Gynécologie Obstétrique & Fertilité 35 (2007) 898–903
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Douzièmes Journées nationales de la FFER (Amiens, 3–5 octobre 2007)
☆
Pathogenèse de l’endométriose
Pathogenesis of endometriosis
M. Nisollea,b,*, M.-L. Alvarezb, M. Colombob, J.-M. Foidarta,b
a
Département de gynécologie–obstétrique, université de Liège, hôpital de la Citadelle, 1, boulevard du 12e de Ligne, 4000 Liège, Belgique
b
Laboratoire de biologie des tumeurs et du développement, université de Liège, CHU Sart-Tilman, B23, 4000 Liège, Belgique
Reçu le 9 juillet 2007 ; accepté le 20 juillet 2007
Disponible sur internet le 21 août 2007
Résumé
L’endométriose, définie par la présence ectopique de tissu endométrial, est une affection bénigne responsable d’infertilité ou de douleurs
pelviennes. Un diagnostic précoce fondé sur une anamnèse minutieuse et un examen clinique bien conduit permet une prise en charge précoce.
Le traitement médical n’est pas approprié dans tous les cas, faisant place à la cœlioscopie opératoire dont la morbidité est en relation avec la
sévérité de la lésion. L’implantation ectopique de cellules endométriales est possible grâce à des interactions complexes entre le tissu hôte et les
cellules épithéliales endométriales. Les conditions nécessaires au développement de l’endométriose sont une prolifération estrogénodépendante
des cellules endométriales, une induction d’angiogenèse et d’une lymphangiogenèse. Les principaux acteurs cellulaires et moléculaires de
l’angiogenèse, de la lymphangiogenèse et de la fibrose doivent être identifiés afin de permettre le développement de nouvelles stratégies théra-
peutiques de l’endométriose.
© 2007 Publié par Elsevier Masson SAS.
Abstract
Endometriosis, defined by the development of endometrial tisue outside the uterus, is a benign disease responsible for infertility and pelvic
pain. The diagnosis based on a detailed gynecological history and a careful clinical examination should be done as early as possible in order to
treat patients correctly. Medical treatment is not appropriate in all cases and surgical treatment should be proposed but morbidity is related to the
severity of the lesion. Ectopic implantation of endometrial cells needs complex interactions between host tissue and epithelial endometrial cells.
The conditions for the development of endometriosis are estrogeno-dependent growth of endometrial cells, induction of angiogenesis and lym-
phangiogenesis. Principal cellular and molecular factors of angiogenesis, lymphangiogenesis and fibrosis should be identified in order to develop
new therapeutic strategies of endometriosis.
© 2007 Publié par Elsevier Masson SAS.
Mots clés : Endométriose ; Angiogenèse ; Lymphangiogenèse ; Inflammation ; Fibrose
Keywords: Endometriosis; Angiogenesis; Lymphangiogenesis; Inflammation; Fibrosis
1. Introduction femmes en âge de reproduction et peut être responsable soit
d’infertilité, soit de douleurs pelviennes chroniques parfois
L’endométriose se définit par la présence de tissu endomé- sévères et invalidantes, avec une répercussion possible sur la
trial composé de glandes et de stroma cytogène en dehors de la qualité de vie des femmes.
cavité utérine. Cette affection bénigne atteint 10 à 15 % des Les localisations les plus fréquentes concernent la sphère
génitale et notamment le péritoine, les ovaires et le cul-de-sac
de Douglas. La théorie du reflux menstruel et de la transplan-
☆
Conférence d’actualité. tation, proposée par Sampson en 1927, permet d’expliquer le
* Auteur correspondant. développement de l’endométriose au niveau du pelvis [1].
