Oh Pieu Optimized
Oh Pieu Optimized
Belle de jour – 8
Oh pieu !
Alfred Anchetain
Résumé de l’épisode précédent
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49. Police
Hortense et moi parcourons, l’une derrière l’autre, sans
parler, la centaine de mètres qui nous séparent de mon en-
trée. Je mets mon Vigik sur le parlophone, pousse la porte.
Je la fais passer et lui demande :
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Elle se jette à nouveau sur moi. Bisou baveux, langue
au max. Elle me lâche et dit :
– T’as couché avec les deux, ça se voyait comme… le
trou au milieu du visage !
– Ou ça ?
– Ta réputation est faite. Pute, poufiasse, call-girl, t’as
le choix.
Elle retire son manteau, le met sur la patère et va à la
cuisine. Je quitte le mien et la retrouve. Elle ouvrait le
frigo, elle prend une bouteille d’apéritif, la pose sur la
table, sort deux verres et part au salon.
Elle a décidé de rester, de me faire parler. Je la vide ?
Comment ?
J’attrape une boite de petits gâteaux salés. Je n’ai pas
trop mangé au cocktail et j’ai faim. Si je bois sans rien dans
le ventre, je suis bonne pour tomber.
Elle est assise sur le canapé, s’est rempli un verre. Elle
me toise :
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– T’inquiète, je ne veux plus de toi. Je ne vais pas au
plumard avec une boite à vérole !
Je la fixe, amusée :
– Au moins, t’as du vocab’. Tu fréquentes ! Ça se voit !
Je m’assieds loin d’elle tout en grignotant. Je lui tends
ma boite :
– Tu en veux ? … Tu me sers ?
– T’avais qu’à la vider ! Elle n’avait rien à faire là.
– Tu arrêtes avec cette femme ! En dehors de sa tenue,
elle a été très correcte.
– T’es qu’une c… ! Elle te touche et c’est moi qui ra-
masse ! T’inquiètes, t’es pas la première avec elle !
– Le type qui me faisait de l’œil était accompagné de
deux policiers. Très discrets. Ils étaient plutôt rassurants.
– Tu donnes dans les poulagas ! On aura tout vu !
– T’es à vomir !
Je me sers d’apéritif. Je soutiens son regard :
– Tu veux quoi ? Savoir… ?
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– Comprendre. Que tu m’expliques. Ta tôlière, tu
couches avec elle, tu te fais un flic. T’es une balance, une
donneuse ? Brillant !
Hortense me jalouse, à cause du Labo. Elle veut garder
la main sur moi. Si je commence à parler, elle va me pren-
dre au lit, pour que je dise tout. Je murmure :
– Là, tu me laisses. Ce soir, je dors. Je t’expliquerai,
promis. Tu restes dîner, si tu veux. Mais n’attends rien
d’autre.
– Maintenant, tu dégoises !
J’accepte le bisou. Nous œuvrons ensemble.
Elle me lâche. Je me lève :
– Je retire ma veste. C’est de la soie. Elle va être im-
mettable. Je reviens.
– Retire aussi la culotte ! T’en n’as plus besoin.
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Je m’en vais sans répondre à la provoc’. Je me change,
enfile mon jean de maison, un pull, et la retrouve. Elle
pioche dans la petite boite. Je demande :
– Tu veux dîner ?
Elle reste immobile, de dos. Je pars vers la cuisine. Je
sors deux friands du congel et les mets au four, prends une
salade en sachet. J’ouvre et je rince.
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m’a fait peur. J’ai réussi à le convaincre de nous laisser
tranquille.
Les friands sont chauds, je les sors, attrape l’assaison-
nement pour la salade, nous nous asseyons. Elle demande :
– Elle t’a payée combien ? Dix mille ? Ça les valait !
Elle est venue aujourd’hui te remercier. À l’enterrement
de ton mari ! Avec ton cogne ! Elle aurait pu faire mieux.
Je me lève :
– Tu veux un dessert ?
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– T’as pas un pull ? J’ai froid. À moins qu’on se couche
tout de suite.
Je la regarde :
– Tu as de la suite dans les idées ! Il y a dix minutes, tu
ne voulais pas, maintenant tu veux !
– Je ne me sens pas très bien. J’ai très froid.
Bon, là, je me la tape ! La nuit de l’enterrement. La maî-
tresse avec l’épouse. Dans son pieu ! Je murmure :
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salle de bains, lève l’abattant des WC et fait debout,
comme un homme, à cheval sur la lunette. Elle s’essuie,
tire la chasse et revient vers moi :
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– Demain, je travaille.
– Raison de plus !
Elle a repris mes seins. Je murmure :
– Non. Je t’assure, je n’ai pas envie… Mais alors pas
du tout.
Je tente d’écarter ses mains et finit par renoncer. Elle
me fait du bien. Je demande :
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Ses bras sont durs. À chaque fois que je les repousse,
ils prennent du terrain. Je suis au bord du lit. Si je ne me
lève pas, je tombe. Je me retiens à elle.
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Je fais revenir les images de l’enterrement pour éviter
l’orgasme. Mais n’arrivent que Sherine et ses jambes im-
menses, le policier qui me court après, quand je suis toute
nue, à quatre pattes sur le lit, Albert et les jolies dentelles
de ses auberges campagnardes, Benoit quand je drague un
max…
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Je ne peux pas bouger. Je vais tomber par terre. Je m’ac-
croche à ses mains, me tire sur le matelas. J’arrive enfin à
me tourner. Mes cuisses sont trempées. Je mets ma main
sur ma vulve, pour que ça ne coule davantage et file dans
la salle de bains.
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Le réveil sonne. J’ai dormi comme une masse.
Elle m’enjambe, passe au-dessus de moi. À la lumière
du réveil, je vois sa foufoune et son intimité. L’Origine du
monde, en plus vrai. Elle dit :
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50. Ma dèm’
Hortense est partie. Je prends mon smartphone et trouve
un SMS de Madeleine, hier soir : « Hortense est nase. Ne
dis rien. Laisse-la cuver. Ce n’est pas facile pour elle. »
Et pour moi ? Mickael était mon mari ! Elle pourrait
penser à moi. Je ne réponds pas. Je serais violente.
J’ai mes trois jours de deuil. Rien à faire. Ma belle-
doche a tout pris en main. Je pars au Taf.
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Angélique m’accueille, muette. Porte du Patron fermée.
Là, du bruit. Éclats de voix. Celles du Boss et de Julien. Je
me tourne. Caroline est derrière moi. Je la fixe. Aucun sou-
rire. Je les interroge d’un hochement de tête et finis par
demander :
– Encore un drame ??
Mines évasives, toutes les deux. Silence obstiné. Je
m’en vais. Je croise Florian, celui qui me fait des vannes.
Rien. Il passe comme une ombre. Il me jette un œil. Un
seul…
Hier, avec l’enterrement, j’ai manqué le journal. Il a dû
se passer des choses…
J’ouvre mon armoire, sort l’ordi. Qu’est-ce donc qu’ils
f… ? On a perdu le procès ? On coule ? Titanic en pire ?
Rachetés par les Indiens ? Julien a fait The clash ? Il
change les équipes ? Bloque les salaires ? Vide les fortes
têtes ? Sauf moi, sa grande copine !
J’allume l’ordi, ouvre l’Intranet. Rien. Nouvelles du
jour. Mails où je suis en copie, aucun intérêt.
Je me fais un nouveau café et m’assieds. Je médite, en
regardant ma tasse fumer. Moi aussi. Très chaudes, toutes
les deux. Je bois. À mi-tasse, je ne peux plus, j’appelle Be-
noit :
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– Tu sais ce qui se passe ?
– Tu es où ? T’as pas pris tes jours ? … Je ne sais pas
trop. Ils sont tous arrivés avant moi. Le Dir, Julien, Angé-
lique et Caroline. On ne veut rien me dire. Muets comme
des carpes.
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– Vous étiez ensemble ? Vous avez couché ! J’en étais
sûre ! Et ton mari ? Out ! T’a ça dans le sang ! Vous auriez
pu vous retenir !
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– Vous n’avez pas compris ce qui se trame ? Cherchez
un peu ! Remuez-vous ! N’attendez pas que je fasse !
– T’excite pas ! Julien a découvert que, derrière nos in-
terlocuteurs indiens, il y avait un énorme fonds de pension
indien. Les Chinois en sous-main. On parle du Green Har-
bor. Ils brassent des milliards. Ils ont tous les avocats de la
planète. Ils vont faire voler en éclat nos brevets. Dans un
an ou deux, c’est fini. Julien ne rachète pas une ombre, un
fantôme. Il arrête.
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Ils ont les yeux rivés sur moi. Je dis :
– Je suis la dernière à être arrivée ici. Vous êtes là de-
puis des lustres. Fatiguez-vous un peu. Moi, je m’en vais
tant que mon expérience vaut quelque chose. J’ai un autre
job. Beaucoup mieux payé !
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– Les deux. Au CE, on est tous d’accord.
– Si c’est comme ça, les amis, adieu ! J’ai passé un bon
moment avec vous. On se reverra au Paradis…
Je sors. Je croise quelques ombres, qui ne lèvent pas la
tête. Je vais à mon bureau, je range tout bien. Qu’au moins
on trouve mes affaires propres. Je sors.
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Je regarde ma montre : il est dix heures, à peine plus. Je
n’ai rien à faire. Je réponds :
– Tu veux quand ?
– Une demi-heure grand max. Je te prends à ton par-
king.
Raccroche.
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– Seulement ? Pas la planète à sauver ?
Je souris :
– Ils le pensent. J’ai la Ligne Rouge avec Dieu le Père.
– Des invendables ?
– On a The client. Une chance inouïe. On va se faire un
sacré bénef… Grâce à moi ! Une succession qui vient d’un
château. On va le vendre, ils le vident. Un partenaire savait
que je les voulais. Je lui ai pris.
Nous nous arrêtons, le resto semble sympa. « Le Petit
Cancan ». Nous entrons. Malheur, c’est une Chinoise !
Elle nous dit, sans aucun accent :
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– Bonjour Mesdemoiselles. Vous voulez déjeuner ? Il
est très tôt, prenez une boisson. Le temps que je prépare.
Elle nous désigne une table, derrière la vitre, le long de
la rue. Elle nous dit :
– Nous vous offrons un cocktail « Le Normand », sans
alcool. En cadeau pour notre première semaine d’activité.
Des produits du terroir. Uniquement.
J’interroge Madeleine du regard. En un instant, nous
avons deux grands verres. La femme nous dit :
– Sirop de cassis, jus de pomme, Perrier et un brin de
menthe. Tout est bio, vous pouvez boire sans crainte.
C’est à peine sucré, très goûteux. Madeleine me de-
mande :
– Ah bon ?
– Le « management par le vide », c’est fini ! Oui, il y a
10 ans ! Maintenant, c’est le « management horizontal ».
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– Tout le monde couche ?
– Non, le « Participatif de groupe ». Le « Débat mou-
vant », la « Pelote de laine », le « Chapeau de Bono »… Si
tu veux manager, il faut lire, quitter les bouses de vaches !
Fais de la doc ! Anglais toujours.
– Pas le temps. Il me faudrait la réponse aujourd’hui.
La Chinoise s’approche et, tout sourire, elle s’assied en
face de nous et dit :
– Cela se prépare. Ce ne sera pas long. Je vous ai éton-
nées tout à l’heure. Mes grands-parents sont venus de
Chine, de Dongguan, à 100 kilomètres, nord de Hong-
Kong, juste après la guerre. Pas le même climat qu’ici. À
l’époque, ici, tout était rasé ! À reconstruire. Ils avaient be-
soin de gens qui ne se ménagent pas ! Mon grand-père a
commencé dans le bâtiment, il a fondé une société. Seule
manière de se faire admettre quand on a des yeux bridés. Il
parlait français sans accent. Ils utilisaient déjà votre
langue à la maison ! Mon arrière-grand-père était diplo-
mate. Il aimait le français. L’élite… Quand tout a été re-
bâti, début des années 60, il a vendu, monté un commerce
d’importation en gros. Mon père l’a repris. Nous vivons
bien. Ils m’ont mise à Saint-Joseph, dès la Maternelle. J’ai
le Bac philo !
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Elle se relève, très amusée :
– Vous voyez ! Je suis normande. Plus que certains
d’ici… Vous avez faim ? Je vous sers dans un tout petit
moment.
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– Non, pas le cinoche. Tu t’assieds, il ne voit plus rien
de toi, il ne va pas se mettre debout. Là, tu montres ta com-
pétence.
– Pour qu’il pense : « Cette fille est ma providence. Je
ne peux pas la laisser partir » ?
– Tu fais jouer la concurrence. Qu’il voie le duel, il doit
te soumettre !
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J’interroge Madeleine du regard. Nous acquiesçons.
Notre petite Normande aux yeux bridés s’en va, toujours
les pas glissés. Je demande à Madeleine :
– Tu délires… Admettons…
– Tu perces la nuit où il est, la total déprime.
– Mais encore.
– Vous êtes yeux dans les yeux. Le miracle. Comme à
Lourdes. La lumière au fond de la grotte !
– S’il refuse de me voir ?
– Un homme au désespoir ? Il te voit ? Il se dresse tout
net, même dans son cercueil !
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L’Asiatique revient avec un plateau et deux bols fu-
mants :
– Une soupe au cidre. Dans le Calvados, vous n’en au-
rez pas de meilleure.
Elle est heureuse. Des passants, nous voyant derrière la
vitre… sont entrés et se sont installés. Deux jolies filles,
mieux qu’un chat doré qui remue la patte.
La soupe est très bonne, goût de cidre brut, légumes de
saison, pointe d’ail, beurre d’Isigny qui fait de gros yeux à
la surface. Elle nous réchauffe. Nos esprits glacés… Nous
buvons, cuillère après cuillère, en silence. Méditant…
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Je prends mon téléphone et appelle Audrey sur son por-
table. À peine décroché, elle dit :
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– Pleure pas ! … Tu me passes Monsieur *** [le Pa-
tron] ! Grouille !
J’entends qu’elle appelle sur l’interphone. Voix
sourdes. Je l’ai enfin. Il crie :
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– Bonjour Madame Serizy. Quel est le motif de votre
appel ?
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– Maintenant, une tarte au Pont-l’Évêque et calvados.
Salade de jeunes pousses. Pas trop amères. Juste ce qu’il
faut.
Elle s’en va, à peine audible, puis, après un instant où
nous sommes restées en silence, elle revient avec les
tartes :
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La tarte est très chaude, mais délicieuse. La Chine, c’est
le progrès ! Madeleine reprend :
– Tu es son combat. Il doit être le meilleur. Tu es sa
cerise sur le Labo… Mao, la Longue Marche, il voyait le
pouvoir, quoi qu’il en coûte. Ton Julot, il ne pensera qu’à
toi.
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sans même y penser. C’est votre destin, je le sens. Mais
avant il doit se battre, pour le Labo…
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– Nous vous offrons, cadeau de bienvenue, une assiette
de fromages de pays.
Elle dépose sur la table des parts, petites mais variées.
Pains maison, encore un peu tièdes, parfaits pour ce qui
me reste d’appétit. J’ai l’estomac serré. Je dis à Made-
leine :
– J’ai potassé le dossier indien. J’en sais plus que lui,
techniquement. Sans doute plus que mon Directeur. J’ai
tout épluché dans le détail…
– Ce n’est plus le problème. Le bateau coule ! Il faut
réagir.
Je vois Madeleine changer d’expression, toute aimable.
Un pas furtif s’approche derrière moi :
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qu’elle est normande à 200 %. Ses petits cadeaux ne lui
coûtent pas cher. Ils sont là pour nous surprendre. Qu’on
l’aime, qu’on parle d’elle, qu’on revienne… Une travail-
leuse acharnée. Trouver des vieilles recettes, que nous
avons oubliées. Être celle dont nous avons besoin. Tu dois
représenter cela pour ton Julot. Le miracle !
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Le calva me désangoisse… Un gâteau tout simple.
Nous le savourons en silence.
Madeleine réplique :
– Il y a quelque chose, entre vous… qu’il ne maîtrise
pas. T’avoir seule en face ? Il flippe un max ! Il veut faire
de toi un complice.
– Coucher ?
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– Si tu le sens, mais je ne conseille pas. Laisse-le sali-
ver. Il a plus urgent. Il sait ton ambition. Il a besoin de toi.
Mais s’il le montre, il est fichu. Il est raide comme un bâ-
ton, pour se protéger.
– Tu dis ça ?
– Je confirme. Il est dans ta poche, mais il peut en sortir.
Long échange de regards. Nous formons, Julien et moi,
certes, un beau couple. Mais je n’ai aucune intention d’al-
ler plus loin avec lui. Je veux vivre, un peu toute seule !
Sans homme à ma botte !
– Ma pauvre vieille !
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– Retiens-toi. Il ne va pas te faciliter la tâche. Reste en
tailleur noir, pantalon strict. Marque pour l’éblouir. C’est
tout. Maintiens-le off-limits. Tes seins… Pour plus tard !
Il doit oublier !
– Tu en as déjà pris ?
– Pas très fort. 14-17 degrés. Comme un vin cuit.
Je me sens… mieux. Je le vois à 15 heures ? J’ai hâte.
Madeleine sourit :
– Tu as déjà raté un homme ?
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Je la fixe, sans répondre. Je les ai eus, tous, même ceux
qui me fuyaient.
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Nous allons vite. Madeleine, dont l’haleine fume, tourne
la tête vers moi :
– Tu sais à quoi je pense ? Ton Dir, il l’a en face, mais
il ne le voit pas. Il t’a, à sa place. Il n’entend que toi, il te
cherche.
– Tu fantasmes !
– Moi ? Aucune imagination. S’il ne t’a pas, sûr, il
quitte. S’il gagne, tu y passes. Il le mérite. Cerise…
Nous avons fait le tour du parc, à toute vitesse, sans le
voir. Quelques paroles, beaucoup de silences. J’ai chaud,
mais l’air froid me glace. Je dis :
– Il est une heure et demie. Il faut que j’y aille. Pour
me préparer.
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Nous prenons sa voiture. Quand nous arrivons, des col-
lègues discutent sur le perron, inquiets. Madeleine les voit
et murmure :
– Ils ne sont pas pour toi. Vise le Ciel. Y a que lui de
vrai.
Je souris. Bises sur les joues. Je quitte sa voiture, monte
les marches, glisse entre les petits groupes. Saluts rapides.
Le Chef Zone Export (toujours le même) murmure : « Ne
le bousille pas. Pense à nous. C’est le seul. Si t’es fatiguée,
je suis là. Quand tu veux. »
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Moins cinq, je sors. Moins deux, j’arrive au bureau
d’Angélique qui me dit :
Il rompt le silence :
– Madame, n’insistez-pas. Vous êtes jeune. Partez
quand il est encore temps. Quant à moi, je jette l’éponge.
Ce n’est plus acceptable. Dans quelques mois, vous avez
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disparu. In the US, challenge is daylife. The risk is facing
our eyses. Mais là, on n’y est plus. A huge mammoth…
Il mélange anglais et français. Signe de pensée qui va
trop vite. Je ne le quitte pas des yeux. Il a de la classe,
beaucoup de classe. Il continue :
– I understand, Beryl, comment vous dire… Your de-
ception?
Il m’a appelé Madame, et maintenant Béryl… Il est
paumé. Il poursuit :
– Nos conseils…
– Vous savez combien ils me chargent ! Without any
risk.
Voyez la scène : un beau et grand jeune homme, la qua-
rantaine, devant une jolie fille, quinze ans de moins. Il
voudrait bien me prendre. Sauf que… je suis Jeanne d’Arc.
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En cuirasse et en armes. Intouchable, sauf par une flèche…
qui lui manque. Il murmure :
– Any idea?
Je demande :
– Une transaction ?
