CLAUDE CHEVALIER
DISCOURS PHILOSOPHIQUE
sur les trois Principes Animal Végétal & Minéral.
Ou La suite de la Clef qui ouvre les portes du Sanctuaire Philosophique
TOME SECOND
CHAPITRE PREMIER.
De la sublimation des végétaux,
T ous les végétaux peuvent se sublimer à cause de ce pur qu'ils
contiennent; car étant atténué & purifié , ils peuvent être portés en
haut par la force du feu dans un vaisseau convenable , & par l'aide du
mercure humide & volatil dont tous les végétaux en ont une très-grande
quantité dans l'humide gras , combustible & inflammable , comme il est dit,
on peut le prendre, c'est-à-dire , de la terre , qui est le réservoir commun des
vivants,
De-là vient que dans toutes les pierres, minéraux & végétaux il y a plus
d'esprits des éléments, soit fixes ou volatils , que dans les animaux qui vivent
d'autres esprits , & ils ne prennent point immédiatement ce nectar de vie de
leur racine comme tous les autres. Donc cet humide radical volatil
parfaitement purifié, comme il est dit au Chapitre de la distillation, est la
cause principale de la sublimation; car ce qui est fixe dans les végétaux &
dans tous les autres mixtes, ne peut pas être rendu volatil qu'il ne passe dans
une autre substance : le volatil agit contre le fixe , le convertit en sa même
substance.
En mêlant donc le volatil des végétaux avec le fixe onctueux des mêmes , &
en donnant un feu léger & continuel , des deux alors il ne se fait qu'une seule
chose, & sont inséparables; dans laquelle union, tout ainsi que dans la
séparation , paraissent toutes les couleurs, ce qui provient ordinairement de
la crudité que le mercure volatil & infixe introduit dans le mercure fixe; car
lorsque le mercure cru est mêlé avec le mercure cuit , & qu'il est cuit, indique
la coction par les couleurs qui dénotent la perfection ou l'imperfection de la
coction.
Cela est évident & palpable dans la pierre parfaite ; car si on la mêle avec le
mercure cru & volatil, & si elle est dissoute avec lui par sa vertu, il est
augmenté en quantité & en qualité. La pierre cuite se réincrude , & en la
cuisant de rechef les couleurs paraissent; de sorte que toutes les fois qu'elle
est submergée dans son eau , autant de fois elle meurt; & étant ensuite cuite
par un feu léger & continuel, elle prend de plus grandes forces , comme il
sera démontré dans le dernier Chapitre , lorsque nous traiterons de la
multiplication & de tous les arcanes.
Après qu'ils sont unis ensemble tous les deux, & qu'ils ne sont plus qu'une
feule & même chose , moyennant un feu léger &c continuel, paraît la couleur
blanche ou la citrine; & alors le feu étant augmenté , notre sublimation peut
se faire en sûreté & sans aucune erreur; ensuite montent des fumées très -
blanches, & elles ne se résolvent point en eau , parce que l'onctueux fixe par
sa siccité congèle l'onctueux humide & aqueux.
De là vient 'u'il n'y a point de gouttes pluvieuses qui tombent, mais des fleurs
d'un sel cristallin , blanches Comme la neige, sont suspendues tout autour du
vaisseau , tout de même que si on avait sublimé du mercure vif mêlé avec du
salpêtre & du vitriol; & leur ressemblance est égale , à cause de laquelle;
ressem blance plusieurs Philosophes ont caché avec soin cette sublimation
sous la sublimation du mercure commun , principalement Geber, au Livre 3 ,
chap; 90 , où il est dit : Tout le point essentiel de tout l'œuvre , est qu'il faut
prendre la pierre connue que vous trouverez dans les Chapitres; ensuite il faut
apporter tous ses soins à continuer à sublimer pour la purifier.& la dépouiller de
toutes ses impuretés & corruptions , jusqu'à ce quelle devienne très pure dans sa
dernière perfection , & quelle soit rendue- très - subtile; par lesquelles paroles Geber
n'entend point la sublimation du mercure commun , quoique dans les Chapitres
précédents il l'ait enseigné clairement; car il a caché tout l'art dans les endroits
où il paraît qu'il parle plus ouvertement, comme au Livre 3 , Chap. 91 : mais il
entend la sublimation de cette matière dont nous parlons, qui renferme toutes
les autres , comme l'on peut insérer des paroles de Geber citées ci-dessus.
Car , quoique coaguler ne soit pas proprement sublimer , attendu que dans
l'un le volatil se fait fixe & que dans l'autre le fixe se fait volatil, ce qui de soi-
même engendre une contrariété pourtant, parce que sublimer signifie
proprement amener la matière à sa dernière perfection , & que cette matière
ne peut être perfectionnée que dans la coagulation ; pour cette raison ,
sublimer c'est coaguler, & coaguler c'est sublimer. Et attendu que dans la
coagulation sont cachées & comprises toutes les autres opérations , il est très-
évident qu'elle est la. Dernière opérátion, & qu'en icelle se terminent toutes
les autres :ainsi la fin comprend toutes choses.
Nota. Sans la sublimation la coagulation ,ne peut se faire; car sans une due
sublimation , on ne peut pas faire une coagulation ferme : car si l'arcane n'est
point sublimé , il ne pourra pas être d'une fusion très-légère, parce qu'il n'a
pas eu une très-grande & proportionnée quantité de mercure cru & aqueux,
c'est - à - dire humide; car ce seul mercure est la cause principale de la fusion :
s'il ne se fond pas d'abord, il ne pourra pas pénétrer le centre du métal &
perfectionner les corps imparfaits.
La sublimation n'étant donc pas bien faite , tout l'arcane périt , & sans la
sublimation les arcanes chymiques ne peuvent pas se faire. La saison du
printemps nous représente & nous met devant les yeux les rudiments
naturels de la sublimation; les fleurs des arbres & des plantes ne témoignent
autre chose que la partie très - subtile de l'épaisseur des éléments , laquelle
épaisseur étant finalement cuite par une chaleur continuelle , se perfectionne
& donne des fruits doux, & c'est là la sublimation.
Les fleurs sont donc les signes visibles de la sublimation naturelle ; car tout
ainsi que tout arbre ne peut point produire dé fruit s'il ne fleurit auparavant;
c'est-à-dire que la partie très-subtile des épaisseurs des éléments qui est
employée à leur nourriture, ne se sublime en fleurs : ainsi de même l'arcane
des végétaux ne peut pas être perfectionné ni celui des animaux & des
végétaux, que leur mercure aqueux infixe & volatil ne soit élevé en soufre de
nature très pur, qui est comme la fleur de toutes choses; car les minéraux ont
leurs fleurs, les animaux aussi & tous les fruits.
Nota. La fleur est définie & appelée la partie très-,subtile-& éthérée de
quelque mixte que ce soit, poussée de son centre à la superficie par la chaleur
céleste : ainsi la semence de l'homme est appelée fleur de l'homme. Cette
espèce de duvet friable de couleur d'or & d'une saveur très-douce, qui se
trouve sur les montagnes sulfureuses, est appelée fleur de soufre; & celui qui
naît dans plusieurs endroits creux & dans les cavernes des montagnes , qui
est de couleur blanche & de saveur de sel, est appelé fleur de salpêtre ,
laquelle plusieurs appellent barbe blanche de Saturne , & lui donnent
d'autres noms qui ne conviennent pas à cette fleur, mais à une autre qui lui
ressemble , qui est notre fleur , l'aigle d'Hermes; & le soufre de nature qui par
la sublimation est tiré du corps fixe par le mélange du volatil & infixe.
Finalement tous les métaux ont leurs fleurs ; celle de l'or & de l'argent est
appelée azur, celle de Jupiter & de Saturne est appelée céruse , celle de Vénus
VItriol, & celle du fer safran de Mars; & ce sont les noms que les Chymistes
donnent à ces fleurs.
Enfin tous les genres de mixtes ont leurs fleurs , elles sont comme des indices
infaillibles de leur vertu pour germer & produire, de sorte que par un certain
instinct il se fait une sublimation perpétuelle dans toutes choses , afin que les
fleurs sortent du centre à la superficie de la partie la plus subtile de
l'épaisseur des éléments, laquelle conserve la semence de toutes choses dans
son centre invisible, laquelle prend la forme d'un grain.
II en est de même de l'art spagirique, il ne peut point perfectionner les
arcanes sans la sublimation , donc pour accomplir l'arcane des végétaux après
que leur mercure fixe & permanent aura été; purifié par des lotions réitérées,
par des filtrations & évaporations fréquentes, & aura été séparé de toute
terrestréité leur mercure volatil & infixe & purgé de tous les excréments
aqueux par plusieurs distillations, vous les joindrez ensemble jusqu'à ce que
les deux ne fassent plus qu'un seul & même Corps, c'est-à-dire, un mercure
seul infixé & volatil qui sort dans la distillation, sans son compagnon ,
demeurant le dit compagnon fixe & permanent au fond du vaisseau, sur
lequel il faut le verser de rechef, jusqu'à ce qu'il monte pur avec son
compagnon , lequel ensuite il faut sublimer jusqu'à ce- qu'il ait acquis la
dernière pureté & qu'il soit très-brillant.
Alors vous Verrez comme des espèces de feuilles de talec ou des écailles
argentées, attachées autour du vaisseau sublimatoire, qu'il faut ramasser avec
soin & les garder à part dans un verre net bien bouché.
CHAPITRE II.
De la sublimation des animaux,
L A perfection de tous les arcanes consiste dans la sublimation : la
sublimation naturelle de l'homme est la semence qui est appelé le
sublimé de nature, & la semence est la partie la plus subtile de toutes
les parties des animaux qui contribuent à la nourriture.
La matière fixe onctueuse , volatilisée par la volatile & infixe , par le nom de
semence , j'entends qu'elle doit être sublimée , laquelle substance peut être
tirée de la substance alimentaire des animaux par le moyen de l'art
chymique , & en la même manière & pratique qu'on la tire des végétaux.
Les Philosophes préparent seulement les humeurs alimentaires des animaux,
les fixent & les coagulent afin qu'elles donnent un aliment plus ferme & plus
fixe, qu'elles ne donneraient si elles n'étaient pas préparées , & telles que la
nature les produit ; & l'arcane animal spagirique n'est autre chose qu'un
aliment parfait , fixe & permanent, de sorte qu'il ne puisse pas être consumé
facilement & s'évanouir, comme sont les aliments communs, qui
s'évanouissent d'abord, ce qui ne pourrait pas se faire si les aliments étaient
plus fixes , & si leur humide était fixe.
Les arcanes chymiques contiennent cet humide aqueux & aérien changé en
terre, parce qu'ils ont cette première substance terrestre de l'humide radical
convertie en substance aqueuse & aérienne, & celle-là de rechef convertie en
substance terrestre à l'aide de la substance terrestre , & celle-ci en substance
tout à fait fixe , à raison de quoi, en tant qu'elle est fixe & pure , fomente &
entretient parfaitement la chaleur naturelle nécessaire , & la restaure & la
conforte à cause de la ressemblance de la substance ; car dans cette chaleur
naturelle, tous les éléments sont renfermés purement coagulés & fixes &
principalement le feu & l'air.
De là vient que notre vie n'est autre chose que la quintessence de tous les
éléments enracinée , fixe & permanente dans le corps élémentaire joint à
l'âme, laquelle pourtant n'est pas si fixe qu'elle ne puisse s'éteindre si elle
n'est entretenue & restaurée d'une autre quintessence ou substance des
éléments tout à fait semblable & sans discontinuation.
Mais la quinte substance des éléments de notre arcane est plus pure, de
beaucoup plus fixe & stable de quelle autre quintessence que ce soit,laquelle
est retenue dans les aliment, delà vient qu'elle est plus propre à entretenir & à
restaurer la vie que que toute autre.
Delà il paraît évidemment combien est nécessaire la sublimation pour
parfaire & accomplir les arcanes; car le fixe ensemble avec le pur ne peuvent
pas être un aliment animal ; qu'ils ne soient sublimés, autrement ils auront
leurs impuretés élémentaires qui empêchent les éléments de se convertir en
aliment, & l'union du feu avec l'air, qui sont les principaux soutiens de la vie,
ils ne peuvent pas être faits terre , de là vient qu'ils ne pourront pas se fixer
& ; n'étant point fixés, ils donneront une nourriture très-faible pour soutenir
la vie & n'auront pas plus de vertu & de force que les nourritures ordinaires.
De cette manière on ne pourrait point distinguer l'arcane animal des aliments
ordinaires & communs , qui sont corruptibles & passagers , toutes lesquelles
conditions & qualités ne se trouvent point dans l'arcane animal , & bien loin
de là sa substance est incorruptible, stable, ferme, constante , & permanente ,
tout ainsi que l'or très - pur qui ne peut pas être vaincu par le feu le plus
violent ainsi l'homme se servant de mon arcane pour aliment préparé selon
mes, principes & philosophiquement .ce que je passe ici sous silence , alors celui qui.
en fera usage ne sera point offensé d'aucun accident, il ne vieillira point, ne
sera point fatigué , aura toujours l'esprit sain, le corps ferme & robuste &
vivra tranquille jusqu'au terme que Dieu lui a prescrit, jouissant d'une santé
parfaite. Ceux qui possèdent des remèdes si merveilleux en font un bon
usage pour ceux qui, on ont besoin, mais ils évitent avec un grand soin la
société des riches de ce monde , parce qu'ils n'ont pas besoin d'eux & que
d'ailleurs ils sont incapables de se faire un véritable ami de celui qui les a à
son pouvoir, & même il semble que la Providence ne le permet pas , parce
qu'un mauvais' riche pour l'ordinaire est un ingrat, il est avare quand il faut
pratiquer le bien & ne récompense pas, comme il le doit, les services qu'on lui
a rendu.
Toujours occupé de ses plaisirs & de ses richesses il les distribue avec orgueil
& profusion à la frivolité pour se faire un nom qui ne signifie rien; s'il devient
malade c'est une autre chose , comme il n'a pas recherché, lorsqu'il se portait
bien, l'amitié de celui qui pouvait le sortir d'un état dangereux , & lui faire
prendre le nectar de la vie, il termine enfin sa carrière en laissant souvent à
des ingrats , qui ne le regrettent pas, des trésors dont il n'a pas voulu faire un
bon usage pour lui même.
Mais à l'égard de notre sublimation elle se fait premièrement afin que l'esprit
animal dans l'arcane animal, c'est-à-dire la partie la plus subtile, volatile de
l'aliment animal soit faite corps , c'est-à-dire , une substance de l'aliment fixe
& permanente.
Secondement afin que la partie fixe de l'aliment, qui est la substance de
l'épaisseur onctueuse des éléments soif faite volatile & infixe. Troisièmement
afin que ces deux substances réduites en un seul corps soient purgées &
purifiées de toute impureté originaire en les élevant par la sublimation; alors
ce corps très-pur fera des merveilles tout ainsi que l'âme raisonnable
lorsqu'elle fera délivrée des liens du corps, elle aura une puissance inouïe &
admirable d'agir , car elle tournerait & ôterait de son centre le globe du
monde que Dieu tient dans ses mains, elle parcourt dans un instant, selon la
permission de Dieu & sa volonté, l'espace infini du Ciel, & pénètre avec une
forme invisible tout ce qui est solide , la terre, les cieux & les éléments.
Nota. La manie cause des effets prodigieux, & les somnambules, c'est-à-dire,
ceux qui se promènent pendant la nuit en dormant, ont des esprits très-forts,
il est donc évident que l'âme lorsqu'elle a des hurhéursi subtiles &
spiritueuses , elle fait des choies surprenantes , c'est pourquoi les Philosophes
se sont imaginés da composer un remède propre à cet effet que je connois.
CHAPITRE III
De la sublimation, des minéraux.
L 'ARCANE des minéraux a besoin d'une sublimation plus subtile que celle
de tous les autres esprits des arcanes , étant plus rempli d'excréments,
de fèces & de tartre ; car la terre- quoiqu'elle soit la source de la
chaleur du ciel & de la chaleur vitale dans le centre de laquelle les épaisseurs
des éléments s'amalgament, s'unissent avec le subtil du ciel, qui par le moyen
des rayons des planètes & des étoiles est infusée dans la terre , pour la
génération de toutes choses. : Cependant cette chaleur est moindre dans la
terre que dans jçs végétaux & les animaux , à cause de la grande quantité des
excréments qui éteignent cette chaleur, tout ainsi que fait la terre & le sable
jetés sur des charbons allumés ; c'est pourquoi tous les minéraux qui tirent
leur origine immédiatement de la terre , sont plus froids que tous les autres ,
qui font engendrés & formés immédiatement par la chaleur vitale de la terre
qui est l'architecte de toutes choses , duquel ils devraient acquérir une qualité
plus chaude , étant créés dans son sein. Cette chaleur pourtant en montant en
haut, laisse dans la terre, tout ce qu'il y a de grossier & bourbeux , de quoi
sont crées les métaux & le subtil se trouve à la superficie de la terre & de
l'eau, dont les animaux & les végétaux sont créés.
Le subtil a plus de cette chaleur que le grossier & l'épais, qui par une très-
petite chaleur , qu'il retient à demi-morte & suffoquée, est conservée , en sorte
qu'aucun autre, excepté les Philosophes, ne croirait pas qu'il y aurait un reste
de vie cachée dans les minéraux, qui pourtant retiennent assurément cette
chaleur vitale dans toute sa vigueur Car cette chaleur de vie est la seule dont
la lumière pénètre les lieux les plus reculés de la terre, & dont la splendeur
dirige la course dans les bois dédiés à Proserpine, où l'arbre des richesses
couvre la terre de son ombre , mais l'antre est couvert d'un chêne touffu dont
les feuilles sont d'or, lequel chêne parmi les Philosophes ne signifie autre
chose que les excréments & les fèces , dont abondent tous les minéraux, ce
que le très-savant Virgile a exprimé dans ces termes: Latet arbore opaca... est
caché par un arbre ténébreux & touffu...
II faut dissiper ces ténèbres avec les rayons de notre sublimation , &
lorsqu'elles seront dissipées le fruit d'or paraîtra resplendissant sur ce chêne
ténébreux ; mais il faut essuies un grand travail avant que d'avoir cet
honneur-là, car notre sublimation n'est point un petit ouvrage & demande
beaucoup de soin , d'art & de peine.
II y a beaucoup d'opérations à faire, qui sont très - difficiles , dont nous avons
parlé dans quelques chapitres précédents , nous avons dit beaucoup de
choses, & il êtait très difficile de pouvoir tout dire, également de l'écrire.
II y a beaucoup de choses essentielles qui ne peuvent pas être manifestées,
excepté à un véritable ami aussi rare que le phénix. II y a des opérations qui ne
peuvent être enseignées que par l'expérience , il faut les voir de ses yeux ,
c'est une manière de parler ; de sorte que ceux qui s'imaginent que par la
seule lecture & méditation des livres ils parviendront à la possession de cet
art & l'obtiendront fans le secours d'un ami , ceux là , dis-je, sont dans
l'erreur.
II faut observer que les arcanes des minéraux se sont du suc de la racine
centrale des minéraux , exprimez ce suc de la racine centrale, purifiez-le, &
avec icelui, arrosez la terre pure de ce même minéral d'où vous avez tiré le
suc en peu de temps , il sortira de cette terre un arbre très riche ayant les
feuilles d'or.
Nota. La sublimation est la dernière & absolue atténuation du mercure fixe,
les excréments sont appellés mort. Cette sublimation explique toute l'énigme
d'Aristée dans la tourbe qui dit que les enfants de l'art sachent qu'il se trouve
dans le mercure tout ce que les sages cherchent : on ne doit pourtant pas entendre
cela du mercure commun , mais de celui qui est pur , sec , brillant & sublimé
de la racine minérale.
Nota. Le mercure infixe & le mercure fixe composent toute la nature
minérale.
Les Philosophes se sont imaginés de rallumer ce petit feu renfermé dans les
métaux qui était presque éteint par les excréments terrestres, aériens , aqueux
& congelé par l'épaisseur grossière de la matière & atténuant la matière qui
le renferme , & en y ajoutant un feu plus grand, plus abondant ou semblable ,
finalement ils ont séparé ce petit feu de sa nature pure , & l'ont eu pur, lequel
ensuite ils ont fixé comme de l'or très-pur , & de cette manière on a trouvé la
pierre des Philosophes qui a tant de vertu , que par ce divin remède la dissolution
fatale, du corps humain est retardée si longtemps, qu'il semble que ce soit une
conservation de l'homme quasi perpétuelle.
Nota. Toutes les choses périssent parce que notre feu s'évanouit , attendu qu'il est
volatil, soit qu'il soit pris de l'air ou des aliments : s'il était permanent, la vie serait
plus longue. Mais la pierre des Philosophes étant toute de feu fixe & permanent , il
fait pour ainsi dire en nous une nouvelle régénération, en nous restaurant ce feu
divin qui nous fait vivre , ainsi que Medée fit à Jason, avec cette douce , harmonie de
tous les éléments , Orphée ramenait Euridice des enfers. C'est pourquoi , chers
enfants de l'Art qui avez l'intention de pratiquer le bien , mettez toute votre
confiance en Dieu, priez-le de vous éclairer, ranimez votre courage , étudiez
jusqu'à ce que vous soyez en état d'extraire du centre de notre précieux
minéral, cette merveilleuse & pure substance composée de l'épaisseur des
quatre éléments, & de la sublimer en soufre de nature très-pur , duquel
dépend tout l'art, & avec lequel on peut facilement faire l'or & l'argent. .
lorsqu'on a ce soufre de nature des Philosophes , on est fort heureux , parce
qu'ensuite l'ouvrage est très peu de chose & le travail peu considérable pour
faire les arcanes des animaux , des végétaux & des minéraux selon leurs
procédés.
CHAPITRE IV.
De l'union & de la fixation en général.
L 'UNION & la fixation ont une correspondance ensemble; l'union précède
la fixation , mais toutes les deux par un même temps , si l'on veut par
un seul & même vaisseau, par un seul athanor & même feu on peut
faire toutes ces opérations ; c'est pourquoi l'union , pour une plus grande
intelligence , & pour m'expliquer autant qu'il m'est possible sans dévoiler un si
beau mystère qui ne doit pas être rendu public. L'union , dis-je, est définie
conjonction de l'humide radical pur & brillant avec l'humide radical fixe &
aussi pur & resplendissant où est l'union, une âme pure nouvelle & réitérée,
mêlée avec son corps pur.
