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Éducation et Sensibilisation Durable

Ce document présente la Stratégie Nationale d'éducation et de sensibilisation à l'environnement et au développement durable du Maroc. Il décrit les principes, objectifs et composantes de la stratégie, ainsi que les mécanismes de coordination et indicateurs de suivi.

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Éducation et Sensibilisation Durable

Ce document présente la Stratégie Nationale d'éducation et de sensibilisation à l'environnement et au développement durable du Maroc. Il décrit les principes, objectifs et composantes de la stratégie, ainsi que les mécanismes de coordination et indicateurs de suivi.

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Stratégie Nationale d’Éducation

et de Sensibilisation à l’Environnement
et au Développement Durable

enda Maghreb
Stratégie Nationale d’Éducation
et de Sensibilisation à l’Environnement
et au Développement Durable

enda Maghreb
Ce d ocu m ent es t éla b oré d a n s le ca d re du projet d e
“Renforcement des capacités nationales en matière d’édu-
cation et de sensibilisation à l’environnement dans les
domaines de la biodiversité, des changements climatiques
et de la désertification” (Projet ENV/2004/081-284) soutenu
financièrement par l’Union Européenne.

Dépôt légal : 2008/0242


ISBN : 9954-8922-0-6
Conception : Napalm
Impression : Okad El Jadida
Sommaire

Abréviations 6

Introduction 10

La Stratégie Nationale d’Éducation-Sensibilisation à


l’Environnement, une composante essentielle du
développement durable 12
Les spécificités environnementales du Maroc 13
Les grandes thématiques de la Stratégie Nationale 14
Les objectifs de la Stratégie Nationale 15

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


Principes et valeurs de la Stratégie Nationale 16
Une problématique complexe 17
Les principes d'action 18
Les valeurs à promouvoir 19

Les composantes de la Stratégie Nationale 20


Cadrage général 21
L'éducation à l'environnement et
au développement durable 23
La sensibilisation à l'environnement et
au développement durable 29
Renforcement des capacités 32

3
Sommaire

Mécanismes de coordination et d’harmonisation de


la Stratégie Nationale 44
Eléments contextuels 45
Mission et attributions 46
Forme et composition 49
Financement 53

Les indicateurs de suivi de la Stratégie Nationale 54


Pourquoi des indicateurs de suivi ? 55
Les critères de choix des indicateurs 56
Les catégories d'indicateurs d'ESE-DD 56

Propositions pour le choix des régions pilotes


de la Stratégie Nationale 60
Des plans d'actions en cohérence avec la
Stratégie Nationale 61
Propositions de projets pour l'élaboration
de plans d'action régionaux 62

4
Annexes - Cd-Rom

Annexe 1 - Propositions de contenus dans


les matières porteuses de curricula officiels 3
Compétences thématiques (matières) 3
Compétences transversales 7

Annexe 2 - Propositions de programmes


d'éducation à un environnement viable
pour le développement durable 8

Annexe 3 - Propositions d'activités de sensibilisation à


un environnement viable pour le développement durable 29

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


Biodiversité 30
Eau 37
Sol 38
Air 39
Energie 41
Déchets 42

Bibliographie 44

5
Abréviations
ADCS : Association pour le Développement de la Culture
Scientifique
AESVT : Association des Enseignants des Sciences de la Vie et
de la Terre
AREF : Académie Régionale de la Formation et de l'Education
ATFALE : Alliance de Travail dans la formation et l'Action pour
l'Enfance
CCD : Convention sur la lutte Contre la Désertification
CCNUCC : Convention Cadre des Nations Unies sur les
Changements Climatiques
CDB : Convention sur la Diversité Biologique
CDER : Centre de Développement des Energies Renouvelables
CGEM : Confédération Générale des Entreprises du Maroc
CIEDE : Centre d'Information sur les Energies Durables et
l'Environnement
CNE : Conseil National de l'Environnement
CNEF : Charte Nationale pour l'Education et la Formation
CNUED : Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et
le Développement
DD : Développement Durable
DGCL : Direction Générale des Collectivités Locales
EE : Education à l'Environnement
EEDD : Education à l'Environnement pour un Développement
Durable
EFS : Education, Formation et Sensibilisation
ENFI : Ecole Nationale Forestière des Ingénieurs
ESE : Education et Sensibilisation à l'Environnement
FM6PE : Fondation Mohammed VI pour la Protection de
l'Environnement
FODEP : Fonds de Dépollution industrielle
GES : Gaz à Effet de Serre
HCEFLCD : Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte
Contre la Désertification
IAV Hassan II : Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
LYDEC : Lyonnaise des Eaux de Casablanca
MATEE : Ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Eau et
de l'Environnement
MADRPM : Ministère de l'Agriculture, du Développement Rurale et
des Pêches Maritimes
MDP : Mécanisme de Développement Propre

6
MENESFCRS : Ministère de l'Education Nationale, de
l'Enseignement Supérieur, de la Formation des
Cadres et de la Recherche Scientifique
MI : Ministère de l'Intérieur
NTIC : Nouvelles Technologies de l'Information et de la
Communication
ONDA : Office National des Aéroports
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
PANE : Plan d'Action National de l'Environnement
PC : Parties Contractantes
PIB : Produit Intérieur Brut
PNUD : Programme des Nations Unies pour le
Développement
SCID : Système de Circulation de l'Information sur la

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


Désertification
SE : Sensibilisation à l'Environnement
SECJ : Secrétariat d'Etat Chargé de la Jeunesse
SN- ESE-DD : Stratégie Nationale d'Education et de
Sensibilisation à l'Environnement et au
Développement Durable
SPANA : Société Protectrice des Animaux et de la Nature
UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l'Education,
la Science et la Culture
WWF : World Wildlife Fund
ZH : Zones Humides

7
Cette Stratégie Nationale d'éducation et de sensibilisation à l'environ-
nement et au développement durable a été préparée par le Professeur
Mohammed MENIOUI, enseignant chercheur à l'Institut scientifique de
Rabat (Université Mohammed V), expert retenu dans le cadre du projet
avec la contribution d'un groupe de personnes ressources, constitué
en un groupe de réflexion, qui s'est réuni à six reprises entre mi-mars et
mi-juin 2007.
Ce document a été révisé et complété suite aux remarques émises par les
différents acteurs, ainsi qu'à l'occasion des travaux du Forum national de
validation de la Stratégie qui se sont déroulés les 17 et 18 juillet 2007.
Les partenaires du projet remercient vivement toutes les personnes qui
ont contribué à affiner et compléter ce document :

ADCS : ABDELOUAHAD KADRI - AESVT : ABDERRAHIM KSIRI, ASMAA EL BOURI,


SAID CHAKRI - ASSOCIATION AZIR POUR L'ENVIRONNEMENT : HOUSSINE NIBANI -
ASSOCIATION HOMME ET ENVIRONNEMENT : MOHAMMED SADDIK - ASSOCIATION RIBAT
AL FATH : ABDELHADI BENNIS ATFALE : BRIGITTE EL ANDALOUSSI, KHALED
EL ANDALOUSSI - ECOLE MOHAMMEDIA D'INGENIEURS : JENNATE CHERKAOUI,
MOHAMMED MAGHNOUJ - ENDA MAGHREB : DRISS BARRAOUI, MAGDI IBRAHIM,
MOHAMMED MAHFOUD, NAJIA BOUNAIM, YASMINA BRITEL - ENFI : ZINEB
BENRAHMOUNE IDRISSI - FACULTE DES SCIENCES DE L'EDUCATION : MOHAMED
FTOUHI - FONDATION IPADE : HELENE SCOTTO DI RINALDI, PABLO PEREZ-NIEVAS -
FONDATION MAROCAINE NICOLAS HULOT : ABDERRAHMANE DJOUAI - FONDATION
MED 6 POUR LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT : BRAHIM HADDANE, FATIMA
ZAHRA BENYAICH - FONDATION SIGMA : NASSER EDDINE ZINE - FORUM DE
LA CITOYENNETE : EL MAHJOUB ESSAFI - COMPUSCO FUTURE KIDS : MOUNIRA
SEDRATI - HCEFLCD : ABDELLAH EL MASTOUR, BRAHIM ABOU EL ABBES, MOHAMMED
RIBI, MOHAMED SGHIR TALEB - IAV HASSAN II : AHMED BIROUK - INSTITUT
SCIENTIFIQUE : MOHAMED IBN TATTOU, OUMNIA HIMMI - JOURNAL LE MATIN : RACHID
TARIK - LYDEC : CELINE HERVE-BAZIN - MADRPM : AMINE IDRISSI BELKASMI, ASMAE
ALAOUI CHAHID, LARBI LJOUAD,LARBI SBAI, NAHID EL BEZZAZ - MATEE : ALI
REGRAGUI - MENESFCRS : ABLA LAMDAOUAR, WAFA BENZAOUIA - ONDA : HAKIMA
SENTISSI - PNUD : EL KEBIR MDARHRI ALAOUI - SECJ : ABDESSLAM ABDEL, MOHAMED
AIT EL HALOUI, RACHID BENTAIBI - SPANA : ABDESLAM BOUCHAFRA, ITIMAD ZAIR -
UNESCO : YOUSSEF FILALI MEKNASSI - UNIVERSITE MOHAMMED V : ABDELATIF
FADLOULLA VEOLIA ENVIRONNEMENT : OLIVIER GILBERT, THOMAS HASCOET -
WWF : IMAD CHERKAOUI.

8

C'est dans le domaine de l'environnement, plus “
Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable
que dans tout autre sûrement, que s' exprime
le plus profondément notre communauté de
destin… et notre responsabilité partagée.

Extrait d'un discours de M. Boutrous Boutrous-Ghali,


Secrétaire général de l'ONU (1992-1997)

9
Introduction

A l'instar de nombreux pays à travers le monde, le Maroc souffre de


graves problèmes environnementaux qui sont le fait des activités
anthropiques. La concentration de la moitié de la population sur le
littoral, la surexploitation des ressources naturelles et l'impact des
diverses pollutions sur les écosystèmes se combinent à des problèmes
de gouvernance environnementale. L'insuffisance ou l'absence d'infor-
mation, le manque de communication, de coordination et de concertation
entre la multitude d'acteurs impliqués dans la gestion de l'environne-
ment sont autant de facteurs qui empêchent l'émergence de solutions
appropriées.

Pourtant, la gestion durable de l'environnement est un enjeu vital pour le


Maroc. Son espace forestier est capital pour le développement du milieu
rural, qui concentre près de la moitié de la population ; son domaine
maritime et ses ressources halieutiques sont stratégiques et sa diversité
géographique et socioculturelle lui confère un « cachet » précieux pour le
développement du tourisme.

De même qu'il ne peut y avoir de développement humain durable sans


préservation de l'environnement, il ne peut y avoir de préservation de
l'environnement sans Stratégie Nationale d'éducation et de sensibilisation
à l'environnement (SN-ESE).

En ratifiant les trois conventions de Rio sur la diversité biologique,


les changements climatiques et la lutte contre la désertification, puis la
plupart des accords multilatéraux qui ont suivi, le Maroc s'est engagé
dans la voie du développement durable. Il a réaffirmé sa détermination
en 2002 à l'occasion du Sommet mondial de Johannesburg, soulignant
à cette occasion l'importance de l'éducation et de la sensibilisation à
l'environnement.
10
Or, l'analyse des programmes nationaux et des stratégies secto-
rielles en matière d'environnement montre que l'ESE est toujours
présente mais insuffisamment valorisée. En réalité, elle s'est essen-
tiellement traduite par le développement de l'éducation environne-
mentale au fil des quatre réformes successives de l'enseignement :

• 1979 : l'environnement entre dans les programmes de


sciences naturelles du secondaire, sous forme d'Education en
matière de Santé et d'Education en matière de Population,
répondant ainsi aux contraintes démographiques et sanitaires
de l'époque ;

• 1985 : le volet environnemental de la réforme vise à ce que l'ap-


prenant soit « capable de concevoir les éléments de beauté de

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


son environnement », et « de valoriser l'environnement », en
étant convaincu de la nécessité de préserver son équilibre à par-
tir de la conception de ses relations, en se gardant d'éviter d'abu-
ser des richesses naturelles et des énergies économiques ;

• 1994 : deux ans après le Sommet de Rio, les programmes sco-


laires sont reconsidérés dans le sens d'une « pédagogie par
objectif » et font une plus grande place à la dimension environ-
nementale ;

• 2000 : la Charte Nationale d'éducation et de formation (CNEF)


préconise la prise en compte du milieu naturel de l'école, consi-
dérée comme « un lieu de lutte contre les différents fléaux de la
société » : pollution, corruption, maladies, malnutrition, etc. Elle
recommande également « la sensibilisation pratique à l'écono-
mie et à la gestion de cette denrée si précieuse qu'est l'eau ».
D'autres articles de la CNEF (65, 66, 68 et 162) soulignent
l'importance de la prise de conscience des autorités vis-à-vis de
la question environnementale et, surtout, des liens qu'elle
entretient avec le développement socioéconomique.

L'évolution des programmes scolaires, constatée au fil des


réformes de l'éducation, atteste de la préoccupation du Maroc de
s'engager dans la voie d'un développement durable conforme à ses
engagements internationaux.

11
La Stratégie Nationale
d’Éducation-Sensibilisation
à l’Environnement,
une composante essentielle
d u développement du ra ble
Les spécificités environnementales du Maroc
De par ses particularités géographiques, bio et paléo climatiques,
le Maroc est concerné par les grands défis environnementaux abordés
depuis la Conférence de Rio : la désertification, les impacts des chan-
gements climatiques et la conservation de la diversité biologique.

