Pratique physique
et
Hermétique
P armi les fictions poétiques qui voilent la vérité, il a été
trouvé Jupiter en mari de Junon ; que Jupiter darde les
foudres, et que Junon en déesse des richesses, qu'apollon et
Diane sont les enfants de Latone et de Jupiter, qu'Atlas porte
sur l'épaule ce vaste et grand univers, et qu'Hercules est fort
et infatigable, tout cela en bien disent ; car Jupiter en l'air
qui contient l'esprit éthéré, Junon en l'humide qui fertilise,
Apollon et Diane sont le soufre et le mercure, forme et
matière extraite, Atlas en l'esprit universel qui soutient tout
et maintient tout, et en tout, Hercule en le vrai philosophe
hermétique, puis donc qu'il est certain que Junon est celle
qui possède le trésor par le moyen de l'esprit vivifique de
l'âme générale de Jupiter, duquel elle est incessamment
imprégnée. Il faut aller au devant d'elle en la saison que
Flore soutirée de Zéphir commence à étaler son bel émail, et
la recueillir pendant un air serein, sans brouillard, nuées,
pluie, vent, ni fumigation. Et auparavant que Phébus par sa
vertu aimantine en ait attiré la substance la plus spirituelle.
P renez une bonne quantité de l'esprit de l'univers,
autrement de cette liqueur lunaire, mettez la dans
divers récipients de grandeur convenable (la figure sera
marquée ci après) posez les au bain-marie et laissez
putréfier la lunaire pendant 40 jours, ayant auparavant bien
bouchés les récipients avec d'autres dont les cols entreront
dedans lesdits récipients, lutez bien les jointures. Après 40
jours, mettez cette lunaire dans diverses retortes, les
emplissant seulement à moitié, il faut que chaque retorte ait
le col si long, qu'il entre de quatre doigts dans la concavité
sphérique du ballon à trois pointes, et les deux récipients
qui entreront dans les deux autres pointes dudit ballon, l'un
desquels recevra l'esprit éthéré qui sera vis à vis de la
retorte, et par la pointe d'en bas, le flegme descendra dans le
récipient qui lui est adapté, dans lequel flegme sera contenu
le sel de nature. Conservez l'esprit et le flegme de la lunaire
chacun à part, et le bouchez bien.
Notez qu'en faisant cette distillation, vous verrez des
météores dans la concavité sphérique du vase à trois
pointes : vous le verrez même dans la plus grande chaleur
de l'été, tout ainsi qu'en hiver où on le voit produire, en la
même région de l'air.
C ela parachevé, vous nettoierez la retorte avec de l'eau
commune, des immondices limoneuses
hétérogènes qui seront demeurées au fond de celle-ci, après
et
la dernière distillation que vous aurez faite à siccité, au feu
de sable si modéré, que la lunaire ne bouille pas. Puis après,
vous verserez dans chacune desdites retortes de la lunaire
putréfiée, et les exposerez chacune sur leur fourneau, et leur
adaptez leurs ballons à trois pointes, pour distiller au sable,
comme la première fois toute la lunaire, jusqu'à siccité.
Alors vous prendrez tout l'esprit qui aura passé dans le
récipient, et vous le mettrez avec le premier le premier
esprit, que vous aurez conservé de la première distillation.
Donc mettez ainsi le flegme tombé dans le récipient, avec le
premier flegme, que vous aurez conservé à part ; car ces
deux liqueurs sont presque contraires, bien que tirées d'une
même matière, d'autant que la liqueur du récipient qui
contient l'esprit, doit être l'eau hyléale et azotique, eau ignée
ou feu humide, et l'autre liqueur du récipient qui contient le
flegme, est sans esprit, et le doit être, par la raison que toute
eau sans esprit se congèle à la chaleur, et par la froideur si
elle a de l'esprit.
Continuez ce procédé, tant que vous ayez distillé toute la
lunaire putréfiée, mettant tous les esprits avec l'esprit, et le
flegme avec le flegme. Nettoyez bien à chaque fois la retorte
avec de l'eau commune. Par après, vous ferez distiller tout
le flegme par le ballon à trois pointes, afin de le priver de
son esprit, et ce qui passera dans le récipient sera mis avec le
premier esprit. Tout le flegme étant distillé, comme nous
avons enseigné, avec plusieurs fourneaux, retortes, et
ballons à trois pointes, pour avoir plus tôt fait, vous le ferez
encore distiller en la même manière par six autres fois, pour
lui ôter totalement et très exactement son esprit. Car cela est
très nécessaire, et il ne faudra s'arrêter qu'à la quatrième ou
cinquième fois.
Il faut remarquer qu'en rectifiant vôtre esprit, il faut mettre
du linge baigné à l'eau froide sur le récipient où passe
l'esprit, afin de faire réduire en liqueur cet esprit fumeux,
qui autrement, très subtil, retournerait à sa sphère.
Rectification de l'esprit mercuriel volatil et
simple
P renez tout l'esprit de vôtre lunaire que vous avez eu
par la distillation ci-devant dite, faites le distiller par
sept fois avec la retorte, par le ballon à trois pointes, afin de
le séparer tout à fait du flegme qu'il pourrait encore avoir,
lequel flegme tombera dans le récipient comme il est dit ci-
devant et l'esprit passera dans l'autre récipient.
C et esprit bien rectifié et déflegmé que vous mettrez
dans un grand vase circulatoire, jusqu'au quart, afin
que l'esprit ait l'espace pour circuler, lequel vous boucherez
bien, et mettrez au bain-marie tiède pendant quinze jours,
ou bien tant que cet esprit conçoive de flamme, ainsi vous
aurez l'eau ignée ou ardente, de laquelle on parle tant, et
laquelle sert à faire ces lampes ardentes qui brûlent
perpétuellement et incorruptiblement. Conservez la
soigneusement en un vase de verre, que vous boucherez
exactement, et tiendrez en lieu frais.
Cet esprit ainsi préparé, est appelé par les sages, Ciel, siège
de l'âme, dans la concavité duquel se trouve l'esprit éthéré,
et le feu sincère, c'est à dire, ce soufre physique et
philosophique qui a assemblé la chose homogène, et séparé
l'hétérogène, en le mercure catholique, le lait virginal, qui
pénètre, vivifie, et alimente, et fait croître tout, c'est l'eau de
vie universelle ignée, feux aqueux, partie volatile de la
pierre. Cet esprit étant acué de son sel, dissous tous les
corps naturels, et rien ne lui résiste que l'humide radical de
la Lune et du Soleil.
