1
Il sied de rappeler qu’au point de vue de droit de la nature
juridique, le mot « contrat » rentre dans la famille des sources formelles des
obligations, parmi lesquelles on arrange également la loi, le délit, quasi-contrat et
le quasi-délit.
L’obligation vient du mot latin « obligare » qui signifie lier en vue
de. En droit, elle se désigne comme un lien juridique par lequel une personne
appelée débiteur, est astreinte envers une autre, dite créancier, à donner à faire
ou à s’abstenir de faire quelque chose. En d’autres termes, l’obligation est un lien
juridique en vertu duquel un créancier peut exiger d’un débiteur une prestation
qui consiste en un transfert d’un service ou d’une obligation.
Le contrat est donc une source contractuelle des obligations. Il est
un acte juridique, volontaire et apte à produire les effets de droit :
Au sens large, le contrat ou la convention se définit comme un
accord de deux ou plusieurs volontés en vue de produire des effets dans le
domaine du droit. C’est-à-dire, modifier, transférer ou éteindre un droit.
En ce qui concerne la classification des contrats, on en retient trois
sortes selon leur mode de formation, selon leur contenu et selon leur
réglementation.
D’après leur mode de formation, on distingue les contrats
consensuels, solennels, réels et les contrats d’adhésion.
Le contrat consensuel est parfait par la seule volonté des parties :
le consentement des parties a une efficacité juridique quelle que soit la forme
dans laquelle il est manifesté. Ex. la vente.
Pour être parfait, le contrat solennel exige l’accomplissement
d’une solennité supplémentaire par l’intervention d’un officier public compétent.
Ex. la vente immobilière, le mariage, le pacte d’élection d’ami.
La formation du contrat réel exige, outre le consentement, la
remise effective d’une chose « RES » par l’une des parties à l’autre. Ex. la vente.
Dans le contrat d’adhésion, l’une des parties est obligée d’adhérer
en bloc à toutes les conditions imposées par l’autre sans pouvoir les discuter
librement. Par exemple le contrat de transport à longue distance, le contrat de
travail.
1
Lorsqu’on étudie la classification des contrats en se
fondant sur leur contenu, on parle des contrats synallagmatiques ou bilatéraux
et des contrats unilatéraux, des contrats de bienfaisance et des contrats à titre
onéreux, des contrats commutatifs et aléatoires, des contrats instantanés et des
contrats à exécution successive.
Dans le contrat synallagmatique ou bilatéral , les parties s’obligent
réciproquement l’un envers l’autre. La cause de l’un constitue l’objet de l’objet de
l’autre, vice versa. Ex. la vente, louage.
Le contrat unilatéral exige les obligations dans le chef d’une seule
partie. Ex. le prêt à usage, dépôt gratuit.
Pour le contrat de bienfaisance une partie procure un avantage
sans rien recevoir en échange. Ex. la donation, le prêt à usage, prêt sans intérêt.
Dans le contrat instantané engendre des obligations susceptibles
d’être exécutées par une seule prestation. Ex. la vente, échange, transport.
Dans le contrat à titre onéreux, chaque partie poursuit un
avantage personnel. Ex. la vente, louage, transport, société.
Dans le contrat successif, l’exécution des obligations est
échelonnée dans le temps. Ex. le bail, le travail.
Dans le contrat commutatif, exige les prestations réciproques,
certaines et équivalentes pour chaque partie. Ex. la vente, échange, transport.
Dans le contrat aléatoire, la chance de gain ou de perte dépend
d’un événement incertain. Ex. le contrat d’assurance, la rente viagère, le pari, la
vente des récoltes futures.
Il y a enfin la classification des contrats par leur
réglementation. On distingue à ce sujet des contrats nommés et des contrats
innommés.
Le contrat nommé est consacré par la loi. Ex. la vente, le louage, le
prêt, le dépôt, le mandat.
Le contrat innommé n’est soumis à aucune quelconque
réglementation. Ex. l’échange, le contrat d’édition, de représentation théâtrale, le
ristourne.
Soulignons pour clôturer ce rappel que la validité de tout contrat
requiert traditionnellement la réunion de quatre éléments suivant l’économie de
1
l’article 8 du CCCL III, à savoir : le consentement des parties, la capacité de
contracter, l’objet certain et la cause licite.
Le consentement suppose la manifestation des volontés dans le
chef des deux parties, il désigne l’adhésion individuelle donnée par les
contractants. Mais ce consentement peut de fois être affecté. On parle alors des
vices de consentement, à savoir : l’erreur, le dol, la violence et la lésion, prévus
aux articles 9-22 du CCCLIII.
La capacité de contracter est la règle. L’incapacité est l’exception.
Elle est organisée par la loi spécialement en ses articles 211-215 de la loi n° 87-
010 du 1er Août 1987 portant Code de la famille, telle que modifiée par la loi
n°16/008 du 15 juillet 2016 d’une part et d’autre part en ses articles 23-24 du
CCCLIII.
L’on mentionne également l’objet certain qui est une prestation de
donner, de faire ou de ne pas faire suivant les articles 25-29 du CCCLIII.
Enfin, il y a la cause licite, laquelle est la raison de l’obligation. Elle
doit être licite, la licéité étant la conformité du but poursuit à l’ordre public ou aux
bonnes mœurs.
Il ressort de ce bref rappel que les contrats usuels rentrent dans la
catégorie générale des conventions. Outre les particularités spécifiques propres à
chacun d’eux, ils obéissent aux règles consacrées par le droit commun, la théorie
générale des obligations.
Aussi allons-nous nous accrocher, tout au long de cette étude, à
l’analyse de ces particularités.
Le terme « usuel » est lui-même plein de signification car il traduit
les sollicitations dont ces contrats sont entourés. Ceux-ci envahissent chaque jour,
les transactions socio-économiques de tout ordre. Soulignons qu’à l’heure actuelle,
on préfère l’expression « principaux contrats spéciaux » à l’expression «
principaux contrats usuels ». Nous suivrons cette évolution.
Dans notre étude, nous ciblerons les principaux contrats, à savoir :
la vente, le louage, le dépôt, le prêt et le mandat, l’examen de chaque
contrat constituant un chapitre.
Au point de vue des structures, nous nous inspirons du droit civil
belge, mais adapté aux réalités sociales, économiques et politiques de la société
congolaise en pleine mutations.
1
CHAPITRE 1 : LE CONTRAT DE VENTE
La vente occupe une place privilégiée parmi les contrats spéciaux
les plus sollicités. Elle joue ce rôle prépondérant du fait que la plupart des activités
sociales, de transactions tournent autour des échanges des biens et des services
impliquant nécessairement l’intervention de la monnaie métallique ou fiduciaire,
laquelle constitue le support de son existence.
Dans nos pays démunis, on se réveille pratiquement avec la vente
et on se couche avec elle. Elle envahit la vie de l’homme, l’oriente, la canalise,
crée les caprices et régularise les humeurs .Tout le monde vend, tout le monde
achète. Il suffit de jeter un coup d’œil dans une rue des communes de kalamu, de
kabondo, de Matadi, de Mvuzi ou de Nzanza pour se rendre compte du panorama
de la diversité des échoppes (farines, manioc, mais, haricot, arachides, bananes,
oranges pain, etc.). La vente est donc incontournable. (Luc 17 :26 -30).
Mais comment est-elle organisée par notre législation ? Nous
allons tenter d’y répondre dans ce chapitre.
SECTION 1 : LES GENERALITES
Il convient de signaler ici que le code civil congolais consacre 101
articles à l’organisation du contrat de vente. (Art. 263-364).
Définition : la vente est un contrat par lequel une personne, dite vendeur,
s’engage à transférer la propriété d’une chose à une autre personne,
appelée acheteur qui s’oblige à payer le prix convenu.
Paragraphe 1 : Caractères de la vente
1. Contrat consensuel
Le contrat de vente exige la manifestation de la volonté dans le
chef du vendeur et de l’acheteur. La forme de cette manifestation est libre ;
elle peut être verbale ou écrite sauf la vente immobilière qui exige un acte
authentique en vue de lui rendre opposable à tous.
2. Contrat bilatéral
La vente est un contrat bilatérale ou synallagmatique en ce qu’il
engendre des obligations réciproques dans le chef de chaque partie au
contrat (vendeur et acheteur).Cette réciprocité est mieux traduite en droit
romain par l’expression « emptio-vendito » qui signifie « achat-vente » pour
bien marquer le caractère synallagmatique sanctionné par deux actions
réciproques à savoir , l’actio empti, sanction à l’égard de l’acheteur, l’actio
venditi ; sanction à l’égard du vendeur.
1
Il en résulte que les obligations du vendeur et de l’acheteur se
conditionnement les unes les autres à telle enseigne que la réciprocité
constitue l’essence de l’opération : Si l’une des parties n’exécute pas ou
exécute mal ses obligations, l’autre se réserve le droit de refuser d’exécuter
les siennes en invoquant le principe de l’exception d’inexécution (Exceptio non
ad impleti contractus).
3. Contrat commutatif
Le terme « commutatif »vient du mot latin « Mutare »qui signifie
changer, échanger la vente suppose les prestations réciproques, certaines et
tenues pour équivalentes. En d’autres termes, dans la vente, chaque partie
s’engage à donner une chose qui est considérée comme l’équivalent de ce que
l’autre lui donne (art.4 [Link]).
4. Contrat aléatoire
Il est des cas où la vente est considérée comme un contrat
aléatoire, lorsque l’équivalent consiste pour le vendeur ou l’acheteur dans une
chance de gain ou de perte dépendant d’un événement incertain (par
exemple la vente de l’usufruit, d’une chose future, d’un chiot à naitre).
5. Contrat à titre onéreux
La vente est un contrat à titre onéreux du fait que chaque partie
(vendeur ou acheteur) poursuit un avantage personnel (article 6 [Link] III).
6. Contrat réel
Le terme « réel »tire son origine du mot latin « res »qui signifie
« chose ».La vente implique la remise effective de la chose vendue pour
qu’elle soit parfaite .Il faut souligner que cette remise, c’est-à-dire la
délivrance peut être retardée selon la volonté des parties.
Paragraphe 2 : Eléments essentiels de la vente
Nous entendons par éléments essentiels de la vente, ceux qui la
caractérisent et lui confèrent une nature spécifique de telle sorte que qu’il suffit
qu’un élément parvienne à manquer pour que la vente change de nature et de
qualification juridique.1
Parmi les éléments, il faut retenir le consentement, le transfert de
propriété et le prix.
1
DEKKERS : [Link], n°760, p450
1
1. Consentement
Disons un mot sur le consentement en prévenant que nous y
reviendrons en détail au point consacré aux conditions de validité de la vente.
L’article 264 du code civil congolaise dispose que « la vente est
parfaite entre les parties et la propriété acquise de droit à l’acheteur à l’égard du
vendeur dès qu’on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n’ait pas
encore été délivrée ni le prix payé. Donc, la vente est parfaite entre les parties dès
qu’il y a accord verbal ou écrit sur la chose et du prix.
Jugé que : dès que les parties sont d’accord sur ces éléments. La
vente ne peut plus être annulée par l’acheteur que du consentement du vendeur .
Jugé aussi que du moment que les parties sont d’accord sur la
chose et sur le prix, l’acheteur ne saurait exciper, pour se dégager de la vente,
des textes ultérieurs faisant rentrer la marchandise dans une réglementation à
laquelle elle échappait au moment de la conclusion du contrat .
De même, jugé qu’une vente consentie par acte sous seing privé
est parfaite, dès lors qu’ait constaté l’accord des parties sur la chose et sur le
prix : peu importe que celles-ci aient convenu de procéder plus tard à la rédaction
d’un acte notarié : une telle clause ne confère pas à l’acte sous seing privé le
caractère d’un simple projet.
2. Transfert de propriété
La propriété est acquise de droit à l’acheteur à l’égard du vendeur,
dès qu’on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n’ait pas encore
été livrée ni le prix payé, consacre l’article 264 du code congolais.
On le voit, le transfert de propriété est le but primordial poursuivi
par la vente, l’acheteur vise l’acquisition d’un bien du vendeur. Ce Transfert
s’accomplit par le seul effet de l’accord des parties sur le prix .La vente est donc
un contrat translatif de propriété : elle se réalise par un simple accord des parties
sur la chose et sur le prix.
Mais, cette règle légale peut connaître des modifications. Les
parties peuvent y déroger et retarder ainsi le transfert de propriété .On rencontre
beaucoup d’hypothèses où ce transfert ne s’opère pas dès la conclusion du
contrat. Pareille clause est interdite en droit positif congolais parce qu’elle violerait
l’article 264 du CCCLIII.
1
1°. Vente des choses de genre.
Lorsque la vente porte sur les choses de genre (essence, mais,
manioc, haricot, huile, eau, cacahouètes, mpiodi ou chinchards, champignons,
etc.), le transfert de propriété se réalise lorsque l’objet du contrat sort du genre
pour devenir espèces ; il faut que l’objet soit spécifié, individualisé par voie de
livraison, de pesage, de comptage, de mesurage ou de marquage.
La cassation française a décidé que la vente sur commande des
choses qui se pèsent, se comptent ou se mesurent, la propriété n’est en principe
transférée à l’acheteur que lorsque la marchandise est sortie des magasins du
vendeur et a été remise au voiturier ou déterminée dans son individualité .
Jugé, par contre, que l’abonnement d’eau, de gaz ou d’électricité
n’est pas une vente à la mesure ; l’individualisation de la marchandise requise
pour que le transfert de propriété se produise résulte d’un seul fait de la
fourniture d’eau, de gaz ou de courant électrique.
Mais, reste une vente à la mesure la vente d’une certaine surface à
prendre dans un terrain, tant que celle-ci n’a pas été déterminée.
La question de savoir si le mesurage a eu lieu relève du pouvoir
souverain du juge du fond. Et le mesurage effectué unilatéralement par le
vendeur est inopérant à transférer la propriété. Il en serait ainsi d’une simple
étiquette mise par le vendeur ou de la préparation des lots affectés à chaque
commande ou d’une facture envoyée par le vendeur à l’acheteur pour indiquer le
lot destiné ou du simple prélèvement d’échantillon.
2°. Vente d’une chose future.
Il est loisible de vendre les choses futures telles que : les plantes,
les récoltes, le bois sur pied, les petits d’animaux, à condition que ces choses
viennent à exister effectivement.
3°. Vente sous une alternative.
L’article 87 du code civil congolais stipule que : « le débiteur d’une
obligation alternative est libéré par la délivrance de l’une des deux choses qui
étaient comprises dans l’obligation ». Pour l’article 88, « le choix appartient au
débiteur s’il n’a pas expressément accordé au créancier ». Et l’article 89
d’enchaîner que « le débiteur peut se libérer en délivrant l’une des deux choses
promises,… ».
1
Il s’agit ici d’un choix à opérer par l’acheteur lors de la délivrance
de la chose vendue. C’est par exemple le cas du choix à fixer sur la couleur ou
le sexe d’un chiot ou d’un poulain à venir.
Jugé peut être entendue comme une obligation alternative, la
clause prévoyant deux monnaies par la libération du débiteur avec le choix soit
pour le créancier, soit pour le débiteur, de la monnaie dans laquelle l’exécution de
l’obligation s’effectuera.
4°. Retard de transfert de propriété par convention
Comme nous l’avons souligné plus haut, les parties peuvent
déroger au caractère translatif et retarder le transfert de propriété.
Mais la cour de cassation belge a décidé que pareille convention ne
vaut toutefois qu’entre parties. Elle n’est pas opposable aux tiers, notamment en
cas de saisie de l’acheteur mis en possession de la chose, ou en cas de faillite de
l’acheteur.
L’arrêté royal du 15 décembre 1934 interdit la clause retardant le
transfert de propriété dans la vente de valeurs à lots.
Mais, quel intérêt pratique peut-on tirer de cette règle légale de
transfert propriété. ?
Cet intérêt se situe au niveau des risques à assumer par le vendeur
et l’acheteur.
En effet, l’article 37 du code civil congolais relève que l’obligation
de livrer la chose est parfaite par le seul consentement des parties. Elle rend le
créancier propriétaire et met la chose à ses risques dès l’instant où elle a dû être
livrée, encore que la tradition n’est ait point été faite, à moins que le débiteur ne
soit en demeure de la livrer ; auquel cas, la chose reste aux risques de ce dernier.
Le transfert de propriété réalisé met donc les risques de la chose
vendue à charge de l’acheteur. C’est par exemple le cas de la perte de la chose
par cas fortuit, tels l’incendie, tempête, naufrage, etc.
Dans ce sens, la cour d’appel de Léopoldville a décidé que dans la
vente, l’acheteur est propriétaire et met les risques à sa charge, dès que les
parties sont d’accord sur la chose et sur le prix.
Il résulte qu’en cas de faille du vendeur, l’acheteur se présente
comme propriétaire si ce transfert s’est opéré, alors qu’il vient en simple créancier
et subit la loi du concours dans l’hypothèse où ce transfert n’a pas eu lieu. La
réciproque ne se réalise pas en cas de faille de l’acheteur.
Enfin, quid de la vente de la chose d’autrui ?
1
La réponse est absolument négative. Elle est fournie par l’article
276 du code civil congolais : la vente de la chose d’autrui est nulle ; elle peut
donner lieu à des dommages-intérêts lorsque l’acheteur a ignoré que la chose fut
à autrui.
Cette logique découle d’un principe général de droit « Nemo plus
juris tranfere potest quam ipse labet : personne ne peut donner plus de
droit qu’il n’en a lui-même ». Pour vendre, aliéner, il faut être propriétaire.
Jugé que l’aliénation d’immeubles dépendant d’une succession,
consentie par l’héritier apparent, est nulle alors même que l’acquéreur est de
bonne foi.
3. Prix
Le troisième élément essentiel de la vente se nomme « prix ». Le
prix est une présentation en argent. Il est la valeur d’une chose exprimée en
monnaie ; il suppose l’intervention de la monnaie métallique ou fiduciaire. En
l’absence de l’argent, on ne parle plus de la vente, mais plutôt de l’échange.
L’article 272 du code civil congolais précise que le prix de la vente
droit être déterminé et désigné par les parties. Il doit être certain et sérieux, non
dérisoire. il suffit pour la formation de la vente qu’il puisse être déterminé en
vertu des clauses mêmes du contrat par voie de relation avec des éléments qu’ils
dépendent plus de la volonté des parties. Il doit être sinon déterminé, du moins
déterminé, du moins déterminable par un procédé convenu qui ne laisse pas sa
fixation au pouvoir discriminatoire d’un contractant.
On soutient généralement que le prix doit être sérieux en ce qu’il
doit correspondre approximativement à la valeur de la chose autrement, on
tomberait dans le cas de lésion.
Arrêté qu’une vente peut être considérée comme faite sans prix
sérieux lorsque à raison de la situation de fortune de l’acheteur, le payement du
prix devait, dès le jour de la vente, être tenu pour impossible et que le vendeur
n’a pu avoir l’intention de l’exiger.
L’article 273 du même code enchaîne que le prix peut être laissé à
l’arbitrage d’un tiers. C’est notamment le cas des ventes d’immeubles ou objets
d’art qui exigent l’intervention des experts pour l’évaluation du prix.
La fixation du prix peut également être faite par l’autorité
publique. Il en est ainsi en matière de tarification des matières ou des denrées de
première nécessité pendant la période de crise économique aigue ; l’Etat fixe alors
1
le prix maximum légal et le vendeur demeure libre de le fixer au-dessus de ce
minimum légal.
Paragraphe 3 : Formation de la vente
Comme toute convention, la vente exige un certain nombre de
conditions pour être valable, à savoir conditions de fonds et conditions de forme.
A. CONDITIONS DE FONDS
Parmi les conditions de fonds, on retient le consentement, la
capacité, l’objet et la cause. Elles sont traditionnellement et concernent toute
convention, hormis certaines particularités propres à la vente. (Art.8 CCL III).
1. Consentement des parties
Nous abordons brièvement ce point, étant donné que nous l’avons
déjà traité au niveau des éléments essentiels du contrat à la vente.
Répétons que l’article 264 du code civil congolais affirme que la
vente est parfaite entre les parties « dès qu’on est convenu de la chose et du
prix ». Le consentement exige donc une manifestation et une rencontre des
volontés du vendeur et de l’acheteur.
Mais, il arrive parfois que ce consentement, clairement exprimé,
soit vicié par une erreur, un dol ou une violence (physique ou moral) ou une
lésion.
En matière de vente, l’erreur devient une cause de nullité
lorsqu’elle tombe sur la substance même de la chose qui en est l’objet (l’article 10
[Link]). Il en est ainsi de l’achat d’une voiture automobile dont l’année de
construction n’est pas celle que voulait l’acheteur ou d’un tableau ancien, d’un
objet d’art d’origine alors que l’absence d’authenticité est prouvé.
Le dol constitue une manœuvre utilisée par une personne pour
tromper une autre et obtenir son consentement. Il s’agit plus précisément des
fraudes, des mensonges, des réticences ou des actes malicieux pour amener
l’autre à vendre ou acheter. Il est donc une cause de nullité de la vente. Il
entraîne parfois des sanctions pénales lorsqu’il s’agit de tromperie sur l’identité, la
nature, l’origine ou la quantité de la chose vendue.
Jugé que l’usage d’une fausse qualité est un mode d’escroquerie
lorsque cette qualité a été prise en vue de tromper autrui et a été la cause
déterminante de la remise des fonds, meubles ou valeurs. Jugé aussi qu’en
prenant la fausse qualité de représentant d’une firme afin d’encaisser chez un
1
client de cette firme, le prix de marchandises fournies par elle, le prévenu a
détermine ledit client à lui remettre les fonds.
La violence aussi peut vicier le consentement d’un contractant et
l’amener à vendre ou à acheter, contre son gré, une chose qu’il n’aurait pas pu
vendre ou acheter s’il n’était l’objet de pressions physiques ou morales.
Soulignons que ce rôle est généralement subtilement joué par la contrainte
morale.
C’est notamment le cas d’un médecin qui sollicité de son patient
sur la table d’opération de lui vendre sa voiture ou d’un professeur qui demande à
son élève devant passer son examen de lui vendre sa montre en or.
2. Capacité
Contrairement au code civile français qui dispose à son article 1584
que « tous ceux auxquels la loi ne l’interdit pas peuvent acheter ou vendre, le
code congolais ne réglemente pas expressément cette matière, laquelle tombe
sous le coup de la disposition générale de l’article 23 selon lequel « toute
personne peut contracter, si elle n’est pas déclarée incapable par la loi ».
A côté des incapables traditionnelles consacrées par le code de la
famille congolais (article 215), à savoir les mineurs faibles d’esprit, prodigués,
spéciaux en matière de vente parmi les personnes frappées, on mentionne les
époux, les personnes chargées de vendre pour le compte d’autrui et les gens de
justice.
La vente entre époux est interdite pour plusieurs raisons (article
1995 .C.C.F).
En effet, partant d’un principe général de droit « nemo potes autor
esse in rem suam » « nul ne peut se porter acheteur de sa propre chose », le
mari qui autoriserait sa femme à traiter avec lui réunirait sur lui deux qualités qui
s’excluent aux yeux de ce principe parce qu’il y a confusion.
Pareille vente est également interdite pour éviter les abus
d’influence d’un époux sur l’autre, empêche les époux de recouvrir à des ventes
déguisées en vue de se faire des donations irrévocables ou dépassant la quotité
disponible et enfin déjouer les fraudes ou préjudices des tiers, par exemple la
soustraction des biens propres ou communs aux poursuites des créanciers.
Il convient de noter que la nullité de la vente entre époux a un
caractère relatif du fait qu’elle ne protège que des intérêts privés.
Il y a ensuite l’interdiction des personnes chargées de vente pour
le compte d’autrui. Parmi ces personnes, le code civil français (article 1596)
1
retient les tuteurs, les mandataires, les curateurs de faillite, à succession vacante,
les administrateurs, des communes ou des établissements publics et les officiers
tout en soulignent le caractère relatif de cette nullité.
