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L'origine de Nazareth et Jésus-Christ

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L'Énigme de Jésus-Christ

Tome premier
CHAPITRE PREMIER : Où est né le Christ ?

B. — NAZARETH
I. — La ville inconnue.
Inconnue de toute antiquité avant le Nouveau Testament,
c’est la ville, d’après l’Évangile Selon-Luc (I, 26-31),
qu’habitait Marie, vierge et fiancée à un homme nommé
Joseph, quand Dieu lui envoya l’ange Gabriel pour lui
annoncer qu’elle concevrait et enfanterait un fils à qui elle
devrait donner le nom de Jésus[1]. C’est de Nazareth,
d’après le même Évangile (II, 4-5), que partirent Joseph et
Marie enceinte, qu’il recherchait en mariage, montant
ensemble à la ville de David, nommée Bethlehem, parce
qu’il était, lui Joseph, — Marie aussi d’ailleurs[2], — de la
maison et de la famille de David, pour y être enregistrés
tous les deux, lors du recensement de Quirinius. Pendant
qu’ils étaient à Bethlehem, le jour où Marie devait
accoucher arriva, et elle mit au monde son fils premier-né.
L’Évangile Selon-Matthieu, se bornant, sans autre détail, à
dire que Jésus est né à Bethlehem de Judée, aux jours du
roi Hérode, c’est-à-dire dix ans au moins avant la date du
Selon-Luc ci-dessus, fait partir en Égypte Joseph, le petit
enfant et sa mère ; et, Hérode mort, c’est à Nazareth en
Galilée, dit-il, qu’au retour d’Égypte, la famille se retira et
alla demeurer (Matth., II, 1, 14, 22-23). Le Selon-Luc, qui
raconte la naissance à Bethlehem avec le luxe de détails
que l’on peut y lire, ne fait retourner Joseph, l’enfant et
Marie à Nazareth, leur ville, qu’après un voyage à
Jérusalem et la présentation de l’enfant au Temple.
C’est de Nazareth que vient Jésus, d’après le Selon-Marc (I,
9) — le Selon-Matthieu dit, plus vague : de Galilée ; le
Selon-Luc et le Selon-Jean ne précisent pas d’où, — pour
être baptisé par Jean au Jourdain.
C’est dans Nazareth que Jésus vient prêcher un jour et,
pour s’être déclaré le Messie, risque d’être tué par ses
concitoyens qui veulent le précipiter du haut de la
montagne sur laquelle leur ville était bâtie.
:
Il est bien difficile de douter, après cela, de l’existence de
cette ville de Nazareth, sous ce nom, et quelque part en
Galilée.
Et cependant !
Quant au nom, inconnu, et la ville aussi, nous le savons,
avant les Évangiles, il ne semble pas qu’en faisant cette
constatation si impressionnante du silence absolu de tous
les écrits anciens sur Nazareth, — ceux du judaïsme
comme ceux de l’hellénisme ou du monde latin, — les
érudits qui ont construit l’histoire du christianisme en aient
été autrement troublés. Si le fait ne réussit pas à émouvoir
les érudits, il a de quoi surprendre les simples hommes qui
réfléchissent.
Les livres de l’Ancien Testament ont de nombreux
chapitres qui ne sont que des listes des villes de Palestine.
On y sent un orgueil d’auteur à les nommer toutes, à en
ajouter peut-être. Ce sont des catalogues innombrables. On
ne sait plus, ou n’a jamais su où se trouvaient la plupart de
ces villes, dont quelques-unes ne devaient être que
d’infimes hameaux, Mais les noms restent. Pas de
Nazareth. Voici l’historien Juif Flavius Josèphe. Il est le
contemporain, à une génération près, la suivante, de Jésus-
Christ. Il a été mêlé à tous les évènements de l’époque en
Judée jusqu’à la prise de Jérusalem par Titus. Il a écrit
deux gros volumes sur eux, sur leurs causes, sur leurs
circonstances, sur les guerres, précisant les détails et
donnant sur les personnages qui y sont mêlés les
renseignements les plus vivants et les plus approfondis. Il a
dressé, comme les livres bibliques, des nomenclatures
serrées des villes de Palestine. Il ne connaît pas Nazareth.
Dans ses œuvres, on trouve même sept ou huit lignes sur
Jésus, d’ailleurs interpolées, mais que des érudits comme
Renan, Réville et d’autres trouvent authentiques, dans leur
ensemble. Flavius Josèphe fait de Jésus un homme sage,
auteur d’actions extraordinaires (dont il ne dit pas un mot), qui
était le Christ, il le déclare formellement. Et il ne nomme
pas Nazareth, après la naissance, la vie, la mort, la
résurrection miraculeuse du Christ. J’entends bien que son
passage sur Jésus est un faux. C’est à ceux qui le trouvent
authentique à nous expliquer pourquoi, dans ce cas,
Nazareth est inconnue de Flavius Josèphe. Il me suffit,
pour moi, — que Flavius Josèphe ait écrit sur le Christ ou
non ; que l’on ait, comme cela saute aux yeux, sophistiqué
son œuvre, ou non, — de constater qu’il ne nomme pas
Nazareth. Et plus l’on soutiendra que l’œuvre de Flavius
Josèphe n’a pas été sophistiquée, moins on rendra
:
explicable son silence sur Nazareth.
En tout état de cause, cette ignorance de la Bible et de
Flavius Josèphe sur Nazareth a de quoi rendre méfiants les
esprits les moins prévenus, sinon sur l’existence d’une
ville où est né le Christ, toute mystérieuse qu’elle soit, car
il faut bien qu’il soit né quelque part, mais sur le nom
qu’on lui donne et qui n’apparaît qu’avec les Évangiles.
Et alors, une question vient à l’esprit si naturellement, que
l’on est surpris que les érudits ne l’aient pas posée. Il est
impossible de ne pas la poser. La voici Nazareth ne serait-
il pas, dans les Évangiles, un nom symbolique, un
pseudonyme pour désigner la ville du Nazaréen, ainsi que
l’on appelait le Christ ?
II. — Le témoignage de Matthieu.
Ouvrons les Écritures. Est-ce qu’elles ne nous donneront
pas le mot, la clef de l’énigme ? Voici, par exemple, le
Selon-Matthieu. Au chapitre II, verset 23, on lit (traductions
ordinaires) : Joseph, au retour d’Égypte, se retira sur le
territoire (mot bien vague) de la Galilée, et alla habiter dans
une ville appelée Nazareth. Ainsi fut accompli ce qui avait
été dit par les prophètes : Il (Joseph ou son fils ?) sera appelé
Nazaréen. Ce passage du Selon-Matthieu est grave.
Contient-il une allégation fausse ?
Quels sont les prophètes, — un seul nous suffirait, — qui
ont annoncé du Christ : Il sera appelé Nazaréen ?
M. Edmond Stapfer, docteur en théologie, dans sa
traduction du Nouveau Testament, en note sous le verset
du Selon-Matthieu, écrit : Ce passage ne se trouve pas
dans l’Ancien Testament. Et l’Ancien Testament, c’est la
Loi et les Prophètes.
Que font alors les critiques, pour qui les Évangiles sont ou
divinement inspirés, ou des œuvres de bonne foi, afin de ne
pas s’étonner de cette défaillance du Saint-Esprit ou de la
conscience littéraire des scribes, et pour expliquer
l’allégation du Selon-Matthieu ?
Ils vont chercher dans le livre du prophète Ésaïe, où l’on
trouve tout, une phrase (chap. XI, vers. 1) : Il sortira un
rejeton du tronc d’Isaï (Isaï ou Ishaï ou Jessé est le père de David et
a habité la ville de Bethlehem de Judée) et un surgeon (ou rameau),
— en hébreu : netzer, — naîtra de ses racines.
C’est ce texte d’Ésaïe que le Selon-Matthieu aurait traduit
par le grec : Il sera appelé Nazaréen. Prétention
audacieuse, comme on le voit, à laquelle on ne croit pas,
:
mais qui a pour but d’équivoquer sur le mot netzer, et d’en
tirer l’étymologie de Nazaréen.
La traduction, version synodale, des Évangiles, publiée
sous les auspices de la Société biblique de France, après
avoir signalé le texte d’Ésaïe, a la bonne foi d’ajouter, en
commentaire au texte du Selon-Mathieu : « D’autres voient
ici une allusion au mot Nazir[3].
Voilà la vérité, avouée, bien qu’elle coûte.
III. — Nazir = Nazaréen.
D’après la loi de Moïse, tous les premiers nés ou békôr de
familles juives, humains et animaux, appartenaient à
Iahveh, lui étaient voués, consacrés. Il n’y a qu’à lire
l’Ancien Testament pour s’en convaincre[4].
Vieille tradition de la religion des Beni-Israël, qui fait du
dieu Iahveh le frère de Moloch, dieu des Moabites et des
Ammonites, à qui on sacrifiait aussi des enfants, et frère de
Kémosch, à qui Mescha, roi de Moab, immola son fils
aîné. Tradition au nom de laquelle Abraham et Jephté se
résignèrent au sacrifice, le premier de son fils Isaac, le
second de sa fille unique.
La loi de Moïse, pour adoucir ces mœurs hors nature, pour
humaniser cette religion de sang, permit de racheter la vie
des premiers-nés, par le sacrifice d’un agneau ou d’un
chevreau (prix aussi du rachat d’un âne, d’ailleurs : Exode, XIII, 12,
XXXIV, 20).

Pour les pauvres gens, — et l’on veut faire passer pour tels
Joseph et Marie, — le chevreau ou l’agneau pouvait même
être remplacé par deux pigeonneaux ou deux tourterelles
(Lévitique, XII, 8), prix en nature que devaient payer de même,
comme offrandes pour le délit et pour le péché, ceux qui
niaient avoir entendu un serment ou avoir été témoins d’un
fait, ceux qui touchaient aux choses souillées, etc. (Lévitique,
V, 1-13).

Marie et Joseph, selon la loi de Moïse, portèrent leur


enfant à Jérusalem, lorsque furent achevés les jours de
leur purification, pour le présenter au Seigneur (ainsi qu’il
est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au
Seigneur), et pour offrir le sacrifice prescrit dans la loi du
Seigneur : une paire de tourterelles ou deux pigeonneaux.
Ainsi s’exprime l’Évangile Selon-Luc (II, 22-24) ; d’où il
résulte que Jésus, fils premier-né ou békôr, fut consacré à
Iahveh, comme lui appartenant, sa vie ayant été rachetée,
conformément à la loi mosaïque[5].
:
Être consacré à Iahveh, comme premier-né, comme békôr,
chez les Juifs mosaïstes, c’est être voué pour toute sa vie
au naziréat, c’est être nazir, naziréen ou nazaréen, qui
s’orthographie en hébreu N Z B. L’hébreu s’écrivait sans
voyelles, comme l’arabe de nos jours. C’est pourquoi la
vocalisation des mots sémitiques présente des variations.
Les Arabes prononcent Ibrahim le nom du patriarche que
nous appelons Abraham. Cadmus, l’antique Cadmus, déjà
si ancien du temps de Sophocle, Cadmus, le Phénicien,
inventeur de l’alphabet et de l’écriture phonétique, parlait
du gosier. Anatole France a bien voulu nous en informer.
Son émission de voix assourdissait les voyelles. Rien de
surprenant que l’on confonde entre elles. Il faut reconnaître
dans les syllabes chaldéennes Nebou-Koudou-Oussour le
fameux roi Nabuchodonosor que d’autres prononcent
Nébucatnetsar. Sans anomalie aucune, le mot N Z B en
hébreu, dont la racine est bien Nazir, ainsi que le déclare
Suidas, dans son Lexique historique, du Xe siècle, a pu
donner nazaréen en français. Les Évangiles grecs eux-
mêmes emploient indifféremment Nazôraios, avec un ô
long, ou Nazarènos, avec un a. Le latin dit nazareus[6].