– Ils n’en veulent pas.
– Ils nous rachètent ?
– Moins que le prix des murs.
– Et vous ?
– Cela ne me concerne plus.
Silence perplexe. Je murmure :
– Vos avocats, ils nous ont défendu ?
Il fait la moue :
– No, hardly. For maximum cash!
– Vous avez le détail ?
Il prend le téléphone, tapote et dit :
– Mrs Heather, can you send me a statement of your
fees?... Yes… For you both… Yes… At once, if pos-
sible…
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Je poursuis :
– Pourquoi ne pas se faire épauler par un groupe fran-
çais. Pour se défendre ensemble, s’unir face à eux ?
– Qui ça ? Vous en voyez ? On va discuter ? Pour faire
quoi ? Je n’ai plus le goût. Je cherche une autre affaire.
– Faire entrer un fonds de pension français ?
– Ça n’existe pas. Du rêve. Le Plan d’Épargne-retraite ?
Ils dorment.
– Bpifrance ?
– Nullissimes.
– CCI ?
– Pire !
Il ouvre son ordi, tape le code d’accès, attend un instant
et… je vois sa tête blêmir. Je dis :
– Vous avez la réponse ?
Un homme à la peau mate… soudain tout blanc. Pire
qu’une geisha. Ça vaut le détour !
Je le fixe. Il lève la tête, me regarde. Sans un mot.
Puis, après deux minutes, yeux dans yeux. Intenses :
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Il prend un papier, sort son stylo, écrit très rapidement.
Là, c’est au rouge qu’il passe. Il murmure :
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– Il est rouge sang. Je ne l’ai jamais vu comme ça !
Vous avez fait quoi ? … On t’avait dit ! T’es complète-
ment dingue !
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– Ce matin, vous étiez tous HS. Moi, j’agis.
– Nous, au moins, on f… pas la m… partout où on
passe !
– Il a appelé les avocats, leur a demandé leurs hono-
raires. D’où son état. Il m’a fait écrire une synthèse, je lui
ai envoyée. Maintenant tu as tout ! Tu sors, s’il-te-plaît,
j’ai mal à la tête.
Il paraît sceptique :
– Il va faire quoi ?
– Demande-lui.
Il se lève. Il a l’air si triste que, pour un peu, je lui ferais
bien un petit entre-deux. Il ne me regarde même pas, il s’en
va.
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de notre premier flash. Je lui propose un siège et m’assieds
à son côté, devant mon bureau. Je demande :
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Son regard est chaud… très chaud. Je reste… flegma-
tique, celle à qui on ne la fait plus.
Il se lève :
– Merci pour votre topo. Je l’ai inclus dans le mien.
Cette nuit, ils vont méditer. Ça leur fera du bien.
Il met son index dressé sur ses lèvres :
– Vous ne dites rien.
– Les avocats vont travailler pour vous ? Sans en référer
à Monsieur *** [le Boss] ?
Il sort sans me répondre. Je ferme derrière lui.
Juste le temps de m’asseoir, Benoit m’appelle :
– Il était avec toi ? Gare à tes fesses !
Il raccroche. Les bruits galopent. Il est quatre heures et
demie. Je suis tremblante.
On frappe. Je réponds :
– Entrez !
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– T’as pioncé ? T’étais pas partie ? Attention à toi ! Ça
chauffe dur !
Elle sort.
Je me lève, rentre mon ordi, ferme mon armoire. Je
quitte mon bureau. Je marche d’un pas rapide, vers la sor-
tie. Je dépasse des ombres. J’arrive à Chloé, qui murmure :
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51. Une nuit d’attente
Le ciel du couchant est superbe, à faire pleurer. Le so-
leil trace une ligne claire entre les nuages, denses. Je m’ar-
rête.
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Je vais dans la chambre, retire veste et pantalon, pour
me mettre un peu à l’aise. Chemisier-culotte, j’ai froid, je
me glisse sous la couverture, le smartphone à la main.
D’un coup de doigt, je passe les nouvelles : Convoi de la
Liberté. Qu’ils s’agitent, on verra. Pass vaccinal, ras le bol.
Procès des attentats… Cyclone Batsirai, pauvres gens. Le
monde est plus déprimé que moi. J’arrête !
– Il laisse tomber.
– C’est un looser ?
– J’attends. Je te dirai… Tu fais quelque chose, ce soir ?
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– Je suis épuisée. Les nerfs, le contrecoup.
– Il faut réagir ! Je peux passer, si tu veux. J’apporte de
quoi dîner.
– Encore ? On s’est quittées ce matin. Il ne faudrait pas
que cela devienne une habitude… On ne fait rien. Je ne
suis pas cap’.
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– Toi, tu as l’air en pleine forme…
– Faut que je tienne pour les autres. On ne me laisse pas
le choix.
– Tu as de la chance.
Bisou. Simple effleurement de lèvres. Je lui tends mon
paquet en disant :
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– Tu as un cœur de pierre. Moi, ça me shoote un max.
Je la lâche, elle part avec les bouteilles, j’attrape les
verres et nous arrivons au salon. Nous nous asseyons sur
le canapé, assez loin l’une de l’autre. Elle me fixe :
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Je me lève, titubant à moitié. Nous allons à la cuisine.
L’odeur épicée des empanadas emplit la pièce. Elle de-
mande :
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– Cette fille t’aime. Elle veut savoir qui tu as autour de
toi, si tu penses bien à elle. Un enterrement, une réunion
de famille et d’amis. Un moyen de se faire une idée.
– Tu songes à te reconvertir ?
Elle sourit :
– Si j’étais un homme, en dessous de 1.500, je refuse.
Il y a un truc.
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– Tu voudrais pas être ma tôlière ?
– Ton type, il a la classe ?
– Qui ça ? Julien ?
Elle hausse les épaules, une évidence. Je réponds :
– C’est un homme. On ne peut pas comparer. Bien
aussi. En plus dur. Un lion !
– Tu es sa lionne…
– On se respecte.
Elle ne me quitte pas des yeux. Je dis :
– Hier, tu pleurais Mickael, aujourd’hui tu veux un
autre type.
– T’as rien à dire, Béryl. Tu penses qu’à baiser !
– Ça suffit ! Tu me pousses et ensuite tu t’étonnes que
ça marche !
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– Il pense vraiment à autre chose.
Nous avons fini les épinards, elle se lève. Je retire les
assiettes, les mets à la machine. Elle ouvre le paquet des
gâteaux. Je sors les assiettes à dessert, quand… j’ai Hor-
tense dans mon dos, les mains sur mes hanches, son souffle
dans mon cou. Je murmure :
– On a fait cette nuit. Arrête. Dès qu’il peut, je te bipe,
tu l’as !
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Je dis ça pour me rassurer, mais je déprime. Cette nuit,
tout seule, un lit froid. Demain aussi. Me faire Benoit, pour
combler le vide ? S’il est comme ces derniers jours, on va
se battre. Xavier, trop nul, je le maintiens au chaud pour
lui vendre mes parts. Draguer ? Pas envie. Faudrait que le
type soit vraiment bien. Je n’ai pas la tête à ça. Albert ?
Maintenant qu’il me croit libre, il va me pressurer. Bref, je
suis dans la m…
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J’aurais pas dû mettre ce leggin. J’ai froid. Je sens sa
chaleur. Si je m’éloigne d’elle… J’ai un pull, ça ne suffit
pas… Elle me dit :
– Je me tire. On se bigophone.
Je me penche vers elle, embrasse ses cheveux. Si doux.
Je reste un instant… à méditer sur sa chaleur. Trop tard.
Elle m’enlace. Je me débats, des deux bras appuyés sur le
cuir… mais je glisse et tombe sur elle. Nos bouches se sont
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trouvées et ne se quittent plus. Je me dégage et finis par
dire :
– Ça suffit ! On a déjà fait cette nuit. Pense à Julien !
Avec moi, t’auras jamais de bébé.
Elle se redresse, se lève et, sans me jeter un œil, part
dans le couloir, vers sa chambre. Je lance, pas trop fort, à
cause des voisins :
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elle a étendu sur le lit ses affaires médicales et les range
dans une grosse sacoche, largement ouverte sur la couver-
ture. Belle toile, une espèce de croix dessus, élégante, mo-
derne. Je dis :
– Tu en as, des trucs et des machins ! Tu ne t’y perds
pas ?
– J’éteins la lumière ?
J’entends les gouttes sur les volets. Je vais me faire
tremper. Je demande :
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– Tu as un grand parapluie ? Je te le rapporte demain.
– Prends le petit, il couvre moins mais il est plus com-
mode.
Là, je vais être mouillée. Je le sens déjà.
Je prends le couloir et m’en vais. Elle a éteint la
chambre. Si je n’avais pas laissé le salon allumé, je serais
dans le noir. J’allume l’entrée, appuie sur le commutateur
du salon. J’ouvre la porte sur le palier. Derrière moi, si-
lence. Sauf les trombes d’eau, sur les volets.
L’image de l’’enterrement me revient. On a eu de la
chance. Pas une goutte d’eau. Sauf mes larmes. Ils ne
m’ont pas appelée aujourd’hui, ni Maman, ni Chantal, ni
Albert, Henri non plus… J’aurais pu le faire… Le Labo
m’a stressée.
69
Je suis oppressée, j’ai du mal à respirer. Pour une direc-
trice, ce n’est pas terrible. Je suis beaucoup trop jeune.
Faut que je mûrisse !
Et Hortense qui dort, au bout du couloir, faiblement
éclairé par le bleu du réveil.
Mon pull me frotte sur les tétons, j’auras dû mettre un
sout’. Je ne suis pas raisonnable, il faut que je parte. Je vais
m’habituer…
Je fais quelques pas dans le couloir. Elle ronfle. Je ne
suis pas gentille.
Je ne me sens pas bien, l’angoisse me serre. J’ai envie
de faire pipi. Je passe aux toilettes, sans allumer. J’ai
baissé mon leggin, ma culotte… Ils me gênent. Je les re-
monte… ou je les retire ?
Toujours assise sur la lunette, porte ouverte, j’hésite.
Un rai de lumière bleue silhouette la porte. Hortense n’est
pas loin. Je sens sa douceur m’envahir. Je fantasme…
Je fais glisser mon leggin jusqu’aux pieds. Culotte itou.
Je les enlève. Je suis nue du bas.
Je les prends… j’hésite. Si j’y vais, je la réveille.
Pull, il me tient chaud… Tant qu’à faire…
70
Je suis à poil. Bon, maintenant, il faut que je me décide.
Je prends mes affaires, vais les porter au salon sur le ca-
napé et je reviens, nue, vers la chambre. Comme un chat,
une chatte. Silence.
Je me glisse dans le lit. Chaud. Personne. Je tends le
bras et… j’entends :
71
Je suis mal. Elle me fait la caresser, ce que je voulais
éviter. Tant pis pour moi, je joue le jeu. Sans insister. Elle
murmure :
– Tu t’inquiètes sur nous, Béryl et moi. Elle est comme
ça. Mais je t’aime !
J’essaie de faire le moins possible. Si elle s’éveille et
découvre que c’est moi, elle me jette hors du lit. Elle
geint :
72
sous mes doigts. Mais… Hortense ne dit rien. Est-ce
qu’elle me sent ?
Moi, je jouis (mentalement) de téter ma mère, comme
je n’ai jamais pu. Je le fais avec amour, donnant le mieux.
Enfin… Hortense remue, un peu. Je suis sur la bonne voie.
Mais… je suis coincée, très chaud, et commence à avoir
des crampes aux bras. J’espère qu’elle ne va pas tarder. Je
m’efforce de… faire bien.
73
et les mules, allume la cuisine. Eau, pain, assiettes, cou-
verts, omelette. Une vraie fée du logis. Quand Hortense
arrive, toute habillée… c’est prêt.
74
52. Femme de tous les dangers
Sept heures un quart, alors que je finissais de m’habil-
ler, SMS d’Angélique, Priorité maximale : « Bonjour à
vous, Salle de réunion. Neuf heures. Présence souhaitée. »
Puis, l’instant d’après, un autre mail, perso, de mon Boss :
« Madame Serizy, Venez me voir tout de suite, avant la
réunion. » Je réponds : « C’est urgent ? » Retour immé-
diat : « Frappez à mon bureau sitôt que vous êtes là. » Je
ne peux aller au Labo en leggin, sans sout’. J’embrasse ra-
pide Hortense et descends quatre à quatre son escalier. Je
saute chez moi. Cinq minutes pour me changer. Je suis en
route à sept heures et demie.
75
à porte. Meilleur temps ! J’ai roulé au compte-tours, limite
rouge, en sixième. Vitesse ? Pas regardé.
Labo. Parking vide, hors de trois voitures, le Boss, Ju-
lien et ma belle 208 dorée. Je passe par la petite porte,
bouscule le vigile :
– On m’attend.
Je suis loin quand j’entends :
– Madame Seri…
J’arrive au bureau d’Angélique. Porte ouverte. Per-
sonne. Des voix chez le patron. Je frappe. Pas de réponse.
J’ouvre. Julien est seul, smartphone, oreillette et micro, il
parle en anglais. Il me salue de la main et m’invite à m’as-
seoir. Il s’exprime vivement. Le « CERT-In », encore et
encore. Sur mon smartphone : c’est l’agence indienne de
contrôle d’Internet. Il est avec un de nos conseils, c’est sûr.
Ton de chef, de combat. Au bout de dix minutes, il rac-
croche. Je murmure :
– Vous êtes seul ? J’avais rendez-vous avec Monsieur
*** [le Boss]. Il n’est pas là ?
– Bonjour Béryl. Nous avons eu… un petit échange. Il
est parti…
76
– À cause de votre mail d’hier, de votre intervention
auprès des avocats ?
77
Je l’ai dit à Monsieur *** [le Boss]. Il n’est pas inquiet du
tout, nous passerons par un serveur localisé en Grande-
Bretagne ou à Singapour… Mais, vous comprenez, Béryl,
tout cela me fatigue. J’attends que le ciel se dégage. Pour
l’instant, je confirme : je n’achète plus.
78
– Mon métier est de tout voir. Mais, là, j’arrive à un
niveau de folie. Un travail bâclé. Une incompétence rare.
Je dis non. Au prix où j’achète, on est sérieux. Là, non. Je
ne veux pas me fendre la tête. Je ne suis pas comme vous.
Je ne suis pas psy !
– Nous aurions pu faire de belles choses, ensemble…
M. *** [le patron], où est-il ?
– Je ne sais pas. Il allait vers la cafétéria. Elle est encore
fermée. Personne d’autre n’est arrivé, sauf Angélique. Il
est d’une humeur…
79
Il me fixe. Miracle. Lion et lionne. Une fois de plus. Je
dis, posant mes mots :
– Je ne pense pas que nos adversaires indiens veuillent
notre mort. Ils ont leurs carences, ils voient leur intérêt,
une alliance qui partage les responsabilités et les risques.
Je vous d’abandonner l’idée de tout mettre à plat. On ferait
un accord amiable, on dirait : « Joint-venture 50/50. Blo-
cage des parts durant cinq ans. Leur fonds de pension se
retire sous dix ans. Ils trouvent des actionnaires locaux,
qui, pour nous, seront autant de partenaires. Au terme de
ces dix ans, le fonds ne garde que 25 % des parts, en des-
sous de la minorité de blocage. Pénalités en cas de dédit. »
Il me toise :
– J’avais la même idée. Je vais la soumettre à mes ac-
tionnaires. Mais, chez les Indiens, qui pourrait nous ré-
pondre, tenir cet engagement ? Une personnalité, ou un or-
ganisme de premier plan, gouvernemental si possible. Le
problème, vous ne connaissez. Vous avez des ethnies qui
poursuivent des buts variés. Rien n’est centralisé comme
ici. Ils ne parlent même pas la même langue. Les castes, il
ne faut pas les oublier. Elles paralysent leur économie, leur
force de progrès. Pas comme en Chine ni, avant, au Japon
avec les zaibatsus.
80
– Vous pensez à quoi ? Le Ministry of AYUSH ?
– Nos avocats auraient dû s’en occuper là-bas. Pour
qu’ils bougent, il me faudrait un fouet. Et encore… Gare
aux vaches sacrées.
– Vous étiez au téléphone avec un homme. C’était Mr.
Raghav *** [notre conseil indien] ? … Vous parliez du
CERT-In ? Ils l’ont eu… directement ?
– Vous riez ? Il ne les a même pas joints. Votre patron
ne veut pas court-circuiter les Indiens, pour ne pas les blo-
quer. Mais, de France, on n’a jamais les bonnes portes.
L’Inde est un pays complexe. On joint untel, croyant at-
teindre un responsable. On s’aperçoit, des jours ou des se-
maines après, qu’il ne peut rien. On ne sait jamais qui dé-
cide vraiment. Ils sont emberlificotés dans des « réseaux
de courtoisie », impossibles à gérer pour nous.
– Au CERT-in, je crois que M. *** [le Boss] a joint le
Dr Sanjay B***, son Directeur général.
– Possible. On ne me dit pas la moitié des choses. Je
vous le dis : je navigue dans le brouillard ! Ma position ici
est encore très précaire, je ne me vois pas agir directement,
aller contre votre Directeur. C’est lui le chef… pour l’ins-
tant.
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Il me fixe, dur… perplexe… inquiet. Des yeux sau-
vages. Pas longtemps. Il passe du lion au tigre, au lynx, au
renard, au… plus rien. Il m’attend. Je murmure :
– Allez-y ! Qu’est-ce que vous risquez ? Il ne vous fera
pas de procès ! J’ai la liste de toutes ses malversations. Je
le tiens au collier !
– Vous ? Béryl…
Après un long échange, sexué, muet, il chuchote :
– Vous êtes une tueuse ! Je ne voudrais pas vous avoir
en face !
Puis, après un nouveau silence, il ajoute, à peine plus
fort :
– Son numéro, vous l’avez ?
– Deux minutes, je vous le donne.
– Faites vite. Nous avons rendez-vous à neuf heures,
avec toute l’équipe. J’appelle mon avocat. Savoir ce qu’il
en pense.
J’arrive à la cafète. Noire, sauf les lampes sécu. Silence.
J’allume les néons. Au bout d’une table, tout au fond de la
grande salle, le Boss et Angélique en conversation rappro-
chée. J’avance. Deux tasses. Aucun papier. Je me gratte la
gorge. Le Dir me toise, étonné… Ennuyé (un peu) :
82
– Béryl ? … Vous êtes là. Notre rencontre… Tout à
l’heure, oui. Je ne vous ai pas oubliée !
J’arrive à lui, d’un pas vif. Il dit, regardant sa montre :
83
directement. Nous le rencontrerons au siège du NISM
qu’il anime, près de Mumbai.
Il se tait. Nouvel échange de regards. Muet. D’homme
à homme !
Puis :
84
– Béryl ! Vous aussi ! Vous êtes licenciée pour faute
grave ! En attendant, salle de réunion ! Vous n’en sortez
pas ! On verra pour les papiers tout à l’heure !
Je les quitte, ferme la porte avec douceur et rejoint les
autres. Il y a là, outre Benoit et Audrey, les chefs de dépar-
tements. Nous sommes une dizaine. Tous les yeux sont
fixés sur moi. Tête baissée, je m’assieds. Silence. Cinq mi-
nutes après, le Dir arrive, suivi de Julien puis d’Angélique.
Il déclare, sans me regarder :
– Réunion annulée. Force majeure. Vous pouvez partir.
Il tourne les talons et disparaît, avec ses deux femmes.
Nous nous levons. Tous les regards sont sur moi. Je
m’esquive sans échanger avec personne. Couloir. J’arrive
dans mon bureau. J’ai à peine sorti mes affaires que ça
sonne sur mon fixe. C’est Benoit, furieux :
– Qu’est-ce que tu as f… ? Un vrai b… de m… Le Labo
ferme ! Tu as gagné !