La principale contrainte qui pèse sur le développement futur du pays


est la diminution de ses ressources en eau. Aujourd’hui, la pollution et
la mauvaise gestion de cette ressource vitale menacent la durabilité de
son exploitation et exigent d’importants efforts de rationalisation.

Les sols sont une autre ressource précieuse menacée. Ne couvrant que
12% du territoire national, les terres arables sont affectées par des
épisodes de plus en plus fréquents de sécheresse, l'érosion éolienne et
hydrique et la salinisation liée à l’irrigation (qui a déjà détérioré près de

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


37 000 ha de terres irriguées). Il en résulte d’énormes pertes en termes
de rendements agricoles et d’importants déficits de production,
estimés à quelque 100 millions de tonnes par année.

La qualité de l’air est étroitement liée à la santé et au bien-être de la


population. Sa dégradation pourrait coûter très cher à l’Etat si des
soins devaient être prodigués à une population de plus en plus touchée
par les maladies respiratoires. La mauvaise qualité de l’air peut aussi
affecter les productions agricoles, la productivité des sols et les arbres
(pluies acides). La pollution de l’air est principalement due aux activités
du secteur de l'énergie (56% des émissions totales), de l’agriculture
(25%) à cause du surdosage des produits azotés et à d’autres secteurs
comme les transports, souvent dans un état désastreux.

En termes de biodiversité, les richesses du Maroc sont grandes, mais les


ressources marines sont surexploitées, les forêts fortement dégradées,
les ressources agricoles fragilisées et marginalisées au profit de
variétés importées plus rentables, les zones humides convoitées et
surexploitées. Quant au désert, il avance toujours davantage.

Au total, ces dégradations ont un coût très élevé, évalué en 2003 par la
Banque Mondiale à quelque 13 milliards de DH par an, soit plus de
3,7% du PIB. Elles compromettent le développement durable du pays
déjà entravé par l’effet de serre (qui provoque un accroissement des
épisodes de sécheresse), auquel le Maroc a peu contribué mais qu’il
subit de plein fouet.
13
Les grandes thématiques de la Stratégie Nationale

Les thématiques de la Stratégie Nationale d’Éducation-Sensibilisation à


l’Environnement et au Développement Durable (SN-ESE-DD) recouvrent
celles des trois conventions de Rio. Elles concernent :
• l’amenuisement de la diversité biologique (écosystémique, spéci-
fique et génétique) exprimé par la disparition de nombreux espaces
(forêts, terres agricoles, zones humides, etc.), la raréfaction ou la
disparition d’une multitude d’espèces et de ressources zoo et
phylogénétiques (ressources halieutiques, variétés et espèces
locales, etc.) ;
• l’effet de serre et les changements climatiques, qui s’expriment
essentiellement, à l’échelle nationale, par des cycles de sécheresse
plus fréquents et un impact sur la santé publique ;
• la désertification avec ses manifestations et ses causes, comme la
dégradation et la perte de la fertilité des sols, la baisse des rende-
ments, l’urbanisation, l’ensablement.

Tous ces problèmes se retrouvent dans plusieurs régions du Maroc,


simultanément ou séparément. Par exemple, les changements climatiques
se manifestent par un déficit ou une irrégularité de la pluviométrie,
conduisant à des périodes de sécheresse plus ou moins longues et
fréquentes. Il s’en suit la perte d’habitats et la disparition d’écosystèmes,
avec leurs espèces et leur patrimoine génétique. Privées de leur matière
organique, les terres se désertifient, perdent leur fertilité, leur rentabilité
et, à la longue, leur capacité à supporter les productions agricoles,
forestières, etc.

Dès lors, sans production végétale, il n’y a plus ni production ni diversifi-


cation animale ni rétention d’eau ni absorption de l’excédent de gaz
à effet de serre (CO2 principalement). Les changements climatiques
s’aggravent ainsi que leurs répercussions sur la santé et le bien-être
matériel des hommes.

Purement conceptuel, le cloisonnement entre les trois thématiques


n’est qu’apparent. Car il s’agit bien de sauver un seul et même système,
« l’équilibre écologique global » de notre planète et de notre pays.

14
Les objectifs de la Stratégie Nationale

Eduquer et sensibiliser le public au respect de son environnement et


de son cadre de vie ont pour objectif un changement de mentalités, de
comportements et de pratiques, auquel les pouvoirs publics, la socié-
té civile et les médias, doivent travailler ensemble. C’est, en effet, en
modifiant les comportements irrespectueux des citoyens vis-à-vis de
l’environnement que l’on peut escompter réduire, au moins en partie,
les impacts négatifs de la croissance démographique et du développe-
ment socioéconomique sur la durabilité des ressources naturelles.

Il est donc capital de mettre au point une stratégie permettant


aux individus de participer à la recherche des solutions, mais aussi
de donner à tout un chacun le savoir, le savoir-être, le savoir-faire
et la motivation indispensables à la rationalisation de la gestion
environnementale. Toutefois, pour porter pleinement ses fruits, cet
effort éducatif et de sensibilisation doit s’accompagner d’autres
mesures visant à valoriser le rôle de la femme dans la société, à
alphabétiser les exclus de l’éducation, à offrir des emplois décents aux

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


jeunes, à améliorer la qualité des services publics dans le domaine de
la gestion environnementale, de la santé, etc.

De même qu'il ne peut y avoir de développement humain durable


sans préservation de l'environnement, il ne peut y avoir de préservation
de l'environnement sans Stratégie Nationale d'Éducation et de
Sensibilisation à l'Environnement (SN-ESE).

15
Principes et valeurs
de la Stratégie Nationale
Une problématique complexe
Dans la perspective du développement durable, la question environne-
mentale dépasse la seule protection de la nature pour toucher des
enjeux économiques, sociaux et culturels. Dès lors, l'éducation à l'en-
vironnement ne peut se limiter à traiter les problèmes écologiques
mais doit s'inscrire plus largement dans le champ de l'éducation à la
citoyenneté, comme l'a rappelé la conférence de Rio en 1992.

Il va sans dire qu'environnement et développement sont intimement


liés. La désertification ou les changements climatiques, par exemple,
ne sont pas seulement des phénomènes environnementaux ; ils ont
également un impact important sur les paysans, les éleveurs, les

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


forestiers, et les citoyens en général.

La Stratégie Nationale doit tenir compte de la complexité de la problé-


matique et de la diversité de ses enjeux, à travers la prise en compte :
• des besoins nationaux exprimés dans les nombreuses stratégies
sectorielles élaborées par divers départements et institutions
impliqués dans la gestion de l'environnement ;
• des résultats des enquêtes menées auprès d'une centaine
d'associations œuvrant dans le domaine de l'environnement et
du développement local, et qui sont rompues aux actions de
sensibilisation et d'encadrement des populations ;
• des résultats d'interviews de personnes ressources, de respon-
sables de projets de développement et d'institutions du secteur
privé, de professionnels des médias, etc., qui sont directement ou
indirectement concernés par la problématique environnementale ;
• des analyses des stratégies environnementales de certains pays
d'Afrique, d'Europe, d'Amérique, d'Asie et d'Océanie et de leurs
expériences respectives ;
• des objectifs du développement durable tels qu'exprimés dans les
documents des organismes internationaux, dont la Déclaration
de Rio, l'Agenda 21, Capacités 21, la Charte de Belgrade et bien
sûr la Stratégie Méditerranéenne de Développement Durable
adoptée à Portoroz en 2005 par les parties contractantes de la
convention de Barcelone.
17
Les principes d'action

Toute action sur les comportements des personnes et des groupes


sociaux doit s'appuyer sur un certain nombre de principes (P).

• P1 : il ressort du premier principe de la Déclaration de Rio que


« les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au
développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en
harmonie avec la nature ». Leur implication doit se manifester à
tous les niveaux qui touchent à ce développement ;

• P2 : il faut connaître pour pouvoir agir, sachant que l'information et


la connaissance sont des préalables à toute approche participative
invitant et incitant des groupes cibles à appuyer les actions de pro-
tection de l'environnement et de développement durable concernant
des ressources naturelles d'intérêt économique ou social pour la
communauté ;

• P3 : la diffusion de l'information est une question centrale : les


connaissances, l'information scientifique et le savoir (y compris le
savoir traditionnel) doivent être disponibles et accessibles pour faire
bénéficier divers groupes cibles des connaissances nécessaires à la
réussite du développement durable ;

• P4 : la participation de tous est un gage de réussite ; l'expérience


prouve que sans une participation active des citoyens et de tous les
acteurs concernés, il ne peut y avoir ni protection de l'environne-
ment, ni utilisation rationnelle et durable des ressources, ni déve-
loppement social, culturel ou humain durables ;

• P5 : l'environnement est une responsabilité commune et partagée


qui concerne toutes les composantes de la société, à différentes
échelles spatiales et temporelles, surtout que le concept de mondia-
lisation tend à abolir graduellement les frontières entre les pays ;

• P6 : le contexte local conditionne l'efficacité et la réussite de l'action


environnementale en faveur du développement. Avec le processus
actuel de régionalisation, de décentralisation et de déconcentration,
il est important que la gouvernance et la prise de décision en matière
d'ESE soient renforcées aux échelles locales et régionales, à travers
la mise en œuvre de plans d'action tenant compte des spécificités
géographiques et socioculturelles de chaque région.
18
Les valeurs à promouvoir
Sur la base des principes précités, la Stratégie doit promouvoir un corpus
de valeurs auprès des décideurs et des populations :

• V1 : les valeurs écologiques qui stipulent que la préservation et la


bonne gestion des ressources et des services de l'environnement
sont les seuls garants du maintien de l'équilibre écologique
global. La sobriété, le recyclage, l'efficience de l'utilisation, la
réutilisation, l'optimisation peuvent contribuer à maintenir l'équi-
libre recherché entre nos besoins de développement et ce que
nous offre la nature ;

• V2 : les valeurs de gouvernance qui permettent de s'assurer que


la prise de décision en matière de sensibilisation, d'éducation et
de gestion de l'environnement soit instituée et renforcée aux
échelles locales et régionales, et ce, pour une meilleure intégra-
tion et implication des potentialités locales dans les efforts de
préservation de l'environnement et de développement ;

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


• V3 : les valeurs sociales, qui soulignent que la dégradation de
l'environnement concerne toutes les composantes de la société.
Des valeurs de solidarité, d'entraide et de droit/responsabilité
par rapport à l'environnement doivent être inculquées pour
assurer une plus grande harmonie entre les différentes compo-
santes de la société, d'une part, et entre la société et son
environnement, d'autre part ;

• V4 : les valeurs éthiques, qui impliquent que la foi est une valeur
contribuant à l'harmonie entre l'homme et son environnement.
L'islam recommande la sobriété dans l'utilisation des ressources
naturelles, prohibe le gaspillage, incite à la restauration et la
réhabilitation, comme il invite les citoyens à adopter une attitude
d'humilité envers notre habitat fondamental, la biosphère.

19
Les composantes
de la Stratégie Nationale
Cadrage général

Les domaines environnementaux considérés

La présente Stratégie Nationale s'inscrit dans le cadre d'un large Projet


de renforcement des capacités nationales en matière d'éducation et de
sensibilisation à l'environnement dans les domaines de la biodiversité,
des changements climatiques et de la désertification. Ce projet, lancé
en mai 2005, vient en appui à la mise en œuvre du Plan d'action natio-
nal pour l'environnement (PANE). Dans son paragraphe (b) intitulé
« Pertinence de l'action par rapport aux priorités du programme », il
se donne pour mission « d'appuyer la mise en œuvre des objectifs
contenus dans les trois conventions environnementales des Nations
Unies : la Convention sur la lutte contre la désertification (CCD), la
Convention sur la diversité biologique (CDB) et la Convention-Cadre des
Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et
notamment dans les articles 13 de la CCD, 19 de la CDB et 6 de la
CCNUCC ainsi que la composante 7 du PANE ».

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


La SN-ESE-DD s'inscrit dans le cadre de la Décennie de l'éducation
pour le développement durable (2005-2014) et contribue à appuyer la
Stratégie Nationale de développement durable.
Les domaines environnementaux concernés par la SN-ESE-DD sont :
• La biodiversité :
a) diversité biologique agricole (variétés et races locales, oasis) ;
b) diversité biologique des forêts/montagnes ;
c) diversité biologique des eaux intérieures (zones humides), etc. ;
d) diversité biologique marine et côtière.
• La désertification et le changement climatique :
a) eau ;
b) sol ;
c) air ;
d) énergie ;
e) déchets.

Ce « cloisonnement » des thématiques n'est qu'artificiel et présente le


double avantage de :
- permettre d'élaborer des programmes d'éducation/sensibilisa-
tion précis et ciblés ;
- faciliter le transfert des messages, car l'expérience a montré que plus
les groupes cibles sont socioculturellement identifiés et spatiotem-
porellement localisés, plus ils sont aptes à recevoir l'information
contenue dans les messages et à leur répondre de manière favorable.
21
Les groupes cibles de la SN-ESE-DD

L'identification des groupes cibles est un préalable nécessaire, avant


de tenter de leur faire acquérir les connaissances et les compétences
indispensables pour participer de façon citoyenne à la résolution des
problèmes d'environnement.

