Abrege de La Doctrine DE Paracelse. Et de Ses Archidoxes
Abrege de La Doctrine DE Paracelse. Et de Ses Archidoxes
ABREGE
DE LA
DOCTRINE
DE
PARACELSE.
ET DE SES ARCHIDOXES.
§
Pour servir d'éclaircissement aux Traités, de cet Auteur & des autres Philosophes.
§
Suivi d'un Traité-Pratique de différentes manières d'opérer , soit par la
voie Sèche , ou par la voie Humide.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 2
La Chimie se définit l'Art qui par la résolution des Mixtes, en sépare le pur de
ce qui est impur:
Pour bien savoir cette définition il faut entendre ce que les Philosophes
Chimistes appellent pur &c ce qu'ils estiment impur , & au surplus il faut
savoir ce que c'est que la résolution des corps : il faut comprendre que cette
résolution des corps consiste en leur entière décomposition , laquelle ne se
peut faire que par une parfaite corruption &. putréfaction du même corps.
Dans cette décomposition des particules du Mixte, les Chimistes trouvent &
séparent cinq substances qu'ils appellent principes prochains & naturels ;
parce que de toutes les choses que la nature forme, l'on peut séparer cinq
principes ou substances différentes. Ces cinq principes selon eux sont soufre ,
mercure, sel , flegme & tête morte ; ces cinq principes sont sensiblement
différents les uns des autres, & quoique dans le composé ils soient très bien
mêlés par la nature , néanmoins ils sont séparables par L'Art ; & c'est par ce
moyen qu'on peut connaître sensiblement que les diverses doses de ces
principes mélangés diversement ensemble font la diversité des corps naturels
&, de leurs vertus & propriétés si diverses , car un peu plus ou moins de l'un
ou de l'autre produit la merveilleuse différence qui fait qu'un corps fait non-
seulement d'espèce différente , mais ceux d'une même espèce ne sont pas.
parfaitement & mathématiquement. les mêmes, parce, qu'il est, quasi
impossible que les closes des principes qui forment un corps soient
précisément dans le même poids & mesures que les doses qui forment une
autre espèce ou un autre individu.
Remarquez aussi que les Chimistes appellent principes prochains ces cinq
principes, non-seulement parcequ'ils sont visibles , mais parcequ'ils
connaissent qu'ils proviennent d'autres principes plus éloignés , c'est-à-dire
des quatre qualités élémentaires, le chaud le sec , le froid & l'humide. Mais
afin qu'il ne reste aucune obscurité dans ce Traité , il faut savoir que les
Chimistes suivent la doctrine d'Aristote & des anciens Académiciens & de
l'école commune, qui tous d'accord ont mis pour principes éloignés les quatre
éléments , lesquels l'école avec raison distingue des qualités élémentaires , &
cette différence consiste en deux choses , la première est que la qualité n'est
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 3
pas proprement l'élément visible , mais les plus petites parties invisibles
d'icelui. Par exemple , l'eau de la rivière ou de la mer n'est pas proprement ce
qu'on appelle la qualité humide ; mais il faut comprendre, que ce qu'on
appelle qualité c'est la vapeur la plus subtile, ou si vous voulez la plus petite
particule d'icelle,& dont un nombre innombrable de ces particules jointes
ensemble forment les goutes de l'eau sensible , & plusieurs goutes font les
ruisseaux, les rivières & la mers ; il faut de même imaginer que la sécheresse
ou l'acidité n'est pas proprement la terre des champs ni celle ou nous
marchons, mais ce sont les particules plus déliées de ce qui peut former cet
élément qu'on appelle terre , il en faut dire de même de l'air que nous
respirons, ou du feu visible & brûlant, dont les parties sont plus subtiles &
plus mobiles que celle des autres éléments grossiers.
Mais ce qui fait aussi une grande différence des qualités aux éléments visibles
que nous appellons terre, eau, air & feu ; c'est qu'il n'y en a aucun d'eux qui
soit seul & qui ne soit mêlé avec les autres trois. Par exemple, le feu brûlant
est fort différent de la qualité pure de ce qu'on nomme chaleur qui consiste
dans les plus subtiles & les plus mobiles particules éthérées ; car le feu visible
qui est formé des matières combustibles, non-seulement contient la
sécheresse de la terre, mais l'humidité de l'eau & de l'air comme on le peut
voir en recevant la flamme d'une bougie ou d'autre matière qui brûle ,
recevant , dis-je , ladite flamme dans un plat elle y laisse une noirceur sèche &
terrestre , que si l'on reçoit ladite flamme en quelque grand vaisseau de terre
avec un alambic aussi de terre, on recevra dans un récipient quelque humidité
qui n'est pas exempte d'air, sans lequel le feu s'éteint , quant à l'eau il est
constant qu'elle donne quelque terre si on la distille outre le Sel volatil qui
l'accompagne quand elle s'évapore, & outre qu'elle a toujours en foi quelque
air & quelque chaleur, sans laquelle elle se durcit en glace & ne peut pas
couler.
On peut inférer la même chose de la terre , de manière qu'on doit conclure
que les qualités sont diverses des éléments visibles & sensibles, tant parce que
les qualités font les parties plus subtiles& invisibles de ces éléments, comme
aussi parce que l'on doit considérer abstractivement lesdites qualités comme
des particules propres à former un tel élément , à l'exclusion de toutes les
autres particules propres à former un autre élément.
De manière qu'on peut dire que la chaleur est la matière la plus subtile , &
plus mobile & agissante que toutes les autres, ensuite l'air est un peu moins
subtil que la chaleur , mais moins grossier que l'humide qui est moins subtil
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 4
que l'air , mais moins grossier que la terre, ou pour mieux dire que la
sécheresse qui est la qualité la plus grossière est moins mobile que les autres.
Et on peut, si l'on veut, imaginer les figures que l'on voudra dans ces
particules qui composent les qualités, & au lieu de trois sortes d'éléments que
les Cartésiens supposent l'une très-subtile, l'autre très-grossier , & un autre
moyen, on peut mettre quatre degrés différents étant au fond la
même chose , puisque les trois élemens des Cartésiens & leurs particules ne
sont pas absolument égales, ni en substance, ni en figure , ni en vitesse de
mouvement.
Sans s'arrêter donc à ces disputes & à ces minuties inutiles que le Philosophe
d'esprit peut facilement concilier , il suffit pour reprendre notre propos, que
les qualités donc nous parlons, ne sont pas les éléments visibles, mais
les particules les plus fines des deux éléments sensibles.
II faut encore imaginer les particules des dites qualités sans aucun mélange
des autres, de même qu'on conçoit la matière subtile de Descartes sans aucun
mélange de la grossière ou de la moyenne , quoique dans l'étendue de
l'univers les unes & les autres soient entremêlées , l'on peut aussi si l'on veut
considérer ces particules comme les Atomistes considèrent chaque atome à
part dans sa petitesse ou grandeur & figure propre, & avec son propre
mouvement, quoi qu'ils soient réellement entremêlés les uns avec les antres.
Et il ne faut pas croire que cette manière déconsidérer les éléments & les
qualités, soit inutile & sans fondement , car les Chimistes ne sont pas de ces
Philosophes qui dans leur cabinet écrivent & débitent ce qui leur passe dans
la tête; leur doctrine est différente de celle des autres, en ce qu'elle est fondée
sur des expériences certaines , & en ce que non-seulement ils trouvent les
susdits cinq principes visibles dans tous les Mixtes sans exception , mais ils
voient que la composition de ces principes est très-différente , en ce qu'il y en
a deux qui sont composés de la terre & de l'eau commune & grossière tels
que sont ceux qu'ils appellent flegme & terre morte , mais les autres trois ,
c'est-à-dire le soufre, le mercure & le sel sont composés des principes & des
particules d'une substance entièrement subtile: d'autant , que les composés
qu'ils forment font très subtils & pénétrants, & que difficilement ne peuvent
être séparés les uns des autres.
Je vais donc expliquer ce que les Philosophes Chimistes entendent sous le
nom de Soufre , de mercure & de Sel, en considérant chacun de ces principes
à part, comme si il n'était point mêlé avec les autres , quoique réellement l'on
ne trouve point dans la nature une qualité ni un élément sans l'autre, ni par
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Il s'ensuit qu'il peut y avoir un nombre innombrable de divers soufres, les uns
plus ignées, les autres plus aériens , puisque comme on l'a dit, une particule
ou un atome plus de l'un que de l'autre peut faire la différence du mélange, &
par conséquent de la nature du soufre qui sera plus ou moins chaude, & plus
ou moins actif & mobile suivant qu'il sera plus ou moins igné. Mais comme le
bon Philosophe ne change pas l'ordre de la nature , & l'examine & la
considère telle qu'elle est , il connaît ces deux choses , la première que nous
avons déjà indiquée, c'est-à-dire,où les éléments & principes des choses sont
tellement mêlés, que l'un n'est pas sans l'autre , la seconde observation est que
les particules des qualités ignées & ariennes étant d'une subtilité & d'une
mobilité extrême, ne peuvent pas se rendre visibles ni subsister d'elles mêmes
sans quelque chose de plus grossier qui les retienne & les enveloppe : cela est
visible en ce que nous sentons bien la chaleur qui est dans l'air, qui même
peut être formé de plus ou moins de feu ou d'air, il résulte de ce mélange
encore un plus grand nombre de ce mercure ou d'humidités différentes ,
c'est-à-dire ou plus humides, ou plus aériennes ou plus ignées.
Mais nous ne la voyons pas à moins qu'elle ne paroisse en forme de feu ou de
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 6
flamme, & alors elle est mêlée comme on l'a dit, avec d'autres éléments
grossiers & corporels. Nous sentons aussi les effets de l'air, mais il n'est ni
visible ni palpable. Le soufre donc de nos Philosophes ne paraît pas aux yeux,
& il ne subsiste point par lui-même , mais il faut qu'il soit accompagné de
cette humidité que nous appelions mercure , laquelle humidité est différente
de celle de l'eau commune de la mer & des rivières, en ce que cette humidité
dont nous parlons est extrêmement subtile. II faut donc comprendre le
mercure des Philosophes Chimistes comme une humidité très-subtile,
imprégnée & imbue dudit soufre chaleureux: & comme cette humidité peut
avoir en soi une plus grande ou moindre quantité dudit soufre, qui par lui-
même peut être formé de plus ou de moins de feu ou d'air ; il résulte de ce
mélange encore un plus grand nombre de ce mercure ou d'humidités
différentes : c'est-à-dire plus humides ou plus aériennes ou plus ugnées.
Mais ce qui augmente les différences de ce mercure , c'est que comme nous
l'avons dit ,les qualités n'étant pas l'une sans l'autre, ce mercure ou humidité
n'est pas sans quelque sécheresse, c'est-à-dire sans quelque quantité de ces
corpuscules ou atomes subtils qui forment la masse grossière de la terre, & ce
sont ces particules sèches, mais très-subtiles.
Car la sécheresse mêlée avec la susdite humidité mercurielle, fait paraître
l'humidité qu'on appelle mercure en forme huileuses gluante , plus ou moins
selon qu'elle contient un plus grand nombre de ces corpuscules secs ; & notez
que lorsque ces corpuscules secs prédominent sur l'humidité du mercure , ils
empêchent l'humidité de fluer & de couler, & alors ils appellent ce composé
sel.
Car le sel des Chimistes n'est autre chose comme on l'a dit que le même
mercure ou humidité imbue des différents soufres, & mêlée tellement avec les
particules sèches, que ladite humidité étant surmontée par l'aridité terrestre ne
coule plus, de même que l'eau perd sa fluidité par l'addition de farine ou
d'autre substance sèche. Or ladite humidité ne coulant plus il s'y enferme un
corps sec que les Chimistes appellent un sel; d'où il en résulte une infinité de
sels différents , plus ou moins secs, plus ou moins humides , plus ou moins
aériens, & plus ou moins chaleureux.
Et notez que les Chimistes trouvent deux sortes de sels, l'un volatil & l'autre
fixe : le fixe est ainsi appelé parce qu'ils résiste quelque temps au feu, & ils
remarquent que ce sel est fixe d'autant qu'il contient encore beaucoup de terre
grossière, à la différence de l'autre qui étant sans aucune terrestréité , il ne
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qu'il soit le suc d'un grand arbre dont la sève s'épaissit en forme de gomme
lorsque l'humidité s'évapore : cependant on peut le donner pour exemple du
soufre végétal comme le mineral est donné pour exemple du soufre qui entre
dans la composition des métaux& des minéraux métalliques & lesquels les
Sots prennent pour le vrai soufre des Philosophes dont nous avons parlé , car
par tout ce que nous venons de dire les sages peuvent comprendre que
chaque individu a son soufre, son mercure & son sel particulier, mélangés en
doses différentes, lequel mélange forme son essence.
Ce sont donc les trois principes susdits, ou si vous voulez la quintessence qui
résulte de leur mélange que les Philosophes Chimistes appellent le pur du
mixte , parce que ces éléments sont très subtils , très pénétrants & très actifs,
& qu'ils contiennent toutes les vertus & propriétés d'un tel être. Nous verrons
que Paracelse l'appelle L'élément prédestiné, c'est à,dire destiné à produire ces
mêmes effets.
Les éléments impurs sont le flegme & la terre morte , l'un qu'on appelle le
corps ou l'habitation de l'élément prédestiné, & l'autre desquels lorsqu'ils sont
séparés par l'Art & par l'industrie du Chimiste, n'ont ni la couleur, ni l'odeur ,
ni la saveur, ni aucune vertu ou propriété du mixte , lesquelles propriétés
restent & sont uniquement dans l'essence séminale , laquelle étant répandue
& comme pétrie avec cette eau & cette terre insipide, elles paraissent avoir le
gout, l'odeur, la saveur & les autres propriétés , mais la vérité est que ces deux
substances ( lc flegme & la terre morte ) n'en ont point d'autre que celle que
peut avoir l'eau commune, & que peuvent avoir les cendres , dont on a tiré
tout le sel en faisant la lessive, & lesquelles restent alors sans gout & sans
aucune valeur.
La vraie Chimie consiste donc à séparer le pur de l'impur, c'est-à-dire à
séparer les éléments purs qui forment la quintessence , & pour mieux dire à
avoir la quintessence , la séparant des éléments grossiers qui étaient mêlés
avec elle , c'est-à-dire à séparer la quintessence d'une eau flegmatique & de la
terre grossière qui empêche par leur mélange l'action des éléments subtils de
la quintessence que j'appelle essence séminale , & c'est ce que les Philosophes
entendent, quand ils disent qu'il faut séparer les éléments c'est-à-dire séparer
les éléments grossiers des subtils.,comme dit Hermes separabis subtile a spissa ae
lumen a tenebris, c'est-à-dire se parer l'essence lumineuse & subtile des éléments
grossiers & ténébreux.
Mais comme la nature ne fait pas en vain , mais qu'elle fait tout avec sagesse
& providence, ces éléments grossiers que nous appelions impurs ne sont pas
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 10
inutiles dans les mixtes, au contraire ils sont fort nécessaires , car ils sont
comme le corps ou la boîte qui contiennent l'essence susdite, laquelle par
son-extrême subtilité s'évaporerait & s'enfuirait si elle n'était contenue &
retenue par ce corps grossier , car l'essence du corps est réellement l'âme
animale , végétale ou minérale d'un tel être , laquelle âme ne peut pas
subsister d'elle même & sans se dissiper si elle n'est pas retenue par quelque
corps grossier.
Et c'est dans ce sens que nos Philosophes ont dit que tous les mixtes (ont
composés d'âme & de corps. De même ils ont dit que les semences végétales
& minérales sont composées d'âmes & de corps comme les animales , le
corps est la matière visible de la graine ou du minerai , l'esprit est cette liqueur
subtile & spirituelle qu'ils nomment mercure, l'âme est se soufre ou la chaleur
qui est enfermée dans le mercure du mixte : & c'est cette âme qui fait l'action
végétative & les actions animales & qui est visible dans les graines des
végétaux, lesquelles ayant vieilli, de manière que ladite chaleur subtile soit
évaporée, elles ne végètent plus & sont incapables de produire , cela est
visible aussi dans le sperme des animaux,qui étant tant soit peu froid , & s'il
n'entre pas dans la matrice dans l'instant qu'il sort de l'animal, il n'est plus
capable de produire , ce qui montre suffisamment que l'âme végétale des
mixtes consiste dans ce soufre chaleureux , & il ne faut pas croire que le
sperme animal n'aie pas la même ressemblance & qu'ils ne contienne le
corps , l'esprit & l'âme animale , car la liqueur visible & épaisse est son corps,
mais dans cette liqueur épaisse est contenue une autre liqueur bien plus
subtile qui est le vrai sperme ou mercure animal, lequel est animé de soufre
ou chaleur animale , laquelle liqueur subtile & chaleureuse est le vrai mercure
animal, duquel j'ai traité dans le Livre des essences séminales , & plus au long
encore dans mon Traité de la Génération : ou je montre comme ce sperme
grossier est réduit en quintessence & vrai mercure animal en circulant dans la
matrice avant que de produire l'animal.
Ce n'est pas en vain que je me suis un peu étendu fur cette matière , puisqu'il
est de la dernière importance que les curieux de cet Art sachent ces choses ,
car la Pierre qu'ils cherchent est la Pierre des Philosophes , & non des
ignorants : il faut donc savoir que tous les corps de quelque nature qu'ils
soient ont deux substances, lesquelles quoique l'une & l'autre dérive des
éléments, néanmoins elles font très-différentes ; celle qui vient du mélange
des éléments subtils que nous appelons qualités, forme l'essence séminale du
sujet, & c'est la partie pure qu'on nomme quintessence, essence séminale. ,
L'autre substance est formée des éléments grossiers, dont l'eau & la terre sont
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visibles : & c'est la partie impure , la première est comme l'âme , la seconde
est le vrai corps de cette âme , dans l'âme résident, comme on l'a dit, toutes
les vertus & propriétés , & elle est incorruptible, & en quelque manière
immortelle , le corps n'a aucune des vertus & des propriétés de l'âme , & ce
corps n'est bon à rien & se corrompe aussitôt: car une des propriétés de l'âme
est de conserver le corps de la corruption, sans elle il se putréfie & devient
puant.
L'on peut aussi connaître que de ces cinq principes il n'y en a proprement que
quatre que les Chimistes voient & touchent lorsqu'ils les extraient , car le
soufre, comme on l'a dit, étant invisible dans du feu aérien, il ne se fait point
voir , & il ne se fait connaître que par ses effets , de manière qu'à proprement
parler ce que le Chimiste touche avant que de le préparer, n'est que le flegme
& la terre morte qui sont toujours rejettables , & parmi ceux qu'il doit
conserver comme tés-purs, sont le sel volatil & le mercure.
La seconde chose très-remarquable , est que dans chaque mixte il y a autant
de terre morte à proportion que dans le même mixte il y a d'un tel mercure,
c'est-à-dire autant à proportion que la quintessence séminale contient de
mercure & de sel. Pour expliquer la chose plus clairement, remarquez , par
exemple, que la quintessence ou mercure de la laitue est composée de
beaucoup d'humidité, peu de terre, & encore moins de chaleur, & par
conséquent l'on trouvera dans la décomposition de tout le corps de la laitue
beaucoup de flegme & peu de terre, & dans le mercure ou essence de la
laitue, l'on ne trouvera que très peu de feu , ce que l'on connaîtra en ce que ce
mercure, quoiqu'un peu épais & oléagineux, ne peut pas s'enflammer: il en
résultera donc que les laitues produiront l'effet d'humecter & rafraichir. Au
contraire , le mercure ou essence séminale du clous de girofle , si elle est bien
rectifiée, s'enflammera facilement , & l'on conclura qu'il abonde en soufre , au
surplus on trouvera que ce mercure est comme une huile épaisse : ce qui
marque que dans ce mercure ,quoi qu'humide, il y a beaucoup de sécheresse
& de sel volatil. Le corps impur donc que l'on séparera de ce mixte, consistera
en très-peu de flegme & beaucoup de terre morte,& de là vient que ce végétal
produit les effets de chaleur & de sécheresse ; l'on voit donc par ces deux
exemples que les éléments impurs qui forment le corps du mixte,sont en
quantité proportionnelle des éléments purs qui forment la quintessence : Que
si l'on demande comment il arrive que diverses graines dans la même terre
attirent chacune d'elles, les proportions des éléments convenables par rapport
à la quintessence , & comment la même quintessence attire ces éléments
impurs pour se faire un corps convenable à la même essence.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 12
Je réponds que les éléments grossiers de ce bas monde étant toujours mêlés
ensemble avec les subtils , la semence attire à soi également les uns & les
autres éléments : les éléments subtils se mêlent facilement & se changent dans
la nature de la quintessence subtile, & ils l'augmentent en quantité.
Mais les grossiers restent dans leur grossièreté naturelle, &forment ce qu'on
appelle corps. Or que cette action arrive parla structure des fibres qui ne
donnent passage qu'aux particules d'une certaine nature, comme les nouveaux
Philosophes le prétendent , mais ce qu'on ne peut pas dire des métaux , des
pierres précieuses & autres minéraux, ou que ce soit, comme je l'ai indiqué ci-
dessus, à cause d'une vraie transmutation des éléments qui sont appropriés &
volatilisés par la vertu de l'essence, & principalement du soufre igné qui est en
elle, cela ne fait rien à notre affaire: il suffit que l'expérience fasse voir la vérité
du fait, car la vraie raison Dieu la sait , il est certain que c'est un des grands
mystères de la nature, de savoir comme l'essence qui est dans chaque graine
change le même suc de la nature & propriété , comme aussi que les éléments
grossiers soient attirés en proportion égale aux subtils qui forment l'essence
séminale.
Mais afin de ne rien omettre de ce qui peut donner de la lumière aux vrais
Philosophes curieux pour entendre les Livres obscurs de nos Philosophes
Chimiste si je crois devoir faire remarquer que le soufre , le mercure & le sel
des Philosophes est dans routes les choses , puisque c'est du mélange de ces
qnalités que l'essence des mixtes est formée.
En second lieu il est à remarquer que chaque mixte a son soufre , son
mercure ôc son st l particulier & specifique j c'est à-dire [Link]
qu'uneespece estdifRrented'uneautreespece, mais qu'un homme & un animal
est different en quelque chose d'un autre homme,comme un animal est
different d'un autre animal de la même espece.
C'est pourquoi les Philosophes ont raison de dire que leur soufre & leur
mercure est partout & en tous les corps, car leur soufre n'est que ce que les
Médecins appellent chaleur naturelle, & leur mercure est ce que les mêmes
nomment humidité radicale, c'est pourquoi en disant que le soufre & le
mercure est en toutes choses, & que rien ne peut vivre sans eux, ils disent vrai
, mais quelques uns ajoutent que quoique ces deux principes soient en toutes
choses, néanmoins pour leur intention principale qui est de composer la
Pierre philosophale, le soufre & le mercure convenables sont plus proches en
certaines choses qu'en d'autres , c'est-à-dire que pour l'ouvrage de la Pierre
philosophale qui est le grand but où les Chimistes aspirent, le soufre & le
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mercure propre à la composer est plus proche & plus propre dans certains
corps qu'en d'autres.
II ne faut pas m'imputer à faute d'avoir omis de parler du sel, & de n'avoir fait
mention que du soufre & du mercure , car ayant déjà montré que le soufre est
invisible & qu'il ne paraît que par les effets, j'aurais pu dire que j'ai imité nos
anciens Philosophes qui n'ont pas fait mention du sel, parce que le vrai
mercure philosophique non-seulement contient son soufre invisible, mais
aussi son sel subtil & volatil, de manière que celui qui a le vrai mercure de
quelque corps, il a dans le mercure tous les trois principes conjoints , & il n'a
que faire de les chercher : c'est pourquoi nos Philosophes ont établi cette
maxime irréfragable. Que dans le mercure est tout ce que les sages cherchent,
est in mercurio quid quid querunt sapientes, car en effet comme on l'a déjà dit, la
chaleur ignée & aérienne ne peut subsister sans l'humidité gluante &
oléagineuse qui le retient: & cette humidité ne peut être gluante & huileuse si
des particules seiches & salines ne sont pas mêlées intimement avec elles , &
cette humidité merveilleuse gluante est en tous les corps de quelque nature
qu'ils soient , & quoique dans les corps métalliques cette humidité ne parait
pas à cause que la siccité terrestre a prédominé après leur végétation : comme
elle prédomine enfin dans le corail & dans plusieurs autres plantes, lesquelles
après avoir végété se durcissent comme des pierres; cependant cette humidité
radicale ne laisse pas d'exister en eux comme dans tous les-autres corps , ce
qui paraît en ce que tous les métaux & minéraux fluent au grand feu, & que
les mêmes pierres se fondent & fluent de même , plus ou moins facilement à
proportion de l'humidité qu'elles contiennent, n'y ayant que les corps
absolument destitués de toute sorte d'humidité , qui ne fluent point ou très-
difficilement au feu , & cette humidité essentielle des métaux ,
particulièrement celle des plus-parfaits est précieuse sur toutes les choses du
monde , comme étant leur mercure séminal , & capable de végéter &
produire , si on la sème & on la projette en une terre douce d'une humidité
métallique.
Mais une chose est a remarquer, c'est que l'intention de tous les Philosophes
Chimistes a été toujours d'avoir le mercure des corps qui est leur véritable
essence séminale , végétale & transmutative , & c'est ce qui a fait ( comme dit
Cosmopolite) que les Anciens n'ont parlé que du mercure & des soufres qu'il
contient , omettant le sel , comme se trouvant aussi dans le mercure qui
contient le volatil qui est le seul qui est bon dans la philosophie des Adeptes ,
car le sel fixe (comme on l'a dit ) contient encore beaucoup de terre grossière
qu'on ne peut pas séparer qu'avec peine, mais comme le sel volatil se trouve
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 14
dans le vrai mercure , l'on ne se met pas en devoir de volatiliser le sel fixe
qu'en certains cas.
C'est la raison pour laquelle on n'a guère parlé de ce troisième principe qu'on
appelle sel. Paracelse se vante que c'est lui qui l'a mis en vogue ; ce n'est pas à
dire que l'on ne le connût pas avant lui: car Raymond Lulle & plusieurs autres
en ont parlé, mais comme je J'ai dit, ils ne se sont pas mis trop en peine
d'extraire & séparer ce principe : puisque dans leur mercure tout y était , &
qu'on n'avait pas besoin d'autre chose; est in mercurio quid quid querunt sapientes.
Mais je ne peus point me passer de dire encore ce que je crois avoir indiqué ,
c'est à-dire que chaque chose avant son mercure, il y a autant de mercures
qu'il y a de choses, & que le mercure d'un végétal, ou d'un minéral, ou d'un
corps de même espèce, quoiqu'il se ressemble fort , n'est pas précisément le
même qu'un autre mercure , & c'est ce qui fait; que les animaux, les végétaux
& les minéraux de même espèce ne font pas parfaitement semblables, n'y
ayant pas un arbre de pêche ou d'abricot qui produise le fruit d'égale bonté,
quoiqu'ils soient plantés l'un contre l'autre, & dans la même terre & dans la
même exposition , on le voit encore plus clairement dans les hommes & dans
les animaux que nous avons occasion de fréquenter & observer, car le
mercure qui forme leur essence étant ou plus igné ou plus aérien , ou plus
humide, ou plus salin , fait la diversité des natures & des inclinations de
quelque chose que ce soit , & notez que le mot de mercure que l'on donne au
vif-argent a trompé bien des gens, car son nom est argent vif , lequel argent
vif a aussi son mercure essentiel & particulier qui est sa vraie essence, aussi
précieuse & aussi estimable que celle de l'or, d'autant que sans le mercure
essentiel du vif-argent , on ne peut pas avoir celle de l'or qui à la vérité est
plus précieuse que toutes les choses du monde: & notez aussi qu'on ne donne
le nom de mercure à l'argent-vif, que pour marquer cette matière que la
nature a crée ( l'argent vif) laquelle est une humidité sèche, & la substance la
plus semblable & qui contient le vrai mercure philosophique , car le mercure
philosophique de tous ces corps lorsqu'il est très-parfait, est une humidité qui
se congèle au froid & qui est très fluide à la moindre chaleur, & également
volatile comme le vif argent , excepté l'essence, le vrai mercure de l'or qui est
essentiellement fixe.
II ne faut donc pas se laisser tromper de ceux qui parlent du mercure, car le
vrai mercure des Philosophes est l'humidité radicale de chaque corps & sa
véritable essence ou semence , que j'ai appelle essence séminale dans mon
autre Traité , parce qu'elle transmue l'humidité convenable à sa propre
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les vulgaires & qu'ils sont partout, mais ils n'expliquent pas la chose , &
moins encore la maniéré d'extraire cette quintessence mercuriale, valeureuse,
& on peut dire en venté que Paracelse nous a donné une claire lumière sur cet
article important, nous montrant en même temps (autant qu'il est permis) la
manière d'extraire de tous les mixtes, cette quintessence précieuse qu'on
nomme mercure & qui contient le soufre & le sel. Je finirai cet article , en
exhtortant l'Artiste à prendre garde, quand il veut extraire cette quintessence
des corps auxquels il est nécessaire de mêler quelque chose d'étranger, à
prendre garde, dis-je, à la convenance des choses.
C'est un des préceptes plus importants que Paracelse lui même nous donne
après ses Prédécesseurs , lesquels tous d'accord ont dit qu'il ne faut ajouter
aucune chose d'étrange à la Pierre : c'est à dire à la matière de la Pierre, ou
vous gâteriez tout, d'autant, disent-ils, que la nature se réjouit avec les choses
de sa nature,& de deux semences diverses vous ne pouvez jamais faire de
génération , ou bien elle sera monstrueuse.
Il est inutile d'ajouter ici que pour séparer le pur de l'impur , c'est-à-dire l'âme
du corps , il faut séparer les éléments impurs des éléments purs & subtils, car
Paracelse nous en instruira au long, il suffit de remarquer que la séparation
tant célébrée des éléments, consiste comme dit Hermès à séparer le pur de
l'impur, le grossier du subtil, & l'âme du corps. Paracelse nous montrera dans
le Traité suivant les moyens que les autres nous cachent.
Il nous montrera aussi la pratique de ce que les autres disent seulement par
théorie ; il nous montrera que pour séparer le gros du subtil, il faut que la
corruption précède afin que les particules se disjoignent sans quoi nous ne
pouvoir séparer le grossier du subtil.
L'on verra aussi chez lui en quoi consiste cette grande règle des Philosophes
Adeptes qu'une essence extrait facilement une autre essence, & l' on trouvera
aussi dans le chapitre des Magistères , qu'une essence puissante peut changer
en essence (à l'exception de peu de substance grossière ) la plus grande partie
du corps impur de même espèce, comme l'on voit que les ferments essentiels
des animaux changent en animal, toute la nourriture, à l'exception de peu
d'excréments.
L'on verra enfin que toutes les essences spermatiques &. séminales sont de
grands remèdes pour différentes maladies : l'on verra aussi comme de
diverses quintessences mêlées ensemble , on peut composer des Élixirs &
autres médecines universelles pour toutes sortes de maux ou du moins pour
la plupart des maladies, comme aussi pour conserver & prolonger ses jours ,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 18
lesquelles choses étant écrites au long par cet excellent Auteur, il faut le voir
lui-même qui parlera mieux que moi , ce que j'ai dit ici n'étant que pour
rendre encore plus claire la doctrine de ce grand Philosophe : car le peu de
ceux qui sans principes de Physique veulent s'adonner à cet Art sublime
perdront leur temps & leur argent , car la Pierre des Philosophes est le point
le plus sublime de la Physique , & comme dit Geber , les Physiciens sont plus
proche d'acquérir cette science , mais les autres en sont si éloignés que jamais
ils n'y parviendront à moins que quelque Adepte ne leur montre, ce qui est
très rare.
Préface du même Auteur , & qui passe pour son premier Livre.
n'être pas tout-à-fait vrai ; car la seule différence que j'y trouve , & que tous
ceux qui auront lu beaucoup de Livres des Philosophes Chimistes trouveront
aussi , c'est que celui-ci a écrit plus clairement que les autres & avec des
principes d'une véritable philosophie ; & c'est pour cela que j'ai crû qu'on
devait s'attacher à sa doctrine. Il est pourtant vrai que par sa méthode l'on
peut faire beaucoup de choses dans la Médecine & dans la Métallique , qu'on
ne saurait pas faire par une autre méthode.
Je me suis donné aussi la peine non - seulement de traduire en fronçais son
ouvrage pour ceux qui n'entendent pas le latin, mais encore d'abréger la
doctrine la plus importante de ce grand homme, & même j'y ai donné un
meilleur ordre, & j'ai encore ajouté de plus ce que l'expérience & la théorie
physique m'ont fait connaître.
Les Médecins qui n'ont pas goûté la doctrine de cet Auteur, choqués d'ailleurs
des injures qu'à tout moment il vomit contre eux , & contre leur
charlatannerie , ont tâché de le dénigrer, disant qu'il était un ivrogne de
profession , & qu'étant ivre il n'écrivait que ce que les fumées du vin lui
dictaient.
Mais il est constant par l'histoire & par la tradition, que Paracelse , quoique un
peu ami du vin comme étant Suisse de nation , a été un Médecin merveilleux ,
& qu'il guérissait facilement les maladies que tous les autres appellent
incurables , & on lit encore dans l'Hôpital de Salsbourg où il a voulu être
enterré , l'épitaphe suivant gravé en un beau marbre.,
Ci git Philippe Théopraste Médecin insigne.
Lequel par un Art merveilleux sut guérir les plus fières maladies que l'on
croyait incurables , c'est-à-dire la Lèpre,. la Goutte , l'Hydropisie & autres
semblables , il a laissé ses biens pour être distribués aux pauvres , il est mort
l'année 1541. le 24. Septembre.
Les invectives contre les Médecins donc tous ses livres sont pleins, lui ont
attiré la haine & les impostures de tous les Professeurs en Médecine de son
temps, & encore après , lesquels ont écrit ou parlé contre lui , mais
néanmoins plusieurs autres. qui ont goûté sa doctrine,& qui en ont su profiter
, ont rendu témoignage du savoir de ce grand homme, comme a fait le
fameux Quercetanus Ramus, Barucens , Gellius, Adamus, & plusieurs autres
fameux Médecins conviennent que Paracelse a penetré la nature, & qu'il en a
écrit d'une manière divine. Le même Oportinnus qui s'était le plus déchaîné
contre Paracelse pendant qu'il vivait, ayant enfin goûté & profité de ses écrits,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 21
chante la palinodie, avouant le tort qu'il avait eu, & il confesse que Paracelse
est un homme divin , & que personne n'a écrit si profondément , & que non
sans raison Paracelse s'était donné le titre de Monarque & de Prince de la
Médecine.
Mais ce qui lui a attiré un décri universel de tous les Ecclésiastiques , c'est que
Paracelse avoie écrit plusieurs livres de magie, & autres qui sentent l'homme
superstitieux & peu religieux : ce qui a donné occasion non sans raison de le
faire passer pour un Magicien impie , & pour un fou extravagant. Ajoutez
encore à cela que ses écrits sont très-obscurs & composés la plupart avec peu
de méthode & avec des termes nouveaux, & des noms déguisés, & pleins de
beaucoup de discours qui paraissent superflus.
Mais ce défaut ne se trouve guère que dans les matières qu'il déclare lui même
qu'il veut cacher en partie aux ignorants ; car dans les livres de chirurgie &
dans les autres où il traite de la nature & de l'origine des maladies tartareuses
où il peut parler clairement, on voit que cet homme a pénétré dans cet art
plus profondément qu'aucun autre avant lui: il est vrai aussi qu'il n'a fait
qu'indiquer les remèdes les plus efficaces dont il se servait pour faire des
guérisons miraculeuses, & qu'il n'en a point enseigné la composition; mais la
plupart des hommes en ont usé de même: la vanité humaine ne voulant pas
Volontiers se rendre les autres hommes égaux, mais ils veulent se conserver ,
quand ils le peuvent , la supériorité sur les autres.
Au reste il faut convenir que Paracelse aimait à boire, & que le vin rendait
encore plus impétueux son esprit naturellement chaud, qu'il est mort jeune ,
& de cette mort en jeunesse, ses adversaires ont conclu que si ses remèdes
eussent été si bons qu'il les vante, & qu'ils eussent la force d'allonger la vie
comme il le dit, même au delà du cours naturel, il se serait guéri lui même & il
aurait vécu plus qu'un autre.
Mais la tradition porte que ses ennemis l'empoisonnèrent en une débauche de
vin à quoi il était facile de le porter, & qu'étant ivre & endormi, il s lui ôtèrent
les préservatifs qu'il portait toujours sur lui de manière que le poison ayant
fait son effet, les remèdes ne purent plus agir;
Quant à savoir s'il possédait la pierre philosophale , comme il l'assure , &
comme il en parle mieux qu'aucun autre c'est-à-dire d'une manière
convenable à un si grand mystère ; ses adversaires le nient , particulièrement
ceux qui veulent que cette pierre philosophique soit une pure imagination des
fourbes & charlatans , mais l'expérience m'a convaincu que cette pierre n'est
pas une imagination , & qu'il faut convenir que ceux qui aiment cet Art & qui
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 22
entendent les écrits des bons philosophes avoueront facilement que Paracelse
en a été véritablement possesseur , outre que plusieurs témoignages oculaires,
& particulièrement quelqu'un de ses amis ou domestiques lui ont vu faire la
transmutation des métaux imparfaits, en or. Pour moi, qui par des propres
expériences suis convaincu qu'il y a un Art de perfectionner les métaux, je ne
doute pas que Paracelse n'en ait été possesseur; &; ses écrits que j'estime au
dessus de tous les autres,me le persuadent encore puisque toute autre relation.