Congélation de l'air en sel de nature
P renez le flegme séparé de l'esprit éthéré, mettez le
dans de grands récipients de verre qui puissent
contenir 25 à 30 pintes, et qui soient plats au fond,
remarquez qu'il ne faut mettre de ladite liqueur, qu'environ
de la hauteur d'un doigt au fond desdit récipients, lesquels
vous boucherez avec d'autres récipients dont le col rentrera
dans l'autre, lutez bien les jointures que rien de s'évapore,
posez les récipients sur les cendres dans vos fourneaux,
lesquels arriveront à la hauteur de la liqueur et non plus,
puis donnez un feu si doux et si modéré, que les vaisseaux
ne sentent qu'une légère chaleur pendant 4 mois, dans
lequel temps cette liqueur, après avoir bien circulé, montée
et descendue dans la concavité de ce vase, premièrement se
réduira en atomes, puis en une pellicule superficielle, sous
laquelle apparaîtront lesdit atomes de toutes couleurs
imaginables, en ceux-ci, se produiront des filaments et
plumaceaux, et enfin une terre vierge contenant le sel de
nature et le soufre des philosophes
C ela fait, prenez les récipients sans les déluter, et
mettez les en divers bain-marie tièdes, et les y laissez
24 heures, toute la terre vierge se dissoudra. Étant dissoute,
remettez les vases au feu de cendres, comme il est dit, et
dans deux mois qui sont la moitié de la première coction,
vous verrez produire et congeler beaucoup plus de terre
vierge qu'auparavant. Remettez derechef cette terre vierge
au bain-marie, elle se dissoudra, alors vous la ferez congeler
derechef, comme la première et la seconde fois, au petit feu
de cendres ; et la plus grande partie de vôtre liqueur se
convertira en sel ou terre vierge. Videz après par inclinaison
le reste de la liqueur privée de son sel, puis prenez la terre
ou le sel qui sera au fond du vase, faites la sécher au soleil,
vous avez l'air congelé, le mercure fixe, et l'autre partie su
secret,ou Pierre de Philosophes.
A insi part l'art chimique, ce qui était auparavant une
chose invisible, impalpable, ans couleur, sans saveur,
et sans poids, est rendu visible frangible, coloré, gustible, et
pondéreux, et finalement, une eau sèche qui ne mouille pas
les mains, et qui est tirée des rayons du soleil est de la Lune,
c'est ce poisson appelé Etbence.
L es sages appellent cette substance aigle blanche
glutineux, fontaine catholique, l'aimant terrestre, c'est
la matière du grand monde dans lequel l'esprit éthéré
universel moyennant le ciel, est comme et fait l'or. En la
physique et la chimique régénération, est manifesté,
moyennant l'esprit éthéré, Ciel, siège fixe de la pierre, qui
congèle, coagule, et fixe en le sel de la terre, universel,
duquel la vertu féconde toutes les choses stériles ; enfin,
c'est les réceptacle et séminaire de l'esprit animé par son
propre ferment et paradis terrestre de l'âme incorruptible.
Ces deux substances ou mercure, l'une humide et volatile,
l'autre sèche et fixe, qui procèdent d'une seule même racine,
dont le mâle et la femelle, lesquelles étant purifiées, puis
unies ensemble, dissoutes et coagulées, par le moyen d'une
douce chaleur externe qui excite l'interne, tous en font la
Pierre des Philosophes, qui est le miracle de la nature aidé
de l'air, l'élixir universel, la quintessence en son corps
glorifié, le sel fusible, et l'huile incombustible, le vrai phénix,
la vraie salamandre, et la terre sainte et catholique des
anciens Sages.
Soufre de nature
A yant donc comme nous avons enseigné, extrait et
séparé la matière première, le mercure ou l'esprit
éthéré, qui contient en sa cavité une âme, un soufre subtil, et
congelé l'air en sel de nature, contenant aussi une partie de
l'âme en soufre, il faut tirer de ce sel la teinture sulfurée, ce
qui s'effectue en cette sorte :
P renez vôtre sel de nature, dissolvez le dans l'eau de
pluie distillée, puis filtrez la dissolution, faites
évaporer au bain-marie toute l'humidité, vous aurez le sel
plus pur que la dernière fois.
M ettez ce sel dépuré bien sec et pillez le subtilement
dans un vase de verre, versez dessus de l'esprit
éthéré, tant qu'il surnage de quatre doigts, bouchez le vase
et le tenez au bain par trois jours, l'esprit se tiendra et
s'imprègnera de l'âme contenue dans ce corps ou sel fixe,
videz par inclinaison cet esprit animé, le conservez bien
bouché ; versez d'autre esprit éthéré sur le sel, et laissez le
au bain-marie trois jours ; faites encore ainsi pour la
troisième fois, ou tant que l'esprit ne se colore plus ; ainsi
sera séparé le sel sulfureux siège de l'âme, avec le sel fixe ;
distillez cet esprit tout au bain-marie, et après que la
troisième partie et plus de l'esprit, aura passé dans le
récipient, la teinture, âme, ou soufre, demeurera au fond du
vase.
C ela fait, mettez ce sel fixe privé de sa teinture dans un
vase de verre, versez dessus de l'esprit éthéré que
vous aurez retiré par distillation, de dessus de la teinture,
tant qu'il surnage de deux doigts, posez le au feu de cendres
par 24 heures, puis retirez cet esprit par distillation aux
cendres, conservez le en vase de verre que vous boucherez
bien, et il aura emporté avec lui ce qu'il pouvait rester de
l'âme dans le corps du sel ; remettez de cet esprit sur ce sel
resté, remettez le aux cendres, et distillez comme ci devant,
et rejoignez cet esprit au premier, réitérez cela tant de fois
qu'il n'y ait plus d'esprit ni d'âme dans ledit sel, ce que vous
pourrez savoir si vous voyez ce sel en poudre impalpable, et
si vous mettez un peu de celui-ci sur une lame de cuivre
rougie au feu et qu'il ne fume plus, ce sera signe qu'il sera
entièrement desanimé ; mettez tout cet esprit animé avec
celui qui contiendra la teinture sulfurée, et le tiendrez et
conserverez bien bouché ;
P renez ce sel desanimé, mettez le dans un vase que
vous luterez et boucherez bien afin qu'il puisse
souffrir le feu, et vous le calcinerez en l'Athanor par dix
jours ; dissolvez ce sel réverbéré avec de l'eau de pluie
distillée, filtrez et congelez tant de fois que ce sel ou corps,
soit privé de tout excrément terrestre : le signe de la parfaite
dépuration sera à la dernière congélation, après
l'évaporation de toute l'humidité, ce sel précieux demeurera
sur le feu au fond du vase en forme d'huile, et se congèlera,
soudain que le vase sera retiré du feu. Cette préparation est
toute à fait nécessaire, d'autant que s'il demeurait des
excréments en ce sel, l'esprit ni l'âme ne pourraient se réunir
en lui.
C e sel ainsi préparé et nommé par les sages, corps sans
esprit, et sans âme, néanmoins très précieux, terre
vierge catholique, aride, feuillée, le tartre catholique du vin
universel, et le saturne très secret des philosophes.