– Dis-ça à Julien !
85
fais un café. C’est une nouvelle marque, il est tellement
raide que je stoppe à la première gorgée.
Je reste assise, devant mon bureau vide. La tête dans les
mains.
86
Je ferme, comme on me l’a demandé, laisse tout en
plan. Dans l’ordi, ils vous avoir des surprises. Toutes mes
notes. Des vertes et des pas mûres. Tant pis pour leur
pomme… Ils l’ont voulu acide, ils l’ont !
Dans les couloirs, personne. Je quitte le Labo sur un
petit salut à la fille de l’accueil. Gentil. C’est la dernière
fois.
J’entre dans ma belle titine… Je pose mon sac sur le
siège et… regarde à travers le pare-brise les voitures du
parking. Je vais être… enfin moi-même ! À 27 ans, ce
n’est pas trop tôt !
…
Je n’ai toujours pas démarré. J’ai un regret. Un peu
short, comme départ.
Vous qui me connaissez bien, vous allez vous dire : Bé-
ryl est devenue folle. Oui, et je m’en f… J’en ai marre. Je
me tire ! Je les laisse tous se débrouiller dans leur m… Ils
l’ont bien voulu ! Ils ne sont pas satisfaits, qu’ils aillent se
faire voir… chez les ploucs !
87
Pour passer sur le Canal, ça bloque. Avec le tram, c’est
devenu la cata…
Je vais… au centre-ville. Des tas de boutiques de
fringues et de sous-vêt’. Je prends la direction de l’Hôtel-
de-Ville, entrée de mes petites rues, et grand parking.
Je pousse Radio-Classique. L’Hymne à la Joie, la ver-
sion de Bernstein, celle que je préfère.
J’avance… lentement. Feux rouge, vert, rouge. Je n’y
arriverai jamais !
J’ai un problème. Grave. Je suis incapable de faire des
choses mal. Il faut qu’elles soient… parfaites. Mais si je
les fais bien, on me tape dessus.
Enfin, ça se débloque, j’arrive à destination, me gare.
Je sors à pied via l’arrivée des voitures. Interdit, mais ça
m’évite de passer dans l’herbe glissante et la boue… En-
core une gaffe d’ingénieur. Je m’engage rue de Bras. Là,
c’est chez moi. Cafés, boutiques écolo, orientales, petits
restos. Je marche d’un pas vif. Habituellement, les
hommes me remarquent. Là… il bruine, il n’y a personne,
ou presque. Tous au travail. Manteau, parapluie. Temps de
chien. J’arrive à mon petit Vietnamien. J’achète des nems,
du bœuf aux épices, des chips de crevette et une grosse
boite de gingembre confit… pour le moral.
88
Je poursuis, croise la rue Paul Doumer. La FNAC, non,
pas aujourd’hui. Pas les DVD en solde. Je vaux mieux !
Un sous-vêt qui claque… faire la nique à Hortense…
puisque je n’ai plus Julien.
Je continue rue Saint-Pierre. Personne aux terrasses,
malgré les chauffages à grande flamme dans leur truc en
vitre. Boulangerie, j’achète mes petits pains rustiques
(vendus pas trois, plus un en rab). Pas cher, j’adore.
Enfin, Des regards. Une jolie fille, grande, Veste-pan-
talon Cardin noir, marchant vite, dans un manteau cache-
mire Balenciaga (qui m’a coûté la peau du c…), avec son
petit sac en plastique blanc, prolo style… Sous un para-
pluie Guy de Jean (motif « jungle », grandes feuilles).
J’étonne.
J’arrive à mon libraire qui vend avec de grosses re-
mises. Des trésors, vraiment pas chers. Il m’annonce qu’il
va fermer, il n’y arrive plus. Nous discutons. Mon portable
sonne. Je sors de la boutique. C’est le boss, fumasse :
– Rue Saint-Pierre.
89
– Quel endroit ?
– Près du Château.
Bruits de voix dans le téléphone. Puis, plus calme :
– Vous pouvez nous rejoindre ?
– Certainement, Monsieur. J’arrive.
Décidément… Mon ventre se serre. J’ai mal. Retourner
dans l’arène, avec les fauves ! Qui vont me chercher des
poux ! Je re-entre dans la librairie, fais mes adieux… sans
rien prendre. Pas le temps. Je reviens sur mes pas, vers le
parking. Je ne me presse pas. Qu’est-ce qu’ils veulent me
faire ?
Je vois le Dir : je vous indemnise (gros paquet), vous
signez votre dèm’. Mais labos pharma interdits pendant 5
ans…
90
– Trouvez-en-un où nous pourrions discuter. Discret.
On vous rejoint. On vous rappelle quand on aura stationné.
Là, c’est le stress. Ils ne veulent pas que ce soit au Labo.
Un truc pas clair. Je cherche le café. Avec la pluie, c’est
vide ou presque. J’en vois un d’assez classe. Je m’arrête.
Explore l’intérieur. Le garçon s’étonne… de mon silence.
Jolie fille qui ne parle pas…
Ça devrait aller. Je dis :
– Vous avez un endroit tranquille ?
Le garçon, fort gentil et pas trop mal, pour un serveur,
m’indique une table au fond. Nous sommes presque seuls.
Il est dix heures. Normal. Je m’assieds et demande un
grand capuccino.
Au Labo, c’est leur truc, impossible d’être cool. Ça
change tout le temps, surtout depuis qu’on est en vente !
Le serveur revient. Tasse de bonne taille… Je com-
mence. Téléphone ! Julien encore :
– Quel numéro ?
– 32.
– On vient.
91
Quelques instants après, et deux gorgées, ils entrent, Ju-
lien et le Dir. Je me lève. Le Boss :
– Restez assise !
Ils se mettent à ma table, font leur commande et me
fixent. Tous les deux.
Jeanne la Pucelle, devant Cauchon, n’allait pas bien.
Moi, pareil… J’attends la mort…
Julien déclare :
– Les avocats viennent de nous rappeler. Le NISM les
a joints. Simple retour d’appel. Mais, en discutant, ils ont
découvert… que l’Institut en savait plus qu’eux sur notre
affaire. Ils ont demandé d’où cela venait.
92
– C’est vous qui m’avez donné le numéro…
– Vous m’avez pris de court…
Le garçon pose leurs cafés. Julien me fixe toujours. Ils
boivent. Leurs tasses sont toutes petites, et la mienne très
grande. J’évite de sourire. Le Boss n’en mène pas large.
Julien non plus.
Voyez donc : j’ai ma tête de chienne. De molosse. Les
hommes me craignent. Ils se sont fait avoir tous les deux.
Ils ne peuvent me dire ça au Labo.
Le Dir finit sa tasse, sans me quitter des yeux. Il m’af-
fronte. Je soutiens. Il parle lentement :
93
– Vous avez des capacités notables, mais qui ne cadrent
pas avec votre position hiérarchique. Vous suivez une for-
mation diplômante, vous réussissez et nous vous donnons
un poste mieux adapté. Sinon, vous partez, avec une com-
pensation pour les services rendus. Une convention que
vous signez, vous n’en sortez pas !
Le Boss se lève :
– Tout de suite, restez chez vous sans passer au Labo.
Trois jours de deuil. Au retour, venez dans mon bureau
sans aller dans le vôtre ni parler à personne. Pas de télé-
phone ni de mail. Je vous donnerai mes instructions. Si-
non, la porte ! … C’est compris ?
94
Serrements de main… Je les accompagne jusqu’à la
porte du resto. Ils n’ont pas fait cinq pas que le Dir se re-
tourne :
– Ah j’oubliais ! Les Indiens ont tout accepté. Mr. Rag-
hav *** vient de nous le dire.
– Accepté quoi ?
– Le programme de Monsieur F*** [Julien].
Je les fixe, demi-sourire. Il reprend aussitôt :
– Vous avez joué gros. Vous avez gagné. Mais atten-
tion ! Vous êtes la femme de tous les dangers, Béryl.
Ils se tournent et s’éloignent.
J’ai chaud. Les cocotiers et le sable blond, la mer azur,
c’est rappé ! … Une autre fois.
95
53. Très chaude
Je suis inquiète.
J’appelle ma chérie qui répond :
– Je suis occupée.
Madeleine ? C’est à elle que je dois tous mes ennuis…
Je lui mets un SMS : « Labo, ça brûle un max. Je t’appelle
ASAP. » Rien en retour. Bizarre…
Je regarde la rue, les passants. La pluie a cessé. Il fait
beau. Je lève la main, le serveur arrive. Je demande :
– Pourrais-je avoir un thé ? Earl Grey avec une rondelle
de citron, s’il vous plaît ?
Il s’en va après un sourire. Il m’a vu avec les deux
hommes. En procès. Gagné. Pour l’instant…
Reprendre des études ? Un challenge mais rester dans
cette boutique de m… Ou me faire Albert… et les cli-
niques. Je vais être… obligée de l’épouser.
Le serveur revient, il me fixe, grand sourire. Je lui
plais… comme à tout le monde. Il pose la tasse avec une
mousseline et un pot d’eau chaude. Il part. Au milieu du
chemin, il se retourne et me jette un œil, un seul…
96
J’attends… que le thé infuse. Téléphone, c’est Hor-
tense :
– Tu voulais quoi ?
– Je viens de me faire recadrer. Je dois reprendre des
études, sinon je dégage. Ils veulent que je me calme.
– Depuis le temps que je te le dis !
– On peut se voir ?
– Non, ça suffit. Toi, t’es gouine. Moi non, je me
cherche un m…
– Par téléphone ? Tu serais libre quand, pour qu’on dis-
cute ?
– Ça commence comme ça. Tu vas m’apitoyer et, toc,
on se retrouve au lit. Assume ton deuil. Tu as des crasses,
réfléchis par toi-même ! Ça te fera du bien ! Toi, la psy-
cho !
Elle raccroche. Je bois mon thé, pensive. Elle a raison.
Téléphone, c’est Benoit, qui demande :
97
– Nulle part. Si les autres l’apprennent, je fais ma va-
lise.
– On peut y aller discrétos.
– Pense à moi ! Salut.
Le serveur passe entre les tables, toujours sourire. Me
voyant dépitée. Je bois mon Earl Grey… méditant.
Nouveau téléphone, c’est ma chérie :
– J’ai réfléchi… Ton Julot me trotte dans la tête…
Viens. Tu vas me distraire. On ne parle pas de lui. Juste de
tes problèmes.
– Quelle heure ?
– Pour dîner. Après, tu rentres chez toi. Je dors toute
seule. Si tu insistes, tu prends la claque.
– D’ac’. J’apporte tout. Asiatique, ça te va ? Nems et
bœuf aux épices. J’achète des nouilles sautées, elles sont
très bonnes.
98
– Vous allez voir, votre achat de tout à l’heure, gin-
gembre et du piment. Ça va le booster.
99
Mon smartphone bipe. SMS de Madeleine : « Je vire
mon copain. Trop rase. » Je réponds : « Je vais courir. Si
tu es libre, on fait ensemble. »
Pas de réponse. J’enfile mon bas de survêtement
quand… Mon smartphone tinte. Xavier :
– Je suis absolument désolé pour les obsèques. J’aurais
dû m’excuser. J’étais à Strasbourg… Appelé en urgence
pour faire un topo à l’Eurocorps, à propos de l’aide médi-
cale multinationale. J’ai passé des tonnes de coups de fil,
pour envoyer un collègue. Pas de dispos. Puis me rensei-
gner, mettre ça au point… Je t’ai complètement oubliée.
Ces derniers jours, je n’ai pas vraiment arrêté.
100
– Non, très mal. Ils m’ont vidé de mon boulot. Enfin…
Trois jours pour le moment.
101
à être sage, ce n’est pas mon trip. Julien, il va demander à
coucher. Gros comme une maison.
Hortense, ce soir, pas très malin. Forcément ça va finir
au lit. Une nuit de plus !
J’ai envie d’elle. Me déstresser. Les filles, c’est pas du
sérieux. Jusqu’à présent, j’avais tenu. Elles refusaient, on
se câlinait tout juste. Avec Hortense, on fait. Trop. Mau-
vaise pente. Je rappelle Xavier :
– Je…
– Passe chez moi ! On discute un peu. On a beaucoup
de choses à examiner. Seule chose : tu ignores le désordre.
Je ne range pas quand je suis tout seul. Viens quand tu es
libre. On pourra dîner ensemble. Tu pars quand tu veux.
102
J’ai besoin de me soulager. Hortense, c’était risqué. Là,
au moins, c’est normal. Mais… est-ce qu’il va vouloir ?
Sout’ ? Pas sout’ ? Culotte ? Pas culotte ? Je fais cool.
Que ça vienne de lui. String, jean un peu moulant, pas trop.
Soutif dentelle, pull smart. Petit décolleté. Manteau. Sac,
matos pour la nuit. Voiture.
103
– J’imagine : pas d’alcool à cette heure-ci. Un café ? Un
thé ?
– Un petit déca. Bio, si tu as.
– J’en ai acheté, pour toi.
On part vers la cuisine. Il met la Nespresso en route en
disant :
– Ce n’est pas trop dur, sans ton mari ?
– … Si, bien sûr. Mais soulagée, quelque part. Il n’au-
rait plus été comme avant. Infirme, en chaise roulante,
aveugle. Je ne nous voyais vraiment pas.
Il me fixe, tragique, sans rien dire. Le café coule.
J’ajoute :
– On n’aurait jamais dû se marier. Il était brillant, mais
sous la coupe de sa mère. Je n’ai pas su m’imposer. J’ai
pris la tangente. Je n’aurais jamais dû.
104
Je demande :
– C’était bien, Strasbourg ?
– Des parlottes, beaucoup. On rencontre des gens inté-
ressants… Encore une fois, je suis désolé.
Nous discutons, de choses et d’autres. Je m’approche
de lui, un peu. Il réalise :
– Non, Béryl, j’y ai pensé... au téléphone… Mais j’ai
beaucoup de travail…
– De quoi tu parles ?
Il me fixe, en souriant. Je murmure :
– Tu te fais des idées sur moi.
Il se recule :
– Non, pas tant que ça. J’aimerais faire le point avec toi,
pour ne pas laisser traîner les choses. Tes actions, en par-
ticulier…
– Ce n’est pas ma priorité. Je m’inquiète pour le Labo.
– S’ils te virent et qu’on t’intéresse, viens. Tu dis tes
conditions. Si elles nous conviennent, on te prend.
Je le fixe, amusée, en buvant ma tasse :
105
– J’ai bien compris. Mais tu n’es pas le premier. Albert
veut déjà m’épouser.
– Dommage…
Je le regarde en silence, puis :
– La vie d’une jolie fille est difficile, on passe son
temps à refuser ! … Tu as vu Albert ? Vous me proposez
quoi, pour les parts de clinique ?
106
Il re tire ma main de la poignée de porte, me saisit, me
tourne et… me fait un nouveau bisou, plus franc, mais sans
la langue. Puis :
– Ne t’en va pas. On va discuter… Si tu n’as rien
d’autre à faire, de plus urgent.
107
– On n’aurait pas apprécié ce que j’ai fait… Je t’as-
sure… Je ne pensais pas à ça… Je t’enlève tes affaires ?
– Comme tu le sens. Je ta fais un beau striptease. Assez
court… Tu n’attendras pas trop.
Ça lui fait long. Il avance la main sous mon pull, au
contact de ma peau. Sa main douce de chirurgien le sou-
lève, un peu :
108
– Aussi pour le concierge ?
– Les Portugais on le sang chaud.
Il ne m’écoutait pas, il a descendu mon jean en même
temps que ma culotte. Il s’est accroupi pour les retirer. J’ai
les deux mains dans ses cheveux bouclés.
Je suis nue. J’ai froid, le chauffage doit être en panne.
À moins qu’il soit économe. Je n’ai pas le courage de le
déshabiller. Je saute dans le lit… et murmure :
– Tu as une protection ?
109
Monsieur, dans son désarroi, allait oublier. Il s’en va,
en profite pour faire pipi… douloureusement, et revient
avec sa petite enveloppe. Je demande :
– Je peux ?
Je n’attends pas sa réponse, l’enjambe, monte sur lui et
le fais entrer en moi. Ça me soulage ! Le Labo crée une
tension ! Je l’embrasse. Pas trop. Je remue du bas et mur-
mure :
110
Je l’embrasse, il m’embrasse, nous nous embrassons…
Je me soulève sur les coudes, pour qu’il voie bien mes té-
tons, qu’il prend entre ses doigts. Je dis :
111
– Je ne tiens pas à me fixer tout de suite. T’inquiètes
pas.
Il me regarde, pensif. Je murmure :
– On peut se voir tout de même.
Se mains gardent mes fesses, il me tient bien :
– J’aime beaucoup quand tu as cette tête. Tu me donnes
la frousse.
Il me rapproche de lui. On se tourne tous les deux, il se
glisse entre mes jambes et me pénètre aussitôt. Facile, je
suis très mouillée. J’ai droit à la hussarde. Il me dit, tout
en battant mon pubis :
– Tu aimes la guerre !
Il me secoue, au point de me faire mal. Il se venge. Il
finit par se lasser :
– Je savais bien que tu dirais non. J’attendrai…
Bisou, profond. Il m’aime, c’est sûr. Je dis :
– Si tu en trouves une autre, n’hésite pas. Je veux être
un peu libre, gérer ma vie toute seule.
Il sort de moi… Son préservatif tombe. Je dis ;
– Prends-en un autre, je préfère.
112
Il sourit :
– Oui, ce serait dommage. Ça t’obligerait…
Il part à la salle de bains. Bruits d’eau. Je me mets de-
bout, tire les draps, car, à force de bouger, ils les a fait
presque tomber. Je me recouche, bien. J’attends… Il ne
revient pas. Je crie :
– Tu as un problème ?
– Je me suis lavé, je me sèche pour qu’il ne glisse pas.
Il revient tout équipé, il entre dans le lit, m’ouvre les
jambes et entre en moi tout de go. Il s’installe en deux
gestes et me bisoute. Dominateur. Il murmure :
Il sourit et m’embrasse :
113
Je lui montre ma vigueur. Même par-dessous, et les
jambes écartées, je peux, je sais faire. Je voudrais lui faire
passer l’idée. Il gémit, je lâche un peu, il dit :
114
– Ne sois pas malheureux. Viens me voir.
Bisou, mais sans les bras, toujours sur le lit. Je ne les
bouge pas. Ça me donne l’impression d’être attachée. Ça
augmente mes sensations. Il m’embrasse, je le laisse faire,
pour voir comment il s’y prend. Quand il a fini, je de-
mande :
115
aux reliefs si doux. Il a quelques poils qui glissent. Il me
dit :
– Il faut aller plus vite. Je suis très bien avec toi, mais je
dois bosser.
Je n’ai pas trop l’habitude d’être en bas et m’efforce de
l’aider par de petites douceurs. Ça vient comme ça vient.
Il est mon beau brun qui va me donner son fric. Pour que
j’aille aux Bahamas… Cocotiers, sable chaud, punch
orange, piscine. Je rêve… classique. Comme lui.
Ça monte… mais ça traîne. Je l’aide en lui caressant les
bouts de seins. Il me dit :
– Ma femme ne m’a jamais fait ça. Les seins, au Japon,
sont généralement petits. Les Japonaises aux US en ont de
plus gros. Savoir pourquoi…
116
trop cette position, trop animale, et qui ne permet pas
l’échange. Il bat fort contre mes fesses. Je dis :
– Ralentis, tu me brûles !
Le pauvre, il est dans le besoin et… ne m’entend pas.
Je ne l’aide pas à patienter car, moi non plus, je ne me do-
mine pas. Nous gémissons bientôt tous les deux. Plutôt,
nous soufflons l’un et l’autre et… il y est. Trop vite pour
moi. Il râle, crie presque, j’en suis gêné… surtout que je
n’ai rien. Je le laisse s’épancher, il me serre, il me secoue.