Parmi les obligations des Nazirs, les plus connues étaient
le port d’une longue chevelure, l’observation des rites du
jeûne, la virginité, l’abstinence des boissons fermentées[7].
Samson, héros solaire, était nazir ou nazaréen. Un ange de
Iahveh annonce à sa mère qu’elle sera enceinte, qu’elle
enfantera un fils, — tout comme l’ange Gabriel fait à
Marie, mère de Jésus, et à Élisabeth, mère de Jean-Baptiste
: Le rasoir ne passera point sur sa tête, dit-il, parce que
l’enfant sera nazaréen de Iahveh dès le sein de sa mère...
laquelle, rapportant l’annonciation à son mari, prend à son
compte, ignorante qu’elle est, l’interdiction de manger rien
de souillé, de boire du vin et de la cervoise, car l’enfant,
— c’est le texte biblique qui répète, — sera nazaréen de
Dieu dès le sein de sa mère jusqu’au jour de sa mort. Voir
Juges, XIII, 5-14.
On sait ce qu’il advint à Samson pour avoir violé son
naziréat en prenant une femme, une étrangère de Sçorek.
Samuel fut aussi nazir, bien que le mot manque dans la
Bible, à son sujet (I Samuel, I, 11). Sa mère Anna fait le vœu,
si l’Éternel lui donne un enfant mâle, de le vouer à Iahveh
pour tous les jours de sa vie ; et aucun rasoir ne passera
sur sa tête[8].
L’ange Gabriel, en annonçant à Zacharie que sa femme
Élisabeth va avoir un fils, proclame qu’il sera grand
:
devant le Seigneur ; il ne boira pas de vin ni de boisson
fermentée ; il sera rempli du Saint-Esprit (variation chrétienne
pour signifier : voué à Dieu) dès le sein de sa mère (Luc, I, 15).
Nazaréen donc et aussi, Jean-Baptiste[9].
Les livres de l’Ancien Testament, les Évangiles dans le
Nouveau, ne nous disent point que Samson, Samuel, Jean-
Baptiste, bien que nazaréens, ou plutôt parce que tels,
soient nés ou aient habité Nazareth.
Epiphane, dans le Contra hœreses, écrit : Il y eut des
Nazaréens avant le Christ, — c’est l’évidence même.
Mais, je le répète, les chrétiens étaient désignés par tout le
monde sous le nom de Nazaréens. Jésus-Christ fut le
Nazaréen par excellence[10].
Que conclure ? sinon, contrairement à l’allégation du
Selon-Matthieu, que ce n’est pas pour être né ou avoir
habité à Nazareth que l’on est en général, et Jésus-Christ
tout particulièrement, Nazaréen.
Et alors, en sens inverse, Jésus-Christ n’a-t-il pas été dit de
Nazareth, c’est-à-dire nazaréen, parce qu’il fut le Nazir,
par excellence, voué à Dieu jusqu’à la mort, — bien plus,
par sa mort même ?
IV. — Nazaréen, et non
Nazaréthain.
Ici, une remarque d’ordre philologique.
Quand les traductions portent Jésus de Nazareth, que nous
comprenons comme Jésus de la ville de Nazareth, il faut
savoir que le texte grec dit : Nazôraios ou Nazarènos et le
texte latin : Nazareus. Pour être exactes, sans risquer une
équivoque, les traductions devraient porter : Jésus
Nazaréen, et non Jésus de Nazareth. Les exemples
abondent (Matt., XXVI, 71 ; Marc, 1, 23 ; XIV, 67 ; Luc, IV, 34 ; XXIX, 19
; Jean, XVIII, 5, etc.). Et jusque sur l’écriteau de la croix (Jean,
XIX, 19).

Que penserait-on si, parce que l’apôtre Paul, sous le nom


de Saül, fut pharisien, ou avait traduit, au lieu de Saül
Pharisien, Saül de Pharis ? Les exégètes sans doute
prendraient Pharis pour une ville, que l’Église n’aurait pas
manqué, un jour du ténébreux Moyen-Âge, d’identifier
aussi avec quelque bourgade obscure. Je m’en voudrais de
chercher, comme on dit, la petite bête. Mais, tout de même,
quand j’ai plus de quinze siècles de préjugé contre moi, je
puis bien ne pas négliger des arguments de linguistique qui
ont leur poids.
Si Nazareth ou Nazaret il y a, avec la finale th ou t, comme
:
nom de ville, en hébreu, en grec, en latin, en français, les
adjectifs formés pour qualifier les habitants de cette ville
ne peuvent être, ni pour le grec, ni pour le latin, ni pour le
français tout au moins, qui seuls nous importent, Nazôraios
ou Nazarènos, ni Nazareus, ni nazaréen. La chute du th ou
du t final est inexplicable, contraire à toutes les règles
savantes ou populaires de la phonétique et de l’étymologie.
Un habitant de Nazareth, en latin, serait dit, non pas même
Nazarethus ou Nazaretheus, mais bien sûrement
Nazarethanus, en français Nazarethain, — avec ou sans
h[11].
La forme Nazôraios, Nazarènos, Nazareus, Nazaréen,
prouve que les scribes ecclésiastiques connaissaient
l’origine du mot, et savaient qu’il ne dérivait pas de
Nazareth. Ils savaient que c’est Nazareth qui a été tiré de
Nazir. Nazareth c’est bien, symboliquement, la ville du
Nazaréen.
Les Évangiles confirment.
On a l’impression de leur part, quand on les lit
attentivement, d’une espèce de pudeur, — qui ne leur est
cependant guère habituelle, — dans la fraude, et qui fait
qu’ils n’osent pas citer trop fréquemment ce faux nom de
ville.
Toutes les fois que le récit présente des faits actuels, vécus,
où le Christ agit, et qui attirent et forcent l’attention sur
Nazareth, les textes ne la nomment pas. Ils disent : sa
patrie, sa ville, son pays (Matt., XIII, 54 ; Marc, VI, 1, notamment).
Nazareth n’est expressément citée, sous ce nom, que dans
des circonstances vagues, presque extérieures à la vie
active du Christ. Nazareth n’est qu’à Jésus, et pas au
Christ. On dirait que le scribe hésite à accoler Nazareth,
comme nom de ville, au Christ, quand il s’agit
d’événements qui nous le représentent sur scène, pour ainsi
dire, dans sa patrie.
Une exception, une seule, cependant, mais d’importance,
comme si les scribes s’étaient fait un jeu de présenter les
Evangiles sous l’aspect d’une devinette, où ils laissent de
temps en temps passer un trait que doit saisir le lecteur
pour découvrir toute la vérité[12]. Le Selon-Luc (IV, 16-30)
cite expressément Nazareth, où Jésus avait été élevé, —
Jésus, naturellement, — en y rattachant un épisode
essentiel de la carrière du Christ, celui où ses concitoyens
veulent le précipiter du haut de la montagne sur laquelle
leur ville était bâtie.
:
Nous examinerons de près le récit du Selon-Luc, quand
nous discuterons sur l’emplacement de la patrie, de la ville
du Christ. Il suffit de noter en passant que l’auteur du
Selon-Luc, sans conteste, bien qu’il la nomme Nazareth,
n’ignorait pas non plus où se trouvait la ville du Christ, et,
par suite, connaissait le nom vrai, qu’il ne donne pas.
V. — L’Apocalypse et Nazareth.
En relevant l’allégation du Selon-Matthieu : Il sera appelé
Nazaréen, attribuée aux prophètes, et en interrogeant si elle
ne serait pas fausse, puisque, de l’avis unanime, elle ne se
trouve pas dans l’Ancien Testament, nous n’avons fait
qu’obéir à une suggestion naturelle à laquelle nous
autorisent les exégètes, bien que, trouvant le Saint-Esprit
en défaut, ils n’osent pas le proclamer eux-mêmes. Mais
n’est-ce pas un tort de suivre les exégètes sur leur terrain ?
Les Écritures étant divinement inspirées, le Selon-Matthieu
n’a pu mentir pour nous tromper ou se tromper lui-même
aussi grossièrement. Le Selon-Matthieu vise des prophéties
évidentes. Il faut donc que ce soient les exégètes qui
fassent fausse route. C’est certain.
Les exégètes, en effet, dès qu’il est question de prophètes
et de prophéties, dans les Évangiles, ne pensent qu’à
l’Ancien Testament.
Ils oublient un détail. C’est qu’il y a, dans le Nouveau
Testament, tout un livre qui n’est qu’une prophétie,
d’ailleurs effroyable. C’est l’Apocalypse. Bien que l’Église
l’ait rejetée tout à la fin du canon des Écritures, elle est
antérieure aux Évangiles, et de beaucoup, même si on lui
assigne la date 69 sous Néron, ou 92, sous Domitien, de
l’ère chrétienne, comme font les érudits, et antérieure aux
plus anciens livres chrétiens, y compris les Lettres de
l’apôtre Paul, si, conformément à notre conviction, et
comme nous l’avons déjà fait entrevoir, elle remonte aux
environs de la quinzième année du règne de Tibère[13].
L’Apocalypse devrait ouvrir le Nouveau Testament, dont
elle est le prologue, et qui en est sorti. Les critiques qui la
placent à la fin témoignent de la même finesse
psychologique que ceux qui, classant en un recueil
chronologique les documents de la Grande Guerre,
commenceraient par le Traité de Versailles et concluraient
par les pièces diplomatiques antérieures à août 1914[14].
Or, dans l’Apocalypse, — Heureux celui qui lit et ceux qui
entendent la parole de cette prophétie (le mot y est), et qui
observent ce qui s’y trouve écrit ! (I, 3) — au chapitre III,
aux versets 12 et 13, la Révélation (les prophètes, comme dit le
:
Selon-Matthieu) proclame ceci, en faveur des élus du
Royaume de Dieu : Celui qui vaincra... j’écrirai sur lui le
nom de mon Dieu, et le nom de la cité de mon Dieu, de la
nouvelle Jérusalem (Nazareth), qui descend du ciel, d’auprès
de mon Dieu, ainsi que mon nouveau nom (Jésus, Nazareus,
comme sur la croix. L’ange Gabriel avait lu l’Apocalypse). Que celui
qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises !
L’auteur du Selon-Matthieu avait des oreilles. Il a entendu,
et compris. Nous aussi. Il a donné à la patrie du Nazaréen,
son nom nouveau : Nazareth. Il n’a pas commis de faux :
faisons lui amende honorable. Il sourit de sa malice. Et il
pense que c’est pour les exégètes et critiques de toutes
robes qu’il est écrit : Ils ont des yeux et ne voient point, des
oreilles et n’entendent point.
L’on comprend maintenant pourquoi les anciens écrits
judaïques et autres ne mentionnent pas Nazareth. La ville
natale du Christ portait un autre nom[15].
VI. — L’emplacement.
Dissimulée sous un nom symbolique, la patrie du Christ
Jésus avait-elle du moins la position géographique qu’on
lui a assignée au VIIIe siècle ? N’en croyez rien.
Que cette position, comme le nom, soit inconnue jusqu’à
Jésus-Christ, même en ne doutant pas, contre l’évidence,
de la réalité du nom, on peut l’admettre. Mais après Jésus-
Christ ? Mais après les Évangiles ?
Étrange chose ! Le fils de Dieu naît ou habite dans une
ville de Galilée, en pleine civilisation antique. Le pays a un
roi, Hérode, sous le protectorat de Rome qui y fait résider
un proconsul, un procurateur ; des légions y tiennent
garnison. Le monde entier assiste à des prodiges tels que
Nazareth, au lieu d’entrer dans l’histoire et la géographie
par la porte basse des Évangiles, aurait dû y pénétrer
comme par une effraction dont le retentissement secouerait
tous les récits des écrivains du temps. Et personne ne s’est
préoccupé de nous fixer sur la situation ni sur le nom de la
ville, désormais célèbre, du héros des Écritures ?