Abrégé du livre second & troisième avec une partie du quatrième , des Archidoxes.
En premier lieu, Paracelse enseigne avec l'obscurité qu'il a promise, afìn dit-il,
que les ignorants & indignes ne pénètrent pas son intention , il enseigne dis-
je, que tous les corps sont composés des quatre éléments dans un certain
mélange & proportions déterminées. Que de ce mélange il provient un
élément prédestiné & particulier: mais quoique les éléments soient discords
& contraires entre eux, ils s'accommodent pourtant, dit il, de manière que
dans ce mélange il y en a un qui prédomine toujours sur les autres. Il veut que
dans ce mélange , ceux qui sont inférieurs font à l'égard du dominant comme
une légère sculpture à l'égard de la substance de la pierre où elle est gravée ,
c'est pourquoi, il ajoute les autres trois éléments, à peine doivent être
considérés comme des éléments, puisqu'ils ne sont pas des éléments parfaits.
C'est pourquoi il ne faut avoir égard qu'à la conservation de l'élément parfait,
qu'il appelle élément prédestiné , parce qu'il est destiné à former un être de
telle nature , de telles vertus & propriétés & il ajoute que cet élément est
incorruptible & inaltérable , & que lui seul contient toute la force & la vertu
du mixte , d'où vient qu'il ne faut pas considérer les autres éléments comme
des vrais éléments , l'élément prédestiné étant le seul & véritable élément.
Ce que Paracelse a dit ici ne serait qu'un galimatias fort obscur, si dans les
livres suivants & ailleurs il n'expliquait plus clairement ce qu'il veut dire , cet
élément dominant sur les autres & qu'il appelle prédestiné , & ailleurs
Quintessence. On la nomme quintessence, parce que, pour ainsi dire, c'est un
cinquième élément composé des quatre qui forment un cinquième être ,
comme je l'ai expliqué au long dans l'introduction , cet élément prédestiné
résulte donc d'une certaine mixtion précise des quatre qualités , c'est-à-dire
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 23
des particules plus subtiles & invisibles des éléments, que l'école appelle
éléments élémentants, je le redis encore que de ce mélange des quatre qualités
, il en résulte ce qu'il appelle élément prédestiné: c'est à-dire un élément ou
substance particulière qui n'est aucun des quatre , & comme cette substance
est composée de parties extrêmement subtiles, si bien mêlées ensemble que
l'une ne quitte pas facilement l'autre, & qu'elles ne donnent pas d'ingrés à
d'antres plus grossières, il en arrive que cet élément ou quintessence n'est pas
corruptible ni sujet à corruption, si ce n'est par une autre plus subtile & plus
pénétrante , & que par une semblable subtilité & convenance de nature ils
puissent se mêler ensemble : &on ne peut pas douter que cet élément
prédestiné ne soit ce qu'on nomme quintessence. Paracelse le faisant
connaitre clairement dans tout ce qui suit, & en propre terme il dit ces
paroles. Il faut entendre, dit-il ,que ce que j'appelle élément prédestiné, est là
quintessence. Per id intelligitur predestinatum elementum quintam essentiam esse.
Il faut donc entendre que c'est cet élément subtil que la nature forme du
mélange des quatre qualités subtiles , qui contient mixte , de manière que ces
autres éléments grossiers avec lesquels la vraie essence est mêlée, ne doivent
être considérés pour rien , si ce n'est comme des éléments imparfaits, &
comme un corps impur & sans aucune puissance , & lesquels au contraire par
leur mélange avec cet élément pur & essentiel, ôtent une partie de la force à la
quintessence , de même que l'eau qu'on mêle avec l'esprit de vin qui est
l'essence du vin, diminue la force des effets de ladite essence du vin, qui est
son esprit.
L'intention donc de Paracelse est de séparer ces éléments impurs, de manière
que l'élément prédestiné qui est la quintessence, reste seul & sans aucune
tache, comme il le dit. Ve quintam essentiam habeamus puram & immaculatam , b
quelle séparée de ce corps élémentaire impur, est en très petite quantité , mais
d'une grande efficace..
Les Philosophes Chimistes ont parlé de cette séparation des éléments avec
tant d'obscurité,qu'on n'aurait jamais pu rien entendre, si Paracelse ne nous
eût éclairci ce mystère : & que dans le même temps il ne nous donnât
occasion de connaître que cet élément prédestiné qui est l'essence du mixte ,
& qui paraît en forme d'une humidité plus ou moins oléagineuse, est plus ou
moins gluante suivant la nature du mixte : Cette humidité gluante &
essentielle, dis-je, & que les philosophes appellent leur mercure qui est en
toutes choses & sans lequel rien ne peut vivre, étant la vraie humidité radicale
du sujet , & qui contient en soi son soufre ou chaleur naturelle. C'est
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 24
pourquoi ils ont dit avec raison , mais obscurément . que dans le mercure l'on
trouve tout ce que les sages désirent. Est in mercurio quid quid querunt Sapientes..
Quand aux éléments impurs, Paracelse dit qu'il ne faut pas considérer comme
des véritables éléments , j'ai déjà montré dans l'introduction, que ce sont le
flegme & la terre morte qui sont les deux éléments, qui seulement sont
visibles dans le mixte: le feu & l'air par leur subtilité échappent à nos sens ,
mais il faut regarder cette eau flegmatique & cette terre grossière & insipide
comme le corps impur & corruptible dans toutes les parties duquel la
quintessence est: répandue comme l'âme dans les membres de l'animal, &
desquels l'Art chimique peut & doit la séparer pour avoir l'essence toute pure,
& dont la vertu est affaiblie par le mélange de la terre & de l'eau flegmatique ,
comme la vertu & force du vin est affaiblie, comme on l'a dit quand on y
mêle de l'eau ou autres choses qui sont de nature contraire.
Cette quintessence pure ainsi séparée de son corps terrestre : est une
médecine très-efficace contre toute les maladies, suivant les propriétés
particulières de la même essence , ce qui provient d'un mélange particulier &
inconnu des particules des quatre qualités élémentaires. Et comme cette
essence séminale, se peut tirer aussi de tous les minéraux & métaux: elle peut
être très excellente , non-seulement pour les maladies du corps, mais-elle peut
être bonne aussi pour perfectionner les métaux, comme on le verra dans la
suite.
Mais avant que de venir à la pratique de la séparation des éléments impurs,
pour avoir la quintessence pure que nous appelons aussi essence séminale, je
crois à propos de rapporter ici mot à mot ce que Paracelse dit de la
quintessence, de sa nature, de ses vertus & de ses propriétés, afin que. le
lecteur en connaissant la valeur de cette chose précieuse, il soit plus volontiers
excité à mettre tous ses soins, & employer tout le travail nécessaire pour
l'obtenir, & que dans le même temps on connaisse la grandeur & profondeur
d'esprit de notre Auteur.
Ci-devant, dit Paracelse, nous avons parlé de la quintessence qui est dans
toutes les choses ; il faut à présent expliquer ce qu'elle est. La quintessence est
une substance qui se peut tirer de toutes les choses que la nature produit &
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 25
qui ont en soi la vie : laquelle substance très-subtile, doit être purifiée au
souverain degré & nettoyée par la séparation des éléments impurs & grossiers
qui la tenaient enveloppée , par laquelle séparation elle reste dans sa seule
propre nature incorruptible.
D'où il en résulte qu'on doit considérer la quintessence comme la nature, la
force, la vertu, & la médecine qui était enfermée dans le mixte, & qui par l'Art
a été tirée du corps où elle était enfermée, & duquel on l'a délivrée. C'est elle
qui est la couleur, la saveur, l'odeur , la vie & les propriétés des choses , c'est
un esprit semblable à l'esprit de vie, avec cette différence, que l'esprit de vie
des autres choses est permanente : mais celui de l'homme est mortel , c'est
pourquoi de la chair & du sang de l'homme l'on ne peut pas tirer une
quintessence totale & qui rende immortel : parce que l'esprit de vie qui est
encore l'esprit des autres vertus , ou facultés naturelles meurt, & que la vie
existe dans l'âme, ce qu'on doit entendre aussi des animaux, parce que la
quintessence est l'esprit de la chose qui ne se peut pas tirer des animaux
sensibles, comme on le peut tiret des choses insensibles : Car la mélisse par
exemple a en soi un esprit de vie, lequel est sa vertu , sa vie, & une Médecine
qui conforte l'esprit animal , & quoique , la mélisse soit séparée de sa racine,
néanmoins elle a en elle cet esprit de vie avec ses vertus : parce que cet
élément prédestiné en elle est fixé, c'est à dire il n'est pas évaporé quoiqu'elle
soit sèche : c'est pourquoi on peut séparer de son corps la quintessence
quoiqu'il paraisse mort, & aussi le préserver de la corruption suivant sa
prédestination. Que si nous pouvions tirer des cœurs l'esprit qui nous donne
la vie, & qui nous préserve de la corruption, pendant que nous vivons, sans
doute avec une telle quintessence nous serions immortels , ce qui nous est
impossible : c'est pourquoi il nous faut attendre la mort , qui arrive quand cet
esprit volatil s'évapore , ou qu'en quelque manière il est étouffé par les
superfluités des éléments grossiers. Étant donc vrai que la quintessence est la
vertu des choses, il nous faut expliquer comment elle est la vertu de la
médecine. Le vin contient en foi une quintessence de grande vertu & en
grande quantité, par laquelle il fait des actions admirables : cependant , les
opérations qu'il fait ne les fait pas, d'autant que simple vin, mais en vertu de
l'esprit de vin qui est en partie la quintessence, lequel étant séparé du corps du
vin, il est évident que ce corps n'a plus les vertus qu'il avait auparavant , & s'il
en a encore quelqu'une, c'est que toute la quintessence n'a pas été encore
bien séparée & concevez de plus que la quintessence est répandue dans toute
la liqueur qu'on appelle vin, & qu'elle donne à toutes ces parties un peu de sa
vertu. Voyez un peu de fiel jeté dans l'eau , il rend toute l'eau amère , quoique
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 26
l'eau soit en quantité cent fois plus grande. De même une petite quantité de
safran teinte en jaune une grande quantité d'eau : laquelle n'est pas pour cela
tout safran quoiqu'elle en ait la couleur, le goût, & l'odeur , & même un peu
de ses vertus spécifiques. Il faut concevoir la même chose de l'essence de tous
les corps, entendre qu'elle est répandue de même dans toute la substance du
bois, dans les herbes, dans les pierres, dans les sels, dans les minéraux &
métaux, & dans tous les autres corps créés, & qu'elle est dans ces corps
comme un homme qui habite dans une maison, & que la maison est
différente de celui qui y habite: car celui qui l'habite est celui qui agit en elle ,
de même la quintessence agit dans les corps dans lesquels elle est, & dont elle
est comme l'âme , le reste n'étant qu'un simple corps corruptible & impur,
composé des éléments grossiers & sans aucune vertu , comme je le dis dans lc
Livre des séparations ( & comme je l'ai montré au commencement dans la
Préface ou Traité des trois Principes.) Et il ne faut pas croire que la
quintessence soit quelque chose au delà des éléments: car elle même est
élément ( c'est-à-dire un composé des éléments en certaines proportions ) &
il ne faut pas dire non plus qu'elle n'est ni chaude, ni froide, ni humide, ni
sèche: car il n'y a rien qui ne soit tel. J'ai montré au Traité des Principes, que la
quintessence qui est la même chose que le mercure, est un composé des
quatre qualités ou particules plus subtiles des éléments, & certaines doses &
proportions que la nature a faites (& qu'elle seule peut faire) : car, dit
Paracelse, toutes ont la nature des qualités élémentaires , l'essence de l'or par
exemple tient de la nature du feu, ou de la chaleur du feu céleste, non
brulant , mais vivifiant; l'essence de l'argent tient de la nature humide de
l'eau , l'essence de Saturne tient de la terre froide & sèche , & l'essence du vif-
argent tient des qualités de l'air, lui même n'étant qu'une manière d'air épaissi
dans les entrailles de la terre & d'une subtilité extrême: ce qu'il faut bien
observer pour comprendre la nature de ce minéral admirable.
Quant à ce que la quintessence une médecine qui guérit toutes sortes de
maladies, cela ne vient pas à cause du simple tempérament , mais des
propriétés internes ( qui résultent d'un certain mélange imprescrutable des
susdites qualités ) comme aussi à cause de son extrême pureté & subtilité ,
d'où résulte qu'elle pénètre par tout, vivifie & change en pureté d'une manière
merveilleuse tout ce avec qui elle se mêle , car étant subtile & pénétrante , elle
subtilise toutes les humeurs crasses & corrompues , les réduisant en pureté ,
les rend odoriférantes, de putrides & puantes qu'elles étaient , & confortant
la chaleur naturelle, elle aide la nature à expulser au dehors tout ce qui est la
cause de la maladie: car de même qu'un œil qui ne voit pas à cause d'une tache
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 27
ou pellicule qui le couvre, si l'on ôte ladite tache, il voit comme il doit ; de
même la quintessence ôte tout ce qui empêche le bon état de la vie & de la
santé, c'est-à-dire les impuretés provenant des mauvaises digestions qu'elle
aide à bien faire, & les perfectionne en confortant & fortifiant l'archée & les
principes de la vie.
Mais il faut bien considérer une chose très-importante, c'est qu'il ne faut pas
croire que toutes les essences sont de la même nature ; c'est-à-dire que toutes
celles qui font chaudes produisent un même effet, & qu'elles guérissent toutes
les maladies qu'on appelle froides: car il ne faut pas croire que la
quintessence des anacardes qui est chaude , produise les mêmes effets, qu'elle
ait les proprietés que la quintessence que nous avons dit être chaude ; car la
différence est grande, laquelle différence provient de la propriété de la
quintessence & du mélange déterminé des éléments dont elle est composée.
Il baudroie considérer que de même que l'animal qui a un esprit de vie, n'est
pas pour cela , semblable à l'autre qui a aussi l'esprit de vie, & que quoique ,
tous aient chair & sang, cependant il est visible qu'ils diffèrent & en
propriétés & en talents : de même la quintessences des choses est différente
dans les propriétés & vertus , parce qu'elle ne tire pas ses propriétés des
éléments visibles & grossiers qui l'enveloppent, mais du mélange déterminé
des qualités élémentaires subtiles , que nous avons dit que mêlées en certaines
proportions sont la quintessence, & qui font qu'elle agit diversement suivant
le mélange ou tempérament inséparable des dites qualités qui produisent
certains effets plutôt que certains autres , & dont on ne peut rendre d'autre
raison que l'expérience. C'est donc ce mélange qui fait que quelques essences
sont styptiques, d'autres narcotiques, ou attractives, amères, ou douces , ou
aigres, celles-là stupéfactives, d'autres qui conservent en jeunesse, d'autres qui
conservent seulement la santé, quelques unes purgatives & apéritives , ou
bien au contraire constipatives, &c, & d'un nombre innombrable de vertus
diverses, que les Médecins doivent bien connaître, & quoique l'on puisse dire
que celles qui résistent dans les essences styptiques, c'est: à cause que dans les
les essences styptiques la sècheresse terrestre domine, comme l'humidité
domine en celles qui sont apéritives , cela n'est pas absolument vrai , puisque
d'autres essences plus terrestres ou plus humides produisent des effets
contraires.
Étant donc vrai que la quintessence se peut séparer comme l'ame se sépare de
son propre corps , & que nous pouvons la prendre & l'admettre dans notre
propre corps , quelle maladie pourra résister à une nature si noble, si pure &
quasi céleste, & qui anime & conforte l'esprit vital ? Et quelles infirmités ne
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 28
pourra -t- elle pas guérir , & quelle maladie pourra nous ôter laie, hormis la
mort prédestinée à tous les vivants?
Mais il faut considérer que chaque maladie a besoin de son essence
particulière & propre à résister à ce mal & quoique nous en enseignerons
quelques unes qui sont propres à guérir toutes sortes de maladies, dont , nous
dirons les raisons en son lieu.
J'ajouterai ici que la quintessence de l'or est en très-petite quantité, le reste
n'est que son corps lépreux & impur, dans lequel il y a aucune douceur ni
aigreur , & dans lequel il n'est resté aucune force ou propriété , hormis un
mélange des quatre éléments impurs, grossiers & terrestres , & nous ne
devons pas ignorer ce grand secret, que les éléments susdits qui forment le
corps, étant dépouillés de la quintessence , ne sont bons à rien, & ne peuvent
guérir aucune maladie , & ne peuvent faire autre chose que dessécher ou
humecter comme ferait la terre ou l'eau commune que l'on boit;
Mais afin que l'on entende mieux cette doctrine de Paracelse il faut la prouver
par une expérience commune, & que les Apothicaires font tous les jours, par
exemple, pour composer le sirop purgatif des roses : pour cela ils mettent
une quantité de feuilles de roses infuser dans l'eau commune , après vingt-
quatre heures , ils retirent lesdites roses, & en mettent de nouvelles dans la
même eau, ce qu'ils réitèrent cinq à six fois. Dans cette eau ils font dissoudre
une quantité suffisante de sucre, & ils font bouillir le tout pour évaporer le
superflu de l'eau; & quand la liqueur parvient à consistance de sirop, la chose
est faite. Une once de ce sirop purge les entrailles fort bien. Sur quoi il faut
considérer deux choses: la première, que l'eau par l'infusion des roses s'est
imbue de l'essence desdites roses , lesquelles n'ont plus de vertu purgative ,
on si peu , qu'on ne les estime bonnes qu'à jeter dans la rues, la seconde, que
cette once de sirop ne contient pas dix grains de l'essence & vertu des roses ,
car l'eau & le sucre qui sont mêlés avec elles, font quasi tout le poids & le
volume du sirop par où l'on peut voir que toute la vertu purgative consiste
dans l'essence, & que ces dix grains ou environ de l'essence font plus d'effet
& avec plus de facilité, que plusieurs onces de roses n'auraient fait.
Une autre expérience. Prenez un sac de roses : si vous en savez extraire l'huile
essentielle, elle est si odoriférante, qu'une a deux gouttes mises dans un pot
d'eau commune, font une très-bonne eau de rose : car il faut savoir que l'eau
de rose n'est que l'humidité aqueuse de la rose, qui en distillant emporte un
peu d'huile essentielle de la rose. L'huile essentielle de quelque plante se fait
en plusieurs manières , la plus facile est la suivante. Prenez de la sauge ou de
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 29
l'absinthe qui soient vertes : car si elles étaient sèches , il faudrait y mettre de
l'eau commune , faites distiller l'eau d'absinthe ou de sauge , laissez cette eau
dans un vase de verre à long col , vous verrez surnager après quelques. jours
une manière d'huile qui est l'essence de l'herbe, & qui a le goût, l'odeur, la
couleur, & toutes les propriétés de l'herbe dont elle a été extraite , & dont
quelques goutes ont plus de force & de vertu qu'une poignée ou deux de
l'herbe dont l'essence est extraite , & la quelle herbe n'a plus aucune propriété
ni vertu, & n'est bonne qu'à jeter.
Quand une herbe ou un animal se putréfient, & qu'ils deviennent puants , ce
n'est pas la quintessence qui pue & se corrompt: car elle est incorruptible,
mais bien le corps qui le contient , cela est évident car si vous faites putréfier
les roses, la mélisse ou quelque autre herbe odoriférante , de manière qu'elle
paraisse puante : si vous distillez cette pourriture, soit de mélisse ou de
romarin, ou autre herbe semblable, vous en tirez une eau très bonne &
odoriférante , & si vous savez bien opérer, vous aurez l'huile essentielle dont
j'ai parlé, d'une odeur surprenante: le même & plus facilement encore arrivera
du romarin. C'est donc le corps qui se corrompt, comme dit Paracelse, & non
pas la quintessence qui pue, car elle est incorruptible: ce qui paraît encore
dans les excréments & le fumier des animaux qui retiennent encore une partie
de la quintessence : c'est par sa vertu que les champs sont engraissés , & c'est
elle qui contribue à les rendre plus fertiles. J'ai vu tirer des excréments des
hommes , un esprit plus odoriférant que l'ambre, mais il faut en séparer tout
le corps des choses corruptibles: la quintessence qui est leur âme est en
quelque manière incorruptible, & ce n'est que le corps composé des éle ments
grossiers qui se corrompt, suivant ce que Paracelse nous montre après
['expérience. Il est la même chose des pierres & particulièrement de celles
qu'on appelle précieuses : car la quintessence des émeraudes paraît en la
forme d'un suc vert, & son corps reste en liqueur blanche , ce qu'on doit
entendre aussi de toutes les autres pierres précieuses , ainsì que nous
l'enseignerons dans le lieu où l'on parle de ces extractions.
Entendez la même chose des plantes , des bois & résines. Quant à l'urine &
au sang (continue Paracelse ) on ne peut pas tirer d'eux une véritable
quintessence par les raisons dites ci-dessus , mais on peut tirer seulement
d'eux quelque chose de semblable à la quintessence : ce qu'on doit entendre
de la manière suivante. Un morceau de chair a en soi une manière de vie,
parce que c'est de la chair, qui a encore quelque vertu, parce qu'il a eu vie.
C'est pourquoi il y a encore quelque chose de vital, quoique ce n'est pas une
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 30
véritable vie qui n'est préservative que pour le temps de la corruption , &
jusqu'à ce qu'elle se purifie : ce qui est la marque que le peu d'esprit de vie qui
lui restait est évanoui. Car c'est l'esprit de vie qui préserve de la corruption,
comme il paraît dans les animaux vivants qui ne se putréfient pas jusqu'à ce
que cet esprit les abandonne.
Il faut donc considérer les herbes sèches, comme un morceau de chair : car
les herbes sèches ont perdu leur verdeur avec la vie. On peut donc prendre les
choses mortes pour faire une essence morte , car quoique la chair & les
herbes soient mortes, néanmoins elles ont une quintessence comme choses
mortes, & elles ne laissent pas d'avoir de la vertu.
Mais les métaux & les pierres ont en soi une vie perpétuelle, & ne meurent
pas , du moins ils subsistent plus longtemps: c'est pourquoi ils ont une
quintessence plus parfaite , & qu'on peut tirer de ces corps, quoiqu'avec plus
de difficulté que des plantes.
Mais de quelque manière qu'on tire la quintessence, on ne doit pas la tirer en
la mêlant avec des choses qui ne sont pas convenables & semblables à sa
nature, & s'il est possible, comme il est possible aux herbes & animaux
( auxquelles choses il ne faut rien ajouter,) il faut extraire la quintessence seule
& par soi même , & s'il est nécessaire d'ajouter quelque chose qui soit fort
différent ou contraire, ), il faut le séparer ensuite afin qu'il reste la
quintessence pure. Il y a divers moyens pour tirer la quintessence des
mineraux , c'est-à-dire par des sublimations , calcinations , par des eaux
fortes, par des corrosifs par des liqueurs douces ou amères, & par d'autres
moyens (car les herbes simples n'ont pas besoin d'addition.)
Mais de quelque manière dont on puisse se servir, il faut avoir soin que tout
ce qu'on a ajouté pour extraire la quintessence, comme on l'a dit, soit ensuite
séparé , car il n'est pas possible de tirer l'essence des minéraux & des pierres,
& particulièrement des métaux, & moins encore de l'or, sans quelque corrosif
propre & convenable, qu'il faut ensuite séparer , c'est pourquoi il faut qu'il
soit séparable & de nature différente: le sel qui a été eau & qui vient de l'eau ,
se sépare de l'eau , mais il faut néanmoins considérer que tout corrosif n'est
pas propre , parce qu'on ne peut pas , les séparer tous si facilement.
Car si vous faites dissoudre le vitriol ou l'alun (qui sont espèces de sels ) dans
l'eau , si vous distillez cette eau pour retirer lesdits sels , il est très-difficile,
pour ne pas dire impossible, que la susdite eau ne retienne quelque
amertume, &qu'elle n'ait quelque saveur des sels qui ont été dissous en elles
ce qui arrive parce que ces sels viennent de l'eau, & que les natures se joignent
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 31
essences puissent guérir la même maladie, néanmoins celle qui la guérit plus
facilement & en moins de temps & plus radicalement, mérite d'être regardée
comme ayant des degrés supérieurs en excellence. Car, par exemple l'essence
de genièvre & celle de l'ambre guérissent la lèpre, mais avec une très-grande
différence, de la manière dont l'essence de l'antimoine ou de fer guérissent la
même maladie , car la quintessence de genièvre guérit en purifiant le sang
suffisamment pour faire que la maladie ne paroisse pas, consommant une
partie du poison & de la malignité qui s'était introduite dans le sang, c'est
pourquoi ces essences ont un premier degré de perfection. La quintessence
de l'ambre produit le même effet mais avec plus d'efficace , car elle nettoie
les poumons, & en partie les autres viscères, c'est pourquoi on peut dire
qu'elle est supérieure de quelque degré à l'autre. Mais la quintessence de
['antimoine nettoie tout le corps profondément jusqu'à la peau, purifiant au
souverain degré toutes les parties d'une manière merveilleuse , il mérite donc
le troisième degré d'excellence & d'estime. Mais la quintessence de l'or fait elle
seule toutes les actions précédentes, guérissant & purifiant radicalement
toutes les parties du corps, & les purgeant de toute impureté , de même que
la cire est purgée du miel qui la rendait jaune , lequel étant entièrement ôté,
elle devient blanche, pure & quasi transparente.
Il y a encore une autre différence qui fait l'excellence & l'élévation des degrés ,
c'est le nombre des vertus que l'essence peut avoir , par exemple quelques
essences sont propres à guérir les maux du foie, les autres ceux de la rate,
d'autres ceux de la tête, d'autres n'agissent que fur le sang , quelques unes
sur le flegme , d'autres sur la mélancolie ou la bile jaune, & quelques unes
n'agissent que sur les humeurs en les évacuant , quelques essences agissent sur
les esprits vitaux , d autres sur la chair, ou sur les os , ou sur la, moelle & sur
les cartilages, quelques unes sur les artères & d'autres qui ne sont propres
que contre certaines maladies particulières, & non contre les autres , c'est-à-
dire que celles qui guérissent la fièvre, ne guérissent pas l'épilepsie , ni celles
ci l'apoplexie , celles qui sont soporifiques , ne sont point attractives , &
celles-ci ne sont pas consolidatives ou soporifiques, comme celles qui ont ces
propriétés.
Il y en a d'autres qui renouvellent, restaurent, c'est-à-dire , qui transmuent le
sang & la chair: quelques unes conservent seulement & font jouir d'une vie
longue , & si l'on est jeune, conservent en jeunesse. Quelques autres agissent
corporellement, & quelques unes par une manière d'influence astrale , & en
un mot leurs vertus sont si différentes, qu'il est comme impossible de les
écrire toutes, y ayant des essences de telles vertus qui feront paraître un
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 33
homme de cent ans, comme s'il n'en avait que vingt. Qui donc pourrai
découvrir l'origine de mystères si grands , ou connaître l'origine de la matière
qui forme l'essence de chaque chose ? Il n'appartient qu'au Créateur de
connaître à fond ce qu'il a fait. Car qui nous dira pourquoi & comment la
quintessence de l'antimoine fait tomber les cheveux & le poil, & en fait venir
d'autre nouveau comme en jeunesse, & pourquoi l'essence de la mélisse
renouvelle les dents en faisant tomber les vieilles ? Que l'essence du Rubis
renouvelle la peau, les ongles des pieds & des "mains, faisant tomber les
vieilles , & que l'essence de chélidoine change tout le corps, & le met en
meilleur état, non autrement que la couleur d'une vieille peinture redevient
vive & belle, quand on l'a nettoyée de la crasse & de la fumée qui l'accablait.
J'omets plusieurs autres propriétés particulières des essences desquelles je
parle ailleurs. Comment donc pourrions-nous empêcher de suivre cette noble
Philosophie , & des médecines si utiles & si excellentes? Comment ne
serions-nous satisfaits de voir que la , quintessence de la carline ôte la force à
l'un, & la communique à celui qui en use ? De voir que la quintessence de l'or
guérit la lèpre, nettoyant le corps au dedans & au dehors, comme les boyaux
sales des bêtes sont nettoyés au courant de la rivière, régénérant une nouvelle
superficie? comme le ciseau nettoierait la superficie d'une pierre mal polie ,
renouvelant essentiellement le tempérament, comme si l'on venait de naître
avec la santé la plus parfaite.
Tournant donc notre esprit à cet Art si noble , nous commencerons par
enseigner la manière de tirer les essences des métaux, ensuite des marcassites,
des sels , des pierres précieuses, & autres , comme aussi de la titrer de choses
combustibles, des plantes, des aromates , des choses comestibles ou potables:
toutes lesquelles espèces ont besoin de leur méthode particulière & différente
, suivant la nature des choses , & lesquelles nous indiqueront comme il
convient. Mais il faut noter que dans ces extractions il faut être non
seulement bon Artiste , mais bon Philosophe, pour savoir ce que l'on veut
faire, en appliquant les moyens nécessaires pour parvenir à la fin que l'on se
propose: car la pratique ne succédera jamais bien, à moins que la théorie ne
soit auparavant bien dans la tête, & que comme Philosophe, vous ne
connaissiez la nature & les propriétés du mixte sur lequel vous voulez agir.
Nous parlerons aussi de l'or potable. des magistères, des arcanes, & des
autres choses non moins curieuses qu'importantes: sur quoi je ne veux point
omettre d'avertir qu'il n'y a aucune différence entre ces choses, sinon que ce
sont toutes de véritables essences, lesquelles on ne peut plus remettre en
corps , mais quant à l'or potable , on ne peut bien lui rendre un corps
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 34
métallique ; c'est pourquoi j'estime qu'il y a une plus grande vertu dans les
essences métalliques que dans les autres choses. Pendant que nous parlons
ainsi des quintessences, & de la manière de connaître les degrés de leurs
vertus, il nous faut dire quelque chose de ce que nous appelions arcanes &
magistères , lesquels quoi que quelquefois ils ne paraissent pas en forme de
quintessence , cependant leur vertu non seulement n'est pas moindre, mais
elle est supérieure , & c'est pour cela que nous leur donnons le nom d'arcane
& de magistère ou mystères de l'art: Mais comme nous avons parlé
suffisamment de ces choses dans les Livres des Paramires, nous les
omettons ici, déclarant seulement que l'on peut de ces quintessences
composer une infinité d'arcanes & magistères, suivant l'habileté & l'esprit du
Philosophe , quant à moi, je ne parlerai ici que de quatre de ces arcanes. Le
premier est le mercure de vie, le second est ce lui de la première matière, le
troisième de la Pierre Philosophale, le quatrième est celui de la teinture , &
quoique ces arcanes soient plutôt choses angéliques & divines, qu'humaines,
je ne laisserai pas d'en parler & de faire le chemin aux curieux habiles, pour
faciliter la manière de chercher à découvrir les mystères de la nature. Nous
déclarons aussi que le mercure de vie n'est pas proprement une quintessence,
mais un arcane ; d'autant qu'il contient un grand nombre de vertus qui
préservent, restaurent & régénèrent, comme on le verra dans le Livre des
Arcanes.
Quant à la première matière, nous disons qu'elle opère non seulement dans
les corps vivants, mais aussi sur les morts , & pour ainsi dire au-dessus de la
nature. Nous disons à peu près la même chose de la Pierre philosophale, qui
teint le corps & le soulage de toutes sortes d'infirmités, & qui agit aussi sur
les métaux, les élevant à la perfection & pureté de l'or. La teinture fait la
même chose, & même plus efficacement , car de la même manière qu'elle
teint l'argent en or & le transmue en métal parfait, de même cette teinture
transmue la matière qui fait la maladie en santé , la cuisant & digérant au plus
haut degré de perfection: les magistères & les élixirs, & l'or potable sont à
peu près les mêmes choses , nous parlerons de tous dans les Livres suivants.
REMARQUE.
Pour parvenir à la recette de cette séparation des éléments , il faut avoir bien
dans la tête une bonne théorie. Paracelse nous a enseigné assez clairement
quelle est la nature & les vertus de la quintessence , il nous a montré que la
quintessence est un élément , ou pour mieux dire une substance composée
par la nature d'un certain assemblage déterminé des éléments les plus subtils ,
qui forment un cinquième être différent des éléments grossiers , que nous
connaissons sous le nom de terre , d'eau , de feu , & d'air : il nous fait
connaître que cette cinquième substance est néanmoins mêlée & répandue
dans toute la substance des corps composés, toutes les parties de ce corps, &
de manière qu'elle opérera plus efficacement pour la guérison des maladies,
que ne font les infusions des herbes & des aromates que les Apothicaires font
, lesquelles infusions ne tendent qu'à une même fin ( quoique
imparfaitement ) c'est-à-dire a tirer des herbes, des aromates & des autres
corps , quelques parties plus efficaces, qui étant séparées du marc ( qui est le
corps impur ) opèrent avec plus de force, que ne ferait tout le corps du mixte
que le malade serait obligé de digérer pour en extraire l'essence dans laquelle
(comme on l'a dit ) la vertu spéciale réside.
Les Médecines que Paracelse nous propose étant l'essence pure, il n'y a pas de
doute qu'elles ne soient d'une plus grande efficace, & cela par deux raisons; la
première parce qu'elles font plus subtiles , plus pénétrantes , & par
conséquent elles se répandent plus facilement dans toutes les parties du corps
, & elles peuvent guérir en moins de temps , d'autant que cette substance
étant d'elle-même céleste ,& qui difficilement peut se corrompre, il en arrive
que les ferments malins de la maladie ne peuvent pas facilement agir sur la
quintessence & la corrompre; au contraire elle agit facilement: sur les
ferments qui causent le mal, & les réduit à sa nature pure, en confortant la
chaleur naturelle, & l'aidant à agir conjointement avec elle, pour détruire les
ferments malins qui font la cause du mal, & qui corrompent avec la
nourriture tous les remèdes qu'on prend.
La seconde raison se tire des choses mêmes que nous venons de dire , c'est
que les remèdes communs étant accompagnés de plusieurs impuretés qui
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 37
accompagnent les extractions communes, cela est la cause que les ferments de
la maladie agissant sur ces corps corruptibles, les corrompent facilement , &
rendent inefficace la force du peu de quintessence qui les accompagne. Car il
faut remarquer que presque toutes les maladies viennent de quelque
corruption ou autre cause semblable,qui a produit dans les viscères ou dans le
sang une autre essence venimeuse qui fait le dérangement de la santé , de
manière que quand les ferments intérieurs sont altérés à un certain point, ils
altèrent ou ils corrompent tout ce qu'on a dans l'estomac, & le convertissent
en poison, au contraire quand les remèdes sont purs & forts, ils convertissent
toutes sortes de nourriture en force, & en santé. Il y a une autre raison encore
plus forte pour faire une plus grande estime des remèdes de Paracelse , c'est
qu'il tire un grand nombre des essences des corps métalliques & autres
minéraux. Or il faut comprendre que les essences métalliques ne peuvent pas
être si facilement corrompues, par les ferments malins qui font en nous & qui
causent la maladie , cela est évident, puisque les corps métalliques demeurent
à l'air, à l'eau, & même au feu le plus violent fans se corrompre , c'est
pourquoi leurs essences altèrent, sans être altérées, particulièrement l'or &
l'argent, qui sont incorruptibles. J'omets de parler que ces médecines
métalliques , & particulièrement celles des métaux parfaits peuvent guérir
aussi ta lèpre , & les autres infirmités des métaux imparfaits, & les exalter à la
perfection de l'or & de l'argent , ce qui après la santé, doit être estimé le plus
grand trésor qu'on puisse désirer, le plus grand secret où l'esprit humain ait
pu atteindre , ce qu'il faut croire être venu aux Philosophes qui l'ont inventé
plutôt par une inspiration divine , & pour soulager les hommes de tant de
malheurs dont ils sont accablés dans ce monde, que par leur propre science ,
n'étant pas possible que d'eux-mêmes, & sans une inspiration céleste , ils aient
pu comprendre que dans les métaux si durs, & particulièrement dans l'or , il y
eût tant de trésors , & moins encore dans l'antimoine qui paraît une matière
impure, sale & vile.