Ainsi jugé qu’un notaire peut acheter à l’amiables un meuble qu’il
lui aurait été interdit de s’adjuger dans le cours des enchères. De même, le
mandataire peut se faire consentir une vente volontaire par son mandat, quant
celui-ci est maître de ses droits. Décidé également que l’adjudication faite au profil
des personnes incapables est atteinte d’une nullité relative qui ne peut être
invoquée que par ce que la loi a entendu protéger. Arrêter que l’incapable qui a
acheté malgré la prohibition ne peut se prévaloir de la nullité. L’incapacité de
l’article 1596 s’applique toutes les ventes et n’est pas restreinte aux seules
ventes et aux enchères : elle frappe les personnes chargées des intérêts d’autrui
et est relative aux biens dont elles ont l’administration.
Enfin, l’article 1597 de même code dit que « les juges , leurs
suppléments, les magistrats remplissant le ministère public, les greffiers, huissiers,
avoués, défenseurs officieux notaires , peuvent devenir cessionnaires des procès,
droits et actions litigieux qui sont de la compétence du tribunal dans le ressort
duquel ils exercent leurs fonctions à peine de nullité, et dommages intérêts ».
Cette interdiction se justifie par le fait que la mission de la justice
est de terminer les contestations, et non d’en trafique. Aussi, il est à craindre que
les auxiliaires de la justice ne dépeignent le droit litigieux comme aléatoire afin de
décourager les plaideurs et acquérir ainsi le droit à vil prix. Notons que
l’appréciation du caractère litigieux, du droit cédé rentre dans le pouvoir des juges
du fait et que l’énumération de l’article 1597 est limitative, il en découle que la
prohibition de devenir cessionnaire de droits litigieux ne s’applique pas aux
experts.
3. Objet et cause
Nous intervenons brièvement sur ce volet étant donné que nous
avons déjà eu l’occasion de le rencontrer lorsque nous avons parlé des éléments
essentiels de la vente.
Quel est donc l’objet de la vente ?
La réponse à cette question est apportée par le code civil congolais
(article 275 à 278). L’objet de la vente est donc la chose vendue, à une double
condition :
1. L’objet doit réellement exister
1
La vente sera nulle quand elle porte sur une chose indéterminée en
ce qui concerne son espèce ou sa quotité ou sur une chose n’ayant jamais
existé. Pour la vente d’une chose future, il faudra qu’elle arrive à exister. Par
contre, l’article 277 interdit la vente de la succession d’une personne vivante,
même de son consentement, du fait que le pacte sur la succession future est
perçu comme immoral.
2. L’objet doit être dans le commerce
La loi interdit la vente des choses hors du commerce, tels les
gibiers en temps prohibé, les animaux atteints de maladies contagieuses, etc.
Jugé qu’une vente de chose hors de commerce est nulle, même si
l’acheteur en connaissant le vice. Aussi, les animaux atteints ou soupçonnés
d’être atteints des maladies contagieuses sont hors commerce.
En ce qui concerne la cause, l’article 27 du code civil congolais
stipule que l’obligation sans cause ou sur une fausse cause ou sur une cause
illicite, ne peut avoir aucun effet. Donc une vente fondée sur une cause illicite est
nulle. C’est l’exemple d’une personne qui veut acheter un fusil pour aller tuer son
rival. Après les conditions de fond, voyons à présent les conditions de forme.
B. CONDITIONS DE FORME
En tant que contrat consensuel, la vente n’est pas soumise à une
forme particulière. Elle peut être conclue verbalement ou par écrit.
Il existe cependant une exception en matière de vente d’immeuble
où l’on exige qu’elle soit passée par acte authentique , du fait que celle-ci doit être
enregistrée pour que la vente soit opposable aux tiers et accroître sa sécurité
juridique. Analysons maintenant les obligations du vendeur et de l’acheteur.
Section 2 : Les obligations des parties
On distingue, d’une part, les obligations du vendeur et d’autre part,
les obligations de l’acheteur.
Paragraphe 1 : Obligations du vendeur
1
Cette matière est consacrée par le code civil congolais (articles 279
à 326, livre trois).
Le vendeur assume deux obligations principales, notamment, celle
de délivrer et celle de garantir la chose vendue. Au fond, on peut préciser qu’il en
assume trois du fait que la garantie se décompose en garantie d’éviction et
garantie des vices cachés (l’article 280, 302, 303,318).
A. DELIVRANCE
1. Définition
La délivrance se désigne comme étant le transport de la chose
vendue en la puissance et la possession de l’acheteur (article 281). Il sied d’opérer
ici une distinction entre la délivrance de la chose vendue et le transfert de
propriété de la chose vendue.
La délivrance est donc la livraison, la tradition, la remise de la
chose vendue entre les mains de l’acheteur : elle est transfert de la possession de
la chose vendue et affiche une connotation matérielle, alors que le transfert de
propriété a une connotation morale, physique en ce qu’à ce niveau, la chose
apparaît comme une aberration aux yeux d’un profane.
2. Modalités de livraison de la chose vendue
1. Remise de la chose
La remise de la chose dépend de la nature même de la chose
vendue. Il convient de souligner que cette délivrance comporte la remise de la
chose même, conforme à la chose vendue avec les accessoires et les fruits
produits depuis la conclusion du contrat.
La délivrance d’un immeuble s’effectue par la remise des clefs ou
des titres de propriété (article 283).
La délivrance des choses mobilières s’opère de la main à la remise
ou par la remise des clefs du bâtiment où elles sont stockées.
La tradition des biens incorporels (droits) se fait par la remise des
titres ou par l’usage que l’acquéreur en fait du consentement du vendeur (C.C.C.
art.284).
2. Lieu de la délivrance
1
La fixation du lieu de délivrance joue un grand rôle dans la mesure
où ce lieu influe sur les obligations des parties, la compétence des tribunaux, les
frais de délivrance et d’enlèvement et sur le transfert de propriété des choses de
genre. D’après l’article 286 du code congolais, la délivrance doit se faire au lieu où
était, au temps de la vente, la chose qui en fait l’objet, s’il n’en a été autrement
convenu.
On est ici présence de l’application du principe de l’article 145 du
code civil congolais livre trois : «la dette est quérable non portable ».
Mais, en matière de vente, cette règle connaît beaucoup de clauses
dérogatoires qui obligent le vendeur à délivrer la chose au domicile de l’acheteur
(livrable à domicile, sur wagon départ ou free on board (fob), France domicile de
l’acheteur, etc.)
Jugé que le fait que la marchandise est livrable sur wagon au lieu
de départ n’empêche pas la perte survenue au cours du transport d’être à cours
du vendeur, s’il a commis une faute dans l’obligation de soigner l’expédition
assumée par lui pour le compte de l’acheteur.
3°. Epoque et frais de délivrance
La disposition de l’article précité fixe également l’époque de la
délivrance au temps de la vente, sauf si les parties en décident autrement.
A ce sujet, la cour d’appel de Bruxelles statuant en matière
commerciale a décidé qu’à défaut de détermination conventionnelle de la date de
livraison de la chose achetée, le délai de livraison est un délai normal que le juge
apprécié en s’en tenant à l’opinion probable de l’acheteur.
Les frais de délivrance sont à charge du vendeur et englobent : les
frais de pesage, comptage, de mesurage, de marquage, d’emballage, d’expédition
jusqu’au lieu de délivrance et de douane au cours de cette expédition (art.285).
Par contre, les frais d’enlèvement reviennent à l’acheteur et
renferment les frais d’expédition du lieu de la délivrance au domicile de l’acheteur,
les faits de douane perçus au cours de cette expédition, etc.
4°. Conformité à la chose vendue
La chose délivrée doit être conforme à la chose convenue dans le
contrat. Il est normal que le vendeur remette à l’acheteur la chose sur laquelle ce
dernier a fixé son choix. Autrement, il manque un élément essentiel de la vérité.
Conformément à l’article 264 du code civil congolais : « accord sur la chose et sur
1
le prix ». De ce fait, l’agréation de la chose par l’acheteur au moment de la remise
est indispensable pour éviter toute interprétation. L’acheteur doit donner son
accord quant à la conformité de la chose avec celle convenue dans le contrat.
Cette agréation peut être expresse ou tacite.
EXEMPLE : si dans notre contrat de vente d’un chiot, il était convenu que le
vendeur me délivre un chiot mâle, âge d’un mois, il doit me livrer la
bête remplissant tous ces traits que je dois agréer expressément ou
tacitement ; autrement, je serai fondé à demander la résolution du
contrat.
Il faut préciser que l’agréation tranche le problème de conformité
ce la chose livrée avec la chose vendue et couvre, par conséquent, les vices
apparents.
En revanche, l’agréation ne couvre pas la dol, les cachés et l’erreur.
5°. Accession de la chose (accessoire).
L’obligation de délivrer la chose comprend ses accessoires et tout
ce qui a été destine à son usage perpétuel (art 292 C.C.C). Cette disposition
confirme un principe général de droit « l’accessoire suit le principal ».
Il est naturel que lorsque j’achète un véhicule automobile, le
vendeur me livre en même temps la trousse des clefs et le pneu de réserve, à
moins qu’il s’agisse d’un véhicule d’occasion que je peux accepter dans l’état où il
se trouve.
6°. Fruits produits par la chose vendue
Tous les fruits appartiennent à l’acheteur à dater de la conclusion
de la vente. C’est toujours l’application du principe général de droit sur l’accession
précité. (Accessoire suit le principal).
Exemple : j’achète une poule qui pondra des œufs chez le vendeur
avant la livraison. Le jour de la livraison, le vendeur me remettra la poule et les
œufs. Pour clore l’analyse de l’obligation de délivrance, il convient de noter que
l’inexécution de cette obligation peut être sanctionnée par l’exécution forcée, la
résolution ou payement des dommages-intérêts (art. 278 et 288 C.C.C).
B. GARANTIE D’EVICTION
Le mot « éviction » dérive du verbe « évincer », qui signifie vaincre
hors du champ de bataille, de la conclusion du contrat, c’est-à-dire « vaincre au
niveau de l’exécution, du champ d’application large du contrat » on fait ici allusion
à la perte de la chose par l’acheteur à la suite d’une revendication par un tiers,
1
une personne qui ne se trouvait pas sur le champ de bataille, qui n’était pas partie
au contrat.
Il ne suffit pas que le vendeur transporte la chose vendue en la
puissance et possession de l’acheteur. Il faut aussi que cette possession soit
paisible. Lorsque cette possession n’est pas assurée, on dit alors que l’acheteur
(acquéreur) est évincé.
D’après René Dekkers, l’éviction consiste dans tout fait quelconque
ayant pour effet d’enlever à l’acheteur, la propriété ou l’usage de la chose vendue.
Et le fait qui entraîne l’éviction s’appelle « trouble de possession ».
On distingue, à cet effet, la garantie du fait personnel et la garantie
du fait des tiers.
1. Garantie du fait personnel
Ici, le vendeur assume l’obligation de ne pas faire, de ne rien faire
qui pusse troubler la possession de l’acheteur. On parle ainsi de troubles de fait et
troubles de droit.
Les troubles de fait supposent l’absence de prétentions juridiques Il
en est ainsi de tentative de reprendre par la force, en tout ou en partie, les
cartons de chinchards ou les sacs de cossettes de manioc vendus à un client.
Le vendeur est grand envers l’acheteur de l’éviction qui résulte
d’une surenchère faite par un créancier hypothécaire. Jugé aussi que le vendeur
d’un fonds de commerce ne peut faire concurrence à l’acheteur ni par un
établissement rival, ni par un acte quelconque de nature à diminuer l’achalandage
ou à détourner la clientèle.
Les troubles de droit supposent l’existence de prétentions juridiques, telles la
revente du même bien à un deuxième acheteur, la revendication du bien par le
vendeur ou par celui qui succède alors qu’il y a un principe de droit « qui doit
garantir ne peut évincer ».
Réné Dekkers donne quelques cas d’application de ce principe :
Le vendeur est resté possession de la chose, dans les conditions voulues
pour réaliser à l’égard des tiers la prescription acquisitive ; il ne pourra
l’invoquer contre l’acheteur ;
1
Le mineur, devenu majeur, dispose de l’action en revendication, d’un bien
irrégulièrement vendu par le tuteur ; il ne pourra l’exercer, s’il succède au
tuteur ;
En cas de vente de la chose d’autrui, le vrai propriétaire ne peut
pareillement revendiquer, s’il succède au vendeur.
Ainsi jugé que la cession, par un associé à un tiers, de ses parts
dans une société à responsabilité limitée, emporte pour le cédant l’obligation de
s’abstenir de toute concurrence, et, notamment, l’interdiction d’exercer dans un
certain rayon et pendant un temps un commerce semblable à celui qu’exploite la
société. Aussi, le vendeur d’un fonds de commerce a la devoir de s’abstenir de
tout acte de nature à diminuer l’achalandage et à détourner la clientèle du fonds
cédé.
Le trouble de fait ou de droit peut entraîner des sanctions, telles la
réparation en nature, par équivalent, la résolution de la vente ou l’opposition au
vendeur de l’exception de garantie.
Il en résulte l’interdiction de la clause de non garanties ;
autrement, cela équivaudrait à se réserver le droit de troubler l’acheteur dans la
possession qu’il s’engage, comme vendeur, à lui fournir.
2. Garantie du fait des tiers
Pour que pareille garantie puisse jouer dans le chef du vendeur
trois conditions sont exigées, notamment l’existence d’un trouble de droit, fondé
sur une cause antérieure à la vente, trouble actuel.
Il doit s’agir d’un trouble de droit.
En effet, il est impensable que le vendeur réponde des voies de fait
des tiers sur l’acheteur ; il ne peut répondre que des prétentions juridiques
soulevées par le tiers à sa charge.
On ne voit pas comment un vendeur des poissons dans la
commune de Nsele ou MVUZI peut empêcher les bandits à mains armées arracher
les cartons de poisson sur la route de Maluku ou de Matadi.
Le trouble de droit doit être fonder sur une cause antérieure à la
vente. Il ne faut pas que le vendeur ait transmis à l’acheteur un droit déjà sujet
à éviction au moment de la conclusion du contrat de vente.
1
En fins le trouble doit être actuel : il n’est pas question d’un trouble
éventuel, mais d’un trouble qui se réalise effectivement pour que l’acheteur
puisse agir en garantie contre le vendeur.
Pour les faits qui peuvent donner lieu à éviction, l’article 303
répond que « le vendeur est obligé de droit à garantir l’acquéreur de l’éviction
qu’il souffre dans la totalité ou partie de l’objet vendu, ou des changes prétendues
sur cet objet, et non déclarées lors de la vente. Le vendeur répond donc de
toutes les charges susceptibles de compromettre ou de restreinte la possession de
l’acheteur.
C. GARANTIE DES VICES CACHES
Nous avons souligné précédemment que l’acheteur doit agréer la
chose livrée pour être sûr qu’elle est conforme à la chose vendue. Nous avons
aussi noté quel l’agréation ne couvre pas les vices cachés.
Mais, qu’entend-on par vice caché ?
On dit qu’il y a vice caché lorsqu’un acheteur attentif n’a pu s’en
rendre compte lors de la livraison.
Deux conditions sont requises pour qu’un vice caché puisse donner
lieu à garantir.
D’abord, le vice doit affecter l’utilité de la chose. En suite, le vice
doit exister au moment de la vente.
L’on dit ainsi à l’article 318 précité « le vendeur est tenu de la
garantie à raison des défauts cachés de la chose qui la rendent impropre à l’usage
auquel on la destine ou qui diminuent tellement cet usage, que l’acheteur ne
l’aurait pas acquise, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il les avait
connus ».
On note une jurisprudence abondance à cet effet. La fabrication ou
le marchand spécialisé qui livre à l’acheteur un produit de son commerce ou de
son industrie est obligé de s’assurer que la chose qu’il vend n’est pas affectée de
vices cachés ; il doit être considérée comme ayant connu les vices de la chose et
est par conséquent tenu de tous dommages et intérêt envers l’acheteur même si,
en fait, il a ignoré les vices. Il y a vice caché dont le vendeur doit garantir quand
l’appareil fourni contient des défectuosités le mettant dans l’impossibilité de
fonctionner, alors que ces défectuosités, qui n’ont pu être connues lors de la
livraison, et ne l’ont pas été lors du premier essai fait à la suite du montage, ne se
sont révélées que lors de la mise en fonctionnement de l’appareil, constituent un
vice caché les fausses indications de type et de série portées, par le vendeur
véhicule, sur la plaque du constructeur et sur la facture. Il y a également vice
1
caché lorsque des valeurs en bourse, qui ont été l’objet d’une vente, sont sujettes
à une constatation qui ne permet point à l’acheteur d’en percevoir les intérêts.
L’acheteur qui découvre un vice caché dispose de deux possibilités
pour faire jouer la garantie. C’est l’article 321 du code civil congolais qui le
confirme « L’acheteur a le choix de rendre la chose et de se faire rendre une
partie du prix, telle qu’elle sera arbitrée par des experts.
L’acheteur dispose donc de deux actions :
Action rédhibitoire, c’est-à-dire rendre la chose et se faire restituer le prix ;
Action estimation tend à garder la chose et se faire restituer une partie du
prix arbitrée par des experts.
Décidé que l’acheteur, qui a le choix entre deux actions, peut après
avoir exerce l’une, exercer l’autre tant qu’il n’a pas été statué sur sa demande par
décisions passée en force de chose jugée ou que le vendeur n’y a pas acquiesce.
Doit être assimilé au vendeur qui connaissant les vices de la chose, celui qui par
sa profession, ne pouvait les ignorer ou était tenu de les connaître. Enfin, le
vendeur occasionnel de bonne foi est tenu de restituer, en plus du prix, les
intérêts de droit depuis le jour du payement.
L’article 232 dispose que si le vendeur ignorait les vices de la
chose, il ne sera tenu qu’a la restitution du prix, et à rembourser à l’acquéreur les
frais occasionnées par la vente. Pour l’article 322, si le vendeur ignorait les vices
de la chose, il ne sera tenu, outre la restitution du prix de tous les dommages-
intérêt envers l’acheteur.
On le voit, le vendeur répond des vices, même s’il est de bonne foi,
il ne peut garder le prix plein d’une chose vicieuse. Ainsi, le vendeur professionnel
est tenu de réparer toutes les conséquences dommageables de vice caché ; aussi
bien le dommage causé par la vente que celui cause par la chose vicieuse.
Relevons que la garantie des vices cachés n’a pas lieu dans les
ventes faites par autorité de justice (art.326).
L’action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par
l’acquéreur, dans un bref délai, suivant la nature des vices rédhibitoires, et l’usage
du lieu où la vente a été faite.
L’article 325 du code civil congolais fixe ce délai à soixante jours,
non compris le jour fixe pour la livraison.
Soulignons enfin que la garantie des vices cachés est une sanction
renforcée contre les vendeurs indélicats.
1
Paragraphe2 : l’Obligation de l’acheteur
L’acheteur assume trois obligations : le payement du prix, le
retirement et les garanties du vendeur non payé.
A. PAIEMENT DU PRIX
La principale obligation de l’acheteur est de payer le prix au jour et
au lieu réglés par la vente (article 327 [Link]). S’il n’a rien été à cet égard lors
de la vente, l’acheteur doit payer au lieu et dans le temps où doit se faire la
délivrance (article 328). Ici, on suppose une vente au comptant et veut que le
vendeur et l’acheteur échangent leurs prestations, le paiement du prix devienne
une dette portable.
Jugé que lorsque la matérialité de la livraison n’est pas contestée,
l’acheteur doit payer le prix, sauf à prouver que la marchandise est atteinte de
vice la rendant impropre à l’usage auquel elle est destinée .
L’obligation de l’acheteur de de payer le prix n’est qu’éventuelle et
ne prend naissance que lorsque les marchandises ont été mises à sa disposition.
L’article 38 ne s’applique qu’aux ventes au comptant, dans les ventes à terme, il
faut se référer à l’article 145, d’après lequel hors des deux cas qu’il prévoit que le
payement doit se faire au domicile du débiteur. La délivrance de la chose ne vaut
pas présomption légale que le prix a été payé ; tout au plus peut-on tirer de ce
fait une présomption de l’homme.
Lorsque le prix est payé par chèque le payement est réalisé au lieu
où le chèque est touché par le bénéficiaire. Si le prix est payé par un virement de
chèques postaux, le lieu de payement est celui d’où a été donné à l’Administration
l’ordre d’opérer le virement.
Selon l’article 329 « l’acheteur doit intérêt du prix de la vente
jusqu’au payement du capital dans les trois cas suivants :
- S’il a été ainsi convenu lors de la vente ;
- Si la chose vendue et livrée produit des fruits ou autres revenus ;
- Si l’acheteur a été sommé de payer.
Dans ce dernier cas l’intérêt ne court que depuis la sommation.
La jurisprudence française signale qu’une simple sommation suffit
pour produire la mise en demeure qui convient, à la charge de l’acheteur de payer
les intérêts moratoires calculés au taux légal ou les intérêts conventionnels d’un
1
prix de vente Inferieurs à ce taux. L’acquéreur d’un immeuble est fondé à
suspendre le payement du capital du prix s’il a justement craint d’être troublé par
une action hypothécaire ou en revendication. Il peut même retenir les intérêts du
prix restant dû sur la vente lorsque à un trouble de droit se joint une de
possession de fait entraînant privation de jouissance.
L’acquéreur d’un meuble susceptible d’être loué doit, même au cas
de prix payable à terme et en l’absence de stipulation l’intérêt. Les intérêts du prix
depuis son entrée en possession jusqu’au payement. Aussi, le cessionnaire d’une
créance qui en est évincé a même droit aux intérêts de son prix à partir du
payement qu’il en a fait si, par suite de l’éviction, il se trouve dépouillé à la fois
des intérêts de la créance cédée et des intérêts du prix qu’il avait au cédant.
Notons enfin que la perte fortuite de la chose vendue ne dispense
pas l’acheteur de payer le prix (art.264 C.C.L III).
B. RETIREMENT DE LA CHOSE
Cette obligation n’appelle pas beaucoup de commentaires. Elle est
fixée à l’article 334 du code civil congolais : « en matière de vente des denrées et
des effets mobiliers, la résolution de la vente aura lieu de plein droit et sans
sommation, au profit du vendeur, après l’expiration du terme convenu pour le
retirement ».
Décidé qu’à défaut de termes fixes part la convention l’article 334
du code civil congolais (article 1657 C.C.F) ne peut être appliqué dans le cas où le
vendeur aurait, par une sommation faite à l’acheteur, mis en demeure celui-ci de
prendre livraison à une certaine date. Cet article n’étant pas d’ordre public, les
parties peuvent y déroger soit expressément soit tacitement tout en fixant un
terme pour la résolution de plein droit.
René Dekkers a estimé que l’article 334 se fonde sur les nécessités
pratiques, en ce sens que les denrées dépérissent vite, les effets mobiliers sont
destinés à circuler et subissent des fréquentes fluctuations de prix dès lors le
vendeur doit être fixé le plus tôt possible quant au sort de la vente.
Mais, l’article précité n’exclut pas que la vente soit résolue en
raison d’une faute commise par le vendeur pourvu que les deux fautes soient
indépendantes l’une de l’autre.
C. GARANTIES DU VENDEUR NON PAYE.
Tout comme le vendeur est appelé à garantir l’acheteur contre tout
trouble de possession de la chose vendue et livrée, l’acheteur doit faire autant à
l’égard du vendeur conformément au prix convenu.
1
Le vendeur non payé dispose de quatre garanties susceptibles de
lui éviter le concours des autres créanciers de son acheteur. A savoir l’exception
d’inexécution (Exceptio non ad impleti contractus), le privilège, l’action en
revendication et l’action en résolution.