Les Évangiles dits canoniques effacent, on le sent, à peu
près tout ce qui pourrait mettre sur la trace de la vérité.
Muets aussi les Évangiles dits apocryphes, ceux de
l’Enfance en particulier, où l’on raconte sur Jésus, qui a été
élevé à Nazareth, tant de détails puérils et ridicules ?
On se rend compte aisément du besoin qui les a fait naître,
dit M. Gaston Boissier des Évangiles apocryphes (Origines
de la poésie chrétienne, p. 7). Les Évangiles canoniques, qui ne
:
s’occupent que de l’apostolat du Christ (affirmation
conventionnelle), et sont si sobres de renseignements sur sa
famille et son enfance, ne parvenaient pas à contenter
l’ardente curiosité des nouveaux chrétiens... Les Évangiles
apocryphes... ou y raconte avec des détails infinis la vie de
ses parents, les épisodes merveilleux de sa naissance, ses
premières années et la fuite en Égypte... Saint Joseph leur
doit beaucoup. Un évangile entier est consacré à raconter
sa vie...
Comment se fait-il que dans tout ce fatras, destiné à
contenter l’ardente curiosité, très naturelle au surplus, des
nouveaux chrétiens, on ne trouve rien sur Nazareth, sur son
emplacement en Galilée, ce qui aurait permis aux pèlerins
naïfs de ne pas attendre le Moyen Âge pour aller
contempler l’atelier de saint Joseph, comme dit M. Charles
Guignebert, et la chambre (dont on fait une grotte à Nazareth,
comme à Bethlehem) où eut lieu le mystère de l’Incarnation ?
Dans les Épîtres apostoliques, rien non plus. Dans les
auteurs profanes, silence général. Chez les apologistes et
polémistes chrétiens, — faisant du Christianisme, a dit
Renan, une longue controverse, — pas un mot, pas une
description pour situer cette Nazareth qui n’est nulle part.
Les siècles s’écoulent. Origène, Tertullien, saint Augustin,
Lactance emplissent le monde du nom de Nazareth.
L’empereur Julien écrit pour dénoncer la fourberie
purement humaine des Évangiles. Nazareth est et reste
perdue. Nul n’a su jamais, nul n’a dit, personne ne sait plus
où elle est ? En vérité ! Si bien qu’au Moyen Âge, au
VIIIe-IXe siècle, l’Église se demande tout à coup où peut
bien se trouver la ville de son dieu, qu’elle a laissée
s’égarer. Elle cherche, et, dans sa détresse, après des
explorations dont on voudrait bien connaître le détail, les
éléments et les bases, elle choisit, — tout près de la
Bethlehem de Galilée (Josué, XX, 15) et peut-être pour créer
une confusion de plus avec la Bethlehem de Juda, patrie
d’Isaï, père de David[16], — à vingt-cinq lieux au nord de
Jérusalem et à huit 01, neuf heures de marche du lac de
Tibériade, au sud de Capernaüm, un site, dans la tribu de
Zabulon, où elle fait bâtir et aménager tout ce qu’il lui
plaît. Nazareth est fondée. Qui donc, au VIIIe siècle, au IXe
même, dans un monde qui sort de l’agonie des invasions
barbares, tout secoué par les guerres, retombé à l’enfance,
qui, je le demande, pouvait contrôler les faits et gestes de
l’Église ?
A-t-elle pensé aux difficultés qu’elle léguait à l’histoire ?
Et, si elle s’en est inquiétée, n’a-t-elle pas cru que l’histoire
:
ne viendrait jamais pour elle, qu’elle ne parlerait pas,
qu’elle n’oserait ? Les exégètes, y compris des hommes
comme Ernest Renan, comme les professeurs assis dans les
chaires officielles et laïques, lui ont donné raison, en lui
faisant confiance.
Mais cette confiance, l’Histoire la lui doit-elle ?
VII. — Documents tardifs.
Dans le Dictionnaire de la Bible de F. Vigouroux, prêtre de
Saint-Sulpice, à l’article Nazareth, très orthodoxe, sous la
signature A. Legendre, où l’en sent le désir d’authentiquer
Nazareth le plus haut qu’on puisse remonter, on ne peut
rien offrir, avant 808, qui prouve que la patrie du Christ fut
sur l’emplacement qu’on lui donne aujourd’hui. En 808, un
document (Commemoratorium de Casis Dei) dit qu’à un mille de
Nazareth, où les Juifs voulurent précipiter le Christ
Seigneur, est construit un monastère avec église en
l’honneur de huit moines. L’Église aujourd’hui place le
mont de la Précipitation à quarante minutes au sud, ce qui
fait une distance de plus d’un mille, sur un rocher à pic qui
surplombe un ravin. Désaccord avec le document le plus
ancien.
Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’apparaissent des documents
détaillés : Greffin Agaffart : Relation de terre sainte ; et, au
XVIIe, Quœresmius : Elucidatio terme sanctœ.

Dans les œuvres de saint Jérôme, on a placé une œuvre qui


n’est pas de lui Liber nominum locorum ex Actis (Livre des
noms de localités, etc.), qui dit qu’il y a deux églises dans ce
bourg (de Nazareth), ce qui ne donne aucune indication sur
son emplacement, à supposer l’œuvre du IIIe siècle, ce qui
n’est pas vraisemblable.
Je pense que les travaux de construction de Nazareth
datent partout de l’époque des Croisades.
Épiphane (Adv. hœr., t. XLI, col. 216. Patrologie) parle bien d’un
Joseph de Tibériade qui demanda à Constantin
l’autorisation de construire des églises où personne ne
l’avait pu, dans les villages juifs : Tibériade, Diocésarée,
Nazareth, Sepphoris, Kaphernaüm, où les Juifs veillent
avec soin à ce que qui que ce soit d’un autre peuple
n’habite avec eux, et qui en construisit à Diocésarée... et
autres villes.
A supposer que ce texte soit authentique et relate un fait
vrai, — ou peut en douter par la phrase entre guillemets
qui affirme une chose invraisemblable et fausse, — ne
voit-on pas que la liste même des villes qu’il cite nous
:
oriente invinciblement vers le lac de Génézareth ?
Il en est de même d’un texte d’Asculfe qui dit que
Nazareth est, comme Kaphernaüm, sans murs d’enceinte.
C’est encore le lac de Génézareth qui est évoqué, — et
peut-être aussi la vraie ville natale du Christ, sous son nom
symbolique, laquelle, nous le verrons, forteresse naturelle,
n’avait pas besoin en effet de murs d’enceinte.
VIII. — Vers les confins de la
Galilée.
En construisant une Nazareth à l’emplacement où elle se
trouve, — en turc En-Nasirah, traduction de Nazareth,
avec sa vraie racine Nazir[17], — l’Église n’a même pas
songé à ce que peuvent laisser passer de vérité historique et
géographique les Evangiles, pour qui les lit d’une façon
suivie et d’un esprit réfléchi.
Voici le Selon-Matthieu tout d’abord. Le passage (II, 22) que
nous avons signalé sur l’origine de l’épithète nazaréen
donne quelques indications précieuses, dont les traducteurs
affaiblissent d’ailleurs singulièrement la portée. Le texte
grec mérite d’être analysé de près. Le verbe français se
retirer n’a pas la force du verbe grec traduit, qui implique
l’idée de retraite à l’écart. D’autre part, le substantif grec
que l’on interprète par territoire, province (de Galilée), n’a
pas cette étendue vague ; il signifie restrictivement : les
parties de la Galilée. Une traduction peu littérale, pour
restituer au texte grec toute sa valeur, serait celle-ci :
Joseph se retira, comme en une retraite, et alla habiter les
confins perdus de la Galilée.
Où a-t-on identifié, selon l’euphémisme de M. Charles
Guiguebert, la ville de Nazareth, au VIIIe siècle, peut-être
au IXe ? Dans les hauteurs qui ferment au nord la plaine
d’Esdrelon, soit au centre de la Galilée, comme est, par
exemple, Aurillac en France.
Il n’est pas impossible de deviner comment, voulant
substituer à la ville natale du Christ une ville sur un
emplacement nouveau, le nom étant déjà substitué, l’Église
a choisi l’emplacement actuel.
A. Neubauer[18], nous apprend que le Talmud nomme une
ville Seriyéh, qu’il accole à celui de Bethlehem de Galilée,
pour dire : Bethlehem-ès Seriyéh. Seriyéh, explique alors
Neubauer, qui veut prouver que Nazareth dérive de
Seriyéh, serait mis pour N’Seriyeh, l’N ou nun initial
ayant été omis par un copiste. A moins qu’on n’invente
cette oinission d’un N pour aboutir à N’Seriyeh et à
:
Nazareth. Ce qui est plus vraisemblable.
Or, justement, la Nazareth actuelle est toute voisine de la
Bethlehem galiléenne. Le nom de N’Seriyeh a guidé et
déterminé le choix du site de la Nazareth actuelle.
Et il faut remarquer, à l’inverse, que le turc En-Nasirah
s’écrit avec un S ou sad arabe qui, lui, correspond au tsadé
hébreu.
L’identification ecclésiastique de Nazareth au VIIIe, Xe
siècle a consisté à faire de l’humble bourgade de
N’Seriyeh, la Nazareth, patrie de Jésus, dont personne ne
pouvait ou ne voulait plus dire la situation vraie. Le nom
de la ville de Bethlehem, voisine, quoique galiléenne et
non de Juda, ne pouvait être un obstacle, au contraire.
Seriyeh, évidemment, a disparu.
A toutes les combinaisons équivoques, faussant la
géographie, s’oppose d’abord, en attendant le Selon-Luc,
le texte du Selon-Matthieu. Il place la résidence de Joseph
dans les parties de la Galilée qui confinent à ses frontières,
vers le désert, c’est-à-dire en Galilée transjordanienne, et,
pour tout dire, derrière le lac de Génézareth. Le Selon-
Matthieu sait que les parties de territoire dont il parle ne
sont pas la Galilée à l’époque du Christ. Elles n’y ont été
incorporées qu’après Vespasien et Titus.
IX. — Le Gê-nazareth.
Le lac de Génézareth ne s’appelle ainsi que dans les
Évangiles et les Écritures chrétiennes. Son nom historique,
son nom juif, c’est : lac de Kinnéreth[19]. Les Romains, les
Hérodes plutôt, pour faire honneur à Tibère, l’ont
dénommé lac ou mer de Tibériade, à cause de la ville de
Tibérias qu’ils ont édifiée sur ses bords. Pourquoi le
christianisme a-t-il baptisé ce lac, lac de Génézareth, sinon
parce que Nazareth se trouvait à portée de ses rives ?
Que signifie, en effet, Génézareth ? Terre de Nazareth,
terre nazaréenne. Ne pas oublier que les scribes écrivent en
langue grecque : Gê, terre. Le lac de Génézareth, c’est le
lac qui baigne la terre nazaréenne, parce que la patrie du
Nazaréen, tout auprès, en est une ville importante, — qui
sait ? la capitale. Si les exégètes avaient la saine vue
intellectuelle du commun des hommes, au lieu d’admettre
une Nazareth, dont le nom est en dehors de l’histoire, dont
la situation, perdue pendant huit siècles par l’Église
intéressée, a été ensuite fixée par elle arbitrairement à
Seriyeh, rien que cette dénomination si expressive : lac de
Génézareth, devait les conduire, pour retrouver la ville du
:
Nazaréen, sur les bords de ce lac de Kinnéreth, que les
Évangiles n’ont appelé de Génézareth, que parce que la
ville du Nazir était près de ses rives, comme le lac Léman
s’appelle aussi lac de Genève, parce que cette ville est
baignée par le lac.