Il se donne un max… Il arrête. Il murmure :
Il me toise :
– Tu as quelqu’un ?
117
Je fais la fille outrée, puis je murmure :
– Non, tu es le seul !
Il sourit :
– Tant pis. Moi, Béryl, je n’ai que toi !
Je le couche sur le dos, monte sur lui et… il déprime.
Mais il retrouve vite sa raideur. Je suis si mouillée qu’il
entre sans peine. Mais… il n’a plus de préservatif. De
toutes les manières, il n’en aura pas un second. Appuyée
sur mes coudes, je joue avec ses cheveux, que j’éloigne de
son visage. Beau brun. Il demande :
– Tu en as violé beaucoup ?
Et il ajoute, en riant :
– Pas seulement des hommes ?
Je pose mes lèvres sur les siennes, j’aime faire peur. Il
tient solide. Je joue de mon vagin avec son membre, qui
glisse trop bien. Je le sens à peine. Il murmure :
118
Bref, il se sent prêt à donner encore. Je monte vaillam-
ment et commence à souffler… quand il me dit :
119
– Même si tu ne veux pas, je passe à la Mairie… Quels
prénoms ?
Il croit au Père Noël… Il est si mignon que je me tais.
120
54. Patient(e) et cie
J’ai quitté Xavier. Dans l’escalier, que je descends à
pied, je médite… sans penser à rien. J’ai passé une bonne
après-midi, mais on n’a pas progressé. Déjeuner, il était
fatigué, il est parti faire une sieste. Moi, je ne voulais pas.
Je me réserve… Pour Hortense.
J’arrive chez moi. Thé, ordi, je réponds aux condo-
léances, tâche d’écrire quelque chose de gentil. Ma cop’
me préoccupe. Est-ce que je l’appelle ? Elle va dire que je
la tourne en bourrique. Mais c’est elle qui m’a relancée.
Elle est dans le besoin. J’envoie un SMS : « J’ai fini plus
tôt. Je suis libre ce soir. Si tu as envie ».
J’avais écrit « Si tu veux », mais j’ai effacé. Trop
neutre. Là, je suppose qu’elle est en manque… Réponse,
au bout d’une heure (ça traîne. Il est presque 19 heures) : «
Si tu veux, mais j’ai très sommeil. » Traduc : « On ne
couche pas ». Je réponds, soulagée : « OK, j’arrive. Pour
la demie. »
Je suis rassasiée. Mais pas comblée. Xavier, ce n’est
pas le pied. Trop bourgeois, trop classique. Il geint comme
il faut. Il crie, mais ça reste normal. Celui que je veux, c’est
Julien. Sauf qu’on est deux. Par ailleurs, je veux avoir le
121
poste sans coucher. Ce serait trop bête de me dire : « J’ai
fait comme les autres, je me suis soumise. » Et les autres,
qui diraient : « Elle a de belles fesses, qu’elle en profite ! »
On traîne ça toute sa vie.
Hortense ? Je voudrais qu’on se batte, se prendre à la
chienne ! Sinon, ça vaut pas le jus. Je fais le tour de mes
culottes et de mes souts’. J’en ai un fait de lanières et de
petits anneaux, qui encadrent mes tétons et les mettent bien
en valeur. On les voit au travers du pull. Culotte ? Itou et…
chose rare chez moi, ouverte là où il ne faut pas. Je ne dois
pas mouiller, c’est le risque.
Leggin ? Elle va hurler ! Les lanières vont se voir. Robe
assez large du bas, qui remonte un peu si je m’assieds. Pas
trop, qu’elle ne voie pas ma discrète foufoune. Collant
pour donner à mes jambes l’air bronzé… et cacher que je
ne cache pas.
Elle dit que c’est moi la gouine, on va voir si elle ré-
siste.
Chemisier, pull col ouvert. Pas trop, à cause des la-
nières. Il faut que ce soit une surprise. Je me fais les cils.
Une fois n’est pas coutume. Je veux qu’elle craque. Ce
n’est pas moi, c’est elle !
122
Je ne songe qu’à coucher ? Vous avez tort. Je fais une
démo. Hortense prétend qu’elle est parfaite. Moi, je suis la
pute. On va voir ! On a passé les deux dernières nuits en-
semble. On en avait besoin. Là, moi, je ne demande pas.
Si elle me veut, je résiste… un petit moment, pour bien
montrer que c’est elle.
Petit coup de Shalimar, je suis prête. Je sors du frigo
mon dîner chinois et des petits fours frais italiens, qu’elle
adore.
123
le connaissais depuis longtemps, il a souffert, malgré les
opiacés. Il se savait perdu. Il a été très courageux.
Je me fais un visage de circonstance. C’est triste pour
elle. Démonstratif pour moi. Si elle veut coucher, c’est
qu’elle est vraiment gouine.
Je demande :
– Il était malade de quoi ?
– Cancer digestif, plusieurs fois opéré. Il a été hospita-
lisé il y a 15 jours, en soins palliatifs. En réa, depuis trois
jours. Il maigrissait…
124
– J’ai une migraine terrible. Mickael, ton Julot et main-
tenant ça… J’ai vraiment pas de chance.
Elle sort du frigo deux bouteilles d’apéro. Elle ajoute,
d’une voix morne :
Je lui parle du Labo, lui raconte tout. Elle reste très per-
plexe, regard critique, ton morne, lent :
– Tu les as vus dans un café ? … En pleine ville ? … Ils
ne voulaient pas que ça se sache… Pour te dire que tu
avais gagné ? Alors que tu n’es qu’une employée de se-
conde zone ? … Il y a autre chose…
125
– Si je n’avais pas été là, Julien nous quittait. Ils veulent
me garder. Ils ont peur que je mette le feu à la boite. Je
dois rentrer dans le rang…
126
aussi humain. Il pouvait me poser des questions. J’étais
beaucoup plus proche que les médecins. Il s’accrochait à
moi, il attendait le miracle…
Elle me sert, sans m’avoir demandé ce que je voulais.
Elle a déjà bu la moitié de son verre. Elle est ailleurs…
Nous discutons de son malade. Elle est si triste que je
lui parle de Xavier, qui me fait encore chaud où je pense.
Sans dire que j’en sors.
127
Elle a le regard sur mes cuisses. Éteint. Elle paraît lasse,
déprimée. Je dis :
– C’est un signe. Tu ne supportes plus. Change de bou-
lot. C’est le moment.
– Trouve-toi un type !
– Dommage que Julien, ça marche avec toi. Mon co-
pain, on arrête. Il veut un bébé, comme moi. Il est trop im-
mature. Tétées-couches-réveils la nuit, il ne suivra pas. Je
ne veux pas deux enfants à charge.
Elle se lève, je la suis dans la cuisine. J’ouvre le four,
tire les nems avec les doigts. C’est chaud. Je les pose dans
une assiette. Hortense dit :
128
Elle se tourne, ouvre le frigo, sort un sac en papier. La
salade. Elle la coupe et la rince, l’essore et prend quelques
feuilles, qu’elle pose dans une assiette, sur la table.
Je mets le couvert. Dans l’espace, étroit, entre la table
et le plan de travail, nous nous heurtons. Plusieurs fois.
Elle me dit :
129
poitrine. Elle n’a rien dessous, comme tous les soirs. Je
fais chauffer le plat viet’ au micro-onde et je la sers. Elle
commence et remarque, bouche pleine :
– Hou-là ! C’est fort ! Ton machin ! Il ne faudrait pas
que j’en donne à mon cop’ !
Elle rit… Moi aussi. Ça soulage ! Je commençais à
nous trouver moroses. Mais elle continue et s’enfonce :
elle ne sort plus, en difficulté avec son cop’. Cinoche, soi-
rées… Finis. Plus rien que la télé, les fois où il vient. Si-
tuation de m… qui ne peut plus durer.
130
trop remontée, elle découvre ma fente. Et là… surprise.
Après un instant, elle me dit :
– Je ne trouve pas ça bien. T’as peu de poils, t’aurais
pas dû prendre une ouverture par devant, trop visible. Ou
alors te raser. Moi, j’en ai, ouvertes par-dessous. Très
fines, presque transparentes, pour ne rien cacher, mais le
trou ne se voit pas.
131
– Faut que tu te mettes à la place de l’autre. S’il voit
trop, ça le débecte. Il se dit qu’il s’est gouré, qu’il a affaire
à une pro. Si vous couchez, ça ne durera pas.
Nous nous fixons, droit dans les yeux, elle effondrée,
moi inquiète. Après un instant, je dis :
132
– J’ai beau être en tailleur-pantalon noir, tout le monde
croit que nous sommes amants.
Elle place la couverture sur nous deux. Nous buvons.
Le regard d’Hortense est plus tranquille, plus triste aussi.
Quand nous avons fini, je murmure :
– Je me tire. Désolée de te laisser dans cet état. Si ça va
pas, t’appelles… Tu vas à son enterrement ?
Elle regarde dehors. Les volets ne sont pas descendus.
À la lumière de la rue, il pleut. Quand elle revient à moi,
elle est des plus sombre. Je dis :
133
– Je parle de toi à Julien. S’il paraît intéressé, je te bipe.
Mais vas-y cool. Le stresse pas. Ce n’est pas le bon mo-
ment pour jouer à ça…
Elle ne répond pas. Je mets ma tête dans le creux de son
cou, nos cheveux mêlés. En saines copines.
Vous me voyez, laisser ma meilleure amie dans le pé-
trin ? Je murmure :
– Ça va mal finir… Dors, demain tu auras du courage.
Tu es épuisée.
134
– Va te coucher. Je range la cuisine.
Nos mains n’ont pas bougé de nos fesses. Elle se dé-
gage :
– Non, laisse. Va-t’en. Je ferai demain. En plus, je dois
dire à mon copain : « On se quitte ! On ne peut plus conti-
nuer ». Ça va me faire un vide de plus.
135
Je me dirige, à pas lents, vers l’entrée… puis j’oblique
vers la chambre d’Hortense, pour lui faire un dernier
adieu. J’arrive quand elle descend son pantalon, sa culotte.
Je découvre sa belle foufoune. Elle me dit :
136
Et puis, cette nuit on était ensemble. On peut bien con-
tinuer.
J’éteins, enlève ma robe, mon beau sout’, ma culotte
qui ne plaît pas. Je marche façon chat. On n’entend rien.
Je la pousse et entre dans le lit. Elle crie :
137
mon sexe. Je pose la mienne dessus. Nous sommes bien
ensemble.
138
Mais, pour autant, elle continue. Je descends un chouia,
et me retrouve la bouche sur son téton… pendant qu’elle
me caresse toujours. Je le suce fort… avec langue et dents.
Sans le mordre. Elle murmure :
– Couche avec lui. Tu me diras ce qu’il vaut. Je ne vou-
drais pas d’un nouvel échec.
J’ai la bouche très occupée et surtout je n’ai pas envie
de lui répondre. J’aime la fermeté de ses seins, sauf que
j’ai le nez dedans, que je respire mal. Elle a toujours les
doigts sur mes tétons, un peu serrés entre nous. Elle
ajoute :
– Lui demande pas tout de suite. Il faut que je liquide
mon m… Il est tenace.
Nous nous faisons du bien, l’une pour l’autre. Mais j’ai-
merais qu’elle pense… à moi. Je passe à l’autre téton, en-
core sec et joue à l’aspirer dans ma bouche. Elle dit :
139
Les mains d’Hortense sont actives et efficaces. Nous
bougeons ensemble. À peine. Je passe à l’autre sein, tout
humide, je retrouve mon odeur. Je le tète avec… compas-
sion. Elle est si malheureuse… Je monte en face de sa tête,
lui fais un gros bisou, avec la langue, et dis :
– Ça tombe bien que tu veuilles attendre. Il faut aussi
qu’on fasse avec les Indiens. Dès que j’ai son téléphone
perso, je te le donne. Après, tu verras avec lui.
140
Elle retire sa cuisse des miennes. Je me lève. Là, pas de
bisou. Elle n’aurait pas dû me parler de lui. Je lance :
141
– T’as pris un jean est un peu serré. Tes patients ai-
ment ?
142
55. Hortense m’aide…
Je suis à ma voiture quand… mon smartphone bipe.
SMS d’Angélique : « Assemblée générale, 9 heures,
grande salle, tous les cadres et assimilés, délégués du per-
sonnel. Pour les autres, suivant les places disponibles, dans
la limite des règles de sécurité. »
Ils n’arrêtent pas ! Moi, je suis out. En principe.
J’écris : « J’ai mes trois jours pour deuil ». Retour immé-
diat : « Tous congés suspendus. »
Je suis… ravie ! Ils ne peuvent pas faire sans moi ! Je
démarre, j’arrive chez moi. Je me gare quand… nouveau
bip du portable : Julien. « Pouvez-vous me joindre ? » Je
réponds : « Quand ? ». Retour immédiat : « ASAP ». Je
prends l’ascenseur tout en faisant le numéro, profession-
nel, de Julien. Il m’explique (je résume) : hier, fin de ma-
tinée, un peu après qu’ils m’aient quittée, ils ont un SMS
de nos avocats, qui sont toujours à Mumbai, retournement
de situation : « They stop everything, they don't want our
conditions. » Le Dir les appelle, il ne comprend pas, tout
était OK. Non, blocage complet. Le fonds de pension a re-
fait ses calculs, il ne veut plus de notre affaire. Il attend
qu’on claque. Le Boss joint le Dr Sanjay B***, Directeur
du Cert-in (mon bonhomme, celui pour qui j’ai tous les
143
ennuis !). Il est au courant, il fait ce qu’il peut, il rame. Il
ne promet rien. Puis à 13 heures 30 (pour nous, 18 heures
chez eux), les avocats demandent : « End of the working
day, what do we do? » Réponse du Dir : On ne cède pas.
Ils sont venus nous chercher. On maintient nos conditions,
les miennes, celles que j’avais proposées : joint-venture
avec le fonds de pension, blocage des parts durant cinq
ans, sortie du fonds après dix ans, il ne garde que 25 % au
maximum. Pénalités en cas de dédit. Pas de réponse. Mais
à 4 heures et demi ce matin (pour nous), SMS des avocats.
Ils ont bossé dur, en lien direct avec M. Sanjay B*** : le
fonds a craqué, il accepte. C’est verbal, il confirmera par
écrit avant la fin de la journée (fin de matinée pour nous).
Quant à l’histoire du VPN, c’est du passé. On contourne
(ce que proposait M.***, mon Boss).
Arrivée à l’étage, je suis sortie, j’ai pris ma clé et ouvre
ma porte. Julien me demande :
– Qu’en pensez-vous ?
– Moi ? Exactement comme vous. On signe avant qu’ils
changent d’avis !
– J’ai trois mois pour me retirer, dans notre convention
avec votre Directeur. Vous m’accompagnez à Mumbai.
– Moi ?? Ça va hurler ! On dira que…
144
– Vous connaissez tous les dessous de l’affaire. Vous
m’informerez. Un rôle d’assistante.
145
beau saluer en faisant des sourires, me faire toute fine, j’ai
du mal. On me look grave. Même pas de jokes, type : « Bé-
ryl, je suis combien sur ta liste ? » Je croise Benoit, qui
parlait avec le Directeur Produit, et demande :
– Ça va ?
– Ça va.
Pas causant. J’arrive à Chloé, sourire jusqu’aux
oreilles, serrée contre les autres. Elle lève son bras à demi,
poing serré :
– Vas-y, ma choute ! T’es la meilleure ! Attaque ! Fais
pour nous !
J’arrive au bureau de Catherine. Le Dir est là, ils se par-
lent. Je salue poliment, simple mouvement de tête en re-
tour. Je traverse le couloir, direction le bureau du Dir. An-
gélique me barre la route, elle murmure :
146
formation, pas encore décidée. Dans le management : di-
rection de PME, gestions des personnels. Il m’observe,
j’acquiesce d’une moue interrogative. Il me fait signe de
m’asseoir et… le visage presque contre moi, il poursuit,
ton de la confidence : s’il n’avait pas eu le Directeur du
CERT-in, rien ne se serait fait. On ne doit pas en parler, ce
serait me donner trop d’importance. On va évoquer ce ser-
vice, en passant, manière neutre. Pour le remercier… à
peine. Il me fait chut avec son doigt. Nous sommes… com-
plices. Il se lève, moi aussi. Il est moins dix. Il faut que j’y
aille. Je sors, Julien rejoint le Dir, entouré de ses deux
femmes. Je vais à la grande salle, dont les portes s’ouvrent.
Le Dir de Fab, Seb’, celui que j’avais dragué, me fait
signe. Il est assis de l’autre côté de la grande table et m’a
réservé un siège près de lui, sans que j’aie à lui faire le
bisou ! Je m’assieds. Moins deux, le Dir arrive, avec Julien
suivi d’Angélique. Nous nous levons tous. Ils s’installent,
Boss au milieu, les deux autres à côté. Autour de lui, les
directeurs de section, en désordre. Moi ? Moi ! Face à mon
chéri. Tout près. Du regard, il fait le tour de la pièce, me
jetant à peine un œil.
Les autres ? Debout. Chloé est juste derrière moi, main
sur le dossier de ma chaise. Julien et le Boss fixent un ins-
tant. Inquiets.
147
Je signale, pour ceux qui s’interrogeraient sur nous : je
suis le porte-parole des humbles, ceux qu’on n’autorise
pas à dire leur opinion. Elle veut… que j’aille dans le bon
sens. Mais plus souple qu’Audrey.
Neuf heures, le Dir prend la parole. Il explique que, sauf
nouveau contrordre, la cession du Labo est faite. Les In-
diens vont être des partenaires essentiels au développe-
ment futur de notre activité. Lui s’en va pour laisser le
champ libre à Julien, mais il reviendra aussi souvent que
nécessaire, pour assurer la transition, etc. Il retrace son
œuvre à lui, l’historique de la société, ses combats, ses pro-
blèmes (on ne parle pas de malversations, on évite). Ses
succès et au final… la gloire ! Nous devenons, avec les
Indiens, un laboratoire international, avec de considé-
rables perspectives sur les pays émergents. Beaucoup
d’émotion. Je suis limite à pleurer. Fatigue de ces derniers
jours… et dernières nuits.
Au bout d’un quart d’heure, Julien prend la parole. Il
remercie le Directeur, confirme son rachat, demande notre
effort à tous pour assurer la survie de l’entreprise. Grandes
lignes de sa politique : maintenir des prix bas pour les pro-
duits courants, développer des molécules innovantes per-
mettant une bonne marge, diversification vers la médecine
naturelle, valorisation des recettes traditionnelles, qu’il
148
s’efforcera d’adapter. Etc., etc. Discours très technique,
style américain, parsemé d’anglicismes. Il nous fixe à l’oc-
casion, nous les jolies filles, les valkyries, les diablesses/
Pas un sourire.
Du bref, du très dense. 9 heures 25, place aux questions.
Deux-trois, du CE (Audrey, préoccupée de concret, du ras-
les-pâquerettes). La réunion est levée à la demie, pile. Ça
n’a pas traîné ! Une demie heure pour vendre ! Une vraie
course de F1…
Et moi, dans cette affaire ? Rien, nitchevo. Je les ai sor-
tis d’une méga panade, mais je n’existe pas. Je file dans
mon bureau. Je sors l’ordi, me fais un café (le troisième
depuis que je suis levée). Je pianote sur l’Intranet. Je
trouve, chose étrange, le mail des avocats avec les condi-
tions des Indiens, mis en copie. Ils pavoisent…
149
Je lui tends, il ferme au verrou. Je passe à la casserole ?
Rien du tout. Regard méchant. Il pose la clé sur le bureau
et me dit :
– Je ne suis pas là. Si on frappe, vous ne dites rien. Ils
partiront.