1. Exception d’inexécution
L’article 289 du code civil congolais nous révèle que « le vendeur
n’est pas tenu de délivrer la chose si l’acheteur ne paie pas le prix ». Il s’agit de
l’application d’une règle générale en matière des contrats bilatéraux : le vendeur
dispose ainsi d’un droit de rétention sur la chose vendue.
Jugé que le vendeur est fondé à suspendre la livraison quand
l’acheteur se refuse à acquitter le montant des fournitures déjà livrées. (cfr art.82
C.C.L III, Exceptio non ad impleti contractus).
2. Privilège
Il est un fait que tout vendeur bénéfice naturellement d’un privilège
sur la chose vendue, de sorte qu’en cas d’insolvabilité de l’acheteur, il puisse se
faire payer par préférence aux autres créanciers, sur le prix de réalisation de la
chose vendue, peu importe qu’on ait à faire à la vente des biens meubles ou
immeubles, à la vente à terme ou sans terme.
L’institution de cette garantie se justifie par le fait que grâce à la
vente, l’acheteur voit son patrimoine accru de la valeur de la chose vendue par la
magie de l’effet translatif de propriétaire à l’égard du vendeur ; celui-ci ne peut
plus reprendre le bien en vertu du principe « qui doit garantir ne peut évincer ».
(articles 37,26 C.C.L III).
3. Revendication
De par principe, tout acheteur devient propriétaire de la chose de
telle sorte que le vendeur se dépouille de son action en revendication à l’égard de
l’acheteur.
Mais, la loi Hypothécaire belge (articles 20, 5, al.5) prévoit une
exception à cette règle : « si la vente a été faite sans terme le vendeur peut
même revendiquer les objets vendus et en empêcher la revente ».
Cette action est considérée par le fait que l’objet vendu soit déjà en
possession de l’acheteur, (s’il se trouve encore dans les mains du vendeur c’est
1
l’article 82 qui s’applique) lors de la livraison et que la revendication soit faite dans
la huitaine de la livraison.
Précisions qu’il ne s’agit pas ici d’une revendication de la propriété
mais plutôt d’une revendication de la seule détenue tendant à remettre le vendeur
imprudent en possession d’une chose qu’il n’aurait pas dû délivrer aussi longtemps
que l’acheteur n’avait pas payé le prix.
Jugé que le vendeur peut, une fois la résolution prononcée,
revendiquer l’immeuble entre les mains des tiers ou en demander la distraction
d’une saisie.
4. Résolution
L’action en résolution est consacrée par les articles 331, 332, 333
et 334 du code civil congolais. « Si l’acheteur ne paie le prix, le vendeur peut
demander la résolution de la vente » (article 331).
Cette disposition suppose une exécution fautive dans le chef de
l’acheteur et laisse au vendeur le loisir entre l’exécution forcée et la résolution du
contrat.
Décidé qu’en cas de revente d’un fonds de commerce par le
premier acheteur, l’action en résolution du vendeur non payé lui permet de
reprendre ce fonds, même entre les mains d’un sous –acquéreur, possesseur de la
loi. La résolution, de l’acte de vente en peut, en l’absence d’une clause expresse à
cette fin, avoir lieu de plein droit : le contrat peut encore, au cours de l’instance
en résolution, être valablement exécuté suivant les circonstances sans que la
subrogation du créancier poursuivant à un créancier antérieur, qui ne lui confère
pas plus de droit qu’en possédait celui-ci puisse y mettre obstacle.
L’article 332 du code civil affirme que « la résolution de la vente
d’immeubles est prononcée de suite, si le vendeur est en danger de perdre la
chose et le prix. Si ce danger n’existe pas le juge peut accorder à l’acquéreur un
délai plus ou moins suivant les circonstances. Ce délai passé sans que l’acquéreur
ait payé, la résolution de la vente sera prononcée ».
Jugé à cet effet que « l’action résolutoire n’est pas subordonnée à
une mise en demeure, la citation en justice constitue par elle-même mise en
demeure suffisante » rappelons enfin qu’en matière de vente de denrées et effet
mobiliers, la résolution de la vente aura lieu de plein droit et sans sommation, au
profit du vendeur , après expiration du terme convenu pour le retirement ( article
334).
1
Section 3 : Les modalités usuelles de la vente
Le contrat de vente revêt un caractère multiforme, en ce qu’il se diversifie en
plusieurs tentacules, entre autre la vente à crédit, la vente avec arrhes, la
promesse de vente, la vente à l’essai ou à la dégustation, la vente au poids, au
compte, à la mesure , la vente sur échantillon, la vente à réméré, la vente avec
déclaration de commande et quelques ventes commerciales.
Paragraphe 1 : Vente à l’essai ou à la dégustation
Cette matière est prévue à l’article 269 du code civil congolais :
« la vente faite à l’essai est toujours présumée faite sous une condition
suspensive ».
La vente à l’essai est une vente subordonnée à l’essai de la chose
par l’acheteur. Elle devient parfaite à partir du moment où l’acheteur, après l’essai
probant marque son accord définitif sur l’acquisition de la chose.
Avant l’accord définitif, elle peut revêtir trois formes :
a) Promesse unilatérale de vente en ce qu’elle laisse à l’acheteur éventuel
l’entière liberté d’acheter ou de ne pas acheter ;
b) Vente sous condition suspensive, laquelle soumet à l’appréciation du juge le
fait de savoir si l’essai a été concluant pour que la vente sorte tous ses
effets :
c) Vente sous condition résolutoire, qui sera résolue de plein droit si l’essai
n’est pas concluant.
Notons que la clause d’essai peut être tacite en vertu des usages
ou de la nature même de la chose vendue. C’est notamment le cas de vêtement
sur mesure, chaussures, appareil électrique, automobile, etc.
La cour d’appel de paris a décidé& que la condition de l’essai est
sous-entendue à l’égard des choses pour lesquelles l’essai préalable est un usage
constant, il en est ainsi pour les vêtements sur mesure confection et la pose d’un
appareil de prothèse et les ventes d’avions.
En ce qui concerne la durée de la période d’essai, la cour d’appel
d’Elisabethville affirme que « tout essai comporte réserve de la bonne fin à
laquelle l’agréation se trouve subordonnée ». L a durée de la période de l’essai,
lorsque le contrat de vente ne l’a pas déterminée, est le temps normalement
nécessaire pour la certification des qualités de la marchandise.
L’acheteur qui garde la marchandise après ce délai doit être
considéré comme l’ayant agréée. De son coté, la cour de cassation français a
estimé que pour que les risques passent à la charge de l’acheteur, il suffit que le
1
délai d’essai, faute de pouvoir déterminer si les parties ont ou non fixé un délai
spécial pour la durée de l’essai, le juge du fait décide souverainement qu’il y a lieu
de se conformer à l’usage contant qui limite ce délai à huit jours.
L’article 268 prévoit la vente à la dégustation, Il souligne qu’à
l’égard du vin, de l’huiler et l’autre chose que l’on est dans l’usage de goûter avant
d’en faire l’achat, il n’y a point de vente tant que l’acheteur ne les a pas goûtées
et agrées. Cette disposition vise essentiellement des denrées que l’on est dans
l’usage de goûter avant de les acheter.
Exemple : lorsqu’on se promène sur la route de la Nsele à Kinshasa
ou de Nzanza à Matadi, on constate le long de cette route une chaîne hybride de
petits vendeurs de cacahouètes, de vin de palme, de liqueurs indigènes (lotoko),
de boissons toniques, etc.….il est d’usages qu’avant d’acheter ces denrées, les
vendeurs les fassent automatiquement et obligatoirement goûter aux acheteurs.
C’est obligation pour les vendeurs.
Et c’est dans ce sens la cassation français a statué en disant que
« le vendeur a l’obligation de donner à l’acquéreur les moyens de déguster la
marchandise ; c’est donc à lui qu’il appartient de transporter la marchandise au
lieu que fixe la convention pour la dégustation. Mais cette dégustation ne couvre
pas l’erreur commise par le vendeur sur la qualité fournie.
Cette position jurisprudence rejoint et confort celle du législateur
inscrit à l’article 279 selon lequel « le vendeur est tenu d’expliquer clairement ce
à quoi il s’oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s’interprète contre le vendeur. A
cette idée, s’impose surtout en matière de dégustation des boissons alcooliques
indigènes dont la dose n’est pas bien définie, à telle enseigne qu’elles peuvent se
transformer en poison et provoquer la mort des acheteurs dégustateurs.
Paragraphe 2 : Promesse de vente
« La promesse de vente vaut vente, lorsqu’il y a consentement
réciproque des deux parties sur la chose et sur le prix » (article 270 C.C.C.L III)
l’expression « promesse de vente peut revêtir trois sens :
a. Une offre de vente par laquelle le candidat vendeur est lié dans la mesure
où tout offrant doit attendre l’acceptation ;
b. Une promesse synallagmatique, où les deux parties conviennent l’une, de
vendre et l’autre, d’acheter ;
c. Une promesse unilatérale de vente, où seul le vendeur décide de vendre,
mais, l’acheteur n’est pas décidé à acheter.
La cour de cassation belge retient, dans l’interprétation de cette
disposition, seulement la promesse unilatérale de vente. Il résulte qu’elle n’opère
aucun transfert de propriété et que le vendeur assume toujours le risque de la
1
chose en tant que propriétaire, lequel n’a que l’obligation de faire, c’est-à-dire de
réaliser la promesse de passer le contrat si l’autre partie y accède. Donc, la
promesse de vente deviendra l’option d’achat. Elle ne produit aucun effet
rétroactif du fait que le contrat porte uniquement sur l’exécution de la promesse .
La jurisprudence congolaise et française abordent dans le même
sens que cette doctrine. « La promesse de vente contrat en lui-même parfaite,
encore qu’unilatéral, ne peut être confondue avec une simple offre de vente
susceptible d’être rétractée tant qu’elle n’est pas acceptée, la promesse doit être
maintenue, à défaut de stipulation expresse quant à la durée, pendant un temps à
déterminer suivant l’intention des parties. Viole ses engagements, soutient la cour
d’appel de Léopoldville, celui qui refuse fautivement d’exécuter une promesse de
vente d’immeuble qui stipule la passation de l’acte authentique de vente dans le
plus bref délai. Le contrat est résolu à ses torts et il y a lieu à dommages-intérêts.
Pour la jurisprudence française, la promesse unilatérale de vente ne devient
parfaite et ne vaut vente qu’au moment de l’acceptation de l’acheteur. La
promesse unilatérale de vente d’un immeuble ne transmet au bénéficiaire, ni la
propriété, ni aucun droit immobilier sur le bien qui en est l’objet ; l’obligation du
promettant, quoique relative à un immeuble, constitué, tant que bénéficiaire n’a
pas déclaré acquérir, non pas une obligation de donner, mais une obligation de
faire ; par suite, elle ne peut engendrer, pour celui au profit duquel elle existe,
qu’une créance mobilier. L’auteur d’une promesse de vente faite sans limitation de
temps ne peut en être dégagé qu’après mis le bénéficiaire en demeure de
l’accepter dans un délai déterminé à moins qu’il soit établi que celui-ci a renoncé à
s’en prévaloir.
Paragraphe 3 : Vente avec arrhes (avances ou acomptes)
L’article 271 dispose : « si la promesse de vente a été faite avec
des arrhes, chacun des contractants est maître de s’en départir ; celui qui les a
données, en les perdant ; et celui qui les a reçues, en restituant le double ».
Rappelons qu’on entend par « arrhes », toute chose qu’une partie
remet à l’autre pour garantie d’un marché. Les arrhes peuvent consister en une
somme d’argent ou toute autre chose mobilière.
Elles peuvent remplir trois fonctions :
a) Réserver aux parties le droit de se dédire ; les arrhes revêtent le caractère
d’un rétracter, moyen de dédit ; cela concerne tant les ventes que les
promesses de vente ;
b) Prouver la conclusion de contrat ; les arrhes deviennent une preuve
d’accord irrévocable ;
c) Servir d’acompte sur le prix ; c’est la fonction la plus courante.
1
Jugé qu’à « défaut de manifestation de volonté des parties quant
au sens (moyen de dédit preuve d’accord irrévocable ou acompte sur le prix) à
donner au versement d’arrhes, et si aucune circonstance de la cause ne permet
de déterminer leur intention à ce sujet, les juges du fond peuvent considérer les
arrhes, soit comme un moyen de dédit, soit comme un acompte, soit comme un
moyen de rendre irrévocable l’engagement du vendeur.
D’après R .Dekker, l’article 271 ne parle des arrhes que comme
moyen de dédit.
Paragraphe 4 : Vente échantillon
Dans l’hypothèse de vente sur échantillon, l’acheteur se fait
remettre un échantillon de la marchandise avant tout contrat. Et la vente qui en
émane est une vente pure et simple, laquelle impose au vendeur l’obligation de
délivrer une marchandise conforme à l’échantillon ; le vendeur manque à son
obligation de délivrance.
Signalons qu’on parle parfois de vente sur type laquelle se
rapproche de la vente sur échantillon.
Paragraphe 5 : Vente au poids, au compte, à la mesure
L’on lit à l’article 266 : « lorsque des marchandises ne sont pas vendues en bloc,
mais au poids, au poids, au compte ou à la mesure, la vente n’est point parfaite,
en ce sens que les choses vendues sont aux risques du vendeur jusqu’à ce
qu’elles soient pesées, au comptées ou mesurées.
Nous avons déjà eu l’occasion de traiter cette matière lorsque nous
avons abordé l’étude de transfert de propriété de choses de genre. Nous revenons
plus, tout en rappelant que la propriété et les risques passent à l’acheteur par le
pesage, le comptage, mesurage, avant la livraison.
Paragraphe 6 : Vente à crédit et vente à tempérament
Par « vente à crédit », on entend une vente avec terme pour le
payement du prix. Il s’agit d’une vente où le vendeur fait crédit à l’acheteur ; c’est
une vente pure et simple, qui oblige le vendeur à livrer la chose, bien que
l’acheteur n’ait pas encore payé le prix. Il y a donc transfert de propriété et
transfert de possession.
Il convient de donner ici la différence entre la vente à crédit et la
vente à tempérament.
1
Dans la vente à tempérament, le vendeur se réserve la propriété de
la chose jusqu’au payement intégrale du prix ; ce payement s’effectue à terme.
Cette clause déroge au principe de l’article 264 précité. Il n’y a ni transfert de
propriété, ni transfert de possession. Il en résulte que la chose demeure aux
risques du vendeur.
Paragraphe 7 : Vente à réméré ou rachat
Cette matière est réglementée par le code civil congolais (article
335 à 349). Selon l’article 336, « la faculté de rachat ou de réméré est un pacte
par lequel le vendeur se réserve le droit de reprendre la chose vendue,
moyennant la restitution du prix principal et certains accessoires.
Précisions que le terme « réméré » vient du verbe latin « re-emere
», qui signifie « racheter ». La vente à réméré s’appelle aussi pacte de rachat, ou
retrait conventionnel.
Pour que la clause de réméré produise des effets, il faut que le
droit de rachat soit stipulé dans la vente même et que le rachat s’exerce dans un
certain délai, n’excédant pas cinq ans. Il suffit que le vendeur en manifeste
l’intention et en avise l’acheteur. Et le transfert de la propriété et des risques
s’opère dès que le vendeur notifie à l’acheteur son intention d’exercer le rémére
par lequel il redevient propriétaire avec effet rétroactif au jour de la vente.
Paragraphe 8 : Vente avec déclaration de commande.
La vente avec déclaration de commande, ou d’élection d’ami, est la
désignation par l’acheteur d’une personne qu’il substitue dans ses droits et
obligations, postérieurement à la vente. En d’autres termes, il s’agit d’une vente
par acte authentique dans laquelle l’acheteur initial se réserve d’élire commande,
c’est-à-dire de désigner par un acte de commande ultérieure, passé à bref délai,
le nom de l’acheteur véritable.
Elle suppose que la réserve d’élire commande soit expressément
formulée dans l’acte, que cette élection se fasse dans un certain délai par acte
authentique ; que le vendeur accepte la réserve d’élire commande.
L’acheteur véritable, la commande, se substitue à l’acheteur
ostensible, commandé, dès l’origine, de telle sorte qu’il y a qu’une seule mutation.
Soulignons enfin que pareille opération est fréquente en matière de ventes
d’immeubles, quand il s’agit des voisins.
Paragraphe 9 : Quelques ventes commerciales
1
1. Vente « CIF)
Le mot « CIF » renferme les initiales des trois mots anglais :
« COST, INSURANCE, FREIGHT ou « CAF en français : coût, assurance, fret.
C’est une vente dont le prix renferme à la fois le coût de la
marchandise, la prime d’assurance et les frais de transport ; il s’agit du transport
de la marchandise à longue distance. La livraison se fait à l’embarquement.
2. Vente « FOB »
La vente « FOB » (free on bard est une vente par laquelle le
vendeur s’oblige à délivrer la marchandise à bord du navire. La livraison s’effectue
à bord, ou sur wagon départ la vente « fob » indique seulement le lieu de
livraison.
3. Vente « Franco »
La vente « franco » signifie « frais de transport à charge du
vendeur », où on ajoute la mention du lieu où le transport se termine : franco
gare centrale, franco gare du nord, franco port Nsele ou de Matadi, franco
domicile Mbala ou Mananga, par exemple.
4. Vente à livrer
Cette vente vaut pour le vendeur, ce que vaut la vente à crédit
pour l’acheteur. Elle laisse au vendeur un terme, un délai pour la livraison de la
marchandise.
5. Vente avec primes
La Vente avec primes donne droit, outre l’objet vendu, à une
ristourne en espèces ou en nature et se pratique normalement dans le commerce
de délai.
Elle est l‘objet de critique du fait qu’elle est un procédé de
concurrence discutable.
SECTION 4 : VENTES PARTICULIERES
Dans certains domaines, la vente est organisée par les règles
particulières par rapport à l’objet vendu. C’est notamment le cas de la vente
d’immeubles, la licitation, la cession de créance, la cession de droits successifs et
la cession de droits litigieux. Seule le souci d’être complet nous pousse à
rencontrer brièvement l’étude de ces diverses ventes, en faisant abstraction des
1
règles de droits commun déjà abordées plus haut pour n’épingler que leurs
particularités propres.
Paragraphe 1 : Ventes d’immeubles
Ici, il faut combiner les règles de droit commun et la loi sur le
régime hypothécaire, laquelle date du 15 mai 1922, repris actuellement dans la loi
n°73-021 du 20 juillet 1973.
Le premier aspect à souligner est celui relatif à l’acte authentique
en ce sens que le contrat de vente d’un immeuble doit être passé par acte
authentique pour permettre l’opération de mutation de la propriété immobilière et
devenir opposable aux tiers (effets erga omnes).
Le second aspect concerne la rescision en cas de lésion.
En effet, l’article 1674 du code civil français dispose « si le vendeur
a été lésé de plus de sept douzième dans le prix d’un immeuble, il a le droit de
demander la rescision (l’annulation) de la vente, quand il aurait expressément
renoncé dans le contrat à la faculté de demander cette rescision et qu’il aurait
déclaré la plus value. Notons que cet aspect n’est pas organisé par le droit positif
congolais. Pour y accéder, il faut qu’il s’agisse de :
a) Un vendeur et non acheteur ;
b) Un vendeur d’un immeuble ;
c) Un vendeur lésé de plus de sept douzièmes.
Paragraphe 2 : Licitation.
Le siège de la matière se trouve aux articles 350 et 351 du code
civil congolais. Livre III et s’applique aux art.31-38 de la loi foncière.
Par « licitation », il faut entendre la vente aux enchères d’un bien
indivis. Il peut s’agir d’un bien meuble ou immeuble.
L’article 350 stipule : « si une chose comme à plusieurs ne peut
être partagée communément et sans perte : ou si dans un partage fait de gré de
biens communs, il s’en trouve quelques-uns qu’aucun des copartageants ne puisse
ou ne veille prendre ; la vente ‘en fait aux enchères et le prix en est partagé entre
copropriétaires a le droit de demander que les étrangers soient appelés à la
licitation ».
La licitation revêt la forme volontaire ou judiciaire. Elle est
volontaire, lorsque les copropriétaires s’accordent à régler comme ils l’entendent
les formes de la licitation.
1
Elle est judiciaire, lorsqu’il y a parmi eux les mineurs, des interdits
ou les copropriétaires majeurs qui ne s’y accordent.
Le sort de la licitation est lié à sa nature, laquelle dépend de la
personne de l’attribution de la chose. Il y a une double alternative.
a) Le bien indivis est attribué à l’un des copropriétaires. Dans ce cas, la
licitation est considérée comme n partage.
b) Le bien indivis est attribué à un étranger. Dans cette hypothèse, la licitation
demeure une vente et obéît à toutes les règles y afférentes.
En conséquence, elle doit être transcrite, lorsqu’il s’agit d’un
immeuble.
Paragraphe 3 : Cession de créance
La cession de créance est consacrée par le code congolais (art. 325
à 328). La cession de créance se désigne comme une convention par laquelle le
créancier transmet ses droits contre son débiteur à un tiers, qui deviendra
créancier à sa place. Le créancier qui aliène ses droits s’appelle le cédant, le tiers
acquéreur le cessionnaire, le débiteur, le cédé.
En ce qui sa nature juridique, la cession de créance peut être une
donation, ou une dation en payement, ou un gage, ou une vente. Seule la vente
nous intéresse ici. L’article 356 dispose : « celui qui vend une créance ou autre
droit incorporel, doit garantir l’existence au tant du transport, quoiqu’il soit fait
sans garantie ». Pour le reste, nous renvoyons à la théorie générale des
obligations.
Paragraphe 4 : Cession des droits successifs
La matière est réglée par les dispositions des articles 359, 360 et
361 du code civil congolais. La cession des droits successifs est une convention
par laquelle un héritier cède ses droits dans une succession qui lui échoue.
Quant à la nature juridique, on constate qu’elle peut revêtir
plusieurs formes :
Lorsqu’elle se réalise moyennant un prix, elle est une vente ;
Quand elle se fait à titre gratuit, elle est une donation ;
Si elle s’opère pour acquitter une dette, elle est une dation en
payement ; (art. 132 CCL III ; modes d’extinctions des obligations).
Et lorsqu’elle s’effectue entre cohéritiers pour sortir de l’indivision, elle
équivaut à un partage.
1
Seule sa forme « vente » retient notre attention. Rappelons que
l’hérédité ou succession est le patrimoine délaissé par le défunt (de cujus) ; elle
forme une universalité juridique renfermant divers droits et obligations, dont
droits réels, droit de créance dettes. Cet ensemble constitue donc l’assiette et
l’objet de la succession.
Confirmé que « la cession des droits successifs n’est pas une
cession de créance, faits une transmission de propriété qui peut être opposé aux
tiers sans avoir été signifie de l’hérédité du cédant ».
En conséquence, deux obligations incombent naturellement à
l’héritier- vendeur : délivre et garantie.
Le cédant doit livrer les biens constituant son lot : meubles,
immeubles, créances, leurs accessoires, au cessionnaire (acheteur) de faire valoir
ses droits. Il doit garantir l’existence de ces droits. Cette obligation implique
Nécessairement que l’acquéreur des droits successifs peut en être
évincé si la qualité l’héritier dont se prévalait son vendeur est reconnue inexacte.
Paragraphe 5 : Cession de droits litigieux
Le droit litigieux existe lorsqu’il fait l’objet d’un litige (article 363) :
peu importe sa nature, pourvu qu’il renferme une valeur pécuniaire.
On cède souvent un droit litigieux dans le but de s’en débarrasser à
cause des ennuis qu’il occasionne, à point tel qu’il est vendu à un prix inférieur à
sa valeur réelle.
Le code civil (article 362), permet à l’adversaire cédé de se
débarrasser du cessionnaire en lui remboursant le prix réel de la cession avec les
frais et loyaux coûts, et les intérêts à compter du jour où le cessionnaire a payé le
prix de la cession. Ce procédé s’appelle le « retrait litigieux ». Par ce biais, le droit
litigieux disparaît avec son titulaire, et le cédé se trouve libéré.