A ces conclusions, des critiques opposent[20] que le nom de
Génézareth se rencontre dans le premier livre des
Macchabées (XI, 67), comme implicitement contenu dans le
mot Gennésar, désignant sans contredit, le lac et les
territoires de Génézareth. Et je me demande pourquoi on
n’y a pas ajouté Flavius Josèphe, chez qui Gennésar
abonde : Guerres contre les Romains, liv. III, X, 8, et
Antiquités judaïques, V, 1, 22 ; VI, 22 ; XIII, 2, 1 ; 2, 3 ; 5, 7
?
J’admets que Gennésar, dans les Macchabées et Flavius
Josèphe, désigne le lac de Génézareth. Il en résulterait que
s’il y a un rapport entre Génézareth, lac et région, et
Nazareth, ville, il date au moins du temps des Macchabées.
Si Génézareth n’est pas le lac de la terre de Nazareth, et
dérive de Gennésar, d’où provient donc Gennésar, que l’on
rencontre, au lieu de Kinnéreth, dans les Macchabées et
Flavius Josèphe ? Les critiques et érudits répondent :
Gennésar est une forme dérivée de Ganeser, qui signifie
jardin des Dix, et l’on ajoute, au petit bonheur — des dix...
villes constituant la colonie de la Décapole. Allégation
fantaisiste et anachronique. Il n’y a pas de Décapole, au
temps des Macchabées. La Décapole n’apparaît que
lorsque Rome, après Pompée, quelque 80 à 100 ans plus
tard que les Macchabées, sont intervenus dans les affaires
judaïques. Conquêtes et colonies romaines, les Dix villes,
la Décapole, sont contemporaines de la Louve, la Bête aux
sept têtes sur ses sept collines à Rome, poussant dix cornes
en Palestine. Gennésar, Ganeser, au temps des
Macchabées, n’explique Génézareth qu’en donnant force
rétroactive aux inventions messianistes datant an plus tôt
du temps d’Auguste et de Tibère[21].
On en est d’autant plus sûr que, dans Origène, donné
comme du IIe siècle après Jésus-Christ, on peut lire l’aveu
de lui (In Matth., XI, 6) qu’il ne connaît pas la signification de
Génézareth et ne peut fonder d’allégorie sur le mot. Il ne
veut pas révéler que Génézareth vient de Nazareth, ce qu’il
sait fort bien. Et il ignore encore que Génézareth vient de
Gennésar, car s’il le savait, s’il avait trouvé Gennésar dans
Flavius Josèphe qui existe, encore intact, on veut le croire,
de son temps, et dans les Macchabées, que l’on est en train
sans doute de fabriquer, il n’aurait pas manqué de s’en
:
expliquer par allégorie. Saint Jérôme (In Matth., XIV, 34) est
tout aussi ignorant : il reproduit les paroles d’Origène et les
fait siennes. C’est un compère et un complice.
Ce qui corrobore ces conclusions, c’est que, dans Origène
déjà cité (De nominis hebraïcis), on trouve Geneser — il
n’ignorait donc pas le terme, — traduit par (h)ortus
principum, jardin des princes, comme si le nom était —
Gan-sârim. Et c’est aussi ce qui permet de suivre
l’évolution de la fraude, et de découvrir comment de
Gansârim, dont on garde le sens, on a glissé à Gan-éser
puis Gen-esar, dans Origène, sans même changer la
traduction, et à peu près de Génézareth où l’on aboutit. Et
aujourd’hui le jardin des princes devient le Jardin des Dix.
Dans le Talmud, un midrash (Bereschit rabba, ch. XCVIII) donne
Gân-sârim, jardin des princes, pour désigner cette contrée
de Nephtali qui avoisinait le lac de Kinnéreth. Il n’y a
jamais eu de Gennesar qu’avec le christianisme[22]. Rien
de plus clair ni de plus certain. Je ne puis m’empêcher de
penser que si Genève avait disparu des bords de son lac,
les exégètes la retrouveraient, vraisemblablement dans les
rues de Grenoble. Comme Génézareth, Genosar, Gan’eser,
est-ce qu’on n’aboutit pas à Genève par Grenoble, —
linguistiquement ? Grenoble, Genoble, Genobe, Genove,
Genève. C’est très simple, et tout aussi scientifique que les
déductions sur Gan-eser.
Mais poursuivons notre recherche.
X. — Les prédications du lac.
Les récits évangéliques qui forment l’ensemble du
Ministère en Galilée, et où prennent place ce qu’Ernest
Renan, appelle les prédications du lac, supposent
d’ailleurs Nazareth sur les bords du lac. Ils sont
incohérents et incompréhensibles avec l’actuelle Nazareth.
Si l’Église, en quête de cette ville disparue, si les exégètes
l’avaient cherchée dans les Écritures, ils l’auraient trouvée
: Qui cherche, trouve, est un proverbe éminemment
évangélique[23].
Dans le désordre voulu qui a présidé à la composition des
Évangiles, du moins les prédications du lac constituent-
elles un bloc vivant, compact et qui se tient. La vérité est là
; on la touche : Lac de Génézareth, Capernaüm, Bethsaïda,
Nazareth, toute la géographie des Évangiles tourne autour
du lac. Personnages de la famille, disciples, tous sont
réunis sur ce théâtre : le Christ, Marie, sa mère, — Joseph
a disparu, — ses frères et ses sœurs, et cette mystérieuse
mère des fils de cet étrange Zébédée, grande ombre
:
émouvante, trop émouvante, pour n’être pas, puisqu’on
l’évoque, celle même de Joseph, sous un surnom
horoscopique[24], et dont les fils, à y regarder de près, ne
peuvent pas ne pas se confondre avec les frères du Christ.
La terre du Nazaréen, la Gê-Nazareth, c’est bien celle qui
baigne le lac, et nulle autre ; et sa famille, autour du
berceau de ce lac, peuple toutes les villes et bourgades qui
en sertissent les rives.
Les scribes ont fait des efforts surhumains pour trancher le
nœud géographique qui, à tout instant, quand il s’agit de la
patrie du Christ, nous lie, nous attache, nous rive au littoral
du lac de Génézareth ; il est trop solide pour qu’ils l’aient
pu. Ils l’ont desserré tout au plus ; mais il tient encore.
Nous allons le renouer, Évangiles en mains.
Le Selon-Matthieu (XIII, 54) nous fait voir Jésus-Christ dans
sa ville. Il n’ose pas employer le faux nom de Nazareth. Le
Selon-Marc (VI, 1) non plus. Mais la suite du récit ne laisse
aucun doute. Nous sommes bien à Nazareth. Le chapitre
XIII de Matthieu se termine par la phrase suivante qui le
prouve : Il ne fit pas LÀ beaucoup de miracles, à cause de
l’incrédulité de ses compatriotes. Laissant Jésus à
Nazareth, le chapitre XIV, dans ses douze premiers versets,
insère l’épisode de la décollation de Baptiste ; puis, Jésus
ayant appris ces choses (l’épisode qui précède), partit de LÀ, de
Nazareth évidemment où le Selon-Matthieu l’a laissé pour
raconter la mort de Jean-Baptiste ; Jésus n’a pas bougé.
L’épisode de Jean-Baptiste pourrait s’intercaler tout aussi
bien autre part. En le faisant sauter, la continuité du récit
touchant Jésus n’y perd rien, au contraire. Jésus part donc
de là, de Nazareth. A pied ? Non. Dans une barque, dit le
Selon-Matthieu (XIV, 13).
Avec la Nazareth actuelle, comment en partir dans une
barque ? Donc, Nazareth touche le lac de près.
XI. — Nazareth sur les bords du
lac.
Est-il impossible de préciser sur quelle rive, orientale ou
occidentale, se trouvait la ville ?
Dans les récits parallèles du Selon-Marc, moins clairs que
le Selon-Matthieu, parce qu’ils mêlent divers incidents qui
compliquent les choses, on aboutit (VI, 32), avec les
disciples en plus, à la situation du Selon-Matthieu : Jésus
partant dans une barque, pour se retirer à l’écart dans un
lieu désert. Les deux Évangiles s’expriment identiquement
de même. Ils se raccordent. Ce lieu désert n’est donc pas
loin de Nazareth, car la foule a suivi la barque, qui a donc
:
vogué en longeant la rive. Jésus accoste au rivage, prend
terre, et nous assistons à la Multiplication des pains. Les
deux Évangiles sont d’accord toujours.
Aussitôt après, continue le Selon-Marc (VI, 45-46), Jésus
obligea ses disciples à entrer dans la barque et à passer
avant lui sur l’autre rive, vers Bethsaïda...
Il y a deux Bethsaïda sur l’autre rive du lac de Génézareth
: l’une, au nord-ouest, Bethsaïda Julias ; l’autre, à l’ouest,
Bethsaïda de Galilée, où habite la mère des fils de
Zébédée. C’est celle-ci que vise Jésus, certainement. Mais
qu’on choisisse celle qu’on voudra des deux. Elles sont sur
l’autre rive, la rive occidentale. Jésus se trouve donc sur la
rive orientale, qu’il a remontée vers le nord depuis
Nazareth au sud.
Le Selon-Jean (VI, 1), avant la multiplication des pains, récit
parallèle à ceux des autres Évangiles, y compris le Selon-
Luc (VIII et IX), et qui mérite d’autant plus de crédit que
d’ordinaire cet Évangile s’écarte du tout au tout des trois
autres, assez semblables, et dits synoptiques pour cette
raison ; de vrai, ils ont été synoptisés, le Selon-Jean fait
venir Jésus de Capernaüm pour accomplir le miracle de la
Multiplication des pains, de l’autre côté de la mer de
Galilée ou de Tibériade. Et c’est de cet autre côté, opposé
à Capernaüm, qu’il le fait partir, le soir venu, pour rentrer à
Capernaüm, sur l’autre rive.
Autrement dit, le Selon-Jean fait traverser le lac à Jésus,
une première fois pour se rendre de Capernaüm (rive
occidentale, car Capernaüm touche Bethsaïda de Galilée) au lieu de la
Multiplication des pains sur la rive orientale, puis, une
deuxième fois, le miracle fait, et le soir venu, de la rive
orientale à Capernaüm. Ainsi la patrie du Nazaréen sort
des ténèbres sur la rive orientale du lac de Génézareth,
quelque part vers la région sud de cette rive. Nous
approchons. Nous allons arriver.
XII. — Sur la montagne.
Le Selon-Luc, parlant de Jésus de Nazareth, — il nomme
la ville, contrairement à Matthieu et Marc, — nous le
montre discourant dans la synagogue, se prétendant le
Messie, et soulevant une telle colère que ses concitoyens,
— ici, il faut citer textuellement, — l’entraînèrent hors de
la ville et le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur
laquelle leur ville était bâtie, pour le jeter en bas (IV, 29-30).
Détail topographique important au plus haut point.
La patrie du Christ était bâtie sur une montagne. Une ville
:
située sur une montagne, dit Jésus pensant à la sienne
(Matth., V, 14), ne peut-être cachée. Nazareth, celle de
l’Église, est-elle sur une montagne ?
Elle s’étend au bas de la pente douce d’une colline, au sud-
ouest d’un vaste cirque, environné de hauteurs, — 400 à
500 mètres au-dessus du niveau de la mer, — aux croupes
mollement arrondies.
Renan, qui l’a vue, la décrit dans un pli de terrain, dont
l’horizon est étroit. Il prétend que les Nazaréens voulurent
tuer Jésus en le précipitant d’un sommet escarpé. N’en
ayant pas trouvé, il va chercher le rocher à pic qui est très
près de Nazareth, au-dessus de l’église actuelle des
Maronites, rejetant le prétendu mont de la Précipitation qui
est à une heure de Nazareth.
