (A.G. Res. 2675, U.N. GAOR, 25e session, supp. no. 28, Document des Nations Unies A/8028 (1970)).
250
112. Conjointement, ces résolutions ont joué un double rôle : elles ont affirmé les principes du droit international coutumier concernant la
protection des populations et des biens civils dans le cadre d'un conflit armé quel qu'il soit et, dans le même temps, elles ont visé à
encourager l'adoption de traités sur la question, conçus pour préciser et étayer ces principes.
113. Des groupes d'Etats ont également, en plusieurs occasions, indiqué que le droit international humanitaire comprend des principes ou
règles générales visant à protéger les civils à des hostilités durant des conflits armés internes. Par exemple, s'agissant du Libéria, les douze
(à l'époque) Etats membres de la Communauté européenne, dans une déclaration du 2 août 1990, proclamaient :
"En particulier, la Communauté et ses Etats membres demandent aux parties au conflit, conformément au droit international et aux
principes humanitaires fondamentaux, de maintenir à l'écart de la violence les ambassades et refuges comme les édifices du culte, hôpitaux etc.
où des civils sans défense ont cherché refuge" (6 European Political Cooperation Documentation Bulletin, p. 295 (1990)).
114. Un appel semblable, bien que plus général, a été lancé par le Conseil de sécurité dans sa résolution 788 (au paragraphe 5 du dispositif,
elle demandait à "toutes les parties au conflit et à toutes les autres parties intéressées de respecter strictement les dispositions du droit
international humanitaire") (C.S. Res. 788 (19 novembre 1992)), un appel réitéré dans sa résolution 972 (C.S. Res. 972 (13 janvier 1995)) et dans
sa résolution 1001 (C.S. Res. 1001 (30 juin 1995)).
Le Conseil de sécurité a également lancé des appels aux parties à une guerre civile demandant qu'elles respectent les principes du droit
international humanitaire dans le cas de la Somalie et de la Géorgie. S'agissant de la Somalie, on peut mentionner la résolution 794 dans laquelle
le Conseil de sécurité a condamné, en particulier, comme violation du droit international humanitaire, "le blocage délibéré de la livraison de
produits alimentaires et médicaux essentiels à la survie de la population civile" (C.S. Res. 794 (3 décembre 1992)) et résolution 814 (C.S. Res.
814 (26 mars 1993)). S'agissant de la Géorgie, se reporter à la résolution 993 (dans laquelle le Conseil de sécurité a réaffirmé "la nécessité pour
les Parties de respecter le droit international humanitaire") (C.S. Res. 993 (12 mai 1993)).
115. De même, les 15 Etats membres de l'Union européenne ont récemment insisté sur le respect du droit international humanitaire dans la
guerre civile en Tchétchénie. Le 17 janvier 1995, le Président de l'Union européenne a publié un communiqué déclarant :
"L'Union européenne suit avec la plus grande préoccupation les combats qui continuent en Tchétchénie. Les cessez-le-feu promis n'ont aucun
effet sur le terrain. Des violations graves des droits de l'homme et du droit international humanitaire continuent. L'Union européenne
déplore vigoureusement les très nombreuses victimes et les souffrances infligées à la population civile" (Conseil de l'Union européenne -
Secrétariat général, Communiqué de presse 4215/95 (Presse II-G) p. 1, 17 janvier 1995).
L'appel a été réitéré le 23 janvier 1995, quand l'Union européenne a publié la déclaration suivante :
"(L'Union) déplore les violations graves des droits de l'homme et du droit international humanitaire qui continuent d'être observées (en
Tchétchénie). Elle demande la cessation immédiate des combats et la réouverture des négociations en vue de chercher une solution politique
au conflit. Elle demande que la liberté d'accès à la Tchétchénie et l'acheminement approprié de l'aide humanitaire aux populations
soient garantis" (Conseil de l'Union européenne - Secrétariat général, Communiqué de presse 4385/95 (Presse 24), p. 1 (23 janvier 1995)).
116. Il convient de souligner que, dans les communiqués et résolutions susmentionnés, l'Union européenne et le Conseil de sécurité des
Nations Unies n'ont pas mentionné l'article 3 commun aux Conventions de Genève mais ont parlé de "droit international humanitaire",
articulant clairement l'opinion qu'il existe un ensemble de principes et de normes générales relatifs aux conflits armés internes qui couvrent l'article
3 commun mais qui ont également une portée plus large.
117. On attirera également l'attention sur le Protocole additionnel II aux Conventions de Genève. De nombreuses dispositions dudit
Protocole peuvent maintenant être considérées comme déclaratives de règles existantes ou comme ayant cristallisé des règles naissantes du
droit coutumier ou comme ayant vigoureusement contribué à leur évolution en tant que principes généraux.
Cet argument est confirmé par les opinions exprimées par un certain nombre d'Etats. Ainsi, par exemple, on peut mentionner la position adoptée
en 1987 par le Salvador (un Etat partie au Protocole II). Après avoir été invité à maintes reprises par l'Assemblée générale à respecter le
droit humanitaire dans la guerre civile faisant rage sur son territoire (voir, par exemple, A.G. Res. 41/157 (1986)), le gouvernement salvadorien
a déclaré qu'à strictement parler, le Protocole II ne s'appliquait pas à ladite guerre civile (bien qu'une évaluation objective ait incité
certains gouvernements à conclure que toutes les conditions nécessaires pour cette application étaient remplies (voir, par exemple, Annuaire
suisse de droit international, (1987) p. 185-187)). Néanmoins, le gouvernement salvadorien s'est engagé à respecter les dispositions du
Protocole, parce qu'il considérait qu'elles "étayent et complètent" l'article 3 commun "qui, pour sa part, constitue la protection minimum due
à chaque être humain à tout moment et en tout lieu"5 (voir Informe de la Fuerza Armada de El Salvador sobre el respecto y la vigencia de
las normas del Derecho Internacional Humanitario durante el período de Septiembre de 1986 a Agosto de 1987, p. 3 (31 août 1987) (transmis par
le Ministère de la défense et de la sécurité du Salvador au Représentant spécial de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies
(2 octobre 1987) ; (traduction officieuse)). De même, en 1987, M. M. J. Matheson, s'exprimant en sa qualité de conseiller juridique adjoint
au Département d'Etat des Etats-Unis, déclarait :
"Les éléments fondamentaux du Protocole II se reflètent, bien sûr, dans l'article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et, par
conséquent, ils sont, comme il se doit, partie du droit coutumier généralement accepté. Cela comprend spécifiquement ses interdictions de
violences à l'encontre de personnes ne participant pas directement aux hostilités, de la prise d'otages, des traitements dégradants et de la
répression sans garantie judiciaire" (Humanitarian Law Conference, Remarks of Michael J. Matheson, 2 American University Journal
of International Law and Policy (1987) 419, p. 430-431).
118. L'existence actuelle de principes généraux régissant la conduite des hostilités (Les "Règles de La Haye") applicables aux conflits
armés internationaux et internes est également confirmée par les manuels militaires nationaux. Ainsi, par exemple, le Manuel militaire allemand
de 1992 prévoit que :
"Les membres de l'armée allemande, comme les Alliés, respectent les règles du droit international humanitaire dans la conduite des
opérations militaires dans tous les conflits armés, quelle que soit la nature de ces conflits" (HUMANITARES VÖLKERRECHT
IN BEWAFFNETEN KONFLIKTEN - HANDBUCH, août 1992, DSK AV207320065, par. 211 in fine ; traduction officieuse)6 .
251
119. Nous avons observé jusqu'à présent la formation des règles ou principes généraux visant à protéger les civils ou biens civils des hostilités
ou, plus généralement, à protéger ceux qui ne participent pas ou ne participent plus directement aux hostilités. Nous examinons
maintenant brièvement comment les règles et principes régissant les conflits internationaux se sont progressivement étendus aux conflits
armés internes au plan des moyens et méthodes de guerre. Comme la Chambre d'appel l'a relevé plus haut (voir par. 110), un principe général
est apparu limitant le droit des parties aux conflits "d'adopter des moyens susceptibles de produire des effets traumatisants sur l'ennemi". Cela
est également vrai d'un principe plus général, posé dans la Déclaration dite de Turku sur les normes humanitaires minima adoptée en 1990 et
révisée en 1994, à savoir l'article 5, paragraphe 3 selon lequel "les armes ou autres matériels ou méthodes interdites dans les conflits
armés internationaux ne doivent être employés en aucune circonstance" (Declaration of Minimum Humanitarian Standards, réimprimée
dans Rapport de la Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités à sa quarante-sixième
session, Commission des droits de l'homme, 51e session, point 19 de l'ordre du jour provisoire, p. 4, Document des Nations Unies E.
CN.4/1995/116, 1995). Il convient de noter que cette Déclaration, émanant d'un groupe d'experts réputés dans les domaines des droits de l'homme
et du droit humanitaire, a été indirectement avalisée par la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe dans son Document de Budapest
de 1994 (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Document de Budapest 1994 : Vers un véritable partenariat dans une ère
nouvelle, par. 34, 1994) et en 1995 par la Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités à
sa quarante-sixième session, Commission des droits de l'homme, 51e session, point 19 de l'ordre du jour, p. 1, Document des Nations Unies
E/CN.4/1995/L.33, 1995).
De fait, des considérations élémentaires d'humanité et de bon sens rendent absurde le fait que les Etats puissent employer des armes prohibées
dans des conflits armés internationaux quand ils essayent de réprimer une rébellion de leurs propres citoyens sur leur propre territoire. Ce qui
est inhumain et, par conséquent, interdit dans les conflits internationaux, ne peut pas être considéré comme humain et admissible dans les
conflits civils.
120. Ce concept fondamental est à l'origine de la formation progressive de règles générales relatives à des armes spécifiques, règles qui étendent
aux conflits civils les prohibitions générales se rapportant aux conflits armés internationaux. A titre d'exemple, nous mentionnerons les
armes chimiques. Récemment, un certain nombre d'Etats ont déclaré que l'utilisation des armes chimiques par les autorités centrales d'un Etat
contre sa propre population est contraire au droit international. Le 7 septembre 1988, les douze (à l'époque) Etats membres de la
Communauté européenne déclaraient :
"Les Douze sont extrêmement préoccupés par les rapports faisant état de l'utilisation présumée d'armes chimiques contre les Kurdes (par les
autorités irakiennes). Ils confirment leurs positions antérieures, condamnant toute utilisation de ces armes. Ils demandent le respect du
droit international humanitaire, y compris le Protocole de Genève de 1925, ainsi que des résolutions 612 et 620 du Conseil de sécurité des
Nations Unies (concernant l'utilisation d'armes chimiques dans la guerre entre l'Iran et l'Irak)". (4 European Political Cooperation
Documentation Bulletin, 1988, p. 92).
Cette déclaration a été réitérée par le représentant grec, au nom des Douze, en de nombreuses occasions (voir U.N. GAOR, Première
Commission, 43e session, 4e séance, p. 47, Document des Nations Unies A/C.1/43/PV.4, 1988 ; déclaration du 18 octobre 1988 devant la
Première Commission de l'Assemblée générale ; U.N. GAOR, Première Commission, 43e session, 31e séance, p. 23, Document des Nations Unies
A/C.1/43/PV.31 ; déclaration du 9 novembre 1988 devant la Première Commission de l'Assemblée générale, disant notamment que "Les Douze
(...) demandent le respect du Protocole de Genève de 1925 et autres règles pertinentes du droit international coutumier" ; U.N. GAOR,
Première Commission, 43e session, 49e séance, p. 16, Document des Nations Unies A/C.3/43/SR.49 ; résumé de la déclaration du 22
novembre 1988 devant la Troisième Commission de l'Assemblée générale ; voir également Rapport sur l'Union européenne (EPC Aspects),
4 European Political Cooperation Documentation Bulletin (1988), 325, p. 330 ; Question no. 362/88 de M. Arbeloa Muru (S-E) relative
à l'empoisonnement de membres de l'opposition en Irak, 4 European Political Cooperation Documentation Bulletin (1988), 187 ; déclaration de
la Présidence en réponse à une question d'un membre du Parlement européen).
121. Les autorités britanniques ont adopté une position ferme allant dans le même sens : en 1988, le Foreign Office a déclaré que l'utilisation
par l'Irak d'armes chimiques contre la population civile de la ville de Halabja représentait "une violation sérieuse et grave du Protocole de Genève
de 1925 et du droit international humanitaire. Le Royaume-Uni condamne sans réserves ladite utilisation d'armes chimiques et de toute
autre utilisation d'armes de ce genre" (59 British Yearbook of International Law (1988) p. 579 ; voir également p. 579-580). Les
autorités allemandes ont adopté une position semblable. Le 27 octobre 1988, le Parlement allemand a adopté une résolution par laquelle "il
rejette résolument l'opinion que l'utilisation de gaz toxiques est autorisée sur le propre territoire d'un Etat et dans des conflits apparentés à une
guerre civile parce que cette utilisation n'est pas expressément interdite par le Protocole de Genève de 1925"7 (50 Zeitschrift Für
Ausländisches Öffentliches Recht Und Völkerrecht (1990), p. 382-383 ; traduction officieuse). Par la suite, le Représentant de l'Allemagne
à l'Assemblée générale a exprimé l'inquiétude de son pays "à propos des rapports faisant état de l'utilisation d'armes chimiques contre la
population kurde" et a fait référence aux "violations du Protocole de Genève de 1925 et autres normes du droit international" (U.N. GAOR,
Première Commission, 43e session, 31e séance, p. 16, Document des Nations Unies A/C.1/43/PV.31 (1988)).
122. Le gouvernement des Etats-Unis a également adopté une position claire sur la question. Dans un bulletin d'information générale destiné
à éclairer la presse et publié par le Département d'Etat le 9 septembre 1988, il était déclaré que :
"Des questions ont été posées sur le point de savoir si l'interdiction de l'utilisation en temps de guerre (d'armes chimiques) figurant au Protocole
de Genève s'applique à leur utilisation dans les conflits internes. Cependant, il est clair que cette utilisation contre la population civile serait
contraire au droit international coutumier applicable aux conflits armés internes, ainsi qu'à d'autres accords internationaux" (Etats-Unis,
Département d'Etat, Bulletin de presse, 9 septembre 1988).
Le 13 septembre 1988, le Secrétaire d'Etat George Shultz, à l'occasion d'une audience devant la Commission judiciaire du Sénat des Etats-Unis,
a fermement condamné comme "totalement inacceptable" l'utilisation des armes chimiques par l'Irak (Audience sur la consultation relative
aux réfugiés avec une déposition du Secrétaire d'Etat George Shultz, 100e congrès, 2e session, (13 septembre 1988)) (Déclaration du
Secrétaire d'Etat Shultz). Le 13 octobre de la même année, l'Ambassadeur R.W. Murphy, Secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient et l'Asie
du Sud, devant la Sous-Commission sur l'Europe et le Moyen-Orient de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants,
a qualifié cette utilisation d'"illégale" (voir Bulletin du Département d'Etat, décembre 1988, 41, p. 43-44).
123. Il est intéressant de noter que le gouvernement irakien aurait "rejeté sans ambiguïté les accusations d'utilisation de gaz toxiques" (New
York Times, 16 septembre 1988, p. A 11). De surcroît, il a accepté de respecter les normes internationales pertinentes sur les armes chimiques.
Dans la déclaration susmentionnée, l'Ambassadeur Murphy indiquait que :
"Le 17 septembre, l'Irak a réaffirmé son respect du droit international, y compris le Protocole de Genève de 1925 sur les armes chimiques ainsi
que les autres règles du droit international humanitaire. Nous nous félicitons de cette déclaration que nous considérons comme une initiative
252
positive et demandons que l'Irak confirme qu'il entend ainsi renoncer à l'utilisation des armes chimiques sur son territoire aussi bien que contre
ses ennemis extérieurs. Le 3 octobre, le ministre irakien des affaires étrangères l'a directement confirmé au Secrétaire d'Etat Shultz" (id., p. 44).
Cette information avait déjà été communiquée le 20 septembre 1988 dans une conférence de presse par le porte-parole du Département d'Etat
M. Redman (voir Conférence de presse quotidienne du Département d'Etat, 20 septembre 1988, compte rendu ID : 390807, p. 8). Il convient aussi
de souligner qu'un certain nombre de pays (Turquie, Arabie Saoudite, Egypte, Jordanie, Bahrein, Koweït) ainsi que la Ligue arabe, dans une
réunion des ministres des affaires étrangères à Tunis le 12 septembre 1988, ont vigoureusement exprimé leur désaccord avec les affirmations
des Etats-Unis selon lesquelles l'Irak avait utilisé des armes chimiques contre ses citoyens kurdes. Cependant, ce désaccord ne se fondait pas sur
la légalité de l'utilisation des armes chimiques ; ces pays ont plutôt accusé les Etats-Unis de "mener une campagne médiatique de dénigrement
contre l'Irak" (voir New York Times, 15 septembre 1988, p. A 13 ; Washington Post, 20 septembre 1988, p. A 21).
124. Que l'Irak ait ou non utilisé réellement des armes chimiques contre ses propres citoyens kurdes - une question sur laquelle, à l'évidence
la présente Chambre ne peut pas exprimer et n'exprime pas d'opinion - il est clair qu'un consensus général s'est progressivement dégagé dans
la communauté internationale sur le principe que l'utilisation de ces armes est également interdite dans les conflits armés internes.
125. La pratique des Etats démontre que les principes généraux du droit international coutumier ont également évolué en ce qui concerne les
conflits armés internes dans des domaines se rapportant aux méthodes de guerre. En plus des éléments susmentionnés concernant l'interdiction
des attaques contre des civils sur le théâtre des hostilités, on peut relever l'interdiction de la perfidie. Ainsi, par exemple, dans une affaire
portée devant les tribunaux nigérians, la Cour suprême du Nigéria a soutenu que les rebelles ne peuvent pas donner pour réel leur statut de civils
tout en participant à des opérations militaires (voir Pius Nwaoga c/ l'Etat, 52 International Law Reports, 494, p. 496-497 ([Link]. 1972)).
126. L'apparition des règles générales susmentionnées sur les conflits armés internes n'implique pas que tous les aspects de ces derniers
soient réglementés par le droit international général. Deux limites particulières méritent d'être notées : i) seul un certain nombre de règles et
de principes régissant les conflits armés internationaux ont progressivement été étendus aux conflits internes ; et ii) cette évolution n'a pas revêtu
la forme d'une greffe complète et mécanique de ces règles aux conflits internes ; plutôt, l'essence générale de ces règles et non la
réglementation détaillée qu'elles peuvent renfermer, est devenue applicable aux conflits internes (sur ces limites et d'autres du droit
international humanitaire régissant les conflits internes, voir le message important du Conseil fédéral suisse aux Chambres suisses sur la
ratification des deux Protocoles additionnels de 1977) (38 Annuaire Suisse de Droit International, 1982, p. 137, 145-149).
127. Nonobstant ces limites, il est indéniable que des règles coutumières sont apparues pour régir les conflits internes. Ces règles,
spécifiquement identifiées dans l'examen qui précède, couvrent des domaines comme la protection des civils contre des hostilités, en particulier
à l'encontre d'attaques commises sans motifs, la protection des biens civils, en particulier les biens culturels, la protection de tous ceux qui
ne participent pas (ou ne participent plus) directement aux hostilités ainsi que l'interdiction d'armements prohibés dans les conflits
armés internationaux et de certaines méthodes de conduite des hostilités.
128. Même si le droit international coutumier comprend certains principes fondamentaux applicables aux conflits armés tant
internes qu'internationaux, l'Appelant soutient que ces interdictions n'entraînent pas la responsabilité pénale individuelle quand les violations
sont commises dans des conflits armés internes ; ces dispositions ne peuvent pas, par conséquent, relever de la compétence du Tribunal
international. Il est vrai que, par exemple, l'article 3 commun aux Conventions de Genève ne renferme aucune référence explicite à la
responsabilité pénale pour violation de ses dispositions. Confronté à des arguments semblables concernant les divers accords et conventions
qui constituaient le fondement de sa compétence, le Tribunal militaire international de Nuremberg a conclu que l'absence de dispositions sur
la répression des violations dans le traité en cause ne s'oppose pas à la constatation d'une responsabilité pénale individuelle (voir THE TRIAL
OF MAJOR WAR CRIMINALS : PROCEEDINGS OF THE INTERNATIONAL MILITARY TRIBUNAL SITTING AT
NUREMBERG GERMANY, Partie 22, p. 445, 467 (1950)). Le Tribunal de Nuremberg a examiné un certain nombre d'arguments pertinents
pour conclure que les auteurs de violations particulières encourent une responsabilité individuelle : la reconnaissance claire et sans équivoque
des règles de la guerre dans le droit international et la pratique des Etats indiquant une intention de criminaliser la violation, y compris
les déclarations de responsables gouvernementaux et d'organisations internationales ainsi que la répression de violations par les
juridictions nationales et les tribunaux militaires (id., p. 445-47, 467). Quand ces conditions sont remplies, les individus doivent être
tenus pénalement responsables parce que, comme concluait le Tribunal de Nuremberg :
"les crimes contre le droit international sont commis par des hommes et non par des entités abstraites et c'est seulement en punissant les hommes
qui commettent ces crimes que les dispositions du droit international peuvent être respectées" (id., p. 447).
129. Si l'on applique les critères précédents aux violations en cause dans la présente affaire, nous ne doutons pas qu'ils emportent la
responsabilité pénale individuelle, qu'ils aient été commis dans des conflits armés internes ou internationaux. Les principes et règles du
droit humanitaire reflètent "les considérations élémentaires d'humanité" largement reconnues comme le minimum obligatoire pour la conduite
des conflits armés de toute sorte. Personne ne peut contester la gravité des actes en cause ni douter de l'intérêt de la communauté internationale à
les interdire.
130. De plus, de nombreux éléments de la pratique internationale montrent que les Etats entendent criminaliser des violations graves des règles
et principes coutumiers relatifs aux conflits internes. Comme il a été mentionné plus haut, durant la guerre civile nigériane, des membres de
l'Armée fédérale de même que des rebelles ont été traduits devant les tribunaux nigérians et jugés pour violations des principes du droit
international humanitaire (voir par. 106 et 125).
131. Les violations de l'article 3 commun sont, clairement et indubitablement, considérées comme punissables par le Manuel militaire
allemand (HUMANITÄRES VÖLKERRECHT IN BEWAFFNETEN KONFLIKTEN - Handbuch, août 1992, DSK AV2073200065, par.
1209) (traduction officieuse) qui compte parmi les "violations graves du droit international humanitaire", les "crimes" contre les personnes
protégées par l'article 3 commun, comme les "homicides, mutilations, tortures ou traitements inhumains y compris les expériences biologiques,
le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances, de porter des atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé, la prise d'otages",
ainsi que "le fait de priver une personne de son droit d'être jugée régulièrement et impartialement"8 . (il est intéressant de remarquer que, dans
une édition antérieure, le Manuel militaire allemand ne comprenait pas ces dispositions ; voir KRIEGSVÖLKERRECHT-
ALLGEMEINE BESTIMMUNGEN DES KRIEGFÜHRUNGSRECHTS UND LANDKRIEGSRECHT, SDv 15-10, mars 1961, par.
12 ; KRIEGSVÖLKERRECHT - ALLGEMEINE BESTIMMUNGEN DES HUMANITÄTSRECHT, ZDv 15/5, août 1959, par. 15-16, 30-32).
De surcroît, la "Loi transitoire du Manuel relatif aux conflits armés" de Nouvelle-Zélande de 1992, prévoit que "si la non-application (c'est-à-dire
les violations de l'article 3 commun) semblent rendre les responsables passibles de poursuites pour 'crimes de guerre', les procès devraient être
253
tenus dans le cadre du droit pénal national puisqu'aucune 'guerre' n'existerait" (New Zealand Defence Force Directorate of Legal Services,
DM (1992), page 112, INTERIM LAW OF ARMED CONFLICT MANUAL, par. 1807, 8). Les dispositions pertinentes du manuel des Etats -
Unis (Department of the Army, THE LAW OF LAND WARFARE, DEPARTMENT OF THE ARMY FIELD MANUAL, FM 27-10 (1956), par.
11 et 499) peuvent également se prêter à l'interprétation selon laquelle les "crimes de guerre", c'est-à-dire "toute violation du droit de la
guerre", comprennent les violations de l'article 3 commun. On peut interpréter de la même façon le Manuel britannique de 1958 (War Office,
THE LAW OF WAR ON LAND, BEING PART III OF THE MANUAL OF MILITARY LAW (1958), par. 626).
132. On doit également attirer l'attention sur les législations nationales d'application des Conventions de Genève dont certaines vont
jusqu'à permettre aux juridictions nationales de juger les personnes responsables de violations des règles concernant les conflits armés internes.
C'est le cas du Code pénal de la République socialiste fédérative de Yougoslavie de 1990, modifié en vue de rendre les Conventions de Genève
de 1949 applicables à l'échelon pénal national. L'article 142 (sur les crimes de guerre commis contre la population civile) et l'article 143 (sur
les crimes de guerre perpétrés contre les blessés et les malades) s'appliquent expressément "en temps de guerre, de conflit armé ou
d'occupation" ; cela semble impliquer qu'ils s'appliquent également aux conflits armés internes (République socialiste fédérative de
Yougoslavie, Code pénal fédéral, art. 142-143 (1990)) (il convient de noter que par décret-loi en date du 11 avril 1992, la République de
Bosnie-Herzégovine a adopté ce Code pénal, sous réserve de certains amendements) (2 Journal officiel de la République de Bosnie-Herzégovine
98, 11 avril 1992 ; traduction officieuse). De plus, le 26 décembre 1978, le Parlement yougoslave a adopté une loi en vue d'appliquer les
deux Protocoles additionnels de 1977 (République socialiste fédérative de Yougoslavie, Loi de ratification des Protocoles de Genève,
Medunarodni Ugovori, p. 1308, 26 décembre 1978). En conséquence, en vertu de l'article 210 de la Constitution yougoslave, ces deux
Protocoles sont "directement applicables" par les tribunaux de Yougoslavie (Constitution de la République socialiste fédérative de Yougoslavie,
art. 210). Sans aucune ambiguïté, une loi belge promulguée le 16 juin 1993 pour l'application des Conventions de Genève de 1949 et les
deux Protocoles additionnels prévoit que les tribunaux belges sont habilités à statuer sur les violations du Protocole additionnel II aux
Conventions de Genève relatif aux victimes de conflits armés non-internationaux. L'article premier de cette loi prévoit qu'une série
d'"infractions graves" aux quatre Conventions de Genève et aux deux Protocoles additionnels, figurant au même article premier, "constituent
des crimes de droit international" relevant de la compétence des tribunaux pénaux belges (art. 7) (Loi du 16 juin 1993 relative à la répression
des infractions graves aux Conventions internationales de Genève du 12 août 1949 et aux Protocoles I et II du 8 juin 1977, additionnels à
ces Conventions, Moniteur Belge, 5 août 1993).
133. Certaines résolutions adoptées à l'unanimité par le Conseil de sécurité présentent un intérêt particulier pour la formation de l'opinio
juris relative au fait que les violations du droit international humanitaire général régissant les conflits armés emportent la responsabilité pénale
de leurs auteurs ou de ceux qui ordonnent ces violations. Ainsi, par exemple, dans deux résolutions sur la Somalie où se déroulait une guerre
civile, le Conseil de sécurité a condamné à l'unanimité des violations du droit humanitaire et déclaré que leurs auteurs ou les personnes qui
les avaient ordonnées seraient tenus "individuellement responsables" de leur commission (voir C.S. Res. 794, 3 décembre 1992 ; C.S. Res. 814,
26 mars 1993).
134. Tous ces facteurs confirment que le droit international coutumier impose une responsabilité pénale pour les violations graves de l'article
3 commun, complété par d'autres principes et règles générales sur la protection des victimes des conflits armés internes, et pour les atteintes
à certains principes et règles fondamentales relatives aux moyens et méthodes de combat dans les conflits civils.
135. Il convient d'ajouter que, dans la mesure où elle s'applique aux crimes commis dans l'ex-Yougoslavie, l'idée que les violations graves du
droit international humanitaire régissant les conflits armés internes emportent la responsabilité pénale individuelle est aussi pleinement justifiée
du point de vue de la justice au fond et de l'équité. Comme nous l'avons déjà relevé (par. 132) ces violations étaient punissables aux termes du
Code pénal de la République socialiste fédérative de Yougoslavie et de la loi portant exécution des deux Protocoles additionnels de 1977.
Les mêmes violations ont été rendues punissables dans la République de Bosnie-Herzégovine en vertu du décret-loi du 11 avril 1992. Les
citoyens de l'ex-Yougoslavie ainsi qu'à présent, ceux de Bosnie-Herzégovine étaient par conséquent conscients qu'ils étaient passibles de
poursuites devant leurs juridictions pénales nationales en cas de violation du droit international humanitaire, ou auraient dû l'être.
136. Il convient aussi de relever que les Parties à certains des accords relatifs au conflit qui se déroule en Bosnie-Herzégovine, conclus sous
les auspices du CICR, se sont clairement engagées à punir les responsables de violations du droit international humanitaire. Ainsi, l'article 5 par. 2
de l'Accord susmentionné du 22 mai 1992 prévoit que :
"Chaque partie s'engage, quand elle est informée, en particulier par le CICR, de toute allégation de violations du droit international humanitaire,
à ouvrir rapidement une enquête et à la poursuivre diligemment ainsi qu'à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux violations
présumées ou à éviter leur réapparition et à punir leurs auteurs conformément à la législation en vigueur" (Accord no. 1, art. 5, par. 2
(accentuation ajoutée)).
"Tous les prisonniers qui ne sont pas accusés de violations graves du droit international humanitaire ou condamnés pour de telles violations
telles que définies aux articles 50, 51, 130 et 147 des Conventions de Genève I, II, III et IV respectivement, ainsi qu'à l'article 85 du
Protocole additionnel I, seront unilatéralement et inconditionnellement libérés" (Accord no. 2, 1er octobre 1992, art. 3, par. 1).
Cette disposition, qui est complétée par l'article 4, paragraphes 1 et 2 de l'Accord, implique que les auteurs de violations des dispositions de
Genève visées dans ledit article doivent être traduits en justice. Les deux Accords mentionnés aux paragraphes précédents visent clairement
à s'appliquer dans le contexte d'un conflit armé interne et, de ce fait, il est justifié de conclure que les parties belligérantes en Bosnie-
Herzégovine avaient clairement convenu à l'échelon du droit conventionnel de rendre punissables les violations du droit international
humanitaire perpétrées dans le cadre de ce conflit.
v) Conclusion
137. Etant donné l'intention du Conseil de sécurité et l'interprétation logique et systématique de l'article 3 ainsi que du droit international
coutumier, la Chambre d'appel conclut qu'aux termes de l'article 3, le Tribunal international est compétent pour connaître des infractions
présumées figurant dans l'acte d'accusation, qu'elles aient été commises dans un conflit armé interne ou international. En conséquence, dans
la mesure où la contestation par l'Appelant de la compétence en vertu de l'article 3 est fondée sur le caractère du conflit concerné, l'exception
doit être rejetée.
c) Article 5
254
138. L'article 5 du Statut habilite le Tribunal international à statuer sur les crimes contre l'humanité. Plus spécifiquement, ledit article prévoit que :
"Le Tribunal international est habilité à juger les personnes présumées responsables des crimes suivants lorsqu'ils ont été commis au cours
d'un conflit armé, de caractère international ou interne, et dirigés contre une population civile quelle qu'elle soit :
a) assassinat ;
b) extermination ;
c) réduction en esclavage ;
d) expulsion ;
e) emprisonnement ;
f) torture ;
g) viol ;
Comme l'a noté le Secrétaire général dans son Rapport sur le Statut, les crimes contre l'humanité ont été les premiers reconnus dans les procès
des criminels de guerre après la Seconde guerre mondiale (Rapport du Secrétaire général, par. 47). Ces crimes étaient définis à l'article 6, par. 2 c)
de la Charte de Nuremberg et réaffirmés ultérieurement dans la résolution de l'Assemblée générale en 1948 énonçant les principes de Nuremberg.
139. Devant la Chambre de première instance, le Conseil de la Défense a souligné que ces deux formulations du crime le limitait aux actes
commis "en exécution ou en liaison avec tout crime contre la paix ou tout crime de guerre". Il a soutenu que cette limite persiste en
droit international contemporain et signifie que les crimes contre l'humanité doivent être commis dans le cadre d'un conflit armé international
(qui, avançait-il, faisait défaut dans la présente affaire). Selon le Conseil de la Défense, la compétence aux termes de l'article 5 concernant les
crimes contre l'humanité "commis au cours d'un conflit armé, de caractère international ou interne" constitue un texte juridique ex post facto
violant le principe nullum crimen sine lege. Bien que l'Appelant ait abandonné cet argument devant la Cour d'appel (voir procès-verbal
d'audience d'appel, 8 septembre 1995, p. 45), l'importance de la question incite la présente Chambre à commenter brièvement sur la portée
de l'article 5.