Le retrait litigieux suppose donc une cession à un prix d’argent d’un
droit litigieux, portant sur une chose litigieuse. Celle-ci est censée litigieux dès
qu’il y a procès et contestation sur le fond du droit article 362.
Soulignons qu’à cause de son caractère aléatoire, la cession de
droits intéresse essentiellement les spéculaires.
Il convient de mentionner trois exceptions à la règle (article 364).
Le droit au retrait litigieux disparaît :
1
a. Lorsque la cession a été faite à un cohéritier, ou à un copropriétaire du droit
cédé, l’intention étant de sortir de l’indivision ;
b. Quand la cession a été faite à un créancier, en payement de ce qui lui est
dû, le créancier acceptant la dation en payement du fait que son débiteur(le
cédant) est insolvable ; autant prendre ce qu’il peut sans spéculation ;
c. Lorsqu’elle a été faite au possesseur de l’immeuble sujet au droit litigieux.
On suppose ici l’existence d’un immeuble hypothéqué et d’un possesseur
qui rachète la créance hypothécaire, litigieuse aux fins d’éviter la vente de
l’immeuble.
Pour le champ d’application, la cour de cassation française a
précisé que la faculté d’exercer le retrait litigieux s’applique aux créances rendues
en justice aussi bien qu’à celles qui ont été l’objet d’une cession à l’amiable. Donc,
l’essentiel est qu’il y ait une contestation sur le fond du droit, et non pas
nécessairement un procès.
CHAPITRE II : CONTRAT DE LOUAGE
Traditionnellement, il existe deux sortes de contrats de louage :
louage des choses et louage d’ouvrage. (Art 370 à 446 CCC).
1. LOUAGE D’OUVRAGE
1
Est un contrat par lequel l’une des parties s’engage à faire quelque
chose pour l’autre moyennant le payement du prix convenu (art 372 C.C.C).
L’on distingue trois espèces principales de louage d’ouvrage :
a. Le louage des gens de travail engagés au service d’une personne ; ces gens
engagent leurs services pour la durée de leur contrat tout en sauvegardant
leur droit au travail et leur liberté ; seule la mort met, de plein droit, fin au
contrat de travail, de louage de services ; ici, l’employé s’engage à effectuer
une prestation sous la direction et la surveillance de l’employeur ; il y a
donc lien de subordination ;
b. Le louage des voituriers, tant par terre que par eau, qui se chargent du
transport des personnes ou des marchandises (voir le contrat de
transport) ;
c. Le louage d’ouvrage et industrie par suite de marchés et devis, contrat par
lequel l’entrepreneur s’engage à effectuer une prestation indépendante ;
2. LOUAGE DES CHOSES
Le louage des choses est un contrat par lequel l’une des parties
s’oblige à faire jouir l’autre d’une chose pendant un certain temps, et moyennant
un prix que celle-ci s’oblige à lui payer (art.371).
On distingue aussi quatre espèces principales, à savoir le bail à
loyer, le bail à ferme, le bail commercial et le bail à cheptel. Seuls le bail à loyer et
le contrat d’entreprise retiendront notre particulière attention.
Section 1 : Bail à loyer
Cette division sera consacrée au louage des choses, plus
précisément au bail à loyer, c’est-à-dire au louage des maisons et meubles. Nous
ne ferons qu’effleurer l’étude du bail à ferme, du bail à cheptel et du bail
commercial.
Paragraphe 1 : Généralités
Rappelons que cette matière est fort sollicitée dans la vie socio-
économique courant de notre pays. De ce fait, elle constitue la source de
plusieurs.
1
Conflits sociaux, d’autant plus qu’il y a absence totale de bonne
politique dans le domaine de l’habitat et précarité de logement qu’elle entraîne.
A. ELEMENTS ESSENTIELS DU BAIL
1. Définition
Répétons que le bail est un contrat par lequel une partie, appelée
bailleur, s’engage à fournir à l’autre, dite preneur, la jouissance d’un bien,
moyennant un prix.
Le mot « bail » tire son origine de l’ancien verbe française verbe
« bailleur » qui signifie donner « fournir ». Il s’applique essentiellement aux
immeubles, tandis que le terme louage ou location (du verbe latin locare, placer)
intéresse plutôt les meubles.
La personne qui donne la jouissance du bien à une autre s’appelle
« bailleur » ; celle qui paie le prix est dite « locataire » ; le prix payé par le
preneur porte le nom de « loyer ».
Le bail présente une double utilité à l’égard du bailleur et du
preneur, il est, pour le bailleur, un placement de ses biens dont il tire des
revenues ; il permet au preneur d’user et jouir de biens (d’autrui) qu’il ne peut se
procurer lui-même, faute de capital.
2. Objet du bail
Il s’applique donc aux biens immeubles (maisons, chambres,
appartements, hangars, caves, ateliers, champs, etc.), aux biens meubles
(ustensiles ménagers, automobiles, chevaux, bicyclettes…) et aux biens
incorporels (droits d’usufruit, de chasse, de pêche, brevet d’invention, fonds de
commerce).
L’on peut donner à bail sous condition résolutoire, de telle sorte
que le bail sera résolu si la condition ne se réalise pas ; nous avons souligné
précédemment qu’on peut donner à bail la chose d’autrui, du fait que le bail ne
produit par le transfert de propriété, mais une simple obligation de faire dans le
chef du bailleur ; pour le bail d’un bien indivis, il ne peut être consenti que par
tous les copropriétaires.
Il convient de souligner que les droits déclarés incessibles par la loi
(usage, habitation, les choses consomptibles et les biens nationaux, bien du
domaine public) ne sont pas susceptibles de location.
1
Les biens consomptibles disparaissent par leur usage et ne peuvent
pas être restitués ; or le bail suppose la restitution du bien loué.
3. Prix du bail
Nous avons souligné que le prix du bail s’appelle loyer. Celui-ci
consiste, d’une manière générale, en prestations périodiques, qui se prélèvent
normalement sur les revenues. Mais, il peut aussi s’opérer en une somme globale
et unique, donc en une seule tranche, surtout dans l’hypothèse de bail à durée
déterminée.
Le loyer diffère du prix, du fait que loyer peut être aussi effectué
en nature. C’est le cas exemple, du bail à nourriture, lorsque la nourriture n’est
pas fournie en échange d’une aliénation de l’immeuble.
L’échange, qui prévoit l’aliénation de l’immeuble, n’est pas un bail,
parce qu’il entrain le transfert de propriété ; il n’est pas une vente, en ce qu’il y a
absence de prix en argent, c’est un contrat innomé.
En somme, le bail crée une obligation de faire dans le chef du
bailleur, c’est-à-dire fournir au preneur l’usage et la jouissance paisible de la chose
louée ; il engendre une obligation de donner pour le preneur, laquelle consiste en
payement du prix de l’usage et de la jouissance du bien.
Les deux obligations constituent donc les éléments du contrat de
bail.
B. CARACTERES DU BAIL
Le bail est un contrat synallagmatique en ce qu’il engendre pour les
parties des obligations corrélatives.
Le bail est un contrat consensuel pace qu’il n’exige aucune forme
spéciale pour sa validité, seul l’accord des volontés des parties suffit.
Il est un contrat à titre onéreux car il impose les sacrifices
équivalents dans le chef du bailleur et du preneur : fournir l’usage et la jouissance
pour le premier ; payer le loyer pour le second.
Il est un contrat successif, dont l’exécution des obligations
s’échelonne dans le temps.
C’est un contrat temporaire, du fait que sa durée usuelle dépend en
général de la nature de la chose louée.
1
Enfin, le bail n’est pas un contrat intuitu personae, puisqu’il n’est
pas attaché à la personne du preneur, lequel peut céder son droit, ou sous louer
le bien.
C. EXISTENCE DU BAIL
Le louage n’est soumis à aucune forme (article 374), il est un
contrat consensuel. On peut louer par écrit ou verbalement ou même tacitement,
enchaîne l’article 1714 du code civil français.
Exception faite aux baux à loyers non professionnels prévus
d’abord par l’Arrête n°CAB /MIN/TPAT-UH /025/ZM/99 portant instauration d’un
contrat de location type en RDC. Abrogé par la loi n° 15/025 du 31 Décembre
2015.
Divers modes de preuve sont admis en cas de contestation de
l’existence du bail, notamment la preuve par écrit, par l’aveu ou par serment.
Le législateur préfère la preuve écrite à la preuve verbale surtout en ce qui
concerne le bail à loyer non professionnel.
1. Bail écrit
L’article 3 de la loi n°15/025 exige que le bail à loyer non professionnel soit écrit
librement par les parties par acte sous seing privé, soit par acte notarié.
Dans les trente jours de sa conclusion ou en cas d’avenant, les parties au bail ou,
le cas échéant, l’agence immobilière, présentent, en trois exemplaires, le contrat
ou toute modification pour enregistrement.
Et la jurisprudence française confirme cette position. Ainsi, le bail
peut être formé par lettres missives et résulter de la correspondance échangée
entre les parties ou leurs mandataires.
La preuve par l’aveu est détruite parfois de l’exécution du contrat
car celle-ci constitue le meilleur moyen de l’existence du contrat. L’aveu peut être
judiciaire ou extra judiciaire, verbal ou écrit.
Quant au serment il peut être déféré à celui qui nie le bail. Il s’agit
du serment dit décisoire, car le serment supplétoire suppose un commencement
de preuve, lequel est exclu en matière de bail. A ce sujet, la cassation française a
décidé que « le serment prévu par l’article 1716 du code civil français ne peut être
déféré au propriétaire que sur un fait qui soit personnel ; on ne saurait donc le lui
déférer au sujet du prix d’un bail conclu par son père décédé.
1
L’article 1715 du code français ou Belge, lequel n’a pas été repris
par le code civil congolais, prohibe la preuve par témoins ou par présomptions en
matière de bail. Il est conforté dans cette option par une jurisprudence
abondante.
Décidé que « lorsqu’un bail a été fait sans écrit et n’a pas aucune
exécution, son existence ne peut être prouvée ni par présomptions, alors qu’il
existerait un commencement de preuve par écrit ».
« La délivrance de quittance de loyer n’implique pas
nécessairement l’existence d’un contrat de louage ». Le commencement
d’exécution d’un bail sans écrit, affirmé par l’une des parties et nié par l’autre, ne
peut, par plus que le bail lui-même, être prouvé par témoins ou à l’aide de simples
présomptions ». « Mais, s’il y a commencement de preuve par écrit du
commencement d’exécution, la preuve par présomption d’un bail verbal est
admissible ».
La position légale et jurisprudentielle se justifie par le fait qu’il faut
écarter l’administration complaisante des preuves dans un domaine social aussi
sensible qu’en matière de bail.
Signalons qu’au Congo, l’usage des lieux fixe normalement ce
terme à l’année ; les échéances des loyers sont pratiquement d’un mois.
La jurisprudence française précise que les dispositions de l’article 1758 (412
C.C.C) revêtent un caractère exceptionnel et ne visent que les appartements
meubles ; par conséquent, elles ne doivent pas s’étendre à la location d’un hôtel
garni.
2. Bail Verbal
L’analyse que nous venons de faire au sujet du bail écrit s’applique
également ici, d’autant plus que l’écrit facilite l’administration de la preuve, mais
ne modifie pas la volonté des parties.
Il faut, cependant, noter une exception ; on présume qu’en louant
verbalement, les parties se sont référées, pour la durée du bail, à l’usage des
lieux. Donc, le bail verbal est toujours à durée déterminée par l’usage des lieux et
ce, en vue d’éviter les difficultés d’interprétation. D’où la présomption de
références aux usages est d’ordre public.
3. Congé de bail
Définition : Le congé de bail est un acte par lequel l’une des parties déclare
mettre fin au bail. Il permet au bailleur et au preneur de résilier le bail
1
d’une manière unilatérale. Il s’applique à toutes les formes de bail
bien qu’il ne soit nécessaire pour le bail écrit à durée déterminée, et
évite aux parties toutes surprises désagréable. On l’appelle autrement
préavis.
L’article 30 de la loi n° 15/025, fixe la durée de ce préavis à 3 mois pour le bail
résidentiel et il est à 6 mois pour le bail socioculturel.
Précisons que le mot « congé » renferme un double concept, en ce
sens qu’il exprime à la fois l’acte, verbal ou écrit, et le délai, préavis, donné à
l’autre partie pour produire des effets.
Le congé est un acte unilatéral qui n’implique pas l’acceptation de
l’autre partie. L’essentiel est qu’il soit porté à la connaissance de l’autre partie
pour éviter toute contestation. Cela peut se prouver par toutes voies de droit.
Il en résulte qu’il faut certain délai pour que le congé sorte ses
effets. Ce délai permet au bailleur de chercher un autre locataire et au locataire
de chercher un autre logement, étant donné que le bail constitue une source de
revenus locatifs pour le bailleur et une source d’usage et de jouissance du bien
loué par le locataire.
Pour connaître la durée du congé, il faut voir si les parties ont fixé
ce délai dans leur contrat, ou à défaut se référer aux usages des lieux. Par usage
des lieux, il faut entendre, « indépendamment des coutumes générales qui dans
un lieu déterminé s’imposent à tous les habitants, les usages spéciaux créés en
vue de protéger certaines catégories de personnes, ces derniers usages ne devant
être appliqués qu’aux cas intéressants lesdites personnes.
L’arrête du 8 juillet 1908 précité décidé que « l’usage des lieux seul
doit déterminer le délai dans lequel doit être donné le congé d’un bail verbal ».
Admis aussi « qu’un congé donné à un délai moindre que le délai d’usages est, en
matière de baux à loyer, valable pour le terme suivant ». Notons qu’au Congo, le
préavis est en principe fixé à trois, il correspond au nombre de mois de garantie
locative en pratique.
En ce qui concerne la forme du congé, il faut dire qu’il n’est soumis
à aucune forme ; il peut se notifier verbalement ou par écrit, pourvu qu’il
parvienne à la connaissance de l’autre partie.
Ainsi décidé que « le congé n’est soumis à aucune forme. Doivent
seuls, être pris en considération, la volonté de donner congé et le fait que cette
volonté est parvienne à la connaissance effective de lui auquel le congé
s’adresse ».
1
4. Tacite reconduction
« Si, à la fin des beaux qui cessent de plein droit, le preneur reste
est laissé en possession, après l’expiration du terme conventionnel, légal ou
coutumier, il s’opère un nouveau bail par le consentement tacite du preneur et du
bailleur ». (Article 394 et 413 C.C.C d’une part et l’article 24 de la loi 15/025
relative aux baux à loyer non professionnels).
Donc, la tacite reconduction est considérée comme le
prolongement tacite d’un bail arrivé à l’échéance de son terme. En effet, il arrive
souvent qu’a l’expiration du bail, le locataire continue à demeurer dans les lieux
loués sans que le bailleur s’y oppose ; parfois, il continue à verser les loyers
convenus dans le bail expiré. En pareille hypothèse, on déduit qu’il y a
consentement implicite des deux parties ; on estime ainsi qu’il s’est crée
tacitement un nouveau bail. La tacitement reconduction est, non un contrat
exprès, mais le fait, par le preneur, de se maintenir dans les lieux loués avec
consentement tacite du bailleur, il s’ensuite que le bail prolongé n’est pas
susceptible de constatation par un acte écrit.
Jugé aussi que « fondé sur la présomption que les parties ont voulu
former entre des un nouveau bail aux mêmes conditions que le précédent, la
tacite conduction ne peut avoir lieu lorsque le fermier ou locataire ne s’est
maintenu que contre le gré du bailleur ». Abonde dans ce sens la cour d’appel à
Elisabethville lorsqu’elle « affirme qu’il résulte du texte de l’article 394, comme
conséquence du caractère consensuel du contrat de bail, que la tacite
reconduction est fondée sur le consentement tacite et présumé des parties et
devient impossible si le bailleur ou le preneur manifeste clairement l’intention de
ne pas faire un nouveau bail ».
En revanche, le Tribunal de première instance a estimé que « la
clause d’un bail excluant expressément la tacite reconduction, écarte toute
présomption d’établissement d’un nouveau bail par consentement tacite ; cette
clause.
Exclut l’établissement de tout nouveau bail autrement que par
convention expresse.
Donc pour être retenue, la tacite reconduction exige que le bail soit
à durée déterminée, le bailleur donne son accord et que le bail s’y prête. Somme
toute, toutes ces règles n’étant pas d’ordre public du fait qu’elles protègent les
intérêts, les parties peuvent y déroger.
Paragraphe 2 : Obligations des parties
1
Nous avons signalé plus haut que le bailleur et le preneur assument
les obligations corrélatives.
A. OBLIGATIONS DU BAILLEUR
Trois obligations incombent au bailleur, à savoir, la délivrance,
l’entretien et la garantie (article 376).
1. Délivrance de la chose louée.
« Le bailleur est tenu de délivrer la chose en bon état de
réparation de toute espèce » (art.337).
Il sied de noter ici la différence entre la vente et le bail, en ce sens
qu’il a absence de difficultés d’identification de la conformité de la chose délivrée.
La délivrance du bien louée se borne à une opération purement matérielle,
laquelle consiste a la mise à la disposition du preneur du bien que ce dernier est
censé déjà connaître. En outre, le bail entraîne seulement le transfert de la
possession du bien loué au preneur et non pas de propriété, du fait que le bailleur
demeure toujours propriétaire de la chose.
La délivrance comporte le bien loué et tous les accessoires propres
au bon usage, tels les puits, les voies d’accès, les sources d’eau potable, etc.
Le bien loué doit être livré en « bon état de réparation de toutes
les espèces », c’est-à-dire en « bon état locatif » de manière à procurer au
preneur la jouissance paisible du bien loué. Le bailleur doit fournir la chose,
propre à l’usage promis, par exemple, la réparation de la toiture qui suinte, des
portes, des serrures, des robinets, des carreaux fêlés, le renouvellement de la
couche de peintures, etc. L’obligation de mettre les lieux en bon état n’est qu’une
conséquence de l’obligation de procurer au preneur l’entière et pleine jouissance
de la chose louée.
En ce qui concerne l’état des lieux, il est conseillé aux parties de le
faire constater par experts. L’acte dressé par l’expert porte le nom « d’état des
lieux » ou « inventaire » : il a l’avantage de constater et d’enregistrer toutes les
dégradations de la chose au moment de l’entrée en possession du bien par le
preneur et de servir de preuve en cas de contestation éventuelle. Les frais de ce
contrat reviennent à la partie qui le réclame.
Notons que les parties peuvent déroger à l’obligation de délivrer la
chose « bon état » ; l’essentiel et que le preneur ait connaissance des lieux et
déclarer qu’il accepte la chose la chose dans cet état.
1
2. Entretien du bien loué
Le bailleur doit entretenir la chose en état de servir à l’usage pour
lequel il a été loué ; il doit y faire, pendant la durée du bail toutes les réparations
qui peuvent devenir nécessaire, autres que les locatives (articles 376, 377 .C.C.C
LIII et article 11 de la loi n°15/025).
Par réparation, il faut entendre les grosses réparations, les
dégradations acquises, les gradations acquises, les dommages réalisés, tandis que
les petites réparations locatives sont à charge du preneur. Ces réparations doivent
être nécessaires, pour amener le bailleur à entretenir le bien d’une manière
suffisante et remplir ainsi la mission à laquelle le bien a été loué.
Exemples : Les réparations des toitures, des murs, des plafonds, des cheminées,
des puits perdus ; l’entretien de l’ascendeur ; du chauffage, de
canalisations d’eau, de gaz d’électricité, des égouts, des clôtures, la
réfection des planches, des escaliers du tapis plein, etc.
Il convient de relever que le bailleur n’est pas tenu des dépenses
d’agrément faites par le preneur (rampe d’escalier en marbres de luxe, voies
d’accès en gravier, piscine) ; il n’est pas tenu des reconstructions, lorsqu’il y a
destruction ou perte de la chose louées ; i y a tout simplement résiliation
proportionnelle du bail ; il n’est pas tenu des réparations rendues nécessaires par
la faute du preneur, car, on estime dans ce cas que le preneur a violé son
obligation de jouir en bon père de famille.
Jugé que « constituent notamment de grosses réparations à
charges du bailleur, les réparations aux toitures, aux paiements, aux installations
hygiéniques ; les travaux de peinture, de badigeonnage ; les réparations
nécessaires par un vice de construction non apparent ou par suite d’injonctions
administratives faites en vertu de règlement sur l’hygiène ».
L’obligation d’entretenir mise à la charge du bailleur s’applique aux
réparations proprement dites, non aux reconstructions rendues nécessaires par
une destruction partielle. Aussi, sont à charge du bailleur les travaux nécessaires
pour empêcher les cheminées de fumer pour rétablir des lambris ayant dépéri par
vétusté. L’obligation légale d’entretenir à la charge du bailleur ne peut être limitée
dans ses effets au montant des loyers perçus ; il appartient aux juges d’en
autoriser l’exécution échelonnée. Jugé toutefois, antérieurement, que le bailleur
n’est pas tenu d’effectuer des réparations dont le coût serait hors de proportion
avec le loyer perçu.
Soulignons que la charge de constater les réparations à effectuer
incombe au preneur, lequel doit en avertir le bailleur pour procéder à ces
1
réparations. Toutefois, les parties peuvent y déroger et les mettre à charge du
preneur.
Enfin, le droit commun prévoit des sanctions classiques, dans
l’hypothèse où le bailleur ne donne pas satisfaction à l’obligation d’entretenir,
notamment l’exception d’inexécution, l’exécution forcée, les dommages-intérêts, la
résolution du bail. Avant de recevoir à cette arme, le preneur doit commencer par
mettre le bailleur en demeure.
3. Garantie
La loi impose au bailleur, par la nature du contrat et sans qu’il soit
besoin d’aucune stipulation particulière, de fournir au preneur, pendant toute la
durée du bail, la jouissance paisible du bien loué (article 376 alinéa 3° du CCCLII
et article 11 de la loi n° 15/025 sur les baux à loyer). Cette garantie couvre trois
paliers : le fait personnel, le fait du tiers les vices du bien loué.
1. Garantie du fait personnel du bailleur
Tel que nous l’avons vu au chapitre de la vente, la garantie de la
jouissance impose au bailleur l’obligation de s’abstenir de tout fait personnel,
susceptible de créer, pour le preneur, un trouble de jouissance du bien, telle
qu’elle existant au moment de la conclusion du contrat.
Par exemple, concession, au cours du bail, d’une servitude à charge
de la chose louée : prétention à exercer, sur le bien loué des droits empiétant
sur les droits du preneur, entrave à la jouissance des accessoires du bien ;
consentement d’un autre bail sur la chose louée, etc.
Est également assimilé au fait personnel du bailleur, le trouble de
jouissance crée par une personne dont il doit répondre du fait en tant que
préposé (article 260 C.C.C.L III).
Il sied ici de nous appesantir sur certains cas spéciaux.
Changement de forme de la chose louée.
L’article 380 déclare que le bailleur ne peut pendant la durée du
bail, changer la forme de la chose louée. Cette interdiction concerne, notamment
le fait de rendre impossible la jouissance du bien loué par la suppression des
accès ou des dépendances nécessaires.
4. Vices de la chose louée
L’article 378 du code congolais dispose : « il est dû garantie au
preneur pour tous les vices ou défauts de la chose qui en empêchent l’usage,
1
quand même le bailleur ne les aurait pas connus lors du bail. S’il résulte de ces
vices ou défauts quelques pertes le preneur, le bailleur est tenu de l’indemniser ».
L’analyse à propos de la vente s’applique également ici. En
conséquence, nous ne sauront nous y étendre outre mesure. La loi définit le vice
ou défaut de la chose, tout inconvénient inhérent à la chose même, et qui la rend
impropre à l’usage auquel le contrat la destine, ou qui diminue à ce point cet
usage, que le preneur n’aurait pas loué, ou n’aurait loué qu’à un moindre prix, s’il
l’avait su (article 318 C.C.C).