M ettez ce sel ou corps pillé subtilement dans une
cucurbite de verre, versez dessus de l'esprit animé
teint, tant qu'il surnage d'un doigt par dessus, bouchez bien
le vase avec un matras, posez le au bain tiède et l'y laissez
par trois jours, et l'esprit animé s'insinuera et se congèlera
dans le corps du sel, et se parera de l'humidité aqueuse qui
le contenait ; et ce sel, par la vertu magnétique, l'attirera et le
retiendra en son centre, parce qu'alors il sera prédominant ;
ôtez puis après ce matras qui couvrait vôtre vaisseau,
mettez à sa place un chapiteau, et faites distiller au bain
toute l'humidité superflue, elle passera dans le récipient,
insipide comme l'eau de pluie, car l'esprit sera entré dans
son corps conformément à cet axiome unus spiritus inhat in
alium , versez derechef de l'esprit teint à l'éminence d'un
doigt, digérez au bain trois jours, retirez par distillation
l'eau insipide privée de l'esprit, réitérez tant de fois que la
terre, corps, ou sel ait repris ou bue tout son esprit animé, ce
que vous reconnaîtrez si vous mettez un peu de ce sel animé
sur une lamine rougie au feu, d'autant que la plus grande
partie de celui-ci s'envolera en fumée ; ainsi la terre sera
bien imprégnée de son esprit et de son âme, qui pour lors
prédomineront.
M ettez cette matière dans un sublimatoire de verre
luté, que vous boucherez bien pour l'athanor,
laissez digérer pendant six jours, puis mettez ce vase au
fourneau de cendres, donnez le feu par degrés, en
l'augmentant peu à peu, vous verrez sublimer un corps
cristallin qui aura pris son poids propre et convenable, de
son esprit et de son âme, qu'un homme seul ne peut lui
donner, Dieu seul le peut, car il le sait. Par ce moyen vous
aurez le corps avant son âme et son esprit, en un corps
glorieux et substance sèche, et blanche comme neige,
diaphane comme le cristal, et au fond du sublimatoire, il
restera quelque peu de terrestréité, qu'on nomme terre
damnée, et qu'il faudra rejeter.
P ar cette méthode vous aurez nôtre mercure végétable
sublimé en sel de nature, appelé par les Philosophes
nitre, soufre, nôtre Pierre non fermentée, et nôtre eau sèche
qui ne mouille pas les mains.
Ce précieux sel armoniac à la puissance d'acuer et de
fortifier nôtre esprit éthéré, humide et simple, par la
dissolution radicale du Soleil et de la Lune des êtres
terrestres, avec la conservation de leurs formes végétatives
et germinatives, que si l'esprit éthéré n'était fortifié de
l'acidité pontique et pénétrante du sel igné, il ne pourrait
absolument dissoudre l'or, l'argent, et les pierres précieuses.
Dissolvant universel
P renez une part de sel armoniac, comme nous avons
dit, aussitôt qu'il sera sublimé, mettez le dans un vase
de verre, versez dessus trois parts d'esprit éthéré simple,
laissez digérer au bain par un jour naturel, puis ôtez le
matras de dessus, pour en sa place un chapiteau à double
récipient, lutez bien les jointures, puis distillez aux cendres,
faisant passer dans le récipient tout ce qui pourra passer,
cohobez la liqueur sur le sel demeuré au fond du vase,
digérez, distillez, réitérez tant de fois, que tout le sel soit
passé en liqueur avec l'esprit, faites circuler cette mixtion
pendant 10 jours. Elle se convertira en quintessence
glorieuse et odoriférante, ce que vous reconnaîtrez quand
elle sera claire et resplendissante comme une étoile, ce qu'il
y aura au fond du sublimatoire de l'hypostase en forme
d'urine d'enfant de bonne constitution, qu'il faudra séparer
prudemment de la quintessence ; et ainsi vous aurez le vrai
dissolvant catholique, et la liqueur appelée menstrue
végétable, eau de nôtre mer eau de vie, eau de sapience tirée
des rayons du soleil et de la Lune céleste, qui a a puissance
de dissoudre radicalement sans violence et sans bruit ; Car
le Soleil à été produit de cette eau, et c'est par ce moyen que
se fait le vrai or potable tant estimé des Philosophes.
Voilà la première opération physique et philosophique pour
l'accomplissement de laquelle, il faut huit mois pour le
moins, tant que la putréfaction de la matière première ;
première séparation de l'esprit éthéré, contenu en elle, et la
congélation de l'air en sel, que pour faire le soufre de nature
et le dissolvant universel.
E nseignons à présent comme se fait la seconde
opération, laquelle est composée de ces deux mots
Solve et Coagula, qui ne signifie autre chose que de
dissoudre le corps du sel en soufre de nature, le vrai or vif
des philosophes, par le moyen de l'esprit éthéré animé du
dissolvant universel, et congeler cet esprit animé par le
moyen de ce corps qui lui est homogène, ainsi on peut bien
remarquer que ces deux opérations, première et seconde,
sont bien différentes. En la première l'humidité aérienne est
divisée en l'esprit éthéré simple et congelé, et en terre ou sel,
qu'on appelle justement air congelé, qui contient un
troisième, qui en est le soufre ; et après la séparation de
l'esprit mercuriel de l'âme sulfurée et du corps salé
universel, extrait de nôtre mercure qui en l'air ; l'artiste
réunit ces trois en un, par élévation ou sublimation en l'air,
au vrai poids de nature.
M ais en la seconde opération, le mercure ou
dissolvant universel animé de son soufre physique,
dissout la terre, le corps en sel ; puis par l'aide du feu
externe dument appliqué, le feu, l'air, et l'eau, se réduisent
en leur terre au centre de la terre, ainsi est accompli le
magistère catholique des vrais hermétiques.
Composition de l'esprit animé du sel et du soufre
de nature
P renez sept parties de l'esprit éthéré et une part du
soufre de nature ou or vif des philosophes, car ce sont
les poids des Sages, mettez les dans l'œuf philosophique,
qui ait un bec long de trois doigts, enveloppez cet œuf d'une
serviette pliée en quatre, et ce afin que l'œuf ne s'échauffe,
puis avec une grosse chandelle de cire allumée, le sigillerez
hermétiquement, étant scellé hermétiquement, vous
l'exposerez au centre de la terre, qui sera assis sur le trépied
en la petite tourelle, comme il sera clairement démontré ci
après.
