NQ 31485
NQ 31485
Thèse
présentée
à la Faculté des études supérieures
de 1'Université Laval
pour l'obtention
du grade de Philosophiae Doctor (Ph.D.)
Département d'Économique
FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES
UNIVERSITÉ LAVAL
Avril 1998
The auîhor has granted a non- L'auteur a accordé une licence non
exclusive licence dowing the exclusive permettant à la
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reproduction sur papier ou sur format
électronique.
.4u cours des deux dernières décennies. la littérature sur le fonctionnement du marché
du travail dans les pays en voie de développement (PVD) s'est considérablement
enrichie tant sur le plan théorique que sur le plan empirique. Cependant, plusieurs
faits restent à expliquer. L'objectif de cet te thèse est d'améliorer la compréhension
du fonctionnement du niarché du travail urbain dans les PVD. Plus spécifiquement'
nous analysons la segmentation du marché du travail et le comportement d'offre de
travail dans plusieurs emplois.
iii
secteurs public et privé sont les secteurs préférés des travailleurs. Lorsque les con-
traintes de rationnement ne sont pas introduites dans le modèle, la spécification de
type probit prédit mieux les observations de l'échantillon que la spécscation de type
logit. Toutefois, la préférence pour les emplois des secteurs public et privé formel est
sous-estimée quand on ignore le rationnement.
Je remercie aussi les programmes PBF et P.4RADI pour leur appui financier ainsi
que DI.4LDSCS pour avoir mis à ma disposition la banque de données utilisée dans
cette recherche.
Je voudrais enfin remercier ma famille pour son appui inconditionnel. Dans diverses
circonstances, elle a su me donner le courage et la persévérance de mener à terme
cette thèse.
Principales abréviations utilisées
Résumé
Résumé iii
Avant-propos
1 Introduction 1
vii
2.4.2 Spécification économétnque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.4.3 Résultats ............................. 45
2.5 Choix occupationnel en présence de rationnement . . . . . . . . . . . 55
2.5.1 Cadre théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.5.2 Résultats ............................. 59
2.6 ConcIusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
Annexe A: Grille des salaires du secteur privé . . . . . . . . . . . . . 72
Annexe B . Modèle probit trichotomique . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Annexe C . Test de Chow . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4 Conclusion
...
Vlll
Liste des Tableaux
Introduction
Depuis le début des années 80, et suite aux crises économiques persistantes. la ma-
jorité des pays en voie de développement (PVD) se sont engagés dans des pro-
grammes d'ajustement structurel (PAS) sous l'égide de la Banque Mondiale et du
Fonds Monétaire International. Ces programmes proposent un rééquilibrage macro-
économique qui concerne particulièrement le rôle et l'importance du secteur public et
parapublic. Les mesures proposées impliquent des ajustements majeurs sur le marché
du travail urbain, comme le refoulement de la main d'oeuvre vers les secteurs privés
formel ou informel.
La thèse est organisée comme suit: au chapitre 2, nous présentons une analyse
détaillée de la segmentation du marché du travail. -4u chapitre 3, nous analysons le
comportement d'offre de travail principal et secondaire. Enfin, le chapitre 4 présente
la conclusion générale de cette thèse.
Chapitre 2
2.1 Introduction
La thèse de la SMT est en opposition avec celle de l'approche néoclassique qui sou-
tient que les différences de rémunérations sont plutôt dues aux différences dans les
caractéristiques productives des individus. En effet, dans la mesure où le choix du
secteur de travail est basé sur le principe de maximisation d'utilité, et en l'absence
de contraintes à la mobilité intersectorielle des travailleurs, les individus qui ont des
caractéristiques productives élevées (faibles) se localisent dans les secteurs qui offient
les rémunérations les plus (moins) élevées. Il faut cependant préciser que la maximi-
sation d'utilité équivaut à une maximisation de salaires sous certaines conditions. En
effet, il est implicitement présumé que l'utilité ne dépend pas des facteurs autres que
le salaire associé au secteur, tels les avantages ou désavantages non-pécuniaires.
Sur le plan empirique, la méthodologie générale utilisée consiste à comparer les salaires
des travailleurs des différents segments. Une approche duale opposant le secteur
formel au secteur informel est souvent retenue. Il est présumé que les travailleurs
se déplacent de l'informel (où l'entrée est libre) vers le formel où les emplois sont
rationnés. La notion de barrières à l'entrée implique qu'il faut non seulement tester
l'égalité des salaires des différents secteurs de travail mais aussi tester le rationnement
qui s'exerce sur certains secteurs. Une façon de tester l'existence du ra.tionnement est
d'évaluer la présence de coiits d'attente pour l'accès au secteur formel.
Le chapitre est organisé comme suit: à la section 2, nous passons en revue la lit térature
sur la SMT. La section 3 présente les données utilisées dans ce chapitre. La section
4 analyse la structure des salaires en milieu urbain au Cameroun. La modélisation
du rationnement est proposée à la section 5. Enfin, à la section 6 nous présentons les
principales conclusions de cette recherche.
2.2 Revue de la littérature
Dans les villes des PVD, de grandes entreprises qui utilisent une technologie proche
de celles des pays industrialisés coexistent avec des producteurs qui utilisent une
technologie de type artisanale. Cette apparente dualité a été l'objet d'études de
plusieurs économistes du développement. C'est le cas des modèles probabilistes de
migration (Harris et Todaro 1970, Fields 1975) qui, à l'origine, ont été proposés pour
expliquer l'exode rural et le chômage urbain dans les PVD.
En insistant sur les gains espérés de la migration, Hams et Todaro ont élaboré un
modèle pour expliquer la persistance du chômage en milieu urbain. Le secteur rural
était alors opposé au secteur urbain. Cependant, le secteur informel n'est pas inclus
dans leur modèle. Avec la reconnaissance de l'importance de ce dernier secteur, au
milieu des années soixante dix, le modèle de Harris et Todaro a été transposé et élargi
pour décrire le fonctionnement du marché du travail urbain (Fields 1975, Fields 1989).
Ainsi, ce marché est subdivisé en deux secteurs: le secteur formel qui offre des salaires
élevés et le secteur informel qui offre de faibles salaires. L'entrée dans ce dernier est
libre contrairement au secteur formel où il existe des barrières à l'entrée. Le secteur
informel est assimilé à un secteur de transition où les travailleurs sont en attente d'un
meilleur emploi.
Le marché du travail segmenté est caractérisé, d'une part, par l'existence de plusieurs
segments distincts où opèrent différents mécanismes de détermination de salaires. Les
faibles salaires dans le secteur informel sont souvent interprétés comme la conséquen-
ce d'une faible rémunération du capital humain dans ce secteur comparativement
au secteur formel (Taubman et Watcher 1986). Les divergences salariales résultent
alors des différences entre les emplois plutôt que des différences productives entre les
individus. D'autre part, les emplois de certains segments sont rationnés de sorte qu'il
y a un coût pour accéder a ces emplois.
Pradhan (1994) anaiyse l'offre de travail en tenant compte du rôle du secteur informel
en milieu urbain en Bolivie. L'inaccessibilité du secteur formel, identifiée par la
recherche d'emploi, traduit le rationnement des emplois du secteur formel. La forte
probabilité de rationnement calculée suggère le rejet de l'hypothèse de marché du
travail concurrentiel.
Van der Gaag et Vijverberg (1989) s'intéressent aux secteurs primaire et secondaire en
Côte d'Ivoire. Ils identifient des mécanismes de détermination des salaires différents
dans les deux secteurs. Cependant, ils n'effectuent aucun test sur les restrictions de
la mobilité intersectorielle. Ces auteurs soulignent l'hétérogénéité dans les sources de
revenu au sein des secteurs primaire et secondaire. Ils suggèrent d'élargir l'analyse à
plusieurs secteurs pour obtenir des résultats plus concluants. Cette idée est renforcée
par les différences salariales relevées dans plusieurs pays lorsque le secteur formel est
subdivisé en secteur public et en secteur privé. De telles difiérences sont observées
dans les travaux de Lindauer et Sabot (1983) pour la Tanzanie, de Binnel (1981) pour
le Kenya, le Ghana et le Nigéria et de Van der Gaag et Vijverberg (1988) pour la
Côte d'Ivoire.
On peut citer Gindling (1991) qui, en plus des secteurs public et privé, considère le
secteur informel au Costa Rica. Les différences salariales observées sont en défaveur
du secteur informel et supporteraient la thèse de la segmentation du marché du travail.
Dans la mesure OU il considère des emplois relativement homogènes- aucun test formel
du rationnement n'est effectué.
L'hétérogénéité peut également être envisagée au sein du secteur informel. .4insio Co-
hen (1991) retient trois segments distincts du secteur informel à Khartoum (Soudan).
11 montre l'existence de structures de rémunération dinérentes selon les segments
retenus. Dans l'analyse de la mobilité des travailleurs, mesurée par le taux de main-
tien dans le mCme emploi. il trouve que la mobilité présumée du secteur informel vers
le secteur formel n'est pas automatique. De plus, il relève une fraction substantielle de
mouvements des travailleurs du secteur formel vers le secteur informel principalement
vers le sous-secteur de travail autonome.
Le Cameroun3 est un pays d'Afrique centrale qui couvre une superficie de 475 442 ~ m ~ .