Par exemple, absence d’eau potable, humidité excessive,
appartement infecté de rats, de fourmis, ou de punaises : installations sanitaires
défectueuses, etc.
Il importe peu que la provenance des vices, dès l’instant où il est
inhérent à la chose le bailleur répondra de son bien qu’il est censé connaître.
En revanche, le bailleur ne répond pas des vices apparents, vices
dont le preneur a pu ou dû normalement se rendre compte avant la signature du
bail, tels les vices émanant de l’état du sol ; le voisinage d’un cours d’eau
provoquant les inondations périodiques ; le voisinage d’une usine.
Et la jurisprudence française est très fournie à ce sujet. Jugé que le
bailleur ne répond ni des vices que le preneur a connus ou a dû connaître, ni des
inconvénients naturels inhérents à la chose par suite de sa situation (inondations
d’une cave a proximité d’un fleuve.
Le bailleur n’est pas garant de vices apparents lors du contrat, que
le preneur a pu apercevoir à ce moment, et il appartient aux juges du fait
d’apprécier si le vice dont se plaint le locataire était alors suffisamment apparent
pour se révéler à lui. Mais, la circonstance que le preneur a visité l’immeuble et
déclaré le bien connaître ne le rend pas irrecevable à demander réparation pour
des vices qui ne pouvaient se révéler qu’a l’usage.
Indépendamment de dommages-intérêts, le preneur peut réclamer
du bailleur une réduction des loyers proportionnée à la jouissance dont il a été
prive. L’existence, dans une maison, de punaises, dont l’introduction n’est pas
imputable au preneur, constitue un vice qui autorise le preneur à demander la
résiliation du bail, quand il en résulte pour lui une incommodité équivalente à
l’impossible de jouir des lieux louées. Enfin, le Bailleur est responsable du
dommage causé au locataire par des émanations d’oxyde de carbone provenant
d’un vice de construction des cheminées, et cela alors même que le locataire se
serait servi à son insu d’un appareil à combustion lent, l’usage d’appareils de cette
nature étant prévisible.
1
En somme, le preneur dispose d’une échelle des sanctions lorsqu’il
découvre un vice de la chose louée, à savoir l’exception d’inexécution, la
résolution du bail, la réparation du bien aux fins du bailleur, ou les dommages-
intérêts.
B. OBLIGATIONS DU PRENEUR
La foi prescrit quatre obligations principales au preneur, à savoir
garnir la chose louée de meubles suffisants (article 408), payer le loyer aux
termes convenus (article 385,2ème), user de la chose en bon père de famille
(article 385, 1e ), et restituer la chose à la fin du bail (articles 387 à 392).
1. Obligation de garnir la chose louée de meubles suffisants
D’après l’article 408 du code civil congolais, « le locataire qui ne
garnit pas la maison de meubles suffisants, pet être expulsé, à moins qu’il ne
donne pas sûreté capables de répondre du loyer. »
Notons que le mot « locataire » est ici synonyme du terme
« preneur » : il signifie une personne qui achète quelque chose, acheteur,
acquéreur ; il a un sens plus large que le terme « locataire », du fait qu’il peut
remplir des missions autres que de se borner à la location des mains.
Quelle est la nature de ces meubles ? Et quel en est le motif ? Il
s’agit des meubles destinés à usage et à la décoration de la maison dont tables,
chaises, tableaux, pendules, vaisselle, linge, tapis, etc. …, à l’exception des
meubles déclarés insaisissables par la loi (article 127 code de procédure civile).
Le but poursuivi est que ces meubles servent, au bailleur, de
garantie du paiement de loyers, autrement, le bailleur est en droit d’exiger
d’autres sûretés.
La valeur chiffrée de ces meubles doit correspondre et couvrir la
créance garantie de deux termes de loyer, plus frais éventuels de saisie. A ce
sujet, le bailleur dispose d’un droit de suite lorsqu’au cours du bail. Le preneur
dégarnit les lieux louées, lequel droit consiste en saisie revendication.
Jugé que l’obligation pour le preneur de garnir les lieux loués de
meubles suffisants exige alors même de loyer ou fermage précédemment échus
ont été régulièrement payés. Aussi, constitue garantie suffisante pour le
propriétaire les meubles du sous-locataire garnissant les lieux loués, dont la valeur
peut couvrir le montant terme en cours et un léger retard éventuel.
Signalons qu’en droit congolais, l’article 408 ne connaît pas
beaucoup d’applications, pour la bonne et simple raison que les bailleurs préfèrent
la garantie locative en espèce à la garantie de meubles suffisants. Car, celle-là
1
leur permet de se lancer dans les opérations spéculatives et très lucratives. Elle
va, parfois, jusqu’à couvrir plusieurs termes des loyers, au lieu de trois mois
prévus légalement. La fréquence des abus et des conflits a poussé souvent les
autorités politico-administratives de notre pays à intervenir pour réglementer ce
domaine en manière de police par voie d’arrêté.
L’on peut citer à titre d’exemple l’arrêté n°SC/0182/DGV/IR/CM/99
DU 12 octobre 1999 portant réglementation des baux à loyer dans la ville de
Kinshasa, abrogé par la loi n°15/025 du 31/12/2015 sur les baux à loyer non
professionnel.
2. Obligation de payer le loyer
Le preneur est appelé à payer le prix du bail aux termes convenus
(article 385,2°). Mais, comment arrive-t-on à fixer le taux de loyer ?
Rappelons que le bail est un contrat consensuel. Portant, le bailleur
et le preneur fixent librement, de commun accord, le taux de loyer, lequel peut
consister en une prestation en nature ou en argent. Dans cette fixation du taux,
on tient généralement comptes des fluctuations du marché immobilier.
Dans une période de crise de logement, comme c’est le cas
actuellement, l’autorité politico-administrative intervient pour déroger au principe
et donner la fourchette du taux, c’est-à-dire fixer les taux maxima, en tenant
compte de certains paramètres socio-économiques, tels, l’offre, la demande,
l’inflation, la tension salariale, le coût de vie en ville et en campagne, etc. …, et
ce, en vue de protéger les plus faibles (locataire) contre les caprices et
spéculations des bailleurs. Aussi l’ordonne législative n°48/385 du 10 juillet 1959,
modifiée et complétée par l’ordonnance-loi n°48/358 du 22 décembre 1965 et 57
du 31 décembre 1965, accorde-t-elle au gouverneur de province, avec possibilité
de délégation au premier bourgmestre et à l’administrateur de territoire, le
pouvoir de diminuer, dans les localités ou quartiers fixés, les taux maxima des
loyers des immeubles servant au logement.
Quant à l’époque du paiement, le bail fixe les termes, les
échéances des loyers souvent, l’usage prévoit le paiement par anticipation : mais
au Congo, la tendance générale est plutôt, du paiement par mois et à termes
échus.
Pour le lieu du paiement, en tant que dette, le loyer demeure, en
principe, quérable, sauf stipulation contraire. Le bailleur doit chercher son loyer au
domicile du preneur, lequel doit supporter les frais du paiement (frais de
transport, par exemple).
1
Signalons qu’outre le loyer, le locataire supporte également les
autres charges locatives dont les impôts se rapportant au bail, les redevances
pour le service des eaux et de l’électricité, les frais d’acte et les frais de l’état des
lieux demandé par le preneur.
Enfin, le bailleur peut recourir à une somme de sanctions, dans
l’hypothèse où le preneur ne paie pas le loyer : pratiquer la saisie-gagerie sur les
meubles meublants, exercer son privilège sur ces meubles, résoudre le bail,
expulser le locataire (article 408 précité).
3. Obligation de jouir en bon père de famille
« Jouir en bon père de famille » suppose pour le preneur, le fait
d’agir avec soin, prudence, circonspection. En d’autres termes, le preneur doit,
dans son usage, se comporter à l’égard du bien, comme il se comporterait à
l’égard de son propre bien, donc y attacher les soins semblables.
En conséquence, il lui est interdit de modifier la destination de la
chose prévue par le bail. Par exemple transformer la maison d’habitation en
maison de commerce ; la salle de conférence en maison de tolérance.
En revanche, il est loisible d’accommoder le bien loué à ses
convenance, ses besoins : installer une phonie, un téléphone ; aménager un
gazon, une pelouse.
Le preneur n’est pas tenu responsable des dégradations lorsque le
bien loué se détériore par l’usage normal de ce bien. Mais, il doit répondre de ces
dégradations s’il y a faute dans son chef, par exemple, un défaut d’entretient :
aussi, il est tenu des dégradations et des pertes qui arrivent par le fait de
personnes de sa maison ou de ses sous-locataires (article 392). Il faut combiner
cette disposition avec l’article 143 selon lequel « le débiteur d’un corps certain et
déterminé doit répondre des détériorations y survenus par sa faute ou par celles
des personnes dont il est responsable ». Parmi ces personnes, il faut mentionner
les membres de sa famille, ses amis, ses invités, ses ouvriers, ses sous-locataires,
etc.
Enfin, le preneur répond également des réparations locatives
(article 410).
4. Obligation de restituer le bien loué
Nous avons souligné que le bail n’opère pas le transfert de
propriété en faveur du preneur, lequel est considéré comme un simple détenteur
temporaire du bien d’autrui. De ce fait, il doit restituer ce bien, à la fin du bail, à
son propriétaire, au bailleur.
1
A ce sujet, l’article 387 dispose : « s’il a été fait un état des lieux
entre le bailleur et le preneur, celui-ci doit rendre la chose louée telle qu’il l’a
reçue, suivant cet état, excepté ce qui péri ou a été dégradé par vétusté ou force
majeure ».
Donc, le bien loué doit être restitué dans l’état où il a été reçu, sauf
les détériorations inévitables dues à l’usage normal. Cela est facile à vérifier.
Lorsque l’état des lieux avait été dressé contradictoirement au
moment de la conclusion du contrat, tout en sachant que l’état des lieux ne
couvre que l’état apparent, et non pas le vice caché. Parfois ce constat est
remplacé par une clause du bail qui souligne que le preneur a reçu le bien « en
bon état de réparations de toute espèce » et qu’il s’engage à le restituer tel. Sauf
la preuve contraire.
Mais, quid des constructions et plantations faites par le preneur ?
La réponse à cette question varie selon que le bail a ou non prévu
pareilles constructions lors de sa conclusion.
Répétons d’abord qu’en principe, le preneur n’pas le droit de
transformer les lieux louées sauf leur accommodement à un usage conforme à
leur destination.
Dans l’hypothèse où le bail a prévu ces constructions, la réponse au
sort y réservé à la fin du bail se trouve dans son contenu.
Dans le cas contraire, il faut recourir aux règles générales de
l’article 555 du code civil français ou belge (voir aussi l’article 24 C.C.C.L II),
lequel dispose : « lorsque les plantations, constructions et ouvrages ont été faits
par un tiers et avec ses matériaux, le propriétaire du fonds a droits ou de les
retenir, ou d’obliger ce tiers à les enlever. Si le propriétaire du fonds demande la
suppression des plantations et constructions, elle est aux frais de celui qui les a
faites, sans aucune indemnité pour lui : il peut même être condamné à des
dommages-intérêts, s’il y a lieu, pour le préjudice que peut avoir éprouvé le
propriétaire du fonds, si le propriétaire préfère conserver ces plantations et
constructions, il doit le remboursement de la valeur des matériaux et du prix de la
main d’œuvre, sans égard à la plus ou moins grande augmentation de valeur que
le fonds a pu recevoir »
Il faut que cet article vise seulement les constructions susceptibles
d’enlèvement et non pas les travaux de conservation, d’amélioration ou
d’embellissement (électricité, drainage, chauffage). Dans ce dernier cas, le
1
preneur est en droit de se faire rembourser ceux d’entre eux que relèvent de
l’obligation du bailleur d’entretenir le bien en état de servir à l’usage pour lequel il
a été loué (article 376 C.C.C).
Pour éviter ce genre de désagrément, il est conseillé au preneur
d’avoir avis du bailleur d’avoir du bailleur avant d’entreprendre ces travaux.
Toutefois, le preneur est fondé à suspendre ou ne paie l’indemnité prévue.
Jugé à cet effet que « si le propriétaire peut, au moment où le
contrat de louage touche à sa fin, s’opposer, en vertu de l’article 555 précité, à
l’enlèvement des constructions ou plantations faites par le preneur, en offrant de
payer la valeur des travaux et le prix de la main-d’œuvre, il doit déclarer, avant
l’expiration du bail son intention de retenir les additions qui ont augmenté la
chose ; sino, le preneur qui n’est pas obligé, par le contrat de louage qu’à rétablir
l’immeuble tel qu’il l’a reçu, reste libre de disposer des ouvrages qu’il a crées et
que le bailleur, soit à dessein, soit à l’incurie, en demande point à conserver ».
Aussi, « les constructions édifiées par le Preneur deviennent, par voie d’accession,
la propriété du bailleur, mais celui-ci renoncer à l’accession ; les constructions
appartiennent alors, pendant le bail, au preneur qui peut les supprimer ou les
hypothéquer ». « La stipulation d’après laquelle, en fin de bail, les constructions
reviendront, sans indemnité au bailleur, ne s’applique pas au cas de résiliation par
suite d’incendie ».
Enfin, en matière d’incendie, l’article 390 du code civil congolais
stipule : « le preneur répond de l’incendie, à moins qu’il ne prouve : que l’incendie
est arrivé par cas fortuit ou force majeure ou par vice de construction ; ou que le
feu a été communiqué par une maison voisine ».
En cas de pluralité de locataires, tels en assument tous la
responsabilité solidaire, à moins qu’ils prouvent le contraire, par exemple que
l’incendie a commencé dans l’habitation de l’un d’eux ou qu’il n’a pu commencer
chez eux.
Décidé que « la responsabilité du locataire en matière d’incendie
est de droit commun ; il lui incombe, pour dégager sa responsabilité, de prouver
le cas fortuit ou de force majeure ou le vice de construction ». Le cas fortuit
exonératoire suppose un fait étranger au locataire et aux personnes dont il doit
répondre ; un acte de malveillance ne constitue donc un cas fortuit que s’il a été
commis par un tiers, lequel peut être un sous-locataire.
Le locataire qui occupe tout ou partie de la maison où le feu a
commencé, contiguë à celle qu’il a prise à bail et dans laquelle l’incendie s’est
propagé, ne peut s’exonérer de sa responsabilité à l’égard du propriétaire de cette
dernière en prouvant que le feu a été communiqué par la maison voisine.
1
De même, la loi édicte à la charge du locataire, en cas d’incendie,
une présomption de responsabilité dont il ne peut s’exonérer qu’en apportant la
preuve directe et positive d’un des faits limitativement énumérés par l’article 1733
C.C.F. il ne lui suffit pas de prouver que l’incendie n’a pu être allumé ni par une
personne dont il répond. «L’incendie doit être considéré comme le fait du locataire
en vertu de l’article 1178 du code civil français ».
« Le preneur déclaré responsable de l’incendie de la chose louée
doit payer au bailleur, indépendamment de l’indemnité de reconstruction de la
maison louée, une indemnité représentative du préjudice distinct résultant de la
perte des loyers pendant le temps nécessaire à la reconstruction et à la relocation
de l’immeuble ».
Toutes ces dispositions n’étant pas d’ordre public, les parties
peuvent y déroger et convenir que le preneur ne répondra de l’incendie qu’en cas
de faute prouvée par le bailleur. Signalons enfin qu’à l’heure actuelle, ce genre
des risques sont normalement couverts par les assurances-incendie.
Paragraphe 3 : Cession de bail et sous-location
L’article 375 du CCCL III et l’article 25 de la loi n° 15/025 relative
aux baux à loyer non professionnel disposent : « le preneur a le droit de sous
louer, et même de céder son bail à un autre, si cette faculté ne lui a pas été
interdite » par une clause de rigueur.
La position de débiteur vis-à-vis du preneur, lequel reste tenu de
ses obligations envers le bailleur. Toutefois, le cessionnaire doit signifier au
bailleur (débiteur cédé) la cession de bail consentie par le preneur.
La jurisprudence soutient que « la clause d’un bail interdisant au
preneur de céder ses droits au bail sans le consentement exprès et par écrit du
bailleur ne constitue pas une interdiction absolue de céder le bail et ne permet au
bailleur de refuser son consentement, sans motif légitimes : elle oblige le preneur
à solliciter le consentement du bailleur avant de procéder à la cession », décidé
que « la cession de bail constitue une cession de créance. Il en résulte que c’est
l’ancien bail qui subsiste au profit du cessionnaire et que c’est l’exécution de ce
bail que le cessionnaire pourra exiger du bailleur primitif. De même « les droits
dérivant d’un bail sont des droits de créance.
Leur cession n’est pas opposable aux tiers sans l’accomplissement
des formalités à l’article 353 du code civil ».
« La cession de bail n’a pas pour effet, par elle-même, de libérer le
locataire de ses obligations vis-à-vis du bailleur : l’accord du bailleur ne libère le
1
locataire originaire que si le bailleur consent expressément à cette libération,
c’est-à-dire s’il consent à une novation de créance ».
Somme toute, l’interdiction de céder le bail n’emporte pas celle de
sous-louer. En revanche, l’interdiction de sous-louer emporte celle de céder le bail.
Paragraphe 4 : Modes d’extinction du bail
Il existe divers modes par lesquels le bail peut prendre fin, à savoir
l’échéance du terme convenu, la résiliation unilatéral ou de commun accord, la
résolution, la perte de la chose louée.
1. Expiration du terme fixé.
Lorsqu’il s’agit du terme fixé par les parties dans un acte écrit, le
bail prend automatiquement fin à l’expiration de ce terme, sans qu’il soit
nécessaire de donner congé (article 393 C.C.L. III). On a ici, à faire à un bail écrit
à durée déterminée.
2. Résiliation de commun accord.
L’on applique ici les dispositions de l’article 33 du code civil
congolais, 2° où est consacré le principe d’autonomie de la volonté : « les
conventions légalement formées ne peuvent être révoquées que du consentement
mutuel des parties ».
3. Résiliation unilatérale.
Lorsqu’il s’agit d’un écrit sans durée déterminée ou d’un bail verbal,
la partie qui désire mettre fin au bail doit donner congé à l’autre partie (article 393
c.c.c).
Rappelons que le congé (préavis) est un acte unilatéral par lequel
une partie, informe l’autre de sa volonté de mettre au contrat ; il pourra être
donné verbalement ou par écrit, la forme étant libre (exploit d’huissier, pli
recommandé).
4. Résiliation pour inexécution fautive.
Le contrat peut être résolu pour défaut respectif du bailleur et
preneur de remplir leurs engagements (article 397).
Il faut noter que la résolution n’est pas automatique ; elle est
parfois laissée à l’appréciation du juge du fond. Cette position est soutenue par la
jurisprudence qui affirme que l’inexécution partielle des engagements du bailleur
1
n’entraîne pas nécessairement la résiliation du contrat au profit du preneur ; il est
loisible aux juges, en pareil cas, de n’allouer au preneur qu’une indemnité
pécuniaire.
Le tribunal peut refuser la résiliation du contrat si le manquement
n’apparaît suffisamment grave ; il peut accorder au débiteur des délais pour
s’exécuter. Et la résiliation pour inexécution du contrat de bail ne peut être
prononcée que le jour de la demande. Aussi, la clause d’un bail, portant défaut de
paiement d’un seul terme de loyer, ce bail sera résilier de plein droit après un
commandement non suivi de paiement dans un certain délai, et sans autre
formalité, est licite et ne permet pas aux juges d’accorder au débiteur les délais
prévus par les article 82 et 142 du code civil congolais.
5. Perte de la chose louée.
Lorsque, pendant la durée du bail, la chose louée est déduite en
totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein de droit ; quand elle est détruite
en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander ou une diminution
du prix, ou la résiliation même du bail. Enfin, le bail est également résilié de plein
droit si la chose louée est expropriée pour cause d’utilité publique.
En revanche, on constate qu’il existe des faits qui n’entraînent la
fin du bail. Parmi ces faits figurent la mort de l’une des parties, la clause
résolutoire expresse, l’occupation par le bailleur du bien loué, la vente du bien
loué, la faillite du preneur et l’anéantissement du droit de propriété du bailleur.
Soulignons que le bail de plus 9 ans doit être transcrit pour devenir
opposable aux tiers. Et l’acquéreur bénéficie d’une protection renforcée en ce que
le bail doit avoir une date certaine et être transcrit dans le registre des
hypothèques.
Paragraphe 5 : Baux particuliers
Pour clore cette section, il convient de rappeler qu’il existe des
baux particuliers, dont le bail commercial, le à ferme, le bail à cheptel. Ils sont
régis par des règles spéciales en droit franco-belge. Nous n’allons pas nous
attarder sur cette matière, du fait qu’elle ne trouve pas beaucoup d’applications
dans notre droit.
1. Bail commercial
Il s’agit d’un bail d’immeuble ou d’une partie d’immeuble affecté
par le preneur ou une sous-location à l’exercice d’un commerce de détail ou à
l’activité d’un artisan directement en contact avec le public (magasin, garage,
1
entrepôt, restaurant, usine) (loi française n°65-356 du 12 mai 1965, loi belge du
30 avril 1951, complétée par celle du 22 décembre 1951).
« La durée de ce bail ne peut être inférieure à 9 ans, mais les
parties peuvent y mettre fin à tout moment, à la l’expiration de chaque triennat,
moyennant un préavis d’un an par exploit d’huissier ou par lettre recommandé. Et,
à l’expiration de chaque triennat, les parties peuvent demander au juge de paix la
révision du loyer.
2. Bail à ferme
C’est un bail bien rural, dont l’objet principal est la culture de la
terre. En droit congolais, il est réglementé par le code civil (article 417 à 426). Le
loyer s’appelle « fermage », lequel peut être stipulé en tout ou en partie en
produits agricoles. Le preneur s’appelle « fermier ».
La durée du bail à ferme est librement fixée par les parties ; elle ne
peut pas être inférieure à neuf ans lorsqu’il s’agit d’une première occupation. Le
fermier a le droit de l’aire des constructions, travaux et tous ouvrages utiles à
l’expiration du bien loué et conforme à sa destination, avec l’accord du bailleur ou
l’autorisation du tribunal.
3. Bail à cheptel
Le bail à cheptel est un contrat par lequel l’une des parties donne à
l’autre un fonds de bétail pour le garder le nourrir et le soigner, sous les
conditions convenues entre elles. Le preneur s’appelle « Cheptelier ». Il y a trois
sortes de cheptels :
1. Le cheptel simple ou ordinaire, contrat par lequel on donne à un autre des
bestiaux à garder, nourrir et le soigner, à la condition que le preneur profite
de la moitié du croit et qu’il supporte aussi la moitié de la perte.
2. Le cheptel à moitié, est une société dans laquelle chacun des contractants
fournit la moitié des bestiaux, qui demeurent communs pour le profit et
pour la perte. Le preneur profite seul des laitages du fermier et des travaux
des bêtes.
3. Le cheptel donné par le propriétaire au fermier ou au colon :
- Au fermier, appelé aussi cheptel de fer est celui par lequel le propriétaire
d’une métairie la donne à ferme, à la charge qu’à l’expiration du bail, le
fermier laissera les bestiaux d’une valeur égale au prix de l’estimation de
ceux qu’il aura reçus.
- Au colon partiaire, est soumis à toutes les règles du cheptel simple, mais on
peut stipuler dans le contrat.
1
Enfin, on peut mentionner le bail à nourriture, le métayage et le
contrat de garage :
- Le bail à nourriture est, en réalité, une aliénation à fonds perdu, moyennant
certains services, tels nourrir, loger entretenir une veuve, par exemple (voir
rente viagère).
- Le métayage ou colonat partiaire, est un contrat par lequel le propriétaire
d’une terre la donne à exploiter à un cultivateur, moyennant partage des
fruits. Mais, le métayer preneur ne peut sous-louer, ni céder son bail ; le
métayage prend fin par la mort du métayer.