140. Comme le Procureur l'a observé devant la Chambre de première instance, le lien entre les crimes contre l'humanité et les crimes contre la
paix ou les crimes de guerre, requis par la Charte de Nuremberg, intéressait spécifiquement la compétence du Tribunal de Nuremberg. Bien que
la condition d'un lien figurant dans ladite Charte ait été transposée dans la résolution de l'Assemblée générale en 1948 affirmant les principes
de Nuremberg, cette condition n'a aucun fondement logique ou juridique et elle a été abandonnée dans la pratique ultérieure des Etats concernant
les crimes contre l'humanité. Plus particulièrement, la condition d'un lien a été éliminée de la définition des crimes contre l'humanité figurant
à l'article II 1) c) de la loi no. 10 du Conseil de Contrôle du 20 décembre 1945 (Conseil de Contrôle pour l'Allemagne, Gazette Officielle, 31
janvier 1946, p. 50). Le caractère obsolète de l'exigence d'un lien ressort à l'évidence des Conventions internationales relatives au génocide et
à l'apartheid, qui interdisent toutes les deux des types particuliers de crimes contre l'humanité abstraction faite de la relation avec un conflit
armé (Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, 9 décembre 1948, art. premier, 78 U.N.T.S. 277 (prévoyant que
le génocide "qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens") ; Convention internationale sur
l'élimination et la répression du crime d'apartheid, 30 novembre 1973, 1015 U.N.T.S. 243, art. 1-2).
141. L'absence de lien entre les crimes contre l'humanité et un conflit armé international est maintenant une règle établie du droit
international coutumier. En fait, comme le relève le Procureur, il se peut que le droit international coutumier n'exige pas du tout de lien entre
les crimes contre l'humanité et un conflit quel qu'il soit. Ainsi, en exigeant que les crimes contre l'humanité soient commis dans un conflit
armé interne ou international, le Conseil de sécurité a peut-être défini le crime à l'article 5 de façon plus étroite que nécessaire aux termes du
droit international coutumier. Il est indéniable, cependant, que la définition des crimes contre l'humanité adoptée par le Conseil de sécurité à
l'article 5 s'accorde avec le principe nullum crimen sine lege.
142. Nous concluons, par conséquent, que l'article 5 peut être invoqué comme fondement de la compétence en matière de crimes commis dans
des conflits armés internes ou internationaux. En outre, pour les raisons susmentionnées en section IV A (par. 66-70), nous concluons qu'il
existait un conflit armé dans la présente affaire. Par conséquent, l'exception préjudicielle d'incompétence du Tribunal international soulevée
par l'Appelant doit être rejetée.
143. Devant la Chambre de première instance et la Chambre d'appel, la Défense et l'Accusation ont discuté de l'application de certains
accords conclus par les parties belligérantes. Il est, par conséquent, naturel que la présente Chambre se prononce sur ce point. Il convient
de souligner à nouveau que la seule raison de l'intention déclarée des auteurs que le Tribunal international applique le droit international
coutumier était d'éviter d'enfreindre le principe nullum crimen sine lege au cas où une partie au conflit n'adhérait pas à un traité spécifique
(Rapport du Secrétaire général, par. 34). Il s'ensuit que le Tribunal international est autorisé à appliquer, outre le droit international coutumier,
tout traité qui : i) lie incontestablement les Parties à la date de la commission du crime ; et ii) ne s'oppose pas ou ne déroge pas aux
normes impératives du droit international, comme dans le cas de la plupart des règles coutumières du droit international humanitaire. La
présente analyse de la compétence du Tribunal international est confirmée par les déclarations faites au Conseil de sécurité lors de l'adoption
du Statut. Comme il a été mentionné plus haut (par. 75 et 88), les représentants des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France ont tous
convenu que l'article 3 du Statut n'exclut pas l'application d'accords internationaux liant les Parties (Compte rendu verbatim provisoire de la
3217e réunion, p. 11, 15, 19, Document des Nations Unies S/PVB.3217, 25 mai 1993).
255
144. Nous concluons qu'en général, ces accords relèvent de notre compétence aux termes de l'article 3 du Statut. Comme le défendeur dans
la présente affaire n'a pas été accusé de violations d'un accord spécifique, il est inutile de déterminer si un accord particulier habilite le
Tribunal international à juger les crimes présumés.
145. Pour les raisons susmentionnées, il convient de rejeter le troisième moyen d'appel fondé sur l'incompétence ratione materiae.
V. DISPOSITIF
VU l'article 25 du Statut et les articles 72, 116 bis et 117 du Règlement de procédure et de preuve,
la Chambre d'appel
Décide que le Tribunal international est habilité à statuer sur l'exception contestant la légalité de
sa création ;
2) A l'unanimité,
3) A l'unanimité,
EN CONSÉQUENCE,
REJETTE L'APPEL.
(Signé)
Antonio
Cassese
Président
Les Juges Li, Abi-Saab et Sidhwa joignent des opinions séparées à l'arrêt de la Chambre d'appel.
(Initiales)
A. C.
à La Haye, Pays-Bas
[Sceau
du
256
Tribunal]
1 "Trattasi di norme (concernenti i reati contro le leggi e gli usi della guerra) che, per il loro contenuto altamente etico e umanitario, hanno carattere
non territoriale, ma universale...
Dalla solidarietà delle varie nazioni, intesa a lenire nel miglior modo possibile gli orrori della guerra, scaturisce la necessità di dettare disposizioni che
non conoscano barriere, colpendo chi delinque, dovunque esso si trovi...
... (I) reati contro le leggi e gli usi della guerra non possono essere considerati delitti politici, poichè non offendono un interesse politico di uno
Stato determinato ovvero un diritto politico di un suo cittadino. Essi invece sono reati di lesa umanità, e, come si è precedentemente dimostrato, le
norme relative hanno carattere universale, e non semplicemente territoriale. Tali reati sono, di conseguenza, per il loro oggetto giuridico e per la
loro particolare natura, proprio di specie opposta e diversa da quella dei delitti politici. Questi, di norma, interessano solo lo Stato a danno del quale sono
stati commessi, quelli invece interessano tutti gli Stati civili, e vanno combattuti e repressi, come sono combattuti e repressi il reato di pirateria, la tratta
delle donne e dei minori, la riduzione in schiavitù, dovunque siano stati commessi" (art. 537 e 604 c.p.).
2 "El FMLN procura que sus métodos de lucha cumplan con lo estipulado por el artículo 3 común a los Convenios de Ginebra y su Protocolo II
Adicional, tomen en consideración las necesidades de la mayoría de la población y estén orientados a defender sus libertades fundamentales".
3 Le vote recensé sur la résolution était de 111 voix pour et de zéro contre. Après l'enregistrement du vote, le Gabon a cependant indiqué qu'il avait
l'intention de voter contre la résolution (U.N. GAOR, 23e session, 1748e séance, p. 7-12, Document des Nations Unies A/PV.1748 (1968)).
4 Le vote recensé sur la résolution était de 109 voix pour et de zéro contre avec 8 abstentions (U.N. GAOR, 1922e séance, p. 12, Document des Nations Unies
A/PV.1922 (1970)).
5 "Dentro de esta línea de conducta, su mayor preocupación (de la Fuerza Armada) ha sido el mantenerse apegada estríctamente al cumplimiento de
las disposiciones contenidas en los Convenios de Ginebra y el Protocolo II de dichos Convenios, ya que aún no siendo el mismo aplicable a la situación
que confronta actualmente el país, el Gobierno de El Salvador acata y cumple las disposiciones contenidas en dicho instrumento, por considerar que
ellas constituyen el desarrollo y la complementación del Artículo 3, común a los Convenios de Ginebra del 12 de agosto de 1949, que a su vez representa
la protección mínima que se debe al ser humano en cualquier tiempo y lugar".
6 "Ebenso wie ihre Verbündeten beachten Soldaten der Bundeswehr die Regeln des humanitären Völkerrechts bei militärischen Operationen in
allen bewaffneten Konflikten, gleichgültig welcher Art."
7 "... Der Deutsche Bundestag befürchtet, dass Berichte zutreffend sein könnten, dass die irakischen Streitkräfte auf dem Territorium des Iraks nunmehr
im Kampf mit Kurdischen Aufständischen Gitfgas eingesetzt haben. Er weist mit Entschiedenheit die Auffassung zurück, dass der Einsatz von Giftgas im
Innern und bei bürgerkriegsähnlichen Auseinandersetzungen zulässig sei, weil er durch das Genfer Protokoll von 1925 nicht ausdrücklich verboten werde..."
- Straftaten gegen geschützte Personen (Verwundete, Kranke, Sanitätspersonal, Militärgeistliche, Kriegsgefangene, Bewohner besetzter Gebiete,
andere Zivilpersonen), wie vorsätzliche Tötung, Verstümmelung, Folterung oder unmenschliche Behandlung einschliesslich biologischer Versuche,
vorsätzliche Verursachung grosser Leiden, schwere Beeinträchtigung der körperlichen Integrität oder Gesundheit, Geiselnahme (1 3, 49-51 ; 2 3, 50, 51 ; 3
3, 129, 130 ; 4 3, 146, 147 ; 5 11 Abs. 2, 85 Abs. 3 Buchst. a)
(...)
- Verhinderung eines unparteiischen ordentlichen Gerichtsverfahrens (1 3 Abs. 3 Buchst. d ; 3 3 Abs. ld ; 5 85 Abs. 4 Buschst. e)."
257
Tribunal pénal international pour le Rwanda
Chambre de première instance
• Premières condamnations par le TPIY pour viol en tant que crime contre l’humanité
• La Chambre de première instance II considère que les forces armées serbes de
Bosnie ont eu recours au viol comme un instrument de terreur
• Premières condamnations pour réduction en esclavage
en tant que crime contre l’humanité
• La Chambre de première instance affirme que les opportunistes sans foi ni loi ne
doivent attendre aucune pitié, même s’ils sont au plus bas
de la chaîne de commandement
La Chambre de première instance rend aujourd’hui son jugement à l’encontre des accusés. Le texte
intégral du Jugement sera distribué aux parties. Je n’en lirai ici qu’un résumé et le dispositif.
Les trois accusés qui sont d’origine serbe ont été inculpés par le Bureau du Procureur de violations des
lois ou coutumes de la guerre et de crimes contre l’humanité et, nommément, de viol, torture, réduction en
esclavage et d’atteintes à la dignité des personnes.
Les accusés ont participé à une campagne menée par les Serbes dans l’ensemble de la municipalité de
Foča entre le début de 1992 et le milieu de 1993. La campagne s’inscrivait dans le cadre d’un conflit armé qui
opposait les forces serbes aux forces musulmanes dans la région de Foča à toutes les époques visées dans les
actes d’accusation.
L’un des objectifs de la campagne était, entre autres, de chasser les Musulmans de la région de Foča.
L’objectif a été atteint et même le nom de la ville a été changé.
Rebaptisée Srbinje, Foča se trouve aujourd’hui sur le territoire de la Republika Srpska. Pratiquement
aucun Musulman ne vit aujourd’hui à Srbinje.
Outre les forces armées musulmanes, l’une des cibles de cette campagne étaient les civils musulmans et,
en l’espèce, plus particulièrement les femmes musulmanes.
D’une manière générale, la terreur trouvait son expression dans la destruction des symboles religieux
musulmans. Toutes les mosquées de Foča ont été détruites à l’explosif et rasées.
Les civils musulmans, hommes comme femmes, ont fait l’objet de rafles dans les villages aux alentours
de Foča, et même jusque dans les municipalités voisines de Kalinovik et Gacko. Les hommes étaient séparés des
femmes et des enfants.
316
Les hommes ont souvent été détenus pendant de longues périodes à la prison KP Dom de Foča, sans
aucun motif. Certains ont parfois été victimes de sévices graves lors de leur arrestation ou même tués sur place,
devant ou à portée de voix de leurs proches.
Les femmes et les enfants de la région de Foča étaient acheminés vers des points de rassemblement, tel
Buk Bijela, une localité située au sud de Foča. Ils étaient ensuite transférés par car au lycée de Foča, où ils
étaient enfermés. Certains ont été conduits plus tard dans d’autres lieux de détention à Foča même ou dans les
environs, au centre sportif Partizan, par exemple, qui se trouvait à un jet de pierre du poste de police, ou dans
des logements privés à Miljevina et Trnovace. Ils y retrouvaient d’autres femmes et jeunes filles venues des deux
autres municipalités.
Dans ces lieux, la terreur prenait une tout autre dimension, très personnelle.
_____________________
Le procès des accusés a parfois été appelé «l’affaire du camp des viols», car il offre l’exemple de viols
systématiques de femmes d’une autre ethnie comme «arme de guerre».
Dire que l’on avait recours au viol systématique comme «arme de guerre» pourrait prêter quelque peu à
confusion. Cela pourrait signifier qu’il existait une sorte de démarche concertée, ou que les forces armées des
Serbes de Bosnie avaient reçu l’ordre de violer les femmes musulmanes dans le cadre de leurs activités de
combat prises au sens large. Les preuves ne sont pas suffisantes pour que la Chambre de première instance en
vienne à une telle conclusion.
Mais il a été établi que des membres des forces armées serbes de Bosnie avaient recours au viol comme
instrument de terreur. Un instrument dont ils pouvaient user en toute liberté contre quiconque et quand bon leur
semblait.
Il a été établi que les forces serbes ont eu toute latitude pour installer et contrôler un centre de détention
comme le centre sportif Partizan, à quelques pas seulement du bâtiment de la police municipale à Foča, où ils
retenaient un grand nombre de femmes musulmanes. Et, régulièrement, on venait chercher dans ce centre des
femmes et des jeunes filles pour les emmener en d’autres lieux où elles étaient violées.
Il a été établi que les autorités censées protéger les victimes, telle la police locale dont les Serbes
avaient pris le contrôle, se montraient indifférentes à leurs souffrances. Elles prenaient part au contraire à la
surveillance de ces femmes et s’associaient aux sévices qui leur étaient infligés lorsque ces dernières leur
demandaient de les protéger contre leurs oppresseurs.
Il a été établi que les femmes et les jeunes filles musulmanes, mères comme filles, étaient dépouillées
des derniers vestiges de leur dignité, que les femmes et les jeunes filles étaient traitées comme des objets, comme
des biens livrés à l’arbitraire des forces d’occupation serbes, et plus particulièrement soumis au bon vouloir des
trois accusés.
L’ensemble de ces preuves démontre manifestement les répercussions que peut avoir en temps de
guerre une personnalité criminelle sur une population civile sans défense :
• Les actes des trois accusés participaient d’une attaque systématique contre la population civile
musulmane. En temps de paix, certains de leurs actes auraient pu sans doute être qualifiés de crime organisé.
• Ils étaient au courant du conflit armé dans la région de Foča, puisqu’ils y prenaient part en tant que
soldats dans des unités différentes.
• Ils savaient que l’un des principaux objectifs de cette campagne était de chasser les Musulmans de la
région.
• Ils savaient que l’un des moyens d’y parvenir était de terroriser la population civile musulmane pour
qu’elle ne puisse jamais revenir dans la région.
• Ils connaissaient également dans leurs grandes lignes les crimes commis, en particulier ceux qui
consistaient à enfermer des femmes et des jeunes filles dans des lieux différents où elles seraient violées. Les
actes commis par les trois accusés, tels qu’ils vont être décrits, indiquent sans l’ombre d’un doute qu’ils
connaissaient l’existence des centres de détention, et la pratique qui consistait à transférer systématiquement des
femmes et des jeunes filles dans des lieux où des Serbes leur feraient subir des sévices sexuels.
317
• Les trois accusés ne se contentaient pas d’exécuter l’ordre de violer les femmes musulmanes, si tant est
qu’un tel ordre ait été donné. Il a été établi qu’ils agissaient sciemment. Parmi les femmes et les jeunes filles
ainsi détenues, il y avait une enfant qui n’avait que 12 ans à l’époque. Nul ne sait ce qu’elle est devenue après
avoir été vendue par l’un des accusés. Les femmes et les jeunes filles étaient prêtées ou «louées» à d’autres
soldats dans le seul but de les avilir ou de leur faire subir des violences. Certaines d’entre elles étaient réduites en
esclavage pendant des mois d’affilée.
Les trois accusés ne sont pas de simples soldats dont les mœurs se seraient relâchées du fait des rigueurs
de la guerre. Ces hommes avaient un casier judiciaire vierge. Ils se sont cependant complus dans l’atmosphère
sordide de la déshumanisation de leurs soi-disant ennemis, là où nul ne songerait à demander, pour reprendre les
paroles d’Eleanor Roosevelt :
«Où les droits universels de l’homme commencent-ils en fin de compte ? En tous lieux, près de chez soi
Il est évident que les trois accusés n’appartiennent pas à la catégorie des dirigeants politiques ou militaires
qui se trouvaient derrière les conflits et les atrocités. Si, de manière générale, dans les affaires dont ce Tribunal
est saisi, il serait souhaitable d’engager des poursuites contre les plus hauts responsables et de les juger, la
Chambre de première instance affirme clairement que nul ne pourra invoquer un grade ou des fonctions
subalternes pour échapper aux poursuites.
Les dirigeants politiques et les généraux sont impuissants si leurs subalternes refusent d’exécuter des
ordres criminels pendant une guerre. Les opportunistes sans foi ni loi ne devraient attendre aucune pitié, même
s’ils sont au plus bas de la chaîne du commandement.
Il est utile de rappeler ici qu’en temps de paix comme en temps de guerre, aucun homme digne de ce nom
ne saurait abuser d’une femme.
La Chambre de première instance va maintenant prononcer son jugement pour chacun des accusés.
Dragoljub Kunarac, sous les chefs 1 à 4, vous êtes accusé de viol et de torture, en tant qu’ils constituent à
la fois une violation des lois ou coutumes de la guerre et un crime contre l’humanité.
La Chambre de première instance n’accepte votre défense d’alibi pour aucune de ces charges. Cela vaut
également pour tous les autres chefs qui ont été retenus contre vous dans l’acte d’accusation.
Vous êtes accusé d’avoir, à deux reprises au moins entre le 13 juillet et le 1er août 1992, conduit le
témoin 87 dans la maison sise au n° 16, Ulica Osmana Ðikica, où elle aurait été violée par d’autres soldats. La
Chambre de première instance conclut que ces allégations n’ont pas été établies au-delà de tout doute
raisonnable.
Vous êtes accusé d’avoir, le 16 juillet 1992 ou vers cette date, conduit les témoins 75 et D.B. au n° 16,
Ulica Osmana Ðikica. Là, elles ont été violées par plusieurs soldats ; là encore, vous avez personnellement violé
D.B. et aidé et encouragé le viol collectif du témoin 75. La Chambre de première instance estime que ces
accusations ont été prouvées au-delà de tout doute raisonnable.
Vous êtes accusé d’avoir, le 2 août 1992, conduit les témoins 87, 75, 50 et D.B. au n° 16, Ulica Osmana
Ðikica, d’avoir personnellement violé le témoin 87, et d’avoir aidé et encouragé le viol des témoins 87, 75 et 50
par d’autres soldats. La Chambre de première instance statue que ces accusations ont été prouvées au-delà de
tout doute raisonnable.
Vous êtes accusé d’avoir, à deux reprises au moins entre le 13 juillet et le 2 août 1992, conduit le
témoin 95 du centre sportif Partizan au n° 16, Ulica Osmana Ðikica où, la première fois, elle aurait été violée par
vous et par trois autres soldats et, la deuxième fois, par trois soldats, mais non par vous. La Chambre de première
instance estime qu’il a été prouvé au-delà de tout doute raisonnable que vous avez personnellement violé le
témoin 95 en une occasion, mais qu’il n’a pas été établi qu’elle a été violée par d’autres soldats dans ces deux
circonstances.
Si l’on s’en tient au critère dégagé par la Chambre de première instance dans son jugement en ce qui
concerne le cumul des déclarations de culpabilité à raison d’un même comportement — lequel n’est
envisageable que lorsque chaque infraction relatée contient au moins un élément distinct qui n’est pas contenu
318
dans les autres — votre comportement peut être à la fois puni en tant que viol et que torture, comme violation
des lois ou coutumes de la guerre, en application de l’article 3 du Statut, et comme crime contre l’humanité, en
application de l’article 5 du Statut. Ce principe de droit s’applique pareillement aux accusations portées contre
les trois accusés.
Sous les chefs 5 à 8, vous êtes accusé de torture et de viol, en tant qu’ils constituent à la fois une violation
des lois ou coutumes de la guerre et un crime contre l’humanité.
Au vu des éléments de preuve à sa disposition, la Chambre de première instance conclut que les
accusations n’ont pas été prouvées au-delà de tout doute raisonnable.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous déclare NON COUPABLE des chefs 5, 6, 7 et
8.
Sous les chefs 9 et 10, vous êtes accusé de viol, en tant qu’il constitue une violation des lois ou coutumes
de la guerre et un crime contre l’humanité.
Il vous est reproché de vous être rendu, en septembre ou octobre 1992, dans un lieu appelé «maison de
Karaman» à Miljevina, d’avoir conduit le témoin 87 à l’étage supérieur et de l’avoir violée. La Chambre de
première instance estime que ces allégations ont été prouvées au-delà de tout doute raisonnable.
Sous les chefs 11 et 12, vous êtes accusé de torture et de viol en tant qu’ils constituent une violation des
lois ou coutumes de la guerre.
La Chambre de première instance conclut que ces accusations ont été pleinement prouvées. Un soir, à la
mi-juillet 1992, avec deux autres soldats, vous avez emmené le témoin 183 de chez elle jusqu’aux rives de la
Cehotina à Foča, où vous l’avez tous trois violée. Vous avez personnellement violé 183 et vous vous êtes rendu
complice de son viol par les deux autres soldats du fait que vous leur avez prodigué des encouragements pendant
qu’ils la violaient. Vous avez en outre raillé la victime en disant aux autres soldats d’attendre leur tour pendant
que vous la violiez, en vous moquant d’elle pendant que les autres soldats la violaient et, enfin, en disant qu’elle
aurait des bébés serbes dont elle ne connaîtrait pas le père.
Sous les chefs 18 à 21, vous êtes accusé de réduction en esclavage et d’atteintes à la dignité des
personnes en tant qu’elles constituent un crime contre l’humanité et de viol, en tant qu’il constitue à la fois une
violation des lois ou coutumes de la guerre et un crime contre l’humanité.
La Chambre de première instance estime, au vu des éléments de preuve à sa disposition, que les faits à
l’origine des ces accusations ont pour une part été établis au-delà de tout doute raisonnable.
La Chambre de première instance conclut que vous, Dragoljub Kunarac, avez personnellement violé le
témoin 191 dans la maison à Trnovace le 2 août 1992, et qu’en emmenant les jeunes filles dans cette maison,
vous avez aidé et encouragé le viol du témoin 186 par le soldat portant le pseudonyme DP6.
Cependant, la Chambre de première instance n’est pas convaincue que J.G., que vous aviez également
amenée dans cette maison, a été violée cette nuit-là par le soldat surnommé «Gaga».
319
En outre, la Chambre de première instance conclut qu’à partir du 2 août 1992, vous, Dragoljub Kunarac,
avez violé le témoin 191 chaque fois que vous vous rendiez à la maison de Trnovace, tandis que, durant cette
période, DP6 violait le témoin 186. Il n’a toutefois pas été établi que vous aidiez et encouragiez DP6 à violer le
témoin 186 durant cette même période, puisqu’il n’a pas été démontré, que, réserve faite de la fois où vous avez
conduit les femmes dans cette maison, vous étiez présent lorsque DP6 violait le témoin 186, ni que vous l’ayez
autrement aidé. Il n’a pas été prouvé que votre présence ou vos actes aidaient ou encourageaient DP6 à violer le
témoin 186. Le lien, très lâche, entre, d’une part, les événements qui se sont déroulés dans la maison et, d’autre
part, votre présence intermittente sur les lieux aboutirait à élargir exagérément le concept d’aide et
d’encouragement en matière de viol, alors qu’il est suffisamment étroit pour justifier l’accusation de réduction en
esclavage.
La Chambre de première instance conclut également que les témoins 186 et 191 ont été retenues pendant
plusieurs mois dans la maison de Trnovace, où DP6 et vous, les avez traitées comme des biens personnels.
La Chambre de première instance considère que, s’agissant du crime de réduction en esclavage, les
éléments suivants sont particulièrement pertinents :
ii) le fait qu’elles devaient faire tout ce qu’on leur ordonnait, y compris la cuisine et les tâches ménagères,
iii) le fait que vous vous êtes arrogé des droits exclusifs sur le témoin 191 en vous la réservant,
iv) que les jeunes filles étaient constamment à votre disposition et à celle de DP6,
v) d’autres traitements dégradants, comme le fait de donner à un soldat la permission de violer le témoin 186
contre 100 DM en présence du témoin 191 et
vi) le fait qu’elles étaient effectivement privées de tout contrôle sur leur propre vie.
La Chambre de première instance estime que DP6 et vous avez agi de concert et que vous vous êtes
mutuellement aidés et encouragés à réduire ces femmes en esclavage.
La Chambre de première instance estime toutefois que les éléments de preuve concernant les témoins 186
et 191, ne justifient pas l’accusation d’atteintes à la dignité des personnes.
Par l’ensemble de ces actes, vous avez manifesté le mépris le plus criant pour la dignité des femmes et
leur droit humain fondamental à l’autodétermination en matière sexuelle, et ce à un degré qui dépasse, de très
loin, ce qu’en l’absence d’une meilleure formule, on pourrait qualifier de «degré habituel de gravité des viols en
temps de guerre». Vous avez violenté et outragé des femmes musulmanes en raison de leur origine ethnique et
vous choisissiez celles d’entre elles qui, sur le moment, vous plaisaient.
En campagne, vous étiez un soldat courageux et l’on a affirmé sans contredit que vos hommes vous
tenaient en haute estime. Cette autorité naturelle aurait aisément pu vous permettre de mettre un terme aux
souffrances de ces femmes. Votre participation active à ce système cauchemardesque d’exploitation sexuelle
n’en est donc que plus odieuse.
Non seulement vous avez vous-même maltraité des femmes et des jeunes filles, mais vous avez organisé
leur transfert dans d’autres lieux, où, comme vous le saviez, elles seraient violées et maltraitées par d’autres
soldats.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous condamne, Dragoljub Kunarac, à une peine unique
de 28 années d’emprisonnement.
320
La peine court à compter d’aujourd’hui. Le temps que vous avez passé en détention sera déduit de la
peine.
Radomir Kova~, vous êtes accusé sous les chefs 22 à 25 de réduction en esclavage et de viol, en tant
qu’ils constituent des crimes contre l’humanité, et de viol et d’atteintes à la dignité de la personne, en tant qu’ils
constituent des violations des lois ou coutumes de la guerre.
Sur la base des éléments de preuve présentés, la Chambre de première instance juge que les accusations
portées contre vous ont été prouvées au-delà de tout doute raisonnable comme suit :
Le 31 octobre 1992 ou vers cette date, quatre jeunes filles, les témoins 87, 75, A.B. et A.S., ont été
conduites dans votre appartement de l’immeuble Lepa Brena, à Fo~a. Les témoins 75 et A.B. y ont été retenues
environ une semaine, durant laquelle vous les avez traitées comme votre propriété personnelle et leur avez
fréquemment fait subir des sévices sexuels.
Elles devaient effectuer des tâches ménagères. Les conditions d’hygiène dans lesquelles vivaient toutes
ces jeunes filles étaient désastreuses, et elles étaient souvent affamées parce que vous ne leur donniez pas
suffisamment de nourriture.
En une occasion, vous avez violé à la fois les témoins 75 et 87, tout en écoutant de la musique sur votre
stéréo.
Pendant qu’elles se trouvaient dans votre appartement, les témoins 75 et A.B. ont été violées par vous et
par d’autres soldats. En une occasion, le témoin 75 a refusé d’aller avec un soldat nommé Slavo Ivanovi}, que
vous aviez fait venir dans votre appartement. Vous l’avez alors giflée et avez envoyé A.B., âgée de 12 ans, à sa
place. Au bout d’une semaine environ, vous avez remis les deux jeunes filles à d’autres soldats serbes qui ont
continué à les violer. Vous vous êtes ensuite rendu dans la maison où elles sont restées deux semaines environ et
là, vous avez prétendu être désolé pour elles.
Elles ont ensuite été remises à un autre groupe de soldats qui ont continué à les violer et vous les ont
finalement ramenées. Le lendemain, vous avez vendu A.B. et remis le témoin 75 au soldat portant le
pseudonyme DP1.
Vous avez donc personnellement violé les témoins 75 et A.B. et aidé et encouragé d’autres soldats à le
faire en leur permettant de se rendre à votre appartement et d’y violer ces jeunes filles, ou en les incitant à le
faire, et en remettant les jeunes filles à d’autres hommes, sachant qu’ils les violeraient.
Pendant qu’elles étaient détenues dans votre appartement, les témoins 87 et A.S. ont sans cesse été violées
par vous et par Jagos Kosti}. Vous violiez personnellement le témoin 87, tandis que Jagos Kosti} violait A.S. et,
à votre insu, quelquefois également le témoin 87, que vous vous étiez «réservée».
La Chambre de première instance remarque donc qu’il n’a pas été établi au-delà de tout doute raisonnable
que vous ayez aidé et encouragé Jagos Kosti} à violer le témoin 87, les éléments de preuve indiquant que ce fait
vous a été caché.
À une date inconnue entre le 31 octobre 1992 environ et le 7 novembre 1992 environ, vous avez contraint
les témoins 87, A.S. et A.B. à danser nues sur une table pendant que vous les regardiez. Il n’a toutefois pas été
établi au-delà de tout doute raisonnable que le témoin 75 était également présente en cette occasion.
Enfin, le 25 février 1993 ou vers cette date, vous avez vendu les témoins 87 et A.S., chacune pour
500 DM, à des soldats monténégrins.
Pour ce qui est de la réduction en esclavage des témoins 87, 75, A.S. et A.B., la Chambre de première
instance a notamment retenu les éléments suivants :
i) le fait que ces jeunes filles étaient tant physiquement que psychologiquement prisonnières, car même si
elles avaient réussi à s’enfuir de l’appartement, elles n’auraient pas su où aller ;
ii) le fait que vous ayez vendu les témoins 87, A.S. et A.B. ;
321
iii) le fait que vous ayez remis les témoins 75 et A.B. à d’autres soldats ;
iv) les mauvais traitements tels que les coups et les gifles ;
v) le fait que vous vous soyez arrogé des droits exclusifs sur le témoin 87 ;
vii) le fait qu’elles devaient obéir à tous les ordres et faire tout ce qu’on leur demandait, y compris la cuisine
et les tâches ménagères.
S’agissant des atteintes à la dignité des témoins 87, 75, A.S. et A.B., la Chambre de première instance a
notamment retenu les éléments suivants :
i) le fait que vous ayez contraint les jeunes filles à danser nues sur une table ;
iii) le fait que les jeunes filles aient été «prêtées» et vendues à d’autres hommes ;
iv) le fait qu’en une occasion vous ayez violé en même temps les témoins 75 et 87, tout en écoutant de la
musique sur votre installation stéréo ;
Vous avez toujours su que les jeunes filles étaient musulmanes, et c’est l’une des principales raisons
pour lesquelles vous les avez maltraitées et avez abusé d’elles.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous déclare, Radomir Kova~, COUPABLE
Bien que n’ayez pas été déclaré coupable d’un nombre aussi grand de chefs que l’accusé
Dragoljub Kunarac, la Chambre de première instance vous tient pour presque aussi coupable que lui.
Le traitement que vous avez réservé à A.B., âgée de 12 ans, est particulièrement odieux et déplorable. Il
s’agissait d’une enfant sans défense pour qui vous n’avez pas eu la moindre compassion. Vous en avez abusé
comme vous avez abusé des autres filles. Vous l’avez finalement vendue comme un objet, sachant que cela la
condamnait quasi certainement à de nouveaux sévices sexuels de la part d’autres hommes.
Vous saviez que ses chances de retrouver sa mère, dont la Chambre a pu voir l’immense chagrin à
l’audience, devenaient de la sorte encore plus improbables qu’elles ne l’étaient déjà. Lors du procès, quelque 8
ans plus tard, personne n’avait plus jamais revu cette enfant ou entendu parler d’elle. Le traitement infligé à A.B.
est l’exemple le plus frappant de votre caractère dépravé et corrompu.
Mais ce que vous avez fait aux autres filles n’est pas moins grave. Vous en avez fait vos esclaves et
celles de Jagos Kosti}, tout juste bonnes à être utilisées quand le désir vous en prenait, à être données à tous ceux
à qui vous vouliez faire une faveur. Vous jouissiez du pouvoir absolu que vous exerciez sur leurs vies, ce que
vous avez clairement prouvé en les faisant danser nues sur une table pendant que vous les regardiez. Après les
avoir utilisées, vous les avez vendues également.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous condamne, Radomir Kova~, à une peine unique
de 20 ans d’emprisonnement.
La peine court à compter d’aujourd’hui. La période passée en détention sera déduite de la peine. Vous
pouvez vous rasseoir.
322
ACCUSÉ ZORAN VUKOVI], VEUILLEZ VOUS LEVER:
Zoran Vukovi}, vous êtes accusé sous les chefs 21 à 24 de torture et de viol, en tant qu’ils constituent à
la fois un crime contre l’humanité et une violation des lois ou coutumes de la guerre.