-4l'ouest' il est bordé par l'Océan Atlantique et le Nigéria, à l'est par le Tchad et la
République Centre africaine, tandis qu'au sud on retrouve le Congo, le Gabon et la
Guinée équatoriale. Son milieu physique se caractérise par une grande diversité
- - - -
3Les éléments présentés dans cette section sur le Cameroun sont en grande partie tirés de
Economist Intelligence Unit (1995).
allant des zones équatoriales au sud aux zones semi-désertiques au nord. Les condi-
tions climatiques oscillent entre 7 a 8 mois de saison pluvieuse dans le sud équatorial
et la même durée de saison sèche dans les régions saheliennes au nord.
Population
Estimée à 12!2 millions en 1992, la population croit au taux annuel moyen de 2: 9%.
Comme plusieurs pays d'Afrique sub-saharienne, la structure par âge montre une
population jeune avec environ 45% d'individus âgés de moins de 15 ans. L'espérance
de vie des hommes est de 54 ans alors que celle des femmes est de 57 ans. Au cours
des dix dernières années, la population urbaine a augmenté au taux annuel moyen de
6%. Environ 42% de la population totale résidait en ville en 1992. Les principales
villes sont par ordre décroissant de taille: Douala, la capitale économique, Yaoundé.
la capitale administrative. Wkongsarnba, Maroua, Garoua, Bafoussam et Barnenda.
Le français et l'anglais sont les deux langues officielles, mais à l'image de la diversité
ethnique du pays, plusieurs dialectes locaux sont parlés. La plus importante des
langues locales est le Pidgin.
Évolution économique
La monnaie du Cameroun est le franc CFA émis par la Banque des États d'Afrique
Centrale (BEAC) et par la Banque Centrale des États d'&que de l'Ouest (BCEAO).
Le franc a cours dans les treize pays de la zone kanc4. La parité est fixe entre le franc
CFA et le franc français. Les fluctuations du franc CFA sont déterminées par les
mouvements du FF. L'évolution du taux de change du franc CFA par rapport au $
US au tableau 2.1 montre une chute du franc CFA depuis 1986. Les pays de la zone
TABLEAU 2.1
Taux de change (fianc CFA / $ US)
moyenne annuelle des taux ofElciels
ANNÉE 1980 1981 1982 1983 1984 1985
TAUX 211,3 271,7 328,6 381,1 437,O 449,3
franc ont dévalué leur monnaie de 50% en janvier 1994 portant le cours de 50 à 100
francs CFA pour 1 FF.
16
l'élévage et la production forestière constituent les principales sources potentielles
de croissance. Le secteur agricole bénéficie de conditions climatiques favorables qui
permettent la production de cultures vivrières et industrielles diversifiées (banane,
café, cacao,...).
Education et emploi
Le marché du travail urbain peut être subdivisé en secteurs public, privé formel et
privé informel. On doit cependant souligner que la définition du secteur informel varie
selon les études. Plusieurs définitions ont en effet été proposées dans la littérature
pour distinguer secteurs formel et informel. Les critères qui reviennent souvent sont la
forme de propriété de l'entreprise, les conditions de travail, la taille de l'entreprise et
le statut légal de I'entreprise (Swaminathan 1991). En outre, l'importance du secteur
informel demeure mal connue, car très souvent il s'agit d'un secteur qui n'est pas en-
registré dans les statistiques officielles (Cordonnier 1991). Les données disponibles ne
nous permettent pas de quantifier précisement l'évolution temporelle de la part rela-
tive des différents secteurs. Cependant, certaines enquêtes fournissent une estimation
de l'importance relative de ces secteurs pour une année donnée. Ainsi, DIAGDSCX
(1993) estimait qu'en 1993, environ 28,4%, 14,3% et 57,3% de personnes occupant
un emploi étaient respectivement employés dans le secteur public, le privé formel et
l'informel5. Ces chiffres mettent en évidence l'importance du secteur informel dans
la création d'emplois dans le milieu urbain. Cependant, ce secteur ne peut absorber
tout le flux de main d'oeuvre refoulée par les secteurs public et privé.
5L'indicateur de l'appartenance au secteur informel retenu par DIALDSCN (1993)est le fait
d'être non salarié.
Conditions de travail
La durée de la prestation de travail est régie par le Code du travail. La loi, en vigueur
en 1993, stipule que dans les établissements publics ou privés non agricoles, la durée
du travail ne peut excéder 40 heures par semaine et 173 heures par mois. Il s'agit
d'un principe d'application générale. Mais, divers décrets l'adaptent aux situations
diverses.
Les heures supplémentaires sont rémunérées a un taux majoré progressif (18% pour
les 8 premières heures supplémentaires, 30% pour les 8 heures suivantes et 40% pour
les autres). Le travailleur a droit à un congé payé d'une journée et demi par mois de
service. Cependant, les congés payés ne sont pas cumulables d'une année à l'autre et
leur renonciation est sans valeur.
La loi impose à la femme enceinte un congé d'une durée de 14 semaines au total dont
4 avant la date présumée de l'accouchement et 10 après celui-ci. La législation sociale
garantit à la femme en congé de maternité le plein montant de sa rémunération en plus
des diverses allocation familiales qu'elle reçoit de la caisse nationale de prévoyance
sociale (CNPS). Pendant une période de 15 mois à compter de la naissance de l'enfant.
la mère a droit à un repos pour allaitement d'une durée d'une heure rémunérée par
jour. La présence d'aides familiales et d'autres adultes, apparentés a u chef du ménage
ou à son conjoint, permettent aux femmes de continuer de travailler sans interruption
de carrière pour élever leurs enfants. Par ailleurs, un seul revenu étant rarement suf-
fisant pour subvenir aux besoins du ménage, les femmes sont incitées à être présentes
et à rester sur le marché du travail.
Le système de rémunération, régi par la loi, est très complexe au Cameroun6. 11 existe
des différences dans les méthodes de détermination du salaire au niveau du secteur
public et du secteur privé. Mentionnons d'abord que le personnel de l'administration
publique obéit a des règles diverses. Certains sont des fonctionnaires et relèvent
exclusivement du droit de la fonction publique. Ceux-ci sont regroupés en quatre
catégories notées A, B, C et D.Il existe d'autres travailleurs de la fonction publique
qui ne sont pas soumis au statut général de la fonction publique, qui sont des agent
de l'État ou des contractuels relevant du Code du travail. Pour cette catégorie de
travailleurs~la classification professionnelle des emplois propose 12 catégories de 12
échelons chacune. Les salaires de référence de ces catégories sont fixés par décret-loi.
Dans l'ensembleo la méthode de détermination du salaire semblent respectée au sein
du secteur public (Monga 1989).
La situation est différente dans le secteur privé formel. D'une part, le secteur privé
propose une grille de douze catégories de six échelons chacune7. Le gouvernement
donne une grille de la rémunération de base des différentes catégories. En pratique.
les entreprises. en entente avec l'employé ou avec les syndicats, peuvent offrir des
salaires plus élevés que ce qui est prévu à la grille de rémunération.
D'autre part, en jouant sur les dispositions juridiques, l'entreprise peut rémunérer
son personnel à sa guise, par exemple, en offrant à tous les employés des primes
légales mais à montant variable. C'est ainsi que I'on observe toute une mosaique de
rémunérations pour des individus de même profil professionnel.
6En 1956, le salaire minimum a été remplacé par le salaire minimum interprofessionnel garanti
(SMIG)et le salaire minimum agricole garanti (SMAG), lesquels ont été supprimés en mai 1976 pour
être remplacés par le salaire minimum catégoriel que I'on connaît présentement (Pougoue 1988).
7Selon la politique d'abattement de zones, les salaires des zones semi-urbaines et rurales sont
moins élevés que ceux des deux principales villes du pays, Yaounde et Douala. Nous présentons à
l'Annexe 1, un exemple de la grille des salaires du secteur privé en vigueur en 1989 à Yaoundé et à
Douala (zone 1).
En effet, les éléments du salaire sont d'une part, le traitement au rendement ou
au temps de travail et d'autre part, les divers avantages monétaires (gratification,
prime d'ancienneté: prime de rendement ,...) ou en nature (logement, nourriture,
téléphone, ...) et toutes les primes fixes versées régulièrement.
Du côté des retenues, une partie est obligatoire comme les diverses taxes (communale,
surtaxe progressive, contributions au crédit foncier) et les différentes cotisations (à la
CNPS et les cotisations syndicales). Les retenues non-obligatoires sont entre autres les
contributions au terme de contrats et/ou de toute autre entente entre l'employeur et
le travailleur. Il n'y a pas cependant de contributions prévisionnelles pour la période
de chômage. Toute personne qui connaît un épisode de chômage est prise en charge
par sa famille. Toutefois, les retraités reçoivent des indemnités de la CKPS. Dans
cette thèse. nous essayons de saisir cette complexité du système de rémunération à
travers les données présentées dans la section suivante.
Nous utilisons les données de I'enquête menée conjointement par DL4L et la DSCX
en 1993 (janvier-février) auprès des ménages de Yaoundé. Un des objectifs de cette
enquête sur les conditions d'activité de la population de Yaoundé était d'analyser
l'importance du secteur informel dans le marché du travail urbain au Cameroun. Les
différentes questions posées renseignent sur le fonctionnement du marché du travail
dans cette ville.
L'enquête a été effectuée sur un échantillon de 11 172 personnes appartenant à 1 961
ménages. L'information sur les caractéristiques soci~dérnographiqueset sur les ac-
tivités est disponible pour 7 863 individus âgés de 10 ans ou plus De l'échantillon
de départ, les étudiants à temps plein ont été exclus. D'autres individus ont été exclus
suite aux données manquantes ou invraisemblables, comme dans le cas où les années
d'expérience dépassent l'âge. Les résultats des estimations des chapitres suivants sont
basés sur des sous-échantillons de 3 208 travailleurs, hommes et femmes de 18 ans ou
plus-
Caractéristiques démographiques
Pour analyser les effets de l'état civil et du statut de l'individu dans le ménage,
nous avons créé les variables dichotomiques suivantes représentant respectivement
l'individu marié (MARIE), chef du ménage (CHEMENA) ou de sexe féminin
(FEMME).