On distingue en général deux grands types de populations cibles :

• Les cibles finales : correspondant au grand public utilisateur et


consommateur direct des produits et services environnementaux. C'est
un groupe extrêmement hétérogène d'un point de vue social, culturel,
économique et de réceptivité, qui doit être segmenté en groupes
démographiques, socioprofessionnels et culturels bien caractérisés.
Cependant, avec une typologie environnementale adéquate, il devient
relativement aisé de le circonscrire, puisqu'on distinguera, sans grande
discorde, des agriculteurs, des éleveurs, des conducteurs, etc.

• Les cibles relais : elles sont appelées ainsi du fait de leur effet multi-
plicateur et parce qu'elles peuvent constituer des intermédiaires entre
les acteurs concernés (producteurs ou gestionnaires de l'information-
message) et les cibles finales. Ce sont des personnes relativement plus
réceptives, organisées, structurées et disposant d'un minimum de
pédagogie et de méthodes de plaidoyer, ce qui permet de les qualifier
de « multiplicateur d'effet ». Les animateurs, agents de développement,
vulgarisateurs, journalistes, prédicateurs, ONG, chefs d'entreprises en
sont des exemples. Ces cibles relais, qui sont de simples citoyens, sont
aussi des cibles finales.

Les objectifs de la SN-ESE-DD

• Objectif global
Le but ultime de la SN-ESE-DD, est de « contribuer à la mise en place
à l'échelle nationale d'une culture environnementale citoyenne ».
Cet objectif implique de doter les deux groupes cibles précités d’une
connaissance aussi fidèle que possible du milieu et des problèmes qui
résultent de l'action humaine, afin de les conscientiser et de procéder à
un changement progressif de leurs comportements. Il s'agit de faire
évoluer la société d'une situation d'indifférence vis-à-vis des problèmes
environnementaux vers celle de la curiosité, de l'attention active, de la
responsabilité et de l'esprit participatif. C'est ainsi que chacun intègrera
la dimension environnementale dans son vécu quotidien, sa perception et
sa représentation du monde.

22
• Objectif stratégique
L'objectif stratégique de la SN-ESE-DD est de convaincre les citoyens que
sans environnement viable, il n'y aura pas de développement durable.
Le diagnostic sur l'ESE a révélé la nécessité de privilégier une vision
intégrée des problèmes environnementaux, qui transcende le cadre de
la mise en œuvre de l'une ou l'autre des trois conventions des Nations
Unies. Ultimement, toute stratégie cohérente en matière d'ESE doit
raisonner en termes de développement durable, en tenant compte des
aspects écosystémiques, socioéconomiques et culturels.

• Objectifs spécifiques
L'objectif stratégique précité peut se décliner en trois objectifs
spécifiques (OS) :
- OS.1 : prodiguer une éducation environnementale harmonieuse et
intégrée aux jeunes, dans tous les espaces d'éducation, de forma-
tion et de loisirs;
- OS.2 : sensibiliser l'ensemble de la population à travers le pays aux
enjeux environnementaux, dans la perspective d'un développement
durable ;

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


- OS.3 : répondre aux besoins de renforcement des capacités des acteurs
de l'éducation et de la sensibilisation en matière d'environnement pour
contribuer à atteindre les deux objectifs précités (OS1 et OS2).

Pour atteindre ces objectifs spécifiques, il importe d'envisager la mise


en place d'un mécanisme de coordination et d'harmonisation en
matière d'ESE, sans lequel les actions menées ne seraient que ponc-
tuelles et éphémères.

L'éducation à l'environnement et
au développement durable

L e s a p p ro c h e s é d u c a t i ve s d a n s le s co n ve n t i o n s
internationales

« L'éducation relative à l'environnement est conçue comme un


processus permanent dans lequel les individus et la collectivité
prennent conscience de leur environnement et acquièrent les connais-
sances, les valeurs, les compétences, l'expérience et aussi la volonté qui
leur permettra d'agir, individuellement et collectivement, pour résoudre
les problèmes actuels et futurs de l'environnement. » (UNESCO-PNUE)(1)
(1) Programme International d'Education relative à l'Environnement UNESCO-PNUE. Série
d'Education environnementale, Taylor J.L. 1986. 23
Dans le cadre des trois conventions de Rio, l'éducation constitue l'une des
préoccupations majeures pour la conservation de la biodiversité, la lutte
contre la désertification et la réduction des émissions de gaz à effet de
serre (GES). C'est ainsi que :

• dans la CDB, l'article 13 intitulé Éducation et sensibilisation du


public engage les parties contractantes (PC) à « favoriser et encou-
rager une prise de conscience de l'importance de la conservation de
la diversité biologique et des mesures nécessaires à cet effet et à en
assurer la promotion par les médias, ainsi que la prise en compte de
ces questions dans les programmes d'enseignement ». Il engage
également les PC à « coopérer […] avec d'autres États et des organi-
sations internationales, pour mettre au point des programmes
d'éducation et de sensibilisation du public concernant la conserva-
tion et l'utilisation durable de la diversité biologique » ;

• la CCNUCC exhorte, dans son article 4, les PC à « encourager et


soutenir par leur coopération l'éducation, la formation et la sensibi-
lisation du public dans le domaine des changements climatiques et
à encourager la participation la plus large à ce processus, notam-
ment celle des organisations non gouvernementales ». Dans son
article 6, la CCNUCC engage les PC à procéder à « l'élaboration et
l'application de programmes d'éducation et de sensibilisation du
public sur les changements climatiques et leurs effets », mais aussi
à « la mise au point et l'échange de matériel éducatif et de matériel
destiné à sensibiliser le public aux changements climatiques et à
leurs effets » ainsi qu'à « la mise au point et l'exécution de pro-
grammes d'éducation et de formation, etc. » ;

• la CCD donne encore plus d'importance à l'éducation et à la sensibi-


lisation. Dans son article 19,elle invite les PC à « coopérer les unes
avec les autres et par l'intermédiaire des organisations intergouver-
nementales compétentes, ainsi qu'avec des organisations non
gouvernementales, pour entreprendre et appuyer des programmes
de sensibilisation et d'éducation du public dans les pays touchés et,
lorsqu'il y a lieu, dans les pays non touchés, afin de faire mieux
comprendre quels sont les causes et les effets de la désertification
et de la sécheresse et combien il importe d'atteindre les objectifs de
la présente Convention ». Les campagnes de sensibilisation
destinées au grand public, l'accès à l'information, la création d'ONG,
la mise en réseau, l'échange d'outils pédagogiques, les programmes
scolaires et participatifs font partie des actions proposées.

24
Ancrage scolaire

Avec la diversité des problèmes environnementaux, leur acuité et


l'hétérogénéité des groupes cibles, il est primordial que les approches
visant la conscientisation des populations à l'importance de l'environ-
nement pour le développement durable soient complémentaires. Des
cadres ont ainsi été envisagés :
• un cadre formel relatif à l'éducation et qui concerne le milieu
scolaire (et universitaire) : les cycles préscolaires et primaires
sont particulièrement ciblés car les jeunes enfants sont très
réceptifs aux concepts de base et aux valeurs qu'on leur inculque.
Ils peuvent aussi constituer des cibles relais et sensibiliser leur
entourage familial ;
• un cadre non formel conçu pour des groupements plus ou moins
organisés (sur les lieux de travail, entre autres) ;
• un cadre informel correspondant plutôt à la sensibilisation du
grand public.

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


Adhésion des cibles relais aux actions préconisées

La grande diversité des cibles finales (préscolaire, primaire, collège,


lycée, supérieur dans des branches spécialisées en lien avec l'envi-
ronnement, etc.), ainsi que la grande hétérogénéité socioculturelle à
l'intérieur de chaque groupe exige de disposer de relais spécifiques.

Dans le cas de l'éducation formelle, ces cibles relais pourraient être


des instituteurs, professeurs, inspecteurs, éducateurs, animateurs de
clubs d'environnement ou de centres d'éducation à l'environnement,
cadres et animateurs de maisons des jeunes, de maisons de la
culture, de clubs sportifs, de colonies de vacances, ainsi que des
spécialistes en communication et en audiovisuel.

Pour que ces cibles relais puissent jouer leur rôle, ils ont besoin de :
• un cadre législatif adéquat leur permettant d'exercer « légale-
ment » les activités d'éducation environnementale qui leur sont
confiées ;
• l'accès à l'information de base, aussi bien en matière d'environ-
nement que de développement durable ;
• formations adaptées à leurs contextes professionnels et aux
tâches qui leur sont assignées ;

25
• formations continues permettant aux cibles relais :
- l'évaluation et l'actualisation/développement des programmes
en vue d'une meilleure intégration de l'ESE dans le système
scolaire, parascolaire et périscolaire ;
- la mise en place de programmes de formation et de perfectionne-
ment d'autres cibles relais (exemple : les femmes en tant que
mères de famille) ;
- l'élaboration d'outils didactiques en matière d'ESE, adaptés
en fonction des niveaux de scolarisation et des spécificités
régionales.

Approches et étapes à préconiser pour l'éducation des cibles


finales

Pour une éducation efficiente, il est suggéré :


• d'identifier un « champ Environnement » dans le système éducatif
national, sans pour autant créer de nouvelles matières et, par consé-
quent, de nouvelles charges pour les élèves et les enseignants-
formateurs. L'environnement ne peut en aucun cas constituer une
nouvelle discipline isolée, mais doit imprégner l'enseignement dans
son ensemble ;
• de faire de la Stratégie d'ESE-DD un cadre national pour une forma-
tion généralisée basée, d'une part, sur la philosophie de la Charte
nationale pour l'éducation et la formation (CNEF) et, d'autre part, sur
le besoin de mettre à la disposition de tous les jeunes l'information
environnementale utile et nécessaire ;
• de faire de l'ESE-DD un « champ-formation » qui tienne compte des
particularités régionales et locales et s'appuie avant tout sur des
supports concrets capables d'entrer en résonnance avec l'identité
des populations, très attachées à leur milieu ;
• de faire de l'ESE-DD, une approche progressive s'étalant sur toute
la durée de la vie scolaire et parascolaire du jeune, mais aussi
une approche harmonieuse, visant la complémentarité et la
cohérence entre les différents niveaux scolaires. En l'absence d'un
projet éducatif national sur l'environnement, plusieurs entrées
thématiques (eau, paysage, sol, etc.) peuvent servir de support à
l'enseignement de ce sujet. L'harmonie transversale s'impose
également entre les matières et les activités parascolaires (clubs
d'environnement, centres d'éducation à l'environnement, maisons
des jeunes ou de la culture, activités artistiques, colonies de
vacances, etc.) ;

26
• d'opter pour une ESE-DD transdisciplinaire tenant compte non
seulement de la « composante naturelle et écologique de
l'environnement » mais aussi des liens avec le développement,
des risques sur la santé, des risques de pénurie des services
environnementaux, de l'écocitoyenneté, de la solidarité intergé-
nérationnelle, de la responsabilité commune et partagée vis-à-vis
de l'environnement, etc. ;
• de favoriser une ESE-DD attractive et interactive dans sa concep-
tion, ses thèmes, ses approches et ses outils, favorisant la
réflexion personnelle.

Propositions de contenus à intégrer aux matières


« porteuses »

Il a été procédé à un recensement des matières « porteuses » du


système éducatif national où peuvent être injectés des modules en lien
avec l'environnement (compétence techniques, voir annexe 1, sur le
Cd-rom). Des compétences transversales peuvent aussi être développées

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


dans le cadre d'ateliers, sorties, colonies de vacances, travaux artis-
tiques, maisons de jeunes et de la culture, clubs d'environnement,
centres sportifs, etc.

Les manuels scolaires proposés à l'échelle nationale sont riches en


matières susceptibles de « porter » de l'information et des messages
éducatifs sur l'environnement, comme les Sciences naturelles ou
l'écologie. Mais les principes des conventions de Rio et du développement
durable n'y sont abordés que de façon sommaire.

Opérationnalisation des orientations pédagogiques

Pour que l'éducation à l'environnement porte ses fruits, il faut qu'elle


soit portée par des plans d'action locaux et que l'enfant :
• puisse percevoir le résultat de ses activités ;
• puisse mesurer l'impact de ses activités, notamment via des
activités de terrain ;
• sorte de l'apprentissage théorique pour toucher de près la
réalité du terrain.

27
Les résultats escomptés de telles approches sont généralement
facilement obtenus via des projets d'établissements autour de questions
d'environnement et de développement durable (DD), tels qu'ils sont
identifiés selon les besoins spécifiques à l'échelle régionale/locale.

Ces projets permettent aux enfants de prendre connaissance et conscience


des liens inextricables entre la nécessité de protéger l'environnement et
le besoin de se développer.

Dans cette perspective, il est préconisé :


• de compléter les curricula de formation avec un côté pratique de
l'ESE qui doit avoir comme référence le milieu de vie de l'élève. Ce
côté pratique, comme l'a suggéré le Forum national d'ESE-DD, peut
se traduire par des actions et projets à caractère démonstratif ;
• de soutenir les initiatives des personnes motivées qui travaillent sur
le terrain (éducateurs, animateurs, enseignant, etc.), de renforcer
leurs connaissances autours des thématiques environnementales et
du DD, de les doter d'outils pédagogiques susceptibles de faciliter
leur travail ;
• de coordonner et d'harmoniser les initiatives au sein d'un même
établissement où l'on peut trouver des clubs scientifiques, d'envi-
ronnement et de citoyenneté ;
• de renforcer les partenariats, collaborations et jumelages entre
des établissements engagés dans des actions d'ESE pour une
mutualisation des efforts et des expériences ;
• de permettre à l'enfant de voir son environnement s'améliorer (mise
en place de poubelles, disponibilité de l'eau, plantation de fleurs,
etc.) ;
• d'encourager les activités des clubs d'environnement dans les
écoles, en y associant élèves, enseignants, parents, etc.