Paracelse après nous avoir donné la théorie de la quintessence, & nous avoir
montré qu'il faut séparer cet élément prédestiné ( qui est proprement ce que
nous avons vu que les Philosophes appellent mercure, & les Médecins
humide radical ) qu'il faut séparer , dis je, cet élément pur, des autres éléments
impurs; il nous enseigne aussi la pratique, mais nous ayant servi au
commencement qu'il l'enseignera de manière que peu de gens pourront y
comprendre quelque chose & il ne faut pas croire , ( & l'expérience le
montre) que par la pratique qu'il donne l'on puisse en tirer tout ce qu'on
désire en suivant mot à mot; ce qu'on peut prétendre , c'est d'en tirer des
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 38
lumières pour se conduire comme à tâtons, & par ce qu'il dit, & par votre bon
esprit, en travaillant & expérimentant , vous pourrez parvenir à ce que vous
désirez : en supposant que la lumière céleste vous éclaire & vous fasse trouver
le bon chemin , par une manière .d'inspiration ou enthousiasme que l'on n'a
pas quand on veut. Paracelse a commencé dans son troisième livre à
enseigner la pratique de la séparation des éléments, dans le quatrième il dit la
manière de tirer la quintessence ; mais parce que la quintessence se peut avoir
sans la séparation des éléments , laquelle séparation est enseignée dans ces
livres d'une manière plutôt pour tromper qu'autrement. Je crois donc que ces
Livres doivent aller ensemble & servir de lumière l'un à l'autre: C'est pourquoi
je joindrai ces deux choses ensemble , afin que le Lecteur s'épargne la peine
de faire lui-même cette confrontation, & afin que la lumière y soit plus grande
, j'y joindrai encore ce qu'il dit dans le dixième Livre qu'il a donné à ses amis
comme la clef des antres : cette clef qui aurait besoin d'une autre clef , parut
en Allemand peu après fa mort, mais les envieux firent en sorte qu'en peu de
temps cette impression disparut, & à peine en trouvait-on avec de grandes
difficultés, mais enfin en 1660, les Imprimeurs de Tournes ayant fait
imprimer à Genève tous les Ouvrages de ce grand homme, eurent le soin de
recouvrer un exemplaire de cette clef, laquelle telle qu'elle est, n'a point de
prix. J'ai eu soin au surplus de corriger fur l'Allemand quelques fautes
importantes qui s'étaient glissées dans l'impression , & qui sont des véritables
fautes & visibles , puisque sans cette correction l'on n'y trouve pas de sens, &
moins encore celui de Paracelse.
Vous verrez si avec les secours que je vous donne, & aidé de vos propres
lumières , vous en pourrez tirer l'utilité que je vous désire.
Et parce qu'il est inutile de parler de l'extraction des essences de tant de
choses, je la restreindrai aux herbes,aux sels & aux substances métalliques , &
d'autant que Paracelse commence par la plus difficile, c'est-à-dire par les
métaux , je commencerai par le plus facile qui sont les herbes.
Je déclare au surplus que je ne suivrai d'autre méthode que celle qui me
paraîtra plus propre à éclaircir la doctrine de l'Auteur, qui a répandu exprès en
divers endroits son intention , tantôt dans le Livre de la séparation des
éléments , tantôt dans celui de l'extraction de la quintessence , tantôt dans
celui qu'il appelle la clef des autres , & parce que le commencement de ladite
clef établit plus clairement son intention je commencerai par elle.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 39
Dans le Livre X.
Dans toutes les choses, dît Paracelse , les quatre éléments se trouvent mêlés ,
mais dans toutes choses il y a un de ces éléments qui est parfait & fixe, c'est
celui que nous appelons prédestiné , & dans lequel est la quintessence , la
vertu, la qualité & propriété de ce corps : les autres ne sont que des éléments
imparfaits & des simples éléments corporels (le flegme & la terre morte, )
dans lesquels il n'y à aucune vertu que celle qui est dans un simple élément
commun ( la terre & l'eau commune ) & qui ne sont que comme le corps &
comme la maison dans laquelle habite la quintessence , qui est le véritable
élément parfait, incorruptible & fixe que nous cherchons & qui est dans l'or
& l'argent. L'on appelle cet élément la chose qualifiée, parce que c'est en elle
qu'existent les véritables qualités & vertus du sujet. Il y a des gens qui croient
que tout le corps du mixte est ce véritable élément , parce que dans toutes les
parties du composé l'on trouve des marques de vertu de la quintessence ,
mais la cause de cette apparence est que la quintessence est répandue dans
toutes les parties des éléments imparfaits qui forment le corps dans lequel la
quintessence demeure , & que ces éléments imparfaits sont, pour ainsi dire,
pétris & empâtés avec l'élément prédestiné, comme serait une pâte pétrie avec
de l'eau salée ou avec du sucre , laquelle pâte dans toutes ses parties fait sentir
au palais sa douceur ou sa salure ; elle y est répandue aussi comme une
teinture qui teint un drap de sa propre couleur, quoi qu'il soit constant que
tout le drap n'est pas de cette couleur, & qu'il n'y a qu'une très petite quantité
de couleur très subtile qui étant répandue partout, fait paraître le drap coloré
partout.
Considérez donc qu'en quelques corps le feu prédomine, & d'autres l'air ou
l'eau, ou bien la terre: or si vous voulez en séparer l'élément fixe & prédestiné,
il faut auparavant que vous brisiez la maison où la quintessence demeure ,
cette brisure & fracture de la maison se fait en diverses manières, suivant la
nature des corps . comme je l'ai montré dans le Livre de la métamorphose &
de la mort des choses : prenant garde que si vous brisez la maison avec des
eaux fortes comme ( il le faut nécessairement pour les métaux & minéraux
métalliques, ) il faut autres choses de nature différentes, de les séparer, dis-je,
de l'élément prédestiné & fixe , ce qu'on doit faire par les distillations &
ablutions communes, & par ce moyen le corps des éléments imparfaits monte
en manière de flegme & l'élément fixe qui est la quintessence, reste dans le
fond, ( en forme d'huile mercurielle. ). Mais comme nous nous soucions peu
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 40
extraire , & cela afin que l'on ait l'essence séminale, comme il le dit , pure &
sans tâche.
Paracelse commence la doctrine de la séparation des éléments impurs par la
corruption des métaux & des substances métalliques, qui étant de nature très
seiche, ont besoin de quelque humidité pour les putréfier , & comme ils sont
d'une composition très-forte , l'ouvrage de leur décomposition est plus
difficile : c'est pourquoi j'ai cru plus à propos de changer l'ordre qu'il suit, &
de commencer par les choses les plus faciles, c'est-a-dire par les végétaux, qui
n'étant pas si durs que les métaux, leur putréfaction avec leur propre suc est
plus facile.
Prenez donc de la sauge (ou autre herbe,); pillez-la & faites-la putréfier ( au
fumier ) distillez après ; en premier lieu montera l'élément du feu ( c'est-à-dire
un esprit igné) , continuez cela jusqu'à ce que les couleurs changent , & que
l'eau devienne plus épaisse , enfin viendra la terre, dit-il , dont une partie
restera dans le fond , mettez ensuite cette eau au soleil pendant six jours, &
laissez qu'elle distille, (quelle circule, ) distillez ensuite au bain, & l'eau
montera la première, qui est en petite quantité & insipide , ensuite les
couleurs variant , le feu montera , la terre montera .ensuite en très petite
quantité (quelque peu de sel volatil, ) mais la plupart reste dans le fond
( mêlez avec l'huile essentielle: ) cette méthode est commune à toutes les
herbes aériennes & aquatiques, donc l'air monte le premier, & ensuite le feu.
Ce procédé est fort obscur, & tel qu'il nous l'a promis au commencement :
voyez s'il n'est pas rendu un peu plus clair par ce qu'il enseigne au Livre de la
Quintessence , car nous avons vu que cette séparation des éléments ne tend
qu'à séparer les éléments impurs de l'élément pur qui est la quintessence.
Livre dixième.
L'on tire facilement la quintessence des fruits, des herbes, & racines, en
séparant les éléments en la putréfaction secrète de la chaleur, & après
putréfiant au fumier per descendum ( par expression ) chassez ce qui peut sortir ,
ensuite séparez l'humidité nuisible qui est le corps impur, par le bain , dans le
fond restera l'élément prédestiné : séparez l'impur terrestre avec son propre
esprit de vin, & vous aurez l'essence pure.
Il semble qu'en substance il faut piler les herbes , les putréfier & ensuite en
tirer le suc à la presse, faire putréfier encore, distiller au bain l'humidité, en
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 43
leur propre liqueur putréfiez avec le flegme, & ensuite séparez le corps en
manière de flegme, jusqu'à ce que l'esprit fixe demeure au fond , dissolvez cet
esprit fixe dans sa propre liqueur, & dans l'effervescence séparez le pur de
l'impur avec de l'esprit de vin.
Cette pratique est aussi succincte qu'obscure, & cependant il enseigne mot à
mot toute la pratique.
Quant à la séparation des éléments des métaux, dit Paracelse, il est nécessaire
d'avoir de bons instruments, beaucoup de travail, de patience, & de diligence,
& des moyens propre à cet Art, (c'est-à-dire une bonne conduite & un bon
esprit )
Premièrement faites l'eau-forte avec salpêtre, vitriol & alun, égales patries ,
remettez l'eau qui en vient sur ces fèces, & distillez encore : dans cette eau-
forte clarifiez l'argent, & après dissolvez en elle du sel armoniac: cela fait,
faites dissoudre dans cette eau le métal que vous voudrez en grenaille ou en
lamines, séparez l'eau au bain & remettez la dessus, & réitérez tant de fois
jusqu'à ce que vous trouviez dans le fond une huile : celle du soleil sera
comme une huile éclatante , celle de l'argent sera de couleur bleue , du fer
rouge obscur , du cuivre, tout à fait verte , du mercure , blanche , du plomb,
livide , de l'étain, jaunâtre.
L'on voit bien que Paracelse se joue du Lecteur ignorant, puisque les
personnes médiocrement expérimentées savent que cette eau forte commune
avec le sel armoniac commun , ne peut dissoudre que l'or seul, & non toutes
sortes de métaux, comme il le suppose : il se moque aussi lorsqu'il dit que ces
métaux restent an fond en forme d'huiles colorées des couleurs qu'il dit ; il
faut donc croire comme en effet il est vrai , que le sel armoniac dont il se sert
dans cette occasion pour réduire les metaux en huile colorée, est tout autre
que le commun.
Raymond Lulle éclaircit l'énigme , montrant que le sel armoniac dont il parle
lui même comme Paracelse, est un sel armoniac mercuriel, & qui est appelé
armoniac , par la concordance& harmonie que la quintessence du vif argent a
avec l'essence de tous les métaux, Armoniacam mixtionem omnium elementorum
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 45
quae est ìn essentia argentivìvi , salem armoniacum appellamus, propter ejus exaltatam &
sublimatam proprietatem puram prima materia.
La préparation qu'il donne desdits métaux avant que de les dissoudre dans
l'eau régale, est encore, mystérieuse , car auparavant comme il dit, cela ne sert
de rien. Il faut, dit il, auparavant sublimer le mercure , calciner le plomb,
réduire le cuivre en vert de gris , réduire en crocus le fer, & réverbérer l'étain.
L'or & l'argent seuls semblent n'avoir point besoin de préparation , quoiqu'ils
soient plus fixes & qu'ils n'en aient pas grand besoin , mais il n'en parle point,
il poursuit.
Les métaux étant ainsi réduits en liqueur, ajoutez, dit Paracelse, à cette huile
métallique deux parties de la même eau-forte, &: faites-la putréfier au fumier
pendant un mois, après quoi faites distiller jusqu'à ce que la matière se
coagule au fond : si vous distillez encore cette eau-forte, vous trouverez
ensemble deux éléments, mais non les mêmes de tous les métaux , car à
l'égard de l'or , la terre & l'eau restent dans le bain, mais l'air est avec les trois
autres, & l'élément du feu restera dans le fond , car la substance tangible de
l'or, quoique coagulé n'est que feu. De la lune restera , au fond l'élément de
l'eau , & dans le bain l'élément de la terre & du feu , à cause que la substance
de l'argent vient du froid & humide, qui est de nature fixe , & ne peut pas
s'élever. Pour ce qui est du mercure, le feu reste au fond , & la terre & l'eau
montent. Du cuivre reste aussi le feu au fond , & la terre & l'eau demeurent
dans le bain , l'élément de la terre reste au fond , si la dissolution est du
plomb , du Jupiter, l'air reste au fond , & la terre & l'eau se séparent de lui.
II faut remarquer que dans le seul étain l'air est supérieur, mais cet air n'est
pas corporel ; il demeure avec les autres desquels il est inséparable.
Il faut remarquer aussi que l'élément corporel qui résulte de cette dissolution,
doit être réduit en huile avec nouvelle eau , faisant digérer le tout au bain , &
de cette manière cet élément sera parfait, que vous conserverez pour une part
, & vous séparerez les autres éléments de la manière qui suit ; mettez les
éléments qui restent au bain à petit feu, en premier lieu l'eau montera & se
distillera , ensuite le feu qui se fait connaître par la couleur , mais l'élément
véritable est au fond, en premier lieu s'élèvera la terre, & ensuite le feu , mais
si l'eau , la terre & le feu étaient ensemble, l'eau montera la première, ensuite
le feu & la terre après , & l'on pourra conserver chacun de ces éléments pour
s'en servir à propos, suivant leur nature,car par exemple, l'élément du soleil
fera l'action de chaleur & sécheresse sans autre propriété , quant à celui de la
lune, il sera froid & sec, & ainsi des autres.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 46
Mais n'oubliez pas qu'il faut ôter le corrosif de l'eau forte, comme nous le
dirons au chapitre de la quintessence.
Par tout ce qu'on vient de dire, on voit que Paracelse cache encore avec plus
de soin la séparation des métaux, comme étant d'une plus grande
importance , mais voyons si ce qu'il dit dans l'article de la quintessence nous
donnera un peu plus de lumière.
dessus de l'eau deux fois distillée & lavez le bien, jusqu'à ce que l'essence
devienne bien douce, conservez-là. Par ce moyen l'on prépare la quintessence
des métaux: si vous mettez en corps la liqueur blanche , vous aurez un corps
malléable qui ne ressemble à aucun métal.
Il y a plusieurs autres voies qu'on prétend propres à tirer l'essence des métaux
s desquelles nous ne parlerons pas, parce que je ne les crois pas ni bonnes ni
véritables extractions des essences.
Ce procédé de Paracelse est sans doute très-obscur ; tout ce qu'on en peut
tirer , c'est qu'il faut corrompre intimement les métaux , de manière qu'ils
deviennent en liqueur , non en liqueur , par les simples eaux fortes, mais par
quelque liqueur qui pénètre & s'attache intimement au profond du métal, &
que par diverses digestions, distillations, & cohobations , le corps impur se
sépare du pur qui est l'essence. Ce qu'on connaît par deux liqueurs
différentes, qu'il faut séparer en dulcifiant la liqueur colorée avec l'esprit de
vin & l'eau distillée.
Notez qu'il dit que cette dissolution se doit faire avec une chose qu'il appelle
complexione, c'est-à-dire que ce soit de la même complexion & nature du
métal : & c'est le grand secret qu'il cache, & qu'il découvre ensuite, quoique
non en entier. Il reste donc toujours à savoir quelle est la matière du menstrue
dissolvant & la préparation , dont Paracelse se sert pour faire la corruption
radicale des métaux , car l'expérience & la raison montrent que ce ne peut pas
être une eau forte , ni un sel armoniac vulgaire.
Il faut dont le chercher, ou deviner , si nous considérons ce qu'à dit dans
l'article suivant ou il parle de l'extraction de l'essence des marcassites,
antimoine, bismuth, & semblables , dans lesquels il dit y avoir autant de
vertus que dans les métaux : & dans le procédé, il dit être le même que l'on
use dans l'extraction des essences métalliques , il se sert de ces paroles.
Prenez, dit-il, la marcassite que vous voudrez, réduisez-la en poudre très fine:
sur une livre de marcassite versez deux livres d''eau dévorante, & laissez digérer
pendant deux mois , afin que la marcassite se réduise en liqueur , distillez : &
la marcassite se réduira en huile, que vous digèrerez encore un mois, &
procédez ensuite comme nous avons dit des métaux , car vous avez deux
couleurs que vous séparerez & purifierez, crème on l'a dit ci-dessus.
L'on voit donc que Paracelse cache le dissolvant des métaux & des
marcassites sous le nom d'eau dissolvante & dévorante , laquelle n'est pas l'eau
forte commune, qui ne peut pas faire l'effet désiré, comme l'expérience le
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 48
montre. Tout le secret est donc sans doute caché dans le dissolvant ; & qui le
sait , Sait tout, le reste n'est que bagatelle : & c'est ce que tous les Philosophes
ont caché.
Or pour savoir quelle est cette eau dévorante, il faut avoir recours à la clef
dans laquelle il me semble qu'il se sert de plusieurs sortes d'eaux.
Je mettrai ici tous les dissolvants, qu'il appelle eau corrodente , dissolvante &
dévorante : en quelque lieu, il déclare que l'eau dissolvante qu'il entend est
l'eau du sel, c'est-à-dire l'essence de sel circulé : sub aqua solvente nostra, aqua
salis intelligendat est.
En une autre occasion, il dit que sous le nom d'eau dissolvante ou
corrodante, il faut entendre le vinaigre mêlé avec l'esprit de vin qui ait été
distillé plusieurs fois & retiré, & cobobé sur la substance de l'esprit du sel ;
sub aqua solvente vel corrodente, intellige acetum cum spiritu vivi mixtum , & qui saepe à
salis communis spiritu abstactus in acetum facessecerit
En un autre endroit pour faire cette corruption des choses métalliques, il se
sert de l'esprit de vin mêlé avec l'eau dissolvante qu'il dit être l'eau du sel.
Corrumpe cum fpiriti vivi commisto aquae fsolventi, puta salis, dans lequel menstrue il
dissout les marcassites in co fixœ marcassitae dissolventur.
Quelques fois il dit que cette eau dissolvante est l'esprit du sel distillé & mêlé
avec le sel commun pur , avec lequel on doit le distiller tant de fois, jusqu'à ce
que la substance du sel se convertisse en une huile fixe Sal recens cum aqua
Solvente , qui est spiritas salis diftillatus tam deu distillesur, donec tota substantia salis in
oleositatem perpetuam reducatur.
Il fit encore un autre dissolvant qu'il appelle vinaigre radical : pour le faire , il
faut distiller souvent le vinaigre sur le marc du vinaigre & le corriger avec des
briques:
sub aceto radicato intellige acetum aere aliquoties ab aceti matrice tartaricata aut lateribus
correctum habeas : avec ce vinaigre se fait aussi certaines dissolutions suivant les
occasions.
Par où l'on peut voir que Paracelse se sert de divers dissolvants, suivant les
occasions , mais comme le vinaigre, ni le sel , ni l'esprit de vin ne peuvent pas
dissoudre radicalement les métaux & les marcassites , il est à croire que son
vinaigre très-aigre est celui qui est fait de l'essence du vif argent mêlé avec
l'essence de sel commun dans lequel il est sur que tous les corps métalliques
se dissolvent radicalement , & ce vinaigre, cette eau corrodante ou solvante
est sans doute ce qu'il appele arcanum primi entis mercurii quod à Philosophis acetum
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 49
acerimum metallicum appellatur; & je ne doute pas que ce ne soit aussi ce sel
armoniac de Raimond Lulle, lequel Paracelse mêle dans l'eau forte, lorsqu'il
parle de la séparation des éléments, & qui réduit tous les métaux en liqueur
colorée de la couleur des métaux. Nous verrons dans la suite comme il
montre qu'il faut faire ce vinaigre métallique, & que la clef de ces secrets
consiste dans ce vinaigre métallique & dans l'essence du sel commun, dont il
se sert à cet effet pour le faire.
Dans le Xe Livre des Archidoxes que Paracelse appele la clef des autres , on
ne tire pas plus de lumières sur cette manipulation , qu'il cache toujours
comme la plus importante. Voici seulement ce qu'il en dit en general , tant de
la quintessence des métaux , que de toute autre chose.
Tirez le volatil qui monte dans la séparation des éléments, cohobant souvent
ensemble le volatil & le fixe; afin que la quintessence qui est passée avec le
volatil se réunisse avee celle qui reste au fond, ( ou bien que celle qui est
restée au fond monte avec celle qui est déjà montée ) prenez l'élément fixe qui
reste au fond après la séparation des trois éléments imparfaits, ( l'air, l'eau &
la terre ) & faites cela en quelque nature de corps que ce puisse être, dissolvez
le après dans son eau convenable , ( c'est le nœud de la difficulté ) chacune
suivant sa nature , comme nous l'avons dit dans les Livres des Archidoxes.
Digérez ensemble longtemps, distillez par la cohobation , & le reste per
descendum. Putréfiez encore, distillez & joignez le tout, distillez après au bain-
marie jusqu'à l'oléaginosité : corrompez , ou pour mieux dire putréfiez avec
l'esprit de vin très-subtil,en bouillant, l'impur tombera au fond & le pur
surnagera.. Séparez par le tritorium, & afin que toute l'acrimonie de l'eau-forte
s'en aille , mettez plus grande quantité d'esprit de vin , ce que vous ferez
plusieurs fois , abluant, & distillant, & digérant jusqu'à ce que la quintessence
soit bien douce: enfin lavez-la avec de l'eau bien distillée, comme on la dit.
Cette méthode est. commune non-seulement aux métaux, mais aux
marcassites, aux pierres . aux racines, aux herbes. aux chairs, choses liquides
ou fixes , il faut que suivant la doctrine de la séparation des éléments vous
sépariez les trois éléments imparfaits , & que vous procédiez ensuite sur
l'élément fixe, ( l'huile ou mercure de ce corps ) de la manière que nous
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 50
COMMENTAIRE.
Comme j'ai mis ensemble la manière dont Paracelse procède , ou sur les
herbes, ou sur les sels, ou sur les métaux & marcassites , on peut voir que le
procédé sur les divers corps desquels on veut extraire la quintessence , est
aussi différent , car on la tire plus facilement des végétaux & animaux , & plus
difficilement des sels , mais encore plus difficilement des métaux. L'on peut
tirer des végétaux aussi bien que des sels une humidité avec laquelle ils se
corrompent eux-mêmes , car sans la putréfaction, il est impossible de séparer
les éléments ou particules des mixtes, lesquelles sont très-bien mêlées
ensemble , & la quintessence avec elles , & fans cette décomposition & sans
la corruption des parties, il ne se peut faire aucune séparation.
Mais la difficulté est plus grande dans les métaux & marcassites & pierres, par
deux raisons: la première, parce que les métaux & les marcassites ont les
principes ou éléments mêlés plus subtilement & plus fortement, & par
conséquent on les décompose & putréfie plus difficilement.
La seconde raison est que les corps métalliques étant très secs & arides, l'on
ne peut tirer d'eux aucune humidité pour les putréfier & corrompre. Or on ne
peur putréfier & corrompre quelque chose sans l'humidité : il faut donc
ajouter aux métaux & marcassites une humidité, mais ce qu'il importe le plus
est qu'il faut y ajouter une humidité qui soit de leur nature, & assez subtile
pour pénétrer jusqu'au plus profond de ces corps, afin que toutes les plus
petites parties puissent se dissoudre & se décomposer ce que les eaux fortes
communes ne peuvent pas faire car elles ne font que corroder & limer (pour
ainsi dire) le métal plus subtilement qu'une lime ne ferait.
Il faut donc un dissolvant à pénétrer les plus petits pores de ces petites
parcelles, que l'eau forte n'a fait que limer , & c'est cette dissolution des plus
petites parties qu'on appelle dissolution & corruption radicale.
Il faut outre cela que le dissolvant soit le plus proche qu'il est possible de la
nature essentielle du corps que vous voulez dissoudre & décomposer , car
outre que sans cela la décomposition ne le ferait pas bien si elle se faisait, la
quintessence que vous voulez extraire se mêlant avec le dissolvant, s'altèrerait
& changerait de nature, & il en résulterait une troisième substance
dissemblable.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 51
ABREGE
Du cinquième Livre des Archidoxes du grand Paracelse, des Arcanes.
Conjointement avec le sixième Livre des Magistères.
Tous les secrets de Paracelse sont fondés sur l'extraction des quintessences de
divers corps: de manière que les Arcanes & les Magistères comme lui-même
le dit au dixième Livre, ne sont que les quintessences exaltées & poussées à
une plus grande perfection par la circulation , & autres manières qui purifient
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 52
& subtilisent la quintessence, & nous verrons ensuite que les élixirs ne sont
ordinairement qu'un mélange de plusieurs essences , ou bien une
quintessence exaltée.
Mais pour une plus grande clarté , nous avons besoin du dixième Livre qui est
la clef des autres, & sans lequel on aurait trop de peine à comprendre quelque
chose dans les autres Livres, dans lesquels il a omis exprès les choses
principales qui servent à l'extraction des quintessences métalliques qui sont
celles qu'on appelle proprement Arcanes : parce que ce sont les choses les
plus secrètes de la Chimie, & par lesquelles on peut faire la Pierre
Philosophale & les diverses Médecines qui guérissent non seulement les corps
humain de toutes les maladies, mais les métaux imparfaits de leurs
imperfections, & les réduisent à la pureté de l'or.
Mais quoique les Arcanes & les Magistères aient le même fondement , c'est à-
dire, la quintessence, néanmoins comme Paracelse y met quelque différence
dans la définition qu'il en donne: il faut voir en quoi consiste cette différence.
Dans la clef il dit clairement qu'il faut entendre que les Arcanes sont autre
chose que des quintessences graduées ou exaltées au plus haut degré de
perfection.
Quant aux magistères , il dit que ce font des mystères de l'Art: car sans avoir
besoin de tout le travail que l'on fait pour extraire la quintessence de la
manière que l'on a dit dit ci-dessus , par les Magistères non-seulement on tire
facilement la quintessence de tous les mixtes , mais on convertit tout le corps
du mixte en quintessence, comme le feu convertit tout le bois en sa nature de
feu , excepté quelque peu de cendre qu'il laisse, ce qui est apurement un
grand mystère de l'Art , comme il nous l'a dit dans la clef par ces paroles : de
même , dit-il, que je vous l'ai ordonne dans les autres Livres, je vous ordonne encore en
celui-ci , d'avoir égard a la concordance des natures , car la chose que vous ajoutez, au
mixte, ayant a transmuer en sa propre nature essentielle celle a qui vous l'ajoutez, , il faut
qu'il y ait une convenance de nature , & quelle soit facilement transmuable dans la nature
de l'agent.
Pour cela dans la clef il donne l'exemple du Magistère du vinaigre : Si vous
voulez faire une quantité de vinaigre , Il vous faut avoir auparavant le tartre ou la lie du
vinaigre qui doit faire la transmutation de quelque liqueur en vinaigre. Or pour transmuer
une liqueur entièrement en vinaigre, vous ne prendrez,pas de l'eau, mais vous prendrez, du
vin, parce que le vin est la nature la plus prochaine du vinaigre,qui auparavant a été vin,
alors avec une petite quantité du ferment du vinaigre vous changerez en bon vinaigre & en
peu de temps une quantité suffisante & convenable de vin; convenez, aussi que pour rendre
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 53
la chose plus facile & faire plus vite , vous corrompez auparavant le vin que vous voulez
transmuer, en le faisant bouillir, ou le laissant à l'air, afin que l'esprit s'évapore Si vous
voulez donc transmuer les métaux & les réduire en quintessence, il faut prendre ce métal
singulier , & qui est déjà ouvert, & avec lequel tous les autres métaux ( & marcassites )
sont mis en nature ( le-vif argent . ) il faut prendre dis je ce métal ouvert, & le corrompre
dans sa matrice qui est proprement de l'eau ( l'eau du sel marin ou l'essence du sel marin
dont on parlera après, ) laquelle ejl aujji la mère de tous les métaux qui se liquéfient au feu
comme fait la glace , et metal ouvert & étant corrompu comme il faut & purifié des
éléments superflus ; il faut que vous les réduisiez in primum ens : c'est à-dire en
quintessence , & alors ce mercure est notre vinaigre très- aigre , toutes les fois que vous
ferez dissoudre & digérer les métaux dans ce vinaigre, nécessairement tous les métaux se
changeront en vinaigre : c'est-a-dire en quintessence , mais de même que vous corrompez
auparavant le vin afin qu'il se change plus tôt en vinaigre, il faut en faire de même avec les
métaux : il faut les corrompre & mortifier le mieux qu'il est possible. Paracelse dit dans la
séparation des éléments qu'il faut sublimer le mercure, calciner le plomb , rendre en vert de
gris le cuivre, faire le crocus du fer & réverbérer l'étain ( après l'avoir calciné, ) en un mot
tl faut les réduire en petites parcelles les plus fines Afin que que le vinaigre métallique
mercurial puisse les dissoudre.
Par ces paroles précieuses qu'on ue peut trop lire & relire & apprendre par
cœur, l'on peut voir que dans les Livres précédents Paracelse avait omis
exprès le secret duquel tout l'Art dépend c'est,à-dire que vous ne pourrez
jamais corrompre les métaux , marcassites & pierres, sans un menstrue assez
puissant, qui soit de leur nature essentielle, & comme tous les métaux &
marcassites sont intérieurement vif-argent coagulé , il n'y a que la
quintessence du vif argent qui puisse les corrompre & les transmuer, & les
rendre en liqueur potable de la couleur du même métal , comme nous l'avons
vu dans le Livre des quintessences , & notez ce grand mystère que la
quintessence du vif-argent est cet argent vif de l'argent-vif, & le mercure du
mercure, tant prêché par les Philosophes, & qui seul, disent-ils, a la vertu de
réincruder les corps & les réduire en première matière avec la conservation de
leur nature spécifique & métallique, parce que le seul vif argent est de la
nature des métaux, des demi métaux & marcassites , & c'est donc la
quintessence du vif-argent que Paracelse appelle le tempéré , & ce que tous
les autres recommandent si fort de joindre l'espèce avec l'espèce, si nous
voulons faire une bonne génération , & ne pas produire des monstres ; c'est
ce que Paracelse recommande d'avoir égard aux concordances que nous
avons déjà indiquées, & qu'on ne peut trop répéter : il appelle ce menstrue le
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 54
que ne se mélange à aucune autre chose qu'à soi-même & aux métaux, ceux
auxquels il se joint plus facilement, contiennent plus de mercure.
Nous allons donc voir auparavant comme il faut faire le primum ens ou essence
du sel , ensuite nous verrons comme il fait le premier être ou quintessence du
mercure vulgaire , desquels quoiqu'il ait déjà dit quelque chose dans le Livre
de la quintessence , il en parle bien plus clairement dans le dixième Livre qu'il
appelle la clef des autres.
Mais il ne faut pas croire qu'il enseigne ces secrets aussi juste & aussi
nettement que s'il enseignait à faire du fromage , il a déclaré dans la préface
de cette clef, que de crainte que les méchants & ignorants ne deviennent
égaux aux bons & aux savants, il ne laissera pas d'omettre des choses que les
gens d'esprit trouveront, mais que les autres ne trouveront jamais ; Je traduirai
mot à mot ces deux grands secrets, afin que ceux qui sont experts dans l'Art
voient ce qu'ils doivent faire.
Dans nos autres Livres, dit-il, j'ai montré suffisamment que le véritable
élément ( d'où viennent les métaux ) & même les végétaux, est l'eau de la mer
& que cette eau est la véritable mère des métaux, & que de son premier être
( primum ens ) le premier des trois principes ( & sel ) a pris son origine, &
qu'aucun avant moi n'a fait & n'a point expliqué , n'ayant fait la mention que
des deux autres principes, le mercure & le soufre , ayant négligé de parler du
troisième principe, c'est-à dire du sel dont la mer est la source & l'origine , &
comme par l'expérience j'ai appris & que je l'ai insinué dans mes autres
Livres, que le premier être (primum ens ) ou la quintessence de l'élément de
l'eau (l'eau saline ) est le centre des métaux, & qu'ailleurs j'ai aussi ajouté que
chaque fruit (chaque graine ) doit mourir dans la matrice de laquelle il a tiré
la vie , afin qu'il puisse recevoir d'elle une vie nouvelle meilleure ( comme on
le voit dans toutes les graines des végétaux, qui ayant reçu la vie de la terre,
se putréfient en elle , ils germent & ils fructifient ) & que de cette manière le
vieux corps de l'arbre qui a produit la graine, revient pour ainsi dire, en
jeunesse dans un autre état plus parfait , c'est pour cela que je mettrai ici
l'extraction du centre de l'eau ( la quintessence du sel qui est la mère des
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 56
métaux ) & dans laquelle les métaux doivent se putréfier & laisser leurs
vieux corps.
Prenez le véritable élement de l'eau ou en sa place quel qu'autre sel qui ne
soit pas tout à-fait sec par le feu , ou si vous voulez prenez du sel gemme
dépuré : dissolvez le dans le suc de raves fortes , ou raifort, mêlé avec deux
parties d'eau commune, laissez-le putréfier au fumier avec soin, & le plus de
temps qu'il y demeurera sera encore mieux, ensuite laissez-le congeler &
putréfier encore un mois, distillez par la cornue & poussez à grand feu ce qui
reste en manière qu'il fonde , réverbérez dans la retorte avec un feu
continuel, faites dissoudre sur le marbre l'eau qui en vient, & mettez la dans
le sel qui est resté, & putréfiez de nouveau, distillez encore jusqu'à ce qu'il
reste comme de l'huile, versez dessus de l'esprit de vin , & ce qui est impur
tombera au fond, séparez l'impur, cristallisez ce qui est pur dans un lieu
froid , mettez dessus ce qui a distillé & cohobez tant de fois, jusqu'à ce qu'il
reste au fond comme de l'huile fixe & qu'il ne sorte plus rien de doux,
digérez encore un mois & distillez tant de fois jusqu'à ce que l'Arcane du sel
passe par l'alambic & ne vous ennuyez pas d'un si long travail , car ceci est la
troisième partie de tous les Arcanes, sans lequel rien de bon & bien de profitable ne se
peut tirer des minéraux & des métaux.
Quoiqu'il y ait plusieurs voies pour tirer l'essence du sel, celle-ci est la plus
utile & meilleures & ensuite celle que nous avons donnée en parlant de
l'élixir du sel. Il faut donc que vous preniez du sel nouveau , lequel vous
mettrez digérer avec l'eau dissolvante, qui est l'esprit du sel distillé & que
vous le distilliez & cohobez tant de fois ensemble jusqu'à ce que toute la
substance du sel se dissolve en une forme d'huile , & que le corps impur se
sépare en forme de flegme. De cette manière vous pouvez faire le magistère
du vitriol, du tartre & de tous les autres sels.
Pour tirer une plus grande lumière sur la manière de faire cette essence du
sel , je mettrai ici ce que Paracelse vient de citer de l'élixir du sel.
Prenez, dit-il, du sel bien préparé, très blanc & net, mettez dans le pélican
autant d'eau dissolvante qui soit six fois du poids du sel , digérez au fumier
pendant un mois, distillez l'eau dissolvante (qu'il dit dans la clef) être l'esprit
du sel, & remettez la de nouveau sur le sel restant; redistillant tant de fois
jusqu'à ce que le sel devienne comme de l'huile.
Paracelse pour former son élixir y ajoute la quintessence de l'or, de laquelle il
n'est pas question à présent
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 57
Pour tacher d'avoir encore quelque lumière sur cette matière , j'ajouterai une
autre manière que Paracelse nous donne en un autre lieu , voici comme il
s'explique.
Prenez , dit-il, du sel gemme purifié, & faites le fondre dans un creuset bien
fort,à grand feu, l'y laissant en fusion pendant une heure, le sel étant refroidi
pulvérisez-le encore & fondez-le comme auparavant, faisant de même cinq
ou six fois comme la première, ( peut-être il faut le dissoudre pour en séparer
la terre; ayant pulvérisé le sel, ajoutez-y du suc de raifort comme auparavant ,
c'est-à-dire mêlant le suc avec de l'eau commune, & le passant par un linge )
faites dissoudre ainsi votre sel , & faites le digérer, distillez par l'alambic ,
coagulez & réduisez-le en poudre , putréfiez six jours & distillez à grand feu
comme si vous faisiez de l'eau-forte, observant les degrés du feu , continuant
ainsi jusqu'à ce que rien ne distille , continuez le feu afin qu'il se calcine bien,
& ce pendant une heure, pulvérisez le sel tout chaud, & faites le dissoudre
sur le marbre en lieu humide, putréfiez cette dissolution & distillez & répétez
cela trois fois, ce qui reste dissolvez-le encore , & mettant dessus toutes les
trois eaux distillées, faites-le encore digérer cinq jours, distillez au sable &
ainsi distillant & putréfiant enfin tout le sel montera , excepté un peu de terre
morte que vous rejetterez , purifiez encore toute l'eau distillée pendant un
jour , rectifiez ensuite deux ou trois fois , & vous aurez l'eau ou quintessence
du sel (en forme d'huile.)
Je donnerai encore une autre recette de Paracelse plus courte, & par laquelle
on épargne tant de fusions en calcinant le sel ; la voici.
Prenez, dit-il, du sel commun & du nitre, parties égales, calcinez-les
ensemble , selon l'Art ( avec le charbon pilé ) de ce sel calciné on distille un
esprit qui résout l'or en huile , mais il faut que pour faire cette eau de sel, l'on
soit fort expert dans la Chimie.