Adresse e-mail :
[email protected] (M. Nisolle). Cependant, elle ne permet pas d’expliquer d’autres localisa-
1297-9589/$ - see front matter © 2007 Publié par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/j.gyobfe.2007.07.021
M. Nisolle et al. / Gynécologie Obstétrique & Fertilité 35 (2007) 898–903 899
tions plus rares, comme les poumons ou le cerveau, sans com- santes élémentaires (glandes et stroma). Le saignement au sein
munication avec la cavité pelvienne [2]. La dissémination par des foyers d’endométriose, concomitant de la menstruation, se
voie vasculaire ou lymphatique est une théorie permettant de traduit par des suffusions hémorragiques dans le chorion cyto-
comprendre le développement de ces lésions à distance dont la gène et dans la lumière glandulaire, et s’accompagne d’une
fréquence est estimée à 5 % des lésions d’endométriose. Des réaction inflammatoire à prédominance macrophagique. La
travaux récemment publiés suggèrent le rôle des cellules sou- réaction inflammatoire aboutit à une fibrose réactionnelle péri-
ches dans la progression des lésions d’endométriose induites lésionnelle variable.
chez la souris [3]. D’un point de vue histologique, les lésions profondes nodu-
L’implantation ectopique de cellules endométriales est pos- laires sont caractérisées par la présence de glandes endométria-
sible grâce à des interactions complexes entre le tissu hôte et les, de cellules endométriales stromales raréfiées et d’une
les cellules épithéliales endométriales. Les conditions nécessai- hyperplasie fibromusculaire importante. Ces lésions sont égale-
res au développement de l’endométriose sont la survie des cel- ment le siège d’une angiogenèse et d’une lymphangiogenèse
lules endométriales en dehors de la cavité utérine, leur adhé- comme dans les processus tumoraux [7,8].
sion, leur infiltration, une prolifération estrogénodépendante,
l’induction d’angiogenèse et de lymphangiogenèse. Le tissu 4. Analogie avec le processus tumoral
hôte est, par ailleurs, responsable du développement d’une
fibrose secondaire à l’implantation de ces cellules endométria- De même que pour le développement du processus tumoral,
les épithéliales et stromales. l’implantation ectopique de cellules endométriales nécessite des
interactions complexes entre le tissu hôte et les cellules épithé-
2. Formes cliniques de l’endométriose liales endométriales et probablement les cellules stromales. Il a
été clairement démontré que la capacité d’une cellule tumorale
L’endométriose péritonéale superficielle peut présenter plu- de métastaser dépend de ses interactions avec les cellules hôtes
sieurs aspects macroscopiques lors de la cœlioscopie diagnos- qui sont responsables de la croissance et de la survie cellulaire
tique. La lésion superficielle typique est de couleur noire, en tumorale, d’angiogenèse et d’invasion [9]. Dans le cadre de
forme de rétraction ou de petit nodule kystique. Les lésions aty- l’endométriose, les cellules endométriales doivent également
piques sont des lésions rouges, des vésicules claires, des plaques survivre en dehors de la cavité utérine, s’implanter, échapper
blanches, des poches péritonéales ou des zones jaunâtres. au système immunitaire, induire une angiogenèse, une lymphan-
En 1993, une classification de l’endométriose péritonéale a giogenèse, et ensuite proliférer [10]. Au cours de ces processus,
été proposée en lésions rouges, noires et blanches, fondée sur les cellules endométriales interagissent avec les cellules hôtes
leurs différences d’aspect macroscopique et de vascularisation des tissus avoisinants. Celles-ci incluent les cellules épithéliales
stromale [4]. Cette classification permet de différencier les du mésothélium et de l’ovaire, les fibroblastes, les cellules endo-
lésions récemment développées, richement vascularisées et théliales, les leucocytes et les macrophages.
inflammatoires, des lésions plus anciennes responsables d’une
réaction fibrotique. Cette hypothèse d’évolution des lésions 5. Adhésion des cellules endométriales
rouges en lésions noires et ensuite en lésions blanches a été
ultérieurement confirmée par la mise en évidence d’une angio- Des modèles in vivo et in vitro ont permis de démontrer la
genèse différente au sein de ces différents types de lésions péri- capacité des cellules endométriales d’adhérer au péritoine.