Plusieurs instruments peuvent assurer le lien entre le scolaire, le para-


scolaire et le périscolaire, dont :
• la mise en réseau des différentes initiatives afin de permettre la
capitalisation et le partage des expériences (recours à un site Web
fédérateur, par exemple) ;
• le développement du partenariat avec les associations, notamment
en leur facilitant l'accès aux établissements scolaires ;
• l'inscription d'une composante environnementale sur l'agenda des
conseils de gestion des établissements scolaires.

28
D'autres mesures pourraient faciliter l'éducation environnementale et
son efficacité. Il s'agit, entre autres, de :
• créer des centres d'éducation à l'environnement dans chaque
région. Le financement et l'encadrement de ces centres relèveraient
de la responsabilité communale et/ou régionale, et ce, dans le
cadre des attributions éducatives et environnementales qui leur
sont dévolues par la Charte communale ;
• plaider auprès des médias audiovisuels pour l'intégration d'émis-
sions d'éducation environnementale ;
• créer des assises régionales de l'ESE.

Les propositions contenues dans les annexes 1 et 2 pourraient consti-


tuer des « têtes de chapitres » pour l'élaboration de plans d'actions
régionaux et locaux d'éducation environnementale.

Les activités proposées dans le tableau de l'annexe 2 (enseignement


supérieur), sur le Cd-rom, sont de deux types :
- des activités relatives à des modules de formation permettant à

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


chacun des groupes cibles d'approfondir ses connaissances sur la
problématique considérée ;
- des activités pratiques ou éco-gestes qui incitent à agir/réagir
face à des situations particulières, ou à contribuer à la protection
de l'environnement immédiat par des gestes simples et pratiques.

La sensibilisation à l'environnement et
au développement durable

Principes directeurs de la démarche

Dans le cadre de la recherche d'une synergie entre protection de


l'environnement et objectifs de développement durable en matière de
sensibilisation, on pourrait retenir les trois principes suivants :
• sensibiliser à la préservation du cadre et du bien-être des popu-
lations (actuelles et futures). Un des problèmes majeurs auxquels
doit s'intéresser une stratégie nationale est la dégradation de
l'environnement due à la pollution de divers milieux (air, eaux,
plages, etc.). La sensibilisation à la prévention de tout ce qui nuit
au bien-être des populations constitue une approche stratégique ;
• sensibiliser à l'importance de la préservation et de la gestion
rationnelle et durable des ressources naturelles. Les nombreuses
29
études sectorielles relatives à l'eau, la biodiversité, le sol, la
forêt, les ressources agricoles, etc., indiquent que ces ressources
s'amenuisent de plus en plus vite ;
• améliorer les capacités de négociation et de plaidoyer, en particulier
au profit des acteurs de la société civile. L'accès à une information
pertinente, fiable et utile, la communication, la sensibilisation sont
des outils utiles pour les ONG qui désirent élaborer des stratégies
efficaces de plaidoyer environnemental.

Différences et complémentarité entre éducation et


sensibilisation à l'environnement

Si le terme d'éducation est relativement clair, celui de sensibilisation


peut paraître vague. Le tableau en page suivante permet de mieux cerner
ces deux démarches.

La sensibilisation est une action volontaire, unidirectionnelle (d'un acteur


vers un groupe déterminé) qui vise à communiquer des informations
dans le but d'attirer l'attention et d'éveiller la conscience du public. Il est
évident qu'éveiller la conscience d'un public suggère sa participation au
processus de conservation et d'utilisation durable des ressources et des
services environnementaux.

La participation est une notion devenue, après le Sommet de Rio, un


« principe directeur » du DD, d'où l'importance de stratégies locales.
Cet aspect est confirmé par la Charte communale ainsi que par les
politiques de régionalisation, décentralisation et déconcentration
menées à l'échelle nationale.

En guise de conclusion, on peut retenir que sensibiliser, c'est avant tout


informer alors qu'éduquer suppose une pédagogie plus structurée.

Malgré les différences d'approches, de cibles et d'objectifs visés par


l'éducation, d'une part, et la sensibilisation, d'autre part, les deux
peuvent être complémentaires. Par exemple, un écolier peut se trouver
confronté, en dehors de l'école, à des problèmes liés à l'environnement,
à son domicile, dans la rue, dans les transports, au cinéma, dans un club
de sport, etc. Dans certains cas, une sensibilisation bien menée peut
renforcer des acquis scolaires.

30
Tableau 1. Portée, objectifs et échéances des approches de sensibilisation
et d'éducation environnementales
Sensibilisation Éducation
environnementale environnementale
Groupe cible Tous les publics Cible finale/passive :
jeunes
Cible relais/active :
formateurs, éducateurs,
cadres associatifs, mères
de familles...
Objectifs à Faire prendre conscience Mieux appréhender
court terme (informer, communiquer, l'importance des liens
(approches) animer des réunions intrinsèques entre l'être
d'échanges en groupe humain et son environ-
ouvert, etc.) nement naturel
(transmettre le savoir
nécessaire)
Objectifs à Stimuler la réflexion et la Former les futures
court terme prise de position (discus- compétences, former
(approches) sion au sein de la commu- les formateurs

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


nauté/débats collectifs (transmettre le
entre protagonistes ayant savoir-faire)
divers points de vue sur
les questions
environnementales, etc.)
Objectifs à Favoriser les attitudes Inculquer de nouvelles
moyen / long responsables vis-à-vis de attitudes au quotidien
terme l'environnement (démons- (à l'école et à la maison,
(approches) tration à un groupe lors de loisirs /divertis-
d'usagers, mobilisation sements à composante
autour de centres d'intérêt « verte » dans les clubs,
collectif, plaidoyers auprès les centres culturels,
de décideurs, de respon- les maisons de jeunes,
sables administratifs, les colonies de vacances,
d'industriels, etc.) etc.)

Propositions d'activités de sensibilisation

Des activités de sensibilisation sont proposées en annexe 3 sur le


Cd-rom. Elles s'adressent principalement à des groupes cibles pouvant
être classés dans les cadres informel et non formel : le grand public et
des populations organisées en groupes hors-école. Ces propositions
ont été formulées autour de deux grandes entrées :
• des thèmes environnementaux (biodiversité, changements

31
climatiques et désertification), tels qu'ils ont été discutés et
débattus lors des réunions du groupe de réflexion ;
• une liste de groupes cibles (finales ou relais) constituant les princi-
pales composantes de la société marocaine, et qui utilisent les
services environnementaux.
Les activités proposées sont de deux types :
• des activités relatives à l'information permettant à chaque groupe cible
de prendre conscience de son milieu, des ressources qu'il exploite et de
connaître les moyens de mieux les conserver ;
• des activités pratiques ou éco-gestes, permettant aux groupes cibles
d'agir/réagir à des situations particulières ou de contribuer à la protec-
tion de l'environnement immédiat par des moyens simples et pratiques.

Par ailleurs, des propositions sont également élaborées concernant le


coordinateur et les partenaires de l'action.

La sensibilisation est capitale dans un pays comme le Maroc où :


• la population rurale et analphabète est importante : l'analphabétisme
fonctionnel est très courant et l'analphabétisme environnemental
quasi général ;
• les fonds sont orientés vers le développement ;
• la pauvreté a un impact fort sur l'environnement, puisque les
ressources naturelles constituent la principale, sinon l'unique
source de revenus de la majorité de la population.
Enfin, comme pour l'éducation, toutes les propositions de l'annexe 3
pourraient être des « têtes de chapitres » pour l'élaboration de plans
d'actions régionaux et locaux de sensibilisation à l'environnement.

Renforcement des capacités

Une démarche à géométrie variable

L'aptitude d'un pays à assurer un « environnement viable pour un déve-


loppement durable » est intimement liée aux moyens mis à la disposition
de divers acteurs concernés (publics, privés, associatifs, etc.) engagés
dans les processus de l'ESE.
L'analyse de la situation des besoins, menée dans le cadre de la phase
« diagnostic » du présent projet, montre que les besoins en matière de
renforcement de capacités sont importants. Il importe :
• de produire de l'information environnementale spécifique, hiérarchi-

32 sée et utile sur la situation actuelle et les risques encourus ;


• de mettre cette information à la disposition des divers acteurs
concernés par l'éducation et la sensibilisation à l'environnement,
mais aussi par la conservation et la valorisation du patrimoine
naturel national ;
• d'assurer aux acteurs nationaux concernés (essentiellement les
cibles relais) les compétences et expertises nécessaires pour qu'ils
puissent produire et transmettre, dans les règles de l'art, les
messages requis aux échelles locales, régionales et nationales ;
• de mettre à la disposition de ces acteurs les moyens nécessaires
pour qu'ils puissent réaliser, sur le terrain, les activités program-
mées en matière d'éducation et de sensibilisation ;
• de se doter de cadres législatifs, institutionnels et de coordina-
tion/coopération permettant de pérenniser les activités menées
en matière d'ESE.

Renforcement des capacités en information/formation

• Renforcement des capacités en matière d'information

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


L'information est une composante stratégique dans tout processus
de développement. En matière de production, de gestion et de diffusion de
l'information sur la biodiversité, les changements climatiques et la déser-
tification, les trois principaux instruments dont dispose le Maroc sont : le
CHM (Clearing House Mechanism), le CIEDE (Centre d'information sur les
énergies durables et l'environnement) et le SCID (Système de circulation
de l'information sur la désertification). Mais ces instruments souffrent
d'un manque relatif de suivi et d'actualisation de l'information disponible.
De plus, l'information n'est pas toujours facile d'accès.

D'autres bases de données existent, mais elles sont généralement


sectorielles ; les informations sont spécialisées et demandent à être
retraitées avant d'être utilisées par des groupes cibles.

Les besoins de renforcement des capacités peuvent être résumés


comme suit :
• Production de l'information : l'information relative à la majorité
des domaines environnementaux abonde et ne nécessite qu'une
capitalisation, une optimisation, une hiérarchisation, une vulgari-
sation, avant d'être mise à la disposition des utilisateurs.
Néanmoins, certains autres domaines (changements climatiques,
coûts des processus de dégradation, impacts des activités
humaines, approches de restauration, etc.) restent mal docu-
mentés, surtout à l'échelle régionale ou locale.
33
Ainsi, les besoins identifiés dans le cadre de cette stratégie concernent
les informations de base sur :
- la diversité biologique (données, études, stratégies, approches de
conservation, etc.) : agriculture, forêts, ressources halieutiques,
paysages et écosystèmes (écotourisme et équilibres écologiques),
ressources génétiques (plantes médicinales et aromatiques, etc.),
ressources stratégiques ;
- la désertification (données, études, stratégies, approches de lutte
contre la désertification et d'atténuation des effets de la sécheresse,
etc.) sachant que pour une économie fortement agricole comme celle
du Maroc, la désertification constitue une préoccupation majeure ;
- les changements climatiques (données, études, stratégies,
approches d'adaptations aux CC, etc.) : à ce jour, et en dehors d'un
cercle restreint de personnes physiques/morales directement
concernées, peu d'intervenants ont une véritable connaissance du
sujet et de ses enjeux socio-économiques ;
- les interactions entre les trois thématiques précitées et leurs
impacts conjugués sur la santé et le bien-être des populations.

• Gestion de l'information : pour disposer d'une information de quali-


té susceptible d'aider à la prise de décision, il est important d'avoir :
- un « guichet unique d'information environnementale » qui peut
correspondre soit à une base de données nationale unifiée, soit à
un réseau des systèmes d'informations existants ;
- une interface améliorée avec les utilisateurs potentiels et une
bonne fonctionnalité pour la recherche de l'information ;
- des approches révisées pour la collecte de l'information, son
traitement, sa hiérarchisation et son analyse pour qu'elle soit
accessible et facile à utiliser ;
- une terminologie normalisée et des systèmes d'exploitation
conçus pour les différents domaines environnementaux, en
particulier ceux relatifs à la biodiversité, aux changements
climatiques et à la désertification ;
- des documents ou des publications sous format électronique,
classés selon les besoins.

• Diffusion de l'information : si la production de l'information environ-


nementale est une phase essentielle pour l'élaboration de pro-
grammes de sensibilisation, d'éducation ou de développement, et si
la gestion de cette information facilite largement le choix et l'assimi-
lation de cette information, celle-ci n'a d'utilité que si elle est acces-
sible à ceux qui en ont besoin, que ce soit pour la sensibilisation,
l'éducation, ou le développement socioéconomique durable, aussi
34
bien à l'échelle locale que régionale ou nationale. Ainsi, il faut donc :
- renforcer la synergie entre les systèmes d'information des trois
conventions de Rio, actuellement indépendants les uns des
autres. Les liens étroits entre les changements climatiques, la
désertification-sécheresse et l'amenuisement de la diversité
biologique, de même que le besoin de les documenter, requiè-
rent une intégration fonctionnelle de ces trois systèmes ;
- multiplier et diversifier les canaux pour la diffusion de
l'information relative à l'environnement et au développement.
Les expertises, expériences et résultats des projets de déve-
loppement ayant un impact sur l'environnement doivent être
documentés et accessibles ;
- doter les acteurs de la gestion environnementale de capacités
de communication pour les inciter à exploiter les médias
(radio, télévision, journaux, nouvelles technologies de l'infor-
mation et de la communication (NTIC), etc.) pour diffuser leurs
connaissances et leurs expériences.