Le mont de la Précipitation est la trouvaille ecclésiastique
pour rendre plausible l’épisode du Selon-Luc avec l’ex-
Seriyeh, la Nazareth actuelle. Renan, ayant rompu avec
l’Église, conteste le mont de la Précipitation qui ne vaut
pas grand’chose, et le remplace par le rocher à pic des
Maronites, qui ne vaut rien du tout, devant la précision du
texte évangélique. Le Selon-Luc, dans un raccourci
saisissant, dessine une ville bâtie sur une montagne
abrupte, pas très loin du sommet, découvrant un large
horizon. La montagne a des parois à pic, pour qu’on puisse
précipiter quelqu’un avec quelque chance qu’il ne roule
pas sur une pente où il puisse s’agripper, mais tombe de
haut dans le vide, pour aller s’écraser sur le roc en bas.
La phrase concise du Selon-Luc suppose aussi une scène
dramatique, manifestation de foule fanatique, poussant
Jésus devant elle, jusqu’au sommet, assez large pour que la
multitude y trouve place, s’y agite en fureur, comme une
vague qui déferle. Le rocher de Renan, le mont de la
Précipitation permettent peut-être une exécution par un
bourreau, mais non point une sorte d’émeute populaire,
spontanée, comme l’indique le Selon-Luc.
La Nazareth de l’Église, si loin du lac de Génézareth, ce
qui suffit déjà à la nier comme patrie de Jésus, n’est pas
non plus dans le cadre topographique et scénique du récit
du Selon-Luc.
XIII. — La montagne de Gamala.
Mais dans le voisinage immédiat du lac de Génézareth, au
sud-est, au point où l’examen des allées et venues de Jésus
pendant les prédications du lac nous a fait aborder, est-ce
qu’il n’y avait pas une ville dont le Selon-Luc donne le
:
signalement en raccourci, une ville célèbre alors, que les
Évangiles ne nomment jamais, et pour cause, car, même si
elle n’était pas la patrie du Christ, il est impossible qu’ils
ne l’aient pas connue, puisqu’ils mentionnent Capernaüm,
Bethsaïda, Gadara, Tibériade, bien moins illustres ?
Flavius Josèphe, dans son ouvrage : Guerres des Juifs (liv.
IV, ch. 11, 286), parlant de Gamala, aux confins de la Galilée,

au sud-est du lac, la décrit ainsi : Gamala... est bâtie sur


une hauteur qui se dresse du milieu d’une montagne
élevée, ce qui lui a fait donner son nom qui signifie
chameau. (Les vêtements en poils de chameau ne seraient-ils que du
tissu de Gamala ?) Sa face et ses côtés sont remparés par des
vallées inaccessibles... La pente est couverte d’un grand
nombre de maisons. Et en regardant du côté du midi cette
ville, bâtie comme sur un précipice, il semblait qu’elle fût
toute prête à tomber. Il se dresse de ce même côté un
sommet extrêmement élevé ; la vallée qui le flanque est si
profonde qu’elle servait de citadelle...
Que vous en semble ? Cette pente couverte de maisons
formant la ville, et ce sommet extrêmement élevé qui se
dresse du même côté, le tout, coupé à pic ! Comme Flavius
Josèphe illustre le Selon-Luc !
Gamala ! Telle est bien la patrie du Nazaréen. Et c’est
pourquoi les scribes ne la nomment jamais. La montagne
de Gamala, telle est la montagne du Selon-Luc, telle est la
montagne de tous les Évangiles, qui n’en font que parler,
sans la nommer jamais, tant elle est connue[25].
La montagne de Gamala !
Mais c’est là qu’après, avoir appelé ses premiers disciples,
le long de la mer de Galilée, Jésus (Matth., V-VIII) prononce
son fameux discours sur la montagne, avant d’entrer à
Capernaüm. La montagne ? Inutile de préciser : les initiés
ont compris.
C’est sur la montagne, — la même, — que Jésus monte
pour la seconde Multiplication des pains (Matth., XV, 29) au
retour de sa randonnée sur Tyr et Sidon ; c’est au pied de la
montagne qu’il avait accompli la première, au bord du lac,
on l’a vu.
Quand les Évangiles font apparaître une autre montagne,
par exemple, lors de la scène de la Transfiguration, ce n’est
plus la montagne, c’est une haute montagne, où l’on n’est
pas, où il faut se rendre ; et on met du temps pour y aller :
six jours dans Matthieu et Marc, huit dans Luc. C’est aussi
sur une très haute montagne que le Diable transporte Jésus
:
pour lui montrer tous les royaumes de la terre et le tenter
en les lui offrant.
La montagne de Gamala ? On n’y va jamais. On y est
toujours ; on y est chez soi. Lisez donc les Évangiles[26].
C’est enfin sur la montagne, — celle de Gamala, — que
Jésus réapparaît aux disciples pour la dernière fois, après
sa résurrection. Le Selon-Matthieu (XXVIII, 16) a même une
façon très suggestive de raconter cette rencontre. Les Onze,
dit-il, le rencontrèrent sur la montagne qu’il leur avait
désignée. Or, Jésus ne leur a pas désigné de montagne.
C’est au verset 10 du chapitre XXVIII qu’a été donné aux
disciples ce rendez-vous suprême. Et pas directement par
Jésus, qui fait faire la commission par Marie-Magdaléenne
et l’autre Marie : Allez dire à mes frères, leur ordonne-t-il,
de se rendre en Galilée. C’est là qu’ils me verront.
En Galilée, et c’est tout. Pas de montagne dans les paroles
de Jésus. C’est grand la Galilée, et bien vague pour un
rendez-vous, si l’on ne veut pas se manquer, même en un
temps où Gamala n’est pas dans la Galilée ; le scribe
l’oublie, car il écrit au IIIe siècle. Mais la Galilée, pour le
Selon-Matthieu, Marie-Magdaléenne, l’autre Marie, ainsi
que pour les disciples, — mes frères, dit Jésus, — c’est
encore, en 789 = 36, après la crucifixion, — la montagne ;
c’est Gamala. Ils ont si bien compris qu’ils se trouvent tous
au rendez-vous.
C’est pourquoi, au fond, en substance, le Selon-Matthieu a
raison, quand il dit : la montagne que Jésus avait désignée,
alors que Jésus n’a parlé que de la Galilée, puisque tous,
conviés en Galilée, vont sur la montagne. Il a raison,
comme pour l’étymologie de Nazareth, tirée de la
prophétie de l’Apocalypse. C’est un auteur renseigné qu’il
faut savoir lire.
L’épisode a même quelque chose de particulièrement
savoureux, de délicieusement attendrissant. Ce rendez-
vous du Christ-Jésus, prêt à disparaître à jamais, à ses
frères qui ne le reverront plus, et qu’il leur donne au
berceau de la famille, sur la montagne, à Gamala, comme
il est touchant, tant il est humain, pour une fois !
XIV. — Le Nazaréen sujet de
César.
Dans le Contra Julianum, que saint Cyrille d’Alexandrie
écrivit, dit-on, pour réfuter des ouvrages perdus de
l’empereur Julien sur l’homme de Palestine dont les
chrétiens font un Dieu, fils de Dieu (Libanius, Epitaph. Juliani),
:
on lit cette phrase, parmi les morceaux qu’a retenus saint
Cyrille sans les sophistiquer : L’homme qui fut crucifié par
Ponce Pilate était sujet de César, nous le prouverons.
Bien entendu, la réfutation a fait disparaître le passage où
était la preuve, et n’en parle plus. Cyrille a oublié de
transcrire la preuve, — à dessein. D’où il résulte que Julien
a dit vrai[27].
Or, avec la Nazareth actuelle, le Christ eût été sujet
d’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, comme tous les
Juifs habitant la région. Les Juifs de Gamala, de
Gaulanitide, Bathanée, Trachonitide, après 787 = 34, date
de la mort du tétrarque Philippe, sujets de Philippe jusqu’à
cette date, devinrent alors sujets de Rome, — la
Crucifixion est de 788-789, — quand les États de ce prince
furent réunis à la Syrie par Tibère et passèrent sous
l’autorité du proconsul Vitellius, avec Ponce Pilate comme
procurateur pour la Judée et la Samarie.
Sujets de Rome, et soumis au cens vis-à-vis de Vitellius
pour la Gaulanitide, les Juifs de Gamala dépendaient de
Ponce Pilate, au point de vue général, pour les délits ou
crimes qu’ils commettaient sur le territoire dont il était le
procurateur.
XV. — Nazareth = Gamala.
Il n’y a pas de doute. Rejetée Nazareth, ville inconnue de
la géographie et de l’histoire avant le VIIIe ou IXe siècle de
notre ère, époque à laquelle elle a été créée de toutes pièces
dans un site qui est inconciliable avec les récits
évangéliques eux-mêmes, c’est à Gamala que tout nous
ramène, comme patrie de celui qui fut le Crucifié de Ponce
Pilate. Et rien qu’à Gamala, patrie de Juda le Gaulonite,
plus tard le Galiléen, — le Juda de Gamala qui fut le chef
de la révolte juive à l’époque du recensement de Quirinius,
760 de Rome, an 7 de l’ère chrétienne. Eusèbe (H. E., I, VII),
citant Jules Africain, à propos des généalogies du Christ,
raconte qu’Hérode, choqué par sa naissance obscure, fit
brûler le Livre des Jours, registre de l’état-civil, afin que
les familles nobles des Juifs ne puissent plus se vanter de
leurs origines et de leurs ancêtres. Fait inventé,
vraisemblablement, pour cacher que la disparition des
archives juives est due aux incendies provoqués par les
troubles, séditions, pillages des christiens, des kanaïtes,
sectateurs de Juda le Gaulonite.
Mais de la suite, une vérité émerge. Des gens avisés, en
petit nombre, gardèrent dans leur mémoire les noms de
leur propre généalogie ou en conservèrent des copies, très
:
fiers d’avoir sauvé le souvenir de leur noblesse. Parmi
eux, se trouvaient les dominicaux, les parents du Christ.
Or, d’où étaient originaires ces parents du Sauveur ? Des
bourgs juifs de Nazareth et Kôchaba. Et ceci nous aiguille
encore vers le lac de Kinnéreth, au delà du Jourdain, aux
alentours de Gamala.
De même que Nazareth, — nom et site, — a été inventée
pour cacher Gamala, Joseph n’est pas autre chose que le
masque évangélique de Juda le Galiléen. Et Jésus-Christ,
dans sa moitié humaine, ne peut être, on le pressent, que le
fils de Juda de Gamala, autrement dit : Bar-Juda, sous son
nom de circoncision. S’il y a un fond historique premier à
la base des origines de l’histoire du Christianisme, c’est là
qu’il faut l’aller chercher : à Gamala.
XVI. — Juda de Gamala, père du
Christ.
Si les Évangiles font monter Joseph à Bethlehem en 760,
avec Marie, pour se faire enregistrer au Recensement, et
pour y faire enregistrer la naissance du Messie dans la
patrie de David, — risquant un anachronisme certain, alors
que, d’après les Évangiles eux-mêmes, Jésus est né aux
jours d’Hérode, soit avant 750, date de la mort de ce roi,
— c’est à cause de ce souvenir historique, qu’on n’a pas pu
effacer, et qui est resté comme le signalement de l’homme
du Recensement. Joseph, père du Christ, n’est pas autre
chose dans les Évangiles. Il en disparaît aussitôt. La
pseudo naissance à Bethlehem accomplie, comme Juda le
Gaulonite tué dans la révolte du recensement, il n’y a plus
de Joseph dans les Évangiles. Il est mort, laissant Marie
veuve, veuve comme la mère des fils de Zébédée. Que
Juda le Gaulonite est bien le père du Christ-Messie, sous le
nom et l’apparence rendue inexistante à dessein dit Joseph
évangélique, époux de Marie, — si peu ! — on peut
l’inférer de tout ce qui précède sur Nazareth, au nom
symbolique destiné à supprimer Gamala avant qu’on ne
substitue, plus tard, Seriyeh-Nazareth à Gamala-Nazareth.