Elle est aussi appelée réunion des choses dispersées dans l'échelle des
Philosophes , sur laquelle il n'est pas permis à tous de monter , parce que le
mercure volatil & fixe qui étaient joints ensemble crus, point cuits & impurs
dans le corps minéral, sont de rechef conjoints ensemble , après qu'ils ont été
séparés, pour leur faire déposer leurs excréments; c'est pour cela qu'on les
appelle dispersés.
Etant donc purifiées, il faut les conjoindre, ce qui est appelé conjonction &
union, pu réunion des choses dispersées.
Nota. Par les âmes, certains Philosophes entendaient les humides radicaux ,
dans l'union desquels consiste la métempsychose naturelle, par le moyen de
laquelle on peut transmuer quelque animal en un autre, c'est-à-dire, le
dépouiller entièrement des vertus naturelles de son humide radical, & lui
faire prendre les vertus d'un autre animal. .
Par les différents procédés & les opérations qu'on doit faire , il en résultera
une liqueur par le moyen de laquelle on donnera la douceur d'un agneau à
un tigre, à un lion, à un loup & aux animaux les plus cruels, & par la raison
du contraire, on donnera à ce même agneau, à un chien , à une tourterelle & à
tous les animaux les plus- doux , la fureur des animaux les plus cruels. Un
Médecin doit être instruit de ces choses , & il apprendra à guérir beaucoup de
maladies dont on ne connait pas la cause ni-les remèdes.
Une de ces liqueurs étant mise dans l'étable où sont les brebis ou autres
animaux, ils seront épouvantés jusqu'à ce qu'on l'aie ôtée.
Si l'on met une autre liqueur bienfaisante dans cette étable où sont les
moutons, brebis, vaches ou chevaux, non - feulement ladite liqueur leur
plaira infiniment & les rendra heureux, mais aussi elle les défendra de tous
maux & maladies par la seule odeur bienfaisante ; également aux hommes ,
qui se répandra par l'air , l'embaumera & chassera tout de suite la peste & le
scorbut de la maison qui serait attaquée de ce fléau. II y a partout les pays un
grand nombre de ces maisons qui sont des sépulcres ouverts, ceux qui ont le
malheur d'y entrer, & les gens de mer dans leurs vaisseaux éprouvent
souvent le même sort.
Mais à l'égard de ma métempsychose chymique, je ne veux pas laisser
ignorer qu'elle s'étend aussi sur tous les végétaux , elle en corrige toutes les
mauvaises qualités & leur en donne de bonnes, ce qui est très-utile à la
médecine. Elle rend le vin & les fruits délicieux, ainsi que le tabac, le thé & le
café, qui font des objets de commerce de la plus grande importance par le
produit.
A l'égard des fleurs, on peut faire les choses les plus agréables & en même
temps utiles. On donnera, si l'on veut, toutes les propriétés & les odeurs
d'une rose , d'un oeillet, d'une tubéreuse, &c ... à un chou , à un poireau , à
des raves , salades, &c... & on donnera toutes les vertus & les odeurs de ces
légumes aux fleurs ci dessus , & à telle autre qu'on voudra.
Nota. Le délateur des facultés célestes est le mercure du monde
Le lien de la vertu céleste est tellement perfectionné dans l'union du sperme ,
c'est-à-dire , des esprits fixes & infixes de la semence élémentaire, que le ciel
dans cette union est fait terre & élément, & il suit leur nature & leur propriété;
quoi qu'ausi la -terre , & l'élément est forcé de suivre & d'imiter les vertus &
les propriétés du ciel; car de cette manière le mêlent & se lient ensemble tous
les êtres de l'univers.
L'abondance des excréments est seulement l'abréviation de la vie humaine, &
finalement elle en est l'extinction: de-là paraît la puissance & l'excellence de
l'arcane, lorsqu'on en a séparé avec soin tous les excréments.
Je n'ai donné, comme on le voit dans ce chapitre qui est en partie une clef de tout cet
ouvrage , & sur lequel je peux dire beaucoup de choses essentielles, ni aucune
opération , ni aucun procédé sur les objets utiles & curieux qu'il renferme qui sont de
la plus grande importance; il ne m'est pas permis de les révéler inutilement , à moins
qu'un homme curieux , riche , & sur-tout très-généreux , ne me fasse changer de
résolution , parce qu'il n'est pas juste de donner inutilement & sans fruit son bien &
sa moisson. Celui qui a semé du grain dans son champ , doit recueillir pour payer sa
taille.
CHAPITRE V.
De l'union des végétaux.
D ans les chapitres précédents, nous avons parlé assez clairement de
l'union des végétaux, fans cependant découvrir les plus grands
mystères, on peut les découvrir en étudiant les principes que je
donne, & qui sont très-bons. J'ai dit que les arcanes spagiriques ont plus de
vertu que tous les autres mixtes , & cela est très vrai.
La zone torride est fertile , parce que l'ardeur du soleil sublime les vapeurs ;,
de-là vient que les pluies & la rosée sont plus abondantes , par le mélange
desquelles l'esprit du monde se fait eau avec elles, & tombe sur la terre, & lui
seul cause cette grande fertilité Si abondance à la terre , &c. ....
De cette conversion naturelle de l'esprit du monde en eau & rosée , les
enfants de l'art ont appris par la raison que l'on devait convertir cet esprit du
monde en eau physique pour faire les opérations chymiques dans leurs
vaisseaux chymiques, de la même manière en laquelle tous les jours, dans le
macrocosme & dans la voûte du ciel, cet esprit se change en rosée , en gelée
blanche , en pluie & en 'grêle.
Nota. L'esprit du monde est un pur esprit & une certaine vapeur invisible, qui
n'est perceptible qu'à la seule odeur, parce qu'elle a une odeur forte de soufre
ou d'esprit de vin : cet esprit se change en toutes choses, tantôt en eau, tantôt
en terre; ce qui a fait dire aux Philosophes que leur pierre philosophale se
trouvait partout, parce que son esprit ou âme, sans lesquels elle ne peut se
faire, voltigent par-tout.
La perpétuité & la durée de notre vie consistent dans le pur. Servons nous
donc des arcanes purs pour prolonger la vie. On les trouve dans les trois
règnes.
La mort universelle , la fin & la dernière période de toutes les générations de
ce monde s'ensuivra: de-là vient que la vie devient tous les jours plus courte ,
à cause du grand amas & accumulation des excréments.
Le fumier, la fiente des animaux & les excréments des hommes augmentent la
fertilité de la terre , &c.
CHAPITRE VI.
De l'union des animaux.
L vie des animaux consiste dans l'union, la mort dans la dissolution &c
A
désunion : mais la vie est la demeure continuelle de la chaleur céleste
dans le sujet rassemblé de l'épaisseur des éléments, de l'union
desquels résulte l'âme sensitive, végétative ou raisonnable. ... .
La chaleur céleste était le Dieu de Zénon....
La nécessité de la mort provient de la faiblesse & décadence de nos principes
fixes & volatils....
L'humide radical fixe & pur de l'homme doit être conjoint avec l'autre volatil
aussi pur , afin que les deux étant mêlés ensemble ne fassent qu'un seul, &
qui soient à jamais inséparables , fixes & permanents.
Le flegme, du vin affaiblit sa vertu avec sa seule substance éthérée. Ce qui fait
l'eau-de-vie est le vin seul. II est donc évident que les excréments de l'eau &
de la terre empêchent les vertus des mixtes; c'est pourquoi les Philosophes se
sont imaginés d'en faire la séparation, afin que cette substance vertueuse
étant libre, pût mettre sa puissance en acte.
L'humide radical n'est autre chose qu'une certaine matière onctueuse
provenant des semences des éléments, & rassemblée par les esprits
élémentaires & célestes qui s'y mêlent.
Donc la vie longue dépend de l'abondance des esprits : les mixtes suivent les
propriétés du ciel, la seule liberté que Dieu a donné à l'homme le dispense de
la nécessité d'agir; car autrement il serait forcé de suivre les actions de son
propre tempérament, ce que provenant de son humide radical , lequel n'étant
autre chose que les vertus des planètes, lesquelles en sa naissance & au
commencement de sa production , ont formé ce même humide radical.
II s'ensuit nécessairement que l'homme & tous les êtres vivants sont sujets
aux vertus du ciel. Le semblable a ingrés dans le semblable très-puissant,
parce que l'humide radical de toutes choses est fait & formé des influences
célestes & des pures épaisseurs des éléments.
Qui peut nier que l'homme & toutes les choses sublunaires ne soient sujettes
aux vertus célestes. Mais si quelquefois les hommes prudents s'échappent de
ces vertus astrales , elles sont pourtant dans eux-mêmes imprimées dans leur
humide radical, il faut rapporter cela à la puissance libre & surcéleste d'agir
qui a été donnée à l'homme d'une manière surnaturelle , comme étant-doué
d'une âme raisonnable , laquelle ne dépendant point de son origine de
l'épaisseur des éléments , ni des esprits célestes , il a aussi quelques
propriétés de lui-même, & des facultés d'agir qui sont indépendantes de ces
substances, desquelles il se sert comme des instruments.
Quel sera l'arcane animal, pris du sang ou de la chair de l'homme, s'il est
privé de sa propre forme , c'est-à dire , de l'âme raisonnable?
II sera un très-grand aliment dont l'homme pourra se servir pour mener long-
temps une vie vraiment vitale , l'art ne peut faire autre chose que de tirer des
corps des animaux des aliments & des remèdes qui conservent & soutiennent
long-temps les aliments inférieurs des vivants, par laquelle feule raison &
motifs, on leur a donné ce nom .d'arcane....
CHAPITRE VII
De l'union des minéraux .
L 'UNION des minéraux, qui est le commencement de la perfection de cet
arcane, consiste dans l'humide radical , minéral, pur, clair & net, &
séparé de tout ce qui lui est hétérogène. Lorsque je dis humide radical ,
j'entends ce double humide dont sont composés tous les minéraux; savoir , un
fixe dans lequel réside la forme, & l'autre volatil & infixe, dans lequel consiste
la nourriture & l'aliment de l'humide radical fixe , lequel ayant une chaleur
naturelle qui de jour à autre se consume par la chaleur même , & peu-à-peu
est dévorée par la faim intérieure.
Cet humide volatil se trouve seulement dans les minières, tandis "que les
minéraux se sont.
Sans l'humide radical on ne peut rien faire pour composer les arcanes. Cet
humide radical est le mercure des Philosophes , l'eau-de-vie , l'esprit de vie ,
la fontaine perpétuelle , & on donne mille autres noms à cet humide radical
volatil.
Lisez tant & si longtemps qu'il vous plaira tous les livres, vous ne trouverez
rien, parce que ce double humide radical fixe & volatil fait toutes, choses, &
rien sans lui ne peut se faire. Hermes Trismégiste vous le dit dans sa Table
d'Emeraude : cet humide est cette seule chose en question. Mais parce qu'on
ne peut l'avoir , attendu que d'abord dans le même instant de sa génération, il
est sublimé dans toutes les pores de la terre par sa chaleur centrale & dans
cette même voie il est rendu l'aliment de toutes choses, & il est changé en la
qualité de chaque chose qu'il nourrit, parce que d'abord il est occupé par
divers esprits des choses qui errent par-tout le monde, c'est pourquoi il nous
suffit d'avoir l'humide particulier de chaque chose pour faire des arcanes
admirables ; donc l'humide radical du monde est imperceptible, attendu que
d'abord il est changé en diverses choses particulières.
La nature & l'humide radical sont convertis : il est aussi appelle mercure de
vie, épaisseur des éléments; nature , première matière, esprit fixe & volatil ;
ainsi les enfants de l'art de là pénétreront mieux les secrets de la philosophie.
C'est pourquoi par cet humide radical particulier qui se trouve dans le centre
du minéral, , connaîtront la nature des minéraux, laquelle étant connue, ils
pourront faire eux-mêmes ce que la nature fait & peut faire dans les minéraux
, avec elle-même; car elle peut beaucoup & sa puissance est si grande qu'on
ne saurait le croire.
Car qui croirait que la vapeur, le vent, l'esprit qui sont si subtils & invisibles
eussent le pouvoir d'engendrer le soleil, Adam , &c... Pareillement ce que
nous cherchons-dans le 'centre des minéraux a la même nature, est aussi
vapeur, vent & esprit, & si nous ne les retenons pas dans un vaisseau bien
bouché , il est certain & indubitable que l'ouvrage qu'on doit faire avec toutes
ces choses périt & devient nul ; & le vulgaire nous appelle fort mal à propos-
vendeurs de fumée , se moquent, lorsque nous disons que rien ne peut
empêcher le vent.
Mais il ne faut pas mépriser nos fumées , car elles sont le soupirail de la vie &
les âmes de tout l'univers , lesquelles étant un alcool & une substance très-
subtile de tous les éléments & des astres, ils font avec raison comparés à la
vapeur, au vent & à l'esprit ; car la fumée , la vapeur, le vent & l'esprit sont
les choses les plus subtiles de tout ce qu'on peut trouver dans les mixtes, car
dans iceux est cachée cette vertu radicale de tout le mixte.
La nature se réjouit de la nature, & le semblable aime son semblable; c'est
pourquoi cette vertu suit les fumées, les vents, les vapeurs & les autres
semblables résolutions des mixtes , laquelle, quoique l'on la trouve aussi dans
les corps grossiers & durs, y est cependant dans toute sa subtilité & puissance
qui ne peut se manifester que par ta Chymie.
Nota. L'or & l'argent chymique sont la substance onctueuse & fixe des
minéraux.
On tire du fer & du cuivre une substance terrestre excrémenteuse très verte ,
qui ne retient rien de l'esprit de venus ou de mars ou de leur substance
onctueuse & c'est un verre ou une émeraude vulgaire.
Quand , par exemple , de ces métaux on prépare un vitriol duquel ensuite
lorsqu'on sépare son esprit ou son huile acide, & ensuite de leur tête morte en
dissolvant & filtrant un sel pur & clair , tout ce qui n'est pas de la nature de
sel ne se résous point dans l'eau , & demeure, en son entier, se précipite au
fond qui est très-vert.
Cela-est l'excrément vert de vénus & de mars qui est leur substance terrestre ,
superflue , & excrémenteuse , dont on fait des émeraudes tres semblables aux
émeraudes fines & naturelles , pourvu qu'elle soit vitrifiée par un feu très-violent.
De la même manière on peut séparer du plomb sa substance terrestre &
excrémenteuse de l'esprit de saturne, laquelle peut se réduire en un verre
très-rouge de couleur de rubis , ainsi des autres métaux.
Mais avec une bonne méthode fondée sur de bons principes qui sont ceux
que la nature nous enseigne, en l'imitant on peut faire toutes sortes de pierres
précieuses d'un grand prix & , il n'est pas hors de propos de croire que le verre peut
être rendu malléable en connaissant la cause primitive de sa fragilité, il est question
de lui donner l'onctuosité dont il est privé par la violence du feu lorsqu'il est
dans le creuset; & si on y parvient comme cela est possible, alors on pourra
forger ce verre qui s'étendra sous le marteau comme les métaux ordinaires
qui sont dépouillés de leur sel terrestre fixe & trop fixe , puisque ce sel tient la
place de la substance onctueuse qui manque dans le verre , ce qui le rend
aigre & cassant.
Avec une bonne méthode toujours appuyée sur de bons principes, on fera
également des perles fines d'un grand prix. Que ne fait-on pas avec l'énergie du ciel
& la vertu des quatre, éléments; il en résulte des choses surprenantes? On peut
voyager dans l'air & faire d'autres prodiges?
Nota. Toutes les choses créées ont une seule & même substance. La pierre des
Philosophes, & les arcanes des Chymistes ont une grande force d'aliment. La
vie prend racine dans la seule substance onctueuse. Cette substance
onctueuse de toutes choses est l'unique racine de la .vie, laquelle est très-
abondante dans les pierres , dans les métaux & dans les autres demi
minéraux ; mais elle est inutile pour soutenir la vie & la restaurer lorsqu'elle
languit à cause de la grande abondance des excréments terrestres , lesquels
n'étant point séparés, embarrassent tellement ce petit feu de la vie, qu'ils le
conservent comme presque mort.
Mais comment faut - il tirer avec adresse cette substance onctueuse des
excréments? nous l'avons déjà enseigné dans plusieurs endroits de ce livre;
de sorte que si ce que nous en avons dit ne vous suffit pas pour vous faire
comprendre la véritable préparation de l'humide radical, nous n'ajouterons
ici autre chose sinon qu'il faut mettre dans des vaisseaux distillatoires tous les
minéraux après les avoir calcinés , afin que par une seule & même opération ,
l'esprit volatil minéral soit tiré, & l'esprit qui est l'humide radical fixe, c'est-à-
dire la matière onctueuse métallique ou minérale , lorsqu'elle est séparée de
son esprit volatil, qu'il faut également séparer de tout ce qui lui est
hétérogène.
De cette manière par la seule distillation .qui se fait dans une cornue bien
luttée, vous obtiendrez notre eau chymique & notre or , desquels étant bien
nets & purs , vous ferez la première union , afin que par cette conjonction, l'or
puisse être sublimé , avec lequel étant sublimé on fait la seconde. & dernière
union avec son eau, laquelle doit aussi avoir été dépouillée de toutes les
parties hétérogènes par la distillation.
Finalement on met l'arcane à coaguler selon l'art, afin que tout soit dans sa
perfection , & comme la fixation & coagulation sont un moyen pour la
perfection de l'œuvre, nous en parlerons dans la suite.
CHAPITRE VIII.
De la coagulation & fixation en général.
L a fixation & la coagulation diffèrent selon le plus ou le moins; la
fixation est donc une permutation de l'humide radical, pur & volatil en
une substance permanente, radicale, onctueuse , laquelle est
premièrement appelée coagulation & ensuite fixation; c'est pourquoi rien ne
peut se fixer & se coaguler, qu'il ne contienne en soi quelques petites portions
de l'humide...
Nota. L'endurcissement de ce qui est mou & l'occultation de l'humeur,
signifient la même chose. La fixation & la coagulation présupposent
l'humeur. Dans le commencement des arcanes toutes choses sont eau , & à la
fin sont poudre ; c'est pourquoi il est vrai de dire que si vous ne faites pas
incorporel ce qui est corporel , & ce qui est incorporel si vous ne le faites pas
corporel, vous n'avez pas encore trouvé le commencement de cet œuvre.
Dans les chapitres précédents nous avons enseigné la manière de réduire
toutes choses en eau , excepté les hétérogènes : il nous reste maintenant à
enseigner la manière de réduire l'eau en corps ou en poudre.
Dans le centre de quelque chose que ce soit, est cachée une substance
incorruptible , immuable dans toutes ses parties, retenant toujours la vertu du
mixte duquel cette substance a été tirée, purifiée, & séparée de tout ce qui lui
est hétérogène très-fixe & permanent. Si elle est mêlée à des substances
aqueuses , éthérées & ignées volatiles , qui soient homogènes à cette même
substance , elle devient à la fin eau, & est changée en une substance éthérée,
ignée & volatile; mais parce qu'elle est portée naturellement à une certaine
fixité, delà vient, que moyennant une légère & continuelle coction, cette
substance fixe peu-à-peu se rend victorieuse de l'humidité, & la surmonte
quoiqu'elle l'eût auparavant rendue eau; & de cette manière elle lie ce qui est
humide, te congèle par sa siccité naturelle , qui peu-à-peu a été augmentée
par la chaleur externe , & finalement par un mouvement prompt elle acquiert
sa dernière perfection.
L'esprit volatil de la substance fixe rend fixe la substance volatile : la
substance fixe quoiqu'elle soit .dissoute de rechef elle est fixée.
L'humide radical tend naturellement à la fixation...
La perfection lorsqu'elle est amenée à son plus haut degré est alors
communicable....
La fixation est le symbole de la résurrection....
Par la fixation des arcanes chymiques la vie future & Dieu même sont
éclairés.
Aucun mixte ne meurt sinon à cause des accidents....
L'humide radical dans son centre ne souffre aucune corruption dans la
génération productive....
Les excréments sont les empêchements de la nature, la privation des mêmes
excréments est la mort....
Dans le centre du mixte est cachée une substance incorruptible qui démontre
qu'il y a un Dieu...
Dieu ne peut absolument être connu d'autre chose que de l'entendement &
esprit de l'homme....
La connaissance de Dieu , que l'on a des choses créées, n'est point absolue
mais beaucoup imparfaite....
L'excellence de l'Alchymie est, parce qu'elle démontre par ses œuvres qu'il y
a certainement un Dieu tout puissant, créateur de l'univers.
On ne peut pas connaître l'Alchymie fans venir en connaissance de Dieu ,
toutes ses opérations le prouvent évidemment.
La divinité humaine ayant une origine dénote qu'il y en a une autre qui est
fans origine....
Dans le corps humain il y a une substance incorruptible....
La résurrection n'est ni création ni génération....
L'âme raisonnable témoigne qu'il y a un Dieu tout puissant....
L'homme en tant qu'il est fait à l'image & ressemblance de Dieu , on conclut
delà qu'il est divin....
L'homme ne cherche point le mal que sous l'espèce du bien...
L'homme se réjouit de ses bonnes œuvres , il suit la mort, & quoiqu'il n'exerce
point les œuvres vertueuses, cependant il les loue fort en les voyant pratiquer
aux autres......
L'homme s'efforce d'imiter Dieu en toutes choses , il est le singe de Dieu
Nous avons dit que le fixe est une chose divine : Dieu se réjouit seulement de
tout ce qui est pur, & il rejette l'impur. ,
CHAPITRE IX.
De la coagulation des végétaux.
T ANT que la substance spiritueuse substiste dans les végétaux leurs vertus
font toujours conservées....
Les végétaux ont des esprits différents de ceux des animaux.
Les bons Chymistes doivent parfaitement bien connaître les substances
radicales des végétaux.
Voilà à peu - près la manière de faire l'arcane des végétaux.