Sur la base des éléments de preuve qui lui ont été présentés, la Chambre de première instance juge
qu’aucune des allégations qui sous-tendent ces chefs d’accusation n’ont été prouvées au-delà de tout doute
raisonnable.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous déclare NON COUPABLE des chefs 21, 22,
23 et 24.
Vous êtes accusé sous les chefs 33 à 36 de torture et de viol, en tant qu’ils constituent à la fois un crime
contre l’humanité et une violation des lois ou coutumes de la guerre.
Sur la base des éléments de preuve qui lui ont été présentés, la Chambre de première instance juge qu’un
seul des incidents sous-tendant ces accusations a été prouvé au-delà de tout doute raisonnable, à savoir le fait que
le 14 juillet 1992 ou vers cette date, vous avez personnellement violé le témoin 50. Un autre soldat et vous l’avez
fait sortir de Partizan. Auparavant vous aviez menacé sa mère de la tuer si elle ne vous disait pas où se cachait sa
fille, et elle est alors allée la chercher. Vous l’avez emmenée dans une autre maison, où vous l’avez violée.
Elle était âgée de 15 ans à l’époque, ce que vous saviez, car vous lui avez dit que si elle n’avait pas eu le
même âge que votre fille – qui avait alors environ 15 ans – vous lui auriez fait des choses bien pires.
La Chambre de première instance n’admet pas le fait que vous étiez incapable d’avoir des rapports
sexuels en raison d’une prétendue lésion au scrotum.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous déclare, Zoran Vukovi}, COUPABLE
Dans votre cas, les éléments de preuve de l’Accusation n’ont pas suffi à établir la majorité des chefs
d’accusation retenus contre vous, et votre peine doit par conséquent être plus légère que celle des deux autres
accusés.
Toutefois, la Chambre de première instance juge grave le fait que vous n’ayez pas manifesté le moindre
remords et sens moral en parlant de votre propre fille après avoir violé le témoin 50, qui, de plus, n’avait que
15 ans à l’époque, et que vous l’ayez raillée dans sa douleur en affirmant que vous auriez pu lui réserver un
traitement encore bien pire.
Par conséquent, la Chambre de première instance vous condamne, Zoran Vukovi}, à une peine unique
de 12 ans d’emprisonnement.
La peine court à compter d’aujourd’hui. Le temps passé en détention sera déduit de la peine. Vous
pouvez vous rasseoir.
______________________________________
La Cour va se retirer
323
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie
Chambre de première instance
Composée comme suit : Mme le Juge Florence Ndepele Mwachande Mumba, Président B. L’accusé Radomir Kovac.........................................................................................................................................12
M. le Juge David Hunt
M. le Juge Fausto Pocar C. L’accusé Zoran Vukovic..........................................................................................................................................14
326
RADOMIR KOVAC i) Témoignage.....................................................................................................................................................31
ii) Corroboration ................................................................................................................................................37
ET iii) Eléments de preuve présentés pour la défense de l’accusé Dragoljub Kunarac ...............................40
ZORAN VUKOVIC a. Du 7 juillet 1992 au 21 juillet 1992.......................................................................................................41
b. Du 23 juillet 1992 au 26 juillet 1992 ....................................................................................................45
c. 2 août 1992 ................................................................................................................................................50
d. Du 3 août 1992, 17 heures, au 8 août 1992..........................................................................................53
JUGEMENT e. Visite de Dragoljub Kunarac à la maison de Karaman.......................................................................57
iv) Éléments de preuve à décharge liés à l’accusé Radomir Kova~..........................................................58
v) La liaison présumée de FWS-87 avec Kova~...........................................................................................58
vi) Conditions de vie dans l’appartement de Radomir Kova~....................................................................62
Le Bureau du Procureur : vii) Départ de FWS-87 et de A.S. de l’appartement de Radomir Kova~..................................................64
viii) Éléments de preuve de la Défense relatifs à l’accusé Zoran Vukovi}..............................................65
M. Dirk Ryneveld b) FWS-75.................................................................................................................................................................65
i) Témoignage.....................................................................................................................................................65
Mme Hildegard Uertz-Retzlaff
ii) Corroboration ................................................................................................................................................72
Mme Peggy Kuo iii) Éléments de preuve à décharge de l’accusé Dragoljub Kunarac.........................................................74
M. Daryl Mundis iv) Éléments de preuve à décharge de l’accusé Radomir Kova~...............................................................74
c) A.S. ........................................................................................................................................................................76
Les Conseils des accusés : i) Témoignage.....................................................................................................................................................76
ii) Corroboration ................................................................................................................................................78
M. Slavi{a Prodanovic et Mme Maja Pilipovic, pour Dragoljub Kunarac d) D.B........................................................................................................................................................................78
MM. Momir Kolesar et Vladimir Rajic, pour Radomir Kova~ i) Témoignage.....................................................................................................................................................78
ii) Corroboration ................................................................................................................................................81
M. Goran Jovanovic et Mme Jelena Lopicic, pour Zoran Vukovic
iii) Éléments de preuve à décharge.................................................................................................................82
e) FWS-50.................................................................................................................................................................83
i) Témoignage.....................................................................................................................................................83
ii) Corroboration ................................................................................................................................................85
iii) Éléments de preuve à décharge.................................................................................................................85
f) FWS-191...............................................................................................................................................................88
327
ii) Corroboration ..............................................................................................................................................116 ii) Application à l’espèce de l’approche retenue........................................................................................183
q) FWS-175 ............................................................................................................................................................116 a. Déclarations de culpabilité fondées sur les articles 3 et 5 du Statut ..............................................184
i) Témoignage...................................................................................................................................................116 b. Torture et viol au sens des articles 3 ou 5 du Statut.........................................................................185
ii) Corroboration ..............................................................................................................................................118
r) FWS-51 ...............................................................................................................................................................118 V. CONCLUSIONS DE LA CHAMBRE DE PREMIÈRE INSTANCE.........................186
i) Témoignage...................................................................................................................................................118
ii) Corroboration ..............................................................................................................................................118 A. Remarques générales sur l’évaluation des éléments de preuve...................................................................186
s) FWS-96 ...............................................................................................................................................................119
i) Témoignage...................................................................................................................................................119 B. L’existence d’un conflit armé et les conditions connexes..............................................................................188
ii) Corroboration ..............................................................................................................................................119
t) FWS-62................................................................................................................................................................120 C. L’attaque dirigée contre la population civile et les conditions connexes..................................................189
i) Témoignage...................................................................................................................................................120
u) Osman Šubaši}..................................................................................................................................................120
D. Les chefs d’accusation retenus contre les accusés...........................................................................................195
i) Témoignage...................................................................................................................................................120 1. Dragoljub Kunarac (Acte d’accusation IT-96-23).............................................................................................195
a) L’alibi de Dragoljub Kunarac.........................................................................................................................195
IV. LE DROIT APPLICABLE............................................................................................121 b) Dragoljub Kunarac occupait un poste de commandement ........................................................................202
c) Chefs 1 à 4 .........................................................................................................................................................202
A. La responsabilité pénale individuelle et la responsabilité du supérieur hiérarchique : articles 7 1) i) Les viols de FWS-87..................................................................................................................................202
et 7 3) du Statut........................................................................................................................................................121 ii) Les viols de FWS-75 et de D.B................................................................................................................203
1. La responsabilité pénale individuelle au sens de l’article 7 1) du Statut .......................................................121 iii) Les viols de FWS-87, FWS-75 et FWS-50............................................................................................208
a) La «commission» du crime .............................................................................................................................121 iv) Les viols de FWS-95..................................................................................................................................210
b) Complicité .........................................................................................................................................................121 d) Chefs 5 à 8..........................................................................................................................................................214
2. Responsabilité du supérieur hiérarchique au sens de l’article 7 3) du Statut ................................................122 e) Chefs 9 et 10 .....................................................................................................................................................216
f) Chefs 11 et 12...................................................................................................................................................217
B. Les éléments communs des crimes sanctionnés par l’article 3 du Statut..................................................124 g) Chefs 18 à 21.....................................................................................................................................................219
1. Contexte ....................................................................................................................................................................124 i) Les viols de FWS-191, FWS-186 et J.G...................................................................................................219
2. Le droit ......................................................................................................................................................................125 ii) Le viol, la réduction en esclavage et les atteintes à la dignité de FWS-191 et FWS–186..............221
a) Champ d’application du droit.........................................................................................................................125 2. Radomir Kovac (Acte d’accusation IT-96-23)...................................................................................................225
b) Conditions générales d’application de l’article 3 du Statut.......................................................................125 a) L’arrivée des jeunes filles dans l’appartement de Radomir Kovac.........................................................225
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b) FWS-75 et A.B..................................................................................................................................................226 ANNEXE IV — TROISIÈME ACTE D’ACCUSATION MODIFIÉ (IT-96-23) ...........278
c) FWS-87 et A.S...................................................................................................................................................228
d) Contraintes de danser nues..............................................................................................................................229
e) La vente de FWS-87 et de A.S.......................................................................................................................231 ANNEXE V — ACTE D’ACCUSATION MODIFIÉ (IT-96-23/1) ..................................290
3. Zoran Vukovic (Acte d’accusation IT-96-23/1).................................................................................................232
a) Chefs 21 à 24 ....................................................................................................................................................233
i) Le viol de FWS-87......................................................................................................................................233
ii) Le viol de FWS-75 et de FWS-87............................................................................................................235
b) Chefs 33 à 36.....................................................................................................................................................236
i) La Défense de l’accusé ..............................................................................................................................236
ii) Viol de FWS-48, FWS-87 et Z.G.............................................................................................................237
iii) Viol de FWS-50 .........................................................................................................................................238
iv) Viol de FWS-87..........................................................................................................................................240
v) Viols de FWS-48 .........................................................................................................................................240
328
1. Remarques générales...............................................................................................................................................256
2. Dragoljub Kunarac ..................................................................................................................................................258
a) Les circonstances aggravantes........................................................................................................................258
b) Le circonstances atténuantes ..........................................................................................................................259
c) La peine ..............................................................................................................................................................260
3. Radomir Kova~ ........................................................................................................................................................260
a) Remarque préliminaire.....................................................................................................................................260
b) Les circonstances aggravantes .......................................................................................................................260
c) Les circonstances atténuantes.........................................................................................................................261
d) La peine..............................................................................................................................................................261
4. Zoran Vukovi} .........................................................................................................................................................261
a) Les circonstances aggravantes........................................................................................................................261
b) Les circonstances atténuantes.........................................................................................................................261
c) La peine ..............................................................................................................................................................261
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IV LE DROIT APPLICABLE perpétration du crime 1035 . Il n’est pas nécessaire que l’aide apportée ait provoqué l’acte de
l’auteur principal1036 . Elle peut consister en une action ou une omission, et être antérieure,
A. La responsabilité pénale individuelle et la responsabilité du supérieur concomitante ou postérieure au crime 1037 .
hiérarchique : articles 7 1) et 7 3) du Statut
392. L’élément intellectuel (mens rea) de la complicité consiste, pour le complice, dans le
1. La responsabilité pénale individuelle au sens de l’article 7 1) du Statut fait de savoir qu’il facilite par ses actes la consommation d’un crime précis 1038 . S’il n’est pas
nécessaire qu’il partage l’intention délictueuse de l’auteur, il doit connaître les éléments
387. L’article 7 1) du Statut du Tribunal dispose que :
fondamentaux du crime (y compris l’intention coupable de son auteur), et prendre
Quiconque a planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre manière aidé sciemment la décision d’agir en sachant que ses actes favorisent la commission de l’acte
et encouragé à planifier, préparer ou exécuter un crime visé aux articles 2 à 5 du présent
statut est individuellement responsable dudit crime. criminel 1039 .
388. L’Accusation n’ayant pas précisé sur quelle base elle demandait que l’accusé soit 393. La présence sur les lieux du crime ne suffit pas par elle-même à établir la complicité,
déclaré coupable, la Chambre de première instance a entrepris de formuler ses propres à moins qu’il ne soit démontré qu’elle a pour effet de légitimer ou d’encourager les
conclusions en se fondant sur les passages de l’article 7 1) qu’elle juge pertinents1033 . Si elle agissements de l’auteur principal 1040 .
n’a pas analysé le droit sous l’angle du but commun, c’est qu’elle ne l’a pas jugé nécessaire
en l’espèce. Lorsque la Chambre a déclaré un accusé non coupable d’un chef particulier, elle 2. Responsabilité du supérieur hiérarchique au sens de l’article 7 3) du Statut
l’a fait soit parce que les témoins ne pouvaient se rappeler le fait rapporté dans l’acte
394. L’article 7 3) du Statut du Tribunal dispose ce qui suit :
d’accusation, soit parce que, pour un fait précis, elle n’était pas convaincue au-delà de tout
doute raisonnable que l’accusé avait été identifié avec certitude. Le fait que l’un quelconque des actes visés aux articles 2 à 5 du présent statut a été
commis par un subordonné ne dégage pas son supérieur de sa responsabilité pénale s’il
savait ou avait des raisons de savoir que le subordonné s’apprêtait à commettre cet acte ou
389. Après examen des éléments de preuve, la Chambre considère que les actes reprochés l’avait fait et que le supérieur n’a pas pris les mesures nécessaires et raisonnables pour
329
empêcher que ledit acte ne soit commis ou en punir les auteurs.
à l’inculpé dans l’acte d’accusation peuvent être rangés sous deux rubriques qui
correspondent à deux formes de responsabilité distinctes : la «commission» et la 395. La présente Chambre approuve le Jugement Delalic pour ce qui est des éléments
«complicité». Ces différentes formes de responsabilité seront examinées tour à tour. constitutifs de la responsabilité pénale individuelle au sens de l’article 7 3) du Statut 1041 .
Pour qu’un supérieur hiérarchique puisse être tenu responsable des actes de ses subordonnés,
a) La «commission» du crime trois conditions doivent être réunies :
390. Un individu est réputé avoir «commis» un crime lorsqu’il a perpétré matériellement
l’acte criminel en question, ou s’est rendu coupable d’une omission en violation d’une règle
de droit pénal 1034 . Un même crime peut avoir plusieurs auteurs dès lors que les éléments
constitutifs de l’infraction sont réunis pour chacun d’eux.
b) Complicité 1035
Le Procureur c/ Furund`ija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 235 et 249.
1036
Ibidem, par. 233, 234 et 249.
1037
391. Par opposition à la «commission» d’un crime, la complicité correspond à une forme Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-T, Jugement, 25 juin 1999, par. 62, et Le Procureur c/ Blaškic,
affaire n° IT-95-14-T, Jugement, 3 mars 2000, par 285.
1038
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 162 à 165 ; Le Procureur c/ Tadi},
de responsabilité accessoire. La contribution d’un complice peut prendre la forme d’une aide affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 229.
1039
Ibidem.
matérielle, d’encouragements ou d’un soutien moral ayant un effet important sur la 1040
Le Procureur c/ Furund`ija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 232 ; Le Procureur c/ Tadi},
affaire n° IT-94-1-A, Jugement, 7 mai 1997, par. 689.
1041
Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 346 et Le Procureur c/
Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001, par. 189 à 198, 225 et 226, 238 et 239, 256 et 263
1033
Le Procureur c/ Furund`ija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 189. Voir également Le (pour l’essentiel, la Chambre d’appel a confirmé les conclusions de la Chambre de première instance relatives aux
Procureur c/ Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 746. deux premiers éléments. Le troisième élément n’était pas en discussion dans cet appel) ; Le Procureur c/ Aleksovski,
1034
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 188. affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 72.
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i) l’existence d’un lien de subordination ; Cette conclusion est également corroborée par la législation en vigueur à l’époque des faits
dans la région concernée, à savoir l’ancienne RSFY et, plus tard, la Republika Srpska 1047 .
ii) le supérieur savait ou avait des raisons de savoir que le crime était sur le point d’être
commis ou avait été commis ; 399. On peut considérer que tant les personnes placées en permanence sous les ordres
d’un individu que celles qui ne le sont que pendant une période limitée ou une opération
iii) le supérieur n’a pas pris les mesures nécessaires et raisonnables pour empêcher le
ponctuelle sont de fait sous l’autorité dudit individu 1048 . Le caractère temporaire d’une unité
crime ou en punir l’auteur.
militaire ne suffit pas en soi à exclure un lien de subordination entre les membres de cette
396. En l’espèce, la Chambre conclut que seul le premier de ces éléments doit être unité et son commandant. Pour que celui-ci puisse être tenu responsable des actes commis
examiné. Il doit donc exister un lien de subordination pour que soit reconnue la par les hommes ayant agi sur ses ordres de manière ponctuelle ou temporaire, il faut pouvoir
responsabilité du supérieur hiérarchique. Ce lien ne peut toutefois s’induire du seul statut démontrer qu’au moment où les actes reprochés à l’inculpé dans l’acte d’accusation ont été
1042 commis, ces hommes se trouvaient de fait sous son autorité 1049 .
officiel . Ainsi, le statut officiel de commandant n’est pas indispensable pour établir la
responsabilité du supérieur militaire, celle-ci pouvant découler de l’exercice en fait, comme
B. Les éléments communs des crimes sanctionnés par l’article 3 du Statut
en droit, des fonctions de commandant 1043 . Ce qu’il faut démontrer, c’est que le supérieur
avait une autorité effective sur ses subordonnés 1044 , c’est-à-dire qu’il avait la capacité 1. Contexte
matérielle d’user de son pouvoir pour empêcher ses subordonnés de commettre des
400. Les trois accusés sont poursuivis pour certaines infractions sanctionnées par
infractions ou sanctionner les infractions commises par eux 1045 .
l’article 3 du Statut 1050 , à savoir des atteintes à la dignité des personnes1051 , des viols 1052 et
397. Il n’est pas nécessaire que le lien entre le supérieur et ses subordonnés ait été des tortures 1053 . Dans les actes d’accusation, le Procureur s’est expressément fondé sur
officialisé : il suffit d’une entente tacite ou implicite entre eux sur leurs rapports mutuels. Le l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 pour accuser les intéressés de
fait de donner des ordres ou d’exercer des pouvoirs qui s’attachent généralement à un torture en vertu de l’article 3 du Statut 1054 . Il en est de même pour les atteintes à la dignité
330
commandement créent une présomption forte, celle que la personne est de fait un des personnes 1055 . Quant aux accusations de viol portées en vertu de cet article 3, le
commandant. Ce ne sont toutefois pas les seuls critères pertinents.
1047
398. Selon les circonstances, peut être responsable en tant que supérieur hiérarchique aux En RSFY, l’article 5 de la Loi sur le service dans les forces armées fait une distinction entre la fonction de supérieur
et les grades et classes des officiers supérieurs ou des sous-officiers. Bien que la loi parte du principe que les officiers
termes de l’article 7 3) un colonel à la tête d’une brigade, un caporal dirigeant un peloton, ou sont normalement les supérieurs hiérarchiques, elle dispose au paragraphe 2 de l’article 6 qu’une personne sans grade
ni classe peut assumer les fonctions d’officier, et définit les règles de préséance entre officiers ou supérieurs
même un simple soldat ayant sous ses ordres un petit groupe d’hommes. Le Commentaire hiérarchiques au paragraphe 3 de l’article 5. Les grades et classes sont définis à l’article 11. En Republika Srpska, la
Loi sur l’armée, du 1er juin 1992, combine au paragraphe 2 de son article 4 les notions de supérieur hiérarchique et
des deux Protocoles additionnels de 1977 aux Conventions de Genève de 1949 établit d’officier, en définissant l’«officier supérieur» comme une personne chargée de commander ou d’administrer une
unité ou une institution militaire. Au paragraphe 3, à l’article 5, la loi prévoit encore une fois l’attribution de fonctions
que1046 : de commandement à des personnes de classe ou de grade inférieurs, ou n’en possédant aucun.
1048
Sandoz, Swinarski et Zimmermann (éditeurs), Commentaire des Protocoles additionnels du 8 juin 1977 aux
Conventions de Genève du 12 août 1949 (1986), p. 1043.
1049
Comme il n’y a aucun élément de l’armée qui ne soit subordonné à un commandant Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001, par. 197, 198 et 256.
1050
militaire, à quelque échelon que ce soit, cette responsabilité ?du commandementg s’exerce L’article 3 du Statut, intitulé «Violation des lois ou coutumes de la guerre», dispose que : «Le Tribunal international
est compétent pour poursuivre les personnes qui commettent des violations des lois ou coutumes de la guerre. Ces
du haut en bas de la hiérarchie, du commandant en chef au simple soldat qui prend la tête violations comprennent, sans y être limitées : a) l’emploi d’armes toxiques ou d’autres armes conçues pour causer des
du peloton. souffrances inutiles ; b) la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les
exigences militaires ; c) l’attaque ou le bombardement, par quelque moyen que ce soit, de villes, villages, habitations
ou bâtiments non défendus ; d) la saisie, la destruction ou l’endommagement délibéré d’édifices consacrés à la
religion, à la bienfaisance et à l’enseignement, aux arts et aux sciences, à des monuments historiques, à des œuvres
d’art et à des œuvres de caractère scientifique ; e) le pillage de biens publics ou privés.»
1051
Chef 21 contre Dragoljub Kunarac (Acte d’accusation IT-96-23) et chef 25 contre Radomir Kova~ (ibidem).
1052
Chefs 4, 8, 10, 12, 20 contre Dragoljub Kunarac (Acte d’accusation IT-96-23), chef 24 contre Radomir Kova~
(ibidem) et chefs 24 et 36 contre Zoran Vukovi} (Acte d’accusation IT-96-23/1).
1042 1053
Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001, par. 193 et 197. Chefs 3, 7, 11 contre Dragoljub Kunarac (Acte d’accusation IT-96-23) et chefs 23 et 35 contre Zoran Vukovi} (Acte
1043
Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 370 et 354. d’accusation IT-96-23/1).
1044 1054
Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001, par. 198. Le Procureur a formulé ces accusations dans les termes suivants : «Torture, une VIOLATION DES LOIS OU
1045
Ibidem, par. 198 et 256 ; Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 76. Voir COUTUMES DE LA GUERRE sanctionnée par l’article 3 du Statut du Tribunal et reconnue par l’article 3 1) a)
également Le Procureur c/ Delali} et consorts, Jugement, 16 novembre 1998, par 378. (torture) commun aux Conventions de Genève.» Le Premier mémoire du Procureur préalable au procès reprend pour
1046
Sandoz, Swinarski et Zimmermann (éditeurs), Commentaire des Protocoles additionnels du 8 juin 1977 aux l’essentiel la formulation employée dans l’Acte d’accusation IT-96-23 (par. 141).
1055
Conventions de Genève du 12 août 1949 (1986), p. 1043. Premier mémoire du Procureur préalable au procès, par. 154.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
Procureur a affirmé qu’elles reposaient sur le droit international, tant conventionnel que conflits armés tant internes qu’internationaux 1063 . La deuxième condition requise par la
coutumier, et notamment sur l’article 3 commun 1056 . La Chambre de première instance se Chambre d’appel est l’existence d’un lien étroit entre la violation présumée et le conflit
doit donc d’établir les conditions générales d’application de l’article 3 commun et de mise en armé 1064 . Or, elle a jugé que le «lien requis» existait dès lors que les crimes présumés étaient
œuvre des accusations fondées sur ledit article. «étroitement liés aux hostilités 1065 ».
2. Le droit 403. Dans ce même arrêt, la Chambre d’appel a défini quatre autres conditions propres à
l’article 3 du Statut 1066 :
a) Champ d’application du droit
i) la violation doit porter atteinte à une règle du droit international humanitaire ; ii) la règle
401. De prime abord, l’article 3 du Statut est fondé sur la Convention de La Haye de 1907 doit être de caractère coutumier ou, si elle relève du droit conventionnel, les conditions
requises doivent être remplies "…" ; iii) la violation doit être «grave», c’est-à-dire qu’elle
et sur le Règlement qui y est annexé 1057 . Selon l’interprétation qu’en donne la Chambre doit constituer une infraction aux règles protégeant des valeurs importantes et cette
infraction doit emporter de graves conséquences pour la victime "…" ; iv) la violation de
d’appel dans l’Arrêt sur la compétence prononcé dans l’affaire Tadi}, l’article 3 englobe la règle doit entraîner, aux termes du droit international coutumier ou conventionnel, la
1067
également d’autres violations du droit international humanitaire : responsabilité pénale individuelle de son auteur .
La Chambre d’appel considère donc que l’article 3 du Statut «opère comme une clause respect de deux conditions supplémentaires, à savoir que les accords en question i) aient
331
incontestablement force obligatoire au moment des faits et ii) ne contredisent pas les normes
supplétive visant à garantir qu’aucune violation grave du droit international humanitaire
impératives du droit international ou n’y dérogent pas1068 .
n’échappe à la compétence du Tribunal international 1059 ».
402. Dans l’Arrêt sur la compétence, la Chambre d’appel a défini deux conditions
préalables nécessaires pour l’application de certains articles du Statut, dont l’article 3 1060 .
Elle a tout d’abord considéré que, pour qu’il y ait violation de l’article 3 du Statut, 1063
Ibid., par 137 ; confirmé dans Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001,
l’existence d’un conflit armé était nécessaire 1061 . Selon elle, «un conflit armé existe chaque par. 140 et 150. Voir également Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement,
16 novembre 1998, par. 184 ; Le Procureur c/ Furund`ija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998,
fois qu’il y a recours à la force armée entre États ou ?qu’il existeg un conflit armé prolongé par. 132 ; Le Procureur c/ Bla{ki}, affaire n° IT-95-14-T, Jugement, 3 mars 2000, par. 161.
1064
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception
entre les autorités gouvernementales et des groupes armés organisés ou entre de tels groupes préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 70 ; Premier mémoire du Procureur préalable au procès, par. 98
à 101 ; Mémoire en clôture du Procureur, par. 690 à 696. Voir également Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire
au sein d’un État 1062 ». La Chambre d’appel a estimé que l’article 3 du Statut s’appliquait aux n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 193 et Le Procureur c/ Bla{ki}, affaire n° IT-95-14-T, Jugement,
3 mars 2000, par. 65 et 69.
1065
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception
préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 70. Dans l’affaire Delali}, la Chambre de première instance a
1056
Ibidem, par. 114 à 119. requis l’existence d’«un lien manifeste» entre les crimes allégués et le conflit armé ( Le Procureur c/ Delali} et
1057
Convention concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, La Haye, 1907, avec en annexe le Règlement consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 193 et 197). Dans l’affaire Bla{ki}, la Chambre de
concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. première instance a défini cette condition comme la nécessité de trouver «un lien manifeste entre les actes criminels
1058
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception allégués et le conflit armé dans son ensemble» ( Le Procureur c/ Bla{ki}, affaire n° IT-95-14-T, Jugement,
préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 89 («Arrêt sur la compétence»), confirmé dans Le Procureur c/ 3 mars 2000, par. 69).
1066
Delali} et consorts, affaire n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001, par. 125 et 136. Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception
1059
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 94.
1067
préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 91. Idem. Dans Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 20, la Chambre d’appel
1060
Ibidem, par. 65 et 67. souscrit à ces conditions.
1061 1068
Ibid., par. 67. Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception
1062
Ibid., par. 70. préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 143.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
c) Conditions générales d’application de l’article 3 du Statut à raison de l’article 3 commun iii) la violation doit être grave, c’est-à-dire qu’elle doit constituer une infraction aux
règles protégeant des valeurs importantes, et cette infraction doit emporter des conséquences
405. On l’a dit, le Procureur s’est fondé sur l’article 3 commun pour les accusations de
sérieuses pour la victime ;
torture et d’atteintes à la dignité des personnes portées en vertu de l’article 3 du Statut. Il en
est en partie de même pour les accusations de viol. Le passage de l’article 3 commun aux iv) la violation de la règle doit entraîner, en droit international coutumier ou
Conventions de Genève qui nous intéresse prévoit que : conventionnel, la responsabilité pénale individuelle de son auteur ;
En cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le v) il doit exister un lien étroit entre la violation et le conflit armé ;
territoire de l’une des Hautes Parties contractantes, chacune des Parties au conflit sera
tenue d’appliquer au moins les dispositions suivantes : 1) Les personnes qui ne participent
pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les vi) la violation doit être commise contre des personnes qui ne participent pas
armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention,
ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité, sans directement aux hostilités1071 .
aucune distinction de caractère défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la
croyance, le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critère analogue. À cet effet,
sont et demeurent prohibés, en tout temps et en tout lieu, à l’égard des personnes Il semble à la Chambre de première instance que l’article 3 commun pourrait également
mentionnées ci-dessus : a) les atteintes portées à la vie et à l’intégrité corporelle,
notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, exiger l’existence d’un lien entre l’auteur et une partie au conflit. Étant donné qu’en
tortures et supplices ; b) les prises d’otages ; c) les atteintes à la dignité des personnes, l’espèce, les trois accusés ont combattu pour le compte de l’une des parties belligérantes, la
notamment les traitements humiliants et dégradants ; d) les condamnations prononcées et
les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement Chambre de première instance n’est pas tenue de préciser si un tel lien est nécessaire et, si
constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les
peuples civilisés. 2) Les blessés et malades seront recueillis et soignés. ?…g oui, de quelle nature il devrait être 1072 .
406. Il est bien établi dans la jurisprudence du Tribunal que l’article 3 commun aux 408. La Chambre est convaincue que l’article 3 commun et les accusations portées sur
Conventions de Genève a acquis le statut de norme du droit international coutumier 1069 . Son cette base satisfont aux quatre premières conditions générales énumérées ci-dessus.
application étant la même en droit international coutumier qu’en droit conventionnel, et les S’agissant notamment de la deuxième condition générale, la Chambre d’appel a conclu dans
332
parties concernées n’étant liées par aucun accord visant à modifier cet article pour les son Arrêt sur la compétence que l’article 3 commun était devenu partie intégrante du droit
besoins de la présente espèce, la Chambre juge suffisant de s’attacher aux conditions international coutumier 1073 . Pour ce qui est de la troisième condition, l’Arrêt sur la
générales de sa mise en œuvre dans le cadre du droit international coutumier. Elle estime compétence prononcé dans l’affaire Tadi} n’établit pas clairement si toutes les violations de
donc qu’il n’est pas nécessaire d’examiner d’éventuelles conditions supplémentaires pour les l’article 3 commun doivent être graves. On y lit seulement que «le droit international
accusations de viol fondées sur le droit conventionnel, l’article 3 commun étant suffisant, en coutumier impose une responsabilité pénale pour les violations graves de l’article 3
principe, pour fonder ces accusations portées sur la base de l’article 3 du Statut, comme on le commun 1074 "…"». En particulier, les viols, les tortures et les atteintes à la dignité des
1070
verra dans la suite . personnes constituent indubitablement des violations graves de l’article 3 commun et
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
engagent donc, en droit international coutumier, la responsabilité pour crimes de leurs 1. L’existence d’un conflit armé
auteurs 1075 .
412. Un conflit armé existe chaque fois qu’il y a recours à la force armée entre États ou
409. La Chambre de première instance examinera plus loin la question de savoir si les qu’il existe un conflit armé prolongé entre des autorités étatiques et des groupes armés
trois dernières conditions sont réunies, tout en portant une appréciation sur les éléments de organisés ou entre de tels groupes au sein d’un État1082 .
preuve produits.
413. L’existence d’un conflit armé pour les crimes contre l’humanité va au-delà des
C Les éléments communs des crimes tombant sous le coup de l’article 5 du conditions posées par le droit international coutumier. La Chambre d’appel l’a interprétée
Statut comme une condition préalable générale – propre au Statut du Tribunal –, lequel suppose
l’existence d’un conflit armé à l’époque et dans les lieux visés par l’acte d’accusation 1083 .
410. L’article 5 du Statut du Tribunal énumère une série d’infractions qui constituent des
Cette condition ne signifie pas qu’il doit exister un lien fondamental entre les actes de
crimes contre l’humanité dès lors qu’elles sont commises dans le contexte d’un conflit armé
l’accusé et le conflit armé, de nature telle que l’accusé aurait eu l’intention de participer à
et s’inscrivent dans le cadre d’«attaque dirigée contre une population civile quelle qu’elle
celui-ci 1084 . La Chambre d’appel a conclu qu’aucun lien n’était requis entre les actes de
soit». On considère généralement que l’expression «attaque dirigée contre une population
l’accusé et le conflit armé, et que la condition de l’existence d’un conflit armé était remplie
civile quelle qu’elle soit» englobe les cinq sous-éléments suivants :
s’il était prouvé qu’il existait un tel conflit à l’époque et dans les lieux concernés1085 .
333
2. L’existence d’une attaque et la nécessité que les actes s’inscrivent dans le cadre de
iv) l’attaque doit être «généralisée ou systématique1079 » ; celle-ci
v) l’auteur doit être informé du contexte général dans lequel s’inscrivent ses actes et être 415. Une «attaque» peut s’analyser comme un type de comportement entraînant des actes
conscient qu’ils constituent une participation à cette attaque 1080 . de violence. Dans l’affaire Tadic, la Chambre de première instance a constaté1087 :
411. Le Statut prévoit en outre que l’acte criminel doit avoir été «commis au cours d’un Le caractère même des crimes pour lesquels la compétence est attribuée au Tribunal
international par l’article 5, à savoir qu’ils soient «dirigés contre une population civile
conflit armé» pour que le Tribunal ait compétence pour juger les crimes réprimés par quelle qu’elle soit», garantit que les accusations ne porteront pas sur un acte particulier
l’article 5 de son Statut1081 . mais, au contraire, sur un type de comportement.