Nota:
Que le composition ne doit remplir que le tiers de l'œuf tout
au plus, afin que l'esprit puisse circuler cela fait donnez le
premier degré de feu lent, et continuez jusqu'à ce que la
noirceur soit passée, et que la blancheur cachée dans son
centre apparaisse, ce temps sera de 90 jours, à savoir 40 à 42
jours avant que la noirceur du composé apparaisse, et le
surplus de temps que dure ladite noirceur jusqu'à ce qu'elle
s'en aille et que la matière commence à blanchir car le vase
contenant le composé durant le temps de la putréfaction
rempli de vapeurs obscures et ténébreuses ; de sorte que
l'on ne saurait rien voir dans celui-ci, c'est pourquoi,
n'augmentez pas le feu, d'autant que l'embryon qui
commence à avoir vie, serait éteint de son sang, converti en
colère, et l'œuvre serait perdu.
Le philosophe Nugénius dit, qu'il faut 80 jours pour arriver
à une totale putréfaction et noirceur, mais il est certain qu'il
faut 120 jours pour parvenir à la blancheur parfaite, en
comptant du commencement de l'œuvre mis au ventre de la
terre, jusqu'à la vraie rougeur, il faut 280 jours ; à savoir 40
jours avant que la composition ne noircisse, et 40 à 42 jours
que demeure la noirceur, plus 40 jours pour parvenir à la
parfaite blancheur et dessiccation, qui font 120 jours, et
depuis cette parfaite blancheur jusqu'à parfaite rougeur, il
faut 160 jours, ainsi le tout ensemble monte à 280 jours, qui
font neuf mois et demi environ, qu'il faut pour accomplir ce
grand et admirable élixir, je dis seulement pour la coction.
Or pour savoir et connaître le premier degré de feu, il faut
avant de mettre le double vaisseau, c'est l'hymen ou leuse
de cuivre, et l'œuf de verre contenant le composé, allumer le
feu dans la grande tour qui sera remplie de charbon, et
appliquer à la petite tournelle, sur le registre de cuivre ou de
fer, que vous jugerez à propos.
Pour vôtre premier degré de feu, vous chaufferez un creuset
que vous mettrez sur le trépied de fer (après avoir mis le feu
dans vôtre tour) ou hymen, sur des cendres criblées,
justement, en la place ou doit être mis l'oeuf philosophique
contenant la composition, vous le laisserez chauffer 24
heures, vous ferez fondre du plomb dans un autre creuset,
où le fétu de paille ne brûle point, vous le verserez dans le
creuset qui est sur le trépied, en continuant le même degré
de feu deux ou trois jours, si vous voyez que le plomb
demeure toujours fondu sans se congeler, le degré de feu
sera bon, toutefois cela ne sera pas encore suffisant, la
chaleur pourrait être trop grande.
P our être donc plus assuré, vous mettrez quantité de
petites lamines de plomb bien déliées, dans un autre
creuset, c'est à dire au centre de la leuse ou hymen et vous
tiendrez là ces deux creuset pendant deux ou trois jours, si
vos lames se fondent point, et que vôtre plomb reste
toujours fondu, vous avez trouvé le premier degré de feu
externe.
Quand la matière contenue dans l'œuf sera parvenue à
blancheur, il faudra augmenter la chaleur tellement qu'elle
ait la vertu de dessécher, sans néanmoins être trop forte, elle
doit se contenir, jusqu'à ce que le composé soit en parfaite
dessiccation, et en poudre blanche comme neige, et vous
aurez le vrai soufre blanc incombustible, pour transmuer les
métaux imparfaits en lune.
S i vous désirez le blanc sans passer au rouge, il ne faut
pas se lasser que de continuer le feu à la matière
blanche, d'autant qu'elle pourrait être encore brune dedans,
continuez donc encore le second degré de feu tant que la
matière devienne citrine, par cette citrinité, la digestion sera
complète et il sera élixir adalbum. Toutefois, avant que de
vous en servir, il faudra le nourrir de son air, ou sperme
duquel il a été engendré, et cela par sept fois, et il arrivera à
sa perfection, et alors vous aurez la vraie médecine, le vrai
soufre incombustible, blanc, fixe, fusible, teignant, et
pénétrant.
P our le nourrir vous prendrez une dragme de la
médecine blanche, vous la ferez dissoudre dans sept
dragmes de nôtre dissolvant universel, et ferez cuire le tout
dans l'œuf jusqu'à parfaite blancheur, par les degrés et
régimes de feu, et passera par les couleurs comme la
première fois, réitérez cela par sept fois, la Pierre sera
accomplie, pour vous en servir, lorsqu'elle aura été
fermentée avec a Lune fixe et pure, comme nous dirons ci-
après pour le Soleil.
Pour savoir le second degré de feu externe, et ne point
faillir, vous vous réglerez sur le premier degré en faisant 1°
le rond du premier degré sur un papier avec un compas,
puis sur le rond vous ferez une quadrature juste au rond,
avec une règle, par après, élargissant la pointe du compas,
depuis le point qui est au milieu du premier rond jusqu'au
point de la quadrature, et faisant un autre rond vous aurez
justement le deuxième degré de feu, après par la largeur et
rotondité que vous aurez tirés sur la papier, vous en ferez
faire un de fer ou de cuivre, et ainsi vous ferez du second
degré pour le troisième, et du troisième pour le quatrième.
S i vous désirez passer au rouge, la matière étant en
parfaite blancheur, sans l'avoir allaitée, il faudra
augmenter le feu de trois degrés, c'est pourquoi vous
mettrez le troisième cercle du registre, et vous augmenterez
l'air par les soupiraux et par la porte au dessus de la grille
de la grande tour ou on met le charbon, car pour lors,
l'œuvre ne peut plus périr à cause de sa fixité ; continuant
donc le feu, la matière deviendra citrine, puis très citrine,
elle se lèvera comme une pâte et se convertira en masse très
rouge, en la broyant elle se réduira seulement en poudre,
cela ne suffira pas car il faut atteindre la couleur de sang
frais, parce que dedans la matière pourrait être encore
tannée, tirant sur la couleur de rouille de fer ; continuez
donc encore le feu jusqu'à cette couleur de sang cuit, et alors
la médecine aura manifesté sa couleur ignée et sa nature, et
l'élixir sera ad rubeum, et vous avez le vrai soufre rouge des
philosophes.
V otre matière étant à parfaite rougeur, rompez l'œuf et
d'abord broyez la matière dans un mortier de verre
avec le pilon de même, pis mettez la dans un vase de terre
bien fort, sans être verni, qui soit selon la quantité de la
matière de la hauteur de deux doigts, ayant son couvercle
un peu voûté, qui rentrera un peu dedans et se soutienne
proprement durant entre deux, mais il faut que la matière
n'emplisse tout au plus que la moitié du vase, qui sera fait
comme une petite terrine plate et ronde, sans être lutée :
mettez le vase ainsi couvert au feu de réverbère par trois
jours, à feu de flamme, qui batte et sèche le vase, que le bois
soit bien sec, et la flamme sans fumée ; continuez le feu sans
intermission, jusqu'à ce que la matière soit parfaitement
calcinée, très rouge et impalpable, alors elle sera fixe et
purifiée ; car en cette dernière calcination, il se séparera
d'elle, une terre noire luisante, qu'on trouve au fond du vase
de terre, qui n'est rien d'autre chose que le mauvais soufre,
lequel auparavant était inséparable et caché dans le ventre
de la Pierre, par la forte union qu'ils avaient entre eux
naturellement, et qui ne pouvait s'extraire que par la
réverbération, ce soufre noir empêchait la dissolution et
l'ingression de la Pierre, et ainsi elle ne pouvait pénétrer ni
teindre les métaux imparfaits, sur lesquels elle serait
projetée.
