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Caline Extrait

Le document décrit une dame nommée Mme Billardeau et son mari M. Billardeau. Mme Billardeau est troublée car son mari a accepté de s'occuper d'une pupille nommée Pascaline sans la consulter au préalable, ce qui perturbe leur vie tranquille.

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Caline Extrait

Le document décrit une dame nommée Mme Billardeau et son mari M. Billardeau. Mme Billardeau est troublée car son mari a accepté de s'occuper d'une pupille nommée Pascaline sans la consulter au préalable, ce qui perturbe leur vie tranquille.

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CALINE

par

Mlle Zénaïde FLEURIOT

Illustrations d’A. Pécoud

Éditions Saint-Remi
– 2008 –
CALINE 3

I
UNE DAME TIRÉE À QUATRE ÉPINGLES

Unlesriendomaines.
l’agite, un rien la trouble ; mais non pas dans tous
Elle est d’acier pour tous les événements
du dehors, de pierre pour les catastrophes du dedans. Que les
explorateurs soient égorgés ou empoisonnés, que la force
brutale triomphe partout du droit, que le génie soit méconnu, la
patrie outragée, Mme Billardeau n’en éprouve pas le plus léger
saisissement.
Tout cela, c’est l’élément dramatique indispensable qui vient
de temps en temps relever la fadeur de la vie, comme le piment
relève certaines de ses sauces ; mais cela n’émeut pas une fibre
chez cette aimable dame tirée à quatre épingles. Et cependant
un rien l’agite, un rien la trouble. Oui, mais dans son domaine
privé, dans sa maison, dans son Paris. Elle a un Paris à elle, un
Paris élégant, artistique, confortable, satisfait, où elle est née, où
elle a vécu, où elle mène sa vie élégante et factice. Elle se doute
bien qu’il y en a un autre moins élégant, moins artistique, moins
confortable, moins satisfait ; mais pourquoi ne pas oublier celui-
là ?
Son mari, qui a été député, l’a toujours engagée à considérer
ce Paris-là comme un enfant frondeur, emporté, fou, qui fait
des scènes de temps en temps, mais qu’on finit par morigéner.
Elle ne le connaît pas d’ailleurs, elle ne l’a jamais vu ; une dame
ainsi tirée à quatre épingles ne se commet pas dans les choses
populaires. Elle n’aime Paris que lorsqu’il ne bouge pas ; Paris-
volcan lui est demeuré étranger.
Mais là où elle n’entend avoir ni tempêtes, ni même
secousses, si légères qu’elles soient, c’est dans son ménage, un
ménage modèle, où l’égoïsme est installé sur un bon pied, de
façon à établir une sorte de quarantaine entre les deux époux et
le monde où tout ne va pas comme sur des roulettes… si
toutefois ce monde existe.
4 MELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT

Aussi est-elle fort émue, le dimanche, à l’issue de ce paisible


déjeuner qui s’est terminé par un aveu vraiment terrible de M.
Billardeau.
Enfoncée jusqu’aux épaules dans son moelleux fauteuil, les
yeux machinalement fixés sur une glace de Venise qui lui
renvoie une figure à la fois plate et pincée, qui est toute marbrée
de rouge sous la poudre de riz, Mme Billardeau se demande si
elle a bien entendu, si ses yeux et ses oreilles ne l’ont pas
trompée tout à l’heure.
Son mari, cet excellent Gustave, a-t-il pu, sans consulter sa
femme, son oracle, dire cette phrase renversante à l’homme
d’affaires qui l’a mandé pour lui parler d’une pupille qu’il
connaît à peine : « Envoyez-la-moi », absolument comme s’il
s’agissait d’une caisse de mandarines d’Afrique.
Aussi quel air penaud il a eu, ce pauvre homme, pendant
tout le déjeuner : il a oublié de mettre du citron dans ses
huîtres ; il s’est versé du madère au lieu de sauternes ! Ah ! il
savait bien quel accueil on ferait à son étrange invitation.
Ce bon Gustave ! il n’a jamais pu se débarrasser
complètement de ses amis de jeunesse, ni de sa parenté
désagréable. C’est son seul côté faible. Lui si indifférent, si
politique, si prudent vis-à-vis de tout élément ennemi de son
repos, il s’est toujours laissé attaquer par là. Il en subit
aujourd’hui les conséquences.
En acceptant la tutelle de la fille de son cousin, il a juré ses
grands dieux qu’il ne s’en occuperait jamais ; il s’est
solennellement engagé à tout remettre aux mains des hommes
d’affaires, à tout signer les yeux fermés. Il y avait douze ans de
cela ; il en avait été quitte pour un voyage à Rouen de loin en
loin, pour quelques lignes à écrire toutes les secondes huitaines
de janvier en réponse à une lettre niaise signée :
« Votre petite pupille, Pascaline. »
La tutelle n’avait été vraiment qu’une formalité ; mais voilà
que les événements se précipitent, que le notaire a un
successeur, que la petite grandit, que le grand-père meurt !
Quelle idée !
CALINE 5