8Se référer à DL4LDSCN (1993) pour le questionnaire et Ia présentation des premiers résultats
de l'enquête.
TABLEAU 2.2
D é M t ion des variables
VARIABLES
AGE âge de l'individu en nombre d'années
AGE1824 variable dichotomique =l si I'individu âgé entre 18 et 24 ans
AGE2534 variable dichotomique =l si I'individu âgé entre 25 et 34 ans
AGE3544 variable dichotomique =1 si l'individu âgé entre 35 et 44 ans
AGE4554 variable dichotomique =1 si l'individu âgé entre 45 et 54 ans
AGE55+ &able dichotomique =1 si l'individu âgé 55 ans ou plus
Trois variables dichotomiques ont été créées pour représenter les ethnies les plus
répandues à Yaoundé. Il s'agit de BAMILEKE pour les Bamileké, BASSA pour
les ethnies Bassa et Bakoko et E W O N D O pour les personnes appartenant a l'ethnie
Ewondo.
Les heures totales de travail sont représentées par la variable HEURPRI. Pour
les individus qui occupent plusieurs emplois, identifiés par la variable dichotomique
CV.blUL. le nombre total d'heures par semaine dans l'emploi secondaire est donnée
par HEC'RSEC.
Pour tenir compte de l'effet d'obsolescence du capital humain, nous avons construit la
vaxiable E X P E 2 (expérience élevée au carrée). Il faut noter que le nombre d'années
d'expérience peut aussi refléter un certain goût pour le travail. En effet, il est possible
que l'expérience soit fortement corrélée avec des caractéristiques non-obsembles qui
affectent la situation de l'individu sur le marché du travail. Dans ce cas on a un
problème d'endogénéité de l'expérienceg.
9 M r (1987)
~ ~ a rejeté l'hypothèse d'exogénéité de l'expérience par rapport aux heures de travail
dans le cas des femmes.
1°Dans le cas où ces revenus sont endogènes, on peut utiliser la technique de variables instrumen-
tales pour tenir compte de cette endogénéité.
Trois variables dichotomiques de secteurs de travail ont été définies: PUBLI si
l'individu travaille en administration publique ou dans une entreprise publique, PRI-
V E si l'individu travaille dans une entreprise privée enregistrée. Le travail dans le
secteur informel est défini par la variable dichotomique I N F O R M . L'importance du
secteur informel varie selon la définition retenue. Ainsi, la proportion des travailleurs
de ce secteur est de 37% pour les entrepnses individuelles et de type familiale, de
46,896 pour les entreprises de 5 personnes ou moins, de 62'47% pour les entrepnses
qui n'ont pas de local professionnel standard et de 47'7% pour les entreprises non
enregistrées à la CYPS.
Parmi les 3 208 hommes et femmes de 18 ans ou plus, nous considérons 2 105 tra-
vailleurs pour lesquels nous possédons l'information complète pour effectuer l'analyse
de la segmentation du marché du travail. Le tableau 2.3 présente les statistiques
descriptives des différentes variables créées.
En moyenne, il y a plus d'hommes que de femmes qui travaillent. Environ les deux
tiers des travailleurs sont mariés. La taille moyenne du ménage est de 7 individus
mais il y a peu de jeunes enfants d'âge préscolaire ou qui fréquentent l'école primaire.
TABLEAU 2.3
Statistiques descriptives des travailleurs
VARL4BLES ensemble pubiic privé informel
démographique
FEMME
HOMME
MARLE
CHEMENA
NENF05
NENF612
T-QILMEN
BASSA
BAhlILEKE
EWONDO
FUNCXIS
AXGL.41S
capital humain
AGE
AGEI824
.4GE2534
AGE3544
AG a 5 5 1
AG E55+
SCOLAR
EDUO
PFUMAIRE
SECONDAIRE
TECHNIQUE
UNIVERSITE
EDUPERE
TPEPUB
TPEPEU
EXPER
ANCIEN 10,74 6,03 5,62
TABLEAU 2.3 (suite)
Statistiques descriptives des travailleurs
VARIABLES ensemble public privé informel
secteur de travail
revenus
REVSEC 0,066 0 ,075 0,093 0,049
SALAI 0,647 1,108 0,678 0,257
REVHORT 1,116 1,124 2,395 0,663
X 2105 812 350 943
L'âge moyen des travailleurs est de 35 ans contre 30 ans pour ceux qui ne travaillent
Lorsqu'on examine la répartition des travailleurs par secteur, nous constatons que la
proportion de femmes est en moyenne plus élevée dans le secteur informel (47R), alors
qu'elles représentent en moyenne 38% des travailleurs. La proportion de travailleurs
mariés ou de chefs de ménage est plus élevée dans le secteur public. L'âge moyen est
de 6 ans plus élevé dans le secteur public que dans le secteur informel. Dans le secteur
public. le groupe d'âge le plus représenté est celui des 33 à 41 ans (42%): alors que
dans les secteurs privés formel et informel, c'est le groupe d'âge des 25 à 34 ans qui
est le plus représenté (39% et 40%). On peut noter la proportion particulièrement
importante du groupe des jeunes de moins de 25 ans dans le secteur informel (20%).
Comme nous I'avons déjà mentionné, au moment de I'enquête, le Cameroun était
engagé dans un programme d'ajustement structurel, de sorte que l'emploi dans le
secteur public était limité pour les jeunes. Ceux-ci ont été de plus en plus employés
par le secteur informel qui, au cours des dernières années, est le principal créateur
d'emplois.
Lorsqu'on examine de plus près la répartition des travailleurs par groupe d'âge au
sein des différents secteurs au tableau 2.4, nous constatons qu'il y a moitié moins de
TABLEAU 2.4
Répartition des travailleurs par âge, par sexe
groupe public privé informel
d'âge
AGE MOlXX
AGE1824
AGE2534
AGE3444
XGE4554
AGES5 et +
Nombre
femmes que d'hommes âgés de 45 ans ou plus qui travaillent dans le secteur public.
Pour les autres catégories d'âge, les femmes sont plus représentées. Dans le secteur
privé. les femmes sont moins présentes que les hommes dans les groupes d'âge de 34
à 44 ans et 55 ans et plus. Au sein du secteur informel, ce sont les hommes âgés de
34 ans ou moins qui sont plus représentés.
les femmes que pour les hommes. De plus, on peut noter le pourcentage élevé de
femmes sans formation scolaire qui travaillent dans ce secteur informel.
Dans l'enquête à notre disposition, tous les individus de 10 ans ou plus ont été in-
terrogés sur les perspectives de travail dans l'avenir et sur le type d'emploi qu'ils
souhaitaient occuper. Deux questions nous permettent de connaître la mobilité in-
tersectorielle. La première question nous renseigne sur la mobilité professionnelle
en général. -4partir de cette question, nous obtenons le nombre de travailleurs qui
souhaitent changer d'emploi. Cependant, une personne peut vouloir un autre em-
ploi soit dans la même entreprise, soit dans une autre entreprise du même secteur
ou soit dans un autre secteur. Au niveau de cette question, nous ne pouvons pas
distinguer la mobilité intra-sectorielle de la mobilité inter-sectorielle. Nous avons be-
soin d'informations supplémentaires pour identifier les deux sortes de mobilité. Nous
utilisons les réponses à la question relative au type d'entreprises où l'individu veut
travailler. Cinq catégories d'entreprises ont été retenues dans l'enquête: publique,
para-publique, grande entreprise, petite et moyenne entreprise (PME), petite en-
treprise ou à son compte. Nous supposons que les travailleurs du secteur informel qui
désirent un emploi dans une grande entreprise privé ou dans une PME sont rationnés
pour le secteur privé. Nous avons sept groupes de travailleurs représentés au tableau
2.6.
TABLEAU 2.6
Cas observables en présence de rationnement
Ce dernier tableau montre que les travailleurs sont généralement satisfaits de leur
secteur de travail, et ceux du secteur public plus que dans les autres secteurs. Dans le
secteur informel, les travailleurs qui veulent accéder au secteur public sont moins nom-
breux que ceux qui veulent travailler dans le secteur privé. Seulement 11 femmes du
secteur public et 16 du secteur privé veulent changer d'emploi. Dans les estimations.
la séparation de l'échantillon en deux sous-échantillons d'hommes et de femmes n'a
pas permis d'obtenir des résultats concluants, faute de degrés de liberté". Pour cette
raison? nous considérons un seul échantillon regroupant les hommes et les femmes.
Ces hypothèses nous permettent d'éviter la complexité des estimations au prix d'un
biais de sélection introduit lorsqu'on veut extrapoler les résultats pour l'ensemble
de la population. Ce biais, occasionné par l'exclusion des non-participants, pourrait
être corrigé par le recours à une généralisation de la méthode de Heckman. Il est
également possible d'adopter une fonction de vraisemblance d'un modèle tronqué. Il
nous semble préférable d'ignorer ces complications dans cette thèse et d'insister sur
le biais de sélection relatif au problème de choix de secteurs de travail.
