Galvanisation à Chaud : Protection Anticorrosion
Galvanisation à Chaud : Protection Anticorrosion
Principe
par Danièle QUANTIN
Coordination des Centres de recherche
Innovation Recherche et Développement Arcelor
e zinc est un des métaux les plus utilisés comme protection anticorrosion
L pour la galvanisation mais aussi pour l’électrozingage, la métallisation, les
peintures riches en zinc, les dépôts en phase vapeur, la shérardisation.
Un revêtement par galvanisation à chaud assure, grâce au recouvrement de
l’acier par le zinc, une double protection, d’une part physico-chimique en raison
de l’effet barrière isolant l’acier de l’atmosphère, cette barrière perdurant à cause
de la formation de sels de zinc protecteurs, d’autre part électrochimique due à
l’effet de protection cathodique apporté par le zinc vis-à-vis du fer.
Le revêtement galvanisé n’est pas un simple dépôt de zinc à la surface de
l’acier. Il se produit une réaction métallurgique de double diffusion entre le zinc
et le fer qui conduit à la formation de couches d’alliages Fe-Zn, composés inter-
métalliques, liées à la fois aux caractéristiques des aciers à galvaniser mais aussi
aux conditions opératoires.
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Cela s’explique par deux phénomènes : L’électrode ayant le potentiel le moins électronégatif est la
— les caractéristiques des produits de corrosion du zinc ; cathode. On y observe les phénomènes de réduction (gain d’élec-
trons) donc de protection.
— la protection sacrificielle apportée par le zinc aux substrats
ferreux. Sur une échelle des potentiels d’équilibre des différents métaux,
on constate que le zinc se place au niveau – 0,76 V/EHN et le fer à
– 0,44 V/EHN.
1.1 Zinc et produits de corrosion S’il apparaît des discontinuités dans le revêtement de zinc appli-
qué sur l’acier (blessure), et en présence d’humidité, il y aura for-
■ Propriétés physiques mation d’une pile où le zinc sera anode et le fer cathode. Ce dernier
— Symbole : Zn. sera donc protégé par le zinc qui se dissoudra dans une réaction
— Masse atomique : 65,38. cathodique lente dont la cinétique définira la durée de protection.
— Masse volumique : 7,14 g /cm3. L’attaque du zinc se fera avec formation d’oxydes, d’hydroxydes,
— Température de fusion : 419 oC. d’hydrocarbonates..., fonction des conditions ambiantes, sels à
caractère protecteur conduisant à une cicatrisation locale de la dété-
— Température d’ébullition : 907 oC.
rioration du revêtement (figure 1).
■ Réactivité chimique
Le zinc est en lui-même un métal qui ne présente pas une grande Un revêtement par galvanisation à chaud assure, grâce au
stabilité thermodynamique. En présence d’agents oxydants, même recouvrement de l’acier par le zinc, une double protection :
peu violents, il s’oxyde très rapidement, libérant des ions Zn++ — physico-chimique : effet barrière isolant l’acier de l’atmo-
(Zn → Zn++ + 2e–). sphère, cette barrière perdurant à cause de la formation de sels
Cependant, les ions Zn++ ainsi émis peuvent en général précipiter de zinc protecteurs ;
pour donner avec d’autres espèces chimiques présentes des pro- — électrochimique : due à l’effet de protection cathodique
duits de corrosion peu solubles et ayant donc un rôle protecteur, apporté par le zinc vis-à-vis du fer qui se fait sentir à l’aplomb
comme : des blessures de revêtement.
— le carbonate de zinc, le plus compact, ZnCO3 ;
— un hydroxycarbonate, Zn5 (CO3)2(OH)6 ;
— l’hydroxyde de zinc, Zn (OH)2 .
Sels de zinc
On peut aussi avoir des oxy- ou hydrochlorures dont l’effet pro- Zinc
tecteur est plus faible.
La vitesse de corrosion, une fois cette couche de produits formée,
sera fonction de la vitesse de diffusion des espèces réactives telles Acier Acier
que l’oxygène au travers de la couche et de leur solubilisation éven-
tuelle.
a protection active b cicatrisation
Les conditions atmosphériques, avec alternance de phases
sèches et humides, permettent la formation des sels précédemment
cités. C’est en fait la compacité de ces couches liée au pH, à la pré-
sence de carbonate, etc., qui fera la protection du zinc, et donc la
durabilité (si ces produits ne sont pas éliminés par raclage méca- Peinture ou métal Fe2O3
nique, lessivage, etc.) car elles créent un milieu confiné entre zinc plus noble que Fe
et milieu extérieur favorable à la formation de sels de plus en plus
protecteurs.