150
vous. Nous vous apprécions, mais… veuillez m’excuser
pour ce mot, vous êtes ingérable.
Il se tait, me regarde avec autorité. Pas drôle. Je ré-
ponds :
– J’ai bien compris, Monsieur. Je suis d’accord l’an-
glais, refaire des études. Pas trop longues. Payées, si c’est
possible.
151
– Je ne peux pas m’attarder dans votre bureau. Pour-
rions-nous continuer autour d’une table ? J’aimerais savoir
vos intentions, vos perspectives… au sein du Labo.
152
– Béryl, je sais. Vous l’aurez, mais patientez un peu !
Quant à l’affrontement, vous êtes experte.
Je le toise, me cale dans mon fauteuil sans répondre. Il
continue :
153
Qu’est-ce que je fais ? On va discuter, c’est sûr. Mais
après ? Je passe à la casserole ? Dès ce soir ?
J’aimerais qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Aucun refus
de ma part. Venir avec quelqu’un ? Du Labo ? Notre en-
trevue doit rester confidentielle. Une autre fille ? La-
quelle ? Une en qui j’ai totalement confiance.
J’appelle Madeleine. Messagerie. Je laisse : « J’aurais
besoin de t’avoir une minute pour discuter. Rapidement si
tu peux. Merci. »
Hortense ? Surtout pas. Incontrôlable. S’ils se mettent
d’accord, je suis exclue. J’aurais tout le labo sur le dos…
On saura que c’est grâce à moi.
Dilemme : si nous sommes seuls, Julien et moi, hors du
Labo, c’est dans la demi-heure. Et encore, si on veut jouer
les personnes respectables, pas des animaux. Rentrant du
dîner, dans sa voiture… il se jette sur moi.
Dans l’absolu, ça ne me gênerait pas. Mais je tiens à
mon poste de direction. L’avoir au mérite, pas au canap’.
Être intouchable !
Si Madeleine ne répond pas, j’ai qu’une solution, Hor-
tense. En essayant de la contrôler au max, de la raisonner.
Je prends le risque ? Je l’appelle :
154
– Tu es occupée ?
– Qu’est-ce qui t’arrive ? Fais toute seule !
– Faire quoi ? Tu ne sais même pas ce que je vais dire.
– Vas-y ! Parle !
155
– Impossible. Notre échange est quasi secret. Il me faut
une personne qui me garantisse son silence. Toi.
– Non, Béryl, n’insiste pas. Je suis trop excitée. Ça va
être le binz.
156
Julien, ça continue… Je soutiens son regard, on s’aime.
Drame. On couche. Non, rien, je suis très froide, le cou-
vent, pas prête pour un sou. Ambitieuse, oui. Pour le
labo… Il ne me croit pas, il se fâche. Je regrette, j’ai tout
gâché.
157
Au lit, il pourrait être bien. Tonique. Mieux que Xavier,
et que Benoit la chiffe molle. Moins dur que Christophe…
Problème : on fait tout de suite ? On file à l’hôtel à la
place du resto ? Chez lui ? On y retourne illico, dès qu’on
se voit ? Ou au retour, après le dîner ? Qui va être chaud,
de toutes les manières… Une heure à se regarder en face à
face ! On ne va pas tenir.
Non. j’y vais stricte, aucun sourire. Tenue raide, j’ouvre
un peu du haut pour qu’on ait un minimum de conversa-
tion. Je contrôle le flux, je le maintiens dans les rails.
Comme il veut que je sois. Pas à la sauvage.
J’ai un creux à l’estomac. Faim ? Pas faim ? Je sors
beurre et fromage. Il me reste dans le gosier. Même l’eau
passe pas…
Je suis vraiment c… Je me fais des nœuds au cerveau.
Pour que dalle ! Le lit, je connais, je ne fais que ça. Mais,
il faut savoir s’en servir. Sinon, le carnage.
Je marque une pause, pour que vous compreniez ma po-
sition. J’ai eu mes morts et mes blessés. J’ai appris sur le
tas. Ma mère n’a pas voulu me dire les choses, me trans-
mettre son expérience. Elle m’a tenue en laisse. Pas très
malin avec une jolie fille. J’ai commencé gourdiche. L’ex-
périence est venue peu à peu.
158
Conclusion, je couche sans en faire une maladie. Il me
veut, on s’aime. Pas trop fort !
Je suis enfin… soulagée. J’ai pris la bonne décision.
J’ai faim. On le fait tranquillos. Les autres seront content
d’avoir raison. S’ils savent la vérité, que je suis encore
chaste de lui, ils vont rigoler. J’y vais ! Au moins, là, c’est
clair… Pour tout le monde.
J’ai faim. Fromage, salade, tout passe. J’arrête, je vais
grossir. Café ? Non, faut pas que je tremble. On y va au
sensitif. Hyper cool.
J’ai sommeil. Trop de soucis à la fois. J’appuie ma tête
sur mes mains, posées sur la table de la cuisine.
159
– Bon d’ac’, tu viens. Mais hyper-cool. Pas un geste !
On fait comment ?
– Je vois les choses très simples. Tu lui expliques que…
il t’a pris de court, tu avais une amie à dîner. Pas pu la
décommander. Elle vient de perdre son compagnon. En
pleine détresse.
160
– Béryl, tu veux que je sois franche ?
– Pas la peine. Je me le fais direct, et on n’en cause plus.
Il faut qu’Hortense me le laisse. Pas de la tarte ! Ciao !
161
Je rentre à la maison. Quatre heures et demie passées.
Je me chauffe un grand thé. Si je continue, je vais faire une
masse de pipi. Chez moi, c’est nerveux !
Je regarde mon ordi, trouve mes textes, que je garde en
copie chez moi – ce n’est pas très légal, mais c’est pour
bien les avoir en tête.
162
Il raccroche. Bon, cette fois-ci, c’est clair, il ne couche
pas… Mais, que j’aille chez lui, c’est prendre un risque.
Sauf qu’il ne va pas oser. Trop évident.
– Tu veux… ?
– Bien sûr ! Ma petite Béryl, tu m’agace franchement !
Quand tu as besoin, je suis là, à tes godasses. Si tu ne me
veux plus, panier, je n’existe plus. Tu ne m’auras pas
163
comme ça ! Tu me prends à moins le quart ! Sinon, j’y vais
toute seule !
164
Maquillage. Micro. Look naturel (pas « nature », j’ai
horreur). Sac. Voiture.
J’arrive à moins vingt en bas de chez Hortense. Elle est
là. Grand manteau jusqu’aux chevilles, ouvert sur un pull
de laine brillante. Poitrine, aucun doute, mais pas trop en
vue. Décolleté large, correct pour une soirée. Pantalon
smart, net, beau pli. Chaussures vernies. Style réunion mé-
dicale. Fille sérieuse. Beau parti. Pas trop chère…
165
mon portable en main, s’il se met à sonner. Cinq minutes
moins quelques poussières, je quitte la voiture.
Rue sinistre. Éclairée d’une lumière blafarde, jaunasse.
Aucun bruit. Film policier d’avant-guerre. J’arrive au nu-
méro. Je frappe avec le marteau de porte. On ouvre. C’est
Hortense… cheveux en bataille. Elle n’a plus son man-
teau. Pull… de travers. Je murmure :
– Tu l’a mis où ?
Voix de Julien, derrière elle :
– Béryl, vous auriez dû me dire. Votre amie…
Elle s’efface. Il est là, demi-sourire, joues rouges. Il ra-
juste sa cravate. Il s’approche, voix hésitante :
– Béryl, bonsoir… Ravie que vous soyez là… Je n’ai
vraiment pas pensé… C’est idiot…
Il me serre la main :
– En tout cas, merci d’être venue.
Hortense intervient :
166
– Je ne voulais pas abuser de votre voiture. Je l’ai dit à
votre amie. Nous allons dîner ici. Je me suis fait livrer par
un traiteur. Un Libanais. Je le connais depuis longtemps, il
est très bien.
167
56. Bourgeoise, un peu moins…
Grande pièce. De l’ancien mêlé à du moderne. Canapé
ample, façon Chesterfield, cuir fauve. Trois places, grand
pour la pièce. Lampe d’ambiance, chaleureuse. Fauteuils
style Empire, un peu raides. Table basse rustique, afghane
ou Tibet. Au milieu de la pièce, sous un grand lustre,
éteint, belle table. Couvert mis… pour deux.
Hortense, arrive, superbe. Son pull l’illumine avec ses
reflets brillants. Ample, majestueuse, bourgeoise… Son
regard est dur. Elle me fait signe de me taire.
Julien revient avec un plateau, des verres et une bou-
teille. Il me dit :
– Asseyez-vous. Asseyez-vous. Ne changeons rien à
notre soirée. Nous allons examiner les points de demain.
Vous m’assurez de la confidentialité de votre amie… Petit
alcool ?
169
– Moi aussi, je le prends toujours sec. Une cuvée toute
proche. Un blend normand qui n’a rien à envier aux Bri-
tanniques. Vous voulez aussi goûter, Béryl ?
170
Julien sourit :
– Je vois… Vous êtes amateur – ou amatrice, comme
on dit aujourd’hui… J’en ai autre, un breton. Un ami. Il
fait du 18 ans d’âge, mais il ne faut pas le dire. C’est la loi.
171
Hortense, elle sait… tout. L’alcool la stimule… Il est baba.
Je les laisse parler et hume mon grenache boisé, tâchant de
suivre… Elle l’accapare. Je me sens vraiment c… Stupide
au max. Que faire ?
Hortense, les hommes ne l’écoutent pas, leurs yeux sont
aimantés… là où ça brille.
Quand on est ensemble, et qu’il y a du monde, ça passe.
Mais toutes les deux pour un seul homme, on n’a pas en-
core fait. Ça craint !
Nous ne sommes pas dans le même registre. Je suis le
génie des solutions. On apprécie sa chaleur, ample et con-
fortable. Un corps sain… dynamique.
172
Frustrée, je me lève et m’approche d’un tableau. J’aime
beaucoup, il est ancien, bouquet de fleurs dans un vase.
Cadre empire en bois doré, arrondi en haut. Un bien de
famille…
J’attends… que Julien m’appelle, qu’on parle de ses
problèmes du Labo… Mais ça ne vient pas. Aucune allu-
sion. Hortense le… passionne. Elle en joue. Les hommes
regardent ses lèvres… son cou… son pull. Je la vois nue.
Qu’ils continuent ! Je me tire ! Qu’ils baisent, je m’en
f… Ils sont grands !
173
– Je vais être plus précis. Il ne faut pas nous appesantir
sur les torts de Monsieur *** [le Boss]. Je devine le res-
sentiment des Indiens. Il me faut préciser l’attitude à avoir
quand nous irons là-bas. La législation était floue, le La-
boratoire en a profité. Ils n’avaient qu’à se défendre à ce
moment-là. Notre position est essentiellement prospective.
S’ils sont conciliants, nous coopérons à parts égales… Bé-
ryl, vous pensez que c’est envisageable ? Nos avocats, je
voudrais les motiver. Le changement, l’ouverture, l’en-
thousiasme qui sont le nôtre. C’était mon premier point.
174
Il change de ton. Mi-voix, ton de confidence. Il avoue
qu’il ne sent pas trop les choses. Il n’évaluait pas l’ampleur
de nos difficultés, il découvre de jours en jours. Il craint
que cela s’embrouille encore. Doit-il tout stopper ? Il s’est
beaucoup investi, mais il hésite encore. Il m’ouvre son
cœur.
Du bruit… Hortense ?
Il m’explique qu’il a eu déjà affaire aux Indiens, dans
une société informatique qu’il dirigeait, en tant que salarié.
Là-bas, ils ne travaillent pas comme nous. Ce sont des rou-
blards, de vrais Orientaux, malins, subtils… Pas comme
les Américains, francs du collier. Notre première difficulté
consistera, très rapidement, à nous préciser le cadre, des
spécifications techniques pour le projet commun. Il faudra
être vigilant, être un peu partout à la fois.
Du bruit, mais toujours pas d’Hortense. Julien parle
vite, hâtif : il a besoin de moi, car je connais bien le dos-
sier, que j’ai été en Inde, même si ce n’était pas longtemps.
Je devrais avoir une idée générale sur l’ambiance. Il nous
faut constituer des équipes localement qui travailleront
pour nous. Pour cela, il faut avoir quelqu’un sur place,
pour statuer sur la valeur des diplômes qu’ils nous présen-
tent, décoder des titres de leurs formations. Les avocats ne
sont pas entrés dans ce détail. Il cherche un expert indien,
175
de confiance, qui parle leurs langues, hindi, bengali, télou-
gou… Pour sonder leur âme. Sans ces données de base,
nous allons vers des problèmes.
Bref, un bon quart d’heure d’un discours dense, lourd,
sans ma copine qui m’inquiète.
176
scrutant, il continue sur les perspectives du Labo à l’inter-
national, les difficultés de faire seul, les points d’ancrage
avec les Indiens. Il veut savoir si je suis prête à m’investir,
aller là-bas. Malgré la chaleur et les maladies.
Que fait Hortense ? Il sourit. Elle est dans mon dos. Il
reprend, ton plus enjoué. Il finit par dire :
177
même deux. Au troisième, une grande pièce mansardée,
qui me sert de grenier.
Il a donc tout prévu… pour Hortense. Pas besoin de dé-
ménager !
178
Hortense est gourmande. Après, elle fait un régime.
Elle aime se promener nue chez elle. Sa glace ne lui par-
donne pas.
179
m’efforcer de maintenir la conversation dans un… cadre
sérieux. J’ai beaucoup de mal, car Hortense est très vive et
même drôle.
Hortense sourit à pleine dents. Blanches, éclatantes.
Comme elle bouge beaucoup en parlant, ça fait remuer ses
seins… Il semble aimer, pas moi. Je réponds à Julien, tâ-
chant de garder mon sérieux :
– En tout cas, pour demain, il faut dire à nos avocats
que nous sommes volontaires, décidés, partenaires ca-
pables, et surtout très réactifs. Nous ne nous laissons pas
démonter par leurs… menaces. Il faut dépassionner. Nous
devons leur fournir des termes puissants, mobilisateurs,
que les avocats reprendront. J’ai de la matière. Si vous
voulez, après dîner, je vous fournis les points d’ancrage.
Si vous ne voyez pas. Les Indiens ne sont pas tout blancs.
Loin de là.
180
claire, compétente, adaptée, plaisante. Discussion vive. Je
le vois intéressé. Très. Je sens des perspectives pour elle et
le Labo. Il l’interroge sur ses souhaits.
Ce faisant, nous piochons dans les mezzés, tous les
trois.
En même temps, elle parle d’elle, fait sa promo. J’ap-
prends qu’Hortense devait faire médecine, mais ses pa-
rents n’avaient pas les moyens. Elle a gardé, tout au long
de ses études, des liens avec les étudiants… très proches.
Elle en a fréquenté plusieurs. Elle a une connaissance, ap-
profondie, du sujet. Surtout des soirées, des taunus et des
fresques holà ! Il demande :
181
Nous avons fini les entrées. Il se lève et retire les as-
siettes qu’il emporte. Hortense a pris le grand plat et le
suit. Moi, je suis… larguée. Avec mon ensemble veste-
pantalon noir, je fais croque-mort. Je prends l’assiette des
pitas et vais après eux… Ne pas les laisser seuls.
Nous parvenons à la cuisine. Très bien, très propre.
Mais quand j’arrive, elle est déjà repartie dans le salon.
Julien me parle à voix basse :
– Vous avez eu raison de me faire connaître votre amie.
Elle a des atouts. Mais il faut que je voie où la placer. Très
agréable. Beaucoup de spontanéité. Force de contact. Elle
serait intéressante avec notre clientèle.
182
Julien nous regarde, attentivement, l’une après l’autre.
Nous sommes presque au touche-touche, l’une et l’autre.
Il dit :
Hortense me coupe :
– On n’est pas gouines. Ne vous inquiétez pas.
Il sourit :
183
Elle répond :
– Entre filles, ce n’est pas comme avec un homme.
– Vous allez peut-être m’expliquer. Quand j’ai regardé
« La vie d’Adèle », je me suis demandé si ce n’était pas
exagéré…
– Nous, ça peut être chaud, dit Hortense, tout sourire.
Mais, rassurez-vous, nous aimons les hommes ! Toutes les
deux, Béryl surtout.
Il murmure, critique :
– Ce film, j’ai beaucoup aimé. Surtout le début, les ja-
lousies entre filles. Mais après, les scènes de lit, je n’y
crois pas. Vous ne faites pas ça ! … Les relations entre
femmes, pour moi, sont un… mystère.
Hortense rigole :
– Imaginez, Béryl et moi, toutes nues. Elle a beaucoup
de charme. Forcément, ça nous plaît.
Je précise, tâchant de garder mon sérieux :
– Julien, il ne faut pas la croire. C’est arrivé, oui, mais
ce n’est pas une habitude. Alors que nous nous connais-
sons depuis des années.
184
– J’aimerais être là, l’œil au trou de la serrure.
Silence… gêné de ma part. Je réplique :
Il la toise :
– Non, là, Hortense, vous plaisantez. Madame Serizy
est toujours en noir, très stricte. Je ne la vois pas du tout
en initiatrice.
185
Je le coupe :
– Je suis désolé d’intervenir, jouer les rabat-joie. Nous
avons un programme serré pour ce soir. J’aimerais que
nous revenions à ce que nous devons faire, absolument : la
téléconférence de demain.
Hortense, dans le dos de Julien, me fait des grimaces
style sanglant. Il dit, ne la voyant pas :
186
Nous partons devant. Hortense me glisse à l’oreille :
– Pense à aller aux toilettes avant !
Je murmure :
– T’arrêtes un peu ! Quand nous avons fini, je me barre.
Faites ce que vous voulez.
Nous arrivons dans le salon et nous attendons, debout.
Julien pose le plat sur la table et nous invite à nous asseoir.
Il m’en propose un tout petit peu, en disant :
– Goûtez déjà. Si cela vous plaît, vous en reprendrez.
Les estomacs fragiles, je connais… J’ai pensé à vous, Bé-
ryl. Vous aimez la nouveauté, l’imprévu. Hortense, vous
avez sans doute les mêmes goûts.
Il continue, mi-voix :
– Une fondue d’oignons, des tomates, de la crème de
sésame, avec une pointe d’harissa. J’ai demandé « pas
trop ». Cela vous convient ?
Je commence, discrètement. C’est très bon. J’ac-
quiesce, il me sert mieux, Hortense aussi.
J’embraye sur mon voyage en Inde, la médecine ayur-
védique, le rôle des épices dans la santé traditionnelle…
Hortense reste muette. Je la vois jalouse, car, en dehors de
l’Europe, elle ne connaît que le Maghreb. Elle mange, sans
187
rien dire. Mais ses bouts de seins, quand elle se penche,
sont proches du bord de son pull, prêts à nous faire un so-
phie-marceau de belle qualité.
188
– Je découvre, Béryl, un autre aspect de votre existence,
grâce à votre amie. Je n’ai jamais imaginé… Vous très
raide, et même rigide…
– Elle cache bien son jeu, dit Hortense. Il y a des fois
où je me fâche. Je me couche, je dors et… elle est dans
mon lit ! Elle ne pense qu’à ça.
189
libanais, je… suis très jalouse. Nous sommes vendredi.
Même si on fait sans dormir, on aura tout le week-end.
190
Il me ressert du plat. Petite part. J’en raffole. Hortense
l’embarque sur les difficultés de la médecine, le numerus
clausus et les pressions hospitalières, les salles de garde
comme exutoire. Les misères du monde, les maladies.
Elle a beau parler vrai, ses seins disent tout autre chose.
Je la vois, nue avec Julien… Je tranche :
Hortense me coupe :
– Vous l’avez vue ? Les perverses sont toutes comme
ça. Elles vous parlent de boulot, mais ses yeux vous char-
ment. Comme un serpent. Le cobra indien !