Le modèle envisagé est une extension du modèle de Roy (1951) où le choix de secteur
est basé sur ta maximisation d'utilité et non sur la maximisation de revenu. Con-
sidérons le modèle statique où l'individu i (i = 1, ..., 1),doté de caractéristiques
personnelles ai, cherche à maximiser l'utilité retirée de la consommation de biens et
services, xi, qu'il se procure au prix p normalisé à 1, et du temps marchand, h,, a u
prix wi. De plus, il doit tenir compte de sa contrainte budgétaire. Le problème de
maximisation, dans le cas d'un seul marché de travail, s'écrit:
caractéristiques données, l'utilité indirecte I.; est donc fonction du salaire, wi. et du
revenu hors- travail. y,.
= v ( u l i oY i ; a i ) .
Dans le cas d'un marché du travail subdivisé en secteurs distincts, l'individu dispose
de plusieurs alternatives de secteur de travail, indicées par j . Soit J le nombre total
d'alternatives (ici J = 3) dans un ensemble fini d'alternatives C = {l,.... J) 12.
Le salaire est une variable endogène qui dépend d'un vecteur de caractéristiques pro-
ductives. L'équation de salaire choisie est une variante de celle de la théorie du c a p
ital humain. Cette dernière, initiée par Mincer (1974) et Becker (1975), explique les
différences de salaire par les différences de qualifications. En effet, le capital humain,
défini comme étant l'ensemble des capacités productives d'un individu, comprend
- -
12Pour simplifier, nous supposons que les individus font face au même ensemble de choix C.
13Dans un modèle à deux décideurs, Gindling (1991) interprète K j comme la propension, non
observée, de l'individu à travailler dans le secteur j, cette propension étant déterminée par les
individus et les employeurs.
aussi bien la formation scolaire reçue par l'individu que l'expérience professionnelle
et l'ancienneté accumulées. Dans ce modèle, un investissement de capital humain
conduit à une hausse de salaire.
En remplaçant le salaire par son expression (2.4) dans la relation (2.3), nous pouvons
dériver une expression de forme réduite de l'utilité indirecte. La relation (2.3) montre
qu'en plus du salaire, donc des variables explicatives de celui-ci, l'utilité indirecte
dépend d'autres variables notée Yi et ai. Nous écrivons Z pour l'ensemble des variables
explicatives observables de l'utilité indirecte de l'individu i.
Dans le contexte d'un modèle aléatoire, K j , sous forme réduite, peut être décomposée
en ses parties déterministe et aléatoire, comme suit:
36
estimer et correspondant au secteur j . V est une fonction supposée linéaire dans
les paramètres. Le terme c, capte les caractéristiques qui influencent l'utilité dans
l'alternative j , mais non-observables par l'économètre. En supposant que la partie
déterministe est linéaire, l'équation (2.5) se réécrit alors comme suit:
Dans le souci de simplifier la notation, nous ignorons l'indice i dans la suite de l'exposé.
Soit (15,I.5, I.j) le vecteur d'utilités correspondant respectivement aux secteurs public,
privé et informel. Soit M le résultat observé du processus de sélection. La règle de
sélection est donnée par:
public si Vl 3 V2 et VI 2 VJ,
privé si V22 VI et V2 2 15, (2-7)
informel si V3 2 VI et V3 3 V2.
Dans ces conditions. les observations sur le salaire sont générées de manière suivante:
Wrpub si M = public,
W i sz 1kf = privé,
Winfsi M = informel,
ou W j représente le logarithme du salaire dans le secteur j; j=pub, in f ou pi respec-
tivement pour public, informel ou privé.
Cette section présente le modèle stochastique de choix d'occupation entre les dif-
férentes alternatives. Le modèle complet comprenant la règle de sélection et les
équations de salaires, s'écrit comme suit:
Pour faire son choix, l'individu compare les différences d'utilités de telle sorte qu'un
vecteur (J - 1) de différences d'utilités est construit pour chaque alternative. Le
modèle complet présenté en (2.9) se réécrit alors comme suit:
Kous voulons estimer les paramètres des équations de salaires de chacun des secteurs
en utilisant les données des souséchantillons respectifs. Pour chaque alternative, le
critère de sélection est un choix discret à J alternatives. Les termes d'erreur des
équations de salaire sont supposés indépendants des variables explicatives et suivent
une distribution normale multivariée de moyenne nulle et de matrice de covariance
C. Nous retenons deux distributions des termes d'erreurs des équations de sélection.
soit la distribution dite à valeur extrême généralisée et la normale multivariée.
Un modèle de choix discret peut être dérivé du processus de sélection comme suit:
f
1 si 4 1 Vk pourk=l, J
...?
Yj =
O autrement.
y, est une variable dichotomique qui désigne le résultat observé pour chaque secteur
de travail à la suite du processus de sélection.
11 s'agit donc de trouver les valeurs de 0 qui maximisent (2.13)) c'est-à-dire qui
résolvent les équations normales suivantes:
La formulation de la probabilité de choix du secteur j (P,)dépend de la distribution
des termes d'erreur des équations de sélection ( e j ) Ir.
Logit poiytomique
Lorsque les termes d'erreur ( e j ) sont indépendants et suivent une distribution dite
de valeur extrême, les termes d'erreurs en différence suivent alors une distribution
logistique multivariée. La probabilité de choix du secteur j s'écrit comme suit:
Les termes de correction sont calculés selon Dubin et MacFadden (1984)". Les termes
l'Avec une spécification logit poiytomique (MNL),les calculs sont faciles et peu coûteux en temps.
Par ailleurs. dans le cas où V ( . )est Linéaire dans les paramètres, le logarithme de la vraisemblance
est globalement concave, ce qui assure un maximum global unique de la fonction de vraisemblance.
lSLa forme générale des rapports de Mius dans le cas de plusieurs alternatives est présentée dans
Maddala (1983: 278).
de correction du biais de sélection sont obtenus comme suit 16:
Probit polytomique
(définis en 2.10) suivent également une loi normale. La probabilité de choix du secteur
j s'écrit:
avec
avec E ( p j ( M = j)= O. La méthode de Lee impose des restrictions sur la matrice des covariances,
ce qui rend la technique de correction inappropriée lorsqu'il y a plus de deux choix (Schmertman
1994).
avec B ( A j k ,Ajl;p j ) la cumulative d'une distribution normale bivariée où pj est le
coefficient de corrélation.
A,, =
@(Ajk) ( ( ~ , i- pjAjk)(1
B(Ajk, Aji; p j )
- $)'12)
1
où @ et représentent respectivement la densité et la cumulative d'une loi normale
univariée.
En cette d e u i è m e étape, les valeurs des paramètres 6j des équations de salaire sont
obtenues par une régression linéaire en tenant compte des X j k dans la liste des variables
explicatives. Ces régressions se présentent comme suit:
avec E ( p j 1 M = j ) = 0, J = 3.
Dans la mesure oii le nouveau terme d'erreur est hétéroscédastique, les Mnances de
l'estimation de la méthode des moindres carrés ordinaires après correction du biais
de sélection ne sont pas minimales. Nous utilisons alors la méthode de White (1980)
pour corriger la matrice de variance-covariance p o u . toute forme d'hétéroscédasticité
potentielle.
Les variables explicatives comprennent d'une part des caractéristiques de capital hu-
(SCOLAR),l'expérience (EXPERV) ainsi que leur terme
main telles que la scolarité
quadratique (SCOLARZ, EXPERN2) et l'ancienneté (ANCIENN), et d'autre part,
des caractéristiques personnelles telles que le sexe (FEMME) et l'appartenance eth-
nique (BASSA, BAMILEKE, EWONDO). Par ailleurs, les variables de secteurs de
travail sont PC'BLI, PRTVE et INFORMEL.
A partir des relations (2.3), (2.4) et (2.9)' on voit que toutes les variables explicatives
du salaire sont aussi incluses dans les régresseurs (en forme réduite) du choix de
secteur de travail (X c 2). Cependant, la littérature théorique et empirique utilisant
la méthode a deux étapes de Heckman pour comger le biais de sélection montre que
les termes inclus dans les équations de salaire sont plus facilement identifiables si
une ou des restrictions d'exclusion sont imposées, c'est-à-dire s'il existe des variables
explicatives qui affectent le choix du secteur de travail mais qui n'influencent pas le
salaire, et sont donc exclues de l'équation de salaire. Le modèle retenu dans cette
thèse impose de telles restrictions.
Plus spécifiquement, les variables d'exclusion sont celles de l'âge, du revenu hors-
travail ainsi que les caractéristiques personnelles, statut matrimonial, sexe et les deux
variables sur le nombre d'enfants d'âge pré-scolaire et scolaire.
2.4.3 Résultats
Les résultats d'estimations par la méthode des moindres carrés ordinaires des équa-
tions de salaire sur diverses variables explicatives pour l'échantillon dans son ensemble
et par secteur de travail sont présentés au tableau 2.7. Dans la première colonne, nous
montrons les résultats de l'estimation de l'équation de salaire pour l'ensemble des
travailleurs. Les variables relatives à l'expérience sont significatives et les signes in-
diquent que le revenu augmente avec l'expérience puis à partir de 31 ans d'expérience.
se met à décroître.
SCOLARZ (/ioo)
EXPER (/IO)
EXPER2 (/ i00)
AXCESS (/ 10)
BASSA
BX,LIILEKE
EWONDO
PUBLI
PWE
Les coefficients positifs et significatifs pour les variables d'occupation indiquent que
les secteurs public et privé offrent des salaires plus élevés que le secteur de référence,
à savoir 17informel. Il est possible qu'une partie de ces écaxts provienne des sous-
déclarations des rémunérations pour les travailleurs du secteur informel. Mais, ces
différences peuvent être expliquées par l'existence de structures de rémunération
différentes au sein des trois secteurs. D'où l'intérêt de faire des analyses par secteur.