- Le contrat de garage est aussi aligné sur le bail. Mais, sa nature juridique
lui confère un caractère multiforme : bail à loyer, dépôt.
En conclusion, il faut aujourd’hui se convaincre d’une chose, c’est
que le droit contemporain est en train de se socialiser. Aussi, le législateur doit-il
s’efforcer de garantir la stabilité de la situation du locataire, en protégeant
d’avantage les citoyens à faibles revenus.
Section 2 : Louage d’entreprise
Paragraphe 1 : Généralités
Il sied de rappeler qu’il faut éviter de confondre le louage
d’entreprise et louage de services. Le louage d’entreprise ou d’ouvrage est un
contrat par lequel une personne, appelée entrepreneur, s’engage à accomplir pour
une autre, appelée maître d’ouvrage, un travail déterminé, moyennant une
rémunération. (Engendre l’obligation de résultat).
Par exemple guérir un malade, éditer un livre, défendre une cause
en justice, construire un bâtiment, réparer une voiture, exécuter une œuvre
musicale, etc...., défricher des herbes.
Le louage de services est un contrat par lequel une personne ou
s’engage à fournir à une autre la jouissance de ses services moyennant une
rémunération. Par exemple, les services d’un domestique, d’un courrier
d’assurance, d’une manœuvre, d’un fonctionnaire, d’un journaliste, d’un
professeur d’université, d’un musicien, d’un orchestre, etc.
Au niveau des obligations, le louage d’entreprise engendre une
obligation de résultat, à l’exception de l’avocat et du médecin, alors que le louage
de services crée une obligation de moyen.
En matière de risque, la chose est aux risques du maître lorsqu’il
s’agit de louage de services ; elle est aux risques de l’entrepreneur en cas de
louage d’entreprise.
1
En matière de prescription, les délais varient selon les espèces de
louage. Les actions relatives au louage se prescrivent par trente ans ; la
prescription à une durée inférieure à trente ans, lorsqu’il s’agit du louage de
services.
Néanmoins, les deux types de louage se rejoignent sur un point, à
savoir qu’ils prennent fin par la mort de l’entrepreneur ou du salarie. Ce sont les
contrats intuitu personae.
Pour le reste, louage d’entreprise est un contrat synallagmatique et
obéit, de ce fait aux règles générales sur le droit des obligations.
Ainsi, la formation et la validité de ce contrat sont régies par le
principe d’autonomie des volontés des parties, lequel principe est subordonné à
l’observation de l’ordre public et de bonnes mœurs.
Paragraphe 2 : Devis et marchés
A. NOTIONS
Notons, de nouveau, qu’en tant que louages d’entreprise, les devis
et marchés demeurent régis par les règles de droit commun. Nous n’abordons ici
que les aspects spéciaux propres à cette variété d’entreprise.
1. Définitions
« Les devis et marchés sont les louages d’entreprise, lesquels
s’assignent comme but toute espèce de travaux matériels finis. C’est notamment
le cas de la construction d’une maison, d’un bâtiment, d’une piscine, d’une clôture,
de l’aménagement d’un jardin, de l’installation, d’un camouflage, d’un chauffe-
eau, etc. Il s’agit, en somme, d’une entreprise de construction.
Le devis est un état détaille des travaux à exécuter avec
l’estimation des prix de chaque article et l’indication des matériaux employées. Le
marché est le contrat, signé par les parties.
2. Prix
En matière de construction, le prix joue un rôle important ; il se
détermine en fonction de l’importance des travaux, du coût des matériaux et de la
main-d’œuvre il existe trois modes de fixation du prix :
2.1. Prix indéterminé
1
Le prix arrêté en tenant compte de l’ampleur de travaux, du coût
des matériaux et de la main-d’œuvre au jour de l’exécution. Ce mode est
pratiqué dans les petites entreprises. Le maître d’ouvrage commande les travaux
(pose d’un dallage, aménagement d’une pelouse, réparation d’une voiture) sans
se soucier du coût, du reste modeste, et n’attend que la facture. Le devis global
ou par prix unitaire, établi au départ par l’entrepreneur, ne lie pas le maître
d’ouvrage. De même, l’entrepreneur ne supporte aucun risque à ce propos, étant
donné que le prix suit l’évolution des travaux et leur durée.
2.2. Prix déterminé
Le prix est fixé d’une manière globale et définitive au moment de la
conclusion du contrat. Ce dernier s’appelle un marché à prix fait ou à forfait de
même hypothèse, l’entrepreneur assume tous les risques relatifs à l’importance
réelle des travaux des difficultés d’exécution, du coût des matériaux et de la main-
d’œuvre (article 440 C.C.C). Jugé que quand l’entreprise constitue un forfait,
l’entrepreneur est tenu moyennant le prix d’exécuter à ses frais, aux risques et
périls tous les travaux qui en font l’objet ; il ne peut demander aucun supplément
de prix du chef notamment de la dépréciation de la monnaie et de la hausse
consécutive du prix des matériaux, de la main-d’œuvre, ni d’une erreur portant
sur l’importance des travaux. Aussi, « un marché ne peut être considéré comme
conclu à forfait si le propriétaire s’est réservé la faculté d’apporter au plan des
modifications ou additions ».
En revanche, la clause de révision du prix en cas de modification
des conditions économiques a été jugée compatible avec caractère du forfait, en
ce sens que le marché à forfait suppose une exécution rapide et que le marché à
forfait devient caduc si le diffère la construction et en réduit l’importance.
L’autorisation par écrit de modifier le plan, et la fixation d’un prix pour les travaux
nécessités par ces changements, sont impérativement exigées par l’article 440 du
code civil congolais précité ; faute d’en justifier, l’entrepreneur est irrévocable à
demander un supplément de prix.
L’article 440, vise les augmentations faites sur le plan convenu pour
la construction à forfait d’un bâtiment et s’applique aux travaux supplémentaires
et l’accord verbal du maître de l’ouvrage sur les modifications à apporter à ce plan
ne peut être retenu. L’autorisation écrite doit émaner du propriétaire lui-même et
non d’un architecte.
2.3. Prix unitaire mi-déterminé
Le prix est fixé d’une manière définitive par rapport au coût des
matériaux et de la main-d’œuvre. On parle alors du prix unitaire. En revanche, le
prix est mi-déterminé, lorsqu’il s’agit de l’importance des travaux. Le contrat
s’appelle alors un marché sur devis.
1
Le marché sur devis d’une manière diffère du marché à prix fait en
ce que l’entrepreneur n’assume plus le risque des plans. Le prix se fixe selon
l’importance réelle du travail, sans égard aux indications des plans. Le devis réside
dans la remise de prix unitaire des matériaux et de la main-d’œuvre, lesquels prix
lient l’entrepreneur et servent de base définitive au calcul du prix. René Dekkers
affirme qu’on traite sur devis, soit quand l’entrepreneur refuse de traiter à forfait,
soit quand il faut commencer à construire immédiatement et que les plans ne sont
pas achevés, soit encore quand le maître de l’ouvrage prévoit la possibilité
d’additions ou de modifications.
B. OBLIGATIONS DES PARTIES
1. Obligations de l’entrepreneur
L’entrepreneur assume trois obligations, à savoir, faire l’ouvrage,
répondre du fait des personnes qu’il emploie, livrer l’ouvrage au maître.
1.1. Obligation de faire l’ouvrage
L’entrepreneur est, en principe tenu d’une obligation de résultat. Il
doit l’exécuter de bonne foi, en ce qu’il doit faire l’ouvrage exempt de vices
apparents et cachés.
L’entrepreneur promet au maître d’ouvrage d’effectuer un travail
déterminé, selon les plans et les règles de l’art ; il doit éviter les malfaçons, au
risque d’engager sa responsabilité contractuelle. C’est ainsi que l’article439 du
code civil congolais soutient qu’en matière de construction, l’architecte et
l’entrepreneur sont tenus responsables, pendant dix ans, des malfaçons portant
vice de constructions ou vice du sol susceptible de provoquer la perte totale ou
partielle de l’édifice. La jurisprudence retient normalement les malfaçons graves
mettant en péril la solidité du bâtiment.
Aussi, la prise en possession par l’acquéreur d’une construction
affectée de vices apparents n’a pas pour effet de couvrir ces vices s’ils comportent
la solidité de l’ouvrage.
Parmi les malfaçons affectant la solidité ou le maintien de la
construction, il faut mentionner les défauts de construction des clôtures, des
murs, des toitures, des caves ou des plafonds, etc. les vices relatifs à la nature du
sol renfermant le sable, l’argile, etc.
En tant qu’homme du métier, l’architecte et l’entrepreneur doivent
demeurer diligent et éviter les vices de construction et du sol pour que les
1
bâtiments ne s’écroulent et ne mettent les vies humaines en péril. Mais, la loi fixe
ce délai à dix ans pour éviter des discussions interminables. Ce délai s’avère
suffisant pour couvrir la garantie de l’architecte et de l’entrepreneur. Et, il
appartient au maître d’ouvrage d’établir la perte totale ou partielle, le vice de
construction ou du sol et le lien de causalité entre le vice et la perte. Il existe une
jurisprudence abondante à cet effet.
Jugé que « la responsabilité de l’architecte ou de l’entrepreneur
reste engagé dans les conditions de l’article 459 alors même qu’il n’a fait que
suivre les ordres du propriétaire ou son mandataire ne soient experts en la
matière de construction ». « L’architecte et l’entrepreneur sont responsables des
conséquences de leur faute, non seulement à l’égard du propriétaire avec lequel
ils ont contracté, mais encore à l’égard des tiers.
« Le délai de dix ans constitue un temps d’épreuve de la solidité de
l’immeuble et de la bonne exécution des travaux, et non une véritable
prescription ». « Le délai de dix ans s’applique à la fois à la durée de la garantie et
à celle de l’action en responsabilité ; celle-ci doit être exercé dans les dix années,
non de la manifestation du vice de construction, mais de la réception des
travaux ». L’obligation de garantie décennale assumée par les architectes et les
entrepreneurs en vertu de l’article 439 constitue une protection légale, attachée à
la propriété de l’immeuble, qui peut être invoqué non seulement par le maître de
l’ouvrage, mais encore par tous ceux qui succèdent à ce dernier entant qu’ayant
cause, même à titre particulier, dans cette propriété.
Quid de l’hypothèse où l’entrepreneur fournit également la
matière ?
La réponse à cette question réside au niveau de l’interprétation de
la combinaison des articles 434, 435 et 436 du code civil congolais. De cette
interprétation se dégagent au pont de la nature juridique du contrat.
La première possibilité est de considérer le contrat où
l’entrepreneur fournit la matière comme une vente. Dans ce cas, on y applique
toutes les règles propres au contrat de vente que nous avons étudiées plus haut,
notamment le transfert propriété, les risques, la faillite, etc.
La deuxième possibilité, soutenue par la majorité doctrinale et
jurisprudentielle, voit dans ce contrat, le louage d’ouvrage ou d’entreprise. Il en
découle que le transfert de propriété et le transfert des risques se réalisent à la
livraison ; maître d’ouvrage est un simple créancier, en cas de faillite de
l’entrepreneur ; la réception de l’ouvrage tient lieu d’agréation, etc.
1
Jugé d’abord que « le contrat dans lequel l’ouvrier fournit à la fois
son travail et la matière constitue une vente. En revanche, admis » qu’il y a
louage d’industrie, et non pas vente, dans le contrat par lequel un entrepreneur se
charge d’élever, même avec ses matériaux, une construction sur un terrain
appartenant au propriétaire pour le compte duquel il construit.
Soulignons enfin que la responsabilité de l’architecte et de
l’entrepreneur revêt un caractère d’ordre public, compte tenu de son importance
d’ordre social. Aussi, est-il prohibé au maître d’ouvrage d’y renoncer.
1.2. Obligation de répondre du fait de ses employés
Cette matière est complexe et appelle une double analyse. Il y a
d’abord les rapports ce le maître d’ouvrage et l’entrepreneur, lesquels rapports
sont réglementés par le louage d’entreprise, nous n’y revenons pas, parce que
nous avons déjà traité cette question plus haut au point.
Il y a ensuite les rapports entre l’entrepreneur et les personnes qu’il
emploie. Ici, il faut faire une distinction entre les employés et les sous-traitants.
Les rapports entre l’entrepreneur et les employés sont dominés par
règles au louage de services, le code du travail, où le lien de subordination joue
un rôle prépondérant. A cet égard, la responsabilité de l’architecte et de
l’entrepreneur est organisée par les dispositions de l’article 260, 4ème du code
civil congolais : « les maîtres et les commettants sont responsables du dommage
causé par leurs domestiques et préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont
employés ».
Mais, l’article 445 prévoit une action directe des ouvriers de
l’entrepreneur insolvable, en payement de leur salaire contre le maître de
l’ouvrage, à concurrence de ce que ce dernier doit encore à l’entrepreneur : « les
maçons charpenteries et autres ouvriers qui ont été employés à la construction
d’un ou d’autres ouvrages faits à l’entreprise n’ont d’action contre celui pour
lequel les ouvrages ont été faits, que jusqu’à concurrence de ce dont il se trouve
débiteur envers l’entrepreneur, au moment où leur action est intensive.
La situation se présente autrement en ce qui concerne la sous-
traitance. La sous-traitance peut se définir de deux manières.
En droit commercial, elle st une opération par laquelle un
entrepreneur (donner d’ordre) recourt à un tiers (sous-traitant) pour réaliser, sur
ses ordres et spécifications, en tout ou partie des biens, objet ou marchandises
qu’il doit fournir ou vendre à ses propres clients :
En droit du travail, elle est une technique de production ou de
fourniture de services par laquelle une entreprise principale conclut un contrat
1
avec un sous-entrepreneur ou sous-traitant, qui s’engage à effectuer tout ou
partie de la prestation avec une main-d’œuvre qu’il recrute. Afin d’éviter certains
abus au préjudice des salariés, le code du travail réglemente la sous-traitance et
parfois la sanctionner par assimilation au marchandage.
L’entrepreneur ne peut pas invoquer l’article 439 contre ses sous-
traitants, car celui-ci ne protège que le maître de l’ouvrage dispose d’une action
récursoire contre le sous-traitant. Mais, le maître peut invoquer les dispositions de
l’article 439 contre le sous-traitant.
Pour clore ce point, il est opportun de souligner ici la différence des
rôles de l’architecte et l’entrepreneur dans l’exécution des travaux leur assignés.
Chacun d’entre eux jour un rôle spécifique. L’architecte vérifie les plans et le sol et
surveille l’exécution des travaux conformément aux plans établis. L’entrepreneur
s’occupe des matériaux, de la main-d’œuvre et de la qualité de la construction.
Somme toute, l’architecte et l’entrepreneur assument, chacun, une responsabilité
individuelle.
1.3. Obligation de livraison
Après l’exécution des travaux, l’entrepreneur doit livrer l’ouvrage au
maître, exempt de tout vice. Nous allons développer ce point au volet des
obligations du maître de l’ouvrage.
2. Obligations du maître de l’ouvrage
Le maître de l’ouvrage a une double obligation : réception de
l’ouvrage et paiement du prix.
1.4. Réception provisoire
Elle consiste dans une mise à la disposition du maitre de l’ouvrage
pour vérifier s’il est conforme aux plans arrêtés. Elle permet à l’entrepreneur de
corriger des imperfections éventuelles.
1.5. Réception définitive
Elle réalise lorsque la réception s’avère concluante ; elle suppose
que la vérification a eu lieu et que l’ouvrage est livre de vices apparents. Pour les
vices cachés, l’entrepreneur reste responsable pendant dix ans.
1
Dès que les parties s’accordent sur l’exécution des travaux, le
maître agrée l’ouvrage. L’agréation peut être écrite ou verbale. Elle se fait par
écrit quand il s’agit des ouvrages importantes : par un procès-verbal. Elle peut
aussi être tacite ; c’est notamment le cas de la prise de possession de l’ouvrage,
de l’usage et de la prise de possession de l’ouvrage, de l’usage et de la
jouissance de la chose sans réclamations ou du paiement du prix ;
Ainsi, jugé que « la prise de possession sans réserve et le silence
prolongé gardé par le maître de l’ouvrage impliquent agréation ; qu’est assimilée à
la réception définitive, la réception provisoire des travaux accompagnée d’une
prise de possession, ou du paiement du prix.
Décidé que « nonobstant la réception des travaux, la responsabilité
de l’entrepreneur subsiste pendant dix ans pour les gros ouvrages et elle s’entend
aux simples malfaçons concernant ces ouvrages. Au contraire, s’il s’agit de vices
de construction affectant les mêmes ouvrages, la réception affranchit
l’entrepreneur, et ce, seulement en ce qui concerne les vices apparents ; à l’égard
des vices cachés, sa responsabilité subsiste, à la condition que l’action après que
le maître de l’ouvrage en a eu la révélation.
3. obligation de paiement du prix
Le maître de l’ouvrage est, enfin, tenu de payer les acomptes
convenus, le prix convenu ou le prix réclamé par l’entrepreneur selon les
modalités de détermination que nous avons évoquées précédemment.
Mentionnons que la partie lésée en cas d’inexécution des
obligations par l’autre partie dispose d’une panoplie de sanctions à l’égard de
celle-ci, à savoir l’exception d’inexécution, l’exécution forcée, ou la résolution du
contrat.
Paragraphe 3 : Modes d’extinction
Le contrat d’entreprise peut prendre fin de diverses manières,
notamment, à l’arrivée du terme convenu, lors de la réception ou de l’agréation de
l’ouvrage, la mort de l’entrepreneur, la résiliation. Il s’agit en fait des causes
traditionnelles (articles 435, 441 C.C.C).
CHAPITRE III : LE CONTRAT DE PRET
Le code civil consacre trente-quatre articles à cette matière (447 à
481).
1
SECTION 1 : LES GENERALES
1. Définition
Le prêt se désigne comme un contrat par lequel une personne, dite
prêteur, cède à une autre, dite emprunteur, l’usage d’une chose, à titre
temporaire et gratuit, à charge de la restituer en nature ou en équivalence.
2. Sortes de prêt.
La loi (article 447 C.C.C.) prévoit deux espèces de prêt en se
fondant sur la nature économique de la chose prêtée. Le prêt confère, en effet à
l’emprunteur l’usage de la chose d’autrui qui suppose la restitution de cette
dernière après son usage au bout du temps déterminé ou non. Aussi distingue-t-
on entre le prêt à usage et le prêt de consommation. Le prêt à usage commodat
porte sur une chose dont on peut user sans la détruire (voiture, chaîne, animal,
bâtiment, etc.), tandis que le prêt de consommation porte sur une chose qui se
détruit par l’usage qu’on fait (denrées alimentaires, argent, etc.). Il en découle
ainsi plusieurs conceptions qui les différencient :
1. Propriété de la chose
Dans le prêt à usage, le prêteur demeure propriétaire de la chose
prêtée : l’emprunteur en est un simple détenteur (article 450), en ce qu’il n’y a
pas transfert de propriété. Dans le prêt de consommation, l’emprunteur devient
propriétaire, du fait qu’il dispose du bien prêté (article 446).
2. Risques de la chose prêtée
Dans le prêt à usage, le prêteur supporte les risques (pertes) de la
chose prêtée, étant donné qu’il en demeure propriétaire ; alors que l’emprunteur
les supporte dans le prêt de consommation.
3. Prescription
Dans le prêt à usage, l’emprunteur ne prescrit pas du fait qu’il est
un simple détenteur. Dans le prêt de consommation, l’emprunteur est propriétaire
et il n’a pas besoin de prescrire (article 630).
4. Abus de confiance
Dans le prêt à usage, l’emprunteur commet un abus de confiance
lorsqu’il dispose de la chose prêtée, parce qu’il s’agit de la chose d’autrui (article
95 code pénal angolais). Dans le prêt de consommation, l’abus de confiance est
inconcevable, parce que l’emprunteur devient propriétaire.
1
5. Faillite de l’emprunteur
Lorsque l’emprunteur est en faillite, le prêteur peut revendiquer le
bien, sil est identifié, dans le prêt à usage. Dans le prêt de consommation, il est
un simple créancier qui subit la loi du concours.
6. Caractères
Dans le prêt à usage, le prêteur est en mesure de contrôler l’usage
que l’emprunteur fait de la chose prêtée (article 453 CCCLIII).
Contre les autres caractères communs, propres à tout contrat, on
épingle spécialement deux caractères dans le prêt.
D’abord, le prêt est un contrat réel, en ce qu’il suppose la remise
effective de la chose ; autrement, il n’y a pas de prêt, d’autant qu’il faudra
restituer la chose autant du terme convenu.
Aussi, le prêt est un contrat Unilatéral, du fait que seul
l’emprunteur s’engage à l’égard du prêteur : veiller à la conservation de la chose
et à la restituer.
On peut, néanmoins, souligner que le prêt peut parfois revêtir les
caractères bilatéraux.
SECTION 2 : PRET A USAGE OU COMMODAT
1. Définition
Le prêt à usage est un contrat par lequel le prêteur livre une chose
à l’emprunteur pour s’en servir, sans la détruire, à charge, pour ce dernier, de la
rendre après s’en avoir servi (article 448 CCCLIII).
Répétons que dans ce contrat essentiellement gratuit, le prêteur
demeure propriétaire de la chose prêtée tandis que l’emprunteur en est le
professeur.
1
Aussi, a été considérée comme prêt à usage ou commodat « la
remise par une personne à une autre des tiers numérotés avec mention des
numéros sur le reçu, à charge de restituer les mêmes titres dans un certain
temps ». Par contre, ne constitue pas un prêt à usage « la remise des titres de
société contre promesse de restituer par valeurs argent.
2. Obligation de l’emprunteur
L’emprunteur assume plus d’obligations que le prêteur, du fait que
le prêt est un contrat à titre gratuit.
2.1. Obligation d’usage de la chose en bon père de famille
L’emprunteur s’oblige à user du bien prêté en bon père de famille
en se conformant à sa destination naturelle ou conventionnelle (article 453
CCCLIII).
2.2. Obligation d’entretien de la chose
Il exigé de l’emprunteur l’entretien du bien prêté pour éviter qu’il se
détériore. Il lui est même interdit d’exiger la répétition une quelconque dépense
qu’il aurait affectée à l’usage du bien (article 459 CCCLIII).
2.3. Obligation de conservation de la chose
L’emprunteur doit veiller à la conservation du bien prêté en y
apportant des soit apportant des soins appropriés, qu’il accorderait à son propre
bien, d’autant plus que ce prêt lui procure avantage gratuit (article 453 CCCLIII).
2.4. Obligation de restitution de la chose
L’emprunteur doit restituer le bien après usage ou à l’expiration du
terme convenu. La question de savoir dans quel état la chose doit être restituée
suppose plusieurs hypothèses :
1. En principe, le bien doit être restitué dans l’état où il a été reçu ;
2. Si la chose se détériore par le seul effet de l’usage pour lequel elle a « été
empruntée et sans aucune faute de la part de l’emprunteur, ce dernier n’est
pas tenu de la détérioration ;
3. Lorsque la chose se détériore ou est perdue par cas fortuit ou de force
majeur, l’emprunteur n’est pas tenu ;
1
4. Si l’emprunteur a employé la chose à un autre usage que celui pour lequel
elle a été empruntée, il est tenu de la détérioration.
Toutefois, il est des hypothèses où l’emprunteur répond des cas
fortuits :
- S’il est en demeure de restituer la chose ;
- Lorsqu’il a, par contrat, assumé la charge des cas fortuits ;
- Quand il a employé le bien à un usage autre que celui lui destiné (article
454 CCCLIII) ;
- Lorsqu’il use de la chose pendant un temps plus long qu’il n’était convenu ;
- Lorsqu’en cas de péril, il a préféré sauver son propre bien au détriment du
bien prêté (art.455 CCCLIII).