tonéales [5,6]. L’induction des lésions d’endométriose peut être obtenue
L’endométriose ovarienne se présente le plus souvent sous avec succès chez le babouin et la souris nue. Ce modèle
forme de kyste, appelé endométriome. Il contient un liquide murin représente le modèle le plus largement étayé dans la lit-
épais de couleur chocolat, et il est fréquemment adhérent au térature, le taux de succès de cette transplantation d’endomètre
péritoine de la fossette ovarienne et éventuellement à d’autres humain chez la souris pouvant atteindre jusqu’à 87 % (33 à
organes adjacents (utérus, ligaments utérosacrés, rectum, intes- 87 %) [11–13].
tin grêle, appendice). La transplantation d’endomètre humain dans la cavité péri-
L’endométriose sous-péritonéale profonde inclut toutes les tonéale ou en sous-cutané permet d’obtenir des lésions d’endo-
lésions rétropéritonéales ou infiltrant les viscères abdominaux métriose très rapidement, l’interaction entre les cellules stroma-
ou pelviens (rectum, uretère, intestin grêle, etc.). Les lésions les et glandulaires étant une condition indispensable au succès
profondes sont essentiellement localisées au niveau des liga- de cette transplantation [14]. Un rôle distinct a été attribué aux
ments utérosacrés, la paroi vaginale postérieure, la paroi vési- cellules glandulaires et stromales : les cellules glandulaires
cale et la face antérieure du rectum ou de la jonction rectosig- révélant une activité proliférative intense seraient responsables
moïdienne. de la croissance des lésions, tandis que les cellules stromales
seraient responsables de la première étape d’adhésion des cel-
3. Histologie de l’endométriose lules endométriales [15].
L’interaction entre les cellules épithéliales et stromales dans
Le critère diagnostique de l’endométriose repose sur le développement de l’endométriose a également été démontrée
l’observation de tissu endométrial comportant les deux compo- par l’absence de formation de lésions lorsque les cellules endo-
900 M. Nisolle et al. / Gynécologie Obstétrique & Fertilité 35 (2007) 898–903
métriales, épithéliales et stromales sont injectées séparément férences de capacité d’invasion entre les cellules endométriales
dans la cavité péritonéale de souris. En revanche, une injection de patientes endométriosiques ou sans endométriose ont été
concomitante de ces deux types cellulaires permet d’obtenir mises en évidence sur un modèle in vitro de collagène [21].
des lésions d’endométriose dans 50 % des cas [14]. Cette inter- Une proportion plus élevée de cellules épithéliales négatives
action entre les cellules épithéliales et stromales implique pro- pour la cadhérine-E et potentiellement invasives a été notée
bablement un dialogue entre ces deux types cellulaires par au niveau des cellules épithéliales endométriosiques compara-
l’intermédiaire de facteurs de croissance, de cytokines et/ou tivement aux cellules épithéliales endométriales.
de chimiokines. On observe, au niveau des cancers épithéliaux, une perte
Par ailleurs, la contribution des cellules stromales à l’adhé- d’expression de la cadhérine-E responsable de l’acquisition
sion des cellules épithéliales est sans doute en relation avec un d’un phénotype de type invasif. Par analogie, ce même méca-
remodelage de la matrice extracellulaire sous l’action de pro- nisme pourrait être proposé pour le développement de l’endo-
téases et avec la formation d’un microenvironnement approprié métriose, si des travaux confirmaient ces mêmes observations.