La lumière qu'on tira de cette recette est qu'il n'est pas nécessaire de faire
toutes les longues fusions ci-dessus, & qu'il suffit de le calciner avec le nitre ,
mais cependant il faut faire le reste que l'on a vu dans les autres recettes.
Voici le plus grand de tous les secrets , lequel consiste dans la manière de tirer
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 58
la quintessence du vif argent par le moyen dudit sel,& c'est ce que les
Philosophes appellent vinaigre très aigre métallique & leur sel armoniac
végétable , parce qu'il fait végéter les métaux, & de morts qu'ils étaient leur
donne la vie végétable & multiplicative , & c'est ce grand secret que tous les
Philosophes ont tant caché, que Paracelse nous révèle en partie.
Si vous voulez réduire le mercure vulgaire en quintessence liquide , il faut
auparavant le mortifier, ce qu'on fait par diverses sublimations jusqu'à ce qu'il
devienne comme un cristal fixe, le sublimant avec le vitriol & sel commun
plusieurs fois. Dissolvez-le ensuite dans sa matrice , c'est-à-dire dans la
quintessence du sel susdit, putréfiez pendant un mois , corrompez encore
avec nouvel Arcane du sel, & l'impur tombera au fond , cristallisez le pur,
sublimez ces petits cristaux dans un réverbère clos, tournant le réverbère à
mesure jusqu'à ce qu'il devienne rouge, retirez ce sublimé avec l'esprit de vin
parfaitement subtil, faites l'extraction, ce qui reste, dissolvez-le sur le marbre.
Digérez pendant un mois, versez nouvel esprit de vin digérez & distillez ,
alors vous aurez le premier être ou quintessence du mercure qui distillera en
forme liquide que les Philosophes appellent vinaigre très-aigre métallique, &
dans nos Archidoxes, nous le nommons le circulé majeur, à la différence de
celui du sel commun.
Et notez que la quintessence du sel commun, aussi bien que celle du vif-
argent, étant liquides ou les fait circuler encore quelques semaines au bain,
afin que quelques impuretés tombent au fond & deviennent plus subtiles, &
alors on appelle le sel circulé, mercure circulé.
Voilà les deux plus grands secrets de Paracelse sans lesquels, comme il le dit
lui même , l'on ne peut rien faire d'utile sur les métaux & choses métalliques,
qui n'ayant point de suc qu'on puisse tirer d'eux, on ne peut les corrompre &
les réduire en liqueur que par l'addition des choses qui sont de leur nature.
Les végétaux & les sels donnent leurs sucs avec lesquels on peut les résoudre,
corrompre & purifier , & par ce moyen les décomposer & tirer leur essence
sans addition : mais les choses métalliques ayant besoin d'addition, il faut
avoir égard au tempérament & à la concordance des natures, si vous voulez
bien faire.
II nous faut donc faire quelques observations sur les Magistères. Paracelse
insinue que les magistères sont des mystères de l'Art, par lesquels vous
pourrez transmuer en quintessence tout le corps que vous voulez transmuer :
l'exemple est dans le vin avec la quintessence du vinaigre qui est dans son
tartre & dans sa lie, vous transmuez , dit-il, tout le vin corrompu en bon
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 59
J'ai parlé des Magistères avant les Arcanes, parce qu'il me semble qu'on ne
peut pas composer ces Arcanes sans les choses dont nous devons parler,
comme le Lecteur en pourra juger.
Paracelse nous propose quatre Arcanes ou grands secrets : le premier est
l'Arcane de la première matière , le second , de la Pierre Philosophale , le
troisième du mercure de vie , le quatrième, de la teinture de ces choses, Quant
à l'Arcane de la première matière, il dit qu'elle est fondée non-seulement sur
la première matière de l'homme , mais encore sur celle de toutes les créatures
corporelles, & sur tout ce qui vient par semence , super omne quod ex semine
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 60
quopiam nascitur , & que cette première matière philosophique préserve les
arbres de la corruption , empêche les herbes de sécher & qu'elle empêche que
les métaux se rouillent ou qu'ils se gâtent , & mieux encore elle empêche les
hommes & les animaux de se corrompre, par ce moyen les arbres rajeunissent
les herbes qui sècheraient l'hiver, conservent leur verdeur , se renouvelant par
leur propre matière première ( qui est eur essence séminale végétative) car,
dit-il, comme la peau de la Salamandre sort du feu, nette & purifiée de toutes
sortes d'ordures , de même les animaux & végétaux se purifient dans leur
intérieur, de manière qu'on peut vivre en santé au delà de ce qu'on aurait fait
par le cours ordinaire de la nature ; la vertu de cet Arcane consiste donc en
quelque manière à renouveller les principes vitaux de tous les êtres, & à les
conforter & purifier parfaitement. Pour savoir ce que c'est que cette première
matière dont on doit se servir, il dit que dans les corps visibles, c'est la
semence de ce Corps, & dans les corps sensibles c'est leur sperme.
Il faut savoir , dit-il encore, qu'il ne faut pas prendre la première matière
insensible mais la sensible qui vient d'elle , & de telle vertu, qu'elle ne permet
pas que le corps se consomme, car elle fournit de quoi pouvoir réparer ce qui
se perd & se dissipe, tant aux animaux, qu'aux plantes. Par exemple la
quintessence de la semence des orties ou des cerisiers, si on la met à leurs
racines, & qu'elle puisse attirer cette esprit ou teinture de leur première
matière , elles ne pourriront pas dans l'hiver ni les feuilles des arbres ne
sècheront point, quoique suivant le cours ordinaire elles dussent se sécher. Il
faut dire de même des autres plantes & arbres qui resteront verts pendant
toute l'année, & ils fructifient d'avantage.
Nous ne parlerons donc pas a dit-il de la quintessence du sperme , mais de
l'Arcane du sperme des choses, & nous en donnerons la pratique comme d'un
grand secret duquel on peut tirer des avantages bien plus surprenants, que de
la quintessence , mais avant que de passer outre, il semble que Paracelse nous
laisse en quelque obscurité, pour savoir quelle est cette première matière ; Il
dit bien qu'elle est dans la semence de tous les corps & dans le sperme de
tous les animaux vivants , mais j'ai de la peine à croire que pour la Médecine
de l'homme, il veuille se servir de ce qu'on appelle sperme de l'homme
comme quelques brutaux ont fait ; il est vrai que dans la clef il dit que les
Arcanes ne sont que les essences graduées, c'est-à dire exaltées au souverain degré de
perfection, ce qui est déja un point important à connaître , & il ajoute qu'ils
sont la même chose que les Magistères & les premiers êtres des choses exaltées, comme on
l'a dit, au plus haut degré de perfection ; ce qui, ce me semble , se fait par une
longue & exacte circulation. Mais en expliquant la première matière il dit : &
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 61
pour le premier Arcane de la première matière je veux qu'on entende la première matière
ou le premier être( primum ens) du limbe humain,& encore la première matière du
mercure du Sel dont on a parlé ci-devant car ee mercure, dit-il, lui est prochain &
conforme en nature ( c'est-à-dire au limbe humain.) Il semble donc, que Paracelse
entend sous le nom de première matière d'un corps, la quintessence de quelque
corps , c'est à-dire son mercure, qui ressemble au sperme, d'autant que cette
liqueur est onctueuse & gluante, & que c'est en elle que git la vertu générative
& végétative. Et comme ce mercure est plein de sel volatil, & que l'homme
fait beaucoup de sel volatil des choses qu'il mange, & du sel même dont les
viandes sont assaisonnées, il dit que le mercure ou sperme du sel commun est
prochain en nature au mercure du sang duquel se forme le sperme animal,
lequel sperme n'est autre chose que le sang dépuré, filtré, circulé & exalté par
la nature au plus haut point de perfection. Et notez que la Chimie n'a appris
ces opérations que de la nature même, qui putréfie dans l'estomac la
nourriture , la filtre & la cuit en lait, ensuite l'anime dans le cœur & dans les
poumons. Elle sépare le pur de l'impur par diverses filtrations & circulations
en divers viscères : car dans le foie se sépare la bile , & dans la rate le sang se
filtre, & s'en sépare la mélancolie , par les vaisseaux lymphatiques, se sépare le
flegme , & en d'autres fibres & lieux propres , se séparent diverses parties
impures. Enfin dans le cerveau se fait la dernière filtration & dépuration du
sang , où se filtre l'esprit animal qui est la vraie quintessence du sang, & de
tous les aliments.
Notez aussi que ces mêmes esprits animaux font dans notre corps ce qu'on
appelle Magistère dans la Chimie: car le mêlant avec sang & les aliments, ils
changent ces aliments en substance de sang , & en esprits semblables à eux-
mêmes , ce qu'ils font en corrompant, digérant, filtrant, circulant, & séparant
le pur de l'impur des aliments , comme savent ceux qui entendent l'Anatomie
& les ressorts de la machine animale: Or les Chimistes font & doivent faire la
même chose, c'est-à-dire en purifiant , distillant, cohobant, & filtrant , & pour
donner la dernière perfection à la quintessence, ils la circulent longtemps
parle pélican où elle se subtilise & purifie encore, laissant tomber au fond
quelques crasses ou terrestreités subtiles & invisibles qu'elle contenait en soi
& qui ne sont pas séparables par la simple distillation. Par cette manière la
quintessence devient enfin Astrale c'est-à-dire aussi subtile que la lumière des
Astres, & semblable aux influences invisibles du soleil & des étoiles. Voilà en
partie en quoi consiste (à ce que je crois) la perfection & la quintessence des
Magistères, qui deviennent enfin Arcanes.
La pratique que Paracelse donne de l'Arcane , me confirme aisément dans
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 62
mon opinion. Prenez, dit-il, une livre de la première matière (la quintessence )
mettez-la dans une bouteille,& laissez-la. circuler pendant un mois & ajoutez-
y un poids égal de la monarchie, & laissez circuler ensemble encore un autre
mois , distillez enfin au bain , & conservez l'Arcane.
L'on voit qu'il n'y a qu'à circuler & digérer la quintessence, qui est la matière
première & essentielle de la chose. Quant à savoir ce qu'il entend par
Monarchie ,il dit lui-même dans le traité de l'herbe Millepertuis, Monarchia
autem est id quod est optimum : que le mot de Monarchie est universel, &
commun à tout ce qui est de plus parfait , on peut donc croire que toutes les
quintessences peuvent mériter ce nom, & particulièrement l'Arcane du sel
qu'il dit être plus proche de la première matière. Sur ce point je laisse à
chacun son opinion, d'autant plus que dans l'Allemand t au lieu de Monarchie ,
il y a esprit de vin, mais ce mot est aussi équivoque chez les Adeptes que celui
de Monarchie : néanmoins je suis presque sûr que la substance de ce qu'il
nomme première matière, n'est que la quintessence des corps autrement
appelée mercure ou sperme des corps par similitude, comme je l'ai dit dans
les principes. Dans la clef il déclare nettement la chose. Par l'Arcane de la
première matière ou le premier être, il faut entendre la première matière, ou le premier, être
( primum ens ) du limbe humain, comme aussi la première matière du mercure
du sel qui est prochaine en nature à tous les mercures ou essences , c'est
pourquoi, ajoute-t-il ,suivant le procédé des premiers êtres (des essences)
réduisez le tout en substance liquide, & ensuite joignez-le avec la Monarchie ,
comme étant la chose qui le vivifie, & la distillez enfin sans vous soucier du
corps (impur.)
Du deuxième Arcane.
Il dit que le mercure de vie surpasse de beaucoup en vertu les deux Arcanes
précédents, d'autant qu'il assure qu'il n'y a aucun corps simple qu'il connaisse
avoir les vertus que contient en soi le mercure de ce corps , lesquelles vertus,
dit-il, ne lui viennent pas tant de la quintessence , que des vertus spécifiques
de la même essence, comme il l'a montré en parlant des vertus spécifiques.
Car, dit-il, ce mercure de vie transmue les corps en sa propre essence , les
purifiant au plus haut degré , & donnant la vie à toutes choses , tant aux
végétaux qu'aux animaux , de la manière suivante; Le mercure de vie
transmue le mars dans sa propre essence, d'une manière néanmoins que
quoique le mars soit réduit dans l'essence de ce mercure , néanmoins ce
mercure peut se transmuer encore & devenir mars parfait, de la même
manière que l'or étant dissout passe en nature du mercure & transmue en sa
nature, néanmoins ce mercure réduit après les autres métaux en or, semblable
à celui qui a été transmué.
Et ce mercure de vie non-seulement agit sur les métaux & minéraux, mais sur
les plantes & sur les fleurs, auxquelles il donne une nouvelle vie & une
nouvelle beauté , si on les arrose avec une quantité convenable de ce mercure
de Vie.
II faut entendre la même chose des brutes & des hommes, dont il renouvelle
tous les membres du corps, si vieux & caduques qu'ils soient, redonnant des
forces nouvelles ; fait que les femmes rajeunissent, leur rendant leurs
menstrues & les rendant capables de concevoir.
Paracelse poursuit en montrant une des choses qui, à mon avis, mérite la plus
grande attention , d'autant quelle met en évidence la perfection de cet
élément céleste qu'on appelle quintessence.
La raison , dit-il , pourquoi la quintessence de l'antimoine , (c'est le sujet
principal de cet Arcane ) peut prolonger la vie, c'est par ce que c'est une
quintessence, qui a des propretés admirables, entre autres celle de purifier le
sang & toutes les parties du corps, & d'infuser des principes de vie, ce qu'il
faut entendre ici. Quand un corps pourrit , ce n'est pas faute que dans ce
corps il n'y ait encore beaucoup de quintessence vitale, ou que la même
quintessence soit pourrie avec le corps: il est vrai qu'elle se disperse avec le
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 65
corps, & qu'elle se dissipe avec les parties dudit corps, ou dans l'air ou dans
l'eau, ou dans la terre; mais la quintessence en elle même ne se corrompt pas
& ne se détruit point , ce qu'il faut beaucoup remarquer & en même temps
admirer. Voyez la rose, par exemple , pourrie comme du fumier & dans le
fumier , elle retient toute son odeur qui lui vient , comme on l'a dit de la
quintessence., & elle pue, ce n'est que le corps corruptible qui pue , la
quintessence de la rose conserve toute la suavité de son odeur comme il
parait, car si vous mettez putréfier une quantité de roses au fumier, vous
aurez une masse pourrie & puante mais si vous la mettez distiller, vous aurez
de la bonne eau rose, laquelle eau est odoriférante, parce qu'elle est teinte de
la quintessence de la rose , laquelle essence quelque fois surnage un peu l'eau
en forme d'huile, si vous savez bien opérer : cela est encore plus visible dans
plusieurs autres plantes, comme l'absinthe, la sauge, le romarin, la lavande , &
une infinité d'autres.
Le corps & les éléments impurs & grossiers font puants quand ils sont
pourris, mais la quintessence parmi la corruption puante, conserve toute son
odeur, saveur & vertus. Si vous séparez l'incorruptible du corruptible, non-
seulement la quintessence n'aura rien perdu de son efficace & de ses
propriétés par la pourriture du corps , au contraire elle paraît d'autant plus
forte, que toute la vertu répandue dans une grande masse corporelle, est
ramassée en une petite quantité & dépouillée de son corps grossier, & elle est
plus pénétrante , plus active , & plus efficace.
Ajoutez que pour guérir les maladies auxquelles elle est propre, étant privée
de son corps corruptible qui se corrompt facilement dans un corps infecté
par des humeurs corrompues, cette corruption du corps peut augmenter la
maladie au lieu de la guérir, & plus encore quand les ferments de l'estomac &
du sang sont fort malins.
Les quintessences des végétaux ne sont pas facilement altérées par les
ferments qui causent la maladie , celles des sels, encore plus difficilement &
celles des métaux résistent à tout, & particulièrement celle de l'or & celle de
l'antimoine est égale à la quintessence de l'or, & elle a des propriétés spéciales
qu'en un certain sens Paracelse relève au dessus de l'or même , pour dépurer
& conforter la quintessence qui est dans le corps de l'homme, & même en
quelque sorte la multiplier. Car , comme on l'a dit quand l'homme est
malade , qu'il meurt & se putréfie , ce n'est pas que l'essence manque ou
qu'elle se putréfie , mais c'est qu'elle est opprimée & pour ainsi dire étouffée
par les humeurs corruptibles du corps impur : Or le mercure de vie , dont la
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 66
c'est que l'essence des choses que nous mangeons & buvons , altèrent peu à
peu l'essence naturelle , de manière qu'elle se détruit insensiblement & ne
peut bien réparer les parcelles du corps & de l'esprit que nous perdons. Aussi
ni la Pierre Philosophale, ni ce mercure de vie ne peuvent pas rendre l'homme
immortel, mais seulement allonger un peu la vie, & la rendre saine, & même
cela s'entend , en usant discrètement de ces médecines :car ces quintessences
étant très-fortes , elles détruiraient par les raisons susdites, l'essence humaine ,
c'est pourquoi Cosmopolite exhorte d'user discrètement de cette médecine ,
car dit-il une grande flamme éteint la plus petite d'une bougie, cela est visible
dans l'eau de vie & mieux encore dans l'esprit de vin qui est l'essence du vin
Ceux qui boivent trop de vin abrègent leurs jours, & ceux qui boivent de
l'eau-de-vie font bientôt blessés , l'eau-de-vie approche plus de l'essence du
vin : enfin l'esprit de vin , si on en buvait comme du vin , en peu de temps
tuerait l'homme en détruisant les ferments essentiels.
Mais pour venir à la pratique de cet Arcane de l'Antimoine , voici comme
Paracelse l'enseigne dans ce Livre, avec son obscurité ordinaire.
Prenez le mercure essencifié, (l'essence du mercure) séparé de toute impureté,
sublimez-le après avec l'antimoine, de manière que tous les deux se subliment
ensemble , & qu'ils deviennent un seul être inséparable ; faites les résoudre
sur le marbre, dissolvant & coagulant quatre fois , cela fait, vous aurez le
mercure de vie dont nous avons parlé , avec toutes les vertus susdites, pour
soulager & consoler votre vieillesse.
Dans la clef il s'explique un peu plus, mais non pas d'une manière qui suffise
à ceux qui ne savent pas toute la manipulation. Paracelse avec raison faisait un
si grand cas de ce mercure, que pour les maladies humaines il le préférait à la
Pierre Philosophale. Basile Valentin a fait un Livre intitulé le Chariot Triomphal
de l''Antimoine , mais on n'en a pris que l'éeorce.
Pour ce qui est de l'Arcane du mer cure de vie, nous entendons le feu vivant (la
quintessence de l'argent vif) c'est-à. dire que le mercure vulgaire soit réduit en quintessence
par la quintessence du sel dont en a parlé ci-dessus, & qu'il soit vivifié avec la quintessence
de l'antimoine qui lui communique une vie céleste. Paracelse ne dit pas ici tout ce qu'il
faut faire, laissant quelque chose aux bons esprits.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 68
L'on voit donc seulement que le mercure de vie est formé de la quintessence
du mercure ou argent vif vulgaire , animé de la quintessence de l'antimoine
(du régule) lesquels mêlés inséparablement ensemble par le moyen de la
quintessence du sel, & fixés ensuite , forment ce qu'on appelé mercure de vie
, & comme cette composition forme une Poudre rouge, je crois que c'est la
même que Paracelse appelle ailleurs mercure corallin dont les vertus, dit-il ne
sont pas inférieures à la Pierre Philosophale ( pour le corps humain) & vous,
remarquerez que la Pierre qu'il forme pour la transmutation des métaux, est la
même composition , avec l'addition de l'essence séminale de L'or qui lui
donne la fixité parfaite, comme nous, le verrons dans le traité de la Pierre.
Paracelse a joute encore an autre éclaircissement sur le mercure de vie dans la
même clef par ces paroles.
De même, dit-il que des herbes ( comme par exemple de la vigne) on peut
tirer de l'essence ( l'esprit de vin) laquelle tire l'essence de toutes les autres .
herbes, de manière que le mercure du vin ne conserve pas tant ses propres
qualités comme celles dont l'esprit de vin est imbu: de même il arrive dans
les métaux & animaux , car on peut tirer du vif-argent commun , qui est un
métal ouvert, & qui donne plus facilement & plus abondamment son
essence; on peut tirer dis-je, du vif-argent un esprit ou mercure de telle
puissance , que vous tirerez des métaux parfaits une essence avec laquelle ce
mercure du mercure étant uni il ne retiendra plus sa première nature : Or ce
mer cure ainsi essencifié & imprégné de la quintessence de l'or, si vous
l'unifiez ensuite avec le baume de la quintessence céleste de l'antimoine ,
dont it prend une vie nouvelle & plus que céleste, il faut après que vous le
fassiez cuire & digérer dans un réverberatoire bien bouché, & alors il
s'appelle mercure de vie, dont les vertus nous paraissent merveilleuses , c'est
pourquoi je crois qu'il n'en faut pas parler d'avantage, afin qu'elles ne soient
pas méprisées par les ignorants.
Notez que cette composition de l'essence du mercure du régule d'antimoine
& de l'essence de l'or, non-seulement est une médecine pour les corps
humains , mais si vous la fermentez avec de l'or pur, elle est médecine pour
les métaux imparfaits, qui par elle sont transmués en or parfait, de quoi je
parlerai plus au long dans le Traité de la Pierre.
Quant à l'Arcane de la teinture , Paracelse dit dans fa clef qu'elle n'a pas
besoin d'explication, d'autant que son seul nom l'explique suffisamment , il
dit dans le cinquième Livre des Archidoxes, que sa teinture est une ,
médecine si excellente & si subtile , que de même que la teinture des
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 69
Paracelse confirme ici ce que je viens de dire des vertus Spécifiques des
plantes & des autres corps , mais il nous montre en même temps deux choses
importantes , dignes de la grandeur de son esprit.
La première , il l'a déja insinuée en parlant de la quintessence , c'est à-dire que
les essences ne tirent pas proprement leurs vertus de ce qu'elles font chaudes
ou froides , sèches ou humides ern certains degrés , comme les Médecins
Galliénistes l'enseignent , mais parce qu'ils ont tiré cette vertu de la nature
ouvrière qui a su faire un certain mélange des éléments , qui est
imperscrutable à l'homme ; de manière que la rhubarbe ne purge pas la colère
plutôt qu'une autre humeur , parce que la rhubarbe est chaude , mais parce
qu'il y a dans son essence (comme on l'a dit) un certain mélange
imperscruptable de particules élémentaires qui attaquent plus facilement cette
humeur qu'une autre ; car le clou de girofle , par exemple , l'anarcade &
d'autre drogues plus chaudes que la rhubarbe , ne purgent point la bile ni
d'autre humeur. Il faut dire la même chose de plusieurs autres remèdes , dont
les uns purgent , les autres confortent ; à mon avis , il vaudrait mieux avouer
franchement qu'on ne sait pas trop pourquoi certaines choses font certains
effets, & dire, comme j'en ai vu quelques uns, que la Seine purge parce qu'elle
a la vertu purgative , il ,vaut mieux, dis-je, dire cela, que d'apporter de
mauvaises raisons , mais l'on passerait pour ignorant dans le peuple, & plus
encore auprès des grands , si l'on ne se servait de termes obscurs, & si le
Médecin ne savait pas parler bon Latin & Grec.
La seconde observation que Paracelse nous fait faire, c'est que souvent du
mélange de deux choses qui n'ont pas séparément une telle vertu, il en résulte
une vertu spécifique, qui n'est ni l'une ni l'autre de ces deux choses , il en
donne plusieurs exemples, donc je me contenterai d'en rapporter deux.
L'huile des cerises, dit-il, est tirée par l'Art chimique & qu'un élément
prédomine en chaleur ou en humidité , mais du mélange des éléments que la
seule nature connaît , & qui seule a su les mélanger en certaines proportions ;
par exemple, la carline tire à foi la vertu de toutes les autres herbes qui
l'approchent, comme le soleil attire l'humeur de la terre & du bois , ce qui est
une propriété unique à cette plante, & qui ne lui vient pas d'être ou chaude,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 71
Du Spécifique odoriférant
Pilez le tout grossièrement en forme de pâte, ajoutez le jus des oranges, deux
quarte ( comme on dirait deux demi septiers qui sont deux quarts d'une pinte)
digérez dans le pélican pendant un mois, après pressez tout le jus avec les
mains, ou par la presse , & jettez le marc, mettez le jus dans le pélican &
ajoutez :
macis, girofles , cinnamone , ambre, de chacun un demi scrupule , musc deux
dragmes, civette une dragme
Pilez ce qu'il faut piler impalpablement, & laissez digérer le tout ensemble
aver le jus susdit pendant un temps convenable , la vaisseau étant bien
mastiqué ; ajoutez ensuite de la gomme arabique dissoute en eau de rose ou
toute autre eau odoriférante, une demi once, & une once de gomme adragant
dissoute de la même manière , afin que le tout durcisse ; & quant vous verrez
que tout est devenu comme du verre ou du tac transparent, rompez le verre,
retirez le spécifique odorant duquel il suffit d'en avoir dit ceci.
Quoique que Paracelse ne dise pas qu'il faut tirer lesdites liqueurs , il faut
comprendre que cela est nécessaire pour avoir le tout bien pur ; il y a d'autres
circonstances qu'il omet. Vous pourrez omettre le musc ou autre chose qui
vous déplaît & mettre d'autre en place cela ne sera que pour l'exemple
Du Spécifique Anodin.
Paracelse montre que la composition suivante , n'agit pas dans tout l'homme ,
mais seulement sur le mal : ce n'est pas l'homme, dit- il, qu'elle doit
réparer,mais la maladie & la douleur, laquelle reposant laisse s homme en
repos.
La tradition port, que Paracelse faisait des miracles avec ce remède, duquel
suivant toute apparence, il ne découvre pas ici entièrement la composition,
mais seulement les matières dont il se servait, ce sont les suivantes.
Opium de Thebes, une once
Suc des oranges aigres, Suc de citrons six onces chacun.
Cinamome, Girofles. Demi once chacun
Tout étant bien pilé & bien mêlé, mettez les dans un matras de verre bien
bouché, digérer au soleil ou au fumier pendant un mois, après exprimez tout
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 73
Du Spécifique Diaphorétique.
Tous les maux qui peuvent être guéris par la sueur, sont guéris par ce
Spécifique : il faut donc prendre garde que ce remède est plus précis pour les
maladies qu'on appelle inter cutem , entre chair & peau , ou qui sont dans la
moelle des os, & semblables; car, dit-il les simples essences qui vont au cœur
& au sang, n'ont pas la force de chasser au dehors le mal mais cela est
accordé aux Spécifiques sudorifiques.
Prenez donc Gingembre, une livre.
Poivre long, une once
Poivre noir, une demi once.
Grains de Paradis, une once.
Cardamomes, trois dragmes,
Pilez subtilement , & mettez dans un vaisseau de verre avec demi once de
bon camphre, & deux onces d'eau dissolvante (le mercure du sel)faites digérer
jusqu'à ce que le tout soit consommé , séparez ensuite l'eau dissolvante, &
faites digérer encore un mois. Ce ensuite circulez huit jours : exprimez après,
& vous aurez un très puissant diaphorétique.
Paracelse cache ici la manipulation dans la dissolution des choses pour avoir
leur lue , L'experienct' peut-être manifesteroit ce qui est caché, mais il faut
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 74
Du Spécifique purgeant,
Paracelse montre qu'il faut que le Médecin ait beaucoup de jugement pour
ordonner les choses qui purgent l'humeur qui cause la maladie, & non de
purger indifféremment avec toutes fortes de remèdes , car ce n'est pas assez
que le malade ait rendu beaucoup de matière , avec lesquelles vient le bon &
le mauvais.
Il choisit deux ou trois choses qu'il dit être des Spécifiques propres la plupart
pour des humeurs malignes , du mélange desquels il compose son purgatif.
Magistère de tartre, Magistère de vitriol. Mêlez ensemble & ajoutez
Quintessence de Crocus.
Digérez au pélican ou sable pendant un mois: les intelligents, dit il, entendent
le reste.
Avec ce remède , ajoute-t-il l'on purge non seulement les hommes & les
animaux, mais aussi les arbres de leurs superfluités , car les végétaux ont leurs
humeurs peccantes, comme les animaux. L'Antos qui a peine à végéter est
guéri par le Magistère de vitriol , les autres plantes ont leurs remèdes
Spécifiques.
Du Spécifique attractif.
Paracelse montre que le Spécifique attractif dont il parle, sert à tirer l'humeur
maligne du corps, en l'appliquant sur quelque émunctoire & sur la plaie , qui
est la même chose que l'émunctoire, par où la nature décharge ou évapore la
mauvaise humeur qui accable le corps. Il dit au surplus qu'il y a plusieurs
espèces de compositions attractives, lesquelles sont bonnes pour attirer une
seule chose : il assure qu'on en peut faire quelques unes qui attirent la chair ,
d'autres l'eau , quelques unes qui appliquées à la bouche , tireraient dehors les
poumons , ou la rate ; car ajoute-t-il , la vertu attractive n'est pas seulement
entre le fer & l'aimant, mais en d'autres choses , dont Paracelse dit qu'il se
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 75
Du Spécifique Styptique
ïl dit des merveilles de ce Styptique , & qu'on peut par ce moyen joindre deux
plaques de fer ou de cuivre, de manière qu'il n'y a que le feu de fonte qui
puisse les séparer , & que des pierres amoncelées ensemble ou bien un
monceau de sable, deviennent d'une telle ténacité, qu'elles forment un corps
dur & inséparable comme si c'était une seule pierre , & que par la seule
ablution de ce Styptique, les deux lèvres de la bouche se tenaient si fort, qu'il
fallut ensuite employer des instruments de fer & profusion de sang pour
l'ouvrir ; dans les blessures ou fractures même de la vessie , il fait des choses
choses étonnantes,car il n'y a point d'eau qui puisse en ôter la vertu ,
quoiqu'on lave beaucoup l'endroit
La quintessence du Bol, La quintessence du fer, La quintessence du Carabé
alias cathebes, chacun une livre
Digérez dans le vaisseau de verre aux cendres chaudes pendant un mois.
Retirez-le & ajoutez du tartre desséché, demi livre, & donnez-le en médecine
suivant les besoins, car il opère d'une manière surprenante.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 76
Du Specifique Corrosif.
Il en met deux , l'un pour la suffocation, lequel mal, dit-il , ne se peut guérir
que par un Spécifique, qu'il dit être la fumée des ficus cutis, c'est-à-dire la
première écorce du figuier, ou la peau des figues (car ce mot ficus cutis peut
être équivoque) reçue dans la matrice par un entonnoir sans autre préparation
, l'autre est propre à provoquer les menstrues c'est la rate d'un bœuf réduite
en quintessence ou Magistère.
Mais pour arrêter la profusion des menstrues il se sert de la quintessence du
corail ou de l'huile de fer, ou le fer potable, qui est plus astringent qu'aucune
chose.
Il dit qu'il serait trop long s'il voulait parler dans ces Archidoxes de tous les
Spécifiques , mais que ceux-là suffisent, puisqu'ils font aussi incarnatifs, &c.
car pour peu qu'on connaisse la vertu des choses,on connaîtra à quoi ils sont
bons,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 77
Les Élixirs que Paracelse nous donne dans ce Livre , ne sont qu'un mélange
de plusieurs essences efficaces, & très-propres à conserver la santé,
préservant les humeurs de toute corruption : car, dit-il, de même que le
baume peut conserver le corps plusieurs siècles sans qu'il se corrompe , si on
le frotte extérieurement avec du baume ou choses balsamiques comme
faisaient les Égyptiens, dont on trouve encore les momies : de même ces
Élixirs préservent les humeurs, & les parties internes de toute corruption,
puisqu'ils confortent la nature , de manière qu'elle peut faire parfaitement
bien les digestions , & se mêlant avec le sang , ils l'animent pour ainsi dire ,
d'une nouvelle âme végétale qui répare celle qui se dissipe.
Et vous verrez que ces Élixirs sont composés non-seulement des choses qui
ont des propriétés Spécifiques contre la corruption , comme par exemple le
sel commun , mais aussi les choses qui sont en elles-mêmes comme
incorruptibles, telle qu'est la quintessence de l'or , du mercure, de l'antimoine
& autres choses semblables qui en font la base : les autres qui en quelque
manière paraissent corruptibles, on n'en prend que leur essence qui est
beaucoup moins sujette à corruption , & qui étant mêlée avec des choses tout
à fait incorruptibles , prennent encore quelque chose de leur propriété.
La nature , ajoute-il, ne nous donne pas des choses simples qui puissent faire
ces effets , mais elle nous donne des choses qui peuvent préserver les corps
morts de la putréfaction : il sera encore facile à l'Art de se servir de la même
nature & du plus pur de ces mêmes choses pour préserver les corps vivants
de la corruption , & l'on peut dire que ces Élixirs sont des mystères de l'Art &
des merveilles de l'esprit humain.
a le pouvoir de la soutenir en bon état , & de résister à tout ce qui lui est
contraire : car de même que l'arsenic change tous les aliments en poison , cet
Élixir contribue à changer tout en biens & défend le corps du mal, & même
après la mort empêche que le cadavre ne pue, & le défend de la corruption ,
pourvu qu'il soit à couvert de l'air humide , & il exerce encore mieux ces
facultés sur un corps vivant , que le baume ne le fait sur un mort.
Cet Élixir est à peu près la même chose que la Pierre Philosophale , du moins
ce sont les mêmes matières, comme on le verra ci-après en parlant de la
Pierre.
De l'Élixir du sel.
De l'Elixir de douceur.
Tous les sels font préservatifs de corruption : le sucre, le miel, & semblables
préservent de la corruption les choses qu'on confit avec ces mixtes. Paracelse
nous donne un Élixir agréable & doux, auquel il ajoute la quintessence de l'or.
Et notez que comme il a montré ailleurs, que les essences des choses
dépouillées du corps impur , non-seulement conservent leur couleur, odeur,
& saveur, mais elles l'augmentent de beaucoup , comme on le peut voir
facilement par les expériences communes , il faut que la quintessence que
vous tirerez du sucre, du miel, de la manne , & de ce qu'il appelle trône,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 80
Après nous avoir donné des Élixirs des quintessences métalliques & salines,
Paracelse nous donne des Élixirs de plusieurs
quintessences mêlées ensemble 3 lesquelles, dit,il, non-seulement conservent
& préservent , mais encore contribuent à renouveller & à rétablir la jeunesse
perdue: ce qu'elles opérent , à mon avis, parce que ces Elixirs sont composez
de végetaux que l'on digére, 6c que la nature intérieure íe les approprie plus
facilement que les substances métalliques qui ne font pas de la nature animale
j & voici les essences qu'il juge les plus propres pour les trois effets susdits,
Quintessence de chelidoine.,Quintessence de melisse., deux onces
Quintessenced'or, Quintessence de mercure., demi once
Quintessence de crocus., Quintessence de mirabolans. , une once
Digérez le tout ensemble pendant un mois, ensuite vous ajouterez de la
quintessence ou Magistère de vin une once & demie, & digérez encore un
autre mois , & après conservez-le comme un trésor , car non-seulement il est
préservatif , mais aussi restauratif.
De l'Élixir de subtilité.
Paracelse ajoute un autre Élixir conservatif . tel , dit-il , qu'est l'huile des
Philosophes corrigée, l'huile de coraux corrigée, c'est-à-dire perfectionnées:
exaltée , l'esprit de vin corrigé , lesquelles choses empêchent la putréfaction,
& elles-mêmes en circulant au feu ne changent pas & ne s'altèrent point ; l'eau
de miel fait un effet semblable.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 81
Élixir de propriété.
Le sixième Élixir est celui qu'il appelle de propriété, parce que sa propriété est
aussi de conserver & de prolonger la vie plus que le cours de nature, & plus
qu'on ne saurait dire : car des drogues qu'il va décrire , il en résulte un baume
qu'on peut appeler baume de la vie, qui préserve le corps de toute corruption
, voici le procédé qui consiste en peu de matière.
Myrrhe. , Aloès hépatique. , Crocus.
Prenez de chacun une quarte que vous ferez digérer au pélican dans le sable
pendant un mois à très-petit feu, enfin séparez l'huile de ses fèces , & prenant
garde qu'elle ne brûle, faites digérer ensuite cette huile avec le circulé, (c'est le
circulé mineur) en poids égal, & ensuite conservez-le soigneusement. Si ces
drogues sèches étaient en digestion toutes seules comme il dit, elles ne
donneraient pas l'huile qu'il dit qu'il faut circuler : il est donc certain que l'égal
poids de circulé, qui est l'essence du sel, & qu'il dit qu'il faut ajouter quand ces
huiles seront faites , il est certain, dis-je, qu'il faut mettre les trois drogues
susdites avec égal poids de sel circulé, lequel étant une essence très parfaite ,
suivant la règle des Magistères l'essence de ces choses en forme d'huile qui est
le mercure essentiel de ces choses. Ce mercure se doit circuler ensuite, afin
que s'il y a encore quelque impureté, elle tombeau fond.