Les résultats des estimations de l'équation de salaire par secteur sont présentés dans
les colonnes 3 à 5 et montrent que toutes les variables de capital humain ont un effet
positif sur le salaire dans le secteur public. Pour le secteur privé, l'expérience et le
terme quadratique de la scolarité ont des effets positifs, significativement différents de
zéro. Le salaire augmente avec l'expérience, jusqu'à 35 ans d'expérience: puis diminue.
D'un autre côté, dès que la scolarité dépasse deux années, le salaire augmente avec la
scolarité. Par contre, l'effet de l'ancienneté n'est pas significatif. Pour les travailleurs
du secteur informel, les variables relatives à la formation scolaire montrent que le
salaire croît avec la scolanté (après deux années de scolarité). Néanmoins, les variables
d'expérience et d'ancienneté ne sont pas significativement différentes de zéro. La
variable de sexe, qui n'est pas significative pour les secteurs public et privé, a un effet
négatif significatif dans le cas du secteur informel.
Ces résultats montrant l'importance relative de chacune des variables explicatives l a i s
sent penser à l'existence de mécanismes de rémunération différents selon le secteur. La
pertinence de séparer notre échantillon en trois secteurs plutôt que deux est vérifiée à
l'aide du test d'égalité des coefficients des équations de salaires des secteurs pris deux
par deux. Les statistiques F du test de Chow sont supérieures" à la valeur critique
de 1,83 et conduisent au rejet de l'hypothèse nulle d'égalité des coefficients au seuil
de 95% et indiquent qu'il existerait bien trois segments différents. Cependant. nous
ne pouvons pas pour autant conclure à l'existence de mécanismes de rémunération
différents. En effet' depuis Heckman (1976),nous savons que les résultats des esti-
mations par la méthode des moindres carrées ordinaires peuvent souffrir de biais de
sélection. Nous tenons compte de ce problème potentiel dans les étapes qui suivent.
Règle de sélection
Les estimations des modèles logit et probit trichotomiques sont obtenues en utilisant
l'algorithme d'optimisation de Newton du logiciel Gauss. Le processus itératif utilise
les dérivées premières et deuxièmes de la fonction de vraisemblance par rapport aux
différents paramètres d'intérêt. Pour plus de précision, nous utilisons les gradients
analytiques de préférence aux gradients numériques. De plus, la matrice hessienne
est approximée par le produit extérieur des vecteurs des gradients. Le secteur de
référence est le secteur informel. Les résultats de ces estimations sont présentés au
tableau 2.8.
D'une manière générale, les deux spécifications présentent des similitudes dans leur
résultats et les valeurs du maximum de la fonction de vraisemblance sont assez
'?Les valeurs obtenues sont respectivement de 2,08 pour le public versus le privé, de 21,62 pour
le public versus l'informel et de 6,82 pour le prive versus l'informel. Les détails sur le test de Chow
sont présentes à l'Annexe C.
TABLEAU 2.8
Estimation de Ia règle de participation
(écart-type entre parenthèses)
variables logit trichotomique probit trichotomique
public privé public privé
CONST -9,598'
(0,335)
SCOLAR (/IO) 1 638'
(6,402)
SCOLAR2 (/ioo) O 640'
(4195)
EXPER (110) O 853'
(b,201)
EXPER2 (/IOO) -0,270'
(0,059)
.43CIEN (/IO) 1 178'
(6.120)
BASSA O, 079
(0,236)
BXMILEKE -O! 655'
(0,165)
EWONDO -0,425'
(0,165)
Variables d'exclusion
-4GE (/ioo) 26,674'
(0,789)
AGE2 (/IOO~O) -33 162'
(0,887)
FEMME 0,076
(0,160)
MARE O 481'
(b1151)
CHEMEXX O 750'
(hl581
NENF05 0,026
(oIa59)
NEIVF612 O 122'
(bloso)
REVHORT -0,016 O, 014 -0,012 O 056"
(0,013) (0,010) (ololo> 03,026
0 12 -8,503'
(0,850)
613 -0 196
(0,303)
023 -14 430'
(0,b02)
LogL= -1586,02 -1589,20
* : significatif à 5%
** : significatif à 10%
proches. Néanmoins, ces spécifications n'étant pas emboîtées, eues ne sont pas corn-
parables a l'aide de tests habituels du rapport de vraisemblance. Par ailleurs, les
variables ont des effets qui vont dans le même sens, mis a part les termes quadra-
tiques de l'âge et de la scolarité. La présence de jeunes enfants a un effet positif
significatif dans le secteur privé. Par contre, les enfants d'âge scolaire et le statut
de personne mariée ont des effets positifs significatifs sur la probabilité de choisir le
secteur public relativement au secteur informel. Le sexe n'a pas d'effet significatif sur
le choix du secteur public mais a un effet négatif pour le secteur privé18. Les variables
ethniques montrent un effet négatif pour les Bamiléké et les Ewondo dans le choix
du secteur public, et un effet positif des Bassa pour le secteur privé. Les termes de
corrélation des caractéristiques non observables entre les secteurs public et privé et
entre le privé et l'informel sont négatifs et significatifs.
Les différences de résultats des deux spécifications sont au niveau des variables d'âge
et de scolarité dans le choix du secteur privé. Le terme quadratique de l'âge (sco-
larité) de signe négatif (positif) mais non significatif pour le logit, a un effet positif
(négatif) significatif dans le cas du probit. Concrètement, la probabilité de choisir les
secteurs public et privé comparativement au secteur informel augmente avec l'âge et
la scolarité. Cependant, à partir de 40 ans la préférence du secteur public par rapport
au secteur informel diminue.
Les résultats d'estimation des équations salariales corrigées pour le biais de sélection
sont présentés dans le tableau 2.10.
TABLEAU 2.10
Estimation des équations des salaires corrigées pour la sélection
(écart-type entre parenthèses)
logit probit
variables public privé informel public privé informel
COXST -1,730'
(0,220)
FEMME -0,386'
(0,113)
SCOLXR (/IO) -0,359
(0,319)
SCOLAR.2 (jioo) O 669'
(b,W
ESPER (/IO) 0,086
(O. 137)
EXPER2 (/ioo) 0,002
(0,0371
ASCIEXX (/IO) -0,031
(0.097)
BASSA -0,294
(0,204
BA,MILEKE 0,035
(0,095)
EIVOXDO -0,OS1
(0.100)
1 -0,309
(0,348)
A2 0,380
(0,2851 (0,272) (0,481) (0.176) (0,350) (0,688)
R: 0,489 0,248 0,092 0,485 0,238 0,094
N 812 350 943 812 350 943
* : significatif à 5%
** : significatif à 10%
Les termes de Mills, statistiquement différents de O pour le secteur public dans les
deux spécifications et pour le secteur privé dans le logit, indiquent l'existence de
caractéristiques non observables du processus de sélection corrélées avec le salaire
espéré. Gn test de Hausman a été effectué sur les régressions avec et sans correction
du biais de sélection. Les valeurs du tableau 2.11 doivent être comparées à une valeur
critique du x2 de 16,l pour un degré de confiance de 10%. Elles conduisent au rejet
de l'hypothèse nulle pour le secteur public, indiquant la mauvaise spécification de la
régression sans correction du biais de sélection. Cependant, l'hypothèse nulle n'est
pas rejetée pour les secteurs privé et informel.
TABLEAU 2.11.
Test de Hausman
Les estimations des MCO, celles de la règle de sélection ainsi que celles des MC0
corrigés pour le bais de sélection montrent trois principaux résultats sur la scolarité.
la variable sexe et l'expérience. La scolarité semble exercer un effet de sélection vers
les secteurs public et privé. Cependant, une fois que l'individu est embauché dans ces
secteurs, la scolarité n'a qu'un faible effet sur la rémunération. Ce résultat n'apparaît
que si on contrôle pour la sélectivité, alors que si cette correction est ignorée, la
scolarité enregistre des rémunérations élevées dans ces secteurs.
Une interprétation de ce résultat est qu'il est vraisemblable que l'obtention d'emplois
dans les secteurs public et privé soit basée sur la scolarité et non sur la productivité.
Des résultats similaires ont été aussi observés dans plusieurs pays, notamment au
Mexique (Lagana et Gallan 1990), et montrent que les forces d u marché concurrentiel
sont remplacées par la politique d'embauche qui présente une préférence marquée
pour les individus qui ont un niveau élevé d'éducation même si ce niveau n'est pas
nécessaire pour accomplir les tâches de l'emploi occupé.
Les estimations avec et sans contrde pour la sélectivité présentent également des
différences au niveau de l'expérience dans les secteurs public et privé. En effet, sans
correction du biais de sélection, l'expérience indique un rendement positif durant toute
la carrière professionnelle. Cependant, la correction du biais de sélection montre que
le rendement est positif seulement après 5 d'expérience dans le secteur public. Quant
au secteur privé, un effet d'obsolescence est observé à partir de 30 ans d'expérience,
tendance également observée par Tannen (1991) sur le marché du travail du nord-est
brésilien. L'expérience n'a cependant pas d'effet significatif sur les salaires dans le
secteur informel. Par ailleurs, l'ancienneté, significative dans le choix de secteur de
travaillg, n'a pas d'effet sur le salaire dans aucune des trois régressions.