Prenez la substance spiritueuse très. pure des végétaux , & dans icelle
dissolvez la substance fixe des mêmes végétaux, laquelle pareillement doit
être bien pure , imbibez cette substance fixe avec la substance spiritueuse en
réitérant les dissolutions , les imbibitions & les distillations ou cohobations,
jusqu'à ce que cette substance fixe, privée d'esprits , se sublime & faite
volatile.
Ensuite cette substance élevée par plusieurs sublimations , & de terre qu'elle
était , étant faite ou devenue ciel , vous la prendrez & en mettrez un certain
poids dans un verre net & fort, à long col, avec autant de ladite substance
spiritueuse purifiée par plusieurs distillations, & vous mettrez le vaisseau au
four secret des Philosophes , à un feu très-doux & tempéré , où vous le
laisserez jusqu'à ce que tout soit fixé: par cette méthode vous pourrez faire,
l'arcane des végétaux dans sa dernière perfection.
Observez que dans toute les choses qui se corrompent, il y a quelque chose
d'incorruptible caché qui est l'objet de la Chymie. Dieu se manifeste & se fait
voir plus dans les parties pures de la nature que dans les autres choses....
L'homme après la mort montre très - clairement sa divinité....
Toutes les choses, si elles ne meurent, ne peuvent point manifester l'ombre de
la divinité & le symbole qu'elles ont.
Toute l'action dépend de la substance pure. La dissolution des mixtes se fait
pour en ôter les excréments....
Les remèdes chymiques sont plus parfaits que tous les autres, parce qu'ils
sont dépouillés de tous excréments.
Plusieurs maladies s'engendrent dans l'estomac lorsqu'on avale des
médicaments communs , il n'y a que les remèdes chymiques qui ont le
pouvoir de restaurer un estomac perdu & de guérir ses maladies.
Le pur de la nature est l'unique arcane contre toutes les maladies. L'art
spagyrique est la colonne & le soutient de la médecine..
CHAPITRE X.
De la coagulation, des animaux.
L a matière radicale des végétaux & des animaux est la même , la nature
seulement peut faire le pur dans les aliments & susciter la semence.
Le pur de la nature des végétaux se change facilement au pur de la nature des
animaux.
La semence de toutes choses procède de la semence du monde.
Dans toute semence il y a quelque degré de feu...
Le pur des végétaux par la nutrition se change facilement au pur des
animaux.
L'humide radical des minéraux passe dans l'humide des végétaux.
Raimond Lulle dans sa théorie dit, toute la vertu de l'arcane des animaux
consiste en la coagulation.
Le volatil & le fixe ont besoin d'une aide mutuelle pour être purifiés.
Les arcanes reçoivent leurs vertus des feux....
Dans les énigmes des Egyptiens il y a un grand secret caché sous le dragon,
ils ont conjoint le dragon ailé & volatil avec le dragon rampant , tous les deux
en un cercle , pour cacher l'arcane, & afin de ne point divulguer à tout le
monde la mutuelle fraternité & l'oeuvre de l'humide radical fixe avec
l'humide volatil; car les Chymistes appellent ces deux humides radicaux leurs
dragons. .
Pour composer & faire les arcanes, il faut auparavant purifier & séparer de
toutes impuretés les parties radicales.
La nature pour la génération des animaux prend plutôt la semence que toute
autre chose. L'Alchymie est la séparation du pur d'avec l'impur. L'esprit de
vie est attiré par la faculté aérienne vitale.
Le changement du dernier aliment représente la fixation.
La nourriture est une nouvelle génération,
La nature dans la génération des animaux exerce l'art spagyrique.
CHAPITRE CHAPITRE XI.
De la coagulation des minéraux!
P ARla fixation & la coagulation des minéraux il faut entendre une union
endurcie de la substance soit volatile ou fixe faite par l'art & non par la
nature.
L'arcane minéral consiste dans la fixation des parties radicales : il faut donc
étudier en premier lieu & tâcher d'avoir une très-grande quantité de la partie
radicale volatile des minéraux , & qu'elle soit pure & séparée de toutes
ordures & de tout ce qui lui est hétérogène, ce qu'on obtiendra en la distillant
plusieurs sois; ce que vous reconnaîtrez par le goût, par la vue & par
l'attouchement.
Nota. Le mercure des Philosophes se connaît par ces marques, il a un goût
doux & âcre, tout de même que s'il était une liqueur de grenade ;mais il est
plus âcre que doux & outre cette grande douceur & âcreté, il y a dans cette
liqueur une certaine violence ignée , comme l'huile de soufre faite par la
cloche, mortifiée, & comme la quintessence de vin circulée longtemps &
imprégnée de l'esprit de soufre...
Pour ce qui regarde les marques qu'il présente à la vue, il est fort semblable à
une liqueur très-claire , tenace & d'une substance visqueuse , & il a une
consistance de sirop épais ou d'huile.
Après que le Chymiste spagyrique aura connu tous ces signes dans sa liqueur
tirée de la partie radicale volatile des minéraux, il est nécessaire en outre qu'il
connaisse les qualités de la partie radicale , & ses propriétés particulières ,
desquelles on vient en connaissance de sa pureté & de sa perfection,;
CHAPITRE XII.
Par quels signes on doit connaître Cor, physique.
E Nquelle substance fixe ou terre ce grain doit être semé & planté , c'est-
à-dire , cette liqueur & eau minérale doit être putréfiée & finalement
fixée , & avec les deux doit se faire le soufre de nature , avec lequel
immédiatement & avec la même eau se fait la pierre physique & cette si
fameuse teinture des Philosophes.
Nous connaissons par plusieurs indices & marques de sa perfection , lorsque
cette partie fixe radicale est bien purifiée, & propre & convenable pour notre
œuvre. En premier lieu, lorsqu'elle étant dissoute avec son eau , & l'ayant
laissée reposer elle ne dépose aucunes fèces au fond du vaisseau , & qu'il n'y
a aucun atome qui voltige au milieu de l'eau, qui troublent sa clarté , mais
que toute l'eau est claire & transparente , tellement qu'il paroisse que l'eau ne
retient rien de solide dans ses pores, sinon qu'elle est de couleur rouge; En
second lieu , que dans la dissolution l'eau & la terre se mêlent ensemble , &
s'empâtent l'une & l'autre comme si la terre était de la glu & de la gomme; &
c'est véritablement la glu de cette eau.
En troisième lieu, qu'elles se joignent ensemble toutes les deux sans aucun
bruit ni combat, que la terre se dissolve dans son eau peu à peu sur une très-
légère & suave chaleur, comme fait la glace dans l'eau chaude ou le beurre
dans l'huile bouillante... :. II faut qu'elle pèse & qu'elle ait le poids du métal le
plus parfait. Lors, que vous aurez aperçu tous ces signes , alors vous pouvez
tenter l'union des parties radicales minérales fans aucun doute . .
Mais pour faire cette union & conjonction, il faut prendre un poids
convenable de chaque humide radical. Si quelque partie est humide c'est à-
dire liquide ,& ayant la forme de l'eau, cette partie humide radicale minérale
doit être en plus grande quantité pour plusieurs raisons.
i°. Si la partie sèche pesait plus que la partie humide, il ne se ferait aucune
corruption dans l'arcane , c'est à-dire , on ne verrait point la noirceur, laquelle
ne paraissant point il est impossible que les deux humides se conjoignent
ensemble, & qu'il se fasse une union radicale; & sans cette union l'arcane
périt, & la corruption ne se ferait point, sinon par l'humide qui dissout le
sec... II faut donc que la partie humide pèse plus que la sèche.
Les Philosophes proposent divers poids dans la tourbe, comme Morien, R.
Lulle , Aftephius & autres; cependant ils ne se moquent point des lecteurs,
parce que dans le poids & mesure de l'arcane physique, il y a une certaine
étendue de poids & de mesure , soit tant dans la première qu'en la seconde
opération , laquelle à divers degrés parmi lesquels se conserve le poids
convenable de l'arcane physique en conservant la vertu générative ..
Notre arcane peut être perfectionné par divers poids, pourvu qu'ils
n'excèdent pas ces poids de la latitude du poids de l'arcane physique dans
laquelle se conserve la vertu productive de cet arcane : mais la latitude peut
être dans les limites d'un seul poids de la partie sèche parfaitement purifiée &
sublimée avec dix ou douze parties de l'humide pareillement purifié par
plusieurs distillations sans endommager aucunement la vertu générative &
productive.
De sorte que l'on peut conjoindre une partie de notre terre foliée avec deux
poids de la partie humide avec une partie de la partie sèche : ainsi on peut
faire la conjonction & l'union de nos mercures sans aucun dommage ni
danger, sinon que lorsqu'il y a six parties d'humide avec une partie de sec , la
coagulation ou fixation de l'arcane se fait plus tard; c'est pourquoi il y a des
Philosophes qui disent avoir fait notre arcane dans deux mois , d'autres dans
douze mois, dans vingt-quatre. Ainsi tous ne mentent pas, parce que le temps
court ou long de la composition de notre arcane, dépend du poids de l'eau
physique que j'appelle la partie humide de l'humide radical des
minéraux . .. .. Le secret pour faire l'arcane en moins de temps dépend aussi
du mercure rouge volatil, qui est la teinture physique tirée de notre soleil ,
c'est-à-dire du soufre de nature rubifié par l'action du feu, lequel étant
dissout avec son eau imprégnée du mercure solaire , ou de son sang ou
teinture au double poids & étant tous les deux cuits dans l'athanor avec un
feu très-doux & continuel , dans deux mois ou plutôt tout l'arcane sera fait &
parfait.
De cette manière on voit que tous les Philosophes parlent du temps qu'ils ont
employé à le faire & selon que le poids de l'eau mercurielle a été différent, le
temps pareillement l'a été pour faire leur arcane; car l'eau mercurielle étant
crue point cuite & volatile infixe ne peut pas se cuire & se fixer d'abord, mais
elle se cuit & se fixe avec le temps, laquelle fixation est accélérée par une
petite quantité de notre or physique , lequel étant cuit & fixe , cuit & fixe
promptement les parties crues qui ne sont point cuites de l'eau minérale; ce
qu'elle pourtant ne ferait pas que dans un espace de temps fort long , s'il
n'était notre sol qui avec son feu interne aide & excite le feu. interne de son
semblable , c'est - à - dire de l'eau mercurielle , pour qu'elle se puisse fixer
plus promptement,
II est vrai qu'avec la seule eau mercurielle on pourrait faire l'oeuvre , mais
cela demanderait un très long temps, étant de la même nature radicale que
notre or; & pour cela elle pourrait se fixer à la fin, & devenir or ou teinture
des Philosophes, à cause de son feu ou soufre interne qui naturellement & de
lui - même tend à la fixation ; ce qui a fait dire aux Philosophes : // se trouve
dans U mercure tout ce que les Sages cherchent; il faut néanmoins entendre qu'ils
parlent du mercure imprégné de la teinture de l'or, parce que ce mercure est leur
véritable mercure.
L'eau mercurielle crue volatile ne peut pas se fixer si promptement ; c'est
pourquoi si elle n'est pas fixée elle est vaine & presque inutile, s'envolant
dans la projection & enlevant les esprits métalliques, lesquels seuls peuvent
perfectionner les substances métalliques crues qui ne sont point cuites : c'est
pourquoi il est absolument nécessaire que cette humidité crue volatile qui fait
l'eau mercurielle & qui renferme en soi les esprits métalliques , soit cuite &
fixée, afin que pareillement .avec elle soient cuits & fixés les esprits
métalliques qu'elle renferme ; car ces seuls esprits sont la vie & la perfection
des métaux.
Mais que cela puisse se faire sans l'or, je ne l'ai jamais éprouvé , & je ne
voudrais pas en faire la preuve; car si l'eau mercurielle seule était renfermée
dans un vaisseau, & fût cuite , je pense que l'arcane se ferait : mais en quel
temps , je n'en fais rien; car je crois que ceux qui ont tenté cet œuvre n'ont
jamais fixé cette eau mercurielle toute seule en dix ans , & encore on ne peut
pas l'appeler une fixation parfaite. Chaque poids de terre fixe sur dix poids
d'eau mercurielle demandent un an pour être parfaitement fixés: donc si une
partie de notre terre fixe dix parties d'eau mercurielle dans un an, je
conjecture par-là que si on n'y ajoutait point de terre fixe à l'eau mercurielle ,
elle ne pourrait jamais se fixer , & parfaitement coaguler que dans dix ans.
Dans le macrocosme cependant plusieurs choses se coagulent sans aucunes
parties de cette terre fixe .. . ; l'archée ou les esprits internes gouvernent
l'humide, radical...
La fixation & la coagulation de toutes choses dépend des esprits du sel : l'eau
mercurielle est très-chaude.
Les parties de la terre fixe font ajoutées à l'arcane chymique pour accélérer la
fixation & la coagulation de l'arcane physique.
C HAPITRE XIII
De la multiplication des arcanes,
L A multiplication des arcanes nff peut pas se faire que toute l'opération ne
soit faite & parfaite. Suit ici la méthode pour la faire.
II est nécessaire que vous ayez, une suffisante quantité d'eau mercurielle bien
purifiée , & portée au dernier degré de perfection par la distillation , dans
laquelle vous dissoudrez votre arcane minéral; étant dissout vous le
putréfierez: divisez la putréfaction: purifiez - le avec les esprits très-légers &
subtils & par les distillations , jusqu'à ce qu'il ait acquis le dernier degré de
pureté, quand il sera ainsi purifié, unissez le & le cuisez; finalement étant cuit
sur un feu léger jusqu'à ce qu'il soit desséché , & l'arcane étant desséché on le
cuit de rechef, le faisant passer par toutes les couleurs jusqu'à la couleur de
pourpre, par cette coction sa vertu sera augmentée au centuple de ce qu'elle
était auparavant ; & si vous faites de rechef sécher l'arcane , & si vous l'élevez
en fleurs subtiles par la sublimation, l'ayant auparavant dissout & fait cuire
jusqu'à siccité, vous aurez un arcane très-parfait dont la Vertu fera mille fois
plus puissante que la première.
Toutes les fois que vous voudrez multiplier les arcanes des animaux, il faut
avoir le sel fixe qui a été tiré du caput mortuum du sang lorsqu'on sublime la
fleur du sel du sang animal, pur, clair & très-rouge , & étant dissout avec
l'esprit animal qui est la fleur de son sel en eau très-claire par putréfaction, il
faut en extraire sa teinture, & avec cet esprit teint il faut dissoudre l'arcane
animal, ensuite le cuire pour le fixer , car tout est renouvelé par le feu des
Chymistes , qui a une puissance infinie & une vertu divine pour faire paraître
la lumière cachée universelle & resplendissante de toute la nature dont tous
les ouvrages sont admirables.
CHAPITRE XIV.
Traité du soufre de nature.
S
i les opérations de la nature qu'elle nous fait voir tous les jours ne
servent pas assez d'exemple, aucun exemple ne servira de rien :
considérez avec attention comment la nature opère , & vous apprendrez
plus d'elle, qui est une savante maîtresse, que de tous ses disciples.
L'extraction des âmes de l'or ou de l'argent faite par quelque voie vulgaire
que ce soit des alchymistes, pour être introduites dans un autre corps , est
une pure imagination , on vérifie cela par le dommage que cette opération
cause. Au contraire, celui qui peut faire cela ( comme sont les Philosophes)
sans aucune fraude, c'es tà-dire , teindre le moindre métal avec profit ou non
de couleur d'or & d'argent réelle à toutes épreuves , alors il a les portes de la
nature ouvertes pour passer plus avant, & avec l'aide de Dieu faire de
grandes choses.
La perfection de l'art consiste dans les seules opérations de la nature: suivez
la bonne voie que la, nature prescrit dans toutes ses opérations dont elle ne
s'écarte jamais, écoutes donc mes paroles , chers enfants de l'art, quand je vous
parle des forces de la nature qui a un si grand pouvoir, & quitez toutes vos
déalbations & rubifications des ignorants qui vous conduisent dans le chemin de
l'erreur.
Les livres de Geber & des autres Philosophes, à peine peut-on les entendre
après les avoir lus mille sois: leur explication est beaucoup plus difficile que
le texte; dans tout ce que vous lirez je vous conseille de vous arrêter au texte,
appliquez le tout à la possibilité de la nature, faites des perquisitions exactes
pour savoir ce que c'est que la nature.
TOUS écrivent d'un commun accord que c'est une chose vile, facile , commune,
cela est exactement vrai; mais cette chose vile & commune n'est connue que
par les Savants, & ces Savants la connaîtront toujours fut elle parmi le fumier
, la fiente & les excréments, & l'ignorant ne croit pas même qu'elle soit dans
l'or.
Que mes chers lecteurs appliquent donc toutes choses à la possibilité de la
nature & au cours ordinaire d'icelle. Et si de mon exemple & de mes paroles
on ne peut pas connaître l'opération de la simple nature & les ministres de cet
esprit vital qui contraignent l'air, ni le sujet de la première matière, à peine on
entendra R. Lulle, car il est difficile de croire que les esprits aient tant de
puissance dans le ventre du vent.
Dans les siècles passés, la confiance des amis, bien différents de ceux
d'aujourd'hui était entière , parce que la bonne foi régnait, & cette science si
utile était dans tout son lustre , & on la communiquait de vive voix à son
ami ; maintenant que la perfidie la plus noire a chassé la bonne foi de son trône ,
celui qui est instruit est forcé souvent pour éviter les embûches des ennemis & la
destruction de son individu ; oui, il est forcé à garder le silence sur les choses utiles
qu'il pourrait communiquer , & voilà comme la société est souvent privée des
grandes lumières. On ne peut donc à présent acquérir Cette science que par
l'inspiration de Dieu tout – puissant, c'est pourquoi celui qui l'aime de tout
son cœur & le craint, ne doit point désespérer, en la cherchant avec soin, de la
trouver , parce qu'il est plus facile de l'obtenir de Dieu tout-puissant que des
hommes sages, qui craignent; avec raison la perfidie des méchants.
Dieu est immense, bon & miséricordieux; c'est pourquoi il n'abandonne
jamais celui qui met toute sa confiance en lui , auprès de Dieu il n'y a point de
prééminence de personne , le plus pauvre & le plus méprisé qui a sa crainte
est préféré aux Rois & à tous les Princes de l'univers qui ne l'ont pas , il fait
beaucoup plus de cas de ceux qui ont le cœur contrit & humilié , & il a
toujours pitié de ceux qui s'adressent à lui dans l'intention, de pratiquer le
bien. Ranimez donc votre courage, chers enfants de l'art, mettez toute votre
espérance en Dieu, & il ne vous refusera pas cette grâce. Adorez-le &
invoquez-le jour & nuit & sans cesse si vous voulez qu'il vous ouvre les
véritables portes de la nature , &. vous êtes introduits dans son sanctuaire,
vous y verrez, avec une surprise agréable, de quelle, manière la nature
travaille avec simplicité selon le pouvoir qu'elle a reçu du Créateur. Comme
elle est simple, elle ne se plait qu'aux ouvrages qui sont simples.
Croyez-moi, tout ce qu'il y a de plus noble, de plus merveilleux & de plus
surprenant à nos yeux, c'est justement ce qui est le plus facile & le plus simple
quand on le connaît, parce que toute vérité est simple. Dieu tout puissant n'a
rien mis de difficile dans, la nature. Soyez l'imitateur de la nature , demeurez
dans la simple voie de la nature, & vous trouverez toutes sortes de biens , &
certainement les biens les plus solides., Travaillez & ne vous lassez point de
chercher; car si vous frappez on vous ouvrira la porte : invoquez Dieu ,
craignez-le & l'aimez , lisez avec attention cet ouvrage, & celui de l'illustre
Sabine Stuart, ma chere épouse, un des plus beaux modèles de son sexe par ses
vertus , ils vous donneront certainement de très-grandes lumières, & il se
pourra faire que par votre travail vous vous mettiez en possession d'une
grande fortune pour pratiquer le bien, & je dis que si Dieu juge à propos de
vous favoriser en imitant a nature dans vos opérations, & que vous parvenez
heureusement au port ou dans la terre promise, selon la fin que vous vous
proposerez, alors il n'est pas douteux que vous Verrez de vos propres yeux,
comme je l'ai vu moi - même avec ma chère Sabine , que tout ce que je vous ai dit
est bon & véritable....
Le soufre n'est point le dernier parmi les principes, parce qu'il est la partie du
métal , & même la partie principale de la pierre des Philosophes.
Les Sages nous ont laissé des écrits très-véritables du soufre. Geber dit: le
soufre illumine tout corps , & c'est la lumière de la lumière & la teinture. Je
veux décrire ici l'origine des principes selon les anciens Philosophes. Le
soufre & le mercure sont les principes des choses, principalement des métaux,
&, selon les modernes, ces principes sont trois ; savoir , sel, soufre & mercure.
Les quatre éléments font leur origine. Nous commencerons d'en parler ici, ils
renferment de grands mystères.
II y a donc quatre éléments, & chacun d'iceux a dans son centre un autre
élément, par lequel il est élémenté . & ces éléments font les quatre statues du
monde , séparées du cahos en la création du monde par la divine sagesse ,
qui par leurs actions contraires en égalité & proportion, régissent la machine
de ce monde, & par l'influence des vertus célestes, produisent toutes choses,
soit dans la terre ou sur la terre. J'irais trop loin si j'en disais davantage en
parlant du feu & de l'eau, & sur-tout de l'air dans lequel on peut voir de si
beaux spectacles qui étonneraient & rempliraient d'admiration les plus
incrédules. Cela se verra quelque jour avec étonnement dans l'air.
CHAPITRE XV.
De l'élément de la terre.
D ans cet élément il y en a trois autres , & principalement le feu qui y
repose : cet élément est grossier & poreux , le centre du monde & des
autres éléments est spongieux, recevant tout ce que les autres trois
éléments distillent & projettent en lui.
L'élément de la terre ne produit rien de soi-même , mais il est le réservoir des
autres dans lequel toute chose produite est enfermée, & par le mouvement de
la chaleur se putréfie dans icelui, & le pur étant séparé de l'impur par la
même chaleur, elle se multiplie; ce qui est pesant se cache .dans lui, & ce qui
est léger est poussé par la chaleur en sa superficie....