191
– Vous pensez m’étonner, Béryl ? Vous pratiquez les
arts martiaux !
192
Julien arrive et pose le plateau. Quatre grands verres
presque remplis d’une gelée blanche. Dessus, des graines
moulues et petits sucres rouges et verts. Il précise :
– C’est le Mouhalabieh, un flanc sans œuf et sans glu-
ten, que du naturel. Un plat de tradition, très léger pour le
soir. Je serais bien incapable de le faire ! Pas de gélatine,
que du naturel !
193
Il m’agace à répéter « les filles » ! Je hoche la tête. Il
part avec nos assiettes, les verres vides et le plat… en di-
sant :
194
Il s’assied à côté de moi sur le canapé. Je l’ai, tout
proche, Hortense est bien loin.
Les tasses sont chaudes, elle souffle dessus, très pen-
chée en avant. J’angoisse. Ça va pas manquer, ils vont sor-
tir ! Elle se redresse, il a tout vu, il demande :
– Vos amis, vos familles, qu’est-ce qu’ils en pensent ?
– De quoi ? réplique Hortense.
– Que vous…
Je tranche :
– Hortense cherche à vous faire croire… Nous ne
sommes pas lesbiennes. Une certaine intimité mais nous
avons horreur de l’esprit LBGT.
– Béryl, j’avais bien compris. Ne vous inquiétez pas.
Hortense le coupe :
195
Je ne vois pas le regard de Julien, qui est trois-quarts
dos à moi, mais j’ai les yeux d’Hortense, en extase ! Il
prend sa tasse et boit lentement. En homme inquiet…
Hortense me fait un signe de tête, à peine discret, type :
« T’es prête ? » Je fais non. J’ai dû faire bouger le canapé,
car Julien se tourne vers moi. Elle soulève le bas de son
pull, sans découvrir sa peau, et déclare :
– Il fait chaud. Vous ne trouvez pas ? Je ne peux pas le
retirer, je n’ai rien dessous.
Il répond, demi-sourire :
– Hortense, là, je vous dis « Stop ». Vous êtes limite !
Il se lève, hésitant, entrouvre la fenêtre. Il part dans la
cuisine, lentement. Elle se lève, le suit. J’entends des
bruits, derrière la porte, quasi-fermée. Au bout de deux mi-
nutes, j’y vais. Cuisine. Très calmes, ils rangent le lave-
vaisselle. Le décolleté d’Hortense s’est déplacé, révélant
un bout d’aréole. Je ne vois pas le visage de Julien, de dos.
Je les aide. Nous avons bientôt fini. Je dis :
– Il se fait tard. Préparons le document. Ce dîner était
extraordinaire. J’espère que nous ne vous avons pas trau-
matisé.
196
– Je ne vous imaginais pas comme ça. Mais, finalement,
cette soirée a été profitable. Je pense mieux vous con-
naître… Vous avez raison, il faut écrire.
– Je n’aurais vraiment pas dû. Je viens de perdre mon
mari, je suis un peu déboussolée.
Il me fixe :
– Vous aussi ? Deux décès ?
– Non, c’est le même. Nous le partagions.
Il prend un air attristé :
– Toutes mes condoléances. Vous auriez dû me préve-
nir.
Il se tourne dans la direction du couloir. De la lumière
au fond. Je demande :
– C’est votre chambre ? … Ne la laissez pas. Donnez-
moi quelques feuilles. Je vous prépare votre intervention,
nous relisons ensemble et vous laissons dormir.
197
Deux coussins sur une chaise, à moitié en équilibre.
Elle ouvre le lit. Je m’approche, la saisis par le bras :
– Hortense, tu es shootée ! Viens ! Calme-toi ! Tu nous
laisses travailler !
198
– Ne restez pas là ! Aidez-moi ! … Si vous cela vous
plaît, dites ! Je m’en vais !
Il ne réagit pas. Je fais face à Hortense. Autoritaire.
Voix mielleuse :
– Béryl, sois honnête, pour une fois. Tu voulais baiser
avec Julien. Prends-le. Il est tout chaud. Ne me remercie
pas. C’est normal entre filles !
199
57. Oh pieu !
Toujours les poings sur les. hanches, devant le lit, Hor-
tense me fixe. Silence. Julien, de dos, ne bouge pas.
Je savais que nous allions coucher. Mais pas d’y être
obligée par eux deux.
200
– Vous voulez quoi ? Dites !
– Béryl, c’est à vous de décider. Mais, dès que je l’ai
vue, tout à l’heure, à l’entrée, je savais qu’on en arriverait
là.
201
– Béryl, faites-moi pleurer ! Tout le monde pense que
nous y sommes déjà passés ! On dit que nous vivons en-
semble.
Je souris :
– La grande blonde qui rigole ? Une langue de vipère !
202
– Vous avez une jolie poitrine, bien mise en valeur.
Vous pensiez à moi ?
Hortense intervient :
– Béryl, grouille ! Fini les mamourettes !
Il me dégrafe et, avec beaucoup de courtoisie, me le re-
tire. Je suis seins nus. Il les regarde, amusé… avec intérêt :
– Je comprends votre amie !
Il croise mes yeux. Je suis… pressée. J’ai froid, besoin
de sa chaleur. Il passe à Hortense mon sout’. Elle dit, voix
forte :
203
Elle ferme la porte et tourne la clé. Je suis nue, Julien
habillé. Je demande :
– Je vous plais ?
– Vous me comblez ! La première fois que nous nous
sommes vus… j’ai imaginé ce moment, comme un rêve.
Je ne savais pas comment vous le demander… J’ai su après
que vous aviez quelqu’un…
– Je vous déshabille ?
– Faites, vous avez l’habitude !
– On vous a raconté n’importe quoi.
J’ouvre sa veste et lui prends. Au même instant, Hor-
tense tourne la clé et entre. Braguette ouverte, elle ferme
son bouton et monte sa fermeture :
– Tu voulais savoir ? Je n’en avais plus. Je viens de
faire pipi.
204
– Vous pourriez faire sans, Julien. Elle est très propre.
Elle se protège toujours. Mais pas sûre qu’elle prenne la
pilule.
Elle s’en va et revient peu après avec mon petit néces-
saire, qui en contient six. Elle le pose sur la table de chevet
et me toise :
– Je peux ?
– Allez-y. Vous savez où c’est.
Je reviens, il a retiré sa chemise tout seul. Bel homme.
Carrure, ventre plat. Quelques poils noirs entre les deux
seins. Pas les épaules. Viril, comme je les aime. Je pose sa
chemise sur le dos d’une chaise. J’ouvre sa ceinture puis
sa braguette. Je descends son pantalon et lui enlève et le
plie sur le fauteuil. Caleçon blanc. Petite tache humide. À
peine. Mais fort tendu.
205
Hortense revient, un café à la main. Elle boit, tout en
parlant :
– Béryl, fais calme. C’est ton Boss. Nuances. Tu le
laisse décider. Il est grand.
Je lui fais un regard noir. Elle me tanne. Il est pour moi,
je me le garde et fais comme je veux. Avec lui. On se dé-
brouille tout seuls.
Elle lance :
– Tu sais… ton truc quand tu remues. Sûre qu’il va ai-
mer. Fais pas trop. Gardes-en pour la prochaine ! … Si je
suis dispo !
206
Je lui enlève son caleçon, je commence à me glacer. Il
est tout raide. Ample et fort. J’ouvre un préservatif et de-
mande :
207
– Je me suis complètement plantée. J’ai fait venir Hor-
tense pour éviter ça.
– Vous plaisantez ! Dès notre rencontre, j’ai su que
vous me prendriez, que je le veuille ou non.
Je chuchote :
– N’ayez pas peur. Elle a tout prévu, elle me l’a dit. Elle
veut que je n’aie pas de regret.
– Et si nous nous aimons ?
Il monte sur moi, écarte sur moi et me pénètre, vive-
ment. En mâle. Il se retire aussitôt et se couche à côté de
moi :
208
– J’ai peut qu’Hortense se fasse des illusions…
– Vous savez, Julien… Ne vous avancez pas trop. Je
suis à peine veuve. Je ne supporterais personne. À de-
meure.
Il me fixe, amusé :
– Vous pensez que je vous crois ?
Je le mets sur le dos et lui tète les seins, évitant de le
toucher là où il ne faut pas. Il commence à remuer. Je de-
mande :
209
Il glisse le bras derrière moi et parcourt mon dos avec
la main, attentive. Je murmure, entre deux tétées :
210
Je lui fais bien des choses, le serrant dès qu’il est trop
vif. Il caresse mes tétons de ses doigts :
– Vous avez des seins d’ado. Je n’ai jamais vu aussi
fermes ?
Je chuchote :
211
– Je n’en doute pas, Béryl. J’ai eu l’occasion de m’en
rendre compte. Chez vous, tout est calculé !
Puis, dans un souffle :
– Je vous aime, Béryl.
C’est tout ce que je craignais. J’en ai un de plus à traî-
ner ! Je murmure :
– Ce qu’on dit est vrai, je suis parfois une teigne. Il faut
me supporter…
– Je sais, Béryl, je sais. Je suis limite panique. Il faut
vraiment que nous discutions.
Un homme qui en est là… m’excite au max. Je ne vais
plus pouvoir traîner. Je dis :
– Vous êtes prêt ? Moi, j’y suis.
Des deux mains, il me prend la tête et attrape mes lèvres
avec les siennes. Long bisou profond… J’arrive à la cata.
Nous… hurlons. L’un et l’autre. Affreux. Heureuse-
ment qu’il y a la lumière. J’aurais peur. Langues, lèvres,
tout. Tempête. J’ai vraiment peur ! Il me secoue un max,
me déchire. Hortense martèle à la porte :
– Calmez-vous ! J’entre !!
212
Ça dure ! Nous allons casser le lit. J’ai mal. Il me trans-
perce. Enfin… ça s’arrête. Nos bouches se sont mordues.
Je suis en eau. Je demande :
– Vous saignez ?
Il m’a tellement serrée que… je vais avoir des marques.
213
– Où tu as mis mon tailleur ? Mon chemisier, mes sous-
vêts’ ?
Hortense, autoritaire :
214
– Béryl, ne prenez pas froid, habillez-vous. Préparez-
moi le topo. Merci d’avance. Je vous dirai si ça va. J’ap-
pelle dès que j’ai fini avec elle.
Son bel organe montre des signes de faiblesse. Je
m’écarte en disant :
– Elles sont où ?
Hortense a tiré les draps, je n’ai que ses cheveux. Je
m’approche, lui tape sur l’épaule. Elle ronchonne :
– Vire ! Fais toute seule !
Julien revient, moitié sec. Détendu, verge longue… à
pleurer. Elle va souffrir. Je chuchote quand il passe, in-
quiet :
215
quitte la pièce. Mes trucs ne sont pas là. Où les a-t-elle
mis ?
Je parcours le bas, salon, cuisine, entrée. Aucune ar-
moire. Pas de penderie. Je n’ai pas chaud. L’étage ? Je
n’ose y monter. Je reviens à la chambre. Aucun bruit. Je
dis :
216
J’entends la voix de Julien :
– Vous êtes encore là, Béryl ?
Je dis, voix enrouée par… le plaisir qui monte :
– Elle ne me les a pas données.
Il se dresse, sort par le bas du lit :
– Je vais les chercher.
Nous continuons à nous caresser. Je dis :
– Tu veux quoi ?
– Te faire jouir, montrer à Julien que tu es une vraie
pute, une machine, un automate. Je vais lui montrer com-
ment on fait ensemble. Ça va lui donner des idées.
217
– Regardez, Julien. Entre filles, c’est tout simple. Sur-
tout avec elle, qui a de la ressource ! Pas de chichis. Elle
fait même toute seule. En cinq minutes !
218
Elle avance la main vers ma vulve… veut y entrer son
doigt… Mais… je suis prise, par la verge de Julien, bien
entrée en moi. Elle me gifle en criant :
– Ça va pas ! Je comprends pourquoi tu bougeais pas !
Tu voulais te le garder ! … Béryl, là, je te promets, tu vas
en ch… ! Tu es une vraie s… ! M… alors !
Julien m’a quittée, dans l’instant. Hortense me prend la
hanche, me serre :
– Béryl, tu es gentille, tu écartes bien les fesses, pendant
que Monsieur te prend par derrière. Julien, allez-y, elle
aime beaucoup. Moi, je fais le devant.
Il ne bouge pas, la verge dans ma raie des fesses. Elle
reprend mes seins et me pince. Je dis :
219
Hortense œuvre dans mon vagin et continue ses doigts
sur mon téton. Julien murmure :
220
– Non, la maison est en vente, il n’y a personne.
Je suis… soulagée, ce qui… diminue mon plaisir.
Mais j’y arrive tout de même. Lentement. Je fais douce-
ment sur Hortense, qui apprécie. Ses doigts sur mes seins
sont très agréables. Julien bouge… malheureusement.
J’aimerais qu’on fasse tous ensemble, mais je sens Hor-
tense encore loin. Moi, je commence à voir de la lu-
mière… et des petits anges, comme autant d’étoiles. Je
vais faire la crise. Ça va pas manquer ! Je murmure :
– Ju… lien… ça… m’arrive… Ne… vous… inquiét…
Trop tard, les anges m’ont attrapée et ils jouent avec
moi, ils me titillent. Je monte plein pot vers les nuages, ils
m’accueillent en Paradis. Je vois des ombres dos à la lu-
mière qui n’éblouit pas. Une NDE, je suis en train de mou-
rir. L’épectase ? Je pensais que… ça n’existe pas. J’essaie
de dire… mais rien ne vient. Je me dissous dans le soleil,
je m’étends à l’infini, je suis le feu qui réchauffe tout et
fais vivre. Je ne suis plus rien… Je… vois la Terre… très
loin. J’ai quitté mon corps. Je suis morte.
221
– Béryl ! Ça suffit !
Gifle, gifle. Je dis :
– Arrête !
J’ouvre les yeux. Ils sont là, tous les deux, à me regar-
der. Je murmure :
Julien :
– Vous m’avez fait peur. On a trop tiré sur la ficelle…
Moi, je suis très bien. Ça me chauffe un peu du derrière,
mais…
Je suis vraiment très bien. Je demande :
– Vous avez eu un orgasme ? Tous les deux ?
– Pas moi ! dit Hortense. Tu m’as pincée le bas avec
ton doigt ! J’ai voulu te faire lâcher mon téton, mais tu
étais crispée dessus. Pas de la tarte !
Julien ajoute :
222
– J’ai vraiment cru que vous mourriez ! Un hurlement
de loup. Plus fort que moi. Je faisais petit chat à côté de
vous.
223
58. Le sommeil, après…
Nous nous levons, toutes les deux. Nues. Lourd regard
d’Hortense :
– Il est mort ?
Salle de bains… vide. Je file devant. Inquiète, dans le
couloir. Hortense, derrière moi. Elle me donne des coups
dans le dos :
– Ça va, Julien ?
224
– Je suis… ravi. Très fatigué aussi. Prenez des pei-
gnoirs ! Douchez-vous, n’hésitez pas. Je vous attends.
Hortense est repartie, elle marche à pas rapide. Je ré-
ponds :
– Je suis absolument confuse. J’espère que nous rap-
ports n’en seront pas changés. Si vous voulez, je peux…
quitter le Labo…
Il sourit largement :
– Nous allons discuter, Béryl. Douchez-vous vite.
Mais, à vous dire vrai, depuis qu’on s’est rencontrés, je me
disais : « Je lui propose quand ? J’attends qu’elle de-
mande ? » … En tenue noire, vous faisiez sorcière…
225
Il se lève, met la bouilloire en route et me fixe, amusé :
– Ça vous arrive souvent ?
Il me sert :
– Buvez. Gingembre-citron, vous en avez besoin.
Il s’assied et me toise, perplexe :
226
Il me regarde, muet. Je ne réponds pas, mais nos yeux
se trouvent. Profonds. Il termine son café, se lève et mur-
mure :
– Je ne vous presse pas, je comprends votre point de
vue…. Buvez, je vais voir ce que devient Hortense.
Il s’en va. Je n’entends rien. Ayant fini et, passée aux
toilettes, j’arrive à la chambre.
Rien. Ils sont au lit. Je n’ai plus de place. Que faire ?
Cherchez où elle les a mises, mes fringues, ouvrir toutes
les armoires. Je ne me vois pas. En plus… je ne voudrais
pas qu’elle ait mon petit… mon beau Julien, toute seule.
Je retire mon peignoir, éteins la lumière et… pousse Ju-
lien, couché. J’entends, de loin, voix d’Hortense :
227
– Mon gros loup, mon petit lapin, mon chéri. Laisse-
moi faire ! Ça va aller tout seul.
Elle ne peut pas lui f… la paix ! Il faut qu’on travaille !
J’entends Julien :
228
Je me lève, maladroitement, n’ayant aucune place pour
me tourner. Je suis debout. Je regarde le lit. À la lumière
ténue de l’horloge digitale, je ne vois pas Julien.
Si… il est au fond, caché par la silhouette massive
d’Hortense (elle a un arrière-train du tonnerre). Je prends
le peignoir et vais me doucher.
229
cata ! Je sors du papier, un stylo et commence à écrire ce
qui me vient en tête pour la conf’.
Ils ont recommencé ? Profitant que je suis partie ?
J’ouvre la porte. Non, rien. Aucun bruit. Je ferme.
Tartine. J’ai faim de la nuit. De l’effort. Ça me chauffe
un peu derrière. Il s’est donné à fond ! Plutôt agréable. Ce
n’est pas la première fois ! Quelle histoire !
Je mange, tout en écrivant. J’ai plein d’idées. La nuit…
Miettes, je repousse. J’en fais deux pages, à peine plus de
cinq minutes. D’une traite. J’ai fait cool, coopérante, ac-
cessible aux reproches des Indiens. Ça devrait passer.
Rupture avec l’ancienne direction sans culpabiliser. Julien
incarne le progrès, le respect vis-à-vis des Pays du Sud. La
curiosité pour leur Histoire, de l’Ayurvéda. Je fais une
page de plus. Je suis ravie. J’ai de l’humour (pas trop), de
l’esprit. Julien m’a… vraiment fait du bien. Je suis… dé-
chaînée.
Côté lit, toujours rien. Je n’ose me faire un café, la ma-
chine fait du bruit. J’ouvre la porte avec douceur, je
marche pas à pas. Rien n’a changé. Silence maousse. J’ar-
rive dans la chambre. J’entends la voix d’Hortense, limite
audible :
230
– Fais-nous une omelette. Je suis sûre qu’il en prend. Il
a besoin de forces.
– Mes affaires !
– Placard de l’entrée. Tu es vraiment une c…
– Tu ne te lèves pas ?
– Fais ton boulot ! Il est fatigué ! Par ta faute.
Je m’en vais. Pauvre homme. Pas de résistance. Deux
fois l’amour, et il est prêt à claquer. Je reviens sur place :
– Tu te lèves ?
– Dégage !
Ils ont dû y aller doucement. Je n’ai rien entendu.
Presque. Je retourne dans mon fief, mets la machine à café
en route, vérifie que j’ai fermé la porte, me fais une tasse,
sors les œufs, un récipient, le lait, sel, fromage, je bats,
mets la plaque en route quand…
Hortense apparaît :
– C’est prêt ? Grouille !
– Deux minutes ! Lave-toi ! Et Julien ?
– T’occupe !
231
Elle s’en va, je sors la poêle antiadhésive, j’y verse mon
mélange. Ça chauffe. Toujours pas de Julien. Elle l’a
épuisé. Il n’a pas l’habitude, contrairement à elle, avec les
médecins.
232
Il défait son peignoir pendant qu’elle installe son sout’.
En toute intimité. Je murmure :
– T’occupe !