Les résultats montrent que le coefficient relatif au sexe n'est pas significatif dans
les secteurs public et privé. Ce résultat pourrait refléter le respect des normes de
rémunération dans ces secteurs. Par contre, la variable FEMME indique un effet
négatif sur le salaire des travailleurs du secteur informel. Ce qui n'est pas le cas pour
le secteur public.
Enfin. on peut noter que, bien que les variables ethniques affectent le choix de secteur
de travail, elles n'ont pas d'effet significatif sur les salaires dans les secteurs privé et
informel. alors que l'appartenance à l'ethnie Ewondo montre une relation positive avec
le salaire dans le secteur public. Ainsi, malgré la dimension ethnique de nombreux
aspects de la vie sociale au Cameroun (Ngandjeu 1988),l'importance des discrimina-
t ions ethniques semble limitée, résultat qu'obtient également Rou baud (1994).
Tous ces résultats confirment que les mécanismes de détermination des salaires sont
différents selon le secteur de travail du marché du travail urbain à Yaoundé. Nous
nous intéressons maintenant à la question du rationnement.
- - -
lgL'effet de l'ancienneté peut être biaisé suite au problème d'endogénéité puisque, l'ancienneté est
d'autant plus élevé que l'individu reste dans le secteur choisi.
2.5 Choix occupationnel en présence de ration-
nement
La règle de sélection (2.7) présume que L'individu fait librement le choix du secteur de
travail. Cette hypothèse est à la base de l'approche néoclassique présentée dans la sec-
tion précédente. Cependant, si le marché du travail est segmenté, il y a rationnement
de certains emplois. Le rationnement peut avoir pour effet d'empêcher l'entrée dans
le secteur préféré et de forcer l'individu à adopter son deuxième ou troisième choix.
Dans ce contexte, l'individu doit alors attendre pendant une période de temps plus
ou moins longue avant d'accéder à l'emploi souhaité. Dans cette section, nous utili-
sons la notion de rationnement sur les alternatives présentée par Pudney (1989) et
appliquée par Ilmakunnas et Pudney (1990).
Sous supposons toujours que l'individu choisit entre trois alternatives. En l'abs
de contraintes, le choix optimal est déterminé par l'alternative qui donne I'utilité la
plus élevée, selon l'approche retenue dans la section précédente.
En utilisant 5 pour représenter la relation "préféré à", six probabilités de choix sont
possibles:
P(jk1) = P r ( j k 2 1) Pr(y 2 2 l{), (2.22)
où jkl représente toute permutation de public, privé et informel. 4,Vk, I.i sont tels
que définis précédemment par:
Sous supposons qu'il n'y a pas de barrières à l'entrée du secteur informel. Autrement
dit' les emplois du secteur informel sont toujours disponibles. Par contre, lorsque
l'individu se présente sur le marché du travail, les emplois des secteurs public et privé
ne sont pas toujours disponibles. La disponibilité des emplois de ces secteurs est
représentée par deux critères, G b e t Gi,spécifiés comme suit:
Un emploi du secteur public (privé) est disponible si Rprb > O (& > O). NOUS
avons alors quatre probabilités qui correspondent à la disponibilité des emplois des
trois secteurs (n(lZ3)),des secteurs public et informel (n(l3)),des secteurs privé
et informel (ll(23)) et uniquement du secteur informel (II(3)). Nous écrivons ces
probabilités comme suit:
En combinant l'information sur les préférences des secteurs (relation 2.22) et sur les
emplois disponibles (reiation 2.25) nous identifions les différentes possibilités présen-
tées au tableau 2.6. Les cas observables sont présentés dans le tableau 2.12. Nous
TABLEAU 2.12.
Cas observables
Les préférences
avons donc sept cas. Par exemple, le cas 1 concerne les individus observés dans le
secteur public, le préférant aux deux autres (P(pub pri inf ) ou P(pub in f
pi))et ayant reçu des offres d'emplois des trois secteurs ou des secteurs public et
informel (n(123) ou II(13)). Le cas 2 indique que l'individu préfère le secteur privé au
secteur public et préfere celui-ci au secteur informel. Mais, quand il se présente sur le
marché il ne reçoit que des ofies d'emplois des secteurs public et informel. Dans ce
contexte, l'individu choisit de travailler dans le secteur public bien qu'il souhaite un
emploi du secteur privé. L'interprétation des autres cas se fait de la même manière. Le
nombre d'observations relatives aux sept cas est indiqué dans le tableau 2.13 suivant.
TABLEAU 2.13
Observations sur le rationnement
(2.26)
avec Pr(l.j 2 l,i I.i) = P(jk1) = B(&, Ajl;p ) où B(.,.; .) est la cumulative
d'une distribution normale biwriée de bornes supérieurs Ajc et .Al1 et de coefficient
de corrélation p déjà définie à la relation (2.18). La fonction de vraisemblance est
donnée par le produit des probabilités relatives aux sept cas:
2.5.2 Résultats
Lorsque nous tenons compte des opportunités d'emplois, nous constatons que les
variables relatives au statut matrimonial, de chef de ménage et de présence d'enfants
d'âge préscolaire perdent de leur significativité dans la préférence des secteurs public
et privé. Il en est de même pour les variables d'expérience et d'ancienneté dans le
secteur privé. Par contre, l'effet des variables de capital humain sur le choix du
secteur public est amplifié.
(préférences ( P G k l ) ) )
CONST
AG E
AGE2
SCOLAR
SCOLAR2
EXPER
EXPERî
ASCIEX
BASSA
BAMILEKE
EWOXDO
FEMME
MARIE
CHMEXX
NENF05
NESF612
REVHORT
(disponibilitésd'emplois)
CONST -0, 349 (0,203) -0, 155 (0,240)
TPEPUB -0,243 (O.133) 0,141 (0,158)
EDUPERE O, 336' (0.134) 0,044 (0,145)
TPEPFU 0,173 (0,152) -0, 232 (-0,232)
BASSA -Ol 554' (0,225) -Ol 152 (-0,152)
BAMILEKE 0,253' (0,122) -0,041 (0,133)
EWONDO 0,107 (0,122) 0,302' (0,139)
SCOLAR O, 392 (0,383) O, 258 (0,438)
0 13 -22,077' (0,907)
023 -3,562 (0,770)
Log L = -2891,4
* : significatif à 5%
** : significatif à 10%
la préférence pour ce secteur augmente avec la scolarité. Cet aspect jusqu'à présent
non mesuré dans la littérature empirique, tend à confirmer l'existence d'un effet sig-
nificatif des mesures adoptées dans le cadre du programme d'ajustement structurel,
lesquelles limitent l'embauche dans le secteur public mais surtout ne garantissent plus
des emplois aux diplômés universitaires. Ainsi on peut dire que, plus ils sont scolariés,
plus les gens veulent aller dans le secteur public. Ceci a pour effet d'augmenter la
probabilité d'être rationné.
TABLEAU 2.15
Nombre de travailleurs prédits et obsew6s par secteur
travailleurs prédits travailleurs
modèle sans ration. modèle avec observés
logit probit rationnement
public 728 806 992(172) 812
privé 449 347 595(295) 350
informel 928 952 517 943
2.6 Conclusion
Pour expliquer les écarts salariaux persistants entre les secteurs de travail et la mo-
bilité intersectorielle restreinte, ce chapitre présente deux modèles de détermination
des salaires basé sur les données d'enquête-ménages recueillies à Yaoundé au Camer-
oun. Dans une première approche, on ignore la présence de rationnement intersecto-
riel. Partant de l'hypothèse de maximisation d'utilité, les travailleurs comparent les
utilités sectorielles et choisissent le secteur qui procure lTutilité la plus élevée. Dans
le second modèle. qui tient compte du rationnement, le choix du secteur de travail
peut ne pas correspondre a celui qui maximise le bien-être.
Les travailleurs de Yaoundé ont été regroupés dans trois secteurs de travail. L'explica-
tion des revenus de travail se fonde sur les variables de capitd humain et sur les
caractéristiques personnelles susceptibles d'influencer la productivité de l'individu.
Les spécifications du logit et dii probit trichotomiques considérées pour tenir compte
de l'endogénéité du choix sectoriel dans l'explication des salaires montrent que la
scolarité exerce un effet de sélection vers les secteurs public et privé. La spécification
du probit prédit mieux les observations de l'échantillon si on ignore le rationnement
dans le modèle de choix du secteur de travail.
D'une manière générale, les rendements sur les caractéristiques productives indiquent
1'existence de mécanismes de rémunération différents selon le secteur de travail. Ainsi,
le rendement rnoyea de l'éducation dans les secteurs public et privé est faible compar-
ativement à son niveau dans le secteur informel. L'efFet de l'expérience professionnelle
varie selon le secteur de travail. Dans le secteur public, un effet positif est observ-
able après 5 ans d'expérience, tandis que dans le secteur privé, cette caractéristique
a un effet positif qui commence à décroitre après 30 anç d'expérience. Par contre,
l'expérience n'a aucun effet sur le salaire dans le secteur informel.
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Annexe A. Grille des salaires du secteur privé
TABLEAU A.1.
Grille des salaires mensuels du secteur privé
par categorie et par &chelon(FCFA)
zone 1: Yaoundé et Douala.