1075
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception
préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 134 ; confirmé dans Le Procureur c/ Delali} et consorts, affaire
1082
n° IT-96-21-A, Arrêt, 20 février 2001, par. 174. Voir également Le Procureur c/ Bla{ki}, affaire n° IT-95-14-T, Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception préjudicielle
Jugement, 3 mars 2000, par. 134. d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 70.
1076 1083
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 251. Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 249. Voir également Le Procureur c/
1077
Ibidem, par. 248. Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 546.
1078 1084
L’article 5 du Statut stipule expressément que les actes doivent être «dirigés contre une population civile quelle Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 249 et 272. Voir également Le Procureur c/
qu’elle soit». Voir également Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 635 à 644. Bla{ki}, affaire n° IT-95-14-T, Jugement, 3 mars 2000, par. 71.
1079 1085
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 248 ; voir également Le Procureur c/ Mrkšic Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 249 et 251.
1086
et consorts, affaire n° IT-95-13-R61, Examen de l’acte d’accusation dans le cadre de l’article 61, 3 avril 1996, par. 30. Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception préjudicielle
1080
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 248. d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 70.
1081 1087
Ibidem, par. 249. Voir également Le Procureur c/ Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Décision sur l’exception préjudicielle de la Défense relative à la forme
14 janvier 2000, par. 546. de l’acte d’accusation, 14 novembre 1995, par. 11.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
416. Dans le cas d’un crime contre l’humanité, le terme «attaque» a une signification 420. Enfin, la Chambre de première instance fait remarquer que, bien que l’attaque doive
1088
légèrement différente de celle qu’il revêt dans les lois de la guerre . En matière de crime s’inscrire dans le cadre d’un conflit armé, elle peut également se prolonger au-delà de
contre l’humanité, l’«attaque» ne se limite pas à la conduite des hostilités, mais peut celui-ci1092 .
également comprendre des situations où des mauvais traitements sont infligés à des
3. L’attaque doit être «dirigée contre une population civile quelle qu’elle soit»
personnes ne participant pas directement aux hostilités, des personnes détenues, par
exemple. Les deux acceptions de ce terme procèdent toutefois de la même idée, à savoir que 421. L’expression «dirigée contre» indique que dans le cas d’un crime contre l’humanité,
la guerre devrait mettre aux prises des forces armées ou des groupes armés, et qu’on ne la population civile doit être la cible principale de l’attaque.
saurait légitimement prendre pour cible la population civile.
422. Le désir d’exclure les actes isolés ou fortuits de la notion de crimes contre l’humanité
417. Il n’est pas nécessaire que l’infraction en cause consiste dans l’attaque. Il suffit
a conduit à poser comme condition que les actes soient dirigés contre une «population 1093 »
qu’elle y participe, ou, pour reprendre la formule de la Chambre d’appel, qu’elle ait «été
civile. Selon la formulation de la Chambre de première instance dans l’affaire Tadic,
commis?eg dans le contexte d’une attaque généralisée ou systématique contre une population
l’expression «dirigés contre une population civile quelle qu’elle soit» garantit qu’en général,
civile1089 ». Comme il a été dit dans le cadre de l’affaire Mrk{i}1090 :
l’attaque ne consistera pas dans un acte particulier, mais dans un type de comportement 1094 .
Les crimes contre l’Humanité ?…g doivent ?…g être généralisés ou présenter un caractère
systématique. Cependant, dans la mesure où il présente un lien avec l’attaque généralisée 423. La protection de l’article 5 s’étend à toute population civile «quelle qu’elle soit», y
ou systématique contre une population civile, un acte unique pourrait remplir les
conditions d’un crime contre l’Humanité. De ce fait, un individu qui commet un crime compris, lorsqu’un État prend part à l’attaque, à la population de cet État1095 . Il n’est donc
contre une seule victime ou un nombre limité de victimes peut être reconnu coupable d’un
crime contre l’Humanité si ses actes font partie du contexte spécifique ?d’une attaque pas nécessaire de démontrer que les victimes sont liées à l’une ou l’autre des parties au
contre une population civileg.
conflit1096 .
418. Il doit exister, entre les actes de l’accusé et l’attaque, un lien consistant dans :
424. L’expression «population» ne signifie pas que l’attaque doive viser toute la
334
i) la commission d’un acte qui, par sa nature ou par ses conséquences, fait population de la zone géographique où elle a lieu (un État, une municipalité ou toute autre
objectivement partie de l’attaque, zone délimitée) 1097 .
ii) l’accusé ayant connaissance de l’attaque menée contre la population civile et du fait 425. La «population civile» comprend, ainsi que le suggère le Commentaire des deux
1091 Protocoles additionnels de 1977 aux Conventions de Genève de 1949, toutes les personnes
que son acte s’inscrit dans le cadre de cette attaque .
civiles par opposition aux membres des forces armées et aux autres combattants
419. Il suffit de démontrer que l’acte criminel a été commis alors que se multipliaient les
légitimes1098 . La population prise pour cible doit être à dominante civile 1099 , sans que,
actes de violence qui, pris individuellement, peuvent être de nature et de gravité très
variables.
1092
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 251. Voir également Le Procureur c/
Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 546 ; Le Procureur c/ Tadi}, affaire
n° IT-94-1-A, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception préjudicielle d’incompétence,
2 octobre 1995, par. 69.
1093
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 648 et la jurisprudence citée. Voir également
History of the United Nations War Crimes Commission (1948), p. 193 : «Le mot population semble indiquer qu’on se
réfère à un nombre plus élevé de victimes, et que des actes uniques ou isolés dirigés contre des individus n’entrent pas
dans le champ de ce concept.» ?traduction non officielleg
1088 1094
L’article 49 1) du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève du 12 août 1949 définit par exemple les Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Décision sur l’exception préjudicielle de la Défense relative à la forme
«attaques» comme des «actes de violence contre l’adversaire, que ces actes soient offensifs ou défensifs». de l’acte d’accusation, 14 novembre 1995, par. 11.
1089 1095
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 248 et 255. Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 635. Voir également History of the United
1090
Le Procureur c/ Mrk{i} et consorts, affaire n° IT-95-13-R61, Examen de l’acte d’accusation dans le cadre de Nations War Crimes Commission (1948), p. 193.
1096
l’article 61 du Règlement de procédure et de preuve, 3 avril 1996, par. 30. Voir, par exemple, Attorney General of the State of Israel v Yehezkel Ben Alish Enigster, Tribunal de district de
1091
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 248, 251 et 271 ; Le Procureur c/ Tadi}, Tel-Aviv, 4 janvier 1952.
1097
affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 659 ; Le Procureur c/ Mrk{i} et consorts, affaire n° IT-95-13-R61, Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 644.
1098
Examen de l’acte d’accusation dans le cadre de l’article 61 du Règlement de procédure et de preuve, 3 avril 1996, Sandoz, Swinarski et Zimmermann (éditeurs), Commentaire des Protocoles additionnels du 8 juin 1977 aux
par. 30. Voir également Le Procureur c/ Kunarac et consorts, affaire n° IT-96-23 et IT-96-23/1, Décision relative à Conventions de Genève du 12 août 1949 (1986), p. 611, 1451 et 1452.
1099
la requête du Procureur aux fins d’exclure certains éléments de preuve et de limiter un témoignage, par. 6 b). Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 638.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
cependant, la présence de certains non-civils en son sein modifie la nature de cette en œuvre et des conséquences pour la population, si l’attaque était effectivement généralisée
population 1100 . ou systématique.
426. Prise individuellement, toute personne est considérée comme civile tant qu’il existe 431. Seule l’attaque, non les actes individuels de l’accusé, doit être «généralisée ou
un doute sur son statut 1101 . La population civile prise dans son ensemble ne doit jamais être systématique». C’est pourquoi un acte unique peut être considéré comme un crime contre
attaquée en tant que telle 1102 . De plus, le droit international coutumier contraint les parties au l’humanité s’il intervient dans un certain contexte 1108 :
conflit à distinguer à tout moment entre la population civile et les combattants, et leur
Par exemple, la dénonciation d’un voisin juif aux autorités nazies – si elle est commise
interdit d’attaquer un objectif militaire s’il est probable que cette attaque entraînera pour la dans un contexte de persécution généralisée – a été considérée comme un crime contre
l’humanité. Toutefois, un acte isolé, c’est-à-dire une atrocité qui n’a pas été commise dans
population civile des pertes ou des dommages qui seraient excessifs au regard de l’avantage pareil contexte, ne peut recevoir cette qualification.
militaire escompté 1103 .
432. La Chambre note qu’il y a eu certaines différences d’approche entre la jurisprudence
427. L’attaque doit être soit «généralisée» soit «systématique», ce qui exclut donc les du TPIY, du TPIR et d’autres juridictions, ainsi que dans l’histoire de l’élaboration
actes isolés ou fortuits1104 . d’instruments internationaux, sur la question de savoir si le droit coutumier existant requiert
un élément de généralité 1109 . La Chambre n’a pas à trancher ce point, puisque, même en
428. L’adjectif «généralisé» indique que l’attaque est menée sur une grande échelle et que
admettant qu’une telle condition existe, celle-ci est remplie en l’espèce.
le nombre des victimes est élevé 1105 . Comme l’explique le commentaire du Projet de code de
crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité de la Commission du droit 4. L’élément moral : l’auteur est conscient du contexte criminel plus large dans lequel
1106 son acte s’inscrit
international :
433. La Chambre d’appel a clairement établi dans l’affaire Tadic que les mobiles ayant
?Lges actes inhumains doivent être commis sur une grande échelle, c’est-à-dire dirigés
contre une multiplicité de victimes. Cela exclut un acte inhumain isolé dont l’auteur poussé l’accusé à participer à l’attaque importent peu, et qu’un crime contre l’humanité peut
335
agirait de sa propre initiative et qui serait dirigé contre une victime unique.
être commis pour des raisons purement personnelles 1110 .
429. L’adjectif «systématique» dénote le caractère organisé des actes de violence, et
l’invraisemblance qu’ils se produisent fortuitement 1107 . C’est au scénario des crimes –
c’est-à-dire à la répétition délibérée et régulière de comportements criminels similaires – que
l’on reconnaît leur caractère systématique.
430. Le caractère généralisé ou systématique de l’attaque est par essence une notion 1108
Le Procureur c/ Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 550. Voir également
relative. La Chambre de première instance doit tout d’abord identifier la population visée par Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 649.
1109
La question reste ouverte de savoir si les sources originales fréquemment citées par les Chambres de ce Tribunal et du
l’attaque et déterminer ensuite, à la lumière des moyens, des méthodes, des ressources mis TPIR plaident en faveur de l’existence d’une telle condition. Voir Le Procureur c/ Nikoli}, affaire n° IT-94-2-I,
Examen de l’acte d’accusation dans le cadre de l’article 61 du Règlement de procédure et de preuve, 20 octobre 1995,
par. 26 ; Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 644 et 653 ; Le Procureur c/
Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 551 et 552 ; Le Procureur c/ Bla{ki},
affaire n° IT-95-14-T, Jugement, 3mars 2000, par. 203 à 205, 254 et 257 ; Le Procureur c/ Akayesu, affaire
n° ICTR-96-4-T, Jugement, 2 septembre 1998, par. 580 ; Le Procureur c/ Kayishema et Ruzindana, affaire
1100
Le Procureur c/ Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 549. n° ICTR-95-1-T, Jugement, 21 mai 1999, par. 124 ; et comparer avec le Jugement de Nuremberg, reproduit dans
1101
Voir art. 50 1) du Protocole additionnel I. Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international, Nuremberg, 14 novembre 1945–
1102
Voir art. 51, alinéas 2), 3), 4), 5) et 6) du Protocole additionnel I. 1er octobre 1946, vol. 1, p. 87, 267, 324 (concernant Streicher) et p. 324 et suiv. (concernant Von Schirach) ; art. 9
1103
Voir, par exemple, les articles 43, 48 et 57 du Protocole additionnel I. Comme l’indique le Commentaire des deux et 10 du Statut du Tribunal de Nuremberg ; Control Council Law N° 10 case of the court at Stade (Germany), ILR
Protocoles additionnels, sur cette règle de droit coutumier repose tout l’édifice mis sur pied à La Haye, en 1899 et 14/1947, p. 100 à 102 ; Cour suprême de la Zone britannique, OGH br Z, Vol I, p. 19 et Vol II, p. 231 ; In re
1907, et à Genève, de 1864 à 1977 ?Sandoz, Swinarski et Zimmermann (éditeurs), Commentaire des Protocoles Altstötter, ILR 14/1947, p. 278 et 284 ; l’affaire hollandaise In re Ahlbrecht, ILR 16/1949, p. 396 ; l’affaire
additionnels du 8 juin 1977 aux Conventions de Genève du 12 août 1949 (1986), p. 608g. australienne Ivan Timofeyevich Polyukhovich v The Commonwealth of Australia and Anor (1991) 172 CLR 501,
1104
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 648. affaire FC 91/026, 1991 Aust Highct LEXIS 63, BC9102602 ; Yearbook of the International Law Commission (1954),
1105
Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 648 et Le Procureur c/ Bla{ki}, affaire Vol II, p. 150 ; Rapports de la Commission du droit international sur les travaux de sa 43e session, 29 avril–
n° IT-95-14-T, Jugement, 3 mars 2000, par. 206. Voir également Le Procureur c/ Akayesu, ICTR-96-4-T, Jugement, 19 juillet 1991, Supplément n° 10 (Documents officiels de l’Organisation des Nations Unies n° A/46/10), p. 288 et
2 septembre 1998, par. 580. suiv., de sa 46e session, 2 mai–22 juillet 1994, Supplément n° 10 (Documents officiels de l’Organisation des Nations
1106
Rapport de la Commission du droit international sur les travaux de sa quarante-huitième session (1996), Documents Unies n° A/49/10), p. 81 et suiv., de sa 47e session, 2 mai-21 juillet 1995, par. 87 et suiv., et de sa 48e session, 6 mai–
officiels de l’Assemblée générale, 51e session, Supplément n° 10 (Doc A/51/10), p. 116. 26 juillet 1996, Supplément n° 10 (Documents officiels de l’Organisation des Nations Unies n° A/51/10), p. 114 et
1107
Le Procureur c/ Bla{ki}, Jugement, 3 mars 2000, par. 203 ; Le Procureur c/ Tadi}, Jugement, 7 mai 1997, par. 648. suiv.
1110
Voir également Le Procureur c/ Akayesu, Jugement, 2 septembre 1998, par. 580. Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 248 et 252.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
434. L’auteur doit non seulement avoir l’intention de commettre le crime en question, commise sur la personne d’autrui sous l’empire de la contrainte 1116 », elle a examiné les
mais également savoir que la population civile fait l’objet d’une attaque et que ses actes différentes sources du droit international et constaté qu’on ne pouvait dégager les éléments
s’inscrivent dans le cadre de celle-ci 1111 , ou du moins prendre le risque que son acte participe constitutifs du viol du droit international conventionnel ou coutumier, pas plus que des
1112
de cette attaque . Il n’est toutefois pas nécessaire qu’il soit informé des détails de «principes généraux du droit international pénal ou ?deg ceux du droit international». Elle a
l’attaque. donc estimé que «pour arriver à une définition précise du viol, basée sur le principe en vertu
duquel les normes pénales doivent avoir un contenu précis (principle of specificity,
435. Enfin, comme la Chambre l’a montré plus haut, l’article 5 du Statut vise à protéger
Bestimmtheistgrundsatz, exprimé par le brocard latin nullum crimen sine lege stricta), il faut
les civils, par opposition aux membres des forces armées ou à d’autres combattants
rechercher des principes du droit pénal communs aux grands systèmes juridiques. On peut,
légitimes1113 , mais l’Accusation n’est pas tenue de prouver que l’accusé a choisi ses victimes
avec toute la prudence nécessaire, dégager ces principes du droit interne 1117 ». Elle a conclu
en raison de leur statut de civils. Néanmoins, l’auteur du crime doit, au minimum, avoir su
de l’examen de la législation interne d’un certain nombre d’États que l’élément matériel
que sa victime était un civil ou en avoir envisagé la possibilité. La Chambre souligne qu’en
(actus reus) du crime de viol est constitué par :
cas de doute, toute personne doit être considérée comme un civil. L’Accusation doit
démontrer que l’auteur ne pouvait raisonnablement croire que la victime était un membre des i) la pénétration sexuelle, fût-elle légère :
forces armées. a) du vagin ou de l’anus de la victime par le pénis ou tout autre objet utilisé
par le violeur, ou
D. Viol
b) de la bouche de la victime par le pénis du violeur ;
436. Les trois accusés doivent, pour les viols qu’ils ont commis, répondre d’une violation ii) par l’emploi de la force, de la menace ou de la contrainte contre la victime ou une
tierce personne1118 .
des lois et coutumes de la guerre, en vertu de l’article 3 du Statut, et d’un crime contre
l’humanité, en vertu de son article 5. L’article 5 g) du Statut cite expressément le viol au 438. La présente Chambre de première instance convient que, lorsque ces éléments sont
336
nombre des crimes contre l’humanité relevant de la compétence du Tribunal. Cette prouvés, l’actus reus du viol est constitué en droit international. Toutefois, vu les
compétence est également bien établie pour ce qui est des viols qui constituent une atteinte à circonstances de l’espèce, la Chambre de première instance considère qu’il est nécessaire de
la dignité des personnes contraire aux lois ou coutumes de la guerre et sanctionnée en tant préciser la manière dont elle comprend le paragraphe ii) de la définition Furundžija. Elle
que telle par l’article 3 du Statut, sur la base de l’article 3 commun aux Conventions de considère que cette définition, bien adaptée aux circonstances de l’espèce, est cependant plus
Genève de 19491114 . Les éléments communs des crimes visés à chacun de ces articles sont stricte sur un point que ne l’exige le droit international. En indiquant que l’acte de
exposés ci-dessus. pénétration sexuelle ne constitue un viol que s’il s’accompagne de l’emploi de la force, de la
menace de son emploi ou de la contrainte sur la personne de la victime ou d’un tiers, la
437. La Chambre de première instance saisie de l’affaire Furundžija a étudié les éléments définition Furundžija passe sous silence d’autres facteurs qui feraient de la pénétration
spécifiques constitutifs du crime de viol, que n’exposent ni le Statut ni les instruments du sexuelle un acte non consensuel ou non voulu par la victime 1119 , ce qui, comme l’a laissé
droit international humanitaire ou des droits de l’homme 1115 . Après avoir fait remarquer que
présager l’audience 1120 et comme nous le verrons plus loin, est, de l’avis de la Chambre de
la Chambre de première instance du Tribunal pénal international pour le Rwanda saisie de
l’affaire Akayesu avait défini le viol comme «une invasion physique de nature sexuelle
1116
Le Procureur c/ Akayesu, affaire n° ICTR-96-4-T, Jugement, 2septembre 1998, par. 597. Cette définition des
éléments constitutifs du viol a été reprise par la Chambre de première instance du TPIY dans l’affaire Le Procureur
c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 478 et 479.
1117
Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 177.
1111 1118
Ibidem, par. 248 ; Le Procureur c/ Tadi}, affaire n° IT-94-1-T, Jugement, 7 mai 1997, par. 659 ; Le Procureur c/ Ibidem, par. 185 («la définition Furundžija»).
1119
Kupre{ki} et consorts, affaire n° IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier 2000, par. 556. L’Accusation, en mettant l’accent sur la nécessité de prouver la «contrainte, la force ou les menaces» dans son
1112
Le Procureur c/ Bla{ki}, affaire n° IT-95-14-T, Jugement, 3 mars 2000, par. 247 et 251. Mémoire en clôture (par. 754), paraît également préférer une définition du viol plus étroite que ne l’indiquent les
1113
History of the United Nations War Crimes Commission (1948), p. 193. sources du droit international examinées dans ce jugement. Toutefois ces arguments semblent percevoir à tort
1114
Voir supra la partie concernant les éléments communs des crimes visés à l’article 3 (par. 400 à 409). Voir, l’absence de consentement comme une sorte «d’élément supplémentaire» ou de «facteur additionnel» plutôt qu’un
notamment, par. 1) c) de l’article 3 commun aux Conventions de Genève : «les atteintes à la dignité des personnes, critère qui couvre l’éventail plus étroit des facteurs cités (voir le Mémoire en clôture du Procureur, par. 755 et 760).
notamment les traitements humiliants et dégradants», ce qui inclut le viol. Voir aussi Le Procureur c/ Furundžija, Comme la Chambre le montrera, elle ne s’accorde pas avec l’Accusation pour dire que le droit international impose
affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 173. de faire la preuve de l’emploi de la force, de la menace ou de la contrainte.
1115 1120
Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998. CR, 19 avril 2000, p. 1980 à 1982.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
première instance, le sens précis qu’il faut donner en droit international à cet élément de la seulement la force, la menace de son emploi ou la contrainte, mais aussi le défaut de
définition. consentement ou de participation volontaire, lorsqu’on y lit que :
439. Comme on l’a fait observer dans l’affaire Furundžija, le recours aux principes "…" tous les systèmes juridiques examinés par la Chambre de première instance exigent
l’usage de la force, de la contrainte, de la menace ou le défaut de consentement de la
généraux du droit, communs aux principaux systèmes juridiques du monde, permet, en victime : la force est entendue au sens large et peut consister à neutraliser la victime1123 .
l’absence de règles de droit international conventionnel ou coutumier sur la question, de
441. Un examen plus approfondi des systèmes juridiques passés en revue dans le
dégager les règles internationales pour déterminer les circonstances dans lesquelles les actes
jugement Furundžija, ainsi que des dispositions pertinentes d’un certain nombre d’autres
de pénétration sexuelle définis ci-dessus constituent un viol 1121 . La valeur de ces sources
systèmes, confirme l’interprétation qui vient d’être donnée et qui met l’accent sur les
réside en ce qu’elles permettent d’isoler des «concepts généraux et des institutions
violations graves de l’autonomie sexuelle.
juridiques», qui, s’ils sont communs à un large éventail de systèmes juridiques internes, sont
révélateurs d’une certaine tendance internationale sur un point de droit, dont on peut 442. En général, la législation interne et les décisions judiciaires qui définissent le crime
considérer qu’elle fournit une bonne indication de l’état du droit international en la matière. de viol précisent la nature des actes sexuels qui peuvent le constituer et les circonstances
En passant en revue les principaux systèmes juridiques internes, la Chambre de première dans lesquelles ils deviennent criminels. Le droit en vigueur dans différents systèmes
instance ne cherche pas à découvrir une disposition juridique précise qui aurait été adoptée juridiques à l’époque considérée en l’espèce recense un grand nombre de facteurs qui
par la majorité d’entre eux, mais à déterminer s’il est possible de dégager, à partir de permettent de qualifier de viol les actes sexuels considérés. Ces facteurs se rangent pour la
l’examen général de ces systèmes internes, certains principes fondamentaux ou, selon les plupart en trois grandes catégories :
1122
termes du jugement Furundžija, des «dénominateurs communs », qui intègrent les
i) l’acte sexuel s’accompagne de l’emploi de la force ou de la menace de son emploi
principes à adopter dans un cadre international.
envers la victime ou un tiers ;
337
440. Nous l’avons noté plus haut, la Chambre de première instance a étudié, dans l’affaire
ii) l’acte sexuel s’accompagne de l’emploi de la force ou de certaines autres
Furundžija, un certain nombre de systèmes juridiques internes pour définir les éléments
circonstances qui rendent la victime particulièrement vulnérable ou la privent de la
constitutifs du viol. La présente Chambre estime que, dans leur ensemble, les systèmes
possibilité de refuser en connaissance de cause ; ou
juridiques examinés ont en commun un principe fondamental, à savoir que la pénétration
sexuelle constitue un viol dès lors que la victime n’est pas consentante ou ne l’a pas voulu. iii) l’acte sexuel a lieu sans le consentement de la victime.
Certes, dans de nombreux systèmes juridiques, sont pris en compte les éléments énumérés
dans la définition Furundžija – la force, la menace de son emploi ou la contrainte – mais 1. L’emploi de la force ou la menace de son emploi
l’ensemble des dispositions signalées dans ce jugement donne à penser que le véritable
443. Dans un certain nombre de systèmes juridiques, la définition du viol exige que l’acte
dénominateur commun aux divers systèmes pourrait bien être un principe plus large et plus
sexuel soit accompli par la force ou qu’il s’accompagne de l’emploi de la force ou de la
fondamental, qui consisterait à sanctionner les violations de l’autonomie sexuelle. Le
menace de son emploi. C’est ainsi que le code pénal de Bosnie-Herzégovine disposait à ce
jugement Furundžija lui-même donne à penser que sont à prendre en considération non
sujet :
"…c"elui qui aura contraint une femme, en usant de violence ou de menace contre la vie
ou l’intégrité corporelle de cette femme ou d’une personne proche de cette femme, à subir
l’acte sexuel hors mariage, sera puni d’une peine d’emprisonnement de un à dix ans1124 .
1121
Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 177. Voir aussi Le
1123
Procureur c/ Tadic, affaire n° IT-94-1-A-R77, Arrêt relatif aux allégations d’outrage formulées à l’encontre du Ibidem, par. 80.
1124
précédent conseil, Milan Vujin, 31 janvier 2000, par. 15 : «Il est par ailleurs utile de se référer aux principes généraux Code pénal de la République socialiste de Bosnie-Herzégovine (1991), chap. XI, art. 88 1) ?traduit à l’annexe IV de la
du droit communs aux grands systèmes juridiques dans le monde, tels qu’ils ont été développés et affirmés (le cas Grille générale des peines et pratique judiciaire en ex-Yougoslavie, 1994g. L’article 90 incrimine également les
échéant) dans la jurisprudence internationale.» rapports sexuels sous la contrainte lorsque celle-ci consiste à tirer avantage de la maladie mentale de la victime, d’un
1122
Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 178. état de folie temporaire, de son infirmité ou de tout autre état qui l’empêche de résister.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
En Allemagne, le code pénal en vigueur à l’époque considérée disposait :
Viol 1) Quiconque contraint une femme à avoir des rapports sexuels extraconjuguaux 2. Circonstances particulières qui rendent la victime vulnérable ou l’abusent
avec lui, ou avec une tierce personne, par l’emploi de la force ou par des menaces de mort
ou de violences immédiates, est puni d’au moins deux ans d’emprisonnement1125 .
446. Dans un certain nombre de systèmes juridiques, on considère que certains actes
sexuels précis constituent un viol non seulement lorsqu’ils s’accompagnent de l’emploi de la
444. Le code pénal coréen définit le viol comme le fait d’avoir un rapport sexuel avec une force ou de la menace de son emploi, mais aussi en présence d’autres circonstances
femme «par la violence ou l’intimidation 1126 ». De même, pour que le viol soit constitué, les particulières, notamment lorsque la victime a été mise hors d’état de résister, qu’elle était
1127 1128 1129 1130 1131
systèmes juridiques chinois , norvégien , autrichien , espagnol et brésilien , particulièrement vulnérable ou qu’elle ne pouvait résister en raison d’une incapacité
etc., exigent le recours à la violence, à la force ou à la menace de l’emploi de la force. physique ou mentale, ou qu’on l’a prise par surprise ou par ruse.
445. Certains systèmes juridiques exigent la preuve qu’il y a eu emploi de la force ou 447. Les codes pénaux d’un certain nombre d’États européens contiennent des
menace de son emploi (ou des concepts équivalents) et que la victime n’avait pas donné son dispositions de ce type. Le Code pénal suisse prévoit que commet un viol quiconque
consentement ou que le viol avait été commis contre son gré 1132 . Certains systèmes contraint une personne de sexe féminin à avoir une relation sexuelle, «notamment en usant
juridiques aux États-Unis d’Amérique sont dans ce cas 1133 . de menace ou de violence, en exerçant sur sa victime des pressions d’ordre psychique ou en
la mettant hors d’état de résister 1134 ». De même, est insérée dans le code pénal portugais une
disposition sur le viol qui envisage l’éventualité où l’auteur mettrait sa victime hors d’état de
résister 1135 . Le code pénal français définit le viol comme «?tgout acte de pénétration sexuelle,
de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte,
menace ou surprise ?...g1136 ». Le code pénal italien incrimine le fait de contraindre une
1125
Strafgesetzbuch, art. 177 1). L’article 177 a été modifié. La nouvelle version, entrée en vigueur le 1er avril 1998,
prévoit que le crime de contrainte sexuelle ou de viol est également consommé lorsque l’auteur «tire avantage d’une
personne à avoir des relations sexuelles par la violence ou les menaces, mais il applique la
338
situation dans laquelle la victime est sans défense face au criminel». Bien que cette disposition ne permette pas
directement de déterminer l’état du droit international à l’époque des crimes reprochés dans les actes d’accusation, même peine à quiconque a des relations sexuelles avec toute personne qui, notamment,
elle peut servir d’indication sur la tendance qu’ont les systèmes juridiques internes à élargir le nombre des
circonstances dans lesquelles un acte sexuel peut être qualifié de viol.
souffre «de maladie mentale, ou n’est pas en mesure de résister en raison d’une déficience
1126
Code pénal coréen, chap. XXXII, art. 297 ?traduction non officielle en français à partir de la traduction en anglais
présentée sur [Link] le site Internet du gouvernement coréen (site visité le
physique ou mentale, même si ce fait est indépendant de l’acte de l’auteur» ou qui «a été
18 mars 1999)g.
1127 trompée parce que l’auteur a usurpé l’identité d’une autre personne» 1137 .
Loi pénale (1979), art. 139 : «Quiconque par la violence, la contrainte ou d’autres moyens viole une femme est
passible d’au moins trois ans et d’au moins dix ans d’emprisonnement.» ?traduction non officielleg Cette loi, en
vigueur à l’époque des faits de l’espèce, a été remplacée par le code pénal de 1997, dont l’article 236 contient la
même interdiction. 448. Au Danemark, l’article 216 du code pénal dispose que commet un viol quiconque
1128
Code civil pénal général, chap. 19, art. 192 : «Est coupable de viol toute personne qui, par la force ou en suscitant la
crainte pour la vie ou la santé d’une personne, contraint autrui à commettre un acte indécent ou s’en rend complice «impose des rapports sexuels par la violence ou la menace d’y recourir», mais précise que
"…"» ?traduction non officielle à partir de la traduction en anglais du Ministère norvégien de la justice, The General
Civil Penal Code (1995)g. «mettre une personne dans une situation qui l’empêche d’opposer une résistance à cet acte
1129
Strafgesetzbuch, art. 201 : «"..." par l’emploi de la force brutale ou la menace de mise en danger grave et immédiate de
la vie ou de l’intégrité physique de la victime ou d’une tierce personne "…"» ?traduction non officielle du texte en
revient à lui faire violence 1138 ». On trouve des dispositions semblables dans les codes pénaux
vigueur de 1989 à 1997g.
1130
Código Penal, art. 178 : «L’atteinte à la liberté sexuelle d’autrui, accompagnée de violence ou d’intimidations, est
passible des mêmes peines que les violences sexuelles "…"». Les «agressions sexuelles», définies comme des actes
d’atteinte à la liberté sexuelle d’autrui sans son consentement sont sanctionnées par des peines d’emprisonnement 1134
Code Pénal, art. 190 ?non souligné dans l’originalg.
plus légères : art. 181. 1135
Código Penal, art. 164 (tel qu’en vigueur en 1992) : «Quiconque a des relations sexuelles avec une femme au moyen
1131
Código Penal, art. 213 («"…" violence ou menace grave "…"»). de la violence, de menaces graves ou après l’avoir rendue inconsciente ou mise hors d’état de résister afin d’avoir ces
1132
P. ex., la Sierra Leone, où le viol (autre que le viol des mineurs, qui fait l’objet d’un texte de loi) est prévu dans la relations sexuelles, ou quiconque la contraint, par les mêmes moyens à avoir des relations sexuelles avec un tiers est
common law. La common law en vigueur en Sierra Leone définit le viol comme le fait «d’avoir des relations sexuelles passible de 2 à 8 ans d’emprisonnement.»?traduction non officielleg
1136
illicites avec une femme sans son consentement, par la force, la peur, ou la ruse» ?traduction non officielleg. Voir Code pénal, art. 222 ?non souligné dans l’originalg. Cette disposition est commentée comme suit : «Le crime de viol
Thompson, The Criminal Law of Sierra Leone (1999), p. 68 et 69. consiste dans le fait d’abuser une personne contre sa volonté soit que le défaut de consentement résulte de la violence
1133
New York Penal Law, art. 130.05 ; 130.35 : le viol au premier degré consiste à avoir des relations sexuelles avec la physique ou morale exercée à son égard, soit qu’elle résulte de tout autre moyen de contrainte ou de surprise pour
victime sans son consentement et en la plaçant sous la contrainte ou dès lors que la victime «ne peut consentir en atteindre, hors de la volonté de la victime, le but que se propose l’auteur de l’action.» Dalloz, Code pénal, Nouveau
raison de sa vulnérabilité physique» ou qu’elle a moins de 11 ans. Maryland Ann Code (1957), art. 27, 463 a) 1) : Code pénal - Ancien Code pénal (1999).