• Renforcement des capacités en matière de formation

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Enseignants, formateurs, animateurs et autres acteurs de l'éducation
à l'environnement et au développement doivent bénéficier de formations
spécifiques.

• Groupes cibles concernés par la formation. Diverses populations


cibles/relais, sont concernées :
- les animateurs du préscolaire, du primaire et du secondaire
dans les secteurs public et privé ;
- les conseillers pédagogiques et coordonnateurs de projets au
sein des AREF ;
- les responsables de programmes relatifs à l'environnement
dans les organismes publics ou privés ;
- les animateurs de projets communautaires au sein des
collectivités locales ;
- les animateurs des ONG œuvrant dans les domaines de l'édu-
cation, de la sensibilisation, de l'environnement, de la santé et
du développement ;
- les animateurs des associations professionnelles chargés de
l'organisation et de l'encadrement de divers métiers dont cer-
tains sont pollueurs ;
- les animateurs des associations œuvrant dans le domaine de
la promotion du rôle de la femme dans le développement ;
- les animateurs spécialisés dans les questions des personnes
qui ont des besoins particuliers ;
35
- les interprètes dans les musées, les parcs zoologiques et les
jardins botaniques ;
- les animateurs des centres d'éducation à l'environnement et des
clubs d'environnement ;
- les animateurs dans les maisons des jeunes et les maisons de la
culture ;
- les imams et prédicateurs ;
- les formateurs en environnement dans les entreprises privées ;
- les responsables de programmes de santé en lien avec l'environ-
nement dans les secteurs publics et privés ;
- les intervenants préoccupés par l'intégration de l'éducation
relative à l'environnement à leur activité professionnelle ;
- les enseignants et cadres des universités et grandes écoles dont
les lauréats sont destinés à exercer des métiers impliquant
des produits nuisibles à l'environnement (médecine, pharmacie,
chimie mécanique, etc.).

• Compétences recherchées par la formation. La formation en matière


d'ESE devrait fournir des compétences « pédagogiques », permet-
tant d'avoir la capacité de formuler convenablement les messages
selon les groupes cibles. Elle devrait aussi fournir des compétences
sur « l'agir environnemental » (écocompostage, écosanté, écotouris-
me, etc.), c'est-à-dire produire des agents spécialisés dans divers
champs de génie environnemental.
Les principaux besoins sont :
- des compétences pour concevoir et mettre en œuvre des projets
d'éducation, de sensibilisation et de formation relatifs à l'environ-
nement, appropriés aux spécificités locales/régionales ;
- des compétences permettant d'associer et d'intégrer l'action
éducative et de sensibilisation au développement de projets d'action
environnementaux, et de résoudre des problèmes (en agriculture,
forêts, ressources marines, etc.) de gestion environnementale ou
d'écodéveloppement ;
- des compétences pour la conception et la gestion de projets de
formation continue ;
- des compétences pour la conception et la production d'outils
didactiques, pédagogiques et de techniques d'animation ;
- des compétences en matière d'utilisation des NTIC au service
de projets éducatifs et de sensibilisation spécifiques aux particu-
larités thématiques et régionales ;

36
• Contenus des formations. Les formations devraient s'articuler
autour de deux axes majeurs :
- les données de base sur l'environnement, et les interdépen-
dances entre les éléments de cet environnement ;
- les interrelations entre responsabilité écologique, efficacité/
rentabilité économique et solidarité sociale, et ce, à travers des
approches pédagogiques tenant compte des spécificités
locales/régionales et des thématiques abordées.

La formation devrait fournir des notions de base sur :


- la biodiversité (écosystèmes, espèces, ressources naturelles,
menaces, etc.) ;
- les changements climatiques (climat, gaz à effet de serre,
activités humaines et changement climatique, etc.) ;
- la désertification (facteurs, impacts, activités humaines et
désertification, etc.) ;
- l'interdépendance entre les trois précédentes thématiques ;
- les risques naturels (volcans, inondations, changements glo-

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baux, séismes, etc.) ;
- le coût de la dégradation de l'environnement aux échelles
locales, nationales et internationales.

La question qui s'impose est de savoir comment transmettre


aux adultes le savoir et le savoir-faire en matière de protection de
l'environnement et les connaissances de ses liens avec le dévelop-
pement durable et surtout comment les inciter à changer leurs
comportements en vue d'un environnement viable. Pour pouvoir
apporter des éléments de réponse à ces deux questions, il est
suggéré d'effectuer un travail préalable sur les points suivants :
- identification des groupes cibles ;
- analyses socioculturelles, économiques et environnementales
concernant les groupes cibles ;
- approches pour rendre un adulte acteur ;
- approches pédagogiques (théories de l'engagement, pédago-
gies actives, etc.) ;
- conception participative de projets adaptés.

37
La formation doit viser les 3 domaines suivants :

1. Préparation, conduite et évaluation d'une animation en matière


d'éducation environnementale : cette étape fondamentale devrait
s'articuler autour des aspects suivants :
- objectifs et enjeux de l'ESE ;
- approches et méthodes pédagogiques ;
- conception, production, utilisation et évaluation d'outils pédago-
giques adaptés aux contextes locaux (culturels, linguistiques, etc.);
- analyse des populations cibles ;
- évaluation de programmes d'éducation environnementale.

2. Education de la petite enfance :


Les liens que l'individu tisse avec son environnement se font dès l'enfance.
Ainsi, il faudrait se pencher sur :
- les particularités de la petite enfance et son développement psychomoteur ;
- les approches pédagogiques adaptées à la petite enfance ;
- les outils offerts et ceux nécessaires pour l'éducation de la petite enfance.

3. Environnement et développement humain durable. La « dimension


patrimoniale » de l'environnement, en tant qu'héritage, constitue une
ouverture sur les notions liées au développement durable. Les notions de
civisme, de responsabilité et de solidarité relient l'éducation/sensibilisa-
tion à l'environnement à l'éducation à la citoyenneté. Ainsi, la Stratégie
Nationale d'ESE-DD doit intégrer l'éducation à la citoyenneté et au
développement humain durable, à travers cinq axes principaux :
- la lutte contre la pauvreté et la faim : la biodiversité (forêts, agriculture,
ressources marines) constitue le pilier stratégique du développement
socioéconomique du pays, mais elle est menacée par la désertification
et les changements climatiques, entre autres ;
- la création d'emplois décents : les ressources naturelles offrent le plus
grand nombre d'emplois directs ou indirects à la population du Maroc ;
- les interactions entre développement durable, santé et éducation : la
biodiversité, source de nombreux médicaments, s'amenuise alors que
les changements climatiques accroissent la prévalence de certaines
maladies. Il en résulte une menace sur la qualité de la vie et la santé
humaine.
En matière d'éducation, quand les problèmes environnementaux
affectent les rendements agricoles, les communautés rurales tout
entières se mobilisent pour limiter les dégâts, ce qui nuit à la scolarisa-
tion des enfants et des jeunes ;
38
- la promotion de l'égalité des sexes : aussi bien en milieu rural
qu'urbain, ce sont les femmes/filles qui gèrent les ressources
naturelles et éduquent les plus jeunes. Leur rôle est donc capital
dans l'éducation à l'environnement et devrait être valorisé ;
- la prospective : l'utilisation de la prospective permettrait aux jeunes
de prendre conscience des menaces qui pèsent sur leur avenir et
de stimuler chez eux la notion de solidarité intergénérationnelle.

• Des expériences de terrain. La formation ne devrait pas se limiter


à un enseignement théorique, mais comprendre également des
exercices pratiques sur le terrain comme :
- analyse, même sommaire, du sol, de l'air et de l'eau ;
- identification des espèces animales et végétales, surtout les
plus menacées ou ayant un grand intérêt patrimonial ;
- visite d'une station d'épuration ;
- visite d'une unité de compostage ;
- visite de stations d'énergies renouvelables (énergie solaire et
éolienne) ;

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


- initiation à l'agriculture biologique.

• Des éco-gestes au quotidien. La formation doit être renforcée par


la mise à disposition de l'apprenant d'outils pratiques permettant
de se sentir « éco-citoyen » et de comprendre qu'il est possible
d'agir.
Parmi les éco-gestes quotidiens, il peut être proposé des
modules d'initiation à :
- la conception et réalisation d'une installation d'éclairage fonc-
tionnant à l'énergie solaire ;
- la conception et mise en place d'un système d'irrigation par le
système de « goutte à goutte » ;
- le montage d'un projet de conservation et de développement
local (projets alternatifs);
- le “bricolage” et la réparation des fuites d'eau ;
- le recyclage du papier ;
- le compostage, à petite échelle, des déchets domestiques.

• La formation continue. Elle s'impose d'autant plus que les condi-


tions environnementales évoluent vite et doit concerner chacun
des aspects précités pour le renforcement des capacités en
matière de formation.

39
Renforcement des capacités en ressources humaines

Toutes les analyses effectuées font ressortir des insuffisances graves


en ressources humaines (manque de compétences et d'effectifs). Le
renforcement des capacités en ressources humaines doit concerner les
six composantes suivantes :

• La production d'information. Le Maroc manque cruellement de


chercheurs spécialisés dans les divers domaines de l'environnement
et capables de produire une information ciblée, précise et fiable. C'est
pourquoi, dans de nombreux domaines, l'information reste lacunaire,
voire inexistante, donc inexploitable pour élaborer des stratégies de
sensibilisation, d'éducation ou de gestion environnementales. Par
exemple, la biodiversité de nombreuses régions du pays n'a jamais
été inventoriée tandis que l'agrobiodiversité ou les impacts des
pratiques agricoles sur la biodiversité ne sont pas documentés. De
même, on en sait très peu sur l'impact des changements climatiques
sur l'environnement marocain.

• La collecte, la gestion et la diffusion de l'information. Les moyens


humains destinés à alimenter et actualiser les bases de données
environnementales sont insuffisants. Les cadres des administrations
chargés de ce travail doivent se consacrer à d'autres tâches, ce qui
les empêche de le faire correctement. Les administrations qui gèrent
ces bases de données doivent être dotées de cadres spécialisés
capables de valoriser ces importantes richesses informationnelles.

• La coordination de la gestion environnementale au sein de certains


départements. Dans de nombreuses institutions (aménagement
du territoire, eau, agriculture, eaux et forêts, pêches maritimes,
tourisme, industrie, etc.), la bonne gestion environnementale est
censée être une préoccupation majeure. Mais la plupart ne disposent
que d'entités (services, cellules, comités, etc.) environnementales
faiblement dotées en moyens humains, ce qui les contraint à mener
des activités limitées et ponctuelles.

• La coordination et la gestion de projets au sein des ONG. Selon


les consultations effectuées, l'écrasante majorité des travailleurs
associatifs ignore tout ou presque du développement durable et
des conventions de Rio. Peu d'ONG sont capables de jouer un rôle
significatif dans l'encadrement et la sensibilisation des populations
en matière d'environnement et de développement durable. Leurs
connaissances sur la biodiversité, les changements climatiques, la
désertification, doivent être renforcées, de même que leur capacités
à gérer des projets, exploiter l'information, etc.
40
• La traduction de l'information en messages pertinents. Même
quand l'information est disponible et qu'elle intéresse le public, il
est difficile de trouver des spécialistes en communication
capables de la transformer en autant de messages de sensibili-
sation à l'environnement. Les compétences en communication
existent mais manquent de « culture environnementale ». De
même, les animateurs de l'audiovisuel et les journalistes
manquent souvent des compétences nécessaires pour jouer leur
rôle de médiateurs entre spécialistes et grand public.

• Les métiers de l'environnement. Les spécialistes qui ont fait de


l'environnement leur métier font défaut dans presque tous les
domaines et notamment dans ceux de :
- l'environnement rural : agent d'entretien de l'espace rural,
chargé d'études en environnement ; chargé d'études naturalistes ;
écogarde ; garde champêtre ; garde national chasse et faune
sauvage ; spécialiste en génie rural ou en aménagement de
montagne, etc. ;
- la conservation du littoral : agent d'entretien nature du littoral ;
garde littoral ; garde gestionnaire du littoral ; technicien de

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gestion du littoral ; etc.
- les parcs nationaux et réserves naturelles : technicien de réserve
naturelle ; agent technique de parc national ; architecte conseil ;
chargé du patrimoine bâti, du patrimoine naturel, d'étude et de
mission agricoles, d'aménagement et paysage, de développe-
ment culturel, de développement économique, du patrimoine
culturel, d'urbanisme ; conservateur ; directeur de parc ;
directeur de réserve ; garde animateur ; garde moniteur ; garde
technicien ; technicien des parcs nationaux ; technicien gestion-
naire d'espace naturel protégé ; etc.
- l'environnement urbain et périurbain : acousticien ; agent
d'amélioration du cadre de vie urbain ; agent de changement
en environnement ; conseiller en environnement ; écoconcep-
teur ; écoconseiller ; écotoxicologue ; génie sanitaire ; génie
urbain ; génie thermique ; économe de flux ; urbaniste ; etc.
- les eaux potables, usées, et la protection de l'eau : agent d'en-
tretien de rivière ; agent de la qualité de l'eau ; conducteur
d'appareils de traitement des eaux ; conseiller en hydraulique
agricole ; conseiller en maîtrise des pollutions ; fontainier ;
garde pêche et gestionnaire des milieux aquatiques ; hydrauli-
cien ; inspecteur des réseaux d'assainissement ; responsable
de réseaux d'eau potable ; de stations d'épuration ; des
systèmes d'exploitation de l'eau ; des usines de production
d'eau potable ; etc.
41
- l'air et la pollution atmosphérique : agent en qualité de l'air ;
ingénieur analyste de l'air ; technicien de mesure de la pollution ;
technicien en qualité de l'air ;
- la gestion du tri, le recyclage : agents de centre de traitement des
déchets et de collecte ; ambassadeur animateur de tri sélectif ;
conseiller en déchets industriels et en gestion des déchets ; coordi-
nateur de collecte sélective ; ferrailleur ; récupérateur de métaux ;
maître composteur ; récupérateur d'huiles ; gardien de déchetterie ;
« valoriste » ; recycleur ; récupérateur ; responsable de centres
d'enfouissement, de site de traitement de déchets, des déchets en
entreprise, d'usines d'incinération ; rudologue ; etc.
- le management environnemental : directeur environnement ;
responsable environnement en entreprise ; spécialiste de l'économie
en environnement ;
- d'autres métiers liés aux bonnes pratiques écologiques : écosco-
laire, éducompostage ; écoénergies ; agriculture biologique ;
jardinage biologique ; techniques d'animation ; concepteur d'instru-
ments et d'outils ; écosanté ; herboristes ; écotourisme ; sport
environnemental ; guides accompagnateurs ; guides nature ; etc.

