Cours I : La paratextualité de Gérard Genette : premier clés de l’analyse
littéraire :
1. Qu’est ce que c’est la paratextualité :
Le livre est avant tout une présence matérielle, connaître un livre équivaut à la
reconnaissance de ce livre dans sa matérialité.
La paratextualité pour Genette est la relation que le texte proprement dit
entretient avec son environnement textuel immédiat : titre, sous-titre, intertitres,
préfaces, post-faces, avertissements, avant-propos, couvertures, épigraphes,
illustrations, prière d’insérer, entretiens avec l’auteur, interviews …etc.
2. Le paratexte :
Étymologiquement parlant le terme « paratexte » est composé du préfixe : para «
à côté de » et du français texte, provenant du latin textus formé sur le verbe
texere : qui signifie « tisser ».
Il englobe donc « tout ce qui se trouve autour du texte lui-même et qui a été
ajouté par l’auteur ou l’éditeur pour apporter une complémentarité au texte.
Procédés liminaux accompagnant un livre soit à l’intérieur -péritexte-, soit à
l’extérieur -paratexte- ».
3. Les éléments fondamentaux du paratexte :
Le paratexte selon Genette se compose d’un péritexte et d’un épitexte :
1. Le péritexte : constitue la catégorie spatiale, il occupe un emplacement « que
l’on peut situer par rapport à celui du texte lui-même : autour du texte, dans
l’espace du même volume… ».
2. L’épitexte : gravite aussi autour du texte, mais « à distance », il s’agit de « tous
les messages qui se situent, au moins à l’origine, à l’extérieur du livre :
généralement sur un support médiatique (interviews, entretiens), ou sous le
couvert d’une communication privée (correspondances, journaux intimes, et
autres) »
Cependant, Genette distingue entre deux types de « paratexte » : le paratexte
auctorial et le paratexte éditorial :
1. Le paratexte auctorial : contient tout ce qui est sous la responsabilité de
l’auteur.
2. Le paratexte éditorial : qui se trouve « sous la responsabilité directe et
principale (mais non exclusive) de l’éditeur, ou peut-être, plus
abstraitement mais plus exactement, de l’édition…».
3.L’importance du paratexte :
Sa fonction relève de :
1. La protection physique : couverture, pages de gardes) ou symbolique
(prologue, préface, postface, épigraphe, etc.
2. L'identification : nom de l'auteur, titre de l'ouvrage, nom de l'éditeur, lieu
et date d'édition, lieu d'impression, nom de la collection, code barre, etc.),
de l'organisation (table des matières, bibliographie, répertoire, index,
annexes).
3. La distinction : (couverture souple ou rigide, format du livre, choix du
papier)
4. La séduction : (jaquette, illustration de surface, graphisme, etc.).
4. L’étude paratextuelle d’une œuvre littéraire selon le théoricien français :
Nous avons tendance par mégarde, ou simplement par souci de se plonger à
l’intérieur du texte d’un roman, de lire rapidement le paratexte alors qu’il un
élément, qui peut être, porteur d’une grande partie du contenu du livre, si ce
n’est la clé de toute l’œuvre.
1. La première de couverture :
1.1 Le nom de l’auteur :
C’est l’un des éléments primordiaux dans la représentation matérielle de
l’œuvre. À la question que l’on pose, à la rencontre d’un livre : qui l’a écrit,
figure le nom propre de l’écrivain.
a) Il y a des femmes et des hommes de lettres qui écrivent avec leurs
propres noms comme : Yamina Mechakra, Mohamed Dib, Kateb Yacine,
Djawad Rostoum Touati, Amina Mekahli.
b) D’autres qui choisissent la pseudonymie pour différentes raisons : Maïssa
Bey (Samia Benameur), Assia Djebar (Fatima-Zohra Imalhayène), Emil
Ajar (Romain Gary).
1.2 Le titre de l’œuvre :
C’est un autre élément fondamental de l’appareil paratextuel. Qu’il porte une
phrase simple ou complexe, verbale ou nominale, complète ou incomplète, le
titre sert, avant tout, à nommer une œuvre littéraire.
Il existe quatre types de titres :
a) Il y a des titres littéraux, qui désignent sans détour et sans figure le
thème ou l’objet central de l’œuvre :
Exemple 1 : Léon l'Africain d’Amine Maalouf.