Peut-être que si l'on y ajoutait tin peu de quintessence de mercure qui est le
circulé majeur, ce serait mieux, d'autant que l'essence du sel prendrait tout
d'un coup les essences du Crocus , de l'Aloès & de la Myrrhe , mais la
première manière est plus facile & plus courte, suivant la règle des
Magistères , qu'une essence tire d'une autre essence, particulièrement celle du
sel circulé, qui est très-efficace & de la nature de toutes choses, étant une
nature moyenne entre le végétal, l'animal le minéral , d'ailleurs étant un
principe universel qui entre dans la composition essentielle de tous les êtres,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 82
Après avoir parlé des remèdes internes , Paracelse donne aussi des remèdes
externes, soit pour les blessures , soit pour les ulcères, & semblables. Il a traité
des maux externes diversement dans ses Livres de Chirurgie ; il ajoute qu'il
n'a pas donné dans ces Livres les remèdes les plus importants & plus
efficaces , comme sont ceux-ci , car il prétend que par ces remèdes, on peut
guérir une blessure en vingt-quatre heures.
Il dit que comme la disjonction des choses fait la blessure , de même l'union
parfaite des deux lèvres de la blessure fait la guérison; mais on ne doit pas
entendre que ce remède soit de même pour la fracture des os , lesquelles ne
peuvent pas se reprendre si facilement, à cause qu'ils sont plus secs que les
chairs.
Il faut savoir aussi qu'il ne faut pas que le remède soit ni incarnatif ni
mondifìcatif, ni actractif; car il en arriverait des flux purulents , à cause qu'ils
produisent beaucoup de pus : mais il faut que le creux de la blessure soit de
bonne chair , ce qui ne se peut faire que tard , sans un bon Magistère car de
faire autrement, c'est fort périlleux. Il faut entendre la même chose des vieux
ulcères qui ont besoin de semblables remèdes, à cause que la nature a pris un
certain cours d'humeurs qui fluent de ce côté-là , il faut donc dans ces ulcères
la régénération d'une bonne chair. Il en est de même des fistules.
Nous mettrons donc trois sortes de remèdes , l'un pour Couverture de la
peau , l'autre incarnatif, & le troisième dessiccatif.
Il faut parler aussi de la difformité de la peau qui provient des dartres, galles,
boutons, lèpres, & semblables, lesquelles nous enjoignons de guérir comme il
s'ensuit. Je veux qu'on ôte la peau de même qu'on ferait à un veau qu'on
écorche. Il faut entendre que le remède fait tomber la vieille peau , & par les
remèdes il faut en faire revenir une nouvelle , ce qui se fait, comme on l'a dit
par le médicament. Nous ne mettrons pas ici la manière, parce que nous en
avons traité ailleurs ci-devant en parlant des remèdes qui renouvellent , &
dans les Livres de Chirurgie: il y a aussi le Cancer, le Bubon & semblables,qui
ont leurs remèdes particuliers, c'est-à-dire des Spécifiques qui nettoient
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 83
l'intérieur, qui expulsent ou qui attirent au dehors , & après des remèdes
consolidatifs.
Pour la fracture des os ,il faut la guérir avec un attractif styptique, de quoi
nous ayons parlé ailleurs; les excressences superflues. congrue les Loupes ,
Écrouelles , Glandes, &c lesquelles il faut auparavant évacuer de leur humeur
maligne, & après les guérir.
Nous diviserons donc cette Chirurgie en trois parties , l'une pour les
Blessures, l'autre pour les Ulcères , & la troisième pour les Taches , quant au
Cancer nous le guérirons avec un attractif spécifique.
Le baume susdit est fait avec de la rouille , & se fait de la même manière que
vous avez fait le baume du Salmec , de chacun une livre, les deux mêlez bien
ensemble , ajoutez demi livre d'huile de fer , tout étant bien mêlé, mettez-en en
forme d'emplâtre sur l'ulcère , en le lavant tous les jours comme il convient.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 84
REMARQUES
En forme de Récapitulation.
humeurs, & par ce moyen transmuent ce qui est nuisible & mauvais, en bon
& en santé.
Quant à la médecine des métaux , à laquelle la plupart des Chimistes aspirent,
& qui n'ayant point de fondement philosophique , la cherchent où leur
imagination fantastique les conduit , malgré les avertissements de tous les
Philosophes qui ont parlé de cet Art, qui disent qu'il est impossible de trouver
la matière de la Pierre en aucune autre chose que dans les métaux mêmes,
dans lesquels seuls est la semence métallique. Paracelse nous montre la
manière d'ouvrir ce corps si serré, & particulièrement l'or, afin d'en avoir son
essence séminale , laquelle essence est la vraie semence végétative , qui peut
croître & multiplier comme les autres choses , semées dans une terre
metallique convenable.
Mais par ce que nous devons parler de ceci plus au long dans le Livre suivant,
où nous avons promis de traiter du grand Œuvre , que Paracelse appelle
grand composé , je remets à parler de ce grand ouvrage qui renferme les deux
choses les plus précieuses, c'est-à-dire la santé & les richesses , sans dépendre
de personne. Car la semence de l'or employée de la manière qu'il faut, non-
seulement a la vertu de se multiplier dans la matrice de sa mère qui est le vif-
argent , soit le commun, soit celui des métaux , mais aussi cette semence étant
une espèce de lumière céleste concentrée dans ce corps qu'on appelle or elle a
la vertu de conforter & d'animer le cœur d'une vie nouvelle, comme nous
l'avons vu dans les remèdes plus importants, dans lesquels Paracelse
l'emploie toujours , & comme nous le montrerons dans le Livre suivant.
Du grand Œuvre selon les Anciens, & suivant Paracelse parmi les Modernes.
Du Soufre métallique.
Du Mercure Métallique
plantes , & comme toute l'humidité vient de l'eau , il dominait sur tout
l'élément humide aussi bien que tout ce qui retient de sa qualité. Pluton était
Seigneur des lieux infernaux & du Royaume des morts, c'est-à-dire des choses
souterraines , comme les pierres , minéraux, & métaux qui paraissent être des
corps morts , non que ces corps n'aient pas en soi un esprit vital & sulfureux ,
mais parce que dans leur formation la terre saline domine , & qu'elle a
prédominé, de manière enfin que le soufre qui est dans leur humidité
mercurielle ne pouvant plus se mouvoir & agir est resté comme étouffé par la
surabondance du sel terrestre qui les fait paraître comme morts.
Empedocle a renfermé dans ces deux vers la philosophie susdite,
Jupiter ethereus , Juno vitalis ad hos dis.
Et nectis lacrimis hominum quae lumina complet.
Il est donc à remarquer avec grande attention que l'Artiste qui sait
décomposer les corps minéraux & métalliques, & les délivrer des superfluités
du corps terrestre qui étouffe leurs esprits , trouve en eux un mercure ou une
quintessence qui renferment de grandes propriétés, tant pour la Médecine
que pour la métallique: car de même que les herbes , quoique seiches &
mortes, ne laissent pas de contenir & de nous donner une quintessence de
grande vertu , de même les minéraux & métaux, quoiqu'ils paraissent secs &
morts , contiennent aussi un mercure ou quintessence très-subtile remplie de
son soufre , & d'autant plus efficace & précieuse , qu'elle est très-éthérée &
non sujette à corruption , comme nous l'allions voir par leur mercure
métallique, qui est comme la matière dont ils sont composés , comme la mère
qui les a enfanté.
celui des animaux & des minéraux , le mercure des minéraux a plus de sel, &
particulièrement celui des métaux qui en a d'avantage que le mercure du
vitriol, de l'alun & du sel commun , & ces différences qui sont infinies, font la
différence, comme on l'a dit , des propriétés des corps différents.
Il est à noter aussi que les éléments grossiers qui forment le corps qui
renferme leur quintessence, ces éléments grossiers , dis-je, abondent en
qualités suivant la nature de l'essence qui est dans le mixte. Par exemple, la
laitue qui a un mercure fort humide, son corps abonde aussi en eau
flegmatique , le vitriol qui a un mercure fort terrestre, abonde en terre ,
comme les animaux , dont la plupart ont un mercure igné & aérien & ils se
résolvent par les flammes en air , & il ne reste guère d'eux que quelques
cendres, qui viennent moins des chairs que des os qui forment la carcasse qui
sert à soutenir l'édifice de leurs corps. Il ne doit point paraître étrange que la
quantité des éléments grossiers qui forment le corps soient en quantité
proportionnelle aux éléments subtils , lesquels comme nous l'avons vu au
commencement , forment la quintessence qui est dans le même corps ,
d'autant que ces éléments subtils & invisibles sont enveloppés & contenus
dans les éléments grossiers, visibles & insensibles , de manière que l'air subtil ,
par exemple, étant enveloppé dans l'air grossier , & la vapeur humide , étant
enveloppée dans l'eau corporelle , & ce qu'on appelle sel ne renfermant que
l'humide mêlé des parties insensibles & des atomes de la terre , il en résulte
que chaque semence (qui est la quintessence) croît par une manière de
transmutation & attraction de ce qui est plus semblable à elle, au même temps
attire à foi le grossier avec le subtil , ce qui est comme je l'ai dit un des plus
grands mystères de nature, quoique visible & sensible.
Ces choses étant bien entendues , il faut venir à la formation de ce corps
admirable qu'on appelle mercure métallique, & communément on nomme
vif-argenf.
Le vif-argent qu'on appelle aussi vulgairement mercure par similitude ,
d'autant qu'il est l'essence des métaux & particulièrement de l'or qui n'est
presque qu'un argent vif très cuit & mêlé d'un soufre pur & fixe ; l'argent vif,
dis-je, vient comme toutes choses des quatre éléments : tous les Philosophes
fondés sur l'expérience montrent que fa nature est aérienne , mais d'un air
humide sulfureux & médiocrement salin.
Comme l'argent vif est appellé le jouet des Alchimistes , & que grand nombre
d'eux ont fait des travaux infinis sur lui, on a eu les moyens d'examiner à fond
sa nature, qui est extrêmement subtile puisqu'il se réduit facilement en air ,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 93
mais ce qu'il y a de remarquable , c'est que cet air est incorruptible &
indestructible , puisque l'eau forte la plus violente, ni le feu même ne peuvent
rien changer dans sa substance, qu'on trouve toujours telle qu'elle était
auparavant : ce qui fait voir que toutes ses particules sont très subtiles, &
qu'elles sont si bien unies les unes avec les autres qu'il n'y a pas d'agent
corporel qui puisse facilement le pénétrer & le séparer , de manière qu'il faut
quelque chose de spirituel & homogène pour le corrompre. Cependant
comme le vif argent est un corps fluide de sa nature, on voie qu'une eau très
subtile & aérienne entre dans sa composition ; mais ailleurs comme cette eau
fluide ne mouille point & ne s'attache à aucune chose ( excepté aux métaux
qui sont composez de sa substance ) l'on doit conclure avec Geber que les
particules terrestres sulfureuses & salines sont mêlées avec l'eau , en une si
juste proportion, que l'une n'est pas supérieure à l'autre, c'est-à-dire que
l'humide aqueux ne surmonte pas le sec terrestre, & c'est pour cela qu'il ne
mouille pas , comme aussi que le sec ne surmonte pas l'humidité , ce qui est
cause qu'il est toujours fluide : & c'est sur ce principe que tous les
Philosophes Chimistes sont convenus de la définition de Geber, disant que
l'argent vif dans sa première racine est composé d'une terre blanche & très
subtile fort sulfureuse , & d'une eau claire & nette, unies ensemble par
minima, & de manière que l'humidité soit tempérée par le sec, & le sec
également avec l'humide , de quoi il en résulte une substance qui n'a point de
repos , & qui flue lorsqu'elle est dans une superficie plate , & ne s'attache
point à ce qui la touche , à cause de la sècheresse qui tempère son humidité ,
l'on juge donc qu'il est homogène , parce que où il s'envole tout en feu, ou
bien il y demeure tout entier quand on sait l'art de le fixer, ce qui n'est pas
facile, il est donc aérien & incombustible,inaltérable, & incorruptible ce qui
est la plus grande perfection & qui n'est accordé , qu'à l'or, qui (comme l'on
verra n'est qu'argent vif fixé par un peu de soufre pur & net. Cette terre
sulfureuse fait que quoique l'argent vif paraisse blanc en dehors il est très
rouge au dedans , comme il paraît par sa calcination au feu sans aucune
addition, & par plusieurs autres expériences que les Chimistes savent.
Les Philosophes qui ont été curieux de rechercher les principes de la
génération des choses, conviennent que leur production vient des semences,
& que ces semences prennent leur accroissement de quelque matière
universelle qui leur est convenable , mais comme dans la génération des
minéraux l'on ne voit pas des semences sensibles, & que dans les lieux où
auparavant il n'y avait aucun minerai, il se produit dans la suite des siècles , ils
ont jugé que la chaleur céleste agissant sur l'humidité qui est dans la terre ,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 94
pouvait produire des corps non organisés , tels que sont les sels , les
minéraux, métaux & choses métalliques. Tout ce qui vient par des semences
& graines sur la terre , il est évident qu'il prend accroissement par l'air humide
, soit des pluies , rosées & choses semblables : mais les choses métalliques, &
le soufre métallique ne viennent point des semences & graines visibles , il faut
croire qu'ils se forment d'une autre manière , & que les dispositions même de
la terre qui elt comme leur matrice , forment les principes métalliques &
ensuite les métaux.
Nous avons vu que le soufre se formait d'une terre boueuse, cuite longtemps
par la chaleur ou soufre de l'air chaud , & que cette graille ou liqueur
chaleureuse de la terre étant enfin desséchée par une très-longue & lente
digestion , forme ce qu'on appelle soufre.
Or le vif-argent paraît être un composé dudit soufre très pur & d'une eau
très-subtile & claire & que l'air humide circulant dans les cavernes de la terre .
s'il trouve des vapeurs sèches dudit soufre , ses deux vapeurs se mêlant
ensemble avec l'égalité requise, forment un admirable sujet qu'on nomme
argent vif , car ces deux vapeurs étroitement mêlées retombant dans la suite
en petites gouttes, nous font voir cette eau pesante & sèche qui est la base &
comme la mère des métaux & minéraux métalliques, car avec l'addition
d'autres vapeurs sulfurées, les métaux se forment de la manière que nous
dirons après.
Mais il faut nous arrêter auparavant à examiner notre objet , c'est à dire
l'argent vif que nos Philosophes appellent air ou vent , d'autant que le mot est
la même chose que l'air , c'est pourquoi Hermès a dit que la Pierre est dans le
ventre du vent.,
Donc la raison est que ce corps, n'est proprement, comme on l'a dit qu'un air
humide épaissi dans les entrailles de la terre par la vapeur du soufre. On le
peut aussi appeler air parce que la graisse sulfureuse qui entre dans sa
composition , & s'y mêle en forme d'exhalaison vaporeuse, de manière qu'à
proprement parler, ce sont deux sortes d'airs, l'un humide , l'autre plus sec ,
qui le composent , & comme ces deux vapeurs sont très subtiles , elles ne
sont pas séparables : de là vient qu'il est incorruptible , car pour corrompre
un corps, il faut décomposer les parties qui le composent : or nous n'avons
rien qui toit plus subtil que ces deux vapeurs que la nature a ainsi mêlées. Il
est vrai que le feu peut en un très longtemps faire que l'argent-vif devienne
un corps sec comme la poudre , parce que la longue violence du feu aura
dissipé une partie de son humidité , ce qui se connaît en ce que le vif argent
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 95
reste au feu en forme de terre rouge : mais quand il est fixe, cette terre n'est
plus subtile ou liquable , & chacun sait que la liquéfaction vient de l'humidité.
Cette union étroite des parties qui se sont unies en forme de vapeurs , fait
aussi sa grande pesanteur , n'y ayant dans la nature que l'or seul qui tombe au
fond de l'argent vif s tous les autres corps , même les métaux , surnagent : ce
qui provient, comme on le sait, de ce que tous les autres corps sont plus
légers que le liquide sur lequel ils surnagent , ainsi l'huile , quoique liquide,
surnage fur l'eau, parce que l'huile est plus légère que l'eau.
Mais il faut remarquer avec attention que quoique l'argent vif soit tel que
nous l'avons décrit dans sa nature, il a comme tous les autres mixtes, un corps
impur, c'est à-dire un eau flegmatique & une terre salle sulfureuse qui
contiennent le mercure pur, subtil & essentiel ; & comme ces impuretés sont
accidentelles elles sont séparables , mais ce n'est pas sans beaucoup de
difficulté, à cause que ces impuretés , quoiqu'elles soient dites grossières, sont
très-subtiles : on les appelle grossières, comparées au subtil du vif-argent qui
forme son essence très-subtile & c'est pourquoi tous les Philosophes
Chimistes disent que l'argent vif est infecté de double mal, c'est-à-dire de
lèpre & d'hydropisie: la lèpre vient de la. terre, & l'hydropisie de l'eau, qui
forment le corps qui contient la quintessence & c'est pourquoi Raimond Lulle
dit que l'argent vif cache sa véritable nature, dans la profondité de son ventre.
Qui abscundit naturam suam in profonditam ventris sui ; c'est pourquoi , tel qu'il se
présente à nos yeux , il est un corps impur ; & il n'y a dans la bonne Chimie
que sa quintessence qui soit profitable ; c'est pourquoi les Philosophes
Chimites disent que le mercure des Philosophes n'est pas le mercure vulgaire ,
& que ceux qui sont moins envieux nous recommandent de prendre le
mercure du mercure & l'argent vif de l'argent vif, sans pourtant dire la
manière d'obtenir & de séparer cette essence: mais tenez pour certain qu'il n'y
a aucun composé, si pur qu'il paraisse, même l'or, qui n'ait ses superfluités
terrestres ou aqueuses, & ce sont ces superfluités qu'on appelle taches du
péché originel, parce que l'âme du mixte est salie dans sa conception de ces
taches.
Quoique le vif-argent ne soit point un métal, il est mis au nombre des métaux
parce qu'il en est proprement la mère & la substance , car comme on l'a dit,
tous les métaux sont formés du vif-argent mêlé avec un peu de soufre , qui le
coagule en forme de métal ou demi métal, suivant les propriétés & qualités de
ce soufre. Ce qui est visible, & que je sais par expérience , car en séparant ce
soufre des métaux, ils se rendent tous en argent vif commun.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 96
C'est pourquoi si le vif argent est engendré dans une terre impure, & mêlée
avec un soufre grossier & brûlant en petite quantité, & seulement suffisant à
le coaguler, il produit le plomb ; si ce soufre est fort terrestre & à demi fixe, &
se mêle en grande quantité avec le vif-argent, cela produit le fer: si le soufre
est un peu moins grossier , mais brûlant en moindre quantité, il produit le
cuivre , & si le soufre est en partie blanc comme l'arsenic , en partie pur &
fixe, & en partie impur & brûlant non fixe, il produit l'étain , mais si le soufre
est blanc comme l'arsenic , & qu'au surplus il soit en petite quantité, très-
subtil , non-brûlant & fixe, il produit l'argent : si le mercure est d'une grande
pureté, & qu'il se mêle avec une très petite quantité de soufre très-pur & très-
fixe , il produit l'or : si le soufre est grossier & en grande quantité , il produit
les marcassites ou les demi métaux, comme l'antimoine., le bismuth le zinc &
semblables , qu'on voit être pleins de soufre terrestre & inflammable.
Il semble donc qu'on puisse dire que l'or est formé en partie de la
quintessence du mercure & de la quintessence du soufre , quoique non pas
tout à fait ayant, comme on l'a dit, son corps, qui n'est pas exempt de
superfluités : mais ces superfluités sont en très-petite quantité, & elles sont si
subtiles & tellement unies avec l'essence du mercure & du soufre, que le feu
même ne peut pas les séparer ou disjoindre , au contraire plus il y demeure ,
plus il s'y perfectionne: car les superfluités métalliques qui ne sont pas de la
nature de l'or, se brûlent & s'en séparent, & cette perfection lui vient de la
petite quantité de soufre additionnel & du mercure pur dont il est formé , qui
a en soi un soufre pur, ainsi que nous l'avons vu. Ce n'est pas sans raison que
plusieurs ont dit que l'or est un argent vif cuit par son propre soufre interne,
digéré & cuit parla chaleur céleste qui contribue à sa cuisson en plusieurs
siècles , ce qui n'est pas pourtant bien vrai, quoi qu'il approche de la vérité.
L'on voit par-là que tous les métaux imparfaits ne sont qu'argent vif mêlé
avec la vapeur du coagulé, ils se réduisent en vif argent coulant , comme je
puis le raire voir par l'expérience , de manière qu'on pourrait dire que tous les
métaux ou corps métalliques sont une espèce de cinabre , qui est un composé
de vif-argent & du soufre mêlé grossièrement ensemble. Si l'on ajoute
quelque chose qui s'imbibe du soufre aérien avec le mercure, alors le soufre
s'en sépare , & le vif-argent coule à son ordinaire. Il en est de même des
métaux : mais comme le soufre est plus subtilement mêlé , on l'en sépare plus
difficilement.
Quant à l'or & à l'argent, ils font formez de même, hormis que leur soufre est
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 97
encore plus subtil, plus pur & plus fixe , & mêlé plus intimement avec le
mercure, & particulièrement celui de l'or.
Il faut donc considérer dans la composition des métaux imparfaits , une
double sulfurité : la première est celle qui est dans l'intérieur de l'argent vif,
qui est essentielle & incombustible l'autre qui survient est grossière &
brulante , & fait qu'en se brûlant au feu , elle élève avec soi l'argent-vif qui de
sa nature est volatil , d'où l'on peut conclure que l'argent, & plus encore l'or.
n'ont point de soufre combustible , mais seulement le soufre pur &
incombustible de l'argent vif.
Ceux qui voudront voir les preuves sensibles de ce que nous avons dit de la
nature des métaux, du vif-argent, & du soufre qui les composent n'ont qu'à
lire Geber dans la Somme de perfection, qui en parle au long avec des
démonstrations sensibles.
Ce que je puis dire pour détromper ceux qui ont une opinion différente, c'est
que le vif-argent qui vient des métaux ne diffère guère du commun & naturel,
quoi qu'il soit vrai qu'il est un peu plus clair que l'autre, car par exemple celui
de l'argent est un peu plus luisant que celui qui vient du plomb : mais celui-ci
bien lavé ou sublimé , & ensuite révivifié , aquiert la même splendeur que
celui de l'argent. Cependant aucun de ces mercures ne dissout radicalement
l'or ou l'argent, comme plusieurs se l'imaginent, n'y ayant que la quintessence
subtile du vif-argent qui puisse faire la dissolution radicale en pénétrant les
plus petits pores du métal jusqu'au profond de sa nature.
Il faut dire aussi pour un plus grand éclaircissement , qu'il ne faut pas croire
que dans une minière métallique, il n'y ait qu'une sorte de métal, mais il la faut
considérer comme un champ où naissent diverses sortes d'herbes. Il en est de
même des mines , la plupart des métaux y naissent & s'y forment ensemble,
avec toutes sortes de soufre & minéraux, des pierres opaques ou
transparentes, suivant les dispositions des endroits de la terre , de manière que
dans un lieu il y a un petit grain d'or, & un autre un grain d'argent, ou de
cuivre ou de plomb, qui sont tous, mêlés de terres sulfureuses ou arsenicales ,
aussi bien que de cailloux , & autres pierres diverses.
Mais la mine prend le nom de la plus grande quantité de métal ou minéral
qui y naît. Les Minéralistes & ceux qui avec attention ont visité les mines ,
savent fort bien ces choses , & que la grande dépense consiste à séparer les
métaux de ces terres ou soufres: il faut aussi séparer les métaux les uns. des
autres & il est difficile de trouver une minière d'argent qui ne contienne aussi
quelque peu d'or, mais au Mexique, on n'en sépare pas l'or, à moins que
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 98
chaque marc d'argent ne contienne au moins quarante cinq grains d'or, car la
dépense & la peine ne vaudraient pas le profit. De l'étain de cornuailles on a
trouvé le moyen en Angleterre d'en séparer bonne quantité d'argent , sans
perdre l'étain. De même les autres métaux ont toujours quelque grain; d'un
autre métal, & particulièrement quelque grain de métal parfait, mais qu'on
néglige, parce que ils ne récompensent pas la peine & la-dépense à les séparer.
On trouve aussi quelques fois dans les-mines du vitriol & même dans celles
du soufre commun quelque petite quantité de soufre pur & fixe, qui ont fait
de véritables transmutations d'un métal imparfait en un autre parfait , & j'ai
vu un ami qui tirait de l'argent qu'il brulait , avec le soufre commun, il en tirait
dis-je beaucoup d'or, & qui pourtant ne dura qu'autant de temps que ce
morceau de soufre dura , & Bequerus dans sa philosophie souterraine
rapporte qu'avec de l'eau forte faite de simple vitriol & salpêtre à l'ordinaire ,
un Essayeur de la monnaie avait tiré de l'argent plus de quarante mille florins
d'or , ce qui ne dura qu'autant de temps que le vitriol & ladite eau forte dura.
Il y a plusieurs illusions semblables , lesquelles devraient nous servir à bien
connaître la nature des choses, & particulièrement celle des minéraux &
métaux , & surtout du soufre & de l'argent vif qui sont comme le père & la
mère des métaux & demi métaux, comme l'antimoine, le bismuth, les
marcassites.
Une autre observation que je crois à propos d'insinuer , c'est que l'air qui
produit le vif-argent dans les mines, produit aussi sur la terre les plantes &
autres végétables. Si cet air est renfermé & épaissi dans les mines , de la
manière qu'on l'a dit, il produit les différents minéraux, selon les dispositions
de la terre qui en est comme la matrice: mais si cette vapeur ne s'arrête pas au
fond de la terre, & qu'elle monte dans sa superficie elle produit, (moyennant
les semences ) les herbes & les plantes dont les animaux se nourrissent, de
manière que les Philosophes, & entre autres Grosparmy & ensuite le
Cosmopolite, ont eu raison de dire quel humidité aérienne qui contient en soi
le soufre ou la chaleur céleste, était le mercure universel qui se spécifiait
suivant les matrices de la terre : ils ont eu raison de dire que ce mercure
universel formait le mercure végétal ou minéral, mais que l'un était très-
différent de l'autre, criant contre ceux qui prétendent parvenir à la
transmutation nous disent qu'il faudrait conduire ce mercure universel au
mercure particulier & spécifique des métaux , ce qui est un ouvrage de la
nature , & que tout l'Art humain ne saurait faire en mille ans , comme entre
autres le bon Trevisant , Cosmopolite , Bacon & Richard Anglois, & plusieurs
autres le montrent au long, avec tous les autres qui tâchent en vain de corriger
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 99
ceux qui sans fondement se dévoient du vrai chemin , & la cause de leur
erreur est que nos Maîtres disent que le mercure des Philosophes n'est pas le
mercure ni l'argent vif vulgaire , c'est pourquoi ils ont recours au mercure
universel aérien , je ne saurais donc trop répéter que le nom de mercure qu'on
donne à l'argent vif est un nom très-équivoque : le nom de mercure , comme
nous l'avons montré au commencement , signifie proprement l'humide
radical & essentiel de quelque corps. Or ce mercure, quand l'Art l'a tiré de la
matière du corps impur, paraît en forme d'humidité visqueuse. L'argent vif
contient comme les autres corps son essence, qui est le vrai mercure des
Philosophes : de manière que quand ils disent que le mercure des Philosophes
n'est pas le mercure vulgaire, ils disent vrai , car, comme on l'a dit tant de fois,
le mercure des Philosophes est à la vérité l'humidité subtile & aérienne , mais
pour la Pierre des Philosophes cette humidité est l'humidité radicale de
l'argent vif qui est son essence séminale, laquelle est imprégnée de son
soufre pur & fixe. Si on entend bien ces deux mots , on a la clef pour
expliquer plusieurs énigmes subtiles des Philosophes Chimistes. qui tâchent
d'embarrasser les ignorants , & en même temps de s'expliquer en vrais
Philosophes.
Ce que je viens de dire n'est pas. une invention de ma tête , mais c'est la
sentence de tons les Philosophes. Tous les Livres de Geber nous montrent
que la Pierre philosophale n'est qu'un composé d'argent vif , & que le seul
argent vif est la vraie & parfaite médecine , mais il ajoute qu'il n'est pas notre
médecine dans sa nature, & quoiqu'il puisse être bon dans certaines occasions
il dit de plus que le mercure n'est pas médecine dans sa nature corporelle &
salée & quoi qu'il n'enseigne pas la vraie manière de le purger & d'en tirer
l'essence , il montre en plusieurs endroits qu'il la faut rendre très-pure , car
ayant montré que la Pierre doit se faire de la plus pure & subtile substance de
l'argent vif , il dit ces paroles remarquables. On demande ordinairement d'où
il faut tirer cette substance pure de l'argent vif ; nous répondons & nous
déclarons qu'elle se trouve dans les choses où elle est , car elle est aussi bien
dans les corps parfaits (comme on l'a fait voir dans leurs composition) , que
dans le même argent vif, il est vrai que dans les corps parfaits, elle est plus
parfaite , mais plus difficile , dans l'argent vif elle est plus facile à avoir , car il
y a plus de facilité à tirer de lui cette substance subtile. Or il est plus facile de
tirer l'essence subtile du vif argent , que des métaux parfaits , c'est à dire de
l'or & de l'argent , car ceux-ci sont si compacts & si resserrés , qu'il est
difficile de les pénétrer & de les ouvrir ou corrompre , mais comme dit
Paracelse, Basile Valentin , et plusieurs autres après Géber , l'argent vif est un
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 100
métal ouvert, qui donne plus de facilité à l'extraction de son essence pure &
subtile , & non-seulement il est métal ouvert, mais sa substance subtile est la
seule qui peut pénétrer le profond des autres métaux , d'autant que comme
on l'a dit, ils sont composés de vif-argent, & que comme dit la Tourbe, la
nature se plaît avec ce qui est de sa nature.
Mais je vais déclarer le plus grand secret de l'Art, & que tous les Philosophes
ont caché avec grand soin. Remarquez que le vif argent tel qu'il est , brise &
rompt tous les corps métalliques, mais cependant il ne les pénètre pas
intimement ; si vous en demandez la raison, vous trouverez que le vif argent
tel qu'il est, est en quelque manière grossier & corporel, c'est à cause de la
terre & de l'eau grossière que nous avons dit qui accompagnent son essence
très subtile , dans cette état donc il ne peut pénétrer que les pores grossiers
des métaux , mais si vous, savez le dépouiller de son corps & avoir son
essence subtile, alors elle pénétrera sans doute les corps parfaits jusque dans
le profond & le plus profond de leur essence, & ces deux essences mêlées
ensemble seront la Pierre. C'est pourquoi J. d'Espagnette entre autres dit ces
paroles remarquables dans ses règles des secrets hermétiques. Non-seulement les
Philosophes les plus grands , mais l'expérience nous fait voir que l'argent vif commun dans
sa nature n'est pas l'argent-vif des Philosophes , mais seulement sa substance moyenne &
essentielle de qui l argent vif commun tire son origine & sa formation. C'est ce que les 1
Philosophes ont entendu quand ils ont dit qu'il faut avoir le mercure du
mercure & l'argent vif de l'argent vif, & que c'est lui qui est le mercure des
Philosophes, & celui qui a la puissance de réincruder & de corrompre l'or
pour en tirer son essence, qui est celle qui abrège l'ouvrage de la Pierre
Philosophale. Mais afin que les curieux de ce trésor entendent mieux ce qu'il
faut faire pour y parvenir, je dis qu'il faut connaître ce qu'il faut faire , & en
quoi consiste cette médecine qui transmue le vif-argent vulgaire en argent ou
en or, & qui peut servir aussi à guérir les maladies des corps humains. Or
pour bien entendre ce qu'il faut faire , nous n'avons qu'à écouter la Tourbe
qui parlant à Pythagore, comprend le tout en peu de mots, disant: notre
Maître il me semble que tout consiste à faire le fixe volatil & le volatil fixe, ce
que plusieurs autres Philosophes ont dit en plus de paroles.
En effet tout l'ouvrage consiste à faire que le corps de l'or qui est fixe se
ramollisse par l'addition d'une humidité de sa propre nature & qu'il se putréfie
afin qu'on puisse séparer de son corps l'essence séminale , ce qui se doit
faire , comme on l'a dit , avec une humidité de la propre nature de l'or , c'est
à dire avec une substance humide & volatile , qui soit capable de pénétrer les
pores que l'eau forte ne peut pénétrer ; & comme il n'y a rien au monde qui
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 101
soit plus proche de l'or que la quintessence de l'argent vif , qui est humide &
volatile , il faut se servir de cette humidité métallique pour renouveler &
putréfier l'argent & l'or , ce qu'étant fait , il arrivera que cette humidité
métallique jointe à la vertu séminale de l'or, convertira tout ce qui est
convertissable en sa propre nature séminale aurifique , car après que l'or à
souffert l'action du mercure , l'essence de l'or agit sur le mercure & le rend
fixe comme est l'or , mais de cette union il en résulte une substance qui tient
de la nature de l'or dans la fixité, & de la nature du mercure du côté de la
subtilité & pénétration & fluidité au feu.
Et notez que l'or se réduit en une espèce de pourriture , & qu'il se résout en
une manière d'eau mercurielle, laquelle se mêle avec le mercure de l'argent vif
& il se forme des deux substances ce double mercure signifié par les deux
serpents entortillés dans le caducée du Dieu Mercure si célébré par les
Philosophes Chimistes : ce sont ces deux mercures qui n'en font qu'un seul,
& qui ne se trouve pas sur la terre, mais , comme dit Hermès, qui doit sortir
des cavernes dorées par le mercure philosophique & par l'industrie de
l'Artiste. Chez les Égyptiens les serpents font le hiéroglyphe qui marque la
corruption ainsi que plusieurs Philosophes l'expliquent, & plus
particulièrement le Livre intitulé le grand Olympe, qu'on croit être de Vicot.
De manière que (& c'est ce qui embarrasse le Lecteur) il faut considérer qu'il
y a trois mercures philosophiques qui ne sont pas le mercure vulgaire , le
premier est le mercure de l'argent vif , le second est le mercure de l'or qui est
son essence séminale, le troisième est celui qui résulte du mélange des deux
dans le vaisseau, & aucun de ces trois mercures ne se trouve pas sur la terre,
& il le faut faire par l'Art : il y en a un quatrième ainsi appelé improprement ,
car quelques uns ont appelé mercure philosophique la Pierre philosophale,
d'autant que c'est une substance qui est formée de mercure, mais ce nom est
en quelque manière impropre , comme dit j. d'Espagnette, car le nom de
mercure convient à une chose volatile & humide, &. non à une chose sèche &
aussi fixe qu'est la Pierre. Cependant par la raison que je viens de dire,
quelques uns, & entre autres Raimond Lulle , ont pris la liberté de l'appeler
mercure & plus souvent encore Raimond l'appelle soufre fixe , eû égard au
soufre de l'or qui domine dans la Pierre. Mais ceux qui ont lu les Livres,
savent que nos Philosophes ne sont pas chiches de noms, & qu'à chaque
chose ils donnent des noms divers , & pourvu que ces noms ressemblent à
quelque chose qui a quelque ressemblance à la Pierre ou à quelqu'une de ses
apparences,cela leur suffit.
La Pierre donc consiste dans l'essence séminale de l'or tirée par l'essence
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 102
2° Parce que l'or qui se joint à l'argent vif est comparé au mâle, d'autant qu'il
est plus chaud & sulfureux, & que ce soufre est plus digeste , & le vif-argent
est comparé à la femelle qui est plus humide & froide.
3°. Cependant dans les premiers embrasements de ces deux matières la
femelle (disent-ils) s'échauffe de manière qu'elle agit sur le mâle, le corrompt
& en tire sa semence , qu'elle nourrie dans son ventre, & de sa propre
substance , lui donne accroissement de manière qu'il s'en forme cet enfant
tant chéri, lequel comme dit Raimond Lulle on trouve dans le vaisseau au milieu
de plusieurs superfluités & ordures, comme lorsque l'enfant vient de sortir du ventre de sa
mère, lesquelles superfluités résultent plutôt du corps de l'or que du mercure:
car comme on l'a dit, l'or a ses impuretés terrestres comme les autres mixtes,
quoique en moindre quantité.