On peut l’inférer de la naissance fausse à l’époque du
Recensement. D’autres preuves, au cours de cet ouvrage,
ne cesseront de venir confirmer cette certitude. On ne peut
tout dire à la fois. Et ces preuves se rapportent à d’autres
circonstances que la Nativité. Elles forment un réseau où la
vérité est enserrée.
Toutefois, pour en finir avec Nazareth, et assurer sur une
base solide cette paternité et cette filiation de Juda de
Gamala et du Crucifié de Ponce Pilate à l’égard l’un de
l’autre respectivement, il nous reste à faire état de divers
:
témoignages que l’on trouve dans l’Histoire ecclésiastique
d’Eusèbe et qui, malgré certaines sophistications évidentes,
nouent entre eux, dans les liens impossibles à briser, d’une
même famille, celle de David, père, fils, frères, oncles,
neveux et autres descendants : Juda le Gaulonite, le Christ-
Messie des Évangiles, les disciples et apôtres et les fils de
certains disciples et apôtres.
XVII. — Confirmation par
Eusèbe.
Voici un premier passage (H. E., liv. III, chap. XIX et XX) :
Domitien ordonna de détruire tous les Juifs qui étaient de
la race de David : une ancienne tradition raconte que des
hérétiques dénoncèrent les descendants de Juda (Jude) qui
était, selon la chair, frère du Sauveur, comme appartenant à
la race de David, et parents du Christ (Messie) lui-même.
C’est ce que montre Hégésippe quand il s’exprime en ces
termes : Il y avait encore de la race du Maître (Rabbi), les
petits-fils de Juda, qui lui-même était appelé son frère
(Matth., XIII, 55 ; Marc, VI, 3), selon la chair : on les dénonça
comme descendants de David. L’évocatus les amena à
Domitien ; celui-ci craignait la venue du Christ, comme
Hérode. L’empereur leur demanda s’ils étaient de la race
de David ; ils l’avouèrent. Il s’enquit alors de leurs biens
et de leur fortune : ils dirent qu’ils ne possédaient
ensemble l’un et l’autre que neuf mille deniers, dont
chacun avait la moitié. Ils ajoutèrent qu’ils n’avaient pas
cette somme en numéraire, mais qu’elle était l’évaluation
d’une terre de trente-neuf plèthres, pour laquelle ils
payaient l’impôt et qu’ils cultivaient pour vivre. Ensuite,
ils montrèrent leurs mains, et, comme preuve qu’ils
travaillaient eux-mêmes, ils alléguèrent la rudesse de leurs
membres, et les durillons incrustés dans leurs propres
mains, indice certain d’un labeur continu[28]. Interrogés
sur le Christ et son royaume, sur la nature de sa royauté,
sur le lieu et l’époque de son apparition, ils firent cette
réponse, que le règne du Christ n’était ni du monde ni de
la terre, mais céleste et angélique, qu’il se réaliserait à la
fin des temps, quand le Christ-Messie, venant dans sa
gloire,jugerait les vivants et les morts et rendrait à chacun
selon ses œuvres. Domitien ne vit rien là qui fut contre eux.
Il les dédaigna comme des gens simples, les renvoya libres,
et un édit fit cesser la persécution contre l’Église. Une fois
délivrés, ils dirigèrent les églises, à la fois comme témoins
et parents du Seigneur et vécurent après la paix jusqu’au
temps de Trajan.
Certes, on sent bien les intentions de ce morceau. Sous un
:
style patelin, il essaie d’expliquer, au IVe siècle, la
transfiguration qui s’est faite de l’histoire à la légende : la
race de David, en la personne des Messies-Christs, qui ont
mis la Judée à feu et à sang depuis Juda le Gaulonite, sous
Auguste, jusqu’à Barkocheba sous Hadrien, devenue une
race de pauvres gens ne rêvant que la prédication du bien
et de la justice, fondant des églises où l’on prêche la
fraternité et l’amour. Tout de même, ce royaume de Dieu
prêché par les descendants de David, pour que Domitien
s’en soit effrayé, il faut qu’il n’ait rien de commun avec
celui que veulent faire entrevoir les Evangiles. Hégésippe,
cité par Eusèbe, a beau essayer de nous donner le change
dans ses phrases. Ce règne du Christ, céleste et angélique,
qui doit se réaliser à la fin des temps, il est la
transformation au IVe ou au Ve siècle de la prophétie
épileptique contenue dans l’Apocalypse, qui a été la Bonne
nouvelle, l’Evangile messianiste, christien, et le seul,
jusqu’au milieu du IIe siècles[29].
Défalcation faite des intentions de ce morceau, à double
entente sur le Christ-Messie, et en faisant toutes réserves
sur sa réalité bénigne, — il cache certainement un fait
historique, rébellion, émeute, insurrection brutalement
réprimée, et qui a disparu des auteurs, — un aveu reste :
c’est que les descendants de David, c’est que toute la
famille de David, dont le Christ de Ponce Pilate fait partie,
inquiète les empereurs romains[30].
Si Domitien les recherche, il sait pourquoi. A en croire
Eusèbe, il les aurait laissés retourner en Judée. Sacré
Domitien[31] ! Comprenez tout simplement qu’il n’a pas pu
mettre la main sur toute la smala. Car s’il en était
autrement, si la réponse qu’Eusèbe prête à ces descendants
de David n’était pas une fantaisie, devenue la parole
évangélique : Mon royaume n’est pas de ce monde, si leurs
agissements étaient aussi innocents que Domitien parait en
témoigner, d’après Hégésippe, cité par Eusèbe, si la nature
du règne glorieux qu’ils espéraient est celle qu’ils firent
entrevoir au monarque, bref, si historiquement ces
descendants de David ne sont pas des christiens et des
chefs dont Domitien n’a pris que quelques-uns qui
expliquera, comment expliquer que sous Trajan, encore,
successeur de Domitien, et d’après Eusèbe encore (liv. III,
chap. XXXII), invoquant le témoignage d’Hégésippe, toujours,
un Syméon (le Signe), fils de Cléopas, descendant de David,
évêque de Jérusalem, fut jugé, condamné et crucifié sous le
consulaire Diticus[32] ?
C’est pour cacher cette vérité que les chrétiens, d’après le
:
nom qu’on leur donna plus tard, en français, mais qui ne
sont encore que des christiens, traduction de messianistes,
sous Trajan et bien au-delà, — ne constituent qu’une secte
de Juifs en révolte contre Rome pour l’établissement du
règne du Messie sur le trône de David, et rien d’autre,
vérité qui ressort, malgré toutes les impostures, des œuvres
même mises sous le nom d’Eusèbe, que l’on a inventé le
faux de la lettre de Pline à Trajan, dans l’Apologie de
Tertullien, reproduite par Eusèbe (liv. III, chap. XXXIII), où le fin
lettré, l’esprit curieux que fut l’auteur latin témoigne en
faveur des chrétiens et de la pureté de leurs mœurs, sans
bien savoir ce que sont ces chrétiens[33].
Et Trajan, ce bourreau, que son ami Pline n’a pas
convaincu, répond, par une autre lettre fausse, qu’on doit
continuer à punir les chrétiens, la tribu des chrétiens quand
on la rencontre, mais sans la rechercher. Autrement dit, la
tribu se livrant à une guerre de partisans, — pendant les
guerres de Vespasien et Titus, elle a subi de grandes pertes,
— il faut se borner à réprimer tout mouvement quand il
s’en produit un. La guérilla messianiste est restée à l’état
endémique, sourde, continuelle, depuis Auguste jusqu’à
Hadrien, faisant explosion en insurrections violentes de
temps à autre, dont quatre principales nous sont
connues[34]. Avant la recherche des descendants de David
par Domitien, Vespasien, lorsque Jérusalem avait été prise,
rapporte Eusèbe (liv. III, chap. XII), avait déjà fait rechercher
tous les descendants de David, afin qu’il ne restât plus
chez les Juifs, personne qui fut de race royale.
Vespasien et Titus sont les deux généraux, sous Néron, et
empereurs après lui, qui ont vaincu dans la guerre que
Ménahem, fils de Juda le Gaulonite, que nous retrouverons
incidemment comme Messie, dans la Crèche de
Bethlehem, fomenta contre les Romains.
Ce qu’Eusèbe rapporte de Vespasien, à l’issue de sa
victoire, alors que Ménahem, fils de Juda le Gaulonite, a
été tué avant leur arrivée, est le trait d’union, avoué cette
fois, entre tous ces descendants de David, dont on voudrait
nous faire croire aujourd’hui qu’il n’y a pas de lien entre
eux. Vespasien, qui sort d’une guerre dont il connaît les
causes, recherche les descendants de David, dont l’un, seul
nommé, Ménahem, fils de Juda de Gamala, a été tué.
Eusèbe ajoute : Ce fut la cause d’une très grande
persécution. Contre qui ? Contre ceux qu’il appelle les
chrétiens.
Or, ceux que Vespasien a poursuivis, après sa victoire, ce
:
sont, et nuls autres, les partisans et révoltés échappés à la
mort et dispersés par les armées romaines. Il pourchasse
les bandes qui ont fui. C’est évident. Il fait rechercher les
chefs, les descendants de David. Ainsi, une fois de plus, il
est prouvé qu’il y a identité entre les chrétiens d’Eusèbe et
les christiens. Aucun doute.
Pour parer le coup, — tout le passage porte les traces de
retouches grossières, — Eusèbe, un peu plus loin (chap. XVII
du liv. III), ayant dit que Domitien souleva la seconde
persécution contre nous, ajoute cette atténuation qui
contredit ce qu’il vient d’affirmer ; il se rattrape : quoique
Vespasien son père n’ait jamais eu de mauvais dessein
contre nous. On n’est pas plus maladroit. Si Domitien fait
la seconde persécution, celle de Vespasien a été la première
; et toutes deux contre les mêmes personnes : nous,
messianistes, chrétiens. Identité encore, et plus que jamais,
de l’aveu même d’Eusèbe, si entortillé qu’il soit.
Domitien et Trajan recherchent encore, peu après, les
descendants de David, dans la personne des fils ou petits-
fils de Jude, frère du Christ. Les liens fraternels entre le
Christ, Ménahem et Jude sont noués. Et sous Hadrien,
successeur de Trajan, c’est encore un descendant de Juda
de Gamala, Bar-Kocheba, le Fils de l’Étoile, qui fomentera
la dernière insurrection, soulevant la Judée comme Messie
; il fut roi pendant deux jours à Jérusalem[35]. Après quoi
Hadrien, ayant vaincu la révolte, décidé à en finir avec les
Messies juifs, ruina la Judée, rasa Jérusalem, et, dispersant
Israël, le raya de la carte des nations. Telle est l’humble
vérité, — la vérité historique.

[1] L’ange Gabriel dit exactement à Marie : Tu appelleras le


nom de lui, Jésus. Autrement dit : tu cacheras son nom de
circoncision sous cette appellation : Jésus, — le nouveau nom
prévu par l’Apocalypse (III, 12, 13). Citation plus loin.
[2] Bien que les exégètes et critiques le nient. Mais nous n’en
:
sommes plus à une erreur ou à une fantaisie de plus on de moins
de leur part. Nous le prouverons.
[3] Elle ajoute, malheureusement : qui signifie prince. Pourquoi
attribue-t-elle au mot nazir le sens inexact de prince, et
pourquoi renvoie-t-elle pour le prouver, à deux textes de
l’Ancien Testament qui lui donnent le démenti le plus flagrant ?