1137
«Par l’emploi de la force ou la menace de son emploi contre la volonté et sans le consentement de l’autre personne.» Codice Penale, art. 519 ; voir notamment les alinéas 3) et 4) (tels qu’en vigueur en 1992) ?traduction non officielle en
Massachusetts General Laws Ann, c 265, s 22 ; les définitions du viol et du viol aggravé mentionnent un auteur qui français à partir de la traduction en anglais de la New York University, The Italian Penal Code (1978)g.
1138
«contraint par la force autrui à se soumettre contre sa volonté ou le contraint à se soumettre en le menaçant de coups Code pénal danois, chap. 24, art. 216 1) ?non souligné dans l’original ; traduction non officielle en français à partir de
et blessures». la traduction en anglais de Hoyer, Spencer & Greve, The Danish Criminal Code (1997)g.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
suédois 1139 et finlandais1140 . En Estonie, le code pénal définit le viol comme toute relation 452. Ces dispositions insistent sur le fait que la victime, en raison d’une incapacité de
sexuelle obtenue «par la violence ou la menace de son emploi ou par l’exploitation de la caractère durable ou qualitatif (maladie mentale ou physique, ou minorité, par exemple),
vulnérabilité de la victime 1141 ». temporaire ou circonstanciel (par exemple, le fait d’être soumise à des pressions
psychologiques ou d’être autrement hors d’état de résister), n’a pas été en mesure de refuser
449. Le code pénal japonais dispose qu’«est coupable de viol quiconque, par la violence
l’acte sexuel. Des facteurs tels que la surprise, la ruse ou la tromperie ont pour principal effet
ou la menace, connaît charnellement une personne du sexe féminin de treize ans ou
que la victime subit l’acte sans avoir eu la possibilité d’opposer un refus motivé ou en
plus ?...g1142 ». Toutefois, l’article 178 du code élargit en fait la notion de viol en disposant
connaissance de cause. Le dénominateur commun à toutes ces circonstances est qu’elles ont
que dès lors qu’une personne, «tirant avantage d’une perte de raison ou d’une incapacité à
pour effet de permettre de passer outre à la volonté de la victime ou de neutraliser de
résister ou causant une telle perte de raison ou incapacité, commet un acte indécent ou
manière temporaire ou plus durable sa capacité à refuser librement l’acte sexuel.
connaît charnellement une femme 1143 », elle est passible des peines applicables au viol.
3. Défaut de consentement ou de participation volontaire
450. Le code pénal argentin définit le viol comme pénétration sexuelle lorsque celle-ci
s’accompagne de l’emploi de la force ou d’actes d’intimidation, lorsque la victime n’est pas 453. Dans la plupart des systèmes de la common law, c’est l’absence de consentement
«saine d’esprit ni responsable, ou est incapable de résister en raison d’une maladie ou pour libre et réel à la pénétration sexuelle qui constitue le viol1149 . Ainsi, la common law anglaise
tout autre motif» ou lorsque la victime a moins de 12 ans 1144 . Des dispositions similaires définit le viol comme le fait d’avoir des relations sexuelles avec une femme sans son
s’appliquent au Costa Rica 1145 , en Uruguay1146 et aux Philippines 1147 . consentement 1150 . En 1976, le viol a également été défini par un texte de loi. Le texte en
vigueur à l’époque considérée en l’espèce prévoit qu’un homme commet un viol «a)
451. Certains États des États-Unis d’Amérique assimilent dans leur code pénal à un viol
lorsqu’il a des relations sexuelles illicites avec une femme qui, au moment des faits, n’est
les relations sexuelles obtenues autrement que par la force : lorsque, par exemple, la victime
pas consentante et b) dès lors qu’à ce moment-là il sait qu’elle n’y consent pas ou qu’il ne se
a été droguée ou est inconsciente, qu’elle a été conduite par la ruse à penser que l’auteur était
soucie pas de savoir si elle y consent ?...g1151 ». Il n’est nul besoin de prouver l’emploi de la
339
son époux ou qu’elle est incapable de donner un consentement valable juridiquement parce
force ni la menace ou la crainte de son emploi. Toutefois, lorsque ces faits provoquent un
qu’elle souffre d’arriération mentale ou de troubles mentaux ou physiques 1148 .
consentement apparent, celui-ci n’est pas considéré comme véritable 1152 . D’autres pays du
Commonwealth appliquent des définitions semblables : le Canada 1153 ,
1139
Le code pénal suédois, chap. 6, art. 1 dispose que le viol est constitué dès lors qu’une personne, «par la violence ou
par une menace qui suppose un danger imminent ou que la personne menacée perçoit comme telle, contraint autrui à
avoir des rapports sexuels ou à se livrer à un acte sexuel comparable», et précise que «le fait de mettre la victime hors
d’état de résister ou dans un état d’incapacité similaire est considéré comme équivalent à la violence» ?traduction non
officielle en français à partir de la traduction en anglais du Ministère suédois de la justice, The Swedish Penal Code
(1999)g.
1140
Code pénal finlandais, chap. 20, art. 1 1) : «Quiconque force une femme à avoir des relations sexuelles au moyen de
la violence ou d’une menace de mise en danger imminente est coupable de viol ?...g. L’affaiblissement des capacités
de la femme à contrôler sa conduite ou à résister est réputé équivaloir à la violence ou à la menace.» ?traduction non
officielleg.
1141
Kriminaalkoodeks 1992, art. 115 1).
1142
Code pénal, art. 177 ?traduction non officielle à partir de la traduction en anglais du EHS Law Bulletin Series, The 1149
Penal Code of Japan (1996), Vol IIg. Voir Smith, Smith & Hogan Criminal Law (1999), p. 457 : «Le défaut de consentement constitue l’essence du viol
1143 ?...g. À une certaine époque, on disait que le rapport sexuel devait avoir été accompli par la force, la peur ou la ruse.
?Traduction non officielle, non souligné dans l’originalg.
1144 Certains ouvrages continuaient à dire le droit en ces termes jusqu’à récemment mais ils sont dépassés depuis plus d’un
Código Penal, art. 119 ?traduction non officielle, non souligné dans l’originalg.
1145 siècle.»
Código Penal, art. 156.
1146 1150
Código Penal, art. 272. La définition du code uruguayen présume expressément que les relations sexuelles sont Voir, p. ex., Report of the Advisory Group on the Law of Rape (1975), Cmnd 6352, par. 18 à 22, cit. in R v Olugboja
imposées par la violence lorsqu’elles sont commises sur une personne arrêtée ou détenue par la personne qui décide "1982" QB 320. La définition du viol en common law anglaise inspire la Hong Kong Crimes Ordinance, art. 118 :
de la détention. «Un homme commet un viol si a) il a des relations sexuelles illicites avec une femme qui, lors de celles-ci b) n’y
1147
Le code pénal révisé des Philippines dispose en son article 335 que le viol est le fait de connaître charnellement une consent pas ?...g».
1151
femme en «faisant emploi de la force ou de l’intimidation», «lorsque celle-ci est privée de raison ou autrement Sexual Offences (Amendment) Act 1976, amendant l’article premier du Sexual Offences Act 1956. La définition
inconsciente» ou lorsque la victime a moins de 12 ans. donnée dans le Sexual Offences Act 1956 a de nouveau été modifiée en 1994 dans le Criminal Justice and Public
1148
Code pénal de Californie, art. 261 a) 1), 3), 4) et 5). Voir aussi le Model Penal Code, art. 213.1 qui vise les relations Order Act 1994, art. 142, qui incrimine le fait pour un homme de violer une femme ou un homme, et précise que la
sexuelles de l’auteur avec toute personne autre que son épouse dès lors que la victime a été contrainte «de se relation sexuelle concernée peut avoir eu lieu par pénétration vaginale ou anale.
1152
soumettre par la force ou la menace de mort imminente, de coups et blessures graves, d’une douleur extrême ou d’un R v Olugboja, "1982" QB 320.
1153
enlèvement, quelle que soit la personne ainsi menacée», que l’auteur a «porté une atteinte significative aux capacités Au Canada, le viol tombe sous le coup des dispositions sur les agressions sexuelles inscrites à l’article 271 du code
de la victime à contrôler sa conduite en lui administrant ou en employant à son insu des drogues, stupéfiants ou criminel. Celles-ci sont constituées par toute agression de nature sexuelle. L’agression est définie, à l’article 265,
d’autres moyens aux fins d’empêcher toute résistance» ou que la victime est inconsciente ou a moins de 10 ans. comme le fait de toucher la victime sans son consentement.
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la Nouvelle-Zélande 1154 et l’Australie 1155 . Dans ces systèmes, il est également clair que le 455. En Afrique du Sud, la common law définit le viol comme le fait pour un homme
consentement doit être véritable et volontaire. Au Canada, le Code criminel définit le d’avoir délibérément des relations sexuelles illicites avec une femme sans son
consentement comme «l’accord volontaire du plaignant à l’activité sexuelle1156 ». Il précise consentement 1161 , alors que le code pénal zambien dispose que commet un viol :
les circonstances où on ne saurait parler de consentement ; il en est par exemple ainsi lorsque
"…" quiconque a des rapports charnels illicites avec une femme ou jeune fille, sans son
«l’accord est manifesté par les paroles ou par le comportement d’un tiers» ou lorsque consentement ou avec celui-ci, s’il est obtenu par la force ou au moyen de menaces ou
d’intimidations quelles qu’elles soient, ou par crainte d’atteintes à son intégrité physique
l’accusé «incite ?le plaignantg à l’activité par abus de confiance ou de pouvoir» 1157 . Dans le ou par une représentation fausse de la nature de l’acte ou, dans le cas d’une femme
Victoria (Australie), le consentement est défini comme «le libre accord» et la loi définit les mariée, en usurpant l’identité de son époux1162 .
circonstances dans lesquelles il n’est pas donné librement : c’est notamment vrai lorsqu’une 456. D’autres systèmes juridiques que ceux de la common law analysent également le viol
personne se soumet en raison de l’emploi de la force, par crainte de son emploi ou de peur comme des rapports sexuels sans consentement. Le Code pénal belge dispose que : «Tout
d’être victime de coups et blessures, ou parce qu’elle est illégalement détenue, lorsque la acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit,
personne est endormie, inconsciente, lorsqu’elle se méprend sur la nature de l’acte ou ne commis sur une personne qui n’y consent pas, constitue le crime de viol. Il n’y a pas
peut en comprendre la nature 1158 . consentement notamment lorsque l’acte a été imposé par la violence, la contrainte ou la ruse,
ou a été rendu possible en raison d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale de
454. Le code pénal indien dispose que les relations sexuelles avec une femme constituent
la victime1163 .»
un viol dans l’un des six cas qu’il définit : notamment si elles se produisent «contre sa
volonté», «sans son consentement» ou avec son accord si celui-ci est invalidé par diverses 4. Le principe fondamental à l’origine de l’incrimination du viol dans les systèmes
circonstances, en particulier «s’il a été obtenu en lui faisant craindre des violences, sa mort juridiques nationaux
ou celles d’une personne qui lui importe 1159 ». La disposition relative au viol dans le code 457. L’analyse des dispositions précitées indique que les éléments répertoriés sous les
pénal bengali est quasiment identique 1160 . deux premiers titres font que la volonté de la victime est ignorée ou que celle-ci se soumet
340
involontairement à l’acte. Le principe fondamental véritablement commun à tous ces
systèmes juridiques est que doivent être réprimées les violations graves de l’autonomie
1154
New Zealand Crimes Act 1961 sanctionne la «violation sexuelle» (sexual violation) qui y est définie comme le fait sexuelle. Cette dernière est violée chaque fois que la victime se voit imposer un acte auquel
pour une personne de sexe masculin de violer une personne de sexe féminin ou pour quiconque de procéder à «une
conjonction sexuelle illicite» avec autrui : art. 128 1). Le viol est défini comme la pénétration d’une femme «a) sans elle n’a pas librement consenti ou auquel elle ne participe pas volontairement.
son consentement et b) sans avoir de motifs valables de penser qu’elle consent à cette conjonction sexuelle».
L’article 128A définit ce qui ne constitue pas le consentement, notamment la soumission ou l’assentiment de la
victime motivés par «l’emploi effectif ou annoncé de la force contre cette personne ou une autre personne», la crainte 458. Dans les faits, l’absence d’un véritable consentement donné librement ou d’une
de l’emploi d’une telle force ou une erreur sur l’identité de la personne ou sur la nature et la qualité de l’acte consenti.
1155
En Nouvelle-Galles du Sud, où le viol en tant que crime de common law a été abrogé par la loi, le viol tombe sous le participation volontaire peut se manifester par la présence de divers facteurs, précisés dans
coup des agressions sexuelles visées à l’article 611 du Crimes Act 1900 (Nouvelle-Galles du Sud) qui dispose que :
«Toute personne qui a un rapport sexuel avec un tiers sans son consentement et sachant que ce tiers ne consent pas au d’autres systèmes – l’emploi de la force, la menace de son emploi ou le fait de profiter d’une
rapport sexuel est passible de 14 ans d’emprisonnement.» Voir aussi Crimes Act 1958 (État du Victoria), dont
l’article 38 2) dispose notamment que : «Commet un viol quiconque a) commet intentionnellement un acte de personne qui n’est pas en mesure de résister. En faisant du défaut de consentement un
pénétration sexuelle sur une personne sans son consentement, dès lors b) qu’il ou elle est conscient que celle-ci ne
consent pas ou pourrait ne pas consentir ; "…"» Le rapport sexuel ou la pénétration sans consentement constitue un élément constitutif du viol, et en précisant qu’il ne saurait y avoir de consentement en cas
crime dans la législation d’autres États et territoires. Voir le Crimes Act 1900 (ACT), art. 92D ; Criminal Code (WA),
art. 325 ; Criminal Law Consolidation Act 1935 (SA), art. 48. d’emploi de la force, d’inconscience, d’incapacité de résister de la victime ou de tromperie
1156
Code criminel, art. 273.1 1).
1157
Code criminel, art. 273.1 2). par l’auteur, certains systèmes démontrent clairement que ces facteurs excluent tout
1158
Crimes Act 1958 (Vic), art. 36.
1159
Penal Code, article 375. L’article est formulé comme suit : «Viol. – Un homme commet un «viol», excepté dans les consentement véritable 1164 .
cas prévus ci-après, dès lors qu’il a des rapports sexuels avec une femme dans des circonstances relevant de l’une des
six descriptions suivantes : Premièrement. – Contre sa volonté. Deuxièmement. – Sans son consentement.
Troisièmement. – Avec son consentement, s’il a été obtenu en lui faisant craindre des violences, sa mort ou celles
d’une personne qui lui importe. Quatrièmement. – Avec son consentement, lorsque l’homme sait qu’il n’est pas son
mari et que la victime donne son consentement parce qu’elle pense qu’il s’agit d’un autre homme avec lequel elle est
ou croit être légalement mariée. Cinquièmement. – Avec son consentement, si, lorsqu’elle l’a donné elle n’était pas en
1161
mesure de comprendre la nature et les conséquences de ce à quoi elle consentait, par déficience mentale, par ivresse Voir, p. ex., la décision de K 1958 3 SA 429 (A) 421F. La simple soumission ne suffit pas à établir qu’il y a eu
ou parce que l’auteur ou un tiers lui a administré une substance stupéfiante ou toxique. Sixièmement. – Avec ou sans consentement : F 1990 1 SACR 238 (A) 249 et un certain nombre de facteurs distincts tels que la peur causée par la
son consentement dès lors qu’elle a moins de 16 ans.» violence ou les menaces excluent tout consentement véritable : S 1971 2 SA 591 (A).
1160 1162
Bangladesh Penal Code, art. 375. (Abdul Matin, The Penal Code (1994), p. 718). Le cinquième cas prévu dans le Zambian Penal Code, chap. 87, art. 132 of The Laws of Zambia.
1163
code pénal indien est absent de celui du Bangladesh. Le code pénal pakistanais contenait une disposition quasiment Code pénal, art. 375. Voir aussi le Código Penal du Nicaragua, art. 195.
1164
identique, abrogée en 1979. Voir, p. ex., Code criminel canadien, art. 273 ; Crimes Act 1958 (Vic), art. 36.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
459. Étant donné qu’il ressort clairement de l’affaire Furundžija qu’il ne convient pas de iii) avant que les preuves du consentement de la victime ne soient admises, l’accusé
doit démontrer à la Chambre de première instance siégeant à huis clos que les moyens de
donner une interprétation étroite des termes de contrainte, force ou menace d’emploi de la preuve produits sont pertinents et crédibles ;
force et que le terme de contrainte en particulier recouvre la plupart des comportements qui iv) le comportement sexuel antérieur de la victime ne peut être invoqué comme moyen
excluent le consentement, l’interprétation donnée par le droit international sur le sujet ne de défense.
diffère pas substantiellement de la définition Furundžija. 463. Dans cet article, la mention du consentement comme «moyen de défense» ne cadre
pas tout à fait avec la conception juridique que l’on a traditionnellement du consentement en
460. À la lumière de ces considérations, la Chambre de première instance conclut qu’en
matière de viol. Dans les systèmes juridiques internes où le consentement est un élément de
droit international, l’élément matériel du crime de viol est constitué par : la pénétration
la définition du viol, il faut généralement comprendre (comme le démontrent nombre des
sexuelle, fût-elle légère : a) du vagin ou de l’anus de la victime par le pénis du violeur ou
dispositions mentionnées plus haut) que c’est le défaut de consentement qui constitue un
tout autre objet utilisé par lui ; ou b) de la bouche de la victime par le pénis du violeur, dès
élément du crime. L’emploi du terme «moyen de défense», lequel, pris au sens technique,
lors que cette pénétration sexuelle a lieu sans le consentement de la victime. Le
implique un renversement de la charge de la preuve aux dépens de l’accusé, est incompatible
consentement à cet effet doit être donné volontairement et doit résulter de l’exercice du libre
avec cette définition. La Chambre de première instance estime qu’à l’article 96 du
arbitre de la victime, évalué au vu des circonstances. L’élément moral est constitué par
Règlement le consentement ne constitue pas un «moyen de défense» au sens technique du
l’intention de procéder à cette pénétration sexuelle, et par le fait de savoir qu’elle se produit
terme. Un autre exemple de l’emploi de ce terme au sens large figure à l’article 67 A) ii) a)
sans le consentement de la victime.
du Règlement dans l’expression «défense d’alibi». L’alibi ne constitue pas un moyen de
5. L’effet de l’article 96 du Règlement : la preuve dans les cas de violences sexuelles défense dont le défendeur devrait faire la preuve. Un défendeur qui invoque un alibi ne fait
que nier qu’il était en mesure de commettre le crime qu’on lui reproche et, de ce fait, exige
461. L’Accusation avance que
de l’Accusation qu’elle élimine toute possibilité raisonnable que l’alibi soit véridique.
l’absence de consentement n’est pas un élément constitutif du viol (ou de toute autre
341
violence sexuelle) tel que le définissent le droit et les règles du Tribunal et l’emploi de la 464. Comme l’a souligné la Chambre d’appel, la Chambre de première instance doit
force ou la menace de son emploi ou la contrainte invalident le moyen de défense tiré du
consentement1165 . interpréter le Règlement de procédure et de preuve eu égard aux règles pertinentes du droit
international1166 . En plein accord avec son interprétation de la définition du viol en droit
Elle s’appuie sur l’article 96 du Règlement de procédure et de preuve pour affirmer que le
international, la Chambre de première instance ne considère pas que le terme «moyen de
consentement n’a de pertinence que comme moyen de défense, dans un nombre de cas limité.
défense» soit pris au sens technique lorsqu’il se rapporte au consentement. Elle estime que
462. L’article 96 du Règlement dispose : l’allusion faite à l’article 96 du Règlement au consentement comme «moyen de défense»
donne une idée de la conception que les juges à l’origine de ce texte avaient des éléments qui
En cas de violences sexuelles :
invalidaient tout consentement apparent. Elle s’inscrit dans le droit fil de la jurisprudence
i) la corroboration du témoignage de la victime par des témoins n’est pas requise ; analysée plus haut et cadre avec cette idée que dicte le bon sens : il ne peut y avoir
ii) le consentement ne pourra être utilisé comme moyen de défense lorsque la véritablement consentement lorsque la victime est «soumise à des actes de violence ou si elle
victime :
a été contrainte, détenue ou soumise à des pressions psychologiques ou si elle craignait de
a) a été soumise à des actes de violence ou si elle a été contrainte, détenue les subir ou était menacée de tels actes», ou lorsqu’elle a «estimé raisonnablement que, si
ou soumise à des pressions psychologiques ou si elle craignait de les subir ou était
menacée de tels actes, ou elle ne se soumettait pas, une autre pourrait subir de tels actes, en être menacée ou contrainte
par la peur». Le deuxième élément de la définition donnée par la Chambre est donc respecté.
b) a estimé raisonnablement que, si elle ne se soumettait pas, une autre
pourrait subir de tels actes, en être menacée ou contrainte par la peur ;
1166
Le Procureur c/ Tadic, affaire n° IT-94-1-A-R77, Arrêt relatif aux allégations d’outrage formulées à l’encontre du
précédent conseil, Milan Vujin, 31 janvier 2000, par. 25 : «Les paragraphes A) à D) de l’article 77 recouvrent les cas
d’espèce qui, de l’avis des juges lors des sessions plénières du Tribunal, reflètent la jurisprudence relative aux aspects
des règles gouvernant l’outrage applicables au Tribunal. Ils ne se substituent pas au droit positif, auquel le Tribunal et
les parties demeurent liés.» La Chambre d’appel citait explicitement l’article 96 comme un autre exemple de
1165
Mémoire de l’Accusation préalable au procès I, par. 128. l’application de ce principe (voir note 26 appelée au par. 25).
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Les éléments énumérés à l’article 96 du Règlement ne sont de toute évidence pas les seuls 468. Dans l’affaire Furundžija, la Chambre de première instance constatait que «tout en
qui invalident le consentement, mais leur mention dans l’article sert à renforcer l’exigence bannissant la torture des conflits armés, le droit international humanitaire ne donne pas une
que le consentement soit considéré comme absent dans de telles conditions à moins qu’il ne définition de l’interdiction 1172 ». Elle s’est donc tournée vers les droits de l’homme pour
soit donné librement. dégager la définition de la torture en droit international coutumier, non sans signaler
toutefois qu’elle se devait «d’identifier ou de préciser certains éléments particuliers
E. Torture
concernant la torture envisagée du point de vue du droit international pénal se rapportant aux
465. Pour les tortures qu’ils ont infligées, les trois accusés sont poursuivis pour violation conflits armés 1173 ».
des lois ou coutumes de la guerre en vertu de l’article 3 du Statut, et pour crime contre
469. La présente Chambre souscrit à cette démarche. L’absence de définition expresse de
l’humanité en vertu de l’article 5 de ce même Statut. Les éléments communs aux crimes
la torture en droit international humanitaire ne signifie pas pour autant qu’il convient
sanctionnés par chacun de ces articles ont été exposés plus haut.
d’ignorer entièrement cette branche du droit. La définition d’une infraction dépend
466. Le droit international, tant conventionnel que coutumier, interdit la torture en temps largement du contexte dans lequel elle s’inscrit. Sans définir explicitement la torture, le droit
1167 international humanitaire fournit des éléments de définition importants.
de paix comme de conflit armé . On peut dire que cette prohibition a valeur de jus
1168
cogens . Cependant, rares ont été les tentatives de définition de ce crime. Trois
470. Lorsqu’elle tente de définir une infraction dans le cadre du droit international
instruments relevant manifestement du domaine des droits de l’homme s’y sont essayés : la
humanitaire, la Chambre de première instance doit tenir compte de la spécificité de cette
Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre la torture et autres peines ou
branche 1174 et, lorsqu’elle se reporte à la définition qui en est donnée dans le domaine des
traitements cruels, inhumains ou dégradants de 1975 («Déclaration sur la torture»), dans son
droits de l’homme, elle doit prendre en considération les deux différences structurelles
article premier1169 , la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels,
cruciales qui existent entre les deux spécialités :
inhumains ou dégradants de 1984 («Convention sur la torture»), à son article premier1170 , et
342
la Convention interaméricaine pour la prévention et la répression de la torture du i) premièrement, le rôle et la place de l’État en tant qu’acteur sont entièrement
1171
9 décembre 1985 («Convention interaméricaine sur la torture»), à l’article 2 . différents dans chacune des branches. Les droits de l’homme sont essentiellement nés des
abus de l’État envers ses citoyens et de la nécessité de protéger ces derniers de la violence
467. La rareté des précédents en droit international humanitaire fait que le Tribunal a
organisée ou soutenue par les pouvoirs publics. Le droit humanitaire, quant à lui, vise à
maintes fois eu recours à des instruments et à des pratiques qui ont vu le jour dans le
imposer des restrictions dans la conduite de la guerre, de manière à en diminuer les effets sur
domaine des droits de l’homme. En raison des points communs à ces deux branches
les victimes.
(objectifs, valeurs et terminologie), cette méthode est généralement d’une aide appréciable
voire nécessaire pour déterminer l’état du droit international coutumier en matière Dans le domaine des droits de l’homme, l’État est le garant ultime des droits protégés ; il est
humanitaire. On peut en effet considérer que, sur certains points, le droit international de son devoir et de sa responsabilité de les faire observer. Si l’État bafoue ces droits ou
humanitaire a fusionné avec la branche du droit touchant les droits de l’homme. manque à ses responsabilités de garant, on peut lui en demander compte et exiger qu’il
prenne les mesures voulues pour mettre un terme aux violations.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
du crime n’en excuse pas pour autant l’auteur 1175 . De plus, le droit international humanitaire 471. La Chambre de première instance prend donc garde de ne pas retenir trop hâtivement
prétend s’appliquer également à toutes les parties au conflit armé et les lier toutes et avec trop de facilité des concepts et des notions élaborés dans un autre contexte juridique.
expressément, alors que les règles en matière de droits de l’homme s’appliquent À son avis, les notions élaborées dans le domaine des droits de l’homme ne peuvent être
généralement à une seule partie, à savoir l’État concerné et ses agents. transposées en droit international humanitaire que s’il est tenu compte des traits spécifiques
de cette branche. La Chambre va à présent s’attacher plus spécifiquement à la définition du
Deux décisions américaines récentes, rendues par la cour d’appel du deuxième circuit en
crime de torture.
application du Alien Torts Claims Act, illustrent cette distinction. Cette loi confère aux
tribunaux de district américains la compétence voulue pour connaître toute action civile 472. Dans l’affaire Delalic, la Chambre de première instance a considéré que la définition
engagée par un étranger à raison d’un délit civil commis en violation du droit international figurant dans la Convention sur la torture «traduit un consensus que la Chambre de première
ou d’un traité ratifié par les États-Unis. Dans la première décision, rendue dans l’affaire instance considère comme représentatif du droit international coutumier 1181 ». La Chambre de
Filártiga, la cour d’appel du deuxième circuit a estimé que «la torture délibérée perpétrée première instance saisie de l’affaire Furundžija partageait cet avis, et estimait que les
sous le couvert d’autorités officielles, viole les normes universellement reconnues des droits principaux éléments de la définition donnée à l’article premier de la Convention sur la
de l’homme, quelle que soit la nationalité des parties 1176 ». Cette décision traitait torture étaient désormais généralement acceptés1182 .
exclusivement de la situation d’un individu vis-à-vis d’un État, que celui-ci soit l’État
473. La présente Chambre de première instance fait toutefois remarquer que l’article
national ou un État étranger1177 . Dans une décision rendue ultérieurement dans l’affaire
premier de la Convention sur la torture insiste sur le fait que sa définition de la torture est de
Kadic c/ Karadži}1178 , la même cour expliquait que le corps de règles qui s’appliquait dans
portée limitée et qu’elle est uniquement donnée «aux fins de la présente Convention 1183 ». De
l’affaire Filártiga était le droit international coutumier touchant les droits de l’homme et que,
plus, le paragraphe 2 de l’article premier dispose que l’article «est sans préjudice de tout
selon elle, dans ce contexte, la torture n’était interdite que lorsqu’elle était commise par des
instrument international ou de toute loi nationale qui contient ou peut contenir des
agents de l’État ou sous le couvert de la loi 1179 . La cour a toutefois ajouté que les atrocités, y
343
dispositions de portée plus large». Par conséquent, dans la mesure où d’autres instruments
compris la torture, pouvaient donner lieu à des poursuites en vertu du Alien Tort Claims Act,
internationaux ou d’autres lois internes accordent une protection plus étendue aux individus,
indépendamment de toute participation de l’État, dans la mesure où les actes criminels
ceux-ci sont en droit d’en bénéficier. Cela, et le fait que la définition était censée s’appliquer
s’inscrivaient dans le cadre d’un génocide ou de crimes de guerre 1180 .
uniquement dans le cadre de la Convention, sont des éléments qu’il convient de garder à
ii) deuxièmement, le Tribunal applique le droit international pénal qui oppose deux l’esprit lorsque l’on examine la question de savoir si la définition donnée dans la Convention
parties entre elles, le procureur et l’accusé, alors que dans cette partie du droit international sur la torture peut avoir un impact en dehors du cadre strictement conventionnel.
qui concerne les droits de l’homme, c’est l’État qui est le défendeur. Structurellement, cette
distinction se manifeste par le fait que les instruments internationaux relatifs aux droits de
l’homme énoncent une série de droits protégés, tandis que le droit international pénal établit
des listes d’infractions.
1181
Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 459.
1182
Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 160 et 161. Voir la
Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
Documents officiels de l’Organisation des Nations Unies A/RES/39/46 (1984) («Convention sur la torture»). L’article
premier, alinéa 1) de la Convention sur la torture dispose : «Aux fins de la présente Convention, le terme "torture"
1175
L’article 7 2) du Statut dispose : «La qualité officielle d’un accusé, soit comme chef d’État ou de gouvernement, soit désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement
comme haut fonctionnaire, ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale et n’est pas un motif de diminution de la infligées à une personne aux fins notamment d'obtenir d'elle ou d'une tierce personne des renseignements ou des
peine.» aveux, de la punir d'un acte qu'elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d'avoir commis, de l'intimider
1176
Filàrtiga v Pena-Irala, 630 F.2d 876, 878 et 879 (1980). ou de faire pression sur elle ou d'intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé
1177
Ibidem, 878 et 879 et 885. sur une forme de discrimination quelle qu'elle soit, lorsqu'une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par
1178
Kadic v Karadži}, 70 F.3d 232 (2d Cir 1995), cert Denied, 64 US 3832 (18 juin 1996). un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son
1179
Ibidem, 240, 241, 244 et 245. consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s'étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de
1180
Ibid., 243 à 245 : «Il suffit de considérer à ce stade que les atrocités présumées peuvent être poursuivies en vertu du sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles.»
1183
Alien Tort Act, sans même considérer l’action de l’État, dans la mesure où elles ont été commises dans le cadre d’un Article premier de la Convention sur la torture. Voir aussi Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T,
génocide ou de crimes de guerre. » Jugement, 10 décembre 1998, par. 160.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
474. La Déclaration sur la torture de 1975 donnait une définition largement similaire, bien la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés 1187 ». Cette déclaration générale vaut
1184
que plus étroite, à celle contenue dans la Convention sur la torture . La Déclaration n’avait également pour le droit à ne pas être soumis à la torture inscrit à l’article 5.
pas force obligatoire, mais elle a bien entendu servi de base pour la définition finalement
478. L’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des
inclue dans la Convention sur la torture. Quant à l’article 2 de la Convention interaméricaine
libertés fondamentales de 1950 («Convention européenne») dispose que nul ne peut être
sur la torture, il donne de celle-ci la définition suivante 1185 :
soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. La Cour
Aux effets de la présente Convention, on entend par torture tout acte par lequel sont européenne des droits de l’homme («Cour européenne») a jugé que le terme de torture
infligées intentionnellement à une personne des peines ou souffrances, physiques ou
mentales, aux fins d’enquêtes au criminel ou à toute autre fin, à titre de moyen marque d'une spéciale infamie les traitements inhumains délibérés provoquant de fort graves
d’intimidation, de châtiment personnel, de mesure préventive ou de peine. On entend
également par torture l’application à toute personne de méthodes visant à annuler la et cruelles souffrances 1188 . La Commission européenne des droits de l’homme a estimé que
personnalité de la victime ou à diminuer sa capacité physique ou mentale même si ces
méthodes et procédés ne causent aucune douleur physique ou angoisse psychique ?…g. la torture constitue une forme aggravée et délibérée de traitement inhumain infligé dans le
but d’obtenir des renseignements ou des aveux, ou encore de punir 1189 . Selon la Convention
475. L’article 3 de la Convention interaméricaine sur la torture limite l’applicabilité de
européenne, les trois principaux éléments de la définition de la torture sont donc le degré de
cette définition à deux grandes catégories de personnes. Il dispose :
gravité du mauvais traitement, le caractère délibéré de l’acte et le but précis qu’il se propose
Sont coupables du crime de torture : a) Les employés ou fonctionnaires publics qui, d’atteindre. La nécessité que l’État ou l’un des ses agents ait participé à cet acte ne constitue
agissant en cette qualité, ordonnent, prônent, encouragent l’emploi de la torture ou
l’utilisent directement, ou n’ont pas empêché son emploi quand ils pouvaient le faire. pas un élément de la définition de l’acte de torture, mais une condition générale qu’impose la
b) Les personnes qui, à l’instigation des fonctionnaires ou employés publics visés à Convention européenne et qui s’applique à toute interdiction contenue dans celle-ci. Son
l’alinéa a) ci-dessus ordonnent, prônent, encouragent l’emploi de la torture, s’en font les
complices ou y ont recours elles-mêmes directement. article premier, qui dispose que «les Hautes Parties contractantes reconnaissent à toute
476. Cette définition est plus large que celle donnée dans la Convention sur la torture. personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre 1 de la présente
Premièrement, elle ne fixe pas de seuil de douleur ou de souffrance au-delà duquel les Convention», s’adresse clairement aux États membres et non aux individus. En effet, la Cour
1186 européenne n’est pas une juridiction pénale qui se prononce sur la responsabilité pénale
344
mauvais traitements constituent des tortures . Elle supprime même l’élément de
souffrances physiques ou mentales, lorsque l’objectif de l’auteur est d’«annuler la individuelle, mais un organe qui a pour mandat de déterminer si les États respectent leurs
Deuxièmement, cette définition n’établit pas une liste exhaustive des buts que le tortionnaire
479. La Chambre de première instance fait toutefois remarquer que la jurisprudence de la
peut poursuivre, mais en donne des exemples et ajoute «ou à toute autre fin».