La terre est la nourrice & la matrice de toute semence & de tous mélanges,
elle conserve la semence & le composé jusqu'à sa maturité, elle est froide &
sèche, & est tempérée par l'eau; par l'extérieur visible elle est fixe, & par
l'intérieur invisible elle est volatile. Elle est vierge dès la création de la
distillation du monde, séparée de la tête morte qui quelque jour , par la
volonté divine, sera calcinée après l'extraction de son humide, afin que
d'icelle soit créée une nouvelle terre cristalline.
Cet élément est divisé en une partie pure & une autre qui est impure ; elle se
sert de l'eau pure pour produire toutes choses, Si l'impure reste dans son
globe.
Cet élément est là caché, & il est le domicile de tous les trésors. II y a dans son
centre un feu d'enfer tenant la grande machine de ce monde dans son être, &
cela par l'expression de l'eau.
Ce feu est causé & allumé dans l'air par les influences des étoiles. A ce feu
remédie la chaleur du soleil tempérée par l'air pour mûrir & attirer tout ce
qui est déjà conçu dans son Centre; c'est pourquoi la terre participe avec le
feu, & c'est son intrinsèque , & elle n'est point purifiée sans le feu & par ainsi
chaque élément est purifié par son élément intrinsèque, & l'intérieur de la
terre, ou son centre , est une très- grande pureté, mêlée avec le feu où rien ne
peut reposer; car c'est presque comme un lieu vide, dans lequel les autres
éléments introduisent leurs actions , comme nous l'avons déjà dit. . La terre
est l'éponge & le réceptacle des autres éléments &c...
CHAPITRE XVI.
De l'élément de l'eau,
L 'EAU est un élément très-pesant, plein d'un flegme onctueux, en dehors
il est volatil, & en dedans il est fixe il est froid & humide & il est
tempéré par l'air; il est le sperme du monde; dans lequel est conservée
la semence de toutes choses , il est le gardien de toutes les semences. II faut
pourtant que vous sachiez que le sperme & la semence sont deux choses bien
différentes.
Le réservoir du sperme est la terre, & celui de la semence est l'eau ; tout ce
que l'air distille en eau à cause du feu, c'est l'eau qui le porte dans la terre;
quelquefois le sperme n'a pas assez de semence, & cela provient du défaut de
la chaleur qui le digère; car le sperme est toujours abondant & attend la
semence , laquelle par l'imagination du feu, par le mouvement de l'air est
portée dans la matrice , & bien souvent la semence venant à manquer , le
sperme entre , mais il retourne sans fruit ; c'est de quoi nous, avons parlé plus
amplement ailleurs , en parlant du sel, troisième principe.
II arrive souvent dans la nature que le sperme entre dans la matrice avec une
semence suffisante; mais la matrice étant indisposée & pleine de soufres
peccans ou de flegmes, alors elle ne conçoit point, & elle ne fait pas ce qui
aurait dû se faire, & dans cet élément aussi il n'y a proprement rien, sinon
comme il est ordinairement dans le sperme. II se délecte beaucoup de son
propre mouvement qui est causé par l'air , & se mêle facilement aux choses à
cause de son corps superficiel volatil.
II est le réservoir de la semence universelle. La terre est facilement purifiée en
icelui, & se résout, & en l'air en icelui se congèle , & se conjoint avec lui
intimement.
Le menstrue du monde est celui qui, pénétrant l'air par la vertu de la chaleur ,
attire avec soi la vapeur chaude, qui cause naturellement la génération de ces
choses , dont la nature est imprégnée comme matrice , & lorsque la matrice a
reçu une portion convenable de semence, telle qu'elle soit, elle fait son
chemin , & la nature opère sans intermission jusqu'à la fin, & l'humide
restant, c'es tà-dire le sperme , tombe à côté, agissant la chaleur dans la terre
se putréfie , ( ce qui est jeté à côté ) & d'icelui ensuite est engendrée une autre
chose , comme des petits insectes , des vers, &c.
Un artiste adroit & subtil pourrait voir dans cet élément comme dans, le
sperme divers miracles de la nature; mais il faudrait qu'il prît ce sperme, dans
lequel est déjà imaginée la semence astrale, à un certain poids, parce que la
nature fait en la première putréfaction les choses pures , dans la seconde
putréfaction elles sont plus pures & plus nobles; ainsi la nature fait le bois
dans sa première composition; & lorsque le bois se pourrit, il s'engendre dans
icelui des vers ayant la vie & la vue , & l'animal sensible est plus noble que le
végétal , & demande une matière plus pure pour former les organes de
l'animal,
Cet élément est le menstrue du monde, il est plus pur & très-pur. De sa très -
pure substance ont été créés les cieux : le plus pur s'est dissout en l'air, & le
plus simple a demeuré dans sa sphère & par l'ordre de Dieu & l'opération de
la nature qui suit exactement les lois qu'il lui a prescrites, conserve toute
chose subtile , fait un globe avec la terre , il a son centre dans le coeur de la
mer> & a un axe polaire avec la terre , par lequel toutes les sources des eaux
sortent & forment de grands fleuves: par la sortie de ces eaux la terre est
préservée de combustion, & par cette humectation la semence est portée dans
les pores ( j'entends la semence universelle ) de toute la terre , & cela parle
moyen du mouvement & de la chaleur.
Nota. Toutes les eaux courantes retournent dans le cœur de la mer ; mais où
elles parviennent ensuite, cela n'est pas connu de tout le monde. Les astres
sont faits de l'air & du feu. Les eaux sont retenues sur les fondements de la
terre comme dans, un tonneau par le mouvement de l'eau, & vers le pôle
arctique par lui sont contraintes , parce qu'il n'y a aucun vide dans le monde ;
c'est pourquoi dans le centre de la terre il y a,un feu d'une chaleur infernale ,
que l'archée de la nature gouverne.
Car dans le commencement de la création du monde Dieu tout puissant en
premier lieu de ce cahos confus , en a exalté la quintessence des éléments, &
elle a été rendue plus parfaite; ensuite il a élevé sur toutes choses la très-pure
substance du feu pour placer sa très-sainte majesté , & la mise & affermie
dans ses bornes.
Dans le centre du cahos ( par la volonté de l'immense sagesse de Dieu) a été
allumé ce feu, qui ensuite a distillé ces eaux très-pures; mais parce que déjà ce
feu très-pur s'est fermé avec le trône du Dieu Très-Haut, les eaux se sont
condensées sous ce feu , & pour s'affermir davantage le feu plus grossier a
distillé ( agissant toujours ce feu central ) qui a resté dans les eaux , sous la
sphère du feu, & ainsi les eaux entre deux feux se sont congelées &
comprimées en cieux; mais ce feu central n'a point cessé & en distillant il a
aussi résout d'autres eaux moins pures en air , lequel aussi a demeuré dans sa
propre sphère sous la sphère du feu, & il est environné par l'élément du feu ,
& comme les eaux des cieux ne peuvent point surpasser ce feu sur-céleste,
ainsi l'élément du feu ne peut pas surpasser les eaux des cieux , ni
pareillement l'air ne peut pas surpasser & s'élever au-dessus de l'élément du,
feu, & l'eau avec la terre a resté dans un seul globe, parce qu'elle n'a point de
place en l'air, excepté cette partie que le feu résout en air , pour fortifier
journellement la grande machine de ce monde .Car s'il y avait du vide en l'air
, alors toutes les eaux distilleraient & se résoudraient en air ; mais la sphère
de l'air est déjà pleine , parce qu'elle est remplie par les eaux qui distillent
toujours par le mouvement continuel de la chaleur centrale; de sorte que les
autres eaux par la compression de l'air s'assemblent autour de la terre , &
avec la terre elles tiennent le centre du monde , laquelle opération se fait de
jour en jour , & ainsi le monde est fortifié & demeurera naturellement
incorruptible , à moins que la volonté de Dieu créateur de toutes choses ne le
permette autrement,sa volonté étant absolue ; parce que ce feu central ne
cessera point de s'allumer & de chauffer les eaux à cause du mouvement
universel, & l'influence des vertus célestes , ni les eaux cesseront de se
résoudre en air, ni l'air ne cessera de comprimer le restant des eaux avec la
terre, & les contenir si fortement qu'elles ne pourront remuer & s'éloigner de
leur centre; & ainsi naturellement ce monde .a été fait & il est soutenu par la
divine sagesse & sa toute puissance , & ainsi à l'exemple de cela toutes choses
se font naturellement dans ce monde , & il est absolument nécessaire que
cela- se fasse ainsi.
Tout ce que je viens de dire est afin que vous sachiez que les quatre éléments
ont une sympathie naturelle avec les choses supérieures, parce qu'elles sont la
même chose , & qu'ils sont tirés d'un seul cahos; mais ils font gouvernés par
les choses supérieures comme étant les plus dignes; & toutes les choses
sublunaires doivent leur obéir.
CHAPITRE XVII.
Du cours des eaux & du flux & reflux de la mer.
L ES eaux se portent d'un pôle à l'autre. II y a deux pôles, un arctique en
la partie supérieure septentrionale; l'autre , antarctique sous la terre en
la partie méridionale.
Le pôle arctique a une source magnétique pour attirer ; & le pôle antarctique
a une égale source pour chasser & repousser; c'est ce que la nature nous
démontre dans les effets de la pierre d'aimant, dont elle nous donne des
preuves par les expériences qu'on en fait.
Le pôle arctique attire donc les eaux par l'axe , dans lequel étant entrées , de
rechef par l'axe du pôle antarctique elles sortent avec une grande
impétuosité ; & parce que l'air ne permet point l'inégalité, elles sont de
nouveau poussées au pôle arctique leur centre , & sont forcées à y retourner
aussitôt, & de faire continuellement ainsi leur course, dans laquelle course
elles sont étendues du pôle arctique jusqu'à l'antarctique par le moyen de
l'axe du monde dans les pores de la terre, & ainsi selon qu'elles sont plus ou
moins répandues , se forment les sources , & ensuite en augmentant dans leur
course, s'assemblent & forment des rivières , & de rechef elles retournent en
l'endroit d'où elles sont sorties , & cela se fait sans discontinuer par le
mouvement universel.
Quelques ignorants disent que ces eaux ne connaissant pas le mouvement
universel & les vertus polaires, se consument dans le milieu de la mer, &
qu'elles sont engendrées par les astres qui ne produisent ni engendrent rien
de matériel, & ne sont qu'imprimer leurs vertus & influences spirituelles,
lesquelles pourtant ne donnent point le poids.
Les eaux ne sont donc pas engendrées ; mais vous devez savoir qu'elles
sortent du centre de la mer par les pores de la terre , & qu'elles se répandent
par tout le monde.
De-là vient que les Philosophes ont trouvé divers instruments pour conduire,
où ils voudraient , les eaux des fontaines & des rivières.... car l'art imite la
nature.
Sachez donc , pour toute conclusion , que les sources ne viennent point des
astres, mais du centre de la mer où elles vont de rechef se rendre; & ainsi elles
observent le mouvement continuel , car autrement il ne s'engendre rien du
tout, ni dans la terre ni sur la terre , autrement s'ensuivrait la ruine totale du
monde.
II faut observer que l'eau étant distillée & filtrée par les pores de la terre perd
son sel , elle s'édulcore en passant par des lieux étroits, . & au travers des
sables , de-là viennent les fontaines , les sources , les minières , &c.
Ainsi pareillement , lorsque les eaux passant par des endroits chauds,
sulfureux qui brûlent continuellement , elles s'échauffent, de-là proviennent
les eaux minérales & les bains chauds , dans lesquels lieux la nature distille
des mines de soufre, & les sépare dans les entrailles de la terre , & ces mines
sulfureuses s'allument par le feu central. L'eau en courant par ces endroits
ardents , elle s'échauffe plus ou moins, selon qu'elle s'en éloigne, & elle vient
à la superficie de la terre , & retient avec soi la vapeur du soufre , tout ainsi
que fait toute sorte de bouillon. Dans la décoction des viandes, de même se
fait avec l'eau par les endroits de la minière , soit sulfureuse ou alumineuse
qui retient en passant leur saveur.
Tel est donc le distillateur créateur de toutes choses , entre les mains duquel
est ce distillatoire : à l'exemple duquel , toutes les distillations des
Philosophes ont été inventées , ce que Dieu même tout puissant &
miséricordieux a sans doute inspiré aux hommes, qui pourra, lorsqu'il lui
plaira , ou éteindre le feu central , ou casser le vaisseau , & ce sera alors la fin
de toutes choses.
Mais comme sa bonté divine tend toujours au mieux , elle exaltera quelque
jour sa gloire , & rendra ce feu le plus pur de tous , & donnera un degré plus
fort au feu central , afin que toutes les eaux s'élèvent en l'air , & pour lors la
terre se calcinera, par ce moyen toute l'impureté du feu étant consumée ,
rendra les eaux subtiles & circulées en l'air de la terre pure , & par ainsi le
monde fera fait plus noble , s'il est permis de parler ainsi.
Que les enfants de l'art sachent que la terre & l'eau ont un seul globe , & font
toutes choses ensemble , parce qu'ils sont des éléments palpables , dans
lesquels les deux autres qui y sont cachés opèrent.
Le feu conserve la terre & l'empêche d'être submergée ou dissoute; l'air
conserve le feu afin qu'il ne s'éteigne pas; l'eau conserve la terre , afin que le
feu né la brûle entièrement. Cela doit suffire aux enfants de l'art pour savoir
en quelles choses consistent les fondements des éléments, & en quelle
manière les Philosophes ont observé leurs actions contraires , conjoignant le
feu avec la terre , l'air avec l'eau , quoique lorsqu'ils ont voulu quelque chose
de noble, ils ont cuit le feu , dans l'eau, en considérant qu'un sang était plus
pur que l'autre , comme la larme est plus pure que l'urine.
II est donc évident, par ce que j'ai dit, que l'élément de l'eau est le sperme & le
menstrue du monde , & aussi le réservoir de la semence.
CHAPITRE XVIII
De l'élément de l'air
L 'AIR est un élément entier, très digne dans sa qualité, très-léger &
invisible, en dehors; mais-en dedans pesant, visible & fixe, il est chaud
& humide , il est tempéré par le feu , il est plus digne &, plus noble
que la terre & que l'eau. II est en vérité volatil, mais il se fixe, & lorsqu'il est
fixé, il rend tout corps pénétrable.
De sa très-pure substance ont été créée les esprits vitaux & animaux, le moins
pur a resté dans la sphere de l'air & a été élevé, & le restant, c'està-dire , la
partie la plus grossiere a demeuré dans l'eau , circulant avec icelle, tout ainsi
que le feu avec la terre, parce qu'ils font amis. Cet élément est très-digne, &
c'est le véritable lieu de la semence de toutes choses; dans icelui la semence
est ainsi imaginée comme dans l'homme, laquelle ensuite , par le mouvement
circulaire, se jette dans son sperme.
Cet élément a la forme d'intégrité à distribuer la semence à la matrice par le
sperme & le menstrue du monde. Dans icelui est aussi l'esprit vital de toute
créature, joignant intimement, pénétrant & contraignant la semence aux
autres éléments, tout ainsi que l'homme fait aux femmes ; il les nourrit, les
imprègne, les conserve, & témoin l'expérience par cet élément non -
seulement vivent tous les animaux , les végétaux & les minéraux, mais aussi
tous les autres éléments, & toutes les eaux se putréfient &. se pourrissent sans
du nouvel air, le feu s'éteint si vous lui ôtés l'air (de-là vient que les
Chymistes , par des registres, distribuent le feu par l'air peu-à-peu & par
degré ).
Les terres aussi sont conservées par l'air, & finalement toute la machine du
monde est conservée par l'air, & de même parmi les animaux; car l'homme
périt quand on lui ôte l'air. Dans le monde rien ne croît fans la force de l'air
qui pénètre, altère &: amène avec soi la nourriture multiplicative.
Dans cet élément est imaginé la semence par la vertu du feu , qui contraint le
menstrue du monde par cette vertu occulte comme dans les arbres & dans les
herbes, lorsque par les pores de la terre, par l'action de la chaleur spirituelle le
sperme sort avec la semence, & la vertu de l'air le contraint & le congèle
goutte à goutte, & ainsi de jour en jour , de goutte en goutte en croissant ils
deviennent de grands arbres.
Dans cet élément sont toutes choses imaginables par l'imagination du feu ,
lequel élément est plein de la vertu divine; car dans icelui est renfermé l'esprit
de Dieu, qui avant la création du monde était porté sur les eaux , & volait sur les
ailes des vents. II ne faut donc pas douter qu'il n'ait laissé de sa vertu divine
dans cet élément: car Dieu a orné cet élément de l'esprit vital de toute
création. Car dans cet élément est renfermé la semence de toutes choses
dispersées dans le monde , auquel dès la création à été d'abord renfermée
cette force magnétique par le Créateur du ciel & de la terre, laquelle force , s'il
ne l'avait pas , il ne pourrait attirer aucune nourriture, & la semence
demeurerait ainsi dans sa petite quantité , & ne croîtrait point ni ne
multiplierait (mais comme la pierre d'aimant attire le fer dur à soi en guise de
pôle arctique qui attire à soi les eaux ); ainsi l'air par l'aimant végétable , qui
est dans la semence , attire à soi la nourriture du menstrue du monde , c'est-à-
dire, de l'eau.
Toutes ces choses se sont par l'air qui est le conducteur des eaux , & sa force
est renfermée & occulte dans, toute semence pour attirer l'humide radical ,
laquelle vertu est toujours dans chaque semence en la deux cents quatre-
vingtième partie.
Nous avons assez parlé de cet élément qui est très-digne & très-noble, dans
lequel est la semence & l'esprit vital , ou le domicile de l'âme de, toutes les
créatures.
CHAPITRE XIX.
De l'élément du feu
L E feu est un élément très-pur, le plus digne de tous , plein d'une
onctuosité adhérente & corrosive , pénétrant, digérant , corrodant &
très adhérent, par dehors il est visible, & par dedans il est invisible,
très-fixe , chaud & sec , & il est tempéré par la terre.
Sa substance est la plus pure de toutes les autres substances, & son essence a
été élevée avec le trône de la divine majesté avant toutes choses créées.
Lorsque les eaux des cieux ont été formées , comme nous l'avons dit, de leur
substance moins pure , ont été créés les Anges : de la moins pure , de la très-
pure de l'air ont été créés les luminaires & les étoiles.
Le moins pur, qui était encore dans la sphère, a été élevé pour renfermer les
cieux; ôc la substance impure & onctueuse a été laissée par le très-sage
Créateur dans le centre de la terre pour continuer le mouvement des
opérations, & l'y a renfermée, laquelle nous appelions gêne.
Tous ces feux sont divisés, mais ils ont contre eux une sympathie naturelle.
Cet élément est le plus tranquille de tous, & semblable à un charriot, lequel
court lorsqu'il est tiré , & lorsqu'il ne l'est pas il reste tranquille, il est aussi
dans toutes choses imperceptiblement.
Dans cet élément sont les raisons vitales & intellectuelles qui sont distribuées
dans la première infusion de la vie humaine, laquelle est appelée âme
raisonnable , par laquelle seule l'homme diffère des autres animaux, & il est
semblable à Dieu.
Cet âme est infusée d'une manière divine dans l'esprit vital par ce feu très-
pur élémentaire. C'est pourquoi à cause de cette âme l'homme , après la
création de toutes choses, a été créé en un macrocosme particulier.
Dans ce sujet de toutes choses, le Dieu créateur a mis & placé son siège & Sa
Majesté, comme dans un sujet très-pur & fort tranquille , qui est gouverné par
sa seule volonté & sa sagesse immense; c'est pourquoi Dieu abhorre tout ce
qui est impur, & rien de tout ce qui est sale , taché & souillé ne peut
s'approcher de Dieu; par cette raison aucun mortel ne peut voir ni entendre
Dieu naturellement.
Car ce feu, qui est en la circonférence de Dieu, & qui est le tronc de sa divine
majesté, est si ardent & si pur, qu'aucun œil ne peut le pénétrer , parce que le
feu ne souffre point qu'aucun composé s'en approche , parce qu'il est la mort
& la séparation de tout ce qui est composé.
C'est un sujet fort tranquille ( c'est la vérité) , autrement il s'ensuivrait ( dont
la seule pensée serait absurde ) que Dieu ne pourrait pas reposer , car il est
très-tranquille & d'un silence que l'esprit humain ne peut comprendre ; par
exemple, dans la pierre à feu où le feu est caché , & qui cependant ne se fait
point sentir, & ne paraît pas jusqu'à ce qu'il soit excité par le mouvement &
soit allumé en icelle afin qu'il paroisse.
Ainsi ce feu , dans lequel est placé la très-sainte majesté de notre Créateur , ne
se meut point, sinon de la propre volonté du souverain Maître de l'univers,
lorsqu'il veut bien l'exciter, & alors il est transporté où sa volonté veut qu'il se
fasse sentir.
Car par la volonté de Dieu il se fait un mouvement très-véhément & terrible;
nous avons un faible exemple de cela dans les cours des Monarques de la
terre lorsqu'ils font assis sur leurs trônes en grande pompe ; quelle
tranquillité, quel silence n'y a-t-il pas alors, Et quand le Monarque vient à se
mouvoir, il se fait à l'instant un bruit, un mouvement & un tumulte universel,
toute l'assemblée se remue avec lui ; ainsi quand le Roi des Rois, dont les
Princes de la terre suivent l'exemple, fait mouvoir son autorité, quel
mouvement alors, quel bruit & quel tremblement ne se fait-il pas, lorsqu'au
tour de lui toute l'assemblée céleste, les dominations , les puissances , les
vertus, les anges & les archanges viennent à se mouvoir?
Nota. Toutes ces choses sont manifestées aux Philosophes & même par la
sagesse incompréhensible, beaucoup de choses leurs font inspirées qui font
créées à l'exemple de la nature, & par ces merveilleux arcanes, ils apprennent
que la nature suit en opérant son modèle, c'est-à-dire le ciel, & qu'il ne se fait
rien sur la terre, sinon à l'exemple de la monarchie céleste, lequel exemple
nous l'avons des divers laboratoires des Anges; ainsi rien ne prend naissance,
ni est engendré , sinon naturellement, tous les artifices proviennent des
fondements de la nature.