Les deux textes visés (Genèse, XLIX, 26 et Deutéronome,
XXXIII, 16) disent en effet, à propos de Joseph, fils du
patriarche Jacob, en termes quasiment identiques : Les
bénédictions de ton père seront sur le sommet de la tête de celui
qui est Naziréen entre ses frères. Il ne s’agit aucunement de
prince ici. Il n’y a pas de prince parmi les frères des familles
juives. Il y a le premier fils, le fils aîné, le fils premier-né,
comme Jésus-Christ, bekor, en hébreu. Prince, si l’on veut, mais
dans l’ordre de progéniture. Et alors, on devrait le préciser, car
le mot prince a ordinairement une toute autre acception. Et le
Nazir entre ses frères est, on va le voir, le Voué à Dieu.
Dans les réponses qu’a publiées le Mercure de France, à la suite
de l’étude parue sous mon nom le 15 décembre 1922, on a fait
observer que si Nazir pouvait être Interprété par « voué à Dieu
(Iahveh) », le mot, appliqué, comme je l’ai fait, à Joseph, fils de
Jacob le patriarche, ne permet pas de conclure que les fils aînés
des familles juives étaient nécessairement nazirs, — Joseph
n’étant pas le fils aîné de Jacob. Je pourrais répondre que
Joseph est l’aîné des enfants que Jacob eut de Rachel, en
reconnaissant d’ailleurs que, par Léa, Jacob avait eu auparavant
d’autres enfants, mais que Joseph fut son fils de prédilection. A
quoi bon ? Ceci n’enlève rien à la certitude que le fils aîné du
Joseph évangélique fut nazir, consacré à Dieu (Iahveh), dès le
jour de sa naissance, ou mieux, dès le sein de sa mère. Et c’est
l’essentiel.
D’ailleurs, la suite montre péremptoirement que Jésus, fils
premier-né, fut voué à Iahveh, fut nazir, conformément à la loi
mosaïque, dont je donne en note de larges citations, ci-dessous.
Il n’est pas impossible, aussi, que les scribes évangélistes aient
profité de la ressemblance entre Nazir et netzer pour finir sur un
jeu de mots. Netzer, signifiant rejeton, et par extension,
descendant, le Messie est un rameau de la tige ou de la branche
d’Isaï (Ishaï ou Jessé), père de David, et originaire de
Bethlehem. Mais je pense que le sens de Nazir ou voué à Dieu
doit l’emporter, comme plus conforme aux suggestions des
scribes et à ce qu’ils ont voulu faire entendre.
[4] Tu consacreras à l’Eternel tout ce qui naît le premier, même
tous les premiers nés des bêtes ; ce que tu auras de mâles est à
l’Eternel (Exode, XIII, 12).
Tu me donneras le premier de tes fils, dit Iahveh (Exode, XXII,
29).
Tout ce qui naîtra le premier m’appartiendra, et même le
premier mâle de toutes les bêtes, tant des bœufs que des brebis
(Exode, XXXIV, 19).
Tout premier-né m’appartient, dit Iahveh. Depuis que je frappai
tout premier-né du pays d’Égypte, je me suis consacré tout
premier-né en Israël, depuis les hommes jusqu’aux bêtes. Ils
seront à moi. Je suis l’Éternel (Nombres, III, 13).
Avec quoi préviendrai-je l’Éternel ?... Avec des holocaustes,
avec des veaux d’un an ? Donnerai-je mon premier-né pour
:
mon forfait et le fruit de mes entrailles pour le péché de mon
âme ? (Michée, VI, 6, 7, rappelant l’histoire de l’âne de Balaam,
Nombres, XXII, 5).
[5] L’épithète grecque premier-né accolée à l’enfant de Joseph et
de Marie parait même bien intentionnelle.
Il me semble bien difficile, sur les textes évangéliques, que l’on
puisse nier encore que la phrase du Selon-Matthieu affirme
autre chose que cette certitude : Le Christ fut nazir et appelé, à
cause de cela, nazaréen.
[6] L’expression complète est : Nazir Elohim. Nazir vient du
verbe Nazar, avec les trois sens séparer, puis consacrer, et
s’abstenir. L’assyrien a la forme Nazara, pour des sens tels que
: maudire, ensorceler, avec des idées de magie.
Quand il ne s’agit pas du Nazir par excellence, passé comme
nom propre en toutes langues, ainsi que l’on fait pour Messie et
pour Christ qui signifient : Oint, nazir se traduit en grec par
celui qui a fait vœu ; consacré ; en latin : consecratus.
[7] Elles sont en détail dans les Nombres, chap. VI, vers. 1 à 12
et suivants.
[8] Voir aussi Amos, II, 11-12 et 1 ; Macchabées, III, 49-50.
[9] Je prouverai d’ailleurs que tout ce qui est de Jean-Baptiste,
sauf la décollation, invention littéraire, appartient au Crucifié de
Ponce Pilate.
[10] Tertullien (Adversus Marcionem, IV, 8) dit que les
sectateurs de Jésus-Christ furent appelés Nazaréens, en
particulier par les Juifs. Voir Actes XXIV, 5, disant de Paul : une
peste, qui excite des séditions parmi tous les Juifs dans le
monde entier ; il est le chef de la secte des Nuzaréens.
[11] Un habitant du Thibet est-il dit Thibéen ou Thibétain ?
Tertullien le sait si bien qu’il donne la forme Nazôratoï, avec un
t.
[12] C’est même à ces traits de lumière, filtrant ça et là dans le
mystère du symbole et de l’allégorie, que l’on doit de retrouver
l’histoire véritable du héros des Évangiles.
[13] On y a inséré quelques traits par la suite qui peuvent
s’appliquer à divers empereurs romains postérieurs, afin de
permettre d’en contester la véritable date, au temps de Tibère.
Mais on ne peut réussir dans cette Imposture. Je le prouverai.
L’Apocalypse est la dernière des prophéties juives, puisque le
monde va disparaître ; elle annonce cette disparition, la fin des
temps. D’ailleurs, il n’y a plus de prophétie, ni de prophète,
après Jean-Joannès. Jésus-Christ l’a dit Jean fut un prophète,
Nabi et Rabbi, et plus qu’un prophète, le plus grand de tous.
Jésus-Christ l’a dit aussi, et pour cause. Il savait ce qu’il disait
de son corps de chair.
[14] Les livres du Nouveau Testament ont été classés à la juive,
de droite à gauche, comme les écritures sémitiques.
L’Apocalypse est bien le premier.
[15] L’Esprit qui parle aux Églises, c’est, je pense, en style non
théologique mais profane, comme tout le monde fait, c’est, dis-
je, l’Apôtre qui a envoyé la Révélation du Christ-Joannès,
l’Apocalypse aux sept Églises. C’est Papias, celui qui avait écrit
un commentaire en cinq livres que l’Église a fait disparattre, sur
les Paroles du Rabbi, les Logia Kuriou, comprenez :
L’Apocalypse, et non l’on ne sait quel amorphe et béat discours
sur la montagne en huit phrases. Avec l’envoi de L’Apocalypse,
:
auquel était joint le Commentaire, la Transfiguration du Crucifié
de Ponce Pilate commence. On commence à substituer la
légende à l’histoire. Le nom que l’on inscrit sur celui qui
vaincra, messianiste encore, mais en passe de devenir chrétien
de christien, c’est le nom du Nazir, — il n’est pas encore Jésus-
Christ . — et c’est pourquoi les premiers chrétiens sont dits
Nazaréens, comme la cité du Nazir, Dieu en puissance, est
Nazareth. Nazaréens = Nazôratoï, a dit Tertullien.
[16] Nous y reviendrons à propos du lac de Génézareth, ci-après.
[17] Car il est des critiques qui, pour ne pas vouloir reconnaître
que Nazareth et nazaréen viennent de Nazir, ergotent sur la
lettre Z de Nazir qui, en hébreu, serait un Zaïn ou un S. En
transposant le mot en grec, avec un dzéta (ζ) donnant un z en
lettres françaises, — on fait comme si le Zaïn ou S hébreu était
un tsadé. Le grec aurait dû transcrire le mot avec un sigma (σ,
s) : Nasir. (Voir Charles Guignebert : La Vie cachée de Jésus, p.
71). Dirait-on pas que les critiques s’obstinent à fermer les yeux
sur la vérité ? Comme si le tsadé hébreu rendu par le dzéta (ζ)
grec était une exception linguistique ? Comme si cela ne s’était
jamais vu ! Est-ce que les Septante ne rendent pas l’hébreu Us
(Ous), avec un Zaïn, par le mot grec, avec un dzéta, comme si
l’hébreu avait un tsadé ? (Voir Genèse, X, 23, XXII, 21). De
même, So’har, avec un S, est traduit en grec avec un dzéta
(Genèse, XIII, 10).
[18] Géographie du Talmuld, Paris, 1868.
[19] Josué XI, 2 : Jabin, roi de Hatsor,.... envoya des
messagers... aux rois qui étaient au nord dans la montagne,
dans la plaine au midi de Kinnéreth. Et XIX, 35 : Les villes
fortes (du territoire des fils de Nephthali) étaient... Kinnéreth.
Josué énumère toutes les villes des douze tribus d’Israël. Pas de
Nazareth.
Kinnéreth signifie petite harpe. Le lac de Kinnéreth a, en effet,
la forme d’une harpe, dit-on. En tout cas, Kinnéreth est une ville
forte, sur une montagne, avec une plaine au sud. Il faut retenir
ceci.
[20] Et notamment dans une réponse à mon étude sur Nazareth
dans le Mercure de France, du 15 décembre 1922.
[21] Les exégètes ont abusé vraiment, de l’affirmation à priori et
des justifications par à peu près. C’était bon au temps où
personne n’y allait voir. Règne fini. Aujourd’hui nous voulons
des raisons. Si on ne nous les donne pas, nous tenons
l’affirmation pour puérile et ne prouvant rien. Et justement, ce
texte des Macchabées où se lit l’eau de Gennésar est infiniment
suspect. En effet, à quelle date les livres des Macchabées ont-ils
paru ? L’Église, qui n’admet comme non apocryphes que les
deux premiers livres, prétend que le texte primitif du premier fut
écrit en hébreu, vers 135 avant notre ère. Si c’était vrai, l’auteur
serait un Juif, de beaucoup antérieur au Christianisme. Pourquoi
les Rabbins israélites n’auraient-ils pas conservé ce texte, au
même titre que les autres livres hébraïques ? Or, ils ne le
connaissent pas. L’Église non plus ne peut le montrer. Elle ne
produit qu’une soi-disant traduction grecque, très ancienne, dit-
elle, mais postérieure tout de même d’un ou deux siècles à l’an
1 de l’ère chrétienne. Ce texte est-il vraiment une traduction ?
N’est-il pas plutôt, en original, un texte grec ? Tout le prouve.
Mais fût-il une traduction, c’est une traduction d’Église, une
:
œuvre de Judéo-héllène, messianiste. Rien d’étrange, sous la
plume du scribe, dans l’appellation Gennésar. Le contraire serait
plus surprenant. Travail d’approche vers l’invention de
Nazareth. Je tiens donc toujours que le lac de Génézareth ne
s’appelle ainsi que parce que Nazareth se trouvait sur les bords.
Les livres des Macchabées, qu’on le remarque, sont une œuvre
messianiste au premier chef, exaltation enthousiaste des luttes
juives contre la domination étrangère.
Quant à Flavius Josèphe, l’Église l’a trop sophistiqué pour que
l’on hésite à affirmer que, dans son texte, Gennésar a été
substitué à Kinnéreth.