Il convient de noter que l’article 458 interdit au prêteur la rétention
d’une chose par compensation de ce que le prêteur lui doit.
Ainsi jugé « le bailleur d’objet mobiliers prêtés par le preneur à des
tiers peut les revendiquer dans les mains de ceux-ci sans qu’ils puissent lui
opposer ni une compensation, à raison de leur créance ou de sommes d’argent
contre le preneur, ni en prêter du droit de rétention. (article.460 CCCLIII).
3. Obligation du prêteur
Les obligations du prêteur revêtent un caractère éventuel, car il est
gratuit, le contrat de prêt ne peut en principe, créer des obligations à charge du
prêteur.
3.1. Obligation de remboursement des frais urgents
Le prêteur est tenu de rembourser à l’emprunteur les frais
extraordinaires, nécessaires et urgents, frais pour la conservation de la chose
prêtée, sans que celui-ci les ait lui-même provoqués l’art.463 CCCLIII.
3.2. Obligation d’indemnisation
Le prêteur doit indemniser l’emprunteur du préjudice lui causé par
les vices cachés de la chose prêtée, dans l’hypothèse où il en ait connaissance et
qu’il n’en a pas informé l’emprunteur (article 463 CCCLIII).
1
Le prêteur n’est pas, certes tenu à garantir, le prêt étant un contrat
gratuit ; il répond, néanmoins de sa faute, conformément à l’article 258 CCCLIII.
Soutenons à cet effet, que « le contrat de commodat, contrat
gratuit, n’entraîne contre le prêteur la responsabilité du défaut préjudiciable de la
chose prêtée que si, il les connaissait, il n’en a pas averti l’emprunteur » (article
464 CCCLIII).).
SECTION 3 : PRET DE CONSOMMATION
1. Définition
Le prêt de consommation est donc un contrat réel et gratuit, tant
qu’il n’y a pas stipulation d’intérêts.
2. Obligation de l’emprunteur
L’emprunteur assume, en principe, une seule obligation vis-à-vis du
prêteur. Celle-ci consiste dans la restitution de l’équivalent de ce qu’il a reçu.
Pour ce qui est de l’objet de la restitution, l’article 475 du code civil
congolais dispose que l’emprunteur est tenu de rendre des choses de même
espèce, quantité que celles qu’il a reçues.
Dans l’hypothèse où l’emprunteur se trouve dans l’impossibilité de
restituer les choses prêtées, de même espèce, quantité, il lui est loisible d’en
payer la valeur en tenant compte du temps et du lieu où les choses devaient être
rendues selon la convention. Lorsque le temps et le lieu n’ont pas été réglés.
Par convention le paiement s’effectue au prix du temps et du lieu
de l’emprunteur (article 476).
L’impossibilité de restituer en nature, qui permet à l’emprunteur de
s’acquitter en payant la valeur de la chose prêtée, doit s’entendre d’une
impossibilité absolue. Mais comment expliquer que cette impossibilité absolue ne
parvienne pas à éteindre l’obligation sur base du principe consacre à l’art. 46 du
code civil selon lequel « à l’impossible nul n’est tenu ?
La réponse est qu’en consommant la chose, l’emprunteur s’est
enrichi aux dépend du prêteur et que cette impossibilité ne se conçoit pas lorsque
l’obligation consiste dans le paiement d’une somme d’argent.
En ce qui concerne l’époque de la restitution, il faut retenir qu’en
général, les parties fixent un terme. Il est présumé stipulé en faveur de
1
l’emprunteur, lequel peut y renoncer. A défaut de terme, l’obligation de restituer
devient exigible à tout moment.
Lorsque l’emprunteur ne rend pas les choses prêtées ou leur valeur
au terme convenu, il en doit l’intérêt du jour de la sommation ou de la demande
en justice (art. 447).
Ainsi décodé que l’emprunteur ne doit l’intérêt que du jour de la
sommation ou de la demande en justice, et non à partir du jour où les sommes
prêtées auraient dû être remboursées, alors même que le prêteur les aurait
empruntées et que, à défaut de remboursement et temps voulu, il aurait dû payer
à ses prêteurs un taux onéreux.
4. Obligation du prêteur
Le prêteur est tenu responsable de vices cachés dont il connaissait
l’existence et qu’il n’a pas révélé à l’emprunteur (art 464, 417). Il ne peut pas
redemander les choses prêtées avant le terme convenu (art 472).
« Lorsque prêt est stipulé remboursable endéans les cinq ans,
l’emprunteur a la faculté de se libérer avant l’échéance du terme. L’emprunteur
n’est pas déchu du bénéfice du terme s’il n’a pas payé les intérêts à l’échéance
annuelle, et si, dans certaines circonstances, il n’a pas constitué le gage convenu
tout au moins parfaitement, lorsque le prêteur ne lui a jamais fait aucune
réclamation ni aucune mise en demeure sur ces points.
Aussi, ne constitue pas une condition polestative « la clause par
laquelle un prêteur stipule que le prêt sera remboursé à la date qu’il fixera ; une
telle clause est une simple modalité d’exécution de l’engagement contacté par
l’emprunteur ».
SECTION 4 : PRET A INTERET
1. Définition
Le prêt à intérêt est le prêt de consommation, soit d’argent, soit de
denrées, soit d’autres choses mobilières, dans lequel les parties stipulent des
intérêts à payer annuellement par l’emprunteur pour dédommager le prêteur de la
perte résultat de la privation momentanée de son capital, et à charge pour
l’emprunteur de restituer pareil capital à l’expiration du terme.
En d’autre, le prêt à intérêt est un prêt de consommation
moyennant un prix. Il en résulte que, de gratuit, le prêt devient onéreux du fait de
1
la stipulation du prix ; au fond, il perd sa nature de prêt pour devenir un louage ;
cela implique la manifestation de volonté des parties (art. 480).
Quand à la forme, l’acte de prêt peut être public ou sous-seing
privé. Sous-seing privé, il est rédige en seul exemplaire destiné au préteur. L’acte
doit être rédigé entièrement de la main de l’emprunteur ; autrement, l’emprunteur
sera tenu outre sa signature, d’écrire en toutes lettres la forme « bon pour la
somme de… ».
2. Stipulation d’intérêts
L’article 478 du code civil dispose qu’il est permis de stipuler des
intérêts pour simple prêt soit d’argent, soit de denrées ou autres choses
mobilières.
On distingue en général deux sortes d’intérêts, à savoir l’intérêt
légal et l’intérêt conventionnel (art 1907 du code civil français). En droit congolais,
l’article 480 précité ne parle que de l’intérêt conventionnel.
L’intérêt légal et son taux sont fixés par la loi ; il s’applique dans
trois hypothèses :
- Lorsque le taux n’a pas été fixé dans le contrat ;
- Quand la loi fixe le paiement d’un intérêt sans en indiquer le taux ;
- Lorsque l’intérêt est accordé par une décision judiciaire ; il s’applique alors
l’intérêt judiciaire.
L’intérêt conventionnel est librement fixé par les parties (art 480).
Il doit être par écrit. Il peut excéder l’intérêt légal lorsque la loi ne l’interdit pas ; il
ne peut pas aller jusqu’à l’usure.
Notons que l’usure est un prêt effectué à un taux excédant le taux
légal. Il existe un délit d’usure en matière pénale, lorsque l’auteur abuse des
faiblesses ou des passions d’autrui des valeurs à un taux excédant l’intérêt légal
ou accomplit habituellement des faits du même genre.
Jugé que « le taux de l’intérêt conventionnel est déterminé
librement par les parties. Mais le principe de l’autonomie de la volonté n’est pas
absolu. L’intérêt qui va à l’encontre de la règle des bonnes mœurs doit être réduit
par le juge à un intérêt conforme à la morale » aussi, le taux de l’intérêt
conventionnel ne peut influencer le taux de l’intérêt judiciaire. Admis que « dans
un prêt d’argent, à durée limitée, les intérêts conventionnels ne sont
Pas dus pour la période dépassant la durée convenue. Le tribunal
ne peut allouer d’office des intérêts judiciaires non réclamés ; mais s’ils sont
1
réclamées, il doit allouer les intérêts moratoires à partir de la demande en
justice ». Dans ces sens, la clause d’un contrat de prêt par laquelle des intérêts
sont stipulés jusqu’à l’échéance fixée pour le remboursement suffit pour qu’ils
continuent à courir à partir de ladite échéance, si le débiteur ne se libère pas à
cette époque, et ce en dehors de toute mise en demeure. Les sommes portées
en compte courant produisant intérêt de plein droit et sans qu’il soit besoin d’une
demande judiciaire.
L’emprunteur qui a payé des intérêts qui n’étaient pas stimulés, ne
peut ni les répéter ni les imputer sur le capital (art 479). Cette disposition
suppose une convention tacite d’intérêts, prouvés par son exécution.
En revanche, lorsqu’après l’amortissement d’un titre, le porteur
continue à en toucher les intérêts pendant de longues années, la réception des
intérêts de la part de la société est possible.
La quittance du capital donnée sans réserve des intérêts en fait
présumer le paiement et en opère la libération (art 481). Elle consiste une
présomption rationnelle et irréfragable, laquelle n’exclut pas, néanmoins l’aveu ou
le serment (article 228).
Signalons qu’il existe également un prêt hypothécaire. Celui-ci est
un prêt à intérêt garanti par une hypothèque. Il obéit à un statut légal auquel les
parties adhèrent, plutôt qu’à l’autonomie de la volonté des parties. Il n’est pas
spécialement organisé en droit congolais.
3. Enfin, il faut mentionner la constitution de rente.
On peut stipuler un intérêt moyennant un capital que le prêteur
s’interdit d’exiger. Dans ce cas, le prêt prend le nom de constitution de rente.
La rente est un droit à des versements ou prestations périodiques
en argent ou en nature, appelés arrérages.
La rente perpétuelle est un droit d’exiger des intérêts d’un capital
qui n’est pas exigible de la part du créancier de la rente, mais qui est
remboursable au gré du débiteur de la rente.
Exemple : Un Etat par exemple RDC contracte un emprunt en s’adressant au
public congolais qui devient le créancier de l’Etat. Celui-ci peut
s’engager à payer l’intérêt fixé lors de l’emprunt ; il n’est pas tenu de
rembourser la somme empruntée.
1
Le perpétuel est rachetable. La prohibition de placer l’argent au-
dessus du taux légal s’applique à la constitution de la perpétuelle, lorsqu’il
apparaît que les parties ont dissimulé l’usure sous cette forme.
Celui qui s’engage à verser la rente s’appelle débirentier ; celui qui
reçoit de celui qui la touchera, s’appelle crédirentier.
Il faut noter qu’à l’heure actuelle, cette matière ne présente pas
beaucoup d’intérêt pratique ; seule la rente viagère est encore retenue.
CHAPITRE IV : LE CONTRAT DE DEPOT ET LE SEQUESTRE
SECTION 1 : LES GENERALITES
1. Définition
Le dépôt est un contrat par lequel une personne dite déposant,
remet une chose à une autre, dite dépositaire, à charge, pour celle-ci, de la
garder et de la restituer en nature à la première demande (art 482).
2. Caractère du contrat
Le contrat de dépôt est un contrat réel, du fait qu’il suppose la
remise de la chose ; il s’agit d’un bien meuble, corporel ou incorporel (art 486).
Le dépôt est un contrat unilatéral en ce qu’en principe, seul le
dépositoire assume des obligations (garde, restitution), à l’exception du dépôt
salarié ; dans ce cas, il devient synallagmatique, il est essentiellement gratuit (art
484). Il peut devenir onéreux.
3. Objet du contrat
Le dépôt ne peut avoir pour objet que les choses mobilières (art
485). Il faut noter que cette règle n’est valable que dans le cas du dépôt
proprement dit. Elle ne l’est pas en ce qui concerne le séquestre, lequel s’intéresse
également aux immeubles.
4. Nature juridique du contrat
Il existe parfois des controverses au sujet de la nature juridique du
contrat de dépôt. De fois, le dépôt est considéré comme un louage d’entreprise.
1
Certains voient dans le dépôt le contrat de garage ; d’autres soutiennent qu’il peut
être un prêt à usage, etc.
Jugé que le contrat par lequel un tiers remet une voiture à un
garagiste pour la faire réparer comporte une convention de dépôt accessoirement
au contrat d louage d’ouvrage : qu’il en est ainsi de la remise d’un pli cacheté à
charge de la restituer à un tiers.
La charge de conserver et de rendre en nature la chose déposée
est une condition essentielle du contrat de dépôt, par contre, la remise d’une
chose à charge de la restituer ou d’en payer le prix est une vente à condition et
non un dépôt. De même, la remise d’un objet à un tiers pour le lui faire voir et à
la condition expresse ou tacite d’une restitution immédiate ne constitue pas un
dépôt, mais un prêt à usage.
Lorsqu’on ouvrier ou un entrepreneur laisse ses outils, son matériel
ou ses marchandises dans l’immeubles ou il exécute des travaux, il n’a ni contrat
de dépôt si le propriétaire de l’immeuble s’est pas expressément ou implicitement
reconnu dépositaire, ni dépôt nécessaire, à défaut de force majeur. Il en est de
même quand un ouvrier laisse ses outils sur le chantier de son travail, où ses
vêtements de ville dans le vestiaire de l’établissement.
En somme, le dépôt est un contrat varié et multiforme. Il est admis
qu’on peut déposer la chose d’autrui, car le dépôt n’opère pas transfert de
propriété (art 904). Le dépositaire reste tenu de restituer le bien ou déposant
auquel il est lié, sauf opposition du vrai propriétaire (art 508).
En ce qui concerne la preuve, le dépôt se constate par la remise
d’un ticket ou d’un numéro. Il peut aussi se prouver par témoins ou par
présomption. La charge de la preuve incombe au déposant (art 197).
Soulignons enfin qu’il y a deux espèces de dépôt à savoir le dépôt
proprement dit et le séquestre (art 483).
SECTION 2 : DEPOT PROPREMENT DIT
Le dépôt proprement dit ne porte que sur les choses mobilières (art
485). Il se divise à son tour en dépôt volontaire et dépôt nécessaire.
Paragraphe 1 : dépôt volontaire
Le dépôt volontaire est celui se forme par le consentement
réciproque des deux parties (déposant et dépositaire). Il ne peut avoir lieu
qu’entre les personnes capables de contracter (article 492). Il est régulièrement
1
fait, lorsqu’il est effectué par le propriétaire de la chose, ou son consentement
exprès ou tacite.
Le dépôt volontaire se prouve par écrit. La preuve testimoniale
n’est pas admissible pour une valeur excédant 2.00 Francs, à moins qu’il n’existe
un commencement de preuve par écrit (art 491).
A. OBLIGATIONS DU DEPOSITAIRE
Le dépositaire assume deux obligations principales : la garde et la
restitution de la chose.
1. Obligation de garde
Le dépositaire doit garder fidèlement la chose reçue en dépôt. Il
doit y apporter les mêmes soins qu’il apporterait à sa propre chose.
Sa responsabilité est aggravée dans les hypothèses ci-après :
- Lorsqu’il s’est offert lui-même pour recevoir le dépôt ;
- Lorsqu’il a stipulé un salaire pour la garde de la chose ;
- Lorsque le dépôt a été convenu expressément que le dépositaire répondrait
de toute espèce de faute (art 494).
Cependant, le dépositaire n’est pas tenu de l’accident de force
majeur, à moins qu’il n’ait été mis en demeure de restituer la chose déposée (art
495). Il est admis que l’incendie communiqué par une maison voisine constitue la
force majeure ou le cas fortuit qui exonère le dépositaire.
La preuve de la cause d’exonération incombe au dépositaire. Ainsi,
à moins qu’il n’ait été rendu possible par son fait ou sa faute. Le dépositaire ne
peut pas se servir de la chose déposée sans la permission expresse ou présumée
du déposant, sans peine de dommages-intérêts. Cette interdiction implique
l’obligation de respecter le secret des plis ou paquets fermés lui remis (art 496,
497).
2. Obligation de restitution
Alors que l’obligation de garde est une obligation de moyen,
l’obligation de restitution est, en revanche une obligation de résultat. Aussi, le
dépositaire est-il tenu de la chose même qu’il reçoit (art 7498). Mais la restitution
par équivalent peut, dans certains cas, remplacer la restitution en nature :
1
- Lorsque la chose est perdue par cas fortuit, mais que cette perte ouvre un
droit à indemnité au profit du dépositaire ;
- Lorsque l’héritier du dépositaire a vendu ou consommé la chose dont il
ignorait le dépôt ;
- Lorsque la chose est perdue par la faute du dépositaire ;
- lorsque la chose et perdue pour cas fortuit dont le dépositaire est tenu
responsable.
Le dépôt des sommes monnayées se restitue dans les mêmes
espèces qu’il a été fait, soit dans le cas d’augmentation, soit dans le cas de
diminution de leur valeur (article 498).
En cas de faillite du dépositaire le déposant échappe à la loi du
concours, car il demeure propriétaire de la chose déposée. Pour ce qui est du
moment réclamation de la restitution de la chose, le dépôt doit être restitué à la
première réclamation, même si les parties avaient fixé un délai déterminé pour la
restitution. Il est restitué au lieu fixé par le contrat ; autrement, la restitution
s’effectue au lieu où se trouve la chose au moment de la restitution.
La chose doit être restituée au déposant ou à la personne qui a
reçu le pouvoir de recueillir à sa place. La chose est restituée à l’héritier en cas de
décès du déposant (article 505). Lorsqu’il s’agit d’une chose volée, le dépositaire
se libère valablement entre les mains du déposant (art 504).
Il est interdit au dépositaire de restituer la chose au déposant, en
cas de saisie-arrêt ou d’opposition pratiquée entre ses mains (art 508).
La loi permet au dépositaire de retenir le dépôt jusqu’à l’entier
paiement de ce qui lui est due à sa raison du dépôt (art 511).
B. OBLIGATIONS DU DEPOSANT
En principe, la déposant n’a aucune obligation, car le dépôt est un
contrat réel, il achève la formation du contrat par la remise de chose au
dépositaire. Toutefois, il peut avoir des obligations à l’expiration du contrat.
1. Obligation de remboursement des frais
Il doit rembourser au dépositaire les dépenses nécessaires faites
par ce dernier par la conservation de la chose. Décidé que les dépenses faites par
1
le dépositaire pour la garde de la chose qu’il a déposée dans les magasins d’un
tiers doivent lui être remboursées quand elles ont été faites pour conservation de
la chose.
2. Obligation d’indemnisation
Le déposant doit indemniser le dépositaire de toutes les pertes
occasionnées par la garde du dépôt, en raison des vices cachés.
3. Obligation de paiement du salaire
Le déposant est tenu de payer la rémunération convenue, lorsqu’il
s’agit du dépôt salarié.
Droit de rétention du dépositaire
Le dépositaire peut retenir le dépôt jusqu’au paiement intégral du
droit de garde. Il a le droit de rétention même vis-à-vis des créanciers ou ayants
cause du déposant, en cas de faillite de ce dernier.
Jugé que la rétention n’est autorise que pour ce qui est dû à raison
du dépôt : en cas de réparations successives d’un véhicule par un garagiste, le
droit de rétention ne peut s’exercer que jusqu’au paiement de la facture afférent
à la dernière réparation.
Paragraphe 2 : dépôt nécessaire
1. Définition
Le dépôt nécessaire est celui qui a été forcé par des circonstances
imprévues, accidentelles, comme un incendie, un pillage, un naufrage, une ruine,
lesquelles circonstances ont obligé le déposant à faire le dépôt qui ne lui ont pas
laissé le temps nécessaire de choisir le dépositaire (art 512).
Il s’agit d’un contrat dans lequel le consentement est vicié par un
état de nécessité dans le chef d’une des parties, surtout le déposant qui n’a pas la
liberté de contracte, ni le choix du dépositaire ; c’est notamment le cas du dépôt
d’hôtellerie, du dépôt aux vestiaires de salles de spectacles, pour ouvriers, etc. le
dépôt nécessaire suppose donc que le déposant a été privé de la liberté de ne pas
déposer et de choisir un autre dépositaire ; cette privation de liberté ne doit pas
être absolue et s’apprécie in concreto.
1
Pour qu’il ait dépôt nécessaire, il suffit que le déposant y ait été
contraint par une nécessité pressante et pour soustraire la chose qui en est l’objet
à une ruine imminente.
Il faut noter que les règles évoquées à propos du dépôt volontaire
sont également applicables au dépôt nécessaire.
Quid au dépôt d’hôtellerie ?
Le contrat d’hôtellerie est un contrat complexe entre le voyageur et
d’hôtellerie. Il est complexe du fait qu’il est multiforme ; comporte des ventes de
denrées et de consommation, un bail à loyer (chambre), un louage de services
(personnel de l’hôtel), des dépôts (bagages, voitures).
Le dépôt d’hôtellerie a une nature propre et présente beaucoup de
traits particuliers. Il est un dépôt nécessaire en ce que l’hôtel, une fois choisi, le
voyageur est forcé d’y déposer ses bagages (art 515).
Le dépôt d’hôtellerie s’effectue sans transaction réelle. En tant que
contrat réel, le dépôt se forme, en principe, par la remise de la chose entre les
mains du dépositaire (art 486). En revanche, le dépôt d’hôtellerie se forme dès
que les effets du voyageur sont apportés dans l’hôtel.
Il s’ensuit que l’hôtelier est assujetti à une responsabilité aggravée.
Il répond des effets apportés par le voyageur qui loge chez lui (art 515).
Les effets du voyageur renfermant les vêtements et objets
personnels, tels bijoux, fournitures, monnaie, titre, valeur, etc.
Pour que la responsabilité de l’hôtelier soit engagée, le voyageur
doit prouver l’apport des effets dans l’hôtel ou ses dépendances, la disparition ou
la détérioration pendant ; le séjour du voyageur dans l’hôtel… mais, l’hôtelier ne
répond pas des vols faits avec force armée ou autre force majeur (art 517).
Soulignons que la loi française du 18 septembre 1984 limite cette
responsabilité à 2000 FC pour les espèces monnayées, les valeurs, les titres, les
bijoux et les objets précieux de toute nature non déposés réellement entre les
mains des aubergistes ou hôteliers.
Les effets apportés par le voyageur au sens de l’art 515
comprennent sa voiture automobile, garée dans l’enceinte de l’hôtel, et les objets
ou marchandises qu’elle contient. Jugé qu’il y a dépôt nécessaire quand le client
d’un médecin laisse dans l’antichambre le vêtement dont il est débarrassé avant
de pénétrer dans le cabinet de consultation ; mais ce dépôt n’engendre pas à la
1
charge du médecin la responsabilité exceptionnelle que la loi fait peser sur les
dépositaires ordinaires ; toutefois s’étant offert à recevoir le dépôt, il doit
apporter à la garde de la chose déposée les soins d’un bon père de famille.
Décidé que : « le dépôt d’habits de ville effectué par un artiste
dans sa loge assimilable au dépôt dans une hôtellerie et dès lors, engage la
responsabilité du directeur du théâtre en cas de vol. il en est de même pour une
société sportive, en ce qui concerne les effets placés dans les vestiaires qu’elle
met à la disposition des joueurs ».
Enfin, il convient de noter que le dépôt d’hôtellerie cesse quand le
voyageur remet sa disposition de l’hôtelier. Si le voyageur laisse des bagages dans
l’hôtel, on a à affaire à un dépôt ordinaire.
Dépôt irrégulier : On parle parfois de dépôt irrégulier, lorsqu’il s’agit des choses
fongibles. On l’appelle irrégulier en contre la règle et risquerait
de le confondre avec le prêt de consommation. Il demeure,
somme toute, un dépôt parce qu’il est soumis aux autres
conditions requises pour tour dépôt.
SECTION 3 : SEQUESTRE
Le séquestre est l’obligation conventionnelle ou judiciaire de
déposer une chose entre les mains d’un tiers (art 518). On appelle également
séquestre, le tiers dépositaire. Il y a donc deux espèces de séquestre, à savoir le
séquestre conventionnel et le séquestre judiciaire.