Alors perdant la tête, ou plutôt se laissant emporter par ce


vieux levain de générosité que rien n’a pu étouffer en lui, M.
Billardeau a dit au notaire cette phrase insensée : « Envoyez-la-
moi. »
Et cela sans consulter sa femme, sous prétexte qu’elle était
sortie et que le notaire attendait.
Ce n’est pas à elle d’ailleurs que l’on ferait de pareilles
propositions. Elle a eu soin d’élaguer de sa vie toute attache
gênante, les amis déchus, les parents ruinés, même les gens qui
ont trop d’enfants ou des idées trop chevaleresques ; elle a fait
le vide autour d’elle, le vide du cœur, et elle s’en applaudit.
Elle a une idole, son mari ; il a une idole, sa femme : hors de
là, rien. Leur cercle de relations est composé de gens qui ont
leurs goûts et leurs travers : il s’agit de se bien capitonner dans
son cœur, et, puisque Dieu ne leur a pas donné d’enfants, Dieu
sait très bien ce qu’il fait ; il ne faut jamais s’embarrasser ni
s’occuper des enfants des autres.
C’était entendu comme cela, et le matin même — Mme
Billardeau se le répète à satiété pour y croire — le matin même,
appelé chez un homme d’affaires qui lui parle de cette
Pascaline, de cette inconnue, il dit : « Envoyez-la-moi. »
Ah ! les hommes ! Il avait bien eu de ces revirements dans sa
vie politique ; il avait plus d’une fois faibli dans ses opinions et
escamoté ses votes ; mais cela c’était son droit, cela ne troublait
en aucune façon sa vie intime. Ceci la troublerait, ceci l’avait
déjà troublée. Il avait dit à sa femme : « On me jetterait la pierre
si je ne m’occupais pas de cette enfant », il avait quitté la table
sans plier sa serviette et en repoussant de la main, très
violemment, l’anneau d’argent à son chiffre qu’elle venait de lui
offrir pour l’anniversaire de sa naissance.
Mme Billardeau porta la main à son front. De tant penser lui
donnait un commencement de migraine. Elle prit
languissamment le gland de soie qui pendait au-dessus de son
fauteuil, un clair tintement se fit entendre. La porte s’ouvrit
doucement, et une femme de chambre entra. C’était une grande
femme pâle et usée par l’anémie, comme il s’en rencontre tant à
6 MELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT

Paris. Elle était à sa place au service de deux personnes qui


n’avaient qu’un souci, leur santé, et qui lui avaient donné un
rôle d’automate facile à remplir.
La pauvre ouvrière parisienne éprise d’élégance, qui passait
ses nuits à se coudre des falbalas et qui jeûnait pour mettre des
plumes à ses chapeaux, avait fait la sottise d’épouser un brave
couvreur qui ne l’avait pas battue, mais avec lequel elle avait été
réduite à l’extrême misère. En un jour d’ivresse il était tombé
sur le pavé et était allé mourir à l’hôpital. Alors elle, mettant de
côté les fausses vanités de l’ouvrière parisienne, elle s’était
empressée de chercher une place de femme de chambre ; il y
allait de sa vie.
Guérie de ses affolements d’indépendance et de ses
prétentions vaniteuses, épuisée par la misère, pleurant sur la
perte d’un enfant, elle eut le bonheur de plaire à Mme
Billardeau, qui la façonna à son image et à son service. Les
minuties vont bien aux personnes alanguies, et dans ce ménage
paisible Alphonsine se fit la place qui lui convenait.
Si Madame n’était pas allée si souvent au théâtre, ce qui
l’obligeait à veiller, la femme de chambre se serait trouvée
parfaitement heureuse.
« Madame a sonné ? dit-elle de sa voix creuse, mais douce.
— Oui. Apportez-moi Bonbon, Alphonsine. »
Alphonsine marcha vers un petit meuble bizarre, qui se
terminait en corbeille. Elle tira de cette niche, capitonnée de
satin bleu, un chien minuscule, qu’elle alla déposer sur les
genoux de sa maîtresse.
Celle-ci prit dans ses mains blanches, chargées de bagues, la
tête soyeuse du petit animal et leva vers son visage le museau
noir et chiffonné.
« Bonbon, vous avez l’air enrhumé ? dit-elle ; vous êtes allé
courir dans le corridor, je parie. »
Bonbon, qui fixait sur elle ses grands yeux un peu
larmoyants, fit entendre un petit jappement, secoua ses longues
oreilles, puis se blottit sur ses genoux, sa jolie tête ramassée
entre ses pattes.
CALINE 7