Le Seigneur Dieu tout-puissant a voulu manifester à l'homme toutes les
choses naturelles, & en outre il nous a montré les choses célestes, même qui
sont faites naturellement, afin que par icelles nous connaissions mieux son
absolue & incompréhensible puissance & sagesse, toutes lesquelles choses les
Philosophes voient dans la lumière de la nature comme dans un miroir; c'est
pourquoi ils ont fait un grand cas de cette science , non par la cupidité de l'or
ou de l'argent qui ne sont pas l'objet de leurs recherches, mais parce qu'elle
donne la connaissance , non-seulement de toutes les choses naturelles , mais
aussi de la puissance du Créateur même , & de tout cela ils en ont parlé
figurativement, afin que les mystères de Dieu, par lesquels la nature est
expliquée , ne fussent jamais manifestés aux indignes, ce que vous
comprendrez facilement si vous savez vous connaître vous-même , qui avez
été créé non seulement à la similitude du macrocosme ou grand monde, mais
encore à l'image & ressemblance de Dieu même.
Vous avez donc dans votre corps l'anatomie de tout le monde; vous avez
dans le firmament la quintessence des quatre éléments, tirée du cahos des
spermes dans la matrice & réservée plus avant dans la peau; vous avez le
très-pur sang à la place du feu , dans lequel le siège de l'âme (ainsi qu'au Roi )
est placé par l'esprit vital : vous avec le cœur à la place de la terre où le feu
central opère continuellement & retient cette machine du macrocosme dans
son être : vous avez le pôle arctique , c'est-à-dire , l'os; vous avez aussi
l'antarctique & tous les membres correspondants aux célestes. ( Je pourrai
peut-être parler de cela dans un autre ouvrage d'une manière beaucoup plus étendue,
parce que j'ai beaucoup de choses intéressantes & utiles à dire qui surprendront mes
lecteurs , & répandront beaucoup de lumières sur tous les arts qui peuvent être
perfectionnés beaucoup plus qu'ils ne le sont. II n'est pas douteux qu'une grande
perfection dans les arts, qui sont la gloire des plus grands Princes & la richesse d'un
état , serait une source inépuisable qui répandrait une grande abondance dans la
société}.
La déité accomplit quelques choses seulement que les Anciens ont réservé
pour les véritables enfants de l'art; j'ai voulu parler de cet arcane, afin que
l'incompréhensible puissance du Dieu très-haut éclaire davantage votre cœur,
& afin que ce même cœur l'aime d'un amour plus ardent & l'adore sans cesse
jusqu'au dernier moment de la vie.
Sachez donc que l'âme , dans le macrocosme humain, tient la place de son
Créateur Dieu tout-puissant , comme un Vice-Roi, laquelle est placée dans
l'esprit vital, & a son siége dans le sang le plus pur & très-pur qu'on ne doit
jamais tirer; il faut feulement le débarrasser de son impureté.
Cette âme gouverne l'entendement, & l'entendement est le corps ; lorsque
l'âme conçoit quelque chose , l'entendement sait toutes choses, tous les
membres entendent l'entendement & obéissent à l'entendement, & attendent
avec ardeur pour accomplir sa volonté; car le corps ne fait rien ,
l'entendement ( c'est-à-dire l'esprit ) donne la force & le mouvement au corps.
Le corps sert à l'esprit, comme les instruments fervent à l'artiste, & l'âme par
laquelle l'homme diffère des autres animaux, opère dans le corps. Mais ses
plus grandes opérations font hors du corps , parce que sa domination hors du
corps est absolue, & ainsi diffère des animaux, parce que cette âme
raisonnable gouverne seulement l'esprit & non l'âme de Dieu ; ainsi
pareillement notre Dieu opère dans le monde les choses qui appartiennent
nécessairement au monde , & dans ces choses il est renfermé dans le monde,
de-là vient qu'il faut croire que Dieu est par-tout.
Mais cette immense sagesse de Dieu est exclue du monde & de son corps ,
parce qu'elle opère hors du monde , & s'imagine d'autres choses beaucoup
plus élevées & sublimes que le corps du monde ne pourrait concevoir; & ces
choses sont surnaturelles , elles sont aussi dans les secrets de Dieu seul.
Comme nous avons l'exemple de l'âme , laquelle hors du corps s'imagine des
choses très - profondes , & par icelles est semblable à Dieu, qui hors de son
monde opère outre nature , quoique ces choses soient aussi, comme une
chandelle allumée devant le soleil du plein midi , parce que l'âme s'imagine
des choses , mais elle ne les exécute que par l'esprit,: Dieu au contraire
exécute dans le même moment tout ce qu'il s'imagine. Par exemple , l'esprit
s'imagine à Paris d'être à Rome, à la Chine ou ailleurs, ce qui se fait dans un
clin d'oeil, mais avec l'esprit seulement. Mais Dieu fait tout cela
essentiellement parce qu'il est tout puissant.
Dieu donc n'est point renfermé dans le monde, linon comme l'âme l'est dans
le corps; il a séparément sa divine & absolue puissance de faire d'autres
choses incompréhensibles aux hommes. II a donc une très - grande puissance
sur le corps s'il veut, autrement notre philosophie serait vaine & inutile...
Revenons à notre propos, & auparavant observez que de tout ce que je viens
de dire j'apprends à connaître Dieu autant que cela est possible à l'homme,
dont les connaissances font si bornées; j'apprends aussi la différence
inexprimable qu'il y a du Créateur à la misérable créature qui est son ouvrage
, laquelle ne peut subsister que par sa bonté infinie. On peut par ces raisons
comprendre d'autres choses plus grandes & plus sublimes , si le Créateur qui
nous a tirés du néant, & qui est le père des lumières , juge à propos de nous
accorder cette grâce , en l'invoquant avec humilité: la porte est ouverte pour
cela; les ténèbres se dissiperont, & il ne sera pas difficile de s'introduire dans
l'auguste sanctuaire de la nature pour y admirer les merveilles du
Créateur .. .
Je dis donc que l'élément du feu est fort tranquille , & qu'il est excité par le
mouvement, laquelle excitation a été connue des Sages. II est absolument
nécessaire que le Philosophe chrétien & non pas celui du monde qui se décore si mal-
à-propos d'un si beau nom, sache la génération de toutes choses & la corruption
de cette génération, auquel non-seulement la création du ciel est manifeste,
mais aussi la composition de toutes choses & le mélange d'icelles; & quoique
les Philosophes sachent , pour ainsi dire , toutes choses, cependant ils ne
peuvent pas faire toutes choses , ni même la composition de l'homme dans
toutes les qualités & proportions , & ils peuvent encore moins lui infuser une
âme.
Ce grand mystère est réservé à Dieu seul, dont la puissance & les secrets sont
infinis; mais ces choses étant surnaturelles ne font pas en la disposition de la
Nature ; elle n'opère pas plutôt, sinon lorsqu'on lui donne la matière.
La première matière vient du Créateur , & la seconde du Philosophe; mais
dans l'oeuvre des Philosophes la Nature n'a qu'à exciter le feu, lequel est
renfermé par le Créateur dans le centre de chaque chose : l'excitation de ce
feu se fait par la volonté de la Nature, quelquefois par la volonté du savant&
industrieux Artiste qui dispose la Nature.
Toutes les impuretés des choses sont naturellement purifiées par le feu; tout
composé est dissout par le feu, comme l'eau lave & purge toutes choses
imparfaites non fixes , comme le feu purge toutes les choses fixes; & par le feu
elles font perfectionnées , comme l'eau conjoint tout ce qui est dissout : ainsi
le feu sépare tout ce qui est conjoint; & tout ce qui est de sa nature &
propriété , il le purge très-bien & l'augmente en vertu.
Cet élément agit d'une manière admirable & occultement dans les autres
éléments & dans toutes choses: car comme l'âme est composée de ce feu divin
& très-pur, ainsi le végétable l'est du feu élémentaire qui est gouverné par la
Nature. Cet élément agit dans le centre de quelque chose que ce soit de cette
manière.
La Nature donne le mouvement, excite l'air; & l'air excite le feu, & le feu
sépare, purge, digère , colore & fait mûrir toute semence, & étant mûre la fait
sortir , & la chasse par le sperme en divers lieux ou matrices pures ou
impures , plus ou moins sèches ou humides; & par ainsi, selon la disposition
de la matrice, se forment diverses choses dans la terre , & autant de lieux sont
autant de matrices.
Ainsi le Créateur Dieu très-puissant a ordonné toutes choses afin que l'une
soit contraire à l'autre , & que pourtant la mort de l'une soit la vie de l'autre;
que ce que l'un produit l'autre le consume; & soit produite une autre chose de
ce qui est consumé , plus' noble & naturellement, & ainsi est conservée
l'égalité des éléments; & de cette manière la séparation de toutes choses ,
principalement des choses vivantes , est une mort naturelle.
C'est pourquoi il faut que l'homme meure naturellement : pour cet effet le
composé de quatre éléments est sujet à la séparation , attendu que tout
composé se sépare naturellement : mais cette séparation du composé de
l'homme doit se faire seulement au terrible jour du jugement; car dans le
Paradis terrestre l'homme était immortel, ce que tous les Théologiens & la
sainte Ecriture même témoignent.
Cependant aucun Philosophe jusqu'aujourd'hui ne nous a donné aucune
raison suffisante de l'immortalité, laquelle les enfants de l'Art doivent savoir,
afin qu'ils voient comment toutes ces choses se sont naturellement, & qu'ils
puissent les entendre très-facilement.
II est vrai & très - vrai que tout composé de ce monde est sujet à corruption ,
& qu'il peut être séparé, laquelle séparation dans le règne animal est appelée
mort; & l'homme étant aussi composé des quatre éléments , qui pouvait être
immortel, que cela se fasse naturellement, il est très-difficile à croire : au
contraire , on a regardé cela jusqu'aujourd'hui comme une chose surnaturelle,
CHAPITRE XX.
Description du Paradis terrestre.
L e Seigneur a inspiré aux Philosophes plusieurs siecles avant, que la mort
de l'homme était,naturelle.
Le Paradis terrestre est un certain lieu créé par le Créateur de toutes choses,
des véritables éléments non élémentés , mais très-purs & dans un équilibre
parfait, & toutes choses, créées dans ce Paradis font incorruptibles.
Là a été créé aussi l'homme des mêmes éléments incorruptibles assemblés
dans un juste équilibre & dans une égalité parfaite, afin qu'en aucune
manière il ne pût se corrompre; c'est pourquoi il fut consacré à l'immortalité ,
parce que Dieu , sans doute , avait créé ce Paradis pour les hommes
seulement; mais ensuite par le péché de désobéissance ayant transgressé les
commandements de Dieu , le Créateur de toutes choses , l'homme fut chassé
du Paradis & rélégué en ce monde corruptible élémenté que Dieu avait créé
pour les bêtes; & il fut obligé, ne pouvant pas vivre sans nourriture , de
prendre sa nourriture des éléments élémentés & corruptibles , par laquelle
nourriture les éléments purs étaient infectés.
De cette manière il a décliné peu à-peu , & il est tombé dans la corruption , de
sorte qu'une qualité a vaincu & surmonté l'autre , tout le composé a été ruiné
par des infirmités , & finalement la séparation étant survenue, il s'en est
ensuivi la mort.
Après cela , se sont encore plus approchés de la corruption & de la mort ceux
qui ont été créés dans les éléments déjà corrompus , & d'une semence
corrompue & hors du Paradis terrestre, parce que la semence qui provient
des nourritures corrompues ne peut pas être perdurable ; & tant plus long
temps il y a que l'homme a été chassé du Paradis terrestre, d'autant plus les
hommes s'approchent de la corruption.
De - là vient que la vie est plus courte , & il arrivera à la fin que la procréation
& génération humaine cessera à cause de la brièveté de la vie des hommes.
II y a pourtant des endroits où l'air est meilleur , & où les astres sont plus
favorables; là, c'est-à-dire , dans ces pays, les natures ne se corrompent pas si-
tôt , parce que les hommes se gouvernent mieux; mais dans beaucoup de
climats la débauche , le dérèglement de la vie & tous les excès auxquels se
livrent les hommes sensuels, causent plus promptement la corruption , les
maladies & la mort , & l'expérience nous fait voir tous les jours que les
malheureux enfants qui sont nés de la semence de parents impurs & accablés
de maladies , ne vivent pas longtemps.
Mais si l'homme avait eu le bonheur de demeurer autant pour lui comme
pour sa postérité dans un lieu convenable à sa nature , ou les éléments
incorruptibles sont tous vierges , il aurait été éternellement immortel , car il
est certain qu'on les éléments purs sont conjoints en vertus d'égalité , ce sujet
doit être incorruptible, & telle doit être la terre, des Philosophes : par les
anciens elle a été comparée à une telle création de l'homme; mais les
Philosophes modernes l'entendant à la lettre , tendent à la génération
corrompue de ce siècle.
Cette immortalité a été la principale cause pour laquelle les Philosophes se
sont grandement appliqués à chercher cette pierre divine; car ils ont su que
l'homme avait été créé de tels éléments entiers. Ils ont donc beaucoup médité
sur cette création , laquelle ayant connu être naturelle, ils commentèrent à
examiner & tâcher de trouver des moyens pour avoir ces éléments
incorruptibles , ou s'ils pouvaient les conjoindre & les infuser dans quelque
sujet, auxquels le Seigneur inspira que la composition de tels éléments était
dans l'or, parce qu'il est impossible qu'elle se fasse dans les animaux , parce
qu'ils sont obligés de substanter leur vie avec des éléments corrompus.
Elle ne se trouve pas aussi dans les végétaux, parce que dans iceux règne
l'inégalité des éléments : & toutes choses créées inclinant à la multiplication ,
les Philosophes ont conclu que cette possibilité de la nature ne pouvait se
trouver que dans le règne minéral, & s'étant proposés d'en faire les
expériences , ils ont trouvé cette possibilité, laquelle étant découverte , ils ont
reconnu que la nature renfermait une infinité d'autres arcanes, lesquels étant
des secrets de Dieu , ils n'en sont pas venus aux expériences ;mais ils se sont
contentés d'en avoir la connaissance.
Le composé doit tomber par l'élément de l'eau, & le feu qui est en puissance
dans les autres éléments, savoir dans la terre & dans l'air s'unissent
ensemble , :& étant conjoints se rendent vainqueurs de l'élément de l'eau, & la
digèrent, la cuisent, & finalement la congèlent, & de telle manière la nature
aide la nature.
Car si le feu central caché, qui était privé de la vie , se trouve le vainqueur, il
agit dans ce qui lui est plus prochain & plus pur, étant lui-même très pur & il
se conjoint avec lui ; alors & de cette manière il est le vainqueur de son
contraire, il sépare le pur de l'impur ; il s'engendre ensuite une nouvelle
forme; & s'il est encore aidé, la forme qu'il prend de nouveau devient
meilleure que la première.
II arriva souvent que par le génie & l'esprit d'un savant artiste, on peut faire
des choses immortelles , principalement dans le règne minéral. Ainsi toutes
choses se sont par le feu & par le régime du feu, & prennent d'icelui leur être.
Si vous m'entendez vous ferez heureux; je vous parles assez clairement, c'est
à vous à profiter d'un st bon conseil.
CHAPITRE XXI.
Sur less dangers de la rage & des poisons
J e me crois indispensablement obligé par mon état de veiller à la santé des
hommes, & de leur dire mon sentiment sur les dangers de la rage & des
poisons, en offrant des secours très efficaces à ceux qui n'en pourront pas
trouver ailleurs. Comme on a tout à appréhender à chaque instant des
terribles effets de la rage & des poisons qui n'affligent que trop souvent
l'humanité, ceux qui auront le malheur d'être attaqués de ces accidents
funestes , pourront se procurer leur guérison avec les remèdes suivants.
Arcane très-puissant contre les poisons les plus dangereux & la morsure des
animaux enragés.
II y a de grandes découvertes dans la Chymie qui sont trop utiles à
l'humanité pour les laisser plus longtemps dans les ténèbres & l'oubli, ce
serait faire un crime envers Dieu & un grand tort aux hommes , en ne les
avertissant pas qu'ils peuvent se procurer le plus grand remède de la
médecine dans leurs pressants besoins, & dans les dangers évidents où ils
peuvent se trouver de perdre la vie par des accidents imprévus , pour se
garantir promptement de tous les poisons les plus dangereux de la nature, v
& se guérir lorsqu'ils auront le malheur d'être empoisonnés ou mordus des
animaux enragés lorsqu'ils y penseront le moins , cela n'arrive que trop
souvent dans tous les pays.
La vertu de l'arcane que j'ai est si puissante, qu'elle guérit radicalement la rage des
hommes & celle des animaux ; c'est une thériaque , la plus puissante & la plus
souveraine de toutes les thériaques contre tous les venins des animaux , des végétaux
& des minéraux, elle les éteint & les détruit entièrement. Avec cet arcane on change
une matière venimeuse, ainsi que la nature des venins & des poisons les plus violents
en une médecine salutaire qu'on peut prendre sans le moindre danger , puisque c'est
un remède efficace pour se guérir.
II y a plus de trente ans que j'en ai fait l'épreuve sur moi-même; personne n'ignore
que l'arsenic est un poison des plus corrosifs, je changeai sa nature en une
médecine salutaire, dont je fis ensuite l'expérience sur moi même sans être
malade , pour me convaincre par son effet, que j'examinai avec la plus
grande attention , de l'excellence du remède que j'avais préparé. Si je n'avais
pas été aussi certain que je l'étais de son efficacité, il est bien sûr que je
n'aurait pas fait l'épreuve d'un poison aussi corrosif sur ma personne. Je
l'aurait plutôt fait sur les animaux pour éviter le danger , & m'assurer de
l'effet de l'arsenic que je savais n'être plus un poison dangereux , mais un bon
remède.
Cet arcane , c'est-à-dire mon remède contre la rage , est un grand cordial & un
céphalique très-souverain , sa vertu surpasse celle de tous les remèdes
sublunaires , elle égale celle de l'or potable ; c'est pourquoi on en peut faire
usage dans toutes les maladies , puisqu'il sert pour prolonger la santé & la vie
jusqu'au terme le plus reculé.
II est parfaitement bon contre la peste , la petite vérole & toutes les maladies
les plus contagieuses si on s'en sert dans un temps de calamité; en un mot,
quiconque prendra de cet arcane si souverain , ne pourra jamais être
empoisonné par aucun scélerat, ni par quelque poison que ce soit, parce qu'il
sera bientôt guéri, quoiqu'il soit prêt de mourir.
Comme il n'est pas possible qu'une aussi belle découverte puisse jamais tenir
un rang dans la classe des remèdes ordinaires les plus accrédités, & qu'au
contraire elle est un chef-d'œuvre de l'art de la médecine, & un remède d'état
bien précieux par son importance & son utilité , en guérissant la rage & les
poisons ; c'est pourquoi il est bien juste qu'elle soit également un chef
d'œuvre de la reconnaissance de ceux qui auront le malheur d'être dans un
état évident de perdre la vie par les poisons des scélérats , dont le nombre est
si grand, ou par la morsure des animaux enragés , ce qui est fréquent, & dont
personne n'est exempt dans la meilleure santé.
Réflexions à faire sur les dangers de la rage & des poisons.
Contre les coups du sort, songe à te maintenir ,
De loin dans le présent, regarde l'avenir.
Non abet eventus sordida proeda bonos.
La morsure des chiens enragés est une maladie si effrayante, qu'il n'y a pas
une plus grande à redouter à cause de ses terribles effets; elle a rempli de
terreur tous les peuples qui nous ont précédés, parce qu'ils ont vu comme
nous le voyons encore par une triste expérience, que la personne la plus
paisible en santé qui a eu le malheur d'être attaquée de ce venin mortel , est
devenue tout aussi-tôt transportée des accès de la fureur la plus violente , &
se jette, dans le délire qui trouble son cerveau, aussi-bien sur sa famille,
comme sur ses meilleurs amis , pour les dévorer impitoyablement.
Fut-il jamais un destin plus cruel, puisqu'il nous réduit à la condition
humiliante des bêtes les plus féroces, lesquelles dans le transport de leur
fureur & de la rage qui les animent, courent de tous côtés pour étrangler &
dévorer les hommes & les animaux qu'elles rencontrent?
L'impie Nabucodonosor, ce Roi si puissant de Babylone , quoique dépouillé
de sa royauté & dégradé de sa dignité d'homme par l'ordre de Dieu, pour
vivre misérablement avec les animaux dans les forêts, n'eut pas, à beaucoup
près, un sort aussi malheureux que celui d'un enragé, puisqu'on est forcé de
le faire mourir, quelque cher qu'il puisse être à sa famille & à ses amis, pour
se préserver d'un pareil accident pour lequel le remède est inconnu.
Vivement pénétré d'un état si déplorable qui avilit l'homme , quand même il
serait plus puissant que Nabucodonosor , en le mettant pour ainsi dire au -
dessous des plus vils animaux, les plus habiles Médecins se sont empressés
d'étudier ce genre de maladie , aussi bizarre dans les cruels effets, qu'il est
intéressant pour secourir leurs semblables , & se préserver eux-mêmes d'un
fléau beaucoup plus terrible que la peste la plus dangereuse; mais après avoir
recherché avec soin & inutilement la nature de cette affreuse maladie qui
porte la terreur chez tous les hommes les plus courageux, ils ont avoué
ingénuement, & avec douleur, qu'ils ignoraient une cause dont les effets
toujours malheureux ne se montrerait qu'à nos sens.