Catégories
Échelons A B C D E F
manoeuvres, ouvriers
Dans cette annexe, nous présentons les détails du modèle de probit trichotomique,
lequel permet d'estimer les coefficients du modèle de choix de secteur de travail en
supposant que les termes d'erreur sont corrélés et d'estimer cette corrélation. Nous
reprenons la fonction d'utilité aléatoire pour chaque alternative j définie dans le texte
par la relation (2.28) suivante:
Nous avons supposé que l'individu choisit l'alternative qui lui procure l'utilité la plus
élevée. La probabilité de choisir la première alternative s'écrit alors comme suit:
En posant
Les probabilités relatives au choix des deux autres alternatives se dérivent de la même
façon. Le modèle peut être estimé une fois que nous avons paramétrisé les variances
des termes d'erreur. Nous posons of = 02 = O: = 1. Nous pouvons alors estimer
les termes de corrélation 012~ 013 et 023.
Annexe C Test de Chow
irious utilisons le test de Chow pour tester l'égalité des coefficients des modèles de
régression linéaire de deux secteurs, à savoir public-privé, public-informel et privé-
informel. La statistique du test de Chow s'écrit comme suit:
F=
( R S S R - SSRl - S S R 2 ) / k
(SSRit SSR2)/(n- 2k)
- F,(n - 2k,k)
avec SSRl et SSR2 les sommes de carrées des résidus des régressions sur les deus
sous-échantillons?RSSR la somme des carrées des résidus de la régression sur l'ensern-
ble des observations. Le terme n indique le nombre total d'observations et k le nombre
de variables explicatives dans le modèle. Comme le nombre d'observations est élevé
dans chaque sous-échantillon, la valeur critique de ce test est F o e 5 ( m10)
, qui est égale
à 1,83.Les valeurs calculées sont données dans le tableau suivant:
TABLEAU 2.7.A
Test de Chow
3.1 Introduction
Les modèles d'offre de travail les plus courants en économie du travail portent sur
différents aspects relatifs à la décision de travailler (Gunderson et Riddel 1988). Il
peut s'agir du choix de participation sur le marché du travail, de l'offre de travail en
présence de rationnement, de l'offre de travail dans le cadre d'un ménage, de l'analyse
en cycle vital, etc.
"Raressont les salariés qui, dans la fonction pu büque comme dans le privé,
se contentent sedement de leurs revenus officiels[.-.] les uns comme les
autres rivalisent d'ingéniosité pour trouver des sources de revenus comp
lémentaires aiin de boucler leur fins de mois."
En effet, les individus s'engagent dans plusieurs emplois soit pour pouvoir défrayer les
dépenses courantes prédéterminées (Shishko et Rosker 1976), soit pour rembourser
des dettes encourues, soit en prévision de dettes à contracter (Abdukadir 1992). soit
enfin dans le but d'épargner pour le futur (Stinson 1990). En plus de ces raisons
financières. la pluri-activité peut être l'occasion d'acquérir de l'expérience d m une
occupation différente de l'emploi principal (Amirault 1997, Stinson 1990, Shishko et
Rostker 1976).
Le cumul d'emplois, souvent désigné par "moonlighting", peut aussi être occasionné
par le sous-emploi dans l'emploi principal qui est la cause la plus couramment invoquée
dans la modélisation du cumul d'emplois (Shishko et Rostker 1976, Krishnan 1990).
En effet, il peut exister des contraintes sur le nombre maximal d'heures qu'un individu
peut travailler dans un emploi donné (Altonji et Paxson 1988) de sorte qu'au t a u de
salaire en vigueur, les heures travaillées ne permettent pas d'atteindre le niveau désiré
d'utilité. Dans ce contexte, si les possibilités de travail supplémentaire (généralement
à taux de salaire majoré) ne sont pas disponibles au sein de l'entreprise, la seule
option permettant de travailler plus d'heures et d'atteindre un niveau d'utilité plus
élevé est d'accepter un ou plusieurs emplois secondaires.
Cependant, tous ceux qui cumulent des activités ne sont pas nécessairement contraints
par le nombre d'heures du travail principal, de même que ceux qui occupent un emploi
ne sont pas tous non-contraints. Ainsi, Perlman (1969) souligne que seulement un
faible pourcentage d'américains cumulant des emplois sont contraints. Par contre,
Taylor et Sekscenski (1982) indiquent que pour les américains qui cumulent plusieurs
emplois, la répartition des heures de travail dans l'emploi principal est semblable
à celle observée chez ceux qui n'occupent qu'un seul. Pour leur part, Conway et
Kimmel (1992) montrent que le pourcentage d'américains rationnés qui occupent un
seul emploi est plus élevé que le pourcentage d'américains rationnés qui cumulent des
emplois.
A la iumière des résultats de ces travaux, le rationnement ne semble pas être le seul
motif de la pluri-activité. En effet, le cumul d'emplois peut aussi être causé par
l'hétérogénéité des emplois (Perlman 1969, Conw-ay et Kimmel 1992). Ainsi. si les
emplois principal et secondaire présentent des avantages et des coûts non-pécuniaires
différents. on peut observer des individus qui ne sont pas contraints dans leur emploi
principal mais qui exercent des activités secondaires.
Quel est l'effet des salaires sur les décisions de choix de travail secondaire? Bien
qu'il soit généralement présumé inférieur au salaire du travail principal, le salaire
de l'emploi secondaire peut excéder le salaire de l'emploi principal. Cependant. les
individus ne délaisseront pas habituellement leur emploi principal pour ne garder que
l'emploi secondaire bien qu'offrant un salaire plus élevé.
Par exemple, des avantages acquis dans l'emploi principal et qui ne sont pas transfé-
rables d'un emploi à un autre préviendront le changement d'emplois. De pluso il
peut exister des avantages non pécuniaires associés à l'emploi principal mais qui
ne se trouvent pas dans l'emploi secondaire. Enfin, les emplois secondaires sont
généralement temporaires ou subordonnés à l'existence d'un emploi principal (Shishko
et Rostker 1976) de sorte que l'individu ne peut se résoudre à travailler uniquement
dans son emploi secondaire.
Les travaux empiriques portant sur l'offre de travail secondaire ont essentiellement
présumé le rationnement dans l'emploi principal. Dans le cadre d'un modèle du
ménage, Krishnaa (1990) montre que pour l'américain marié, la décision de cumuler
des emplois et le nombre d'heures occupées dans le travail secondaire sont étroitement
liés à la décision de leur conjointe de participer au marché du travail. Lorsque
les femmes participent au marché du travail, le cumul d'emplois par leur conjoint
diminue. De même, tout comme le montrent Shishko et Rostker (l976),une hausse
des heures ou du salaire de l'emploi principal entraîne une baisse d'offre de travail
secondaire. Xéanmoins, les différents tests empiriques ne vérifient pas l'hypothèse de
substitution parfaite entre le travail principal et le travail secondaire. Cependant, ces
études ne considèrent que le rationnement dans l'emploi principal comme origine du
cumul d'emplois.
Très peu d'études ont testé empiriquement les propositions du cumul d'emplois dans
le cas des pays en voie de développement. .4nalysant conjointement la segmenta-
tion du marché du travail et la pluri-activité en Côte d'Ivoire et au Pérou, van der
Gaag, Stelcner et Vijverberg (1989) montrent que les faibies salaires du secteur public
expliquent la forte proportion de fonctionnaires qui détiennent plusieurs emplois.
Toutes les études précitées considèrent des fonctions d'offre de travail secondaire con-
ditionnelle de forme linéaire, mais elles ne discutent pas de la forme d'utilité corres-
pondant à ces fonctions. Par ailleurs, à l'exception de Conway et Kimmel (1992, à
1989 et du recensement général de la population de 1991.
3Elles utiiisent les données longitudinales du " S w e y of Income and Program Participation"
(SIPP)-
paraître), les différentes études ne s'intéressent pas à l'offre de travail principal. Pour-
tant, les décisions d'offre de travail principal et secondaire sont étroitement liées et
une compréhension du comportement d'offre de travail secondaire doit tenir compte
de ce lien au niveau empirique.
Les estimations se font en deux étapes: dans un premier temps, nous estimons la
probabilité de cumuler des emplois et les salaires d'emplois principal et secondaire.
Ensuite. nous estimons les fonctions d'offre de travail principal et secondaire à I'aide
d'un modèle tobit généralisé.
Le chapitre est organisé comme suit: la section 2 présente les données utilisées dans ce
chapitre. La section 3 présente le modèle micr&conomique des décisions de consom-
mation et d'offres de travail principal et secondaire. A la section 4, nous précisons
l'approche économétrique adoptée et, à la section 5, nous présentons les résultats
. -
4L'individu qui exerce un emploi secondaire a nécessairement une activité principale. Ceci cons-
titue la différence entre notre approche et celle des travaux sur l'offre de travail au noir dans lesquels
l'individu peut t r a d l e r au noir ou sur un marché régulier sans exercer l'autre activité (Lacroix et
Fortin 1994; Lemieux, Fortin et Réchette 1994).
des différentes estimations. La dernière section discute des implications de cette
recherche.
Les données
Pour l'ensemble des travailleurs, et pour ceux qui ne cumulent pas d'emplois, l'ethnie
la plus représentée est celle des Bamiléké, suivie des Ewondo puis des Bassa et des
Bakoko. La représentation ethnique est différente pour ceux qui cumulent des emplois.
Les Ewondo sont en première position, suivis des Bamiléké puis des Bassa et des
Bakoko; cet ordre est respecté tant pour les hommes que pour les femmes. Par
TABLEAU 3.1
Statistiques descriptives
V-4FUABLES ensemble cumulent ne cumulent pas
H F T
FEMME 0,389 0,OO 1,OO 0,351
MARIE
CHEMENA
NENFOS
NENF612
XPERSHEB
TAILMEN
AG E
SCOLAR
AXCIES
EXPER
B.4SS.4
BA-ZIILEKE
EWONDO
PUBLI 0,377 0,302 0,308 0,304
PFUVE 0,161 0,229 0,096 0,182
IXFORiM 0,460 0,469 0,596 0,514
HEURfRI 43,02 40,93 36,27 39,29
HEURSEC 0?89 12,60 13,71 12,99
RATIOK 0,070 0,125 0,154 0,135
NOMBRE 2162 96 52 148
contre, la représentativité féminine au sein de chaque ethnie montre qu'en moyenne,
il y a plus de femmes Bamiléké et Ewondo que d'hommes qui cumulent des emplois.