à l’implantation des cellules épithéliales, ainsi qu’à leur réorga-
nisation en glandes endométriales. Ce type d’interaction, épi- 7. Prolifération des cellules endométriales
thélium–stroma, a déjà été démontré pour l’implantation des
cellules tumorales [16]. Les estrogènes, responsables de la croissance et de la diffé-
De nombreux travaux in vitro ont permis également de renciation de l’endomètre eutopique, exercent le même rôle au
démontrer la capacité des cellules endométriales d’adhérer à niveau de l’endomètre ectopique. La mise en évidence essen-
des fragments de membranes chorio-allantoïdiennes de poulet tiellement des récepteurs aux estrogènes de type α, au niveau
ou de péritoine de souris [17,18]. Des travaux de Witz et al. ont des lésions d’endométriose, permet d’évoquer leur rôle essen-
permis d’observer que l’adhésion entre les cellules endométria- tiel dans le développement et la croissance de l’endométriose.
les et le mésothélium était possible en une heure, et qu’en Une production locale d’estradiol, au sein des implants
24 heures, ces cellules endométriales étaient capables d’envahir d’endométriose, est également responsable de la croissance de
totalement le mésothélium [19]. la lésion, indépendamment du taux plasmatique d’estrogènes.
Le rôle du mésothélium, en tant que barrière s’opposant à Cette production locale d’estrogènes est due à la conversion
l’adhésion des cellules endométriales, proposé par certaines des androgènes en estradiol sous l’effet de l’enzyme aromatase.
équipes, n’a pas été confirmé par d’autres travaux mettant en Au niveau de l’endomètre eutopique, l’aromatase n’est pas
évidence une adhésion rapide et facile des cellules endométria- exprimée contrairement à ce que l’on observe au niveau des
les sur un mésothélium intact. Un défect épithélial, secondaire cellules stromales endométriosiques [22]. Cette observation
à un traumatisme tissulaire, ne semble donc pas être une condi- permet d’expliquer une production locale d’estradiol et une
tion indispensable à l’adhésion des cellules endométriales et à croissance des lésions, en dépit de traitements supprimant la
la formation de lésions d’endométriose. production d’estrogènes d’origine ovarienne.
Des travaux in vitro ont déterminé les cytokines et les fac- L’aromatase n’est pas seulement produite par les cellules de
teurs de croissance favorisant cette étape d’adhésion : l’inter- la granulosa, mais aussi par la peau, le cerveau, les adipocytes
leukine 1 (IL-1), l’interleukine 6 (IL-6), le TNF-α et le TGF- et par l’endomètre ectopique.
β sont responsables d’une augmentation de l’adhésion des cel- L’administration d’inhibiteurs d’aromatase, sur un modèle
lules endométriales au niveau de péritoine murin [18]. murin d’endométriose, a permis de démontrer une diminution
Les acteurs moléculaires de cette adhésion des cellules significative du volume des implants endométriosiques par rap-
endométriales au niveau du péritoine sont la laminine et la port aux souris non traitées [23].
fibronectine, deux glycoprotéines d’adhésion qui exercent leur Nos travaux de transplantation d’endomètre chez la souris
action par l’intermédiaire de récepteurs de la famille des inté- ont permis également de démontrer l’expression de l’aromatase
grines. L’expression des récepteurs de la fibronectine (α4β1 et au niveau des cellules glandulaires endométriosiques. La pré-
α5β1) persiste au niveau des glandes endométriosiques, alors sence de l’aromatase est observée dans toutes les lésions
qu’elle n’est pas observée au niveau des glandes endométriales d’endométriose expérimentale dès le troisième jour après la
eutopiques en fin de phase sécrétoire [20]. Ces récepteurs de la greffe, alors que son absence est confirmée au niveau de
fibronectine jouent donc très probablement un rôle dans la per- l’endomètre eutopique [résultats non publiés].
sistance des lésions d’endométriose. L’administration d’inhibiteurs d’aromatase chez la souris a
également induit une diminution de l’activité proliférative cel-
6. Infiltration des cellules endométriales lulaire confirmant le rôle de cette enzyme dans la prolifération
de l’endométriose. Ces travaux sont actuellement en cours et
Afin de pénétrer profondément dans le tissu hôte, les cellu- des études cliniques devraient confirmer l’efficacité de cette
les épithéliales endométriales doivent dans un premier temps se nouvelle stratégie thérapeutique dans le traitement de l’endo-
détacher des cellules voisines avec lesquelles elles sont en métriose.
connexion par les cadhérines-E. Les cadhérines sont des molé- Chez la femme, l’administration d’anti-aromatase entraîne
cules responsables de l’adhésion intercellulaire et sont expri- une augmentation du recrutement folliculaire chez les normo-
mées au niveau des cellules épithéliales endométriales. Des dif- ovulantes et une augmentation du taux sanguin d’estradiol.