Les allusions que les Philosophes ont faites sur cette Pierre naissante, sont
infinies : ils l'ont comparée au phénix , car de même, disent-ils, que le phénix
dans le feu renaît de sa propre cendre plus jeune & vigoureux , de même l'or
qui paraissait détruit dans le vaisseau , renaît plus fort & plus vigoureux ,
puisqu'il a acquis la puissance d'engendrer, & de transmuer tous les métaux
inférieurs en sa propre nature. On l'appelle Roi du feu, parce que cet enfant
est incombustible , Salamandre , parce qu'il vit dans le feu. Plusieurs noms lui
ont encore été donnés par similitude , les uns l'ayant appelé Rubis à cause de
sa couleur, Rebis à cause que la Pierre est composée de deux choses , mais
son plus vrai nom & le plus commun c& soufre & orpiment ,parce que c'est:
le véritable soufre ou quintessence de l'or , & quand ce soufre est tiré de
l'argent , il est appelé arsenic, à cause de sa blancheur. En un mot on lui a
donné tous les noms des choses avec lesquelles la Pierre a quelque
ressemblance ou rapport, & qu'on peut voir au long dans des Livres,
Cette variété de noms innombrables se multiplie encore par tout ce qu'on a
remarqué dans le vaisseau pendant que la Pierre se forme, & que les deux
matières sont encore liquides , car comme les yeux du Philosophe sont quasi
toujours attachés à cet ouvrage fur tous les mouvements & changements de
couleurs qu'on, aperçoit, chacun a invente des noms de choses qui lui
ressemblent par la couleur ou par la consistance. C'est pourquoi quelques uns
ont appelé Saturne ou plomb, ce composé des deux matières , quand ils l'ont
vue noir; Jupiter, quand ils l'ont vu commencer à blanchir lune ou argent,
quand ils l'ont vu tout à fait blanc: ils l'appellent aussi . Dedans les intervalles
que les couleurs étaient mêlées & diverses, ils ont dit que l'Iris paraissait, la
queue du Paon , & semblables noms , & passant du blanc au vert foncé, ils
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 104
l'ont appelle Venus ou cuivre , ou verd de gris, & de là devenant roussâtre, ils
l'ont appelé Mars ou rouille &c , jusqu'à ce que le rubis transparent paraisse ,
quoi qu'à mon avis il me semble avoir plutôt la couleur de la Pierre appelle
grenade, cette Pierre étant d'un rouge foncé & de pourpre, tel que l'or paraît
après qu'il a été dissout par l'eau régale , & précipité en poudre déliée.
Cette Pierre donc, enfant de la plus haute philosophie,étant projetée sur le
vif-argent courant ou sur celui des métaux, qui ne sont (comme on l'a vu)
qu'argent vif coagulé par un soufre impur & brûlant, elle change ledit argent
vif en argent ou en or , suivant que ladite Pierre est formée de la semence de
l'argent ou de l'or , quoique de l'or seul on puisse faire l'une & l'autre
médecine, s'en servant quand la Pierre est arrivée à sa blancheur , sans la cuire
davantage.
Mais afin qu'on ne puisse pas douter que ladite Pierre doit être formée de la
substance de l'or commun, & du vif-argent commun, l'un & l'autre réduits en
quintessence par l'industrie du Philosophe , nous n'avons qu'à voir les
propriétés que ladite médecine doit avoir pour produire l'effet désiré : pour
cela écoutons Geber le maître des maîtres , qui nous montre que la Pierre
doit avoir sept proprietés : c'est-à-dire ,
1°. L'oléaginosité minérale , 2°. La subtilité de la matière, &. La conformité
avec la chose transmuable, 4°. L'humidité radicale, 5°.La pureté, 6°. Une terre
très-fine, 7°. Enfin la teinture pure , & en expliquant plus au long ses
proprietés , l'oléaginosité , ajoure t-il, est la première propriété, afin que dans
la projection elle se fonde à la chaleur du feu comme ferait de l'huile
congelée, ou tout au plus comme de la cire ou de la poix-résine , & cela est
nécessaire afin que le vif-argent qui s'en va au feu, ne s'envole pas avant
qu'elle soit fondue . Or cette fusion facile ne peut íe faire fans l'oléaginosité
de la matière. Et notez , dit-il ailleurs, & comme Vogelius le fait remarquer ,
que ce ne doit pas être une oleaginosité végétale , mais minérale &
métallique , comme la troisième qualité le montre clairement.
La seconde propriété est la subtilité très-grande de la matière, qui doit être
plus que spirituelle , & plus subtile que l'air , & cela est nécessaire, dit Geber,
afin qu'elle puisse pénétrer au fond & jusqu'au plus profond de la matière
altérable , car après la fusion il est nécessaire que la médecine pénètre en un
instant toutes les parties les plus petites de la matière que vous voulez,
changer ou altérer.
Et notez de grâce que cette oléaginosité & cette subtilité pénétrante en un
instant, ne se peut trouver en aucun corps , tant qu'il est en forme de corps.,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 105
mais seulement dans leur quintessence qui est ( comme on l'a vu toujours )
d'une oléaginosité & d'une subtilité spirituelle.
La troisième proprieté,dit Geber , est l'affinité bu la proximité de nature entre
l'elixir & la chose transmuable, laquelle affinité faic que les deux natures se
joignenc facilement j &sans cette conformité il nefe peut [Link] véritable
union, ni en un instant, comme il elt nécessaire qu'il [Link] vous voulez
transmuer 8í fixer l'argent vif.
Notez donc qu'il est impossible de faire ladite médecine d'autre chose que du
vif-argent, ou des métaux qui font formés du vif-argent, parce qu'il n'y a
aucune chose qui se mêle avec le vif-argent & avec les métaux , qu'eux mêmes
: car, dit Geber ailleurs, le vif-argent se mêle plus facilement avec le vif-argent,
ensuite à l'or, ensuit eau plomb, à l'étain à l'argent, au cuivre, & nullement au
fer , si ce n'est par artifice , d'où l'on conclu (comme l'expérience le montre )
que les métaux auxquels le mercure s'unit plus facilement , contiennent plus
de mercure: il faut donc , si vous voulez fixer le vif-argent , que la médecine
soit tirée des choses qui sont plus de sa convenance , tel qu'est le même vif-
argent ou l'or, ou de tous les deux ensemble , par les raisons évidentes que
nous allons voir.
La quatrième propriété est que la médecine est une humidité radicale, ignée,
capable de congeler & consolider lesdits argents vifs, & toutes les plus petites
parties & parcelles dans lesquelles ladite médecine doit pénétrer, & qu'elle
s'unisse de manière qu'avec elles, qu'elle ne puisse s'en séparer à jamais , étant
nécessaire pour cela que l'humidité radicale & gluante de la Pierre ait, comme
on l'a dit, la plus grande conformité possible avec l'humidité radicale gluante
de la chose transmuable, qui est l'argent vif.
Or il n'y a pas d'humidité radicale qui soit plus semblable , plus subtile & plus
pénétrante , que l'humidité radicale du même vif-argent , & ensuite l'humidité
radicale de l'or qui est un argent vif très-pur & très-mur.
La cinquième propriété est que la médecine soit très-pure & très
resplendissante, afin qu'elle puisse nettoyer & rendre la matière transmuée
resplendissante comme l'or ou l'argent, & qu'au surplus cette médecine ne
soit pas sujette à combustion, au contraire qu'elle préserve de la combustion ,
car après l'union de la médecine avec la chose transmuable, il faut que le feu
brûle toutes les superfluités étrangères qui n'ont pas été capables d'être
transmuées en or ou argent, & qui n'ont pu être consolidées en or ou en
argent. Ce seul article & cette seule propriété doit faire voir qu'il n'y a que ces
deux choses dans la nature qui ne sont pas su jettes à combustion, c'est à-dire
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 106
l'or & l'argent vif , & même l'or n'a cette propriété que parce que lui-même
n'est qu'argent vif cuit & fixe.
La sixième propriété est: que cette médecine ( qui est sèche ) contienne en soi
une terre fixative, mais d'une subtilité extrême, tempérée par l'humidité
subtile , également fine & incombustible mais qui se liquéfie facilement & qui
se mêle avec beaucoup de facilité avec la chose qui lui adhère, & qui résiste de
manière au feu , que le feu ne puisse la brûler ou l'enlever avec soi, & cette
fixité de la médecine est absolument nécessaire après la purification ; car si
elle n'est fixe , elle ne peut pas fixer & retenir.
Il faut donc tirer cette médecine des choses fixes & résistantes au feu , & il
n'y a rien autre chose dans la nature qui persévère au feu avec sa propre
liquéfaction (qui est requise dans ladite médecine ) que le seul or , le vif
argent est volatil à la vérité , mais nous avons déjà dit ci-dessus que le
mercure se fixe dans le vaisseau par la semence de l'or , laquelle semence est
une huile plus fixe encore que l'or, puisque la fixité est de l'essence de l'or qui
ne se liquéfie au feu & ne lui résiste qu'en vertu de cette huile fixe qui est son
essence séminale.
La septième & dernière propriété de la médecine est de donner à la chose
transmuable & que la médecine doit transmuer, de lui donner, dis-je , une
couleur resplendissante & parfaite, blanche ou citrine, soit de lune ou de
soleil, parce que cette condition est nécessaire après la fixation c'est-à-dire il
faut qu'elle teigne de couleur d'or ou d'argent parfait & de couleur vive avec
toutes les différences connues & certaines à toutes sortes d'épreuves. Voilà les
sept propriétés de la médecine qui doit transmuer l'argent-vif commun aussi
bien que celui des métaux imparfaits en argent ou en or , que Geber nous a
indiquées, & que tous les autres Philosophes ont approuvées comme
absolument nécessaires, & qui montrent évidemment que ceux qui le
cherchent en d'autres matières que dans l'or & l'argent vif, sont éloignés de la
vérité, n'y ayant que ces deux matières qui contiennent l'oléaginosité minérale,
la subtilité pénétrante, l'affinité réciproque avec les métaux , l'humidité
radicale métallique & mercurielle, la terre & substance fixe & incombustible,
& enfin la resplendeur & la teinture argentifique ou aurifique : c'est pourquoi,
dit Bacon, je m'étonne qu'il y ait des gens qui cherchent notre Pierre & notre
teinture en des choses combustibles, comme les végétaux, les animaux, & je
m'étonne pas moins de ceux qui la cherchent en des choses non-métalliques ,
ou dans des métaux imparfaits , étant certain qu'aucune chose ne peut donner
ce qu'elle n'a point en soi, d'autant qu'il n'y a que les corps du soleil & de la
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 107
lune qui aient la perfection requise , c'est-à-dire le mercure le soufre fixe &
l'argent. Je sais bien que ces gens prétendent fixer leurs médecines en la
projetant sur l'or qu'ils disent servir de ferment, mais ils rêvent , car le
ferment est celui qui transmue : c'est la médecine qui est le ferment ,& c'est
elle qui est le ferment transmutatif, la pierre projetée sur l'or, de la manière
que les Philosophes renseignent, étant un vrai ferment ou levain exuberé,
change l'or en levain, comme le levain de la pâte change la pâte en ferment &
ce ferment en levain ne changerait pas la pâte & ne changerait pas avec elle, si
le ferment lui-même ne venait pas de la pâte qu'il doit changer : mais il est
inutile d'ôter de la tête de certains Chimistes les folies qu'ils y ont arrangées ;
que ceux qui peuvent profitent de ce que je viens de dire , car cela suffit aux
vrais Philosophes & même à ceux qui ont quelque teinture de physique.
Il est vrai que les corps de l'argent & de l'or dans leur nature corporelle, ne
peuvent pardonner leur essence séminale qui est leur mercure & leur soufre,
& qu'il faut les ramollir & putréfier afin de séparer le pur de l'impur , ce qui se
fait par la quintessence du mercure , &. par les deux joints ensemble l'on
forme une substance moyenne qui participe de la subtilité & de la pénétration
de l'argent-vif d'une part, & d'une autre part elle participe de la fixité de l'or
ou de l'argent , mais de chercher ailleurs ces propriétés hormis dans le
mercure de l'argent vif & dans le mercure de l'or, c'est une imagination
ridicule, car la perfection requise ne se trouve que dans le mercure de l'argent-
vif & dans le mercure de l'or & de l'argent; c'est; pourquoi Geber , après avoir
prouvé que la perfection consiste dans les propriétés de l'argent vif, il s'écrie ,
& plusieurs autres Philosophes avec lui. Louons donc Dieu , Souverain
Créateur de toutes Les natures, qui a crée l'argent vif & qui lui a donné une
substance incombustible, & une substance avec des propriétés telle qu'il n'y a
aucune substance qui les possède , car c'est lui qui surmonte le feu , & il n'en
est pas surmonté , au contraire il se repose en lui amiablement & se réjouit
dans son sein , comme il paraît dans l'or qui n'est au fond qu'un vif-argent
bien pur & bien cuit par la chaleur centrale du soufre céleste. Ces vérités
paraissent en ce que l'or & le vif-argent sont presque égaux en pesanteur,
comme aussi par l'union facile qui se fait entre le mercure & l'or , car le
mercure, comme on l'a dit s'attache plus facilement aux métaux qui ont le
plus d'argent-vif , & il ne s attache pas aux autres corps qui n'en ont point : Il
s'attache même fort difficilement aux métaux & aux minéraux métalliques qui
ont beaucoup de soufre terrestre , tel qu'est le fer, l'antimoine, & semblables,
&c.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 108
Il se joint aussi au soufre quand le soufre est fondu , & par la sublimation il
s'en fait le cinabre , ce qui marque aussi que sa nature interne est sulfureuse &
oléagineuse ; mais il s'y mêle difficilement , quand le soufre est dans sa
substance sèche , à cause de la terrestréité corporelle dont le soufre abonde .
C'est par ces observations & autres semblables que les Philosophes sont
venus en connaissance de la nature des choses , du bon & du mauvais qu'elles
contiennent , & comme le soufre joint aux autres métaux , les salit , &
lorsqu'ils sont dans le feu , le soufre s'enflamme , les brûle , & les extermine ,
ils sont convenus que le soufre dans sa nature volatile & brûlante était la
cause de leur imperfection , quoique l'essence du soufre soit parfaite ,
oléagineuse & gluante , c'est le soufre comme Geber le montre , qui donne
les couleurs aux corps métalliques , mais son essence pure donne la splendeur
à l'or & à l'argent , c'est pour cela qu'il proteste , & qu'il jure que c'est le
soufre qui illustre & illumine tous les corps, car il est lumière & teinture , il
donne donc la couleur ou teinture aux métaux, mais cette couleur est plus ou
moins claire ou resplendissante , suivant que le soufre est lui-même plus ou
moins pur , Se ce soufre très pur & lumineux qui est dans le mercure des
Philosophes ne se trouve que dans le mercure, c'est-à-dire dans la semence de
l'or & de l'argent , &s c'est ce qu'on cherche d'avoir par la corruption de ces
deux corps.
II est vrai aussi que l'on peut faire la Pierre du seul argent vif qui a son soufre
en soi, comme le même Geber & plusieurs autre Philosophes ont fait ; mais il
faut auparavant le fixer comme ce ; grand grand. Philosophe le montre , ce
que la plupart des Philosophes confirment :si du vif argent , disent-ils , vous
pouvez faire l'ouvrage parfait , vous aurez, la plus grande perfection de la nature, & vous
ferez, ce quelle n'a pu faire, car vous purgerez intérieurement les métaux imparfaits quelle
n'a pu perfectionner. Mais il nous enseigne aussi en même temps qu'il faut
auparavant fixer la substance pure du vif-argent, & après l'imbiber du même
argent vif très-pur, afin que la matière flue , & qu'elle ait toutes les sept
qualités que nous avons vu qui font requises dans la Médecine , car le vif-
argent, comme il le dit ailleurs , ne donne point la couleur parfaite , si lui-
même n'est pas parfaitement dépuré , & il ne pénètre point au profond des
corps transmuables, si l'on en tire fa substance très-subtile, & il ne peut fixer,
si lui-même n'est pas fixe: c'est pourquoi pour abréger l'ouvrage, & pour
s'épargner la peine très-grande de fixer le mercure & de le rendre ensuite
fusible comme de la cire , il dit qu'il faut prendre un des deux corps parfaits
extrêmement subtilisés , ce qui se fait comme je l'ai dit, par la très-pure
substance de l'argent vif qui est sa quintessence. Étudiez , dit-il, nos ouvrages
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 109
, dans lesquels par un discours assez clair , j'ai montré que notre Pierre n'est
autre chose que l'esprit puant ( le soufre ) & l'eau vive unis ensemble d'une
telle union, que l'un ne peut se séparer de l'autre ( & c'est de ces deux choses
qu'il a montré que le vif argent est composé , auquel il faut ajouter le corps
parfait subtilisé afin d'abréger l'ouyrage.
Il n'y a donc au fond que l'argent vif qui entre dans l'ouvrage philosophique ,
mais un argent vif net, pur, & qui a son propre soufre en soi, l'un'& l'autre
bien fixe , de manière que tout ce qui est vif argent & soufre minéral pur &
fixe est la matière de la Pierre des Philosophes : il n'y a point d'autre matière,
& c'est là où l'on trouve les semences métalliques parfaites , car, comme tous
les Philosophes l'enseignent, l'Art de l'homme ne peut pas faire les semences,
& c'est l'ouvrage de la nature ; ce que l'Art peut faire, c'est de s'en servir pour
multiplier les espèces , & il ne peut pas en faire d'avantage. Nous avons assez
montré sans ambiguïté que ces semences sont dans le vif-argent, qui est
comme la mère de tous les métaux , & que pour la métallique , la semence
parfaite des métaux, & dont la perfection consiste dans la fixité , qu'elle est
dans l'argent & dans l'or, & qu'on tire cette semence qui est la seule substance
de la Pierre, & on ne se sert de l'essence de l'or que pour abréger l'ouvrage &
s'épargner bien de la peine.
D'où il faut conclure que le mercure pur , net, & fixe , est la matière de la
Pierre philosophale, & que par tout où on trouve cette substance; ou que par
l'Art on a pu la mener à cette perfection on trouve la matière de la Pierre , &
que si ce mercure pur & net n'est pas fixe, on peut le fixer par l'Art, c'est à-
dire, par l'addition de l'essence séminale de l'or , ou bien imitant la nature, qui
par de longues digestions fixe la substance pure de l'argent vif qui a en soi
son soufre , ce qui se fait plutôt ou plus tard , suivant la perfection de la
matière, & suivant l'industrie de l'Artiste.
De sorte qu'on peut conclure qu'il y a plusieurs manières de faire la Pierre,
pourvu qu'on ne s'écarte pas des susdits principes. Pour revenir à Paracelse,
que nous nous sommes proposez de suivre dans cet ouvrage, je dirai que ce
grand Philosophe , lequel non sans raison s'était attribué le titre de Monarque
des Arcanes, d'autant que personne n'a manié la Chimie avec tant de facilité
que lui, si vous en exceptez peut-être Raymond Lulle, Basile Valentin & ceux
de son École , mais Paracelse a encore mieux mérité ce nom que les autres ,
en ce que par ses écrits il nous a découvert une voie véritablement
philosophique , & moins embarrassée d'énigmes & de paraboles, ainsi que les
autres ont fait , & c'est pour cela que je me suis proposé de mettre ici la
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 110
substance & le précis de sa doctrine, dont la fin sera son grand composé, ou
grand œuvre. Je rapporterai donc ici non-seulement ce qu'il en dit dans les
Archidoxes, mais dans son Manuel, & dans le Trésor des Trésors , afin que le
Lecteur puisse en tirer les lumières que son esprit lui suggérera. Car quoique
Paracelse ait fait en cela comme les autres, néanmoins, s'il n'a pas déclaré tout
mot à mot, d'autant que cela serait blâmable , il a parlé plus & mieux que les
autres : il a seulement déguisé quelques fois le nom des choses , & en
omettant les circonstances , il a laissé à deviner beaucoup de choses aux
esprits dignes de parvenir à la perfection de cet Art.
Il faut donc prendre ce qu'il nous dira, non comme d'un homme qui conduit
par la main un aveugle, mais comme une personne qui met un homme
d'esprit & clair-voyant dans le chemin qui peu le conduire au lieu où il veut
aller , en prenant par lui même la précaution nécessaire pour y parvenir , ce
qui lui sera encore plus facile , s'il se sert comme d'une boussole des choses
fondamentales qu'il nous enseigne ci-devant dans ses Archidoxes, &
particulièrement dans les Livres de la quintessence , qui est le fondement de
toutes les choses qu'il enseigne. Voyons donc comme il nous enseigne la
manière de faire l'Arcane de la Pierre.
Mais auparavant, & afin que le Lecteur ait plus de facilité à entendre ce qu'il
veut dire, il faut se souvenir de ce que nous avons dit, que le vif-argent est la
seule matière de la Pierre, & que tous les corps où il y a du vif-argent,
peuvent par conséquent être la matière de la Pierre, les uns néanmoins étant
plus proches que les autres.
Quant à Paracelse , il paraît que pour augmenter la teinture de la Pierre,
comme aussi pour rendre en même temps plus efficace contre toutes les
maladies, il unie à l'essence du vif-argent l'essence du régule de l'antimoine
martial: il semble encore dans le Livre des Arcanes qu'on ne doit employer
autre chose que l'essence du mercure seul , & en effet on peut du seul
mercure faire la Pierre, & même elle est plus parfaite, comme Geber l'a dit :si
tu peux faire la pierre du seul vif argent, tu as trouvé la perfection des perfections , mais
pour faire cette Pierre plus facilement, il fixe cette matière avec l'essence très-
fixe de l'or: ce que je dis paraîtra encore plus clairement par le dixième des
Archidoxes qui est la clef des autres , en attendant je rapporterai ce qu'il en
dit dans le Livre des Arcanes, où il cache tout l'ouvrage & toute la pratique ,
voilà comme il s'exprime au cinquième Livre des susdits Archidoxes,.
Prenez du mercure ou bien l'élément du mercure (l'essence) séparant le pur
de ce qui est impur , ensuite réverbérez-le à parfaite blancheur , alors vous le
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 111
sublimerez avec le sel armoniac, ( non avec le commun ) & cela tant de fois
jusqu'à ce qu'il se résolve en liqueur. Calcinez-le (coagulez-le) &faites-le
encore dissoudre , & digérez-le dans le pélican pendant ( un mois
philosophique ) jusqu'à ce qu'il se coagule & prenne forme de corps dur :
alors cette forme de Pierre est incombustible, & rien ne peut la changer ou
altérer , les corps métalliques qu'elle pénètre , deviennent fixes &
incombustibles , car cette matière est incombustible, & elle change les
métaux imparfaits en métal parfait : & quoique j'aie donné la pratique en peu
de paroles, . cependant la chose demande un long travail & beaucoup de
circonstances difficiles que j'ai omises exprès pour ne pas ennuyer le Lecteur,
qui doit être fort diligent & intelligent, s'il veut parvenir à l'accomplissement
de ce grand ouvrage.
Il parait par ce que dit Paracelse que la Pierre qu'il donne ici est faite de la
seule essence du mercure , & en effet, elle se peut faire, comme on l'a dit, de
la seule substance pure de l'argent vif , & même elle est plus parfaite, si du
seul argent vous pouvez faire la Pierre. Plusieurs autres Philosophes disent la
même chose , c'est-à-dire que la Pierre se peut faire d'une seule chose, sans y
rien ajouter , & que cette chose est de peu de valeur & de dépense. D'autres -
veulent qu'elle soit composée de deux choses, c'est-à-dire de mercure cru &
de mercure cuit (l'or) d'autres veulent que l'on la compose de trois, d'autres de
quatre, & quoique les trois choses puissent être interprétées pour le sel , le
soufre, & le mercure , & les quatre éléments , cependant il est certain que
plusieurs Philosophes ont composé la Pierre diversement & par des régimes
différents , & c'est entre autres choies ce qui fait la difficulté d'entendre les
Livres qui en parlent, car chacun décrit la manière qu'il a tenue ne sachant pas
ordinairement ce que l'autre a fait ou a pu faire.
C'est ce que Paracelse dit lui-même : plusieurs , dit-il au Livre X. chap. VI. ont
opéré diversement pour faire la Pierre , mais cela ne fait rien à la chose
puisqu'ils sont tous d'accord dans les principes & fondements de l'Art : je vais
traduire tout cet article mot à mot afin que le Lecteur n'ait rien à désirer.
J'omets ici s dit-il , ce que j'ai dit par-ci & par là de la Théorie, de la Pierre , je
dirai seulement que cet Arcane ne consiste pas dans la rouille ou fleurs de
l'antimoine , mais il faut le chercher dans le mercure de l'antimoine , lequel
lorsqu'il est poussé à sa perfection , n'est autre chose que le ciel des métaux
(la quintessence:) car de même que le ciel donne la vie aux plantes & aux
animaux, de même la quintessence pure de l'Antimoine vitrifie toutes choses ,
c'est pourquoi le déluge même n'a pu lui rien ôter de sa vertu ni de ses
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 112
proprietés : car le ciel étant la vie des êtres, il n'y a rien de supérieur à lui qui
puisse l'altérer ou le détruire.. C'est pour cela que Paracelse appelle ciel le
mercure le l'antimoine, & parce que le régule forme des étoiles. Pour en
donner la pratique en peu de mots, voilà ce qu'il dit.
Prenez l'antimoine, purgez-le de ses impuretés arsenicales dans un vaisseau de
fer, jusqu'à ce que le mercure coagulé de l'antimoine paroisse blanc &
remarquable (par l'étoile qui paraît dans la superficie du régule ) mais quoi que
ce régule qui est l'élément du mercure, ait en soi une véritable vie cachée,
néanmoins ces choses sont seulement en vertu & non actuellement.
Or si vous voulez réduire la puissance à l'acte, il faut que vous dégagiez cette
vie qui est cachée en lui, par un feu vivant semblable à lui ,ou avec un vinaigre
métallique. Pour trouver ce feu plusieurs Philosophes ont procédé
diversement , mais parce qu'ils convenaient dans les fondements de l ' Art, ils
sont parvenus à la fin désirée. Car les uns avec de grands travaux ont tiré du
mercure coagulé du régule de l'antimoine, sa quintessence, & par ce moyen ils
ont réduit à l'acte le mercure de l'antimoine : d'autres ont considéré qu'il y
avait une quintessence uniforme dans les autres minéraux , comme par
exemple, dans le soufre fixe du vitriol , ou de la Pierre d'Aimant, desquels ils
ont tiré la quintessence, avec laquelle ensuite ils ont muri & exalté leur ciel
antimonial & l'ont réduit à l'acte , leur opinion est bonne , & pour cela elle a
eu son effet. Cependant ce feu & cette vie corporelle qu'on cherche avec tant
de peine, je trouve bien plus facilement & en une plus haute perfection dans
le mercure vulgaire , ce qui paraît par da fluidité perpétuelle qui marque qu'il y
a en lui un feu très, puissant & une vie céleste (semblable à celle qui est
cachée dans le régule de l'antimoine.) Or qui voudra exalter notre ciel
métallique étoilé ,& le mener à sa grande perfection , & réduire en acte ses
vertus potentielles, il faut premièrement qu'il tire du mercure vulgaire la vie
corporelle qui est un feu céleste, c'est-à-dire la quintessence de l'argent vif,
laquelle est le vinaigre métallique: ce qui se fait en le dissolvant (comme on l'a
enseigné) dans l'eau qui l'a produit & qui est sa propre mère , c'est-à-dire la
dissoudre dans l'Arcane du sel qu'on a décrit & le mêler avec l'estomac
d'Anthion ,qui est l'esprit du vitriol , & dans ce menstrue dissoudre & digérer
le mercure coagulé de l'antimoine (le régule) le digérer, dis-je, dans ladite
liqueur, & enfin le réduire en cristaux d'un vert jaunâtre desquels nous avons
parlé dans notre manuel.
L'on peut voir par ce que nous venons de lire, que le philosophe qui a pris le
nom de Philalette, qui a écrit dans le siècle précédent, & qui a suivi Paracelse
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 113
dans son livre qui a pour titre la porte ouverte du Palais Royal , au lieu d'éclaircir
ce mystère , l'a obscurci autant qu'il l'a pu par des noms & par des termes que
l'on sait de Dragon igné , c'est ce qui peut lui faire mériter la malédiction que
Geber donne à ceux qui l'ont précédé , disant qu'ils ont laissé au monde non
une science, mais ua Art diabolique.
Mais revenons à Paracelse lequel ayant cité son Livre du Manuel , je crois à
propos devoir ce qu'il en dit dans sa pratique pour en avoir quelqu'autre
lumière , laissant à part le reste qui n'est qu'incertitudes, ou bien théorie , &
réflexions.
Prenez , dit-il, l'électre mineral non encore mur (l'antimoine) mettez-le dans
sa sphère dans le feu avec le fer , pour en ôter les ordures & autres
superfluités, & purgez-le autant que vous pourrez suivant suivant les règles de
la Chimie, afin qu'il ne souffre point par lesdites impuretés ( faites le régule
avec le mars comme dessus) cela fait, faites-le dissoudre dans l'estomac
d'autruche (le vitriol) qui nait dans la terre, & qui est fortifié par la vertu par
l'aigreur de l'aigle ( le vinaigre métallique ou essence de mercure, le grand
circulé) lorsque l'essence est consommée (dissout) & qu'après sa dissolution il
a pris la couleur de l'herbe qu'on appelle calendule , n'oubliez pas de le
réduire en essence spirituelle lumineuse (cristalline) qui est semblable au
succin ou ambre jaune. Après cela ajoutez-y de l'aigle étendue (le circulé
susdit) la moitié du poids qu'avait l'électre avant sa préparation , & cohobez
souvent l'estomac d'autruche dessus la matière, & de cette manière , electre (le
régule ) devient toujours plus fpirituel. Quand l'estomac d'autruche est affaibli
par le travail de la digestion, il faut le fortifier & distiller souvent & cohober.
Enfin quand il a perdu toute l'acrimonie, ajoutez la quintessence tartarisée qui
surnage de quatre doigts , afin qu'il perde toute l'acrimonie, & qu'il s'élève
avec-elle. Réitérez cela tant de fois , jusqu'à ce qu'il devienne blanc , & cela
suffit , car vous verrez-vous-même comme peu à peu il s'élève en forme
d'aigle exaltée & avec peu de peine il se convertit en sa forme (en forme de
mercure sublimé) & c'est ce que nous cherchons pour notre médecine. Avec
cette matière ainsi préparée, vous pourrez en user pour un grand nombre de
maladies: vous pourrez aussi le convertir en eau , en huile, ou en poudre
rouge, & vous en servir en tout ce qui regarde la Médecine.
Je vous dis en vérité qu'il n'y a pas de remède plus grand dans la Médecine
que celui qui gît dans cet électre , & qu'il n'y en a pas un semblable dans tout
le monde mais afin de ne me point détourner de mon propos, & ne pas
laisser cet ouvrage imparfait, observez la manière dont vous devez opérer.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 114
L'électre étant donc détruit, comme on l'a dit, pour parvenir à la fin désirée
(qui tend à en faire une médecine universelle tant pour les corps humain que
métalliques) prenez votre électre rendu léger & volatil parla méthode
enseignée ci-dessus.
Prenez-en autant que vous voudrez pour le réduire à fa perfection , & mettez-
le dans un œuf philosophique de verre, & scellez le très-bien, afin que rien ne
respire , mettez-le dans l'athanor autant de temps, jusqu'à ce que sans aucune
addition & par lui-même il se résolve en liqueur, de manière que dans le
milieu de cette mer il paroisse une petite île , laquelle tous les jours diminue,
enfin& que tout soit converti en une couleur noire comme de l'encre. Cette
couleur est le corbeau ou l'oiseau qui vole la nuit sans ailes, & lequel par la
rosée céleste en s'élevant , retombe continuellement par une continuelle
circulation , se change en ce qu'on appelle la tête du corbeau , laquelle se
change ensuite dans la queue du paon, & ensuite prend la couleur des plumes
du Cygne, & enfin acquiert une extrême rougeur, qui marque sa nature ignée
& en vertu duquel il chasse toutes sortes d'impuretés & donne de la force aux
membres débiles. Cette préparation, suivant tous les Philosophes, se fait dans
un seul vaisseau , dans un seul four , avec un feu égal & continuel, & cette
médecine qui est plus que céleste guérit toutes les infirmités , tant des corps
humains que métalliques , c'est pourquoi personne ne peut entendre ni
parvenir à un tel Arcane sans le secours de Dieu : car sa vertu est ineffable &
divine.
Sachez aussi qu'il ne se peut pas faire une parfaite dissolution, de votre
electre, qu'auparavant tout le cercle des sept sphères ne soit révolu , c'est
pourquoi prenez bien garde à la préparation , car sans elle il ne se peut pas
faire la dissolution dans l'œuf philosophique , & servez-vous de l'Arcane
tartarisé pour ôter les superfluités qui sont attachées à votre electre détruit &
clarifié , mais sachez qu'il ne restera, rien de l'Arcane du tartre , mais
seulement il faut procéder avec lui suivant le nombre de temps , c'est par ce
moyen que dans l'œuf philosophique , par la vapeur du feu , il se résoudra
tout seul en eau gluante qui d'elle-même se coagulera par la digestion, & vous
fera voir toutes les couleurs du monde , & enfin l'extrême rougeur. Il ne m'est
pas permis de parler ou discourir davantage de ce mystère, Dieu l'ordonnant
ainsi , car cet Art est véritablement un don de Dieu , & c'est de lui qu'il faut
l'attendre : c'est pourquoi tout le monde ne peut pas le comprendre , & Dieu
le donne à qui il lui plaît, & personne ne peut l'extorquer de lui.
Il faut, dit Paracelse, que je dise aussi quelque chose de l'usage de cette
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 115
médecine. Je dis donc que la dose est en si petite quantité, qu'il est
incroyable , & qu'il ne faut la prendre que dans du vin ou en semblables
liqueurs convenable à la personne & à la maladie, mais toujours en petite
quantité à cause de sa force céleste, & l'on dira peut-être que j'ai écrit de
manière que cela ne peut pas servir de beaucoup au Lecteur qui voudrait
apprendre à fond ce grand secret. Je réponds qu'il ne faut pas jeter les perles
devant les pourceaux. Dieu donnera le reste & toute l'intelligence à qui il
voudra. Je n'écris ceci que pour le commencement ; il faut que que l'Artiste
cherche le reste, & qu'il le trouve.
L'on peut voir par cet aveu de Paracelse que non seulement dans son manuel
il cache les matières desquelles il a parlé clairement dans la clef, qui a été
longtemps sans paraître au public , mais il ne dit pas la moitié de ce qu'il faut
faire : cependant pour donner plus de clarté à cette préparation de l'antimoine
, j'ajouterai ce qu'il en dit dans sa Chirurgie.
Voici la recette qu'il en donne: prenez l'antimoine ( le régule) réduit en
extrême subtilité, réduit en vitriol par l'Arcane du sel & du mercure ,
réverbérez le dans un vaisseau bien fermé pendant un mois suivant l'Art,
moyennant lequel on peut abréger le temps, & il deviendra volatil léger , en
premier lieu noir, après blanc, ensuite jaune, & enfin rouge; & en continuant
le feu, il sera couleur de violette.
De cet antimoine il a séparé la teinture avec l'esprit de vin (mêlé avec l'essence
douce du sel) c'est cet extrait qu'il appelle la noble, & divine teinture du Lili, bien
différente de celles que les Apothicaires vendent sous le nom de Lili ou
Lilium.
Et il se sert de cette teinture, tant extérieurement [Link] les blessures qu'il guérit
en vingt-quatre heures, comme il ledit dans les Archidoxes , comme aussi
pour prendre intérieurement pour grand nombre de maladies.
Pour Pour donner une plus grande lumière à la composition de la Pierre,
suivant Paracelse. je mettrai ici ce qu'il dit dans la clef, où l'on verra que pour
l'entière perfection de cette Pierre , il faut ajouter de l'or préparé
philosophiquement & voici ses parties les plus importantes , & en abrégé.
D'autant que dans les Paramires & dans mes autres Livres, j'ai assez parlé de
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 116
Pour mettre la discorde entre les éléments purs & impurs du soleil, il faut que
vous mettiez ce corps solaire en une forte dissolution avec un feu flegmatique
qui est la quintessence du tartre ( non commun, mais mercuriel) & qu'il y
demeure dans sa propre chaleur. Par cette quintessence du tartre
philosophique, l'élément de l'air s'augmente fort dans le composé du soleil, &
par cet air qui attaque l'élément fixe du soleil, & qui est comme son propre
feu , il est tellement gradué en qualité, qu'il peut vaincre & surmonter les
autres éléments & les détruire, & séparer de lui (de l'élément prédestiné qui
est l'essence.)
Putréfiez encore ce corps détruit avec la quintessence du tartre & l'autruche,
& par sa propre sublimation , convertissez-le en matière de mercure : par ce
moyen restera l'élément mercuriel du soleil seul & hors de sa maison. Mais
d'autant qu'il est encore mêlé avec son tartre superflu, c'est pour cela qu'il l'en
faut séparer. Dissolvez le donc dans l'eau du sel circulé , corrompez-le, le
tartre se précipitera au fond, sublimez ce qui est pur dans l'athanor dans un
réverbère bien bouché, dissolvez sur le marbre & putréfiez encore. De cette
manière vous aurez le mercure sublimé du soleil exalté & réduit en sa
première matière ( pure ) solaire, résoute & exaltée au souverain degré.
Ainsi que je l'ai dit, cette grande composition se doit faire dans un œuf
philosophique , & ainsi nous mettons fin à ce grand Œuvre.
Voilà le grand composé ou Œuvre de Paracelse dans la description duquel
comme il a caché les matières sous d'autres noms, que le bon Philosophe
connaîtra facilement ( particulièrement étant instruit par tout ce qu'on a dit
dans les Archidoxes ) il est à croire aussi que dans la pratique il a omis
beaucoup de choses nécessaires , ou ajouté d'autres qui non-seulement
peuvent être inutiles, mais dangereuses. Il nous met seulement dans le chemin
, & il laisse au bon jugement de celui qui est bon Philosophe & qui a de
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 118
argent est aussi d'une très grande subtilité aérienne , & mêlé intimement avec
l'essence du vif argent , il s'envole avec l'essence . Comprenez donc que le
corps impur a toujours quelque ressemblance avec la nature de l'élément pur
& prédestiné .