Cour européenne juge que l’article 3 de la Convention peut également s’appliquer dans les
477. D’autres instruments internationaux concernant les droits de l’homme interdisent la cas où des organes ou agents de l’État ne sont pas impliqués dans la violation des droits
torture sans la définir expressément. L’article 5 de la Déclaration universelle des droits de garantis par l’article 3 1190 . Par exemple, dans l’affaire HLR c/ France, la Cour a estimé que :
l’homme de 1948 dispose que nul ne sera soumis à la torture, ni à des traitements cruels. ?egn raison du caractère absolu du droit garanti, la Cour n'exclut pas que l'article 3 (art. 3)
Quant à l’article 30 de cette même Déclaration, il dispose qu’«?agucune disposition de la trouve aussi à s'appliquer lorsque le danger émane de personnes ou de groupes de
personnes qui ne relèvent pas de la fonction publique1191 .
présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement
ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à 480. L’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 («Pacte
international») dispose que nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants. Le Comité des droits de l’homme estime que les garanties
1184
Le premier paragraphe de l’article premier de la Déclaration dispose : «Aux fins de la présente Déclaration, le terme
"torture" désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont délibérément
infligées à une personne par des agents de la fonction publique ou à leur instigation, aux fins notamment d'obtenir
1187
d'elle ou d'un tiers des renseignements ou des aveux, de la punir d'un acte qu'elle a commis ou qu'elle est soupçonnée ?Non souligné dans l’originalg.
1188
d'avoir commis, ou de l'intimider ou d'intimider d'autres personnes. Ce terme ne s'étend pas à la douleur ou aux Irlande c/ Royaume-Uni, 18 janvier 1978, Série A, n° 25, par. 167.
1189
souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles, dans Affaire grecque, 1969, Annuaire de la Convention européenne des droits de l’homme, vol. 12 (1969), p. 186.
1190
une mesure compatible avec l'Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus.» Voir aussi Le Procureur Voir, p. ex., Costello-Roberts c/ Royaume-Uni, 25 mars 1993, Série A , N° 247-C, par. 27 et 28 ; HLR c/ France,
c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 457. 29 avril 1997, Rapports 1997-III, p. 758, par. 40 ; et A c/ Royaume-Uni, 23 septembre 1998, Rapports des arrêts et
1185
Voir Documents juridiques internationaux, vol. 5, n° 1, p. 33, janvier 1986. décisions 1998-VI, p. 2692, par. 22.
1186 1191
Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 457. HLR c/ France, 29 avril 1997, Rapports 1997-III, p. 758, par. 40.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
offertes par l’article 7 du Pacte international ne se limitent pas aux actes commis par des ii) l’acte ou omission est délibéré 1196 ;
agents publics ou à leur instigation, mais valent également entre pairs, à savoir que les États
iii) l’acte doit servir un autre but, c’est-à-dire que la douleur doit être infligée afin
doivent protéger les personnes des actes de tiers agissant à titre privé. Le Comité déclarait :
d’atteindre un certain but 1197 .
«Les pouvoirs publics ont également le devoir d'assurer une protection en vertu de la loi
contre de tels traitements, même lorsqu'ils sont appliqués par des personnes agissant en 484. Par contre, trois éléments demeurent controversés :
dehors de leurs fonctions officielles ou sans aucune autorité officielle 1192 .»
i) la liste des buts que l’on pourrait considérer comme illégitimes et qui entreraient dans
481. Dans une Observation générale ultérieure en date du 3 avril 1992, le Comité des le cadre de la définition de la torture ;
droits de l’homme déclarait :
ii) le fait de savoir s’il faut ou non que l’acte soit commis en relation avec un conflit
L'État partie a le devoir d'assurer à toute personne, par des mesures législatives ou autres,
une protection contre les actes prohibés par l'article 7, que ceux-ci soient le fait de armé ;
personnes agissant dans le cadre de leurs fonctions officielles, en dehors de celles-ci ou à
titre privé1193 .
iii) Le fait de savoir s’il faut ou non que l’acte soit infligé par un agent public ou une
482. Dans l’affaire Furundžija, la Chambre de première instance estimait que l’impact autre personne agissant à titre officiel, à leur instigation ou avec leur consentement exprès ou
d’une disposition conventionnelle pouvait déborder le cadre conventionnel dans la mesure tacite.
où elle codifie ou contribue au développement ou à la cristallisation du droit international
485. La Chambre de première instance est convaincue que les buts suivants font
coutumier 1194 . Vu les instruments internationaux et la jurisprudence analysés jusqu’ici, la
maintenant partie du droit international coutumier : a) obtenir des renseignements ou des
Chambre de première instance estime que la définition de la torture donnée dans la
aveux, b) punir, intimider ou contraindre la victime ou un tiers, c) opérer une discrimination
Convention sur la torture ne peut être retenue en droit international coutumier, lequel est
au détriment de la victime ou d’un tiers, quel qu’en soit le motif. Il n’est pas sûr que d’autres
contraignant quel que soit le contexte. La définition figurant dans la Convention sur la
345
buts soient reconnus en droit international coutumier, mais la question n’a pas à être résolue
torture était censée s’appliquer au niveau interétatique et, pour cette raison, visait les
ici, puisque la conduite des accusés en l’espèce peut aisément être rapportée à l’un des buts
obligations des États. Elle devait également ne s’appliquer que dans le cadre de la
susdits.
Convention, et seulement dans la mesure où d’autres instruments internationaux ou lois
internes n’accordaient pas une protection plus étendue ou meilleure aux personnes. Par 486. Le droit international coutumier n’exige pas que la conduite soit exclusivement
conséquent, la Chambre de première instance estime que la définition de la torture figurant à motivée par l’un des buts défendus. Comme l’a déclaré la Chambre de première instance
l’article premier de la Convention sur la torture peut uniquement lui servir de fil conducteur. dans l’affaire Delalic, il suffit que le but défendu ait constitué l’un des mobiles de l’acte ; il
n’est pas nécessaire qu’il ait été le seul but visé ou le principal 1198 .
483. Toutefois, trois éléments de la définition de la Convention sur la torture sont
incontestés. On considère qu’ils représentent l’état actuel du droit international coutumier 487. Deuxièmement, le type de relation requise entre le crime sous-jacent – la torture – et
sur ce sujet : le conflit armé dépend, aux termes du Statut du Tribunal, de la qualification donnée à
l’infraction, infraction grave, crime de guerre ou crime contre l’humanité 1199 . Si, par
i) la torture consiste à infliger, par un acte ou une omission, une douleur ou des
exemple, la torture est qualifiée de violation des lois ou coutumes de la guerre au sens de
souffrances aiguës, physiques ou mentales1195 ;
l’article 3 du Statut, la Chambre de première instance devra être convaincue que l’acte
1196
Le Procureur c/ Furundžija, affaire IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 162 ; Le Procureur c/ Akayesu,
Jugement, 2 septembre 1998, par. 594.
1192 1197
Observation générale 7/16 du 27 juillet 1982 ?Interdiction de la tortureg, par. 2. Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 470 à 472 ; Le
1193
Observation générale 20/44 du 3 avril 1992 ?Interdiction de la tortureg, par. 2. Procureur c/ Akayesu, affaire ICTR-96-4-T, Jugement, 2 septembre 1998, par. 594.
1194 1198
Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 160. Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 470.
1195 1199
Ibidem, par.162 ; Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 468. Voir, p. ex., Le Procureur c/ Akayesu, affaire ICTR-96-4-T, Jugement, 2 septembre 1998, par. 595.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
entretenait un lien étroit avec les hostilités 1200 . Par contre, si elle est qualifiée de crime contre mutilations, les atteintes à la dignité des personnes, la prise d’otages, les peines collectives et
l’humanité au sens de l’article 5 du Statut, la Chambre devra être convaincue au-delà de tout la menace de commettre l’un quelconque de ces actes 1203 . L’exigence que ces actes soient
doute raisonnable de l’existence d’un conflit armé à l’époque et dans les lieux considérés. commis par un agent de l’État s’applique pareillement à tous les crimes visés au
paragraphe 2 de l’article 75, et également donc à la torture.
488. Troisièmement, la Convention sur la torture exige que la douleur ou la souffrance
soit infligée par un agent public, ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son 491. Il convient de comparer cette disposition avec celle figurant à l’article 4 («Garanties
instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Comme nous l’avons noté plus haut, fondamentales») du Protocole additionnel II. Cette dernière donne une liste d'infractions
la Chambre de première instance doit étudier chaque élément de la définition «du point de largement similaire à celle qui figure à l’article 75 du Protocole additionnel I, mais sans faire
1201
vue du droit pénal international se rapportant aux conflits armés ». Cela signifie en référence aux agents de l’État. Les crimes énumérés par cet article peuvent donc être commis
pratique qu’elle doit identifier les éléments de la définition de la torture donnée par la par toute personne, quel que soit son statut officiel, encore que la responsabilité de l’État
branche du droit concernant les droits de l’homme qui sont étrangers au droit international puisse être au surplus engagée si leur auteur est un agent public. S’agissant des crimes
pénal, de même que ceux qui sont présents dans cette dernière branche, mais absents du interdits à l’article 4 2) a) du Protocole additionnel II, à savoir les atteintes portées à la vie, à
régime des droits de l’homme. la santé et au bien-être physique ou mental des personnes, en particulier le meurtre et les
traitements cruels tels que la torture, le Commentaire déclare 1204 :
489. La Chambre de première instance opère une nette distinction entre les dispositions
qui s’adressent aux États et à leurs agents, et celles qui s’adressent aux individus. La La forme la plus répandue de la torture est le fait de fonctionnaires publics aux fins
d’obtenir des aveux, mais la torture n’est pas seulement condamnable comme institution
transgression des premières impose simplement à l’État de prendre les mesures nécessaires judiciaire ; l’acte de torture est répréhensible en soi, quel que soit son auteur, et ne peut
être justifié en aucunes circonstances1205 .
pour remédier aux conséquences fâcheuses des actes criminels de ses agents ou accorder
réparation, tandis que la violation des secondes peut engager la responsabilité pénale d’une 492. La Chambre de première instance note également que l’article 12 («Protection,
personne, quel que soit son statut officiel. Les règles en matière de droits de l’homme sont traitement et soins») de la Ire Convention de Genève de 1949 pour l’amélioration du sort des
346
presque toujours du premier type, tandis que les dispositions du droit humanitaire peuvent blessés et des malades dans les forces armées en campagne dispose que les membres des
être de l’un ou l’autre des deux types et parfois des deux à la fois, comme l’a souligné la forces armées et les autres personnes au statut défini, qui seront blessés ou malades, devront
Chambre de première instance dans l’affaire Furundžija 1202 : être respectés et protégés en toutes circonstances 1206 . L'alinéa 2 de cet article interdit plus
précisément que les blessés et les malades soient soumis à la torture. Le Commentaire de
En l’état actuel du droit international humanitaire en vigueur, peut être engagée non
seulement la responsabilité pénale individuelle mais également celle de l’État, si ses agents l’alinéa premier ajoute :
se livrent à des actes de torture ou s’il n’empêche pas la perpétration de ces actes ou n’en
punit pas les auteurs. Si la torture prend la forme d’une pratique courante d’agents de l’État, L’obligation ?formulée dans cet alinéag s’adresse à tous les combattants d’une armée,
elle constitue une violation grave et à une large échelle d’une obligation internationale quels qu’ils soient, ainsi qu’aux non combattants. Elle s’adresse également aux civils, à
d’une importance essentielle pour la sauvegarde de l’être humain et, par conséquent, un acte
l’intention desquels elle est d’ailleurs spécialement répétée à l’article 18 : «La population
illicite particulièrement grave qui engage la responsabilité de l’État.
civile doit respecter ces blessés et malades et notamment n’exercer contre eux aucun acte
de violence». Il importait, en effet, que cela fût dit clairement, en raison du caractère
490. Plusieurs dispositions du droit humanitaire entrent dans la première catégorie de particulier que peut prendre la guerre moderne (éparpillement des combattants, formations
isolées, mobilité des fronts, etc.) et dont il peut résulter un contact plus fréquent et plus
règles juridiques, qui prévoit expressément que l’État peut être tenu pour responsable des étroit entre les militaires et les civils. Il était donc nécessaire, et aujourd’hui encore plus
qu’hier, que le principe d’inviolabilité des militaires blessés fût connu non seulement des
actes de ses agents : ainsi, l’article 75 («Garanties fondamentales») du Protocole forces combattantes, mais aussi de la population civile en général. Ce principe, qui est un
additionnel I dispose que la responsabilité d’un État peut être engagée dès lors que ses des fleurons de la civilisation, doit s’ancrer dans les mœurs et dans les consciences1207 .
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
493. La violation de l’un des articles pertinents du Statut engage la responsabilité pénale 495. La Chambre de première instance signale également que ces conventions, notamment
individuelle de son auteur. Dans ce cadre, la participation de l’État devient un facteur celles qui ont trait aux droits de l’homme, considèrent la torture per se, alors que le Statut du
secondaire et, généralement, marginal. Qu’il y ait ou non participation de l’État, le crime Tribunal l’incrimine en tant qu’elle constitue une forme de crime de guerre, de crime contre
commis ne change pas de nature et entraîne les mêmes conséquences. La participation de l’humanité ou d’infraction grave. Dans ce contexte, les traits caractéristiques du crime sont à
l’État à une entreprise criminelle se marque généralement à l’importance des moyens chercher dans la nature de l’acte commis, et non dans le statut de son auteur 1210 .
déployés pour accomplir les actes criminels en question, ce qui accroît d’autant les risques
496. La Chambre de première instance conclut que la définition de la torture en droit
pour les éventuelles victimes. Cette participation peut également entraîner l’application d’un
international humanitaire ne comporte pas les mêmes éléments que celle généralement
autre corps de règles lorsqu’elle confère un caractère international au conflit armé.
appliquée dans le domaine des droits de l’homme. Elle estime notamment que la présence
Cependant la participation de l’État ne modifie ni ne limite la culpabilité ou la responsabilité
d’un agent de l’État ou de toute autre personne investie d’une autorité n’est pas requise pour
de l’individu qui a commis les crimes en cause. Ce principe est clairement énoncé dans le
que la torture soit constituée en droit international humanitaire.
jugement de l’affaire Flick 1208 :
497. De ce qui précède, la Chambre de première instance conclut que les éléments
Mais le Tribunal militaire international avait affaire à des agents et à des organes de l’État
et l’on a fait valoir que les personnes qui ne détiennent aucunes fonctions officielles et ne constitutifs du crime de torture en droit international humanitaire coutumier sont les
représentent pas l’État, ne relèvent pas et ne devraient pas relever de la catégorie des
personnes dont la responsabilité peut être mise en cause à raison d’une infraction au droit suivants :
international. On a pu affirmer que le droit international est entièrement au-delà de la
sphère d’influence, d’intérêts et de connaissance des personnes privées. Cette distinction
est pernicieuse. Le droit international, en tant que tel, lie tout citoyen au même titre que le i) le fait d’infliger, par un acte ou une omission, une douleur ou des souffrances
droit interne ordinaire. Les actes jugés criminels lorsqu’ils sont le fait d’un agent de l’État
le sont aussi lorsqu’ils ont été commis par une personne privée. C’est l’ampleur de la aiguës, physiques ou mentales 1211 ;
culpabilité qui diffère et non son caractère. Dans chaque cas, le criminel est
personnellement accusé d’avoir commis un crime et la punition vise la personne propre du
criminel. L’application du droit international aux individus n’est pas une nouveauté?…g. ii) l’acte ou l’omission doit être délibéré 1212 ;
Rien ne justifie que seuls les membres de la fonction publique soient tenus pour
347
responsables.
iii) l’acte ou l’omission doit avoir pour but d’obtenir des renseignements ou des
494. De même, la doctrine de «l’acte de l’État» (act of State), qui dégage la responsabilité aveux, ou de punir, d’intimider ou de contraindre la victime ou un tiers, ou d’opérer
individuelle de celui qui a commis un acte au nom de l’État ou en tant qu’agent de l’État, ne une discrimination pour quelque motif que ce soit1213 .
constitue pas un moyen de défense recevable en droit international pénal. Il en est ainsi
depuis la Deuxième Guerre mondiale au moins 1209 . Les articles 1 et 7 du Statut disposent
expressément que l’identité et le statut officiel de l’auteur n’affectent en rien sa
responsabilité. L’obéissance aux ordres ne saurait constituer un moyen de défense
susceptible de jouer comme circonstance atténuante au stade de la condamnation. En bref, le 1210
La Chambre de première instance prend note de la définition de la torture qui figure à l’article 7 e) du Statut de Rome
de la Cour pénale internationale, 17 juillet 1998, PCNICC/1999/INF/3 («Statut de Rome»), lequel dispose : «Par
droit international pénal n’accorde aucun privilège qui exonérerait les représentants ou les “torture”, on entend le fait d’infliger intentionnellement une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou
mentales, à une personne se trouvant sous sa garde ou sous son contrôle ; l’acception de ce terme ne s’étend pas à la
agents de l’État de toute responsabilité pénale individuelle. Au contraire, le fait d’avoir agi à douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légales, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par
elles.» Voir aussi les articles 7 1) f) (crimes contre l’humanité) et 8 2) a) ii)-1 (crimes de guerre) du Texte final du
titre officiel peut constituer une circonstance aggravante au stade de la condamnation, projet d’éléments des crimes, Rapport de la Commission préparatoire de la Cour pénale internationale, 6 juillet 2000,
PCNICC/2000/INF/3/Add.2. L’article 27 1) («Défaut de pertinence de la qualité officielle») du Statut de Rome
puisque l’agent de l’État a usé et abusé illicitement d’un pouvoir qui lui a été conféré à des déclare en outre que le Statut s’applique «à tous de manière égale, sans aucune distinction fondée sur la qualité
officielle». Même s’il ne représente pas nécessairement l’état actuel du droit international coutumier, le Statut de
fins légitimes. Rome constitue un instrument utile pour confirmer le contenu de ce dernier. Il est entendu que ces dispositions
n’indiquent pas nécessairement quelles étaient les règles applicables en vigueur à l’époque pertinente en l’espèce.
Elles donnent cependant une indication de ce qu’était l’opinio juris des États en cette matière lors de l’adoption des
recommandations. Voir, p. ex., Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998,
1208
Procès de Friedrich Flick et cinq autres («Procès Flick»), Tribunal militaire américain, 20 avril-22 décembre 1947, par. 227 ; Le Procureur c/ Tadic, affaire n° IT-94-A, Arrêt, 15 juillet 1999, par. 223.
1211
LRTWC, Vol IX, p. 1, 18 ?traduction non officielleg. Le Procureur c/ Furundžija, affaire IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 162 ; Le Procureur c/ Delalic et
1209
Jugement de Nuremberg, p. 234 et suiv. Voir aussi le troisième principe de droit international reconnu dans le Statut consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 468.
1212
du Tribunal de Nuremberg ainsi que dans le Jugement rendu par le Tribunal en 1950 : «Le fait qu’une personne qui a Le Procureur c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 162 ; Le Procureur
commis un acte constituant un crime en droit international agissait en qualité de chef d’État ou de haut fonctionnaire c/ Akayesu, ICTR-96-4-T, Jugement, 2 septembre 1998, par. 594.
1213
ne l’exonère pas de sa responsabilité au regard du droit international.» Voir aussi les articles 227 et 228 du Traité de Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 470 à 472 ; Le
Versailles. Procureur c/ Akayesu, ICTR-96-4-T, Jugement, 2 septembre 1998, par. 594.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
F. Atteintes à la dignité des personnes atteintes à la dignité des personnes, visées par l’article 3 du Statut, constituent une catégorie
d’actes particulièrement abominables occasionnant des souffrances plus graves que la
498. Comme la Chambre l’a fait observer ci-dessus 1214 , le Procureur a, sur la base de plupart des actes prohibés dans ce cadre 1220 ». Elle ajoutait, s’agissant de l’élément matériel
l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949, retenu le chef d’atteintes à la de l’infraction, que :
dignité des personnes aux termes de l’article 3 du Statut. Il ressort clairement de la
L’atteinte à la dignité des personnes est un acte motivé par le mépris de la dignité d’une
jurisprudence du Tribunal que l’article 3 du Statut autorise la poursuite des auteurs de crimes autre personne. Par voie de conséquence, un tel acte doit être gravement humiliant ou
dégradant pour la victime. Il ne doit pas nécessairement porter directement atteinte au
tombant sous le coup de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 1215 . bien-être physique et mental de la victime. Il suffit que l’acte visé lui inflige une
L’infraction particulière d’atteintes à la dignité des personnes figure à l’article 3 1) c) souffrance réelle et durable découlant de l’humiliation ou du ridicule1221 .
commun 1216 , lequel interdit «les atteintes à la dignité des personnes, notamment les 501. Dans la mesure où cette définition précise que les atteintes à la dignité des personnes
traitements humiliants et dégradants». Il a été reconnu tant en appel qu’en première instance constituent un acte «gravement humiliant ou dégradant pour la victime», la Chambre de
que cette infraction peut donner lieu à des poursuites en vertu de l’article 3 du Statut 1217 . première instance y souscrit. Cependant, elle s’inscrit en faux contre l’idée, développée dans
499. Les éléments constitutifs de l’infraction d’atteintes à la dignité des personnes n’ont le passage cité, que cet acte doit infliger une «souffrance ?...g durable 1222 » à la victime. Dès
pas fait l’objet d’une décision définitive de la Chambre d’appel. Dans l’affaire lors que l’acte est gravement et réellement humiliant ou dégradant pour la victime, la
1218 Chambre de première instance ne voit aucune raison d’exiger qu’il soit «durable». Elle
Aleksovski , où l’accusé a été reconnu coupable d’atteintes à la dignité des personnes en
vertu de l’article 3 du Statut, la Chambre de première instance a dans son jugement estime qu’il n’est pas possible de considérer que cet acte ne constitue pas une atteinte à la
défini l’infraction. En appel, la Chambre n’a donc pas eu à définir les éléments constitutifs dignité de la personne dès lors que la victime s’est remise de ses effets ou est en train de les
de l’infraction ou à examiner dans ses grandes lignes la définition donnée par la Chambre de surmonter. Bien entendu, il peut se révéler difficile d’accepter que l’humiliation et la
première instance. Les discussions devant la Chambre d’appel dans cette affaire ont porté sur souffrance causées soient réelles et graves si elles sont de nature fugace. Cela ne signifie pas
la question de savoir si, comme le soutenait l’appelant, les actes incriminés présentaient un pour autant que la durée des effets d’une atteinte à la dignité des personnes soit un élément
348
degré de gravité suffisant et si, pour prouver ce crime, il fallait établir que l’auteur était constitutif de l’infraction.
animé d’une intention discriminatoire. En analysant ces points, la Chambre d’appel a fait un
502. Comme l’ont fait remarquer les Chambres de première instance puis d’appel saisies
certain nombre de remarques qui sont intéressantes en l’espèce et sur lesquelles nous
de l’affaire Aleksovski, la prohibition de l’infraction d’atteintes à la dignité des personnes est
reviendrons.
une sous-catégorie de l’interdiction plus générale des traitements inhumains édictée par
500. La Chambre de première instance saisie de l’affaire Aleksovski a analysé les éléments l’article 3 commun 1223 . La Chambre chargée de juger l’affaire Delalic décrivait le traitement
constitutifs de l’atteinte à la dignité des personnes, sans chercher cependant à en donner une inhumain comme :
définition exhaustive. Elle a tout d’abord fait observer que le paragraphe 1) de l’article 3
"…" un acte ou une omission intentionnel, c’est-à-dire un acte qui, jugé objectivement,
commun a pour finalité d’affirmer la dignité humaine inhérente aux personnes 1219 , que apparaît délibéré et non accidentel, et qui cause de graves souffrances mentales ou
physiques ou constitue une atteinte grave à la dignité humaine1224 .
l’interdiction générale dictée par cet article frappe les traitements inhumains et que «les
503. Cela corrobore l’élément essentiel de la définition de l’actus reus de l’atteinte à la
1214 dignité des personnes, donnée par la Chambre de première instance dans l’affaire Aleksovski,
Voir partie sur les éléments communs des crimes visés à l’article 3 du Statut, par. 400 à 409.
1215
Le Procureur c/ Tadic, affaire n° IT-94-1-AR72, Arrêt relatif à l’appel de la Défense concernant l’exception
préjudicielle d’incompétence, 2octobre 1995, par. 89 : «?Lg’article 3 est une clause générale couvrant toutes les à savoir que l’acte ou l’omission en cause doit être gravement humiliant ou dégradant. Rien
violations du droit humanitaire ne relevant pas de l’article 2 ou couvertes par les articles 4 ou 5, plus spécifiquement
"..." iii) violations de l’article 3 commun et autres règles coutumières relatives aux conflits internes ; "…"». Voir aussi
1220
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 21 ; Le Procureur c/ Furundžija, affaire Ibidem, par. 51 et 54.
1221
n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 132 et 133. Ibid., par. 56.
1216 1222
On le trouve également à l’article 75 2) b) du Protocole additionnel I et à l’article 4 2) e) du Protocole additionnel II. «Lasting suffering» dans la version en anglais du jugement.
1217 1223
Voir Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 21 et 22, qui confirme Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-T, Jugement, 25 juin 1999, par. 54 ; Le Procureur c/ Aleksovski,
implicitement, dans le cours de son raisonnement relatif à l’élément moral de l’infraction d’atteintes à la dignité des affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 26.
1224
personnes, la condamnation de l’accusé par la Chambre de première instance à raison d’une accusation d’atteintes à la Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 543. Voir aussi Le
dignité des personnes en vertu de l’article 3, fondé sur l’article 3 1) c) commun. Procureur c/ Bla{kic, affaire n° IT-95-14-T, Jugement, 3 mars 2000, par. 154 et 155, où la Chambre de première
1218
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1. instance I souscrit aux conclusions du jugement rendu dans l’affaire Delali} (affaire n° IT-96-21-T, Jugement,
1219
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-T, Jugement, 25 juin 1999, par. 49. 16 novembre 1998) s’agissant du crime de traitements inhumains.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
dans cette définition ne donne à penser que les souffrances causées par les traitements 506. Rappelons que la définition des traitements inhumains donnée dans le jugement
inhumains doivent être durables, ce qui confirme la conclusion de la présente Chambre : ce Delalic et citée plus haut 1229 vient conforter l’idée qu’il est nécessaire d’évaluer
n’est pas une condition nécessaire pour qu’il y ait atteintes à la dignité des personnes 1225 . objectivement l’acte en cause.
504. Dans l’affaire Aleksovski, la Chambre de première instance s’est également 507. Compte tenu de ces considérations, la présente Chambre conclut que les atteintes à la
interrogée sur la manière de mesurer le caractère humiliant ou dégradant d’un acte et a dignité des personnes sont constituées par tout acte ou omission dont on reconnaîtrait
conclu qu’une appréciation purement subjective serait injuste pour l’accusé puisque la généralement qu’ils causent une humiliation, une dégradation grave ou qu’ils attentent
culpabilité dépendrait alors, non de la gravité de l’acte commis, mais de la sensibilité de la autrement gravement à la dignité des personnes.
victime. Elle est donc parvenue à la conclusion «"…qu’" il est pertinent d’introduire une
508. Les observations formulées par la Chambre de première instance dans l’affaire
composante objective dans l’évaluation de l’actus reus : l’humiliation de la victime doit être
Aleksovski, sur l’élément moral de l’atteinte à la dignité des personnes, ne sont pas
suffisamment intense pour que toute personne sensée en soit outragée 1226 ».
dépourvues d’ambiguïté 1230 . La Chambre note tout d’abord dans son jugement que le
505. En appel, en réponse à l’argument mis en avant par Aleksovski, selon lequel sa «Commentaire indique que l’accusé doit avoir commis l’acte incriminé dans l’intention
conduite n’était pas d’une gravité telle qu’elle puisse constituer une atteinte à la dignité des d’humilier ou de ridiculiser la victime», ce qui semble renvoyer au Commentaire par la
personnes, la Chambre d’appel a jugé que les faits qui étaient reprochés à l’appelant, dont Croix-Rouge de la disposition correspondante de l’un des Protocoles additionnels – puisque
celui d’avoir aidé et encouragé «un interrogatoire excessif et cruel, des violences physiques les Commentaires des Conventions de Genève par le Comité de la Croix-Rouge ne
et psychologiques, l’astreinte à des travaux forcés (creusement de tranchées) dans des mentionnent nulle part l’élément moral de l’infraction d’atteinte à la dignité des personnes.
1227 Elle fait ensuite observer à propos du traitement inhumain au sens des Protocoles
conditions dangereuses, ?l’gutilisation ?des victimesg comme boucliers humains »,
présentaient un degré de gravité suffisant pour qu’il soit déclaré coupable d’atteintes à la additionnels :
349
dignité des personnes. Sans commenter la définition de l’infraction, la Chambre d’appel
Le CICR, en définissant l’élément moral requis pour que le crime reçoive le qualificatif de
déclarait : «traitement inhumain», a accepté un degré moindre de mens rea, stipulant que l’auteur
doit avoir agi intentionnellement. Il ne peut suffire d’invoquer la négligence coupable ;
l’auteur doit avoir agi délibérément ou avoir délibérément omis d’agir. Toutefois, le
Les victimes n’ont pas seulement souffert de désagréments ou d’un manque de confort : comportement délibéré en soi ne suffit pas. Il n’est pas nécessaire que l’auteur ait eu
dans les circonstances du moment, elles ont dû endurer ce que n’importe quel être humain l’intention expresse d’humilier la victime ou de lui faire subir des traitements dégradants,
aurait vécu comme des violences physiques et psychologiques et des atteintes à sa il faut qu’il ait été conscient des conséquences prévisibles et logiques de ses actes1231 .
dignité1228 .
509. Comme il n’est pas toujours aisé de distinguer dans ce jugement le point de vue du
CICR de celui de la Chambre, la question de la définition précise de l’élément moral du
crime d’atteintes à la dignité des personnes reste ouverte 1232 . Dans son Arrêt, la Chambre
d’appel considérait que n’entraient en jeu dans l’élément moral de l’infraction aucune
1225
S’agissant de l’infraction d’atteintes à la dignité des personnes figurant dans le Statut de la Cour pénale internationale
adopté à Rome le 17 juillet 1998, PCNICC/1999/INF/3, 17 août 1999, la Commission préparatoire a formulé une
recommandation finale quant aux éléments constitutifs de ce crime, qui ne mentionne nullement l’exigence que l’acte
humiliant ou dégradant revête un caractère durable. Le rapport de la Commission préparatoire de la Cour pénale
internationale, Additif, Texte final du projet d’éléments des crimes, PCNICC/2000/INF/3/Add.2, 6 juillet 2000, décrit
les éléments de l’infraction (art. 8 2) b) xxi), p. 33) comme suit : «1) L’auteur a soumis une ou plusieurs personnes à
un traitement humiliant ou dégradant ou autrement porté atteinte à leur dignité. 2) L’humiliation ou la dégradation ou
1229
autre violation était d’une gravité suffisante pour être reconnue généralement comme une atteinte à la dignité de la Par. 502 supra. Cette conclusion cadre avec les recommandations faites concernant les éléments des crimes aux fins
personne.» Bien entendu, ces recommandations, adoptées en juillet 2000, n’indiquent pas nécessairement l’état du du Statut de Rome, qui exigent que «l’humiliation ou la dégradation ou autre violation ?ait étég d’une gravité
droit à l’époque des faits qui nous occupent. Ils offrent toutefois une indication sur l’opinio juris des États sur le droit suffisante pour être reconnue généralement comme une atteinte à la dignité de la personne». Voir Texte final du projet
international coutumier contemporain de l’adoption des recommandations. Voir, p. ex., Le Procureur c/ Furundžija, d’éléments des crimes, art. 8 2) b) xxi) al. 2).