M. Nisolle et al. / Gynécologie Obstétrique & Fertilité 35 (2007) 898–903 901
Aucune étude n’a permis de démontrer qu’il existait un blocage cellules endothéliales progénitrices d’origine médullaire, atti-
ovarien suffisant après l’administration d’inhibiteurs de rées par l’implant. Des travaux récents permettent de suggérer
l’aromatase. Leur administration à des femmes non ménopau- que les cellules souches ont un rôle dans la progression des
sées devrait donc être associée à d’autres traitements freina- lésions d’endométriose induites chez la souris [3].
teurs de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. Les métalloprotéinases matricielles (MMPs) représentent
une famille d’endopeptidases favorisant la dégradation et le
8. Angiogenèse turnover des protéines de la matrice extracellulaire [28]. Dans
l’endomètre, les MMPs sont responsables du remodelage de la
La formation de nouveaux vaisseaux est une étape essen- matrice lors de la phase périmenstruelle. L’expression cyclique
tielle au développement et à la survie de l’endométriose. Les des MMPs par l’endomètre humain pourrait jouer un rôle dans
principaux acteurs cellulaires de l’angiogenèse sont les cellules le processus d’invasion indispensable au développement de
endothéliales qui lorsqu’elles sont activées, prolifèrent, dégra- l’endométriose. Les MMPs interviennent également au niveau
dent leur membrane basale, migrent dans la matrice extracellu- de l’angiogenèse, car elles permettent la protéolyse de la mem-
laire environnante et s’organisent en bourgeons vasculaires. brane basale sous-endothéliale et la migration des cellules
Le liquide péritonéal des patientes présentant de l’endomé- endothéliales à travers la matrice extracellulaire. La détection
triose contient des substances solubles impliquées dans l’angio- des MMP-2 et MMP-9, au niveau des lésions d’endométriose,
genèse comme notamment le VEGF [24]. Le VEGFA est, en confirme cette hypothèse [29]. Des données impliquent une
effet, une cytokine angiogénique très puissante, produite en corrélation entre la surexpression de MMPs et la sous-
grande quantité par les cellules épithéliales et stromales des expression de leurs inhibiteurs (TIMPs) d’une part, et l’impor-
lésions d’endométriose. Son niveau d’expression est directe- tance de la vascularisation de la lésion d’autre part [30].
ment corrélé au degré de développement des lésions.
De plus, le VEGF induit par une probable hypoxie et/ou 9. Lymphangiogenèse
l’inflammation, est également responsable d’une anomalie
fonctionnelle de ces vaisseaux, car il provoque une augmenta- La formation de nouveaux vaisseaux lymphatiques au sein
tion de la perméabilité vasculaire et favorise l’extravasation de des lésions d’endométriose profonde a été récemment démon-
fibrine et une attraction secondaire des macrophages. trée par un immunomarquage au D2-40 [8]. Il s’agit bien d’une
Divers facteurs angiogéniques sont, en outre, produits par lymphangiogenèse, car les vaisseaux lymphatiques sont
les macrophages péritonéaux, les cellules endométriales mens- absents de la couche fonctionnelle, et ne sont présents que
truelles régurgitées et/ou les lésions d’endométriose elles- dans la couche basale de l’endomètre [31]. Une localisation
mêmes. Des études immunohistochimiques ont permis de préférentielle de ces vaisseaux lymphatiques a également été
démontrer un marquage intense du VEGF au niveau de observée à proximité des glandes endométriales, dont le rôle
l’épithélium et du stroma des implants d’endométriose, essen- paracrine doit encore être étudié.