Ce qui doit nous faire connaître que l'essence interne du vif argent est si
subtile & si subtilement mêlée avec une eau & une terre très subtile , que
lorsque l'essence sent le feu , étant de nature aérienne , elle se dilate en
vapeurs , & comme elle est parfaitement pétrie avec toutes les parties de son
corps qui sont très subtiles , comme elle , l'âme mercurielle emporte le corps
avec elle , par l'étroite union qu'elles ont ensemble , comme Geber le dit en
parlant des parties soufreuses & de l'eau claire qui composent ce mixte que
l'on appelle vif argent, affirmant qu'elles sont d'une composition très-subtile,
qu'elles sont très-fortes & tenantes ensemble , & que difficilement on peut
séparer l'une de l'autre.
Or comme Paracelse nous montre que pour faire la séparation de l'âme
essentielle du corps impur & accidentel , il faut un feu flegmatique qui se
joigne à l'élément de l'air & du feu, qui forment l'essence du soleil , afin que
par ce feu. humide aérien qui prédomine dans le composé , on le puisse
corrompre, en conservant la nature spécifique de l'essence séminale aurifique.
De même il faut introduire dans la substance du mercure une humidité
gluante, mais très-subtile de sa propre nature, afin que par ce moyen on
puisse corrompre & séparer les éléments impurs de ceux qui sont purs ; bien
entendu que cette substance qu'on introduit dans le vif-argent, soit aussi de sa
nature , afin que son essence séminale ne soit point gâtée , altérée ou éloignée
de la nature métallique , mais qu'elle sorte de son corps impur avec la pureté
de cette âme céleste , qui peut pénétrer tous les corps métalliques & les
corrompre avec la conservation de leur essence spécifique & séminale qui
peut le multiplier à l'infini, comme celle des plantes & des animaux , ainsi que
le savent les artistes Philosophes , & que le Cosmopolite , entre autres , nous
monte assez distinctement dans ces Douze Traités.
Mais pourquoi , dit-il , Dieu aurait privé les métaux de semence
multiplicative ? Ils l'ont comme les autres choses , elle est donc enfermée
étroitement dans leurs corps , & ils ne peuvent pas la mettre dehors.
Ces choses que seul Paracelse nous a enseigné avec toute la clarté possible , &
convenable à cet Art, étant supérieures à toutes les autres, doivent être bien
examinées par un Physicien de pratique , & méritent aussi qu'avec la
reconnaissance convenable nous accordions à ce grand homme le titre
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 120
De l'ouvrage de la Pierre philosophale des Anciens, faite avec le seul vif argent. Soit par la
voie qu'on appelle sèche, & par la voie humide.
Il est constant que la Pierre des Philosophes se peut faire avec le seul argent
vif, mais cet ouvrage est fort difficile & fort long. Il est constant aussi que
plusieurs Philosophes disent que la Pierre est composée d'une seule & unique
matière, qu'elle se fixe d'elle-même , & qu'on n'y ajoute rien d'étrange: & quoi
que l'or ne soit point étrange au vif-argent, & qu'on puisse dire que c'est une
énigme des Auteurs qui parlent ainsi , je pourrais démontrer que l'on n'ajoute
l'or à la Pierre faite du seul argent vif, que pour le fermenter , & afin de
rendre la Pierre susdite parfaitement fixe: mais comme il faudrait rapporter
les passages des Auteurs, & que j'ai en vu la brièveté, ceux qui lisent les
Philosophes chimistes connaissent bien que je n'avance rien qui ne soit vrai.
J'avertis seulement ceux qui étudient, que nos Philosophes ayant opéré
diversement, & chacun ayant parlé de ce qu'il avait fait , on croira qu'ils se
contredisent les uns les autres si l'on ne distingue pas leurs divers ouvrages: ce
qui doit servir d'avis pour accorder les diverses contradictions apparentes des
Auteurs, desquelles Theobalus de Hoghelande a fait un long Traité qu'on a
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 121
inséré dans le premier volume du Théâtre chimique, qui prouve que les
difficultés qu'il y a dans la Chimie pour trouver les moyens de faire la Pierre,
viennent de la discorde des Auteurs qui en ont traité , lesquels outre leurs
énigmes & paraboles , ne conviennent pas des moyens pour y parvenir , ce
qui comme je l'ai dit provient des manières diverses dont chaque Auteur
opère, comme aussi de ce qu'ils ont employé des manipulations diverses : car
quoique les matières au fond ne soient qu'argent vif, néanmoins elles sont
diverses par les accident Il y a apparence que la Chimie a eu le sort de tous les
autres Arts & Sciences, qui peu à peu se sont perfectionnés , & même rendu
plus faciles. Paracelse en touche quel que chose, en disant que les Anciens
avoient fait la Pierre, avec de grandes fatigues & travaux , en effet si on
voulait la faire avec le seul mercure, & de la manière que Geber le Maître des
Maîtres, nous l'indique au chapitre de la Médecine du troisième ordre, il
faudrait une peine & une assiduité très-grande sans conter le danger de la
fracture des vaisseaux. C'est apparemment l'ouvrage des Anciens qui n'avaient
envisagé que la simple fixation du mercure par un feu violent , après laquelle
fixation ayant trouvé que cette matière n'avait ni fusion ,ni ingrés dans les
corps métalliques , ils furent inspirés (car tout vient du ciel) de tenter
l'insération avec du nouveau vif argent non fixe , & enfin de fermenter cette
Pierre avec l'or , & voilà en peu de mots comme Geber nous l'a dit.
II faut, dit-il, prendre la très pure substance du vif argent & en fixer une
partie, & garder l'autre partie pour en imbiber la partie fixe, jusqu'à ce qu'elle
prenne vie , & que le tout se sublime , réitérant les sublimations tant de fois
jusqu'à ce que le volatil se fixe de nouveau, imbibant encore, volatilisant, &
fixant plusieurs fois: car de cette manière, cette médecine précieuse par les
imbibitions & fixations réitérées , acquiert toujours des degrés nouveaux de
perfection & de subtilité , de sorte qu'un poids ira fur cent , après sur mille,
&en réitérant sur dix & sur cent mille, & à l'infini.
Néanmoins Geber lui-même indique que pour abréger cet ouvrage , non
moins pénible que long on peut se servir d'un mercure déjà fixé &
perfectionné par la nature , c'est à-dire du corps de l'or , mais qu'auparavant il
faut atténuer cet or , & quoi qu'il ne fasse pas entièrement tout ce qu'il faut
faire, il nous montre au moins la voie.
II semble aussi que Paracelse lui même dans son cinquième Livre des
Archidoxes , parle de cette manière de faire la Pierre. Au nom de Dieu, dit-il,
prenez le mercure ou l'élément du mercure (la quintessence ) & séparez le pur
de l'impur , réverbérez-le jusqu'à la blancheur, après l'avoir fixé (sans quoi on
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 122
qu'ils leur crient à grande voix, qu'ils laissent à part, pour ce grand œuvre, les
natures végétales & animales, & comme dit Pythagore dans la Tourbe, qu'ils
prennent nature métallique , car il n'y a que les choses minérales &
métalliques qui conviennent & qui aient quelque rapport aux choses
minérales & métalliques. Qu'ils ne prennent pas les corps impurs de ces
choses, mais leurs âmes pures , c'est-à-dire leurs quintessences : car des corps
impurs , quand mêmes ils seraient métalliques , il n'en peut pas venir une
chose qui purifie les corps impurs & qui puisse les réduire à la plus haute
perfection. Il faut donc que la médecine soit formée d'une matière poussée au
plus; haut degré de pureté & de perfection , telle qu'est la quintessence de l'or
& du vif-argent , afin qu'elle puisse communiquer abondamment la perfection
aux corps que les autres n'ont pas.
Voilà ce que tous les Philosophes qui ont écrit de cet Art nous enseignent
assez clairement j mais ils nous ont fermé la porte, d'autant qu'ils ne nous
enseignent pas les moyens d'opérer.
Le seul Paracelse nous a montré le chemin d'y parvenir , mais il faut cheminer
& ne pas s'arrêter , il faut travailler & faire effort d'esprit , sans quoi il ne faut
pas espérer d'obtenir cette toison d'or.
Il faut donc se souvenir de ce que j'ai dit ci-dessus , qu'il y a plusieurs
manières de faire la Pierre , mais que toutes reviennent à la même : La matière
est unique en substance, mais on peut la prendre en divers corps métalliques ,
la manipulation tend à la même fin , mais elle peut être différente , suivant les
lumières ou l'habileté de l'Artiste. La plus part de ceux qui ont écrit , ont
caché ou déguisé l'une & l'autre , plus ou moins, suivant la bonté ou la
malignité de leur cœur, Raymond Lulle a déguisé la matière sous le nom de
vin , mais il a beaucoup parlé & même assez ouvertement de la manipulation,,
ce qui a fait que plusieurs ont travaillé sur le vin & sur son esprit rectifié , sur
le tartre du vin , sur l'urine des jeunes gens qui boivent du vin, & autres
semblables choses , mais sans aucun fruit , parce que comme nous l'avons dit
la nature végétale ou animale n'a aucune relation de nature avec la métallique.
Raymond ne parle du vin & de son tartre que par similitude, (car il faut
encore développer cet énigme) ce grand Philosophe prend la matière de la
Pierre , & il en compose son menstrue puant duquel il sépare une liqueur
blanche & rouge , qu'il appelle vin blanc & vin rouge: il en sépare aussi un
esprit inflammable, qu'il appelle esprit de vin , & il reste au fond des
distillations une terre noire & fixe, qui ayant quelque ressemblance au tartre
de vin, il lui donne ce nom , mais il dit que le tartre de ce vin est plus noir que
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 125
le tartre noir qui provient du raisin noir de Catalogne , & c'est pour cela qu'il
l'appelle le noir plus noir que le noir, recipe nigrum nigrius nigio : il prend donc
cette terre noire calcinée auparavant comme le tartre commun, l'imbibant de
l'esprit de ce vin , ou bien du même qui est encore meilleur, il en forme
encore un tartre volatil, qu'il appelle sel armoniac végétable , à, cause ,
comme on l'a dit, que ce sel fait harmonie & concordance avec la nature
métallique, & qu'il fait végéter l'or & l'argent. De ce menstrue puant, & du vin
qu'il tire par la distillation , & du sel armoniac végétable qui vient de ce
tartre , il tait toutes les opérations qu'on lit dans ses expériences & dans le
Livre de la quintessence & plusieurs autres: Rupecissa son élève a amplifié
encore ces choses dans son Livre de la quintessence , & il a suivi la méthode
de son Maître, & ce déguisement fait que ceux qui commencent à étudier cet
Art dans leurs Livres n'entendront pas facilement leur pratique, sans ce petit
avertissement que je leur donne, faute de quoi plusieurs ont fait de grandes
dépenses dans le vin & dans le tartre, comme le bon Trévisan ledit de lui-
même.
Je pourrais en dire d'avantage, il je ne craignais pas d'ennuyer le Lecteur.
D'ailleurs il ne faut pas trop en dire , il il faut laisser quelque chose à faire à
ceux qui s'appliquent à cette science , leur donnant lieu de lire les Auteurs &
de les méditer . Qu'on lise donc & qu'on médite Paracelse qui fera entendre
plus facilement Raymond Lulle & ceux de son école qui ont écrit beaucoup
de la pratique , laquelle revient au fond à celle de Paracelse, & qui est un peu
plus courte & plus facile.
Ce que j'ai pû faire dans ce Livre , cela été de faciliter aux amateurs de cet Art
l'intelligence des Auteurs , & je puis dire que celui qui aura un peu de
jugement & qui aura bien lû mon écrit, aura une très-grande facilité pour
entendre les Livres de nos Philosophes , la plupart desquels ne nous parlent
de cet ouvrage que lorsque les matières de la Pierre sont dans le vaisseau pour
se cuire & former la Pierre , fermant par ce moyen la porte aux studieux, &
leur cachant le commencement de l'ouvrage , sans lequel on ne peur rien
faire.
Quant à ceux qui ont écrie quelque chose de la pratique , comme Raymond
Lulle, & ceux de son école, comme aussi Basile Valentin & semblables, ils ont
caché sous d'autres noms la matière de la Pierre , & même ils ont omis le plus
important de la pratique. Paracelse les imite dans ces derniers points , mais il
a enseigné d'ailleurs tant d'autres. choses importantes , que pour peu qu'on ait
de l'esprit, & qu'on s'applique à expérimenter, ce qu'il faut faire (car il ne faut
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 126
pas croire que tout d'un coup on parvient à ces désirs ) en corrigeant ses
propres fautes, il parviendra enfin à la perfection de l'Art. Il faut donc avoir
en premier lieu de bons principes, pour le choix des matières , ce qu'à mon
avis on ne eur mieux acquérir que dans les livres de Geber , particulièrement
dans la Somme de la perfection , car c'est là où il connaîtra à fond la nature
des métaux, & qu'il n'y a que la très-pure substance de l'argent-vif qui soit
propre à faire la Pierre, & qu'en quelque lieu qu'on puisse trouver cette
substance très-pure de l'argent vif , qui est son esprit & sa quintessence, dans
ce lieu est la matière de la Pierre. Or cette substance pure se peut tirer plus
facilement & plus prochainement du même vif argent, parce qu'il y a facilité
de tirer plutôt de lui que d'un autre fa substance pure & subtile, d'autant qu'il
a actuellement une essence subtile, & que, comme die Paracelse avec Geber, il
est un métal plus ouvert que les autres. L'on verra aussi que cette substance
pure est plus prochaine dans l'or & dans l'argent , mais elle n'est pas facile à
extraire, parce que ces métaux sont resserrés & que leur essence est fortement
liée avec l'impur sec, & duquel il n'est pas si facile de la dégager. Après avoir
bien pris ces bons principes de Geber, l'on peut lire avec attention les Livres
de Paracelse, dont j'ai taché de faciliter l'intelligence, ceux-ci faciliteront
l'intelligence de Raymond Lulle, de Basile Valentin & de ceux de leur école.
On peut lire aussi comme un abrégé & un précis précieux de la science,
l'Auteur du secret hermétique qu'on attribue à Despagnette , duquel on peut
dire que les règles sont d'or.
Voilà ce que j'ai pu dire en faveur des studieux de cet Art : ceux: à qui cela ne
plaît point, à cause qu'ils font prévenus de leurs fantaisies & imaginations,
n'ont qu'à le rejeter & s'en tenir à leurs opinions : j'ai fait mon devoir & m'en
saura gré qui voudra.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 127
Les diverses pratiques pour faire la Pierre des Philosophes sont la même
chose en substance , puisqu'elles mènent à la même fin.
Mais quoique ces voies soient diverses , cependant on les distingue en deux
principales, qu'on appelle la voie sèche & la voie humide, & chacune de ces
voies particulièrement l'humide, a diverses branches, la voie sèche est ainsi
appelée parce qu'en la pratiquant on ne se mouille point les mains en
touchant les matières philosophiques, & cette voie paraît consister dans
l'extraction de la quintessence du vif-argent, à quoi on parvient par une
dépuration parfaite , & on peut procéder sur lui en le fixant & imbibant pour
le volatiliser & fixer encore comme Geber enseigne dans la Médecine du
troisième ordre : ou bien pour abréger ou faciliter cette pratique en prenant
l'or déjà fixe, & le joignant & amalgamant avec ledit vif-argent préparé, faire
cuire dans un vaisseau de verre ce composé, le purifier & faire passer par les
couleurs , ainsi que tous les Philosophes enseignent.
La voie humide est celle dont la pratique enseigne à réduire le vif argent en
une eau mercurielle sans qu'il perde sa nature de vif argent , avec cette eau
mercurielle accuée, de son sel on réincrude le corps de l'or & de l'argent en
peu d'heures, & faisant cuire avec ladite eau blanche ou rouge le corps parfait
réincrudé, lequel passe aussi par les couleurs & en un temps plus court, & il
s'exalte encore à une perfection plus grande.
Il est aussi à remarquer qu'avec cette eau l'on peut procéder en diverses
manières , car c'est la clef de l'Art qui ouvre tous les corps métalliques.
Il n'est pas facile de distinguer de laquelle de ces deux voies parle l'Auteur que
l'on lu , il y a peu d'Auteurs qui aient donné la pratique de cette eau
mercurielle , & ceux qui en ont parlé , ils en ont donné la pratique comme il
convient , c'est-à-dire cachant toujours quelque chose.
J'ai hésité longtemps à joindre ce traité au précédent : car à dire vrai , c'est
prostituer l'Art & révéler nettement ce que les Philosophes ont caché avec
tant de soin ; c'est donner à une postérité ingrate les études & les expériences
de plus de quarante ans.
Mais j'ai fait réflexion que la providence conduit les hommes comme il lui
plaît , c'est pourquoi il en arrivera tout ce qu'elle voudra , & rien plus : je crois
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 128
donc que si elle a destiné quelqu'un acquérir ce grand Art, elle permettra que
cet écrit tombe entre ses mains, & lui donnera les lumieres nécessaires pour
suppléer à ce qui manque : quant aux autres et écrit leur sera inutile par trois
raisons, la première parce qu'il ne conviendra pas à leurs idées & aux
prétentions dont les Chimistes peu Philosophes sont pleins,
2°. La plupart n'y entendront rien.
3°. Et ceux qui y entendront quelque chose, ne comprendront pas tout le fin
de l'Art & des manipulations nécessaires , quoiqu'à dire vrai, si l'on joint le
précédent Traité à celui-ci , il y manque peu de chose , mais enfin le peu qui
manque suffit pour tout manquer: & on ne peut pas décrire cet ouvrage (ainsi
que Sendivogius le dit , comme si l'on enseigne à faire une tarte à la crème. Je
suis donc convaincu que pour beaucoup cet ouvrage soit clair, il sera fort
obscur à ceux qui ne ne seront pas bons Physiciens & qui n'ont pas d'ailleurs
une grande expérience , car enfin ce n'est pas l'ouvrage des gens qui sont
avides d'avoir de l'or , mais c'est l'œuvre d'un Artiste expérimenté &
Philosophe , & surtout qui est destiné de Dieu à jouir de ce grand don. Je
veux donner un exemple de cette dernière vérité: le Célèbre Weidenfeld
lequel, comme moi, a ramassé la plupart des enseignements & des recettes
des Philosophes , & dont les écrits m'ont beaucoup aidé: quoique ce
Philosophe fût beaucoup plus savant & plus laborieux que moi , cependant il
est mort sans faire la Pierre : car manquant de faculté pour y parvenir avec
commodité , son esprit fut détourné à vouloir faire la multiplication du
salpêtre , en quoi il acheva de se ruiner, aussi bien quequelqu'autres de ses
amis, auxquels il ne voulut jamais se confier pour faire le grand Œuvre. Peut
être aussi qu'il lui manquait quelque chose à savoir ; enfin moi-même depuis
dix ans j'ai été détourné par des choses encore plus inutiles , de m'appliquer à
cet ouvrage & je cède donc à l'inspiration & à la volonté de Dieu, & à celle
d'un de mes chers amis qui veut que je lui donne encore ce Traité pour le
joindre au précédent de Paracelse , ce qui formera un ouvrage complet & tel
qu'on n'en a jamais vu un semblable. Mais remarquez une chose étonnante de
la Providence , cet ami est mort peu après lavoir reçu , & n'a pu en profiter :
je le donne donc au public de bon cœur,& je souhaite que ceux entre les
mains desquels il pourra tomber quelque jour, en tirent tous les avantages que
le père de la lumière accorde à ceux qu'il lui plaît d'illuminer.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 129
Les Philosophes nous ont donné plusieurs recettes pour tirer l'essence de
cette matière qu'ils appellent le Lion vert & de plusieurs autres noms : je les
mettrai toutes ici afin de les comparer les unes avec les autres & en tirer plus
de lumières , car ce que l'un ne dit pas, l'autre l'explique , & comme dit Geber
le Maître des Maîtres, un Livre ouvre & éclairci l'autre, d'autant que celui qui
lui parle d'une chose qui lui est fot connue & familière , omet souvent
quelque chose d'important, qu'un autre dit , laissant aussi de sa part
quelqu'autre chose importante.
Mais il est à remarquer que tous les Philosophes qui ont parlé de cette
opération, qui est la préparation de la seule & unique matière de la Pierre ,
non seulement ils ont caché quelle était cette matière qu'ils ont nommée de
toutes sortes de noms ; mais ils ont aussi, caché avec soin le commencement
de la préparation; fermant ainsi l'entrée à tous les curieux de cet Art , je
tâcherai néanmoins d'éclaircir ces deux points importants autant qu'il me sera
possible disant ce que j'en pense.
Voyons auparavant ce que les Philosophes disent de ce premier ouvrage & de
cette première préparation , dans laquelle comme j'ai dit, ils omettent encore
le premier commencement qu'ils laissent deviner sans renseigner; & voici
comme Riplée en parle, supposant que vous ayez préparé comme il faut la
matière qu'il appelle le Lion vert.
Prenez le Lion vert sans le dissoudre avec le vinaigre, comme l'on fait
ordinairement,& mettez-le dans une grande retorte de terre qui résiste bien au
feu , & mettez-le à distiller comme si vous vouliez faire de l'eau forte: &
commencez à donner le feu par degrés laissant distiller , & quand vous
verrez paraître des fumées blanches , changez le récipient, & lutez bien,
continuez à distiller à grand feu pendant vingt quatre heures comme si vous
faisiez l'eau forte, & si vous continuez lc feu pendant huit jours, vous verrez
toujours au récipient plus de vapeurs blanches, & de cette minière vous
aurez le sang de Lion vert, qui est cette eau que nous appelions l'eau secrète,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 130
& le vinaigre très aigre , par lequel tous les corps des métaux sont réduits en
leur première matière, & qui guérit toutes les infirmités du corps humain ,
c'est notre feu qui brule toujours continuant de même dans le vaisseau de
verre, & non pas dehors : c'est notre fumier, notre eau de vie, notre bain ,
notre vendange qui fait des merveilles dans les ouvrages de nature, qui
examine par la pénétration tous les corps disjoints & non dissout , & c'est une
eau aigre qui porte dans ion ventre un Feu , c'est pourquoi on l'appelle eau
de feu, car sans cela elle n'aurait pas la puissance de résoudre les corps dans
leur première matière : c'est notre mercure , notre soleil & notre lune dont
nous nous servons dans notre ouvrage , vous trouverez dans le fond de la
cornue des fèces noires que vous calcinerez pendant huit jours sur un feu
lent.
Par toutes les merveilles que Riplée attribue à cette eau, je conjecture que le
Lion vert n'est, pas le vitriol commun , quoique le vitriol soit un demi
minéral, qui est de couleur verte : & je croirais volontiers que le Lion vert est
quelque chose de plus pénétrant & de plus proche à la nature des métaux ,
quoique cette eau peut les résoudre en leur première matière, avec la
conservation de l'espèce, ce que l'huile du vitriol ne peut jamais faire de
quelque manière qu'on le prépare, &c
Voici une autre recette de Riplée, dans laquelle il dissout le susdit Lion vert ,
déjà préparé auparavant , & de laquelle préparation , ni lui ni personne ne dit
mot , ou très-légèrement: en dissolvant avec le vinaigre cette matière que je
crois métallique, il en forme avant que de le distiller une espèce de gomme,
ou vitriol philosophique, & ensuite il le distille comme il s'ensuit.
Prenez l'adrop , duquel nous avons parlé ci-dessus, & faites le dissoudre
dans le vinaigre distillé, l'y laissant huit jours, agitant trois ou quatre fois par
jour , & remuant le tout avec un bâton , décantez la liqueur avec la
dissolution, & filtrez la trois fois, afin qu'il n'y ait point de fèces & jusqu'à ce
que que la dissolution soit claire & transparente comme le cristal , ensuite
par un feu lent faites évaporer le vinaigre jusqu'à ce que la matière devienne
comme de la glu fort épaisse, de manière qu'on ne peut pas l'agiter par la
viscosité , & après que la matière sera froide conservez la à part , & en faites
encore d'autres : (je crois en remettant encore du vinaigre sur ce qui n'a pas
été dissout,) , faites donc tant que vous en ayez douze livres (je crois douze
onces) de ce Lion vert , ou Adrop réduit ainsi en forme de gomme. Alors
vous avez la terre tirée de la terre & le frère de la terre. Prenez donc une livre
de cette gomme, & mettez la dans un vaisseau de verre grand comme un
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 131
mediocre pot, lutant bien les jointures du récipient,& faites distiller, &c.
Prenez trois livres de cette gomme dans un vaisseau distillatoire qui contient
environ deux mesures, & ayant luté les jointures, faites distiller au sable,
lequel doit être épais de deux doigts sous le vaisseau aussi bien qu'au tour
jusqu'à la moitié de la cucurbite ou cornue , & que ce soit un peu au dessus
de la matière qui est dans le vaisseau. Faites au commencement un très petit
feu sans luter le récipient, jusqu'à ce que vous voyez que le flegme est tout
sorti , continuant ainsi jusqu'à ce que les fumées blanches commencent à
paraître comme du lait. Alors lutez bien les jointures augmentant peu à peu
le feu, & à la fin vous aurez une huile très-rouge comme du sang qui est un
or aérien & spirituel: ceci est le menstrue puant, le soleil des Philosophes,
notre teinture, l'eau ardente , le sang du Lion vert, notre humidité onctueuse
laquelle est le souverain restaurant & consolation du corps humain dans ce
monde , c'est notre eau de vie, le vrai mercure des Philosophes, l'eau de vie
qui donne la vie à l'or & aux autres métaux & les dissout avec la conservation
de leur espèce , & qui a plusieurs autres noms , & lorsque les fumées
blanches paraissent, continuez encore le feu pendant douze heures, dans
lequel temps toute l'huile distillera si le feu est convenablement fort,
conservez cette distillation, la bouchant bien, qu'elle ne s'évapore pas.
Ce menstrue n'est pas différent du premier, quoique la substance ne soit pas
différente, & que la matière dont on doit se servir reste encore dans
l'obscurité.
Cependant Riplée dit en quelque endroit quatre raisons pour desquelles on
appelle cette matière le Lion vert.
1°. Par le mot de Lion vert , les Philosophes entendent le soleil , lequel par sa
vertu fait verdir & germer toutes les plantes, & qui meut & anime toute la
nature. Le Lion vert donc est cc lui par qui tout verdit & croît, élevant des
froides cavernes les vapeurs qui font croître & dont le fils nous est très cher
& propre à faire l'Élixir, car c'est par ce fils qu'on a la puissance d'obtenir
nôtre soufre blanc & rouge qui ne brûle point & qui ne se trouve que dans
le corps des deux luminaires, lequel,comme dit Avicenne, est une très-bonne
chose, de laquelle les Chimistes peuvent produire l'or & l'argent: ce paroles
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 132
Premièrement, entendez (dit Riplée ) ce que dit Avicenne , que dans le plomb
philosophique l'or & l'argent sont en puissance , & que la nature les a laissés
crus, & cuits seulement à demi , c'est pourquoi il faut y suppléer par l'Art , &
perfectionner ce que la nature a laissé imparfait : ce qu'il faut faire , par le
moyen d'un ferment qui cuit & qui digère les crudités que la nature y a
laissées , c'est pourquoi pour le ferment prenez l'or parfait parce que notre
plomb tirera un peu de sa substance fixe, & par ce moyen il convertira une
grande quantité des corps non fixes , & de cette manière l'Art aidera là nature,
& fixera en peu d'heures sur la terre ce qu'elle fait en mille ans dans la terre,
& par cette expérience vous entendrez comme le plomb contient en soi de
grands secrets car il a en lui un argent vif pur & net & odoriférant, & qui n'a.
pu être conduit à la perfection par la nature , & cet argent vif est la base & le
fondement de notre précieuse médecine , tant pour les corps humains que
pour les métalliques , & il est l'Élixir de vie qui guérit toutes les infirmités, &
duquel mercure , il faut entendre le Philosophe, quand il a dit que dans le
mercure est tout ce que les sages cherchent , & c'est de lui qu'on doit tirer,
l'esprit, l'âme & le corps qui sont la vrai teinture: c'est dans le mercure qu'on
trouve le feu des Philosophes, qui brûle également dans le vaisseau & non
dehors. Il a de plus une très grande vertu attractive & la puissance de
dissoudre le soleil & la lune, & de les réduire à leur première matière avec la
conservation de leur espèce , c'set avec ce mercure qu'il faut dissoudre la
chaux des corps parfaits pour congeler l'esprit mercuriel du susdit dissolvant
Ripl papill. pag. 255. Mais prenez garde, dit-il, que vous n'opériez avec le
saturne vulgaire, parce que l'on dit communément qu'il ne faut pas manger de
l'enfant dont la mère est corrompue: & croyez moi que plusieurs se trompent
en travaillant dans dans le saturne: écoutez ce qu'Avicenne dit ; Saturne sera
toujours Saturne, & même ne travaillez pas sur la terre de Saturne (des
Philosophes) qui a été abandonnée par son esprit ( la tête morte ) & qu'il a
abandonnée comme un mauvais soufre, agissez avec son odeur (sa vapeur ,
son esprit) pour congeler le mercure , non pourtant comme font les fous,
mais comme font les Philosophes, & vous aurez une bonne chose Phil. cap.
[Link]. 188.
Il continue à dire. Nous appelions Plomb tout le composé, & ce sont nos
menstrues avec lesquels nous calcinons les corps, mais nul corps impur entre
dans la formation de ces menstrues, qu'un seul que les Philos, appellent le
Lion vert, & lequel Geber dit être le moyen & le médiateur pour joindre &
introduire les teintures de soleil & de la lune , & afin que je vous découvre
qu'elle est cette chose, je te jure par le Ciel que c'est un de ceux qui donnent
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 135
le nom aux sept jours de la semaine , & la chose plus vile (& plus imparfaite)
d'entre eux , du corps de laquelle chose on tire par artifice un certain sang &
une humidité vaporeuse qui s'appelle le sang du Lion vert, duquel on fait une
eau qui s'appelle blanc de l'œuf & l'eau de vie, l'eau de la rosée de Mai & qui
a plusieurs autres noms que j'omets pour abréger phil. pag.192.
La troisième méthode pour tirer le sang du Lion vert, du plomb calciné ou du
minium philosophique , est la suivante que le même Riplée nous donne pupill.
Chimic. pag. 303.
Prenez du plomb calciné & rubifié ou du plomb minium , c'est-à-dire de
l'antimoine minéral préparé autant que vous voudrez avec cette proportion
qu'il faut avoir autant de pintes de vinaigre distillé que vous avez de livres
dudit plomb calciné, mettez ledit minium avec ledit vinaigre dans une terrine
vitrée bien couverte de la poudre , remuant tous les jours cinq ou six fois
sans y a jouter aucun feu , ayant été ainsi trois ou quatre jours (il dit ailleurs
huit jours) , après lesquels vous décanterez la liqueur, & la filtrerez afin
qu'elle devienne pure & transparente , mettez la dans une poêle de cuivre à
très-petit feu, & faites évaporer le vinaigre flegmatique jusqu'à ce qu'il reste
dans le fond une manière d'huile fort épaisse que vous laisserez refroidir,
alors vous aurez une matière comme de la gomme ou comme de la glu qu'on
pourra couper avec le couteau, mettez 4. livres de cette matière dans une
cucurbite bien lutée avec un lut fait de mâchefer, farine & blanc d'œuf ,
mettez dans un four de sable & non de cendres , ensevelissant le vaisseau
dans le sable , & qu'il y en ait deux doigts dans le fond & , par dessus la
matière, mettez un récipient sans le luter jusqu'à ce que par un feu très-lent
vous ayez ôté toute l'eau flegmatique , & quand vous verrez paraître les
fumées blanches , changez ou videz le récipient & lutez bien, lequel il faut
qu'il soit long de deux pieds.
Laquelle fumée étant extraite , vous fortifierez le feu autant que vous pourrez,
lequel feu vous continuerez jusqu'à ce que tout soit distillé : ce qui se peut
faire en 12 heures ou environ , & par ce moyen vous trouverez le sang rouge
du Lion , très rouge & comme du sang, qui est notre mercure & notre
teinture préparée pour en imbiber la chaux de l'or très-pur. Au surplus si vous
voulez vous en servir au blanc vous distillerez votre mercure à petit feu ,
conservant toujours les fèces, & vous aurez votre mercure très blanc &
comme du lait, qui est notre lait de la Vierge, le menstrue blanc & notre
argent-vif exubéré : Duquel par la circulation ,vous pouvez faire de l'huile de
la chaux de lune, comme vous avez fait de la chaux d'or , & vous aurez l'élixir
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 136
au blanc , qui convertit tous les métaux , mais notez que l'huile d'or doit se
perfectionner en l'unissant avec le baume artificiel par le moyen de la
circulation , jusqu'à ce qu'il se forme aine liqueur comme de l'or très-claire &
resplendissante, qui est le vrai or potable , & l'Élixir de la vie plus précieuse
que toutes les choses du monde.
Un semblable menstrue est décrit par le même Riplée dans sa moelle
chimique p 170, Prenez, dit-il, le jus très-aigre des raisins, qui étant distillé,
vous dissoudrez en icelui, dissolvez en eau cristalline & , transparente le corps
bien calciné au rouge , que les Philosophes appellent sericon, duquel vous
ferez une gomme qui ressemble à l'alun, & que Raymond Lulle appelle vitriol
azoqueus : de cette gomme on tire auparavant à petit feu une eau faible qui
n'a aucun gout, non plus que l'eau de fontaine , mais , lorsque les fumées
blanches paraissent changez le récipient & lutez bien fort , & vous recevrez
votre eau brûlante, l'eau de vie & menstrue résolutif qui auparavant était lui-
même résoluble , c'est la vapeur qui peut dissoudre tous les corps, les purifier
& les putréfier, qui peut séparer les éléments & réduire la propre terre en sel
admirable par sa vertu attractive & ceux qui croient qu'il y a une autre eau que
celle-ci, ils se trompent dans leur œuvre : cette eau a un gout très-acre & fort
& une odeur puante , & c'est pour cela. qu'on l'appelle le menstrue puant &
parceque cette eau est fort subtile & spirituelle,c'est pour cela qu'il faut la
mettre avant une heure sur la chaux des métaux , & quand on la met sur la
chaux des métaux elle commence à bouillir, & si le vaisseau est bien fermé,
elle ne cessera pas d'agir sans autre feu jusqu'à ce qu'elle se soit desséchée sur
la chaux desdits métaux qui s'en imbibent parce qu'elle est de leur nature,
après quoi vous passerez outre pour accomplir l'ouvrage comme dans l'eau
composée & , quand l'Élixir sera de couleur de pourpre, dissolvez-le dans le
même menstrue qui soit rectifié & réduit en huile subtile, sur lequel il faut
fixer l'esprit de l'eau par la circulation , & alors elle a la puissance de réduire
tous les corps en or très pur, & guérir toutes sortes d'infirmités du corps
humain plus que les remèdes d'Hippocrate ou de Gallien : car c'est le
véritable or potable, fait de l'or élémenté , par notre Art , & tourné par la
roue philosophique.
Nous achèverons les recettes de Riplée qui en a parlé plus qu'aucun autre, par
celle qu'il a donnée dans son Vademecum ou manuel; laquelle est la plus ample
& plus circonstanciée que les autres.
Prenez, dit il , du Sericon, ou de l'antimoine 30. livres , qui vous donnent
environ 10. livres de gomme , pourvu que le vinaigre soit bien fort , chaque
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 137
livre dudit sericon vous le dissoudrez dans deux mesures (à gallon) de vinaigre
distillé , & quand il aura été quelque temps en digestion, agitant souvent la
matière avec un bâton : après que tout ou la plupart sera dissout, filtrez la
liqueur, jetez les fèces superflues qui n'entrent pas dans notre opération ,
mettez toute la liqueur au bain marie, & faites évaporer à médiocre chaleur, &
notre sericon se coagulera en forme d'une gomme verdâtre qui est notre lion
vert. Desséchez bien cette gomme de manière pourtant que vous ne
détruisiez pas les fleurs , ni la verdeur.
Alors prenez cette gomme verte (ou vitriol azoquée , vitrool de mercure,)
mettez-le 'ans une retorte de verre bien lutée & bien forte & distillez à petit
feu le flegme insipide qui sort & qui n'est bon à rien , mais aussitôt que vous
verrez les fumées blanches, mettez un autre récipient de verre fort grand , que
vous luterez fort bien au col de la retorte, afin qu'aucune fumée ne se perde ,
augmentez le feu par degrés jusqu'à ce qu'il vienne des gouttes rouges comme
le sang , & qu'il ne vienne plus de fumées , alors diminuez peu à peu le feu ,
& tout étant "bien froid ôtez le récipient, & bouchez le bien que rien ne
s'évapore , parce que cette liqueur est notre liqueur benîte qu'il faut conserver
avec grandi soin dans un vaisseau bien bouché , regardez ensuite le col de la
retorte, & vous y trouverez une certaine glace blanche & dure, semblable à
une vapeur congelée & comme du mercure sublimé , que vous ramasserez &
conserverez soigneusement: car elle contient de grands secrets desquels je
parlerai plus bas : (mais il n'en dit mot.). Cela fait , tirez des fèces de la
cornue qui sont noires comme de la fumée (si vous avez donné bon feu) &
qui font appelées notre dragon (parce que comme on le verra il mange sa
queue.) Prenez une livre ou plus de ces fèces & calcinez-les dans un four des
Potiers, ou des verriers , ou dans votre fourneau (anemio) qu'il devient une
chaux blanche comme la neige, dite le tartre calciné des Philosophes.