Renforcement des capacités en moyens matériels

L'environnement est un concept dynamique, pluridimensionnel, pluridis-


ciplinaire et multisectoriel. Il évolue dans le temps et dans l'espace, fait
intervenir une multitude d'acteurs et suggère des supports pédagogiques
et didactiques diversifiés trouvant leurs matériaux dans le milieu naturel.
Faire de la sensibilisation ou de l'éducation environnementale suppose
donc des sorties sur le terrain (pour les formateurs et les apprenants),
la conception, la production et l'application de méthodes et d'outils péda-
gogiques et didactiques, la rédaction de manuels, de guides, la maîtrise
de la publication assistée par ordinateur (PAO), l'affichage d'information
et de posters, l'organisation de conférences, etc.
Les explorations de terrain requièrent des moyens de transport, du
matériel d'analyse et des matériaux pour concevoir des outils d'illustra-
tion. Or, ils font souvent défaut, y compris dans les administrations
concernées par la gestion environnementale.
Selon les acteurs concernés (administrations, ONG, secteur privé, etc.)
par l'ESE, les besoins consistent en :
- moyens de mobilité pour se rendre sur le terrain ou pour y amener
des apprenants. Le problème se pose avec plus d'acuité dans cer-
tains départements (Education nationale, Enseignement supérieur,
Jeunesse, etc.) et dans les ONG qui encadrent les jeunes ;
42
- moyens informatiques et bureautiques (y compris pour la projec-
tion). Si la quasi-totalité des départements ministériels en dispo-
sent, de nombreuses ONG de petite ou moyenne taille (dont les
clubs d'environnement) n'ont pas les moyens de les acquérir ;
- des outils d'illustration et de communication pédagogiques.
L'éducation et la sensibilisation à l'environnement sont des
activités d'expérimentation, de démonstration, de simulation,
autrement dit, des activités nécessitant des outils d'illustration.
Ces moyens manquent chez la majorité des acteurs concernés.
Quand ils existent, ils sont souvent importés de l'étranger et
inadaptés à la réalité du Maroc.

Renforcement des capacités en partenariat /


coopération

Etant donnée l'insuffisance des moyens humains, financiers et


matériels, le partenariat s'impose comme un choix stratégique. Il
permet de conjuguer les efforts, d'associer les savoirs, de mettre en
commun des compétences et des ressources pour créer une synergie

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au service de l'ESE.

Départements ministériels (décideurs), scientifiques (information et


recherche), enseignants (éducateurs), ONG et société civile (représen-
tants des populations), collectivités locales (chargées de la gestion
locale de l'environnement et du développement), médias, etc. doivent
s'associer et coopérer avec des organismes internationaux afin de
tirer profit de leur expertise et des expériences les plus réussies à
l'échelle mondiale.
Le partenariat, qui implique une mise en commun des moyens humains
et matériels, peut également contribuer au renforcement des capacités
en matière d'ESE. Les types de partenariats recherchés sont :
- avec le secteur privé pour la réalisation d'études d'impact et la
création d'un label de type « Entreprises actives en ESE » ;
- avec les acteurs institutionnels pour les inciter à renforcer et
développer des équipes d'ESE ;
- entre ONG seniors (cibles relais) et locales (cibles finales) pour
faciliter le transfert de financement et de technologies ;
- avec le corps scientifique impliqué dans l'ESE, pour capitaliser
son expertise pour la diffusion de l'information et la formation.

La coopération internationale peut également contribuer au renforce-


ment de capacités, surtout en matière de transfert de technologies, de
soutiens financiers et de formation.
43
Mécanismes de
coordination et
d’harmonisation
de la Stratégie Nationale
Eléments contextuels

Selon le Décret n° 2-99-922 (article premier) « l'autorité gouvernementale


chargée de l'environnement est aussi chargée d'élaborer et de mettre en
œuvre la politique du gouvernement dans le domaine de la gestion de
l'environnement. A cet effet, elle a pour missions d'animer, de susciter,
de promouvoir et de coordonner, en relation avec les départements
ministériels concernés … l'action gouvernementale en matière de gestion
de l'environnement et de suivre l'exercice en vue : … d'intégrer la dimen-
sion "Environnement" dans les programmes de développement, et
notamment ceux de l'éducation, de la formation, de la recherche et de
l'information ».

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


Par ailleurs, l'analyse de nombreuses stratégies nationales et secto-
rielles montre qu'il y a unanimité sur le fait que l'éducation, la formation
et la sensibilisation en matière d'environnement ne sont souvent perçues
et pratiquées que comme des mesures d'accompagnement de pro-
grammes de développement locaux ou régionaux. Ces activités sont donc
très localisées et manquent d'une vision nationale, globale et coordonnée
qui permettrait d'optimiser les moyens.

Le rapport national élaboré pour le Sommet mondial sur le développement


durable (Johannesburg, 2002) traduit parfaitement ce souci en soulignant
que « les chevauchements des attributions et l'insuffisance de la coordi-
nation entre les différents départements constituent une contrainte
majeure à la concrétisation des politiques et des programmes de protection
de l'environnement. Les mécanismes de la coordination interministérielle
nécessaire pour la gestion de l'environnement sont mal définis et les
procédures de communication et d'harmonisation des politiques et des
programmes d'action font souvent défaut ».

Pour pallier à ces dysfonctionnements, « les synergies entre les politiques


de préservation des ressources naturelles et celles de développement
économique et social du pays » devraient être mises à profit. Autrement
dit, il faudrait mettre en place une meilleure coordination et une plus
grande coopération entre les divers intervenants œuvrant dans les
domaines de l'environnement, en général, et de l'éducation, de la formation,
de la sensibilisation (EFS) et du développement humain et socioécono-
mique, en particulier.
45
Mission et attributions

La structure de coordination et d'harmonisation de la politique d'EFS à


l'environnement à mettre en place devrait :

• assurer la coordination de l'élaboration et de la mise en œuvre des


politiques nationales en matière d'éducation, de formation et de sensi-
bilisation à l'environnement ainsi qu'au développement durable.
Chacun des acteurs engagés dans la gestion de l'environnement au
Maroc a sa propre politique et ses propres orientations en fonction de
ses besoins spécifiques, des priorités et des tâches qui lui sont assi-
gnées par la réglementation en vigueur. Il en est de même pour les
entités qui ont la charge d'assurer le développement socioéconomique
du royaume.
La tâche d'une structure de coordination et d'harmonisation serait
d'identifier les priorités, non pas sectorielles, mais nationales, afin d'en-
gager des actions communes et une gestion intégrée de l'environnement
en tant que composante du développement socioéconomique et humain
durable du pays. Elle serait également chargée d'élaborer, autour de ces
priorités, des projets d'EFS à l'environnement et à la gestion des res-
sources naturelles.

• identifier et hiérarchiser les problèmes environnementaux nécessitant


des actions d'EFS et assurer l'harmonisation et les synergies entre les
initiatives des différents acteurs concernés.
La coordination en matière d'EFS suppose une connaissance approfondie
de la situation environnementale et des problèmes ainsi que des
interventions en matière d'éducation et/ou de formation. Elle implique
notamment la création d'une base de données contenant une information
classée et hiérarchisée en fonction des besoins et des problématiques
considérés.
En plus des préoccupations d'ordre national, la structure de coordination
pourrait contribuer à identifier les concordances et synergies poten-
tielles entre les projets/programmes d'éducation et de sensibilisation à
l'environnement, développés par divers acteurs, afin de contribuer aux
objectifs nationaux de développement durable. De nombreux projets
sont en effet menés soit par les départements ministériels impliqués
dans la gestion des ressources naturelles (Pêche, Agriculture, Eaux et
Forêts, Ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Eau et de
l'Environnement/MATEE, etc.), soit par des acteurs dont les activités ont
un impact sur l'environnement (Transport, Industrie, Artisanat, secteur
privé, etc.), soit encore par des organisations/organismes nationaux et
internationaux (ONG, bailleurs de fonds, etc.) œuvrant dans les
46 domaines de l'environnement et du développement durable.
• identifier, instruire, formuler et concevoir des programmes d'EFS à
l'environnement et au développement durable.
La structure envisagée devrait développer une approche nationale
pour l'élaboration des programmes nationaux en matière d'EFS à
l'environnement et au développement durable, en tenant compte des
spécificités régionales. Les programmes déclinés par la structure
proposée pourraient être développés sur la base d'autant de plans
d'action décentralisés, aussi bien au niveau territorial qu'adminis-
tratif, afin de préparer les conditions et les mesures législatives,
institutionnelles, administratives et pédagogiques pour intégrer les
problématiques environnementales dans les stratégies nationales
de plaidoyer pour le développement durable.
En tant qu'organe national de coordination et d'harmonisation, cette
structure devrait être responsable d'aplanir les contraintes institu-
tionnelles et législatives pour :
- intégrer les éléments de la Stratégie Nationale d'ESE dans les
curricula du système d'enseignement, mettre en place les dispo-
sitifs de formation initiale et continue, permettre la production
des manuels scolaires et des supports didactiques ainsi que la

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mise en place de systèmes et instruments d'évaluation adaptés ;
- inclure les éléments de la Stratégie Nationale d'ESE dans les
programmes de sensibilisation à l'environnement et au dévelop-
pement durable menés par les ONG, les associations profession-
nelles, le secteur privé et les instances gouvernementales, dans
le cadre de la conservation des ressources naturelles (eau, entre
autres) ou de projets de développement local ;
- inclure les recommandations de la Stratégie Nationale d'ESE
dans les programmes de formation et de formation continue dans
les écoles supérieures et les universités (médecine, pharmacie,
biologie, tourisme, mécanique, etc.) ;
- considérer l'engagement des enseignants dans des activités d'ESE
comme une activité éducative réglementaire dotée d'un budget de
fonctionnement et non plus comme du simple volontariat.

• veiller à la conception et à la production des outils spécifiques de l'édu-


cation, de la formation et de la sensibilisation en matière d'ESE-DD, en
fonction des besoins nationaux et des spécificités locales et régionales.
Tel que cela a été signalé auparavant, des investigations de fond sont
nécessaires pour combler l'insuffisance, voire même l'absence d'outils
pédagogiques en matière d'EFS à l'environnement adaptés aux besoins
nationaux. La structure de coordination et d'harmonisation pourrait,
dans l'exercice de sa mission, combler cette importante lacune en
s'appuyant sur les compétences existantes et en tirant les leçons de
certaines expériences étrangères. Cette tâche serait grandement
47
facilitée par l'existence, à titre indicatif, d'un Centre national des
innovations pédagogiques et de l'expérimentation au sein du départe-
ment de l'Education Nationale. Ce Centre serait doté d'une Division de
la promotion des technologies éducatives, des ressources multimédias
et des techniques de communication, d'une Division de l'enseignement
à distance et d'une Division de l'audiovisuel. Ce centre devrait être muni
des moyens nécessaires pour jouer son rôle dans la conception et la
production d'outils pédagogiques.

• assurer le suivi et l'évaluation des actions et des programmes d'EFS à


l'environnement, initiés et développés par divers acteurs nationaux.
Comme tous les projets, ceux qui concernent l'EFS à l'environnement
doivent être suivis et évalués sur la base d'indicateurs préalablement
fixés, en vue d'assurer le contrôle et l'éventuelle réorientation des
activités programmées.

• apporter l'appui nécessaire aux projets et programmes d'EFS-E-DD et


promouvoir le développement de relations de coopération, d'échange et
de partenariat en matière d'éducation et de formation entre l'Etat et
d'autres intervenants nationaux, régionaux et internationaux.
La structure de coordination et d'harmonisation, avec la diversité de ses
membres et de ses compétences, devrait constituer un centre de res-
sources où les acteurs nationaux (écoles, clubs d'environnement,
centres éducatifs, ONG, etc.) pourraient trouver le soutien nécessaire
(matériel, technique, etc.) à la réalisation de leurs objectifs respectifs
en matière d'EFS. La création de cadres de motivation, d'encouragement
ou de participation ouverts à tous les acteurs nationaux concernés par
la question de l'EFS serait de nature à créer les conditions de leur
implication dans le processus.
La solution aux problèmes environnementaux, y compris par l'éducation, la
formation et la sensibilisation au développement durable, ne peut être fina-
lement conçue que dans le cadre de la coopération entre acteurs nationaux
et internationaux, tâche qui devrait être assignée à la structure envisagée.