tiellement au niveau des lésions d’aspect rouge. Il n’est pas exceptionnel de détecter des ganglions lympha-
Au niveau des lésions profondes, la majorité des vaisseaux tiques infiltrés par des cellules endométriales lors de l’analyse
localisés dans le stroma sont dépourvus de péricytes, immatu- de pièces opératoires de résection digestive réalisée pour une
res et fragiles. Ils sont essentiellement localisés à proximité des endométriose colorectale infiltrante [32]. La dissémination de
glandes endométriales comme l’a démontré une analyse mor- l’endométriose digestive à distance de la lésion primitive pour-
phométrique par analyse d’images assistée par ordinateur [8, rait également être due à une dissémination par voie lympha-
25]. Cette localisation préférentielle des vaisseaux suggère un tique, et expliquer de cette manière la multifocalité des lésions
rôle paracrine des cellules épithéliales. fréquemment décrites.
Si les vaisseaux sont immatures, ils sont également une Une corrélation entre l’angiogenèse et la lymphangiogenèse
cible idéale pour une thérapie anti-angiogène comme l’ont au niveau des lésions profondes d’endométriose suggère que
démontré des travaux réalisés sur un modèle murin [26]. En non seulement l’angiogenèse est primordiale pour le dévelop-
effet, une diminution significative du nombre de lésions pement de l’endométriose, mais également que la lymphangio-
d’endométriose a été notée après la transplantation d’endomè- genèse est impliquée dans l’évolution de l’endométriose.
tre chez la souris, sous l’effet d’agents angiostatiques. Ces
agents angiostatiques diminuent également de manière signifi- 10. Fibrose et inflammation : principaux acteurs cellulaires
cative la densité des microvaisseaux et le nombre de vaisseaux
immatures. L’inflammation est un stimulus nécessaire pour initier le
Il a également été récemment démontré, à partir d’un phénomène de cicatrisation au cours de laquelle des cytokines
modèle murin, que la revascularisation des implants des frag- sécrétées par des leucocytes stimulent la prolifération et l’acti-
ments d’endomètre transplantés survient après cinq à huit jours vation des myofibroblastes. Les myofibroblastes activés peu-
[27]. Le développement d’une angiogenèse d’origine murine vent également secréter des cytokines pro-inflammatoires,
est une condition indispensable à la survie de la lésion d’endo- recruter des cellules inflammatoires et amplifier ainsi la
métriose. L’origine de ces cellules endothéliales murines pour- réponse fibrotique en un cercle vicieux. De plus, certains myo-
rait soit provenir de vaisseaux proches de la lésion, soit de fibroblastes issus de cellules progénitrices de la moelle osseuse
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semblent se différencier directement à partir de monocytes cir-
culants. Les macrophages jouent un rôle central non seulement
dans la réponse fibrotique, mais également dans la résolution
de la fibrose.
La connaissance des principaux acteurs cellulaires et molé-
culaires de la relation entre l’inflammation et la fibrose est pri-
mordiale dans le cadre du développement de nouvelles théra-
peutiques spécifiques et efficaces de l’endométriose.
En effet, l’endométriose est une affection inflammatoire
dont l’évolution naturelle se fait vers le développement d’une
fibrose, qui au niveau péritonéal est le plus souvent synonyme
d’une guérison spontanée des lésions isolées ou de la formation
de brides adhérentielles entre zones lésées. À d’autres endroits,
comme au niveau de la paroi rectale, elle est responsable du
développement d’un noyau fibreux douloureux.