Conservez cette chaux à part, car c'est la base & le fondement de nos secrets j
c'est notre mare , notre terre blanche, & le fer des Philosophes, (étant noire.)
Prenez une partie des fèces restantes ou de ce dragon noir, & broyez-le sur
une pierre, & par un bout mettez y le feu avec un charbon vif, & dans l'epace
de demi heure le feu paraîtra par toutes les fèces qui seront calcinées en une
couleur citrine fort glorieuse.
Dissolvez ces fèces avec le vinaigre distillé par la manière que nous avons dit
ci-dessus; ,, filtrez comme dessus, & ce qui reste, évaporez comme dessus., &
l'on formera une manière de gomme , & distillez le menstrue qu'on appelle
sang du dragon, & réitérez cet ouvrage comme auparavant jusqu'à ce que
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 138
toutes les fèces susdites ou la plus grande partie étant réduites en gomme par
le vinaigre distillé , soient redistillées, & formant le menstrue qu'on appelle
sang de dragon. Je crois qu'il faut les distiller dans le même récipient où est
l'autre menstrue , réitérant cet ouvrage en toutes les fèces comme auparavant,
jusqu'a ce que toutes les fèces ou la plus grande partie soient réduites en notre
liqueur naturelle & bénite , lesquelles liqueurs vous mêlerez avec la première
qu'on appelle le sang de Lion vert. Ces liqueurs ainsi mêlées mettez-les
putréfier pendant quatorze jours.
Ensuite procédez à la séparation des éléments, car vous avez déjà dans cette
liqueur bénite le feu de la Pierre qui était cachée dans les fèces, lequel secret
les Philosophes ont extrêmement caché , prenez donc ce menstrue ainsi
putréfié & mettez dans un verre en quantité convenable , mettez son alambic
que vous luterez avec des linges mouillés en blancs d'œufs , & il faut que le
récipient soient fort grand afin que les esprits ne puissent pas s'échapper &
qu'ils sortent avec une chaleur tempérée: séparez les élements, l'élément de
l'air montera le premier , qui est l'huile (une petite quantité d'huile qui surnage
sur l'esprit de vin.)
Dans un autre vaisseau , distillez cet esprit & rectifiez-le distillant sept fois,
(séparant le flegme, jusqu'à ce qu'il brûle le linge qu'on aura mouillé en icelui:
alors cette eau s'appelle l'eau ardente ) ou esprit de vin rectifié) laquelle eau
vous conserverez soigneusement bien bouchée.
Dans la rectification de l'eau ardente surnage l'air en forme d'huile blanche ,
& l'huile citrin restera dans le fond de l'alambic , car il a besoin d'un feu plus
fort.
Cela fait, prenez du mercure sublimé pulvérisé , faites le dissoudre per
deliquium sur une lamine de fer en lieu humide , & la liqueur qui en vient
étant filtrée , versez dessus un peu d'eau ardente elle tirera le mercure en
forme d'huile verte qui surnagera , laquelle vous séparerez la distillant par la
retorte d'où, l'eau distillera la première & ensuite l'huile épaisse qui est l'huile
du mercure. Distillez après le déluge ou (l'eau de la Pierre) dans un autre
récipient , & la liqueur sera blanchâtre que vous distillerez au bain à une
chaleur modérée jusqu'à ce qu'il reste dans le fond de la cucurbite une
substance épaisse oléagineuse comme la poix liquide ; conservez cette liqueur
dans un vaisseau bien fermé.
Notez qu'aussitôt que la liqueur blanche vient , il mettre un autre récipient ;
car cet élément (de l'air) est entièrement distillé , deux ou trois goutes de cette
liqueur noire guérissent de tout venin.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 139
Sur cette matière noire & liquide versez de l'eau ardente susdite & mêlez bien
le tout, laissez reposer les fèces pendant trois heures, décantez & filtrez la
liqueur, mettez dessus encore d'autre eau ardente susdite, & repetez cela trois
fois, & de nouveau distilez à petit feu au bain , réitérant trois fois la
distillation , & on l'appellera sang humain rectifié, lequel les Artistes ont mis
parmi les secrets de nature, & de cette manière vous avez exalté en
quintessence deux élement, c'est-à dire l'eau & l'air, conservez ce sang en
temps & lieu : après cela versez sur cette terre noire de la Pierre qui est restée
dans le fond de .'alambic , versez, dis-je , encore le déluge , c'est-à-dire l'eau
(le flegme) & mêlez bien distillant le tout jusqu'à ce que la terre reste fort
seiche & noire, qui est là terre de la Pierre , gardez l'huile qui est avec l'eau
pour vous en servir en temps & lieu , mettez cette terre noire en poudre , &
versez dessus le sang humain susdit (l'esprit de vin susdit rectifié & qui est
imbibé du sel de ladite terre) , digérez pendant trois heures, & après distillez
aux cendres avec un feu assez fort , réitérez cet ouvrage trois fois & nous
l'appellerons seau de feu, rectifiée , & de cette manière vous avez exaltés trois
éléments dans la vertu de la quintessence , c'est-à-dire l'eau , l'air , calcinez
ensuite ladite terre noire & sechez dans un four de réverbère en forme de
chaux très-blanche , versez dessus l'eau de feu ,, distillez à feu bien fort
comme dessus la terre qui reste , calcinez-la encore, & distillez réitérant la
même distillation & calcination sept fois ou jusqu'à ce que toutes la substance
de la chaux soit passée par l'alambic , & alors vous avez l'eau de vie rectifiée ,
spiritualisée , & les quatre éléments font exaltez en vertu de la quintessence ,
cette eau dissout tous les corps les putréfie & les purge : c'est notre mercure,
notre lunaria , & quiconque croit qu'il y a une autre eau que celle , ci est un
fol qui ne parviendra jamais aux effets désirés pour le grand Œuvre..
L'on peut remarquer en passant que le Lion vert, l'Adrop , le plomb des
Philosophes, le minium, l'or aérien, le mercure & autres noms semblables
signifient la même matière dont on fait le menstrue: comme aussi l'eau
ardente, l'eau de vie , le sang humain rectifié , le dragon, le fer & le mars des
Philosophes & autres semblables, sont diverses substances du même
menstrue , que Riplée qui était de l'école de Raymond Lulle appelle comme
lui menstrue puant. . Raymond Lulle compose son menstrue puant de trois
choses.,. c'est-à-dire de B. C. D. par B. il entend le grand Lion vert ou l'argent
vif commun B. dit-il, signifie l'argent vif qui est une substance commune , & qui est
dans tous les corps corruptibles comme il paraît par ses propriétés C dit il signifie le
salpêtre ou nitre commun qui a une nature commune & semblable à l'argent vif a cause
de sa nature forte & acide. Par D. il entend la gomme d'Adrop faite de la
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 140
substance du Lion vert. D dit-il signifie le vitriol azoqué , qui rompt & confond tout
ce qui est de la nature de l'argent vif. Il appelle l'un & l'autre C. D. les moyens les
plus purs & les plus propres. Sachez , dit-il. mon fils la chose avec laquelle
nous lavons l'argent vif & sa nature de manière que la nature n'a pu le faire,
pour faire en sorte qu'il devienne Élixir parfait, mais comme l'Elixir & l'argent
vif font les deux extrêmes ils ne peuvent se joindre que par un milieu, sachez
qu'il y a plusieurs moyens , pour produire cet effet , mais il y en a deux dans la
nature qui sont plus purs & plus visqueux, c'est-à-dire les vitriols azoqués
verts & la nature saline pierreuse. Mon fils avec le secours de cette vile
matière on fait notre Pierre, &c.
Mais il nous importe à présent de savoir comme le même Raymond s'y prend
pour former le vitriol azoqué ou le vitriol mercuriel de cette matière qu'on
appelle Lion vert.
Mon fils, dit-il, le Lion azoqué qui est appelle le vitriol (azoquée) il est fait par
nature & de la propre substance de l'argent vif commun , lequel est la «racine
naturelle de laquelle le métal est crée de sa propre matière.
Raymond continue à montrer dans des termes obscurs & qui lui sont
ordinaires ce que Riplée avait dit que pour faire l'argent vif des Philosophes
de l'argent vif vulgaire, il faut le faire bouillir dans l'esprit ou l'huile de vitriol.
«Mon fils, dit-il, il faut que tu sois inébranlable dans les principes de nature &
ne pas courir, tantôt après une chose, tantôt après un autre, car notre
médecine ne consiste pas en plusieurs choses , c'est pourquoi je te dis qu'il n'y
a qu'une seule Pierre , c'est-à-dire le soufre , auquel tu ne dois pas ajouter
rien d'étranger, mais seulement en ôter les superfluités terrestres &
flegmatiques, lesquels sont séparées & doivent être séparées de notre vif
argent qui est plus commun aux hommes , que l'argent vif vulgaire , & il est
d'un plus grand prix & de plus grand mérite & d'union plus forte, lesquelles
choies superflues il faut les séparer n'étant pas de l'harmonie des métaux. Je
vous répète qu'il n'y a qu'une feule Pierre des Philosophes qui est tirée des
choses susdites , c'est-à-dire de ce corps , qui est de la nature des deux
luminaires , & dans lequel leur splendeur habite & qui ne cessent pas d'éclater
sur la terre, &qui avec leurs rayons obscurcissent le feu , & je te dis que qui
ne prend pas ces corps est , comme un peintre qui veut peindre sans pinceau
& sans couleurs : car ces deux corps sont naturels à la Pierre. Et parmi les
corps innaturels prends ce corps volatil, c'est-à-dire le vif argent qui cache sa
nature dans la profondité de son ventre, & laquelle est si fort mêlée avec
l'extérieur & l'imparfait, qu'on ne peut avoir ce qui est parfait en lui que par
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 141
une certaine concordance amiable , laquelle la nature nous montre par une
amiable attraction , & c'est à cause de ses superfluités externes qu'il est mis
parmi les corps innaturels , non qu'il soit néanmoins non naturel ; car si cela
était il serait dans le nombre des choses que nous disons être contre la nature
de la pierre , mais comme dans son intérieur sa substance est pure & naturelle
à la Pierre , c'est pour cela qu'on l'appelle innaturel, c'est pourquoi il faut
considérer diligemment que de ces deux principes (les métaux parfaits &
l'argent vif) il y en a un qui tant extérieurement qu'intérieurement doit être
considéré comme naturel dans toute sa substance, & c'est le soufre (de l'or
ou de l'argent) pur, & chaud , & sec qui communique sa forme , l'autre
principe (l'argent vif) est innaturel , c'est à-dire comme on l'a déjà montré
qu'au dedans il est naturel, (& au dehors se peut dire contre nature) ce qui est
naturel en lui est propre à lui, mais ce qui est extérieur lui est ajouté par
accident, c'est de ces accidents impurs qu'il faut séparer sa substance pure par
la corruption & putréfaction, c'est pourquoi il est visible, que cet argent vif
quand on le prend il n'est pas naturel à la Pierre à moins qu'il ne soit dépuré
avec beaucoup d'esprit & d'adresse.
Codicil chap.5.
Riplée en parlant de la purification du vif argent & de la natudr toutes les
autres choses qui ont de la même manière un corps impur & l'âme très pure
(ce qui est leur essence) en parlant du vitriol que Raymond Lulle met parmi
les choses contre nature à la Pierre , & qui néanmoins peuvent aidera sa
purification comme il dit.
La liqueur du vitriol est appelée par Raymond feu contre nature, & le mercure
de ce minéral a les mêmes imperfections que le mercure métallique ou Lion
vert qui est le feu naturel, c'est-à-dire que son extérieur est contre nature ,
mais l'intérieur ( l'huile parfaite du vitriol) est naturelle , car la nature
essentielle de l'une & de l'autre de ces mercures du vif argent & du vitriol )
est cachée dans le centre de leurs corps, c'est-à-dire entre l'eau flegmatique
d'une part, & d'une auautre part entre la grossière terrestre , & la nature
parfaite (du vitriol ou du vif-argent) ne se peut acquérir sans une grande
adresse du vrai Philosophe , c'est pourquoi la partie terrestre & flegmatique
ne peuvent pas nous être bonne à rien, au contraire elles sont nuisibles, & n'y
a que leur moyenne substance qui puisse nous être utile: c'est pourquoi
Raymond notre maître dit. Nous ne prenons pas les premiers principes (les
éléments) parce qu'ils sont trop simples & éloignés, ni les derniers parce qu'ils
sont trop grossìers & puants, mais seulement la substance moyenne, dans la
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 142
quelle est la teinture & la véritable huile, & qui font séparées de la terrestréïté
impure du flegme aqueux, c'est pourquoi le même Raymond dit l'humidité
onctueuse ( l'humidité radicale & essentielle ) est la matière prochaine de
notre argent vif physique. Pupilla alchim. pag. 298.
La manière de purifier l'argent vif ou le Lion vert par le vitriol vous est
insinuée par Raymond Lulle dans la théorie de son testament chap. 89. par
des paroles très obscures à son ordinaire , voilà ce qu'il en dit.
Quand on met l'argent vif dans les vapeurs vitrioliques qui forment une eau
très aiguë & pénétrante, il se dissout par l'incision & pénétration de ladite eau
qui se meut puissamment par son acuité forte, & en dissolvant l'argent vif se
convertit en nature d'atrament terrestre & vitriolique , il ne prend pas la
forme d'aucun métal, ni une forme claire & luisante, ni céleste comme il
paraît après l'évaporation de ladite eau , & comme il paraît par sa congélation
en forme de petite Pierres jaunâtres & roussâtres (crocus) laquelle couleur
procède de la terrestréïté pontique & sulfureuse , laquelle était outre mercure
dans la susdite eau de vitriol commun aussi peu avant chap 85.
Mon fils la vapeur grosse & vitriolique de laquelle est formé l'attrament (le
vitriol) est très aiguë & très-pénétrante , c'est pourquoi elle pénètre les parties
pures du soufre & de l'argent vif, & en les pénétrant il s'unit avec la substance
pure , la congelant sous la forme de la même vapeur & attramentale ou
vitriolique terrestre qui est en l'un & dans l'autre (en vitriol philosophique
vert & jaunâtre) , d'où paraît ce que nous avons dit, & qui est la grande porte
Royale, c'est à dire qu'il ne faut pas que les vertus terrestres surmontent les
vertus célestes, & vous aurez ce que , vous cherchez. Et il ajoute. Souvenez
vous qu'avec le menstrual, (c'est-à-dire avec la matière du menstrue le Lion
vert ) il ne faut mettre que les choses qui en viennent & qui sont nées de lui
dans le commencement de leur mélange , car si vous y mettiez quelque chose
d'étrange aussitôt il se corromprait par cette nature étrange & vous n'auriez
pas ce que vous voulez , l'or, l'argent & le mercure se dissolvent dans notre
menstrual parce qu'ils participent avec lui en proximité de nature , & de là
vous verrez la fumée blanche qui est notre soufre, & le Lion vert ,, qui est
notre onguent , & l'eau „ puante qui est notre vif-argent. Mais il faut
auparavant dissoudre le Lion vert avec l'eau puante, avant que vous puissiez
avoir ladite fumée blanche qur est notre soufre , & notez que le soufre se
dissout & se sépare du corps de la même manière , en congelant l'esprit en
forme d'eau sèche que nous appelions la Pierre & le plus grand moyen de
notre ouvrage qui consiste dans la connexion & union de toutes les natures,
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 143
c'est-à-dire dans l'union du corps & de l'esprit. Mon fils cette eau s'appelle
eau de feu parce qu'elle brûle & consomme l'or & l'argent mieux que le feu
élémentaire & parce qu'elle contient une chaleur terrestre , laquelle sans effort
dissout ce que le feu commun ne peut pas faire , c'est pourquoi je vous
ordonne que des choses les plus chaudes qui sont dans la nature vous
saisissiez le Magistère & vous aurez une eau chaude qui dissout toutes
choses. Theor. testam. chap. 59
Riplée renferme en peu de paroles tout ce grand verbiage de Raymond Lulle.
Ces paroles (qu'il a dites) peuvent suffire à l'homme sage , pour connaître &
pour avoir le Lion vert , mais ce noble enfant s'appelle Lion vert parce que
lorsqu'on le dissout il s'habille d'un vêlement vert . Mais néanmoins du Lion
vert des fous l'on tire par un feu violent cette eau que nous appelions, eau
forte , dans laquelle il faut bouillir & cuire notre Lion vert , parce que tout or
chimique se fait par décorosif. Moelle chimiquee pag. 139
Veindenfeld, dit aussi que l'argent vif qu'on appelle Lion vert Adrop , plomb des
philosophes , &c. étant dépuré par l'esprit de vitriol , on doit les murir encore en
le calcinant au rouge pour en former le minium ou plomb calciné , le
Sericon , &c. Et il cite Raymond Lulle qui parlant paraboliquement de la
production de l'argent vif des Philosophes , il fait une roue dans son
testament pour montrer que l'hyle & première matière produit en premier lieu
les éléments, que les éléments excités & mêlés avec les vapeurs célestes
produisent des vapeurs , ces vapeurs se réduisent en eau claire & visqueuse ,
qui produit l'azot vitriolé, l'azot-vitriolé produit un soufre aqueux , duquel
viennent enfin les métaux.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 144
.
Le quatrième moyen, dit Raymond, est une certaine substance provenant de
sa propre, minière , & qui est plus proche de la nature des métaux que
quelques uns appellent caleantus ou az,ot-vitriolique (le mercure vitriolé ou vitriol
azoqus) lequel est la terre & la matrice des métaux & qui par un autre nom
s'appelle aussi usurius laisant, blanc & rouge dans l'intérieur caché , noir & vert
vu dehors, qui a la couleur d'un Lézard venimeux , qui est immédiatement
engendré de l'argent vif qui est la matière susdite , imprégnée de ladite vapeur
chaude & seche qui est soufreuse d'esprit de vitriol) par lequel moyen il est
congelé en forme de Lézard vert dans lequel (azot vitriolé) est la forme &
l'espèce de l'esprit puant ( le soufre ) qui multiplie la chaleur , minérale qui est
la vie des métaux, & qui dans la roue est signifié par E. Et un peu après il a
joute, Dans l'ouvrage naturel (de la Pierre) il faut de l'argent vif, mais non pas
tel qu'on le trouve sur la terre: car il ne sera jamais bon à rien (pour nôtre
ouvrage) à moins qu'il ne soit réduit comme le sang des apostumes, puant &
venimeux , car il faut que vous sachiez mon fils que par l'Art & par la nature
l'argent vif est congelé par le moyen d'une eau aiguë & pénétrante : c'est
pourquoi entend bien comme un bon philosophe , que si-cette eau n'était pas
bien aiguë elle ne pénétrerait pas l'argent vif commun, qui est le vitriol
azoqué & le menstrue qu'on fait avec le vitriol , quoique nous , moins
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 145
instruits soyions persuadés que tout cela-est fort obscur : mais quant au
présent secret Riplée assure, & il peut l'assurer en effet, que personne ne l'a
déclaré si clairement que lui. Les Adeptes ont à la vérité assez parlé de l'usage
de leur vin & Raymond Lulle , Arnauld de Villeneuve & quelqu'autres sont
parvenus à le connaître , mais ils ont caché la maniere de l'obtenir. Il est donc
vrai que dans le silence universel , Riplée le premier , & peut-être seul, a
déclaré la clef de toute la Philosophie la plus secrète , qui consiste dans le lait
& dans le sang du Lion vert , c'est à dire que le menstrue puant étant digéré
doucement pendant quinze jours, & le vin blanc & rouge de Raymond Lulle
& des autres Adeptes.
Et il n'a pas dit cela gratis, mais avec ses paroles il a donné de la force & de la
lumière à son dire , montrant la manière de composer par ce menstrue puant
& corrosif de faire, dis-je , le menstrue végétable (doux) & l'eau de vie
rectifiée que Lulle a décrite dans l'article depotestate divttiarum, avec lequel
exemple nous a enseigné, que du susdit menstrue puant on peut composer
tous les menstrues végétables (doux.)
L'eau de vie de Lulle se fait par plusieurs cohobations sur sa terre morte.
Nous avons la liberté de procéder par une autre méthode , pourvu que nous
arrivions à la même fin. Distillez le menstrue puant qui a été digéré quinze
jours, & montera en premier lieu l'eau ardente, après le flegme, & dans le
fond restera une matière épaisse comme de la poix liquéfiée, qui sont les
principes de tous les menstrues végétables (doux)
Arrêtons nous ici, sans poursuivre davantage la recherche de ce vin qui est le
nectar des Philosophes ; mais avant que de vous quitter tout à fait je veux
donner encore ce mot aux Écoliers de Paracelse , leur faisant voir que ce
gliston ou glise de l'Aigle ou du Lion vert de Paracelse n'est autre chose que le
vin blanc de Lulle qui est le lait de la Vierge , car le nom de Lion vert &
d'Aigle sont synonymes : & par conséquent le vin rouge ou mercure rouge de
Lulle est ce que Paracelse appelle le sang du Lion rouge, qui dans la jeunesse
s'appelle Lion vert: c'est pourquoi quelque fois on l'appelle Lion vert , &
quelque fois Lion rouge , c'est aussi pourquoi Riplée dit. Prenez le sang du
Lion très-rouge , & comme du sang , qui est notre mercure & notre teinture
préparée & propre pour être mise sur la chaux des métaux les plus purs, &
ailleurs il dit, prenez le sang du Lion couleur de roses , mais écoutons
Paracelse lui-même.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 146
Le Menstrue puant de Riplée fait avec le vitriol commun dans son viatique.
Brisez la gomme que vous avez faites du Séricon moyennant le vin aigre
distillé, le mêlant avec égal poids de vitriol desséché: & au commencement
séparez le flegme à petit feu , & ensuite avec plus grand feu recevez l'huile ( le
sang du Lion ) que vous séparerez de l'eau jusqu'à ce que vous ayiez l'huile
seule & pure.
Quelques fois au lieu du Lion vert commun aux fous , ils ont ajouté le
salpêtre commun pour faire plus facilement le menstrue puant.
Le Menstrue puant de Lulle fait dut vitriol Azoqué & du salpêtre commun a la pratique
du testament.
l'aquatique, qui sont jointes ensemble, ne se perdent pas, & prenez garde que
les susdites poudres , que vous avez mis dans la cucurbite ne passent pas le
poids de huit onces , & pour abreyer le temps, vous mettrez trois cucurbites
au même feu avec égale quantité de matière, & les mettez dans un feu propre
comme nous le dirons dans-le chapitre des fours. Ne mettez pas plus de trois
cucurbites, car le feu ne pourrait s'administrer également ; que les cucurbites
soient lutées de bonne terre mêlée avec de la bourre, & mettez des cendres
par dessus , bien tamisées à l'épaisseur de cinq doigts, & mettez au bec de
chaque alambic son récipient bien lutté & bien éloigné du four , afin que le
récipient ne s'échauffe pas , ayez ensuite de la sciure de bois en grande
quantité , que vous mêlerez avec la moitié du marc de la vendange, de laquelle
composition vous ferez votre feu , ensuite allumez votre feu : car il ne faut
pas faire un feu plus fort jusqu'à ce que vous voyiez. distiller six goutes, ou
dix , ou quinze , ou vingt , & lorsque vous verrez distiller vingt goutes, faites
du feu avec du petit bois sec , & peu à peu faites du feu de flamme
directement sous la matière : & voyez que l'eau qui distille soit claire , &
quand vous serez arrivé à quinze, points , & que l'eau sera claire , & les
fumées subtiles , continuez ce feu : & si vous voyez que de quinze points la
distillation rétrograde à vingt ou à moins , fortifiez le feu & continuez suivant
le point de sa distillation, & en troisième lieu faites le feu encore plus fort
d'un point, &, continuez jusqu'à ce qu'il ne distille plus rien & alors cessez le
feu , & si l'eau est: claire sans aucune couleur trouble, prenez-la, & mettez-la
dans, une fiole bien bouchée avec de la cire tiède, afin que rien ne respire , ou
que l'air n'y entre, car aussitôt elle se corromprait : resouvenez-vous quand
vous ferez le feu de bois sec ,que vos vaisseaux doivent être munis dudir lut &
qu'ils soient enveloppés de linges mouillés : & que vous mettiez une poêle
entre le bec de l'alambic & le récipient , car d'ordinaire quand le feu agit , l'air
veut s'échapper & respirer, &. quand le vaisseau n'est pas assez grand pour le
contenir il brise tout , parce que cet air est fort chaud :c'est . pourquoi il a
besoin de quelque lieu ou il puisse respirer, ouvrez donc le trou qui est
bouché par la poêle quand vous l'entendez souffler.
Oh mon père, comment avez vous fait cette pratique si longue , mon fils, afin
que vous soyez instruit des choses petites & grandes, car mon intention est de
ne parler plus dans ce livre de ce menstrue puant, lequel quand il sera dans
votre pouvoir, vous pourrez dire que vous avez une chose vile, par laquelle
néanmoins en peu de temps vous pouvez réduire tous les corps en leur
première matière, &c
Le même menstrue puant est dans sa magie naturelle, avec sa longueur
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 148
ordinaire.
Notez que Nicolas Flamel dit qu'il connut à l'odeur forte si puante qu'il avait
trouvé la préparation du mercure philosophique.
Le menstrue puant de Rìplée fait avec le vitriol azoqué mêle avec le vitriol commun & le
salpêtre commun dans la Mode philosophique pag 143.
Prenez Le vitriol fait avec la liqueur aiguë des raisins avec le feu de nature &
le sericon (le vitriol azoqué) mêlez en une masse avec le vitriol naturel
(commun ) desséchez médiocrement, & avec du salpêtre de ceux-ci au
commencement on distille une eau faible & flegmatique, sans que le récipient
soit , coloré , après quoi il montera une fumée blanche , qui fera que le
récipient paraîtra comme du lait , laquelle fumée il faut recueillir jusqu'à ce
qu'elle cesse, & que le récipient devienne clair , car cette eau est le menstrue
puant dans lequel est notre quintessence, c'est-à dire la fumée blanche , dans
laquelle est le feu contre nature, (c'est à-dire l'eau forte du vitriol & du nitre )
lequel s'il était séparé, ce serait notre feu naturel, duquel nous parlerons
ailleurs, lesquelles eaux mêlées ensemble forment une eau qui fait des actions
contraires , car cette eau ( comme dit Lulle dans son testament) dissout &
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 149
coagule, humecte & dessèche, putréfie & purifie, noircit & blanchit, mortifie
& vivifie , sépare & conjoint , brule & rafraîchit, commence& perfectionne ,
ce sont les deux dragons qui combattent dans la gueule de la faralie: c'est la
fumée blanche & rouge dont l'une dévorera l'autre, & dans ce lieu les
vaisseaux où la résolution se fait, ne doivent pas être lutés , mais seulement
fermés avec des linges, du mastic & cire commune , car cette eau est un feu
& un bain dans le vaisseau non dehors (notre bain-marie dans lequel le Roi se
baigne) & laquelle si elle sentait un autre feu fort aussi tôt elle s'élèverait au-
dessus du vaisseau, & si elle ne trouvait pas du repos, les vaisseaux se
briseraient & le composé se perdrait , cette eau composée autant elle dissout,
autant elle se coagule & s'élève en forme de terre glorieuse: & c'est celle ci
notre dissolution secrète qui se fait toujours avec la congelation, de son eau,
& parce que ce feu de nature est ajouté au feu contre nature (à l'eau forte )
pour cela autant il perd de sa forme par le feu contre nature , autant elle
requiert par le feu de nature , de manière que par le feu contre nature elle ne
peut pas être entièrement détruite, ou le feu naturel être réduit à rien.
Voilà les recettes que les Adeptes moins envieux ont bien voulu nous donner
sur la composition de cette eau , Raymond LuIle ne parle point dans ses
recettes de la séparation des éléments comme Riplée , Bacon & Paracelse qui
ne fait que l'indiquer, mais parce que Lulle & plusieurs autres parlent au sang
de cela ambiguement & qu'ils donnent la manière de faire la séparation des
éléments de cette eau céleste ou menstrue puant ,que Raymond Lulle &
plusieurs autres Adeptes appellent aussi leur vin blanc & rouge , je donnerai ici
quelques recettes de Raymond Luile, par lesquelles on verra que de ce
menstrue puant ou vin philosophique ils tirent l'eau de vie & l'esprit de vin &
que du tartre de ce vin ils font le tartre volatil, avec lequel ils, acuent leur
esprit de vin & le rendent capable de réincruder les luminaires & les réduire
en vitriol volatil, & propre à être réduit en première matière.
In potestatc divitiarum,
Peenez du vin (philosophique) séparez l'esprit avec adresse le plus vite que
vous pourrez, car il est difficile que vous sépariez si adroitement que le
flegme n'emporte quelque chose de sa substance pure , cet esprit ainsi séparé
s'appelle mercure ou eau ardente (parce qu'elle brûle , si on y met le feu) dont
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 150
la marque que est (comme on l'a dit ci dessus) , que si vous y mouillez un
linge & que vous y mettiez le feu, le linge brûlera entièrement si ladite eau
ardente est bien rectifiée & séparée de tout flegme dans le feu du vaisseau , il
restera une matière comme de la poix liquide , alors mêlez la lunaria avec
cette poix, mouvant bien & mêlant le tout, & faites distiller , & ce qui sortira
par la distillation s'appelle sang humain rectifié que les Alchimistes cherchent
ce sang s'appelle aussi air ou vent de qui a parlé le Philosophe disant , le vent
la porte dans son sein.
Séparez l'huile de ce qui reste au fond, distillant par l'alambic jusqu'à ce qu'il
ne reste plus rien de liquide , & gardez cette huile jusqu'à ce que je vous le
dise , ce qui restera est une substance noire & sèche.
Pulvérisez cette matière noire & sèche ( la terre de ce vin ) & versez dessus
le susdit sang humain rectifié, & laissez en semble pendant trois heures, &
ensuite distillez , alors cette eau s'appelle l'eau de feu rectifiée. Calcinez la
tête morte dans un four de réverbère jusqu'à ce que devienne comme une
chaux blanche : mêlez cette chaux avec l'eau de feu rectifiée, distillez sept
fois , & alors elle s'appelle eau de vie rectifiée (par ce qu'elle donne la vie aux
métaux qui font morts )
De ce tartre il fait aussi le sel de tartre volatil, ou sel armoniac végetable,
comme il s'ensuit.
Prenez de l'eau de vie parfaitement rectifiée, qui brûle le linge , trois livres du
sel végétable du premier expérimenté (le tartre volatil ) une livre, mêlez bien,
ensemble, laissez en putréfaction pendant deux ou trois heures, le vaisseau
étant bien clos , après quoi mettez l'alambic sur la cucurbite & distillez à petit
feu une de fois que le sel passe , cohobant & distillant jusqu'à ce que tout soit
passé , cela, fait , mettez encore une autre livre dudit sel dans la cucurbite ,
putréfiez & distillez comme auparavant avec le même esprit de vin qui est
déjà imprégné d'une livre de son sel , & par ce moyen il en passera encore une
autre livre , réitérez le même travail avec une troisième livre de sel , afin que
l'esprit soit imprégné de trois parties de son sel , & alors il a puissance de
résoudre les luminaires en leur première matière.
De ce menstrue ainsi acué , Lulle & les susdits Philosophes font leur ciel
philosophique de la manière suivante.
Ils mettent cet esprit à circuler pendant deux mois , les fèces tomberont au
fond, & vous aurez la plus parfaite chose pour la santé & volatilisation des
métaux pour les réduire en première matière , cette liqueur est incorruptible
comme le ciel , c'est pour cela qu'on l'appelle ciel.
Notez aussi que l'esprit ardent & la fumée blanche étant distillée deux ou trois
fois , en sorte qu'elle brûle le sucre comme l'eau de vie commune , étant mise
à circuler pendant cinquante ou soixante jours, donne une huile ou
quintessence qui surnage sur le reste d'une odeur surprenante, &c.
Quelques observations entre autres qu'on peut faire sur lesdites recettes des Philosophes
Adeptes.
I
La première est qu'ils ont caché le mercure des Philosophes , tant la manière
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 152
VIII.
Il faut évaporer, ou comme d'autres disent distiller , tout le vinaigre jusqu'à ce
que la matière reste comme une poix liquide.
IX.
Il faut distiller au bain marie, & par là on exécute plus facilement ce qu'on
ordonne de ne pas brûler les fleurs, & que la matière reste comme de la poix
liquéfiée, car le bain n'est pas assez fort pour trop dessécher , d'ailleurs il faut
que le bain marie ne bouille pas : & notez que cette poix ou gomme étant
refroidie s'paissit de manière pourtant qu'on peut la couper avec un couteau.
Riplée avant que de former la gomme dit une fois qu'il faut digérer la liqueur
huit ou dix jours.
X.
Ayant cette gomme il faut la mettre dans une retorte (Lulle dit toujours un
alambic) & distiller à feu de cendres, ou de sable ou petit feu l'humidité du
vinaigre sans que le récipient soit luté , màis aussitôt que les fumées blanches
commencent à paraître, il faut changer de récipient & le luter exactement.
XI.
Raymond Lulle ne veut pas qu'on mette plus de huit onces de matière dans le
récipient, Riplée en met jusqu'à douze.
XII.
Ce Lion Vert se peut distiller en plusieurs manières, la première est qu'étant
réduit en minium rouge on le distille sans faire ladite gomme d'Adrop , mais
je croirais volontiers, qu'il faut alors ajouter le nitre ou le vitriol, ou tous deux
pour l'aider à sortir : mais comme tous auparavant en font le vitriol azoqué ,
je crois qu'on doit suivre cette méthode comme étant plus sûre , la seconde
manière est de distiller ce vitriol mercuriel sans addition, la troisième est d'y
ajouter le sel nitre ou le vitriol commun , ou tous les deux , Riplée donne à la
fin les raisons pourquoi ce feu contre nature ne nuit pas.
XIII.
Riplée marque aussi que cette distillation ne se peut faire en 12 heures : & je
crois comme lui qu'il vaut mieux distiller par la retorte avec des cendres bien
pressées , qu'il y en ait un doigt par dessous la cornue , & trois doigts par
dessus la matière , mais la prudence enseignera mieux.
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 154
XIV.
L'on trouve souvent au col de la retorte une manière de glace semblable au
mercure sublimé qu'il faut mettre avec le reste de la distillation,
XV.
Il faut conserver les fèces, parce qu'il y a en elles de grands secrets.
XVI.
Notez dit Riplée que dans le menstrue qui aura distillé si vous le faites digérer
15. jours vous en tirerez trois substances, la première.
1°. Un esprit ardent qui monte avant le flegme avec tant soit peu d'huile.
2°. La liqueur blanche qui est le lait de la Vierge & le mercure au blanc.
3°. L'huile rouge ou mercure au rouge, appelle soufre, sang de Dragon ou du
Lion vert.
XVII
L'on doit rectifier l'esprit brûlant le séparant du flegme de manière qu'il brûle
le linge ou coton.
XVIII.
Cet esprit s'aiguise & se rend plus efficace avec son sel de tartre.
XIX.
Alors réincrude les métaux calcinés,
XX.
Le soufre blanc ou rouge de ce menstrue imbu de la terre fixe peut faire la
Pierre tout seul.
XXI.
Mais pour plus grande facilité on se sert de l'or calciné & réincrudé par
l'esprit de vin rectifié, en les dissolvant après dans lesdits , soufres blancs ou
rouges.
XXII,
Mais je crois que tut le menstrue bien déflegmé & acué avec son sel de tartre
dissout l'or & l'argent, & se fixe avec eux Experientia Magistra Operis.
XXIII.
Riplée dit dans un endroit qu'il faut mettre le vinaigre & ledit plomb calciné
Colonna Abrégé de la doctrine de Paracelse et de ses Archidoxes 155
dans une terrine de cuivre , peut-être que le cuivre qui sera rongé par la
matière, & le vinaigre est bon à cet ouvrage.
perfectionnent peu à peu , les Modernes ont agi autrement & ce sont ces
manières diverses d'opérer qui embarrassent fort le Lecteur. J'ai donc cru à
propos d'ajouter ce peu de mot pour ôter la difficulté à ceux qui lisent les
Auteurs anciens & les Modernes, & qui ne peuvent pas les concilier ensemble.
Qu'on se tienne donc aux fondements de l'Art , & on pourra choisir la
manière d'opérer qui plaît le plus, & même d'en inventer une nouvelle.
Iseautope Sceliez