Cette noble matière étant ainsi purifiée et altérée à besoin
d'ingrès, autrement elle ne pourrait communiquer sa vertu,
pour être trop aride, et les métaux ne pourraient la recevoir
en leur liquéfaction.
Cette ingression se fait ainsi :
P renez une partie de cette matière réverbérée et cette
partie du dissolvant universel, mettez les dans l'œuf
scellé hermétiquement comme auparavant, faites cuire au
même degré et régime de feu ci-devant dit, et ce, pendant 30
jours, ou tant que les mêmes couleurs soient passées, les
unes après les autres, de degré en degré, continuant jusqu'à
parfaite couleur ; ne remplissez l'œuf qu'au tiers, à cause de
l'élévation de la matière ; cela s'effectue en peu de jours, car
la chaleur et la siccité interne de la Pierre soit beaucoup plus
active qu'auparavant, vous continuerez e même procédé
jusqu'à sept fois.
Fermentation
P renez une partie de cette Pierre et trois parties de
soleil purgé, faites des lamines minces, stratum super
stratum, (dans un creuset) avec vôtre Pierre en poudre, pue
le mettre au feu de cémentation assez violent, afin que le
creuset demeure très rouge, pendant douze heures, puis
fondez et tenez au feu fondu pendant trois jours naturel, et
le jetez sur un marbre net et poli, cette matière étant froide
sera rouge et éclatante et se brisera facilement. Cela
s'appelle œuvre de trois jours, par ce moyen, vôtre pierre,
qui avant fermentation était indéterminée, universelle, et
sans spécification, sans particularité pour le genre
métallique, et changée en médecine d'une subtilité
spirituelle et teignante, mais elle ne teindra pas encore sans
ferment de l'or qui lui est homogène, de sorte que fermentée
ainsi de son semblable, la teinture entre facilement dans les
métaux imparfaits.
Projection de la Pierre fermentée
M ettez dans un grand creuset cent onces de mercure
commun, puis entre les charbons adents, le mercure
fumant, jetez y dessus une once de vôtre poudre blanche ou
rouge, vous remuerez bien avec un bâton sec en augmentant
le feu de plus en plus, et soudain vous verrez fondre la
médecine en forme d'huile, laquelle pénètrera le mercure,
vous augmenterez encore le feu pendant une demi-heure, et
le mercure se diversifiera en couleur, et se congèlera en
verre blanc ou rouge, suivant la médecine, mais diaphane et
transparent, retirez ce mercure vitrifié et frangible, laissez le
refroidir, et le tout sera médecine pulvérisable, fluante
fixante, et teignante.
P renez de cette seconde médecine, jetez la sur autres
cent onces de mercure ferment, dans le creuset
comme à la première projection, et le tout se congèlera
encore avant une heure, et de laquelle médecine dont vous
jetterez une once sur cent onces de mercure, procédant
comme ci-dessus, il se réduira en poudre.
P renez une once de cette dernière médecine, jetez la sur
cent onces de mercure, il se convertira, non en
poudre, verre, ou médecine, mais en métal parfait, blanc ou
rouge selon la fermentation, mettez le fondre dans un autre
creuset, il sera métal parfait. Ainsi soit il.
Vrai or potable par le dissolvant universel
P renez une partie d'or de départ, amalgamez la avec
huit parties d'argent-vif purifié, puis comprimez le
mercure tant que de ces huit parties il en demeure
seulement trois avec la partie de l'or, qui ferons quatre en
tout, broyez cet amalgame avec la quatrième partie de sel
marin préparé, et ce, dans un mortier de marbre, jusqu'à ce
que l'amalgame et le sel deviennent noirs, alors mettez cette
mixtion dans un vase sublimatoire de terre de creuset, si
vous voulez retirer l'argent-vif, sinon mettez dans un grand
creuset neuf, et lui donnez un bon feu, tant que l'argent-vif
soit évaporé ?
P renez ce qui sera demeuré au fond du creuset, jetez le
dans une écuelle vernissée pleine d'eau commune
chaude, et remuez avec un bâton pour faire dissoudre le sel,
qui se convertira en eau noire, laissez rassoir la dissolution
afin que l'or descende au fond de l'écuelle, puis versez
doucement par inclinaison cette eau, réitérez cela avec de
l'eau chaude récente, tant de fois qu'elle soit douce et claire,
après vous mettrez cette chaux d'or sécher au Soleil, ou au
bain, et vous l'aurez en poudre subtile ; si elle n'était pas
assez subtile, vous l'amalgamerez derechef avec le même
poids de mercure, et procédez comme vous avez fait la
première fois. Ainsi l'or sera réduit en chaux, mettez deux
onces de cette chaux d'or dans un vase de verre, et versez
dessus deux onces de nôtre dissolvant universel, bouchez
bien le vase que rien ne puisse s'évaporer, puis le mettez en
digestion par deux jours au bain, et le dissolvant deviendra
de couleur citrine claire, et resplendissante ; posez alors le
verre au cendres tièdes par un jour, le menstrue se colorera
encore d'avantage, laissez refroidir, et videz doucement le
menstrue teint par inclinaison, en sorte que leurs fèces ne le
troublent, vous le conserverez en un vase de verre que vous
boucherez bien ; versez deux autres onces de vôtre
dissolvant universel sur la chaux d'or restée, bouchez bien le
verre, digérez au bain-marie par deux jours, puis par un
jour aux cendres tièdes, videz ce menstrue qui sera teint
avec le premier, réitérez tant de fois que le menstrue ne se
colore plus, ainsi la terre solaire restera au fond du vase,
privée de sa citrinité, laquelle vous conserverez pour vous
en servir à d'autres usages.
P renez tout le menstrue, divisez le en parties égales,
mettez le dans deux vaisseaux de rencontre faits
comme ci-dessous
Nota : Il faut ces deux vases se bouchent par dessus avec un
bouchon de verre que vous luterez bien, que les deux becs
des chapiteaux qui rentrent dans le ventre des vaisseaux
soient aussi biens lutés.
Pour ces deux vaisseaux au feu de circulation, à l'athanor,
pendant trente jours, et par l'excitation de ce feu externe,
doux, et continuel, l'esprit de cette liqueur se subtilisera et
s'épaissira en même temps, ce qui est une merveille de la
nature et de l'art, puisque la liqueur contenue en chaque
vase passera continuellement de l'un à l'autre.