Mme Billardeau se tourna vers Alphonsine.


« Monsieur est-il allé donner des biscuits aux bengalis ?
demanda-t-elle.
— Non, madame, pas aujourd’hui.
— Comment ! après déjeuner il n’est pas allé à la volière ?
— Non, madame. »
Mme Billardeau demeura quelque temps pensive, emmêlant
entre ses doigts la toison blanche de Bonbon. Tout à coup elle
redressa la tête, consulta de l’œil le cadran de la pendule et dit :
« Alphonsine, allez demander à Monsieur s’il a l’intention de
m’accompagner tantôt au Conservatoire. »
Alphonsine disparut et, quelques instants après, une voix
d’homme très agréable disait derrière la portière :
« Mais certainement, ma bonne amie ; mais certainement. »
M. Billardeau venait en personne apporter la réponse à sa
femme.
C’était un très élégant vieillard, qui, à l’exemple de sa femme,
ne dédaignait pas de recourir aux fontaines de Jouvence
alimentées par la chimie.
L’ancien député n’avait d’ailleurs rien qui prêtât à la majesté.
C’était un petit homme qui frisait l’obésité et qui avait un front
étroit sous sa couronne de cheveux fauves. Son regard mobile
et plein de finesse s’attacha de loin sur sa femme. Il craignait de
la trouver irritée, elle n’était qu’un peu guindée : ce qui
annonçait une fâcherie à l’eau de rose. Il s’assit en face d’elle, et,
inclinant la taille et appuyant ses coudes sur ses genoux pour se
rapprocher :
« Adèle, n’as-tu pas fait d’invitations pour le Conservatoire ?
demanda-t-il.
— Non, grands dieux ! Ne sommes-nous pas assez pressés
dans notre loge avec ce gros M. Dartal et son énorme femme !
Quelle idée avons-nous eu de les inviter ?
— Malheureuse, en effet. Mais il n’y en a plus pour
longtemps, n’est-ce pas ?
— Je lui ai dit : quelques auditions.
— Ils en sont à trois, cela suffit bien.
8 MELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT

— Cela suffirait pour une autre ; mais elle est très tenace et
elle affecte une passion exagérée pour la musique. Je la croyais
forte musicienne, c’est une tapoteuse tout simplement.
Décidément ce ne sont pas des gens agréables. D’abord Mme
Dartal n’est pas possible dans une loge, elle l’accapare.
— Il faudra nous en débarrasser, surtout pour le
Conservatoire.
— Je cherche le moyen, dit Mme Billardeau, qui roulait et
déroulait entre ses doigts une des longues oreilles de Bonbon. Il
y a mille prétextes ; mais le meilleur, c’est un débarquement de
parents de province.
— C’est cela, ma femme, mettons ce prétexte en avant. » Il
fit une pause et ajouta avec un sourire forcé « Nous aurons
toujours Pascaline. »
Bonbon jeta un petit hurlement de douleur : les ongles de sa
maîtresse lui étaient entrés dans la peau.
« Gustave, mon ami !
— Ma bonne amie.
— Tu ne parles pas sérieusement ?
— Adèle, je t’assure que je n’ai pas pu m’empêcher d’agir
ainsi que je l’ai fait. Ne m’interromps pas, je te prie de ne pas
m’interrompre comme tout à l’heure. Penses-y donc. Le père de
Pascaline a été mon voisin à la Chambre ; j’ai dû mon élection à
son père à lui, à ce vieillard paralytique qui vient de mourir.
Voyons, tu as été fière de moi quand j’étais député, tu as usé de
mon influence, tu m’as cent fois conseillé. Eh bien, sur ma
parole, je n’ai dû mon élection qu’à la famille Montjally. J’en ai
conservé une certaine reconnaissance.
— Si maintenant reconnaissance et gêne deviennent
synonymes…
— Mettons que Pascaline nous gêne, ce ne sera que
momentanément.
— Heureusement qu’il y a des pensions, des couvents !
— Certainement ; et il y a aussi le mariage qui nous en
débarrassera complètement. »
CALINE 9