• assurer la coordination de la mobilisation, du déploiement/redéploie-


ment des ressources humaines, des moyens matériels, pédagogiques,
techniques et financiers nécessaires à la mise en œuvre des initiatives,
projets et programmes d'EFS-E-DD.
Le diagnostic initial révèle de grandes disparités entre d'une part, les
moyens colossaux de certains départements, associations ou acteurs du
secteur privé et d'autre part, la pauvreté des moyens matériels et/ou
humains d'autres départements ou ONG mobilisés auprès des populations
locales. Le recensement et le redéploiement des moyens à l'échelle
locale/régionale pourraient être confiés à la structure envisagée.
48
En effet, il a été constaté que :
- de nombreux acteurs se disent prêts à fournir une assistance
technique et une aide matérielle et financière à d'autres acteurs
moins bien pourvus. Chaque année par exemple, le Département
de l’Environnement octroie de l'aide aux ONG œuvrant dans le
domaine de l'environnement ;
- certains moyens (bureautique, audiovisuel, locaux, etc.) sont
sous-utilisés et pourraient être optimisés/mutualisés, au moins
à l'échelle locale.

• agir en tant que pôle de conseil/formation en matière d'ESE-DD.


A l'occasion du Forum national de validation de la SN-ESE-DD, l'accent
a été mis sur le fait que cette structure de coordination devrait être
exclusivement chargée de l'éducation, de la sensibilisation et de la
formation à l'environnement et jouir d'une certaine autonomie,
notamment pour :
- mener les études et recherches nécessaires au développement de
l'ESE-DD ;
- proposer des formations continues en matière d'ESE-DD.

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


Forme et composition

Forme de la structure de coordination

Comme l'a recommandé l'Atelier national sur l'ESE (février 2007), la


structure nationale de coordination devra répondre à certaines
normes en matière d'expertise, de représentativité, d'opérationnalité,
de responsabilité, de souplesse et de complémentarité avec les stra-
tégies existantes. Cette structure pourrait prendre diverses formes
(observatoire, agence, comité, direction au sein d'un département
existant, etc.). Après avoir étudié plusieurs scénarios, le Forum national
de validation de la SN-ESE-DD a finalement opté pour une formule
souple et évolutive. Il recommande que la structure de coordination
prenne la forme d'un Collectif national d'ESE-DD. S'apparentant à un
Comité national de suivi, ce collectif comprendrait des représentants
de l'ensemble des acteurs concernés par l'ESE, notamment des
ministères, collectivités locales, ONG, coopératives, représentants du
secteur privé, médias, partenaires académiques, etc. Au besoin, un
mécanisme d'association / consultation pourrait être mis en place
pour impliquer les acteurs et organismes internationaux concernés
par l'ESE. Ce collectif est envisagé comme un mécanisme de transition,
qui pourrait être renforcé, modifié et autrement institutionnalisé
lorsqu'une Stratégie Nationale de développement durable verra le jour.
49
Composition de la structure

La structure de coordination et d'harmonisation pourrait être gérée par :

1) Un Secrétariat permanent
Selon la législation en vigueur, ce secrétariat permanent devrait être
placé sous la tutelle du Département de l'Environnement. Etabli dans
ses locaux, il comprendrait une équipe de gestion dirigée par un
Coordonnateur national nommé par le Département de l'Environnement.

Cette équipe constituerait la mémoire de la structure et serait chargée


de la coordination des activités nationales relatives à l'éducation, à la
formation et à la sensibilisation en matière d'environnement et de
développement durable, en étroite concertation avec les partenaires
concernés (autres délégations, associations, collectivités locales, secteur
privé, etc.). Soucieux d'efficacité, le Forum national de validation de
la SN-ESE-DD a recommandé que cette structure soit régie par un
règlement interne définissant strictement les tâches des différentes
parties prenantes, ainsi que le fonctionnement de la coordination.

2) Un Secrétariat exécutif
Cet organe comprendrait un groupe restreint d'acteurs nationaux (insti-
tutions, ONG, secteur privé) possédant une expertise et œuvrant directe-
ment dans les domaines de l'éducation/sensibilisation à l'environnement
et/ou du développement durable. Son rôle principal serait d'assurer la
coordination/harmonisation nécessaire à la mise en œuvre de la
Stratégie Nationale et des plans d'actions relatifs aux domaines de l'ESE-
DD. Cet organe veillerait également à la réalisation des activités
programmées dans les plans d'actions régionaux et/ou locaux, en
concertation avec les autres acteurs concernés.
La direction du secrétariat exécutif serait confiée à tour de rôle à chacun
de ses membres et le rôle de chaque membre précisé dans un règlement
interne, rédigé par la structure de coordination en concertation avec les
autres acteurs nationaux concernés.

Ce Secrétariat exécutif, outre des représentants du Département de


l'Environnement, pourrait comprendre un représentant permanent des
organismes suivants :
- le Département de l'Agriculture et du Développement rural, pour
rapporter les problèmes de ce secteur et préciser ses besoins en
EFS à l'environnement ;
- le Département des Pêches maritimes, pour transmettre des infor-
mations sur les activités anthropiques (aquaculture, urbanisation,
etc.) ainsi que sur les ressources marines et côtières ;
50
- le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre
la désertification (HCEFLCD), pour combler les déficits d'informa-
tion de ces domaines. Le HCEFLCD serait aussi le point focal pour
toutes les problématiques concernant notamment la lutte contre
la désertification, les zones humides (convention RAMSAR), les
espèces migratrices (convention CMS) ;
- le Département chargé de la Jeunesse, pour fournir des informa-
tions sur les besoins des enfants et des jeunes, étant donnée
l'importance de ces cibles finales et relais dans l'ESE;
- le Département de l'Education nationale, dont l'expertise en
matière d'éducation, de formation et de pédagogie sont des atouts
indispensables pour concevoir des outils pédagogiques capables
de transmettre des problèmes complexes de façon simple et
adaptée ;
- le Département de l'Enseignement supérieur, de la Formation
des cadres et de la Recherche scientifique, afin de tenir compte
des impératifs de l'ESE dans la production de l'information scien-
tifique ;
- les collectivités locales, chargées, en vertu de la Charte commu-

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


nale, de gérer l'environnement des communes tout en veillant
au développement socioéconomique et à la formation des
populations (sachant que la Direction générale des collectivités
locales (DGCL) devrait être représentée au sein de la structure de
coordination);
- le Secrétariat d'Etat chargé de l'Alphabétisation et de l'Education
non formelle, qui touchent de nombreuses femmes, jeunes et
enfants ;
- le secteur de la communication et des médias, pour stimuler la
production (à la télévision, à la radio, dans la presse écrite, sur le
web, etc.) d'émissions et reportages consacrés à l'environnement ;
- le patronat (CGEM), étant donné l'impact de nombreuses activités
industrielles et de services sur l'environnement. L'expérience de
nombreux pays a montré que les industriels peuvent devenir des
acteurs importants de la protection de l'environnement. Le secteur
privé devrait donc intégrer la structure de coordination, pour parti-
ciper à la conception, à la conduite et/ou au financement d'actions
d'EFS à l'environnement. Il sera d'ailleurs de plus en plus sensible
à cette problématique puisque la certification ISO 14000 (qui
concernent le management environnemental) devrait être généra-
lisée au Maroc et donner droit à des allègements fiscaux ;
- la Fondation Mohamed VI pour la protection de l'environnement,
dont l'expérience pourrait être capitalisée dans le cadre de
l'élaboration de programmes d'EFS à l'environnement ;

51
- les ONG actives notamment dans les domaines de l'éducation et de
la sensibilisation à l'environnement, de l'éducation de la petite
enfance, et de l'environnement ou du développement durable.

D'autres organismes gouvernementaux pourraient être associés aux


travaux du secrétariat exécutif, notamment dans les domaines suivants :
- le département de l'Industrie, secteur pollueur qui joue un rôle
déterminant dans le développement du pays ;
- le département de la Santé, impliqué dans la question environne-
mentale, soit de part son rôle auprès des malades affectés par la
pollution, soit à cause de ses rejets de déchets nuisibles à l'environ-
nement ;
- le département du Tourisme : grand consommateur de ressources
naturelles (eau, énergie, espaces naturels, etc.), ce secteur est aussi
un des principaux leviers de l'économie nationale ;
- le département des Habous et des Affaires islamiques : cet organis-
me peut véhiculer des messages de sensibilisation vers un large
public, soit lors des prêches du vendredi, soit à l'occasion des
causeries religieuses dans les mosquées ;
- le département des Affaires étrangères et de la Coopération, qui peut
mobiliser des compétences internationales et stimuler les échanges
d'informations et d'expertises entre la structure de coordination et
des organismes étrangers ;
- les agences nationales et régionales de développement économique
et social, fortement impliquées dans le développement socio-écono-
mique du pays ;
- les organismes internationaux, partenaires du développement et
bailleurs de fonds pour la réalisation de projet d'environnement
et/ou de développement

Pour certains projets et programmes demandant une expertise très


particulière (comme la conception d'outils pour les personnes handica-
pées par exemple), le secrétariat exécutif pourrait faire appel à une (des)
personne(s) physique(s) ou morale(s) de manière ponctuelle. De plus, la
structure de coordination peut associer à ses travaux toute personnalité
ou institution dont elle juge la contribution nécessaire à l'accomplissement
de sa mission. La formule proposée pour constituer la structure de
coordination nationale est parfaitement transposable au niveau régional
et local, pour donner naissance à des comités régionaux/locaux d'ESE et
de développement durable, interfaces entre les populations cibles (relais
et finales) et la coordination nationale.

52
Fonctionnement

Dans tous les cas, la structure de coordination de l'ESE-DD retenue


doit être souple et tenir compte des besoins nationaux et des spécifi-
cités locales et régionales, ainsi que des engagements internationaux
pris par le Maroc. Elle doit posséder son propre règlement interne,
notamment afin d'assurer la cohésion et l'harmonisation entre ses
différents membres.

Ce règlement doit définir précisément les rôles et responsabilités


de chacun pour tenter de pallier à la faiblesse institutionnelle de la
structure.

La structure de coordination devrait se réunir au moins une fois par


trimestre pour débattre des besoins, des activités et des actions à
entreprendre, pour aborder les questions urgentes et proposer une
amélioration progressive des aspects d'ESE-DD et aussi pour appuyer
l'émergence de plans d'actions locaux/régionaux dans ce domaine.

Pour assurer le bon fonctionnement de la structure envisagée, les

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


propositions suivantes pourraient être retenues :
- les réunions de la structure de coordination seraient convoquées et
présidées par l'autorité gouvernementale chargée de l'environne-
ment ; elles seraient préparées par le secrétariat permanent
(coordinateur national) en concertation avec le secrétaire exécutif ;
- la rotation du poste de Secrétaire exécutif pourrait avoir lieu tous
les deux ans entre les départements représentés au sein du
secrétariat exécutif ;
- les besoins en matière d'éducation-formation-sensibilisation à
l'environnement seraient exprimés, proposés, adoptés et entérinés
lors des réunions trimestrielles de la structure de coordination et
d'harmonisation.

Financement

Le financement propre de la structure de coordination pourrait provenir


de fonds extérieurs, principalement via la coopération internationale.
La structure bénéficierait également des apports en nature des
parties prenantes (institutions, CL, etc.). Des conventions de partenariat
avec le secteur privé pourraient aussi permettre de mobiliser des
fonds additionnels sur certains projets.

53
Les indicateurs
de suivi de la
Stratégie Nationale
Pourquoi des indicateurs de suivi ?

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


La réalisation d'un diagnostic en matière d'éducation et de sensibilisa-
tion à l'environnement vise à mesurer le chemin parcouru et celui qui
reste à faire en matière de protection de l'environnement. Se doter
d'indicateurs permet de suivre cette évolution et de jauger le degré
d'engagement des acteurs et des cibles concernés en matière de :
- préservation et valorisation de l'environnement ;
- amélioration de la qualité de vie des citoyens ;
- respect des droits des générations futures à hériter d'un environne-
ment sain et viable ;
- capitalisation des potentialités environnementales dans le dévelop-
pement durable ;
- réalisation des objectifs de la SN-ESE-DD et des autres stratégies en
lien avec l'environnement et le développement humain.

55
Les critères de choix des indicateurs

Pour être efficace, un indicateur de suivi, surtout en matière d'environne-


ment ou de développement durable, doit être défini et élaboré avec soin.
Il doit être :
- bien identifié, facile à mesurer, admis et intégré par l'ensemble des
partenaires ;
- conçu de manière à encourager la participation des citoyens et des
acteurs du développement à une gestion durable de l'environnement ;
- basé sur des informations provenant de sources fiables ;
- capable de mesurer les progrès ou les reculs enregistrés dans la mise
en œuvre de la SN-ESE-DD ;
- souple et simple.

Une des principales recommandations du Forum national de validation de


la SN-ESE-DD est qu'il est important de se doter d'indicateurs non seu-
lement quantitatifs mais aussi qualitatifs, afin d'évaluer les changements
de comportement des personnes concernées par l'ESE et pas unique-
ment de mesurer les effectifs ou le nombre de formations dispensées. De
même, pour mesurer l'impact d'un projet, il faut établir un diagnostic
précis de la situation avant sa mise en œuvre.