II n'est pas difficile de former le pronostic de cette maladie funeste, il suffit
d'examiner & de se rappeler en même temps les tristes évènements qu'on voit
arriver dans tous les pays, puisqu'en effet, depuis la naissance de la Médecine
qui est si ancienne , jusqu'à nos jours, les plus grands maîtres de l'art n'ont
cessé de gémir avec raison sur le sort cruel de ceux qui ont été mordus des
chiens véritablement engagés, ils nous assurent qu'on ne peut pas citer aucun
exemple bien constaté de la guérison de ceux qui sont reconnus pour être
hydrophobes, c'est-à-dire, qui craignent l'eau: ( les hydrophobes fuient l'eau, ils
sont en aversion , parce qu'ils s'imaginent voir en icelle la personne ou l'animal, qui
les a mordus, & qui vient encore avec fureur pour les dévorer) mais il est encore
bien plus fâcheux de voir qu'après tant de siècles écoulés, témoins du
mauvais succès des remèdes qu'on a fait jusqu'ici, on n'en a pas trouvé un
seul dans le grand nombre de recettes qu'on trouve imprimées dans les livres
de Médecine, & qu'on assure être spécifiques pour la rage; mais très- inutiles
pour l'hydrophobie.
Nous avons, dit un savant Médecin qui aime l'humanité, dans l'Histoire des
Venins des raisons de ne point désespérer, de trouver un jour l'antidote qui
convient à la rage,& aux maladies qui ont passé jusqu'à présent pour être
incurables; & par conséquent de leur appliquer à toutes ce que le grand
Boerhave ne dit ici que de l'hydrophobie; car je suis fortement persuadé que la
même Providence, qui a permis que les hommes sussent affligés &
tourmentés par des maux si grands, a pris soin de mettre à leur portée les
remèdes qui leur íont appropriés. Pourquoi donc , s'écrie-t-il, ne nous
flatterions-nous pas de les découvrir, si nous apportons à leur recherche toute
la prudence , l'étude, le zèle & toute l'industrie qu'elle exige?
Encouragé par cette façon de penser , qui est si louable & animé du même
zèle des grands Médecins qui m'ont précédé , j'ai cherché à mon tour à me
rendre utile, non-seulement à l'humanité actuelle , mais encore à tous nos
descendants; j'espère que mon travail leur sera aussi agréable qu'il leur sera
utile , puisque je n'ai rien épargné pour faire une si belle découverte qui
mérite la plus sérieuse attention des Souverains & des sujets.
Dans une aussi juste persuasion, ayant beaucoup médité sur la nature des
Venins , qui sont si dangereux & surtout quand ils sont employés par des
scélérats , ce qui n'est que trop fréquent; & pour nous garantir de leurs
funestes effets, j'ai trouvé les plus grands remèdes dans les trois règnes ,
contre tous les poisons & même les plus dangereux, afin de
Garantir la vie des hommes des embuches secrètes des lâches empoisonneurs,
qui sont les ennemis cachés du genre humain , & beaucoup plus des riches
que des misérables qui n'ont rien à perdre.
Je crois devoir rappeler ici en abrégé ce que j'ai écrit sur les Venins dans un
livre intitulé : Dissertation physico-médicale sur les causes de plusieurs maladies
dangereuses & sur les propriétés d'une liqueur purgative & vulnéraire , qui est une
pharmacopée presque universelle , dédiée à son Altesse Royale &: Electorale
Madame l'Electrice de Baviere, dont j'ai l'honneur d'être le premier Médecin
du Corps, & qui a été imprimée en 1758 , avec privilège du Roi, chez Claude
Hérissant , Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-Dame, à Paris.
Cette Dissertation se trouve chez moi & non ailleurs. .
J'ai dit dans ma Dissertation physico-médicale , tout ce qui dérange
l'économie du sang & des humeurs » tout ce qui peut corroder les différentes
parties du corps & arrêter le cours des esprits, ou exciter les mouvements les
plus violents est un venin.
II y en a de plusieurs espèces; leur action est de causer des maux déplorables
qui ne finissent souvent que par la mort; il y en a qui rongent qui ulcèrent
tous les solides par leurs sels piquants & corrosifs, ce qui cause bientôt des
mouvements convulsifs, la gangrène, & termine ensuite la vie malheureuse
des malades.
D'autres coagulent le sang; le venin de la petite vérole est de cette nature, il
arrête le cours des esprits & agit dans nos liqueurs comme sont les venins de
la vipère , du scorpion, du crapaud & d'un chien enragé, qui est le plus
dangereux de tous en les transmuant dans leur nature.
On ne saurait trop dire combien le venin d'un chien enragé est à craindre
lorsqu'il vient à fermenter, comme fait la bière , le vin de Champagne ou
toute autre liqueur semblable. II allume un feu dévorant dans le sang, dans la
bile , & dans les humeurs qu'on ne peut pas éteindre; il fait sentir au malade
l'excès de la fureur la plus violente, comme s'il était dans une fournaise
ardente ; il fait de la personne la plus tranquille en santé, une bête si féroce en
maladie , qu'on est forcé de la mettre aussitôt dans les fers , comme les
animaux les plus cruels, pour éviter d'en être égorgé ou mis en pièces, parce
que dans cette affreuse maladie, un enragé dans le délire des convulsions les
plus horribles qui troublent son imagination , cherche à dévorer tout ce qu'il
peut rencontrer.
II ne connaît pas plus ses parents que ses meilleurs amis; il s'imagine qu'en
les mordant il soulagera son mal, qui est inexprimable , & qui finit
ordinairement par la mort la plus violente. Ce font là les accidents les plus
fréquents de ce venin secret qui se cache à nos yeux , & qu'on reconnaît
cependant aux effets bizarres qu'il produit pour le malheur de l'humanité qui
doit redouter un pareil accident.
Ce tableau doit être effrayant pour tout le monde en général; mais il l'est bien
davantage pour la famille affligée, &: pour les amis désolés d'un enragé qui
leur est si cher, auquel, malgré le désir qu'on a de le conserver , on est forcé
de donner la mort, quand on ne connait pas le remède qui pourrait le guérir.
On fait que l'air est le domicile & le soutient de plusieurs matières
hétérogènes , comme des bonnes & des mauvaises vapeurs , des exhalaisons,
du nitre, du soufre, &c... & par cette raison il devient la scène d'un grand
nombre de météores, dont les prodiges en tout genre étonnent nos regards
Celui qu'on respire d'un malade attaqué de la peste ou d'autres maladies
contagieuses, ne manque pas d'infecter le sang, aussi bien qu'un venin inséré
dans ce précieux fluide, par la morsure ou la piqure de quelque animal
venimeux.
En examinant de près & avec beaucoup d'attention ce que c'est que cette
séparation qui se fait dans la maladie de la petite vérole qui est si contagieuse
, on trouve bientôt que ce n'est autre chose que le soufre & l'excrément du
sang , ou la partie gangrenée de ce même sang qui est dépouillée de la momie
, & de ce baume par l'action du venin qui est de soi terrestre , plein de crasse,
cru & incuit, très-infect & corrompu , parce que le mercure & le soufre qui
font unis dans une humeur visqueuse , n'ont jamais pu être dépurés d'une
aquosité immonde & froide qui coagule tous les fluides , & brûle les solides,
quand le poison est volatil, comme l'arsenic , l'eau-sorte, & les autres poisons
de cette espèce qui ulcèrent & corrodent toutes les parties qu'ils attaquent
avec leurs sels âcres , venimeux & piquants, qui causent l'inflammation, la
gangrène & la mort à ceux qui sont empoisonnés ou mordus d'un chien
enragé.
La rage est un venin très-difficile à dompter, & d'autant plus dangereux , qu'il
surpasse de beaucoup par sa très grande activité qui est au-delà de tout ce
qu'on peut dire tous les autres venins les plus contagieux. A peine a-t-on été
mordu d'un chien enragé, plus ou moins malade, c'est-à-dire , qui a un degré
de venin plus ou moins grand, acre ou corrosif, & qui agit en conséquence
plutôt ou plus tard, qu'il passe en grande ou petite quantité avec autant de
rapidité qu'un éclair, ou qu'un oiseau qui voyage dans l'air ou toute autre chose,
selon que la morsure est grande ou petite, dans toutes les parties du corps ,
où il ne tarde pas d'établir son cruel & funeste empire , & de faire éprouver
ses terribles effets par l'ardeur d'un feu brûlant qui dévore les malades
jusqu'au dernier moment de leur vie.
Il n'est pas facile de déterminer avec la dernière exactitude le caractère & la
qualité d'un tel venin, parce qu'il n'est pas visible. Cependant si on en juge
par ses dangereux effets, on pourra s'assurer qu'il a une qualité sulfureuse ,
également putride , qui peut se multiplier autant que la lumière, étant aussi
de sa nature fort acre & très-caustique, capable par conséquent d'infecter tous
les fluides par une corruption sphacéleuse, & d'ulcérer tout de suite toutes les
parties du corps qu'il attaque en très peu de temps , ce qui cause quelque fois
la mort dans les premiers accès, selon le tempérament du malade, qui a
naturellement le sang plus ou moins échauffé , comme cela arrive chez les
nations que le soleil brûle & noircit par la vive ardeur de ses rayons , & où ,
par cette raison , le danger est beaucoup plus grand à cause de la chaleur
excessive qui cause plutôt l'inflammation dans la bile, dans le sang & dans les
entrailles.
Malgré la peinture effrayante que présente à nos yeux ce genre de maladie , &
beaucoup plus encore à celui qui est attaqué de la rage; je lui conseille ,
puisqu'il est maintenant assuré d'avoir le remède qui doit le guérir dans le
plus horrible état où il puisse être réduit, de bannir promptement de son
cœur le chagrin & l'inquiétude, parce qu'ils sont mortels. La peur est capable
d'augmenter son mal qui n'est déja que trop grand pour l'accabler & le
conduire au tombeau.
II est certain que l'âme, qu'on peut comparer dans cette occasion aux matelots
qui sont exposés à la plus violente tempête, ne peut agir fans faire des efforts
plus ou moins considérables , comme font les soldats courageux , pour
vaincre leurs ennemis dans une bataille sanglante , & ces efforts sont une
sorte détention qui la tiennent, pour ainsi dire , ferme &ç roide ; ensorte que
le désespoir venant à la relâcher, il lui ôte la puissance d'agir pour sa
conservation.
II faut donc Je toute nécessité , quand on est malade, avoir beaucoup plus de
courage qu'on n'en n'a jamais eu; & pour le certain on n'obtiendra pas le santé
qui est le plus grand de tous les biens, si l'âme ne fait quelque grand effort, &
même un effort héroïque pour ranimer les esprits languissants, & les mettre
tout de suite en état de surmonter les plus grands obstacles, comme sont le
Guerriers lorsqu'ils combattent dans les champs de la gloire; & cet effort
magnanime
Que j'exige absolument du courage des malades , sera d'autant plus facile à
faire , puisqu'on doit savoir à présent qu'il a plu à la divine Providence de faire
connaître un remède certain pour la guérison radicale de ceux qui ont été mordus par
des animaux enragés ou empoisonnés par des ennemis secrets.
Si le venin a déjà attaqué le cerveau, en transportant de fureur le malade par
sa qualité de venin, le remède opposé, cest-à dire , mon arcane , qui est le plus
puissant de tous les antidotes dont le secret n'a pas été connu jusqu'à présent, y
rétablira le calme , lorsque la substance, venimeuse dans laquelle était
renferme le venin, sera dépouillée de ses excréments corrosifs.
S'il a agité le sang par un grand feu, s'il a attaqué les nerfs par des violentes
convulsions, il ne les agitera plus quand les pointes des sels qui les agitaient
auront changé de forme & de nature par l'action de l'antidote qui les aura
détruits, en les arrondissant comme un ouvrage qui est très-poli & doux au
toucher.
Après avoir donné une légère idée de la nature de quelques venins & de leurs
effets toujours pernicieux, fur lesquels j'aurais tant de choses à dire, parce que
la matière est vaste , profonde & des plus intéressantes, pour l'humanité , soit
à cause des venins , dont on est si souvent attaqué sans le savoir, soit à cause
des empoisonneurs secrets, dont le nombre n'est certainement pas petit, &
que la sagesse des lois, à l'égard de ceux qu'on peut découvrir, fait jeter avec
raison dans des feux ardents, pour réduire en cendres ces monstres vomis par
l'enfer , pour le malheur de Inhumanité & surtout si dangereux aux grands de
la terre , qui ne sont pas toujours sur leur garde comme il, le devraient être.
Cette matière n'ayant pas été suffisamment examinée mérite l'attention la
plus sérieuse : il importe infiniment de connaître en particulier la nature de
chaque venin , mais il importe bien davantage de connaître l'antidote de ces
venins dangereux; & je puis assurer que je connais parfaitement l'antidote de
chaque venin qui fait périr non-feulement les hommes , mais encore les animaux,
comme les bœufs, les vaches, les moutons & autres . . . Cette maladie désole
l'Europe depuis très longtemps, & cause des pertes immenses , parce qu'on
ne connaît pas, le remède en le sortant des ténèbres, où il est caché depuis
tant de siècles: ce sera alors ( si cela arrive ) une des plus grandes découvertes
qu'ai pu faire un Médecin pour préserver les hommes des venins , également
de la méchanceté des empoisonneurs , & les animaux de leurs maladies , dont
la perte a ruiné tant de pays, & continuera de les ruiner jusqu'au moment où
le remède sera connu & mis au jour , comme je peux le faire si les hommes savent
récompenser un travail aussi utile entrepris pour les secourir dans leurs besoins.
C'est donc aujourd'hui un avantage des plus grands pour le Monarque & ses
sujets qui auront le malheur d'être empoisonnés ou mordus des animaux
enragés, souffrent les douleurs de la mort la plus violente fans avoir aucun
espoir de guérison, d'être avertis que le remède est trouvé , & qu'ils peuvent
se procurer une guérison certaine dans un état si désespéré dont personne
n'est exempt. L'Histoire nous apprend qu'un Roi des Indes mourut dans les
plus grands accès de cette maladie , parce qu'il avait été mordu par un chien
enragé. En pareil cas , il est bien à désirer qu'un pareil remède soit connu &
mis en usage.
Mais, dira-t-on, par quelle fatalité les découvertes les plus utiles ne
réussissent - elles pas ordinairement dans certains pays ? C'est que
l'implacable jalousie , la cupidité & la méchanceté de ceux qui sont les
ennemis du genre humain , opposent tant d'obstacles à ceux qui aiment le
bien public , soit pour se les approprier injustement, ou pour les empêcher de
réussir à secourir leurs semblables , qu'à la fin ils les découragent , malgré le
désir sincère qu'ils ont de servir utilement leur patrie.
II n'en est pas de même chez un peuple sage & vertueux qui sait apprécier le
mérite , parce qu'en récompensant les travaux utiles , il en retire tous les
avantages; c'est pourquoi un Etat éclairé augmente toujours sa propriété sur
la ruine d'un autre : ainsi va le monde.
Je crois qu'il n'est pas hors de propos de dire ici que toutes les découvertes ,
comme tous les remèdes , paraissent souvent très-simples aussitôt qu'on en
connaît leur composition. Cela est vrai, & celui que j'ai pour la rage est de
cette nature ; mais il faut convenir en même temps que l'embarras ou la
grande difficulté a été de le chercher très longtemps avant de le trouver , &
qu'il en a coûté beaucoup de travaux & de dépenses pour réussir , & le faire
connaître ensuite à ceux qui ont fait d'inutiles recherches , & aux malades qui
en ont besoin & qui ne le connaissaient pas , sans quoi il n'est pas douteux
qu'on s'en serait servi avec le même succès que je m'en suis servi. Dans ce cas-
là il est certain que tous les malades qu'on a été obligé & même forcé de faire
périr depuis tant de siècles , n'auraient pas causé une si grande désolation
dans les familles & une si grande terreur parmi toutes les nations.
Par toutes les raisons que je viens de dire , je ne peux pas ignorer combien ce
remède est précieux ; je fais en même temps tous les services importants qu'il
rendra à l'humanité présente & future , en guérissant ceux qui n'auraient plus
de droit à la vie , étant mordus des animaux enragés , également ceux qui
seraient empoisonnés ou attaqués de quelque venin mortel.
On a bien raison de chercher un spécifique qui ait des vertus pareilles au
mien : je souhaite beaucoup qu'on puisse réussir; en attendant , comme mon
antidote est trouvé, je ne refuserai pas d'en céder le secret à quelqu'un qui
jugera à propos de le rendre public , ou qui voudra s'en servir pour en retirer
tous les avantages qu'un remède unique pour la rage les poisons les plus
dangereux , doit nécessairement procurer de la part des riches qui seront
attaqués de ce fléau.
Tous ceux d'ailleurs qui seront prudents , seront charmés de se munir de ce
remède en cas d'accident ; mais je ne le céderai jamais qu'à un homme très - riche ,
& surtout très-généreux qui voudra se le procurer, parce qu'il n'est pas juste que j'y
ai travaillé en vain & dépensé mon bien à pure perte pour faire des heureux qui
seraient indignes d'un si grand bien, s'ils étaient ingrats
Mon arcane est un chef - d'œuvre de l'art d'un Médecin expérimenté, par la même
raison il doit être également un autre chef-d'œuvre de la reconnaissance des
hommes , fans quoi ils se puniront eux mêmes en me forçant , par leur ingratitude, de
laisser une si belle découverte qu'on a cherché dans les temps les plus reculés , &
qu'on cherche encore aujourd'hui dans les ténèbres & dans l'oubli, selon l'exemple
du, figuier de l'Evangile qui fut maudit, arraché & jeté au feu parce qu'il ne portait
pas du fruit.
Je termine cet article sur la rage, le poifons & les venins , en donnant les
propriétés d'un topique , qui est un grand remède pour se préserver des
venins &c se guérir quand on en est attaqué. II sert également à faire
connaître au Médecin comme au malade , s'il y a du venin dans une maladies
s'il y en a ce topique l'attirera bientôt , & le fera sortir promptement du corps
du malade.
CHAPITRE XXIII.
Topique éprouvé pour se préserver des venins & attirer celui qui est dans le corps.
O
n portera ce topique suspendu au col avec un ruban. II doit être
appliqué sur l'estomac ou sur le cœur; mais comme il faut qu'il
touche la chair, on l'attachera avec une bande de linge autour du
corps , afin qu'il reste sur l'estomac ou sur le cœur sans se déranger.
Ce topique est un remède très puissant pour se préserver toute sa vie des
venins, lorsqu'on se trouve dans un endroit où l'air est contagieux; il attire
également tout le venin qui est dans le corps , en s'imbibant des effluvions,
c'est à-dire, des écoulements contagieux & pestilentiels qui causent des
maladies mortelles, dont on ne connaît pas souvent la cause, parce que le
venin est invisible.
Expérience utile à faire,;
Par le moyen de ce topique , un Médecin comme un malade reconnaîtront
facilement s'il y a du venin dans la maladie , parce qu'il est cloué d'une vertu
magnétique qui contient des esprits sympathiques & analogues au venin ,
lesquels mettent en mouvement & attirent l'humeur morbifique quand elle
est fixée, de la même manière que l'aimant attire le fer, ou comme une éponge
sèche qui reçoit l'eau dans ses pores , & s'en imbibe autant qu'elle en peut
contenir.
Ce topique est parfaitement bon pour les maladies épidémiques, fièvres
malignes, petites-véroles, peste, cancer, humeurs-froides , ulcère, plaies , ou
toutes autres maladies ou il y a du venin.
II est de la plus grande utilité aux Marins,qui sont pour l'ordinaire attaqués
du scorbut ; ils se conserveront en santé en se préservant de ce venin & de
tout autre mal contagieux.
Les personnes qui se portent bien , comme celles qui sont malades , se
serviront utilement- de ce remède: les premières pour se préserver , les
secondes pour se guérir; & l'on verra avec étonnement que ceux qui auront ce
préservatif, ne tomberont jamais malades par les accidents des venins; & avec
le secours de ce remède , on se conservera sain & sauve au milieu des
maladies épidémiques & contagieuses.
On aura soin de regarder ce topique de temps en temps pour voir si il change
de couleur, & quand on aura vu qu'il est devenu noir , on le détachera
promptement; car la noirceur indique qu'il a tiré le venin qui était dans le
corps.
On aura soin de bien cacher ce topique ou de l'enterrer dans un endroit où
personne ne puisse le trouver , parce qu'il est pestiféré.
AVIS TRÈS-IMPORTANT.
Si quelqu'un malheureusement venait à flairer ce topique sortant du corps
d'un malade, il est certain qu'il tomberait mort sur-le-champ; c'est pourquoi il
faut le sortir avec précaution en l'enveloppant dans un linge imbibé de
vinaigre pour l'enterrer ensuite , & avant ce temps-là on lavera les mains avec
du vinaigre ou toute autre chose, ,& on en respirera pour éviter tout accident.
On peut se servir de mon cordial qui est un remède des plus agréables à
respirer.
On remettra ensuite un autre topique à la place , comme ci-dessus , tant pour
se préserver du venin , que pour attirer celui qui pourrait être resté dans le
corps; on en remettra ensuite un troisième , si le besoin l'exige, & , en un mot ,
jusqu'à ce que le dernier topique appliqué sur l'estomac ou sur le cœur reste
absolument blanc , parce qu'alors c'est une preuve certaine qu'il n'y a plus de
venin dans le corps.
Ce topique est également bon pour les animaux; il est incorruptible: ceux qui
en auront besoin le trouveront chez moi.
CHAPITRE XXIV.
Sur le nitre; très-exacte purification du nitre pour faire les plus belles opérations de la
Chymie.
C
e n'est pas en vain que les Philosophes ont fait les plus grandes
recherches sur le nitre qu'ils ont travaillé à leur manière. Ils l'ont
appelé cerbère, sel infernal, mercure, serpent de terre , leur aimant,
&c. ... pour nous cacher le véritable nom du nitre dans les opérations dont ils
nous ont parlé.
Sachant aussi , comme ces grands hommes qui méritent tous les hommages
de l'humanité , que le nitre est un des plus grands agents de la nature , j'ai fait
une étude particulière sur ce merveilleux agent pour en connaître les
propriétés qui sont immenses, & me mettre en état de m'en servir avec succès
dans les opérations de la chymie , relatives à la médecine , à l'agriculture &
aux arts. Ces objets importants auxquels je me suis appliqué , m'ont mis en
état de trouver de très-bons remèdes avec lesquels j'ai donné des secours
efficaces aux malades, & de fertiliser les terres les plus ingrates.