Les deux époux se frottèrent les mains par un mouvement


de satisfaction intime.
« Mais il est convenable que moi, son tuteur, je lui ouvre ma
maison…
— En passant.
— Certainement, en passant, répondit M. Billardeau d’un
ton conciliant. On ne peut la laisser aux mains de la vieille
gouvernante de mon oncle, on trouve un loyer magnifique pour
cette maison ; le notaire chargé de ses intérêts aurait été très
choqué, si je ne lui avais pas dit : Envoyez-la. Si elle nous
convient, nous la garderons ; sinon, nous verrons.
— Gustave, elle ne me conviendra pas.
— Eh bien, nous chercherons quelque chose ; elle a une
très modeste fortune, assez pour n’être à charge à personne.
Nous sommes grandement logés…
— Très petitement, et la preuve c’est que je me demande
où je lui trouverai un appartement, si vraiment elle arrive.
— Il y a la chambre du fond.
— Et la volière, où la mettrais-je ?
— Dans le vestibule, sur le balcon…
— Non, mon ami. Je tiens à mes oiseaux et n’exposerai pas
leur vie.
— Mon amie, arrange tout cela comme tu le voudras, je te
donne carte blanche, et si mon petit fumoir peut t’être utile… »
Mme Billardeau prit un air majestueux :
« Gustave, je ne toucherai pas à une de tes habitudes, dit-
elle ; non, non. S’il le faut, je délogerai Alphonsine, voilà tout.
Ta pupille se contentera bien d’une chambre au deuxième,
auprès d’Alphonsine.
— Elle se contentera de tout ; c’est un oiseau que cette
enfant, elle chantera dans n’importe quelle cage. Cependant ne
pourrions-nous la garder à notre étage ?
— Jamais ! Sa présence me serait une gêne de tous les
instants. Quel âge a-t-elle précisément ?
— Entre quatorze et quinze ans ; je ne sais plus au juste.
10 MELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT
CALINE 11

— Évidemment ! l’âge ingrat par excellence. Elle ne


pouvait nous arriver qu’à celui-là. Quelle imprudence tu as
commise de te mêler de cette tutelle ! Comme si cela te
regardait ! »
M. Billardeau se leva pour échapper aux conclusions.
« À quelle heure seras-tu prête, Adèle ? demanda-t-il
gracieusement.
— À deux heures moins le quart, comme toujours.
— C’est bien, je serai exact. »
Et il tourna les talons.
Mme Billardeau agita le gland de soie. Alphonsine apparut.
« Alphonsine, vous savez que nous allons avoir cette
insupportable enfant chez nous ? »
Une crispation nerveuse passa sur le visage jaune
d’Alphonsine, et elle croisa les deux mains sur son estomac, qui,
étant malade, se crispait en même temps, sans doute.
« Madame a consenti à cela ? dit-elle avec aigreur.
— Hum ! j’ai fait semblant de consentir ; il le fallait bien.
C’est la première fois que M. Billardeau agit sans me consulter.
Il a un faible pour cette enfant, qu’il voit quelquefois, et il a cru
me faire plaisir sans doute. Nous verrons bien. Mais je connais
mon mari, il ne faut jamais lui résister en face. Il y a un fonds de
violence chez l’homme le plus doux, et voilà bien longtemps
que je ne lui avais vu cette physionomie agitée. Il pourrait être
très dangereux que le sang lui montât ainsi en bouffées à la tête.
Mais nous verrons bien. Il y a des sociétés qui ne me vont pas,
mais du tout ; mon chien et mes oiseaux me suffisent d’ailleurs.
— Et à moi aussi, madame, je vous assure.
— Évidemment. Prenez Bonbon et mettez-lui sa housse ; il
me paraît très enrhumé et vous savez qu’il a la poitrine délicate.
Son nœud de tête n’est pas frais, il s’est roulé dessus ; voyez
donc à cela, Alphonsine ; j’aime l’ordre en tout, vous le savez
bien. »
Elle embrassa la petite bête et la remit aux mains
d’Alphonsine, qui alla la replacer avec précaution, mais sans
tendresse aucune, dans sa niche de satin.
12 MELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT

Mme Billardeau s’était levée.