E n cette distillation continuelle, le menstrue monte et
se gradue en subtilité, en activité, néanmoins, il
s'épaissit continuellement par le moyen du ferment solaire,
lequel il pénètre et se joint par minima, de manière que plus
le feu est lent en cette circulation, plus l'esprit éthéré se
subtilise et s'engrossit avec le ferment. Au commencement,
la substance solaire circule en couleur citrine avec le
menstrue qui la rend spirituelle, après, par sa vertu
végétative, et puissance ignée et sulfurée, contenant en cette
liqueur qui agit en cette substance solaire, elle se congèle
peu à peu quasiment en Pierre au fond des vases
élémentaires. Ce qui montait premièrement en couleur d'or,
ne montra plus sur la fin qu'en couleur blanche, alors vous
viderez dextrement le menstrue blanc superflu, et mettez le
à part, près vous mettrez vous vase contenant la Pierre ou
gomme solaire, au bain-marie par trois jours, le vase bien
luté par les deux becs, et la gomme se dissoudra en liqueur
très rouge, laquelle vous verserez dans un petit matras à
long col, avec un entonnoir de verre, bouchez le bien et
posez le à l'athanor, pendant cinq jours, et la liqueur se
congèlera en Pierre rouge, transparente et fondante comme
la cire sur le feu.
S i vous projetez une partie de cette Pierre fusible sur 10
parties de Lune de coupelle fondue dans un bon
creuset, la Lune se convertira en Soleil très pur. Si vous
dissolvez et congelez cette Pierre, tant de fois qu'elle ne
puisse plus se congeler, mais qu'elle demeure comme une
huile très rouge un peu épaisse, alors une partie de cette
médecine convertira trente parties de Lune de coupelle en
Soleil très pur.
S i vous empâtez ou imbibez sept parties de mercure
(sublimé sept fois avec du vitriol et du sel) , avec une
partie de cette médecine solaire, et que vous fassiez
sublimer cette mixtion, tant de fois, remettant toujours le
volatil avec le fixe, et que toute reste fixe au fond du vase
sublimatoire, vous aurez une médecine pénétrante et
teingeante très parfaitement. Si vous mettez une partie de
cette huile d'or avec cent parties de mercure purifié, que
vous aurez mis à l'athanor par 20 jours, tout le mercure se
changera en or.
S i vous désirez travailler à la médecine blanche avec la
Lune, pour la rendre potable, et en faire la projection,
il faut prendre trois parties du dissolvant universel sur une
partie de Lune coupellée, et procéder de même que la
médecine solaire. En cette opération l'esprit universel se
congèle en dix jours avec la substance linaire, parce qu'elle
est plus grosse, terrestre, et ferme que celle du Soleil, mais
après la fixation complète de cet esprit, la dissolution ne se
fait pas en si peu de temps, comme de la substance en genre
solaire, de manière qu'il y a guère de différence entre le
travail et la longueur du temps, pour réduire ces deux
substances solaire et lunaire en quintessence potable.
P ar cette méthode vous pourrez
quintessence de tous le métaux.
extraire la
L orsque vous avez le dissolvant, vôtre but étant de
faire l'or potable, lequel se fait en moins de trois mois,
et il vous défrayera largement de la dépense que vous aurez
faite, et que vous ferez pour parvenir et achever ce grand
œuvre.
Façon de faire la projection sur les métaux avec
nôtre divin Œuvre
P our bien convertir tous les métaux imparfaits à la
nature de nôtre grand roi, il faut prendre une once de
celui-ci après qu'il soit multiplié et rafraîchit, le jeter sur
quatre onces d'or fin fondu, et vous trouverez une matière
frangible, laquelle vous pulvériserez et ferez cuire pendant
trois jours, dans un vaisseau propre et bien clos, au dedans
de la montagne close, avec la du dernier assaut, et de cette
poudre en jetterez une once sur 26 marcs d'argent ou de
cuivre, ou bien sur 18 marcs de plomb ou d'étain, ou bien
sur 15 marcs d'argent-vif commun, échauffé dans un
creuset, ou congelé avec le plomb, mais il faut
premièrement qu'il soit bien fondu et échauffé, vous verrez
bientôt après, vôtre matière couverte d'une écume bien
épaisse, puis quand elle aura fait son opération, il vous
semblera que le creuset ait éclater, pour lors vous ferez
fondre vôtre matière, et vous la trouverez convertie en or
fin, mais si par hasard vous ne mettiez le poids susdit, vous
ne trouveriez point vôtre matière changée de sa première
couleur, c'est pourquoi il faudra la passer dans une grande
coupelle, sans y mettre de plomb, trois heures après, la
coupelle aura consommé tout ce qui n'avait pas été parfait,
pour ni avoir pas mis assez de nôtre Divin œuvre, le reste
demeurera dessus tout net, lequel passera par le cément
royal, l'espace de dix heures. Vous trouverez tout l'or qui a
été converti pour l'aide de nôtre grand roi, aussi fin que l'or
minéral, et c'est ce moyen que Raymond Lulle a appris de
son Codicile, lequel apprend le second par son Testament,
comme il suit.
Façon d'user de nôtre Divin œuvre sur les perles
et rubis
P our faire les perles rondes et de telle grandeur que
l'on voudra, il faudra nettoyer et rafraîchir nôtre
grand roi, incontinent après que ses bonnes compagnies lui
ait rapporté cette belle enseigne blanche semée de ce grand
croissant, sans attendre la fin du siège, et quand il aura été
rafraîchit une fois seulement, vous en prendrez deux ou
trois onces (car c'est ce mercure que Raymond Lulle appelle
exubéré), lequel vous mettrez sur les cendres chaudes
dedans un petit alambic bien propre et bien fermé, pour le
distiller à petit feu, et à feu lent au commencement, et quand
il ne distillera plus par ce feu, il faut changer le récipient et
en mettre un autre que vous luterez bien, et lui donnez
ensuite un bon et fort feu, tant qu'il ne distille plus, puis
vous prendrez cette seconde liqueur, et la mettrez dans un
nouveau alambic, pour la distiller bien proprement au bain-
marie par trois fois, l'une après l'autre, remettant chaque
fois ce qui a été distillé, sur les fèces, qui seront visqueuses
et se dissolveront chaque fois avec ladite eau en peu de
temps, mais à la troisième fois, vous ferez tout distiller par
les cendres ; puis vous prendrez ce qui sera distillé, et le
mettez dans un nouvel alambic, pour le distiller bien
proprement au bain-marie par 4 fois, mettant toujours les
fèces à part, tant que vôtre qui sera distillée soit très claire et
luisante en blancheur, comme des perles orientales, de
laquelle vous ferez comme il s'ensuit.