Les catégories d'indicateurs d'ESE-DD

Trois catégories d'indicateurs peuvent être utilisées.

Les initiatives de sensibilisation/éducation

Les indicateurs permettent de donner un aperçu de l'effort fourni par les


autorités compétentes en matière d'ESE-DD. Ils peuvent inclure :
- le nombre de personnes sensibilisées et éduquées/groupe cible ;
- le nombre d'actions/programmes relatifs à l'environnement et au déve-
loppement durable par groupe cible ;
- le nombre de formations à l'environnement et au DD par groupe cible ;
- le nombre d'associations œuvrant dans le domaine de l'ESE et/ou du
développement durable.

56
D'autres indicateurs ont été proposés lors du forum de validation de la
SN-ESE-DD :
- le nombre de personnes formées ;
- le nombre et la qualité des médias mobilisés (réalisation de repor-
tages/documentaires sur les questions environnementales).

L'évolution des comportements

Les indicateurs sont utilisés sur le long terme pour rendre compte
de l'efficience des programmes et projets d'éducation/sensibilisation
à l'environnement. Ils tentent de mesurer l'évolution des compor-
tements et des attitudes de divers groupes cibles en matière de
développement durable. On peut les regrouper en quatre grandes
thématiques :

• Biodiversité
- nombre d'espèces menacées (terrestres, marines et d'eau
douce) ;

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


- évolution des superficies forestières et taux de reboisement ;
- activités de pêche (volume des prises) par rapport aux capaci-
tés du milieu;
- superficies des zones humides continentales ;
- superficie des milieux artificialisés ;
- évolution du nombre et des superficies des aires protégées.

• Sol
- évolution de la superficie totale de terres arables ;
- taux de déprise des terres agricoles ;
- taux d'urbanisation en milieux forestiers et agricoles ;
- taux de dégradation/érosion ;
- niveaux de rendement des terres agricoles ;
- caractéristiques physicochimiques et fertilité des sols.

• Eaux
- consommation d'eau/habitant ;
- quantité d'eau réutilisée ;
- quantité d'eaux usées traitées/épurées ;
- indices de qualité des eaux usées.

57
• Energie / transport
- consommation d'énergie/habitant (par catégories : carburants
fossiles, solaire, éolienne) ;
- ratio d'utilisation des énergies propres/énergies fossiles ;
- nombre d'utilisateurs des transports en commun/transports
individuels ;
- pourcentage du covoiturage ;
- évolution du parc automobile (nombre et âge des véhicules).

• Déchets
- production de déchets (domestiques industriels dangereux)/habi-
tant ;
- volumes de déchets traités, recyclés, réutilisés ;
- pourcentage de déchets mis en décharge.

L'intégration de la dimension du développement durable


dans les préoccupations environnementales

Les indicateurs reflètent non seulement l'évolution des paramètres


environnementaux précités, mais aussi les tendances concernant le
bien-être des populations et leur aspiration à un développement socio
économique et humain durable. On peut citer :
- les réserves d'eau potable et pourcentage de la population ayant
accès à l'eau potable/population totale ;
- le pourcentage de la population disposant de systèmes d'assainisse-
ment ;
- le degré de pollution de l'air ;
- la population ayant accès à un logement décent ;
- le nombre d'entreprises « responsables » (management environne-
mental, certification, etc.) ;
- le nombre de collectivités locales adoptant une démarche environne-
mentale (chartes d'environnement, Agenda 21, etc.) ;
- la formation professionnelle à l'environnement / nombre de formation
environnementales et nombre de personnes formées ;
- le nombre d'activités d'éveil à l'environnement et de compréhension
des impératifs du développement durable, à travers les pratiques
sportives ;
- la consommation des ressources naturelles et de l'énergie ;

58
- les fonds, dons et/ou prêts consacrés à l'ESE-DD, aux approches
respectueuses de l'environnement, à l'utilisation rationnelle des
ressources naturelles ainsi qu'à la recherche/développement
dans ce domaine;
- le nombre de régions/villes jugées respectueuses de la réglemen-
tation en matière d'environnement et de développement durable ;
- le nombre et surfaces d'exploitations qualifiées au titre de l'agri-
culture raisonnée et/ou biologique ;
- l’apport financier du tourisme écologique et culturel ;
- les pertes économiques imputées à la dégradation de l'environne-
ment.

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable

59
Propositions
pour le choix
des régions pilotes de
la St ratégie Nat iona le
Des plans d'actions en cohérence avec la
Stratégie Nationale

Dans une approche nationale, stratégique, participative et visant


l'intégration de la SN-ESE-DD au développement régional et local, il
convient d'établir des Plans d'action régionaux et locaux adaptés aux

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


spécificités de chaque région tout en restant conforme aux grandes
orientations générales.

Durant la phase expérimentale qui sera menée dans huit régions


pilotes, trois formules pourraient être testées : les plans d'action par
thématique, les plans d'action par région et les plans d'action par
projet porteur.

Chaque projet devrait être présenté dans une fiche contenant les
rubriques suivantes :
a- Intitulé du projet d'ESE-DD
b- Présentation
c- Justification
d- Objectif(s)
e- Nature et contenu en lien avec les objectifs fixés
f- Groupes cibles (finales-relais)
g- Maître d'œuvre (titre et justification du choix)
h- Partenaires
i- Echéancier
j- Financement(s)
k- Budget
l- Indicateurs de suivi

61
Propositions de projets pour l'élaboration de plans
d'action régionaux

Propositions de projets par thématiques


Intitulé du projet d'ESE-DD Région choisie Justification
Pollution atmosphérique Casablanca/ Agglomération avec des taux éle-
Mohammedia vés de pollution de l'air.
Dégradation de la forêt Chefchaouen Zone montagneuse et forestière
affectée par la déforestation.
Pollution marine/déchets Nador Milieu côtier très pollué
Agriculture biologique Agadir Grande expérience de l'agriculture
biologique.
Eau (utilisation agricole) Un des périmètres Expérience dans les approches
irrigués (Doukkala) relatives à l'économie de l'eau en
agriculture.
Désertification Tafilalt Impact de la sécheresse sur les
terres agricoles.
Energie Marrakech Existence d'un centre spécialisé
dans les techniques des énergies
renouvelables.
Déchets hospitaliers Fès Problème de grande envergure
dans cette ville.

Propositions de projets par région


Intitulé du projet Région choisie Justification
Rabat-Kénitra Forêt de la Maamora : impact de la sur-
exploitation et de la sécheresse sur la
Documentaires qualité du sol, la densité de la subéraie et
éducatifs et de la richesse de sa biodiversité.
sensibilisation Régions du Sud Grande Faune : impact de la sécheresse
sur les interac- sur la qualité du sol, le couvert végétal
tions, à l'échelle et la disparition/raréfaction des grands
nationale, entre mammifères.
les changements Rif Femme rurale : importance de la femme
climatiques, la rurale pour la protection de l'environne-
désertification ment et la sauvegarde des ressources
et la perte de face à la sécheresse et à la désertifica-
la biodiversité tion.
Atlas Cèdre de l'Atlas : patrimoine national
affecté par la sécheresse et les activités
anthropiques.
Oriental Pâturage : raréfaction des ressources et
adaptation des activités pastorales à la
sécheresse et à la désertification.
62
Intitulé du Région
projet choisie Justification
Régions du Sud Valorisation des eaux usées : traitement
et réutilisation des eaux usées, formes
d'adaptation à la raréfaction des res-
sources en eau.
El Jadida-Safi Valorisation des ressources halieu-
tiques : sensibilisation aux approches
de prélèvement des algues et à leur
stockage hygiénique.
Casablanca Déchets, santé et environnement: tri,
compostage, recyclage et réutilisation
des déchets solides, pour protéger l'en-
vironnement et préserver la santé.

Le Forum national sur la SN-ESE-DD a recommandé que ce type de


projets fasse l'objet d'un plan d'action à l'échelle des collectivités
territoriales, qui sont les seules à être capables de mobiliser les
services déconcentrés dans une perspective participative.

Propositions de projets à greffer sur des projets porteurs

Stratégie Nationale d’Éducation et de Sensibilisation à l’Environnement et au Développement Durable


existants (accompagnement de projets)
Intitulé du Région
projet choisie Justification
Projet sur le Dakhla Le phoque moine de la méditerranée
phoque moine constitue l'une des espèces les plus
menacées à l'échelle planétaire
Projet sur le tou- Al Hoceima Projet sur les capacités touristiques
risme et l'envi- du parc national d'Al Hoceima
ronnement « des-
tinations »
Projet sur les Tafilalt Projet de préservation et de valorisation
oasis des oasis du Sud
Projet sur la bio- Jbel Moussa Projet de conservation de la biodiversité
diversité
Electrification du Zones rurales Projet visant à encourager les popula-
monde rural du Moyen Atlas tions rurales à utiliser l'énergie solaire

Il est important de signaler que les idées-projets proposées ne le


sont qu'à titre indicatif ; un certain nombre de critères de choix des
projets et de préalables à leur réalisation ont été avancés lors du
Forum national de validation de la SN-ESE-DD, dont les plus
importants sont :

63
Critères de sélection des huit régions pilotes

• Privilégier les zones sensibles, réellement ou potentiellement


menacées, où il est urgent d'agir aussi bien en termes de conserva-
tion que de mesures d'accompagnement, en particulier d'éducation,
de communication et de sensibilisation. Les montagnes, les bassins
versants, les forêts, etc. sont des exemples de zones sensibles. Dans
ce cadre, deux possibilités sont envisageables :
- sensibiliser/éduquer aux formes de pressions anthropiques
mesurables aussi bien pendant qu'en fin de projets dans le cas
des zones sous forte pression ;
- opter pour une stratégie préventive d'ESE en intégrant des zones
qui ne sont pas menacées dans l'immédiat mais qui pourraient
l'être dans un avenir proche.
• Privilégier les régions où il existe déjà une plateforme qui puisse
porter la stratégie ; autrement dit, optimiser les moyens existants en
termes d'informations (bases de données), d'études (diagnostics
établis), d'expériences ou d'actions (projets), mais aussi en termes
de mobilisation politique (ONG locales, clubs d'environnement actifs,
autorités sensibilisées, etc.). Cependant, il serait judicieux que la
SN-ESE-DD soit testée sur des territoires divers, car elle devra être
généralisée dans toutes les régions du Maroc, qu'elles possèdent ou
non des structures à cet effet ; la diversité des terrains d'expérimen-
tation permettrait de capitaliser, à partir d'une analyse comparative,
les acquis/contraintes observés dans les différents cas de figure.

Préalables à la réalisation de projets pilotes

La réalisation d'un projet de sensibilisation et d'éducation à l'environne-


ment demande un certain nombre de préalables dont :
- L'implication de toutes les composantes de la société dûment infor-
mées : les décideurs (ce qui suggère l'importance de l'institutionna-
lisation de la SN-ESE-DD et des actions de plaidoyer auprès de ces
décideurs), les opérateurs économiques (pris dans des logiques de
rendement et parfois générateurs de nuisances environnementales) ;
- L'adoption d'une approche participative, innovante et de proximité
prenant en compte les réalités socioéconomiques des populations
cibles (langue, niveau d'instruction, niveau de pauvreté, etc.) ;
- L'optimisation des moyens existants en évitant de créer de nouvelles
disciplines aux cycles primaire, collégial et secondaire, en introdui-
sant un module « environnement » au niveau du préscolaire, en capi-
talisant les expériences et les outils élaborés par les professionnels
de l'éducation qui peuvent être appliqués à l'éducation/sensibilisa-
64 tion à l'environnement et en appuyant les projets existants.
Conscient de l'importance des problèmes environnementaux et de
leurs impacts socio-économiques sur la population, le Maroc a ratifié
les trois conventions majeures des Nations Unies, concernant la
biodiversité, les changements climatiques et la désertification. De
même qu’il a réaffirmé son engagement, en 2002, dans le cadre du
Sommet de Johannesburg qui a, entre autres, inscrit l'éducation et
la sensibilisation à l'environnement (ESE) comme une composante
essentielle du développement durable.
L'absence de mécanismes de coordination et de concertation entre
la multitude d'acteurs institutionnels et associatifs intervenant dans
le domaine de l'ESE a justifié l'élaboration d'une Stratégie Nationale.
La Stratégie Nationale d'Éducation et de Sensibilisation à
l'Environnement et au Développement Durable (SN-ESE-DD) a été
élaborée selon une approche participative, incluant l'ensemble des
acteurs intéressés (institutions, associations, secteur privé, média,
etc.), en vue d'harmoniser les approches éducatives des jeunes et de
sensibilisation du grand public. Il s'agit d'établir les complémentarités
entre les acteurs et les actions d'ESE, et d'assurer la convergence
entre les trois conventions majeures, dans l'esprit de toute stratégie
de développement durable.
La pérennisation de la stratégie de développement durable nécessite
en effet l'ancrage de sa composante éducative dans les programmes
scolaires, les enfants étant plus réceptifs et sensibles aux messages
relatifs au respect de l'environnement.
La SN-ESE-DD passe aussi par la sensibilisation du grand public
à travers la diffusion d'informations, par les canaux de la presse
écrite et audiovisuelle et des affichages publics, de façon à susciter
des prises de conscience sur les questions environnementales et
l'ancrage de comportements éco-citoyens responsables vis-à-vis de
l'environnement.

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