« Préparez-moi ma toilette pois cassés pour le Conservatoire,
Alphonsine ; nous aurons encore aujourd’hui cette énorme
Mme Dartal, qui s’habille avec une richesse de si mauvais goût ;
il ne faut pas que j’aie l’air d’être sa portière. Pendant que vous
arrangerez tout cela, je vais jeter un coup d’œil sur les bengalis. »
Elle marcha vivement vers le fond de l’appartement, traversa
son cabinet de toilette, presque aussi grand que sa chambre, et
entra dans une jolie pièce très élégamment meublée, au milieu
de laquelle se trouvait une volière dorée.
Les bengalis, repus de biscuit, étaient perchés tout
somnolents sur une tringle et pressés les uns contre les autres,
de façon à ne former qu’une petite masse de plumes soyeuses :
ils digéraient paisiblement.
Mme Billardeau les contempla quelques minutes.
« Ah ! dit-elle en glissant son doigt maigre à travers les
barreaux pour caresser le petit tas de plumes ; ah ! mes bijoux,
vous n’irez pas geler au second étage ; il vous faut votre balcon
d’ailleurs, et vous l’aurez. »
Sur cette promesse, elle quitta la chambre et retourna dans la
sienne, où elle procéda méthodiquement à sa toilette.
Elle retrouva son mari dans le vestibule quand elle descendit,
et les deux époux s’installèrent confortablement dans leur
coupé, conduit par un cheval d’un âge raisonnable, mais si bien
soigné dans cette maison confortable, qu’il se donnait encore
des airs sous le fouet du gros cocher à la figure rubiconde et
joviale, qui, en sa qualité de mari de la cuisinière, n’était pas non
plus accablé de besogne ni médiocrement nourri.

II
LES PETITS MOYENS

Jérôme conduisit, sans se presser, ses maîtres vers le


faubourg Poissonnière et les déposa sous les arcades de la
TABLE DES MATIÈRES

I UNE DAME TIRÉE À QUATRE ÉPINGLES ............................................................. 2

II LES PETITS MOYENS .......................................................................................... 12

III UNE TUILE !....................................................................................................... 16


IV PREMIÈRES ESCARMOUCHES ........................................................................... 22

V LES LAMENTATIONS D’ALPHONSINE .............................................................. 32

VI AU PALAIS MARCHAND .................................................................................... 38

VII DANS L’ESCALIER ............................................................................................ 43

VIII LE DÉGUISEMENT .......................................................................................... 49

IX PROMENADE ..................................................................................................... 60

X CETTE BONNE LUCIE ! ...................................................................................... 67


XI À L’HÔTEL DES VENTES ................................................................................... 74

XII CALINE REÇOIT DES VISITES.......................................................................... 86

XIII PASCALINE IRA-T-ELLE À VICHY ? ............................................................... 93


XIV VIOLETS ! ........................................................................................................ 98
XV LE RÉQUISITOIRE DE PÉLAGIE .................................................................... 106

XVI LES ADIEUX DE LUCIE ................................................................................. 115

XVII AU GLENDERFF ........................................................................................... 125

XVIII UN PERSONNAGE INATTENDU ................................................................ 131

XIX UNE FOULE DE SOUVENIRS ........................................................................ 137

XX LA NOCE .........................................................................................................145

XXI LA FÊTE CONTINUE ..................................................................................... 160

XXII CORRESPONDANCE .................................................................................... 168

XXIII À LA SANTÉ DE BERTRAND ...................................................................... 176

XXIV ENCORE BERTRAND .................................................................................. 183

XXV L’AVENTURE DE SYLVIE............................................................................. 190

XXVI LA TROISIÈME PERSONNE EMBARRASSE PÉLAGIE ............................... 199

XXVII LE CONCERT AU GLENDERFF ................................................................. 204

XXVIII LA DOULEUR............................................................................................ 212

XIX DÉCOUVERTE !............................................................................................. 219

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