M ettez des perles qui soient bien claires, tant menues
que vous voudrez, au fond d'une petite cucurbite,
et mettes de nôtre eau au dessus, de l'épaisseur d'un
couteau, et la couvrez très bien de sa chape, et trois heures
après, les perles se fondront en pâte blanche, mais au dessus
viendra une liqueur claire, laquelle vous viderez doucement
sans rien troubler, ni eau, mettre ladite pâte dans un autre
alambic, lequel étant bien luté, mettez le dans un bain,
comme si vous vouliez le sublimer, par trois jours, puis
vous l'ôterez, cela fait, ayez un moule d'argent creux et
rond, coupé en deux parties égales par le milieu, et doré en
dedans, de la grandeur que vous voulez que vos perles
soient, en faisant un petit trou par le milieu de l'entre-deux,
afin qu'un petit fil d'or y puisse passer, remplir lesdites
deux moitiés de moule avec ladite pâte, avec une spatule
d'or, et mettez ledit fil au milieu, dans la moitié de son trou,
et fermez bien le moule, et passer le fil d'or plusieurs fois
par son trou, afin qu'elles soient bien percées, puis
couvrirez, et mettez vôtre perle dans un plat d'or, et la
couvrirez d'un couvercle d'or, sans la toucher des mains, la
faisant sécher à l'ombre sans que le Soleil y touche, et quand
vous aurez fait ainsi toutes vos perles, et qu'elles soient bien
sèches, vous les enfilerez sur ledit fil d'or sans les toucher
des mains, et mettrez ledit fil dans un tuyau de verre fait
comme un roseau, qui ait un petit trou tout au bout de
l'autre tout ouvert, lequel pendrez dans un matras où soit la
liqueur sublimée, sans qu'il y touche, puis vous luterez bien
le tout, afin que rien ne sorte ni ne s'exhale, et vous le
mettrez à l'air par huit jours, sans que le Soleil y touche,
puis par trois jours au Soleil, remuant vôtre matras de trois
heures en trois heures également, et par la vapeur de la
liqueur les perles seront parfaites. Vous pourrez vous en
servir de la même façon pour en faire des rubis, de telle
grandeur et telle forme que vous voudrez, procédant par le
même moyen par le mercure rouge, après l'avoir rafraîchit
et nettoyé une fois seulement.
La façon d'user de nôtre Divin œuvre sur le corps
humain pour le guérir des maladies, et le
conserver en santé
P our user de nôtre grand roi pour recouvrer la santé, il
faut en prendre un grain pesant, après sa dorure, et le
faire dissoudre dans un vaisseau d'argent, avec de bon vin
blanc, lequel se convertira en couleur citrine, puis faites en
boire au malade un peu après minuit, il en guérira en un
jour si sa maladie n'est que d'un mois, mais si sa maladie est
d'un an, il sera guérit en douze jours, si sa maladie en durait
longtemps, il sera guérit en un mois, en en usant chaque
nuit comme ci-dessus. Et pour demeurer toujours en bonne
santé jusqu'à la fin de ses jours, il faudrait en prendre au
commencement de l'automne et au commencement du
printemps, en façon d'électuaire confit, et par ce moyen
l'homme vivrait toujours joyeux et en parfaite santé, jusqu'à
la fin de ses jours que Dieu lui aura ordonné, comme l'ont
écrits les philosophes, lesquelles admirables opérations, ils
ont attribué à nôtre Divin œuvre, par la grande et
exubérante perfection que nôtre bon Dieu lui a donné par
nôtre décoction, afin que par ce moyen les pauvres soient
soulagés et nourris.
Pour faire l'aimant végétable
P renez du sel de nature, comme il est dit au chapitre de
la congélation de l'air en sel de nature, car sans ce sel
extrait de la lunaire, on ne peut faire cet aimant végétable,
qui peut admirablement attirer les rayons de la Lune et du
Soleil, ce que tant d'hommes ont cherché et qui est le
commencement du grand œuvre ; Faites sécher ce sel au
Soleil, et le dissolvez une fois dans l'esprit volatil éthéré
rectifié sept fois, ainsi qu'il est enseigné, puis vous le ferez
congeler aux cendres, non au bain, étant congelé, bien sec,
vous le broierez subtilement dans un mortier de verre ou de
marbre, et vous le ferez calciner au feu naturel, cela s'entend
du Soleil par le moyen d'un miroir ardent de verre, au
travers duquel passeront les rayons du soleil, la chaleurs
desquels, touchant partout le sel, il se fondra au
commencement comme une cire, puis fumera et deviendra
spongieux, vivifié et animé de l'influence solaire, ainsi il sera
calciné physiquement et philosophiquement, sans
déperdition de son esprit. Voilà la préparation d'un vrai
aimant, lequel est la magnésie des sages, la matière de
laquelle en le centre et de la Lune, tant célestes que
terrestres, par ce moyen vous connaîtrez que l'eau engendre
cet aimant, et que cet aimant engendre et fait paraître notre
air.
P renez six onces de ce sel calciné, mettez le dans une
retorte de bon verre, qui puisse contenir environ vingt
livres d'eau, qui ait sur le dos un petit trou, de la largeur
comme pour y entrer un fer de lacet, (cette retorte est
figurée ci-après). Posez cette retorte sur le fourneau, adaptez
y le ballon à trois pointes, vous accommoderez ces deux
récipients, dont toutes les jointures seront bien lutées,
mettez le tout dans un grenier ou une chambre haute bien
aérée, où sera fabriqué votre fourneau, laissant toutes les
fenêtres ouvertes lorsque l'air sera serein, sans pluie, neige,
ni brouillard, afin que l'esprit contenu dans l'air, entre plus ,
plus subtil et plus abondant, dans la retorte par le petit trou,
y étant étroitement attiré par la vertu magnétique de nôtre
aimant, qui est au fond de a retorte, la siccité duquel attire
l'air à soi, et le résout en eau, et cela se fait naturellement et
par sympathie, d'autant que cette puissance d'attirer l'air,
est dans cet aimant, qui a été air lui même, ainsi vous verrez
qu'au bout de deux jours, vôtre aimant qui était sec,
deviendra humide, et aura de l'eau par dessus, qui le
surnagera de plus de trois doigts, pour lors vous donnerez
le feu par degrés, et enfin assez fort pour faire passer ce pur
esprit attiré dans le récipient, qui passera dans le trou vis à
vis, et le flegme passera dans le récipient d'en bas, poussez
incessamment cette distillation sans la discontinuer, ni
laisser refroidir les vases, d'autant qu'à mesure qu'il sort de
l'esprit par distillation, il en entre autant dans la retorte par
le petit trou, à cause que fait l'attraction de nôtre aimant de
cet esprit aérien. Étant très certain que tant que vous
continuerez cette distillation, vous aurez toujours dudit
esprit céleste, ce qui est digne d'admiration, quand vous en
aurez suffisamment, vous cesserez et garderez
soigneusement vôtre aimant, en vase de verre, que vous
boucherez bien, pour vous en servir.