Au sujet des livres des Macchabées, un passage d’Eusèbe m’a
toujours paru mériter quelque attention (Hist. eccl., liv. III,
chap. IX, x, 6). Écrivant sur Flavius Josèphe et les livres qu’il a
laissés, Eusèbe, après avoir cité les Antiquités et les Guerres des
Juifs, et d’autres œuvres plus courtes, affirme ceci : « Cet
écrivain a encore composé un ouvrage qui n’est pas indigne de
lui, sur la toute-puissance de la raison et que certains ont intitulé
: Macchabaïcon, parce qu’il renferme les combats des Hébreux
qui ont lutté d’une façon virile pour la piété envers la Divinité,
ainsi que le racontent les livres des Macchabées » On prétend
aujourd’hui, — des critiques allemands, — que cet ouvrage
n’est pas de FI. Josèphe, mais d’un autre écrivain du même
temps. (II est quelquefois compté comme quatrième livre des
Macchabées). Il peut paraître étonnant, en effet, que Flavius
Josèphe ait écrit le Macchabaïcon, à part, avec les combats des
Hébreux pour la piété, ainsi que le racontent les livres des
Macchabées, alors que, dans son grand ouvrage des antiquités,
il a donné toute l’histoire des Macchabées d’une façon assez
synoptique avec les livres non apocryphes des Macchabées.
Eusèbe le savait. Il avait les œuvres de Flavius Josèphe et les
livres non apocryphes des Macchabées. Pourquoi attribue-t-il
alors à Flavius Josèphe un Macchabaïcon dont le sujet était déjà
dans ses œuvres ? Je ne vois qu’une raison : essayer,
conformément à la thèse de l’Église, de dater antérieurement à
Flavius Josèphe les livres des Macchabées. Et cette tentative
confirmerait le soupçon, comme une quasi-certitude, que le
texte grec des Macchabées est bien un original du Ier ou IIe
siècle après J.-C. Livre messianiste, et c’est pourquoi l’Église,
l’ecclesia, qui n’a été que la synagogue jusqu’au IIIe ou IVe
siècle, a été obligée de les subir par adoption, comme
l’Apocalypse, certaines épîtres catholiques, — épithète faite
pour tromper encore, — celles de Juda, ou Pierre. De même
l’Evangile gnostique de Cérinthe est devenu celui de Jean, le
Selon-Jean.
[22] Je pense que la démonstration sur ce point suffit. Aussi ai-je
négligé de discuter au sujet de certaines formes intermédiaires
comme Cinéreth, Cennéreth, déformations de Kinnéreth, et qui
marquent certaines étapes de la fraude, esquisses, essais,
brouillons du travail qui a abouti à la forme Gennésar, introduite
avec force rétroactive dans Flavius Josèphe et les Macchabées,
après Origène, après Jérôme, soit, au plus tôt, au IVe siècle.
[23] La fraude elle-même sert souvent la vérité. La fraude
Gennésar, toute fraude qu’elle soit, nous conduit tout de même à
une Nazareth située sur les bords du lac. A l’époque où l’on
perpétrait la fraude Gennesar, on n’en était encore qu’au
:
premier temps de l’imposture totale. On n’avait pas à cette
époque, transposé l’emplacement, deuxième temps, bien plus
tard.
[24] Dans Zébédée, il y a le Zéb chaldéen, signe zodiacal, celui
des Poissons (qui suit le Zachù, en chaldéen, ou Verseau), le
signe de la Grâce dans la Christologie. Que le père du Christ
soit personnifié par le Zachu, auteur du Zéb ou Zeb-deos,
Zébédée, quelque chose comme le faiseur de Poissons, quoi
d’impossible ? Nous nous étendrons longuement plus tard sur ce
point, que nous avons indiqué en passant, à diverses reprises.
[25] On peut se demander si le nom de Gamala ne s’est pas
substitué à celui de Kinnéreth, pendant la captivité de Babylone.
Des habitants nouveaux venus auraient nommé la ville d’après
la silhouette de la montagne qui la portait, comme sous Josué,
on l’avait désignée d’après la forme du lac qui la baignait. On
comprendrait un peu, ainsi, tous ces efforts de rapprochements
des scribes entre Kinnéreth, Cinnéreth, Cénéreth, Gen-eser,
Génésar, pour rattacher la patrie du Nazaréen à des traditions
antiques, datant de Josué, synonyme de Jésus. D’autant plus que
la forteresse de Kinnéreth de Josué paraît bien répondre, comme
situation, à la Gamala de Flavius Josèphe. Au reste, ceci est
secondaire.
[26] Il y a bien des raisons de penser aussi que la ville de Juda,
au pays des montagnes où Marie s’empresse d’aller, après
l’Annonciation, pour saluer Élisabeth, c’ est Nazareth donc
Gamala — la ville de Juda, de Juda de Gamala, le Galiléen ou le
Gaulonite. L’Evangile, ici, désigne Joseph par son nom
historique. Entrée dans la maison d’Élisabeth, Marie, quitte sa
parente, — le texte grec emploie un terme bien curieux, qui
signifie : née ensemble ; Élisabeth n’est en effet que le double
métaphysique de Marie, — pour s’en retourner dans sa maison.
Il semble que si sa maison n’était pas dans cette ville de Juda-
Joseph, l’Evangile la ferait s’en retourner à Nazareth. Ce qu’il
ne fait pas.
Mais la preuve de l’identité Marie-Élisabeth dépassant le cadre
de cette étude sur Nazareth-Gamala, sera faite au moment, plus
tard, où seront identifiés en un même et unique Messie-Christ
Jôannès, Jésus-Christ et Jean-Baptiste.
[27] Voici la phrase (Cyrille, VI, § 11) : Le Jésus que vous
prêchez était un sujet de César. (Ne dites-vous pas qu’il fut
compris avec son père et sa mère dans le recensement de
Quirinius ?) Jamais Julien n’a ajouté la seconde phrase, et pour
cause. Cyrille, en l’ajoutant, veut substituer Bethlehem à
Gamala-Nazareth. On voit le procédé du faussaire. Mais la
première phrase reste, sans la preuve que fournissait Julien.
[28] Non. Ces durillons ne sont pas l’indice d’un labeur continu,
du moins ce qu’Eusèbe-Hégésippe veut faire entendre. Ces
durillons, comme les vêtements en poils de chameau de Jean,
comme les cals aux genoux du frère Jacob-Jacques, sont
l’indice que ces descendants de Juda-Jude, frère du Seigneur,
sont de Gamala.
[29] Je prouverai tout ce que j’avance, par anticipation, quand
nous étudierons Juda le Gaulonite, Papias, l’Apocalypse, le
Millénarisme, l’identité du Jôannès (Jean-Baptiste) et du
Messie-Christ crucifié par Ponce Pilate. Toutes ces études se
recoupent et s’épaulent mutuellement, — ce qui oblige à des
:
redites, à des rappels, à des renvois des unes aux autres. Mais il
faut s’y résigner, malgré le souci d’être bref, pour édifier une
œuvre où tous les mystères, où toutes les énigmes s’expliquent.
D’ailleurs, je pense qu’on aperçoit déjà plus que des lueurs de la
vérité dans les affirmations que je produis.
[30] Eusèbe ajoute : Tel est le récit d’Hégésippe. Du reste, celui
de Tertullien (Apologétique, V) nous raconte la même chose sur
Domitien. Et il cite l’extrait suivant de Tertullien qui, pour
raconter la même chose, est autrement vague et imprécis. Le
voici d’ailleurs : Domitien essaya un jour de faire la même
chose que Néron dont il était un succédané pour la cruauté.
Mais je crois, ayant quelque intelligence, il cessa très vite,
rappelant même ceux qu’il avait bannis.
[31] Flavius Josèphe ne lui a pas fait lire ses ouvrages. Il ne sait
pas que Pierre a habité 25 ans, 3 mois, 8 jours, à Rome, comme
représentant du Fils de David crucifié sous Tibère, et que le
palais du sénateur Pudens lui servit de Vatican pendant sept ans,
où il baptisa, catéchisa. La prison Mamertine, la fontaine
jaillissante, les fers rivés à la colonne, le sépulcre sur la colline,
Domitien ignore tout du royaume de Dieu que Jésus, fils de
David, a prêché, dont ses disciples ont vulgarisé la notion à
travers l’Empire et jusqu’à Rome. Il ne sait pas que ce royaume
n’est pas de ce monde. Que n’a-t-il attendu la venue de saint
Justin ? Il n’aurait pas eu à faire rechercher et déranger ces
petits-fils de Juda. Il aurait lu dans cet auteur (Apologétique, I,
XI, 4) : Quand vous entendez dire que nous attendons un
royaume, une royauté, comme dans l’Apologie d’Apulée, vous
supposez à la légère qu’il s’agit d’une royauté humaine, alors
que nous parlons d’une royauté selon Dieu. Tout simplement.
[32] Eusèbe dit d’ailleurs : comme christien, que tout le monde
traduit par chrétien, naturellement. Change et double entente
toujours. Comme christien ou messianiste, voilà la vérité,
comme sectateur de la doctrine de Juda le Gaulonite, de son fils,
contenue dans l’Apocalypse. Eusèbe rattache la mort de ce
Syméon, fils de Cléopas, sous Trajan, à un soulèvement partiel,
et dans certaines villes, des populations, lequel excita contre
nous (christiens-messionistes) une persécution. Syméon eut à
subir une accusation venant des hérétiques. Rien de plus clair.
Les excès des Juifs messianistes, sicaires, émeutiers, lassaient
les Juifs loyalistes qui, pour vivre tranquilles, faisaient appel à
la répression par les Romains.
Eusèbe désigne comme hérétiques, les Juifs fidèles aux
Romains. Les chrétiens sont bien les acteurs de toutes les
révoltes juives. Rien d’évangélique, dans leur cas. La répression
de leurs révoltes est devenue la persécution. Hégésippe fait
vivre ce Syméon jusqu’à l’âge de 120 ans. Il fut un des témoins
qui ont vu et entendu le Rabbi (le Christ) ; on en a la preuve
dans sa longévité et dans le souvenir que l’Évangile consacre à
Marie, femme de Cléopas. Eusèbe fait Cléopas, frère de Joseph-
Juda, donc oncle du Rabbi Christ. Syméon, crucifié sous Trajan,
est cousin du Christ ; il est donné comme successeur de
Jacques, frère aussi du Rabbi à l’évêché de Jérusalem. Le
cousin succède au cousin. Crucifié comme messianiste, c’est
certain, parent du Sauveur, du Christ, descendant de David, et
qui n’attendait pas le royaume non de ce monde, mais a pris part
à des soulèvements partiels, ce Syméon, une fois de plus, met le
:
trait d’union entre le Christ et Juda le Gaulonite. Les preuves
succèdent aux preuves et surabondent.
[33] Il n’a pas lu les Évangiles qui courent le monde depuis une
vingtaine d’années. Il n’a pas lu les Lettres de Paul qui circulent
depuis quarante ans. Il ne sait pas que Ponce Pilate a crucifié le
Christ, que Néron a brûlé des chrétiens comme des torches
après l’incendie de Rome, que Pierre, pape depuis 25 ans, et
Paul, sous-pape, ont péri dans la persécution qui a suivi. Et des
exégètes, des critiques sérieux discutent sur l’authenticité de ces
lettres de Pline et de Trajan, ces faux tellement faux qu’ils ne
s’appuient même pas sur les autres faux ecclésiastiques, — que
nos critiques déclarent toutefois historiques, — pour se donner
une apparence d’authenticité.
[34] Celles de Juda le Gaulonite (recensement de 760), de son
fils, le Crucifié de Ponce Pilate (Pâques de 788-789), de
Ménahem (Vespasien et Titus), de Bar-Kocheba, sous Hadrien.
Sans parler de Theudas, sous Claude.
[35] D’où partit l’insurrection ? Quel en fut le théâtre principal ?
Toujours la même région, la montagne royale d’après le
Talmud. Gamala, évidemment, montagne royale, pays de la
tribu royale. On en est d’autant plus sûr que dans Eusèbe (H. E.,
IV, 6), pour confirmer les témoignages rabbiniques, on fait
intervenir la place de Biththira, montagne de Judée, au sud de
Jérusalem. Construite pour servir d’observatoire dominant les
pays environnants, Bihthira, dans le pays bathanéen, avait été
cédée par Hérode aux Beni-Biththira comme rempart contre les
incursions des Trachonides. (Ant. jud., XVII, II, 1-3).
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