Exemple 2 : Sin la lune en miettes d’Abdelaziz Otmani.
b) Synecdoque ou métonymie, s’attachent à un objet moins
indiscutablement central :
Exemple 1 : Le vent a dit son nom de Mohamed Abdallah.
c) Un troisième type est d’ordre constitutivement symbolique, c’est le
type métaphorique :
Exemple 1 : Misère de la littérature de Djawad Rostoum Touati
Exemple 2 : En dépit du temps de Mehdi Massaoudi.
d) Un quatrième type fonctionne par antiphrase, ou ironie, soit parce
que le titre fait antithèse à l’œuvre :
Exemple 1 : J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian.
1.3 L’illustration :
D’un point de vue visuel, l’illustration est l’élément qui attire le plus l’attention
du lecteur dans la matérialité du livre. Vu qu’il est un objet artistique, l’œuvre
est, toujours, accompagnée d’un dessin, d’une image, de couleurs vives ou
sombres qui disent long, d’une manière implicite ou explicite, sur son contenu.
1.4 La maison d’édition :
La présence de la maison d’édition est indispensable dans l’appareil paratextuel
de l’œuvre littéraire. C’est l’entreprise dans laquelle un manuscrit se transforme
en un objet reconnu. Son rôle consiste à donner vie à l’œuvre de l’anonymat à la
reconnaissance légitime.
Il est important de savoir que chaque maison d’édition a sa propre ligne
éditoriale, son propre catalogue...etc.
Exemple :
Maisons d’éditions algériennes : Casbah Éditions, Barzakh Éditions, Apic
Éditions, El Kalimat Éditions, Chihab Éditions, Les presses de Chélif, El Qobia
Éditions, Anep Éditions, Hibr Éditions ...etc.
Maisons d’éditions françaises : Gallimard éditions, Seuils, J.C Lattès, Le point,
Flammarion...etc.
2. La quatrième de couverture :
2.2 Le résumé :
Résumer une œuvre littéraire consiste à présenter d’une manière brève son
contenu. Le résumé doit inciter le lecteur à savoir davantage sur l’œuvre et
avoir l’envie de lire. En revanche, quand il n’est pas accrocheur, le résumé tue
tout son enthousiasme.
2.3 L’extrait :
Pour inciter le lecteur à lire le livre en entier, l’écrivain et son éditeur met à la
disposition de leur lecteur un fragment. Ce fragment ne peut être choisi au
hasard. Il peut constituer le noyau de toute l’intrigue.
2.4 La biographie de l’auteur :
La biographie de l’auteur est un autre élément de paratexte que l’on croise
dans la quatrième de couverture. En s’attardant sur certains aspects de la vie
de l’auteur, nous pouvons mieux comprendre son texte et suivre le
cheminement intellectuel qui le trace dans ce dernier.
3. La préface :
La préface, quant à elle, est un texte dont le but est de présenter l’ouvrage et
son auteur.
1. Il consiste à fournir le genre concernant le livre qu’il entoure.
2. Il a pour but de donner une direction à la lecture de l’œuvre, en soulignant
les points d’intérêt du texte préfacé.
3. Il doit « diriger » la lecture, la « conduire vers » une fin, une idée, en aidant
le lecteur à « ambuler » à travers le texte.
1) C’est un lieu de contact, de rencontre et d’échange entre les désirs de
l’écriture et les attentes de la lecture. Il répond à la question « pourquoi lire
le récit ? » et « comment lire le récit ? »
Type de préfaces :
1. Si la préface est écrite par l’auteur de l’œuvre lui-même, dans ce cas on
parle, de préface auctoriale ou autographe.
2. Si la préface est prise en charge par l’un des personnages : on parle alors de
préface actoriale.
3. Si la préface est énoncée par une tierce personne, il s’agit d’une préface
allographe.
5. Références :
1) Seuils de Gérard Genette
2) Si par une suit d’Hiver, un voyageur d’Italo Calvino
3) Journal d’un lecteur d’Alberto Manguel
4) L’incipit romanesque d’Andrea Del Lungo
6. Textes choisis :
Sîn : la lune en miettes d’Abdelaziz Otmani.
Les éléphants ne meurent pas d’oubli d’Amina Mékahli.
La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr.
Les deux recueils de poèmes de Mahmoud Darwich.