Les médiateurs cellulaires de la fibrose sont les myofibro-
blastes et les macrophages. Fig. 1. Développement d’une lésion d’endométriose suite à la transplantation
Les myofibroblastes activés sont responsables des trois éta- d’endomètre humain chez la souris SCID. La fibrose réactionnelle est limitée.
pes essentielles de la fibrose active à savoir, la production de la
matrice, son remodelage et sa contraction. Lors de la progres-
sion de la fibrose, on observe une augmentation de l’expression
des MMPs (MMP-2, MMP-3 et MMP-9), ainsi que des TIMP
(TIMP-1 et TIMP-2). Les myofibroblastes activés expriment
tous les composants nécessaires à la dégradation matricielle.
Les macrophages jouent un rôle prédominant dans le déve-
loppement de la fibrose puisqu’ils sont responsables de la régu-
lation des processus de fibrinogenèse et de fibrinolyse. Les
macrophages sont également responsables de l’activation des
fibrocytes en myofibroblastes.
Au niveau des lésions d’endométriose profonde, le dévelop-
pement excessif de fibrose, ainsi que la raréfaction des cellules
stromales d’origine endométriale restent à l’heure actuelle des
phénomènes non élucidés.
La transplantation d’endomètre humain chez des souris
immunodéficientes, soit de type nue (nude mouse), soit de
type SCID, nous a permis de suggérer un rôle possible des Fig. 2. Développement d’une lésion d’endométriose suite à la transplantation
cellules immunitaires dans le développement de cette fibrose d’endomètre humain chez la souris nue. La fibrose périglandulaire d’origine
murine est importante, les cellules stromales humaines se raréfient.
péri-endométriale. En effet, consécutivement à la transplanta-
tion d’endomètre humain chez les souris totalement immuno- centromère du chromosome X d’origine humaine. Nous avons
déficientes (souris SCID), on observe une fibrose réactionnelle démontré l’absence de cellules positives pour le FISH au
limitée (Fig. 1). En revanche, de manière surprenante chez les niveau de la réaction fibrotique, alors que les cellules glandu-
souris partiellement immunodéficientes (souris nues), une laires et stromales d’origine humaine sont positives. Ces résul-
fibrose périglandulaire majeure et une raréfaction des cellules tats confirment ainsi l’origine murine de la fibrose dans notre
stromales humaines sont observées une semaine après la trans- modèle animal et suggèrent le rôle du tissu hôte secondaire à
plantation d’endomètre. Ces lésions d’endométriose sont carac- l’implantation de cellules endométriales.
térisées par une disparition des cellules stromales d’origine
humaine, progressivement remplacées par du tissu fibromuscu- 11. Conclusion
laire (Fig. 2). La différence essentielle entre ces deux types de
souris consiste en la présence de lymphocytes B chez les souris Le développement de l’endométriose présente une analogie
nues. Le rôle exact des lymphocytes B dans le développement avec le processus tumoral au cours duquel les cellules endomé-
de la fibrose doit encore être élucidé. Une relation entre les triales s’implantent, échappent au système de défense du tissu
macrophages et le développement de la fibrose dans l’endomé- hôte et prolifèrent grâce à une production locale d’estradiol par
triose est également évoquée, mais doit encore être confirmée. une aromatase. Les lésions progressent grâce à une angioge-
Le rôle du tissu hôte dans le développement de cette fibrose nèse et peuvent migrer à distance grâce au développement
a été mis en évidence dans ce modèle animal grâce à la tech- d’une lymphangiogenèse. L’angiogenèse et la lymphangioge-
nique d’hybridation in situ en fluorescence (FISH) détectant le nèse sont probablement liées à une stimulation paracrine à par-
M. Nisolle et al. / Gynécologie Obstétrique & Fertilité 35 (2007) 898–903 903
tir des cellules glandulaires, alors que la fibrose réactionnelle [16] Noel A, Kebers F, Maquoi E, Foidart JM. Cell-cell and cell-matrix inter-
pourrait être expliquée par l’inflammation et la participation actions during breast cancer progression. Curr Top Pathol 1999;93:183–
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