1. Séquestre conventionnel
Le séquestre conventionnel est le dépôt effectué par une ou
plusieurs personnes, d’une chose contentieuse, entre les mains d’un tiers qui
s’oblige à le rendre, après terminée, à la personne qui sera jugée devoir l’obtenir.
L’art 519 suppose qu’il s’agit d’une chose contentieuse ou
contestée ; il n’implique pas nécessairement un litige à la base du séquestre.
Le séquestre conventionnel peut être salarié ou gratuit.
Le séquestre gratuit est soumis aux règles du dépôt proprement
dit, à l’exception de deux particularités.
1.1. Le séquestre peut avoir pour objet des effets mobiliers ou des immeubles ;
1
1.2. Le dépositaire charge du séquestre ne peut être déchargé, avant la fin de la
contestation, que du consentement de toutes leurs parties intéressées ou par
une cause jugée légitime.
2. Séquestre judiciaire
Le séquestre est judiciaire lorsqu’il est ordonné en justice. Il est
donné, soit à une personne désignée d’office par le juge. Dans tous les cas, le
gardien est soumis aux obligations prévues pour le séquestre conventionnel.
2.1. Obligations du gardien
- Il doit apporter les soins du bon père de famille à la conservation des effets
saisis ;
- Il doit les représenter, soit à la décharge du saisissant pour une vente soit,
en cas de main levée de la saisie, à la partie contre laquelle les exécuteurs
ont été faits.
2.2. Obligations du saisissant
Il doit payer au gardien le salaire fixé par la loi. Jugé que le
séquestre judiciaire, ayant pour but unique la conservation d’une chose litigieuse
ou affectée à la garantie du débiteur, ne donne de pouvoir à celui qui est chargé
que pour les actes conservatoires et de simple administration. Le séquestre a un
privilège pour être payé des dépenses par lui faites pour la conservation de la
chose séquestre.
CHAPITRE V : LE CONTRAT DE MANDAT
(Art. 526-551 cccl III)
SECTION1 : LES GENERALITES
1. Définition
1
Le mandat est un contrat par le quel une personne, appelée
mandant, charge une autre personne, appelée mandataire d’accomplir pour son
compte et en son nom, acte juridique (art 526 CCCLIII).
Le critère à retenir est l’accomplissement d’un acte juridique. C’est
notamment le cas des actes accomplis par les avoués, les huissiers, les
administrateurs de société, les commissionnaires, les séquestres, les avocats, les
médecins, les notaires, etc. s’il s’agit de l’accomplissement d’un acte matériel, il y
a louage de services ; il n’y a pas mandat.
Exemple : je demande à Monsieur ZAO de rédiger une lettre dont je lui dicte le
contenu parce que j’ai une blessure à la main droite.
2. Espèces de mandat
Il existe trois sortes de mandat, à savoir le mandat civil, le mandat
commercial et le mandat occulte.
2.1. Mandat civil
Le mandataire agit aux noms et pour le compte du mandant. Le
mandataire représente le mandant, en ce sens que tous les droits et obligations
réalisés dans l’accomplissement de sa mission qui entrent directement dans le
patrimoine du mandant, sans passer par celui du mandataire. D’où le mandant se
limite à l’accomplissement des actes juridiques, seuls susceptibles de créer des
droits et des obligations et de se prêter à la représentation. On peut accomplir un
acte juridique au nom d’autrui. Par exemple, louer ou vendre au nom d’autrui,
mais on ne peut réaliser un acte matériel au nom d’autrui ; Par exemple, abattre
un arbre ou soigner un malade au nom d’autrui.
Il convient de noter que tout mandat suppose la représentation. En
revanche, toute représentation ne suppose pas nécessairement le mandat, il
existe des représentations sans mandat, telles dans le cas de la gestion d’affaires,
la tutelle, la curatelle de faillite, le séquestre judiciaire, l’administration provisoire
des biens de l’absent, etc.
2.2. Mandat commercial ou contrat de commission
Le mandataire est un commissionnaire qui agit en son nom propre,
mais pour le compte du mandant, son commettant, lui, le tiers sait qu’il traite avec
un mandataire mais il ignore le nom du mandant. Le but est de garder le secret
des affaires.
2.3. Mandat occulte ou convention de prête-nom
La convention de prête-nom est un mandat occulte. Le prête-nom
est un mandataire qui agit en nom, mais pour le compte du mandant. Le tiers
1
ignore que son contractant est un mandataire. Il ignore l’existence même du
mandant, il y a simulation à l’égard des tiers.
3. Préposition
Nous venons d’affirmer que la représentation est le fait d’agir au
nom et pour le compte d’autrui, d’accomplir un acte juridique. Par contre, la
préposition est le fait d’agir sous l’autorité et la surveillance du commettant,
d’accomplir des actes juridiques et matériels.
Aussi le commettant répond-il du dommage causé par son préposé
aux tiers. Alors que le mandant ne répond que des suites nécessaires du mandat
donné.
4. Procuration
L’art 526 du code civil considère le mandat comme synonyme de la
procuration. C’est une erreur. Le mandat est un contrat, tandis que la procuration
est un écrit destiné à montrer aux tiers que le mandataire a le droit, le pouvoir de
représenter le mandant. Il peut même arriver que le tiers garde la procuration
pour la produire en cas de litige avec le mandat, ce qui priverait les parties d’une
preuve pour établir, d’autant que la procuration a existé qu’en un seul original,
alors qu’il en faut deux pour un mandat salarié.
5. Formes du mandat
En tant que contrat consensuel, le mandat n’est soumis à aucune
forme particulière (art 527). Il peut être verbal ou écrit, exprès ou tacite, un acte
authentique ou sous seing privé.
Jugé que le mandat est donné par contrat, lettres, instructions. Il
constate par tous documents. Aucun terme sacramental n’est requis ; il suffit que
le pouvoir découle d’une façon manifeste et certaine de la rédaction.
La preuve qu’un notaire a reçu de son client le mandat tacite de
recevoir de l’acquéreur le prix de vente d’un immeuble et que le paiement ainsi
fait a été libératoire pour l’acquéreur, peut être établie par présomptions, si elles
sont accompagnées d’un commencement de preuve par écrit émanant du client et
se référant au litige.
Un notaire doit être considéré comme ayant reçu un mandat écrit
quand la procuration minutée, donnée à son premier clerc est en réalité donnée
au notaire lui-même.
1
La preuve du mandat, même tacite, reste soumise aux règles
générales de la preuve des conventions et doit répondre aux exigences de l’art
217 du code civil congolais. L’acceptation tacite du mandat ne peut résulter, à
défaut d’écrit ou de commencement de preuve par écrit, que dont exécution.
La preuve de l’existence d’un mandat apparent peut être faite par
présomption. Le mandat est en principe gratuit s’il y a convention contraire.
Jugé que le mandat est présumé salarié en faveur des personnes
qui font profession de s’occuper des affaires d’autrui. Gratuit par nature, le
mandat est présumé salarié lorsqu’il est exercé par une personne dans le cadre de
sa profession habituelle.
6. Etendue du mandat
L’étendue du mandat dépend de la volonté des parties, lesquelles
peuvent lui conférer le caractère soit spécial, soit général.
La loi dispose que le mandat conçu aux termes généraux
n’embrasse que les actes d’administration. S’il s’agit d’aliéner ou hypothéquer ou
de quelque acte de propriété, le mandat doit être exprès.
Bien que les mandats soient de stricte interprétation, il appartient
aux tribunaux de fixer leur étendue quand une difficulté s’élève à leur sujet. Par
mandat conçu en termes généraux, il faut entendre les mandats énoncés en une
formule abstraite, englobant une expression littérale unique les pouvoirs les plus
étendus sans distinction ou modification séparée des pouvoirs d’administration et
des pouvoirs de disposition. La formule « le mandataire est autorisé à faire tous
les actes de disposition » doit être considérée comme conçue en termes généraux
et comme ne manifestant pas la volonté expresse du mandat d’autoriser les actes
de propriété.
Le mandat général pour la gérance d’une branche entière d’un
négoce appelé jadis dans le commerce « préposition » ou « facture » qui consiste
en un dépôt d marchandises en vue de les vendre contre une rémunération, outre
certain avantages fixes, de la moitié des bénéfices net de chaque exercice, se
combinent, dans la pratique, avec un véritable louage de services.
SECTION 2 : LES OBLIGATIONS DU MANDATAIRE
Le mandataire est tenu de deux obligations principales : exécuter le
mandat et rendre compte de sa gestion.
Paragraphe 1 : Exécution du mandat
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D’après l’art 532 du code civil, le mandataire est tenu d’accomplir le
mandat tant qu’il en demeure chargé, et répond des dommages-intérêts qui
pourraient résulter de son inexécution. Il est tenu d’achever la chose commencée
au décès du mandat s’il y a péril en demeure.
Le mandataire doit exécuter ses obligations de bonne foi,
conformément à la nature de la mission lui assignée, avec diligence et conscience.
Il assume la responsabilité en bon père de famille ou mieux, en personne
raisonnable. Autrement, il commet une faute dont il doit répondre.
Responsabilité du mandataire
La responsabilité du mandataire est engagée lorsqu’il n’exécute pas
le mandat ou lorsqu’il l’exécute mal, il répond du dol et des fautes commises dans
sa gestion. Cette responsabilité est plus rigoureuse à l’égard d’un mandat salarié
qu’à l’égard d’un mandat gratuit (art 533).
En cas de préjudice, le mandataire doit répondre des dommages-
intérêts, tout en soulignant que l’exécution du mandat est une obligation de
moyen ; la mandataire n’est pas gérant du résultat.
Toutefois, il appartient au mandant de prouver que le mandataire a
commis une faute.
Les jurisprudences congolaise et française soutiennent
abondamment la position légale et doctrinale sur cette matière.
Tout mandataire salarié ou non répond sans regard de son mandat,
de l’inexécution de l’obligation qu’il a contractée et du préjudice qui y est résulté
pour le mandat. L’inexécution de l’obligation faisant présumer la faute du
mandataire, en dehors de cas fortuits.
Il importe, dès lors si une limitation de responsabilité du
mandataire est prévue par le contrat que les juges du fond s’expliquent sur les
conditions de cette exonération pour préciser dans quelle mesure elle peut faire
échec à la présomption légale de faute.
Si le mandataire est, sauf cas fortuit, présumé être en faute de seul
fait de l’inexécution de son mandat, cette présomption ne saurait être étendue à
l’hypothèse d’une mauvaise exécution de ce dernier. Il appartient en ce cas au
mandat d’établir les fautes de gestion de son mandataire.
Si aux termes de l’art 533, alinéa 2, la responsabilité relative aux
fautes est appliquée moins rigoureusement à celui dont le mandat est gratuit qu’à
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celui qui reçoit un salaire, cette disposition ne concerne que l’appréciation de la
faute et l’étendue de la réparation.
L’agent immobilier auquel est confiée la gérance d’un immeuble est
tenu, en tant que mandataire salarié, de s’assurer par des vérifications sérieuses
de la solvabilité réelle du preneur.
Un conseiller juridique, ayant reçu mandat d’effectuer d’urgence un
paiement, manque à son obligation de prudence et de diligence en envoyant par
la poste , la veille de son départ en vacances, un chèque au créancier, en
omettant de prendre toutes les dispositions utiles pour que soit vérifiés l’arrivée
du pli à destination e pour que soit assuré, en cas de retour de ce pli, un nouvel
acheminement.
L’organisation d’un voyage à l’étranger qui fait appel à un
transporteur local est tenue d’une obligation de surveillance de ce transporteur et
a, notamment, l’obligation de veiller à ce que le transport soit exécuté dans des
conditions de sécurité suffisante. Mais, la responsabilité d’une agence de voyages
dont le mandat se limitait à la délivrance des billets ne peut être engagée, dès lors
que l’inefficacité de titres de circonstances extérieures au contrat.
Paragraphe 2 : Reddition des comptes
Le mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion et de faire
raison au mandant de tout ce qu’il a reçu en vertu de sa procuration, quand
même ce qu’il aurait reçu n’eut point été dû au mandant (art 534).
Le mandataire est appelé à justifier la manière dont il a accompli sa
mission et à transmettre au mandant tout ce qu’il a recueilli en vertu du mandat.
Le compte n’est soumis à aucune forme. Il est un simple rapport, verbal ou écrit.
Le mandataire devra fournir un état détaille des recettes et des dépenses, avec, à
l’appui, toutes les pièces justificatives. Il transmettra, en nature, toutes les valeurs
lui livrées par les tiers avec tous les accessoires, tous les avantages consentis par
les tiers et les bénéfices réalisées au delà du mandat d’autant plus que le mandant
ne peut devenir pour le mandataire une source de profits dans ses rapports avec
les tiers.
En principe, le mandataire ne doit aucun intérêt des sommes
reçues restées entre ses mains, du fait qu’il est prohibé d’user de ces sommes.
Néanmoins, il peut y avoir dérogation à cette règle dans certaines hypothèses,
entre autres :
1. Lorsque le mandant impose au mandataire l’obligation de faire emploi des
sommes reçues ;
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2. Lorsque le mandant permet au mandataire de servir des sommes reçues ;
ici le mandat se double de prêt ;
3. Lorsque le mandataire a fait usage de sommes reçues sans autorisation (art
537). Dans ce dernier cas, le mandataire commet une faute contractuelle
pour laquelle il doit les intérêts qui constituent les dommages-intérêts
moratoires. Ces intérêts sont dus dès le jour de l’emploi, de plein droit et
sans sommation.
Enfin de compte, le mandant donne une décharge, un quitus au
mandataire. Jugé que quand aucun délai n’a été stipulé, le mandataire n’est en
retard de rendre compte qu’après une mise en demeure régulière.
Le mandataire qui a reçu une somme d’argent pour le compte du
mandat ne peut rapporter la preuve de sa libération que conformément aux règles
relatives à la preuve des obligations et du paiement.
Admis que doivent être considérées comme reçues en vertu du
mandat et non à l’occasion de l’exercice de ce mandat les sommes remises au
mandataire pour le compte du mandant et dont il a en son nom, donné décharge.
Il est dès lors tenu de faire raison de la totalité de celles-ci au Mandant, sauf si ce
dernier a accepté expressément l’utilisation fautive du mandataire.
Paragraphe3 : Interdiction d’une substitution
Le mandataire répond de celui qu’il s’est substitué dans la gestion :
1. Quand il n’a pas reçu le pouvoir de se substituer quelqu’un ;
2. Quand ce pouvoir lui a été conféré sans désignation d’une personne, et que
celle dont il a fait choix est notoirement incapable ou insolvable.
Dans tous les cas, le mandant peut agir directement contre la
personne que le mandataire s’est substituée (art 535).
Le mandat est au contrat intuiti personae, fondé sur la confiance
de la personne choisie. Il en résulte qu’en principe, il est interdit à celle-ci de le
faire remplacer.
Mais, il arrive parfois qu’il soit dérogé à cette règle. Plusieurs
éventualités peuvent être envisagées sur base de l’analyse de l’art susdit.
1. Supposer que la procuration ne contient pas le pouvoir de substitution ;
mais elle ne l’interdit pas. Le mandataire répondra des actes du substitué,
sauf les cas fortuits.
2. Supposer que la procuration contient le pouvoir de substitution et désigne la
substitué. Dans ce cas, le mandataire est complètement déchargé, s’il a
désigné la personne renseignée.
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3. Supposer que la procuration contient le pouvoir de substitution, sans
désigner la personne. Ici, le mandat assume les risques, à moins que le
mandataire ne se choisisse une personne notoirement incapable ou
insolvable.
4. Supposer enfin que la procuration interdit la substitution. Le mandataire
assume tous les risques.
Dans tous les cas, le mandat dispose d’une action directe contre la
personne que le mandataire s’est substituée, car il va de son intérêt d’échapper au
concours de créanciers de mandataire substituant. En somme, on peut considérer
la substitution comme une prolongation du mandat. Et, il est logique de donner,
aussi une action directe substituée contre le mandat.
Jugé que le mandataire qui s’est substitué à un tiers pour
l’exécution de sa mission, même avec l’autorisation du mandat, reste tenue d’une
obligation de surveillance vis-à-vis du mandataire substitué, pour la bonne
exécution du mandat.
Il résulte de l’art 535 (dans le cas prévu à l’art.199 CCL) que la
substitution de mandataire sans autorisation du mandat a pour seul effet le rendre
le mandataire initial responsable du fait de celui qu’il est substitué, contre lequel le
mandat peut agir directement, mais que la responsabilité du mandataire substitué
ne peut être engagée que s’il a commis une faute.
L’exercice par le mandant du droit d’agir directement à l’encontre
du mandataire substitué n’est pas subordonné à la connaissance par ce dernier de
l’existence du mandat originaire et de la substitution, c’est-à-dire du fait qu’il ait
su ou n’ait pu ignorer que son donneur d’ordre n’était lui-même qu’un mandataire.
Le substitué jouit d’une action personnelle est directe contre le
mandant pour obtenir le remboursement de ses avances et frais et le paiement de
la rétribution qui lui est due. La négligence du mandataire substitué à réclamer le
montant de ses avances et frais n’est pas de nature à le priver de l’action directe
qu’il est en droit d’exercer contre le mandant.
L’action directe du mandataire substitué peut être exercée dans
tous les cas, que la substitution ait été ou non autorisée par leur mandat.
Le mandant ne peut opposer au mandataire substitué exerçant
l’action directe les paiements faits par lui à son mandataire d’origine, même si
ceux sont antérieurs à l’exercice de cette action. Mais le mandant peut opposer à
l’action directe du mandataire substitué la faute commise par ce dernier.
Notons enfin qu’en ce qui concerne la solidarité, elle n’existe entre
mandataires multiples établis par le même acte qu’autant qu’elle est exprimée
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(art536). Néanmoins, cette solidarité existe en matière commerciale ou en cas de
faute commune concertée ;
Le mandataire qui a donné à sa partie avec laquelle il contracte en
cette qualité une suffisante connaissance de ses pouvoirs, n’est tenu d’aucune
garantie pour ce qui a été fait au-delà, s’il ne s’y est personnellement soumis (art
538). Le mandataire qui traite en son propre nom avec un tiers devient le débiteur
direct de ce dernier, sauf son recours contre le mandant.
SECTION 3 : LES OBLIGATIONS DU MANDANT
En principe, le mandat ne crée pas d’obligations pour le mandant.
Néanmoins, il existe des obligations éventuelles, résultant de l’exécution du
mandat. L’on distingue les obligations du mandant vis-à-vis du mandataire et les
obligations de mandant vis-à-vis des tiers.
Paragraphe 1 : Obligations du mandant vis-à-vis du mandataire
1. Remboursement des avances et frais
Le mandat est tenu de rembourser au mandataire les avances et
frais que ce dernier a fait pour l’exécution du mandat. Cela se justifie par le fait
que le mandataire exécute dans l’intérêt du mandat (art 540).
L’obligation de remboursement des avances et frais suppose qu’il
n’y a aucune faute imputable au mandataire. Le mandat ne peut pas se dispenser
de ce de ce remboursement, même si l’affaire n’a pas réussie, étant donné que
l’exécution du mandat est une obligation de moyens et non de résultat.
Ces avances et frais doivent être augmentés des intérêts à dater du
jour des avances constatées (art 542 CCCLIII).
2. Indemnisation des pertes
Le mandant doit indemniser le mandataire des pertes que celui-ci a
essuyées à l’occasion de sa gestion, sans imprudence qui lui soit imputable (art
541 CCCLIII).
Il faut cependant souligner le caractère supplétif des dispositions
de l’art 541, en ce que n’étant pas d’ordre public, on peut y déroger par la
convention des parties et convenir ainsi d’un forfait excluant tout autre versement.
Mais les pertes qui auraient pour origine un élément de l’exploitation dont la
maîtrise a été conservée par le mandat ne peuvent être conventionnellement
mises à la charge du mandataire.
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Pour ce qui est de la nature des pertes, il a été décidé que les
pertes que le mandataire a essuyées à l’occasion de sa gestion et dont les parties
peuvent décider qu’elles seront couvertes par un forfait sont exclusives de celles
qui ont pour origine un forfait imputable au mandat.
Il est à noter que l’art 541 ne prévoit pas l’indemnisation des seules
pertes exceptionnelles, mais de toutes essuyées par le mandataire à l’occasion de
sa gestion.
3. Paiement du salaire convenu
Le mandant doit payer au mandataire la rémunération promise en
cas de mandat salarié. (Art 539-540 CCCLIII).
Jugé qu’il appartient au juge de procéder à l’appréciation des
circonstances de la cause et de l’importance des services rendus pour fixer le
montant de la rémunération du mandataire, à défaut de convention des parties ;
une simple référence à l’offre du mandat est suffisante. La circonstance que les
sommes convenues à titre de rémunération d’un mandataire salarié ont été
réduites par le juge ne fait pas obstacle à l’application de l’art 51 du code civil en
vertu duquel le débiteur doit intérêt des sommes dues à compter du jour où il est
mis en demeure.
Enfin, le mandataire infidèle n’a pas droit à la gratification promise
en cas de bons et loyaux services.
Paragraphe 2 : Obligations du mandant vis-à-vis des tiers
La règle est que le mandat est tenu d’exécuter les engagements
contractés par le mandataire dans les limites du pouvoir qu’il a donné. Il n’est
tenu de ce qui a pu être fait au du-delà, qu’autant qu’il l’ait ratifié d’une manière
expresse ou tacite (art 539 CCCLIII).
Les effets du mandant à l’égard des tiers dépendent du fait de
savoir si le mandataire a ou non, respecté les limites se présenter :
1. Le mandataire agit dans les limites de ses pouvoirs
Dans cette hypothèse, la représentation joue pleinement. Tout se
passe comme si le tiers avait traité directement avec le mandant, lequel devient
créancier ou débiteur à l’égard du tiers. Les actes sous seing privé du mandataire
ont date certaine à l’égard du mandant. De même, les contre-lettres du
mandataire sont opposables au mandat (art 203 CCCLIII).
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Ces règles opèrent également pour les actes de mandataire
substitué, dans la mesure où cette substitution est opposable au mandant.
Ainsi jugé que le mandat doit assumer toutes les obligations
résultant des actes conclus par le mandataire en son nom avant la prise d’effet de
la révocation du mandat (cassation de l’arrêt ayant dispensé le mandat de payer à
un avocat avec lequel le mandataire avait conclu une convention d’honoraires,
une partie des honoraires convenus au motif que la révocation du mandat était
intervenue en cours de procédure).
2. Le mandataire excède les limites de ses pouvoirs
Ici, la représentation ne joue pas le mandant n’est pas lié.
Néanmoins, il peut être tenu sur d’autres bases notamment la ratification, la
gestion d’affaires, l’enrichissement sans cause, la faute dans l’attribution des
pouvoirs (cas du mandat apparent).
En cas de dépassement de mandat, le mandant reste tenu pour
tout ce qui a été exécuté conformément au mandat.
Si, en principe, le mandat n’est pas obligé envers les tiers pour ce
que le mandataire a fait au-delà du pouvoir qui lui a été donné, il en est
autrement, lorsqu’il résulte des circonstances que le tiers a pu légitimement croire
que le mandataire agissant en vertu d’un mandat et dans les limites de ce
mandat.
Le mandat peut être engagé sur le fondement d’un mandat
apparent, même en l’absence d’une faute susceptible de lui être reprochée, si la
croyance du tiers à l’étendu des pouvoirs du mandataire est légitime, ce caractère
supposant que les circonstances autorisant à ne pas vérifier les limites exactes de
ces pouvoirs.
Le mandat apparent a pour seul effet d’obliger le mandat à
exécuter les engagements pris envers les tiers par le mandataire apparent, mais
non d’y obliger ce dernier.
Jugé aussi que la ratification par le mandat équivaut au pouvoir
donné avant l’acte.