I l faudra rectifier seulement cet esprit trois fois, par le
même ballon à trois pointes, ne prenant que ce qui
passera dans le récipient, à chacune desdites rectifications,
car celui qui tombera dans le récipient d'en bas, sera le
flegme, et ce sel se joindra au sel, c'est-à-dire avec le sel qui
était dans l'humide aérien, se fera uni et congelé avec le sel
aimantin ; la composition chimique distingue cet aimant,
qu'il appellent acier, d'avec un autre qu'ils appellent métal,
et puis acier qui a la puissance, disent-ils, de consommer
tous les autres, car c'est comme leur eau et leur mer, il n'y a
qu'une seule chose qui lui résiste, qui est l'humide radical
du Soleil et de la Lune.
P ar cet acier, Basile Valentin entend le sel universel
contenu spécialement dans l'élément de l'air, que les
Sages font frangible et fusible, qui en est comparé à celui-là
qui en est créé de soi de la nature, et fait par une admirable
force et puissance, tirer et extraire du Soleil, ce que tant
d'hommes ont cherché, et qui en le commencement de nôtre
œuvre, à savoir l'esprit universel et invisible revêtu de la
pure substance humide, éthérée, et quintessencifiée, pour de
ces deux en faire trois substances, soufre, mercure, et sel
catholique, qui se congèle au centre des individus, s'y
corporifiant, s'y déterminant, et s'y particularisant ; par ce
second acier, il entend l'aimant avec le sel de nature calciné,
par ces rayons solaires, lequel étant mis dans la retorte
pertuisée, et posée en l'air, c'est-à-dire dans un grenier,
attire puissamment les rayons du Soleil, l'âme et l'esprit
catholique, et l'esprit spirituel contenu dans l'humide aérien.
Il dit bien qu'ils peuvent se comparer l'un à l'autre, mais il
estime plus le dernier, qui est l'esprit spirituel, car encore
qu'ils soient tous deux une même chose, et d'une même
origine, si en ce pourtant, que par le moyen de ce dernier
aimant, le soufre, le mercure, et le sel catholique, s'attirent
plus facilement, plus purement, et simplement que par le
premier, toutefois si on n'avait le dernier.
P our avoir le premier, il faut aller à la campagne, afin
de recueillir avec soin et diligence, la matière visible,
contenant l'esprit universel invisible, mais quand vous
aurez fait vôtre second aimant, vous pourrez faire que cet
esprit universel vienne chez vous, vous suive partout, et
d'invisible et d'impalpable qu'il était, se réduira en trois
principes, soufre, mercure, et sel visibles, palpables et
gustibles, ce qui est très merveilleux, et il a plus a Dieu de
faire l'homme de cet esprit catholique.
Façon d'user de l'esprit éthéré
ci devant pour en faire la médecine pour le corps humain
C et esprit servait aux anciens à faire ces lampes
ardentes renfermées en les tombeaux romains, et
subsisteraient encore, si ont n'en avait forcé l'ouverture, où
on peut en garder pour la curiosité deux onces, qu'il faudra
faire dissoudre dans l'esprit végétal, c'est la composition de
l'air en sel de nature aux pages précédentes, vous les ferez
circuler pendant 40 jours au bain-marie, une drachme de
cette poudre sur dix d'esprit végétal, qui se réuniront en
huile incombustible, pour l'usage, vous tremperez dans une
figuette où sera vôtre huile, une paille, la goutte qui restera
au bout, vous la plongerez dans un bouillon ou dans du vin
que vous donnerez au malade, et pour l'or, il sera guérit,
parce que cette huile a le pouvoir de dissoudre toutes les
coagulations, de ranimer le baume ou sang, de fortifier tous
les ressorts du corps humain, qui sont ralentis.
L'expérience fait voir plusieurs miracles sur toutes les
maladies, il tient le second rang de la médecine, après la
projection, sa dose en chaque prise est de deux ou trois
grains, dans un véhicule convenable, pour toutes sortes de
maladies, fièvres, coliques, indigestions, et hydropisie.
Forme des vaisseaux
État des vaisseaux qu'il faut pour travailler à
cette opération
Il faut six fourneaux pour distiller à feu de sable,
six terrines pour mettre le sable
vaisseaux pour conserver l'esprit éthéré et le flegme,
des fourneaux pour faire putréfier le flegme qui sera dans
des grands récipients,
grandes terrines de grains pour faire dissoudre dans l'eau
de pluie, le sel de nature
des chaudrons pour mettre au bain-marie les grands
récipients
vaisseaux pour mettre le sel de nature au bain
vaisseaux pour distiller l'esprit éthéré au bain-marie
vaisseaux pour faire circuler le sel desanimé
une cucurbite de verre pour mettre le sel desanimé et avoir
un matras pour la boucher, et un chapiteau pour couvrir la
cucurbite pour distiller
un chapiteau à double récipient pour le dissolvant universel
Pour la seconde opération
Œuf philosophique qui ait un bec long de trois doigts
fourneau pour mettre l'œuf philosophique avec un trépied
deux creusets pour trouver le degré du feu
un mortier de verre et son pilon pour broyer la matière
un vase de terre bien fort, sans être vernissé, avec un
couvercle un peu voûté
autre œuf scellé hermétiquement pour faire l'ingression de
la matière
creuset pour la fermentation
creusets pour la projection
Pour l'or potable
un vaisseau sublimatoire en terre de creuset
un vase de verre pour mettre la chaux d'or
deux vases de rencontre
un petit matras à col long
Composition du lut pour luter les cornues
P renez terre de potier, fumier de cheval desséché et
lavé, farine de briques, écailles de fer, pétrir le tout
ensemble avec de l'eau salée
Pour faire le lut de sapience qui tient les esprits
les plus subtils
P renez de la chaux vive, du blanc d'œuf réduit en eau,
mêlez bien le tout car il de dessèche aussitôt
Pour luter les verres ensemble
P renez vessie de porc ou de bœuf, pour luter l'alambic
avec la cucurbite, bon pour distiller toutes sortes
d'eaux et d'esprits acides
Pour luter le bec de l'alambic avec le récipient
P renez de la cire une once, de la résine colophane, une
dragme, faire liquéfier le tout ensemble dans un vase
de terre, lui ajoutant un peu d'huile, remuant avec un bâton
pour le faire incorporer, après, ôtez le pot du feu, et mettez
y de l'eau pour pétrir le tout
Pour luter les retortes avec les récipients pour
distiller les esprits acides
I l faut prendre le lut ci devant expliqué pour luter les
cornues, et le pétrir avec de l'eau salée, ou bien le mêler
avec du colophane mis en poudre et l'appliquer
Iseautope Sceliez 2014