L'art du Salpêtrier est partout de la plus grande utilité pour les arts, & surtout
pour la préparation du nitre dont on se sert pour fabriquer la poudre à canon;
mais il n'est pas assez éclairé pour un .travail aussi utile , puisque le nitre le
mieux purifié des arsenaux est toujours rempli de beaucoup d'impuretés qui
empêchent les grands effets que le nitre est capable de produire , & qu'il ne
produira jamais s'il n'est bien purifié.
La perfection d'un art aussi merveilleux n'appartient qu'à la Chymie; c'est
uniquement par cette science sublime, qui sera toujours le flambeau des plus ,
grands hommes , que furent trouvés la poudre à canon, la porcelaine , la
verrerie , le verre malléabîe; sons l'Empereur Tybere , sa lampe éternelle qui
brûle fans jamais se consommer , &c tant d'autres choses les plus utiles; c'est
par elle encore qu'on a découvert les merveilles du nitre ou de cet esprit
universel qui est le miracle de la nature, avec lequel on opere tant de prodiges
quanft on fait s'en servir à pr#pos , de si belles connoissances ne furent &c ne
feront jamais du ressort d'un íalpctrier. trop borné dans sa pratique, quoiqu'il
soit d'ailleurs un très-bon artiste pour fabriquer la poudre à canon ordinaire.
Les Vénitiens furent les premiers qui s'en servirent, & par son moyen ils
remporterent, en 13 80, une grande victoire fur les Génois. Tous les
Souverains s'en font servis depuis ce temslà'pour faire la guerre ; quelle
fatalité pour le genre humain , d'avoir trouvé un si beau secret qui aurait dû
rester dans l'oubli, seulement pour la guerre , mais qu'on aurait uniquement
employé .pour la médecine , l'agriculture & la perfection des arts.
Sans la poudre à canon on ne peut pas forcer ni défendre les places ;& comme
par son usage on surmonte les plus grands obstacles , il est donc nécessaire
d'avoir une meilleure poudre qu'à l'ordinaire , si on veut avoir . la supériorité
sur ses ennemis. Cet article n'est pas de mon ressort, parce qu'il regarde la
guerre qui détruit malheureusement les hommes , que je veux conserver dans
la meilleure santé autant que je le pourrai.
Ayant un besoin indispensable dans mes opérations d'un nitre beaucoup
mieux purifié que celui qu'on trouve ordinairement dans les arsenaux pouf
en faire des remèdes d'une grande vertu pour les malades, il a fallu que je
trouve un moyen pour le purifier philosophiquement, & pour cet effet je me
suis servi du nitre le mieux purifie de l'arsenal, ne sachant pas où en trouver
de meilleur.
J'ai fait plusieurs épreuves avant de réussir; car on n'a rien fans peine. A la
dernière expérience que j'ai faite, je me suis servi de six livres du plus beau
nitre de l'arsenal & du plus pur, & après, l'avoir purifié selon ma méthode , il
m'est resté seulement une livre un quart & deux gros de .nitre bien purifie. Ce
qui a resté dans mon vaisseau après l'opération était un sel fixe, très-impur. . .
Je me suis servi 'avec succès de ce nitre que j'ai purifié & qui est bien différent
de celui de l'arsenal qu'on donne pour être très-bien purifié, & qui ne l'est pas
à beaucoup près autant qu'il peut l'être selon l'expérience que j'ai faite & dont
j'ai la preuve ; je sens bien que si je le purifiais encore mieux , comme je le
peux, Jupiter déjà trop puissant avec son manteau plein de crasse, ferait
beaucoup plus redoutable qu'il ne l'est , s'il était dégagé des liens qui mettent
un grand obstacle à son incompréhensible force qui peut être encore
augmentée.
Tout le nitre qui sera purifié & exalté à un si haut degré de pureté que le mien
aura des propriétés étonnantes , & fera des effets dignes d'admiration , non-
seulement dans la médecine qui est mon principal objet, mais encore dans
l'agriculture , dans l'artillerie & dans les arts; il fera également d'un très-
grand secours dans les occasions oh on aura besoin d'une force extraordinaire
pour aplanir des chemins en ouvrant des montagnes pour chercher des mines
& les mettre à découvert pour les exploiter avec une plus grande facilité.
Les différentes opérations de la Chymie sur le nitre sont bien voir que c'est un
des plus beaux secrets de la nature , que d'en connaître les propriétés & les
différents usages auxquels on peut l'appliquer , soit qu'il soit pris dans la
terre ou dans l'air , il est par-tout admirable, & même il ferait
incompréhensible si on n'en voyait pas les effets surprenants.
Selon la préparation que je veux lui donner, il devient un sel bénit aussi doux
que le lait; & par un travail différent, on en peut faire un foudre de guerre le
plus terrible de le nature.
Avec cette matière infernale on soulève les montagnes les plus élevées, on
brise les pierres les plus dures , & on fond tous les métaux avec une grande
facilité ; nous le voyons très souvent dans les effets épouvantables des éclairs
& des coups de tonnerre qui brisent , sondent, & calcinent dans un instant, ce
que mille forges embrasées avec le feu le plus violent ne sont pas capables de
faire aussi promptement que lui.
Par ces terribles effets qui font trembler les plus hardis & qu'il est si facile
d'imiter avec un nitre bien purifié, on doit sentir quel degré d'activité & de
force la plus extraordinaire , on peut donner au nitre, toutes les fois qu'il fera
préparé par une main habite & d'une certaine manière, soit pour l'artillerie ou
pour la perfection des arts, & sur-tout pour l'agriculture cette partie si
essentielle sur laquelle on a tant écrit & dont l'utilité est si reconnue, que je ne
m'étendrai pas beaucoup ici sur les propriétés du nitre dans l'agriculture
pour avoir les plus riches moissons & les plus beaux fruits, ni de sa vertu
pour multiplier les végétaux.
Grande propriété du nitre pour l'agriculture.
La force du nitre qui se trouve cachée dans le simple fumier qui est très
impur, ne laisse pas de démontrer tous les jours aux gens de la campagne la
nécessité de s'en servir pour avoir du pain, des légumes , & en un mot, toutes
les choses que la terre produit à notre usage, & souvent en abondance , en se
servant d'un nitre très-impur ; mais que sera-ce donc & quelles plus grandes
richesses ne doit on pas espérer de la terre en se servant du nitre préparé &
purifié comme le mien ? J'en ai vu les effets les plus surprenants , & je les ai
fait voir dans mon jardin à des curieux qui auraient eu de la peine à les croire,
s'ils ne les avoient pas vus avec la plus grande admiration pour la qualité & la
quantité de différentes productions dont il était orné.
II est certain qu'avec tous les moyens que j'ai pour porter l'agriculture à son
plus haut degré de perfection; on peut se procurer chaque année les plus
riches moissons , c'est - à dire , qu'un champ de bled dont j'aurai préparé le
grain, ou toutes autre choses à semer , qui a coutume de rapporter de trois
ans l'un , fans être obligé de me servir de fumier, rapportera tous les ans sans
laisser reposer la terre, & le même champ qui exige un boisseau de semence ,
sera très-bien ensemencé avec un demi boisseau; la vermine ne se mettra pas
dans le grain à cause de sa préparation qui empêchera la génération des
insectes dans la terre, dans un temps doux & pluvieux; on pourra le
conserver longtemps , & le pain fera beaucoup meilleur pour la santé ; & on
ne peut rien désirer de plus pour augmenter son revenu.
Le champ qui rapporte ordinairement quinze boisseaux en rapportera plus de
quarante & même davantage si on veut pousser l'opération plus loin sans
jamais épuiser la terre qui sera toujours très - féconde par la préparation qui
aura été donnée au grain, laquelle est capable de fertiliser les terres les plus
ingrates sans avoir besoin de fumier.
A l'égard des graines pour les légumes, ou des végétaux,comme cette
préparation est un feu qui dissout fans détruire , qui ouvre les corps fans les
tuer, si on met seulement quelques gouttes de cette eau préparée dans de
l'eau ordinaire ou de pluie pendant vingt-quatre heures,pour arroser ensuite
des végétaux & des plantes, cela fera germer d'une manière étonnante les
graines, les fruits & les fleurs qui parviendront promptement à un degré
d'accroissement auquel elles ne seraient jamais parvenues , selon les lois
ordinaires de la nature.
Si on arrose les pieds des arbres avec la liqueur ci-dessus, les fruits qu'ils
produiront, seront d'une grosseur extraordinaire & d'une beauté sans égale,
ils exhaleront une odeur des plus suaves & auront le goût le plus délicieux ,
parce que cet arcane est une vraie lumière concentrée , & l'âme vivifiante de
tous les végétaux, qui sert à les faire fructifier merveilleusement bien.
Pour la Médecine.
Si on met environ trois gouttes de cet arcane dans une médecine ou potion
quelconque préparée pour un malade , il en développera & il en augmentera
infiniment la vertu; & aussi-tôt que l'infusion sera faite, la médecine fera
changée en teinture homogène, vivifiante, & d'une grande efficacité pour
celui qui en fera usage; en pareil cas, il y a tout lieu de croire que les
personnes les plus difficiles ne refuseront jamais d'être traitées d'une manière
aussi agréable quand elles seront malades.
CHAPITRE XXII.
Sur les avantages du cuivre & sur ses dangers ; purification du cuivre
C
e métal qui est si utile pour toutes sortes d'ouvrages a été proscrit
depuis quelques années par les Médecins , & par les Magistrats à
cause du poison mortel qu'il contient, lequel a sait périr depuis
plusieurs siècles un très-grand nombre de personnes qui n'en connaissaient
pas le danger ; c'est pourquoi on l'a défendu dans beaucoup d'usages, ce qui
empêche sa plus ,grande consommation.
Cmies me profcripferunt medici.
Comme je suis parvenu à le purifier de son vert-de-gris , qui est un poison
mortel, on peut dire à présent
unus tandem me regeneravit.
TOUS les Médecins, chargés par leur état de veiller à la sûreté de la santé
publique , ont reconnu qu'il y avait un poison corrosif dans le cuivre, & que
par conséquent l'usage en était absolument dangereux & nuisible à la santé
des Citoyens ; c'est donc avec une juste raison qu'ils en ont condamné l'usage
par leurs décrets ; & que la sagesse des Magistrats en fécondant leur zèle, la
défendu par ses arrêts, afin d'éviter les accidents que ce métal funeste à
occasionnés en faisant périr des milliers de Citoyens qui n'en connaissaient
pas le danger.
Cependant comme ce métal est une source inépuisable de richesses pour le
commerce , & en particulier pour les Souverains qui en ont des mines; que
d'ailleurs il est de la plus grande utilité pour toutes les Nations du monde, j'ai
cru devoir m'intéresser à la recherche des moyens qui pourraient purger ce
métal du poison corrosif & du vert-de-gris qu'il contient & qui est si
dangereux à la santé; & après tous les travaux convenables , entrepris pour
une découverte aussi difficile qu'elle est utile; à la fin j'ai eu la satisfaction de
me persuader que j'ai réussi parfaitement, en faisant un métal aussi beau que
l'or , lequel est entièrement purgé de son vert-de-gris & du poison corrosif
dont il était infecté hoc opus , hic labor est, c'est à l'ouvrage que l'on reconnaît le
véritable ouvrier. ..
Les premiers Médecins des Souverains , au nombre desquels j'ai l'honneur
d'être depuis très-longtemps doivent soutenir la dignité de leur état en
travaillant continuellement & sans relâche à faire des découvertes utiles à
l'humanité ; c'est par ce moyen qu'ils peuvent se tendre dignes du choix des
Souverains , & c'est par leurs succès qu'ils peuvent en mériter la confiance.
On tire le cuivre de plusieurs mines de l'Europe ; mais beaucoup plus
particulièrement & en plus grande quantité de la Suède , on l'emploie à tant
de sortes d'ouvrages, que la consommation , malgré le poison qu'il renferme
en est très-considérable. Quelqu'un à qui j'ai fait voir le cuivre que j'ai purifié ,
m'a dit pour Certain, que selon le calcul des Fermiers généraux , il était
prouvé qu'il entre en France chaque année , & en fort cent millions de livres de
cuivre, laiton & bronze; cette quantité jointe à celle des autres royaumes doit
être immense. Dans un pareil cas j'ai cru qu'une branche de commerce aussi
grande méritait toute mon attention pour la mettre dans sa plus grande
valeur.
J'ai agi en conséquence & j'ai trouvé le moyen de rendre le cuivre aussi beau
que l'or après en avoir écarté & même enlevé toute la partie corrosive &
venimeuse. De quelle utilité ces mines ne doivent-elles pas être aujourd'hui
aux Etats à qui elles appartiennent; & si les vues des Souverains secondées du
zèle des Magistrats qui en ont défendu l'usage à cause du poison mortel qu'il
renferme dans son sein , ont été si universellement applaudies des Citoyens,
combien le seront davantage celles des Souverains propriétaires de ces mines,
qui fécondant le travail de celui qui est parvenu à rendre ce métal aussi beau
que l'or, contribueront par leurs règlements & ordonnances à le rendre de la
plus grande utilité à leurs finances, comme à leurs sujets, par l'immense
consommation qui s'en fera lorsqu'il sera prouvé que son usage n'entraîne
plus aucun risque ni danger.
L'on se figure aisément les désordres que le vert-de-gris a occasionnés dans
les siècles passés, & ceux qu'il causerait encore, si l'on en perpétuait l'usage
sans le préservatif que j'ai.
Les tentatives des plus habiles Chymistes ont été inutiles jusqu'à présent,
puisqu'il est vrai qu'aucun n'a encore pu parvenir à extirper de ce métal ce
poison mortel; & j'ai eu la satisfaction d'avoir réussi.
Quelle perte serait - ce pour le commerce si une telle branche n'avait pas toute
la valeur qu'on en peut retirer? quelle richesse au contraire pour le Souverain
propriétaire de ces' mines , puisque j'ai trouvé le vrai moyen de décomposer
la substance de ce métal impur pour parvenir
à la destruction radicale du venin , & le changer en une substance douce
pomme l'or; &c par un double avantage j'ai su lui donner la couleur de ce
métal précieux t afin de l'employer aux ouvrages de bijouterie.
Par ce moyen l'on peut conserver l'or pour l'employer dans les monnaies, &
l'on donnera au cuivre une valeur infiniment supérieure à celle qu'il a jamais
eue.
Ce sera en contribuant au bien être des Citoyens verser de grands trésors
dans les coffres des Souverains propriétaires de ces minés qui serviront avec
sécurité aux objets les plus précieux quand à l'usage , tels que la cuisine; la
Chymie pour tous les vaisseaux, &c... dont l'usage devenu certain, n'exposera
pas à l'avenir , ni la santé, ni même la vie des Citoyens. . .
L'on pourra même employer, avec le plus grand avantage , ce métal à
fabriquer la plus petite monnaie à laquelle on pourra la substituer, parce
qu'elle sera beaucoup plus belle.
Ce métal par sa riche couleur & par sa pureté, deviendra sans être cher , d'un
plus grand prix qu'il n'est actuellement , puisqu'il est devenu égal à l'or par sa
couleur, il ménagera ce métal précieux, & conséquemment il contribuera à
augmenter les revenus du Souverain propriétaire de ces mines.
Par ce moyen économique en se servant de l'or uniquement pour fabriquer
des espèces, & en les supprimant dans beaucoup d'autres objets où il est
employé en pure perte, comme dans les dorures, sur bois & autres.... il en
circulera une plus grande quantité dans le commerce , ce qui répandra alors
l'abondance , facilitera l'agriculture & les arts ; l'on dira ensuite & avec vérité
qu'une simple mine de cuivre dont le prix a toujours été borné à cause de ses
risques & ses dangers, fera d'une très-grande valeur, & vaudra pour ainsi dire
plus qu'une mine d'or, parce qu'on emploie dans un grand nombre
d'ouvrages plusieurs milliers de cuivre chez les fondeurs, & une petite
quantité d'or chez les orfèvres.
D'après cet exposé je crois qu'un Souverain ne serait pas fâché que le cuivre
de ses mines devienne de l'or dans ses mains.
Nota. Comme il est possible de donner au cuivre en le fondant, une couleur
pareille à celle de l'argent & aussi solide, c'est pourquoi on pourra faire tous
les ouvrages qu'on voudra.
Il-y a tout lieu de croire que les cloches auraient un son beaucoup plus
éclatant, & les canons une meilleure qualité, si on se servait de ce métal
purifié de toute son impureté; les vaisseaux doublés : de cuivre dureraient
beaucoup plus qu'avec le cuivre ordinaire.
CHAPITRE XXV.
Purification de l'étain.
'ON fera toujours les plus belles découvertes dans la Chymie, lorsqu'on
L travaillera sur de bons principes. La purification des métaux imparfaits
est un objet bien digne à tous égards de l'attention & des recherches de
ceux qui cultivent cette science pour augmenter la prospérité du commerce
en perfectionnant les arts.
Comme l'étain est une branche très considérable de commerce chez toutes les
nations, j'ai cru qu'on pourrait l'augmenter beaucoup plus , si on pouvait
parvenir à corriger son imperfection , & le rendre aussi beau que l'argent en
lui donnant sa solidité & son éclat; dans cette persuasion , j'ai examiné de
près la nature de ce métal qui est mou, malléable , rempli d'un soufre impur,
qui ternit sa blancheur & son éclat, & occasionne le cri qu'il a.
Après avoir fait toutes les recherches convenables à mes idées , je suis
parvenu à faire de ce métal imparfait & vil à cause de sa crasse , un métal
aussi beau que l'argent, ayant la même solidité , son poids & tout son éclat
après avoir perdu son cri.
il résulte de cette découverte faite. il y a plusieurs années , qu'une simple
mine d'étain peut devenir beaucoup plus riche qu'une mine d'argent par le
débit immense qu'on pourrait faire de ce métal devenu si riche , puisqu'il est
comparable à l'argent en beauté, en solidité, & qu'il est infiniment au dessous
de la valeur ou du prix de l'argent.
En pareil cas il est facile de croire qu'on aimerait mieux avoir une grande
quantité de vaisselle de ce métal- aussi beau & aussi solide que l'argent,
puisqu'elle coûterait beaucoup moins; non-feulement on aurait des plats , des
assiettes & tout ce qui sert à la table, mais encore des batteries- de cuisine,
jusqu'aux fontaines.
Tout ce que les Orfèvres font en argent, les Fondeurs , les Chaudronniers
pour tous les vaisseaux de la chymie alambics, &c. .. pourraient être fabriqués
de ce métal, ainsi que les vases , les chandeliers & les grandes figures des
Eglises : on pourrait également faire des vases & des figures de ce métal pour
orner les appartements & les jardins ; on en ferait des gardes d'épées pour les
troupes , des boucles, des boutons pour leurs habits , & des bords de
chapeaux.
Par ce moyen d'économie l'argent serait plus abondant dans les monnaies
pour en fabriquer des espèces; & si le Gouvernement le jugeait à propos , il
pourrait faire fabriquer des petites monnaies à la place des sols, des liards &
des pièces de deux sols en leur donnant la valeur convenable. Cette nouvelle
monnaie serait plus belle & plus solide que celle qui existe dans le public.
Les Teinturiers, qui se servent de l'étain pour les couleurs, & sur-tout pour
l'écarlate, auraient, soit pour la soie ou pour les laines, des couleurs beaucoup
plus éclatantes qu'ils n'en ont pour les habits & pour les tapisseries. Toutes
ces choses réunies ou séparées deviendraient des brançhes de commerce très-
riches pour le Royaume , comme avec l'Etranger. ( Il faut observer qu'on peut
également donner à cet étain une couleur solide aussi belle que l'or pour faire
de la vaisselle de vermeil, des tabatières, des boucles, montres & flambeaux,
&c. ... : on peut aussi filer ce métal pour les usages auxquels ils conviennent.,
Je peux très-bien purifier le plomb lui donner une belle couleur d'or&,
d'argent.
On m'a dit qu'il entre en France ou sort chaque année du Royaume six cents
millions pesant de plomb , d'étain & de fer-blanc.
; Si toutes ces matières étaient bien purifiées , çç serait un très grand avantage
pour les arts, & le commerce en serait beaucoup plus considérable avec
l'Etranger , qui s'empresserait de s'en fournir en nous apportant ses denrées
ou son argent. ; Le mercure, peut, être également purgé au suprême degré de
pureté de toutes ses matières hétérogènes, Il n'y a aucun chymiste qui ne
sente le prix d'une opération si belle & aussi utile à ses travaux,
Avec un mercure aussi pur & très exalté, les curieux de la belle chymie
pourraient faire des végétations étonnantes & magnifiques de couleur d'or &
d'argent : ces merveilles de la nature serviraient à orner les appartements des
Rois & les cabinets des curieux ; on y trouverait l'utile & l'agréable.
L'huile qu'on peut tirer des métaux est d'un grand prix pour ceux qui savent
s'en servir; c'est - à - dire qu'il faut résoudre les métaux en huile que l'on
purifie sans se servir de corrosif.
On peut aussi résoudre en eau & en huile les perles fines, le talc, le corail &
toutes les pierres précieuses; on peut avoir les plus grands remèdes pour
guérir toutes les maladies. Avec les eaux & les huiles, qu'on en peut retirer
quand ces remèdes seront purifiés très - exactement de toutes leurs parties
hétérogènes , ils agiront avec beaucoup plus d'activité pour guérir les
malades selon le désir du Médecin qui pourra choisir dans le grand nombre
des remèdes ainsi préparés ceux qui conviendront le mieux a chaque
maladie..
Comme il ne sera jamais possible de prendre tous les poissons qui sont dans
la mer, il en fera de même de l'alchymie ; elle est si riche dans toutes les
productions de la nature, qu'on ne pourra jamais trouver tous les secrets
précieux ( qu'elle cache à nos yeux; il faut cependant croire que Dieu
permettra qu'il naisse dans chaque siècle des hommes extraordinaires qu'il
comblera de ses grâces pour faire de belles découvertes dans cette science
inépuisable en prodiges : par cette raison on ne doit pas négliger son étude à
cause des grands avantages qu'on en retirera.
Nos anciens , qui sont de beaux modèles à imiter, ont déjà trouvé beaucoup
de choses très-utiles à la société ; pourquoi n'en trouverions nous pas d'aussi
avantageuses & peut être de beaucoup plus importantes , si nous voulons
travailler comme eux . II est certain que le travail entrepris pour pratiquer le
bien a toujours un aussi heureux succès.