1230
affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 décembre 1998, par. 227 ; Le Procureur c/ Tadic, affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, La Chambre d’appel notait que «le raisonnement suivi par la Chambre de première instance concernant l’élément
15 juillet 1999, par. 223. moral de l’infraction d’atteintes à la dignité des personnes "…" ne ?...g semble pas toujours très clair». Le Procureur
1226
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-T, Jugement, 25 juin 1999, par. 54. c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 27.
1227 1231
Pour les accusations retenues contre Aleksovski, voir Le Procureur c/ Kordic et consorts, Acte d’accusation, Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-T, Jugement, 25 juin 1999, par. 56.
1232
10 novembre 1995, par. 31 à l’appui, notamment, du chef 10 de l’acte d’accusation lui reprochant «?…g une Les conclusions factuelles de la Chambre s’agissant de l’état d’esprit de l’accusé pour les actes visés semblent
VIOLATION DES LOIS OU COUTUMES DE LA GUERRE (atteintes à la dignité des personnes) reconnue par les conforter la thèse qu’il doit nécessairement être animé de l’intention expresse d’humilier et être en outre conscient du
articles 3, 7 1) et 7 3) du Statut». traumatisme et de l’humiliation que provoquent ses actes. Voir par. 224 et 237 et Le Procureur c/ Aleksovski, affaire
1228
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 37 ?non souligné dans l’originalg. n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 27.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
intention spécifique d’humilier, de ridiculiser ou de dégrader les victimes1233 . Elle a en de commettre un acte ou une omission déterminé qui engagerait la responsabilité de son
particulier noté qu’à son avis, en indiquant que «les atteintes à la dignité des personnes» auteur dans ce contexte implique qu’il doit être conscient du caractère objectif de son acte ou
1234
étaient des actes qui «tendent à ?...g humilier, à ?...g ridiculiser », les Commentaires du omission. En effet, l’intention véritable de commettre un acte particulier implique
CICR ne marquaient pas la nécessité d’une intention spécifique d’humilier, de ridiculiser ou nécessairement que l’auteur soit conscient de la nature de celui-ci. Étant donné que l’acte ou
de dégrader les victimes, mais cherchaient «simplement ?àg décrire les actes que la l’omission constituant l’atteinte à la dignité des personnes est un acte ou une omission qui
disposition vise à prohiber 1235 ». est généralement perçu comme causant une humiliation, une dégradation grave ou attentant
autrement gravement à la dignité des personnes, l’accusé est nécessairement conscient qu’il
510. La Chambre d’appel n’a pas commenté l’autre possibilité évoquée dans le jugement
en va ainsi de son acte ou de son omission, c’est-à-dire qu’il pourrait causer une humiliation,
de première instance, à savoir qu’outre le fait de commettre délibérément l’acte en question
une dégradation ou attenter autrement gravement à la dignité des personnes. Autre chose est
ou de délibérément omettre d’agir, il faut que l’auteur «ait été conscient» que l’humiliation
d’exiger qu’il ait eu conscience des conséquences réelles de son acte.
ou la dégradation de la victime constituait une conséquence prévisible et logique de ses
actes 1236 . En examinant les faits de l’espèce, la Chambre d’appel s’est simplement déclarée 513. En pratique, il est improbable que la question de la connaissance de la nature de
«convaincue que la Chambre de première instance a conclu que l’Appelant a délibérément l’acte revête une grande importance. Lorsqu’est atteint le seuil objectif fixé pour que
participé aux actes ou a accepté les actes qui ont donné naissance à sa responsabilité au sens l’infraction soit constituée, c’est-à-dire lorsque l’acte ou l’omission est généralement perçu
des articles 7 1) et 7 3) du Statut pour atteintes à la dignité des personnes et qu’il est donc comme gravement humiliant, dégradant ou comme autrement gravement attentatoire à la
coupable de ces infractions 1237 », ce qui ne répond pas à la question de savoir si l’auteur doit dignité humaine, il est rare que son auteur ne sache pas que celui-ci peut avoir pareil effet.
nécessairement être conscient des conséquences prévisibles de ses actes.
514. Aux yeux de la Chambre, le crime d’atteintes à la dignité des personnes requiert
511. Analysant la notion de traitement inhumain dans son jugement, la Chambre saisie de donc :
l’affaire Delali} s’est bornée à exiger, s’agissant de l’élément moral, que l’acte ou l’omission
350
i) que l’accusé soit l’auteur ou le complice d’un acte ou d’une omission généralement
soit intentionnel :
perçu comme gravement humiliant, dégradant ou comme autrement gravement attentatoire à
"…"un traitement inhumain est un acte ou une omission intentionnel, c’est-à-dire un acte la dignité humaine ; et
qui, jugé objectivement, apparaît délibéré et non accidentel, et qui cause de graves
souffrances mentales ou physiques ou constitue une atteinte grave à la dignité
humaine1238 . ii) qu’il ait su que l’acte ou omission pourrait avoir pareil effet.
Elle ne touchait mot de la nécessité d’une intention spécifique ou de la conscience de l’effet G. Réduction en esclavage
que pouvait avoir sur la victime l’acte intentionnel.
1. Contexte
512. La Chambre de première instance a étudié la jurisprudence évoquée plus haut afin de
déterminer s’il doit y avoir, outre l’intention de commettre l’acte ou l’omission en question, 515. Pour avoir réduit des personnes en esclavage, Dragoljub Kunarac et Radomir Kova~
une certaine connaissance de ses conséquences. Elle estime que la nécessité d’une intention sont tous deux accusés de crime contre l’humanité, en vertu de l’article 5 c) du Statut 1239 .
Les éléments communs aux crimes contre l’humanité sanctionnés par cet article du Statut ont
été exposés plus haut. Il reste à déterminer ici quels sont les éléments constitutifs de ce crime
1233
«On pourrait penser que le fait que la Chambre de première instance ait indiqué que l’élément moral de l’acte
incriminé était “l’intention d’humilier ou de ridiculiser la victime” impose une condition que l’Accusation n’a pas été contre l’humanité qu’est la réduction en esclavage et à examiner en particulier ce qu’en
obligée de prouver. En rejetant ce motif d’appel, la Chambre d’appel ne reprend pas cette dernière conclusion à son
compte.» Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 27. disait le droit international coutumier, à l’époque visée par l’acte d’accusation.
1234
Sandoz et al., Commentaire des Protocoles additionnels du 8 juin 1977 aux Conventions de Genève du 12 août 1949,
par. 3047. Cette affirmation est mentionnée par la Chambre de première instance, aux paragraphes 55 et 56.
1235
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 27.
1236
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-T, Jugement, 25 juin 1999, par. 56.
1237
Le Procureur c/ Aleksovski, affaire n° IT-95-14/1-A, Arrêt, 24 mars 2000, par. 27.
1238
Le Procureur c/ Delalic et consorts, affaire n° IT-96-21-T, Jugement, 16 novembre 1998, par. 543. Voir aussi plus
loin dans ce paragraphe : «Ainsi, les traitements inhumains sont des traitements intentionnellement administrés qui
1239
contreviennent au principe fondamental d’humanité"…".» Acte d’accusation IT-96-23 (respectivement aux chefs 18 et 22).
o
Affaire n IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
516. Il n’est pas dans notre intention de faire un exposé exhaustif sur l’état du droit en règles du droit international coutumier. La Convention supplémentaire de 1956 1247 complète
matière de réduction en esclavage. Les accusations de réduction en esclavage portées en la Convention relative à l’esclavage et définit pour l’essentiel dans les mêmes termes
l’espèce sont liées uniquement au traitement des femmes et des enfants et à certaines l’esclavage et la traite des esclaves1248 . Elle donne de l’«esclavage» et de l’«esclave» la
allégations de travaux ou services forcés ou obligatoires. définition suivante :
517. Le Procureur a présenté ses arguments sur la réduction en esclavage dans ses "…" l'«esclavage», tel qu'il est défini dans la Convention de 1926 relative à l'esclavage, est
l'état ou la condition d'un individu sur lequel s'exercent les attributs du droit de propriété
mémoires 1240 et dans son réquisitoire 1241 . La Défense a exposé les siens dans son mémoire en ou certains d'entre eux et l'«esclave» est l'individu qui a ce statut ou cette condition1249 .
clôture 1242 et dans ses plaidoiries1243 .
521. La Convention sur le travail forcé de 1930 1250 a été élaborée juste avant la Deuxième
2. Le droit Guerre mondiale sous les auspices de l’Organisation internationale du Travail («OIT»). Elle
définit le travail forcé ou obligatoire comme «tout travail ou service exigé d’un individu sous
518. Le Statut ne définit pas la «réduction en esclavage». Il s’avère donc nécessaire de se la menace d’une peine quelconque et pour lequel ledit individu ne s’est pas offert de son
reporter aux diverses sources, notamment au droit international humanitaire et à la branche plein gré 1251 ». Sont exclus, entre autres, de cette définition tout travail ou service exigé en
du droit concernant les droits de l’homme, qui traitent du sujet ou de questions similaires. temps de guerre mettant en danger ou risquant de mettre en danger la vie ou les conditions
normales d’existence de l’ensemble ou d’une partie de la population 1252 , et les menus
519. Bien que la lutte internationale contre l’esclavage engagée sur le plan juridique –
travaux de village qui peuvent être considérés comme des obligations civiques normales 1253 .
lutte qui remonte à plus d’un siècle et demi – ait été l’un des principaux signes annonciateurs
Également élaborée sous les auspices de l’OIT, la Convention sur l’abolition du travail forcé
de la protection internationale des droits de l’homme, il faudra attendre 1926 et la
de 19571254 était destinée à compléter la Convention relative à l’esclavage, la Convention
Convention relative à l’esclavage pour avoir la première définition fondamentale de
supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage et la Convention sur le travail forcé. Elle
l’esclavage : «L’esclavage est l’état ou la condition d’un individu sur lequel s’exercent les
prévoit que :
351
attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux 1244 .» Cette définition est restée. La
Convention relative à l’esclavage interdit également la traite des esclaves : ?tgout Membre de l'Organisation internationale du Travail qui ratifie la présente
Convention s'engage à supprimer le travail forcé ou obligatoire et à n'y recourir sous
aucune forme : a) en tant que mesure de coercition ou d'éducation politique ou en tant que
La traite des esclaves comprend tout acte de capture, d'acquisition ou de cession d'un
sanction à l'égard de personnes qui ont ou expriment certaines opinions politiques ou
individu en vue de le réduire en esclavage ; tout acte d'acquisition d'un esclave en vue de
manifestent leur opposition idéologique à l'ordre politique, social ou économique établi ;
le vendre ou de l'échanger; tout acte de cession par vente ou échange d'un esclave acquis
en vue d'être vendu ou échangé, ainsi que, en général, tout acte de commerce ou de "…" e) en tant que mesure de discrimination raciale, sociale, nationale ou religieuse1255 .
transport d'esclaves1245 .
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522. Une première codification des crimes contre l’humanité est intervenue à la fin de la forme ou une autre, au programme de travail forcé 1262 . Le Tribunal de Nuremberg
Deuxième Guerre mondiale dans le cadre du Statut du Tribunal militaire international de n’indiquait toutefois pas si ces accusés devaient être de ce fait déclarés coupables de crimes
1256
1945 («Statut de Nuremberg») , qui dispose que le Tribunal de guerre ou de crimes contre l’humanité, exception faite de l’accusé Von Schirach, reconnu
coupable de crime contre l’humanité uniquement pour son rôle dans le travail forcé. 1263 La
"…" sera compétent pour juger et punir toutes personnes qui "…" auront commis "…" l’un
quelconque des crimes suivants : Les actes suivants, ou l’un quelconque d’entre eux sont déclaration de culpabilité de Von Schirach a au moins clairement montré que, pour le
des crimes soumis à la juridiction du Tribunal et entraînant une responsabilité
Tribunal, le travail forcé ou obligatoire constituait non seulement un crime de guerre, mais
individuelle : a) Les crimes contre la paix "…" ; b) Les crimes de guerre : c’est-à-dire les
violations des lois et coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être aussi une réduction en esclavage, constitutive d’un crime contre l’humanité. D’autres aspects
limitées, "…" la déportation pour des travaux forcés "…" ; c) Les crimes contre
l’humanité : c’est-à-dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la particuliers du Jugement de Nuremberg méritent d’être mentionnés. S’agissant du
déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles "…"1257 .
recrutement prétendument volontaire des travailleurs, le Tribunal a indiqué, au sujet de
Le Statut de Nuremberg ne donnait cependant aucune définition de la réduction en l’accusé Sauckel, nommé par Hitler plénipotentiaire général pour l’Utilisation de la
esclavage. main-d’œuvre, qu’il avait décrit «"l"e recrutement prétendument "volontaire" "…" assuré par
"une bande d’agents des deux sexes qui embarquaient les gens de force, comme
523. Dans l’Acte d’accusation de Nuremberg 1258 , la déportation pour travaux forcés et la
autrefois" 1264 ». L’accusé Speer a été condamné pour sa participation au programme de
réduction en esclavage 1259 figuraient au nombre des crimes reprochés. Or, dans le
travail forcé, même s’il «insistait pour que les travailleurs forcés aient une nourriture
Jugement 1260 , on n’a pas cherché à définir ces concepts ou à établir systématiquement une
suffisante et des conditions de travail satisfaisantes afin qu’ils puissent travailler
distinction entre eux 1261 . Dans la partie du Jugement qui expose les conclusions juridiques
efficacement1265 ». Enfin, dans ce contexte du programme de travail forcé, le Tribunal de
pour chacun des accusés, il est fait état, pour 13 d’entre eux, de leur participation, sous une
Nuremberg a fait allusion aux employées de maison et plus précisément au transfert de
500 000 femmes des territoires occupés de l’Europe de l’Est vers l’Allemagne, placées sous
le contrôle des accusés Sauckel, Himmler et Bormann 1266 . Il ressort des comptes rendus
352
d’audience que l’on avait fait venir cette main-d’œuvre féminine pour soulager les
1256
Annexé à l’Accord concernant la poursuite et le châtiment des grands criminels de guerre des Puissances européennes
de l’Axe (Accord de Londres), 8 août 1945 ?(signé par le Royaume-Uni, la France, les États-Unis et l’URSS, et ménagères allemandes et les femmes d’agriculteurs allemands 1267 . Ces femmes n’avaient
auquel ont adhéré 19 autres États (Australie, Belgique, Tchécoslovaquie, Danemark, Éthiopie, Grèce, Haïti,
Honduras, Inde, Luxembourg, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Norvège, Panama, Paraguay, Pologne, Uruguay, droit à aucun repos ; tout au plus pouvaient-elles obtenir, en récompense de leur travail,
Venezuela et Yougoslavie))g.
1257 l’autorisation de quitter pendant trois heures par semaine le foyer où elles étaient
Article 6 du Statut de Nuremberg ?non souligné dans l’originalg.
1258
Reproduit dans Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international, Nuremberg,
14 novembre 1945 – 1er octobre 1946, vol. 1 (1947), p. 29 à 95. assignées 1268 .
1259
Ibid., Chef n° 1 (Plan concerté ou complot), p. 30 et suiv. ; Chef n° 3 (Crimes de guerre), B) Déportation pour travail
forcé, et dans d’autres buts, des civils originaires des pays occupés et y habitant, p. 54 et 55 : «Pendant toute la
période d’occupation par les Allemands des pays de l’Ouest et de l’Est, la politique du Gouvernement et du Haut
Commandement allemands fut de déporter les citoyens valides d’un territoire occupé, soit en Allemagne, soit dans
d’autres pays occupés, pour les obliger à travailler à des ouvrages de fortifications, dans des usines, et à d’autres
tâches ayant trait à l’effort de guerre allemand. "…"», à la p. 54 ; H) Mobilisation de travailleurs civils, p. 65 : «Dans
tous les territoires occupés, les accusés procédèrent au recensement des habitants et les obligèrent à travailler ; ils
furent requis en vue de travaux qui n’étaient pas indispensables à l’armée d’occupation ; cette réquisition dépassait
largement les ressources des pays en cause. Tous les civils ainsi enrôlés furent obligés de travailler pour l’effort de
guerre allemand. "…"», à la p. 65 ; Chef n° 4 (Crimes contre l’humanité), A) Meurtres, exterminations,
asservissements, déportation et autres actes inhumains commis contre les populations civiles avant et pendant la
guerre, p. 69 : «"…" "Les accusés" les asservirent "…". Dans ces camps et dans d’autres, les civils étaient soumis à un
régime d’esclavage "…"», à la p. 70.
1260
Reproduit dans Trial of Major War Criminals Before the International Military Tribunal, Nuremberg, 14 novembre
1262
1945 – 1er octobre 1946, Vol. 22 (1947), p. 411 à 589 (rendu le 30 septembre et le 1er octobre. 1946). Ont été déclarés coupables de déportation pour des travaux forcés, de travail forcé ou obligatoire et de réduction en
1261
Ibid., p. 470 (travail forcé) ; p. 477, 478, 480 et 481 (travail forcé) ; p. 486 à 491 : Le Tribunal de Nuremberg a conclu esclavage les accusés suivants : Goering (ibid., p. 526 et 527) ; Keitel (ibid., p. 536) ; Kaltenbrunner (ibid., p. 537 et
que la politique des autorités d’occupation allemandes en matière de déportation et de travail forcé constituait une 538) ; Rosenberg (ibid., p. 540 et 541) ; Frank (ibid., p. 542 à 544) ; Frick (ibid., p. 546) ; Funk (ibid., p. 552) ; Von
violation flagrante non seulement de l’article 6 b) du Statut de Nuremberg, mais aussi de l’article 52 de la Convention Schirach (ibid., p. 565 et 566) ; Sauckel (ibid., p. 566 à 568) ; Jodl (ibid., p. 570 et 571) ; Seyss-Inquart (ibid., p. 575
de La Haye, ibid., p. 486. L’article 52 du Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, en annexe et 576) ; Speer (ibid., p. 577 à 579) ; Bormann (ibid., p. 586 et 587).
1263
à la Convention (IV) de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre («Convention de La Ibid., p. 565 et 566.
1264
Haye») dispose que «?dges réquisitions en nature et des services ne pourront être réclamés des communes ou des Ibid., p. 567.
1265
habitants, que pour les besoins de l’armée d’occupation. Ils seront en rapport avec les ressources du pays et de telle Ibid., p. 579.
1266
nature qu’ils n’impliquent pas pour les populations l’obligation de prendre part aux opérations de la guerre contre leur Ibid., p. 586.
1267
patrie. Ces réquisitions et ces services ne seront réclamés qu’avec l’autorisation du commandant dans la localité Reproduit dans Trial of Major War Criminals Before the International Military Tribunal, Nuremberg, 14 novembre
occupée. Les prestations en nature seront, autant que possible, payées au comptant ; sinon, elles seront constatées par 1945 – 1er octobre 1946, Vol. 3 (1947), Proceedings, 1er au 14 décembre 1945, p. 451.
1268
des reçus, et le paiement des sommes dues sera effectué le plus tôt possible». Ibid., p. 452.
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524. La Loi n° 10 adoptée en 1945 par le Conseil de contrôle des Alliés («Loi n° 10») 1269
a également codifié les crimes contre l’humanité, notamment l’asservissement, à peu près oublier la faim, les coups et les autres actes de cruauté, le fait reconnu de l’esclavage – du
travail obligatoire sans contrepartie – demeurerait. Il n’y a pas d’esclavage bienveillant.
dans les mêmes termes que le Statut de Nuremberg 1270 . Bien que les jugements rendus en Même tempérée par un traitement humain, la servitude involontaire reste de
application de la Loi n° 10 ne fassent généralement pas de distinction entre crimes de guerre l’esclavage1273 .
et crimes contre l’humanité, et entre la réduction en esclavage et les concepts connexes, ils
indiquent quels éléments ont été pris en compte pour déterminer s’il y a eu ou non réduction
526. En termes analogues au Statut de Nuremberg, la Charte du Tribunal militaire
en esclavage.
international pour l’Extrême-Orient de 1946 («Charte de Tokyo») 1274 confère au Tribunal
525. Dans l’affaire Milch, portée devant le Tribunal militaire américain, l’accusé devait compétence pour juger des
répondre d’un crime contre l’humanité pour travail forcé et déportation pour travail forcé de
"…" a) Crimes contre la paix "…" ; b) Crimes contre les Conventions de la guerre : à
citoyens allemands et étrangers 1271 . Le tribunal a conclu : savoir, les violations des lois ou coutumes de la guerre ; c) Crimes contre l’humanité : à
savoir, meurtre, extermination, réduction à l’esclavage, déportation et autres actes
inhumains "…"1275 .
Peut-on croire que la multitude de Juifs slaves qui ont travaillé dans l’industrie de guerre
allemande bénéficiaient des droits des parties contractantes ? Ils n’étaient rien moins que
des esclaves – kidnappés, enrégimentés, placés sous la surveillance de gardes armés et
travaillaient jusqu’à ce qu’ils meurent de maladie, de faim, d’épuisement. "…" À quelques
exceptions près, la main-d’œuvre étrangère non-juive était privée des droits civils 527. Dans la partie concernant les crimes de la guerre conventionnels et les crimes contre
fondamentaux de tout homme libre : elle était privée du droit de circuler librement et
d’élire domicile où elle l’entend, de vivre avec sa famille, d’élever ses enfants et de leur l’humanité 1276 , l’Acte d’accusation de Tokyo 1277 fait référence au travail en temps de guerre,
donner une éducation, de se marier, de visiter les lieux publics de son choix, de négocier,
au travail forcé et à la réduction en esclavage, sans établir de distinction entre les deux
individuellement ou par l’entremise de représentants de son choix, ses conditions
d’emploi, de s’affilier à des syndicats, d’user de la liberté d’opinion et d’expression, de se catégories de crimes1278 . Le Jugement de Tokyo 1279 non plus ne fait pas systématiquement la
réunir pacifiquement et elle était souvent privée du droit de culte. Autant de signes
manifestes de l’esclavage et non de l’emploi libre sous contrat1272 . distinction entre la déportation aux fins de travail forcé, le travail forcé et la réduction en
353
S’agissant des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans l’affaire
Pohl, le Tribunal militaire américain a conclu succinctement :
L’esclavage peut exister sans qu’il y ait torture. Même bien nourri, bien vêtu et
confortablement logé, un esclave reste un esclave s’il est illégalement privé de sa liberté
par la force ou par la contrainte. On pourrait éliminer toute preuve de mauvais traitements,
1273
1269
Loi n° 10 du Conseil de contrôle : Châtiment des personnes coupables de crimes de guerre, de crimes contre la paix et États-Unis c/ Oswald Pohl et consorts, Jugement du 3 novembre 1947, reproduit dans Trials of Major War Criminals
de crimes contre l’humanité, 20 décembre 1945. La Loi n° 10 a été édictée par le Conseil de contrôle des Alliés en Before the Nuremberg Military Tribunals, under Control Council Law No. 10, Vol V, (1997), p. 958 à 970. D’autres
Allemagne, composé de la Grande-Bretagne, de la France, des États-Unis et de l’URSS. Le but recherché était de affaires jugées en application de la Loi n° 10 ont porté sur la réduction en esclavage et les crimes analogues,
créer en Allemagne une base juridique uniforme pour permettre aux Alliés de juger, dans leurs zones d’occupation notamment, IG Farben (États-Unis c/ Carl Krauch et consorts), résumée dans Law Reports of Trials of War
respectives, les criminels de guerre et les auteurs de crimes analogues n’ayant pas comparu devant le Tribunal de Criminals, The UN War Crimes Commission, Vol X (1997), p. 1 à 68, à la p. 53 et Flick (États-Unis c/ Friedrich
Nuremberg. Flick et consorts), reproduit dans Trials of Major War Criminals Before the Nuremberg Military Tribunals, under
1270 Control Council Law No. 10, Vol VI (1997).
Aux termes de l’article II c) de la Loi n° 10, sont considérés comme crimes contre l’humanité les «?agtrocités et délits 1274
comprenant, sans que cette énumération soit limitative, l’assassinat, l’extermination, l’asservissement, la déportation, «Proclamation spéciale : Création d’un Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient», approuvée à Tokyo,
le 19 janvier 1946 par le commandant suprême des Forces alliées, et telle que modifiée le 26 avril 1946.
l’emprisonnement, la torture, le viol ou tous autres actes inhumains, commis contre la population civile "…"». ?Non 1275
Article 5 de la Charte de Tokyo.
souligné dans l’originalg. 1276
1271 «Troisième Groupe : Crimes contre les conventions de la guerre et Crimes contre l’Humanité» (Chefs 53 à 55), ibid.,
États-Unis c/ Milch, Jugement du 31 juillet 1948, reproduit dans Trials of Major War Criminals Before the
Nuremberg Military Tribunals, under Control Council Law No. 10, Vol II (1997), p. 773. p. 12 à 14 de l’acte d’accusation.
1277
1272 Reproduit dans Pritchard, The Tokyo Major War Crimes Trial, The Records of the International Military Tribunal for
Ibid., p. 789. Milch a été déclaré coupable des crimes de guerre répertoriés au Chef 1 de l’acte d’accusation, dans la the Far East With an Authoritative Commentary and Comprehensive Guide, Vol. 2 (1998).
mesure où il était responsable du «travail forcé et de la déportation pour travail forcé des populations civiles des pays 1278
et territoires occupés par les forces armées allemandes et pour l’asservissement, la déportation, les mauvais Le Chef 53 contenait une accusation indirecte de complot, qui faisait référence aussi aux «personnes responsables de
traitements et la terreur dont ces personnes ont été victimes. "…"». (Ibid., p. 790). Milch a également été déclaré chacun des camps et des unités de travail pour les prisonniers de guerre et les détenus civils "…"». (Ibid., p. 13 de
coupable de crimes contre l’humanité (Chef trois) pour ces mêmes crimes dans la mesure où les faits concernaient des l’Acte d’accusation). L’annexe D a été incorporée à l’Acte d’accusation sous le Groupe Trois des accusations. La
nations étrangères (Ibid., p. 790 et 791). S’agissant de la définition des crimes dans la Loi n° 10, le Juge Fitzroy Section deux de l’annexe D concernait «l’emploi illégal des prisonniers de guerre "…"» (à la p. iii). La Section douze
D Phillips a déclaré dans son opinion individuelle que celle-ci tenait la déportation pour travail forcé (crime de de l’annexe D concernait le «non-respect de l’honneur et des droits de la famille, de la vie des individus "…", et la
guerre) et l’asservissement (crime contre l’humanité) pour des crimes distincts et d’une autre nature (ibid., Opinion déportation et l’asservissement des habitants "…", en infraction de "l’article 46 de l’annexe III («autorité militaire sur
individuelle, p. 860 à 866). Dans l’affaire Krupp (États-Unis c/ Krupp et consorts, Jugement du 31 juillet 1948, le territoire de l’État ennemi») de la Convention de La Haye de 1907" et des lois et coutumes de la guerre :
reproduit dans Trials of Major War Criminals Before the Nuremberg Military Tribunals, under Control Council Law d’innombrables habitants des territoires "occupés" ont été assassinés, torturés, violés et pour le moins, ont été victimes
No. 10, Vol IX, 2ème partie (1997), p. 1327), le Tribunal militaire américain a repris à son compte l’exposé de droit de sévices, arrêtés et internés sans raison, envoyés au travail forcé, et ont eu leurs biens détruits ou confisqués» (à la
applicable à la déportation pour travail forcé et asservissement, fait par le Juge Phillips dans l’affaire Milch (ibid., p. vi).
1279
p. 1432 et 1433). Dans cette affaire également, le Tribunal a conclu que, dans les circonstances établies, l’emploi des Reproduit dans Röling and Rüter, The Tokyo Judgment: The International Military Tribunal for the Far East
détenus des camps de concentration constituait un crime (ibid., p. 1433 à 1435). (IMTFE) 29 avril 1946 - 12 novembre 1948, Vol I (1977), p. 1 à 466 (rendu du 4 au 12 novembre 1948).
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
esclavage, et ne tente pas d’en donner une définition précise 1280 . Le recours à la main- le meurtre, de même que les traitements cruels tels que la torture, les mutilations ou toutes
formes de peines corporelles ; e) les atteintes à la dignité de la personne, notamment les
d’œuvre civile des territoires occupés fait l’objet du commentaire suivant : traitements humiliants et dégradants, le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à
la pudeur ; f) l'esclavage et la traite des esclaves sous toutes leurs formes ; ?…g h) la
menace de commettre les actes précités. ?…g1285 .
Après avoir adopté une politique d’emploi des prisonniers de guerre et des détenus civils à
des travaux contribuant directement à l’effort de guerre, et établi un système pour la mise
en œuvre de cette politique, les Japonais sont allés plus loin et ont complété cette source La référence à l’esclavage et à la traite des esclaves se fonde sur l’article premier de la
de main-d’œuvre en recrutant des travailleurs dans la population civile des territoires
occupés, aussi bien par des promesses fallacieuses que par la force. Une fois recrutés, les
Convention de 1926 relative à l’esclavage. Dans le Commentaire du Protocole additionnel,
travailleurs étaient transportés dans des camps où ils étaient enfermés. Il semble que ces on peut lire ce qui suit :
travailleurs réquisitionnés d’un côté et les prisonniers de guerre et internés civils de
l’autre, aient été traités plus ou moins de la même manière. Ils étaient tous considérés
comme des esclaves que l’on pouvait faire travailler jusqu’à la limite de leurs forces. Cet alinéa reprend la teneur de l’article 8, paragraphe 1, du Pacte. C’est une garantie
C’est pourquoi nous avons inclus ces travailleurs réquisitionnés dans les «internés civils» fondamentale irréductible, réaffirmée dans le Protocole. La prohibition de l’esclavage est
chaque fois que le terme figure dans ce chapitre 1281 . actuellement universellement acceptée ; aussi l’adoption de cet alinéa n’a-t-elle donné lieu
à aucun débat. On peut cependant se demander ce qu’il faut entendre par «l’esclavage et la
528. Plusieurs dispositions du Protocole additionnel II de 1977 1282 et de la IV e Convention traite des esclaves sous toutes leurs formes». Cette expression provient de la Convention
relative à l’esclavage, premier instrument universel en la matière, adopté en 1926 (Article
de Genève de 19491283 sont utiles à notre propos. Elles fournissent quelques indications sur premier). La Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite
des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage, adoptée en 1956,
le genre de travail qui peut être demandé à telles ou telles personnes et dans quelles complète et renforce l’interdiction ; certaines institutions et pratiques analogues à
l’esclavage, telles que la servitude pour dettes, le servage, l’achat des épouses et
conditions, dans le cadre d’un conflit armé, ainsi que sur la protection minimum des civils, l’exploitation du travail des enfants sont interdites "…"1286 .
en particulier des femmes et des enfants, qui ont toujours droit à une protection spéciale.
Les autres dispositions du Protocole additionnel II qui présentent un intérêt général pour
529. D’une particulière importance sous ce rapport est l’article 4 («Garanties notre propos sont celles qui concernent les enfants 1287 , les personnes privées de liberté et
fondamentales») du Protocole additionnel II, lequel «développe et complète l’article 3 forcées de travailler 1288 , et l’interdiction du déplacement forcé des civils. Cette interdiction
commun aux Conventions de Genève du 12 août 1949 1284 ». Cet article dispose que dans les s’applique au déplacement de la population civile, lequel «ne pourra être ordonné pour des
conflits armés non internationaux : raisons ayant trait au conflit sauf dans les cas où la sécurité des personnes civiles ou des
354
raisons militaires impératives l’exigent 1289 ».
1) Toutes les personnes qui ne participent pas directement ?…g aux hostilités, qu'elles
soient ou non privées de liberté, ont droit au respect de leur personne, de leur honneur, de
leurs convictions et de leurs pratiques religieuses. Elles seront en toutes circonstances
traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère défavorable. ?…g 2) Sans
préjudice du caractère général des dispositions qui précèdent, sont et demeurent prohibés
en tout temps et en tout lieu à l'égard des personnes visées au paragraphe 1: a) les atteintes
portées à la vie, à la santé et au bien-être physique ou mental des personnes, en particulier
1285
L’article 4 fait partie du Titre II («Traitement humain») du Protocole additionnel II.
1286
Sandoz, Swinarski and Zimmermann (Éditeurs), Commentaire des Protocoles additionnels du 8 juin 1977 aux
Conventions de Genève du 12 août 1949 (1986), p. 1400.