Par contre, la présence de SO2 dans l’atmosphère conduit à des Acier
transformations des produits protecteurs en sulfite de zinc puis en Acier
sulfate soluble avec ensuite destruction du revêtement (suppression
de la barrière passivante). c protection barrière d soulèvement-dégradation
du revêtement par les produits
de corrosion de l’acier
La longévité d’un dépôt de zinc est, pour un type d’atmo-
sphère et en un lieu donné, à peu près proportionnelle à son
Figure 1 – Deux cas possibles de protection :
épaisseur.
active ou sacrificielle (a-b ), passive ou barrière (c-d )
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2. Réaction de galvanisation 50
4°C0
Le revêtement galvanisé n’est pas un simple dépôt de zinc à la
)04
surface de l’acier comme pourrait l’être par exemple une peinture. 40
°4C4
Il s’agit réellement d’une réaction métallurgique de double diffusion
θθ =
(
entre le zinc et le fer. 30
0
45
Cette diffusion conduit à la formation de couches d’alliages Fe-Zn
composés intermétalliques.
20
Le revêtement galvanisé est donc composé : 0
47
— d’une ou plusieurs couches de composés intermétalliques
10 480
dépendant de la nature du bain (présence d’aluminium en particu-
50 0
lier) et du procédé technologique ;
— d’une couche finale de zinc externe, zinc entraîné au retrait de 0
la pièce par capillarité. 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6
Al (% en masse)
2.1 Formation des alliages interfaciaux Figure 2 – Influence de la teneur en aluminium et de la température
du bain de galvanisation sur la durée d’inhibition
Lorsque l’on plonge un élément en acier dans un bain de zinc en (d’après Pelerin [Doc. M 1 534])
fusion, différents phénomènes se produisent plus ou moins
conjointement :
— le mouillage de l’acier par le zinc lié à la composition super-
ficielle de l’acier, à sa propreté, à sa rugosité d’une part et aux
caractéristiques du bain (composition et température) d’autre part ;
— une attaque du fer par le bain avec dissolution ;
— des réactions de diffusion conduisant à la formation d’alliages
intermétalliques, dépendant du bain et des conditions opératoires Zn (η)
(temps – température), de type Fe-Zn ou Fe-Al.
ζ
Les règles de formation de ces couches sont liées à deux aspects.
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FeZn3
Gamma (Γ) FeZn10 21 à 28 Cubique a = 0,9 nm 7,36 510 à 550
Fe 5 Zn21
Grossissement 1 000
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Grossissement 250
Figure 5 – Effet du silicium sur la structure des revêtements galvanisés (Atlas Métallographique du CRM)
9 400
8
Zone de dispersion
7 des valeurs liées à
différents auteurs 300
6
5
4 200
3
2
1 100
A B C A B C
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0 0,05 0,1 0,15 0,2
0,04 0,15 Si (% en masse) 0,12 P (% en masse)
400
350
300
250
200
150
100
50
A B C
0
0,05 0,1 0,15 0,2 0,25 0,3
0,09 Si + 2,5 P (% en masse)
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800
Zn 600
40
500
Fe-Zn
8 min 30
400
300 20
Fe + 0,065 % Si 100 µm 4 min
200
10
100 1 min
Oxydation interne 1 µm 0 0
0,01 0,05 0,1 0,2 0,3 0,4
Si (% en masse)
Figure 7 – Effet d’une blessure superficielle
(d’après IRSID) a sans aluminium
Des études ont montré que le domaine de Sandelin pouvait être 800
Épaisseur (µm)
délimité de la façon suivante :
700 50
0,09 % < Si + 2,5 P < 0,2 %
600
correspondant à, pour des effets individuels des éléments : 40
500
0,04 < Si < 0,15 % en masse
400 30
0,05 < P < 0,12 % en masse
300 20
Il est à noter que l’effet de ces éléments n’est notable qu’à l’état t = 15 min 8 min 4 min 1 min
non lié. À l’état oxydé (par exemple au cours de traitements 200
thermiques), il n’y a pas d’effet Sandelin. Mais si une rayure blesse 10
la couche oxydée, à l’aplomb de la blessure, la réaction Fe-Zn sera 100
très forte (figure 7).
0 0
Dans le domaine de la galvanisation des tôles, en dehors de 0,01 0,05 0,1 0,2 0,3 0,4
l’effet Sandelin (en général inexistant du fait de l’oxydation interne Si (% en masse)
et/ou des bas niveaux de Si), on peut observer des effets localisés
de réactivité très forte, avec des buissons d’alliage Fe-Zn en phase b 0,10 % Al
ζ , liés à des phénomènes de joints de grains ou d’oxydes superfi-
Température du bain 450 °C
ciels.
(figure 8).
On peut aussi ajouter d’autres éléments comme le nickel pour 30
cet effet inhibiteur, l’étain et le magnésium (Polygalva®), pour évi-
ter des manques de prise locaux dus probablement à des réactions Acier calmé Al
entre le zinc et le flux. 20
Ces effets ont conduit à la mise au point de bains alliés (Poly-
galva® et Technigalva®, [M 1 531] § 1.4.2) pour les aciers au silicium.
10
Acier effervescent
2.3.3 Température du bain 0
430 470 510 550 590
L’effet de la température du bain sur la réactivité est plus ou Température (°C)
moins notable suivant la nature de l’acier (figure 9).
En général, on constate une croissance quasi linéaire de la réac-
tivité entre 420 et 480 oC, puis en accélération plus ou moins nette Figure 9 – Influence de la température de galvanisation
vers 500-520 oC. sur la prise de zinc
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