Je ne finirais pas si je voulais parles d'une infinité d'opérations, fort utiles
qu'on peut faire encore, ce qui me conduirait à faire plusieurs volumes. Je me
bornerai pour terminer cet ouvrage à donner des idées aux amateurs de
l'alchymie sur la transmutation réelle qu'on peut faire des métaux imparfaits
en or & en argent , afin qu'on puisse faire un bon usage de ce rare secret, si on
parvient à le trouver.
La nature fait l'or dans ses mines , cela est incontestable. Le mérite de mon
opération est d'aider puissamment la nature dans son ouvrage , & d'abréger
beaucoup le temps de son travail par le secours de Fart & le génie de l'Artiste.
Je ne prétends pas dire dans cette occasion, que l'art dont je me sert dans mon
travail soit capable de changer les métaux imparfaits en or ou en argent , mais
je veux dire que la nature étant aidée par l'art, elle sera capable de faire , par
exemple dans dix ou vingt ans , lorsqu'elle sera secondée par un habile
Artiste , ce qu'elle ne pourrait faire pendant plusieurs siècles par son travail
ordinaire , qui est toujours très-long.
CHAPITRE XXV L
Opération chymique, naturelle & très simple pour faire la transmutation des métaux
imparfaits en or & en argent, fans avoir besoin de la poudre de projection des
Philosophes hermétiques , dont la nature ne s'est jamais servi
E N étudiant la nature , j'ai vu qu'on allait souvent chercher bien loin, ce
qui était très-près de nous; c'est le défaut ordinaire de la plupart des
Artistes , de s'obstiner à chercher une chose où elle n'est pas ; c'est
pourquoi ils ne réussiront jamais quand ils ne voudront pas imiter la nature
qui doit être notre boussole, & celle de la raison.
Presque tous les Chymistes ne travaillent que pour faire de l'or & se procurer
des richesses ; ils passent leur vie dans l'erreur & la peine en dépensant mal à
propos leur argent, & souvent celui des autres & jamais Ils ne réussiront dans
leurs entreprises , parce qu'ils ne connaissent pas la nature qui est toujours
obéissants à exécuter les volontés du Créateur dans les ouvrages qu'il lui a
ordonné de faire.
S'ils avaient pris la peine d'étudier ses mouvements & les lois invariables qui
lui ont été prescrites , & s'ils l'avoient suivis dans sa marche ordinaire qui
s'accorde avec la raison & l'expérience; ils ne pourraient pas ignorer que pour
réussir dans une opération , il faut toujours imiter cette savante maîtresse , se
servir des mêmes principes qu'elle a reçus du Créateur , & des mêmes voies
quand on veut parvenir au même but.
Après avoir médité autant qu'il m'a été possible cette savante maîtresse , qui
donne le mouvement à tous les êtres de l'univers, je crois être maintenant en
état de dire à ceux qui veulent transmuer les métaux imparfaits en or & en
argent, qu'ils réussiraient très - certainement dans leur entreprise , s'il m'était
permis de leur communiquer un très-grand ,& très - bon procédé. lequel sans
être comparable) aux merveilles du grand œuvre, se borné seulement à faire la
transmutation des métaux imparfaits en or ou en argent, pareils à ceux des
mines, fans avoir aucun besoin de la pondre de projection dont la nature ne
s'est' jamais servi.
C'est l'ouvrage de la simple nature; il ne faut pour cette opération ni creuset,
ni fourneau, ni feu, ni aucun vase chymique pour la transmutation des
métaux imparfaits en or ou en argent ; en un mot, je le répète ,'c'est l'ouvrage
de la savante nature qu'il faut suivre & imiter pas à pas dans toutes ses
démarches.
En confiant cette riche opération à ses soins, on n'a pas besoin d'artiste &
encore moins de laboratoire, ce quî est soit agréable ; :elle la suivrai à son
ordinaire fans se tromper, c'est-à dire , peu à peu, comme une poule qui couve
ses œufs pour avoir des poulets & elle fera elle-même dans un temps bien plus
court, la transmutation des métaux purifiés qu'on lui aura Confiés.
Il est bien vrai que dans un pareil travail il faudrait peut-être plus de cent ans
à la nature pour le finir , mais, pomme on sait que l'art peut abréger de
beaucoup son travail ; par ce moyen on peut rendre cette opération très-
courte, & c'est précisément là, où est le mérite & le profit immense de ce
travail précieux.
Elle consiste y non pas à faire ,un nouveau métal ; .mais a se servir utilement
de celui que la nature a déjà fait, & qui a resté imparfait à cause ses
excréments dont il est rempli, & qui l'ont empêché de parvenir à sa maturité,
comme un fruit ou un raisin pour arriver, plutôt à sa; perfection. Il faut donc
purifier ce métal de sa lèpre ; avec un grand soin & d'une certaine manière en
lui ôtant toutes ses impuretés, & sa crudité; on ouvre absolument toutes ses
pores, on l'aimante ensuite d'un soufre orifique & astral très -animé pour
vivifier sa chaleur intrinsèque , qui est fort languissante & presque éteinte à
cause des impuretés dont il est rempli, & pour ainsi dire suffoqué ; on
l'enterre ensuite à une distance marquée & précise dans une mine d'or ou
d'argent de la même manière que le laboureur dépose ses grains dans la, terre
pour les faire germer, végéter & produire leurs semblables , parce que la mine
est remplie d'esprits & d'une substance, métallique fixe, qui se concentrent, se
lient très-fort , s'unissent intimement & se fixent promptement en corps
parfaitement solide au métal préparé , qu'on a déposé dans la mine & arrangé
comme il convient, sapienti satis.
II faut observer que ce métal formé en premier lieu dans une matrice
impure ,. qui a été ensuite bien purifié de ses excréments dont les pores ont
été très-ouverts, ayant été sur-tout bien aimanté par le soufre de l'or, attirera
dans lui & avec la plus grande force de la mine même où on l'aura enterré
( de la même manière que les arbres & les plantes attirent l'esprit universel de
la terre des parties semblables à lui, c'est-à dire , le soufre de l'or, lequel
agissant continuellement dans le métal qui a été déterminé à se changer en or
par les esprits puissants dont il a été nourri & imprégné à cet effet dans la
préparation qu'il a eue , le fécondera ensuite & le mûrira plus promptement
par le secours de la chaleur centrale de la terre & de celle du soleil & des
étoiles qui impriment aux corps sublunaires toute la force & toutes les vertus
ou propriétés que Dieu leur a imprimées dans leur création. Voyez ce que
devient un enfant qui tête , & le blé qui a été semé dans une bonne terre bien
préparée..... .
Comme ces forces & ces vertus dardent & envoient sans cesse leurs esprits
qui font d'une nature très subtile & pénétrante dans les mines , pour former
les métaux, le fer préparé qu'on aura enterré dans les mines, lequel par sa
nature incline à devenir or, fera changé dans la nature de l'or, parce que la
nature en produisant & en attirant son semlable, comme l'aimant attire le fer
se réjouit dans la propre nature, comme une tendre mère avec ses enfants , la
nature amende la nature; c'est la nature qui perfectionne là nature , comme sa
dit Parménidès, & comme l'expérience le prouve à chaque instant.
Quand l'Artiste est une fois parvenu à bien dégager le métal de tous ses
excréments superflus; la nature pour lors qui a été aidée a briser ses liens ,
comme un prisonnier duquel on ; a rompu les fers , a beaucoup moins de
travail à faire , -moins de peine à le mûrir, & beaucoup plus de facilité à lui
donner sa dernière perfection ; à quoi servent les yeux si on ne veut pas s'en
servir ?... & les oreilles si on ne veut pas entendre ce que je dis à mes
Lecteurs?
Les glands qu'on a plantés selon la méthode ordinaire dans un vaste terrain ,
produiront avec un temps bien long une multitude d'arbres; mais si quelqu'un
a le moyen comme je fais, de faire croître en très-peu de temps, ( par une
végétation étonnante & très-riche des végétaux , comme des métaux) ces
mêmes arbres aussi grands & aussi gros , comme ils le deviennent en cent ans
par l'ouvrage ordinaire de la nature, qui est toujours très-long; alors il n'est
pas douteux que cette abréviation très considérable de travail , doit avoir le
plus grand avantage sur celui de la nature , en imitant ses ouvrages qui sont
si longs, Il en sera de même des métaux purifiés selon ma méthode , qu'on
pourrait mettre dans des mines; ils produiront beaucoup plus que les mines
même sans les épuiser ( parce qu'elles attirent continuellement l'or astral qui
voltige fans cesse dans l'air), & leurs produits seraient inappréciables par
cette opération, qui est toujours la même, dont la nature se sert; mais que
l'Auteur de la nature permet d'abréger par le moyen de l'art, qui vient
également de lui. C'est assez m'expliquer pour faire voir la bonne volonté que
j'ai d'instruire. .
II faut observer que le fer dans son origine était fait pour devenir or dans la
suite du temps, comme tous les autres métaux imparfaits. Si, par exemple , on
se sert du fer , & si l'on fait des plaques longues & très-larges de ce métal ,
quand même il y en aurait des millions de livres pesant, tout ce fer, qui a un
penchant naturel à devenir or, qu'on doit absolument regarder comme un
champ, ou une véritable terre métallique , ou une matrice dans laquelle on
sèmera la semence de l'or pour faire croître de l'or , sera converti en or ou en
argent très-pur, qu'on ne sera pas obligé de séparer de la terre à grands frais
& par de longs travaux, comme on le fait dans les mines: ceux qui en ont
doivent sentir le prix d'un secret si rare qui sera d'un produit immense sans
altérer la mine.
II y a tout lieu de croire que le procédé dont je parle, sans en donner la clef, qui
est d'une si grande importance , déterminera plusieurs Artistes à vouloir faire
mon opération , qui n'est pas facile à trouver. Dans ce cas-là, qu'il me soit
permis de donner un conseil à tous ceux qui voudront l'entreprendre, afin
qu'ils ne perdent pas leurs temps & leur argent : c'est d'aller auparavant à
l'école de la nature , qui a toujours été celle des plus grands hommes, parce
que cette habile Maîtresse, qui ne se trompe pas , leur apprendra
certainement beaucoup plus de doctrine solide que n'en apprennent tous les
livres; elle leur fera voir que la nature des animaux , des végétaux & des
minéraux s'imprime avec une force incompréhensible sur la matière dont ils
sont formés, se sont accrus, nourris & multipliés.
Ne voit - on pas qu'une grande quantité de pâte par un peu de levain devient
tout levain elle - même? D'où ces surprenantes communications prennent -
elles leurs sources? Ce n'est que des esprits exaltés & concentrés ( pareils à
ceux dont je me sers pour aimanter le fer ou tout autre métal d'un soufre
aurifique ), lequel en se communiquant & en s'introduisant dans les pores du
métal qu'on veut changer en or, soumettent à leur empire tout ce qu'ils
rencontrent qui est propre & disposé à recevoir leur vive impression.
NOUS en avons la terrible épreuve dans tous les poisons , mais sur-tout dans
les hommes & les animaux enragés, qui sont cette horrible transmutation en
communiquant aussi vite qu'un éclair la rage à tous ceux qu'ils ont mordus.
Un exemple aussi effrayant fait voir dans un autre genre qu'il est également
très - possible de changer avec la même facilité la nature des métaux
imparfaits en or ou en argent, lorsque les esprits sympathiques qui ont été
exactement préparés, vivement concentrés , & surtout très-doucement
fermentés avec l'or astral ou l'argent dont ii faut se servir dans cette
opération, impriment rapidement comme un cachet sur la cire , ou comme la
dent d'un enragé sur la chair , le caractère de l'un ou de l'autre sur la matière
passive & mercurielle des métaux imparfaits qui ont été purifiés sans
éprouver l'action du feu qui détruit tout.
Alors leur transmutation en or ou en argent se fait avec autant de facilité que
celles des abeilles, qui changent le suc le plus subtil des fleurs en miel & en
cire ; également le ver à soie, après avoir converti en soie la feuille du mûrier ,
il se convertit lui-même dans une espèce de féve , & passe enfin de la basse
condition de reptile en celle de volatile; comme aussi les crapauds volatils, les
chauves - souris , les papillons , les vers & les poissons volants.
L'eau fait aussi des transmutations , elle change en l'herbe qui s'en accrois
elle-même , l'herbe en la bête qui la broute, la bête en l'homme qui s'en
nourrit, & enfin le corps de l'homme dans la terre qui le reçoit après sa mort.
la même eau chez les végétaux se change en racine, en écorce, en troncs en
branches, en feuilles, en fleurs de différentes couleurs & odeurs , en graines ,
en légumes , en fruits, & en tant d'autres choses différentes qu'il est fort
inutile de les citer, parce qu'elles sont trop connues; & cependant la nature
répète tous les ans & chaque jour les mêmes changements qui sont des
transmutations continuelles, d'une chose à un autre. Seigneur que vos ouvrages
sont grands & admirablesl.. .
Comme il n'est pas possible de révoquer en doute les différentes
transmutations qui se sont sans cesse sous nos yeux , on ne peut pas douter
également qu'un Artiste éclairé peut faire à son tour des transmutations
pareilles à celles de la nature , & abréger de beaucoup son ouvrage en le
conduisant comme elle ( par un chemin plus court ) à sa dernière perfection.
Il faut encore, .observer que les bas métaux sont un or ou un argent cru &
imparfait auxquels un art précieux & caché, fait ,procurer la maturité & la
perfection qui étaient dans la première intention de la nature , faits pour être
perfectionnés; ce sentiment est confirmé par les expériences suivantes.
Les essayeurs de la monnaie n'ignorent pas que les bas métaux sont tous
embryonnés d'un grain fixe d'or & d'argent, lequel dans ses mines convertit
insensiblement en lui-même la partie mercurielle par une lente maturation; &
ces ouvriers sont obligés de dégager avec soin ce grain précieux qui se
trouve ; déjà formé par la nature dans le plomb, lorsqu'ils veulent se servir de
celui-ci pour éprouver les matières d'or & d'argent dont il leur faut constater
le titre avec précision , Le vif-argent, tel qu'il vient des mines, après une
longue & douce coction qui a surmonté un peu sa crudité, rend quelques
grains, de fin or aux curieux assez patients pour attendre une année l'effet de
cette épreuve.
Mais, pour . revenir à la transmutation des métaux imparfaits en or ou en
argent , comme cette riche opération n'est pas du ressort d'un particulier
( quelque science qu'il puisse avoir ) & qu'elle ne peut convenir qu'aux seuls
propriétaires des mines d'or & d'argent , ( à moins qu'ils voulussent me la
céder ); c'est pourquoi je me suis vu forcé de laisser cette belle opération dans
les ténèbres & dans l'oubli où elle peut encore rester sans en jamais sortir,
parce que la vie est toujours très - incertaine sur-tout dans un âge aussi
avancé que le mien ,& que d'ailleurs je n'ai jamais voulu mettre par écrit les
choses très importantes que j'ai apprises , afin qu'elles ne tombent pas dans
les mains des ingrats ou de ceux qui en pouraient faire un mauvais usage
étant trop riches.
Si j'avais pu disposer d'un petit espace de terrain dans une mine d'or, auquel
j'aurais été bien certain qu'on n'aurait pas touché ! alors il n'est pas douteux
que j'aurais fait l'opération dont je parle, avec d'autant plus de raison que. je
suis très-certain qu'elle réussira, & parce qu'aussi la dépense de la dite
opération est très-modique, & le produit est immense; j'aurais fait croître l'or
dans cette mine , comme un jardinier fait croître des légumes dans son jardin,
ou dans une terre chaude, pour avoir pendant l'hiver ce que la nature nous
donne à la fin de l'automne , & cette mine par l'abréviation de mon travail serait
devenue la mine la plus riche de l'univers.
Quelle satisfaction n'aurait-je pas ressenti avant de terminer ma carrière qui
est peut-être si proche de sa fin , si j'avais pu par un travail aussi utile rendre
les plus grands services à tous mes compatriotes & sur - tout aux malheureux
dont le nombre est si grand , & cela sans jamais rien emprunter à personne ;
mais seulement à la nature qui me connaît depuis très-long-temps , de
laquelle j'ai toujours écouté les conseils & les sages leçons qu'elle a bien voulu
me donner.
Je fais à n'en pas douter que c'est une bonne & tendre mère qui aime les
honnêtes gens lorsqu'ils la cultivent dans l'intention de pratiquer le bien; par
cette raison je me serais adressé à elle qui possède tous les biens de l'univers,
parce qu'elle aurait été mon banquier le plus solide.
Elle m'aurait prêté son or & son argent sans aucun intérêt, & même sans
vouloir exiger aucun remboursement de ma part; elle aurait ouvert ses mains
prodigues, ses coffres & ses greniers, pour me donner avec largesse &
profusion, sans s'appauvrir , tout ce que je lui aurait demandé avec le plus
grand zèle pour payer les dettes de l'Etat, & y répandre l'abondance sans qu'il
en coûtât la moindre chose à la Nation.
J'aurais retiré de cette bonne mère tout ce que j'aurais voulu pour faire le sort
le plus heureux à tous les braves militaires , depuis le premier jusqu'au
dernier qui servent la patrie sur terre & sur mer , & ceux de mes parents qui ne
sont riches que par des titres & des lauriers n'auraient pas été oubliés,
Mais quels efforts n'aurait-je pas fait encore pour l'agriculture & les arts , que
j'ai toujours aimé , soit pour les récompenser des services qu'ils nous rendent
& pour les encourager, & en même temps pour favoriser le commerce qui est
le soutient de l'Etat? TOUS ces objets importans lui auraient coûté, j'en
conviens, des trésors immenses; malgré cela je ne les aurait pas épargnés,
parce qu'elle est riche & bienfaisante envers ceux qui sont un bon usage de
ses richesses , lesquelles comme de raison auraient servi à bâtir un vaste
édifice que l'univers aurait admiré pas sa magnificence , & ses lambris dorés
au Dieu de la médecine & à ses sages ministres qui auraient voulu l'occuper;
& avant toutes choses ou du moins en même temps à élever des temples
superbes très-bien dotés au maître tout-puissant de cette nature qui nous
comble à chaque instant de tous ses bienfaits.
Voilà, me dira-t-on , le plus beau de tous les projets; & s'il n'est pas
chymérique, il ne laisse rien à désirer de plus , puisqu'il donne assurément le
meilleur de tous les moyens pour se procurer de très-grandes richesses & à si
bon marché , fans être obligé de les jamais rembourser à personne?
Si quelqu'un faisait une pareille objection, la réponse serait bien simple en
disant qu'un homme prudent ne doit jamais décider une chose qu'il ne
connaît pas , il doit même savoir, que ce qu'il ignore, une autre peut le savoir.
Multa negat ratio , at vera experientia monstrat. On pourrait lui dire encore de
prouver le contraire par des faits bien constatés , ou de faire lui - même cette
expérience s'il en doute , ou du moins qu'il me mette en état d'avoir à ma
disposition pendant un certain temps un espace convenable de terrain dans
une mine d'or; alors je ferai l'expérience à mes dépens, à condition que j'en
retirerai le bénéfice.
Comme j'ai toujours été l'ami sincère du bien public, dans cette occasion? c'est
le désir que j'ai de l'obliger, qui m'engage à lui faire savoir que cette opération
qui a été inconnue jusqu'à présent, existe , & qu'il en peut retirer de grands
avantages.
Au surplus, si je ne voulais pas lui rendre un service aussi important, je suis
bien le maître de garder le silence, & de ne la jamais sortir des ténèbres où
elle est cachée , avec beaucoup d'autres choses que je connais, qui sont plus
importantes que cette opération. Mais en faveur du service essentiel que je
veux rendre, je ne refuserai pas qu'on fasse l'épreuve du procédé dont je parle
ici, il en vaut bien la peine, puisque la dépense est très-modique, & le produit
est immense.
Mais si les circonstances me déterminent à communiquer un si beau secret,
qui est le fruit de mes travaux & l' objet d'une fortune légitime , seulement à un
propriétaire d'une mine d'or , je veux avoir la preuve la plus certaine , non
pas par de vaines paroles qui sont si ordinaires , & ne portent aucun fruit;
mais par des effets aussi réels que les miens qu'il veut être à son tour mon
véritable ami, en faisant aux autres tout le bien que je ne peux pas leur faire
ni à moi avec ce procédé , qui m'a coûté beaucoup de recherches , puisque je
n'ai pas une mine à ma disposition.
Dans cette certitude je sortirai avec empressement cette riche lumière des
ténèbres épaisses qui l'environnent , afin qu'on puisse en éprouver toutes les
merveilles , & retirer tous les avantages de l'opération la plus utile pour faire
des heureux sans qu'il en coûte rien à personne.
En faisant un si beau présent d'une manière si désintéressée à celui dont je
n'ai reçu aucun service; tout le monde conviendra qu'il est bien juste que je
sois payé du retour de l'amitié la plus sincère , avec une telle condition, on
pourra s'acquitter à très-bon marché.
Cet homme existe assurément, c'est-à-dire , ce propriétaire de mine
d'or qui voudra être le bienfaiteur de l'humanité , s'il se fait connaître & s'il
veut faire tout le bien que je ne peux pas faire avec ce procédé , & que je
désire néanmoins de faire , il peut s'adresser directement à moi, s'il est dans
l'intention de faire exécuter cette opération , & je lui communiquerai mon
secret , avec cette condition expresse , qu'il ne sera pas rendu public , à cause de
l'abus que les libertins ne manqueraient pas de faire avec tant de richesses qui
ne doivent pas servir à favoriser la débauche; mais au contraire , elles doivent
être employées à pratiquer le bien, selon mon désir , pour avoir la grande
satisfaction de faire des heureux. Nulla major usura quam pascere pauperes; &c
comme la très-bien dit le grand Orateur des Romains: Homines enim nulla re
propius accedunt ad Deos quam salutem hominibus dando.
Les hommes ne peuvent pas s'approcher de plus près de la majesté divine
qu'en faisant du bien aux hommes , & surtout aux malheureux que nous
devons soulager avec empressement pour les consoler dans leurs maux.
Fin du Tome second.
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