1280 1287
Parmi les références au travail forcé et à l’esclavage dans le Jugement de Tokyo figurent, au chapitre VIII («Crimes Article 4 du Protocole additionnel II.
contre les conventions de la guerre (Atrocités)») : ibid., p. 388 («De nombreux prisonniers chinois "…" étaient placés 1288
L’article 5 qui fait partie intégrante du Titre II («Traitement humain») du Protocole additionnel II. S’agissant du
dans des unités de travail et œuvraient pour l’armée japonaise "…". Certains de ces prisonniers "…" étaient transportés travail, l’article 5 1) prévoit expressément : «1) Outre les dispositions de l’article 4, les dispositions suivantes seront
au Japon pour pallier la pénurie de main-d’œuvre dans les usines de munitions».) ; ibid., p. 403 à 406 (utilisation de la au minimum respectées à l’égard des personnes privées de liberté pour des motifs en relation avec le conflit armé,
main-d’œuvre forcée pour construire la voie ferrée reliant la Birmanie au Siam, y compris l’utilisation de «travailleurs qu’elles soient internées ou détenues ; "…" e) elles devront bénéficier, si elles doivent travailler, de conditions de
locaux» recrutés) ; ibid., p. 413 et 414 (travail des prisonniers de guerre et des détenus civils) ; ibid., p. 416 (emploi travail et de garanties semblables à celles dont jouit la population civile locale.»
1289
des prisonniers de guerre et des détenus à des travaux liés à l’effort de guerre) ; ibid., p. 416 et 417 (utilisation de Le texte intégral de l’article 17 du Protocole additionnel II est le suivant : «1) Le déplacement de la population civile
main-d’œuvre «locale» forcée). Les références au travail forcé et à l’esclavage concernant les accusations ne pourra pas être ordonné pour des raisons ayant trait au conflit sauf dans les cas où la sécurité des personnes civiles
individuelles incluent : Kimura (ibid., p. 452, utilisation des prisonniers de guerre pour le travail forcé, notamment, ou des raisons militaires impératives l'exigent. Si un tel déplacement doit être effectué, toutes les mesures possibles
sur la voie ferrée reliant la Birmanie au Siam) et Tojo (ibid., p. 462 et 463, mauvais traitements des prisonniers de seront prises pour que la population civile soit accueillie dans des conditions satisfaisantes de logement, de salubrité,
guerre et des détenus, y compris l’utilisation des prisonniers de guerre à la construction de la voie ferrée reliant la d'hygiène, de sécurité et d'alimentation. 2) Les personnes civiles ne pourront pas être forcées de quitter leur propre
Birmanie au Siam). territoire pour des raisons ayant trait au conflit.» L’article 17 fait partie du Titre IV («Population civile») du Protocole
1281
Ibid., p. 416 et 417 (le chapitre auquel il est fait référence est le chapitre VIII («Crimes contre les conventions de la additionnel II. Bien qu’elles concernent les conflits armés internationaux, plusieurs dispositions du Protocole
guerre (Atrocités)») du jugement. additionnel I aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la Protection des victimes des conflits armés
1282
Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits internationaux («Protocole additionnel I»), insistent également sur la protection fondamentale dont doivent bénéficier
armés non internationaux («Protocole additionnel II»). La Yougoslavie a ratifié les deux Protocoles additionnels le en particulier les femmes et les enfants. Tout comme la disposition relative aux garanties fondamentales, qui est en
11 juin 1979. La Bosnie-Herzégovine a succédé à ces deux Protocoles le 31 décembre 1992. partie similaire à celle du Protocole additionnel II, mais ne fait pas référence expressément à l’esclavage (art. 75).
1283
IVe Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 août 1949. La Selon une autre disposition relative à la protection des femmes : «les femmes doivent faire l’objet d’un respect
Yougoslavie a ratifié les Conventions de Genève le 21 avril 1950. La Bosnie-Herzégovine a succédé à ces particulier et seront protégées, notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et toute autre forme d’attentat à
Conventions le 31 décembre 1992. la pudeur» ?art. 76 1)g. Une autre disposition relative à la protection des enfants dispose que «Les enfants doivent
1284
Article 1 1) du Protocole additionnel II. faire l’objet d’un respect particulier et doivent être protégés contre toute forme d’attentat à la pudeur» (art. 77).
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530. De même, la IV e Convention de Genève insiste sur la protection fondamentale
accordée aux civils. Aux termes de l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève
La Puissance détentrice ne pourra employer des internés comme travailleurs que s’ils le
relatif aux conflits ne présentant pas un caractère international et qui trouve son application désirent. Sont en tout cas interdits : l’emploi qui, imposé à une personne protégée non
internée, constituerait une infraction aux articles 40 ou 51 de la présente Convention, ainsi
dans l’article 3 du Statut du TPIY, les personnes qui ne participent pas directement aux que l’emploi à des travaux d’un caractère dégradant ou humiliant. "…" Ces dispositions ne
hostilités seront en toutes circonstances traitées avec humanité. Bien que s’appliquant font pas obstacle au droit de la Puissance détentrice "…" d’employer des internés à des
travaux d’administration et d’entretien du lieu d’internement ; de charger ces personnes de
seulement aux conflits armés internationaux, figurent au nombre des dispositions de la travaux de cuisine ou d’autres travaux ménagers "…"1296 . Toutefois, aucun interné ne
pourra être astreint à accomplir des travaux pour lesquels un médecin de l’administration
IV e Convention de Genève dignes d’intérêt, l’article 24 (mesures spéciales en faveur de l’aura déclaré physiquement inapte. La Puissance détentrice assumera l’entière
responsabilité de toutes les conditions de travail, des soins médicaux, du paiement des
l’enfance) 1290 , l’article 27 (traitement humain des personnes protégées) 1291 , l’article 31
salaires et de la réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles. "…"
(interdiction de la contrainte) 1292 , l’article 32 (interdiction de toute mesure de nature à causer
des souffrances physiques ou l’extermination) 1293 , l’article 42 (résidence forcée et
internement)1294 , l’article 51 (prohibition du travail et des réquisitions de main-d’œuvre) et L’article 40 qui concerne le traitement des étrangers sur le territoire d’une partie au
1295 conflit1297 dispose que :
divers articles concernant le traitement des internés . L’un de ceux-ci, l’article 95, énonce
les conditions dans lesquelles la Puissance détentrice peut employer des internés et il mérite
?lges personnes protégées ne peuvent être astreintes au travail que dans la même mesure
d’être repris plus en détail : que les ressortissants de la Partie au conflit sur le territoire de laquelle elles se trouvent. Si
les personnes protégées sont de nationalité ennemie, elles ne pourront être astreintes
qu'aux travaux qui sont normalement nécessaires pour assurer l'alimentation, le logement,
l'habillement, le transport et la santé d'êtres humains et qui ne sont pas en relation directe
avec la conduite des opérations militaires. Dans les cas mentionnés aux alinéas
précédents, les personnes protégées astreintes au travail bénéficieront des mêmes
conditions de travail et des mêmes mesures de protection que les travailleurs nationaux,
1290
notamment en ce qui concerne le salaire, la durée du travail, l'équipement "…".
L’article 24 fait partie du Titre II («Protection générale des populations contre certains effets de la guerre») de la
IVe Convention de Genève.
1291
355
L’article 27 dispose : «Les personnes protégées ont droit, en toutes circonstances, au respect de leur personne, de leur
honneur, de leurs droits familiaux, de leurs convictions et pratiques religieuses, de leurs habitudes et de leurs
coutumes. Elles seront traitées, en tout temps, avec humanité et protégées notamment contre tout acte de violence ou
d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique. Les femmes seront spécialement protégées contre toute L’article 51 concerne le traitement des personnes protégées dans les territoires occupés 1298 .
atteinte à leur honneur, et notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à leur pudeur.
Compte tenu des dispositions relatives à l’état de santé, à l’âge et au sexe, les personnes protégées seront toutes Dans la partie qui nous intéresse, il dispose que la Puissance occupante
traitées par la Partie au conflit au pouvoir de laquelle elles se trouvent, avec les mêmes égards, sans aucune distinction
défavorable, notamment de race, de religion ou d’opinions politiques. Toutefois, les Parties au conflit pourront
prendre, à l’égard des personnes protégées, les mesures de contrôle et de sécurité qui seront nécessaires du fait de la ne pourra astreindre au travail des personnes protégées que si elles sont âgées de plus de
guerre.» Cet article fait partie du Titre III («Statut et Traitement des personnes protégées»), Section I («Dispositions dix-huit ans ; il ne pourra s’agir toutefois que de travaux nécessaires aux besoins de
communes aux territoires des Parties au conflit et aux territoires occupés») de la IVe Convention de Genève. l’armée d’occupation ou aux services d’intérêt public, à l’alimentation, au logement, à
1292
L’article 31 fait partie du Titre III («Statut et traitement des personnes protégées»), Section I («Dispositions
communes aux territoires des Parties au conflit et aux territoires occupés») de la IVe Convention de Genève. l’habillement, aux transports ou à la santé de la population du pays occupé. "…" Le travail
1293 sera équitablement rémunéré et proportionné aux capacités physiques et intellectuelles des
L’article 32 fait partie du Titre III («Statut et traitement des personnes protégées»), Section I («Dispositions
communes aux territoires des Parties au conflit et aux territoires occupés») de la IVe Convention de Genève. travailleurs. "…"
1294
L’article 42 prévoit : «L’internement ou la mise en résidence forcée des personnes protégées ne pourra être ordonné
que si la sécurité de la Puissance au pouvoir de laquelle ces personnes se trouvent le rend absolument nécessaire. Si
une personne demande, par l'entremise des représentants de la Puissance protectrice, son internement volontaire et si 531. L’article 27 de la IV e Convention de Genève, par exemple, prévoit qu’il sera porté
sa propre situation le rend nécessaire, il y sera procédé par la Puissance au pouvoir de laquelle elle se trouve.»
L’article 42 fait partie du Titre III («Statut et Traitement des personnes protégées»), Section II («Étrangers sur le une attention spéciale aux femmes : elles seront «spécialement protégées contre toute
territoire d’une partie au conflit») de la IVe Convention de Genève.
1295 atteinte à leur honneur, et notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et tout
Ces dispositions font partie du Titre III («Statut et Traitement des personnes protégées»), Section IV («Règles
relatives au traitement des internés») de la IVe Convention de Genève, tout comme l’article 80 : «Les internés
conserveront leur pleine capacité civile et exerceront les droits qui en découlent dans la mesure compatible avec leur attentat à leur pudeur. "…"1299 ». L’alinéa cité
statut d’internés.» ; l’article 82 : «La puissance détentrice groupera dans la mesure du possible les internés selon leur
nationalité, leur langue et leurs coutumes. "…" Pendant toute la durée de leur internement, les membres d’une même
famille, et en particulier les parents et leurs enfants, seront réunis dans le même lieu d’internement, à l’exception des
cas où les besoins du travail, des raisons de santé, ou l’application des dispositions prévues au chapitre IX de la
présente Section rendraient nécessaire une séparation temporaire. Les internés pourront demander que leurs enfants,
1296
laissés en liberté sans surveillance de parents, soient internés avec eux. Dans toute la mesure du possible, les membres Les internés employés d’une manière permanente à ces travaux recevront de la Puissance détentrice un salaire
internés de la même famille seront réunis dans les mêmes locaux et seront logés séparément des autres internés ; il équitable (article 95 de la IVe Convention de Genève).
1297
devra également leur être accordé les facilités nécessaires pour mener une vie de famille.» ; les articles 95 et 96 : L’article 40 fait partie du Titre III («Statut et traitement des personnes protégées»), Section II («Étrangers sur le
«Tout détachement de travail relèvera d'un lieu d'internement. Les autorités compétentes de la Puissance détentrice et territoire d’une partie au conflit») de la IVe Convention de Genève.
1298
le commandant de ce lieu d'internement seront responsables de l'observation dans les détachements de travail des L’article 51 fait partie du Titre III («Statut et traitement des personnes protégées»), Section III («Territoires occupés»)
dispositions de la présente Convention. Le commandant tiendra à jour une liste des détachements de travail dépendant de la IVe Convention de Genève.
1299
de lui et la communiquera aux délégués de la Puissance protectrice, du Comité international de la Croix-Rouge ou des La Chambre de première instance prend le mot «honneur» au sens de «dignité» ; elle n’en reste pas moins d’avis qu’il
autres organisations humanitaires qui visiteraient les lieux d'internement.» s’agit de crimes violents.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
"…" dénonce certaines pratiques suivies notamment durant la dernière guerre mondiale, l’homme de 1969 («Convention américaine»)1305 et de la Charte africaine des droits de
d’innombrables femmes de tous âges, et même des enfants, ayant été l’objet des pires
outrages : viols commis en territoires occupés, brutalités de tout genre, mutilations, etc. l’homme et des peuples de 1981 («Charte africaine») 1306 .
Dans les régions où les troupes ont passé ou stationné, des milliers de femmes ont été
envoyées dans des maisons de prostitution contre leur gré, ou ont été contaminées par des
maladies vénériennes, qui se sont souvent accrues dans des proportions effrayantes1300 . 534. La Commission et la Cour européennes des droits de l’homme («Commission» et
«Cour européenne» respectivement) n’ont pas encore eu à statuer sur une affaire ayant un
rapport même lointain avec la présente. Certains commentaires et conclusions sur
532. La Chambre de première instance constate qu’en l’espèce, nul n’a affirmé que les l’interprétation des dispositions de la Convention européenne qui nous intéressent sont
personnes réduites en esclavage étaient internées ou assignées à résidence ; pareille assertion toutefois de quelque secours en l’espèce. Dans l’affaire Van Droogenbroeck c/ Belgique1307 ,
1301
ne pouvait du reste être valable . la Commission européenne fait observer, obiter dictum, que la distinction entre servitude et
travail forcé n’est pas explicitée dans la Convention européenne et que
533. Divers traités internationaux relatifs aux droits de l’homme évoquent l’esclavage ou
des notions analogues sans les définir explicitement. C’est le cas de la Déclaration Il y a lieu toutefois de considérer qu’en plus de l’obligation de fournir à autrui certains
services, la notion de servitude englobe l’obligation pour le «serf» de vivre sur la
universelle des droits de l’homme de 1948 («Déclaration universelle»)1302 , du Pacte propriété d’autrui et l’impossibilité de changer sa condition1308 .
international relatif aux droits civils et politiques de 1966 («Pacte international»)1303 , de la
La Commission européenne a été principalement guidée dans son interprétation par
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
l’article premier de la Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage 1309 .
de 1950 («Convention européenne») 1304 , de la Convention américaine relative aux droits de
535. Dans l’affaire Van der Mussele c/ Belgique 1310 , la Cour européenne devait examiner
la plainte déposée par un avocat auquel on avait fait obligation de défendre une personne
sans rémunération et sans remboursement de ses frais. Le requérant affirmait, entre autres,
1300
que cette commission d’office était assimilable à un travail forcé ou obligatoire contraire à
Commentaire de la IVe Convention de Genève relative à la protection des Personnes civiles en temps de guerre,
356
publié sous la direction de Jean S. Pictet (1956), p. 221, faisant référence à la Commission d’experts l’article 4 2) de la Convention européenne. La Cour a fait remarquer que le texte ne précisait
gouvernementaux pour l’étude de la Convention relative à la protection des victimes de guerre (Genève, 14 au 26
avril 1947). Documentation préliminaire, vol. III, p. 51. pas ce qu’il fallait entendre par «travail forcé ou obligatoire» et que les travaux préparatoires
1301
Voir l’article 42 de la IVe Convention, cité ci-dessus. Voir aussi les articles 41, 43 et le Titre III, Section IV («Règles
relatives au traitement des internés», articles 79 à 141 de la IVe Convention de Genève et l’article 17 du Protocole à la Convention ne donnaient pas non plus d’indications sur ce point 1311 . Les rédacteurs de la
additionnel II, cité ci-dessus. S’agissant de l’article 42 de la IVe Convention de Genève, à la p. 258 du Commentaire
(voir note supra) on peut lire : «"…" le fait qu’une personne est ressortissante de la Puissance ennemie ne saurait être Convention européenne, à l’exemple de ceux de l’article 8 du projet de Pacte international,
considéré comme une menace pour la sécurité du pays de résidence ; il ne constitue pas un critère valable pour
l’internement ou la mise en résidence forcée. Pour justifier le recours à ces mesures, il faut que l’État ait des raisons se sont largement inspirés de la Convention de 1930 sur le travail forcé ou obligatoire 1312 . La
sérieuses de penser qu’une personne représente, par ses activités, connaissances ou qualifications, une menace
véritable pour sa sécurité présente ou future. "…" Dorénavant, seule la nécessité absolue, fondée sur les exigences de Cour a pris expressément en compte cette Convention et la Convention de 1957 sur
la sécurité de l’État, peut commander le recours à ces deux mesures si toutefois cette sécurité ne peut être assurée à
l’aide de moyens moins sévères.» l’abolition du travail forcé pour définir l’expression «travail forcé ou obligatoire» employée
1302
Dans la Déclaration universelle, il est dit que «Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite
des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.» (article 4 de la Déclaration universelle).
1303
Le Pacte international stipule que «1) Nul ne sera tenu en esclavage ; l’esclavage et la traite des esclaves, sous toutes
leurs formes, sont interdits. 2) Nul ne sera tenu en servitude. 3) a) Nul ne sera astreint à accomplir un travail forcé ou
obligatoire ; "…" c) N’est pas considéré comme «travail forcé ou obligatoire» au sens du présent paragraphe : "…"
iii) Tout service exigé dans les cas de force majeure ou de sinistres qui menacent la vie ou le bien-être de la
communauté "…"». (article 8 du Pacte international et son article 4 2) stipule qu’aucune dérogation aux paragraphes 1305
La Convention américaine prévoit que «nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude. L’esclavage et la servitude
1) et 2) de l’article 8 n’est autorisée). Les travaux préparatoires indiquent que le terme d’«esclavage» impliquait la ainsi que la traite des esclaves et la traite des femmes sont interdits sous toutes formes». ?Article 6 1)g. Elle prévoit
destruction de la personnalité juridique, notion technique quelque peu limitée, tandis que la servitude, notion plus plus loin que nul ne sera astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire ?article 6 2)g, à l’exception de cas bien
générale, recouvrait toutes les formes possibles de domination de l’homme par l’homme (Bossuyt, Guide to the précis ?article 6 3)g. Les droits déterminés dans l’article 6 ne peuvent être suspendus (article 27).
«Travaux Préparatoires» of the International Covenant on Civil and Political Rights (1987), p. 164 et 165, 167 et 1306
La Charte africaine prévoit : «Tout individu a droit au respect de la dignité inhérente à la personne humaine et à la
168 ; Nowak, UN Covenant on Civil and Political Rights : Commentary (1993), p. 148. En outre, le caractère reconnaissance de sa personnalité juridique. Toutes formes d’exploitation et d’avilissement de l’homme notamment
involontaire (involuntariness) est le critère même de la définition du «travail forcé ou obligatoire», tandis que l’esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou
l’esclavage et la servitude sont prohibés même si la personne est volontaire (voluntariness) (Bossuyt, Guide to the dégradants sont interdites.» (article 5 de la Charte africaine).
«Travaux Préparatoires» of the International Covenant on Civil and Political Rights (1987), p. 167). 1307
Requête n° 7906/77, Décision du 5 juillet 1979 sur la recevabilité de la requête, Commission européenne des droits de
1304
Aux termes de l’article 4 de la Convention européenne «1) ?ngul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude. 2) Nul l’homme, D/R 17, p. 59.
ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire. 3) N’est pas considéré comme «travail forcé ou 1308
Ibid., p. 66.
obligatoire» au sens du présent article : a) tout travail requis normalement d’une personne soumise à la détention "…" 1309
Idem.
1310
ou durant sa mise en liberté conditionnelle ; b) tout service de caractère militaire "…" ; c) tout service requis dans le Requête n° 8919/80, Arrêt (sur le fond) du 23 novembre 1983, Cour européenne des droits de l’homme, série A,
cas de crises ou de calamités qui menacent la vie ou le bien-être de la communauté ; d) tout travail ou service formant vol. 70.
1311
partie des obligations civiques normales.» L’article 15 2) de la Convention européenne n’autorise en aucun cas de Ibid., par. 32.
1312
dérogation au premier paragraphe de l’article 4. Idem.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
dans la Convention européenne 1313 . Elle a conclu que le «travail» dont il était question ne se
ramenait pas au travail manuel 1314 . La Cour a estimé que l’adjectif «forcé» «évoque l’idée
537. La Commission du droit international des Nations Unies («CDI») a constamment fait
d’une contrainte physique ou morale "…"» 1315 et que le qualificatif «obligatoire» désigne un
figurer la réduction en esclavage au nombre des crimes contre l’humanité dans ses projets de
travail «exigé "…" sous la menace d’une peine quelconque», contraire de plus à la volonté de
code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité 1324 . Dans le Projet de code adopté
l’intéressé et pour lequel celui-ci «ne s’est pas offert de son plein gré» 1316 . La Cour s’est
en 1991, «le fait de placer ou de maintenir des personnes en état d’esclavage, de servitude ou
également appuyée sur la jurisprudence de la Commission européenne, qui a toujours
de travail forcé» a été inscrit au nombre des violations systématiques ou massives des droits
considéré que, pour être forcé ou obligatoire, le travail ou service doit être accompli contre le
de l’homme, une catégorie qui correspond aux crimes contre l’humanité 1325 . Le commentaire
gré de l’intéressé et que, de surcroît, l’obligation de l’assurer doit revêtir un caractère injuste
de ce projet d’article explique que cette partie du projet est fondée sur certaines des
ou oppressif ou son exécution représenter une épreuve inévitable 1317 . La Cour a
conventions qui donnent une définition de ces crimes, notamment la Convention relative à
expressément pris ses distances vis-à-vis du deuxième critère identifié par la Commission 1318
l’esclavage, la Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite
et a opté pour une approche différente1319 , qui l’a amenée à conclure qu’il ne s’agissait pas
des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage, le Pacte international et
d’un travail obligatoire au sens de l’article 4 2) de la Convention européenne 1320 .
les deux Conventions de l’OIT 1326 . Le Projet de code des crimes contre la paix et la sécurité
536. La Chambre de première instance prend note également de la Convention sur de l’humanité adopté en 1996 inclut la réduction en esclavage au nombre des crimes contre
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui fait obligation l’humanité 1327 et précise qu’on entend par «réduction en esclavage»
aux États parties de supprimer «sous toutes leurs formes, le trafic des femmes et
le fait de placer ou de maintenir des personnes en état d’esclavage, de servitude ou de
l’exploitation de la prostitution des femmes» 1321 . La Convention relative aux droits de travail forcé, à l’encontre des normes bien établies et généralement reconnues du droit
international qu’énoncent, pour ce qui est de l’esclavage, par exemple, la Convention
l’enfant de 1989 interdit expressément le trafic d’enfants 1322 . À la différence de la de 1926 relative à l’esclavage (esclavage), la Convention supplémentaire de 1956 "relative
à l’abolition de l’esclavage" (esclavage et servitude), "le Pacte international" (esclavage et
Convention de 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de servitude) et la "Convention sur l’abolition du travail forcé" de 1957 (travail forcé)1328 .
357
la prostitution d’autrui, ces instruments ne requièrent pas l’existence d’un lien entre la traite
Le Projet de code ajoute «le viol, la contrainte à la prostitution et les autres formes de
et la prostitution 1323 .
violence sexuelle» au nombre des crimes contre l’humanité 1329 . La CDI réunissant des
spécialistes de droit international dont des conseillers juridiques gouvernementaux, élus par
l’Assemblée générale des Nations Unies, ses travaux peuvent être considérés, du moins pour
la question qui nous occupe, comme un témoignage de l’état du droit international
coutumier 1330 .
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
dans la réduction en esclavage, en tant que crime contre l’humanité. Les travaux de la CDI
évoqués plus haut confortent également cette conclusion 1333 .
d’organiser la prostitution sous la contrainte, le viol et le travail forcé 1331 . Il a par ailleurs
sanctionné la «réduction en esclavage» et le transport de personnes «réduites en esclavage», 542. Il ressort de cette définition que sont révélateurs d’une réduction en esclavage les
en ces termes : éléments de contrôle et de propriété, la limitation et le contrôle de l’autonomie, de la liberté
de choix ou de circulation et, souvent, les bénéfices retirés par l’auteur de l’infraction. Le
1) Quiconque aura réduit une autre personne en esclavage ou fait commerce de
personnes réduites en esclavage, ou incité une autre personne à céder sa liberté ou consentement ou le libre arbitre de la victime fait défaut. Les menaces, le recours à la force
celle d’une personne dont elle a la charge, sera puni d’une peine d’emprisonnement
d’un à dix ans. 2) Quiconque aura transporté d’un pays à un autre une personne ou d’autres formes de contrainte, par exemple, le rendent souvent impossible ou sans objet,
réduite en esclavage sera puni d’une peine d’emprisonnement de six mois à cinq
ans1332 .
tout comme la peur de la violence, le dol ou les promesses fallacieuses, l’abus de pouvoir, la
vulnérabilité de la victime, la détention ou la captivité, les pressions psychologiques ou les
conditions socio-économiques. Sont également symptomatiques l’exploitation, le travail ou
3. Conclusion service forcé ou obligatoire, exigé souvent sans rémunération et qui constitue souvent aussi,
mais pas nécessairement, une épreuve physique, l’utilisation sexuelle, la prostitution et la
539. En bref, la Chambre de première instance conclut que, pendant la période couverte
traite des êtres humains. S’agissant de travail ou service forcé ou obligatoire, il ressort
par l’acte d’accusation, la réduction en esclavage en tant que crime contre l’humanité
clairement du droit international et, notamment, de plusieurs articles de la IV e Convention de
consistait en droit international coutumier à exercer sur une personne l’un quelconque ou
Genève et des Protocoles additionnels que dans les conflits armés, tout travail ou service
l’ensemble des attributs du droit de propriété.
effectué par des personnes protégées, y compris les civils, n’est pas frappé d’interdit – mais
540. Ainsi, la Chambre de première instance conclut que l’exercice sur une personne de soumis à des conditions très strictes. Le fait d’«acquérir» ou de «céder» une personne contre
l’un quelconque ou de l’ensemble des attributs du droit de propriété constitue l’élément une rémunération ou un avantage en nature n’est pas un élément constitutif de la réduction
matériel de l’infraction, tandis que l’élément moral réside dans l’intention d’exercer ces en esclavage, mais c’est un bon exemple de l’exercice du droit de propriété sur autrui. Un
358
attributs. autre élément à prendre en compte pour déterminer s’il y a eu réduction en esclavage est la
durée pendant laquelle se seraient exercés les attributs du droit de propriété, mais
541. Il se peut que cette définition soit plus large que les définitions traditionnelles et
parfois apparemment distinctes, qui sont données de l’esclavage, de la traite des esclaves et
de la servitude ou du travail forcé ou obligatoire dans d’autres branches du droit 1333
Voir aussi le Statut de Rome de la Cour pénale internationale («Statut de Rome»), adopté à Rome le 17 juillet 1998,
international. En témoignent en particulier les affaires liées à la Deuxième Guerre mondiale PCNICC/1999/INF/3 (17 août 1999) (27 États ont ratifié le Statut de Rome début février 2001 et 139 États l’on signé,
dont la Bosnie-Herzégovine, qui l’a signé le 17 juillet 2000. Soixante ratifications sont nécessaires pour que le Statut
que nous avons évoquées plus haut, puisqu’elles ont englobé le travail forcé ou obligatoire de Rome entre en vigueur). L’article 30 («Élément psychologique») du Statut de Rome dispose : «1) Sauf disposition
contraire, nul n’est pénalement responsable et ne peut être puni à raison d’un crime relevant de la compétence de la
Cour que si l’élément matériel du crime est commis avec intention et connaissance. 2) Il y a intention au sens du
présent article lorsque : a) Relativement à un comportement, une personne entend adopter ce comportement ;
b) Relativement à une conséquence, une personne entend causer cette conséquence ou est consciente que celle-ci
adviendra dans le cours normal des événements. 3) Il y a connaissance, au sens du présent article, lorsqu’une
personne est consciente qu’une circonstance existe ou qu’une conséquence adviendra dans le cours normal des
événements. "Connaître" et "en connaissance de cause" s’interprètent en conséquence.» Le Statut de Rome fait de
1331
Article 142 du Code pénal de la RSFY («Celui qui, au mépris des règles du droit international en vigueur en temps de nombreuses références à la réduction en esclavage. En tant que crime contre l’humanité (art. 7), «"r"éduction en
guerre, de conflit armé ou d’occupation, aura ordonné que la population civile soit soumise à "…" des traitements esclavage» ainsi que «"v"iol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre
inhumains "…", de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé "…" ; la contrainte à forme de violence sexuelle de gravité comparable» ?art. 7 1) g)g sont interdits. «Par "réduction en esclavage" on
la prostitution ou le viol ; "…" d’autres formes d’arrestation ou de détention illégale "…" ; le travail forcé "…" ou qui entend le fait d’exercer sur une personne l’un quelconque ou l’ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété, y
aura commis l’un ou l’autre de ces actes, sera puni d’une peine d’emprisonnement d’au moins cinq ans ou de la peine compris dans le cadre de la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants» ?art. 7 2) c)g. La
de mort.»). L’article 154 du Code pénal de la Fédération de Bosnie-Herzégovine du 28 novembre 1998 est similaire à «grossesses forcée» est définie comme «la détention illégale d’une femme mise enceinte de force, dans l’intention de
l’article 142 du Code pénal de la RSFY. modifier la composition ethnique d’une population ou de commettre d’autres violations graves du droit international
1332 "…"» ?art. 7 2) f)g. Il ne faut pas interpréter le fait que ces infractions sont énoncées aux alinéas du Statut de Rome
Article 155 du Code pénal de la RSFY. L’article 167 du Code pénal de la Fédération de Bosnie-Herzégovine de 1998
dispose : «1) Celui qui, au mépris des règles du droit international, réduit une autre personne en esclavage ou à un état comme signifiant que l’esclavage sexuel, par exemple, n’est pas une forme de réduction en esclavage. Cette
analogue, ou la maintient dans un tel état, l’achète, la vend ou la cède à une autre personne, directement ou à titre distinction s’explique par le fait que le regroupement des infractions relatives aux violences sexuelles a semblé être la
d’intermédiaire, ou celui qui incite une autre personne à céder sa liberté ou celle de personnes dont il a la charge ou la meilleure solution. Il est évident que ces dispositions n’indiquent pas nécessairement à quel stade en était la loi
garde, sera puni d’une peine d’emprisonnement d’un à dix ans. 2) Celui qui aura transporté d’un pays à un autre des applicable à l’époque des faits de l’espèce. Elles apportent cependant quelques indications sur l’état de l’opinio juris
personnes réduites en esclavage ou dans un état analogue, sera puni d’une peine d’emprisonnement de six mois à cinq en matière de droit international coutumier à l’époque de l’adoption des recommandations. Voir, p. ex., Le Procureur
ans. 3) Celui qui aura commis sur la personne d’un mineur l’un des actes décrits aux paragraphes 1 et 2 de cet article c/ Furundžija, affaire n° IT-95-17/1-T, Jugement, 10 déc. 1998, par. 227 ; Le Procureur c/ Tadic, affaire n° IT-94-A,
sera puni d’une peine d’emprisonnement d’au moins cinq ans.» ?traduction non officielleg Arrêt, 15 juillet 1999, par. 223.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001 Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
l’importance qu’on lui attribuera dans un cas donné dépendra des autres signes révélateurs
de la réduction en esclavage. Eu égard aux circonstances de l’espèce, la détention ou la
séquestration d’une personne ne suffit habituellement pas à constituer une réduction en
esclavage.
543. La Chambre de première instance est donc généralement d’accord avec l’Accusation
sur les éléments qui doivent être pris en compte pour déterminer s’il y a eu réduction en
esclavage, à savoir le contrôle des mouvements d’un individu 1334 , le contrôle de
l’environnement physique 1335 , le contrôle psychologique 1336 , les mesures prises pour
empêcher ou décourager toute tentative de fuite 1337 , le recours à la force, les menaces de
recourir à la force ou la contrainte 1338 , la durée 1339 , la revendication de droits exclusifs 1340 ,
les traitements cruels et les sévices 1341 , le contrôle de la sexualité1342 et le travail forcé 1343 . Le
Procureur a affirmé en outre que le simple fait de pouvoir acheter, vendre, échanger ou
acquérir par voie de succession une personne, son travail ou ses services peut constituer un
élément à prendre en compte 1344 . La Chambre estime, pour sa part, que le simple fait de
pouvoir est insuffisant, mais que le passage à l’acte peut constituer un élément à prendre en
considération.
359
1. Contexte
545. En l’espèce, les accusés doivent dans plusieurs cas répondre de plusieurs infractions
aux termes d’un même article, par exemple de torture et de viol aux termes de l’article 5 du
Statut, et ce, à raison d’un même comportement. Mais ils ont également à répondre
d’infractions aux termes de deux articles différents du Statut, par exemple de torture aux
termes de l’article 5 et de torture et/ou de viol aux termes de l’article 3, toujours à raison
d’un même comportement.
1334
Premier Mémoire du Procureur préalable au procès, par. 205.
1335
Ibid., par. 207.
1336
Ibid., par. 208.
1337
Ibid., par. 209.
1338
Ibid., par. 210.
1339
Ibid., par. 211.
1340
Ibid., par. 212.
1341
Ibid., par. 213.
1342
Ibid., par. 214.
1343
Ibid., par. 216.
1344
Ibid., par. 220.
Affaire n o IT-96-23-T & IT-96-23/1-T 22 février 2001
Cour pénale internationale
Chambre de préliminaire
362
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363
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