Je refais du pain grillé, Hortense se fait une tasse à la
machine. Julien entre :
– Merci les filles. Je vais vous garder. Le rêve du matin.
Pensez aux minijupes.
Il est mâle dès le réveil. Ça promet. Hortense l’a trop
excité. Je demande :
– Qu’est-ce que je vous sers ?
233
Ma belle amie s’est assise. Je suis la gourde. Tant pis,
je fais. J’ai eu mon compte hier soir. Julien me regarde,
enamouré. Je dis :
234
Je monte l’escalier. Il me fait confiance ! J’arrive au bu-
reau, jette un coup d’œil rapide. Tout est rangé. Un homme
d’ordre. Quelques meubles anciens. Je prends l’ordi et re-
descends. Ils n’ont pas bougé, ils parlent.
235
– Tu viens ! On file !
Nous retrouvons Julien à la cuisine, il est à l’ordi et tape
rapidement. Il dit :
– Vous m’excuserez, les filles, je fais vite.
Il se lève à demi, bises sur les joues. Pour toutes les
deux. Nous quittons la pièce sans faire de bruit.
Entrée, manteaux, nous sortons dehors. Il fait froid. Le
soleil est juste levé. Il éclaire les nuages, dans un ciel
d’après-pluie, assez clair.
Voiture. Je ramène Hortense chez elle. Sans parler. Je
sens qu’elle bouillonne… Quand elle sort de la voiture, je
dis :
236
– Viens déjeuner, je te raconterai. On ira se promener,
avant que la nuit tombe.
237
59. Perplexe
J’ai à peine raccroché qu’ai… le fixe. Ma mère. Il est
neuf heures ! Pas de grasse mat’.
– Je voulais te voir aujourd’hui. Ton père est fatigué,
on reporte demain. Je souhaiterais qu’on se parle. On ne
l’a pas fait depuis les obsèques. On peut se retrouver à la
plage. Grandcamp, si ça te va. Chacun la moitié du che-
min. On t’invite au resto.
D’accord.
Je me redouche, pour chasser les derniers miasmes de
cette nuit…
Culotte (je reprends celle de tout à l’heure, propre), jean
pas trop moulant, pour Madeleine.
La nuit me revient en tête. Dans l’ordre. Comme un re-
proche. On s’est bien amusées. Mais… quel en sera le
prix ? Hortense, je la sens mal. Elle n’y va pas tout de
suite, elle n’est pas folle. Mais, fin de matinée… Je l’ap-
pelle ? Ça va l’exciter. Ils sont grands…
238
Pour être dans sa peau, la contrôler autant que je peux,
je mets le pull d’Hortense, sans rien dessous. Même pas de
soutif. Nature, nature. Tant que je reste ici…
Je reprends l’ordi et retrouve tous mes mails. Condo-
léances, remerciements pour les obsèques. De vieilles con-
naissances qui ne sont pas venues et ont su par Henri. Trop
de choses, je sature. Je ne suis pas dans le trip, je vais dire
des bêtises.
Hortense, Hortense toujours. Ma question n’est pas tant
qu’ils se retrouvent, c’est leur affaire… mais qu’elle me le
prenne. Je voudrais qu’ils se voient, qu’il lui fasse son
mioche… mais qu’il ne m’oublie pas. Je suis vraiment c…
S’il veut, il reviendra. Moi, de toutes les manières, je ne
suis pas prête à vivre avec lui.
Je regarde les actus… sans pouvoir chasser leurs têtes,
à tous les deux. Ils s’embrassent, c’est fou. Elle le prend,
le reprend. Affreux. Le pauvre !
Quelle idée j’ai eue hier, alors qu’il n’avait pas du tout
envie de coucher… dit-il. On y serait venus lentement,
quand je voudrais. Homme poli, courtois, qui ne veut pas
gâcher sa chance… avec moi. Il a été gentil, il m’a de-
mandé…
239
Je fais défiler les images devant moi, mais rien n’ac-
croche. Des bêtises. Je me vois au lit avec lui, il m’aime…
Trop. Hortense, finalement, c’est bien. Ça va lui per-
mettre d’attendre. Mais… s’il la fait venir au Labo, c’est
la cata. Je demande une mission… longue. Pour qu’ils se
calment.
Je réponds finalement à des mails. Pour me vider la tête.
Je suis… brillante ! Veuve chagrine, regrets éternels, le
destin qui frappe. Je mets tout ce que j’ai en tête. Heureu-
sement, ça vient. Tous différents, tous personnels. Je n’ai
jamais été aussi bonne. Là, je reconnais le style Julien. In-
cisif, adapté, aucun mot de trop. Je suis… dans sa peau. En
veuve.
Au bout de dix, quinze peut-être, je suis… vannée. Je
bloque l’accès Internet et pars me faire un café à la cuisine.
Il est dix heures moins le quart. Ça fait trois-quarts d’heure
que Julien parle avec les avocats. Je me mets en vibration
avec lui. Ça semble aller. J’adore télépather, même si ça
ne marche pas toujours. En réalité, c’est juste de l’intui-
tion, je fais venir le fond, ce que j’ai en dessous de la pen-
sée… J’angoisse.
240
À quoi pense ma jolie poulette ? À son coq de bruyère ?
Ils vont faire dans les bois… s’ils en trouvent. À la sau-
vage ? Elle en serait bien capable… Lui, je ne sais pas.
Il est dix heures. Je ne vais pas poiroter. On est samedi.
Je vais au marché, place Général-de-Gaulle. À pied, pour
me dégourdir les jambes… et la tête.
Manteau chaud, grand sac, je sors. Je marche sans pen-
ser à rien. Attention de ne pas trop acheter. Je vais me faire
ch… en rentrant, avec le poids.
Hortense, Julien… J’ai… chaud aux fesses. Je marche
en essayant d’oublier. Échec total. Je pense à Poutine, aux
bombes sur les immeubles… Ça revient, le lit, je ne pense
qu’à ça. Ils font… sans moi !
Je salue quelques passants. Petite ville, ils me connais-
sent, la femme d’un chirurgien de la clinique ! ls me savent
veuve, mais je ne tiens pas à discuter.
J’arrive sur la grande place. Sur le côté, la Mairie, toute
en longueur. Sinistre. Le beffroi, au centre, raide… Julien,
quel tonus ! Je le sens derrière… je lui tiens pour qu’il
entre sans me faire trop mal.
Du monde. Plein. Des étals colorés, attirants. Je connais
quelques vendeurs. Sourires en passant. Je fais le tour.
J’achète un peu à chacun. Pour ne pas faire de jaloux.
241
Petits mots gentils : « J’ai appris, pour votre mari. Quel
drame. » ou « J’y étais. Qu’est-ce que vous avez pleuré !
J’étais mal pour vous. » ou encore : « Le Docteur Serizy,
une perte énorme. » Je hoche la tête, et réponds sans m’at-
tarder. Il y a la queue partout. J’ai les yeux humides. La
fatigue de cette nuit. Je fais la femme désemparée (pas
trop). Je suis sincère. J’ai peur, avec Hortense. J’arrive à
transmettre mon désarroi. Je m’admire.
Hortense va me bousiller mon petit Julien. S’il n’est pas
assez gentil, elle va dire des c… sur moi. Si ça l’amuse,
tant mieux, sinon j’ai plus qu’à me tirer. Il faudra que je
travailler avec Albert… l’épouser sans doute. Une vie fi-
chue.
Dans ma tête, grâce au pull, je reste en connexion avec
Hortense. J’ai mis un sout’ pour sortir. Rassurez-vous.
Mais pas de chemisier. Je fais zen au max. Pour que je la
pénètre.
Je rentre, cabas lourd, je le fais passer d’un bras sur
l’autre. Ça me fait du bien de souffrir… pour hier. J’arrive
chez moi, limite crampes. Je pose tout. Il est midi un quart.
Je retire mon manteau. Parlophone, c’est déjà Madeleine :
– Je suis un peu en avance. Je passais devant chez toi.
Je me suis dit : « Si elle est là, on prépare tout ensemble »
242
J’ouvre la porte, elle arrive en ascenseur. Bises, je dis :
– Je viens à peine de rentrer… Défais-toi, tu m’aides.
243
Nous avons fini, elle me toise :
– Maintenant, tu dégoises ! Je ne suis pas venue pour
rien !
Je ne réponds pas, mets des friands à chauffer dans le
four. Elle se met face à moi, me bloque le passage :
– Béryl, je suis ta meilleure copine ! Tu ne peux pas lui
cacher ça ! Ça va te faire du bien. Je suis ton curé. T’es à
confesse. Vous avez beaucoup péché ? Quatre Pater et
deux Ave ? Ou plus ?
Je souris :
– T’es bonne pour le Goncourt. Du sexe ! Envoie-leur,
sûre que t’es prise. T’as la télé ! … Attrape les bouteilles
dans le frigo, on va s’asseoir.
Elle s’exécute, je sors deux verres, des gâteaux apéri-
tifs. Nous arrivons au salon. Elle me sert sans me deman-
der :
244
– Ça va te détendre. Lâche-toi !
Elle prend la même chose. Nous nous asseyons. Elle
tout près de moi. Je pourrais me reculer… mais j’ai besoin
de sa chaleur. Je ne suis pas trop bien. Nous commençons
à boire. Moi… trop. J’ai presque fini, sans avoir rien
mangé. J’ai… la tête dans du coton. Pas assez dormi. Elle
s’est collée à moi et murmure :
– Si on avait été ensemble, je l’aurais pris en premier.
Un homme, au début, il n’est pas bon. Deux filles, il
stresse. Éjaculation précoce, tu rates. Tu fais en second, et
là, le bonheur ! Je suis gentille, dis-moi ?
– Tu arrêtes ! Oui, on a fait, si c’est ça que tu veux sa-
voir. Mais Hortense n’en a pas eu assez. Je suis sûre
qu’elle est chez lui. Elle a retrouvé le chemin. Facile, ce
matin elle observait la route. Elle n’a pas parlé de tout le
trajet.
– Laisse faire ta copine. Ton Dir va être mieux après.
Des seins comme elle, fermes et gros, ça vaut le détour.
Lundi, je suis sûre qu’il t’embrasse. Pour te remercier !
– Elle ne prend pas la pilule. Cette nuit, je n’ai pas trop
vu. Ils ont fait sans. Ils ne se sont levés ni l’un ni l’autre
pour aller en chercher.
245
– Et alors ? C’est ton problème. Il l’épouse. T’es sa
maîtresse. Vous faites jamais l’une sans l’autre. Mickael,
il a bien accepté !
– Le baby, tu t’en f… ?
246
– C’est leur problème.
Nous avons commencé à manger. C’est très chaud et je
parle entre deux bouchées. Nous avons fini, elle demande :
247
– Dessert, si tu as. J’aimerais une conclusion à ton af-
faire. C’est d’un banal à pleurer !
Je sors un ananas. Peau assez verte, on m’a dit qu’il
était bon. Je demande :
– Ça te va ?
– Oui, tranche dans le vif. Pas trop pour moi. On va
marcher, mais tout de même.
Je coupe, j’épluche, je nous sers. Elle me regarde, in-
tense. Je dis :
– Hortense a fait ça pour me faire souffrir. Peut-être
même pour me ridiculiser auprès de lui. C’est un homme
de décision, qui ne se laisse pas démonter. Il est entré tout
de suite dans le jeu. Il n’attendait que ça. Ce matin, il n’en
a pas reparlé, mais il semblait en pleine forme. Un peu fa-
tigué.
– Il a quarante ans. Penses-y, si vous le reprenez à deux.
Quant à sa crise, évite. Fais zen.
– Je n’ai aucun espoir dans ce sens. Elle va le garder.
Tant qu’elle peut…
248
– Café ? On part après. T’a des chaussures qui craignent
pas la boue ? On fait les Roches du Ham ? C’est à vingt
minutes. Avec le soleil d’hiver, ça va être magnifique.
Elle sourit :
– Tu éviteras de penser à eux.
Café, en silence. Je n’ai pas d’appel, il ne l’a pas vidée.
C’est déjà ça.
Nous avons fini. Chaussures, vestes de sport. Pour moi,
zippée Balenciaga. En rose, façon usée, pour vieille rou-
tarde. Petits sacs pour K-ways, eau et biscuit. Pull léger au
cas où. Nous sortons.
Voiture, Madeleine me raconte ses soucis avec son
cop’. Moins drôle que moi. Nous arrivons. Du monde au
parking.
J’aime beaucoup cette balade, quand il fait beau. La vue
est magnifique sur la Vire, avec le soleil d’aujourd’hui,
très bas en hiver. Nous prenons le chemin, en silence.
Après un petit temps, Madeleine me dit :
– Je ne suis pas du tout dans le registre du b… comme
vous. Simple exemple : hier, il est venu à la librairie avec
un bouquin sur les chevaliers-paysans du lac de Paladru.
On en avait parlé à propos du film. Quand il accroche un
249
sujet, il n’en sort plus. Même à cent lieues de mes préoc-
cupations.
– Tu l’intéresses vraiment ?
– Tout l’intéresse, c’est le drame. Il est passionnant.
Mais… il craint les expériences nouvelles. S’il ne sait pas
tout à l’avance, sur n’importe quoi, il a peur. Je l’emmène
en forêt, il a son smartphone, pour être sûr de ne pas se
perdre. Dans son sac, une boussole en plus ! Alors que je
connais tous les chemins et que je peux y aller les yeux
fermés… Peut-être même la nuit, avec une lampe.
– Va loin. Essaie le Kilimandjaro. La moitié n’arrive
pas au bout. Tu verras ce qu’il faut. Des bouquins, il y en
a des tonnes ! S’il accepte, t’a gagné.
– Pas du tout, côté sport, il n’assure pas. Dans le Jura,
pas très haut, il n’a plus de souffle. Il me l’a dit.
Nous marchons, sans trop parler. Je me fais du souci
pour Madeleine… D’Hortense, toujours rien. Est-ce que je
l’appelle ? Je lui ai laissé deux SMS…
Madeleine murmure :
– Laisse-la ! Si t’as besoin de faire à trois, appelle. Je
serais ravie d’essayer.
- Avec ton cop’ ?
250
– Ris pas. Il accepterait. Surtout avec toi !
Nous arrivons en haut. Des nuages, beaucoup de ciel
bleu. Un vrai tableau de Boudin. Des champs vert cru, bor-
dés par la Vire, bleue outremer. Cimes brumeuses, arron-
dies dans le lointain. Roches teintées de rouge. Couvertes
d’un lichen blanc à nos pieds. Arbres sans feuilles sur les
pentes abruptes.
Nous restons un moment. Des gens passent, s’arrêtent
en nous voyant. Deux grandes filles, jeunes, toutes seules,
forcément…
Nous avons bientôt froid. D’avoir été presque en nage
dans la montée. Nous redescendons, en parlant de choses
et d’autres. Hortense, plus ils font, plus elle a de chances
de tomber en cloque. Là, je suis mal barrée.
Toujours rien d’elle. J’ai laissé mon smartphone dans
mon sac, mais j’entends quand il vibre.
251
Six heures passées, toujours rien d’Hortense. Au lit tut
ce temps ? Sans prendre le temps de faire pipi ? Elle exa-
gère. Sa meilleure copine !
Rien de la soirée. Je dîne vite fait. 20 heures, SMS, de
Madeleine : « Elle est morte ? » Je réponds : « Sais pas.
Rien aux Infos ! ».
Vingt et une heures, je craque et envoie un SMS à Hor-
tense : « Le bébé est fait ? »
Silence.
Total.
On m’oublie. La Terre n’a plus besoin de moi. Et pour-
tant, elle tourne !
Je regarde un DVD de la collection de Mickael : « Qui
a peur de Virginia Woolf ». Il voulait voir comment on fait
pour se disputer. Il n’avait pas appris. Servi à rien. On n’a
jamais su.
252
J’ai sommeil. Lasse d’attendre. Je me couche. Lundi,
au Labo, je vais en prendre un max… Je lui… fais une
scène. Donnant-donnant !
Je rêve de J.O. Marathon, épreuve mixte : premier Hor-
tense, deuxième Béryl… Julien n’est pas sur le podium.
Je ne me réveille pas dans la nuit. Réveil, 7 heures.
Hier, dans la panique, j’ai oublié de l’éteindre. Je regarde
mon smartphone : pas de SMS. Là, ça devient grave.
Angoisse. Pas possible de redormir. Petit-dèj, en regar-
dant l’ordi. La demie, ça bipe. Je sursaute. Non, c’est Ma-
deleine. SMS : « Si tu n’as rien, dis-lui qu’on est prêtes.
On vient. On fait à quatre. » Je ne réponds pas. Humour ?
Incapable.
La cuisine est pleine, j’en ai laissé partout. Hier, je
n’avais pas le moral. Je range, je médite : si Hortense se
pointe au Labo, je laisse venir. Si c’est le m…, je pars chez
Albert.
253
Nous marchons. Peu de mots, à cause du vent. Au dé-
jeuner, on discute. Ma mère veut savoir pourquoi j’ai tant
pleuré à la messe. Elle finit par lâcher :
– J’ai eu beaucoup de doutes, moi aussi. On a tenu. On
a réappris à vivre ensemble, pour vous trois, les enfants…
Ton père n’en est pas mort !
La conversation tourne autour des invités. Sherine pas-
sionne mon père :
– Cette femme a une classe étonnante. Je n’ai pas pu lui
parler. Elle était sous bonne garde. Trois hommes, ça fait
beaucoup ! Deux encore… j’aurais tenté.
Il sourit, ma mère lui fait les gros yeux, il n’a pas
changé. Toujours le marin dans les ports et les bars. À se
vanter d’une bonne pêche. Même s’il ne boit plus.
Ma mère n’ajoute rien, mais je sens… qu’elle aimerait
l’info. Heureusement que mon père a coupé. Nous parlons
d’Henri, de Guillaume (l’ami de Mickael), etc. Moins
chaud. Quand on parle d’Hortense, mon père qui sommeil-
lait à demi, ouvre un œil :
– Elle était chez elle ! Passer les petits fours, elle savait.
Mais je l’ai trouvée morose, au final. Elle a… perdu
quelqu’un ?
254
J’ai deux regards pointés sur moi. Que dire ? Rallumer
sur leurs tromperies à eux ? Je réponds :
255
Je dis oui. Ce qui est vrai d’ailleurs. Pour éviter le reste.
Mon père est… admiratif. Ma mère, inquiète.
Heureusement, il ne pleut plus. Je propose de ressortir.
Ils sont fatigués. Moi aussi, mais pas des mêmes choses.
Je vois les bêtises à ne pas dire. Surtout que je n’ai rien
d’Hortense.
256
Dix-huit heures, quand je lisais, une fois de plus…
Gone with the wind, en bâillant. Je commençais à l’oublier,
Smartphone, c’est Hortense :
– Faut pas s’inquiéter, ma Belle. Il est terrible, ton m…,
sauf qu’il tient pas sur le durée. Donne lui du gingembre !
257
Hortense a une certaine pudeur, quand il s’agit d’af-
faires très personnelles, si elle a honte. Elle est parfaite.
Comme moi. Je creuse :
– Vous allez vivre ensemble, si t’as un mioche ?
Silence. Puis :
Silence, puis :
– Je suis crevée. Demain, je travaille. Ne m’appelle pas.
Je me couche.
Elle raccroche. Bref, la cata. Je me fais, moi, une tisane
de gingembre rappé. Il va falloir supporter, demain, Benoit
et Audrey, qui vont me tanner.
Quand vous en avez gros sur la patate, vous faites
quoi ? Il faut que je parle. Madeleine ? Je suis cuite. Elle
va me plaindre. Veuve une seconde fois. Par ma faute.
Dix-neuf heures, et des poussières, le fixe. Voix mâle…
enrouée. Qui ça ?
258
C’est… Julien ! Même tonus… ou à peu près. Mais élo-
cution pâteuse. Il est visiblement, très en colère. Je de-
mande :
259
60. Culotte rouge
Lundi matin, retour boulot à 9 heures… Petite porte, le
garde ne m’a pas vue. Une vraie ninja. Invisible. Je passe
dans les couloirs, toute petite. On me fait des regards na-
vrés. Je suis out. Ils me regrettent.
Je n’ose poser de questions. Trop honte. Je finis par
comprendre par un, qui me fait souvent des jokes un peu
lourdes. Il est triste et murmure : « Mes condoléances. Tu
ne nous avais pas dit… »
Je ne me suis pas arrêtée, par crainte. Je me retourne et
souris :
– Merci, je reviens…
Je file à mon bureau. C’est vrai, mardi… pas huit jours.
La préhistoire !
J’entre dans mon bureau que… ça sonne. Je ferme vite
la porte, au risque de la claquer. Je prends. C’est Julien,
très froid :
– Nous vous attendons, 9 heures 30, chez M. *** [le
Boss].
– Bien, Monsieur.
260
Ça commence bien. Je suis licenciée ? Pas grave. Je me
fais Albert. Tant pis pour le mariage. On divorcera, je lui
demande une pension et je vole… aux Bahamas. Je me
lance dans les affaires. Coups tordus, avocats cupides, j’ai
l’expérience.
Je regarde l’Intranet… sans le regarder. Hortense, Ju-
lien, la baise à ne plus finir. Qu’est-ce que je fais là-de-
dans ? L’enfer. J’affronte. Je lui dis : « Si je ne vous plais
plus, vous me payez ou je dis bye. »
Vingt-cinq. J’ai bu deux cafés coup sur coup. J’ai les
jambes en ressort. Je me calme, petit coup de Shalimar. On
ne sait jamais. Je ferme tout et prends mon sac perso. Noir
avec un gros YSL entremêlé. Je suis très chère !
261
– Mon licenciement ?
Elle semble ne pas comprendre, je toque. J’entends le
Boss :
– Entrez !
J’ouvre, ils sont tous, l’Américaine, l’Indien, mon
Boss, mon Chéri, ainsi que, bien évidemment, le Kremlin,
Angélique. Ils me toisent, durs. Mes frasques (pas le lit, ils
ne savent pas, les autres). Je donne du « Good morning ;
Nice to see you. ». Le Boss m’invite à m’asseoir, dernier
fauteuil vide.
Ils reprennent leur conversation, en anglais (je traduis) :
262
conseils en stratégie, dont font partie nos deux avocats
(très coûteux). Il décrit leurs avancées. Très cool. Sauf que
ça ne cadre pas du tout avec ce qu’on dit aujourd’hui.
263
Angélique, sur un signe du Boss, se lève et sort. Dis-
cussions libres, toujours en anglais, sans moi, qui peine à
suivre. Angélique revient avec Catherine, l’une portant un
plateau et des verres, l’autre, des jus d’une belle couleur.
Elles le posent sur la table au milieu de nous. Le Boss mur-
mure deux-trois instructions à sa secrétaire, qui sort. Mrs.
Heather *** [l’Américaine] me dit:
264
– Oui, vas-y, fais comme chez toi.
Il met la machine en route, prend une tasse sur le petit
évier / lave-main et se fait couler un jus. Là, son regard
change :
Il me fixe :
– Tu en veux aussi un ?
Je fais non de la tête et ajoute :
– J’en ai pris trois, depuis que je suis levée !
– Tu pars avec eux ?
– Je n’en sais rien. Pourquoi tu poses la question ?
– Tu étais avec le Dir, Julien et les avocats. Ils sont re-
venus d’Inde en catastrophe. Conclusion…
Je fais une moue d’ignorance. Il reprend :
– Tu es arrivée quand dans la boite ? … Le premier
jour, quand je t’ai vue avec les autres… j’ai su que, toi, tu
nous grillerais. Tous ! Sans, à la clé, te faire le Boss ! Cha-
peau !
Il ne sait apparemment rien pas pour Julien. Je prends
l’air ennuyé. Il me demande :
265
– Fais attention, Béryl. Tu lui plais. On dit que vous
faites ensemble. Je n’y crois pas. La chance peut se retour-
ner d’un seul coup. Surtout si ça ne va pas avec les Indiens
et que ton travail devient inutile.
Le problème… j’ai maintenant deux hommes dans la
boite. Julien le sait de Benoit, mais pas l’inverse.
266
Il se dégage :
– Ne joue pas avec moi, Béryl, je suis sérieux. Tu veux
la Direction, tu l’auras sans doute, mais ne compte pas sur
moi !
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– Vous voulez un café ?
– Merci, non… Votre amie me pose un problème !
Il me fixe. On se plaît. Il ajoute :
– C’est sûr, elle a des atouts. Nombreux. Une volonté
de fer, une combattante. Comme vous. Mais… deux Béryl,
je ne tiendrai pas. Déjà qu’avec vous, le Laboratoire est
difficile. Bien sûr, nous avons besoin de sang neuf, des re-
crues de qualité… À certaines conditions.
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Je souris. Il murmure :
– Vous m’avez fait comprendre les femmes. J’étais
naïf.
– Vous ne l’êtes plus ?
– Moins. Pour votre amie, je lui ai dit : pilule et protec-
tion. Je suis un homme d’honneur !
Il se lève, petit salut, il sort.
Il n’a pas arrêté de me regarder. Mon parfum était de
trop. Le coup de samedi. Il ne recommence pas.
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découvrir les secrets que cachent les Indiens. Le patron est
morose. Julien n’a signé qu’une promesse sous condition.
Forcé par les banques et ses actionnaires, qui ne veulent
pas s’engager. Rien n’est encore fait. Le Dir attend le po-
gnon, pour courir d’autres cieux.
Là-bas, éreintant. Fin-février, beaucoup de soleil, plus
de 30 toute la journée. On passe de la clim froide à dehors,
chaud, de nouveau la clim. J’attrape un gros rhume. Mon
anglais ? Insuffisant, même si, dans le contexte, ça irait
presque. Je n’ai pas les nuances. Eux ont été occupés par
les Britishs. Surtout les huiles, brahmanes et kchatriyas,
nos interlocuteurs. Les Indiens aiment ma peau blanche.
Comme leurs déesses. À quoi j’ai servi ? Jolie fille, oui,
mais surtout là calmer Julien… il était tellement hors de
lui qu’il aurait sauté les belles Indiennes, qu’on nous a
fourguées, comme traductrices. J’ai même pas eu à cou-
cher avec lui. Ma présence, mon regard de lionne, ont
suffi. Donnant-donnant, S’il y allait, je me faisais un de
nos partenaire sous ses yeux ! De toutes les manières, no
competence transfer !
Par contre, nos deux femmes, Angélique et l’avocate,
sont très chaudes pour l’inverse : les Indiens ne les regar-
dent même pas…
270
On rentre sur C***. Je soigne mon rhume avec des pro-
duits-Maison, qui fonctionnent. Pour une fois. Je té-
moigne.
Deux jours après (le temps de finir le rhume), j’ai Be-
noit. Pas vraiment laissée me reposer. Interrogatoire sans
complaisance, réponses sincères ou pas de lit. Marché clair
et net. Moi, huit jours sans rien, j’ai craqué. J’ai pas trop
dit. Juste ce que je pouvais. Je suis… Directrice (ad-
jointe)… sur mes gardes.
Une semaine après notre retour (quatre jours après), Ju-
lien se dit partant pour signer. Sous conditions, moins
strictes. Date non précisée.
Julien me pompe, il veut que j’explique tout. Je lâche
un peu car j’ai besoin de lui. Le laisser seul avec ma
douce ? Ça va un temps…
Je garde du matos, pour négocier. Elle n’est pas en-
ceinte. Désespérée. On est obligées de se voir. C’est elle
qui demande. Problème, si on continue ensemble, son
mioche, la Belgique.
Ce qu’elle fait avec Julien ? Sais pas. Silence radio. Elle
reprend la pilule. Petit phare dans le désert. Je n’insiste
pas, je la veux gentille pour moi.
271
Quelques jours après, on frappe, c’est Chloé. Elle entre
et me dit, en s’asseyant :
– Il paraît qu’on couche ensemble ? Tu es au courant ?
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Elle ne parle que de Julien, toujours sans rien dire d’inté-
ressant, sauf qu’il ne veut plus jouer.
Ma vie devient morose. Un nouveau type ? Trop fati-
gant. Je suis stressée par le boulot. Hâte des vacances.
Je ne veux plus d’affaire pour un soir. Je ne suis pas
paumée à ce degré-là. Le sexe pour le sexe, ça me barbe.
Julien me pressure au max.
Elle insiste :
– En semaine, te bile pas. On évite la cafèt’.
– D’ac’, mais pas trop loin.
– Un soir, tu serais libre ?
– Une fin de semaine. Tu me dis à l’avance.
Elle me fixe, interrogative… Je la sens venir. Je ré-
ponds :
273
– Arrête ! J’ai un rapport à terminer pour Julien.
Elle s’en va, d’un pas lent, triste à vamper. Je l’accroche
par le bras. Je ferme la porte.
Elle, victime :
– T’es toujours la même. Si on ne te court pas après, tu
nous oublies !
– Tu me dragues ! Pas possible !
– On a été recrutées le même jour. Tu es montée, tu me
considères moins que rien. Tu te sers de moi, et je n’ai rien
en échange. Je me démène. J’étais à l’enterrement de ton
mari…
– J’ai été très touché. Une délicate attention. Je te re-
mercie.
Je dis :
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– Je sors d’une période difficile. On se fait la bise. Tu
me pardonnes ? Après, s’il-te-plaît, tu t’en vas.
On s’approche… mais elle a bougé la tête et nos lèvres
qui se touchent. Un instant seulement. Je poursuis :
– Tu m’appelles quand tu veux et on fixe un rancard.
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coucher… Moi, plus personne. Hortense, invisible. Depuis
le clash, téléphone, mais pas de lit.
Xavier ? Une fois entretemps. Ce n’est pas l’amour fou.
Intelligent, dynamique, plein d’avenir. Mais, pour moi,
niet, à part mes actions de la clinique, où ça traîne, à cause
d’Albert. Qui n’avance pas les fonds, car je ne lui ai pas
dit oui, pour la bague.
Chloé, elle me dit « vendredi soir ». J’accepte. Elle
vient me chercher dans sa voiture. Elle habite à mi-chemin
entre le Labo et moi. On dîne dans un petit resto à la cam-
pagne et… là, j’ai un peu bu, sans doute, on se regarde les
yeux dans les yeux. Je suis en manque. Elle a une adresse
d’auberge, pas loin.
Une chambre libre ? L’homme lui donne la clé. Elle
paye. Deux filles, ça ne l’étonne plus.
Une fois en haut, on se regarde, droit dans nos bottes.
C’est elle qui doit commencer.
276
– Tu as déjà fait avec une fille ?
Elle sourit.
On bascule sur le lit, en travers. Elle me caresse.
On reprend, lèvres et langues. Elle est à demi sur moi,
elle sent bon. Elle arrête avec ses doigts. Je demande :
– Tu veux tout de suite ?
Elle sourit :
– Tu crains ? Que je ne sois pas jolie ? Tu as tort.
On retire nos chaussures, on se met plus à l’aise. Dans
l’axe du lit. Elle est très câline, elle rit sans arrêt. Dents
superbes. Lèvres charnues. Je demande :
– C’est du vrai ?
Réponse, elle m’embrasse très fort. Ça monte, je suis
prise. Elle me lâche. Toujours plein sourire, elle demande :
– Tu fais souvent avec une copine ?
Je ne réponds pas. Elle répétera au Labo. Qu’on soit
ensemble ? Ça court, ça vole : je suis la bi perverse, qu’il
faut essayer à tout prix. Ces beaux parleurs me donnent
une foufoune maousse… Ils n’ont pas essayé.
On recommence. On se tient enlacées, de partout (j’ai
vraiment trop bu). Mains sur les fesses, jambes mêlées,
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serrées au max. Elle me frotte la vulve avec sa cuisse, je
chauffe. Bisous profonds. Une fille qui sait faire.
Je demande :
– T’as pas de soutif’ ?
– Toi non plus.
C’est vrai, mon pull me gêne, mais c’est psy. Je devrais
être très à l’aise. Quand je suis rentrée du boulot, je l’ai
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enlevé. Ils m’avaient trop tannée. Besoin d’air. Même pas
pensé à en mettre pour sortir.
Elle murmure :
– Tu as l’air pressée. On fait ?
Sans attendre, elle se lève et part aux toilettes. Elle n’a
pas fermé, mais je ne vois rien. Je ne bouge pas. Elle re-
vient, tenant son pantalon, resté ouvert. Elle se recouche.
Elle ouvre ma braguette et passe la main derrière. Je mur-
mure :
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Ma voix est déjà hésitante. Je me suis mise à souffler.
Elle doit avoir l’habitude, car elle fait très bien. Je mur-
mure :
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– Tu les as presque durs.
– Bouge surtout pas… T’es bien.
Une vraie… experte. Je ne pensais pas ça de Chloé.
Sportive, elle cache bien son jeu.
Je commence à être à point. Elle semble aussi. J’ai vrai-
ment chaud. Nos pulls sont faits pour l’hiver, pas pour
l’exercice. Je demande :
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J’ai vraiment du mal à parler. Je ne cherche plus. Je
ferme les yeux. C’est pire. Je vois des anges tout noirs. Qui
me reprochent… Je les chasse. Je ne fais rien de mal. Une
fille dans un lit, c’est pas la mort. Ils reviennent. Je dis :
– Chloé… je vais… y…
J’ai trop tardé. Je me serre sur son doigt, je la soulève,
sa main me gêne entre mes cuisses. C’est mieux, je dé-
passe la douleur, m’ouvre sur le plaisir. Elle est… lourde.
Elle m’étouffe, je veux la pousser. Son doigt, son ongle,
me pénètrent. Je suis en crampe, de partout. Je dis adieu,
je pense ma… man. Je pousse, je pousse sur mes jambes, à
faire crier le lit. Je garde les lèvres fermées. Pas faire de
bruit. Surtout une femme… Après dix contorsions, je
m’arrête, fourbue. J’ai eu un orgasme ? Sais pas. Je suis
repue, épanouie. Je vois le ciel qui brille. Je suis… calme
comme jamais. Chloé demande :
– Tu ne cries jamais ?
– On est à l’hôtel.
Elle sourit :
– Tu changes pas ! Toujours sérieuse. Lâche-toi, ça fait
du bien !
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Elle se lève, libérant mes mains. Je retire mon pull, tout
mouillé. Je suis en eau. Je demande :
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– Merci, je n’arrive pas à le rendre jaloux ! Évite pour
Julien. Je ne veux pas l’avoir dans mon lit. Il me fait peur.
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Le problème est qu’elle est face à moi. Comme on a
chaud, on est seins à l’air. Plus qu’à moitié. Ses longs té-
tons me fascinent. Je sens ma bouche en demande. Je
traîne cette damnée frustration. La plage nue dans le Midi.
Je m’approche, descends dans le lit et attrape le plus
proche de moi. Elle est couchée sur le côté, je suis dans la
position du bébé que sa mère allaite. Elle a ses mains dans
mes cheveux et me tient. Je ne peux pas le quitter. Ma
langue aime, je suce, j’aspire. Le lait ne vient pas… Je suis
trop vieille, elle pas assez.
– Tu ne sens rien ?
– Je fais comme toi. Je dis le moins possible. Au Lab’,
tu me tiens toujours loin de toi. Tu vois ce que ça fait.
Je monte à sa bouche et l’embrasse :
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– On fait la paix.
Elle m’attrape la tête et m’enfourne une langue
maousse. Après une longue exploration de ma bouche, elle
me lâche :
– Je t’en veux. Tu couches tout le temps avec Julien.
Laisse-en un peu pour les autres ! Chaque matin, quand je
vous vois, je me dis : « Ils sortent encore du lit ! » En
même temps, pas un sourire. Il te bat ?
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– Je ne voulais pas. Violée, c’est un peu fort. Entre les
deux.
Elle sourit :
– Dis-le aux autres. Comment ça s’est passé. Invente le
contexte, ce n’est pas grave. Sinon, personne ne te croira.
Je lui reprends le téton, qui me manquait. Ça m’évitera
de dire des bêtises. Heureusement, pour mon bonheur, ses
mains dans mes cheveux se raidissent, elle me presse les
lèvres sur sa poitrine. Elle est plus ferme qu’Hortense. J’ai
du mal à respirer.
J’y plus doucement. Si elle a un orgasme, on arrêtera.
Je n’aurai plus rien.
Ma langue s’irrite sur son téton, peau assez dure. Je ra-
lentis. Ça semble lui plaire. Une de ses mains a quitté me
cheveux et cherche ma poitrine. Je dis :
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– Tais-toi, Béryl. Je suis en plein rêve.
– Avec des anges ?
– Non, avec toi. J’ai un sexe énorme, je te fais plein de
choses.
– Un gode ?
– Non, moi… en tigre. Tu as une crinière, je suis la plus
forte. Tais-toi, continue !
Je fais avec langue d’un côté, pouce de l’autre. Elle me
maintient sous pression avec son guili sur mon téton.
Mon rêve : je suis avec ma mère qui… est gentille. Je
suis couchée sur elle. Pas comme en vrai. Elle aime que je
la tète. Ses mains caressent mon dos. Je m’inquiète et de-
mande : « Tu crois que Papa ne voit rien ? ». Elle mur-
mure : « Il m’en a fait voir de toutes les couleurs. Il va
comprendre ce que ça fait. ». Et j’entends son ventre qui
glougloute et émet une curieuse plainte. Je demande : « Je
te fais mal ? » Ses mains me serrent sur son petit téton, que
j’aime… J’entends une voix jeune, de femme :
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– Tu penses avoir un orgasme ?
– Non, je pense trop. Il ne faut pas que tu en restes là.
Drague-le ! Recommence avec lui. Vous formez un beau
couple. Vous allez tenir la boite à deux.
– Arrête !
– Tu ne l’aimes pas ? Il t’a fait mal ?
Je… ne peux lui raconter mes malheurs. Surtout que
j’ai perdu Hortense à cause de lui. Je réponds :
– Julien, laisse béton. Ce n’est vraiment pas le moment.
Je remonte sur l’oreiller et l’embrasse. Nous sommes
bien entre filles. Dans un lit tout chaud.
289
La suite dans
Belle de jour 9
Halte au coworking
Sitôt Béryl hors des bras de Chloé, Julien se montre
pressant. Il lui révèle son malheur : il l’a dans la peau, il
lui faut gérer. Il l’éloigne en Inde, pour mieux comprendre
le Fonds partenaire. Mais, Béryl, fidèle à son devoir, sou-
lève de gros lièvres. Julien intervient personnellement, ce
qui fait resonner le destin à leur porte. Elle doit rentrer en
urgence, via un collègue qui, bien intentionné, lui révèle
nombre de lapins.
Pour rester crédible, Julien réunit une Assemblée géné-
rale de la Société. La situation est très problématique.
Avec Béryl ils montent une Opération spéciale dans un
cadre interlope. Ils minimisent la casse, grâce à de belles
jambes.
Julien garde la main, mais doit en laisser une partie à
Béryl, au vu et au su de tous. Ça craint…
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Table des chapitres
49. Police .....................................................................3
50. Ma dèm’ ...............................................................16
51. Une nuit d’attente ................................................55
52. Femme de tous les dangers ..................................75
53. Très chaude ..........................................................96
54. Patient(e) et cie ...................................................121
55. Hortense m’aide… .............................................143
56. Bourgeoise, un peu moins… .............................168
57. Oh pieu ! ............................................................200
58. Le sommeil, après… ..........................................224
59. Perplexe .............................................................238
60. Culotte rouge .....................................................260
291