Toutefois, pour les Bassa et les Bakoko, les hommes sont nettement plus présents
dans le cumul d'emplois.
La répartition des travailleurs selon le sexe et l'âge, au tableau 3.2, montre un faible
pourcentage de jeunes femmes âgées de moins de 25 ans (2%) qui ont des activités
TABLEAU 3.2
Répartition des travailleurs selon le sexe et l'âge
groupe cumule ne cumule pas ensemble
d'âge H F T H F T T
AGE MOYEX 35,604 39,096 36,831 35,257 34,764 35,064 35,185
AGE1824 0,146 0,019 0,101 0,131 0,119 0,127 0,125
AGE2534 0,344 0,365 0,351 0,369 0,412 0,386 0,383
AGE3444 0,323 0,385 0,344 0,327 0,321 0,325 0,326
AGE4554 0,146 0,154 0,149 0,136 0,114 0,128 0,129
AGES5 et + 0,042 0,077 0,054 0,036 0,034 0,035 0,036
Nombre 96 52 148 1225 789 2014 2162
secondaires alors qu'environ 15% des hommes du mëme groupe d'âge ont plusieurs
emplois. Autrement dit, les hommes commencent à cumuler des emplois plus jeunes
que les femmes. Pour les autres catégories d'âge, il y a plus de femmes que d'hommes
qui cumulent des emplois. Environ 66% d'hommes et 73% de femmes qui cumulent
des emplois sont âgés de plus de 25 ans et de moins de 45 ans. Par contre, 69% des
hommes et 73% des femmes qui ne cumulent pas d'emplois sont de ce groupe d'âge.
un faible niveau de formation. En effet, 15% de femmes et 31% d'hommes qui exer-
cent plusieurs activités ont une formation de niveau universitaire. Ces pourcentages
sont d'ailleurs supérieurs à ce qui est observé pour les travailleurs qui ne cumulent pas
d'emplois. Pour ces derniers. les taux de formation universitaire sont de 12% pour
les femmes et de 23% pour les hommes. L'analyse ultérieure vérifiera si la formation
exerce une influence réelle sur la participation aux activités secondaires à Yaoundé.
Une telle modélisation suppose que l'individu ne travaille que dans un emploi, ou que
la désutilité marginale des heures travaillées dans l'emploi secondaire est égale a celle
des heures de travail principal. Cependant, le deuxième motif de cumul d'emplois, à
savoir l'hétérogénéité des emplois, implique que tel n'est pas nécessairement le cas.
Xotre modèle n'impose pas la parfaite substitution entre les heures de trava.il sur
les différents emplois. Dans ce cas, la fonction d'utilité devient U ( x ,h l ,h z ) où h i
est l'offre de travail, rémunérée au taux de salaire wl, dans l'emploi principal et h2
est l'offre de travail, rémunérée au taux de salaire wz, dans l'emploi secondaire. La
fonction d'utilité est croissante en x, décroissante en hl et h2 et strictement quasi-
concave dans ses arguments.
L'individu peut exercer plusieurs actikltés secondaires qui peuvent être hétérogènes.
Pour simplifier l'analyse, nous n'envisageons que le cas d'une seule activité secondaire.
Ceci est justifié par les données utilisées dans cette recherche. En effet, bien que les
individus puissent occuper plusieurs emplois secondaires sur la période de référence,
l'information recueillie porte sur le plus important (en nombre d'heures) de ceux-ci.
Nous supposons en outre que l'individu dispose d'un revenu hors-travail (y) qui com-
prend l'ensemble des revenus exogènes provenant des allocations gouvernementales
ainsi que des transferts ou des revenus des autres membres du ménage. La dépense
totale sur les biens de consommation ne peut excéder la somme de son revenu hors
travail et de ses revenus des emplois principal et secondaire5. La contrainte budgétaire
s'écrit :
x < y + wlhl + w&2. (3.40)
'Nous supposons que les revenus d'emplois sont linéaires dans les beures travaillées. Altenative-
ment, on peut considérer une spécification de revenus non-linéaires dans les heures travaillées. Cette
hypothèse est souvent retenue pour le travail au noir (Lemieux, Fortin et fiéchette 1994) et pour
les travaiiieurs autonomes (Lanot, Muller et Fortin 1994).
Le lagrangien associé à ce programme est:
Les offres de travail dépendent donc d u salaire dans chaque emploi et du revenu hors-
travail. L'exposant (nc) indique que l'individu est non-contraint. De plus, la matrice
de Slutsky doit &re semi-définie positive et symétrique dans les offres de travail.
En général, il est impossible de prévoir sans arnbiguité l'effet d'un changement d'une
a h
variable exogène sur hl ou h2. Cependant, si -hi est un bien normal, on aura --L
3Y
< 0, i = 1 , 2 . De plus, on aura aa whij < O, i # j si hl et h2 sont des substituts bruts.
a
Enfin, a ,
; O, selon que l'effet-revenu domine ou non l'effet de substitution.
Jusqu'ici, nous avons considéré que I'individu choisit librement les heures de travail.
Cependant, pour différentes raisons, parfois institutionnelles, l'individu n'a pas tou-
jours la possibilité de choisir les heures désirées de travail. Par exemple, l'obligation de
travailler la durée légale de travail ou de fournir le nombre d'heures de travail stipulé
dans les clauses du contrat de travail, donne souvent lieu à une restriction au corn-
portement de maximisation d'utilité et mène au sous-emploi (ou occasionnellement
au sur-emploi) de certains agents.
Notre intérêt porte sur le cas de deux emplois avec le rationnement dans l'emploi
principal qui est tel que hl = -
hl. Dans ce contexte, nous considérons les équations qui
donnent l'offre de travail optimale dans l'emploi secondaire, en supposant les heures
fixes dans l'emploi principal. Bien qu'il soit théoriquement possible de dériver I'oEre
de travail principal conditionnelle aux heures fixes dans l'emploi secondaire, nous ne
l'envisageons pas dans ce travail. En effet, le travail secondaire est généralement
un travail d'appoint de quelques heures pour lequel l'information sur l'existence et
l'ampleur du rationnement n'est pas disponible dans les statistiques.
sujet à
En résumé quatre régimes peuvent être identifiés. Nous les précisons a u tableau 3.4
ci-après:
TABLEAU 3.4.
Régimes observables
absence de travail présence de travail
secondaire secondaire
-- -
Plusieurs spécifications de la fonction d'utilité ont été utilisées dans l'analyse de l'offre
de travail. Le cho~ud'une forme fonctionnelle dépend entre autres de la cohérence
théorique et de la facilité d'estimation économétrique du modèle (Stem 1986). Les
fonctions d'offre de travail linéaires dans le salaire et le revenu sont les seules à avoir
été utilisées dans l'analyse du cumul d'emplois. Leur avantage réside dans la facilité
d'estimation.
Cependant, cette approche peut être critiquée sur au moins deux points. D'une part,
les fonctions linéaires imposent des restrictions qui excluent la possibilité de fonctions
d'offre de travail à rebroussement. D'autre part, des fonctions conditionnelles linéaires
ne garantissent pas que les fonctions non-contraintes soient également linéaires comme
le présument Conway et Kimmel (1992). On peut d'ailleurs noter que les analyses
actuelles du cumul d'emplois ne se soucient guère de préciser la forme fonctionnelle
d'utilité correspondant aux spécifications d'ofies de travail considérées.
Ces problèmes peuvent être contournés en utilisant des formes fonctionnelles d'offre
de travail flexibles. Néanmoins, la forme explicite d'offre de travail conditionnelle ne
peut toujours être aisément dérivée (Kooreman et Kapteyn 1986). ce qui nous laisse
un nombre limité de formes fonctionnelles intéressantes6.
Dans ce travail, nous considérons les fonctions d'offre de travail qui découlent de la
maximisation de la fonction d'utilité introduite par Hausman et Ruud (1984). Soit
la fonction de dépense suivante:
1
C(W,uT2'CI) = Uexp(-41w - & w 2 ) - (B+61wl +&w2 + 2 ( Y 1 ~ : +Y2wi + ~ Q W ~ W ~ ) ) .
Ces fonctions permettent de dériver les équations d'offre de travail secondaire con-
ditionnelle et non-conditionnelle. En appliquant l'identité de Roy sur la fonction
d'utilité indirecte, nous obtenons les offres de travail principal et secondaire opti-
males non-contraintes suivantes:
Ces formes sont semblables aux formes habituelles linéaires dans les variables ex-
plicatives. Cependant, on peut remarquer que les fonctions d'offres de travail con-
traintes correspondantes donnent le travail secondaire qui ne dépend que du niveau
de rationnement dans l'emploi principal, et donc est indépendant des salaires ou du
revenu hors-travail. Par ailleurs, la concavité de la fonction de dépense n'est pas
vérifiée lorsqu'on impose
~ ~ = % = a = 0 .
3.4 Spécification économétrique
Afin de tenir compte de l'hétérogénéité des individus nous réécrivons les coefficients
61 et 62 comme suit:
-
bi=ai+~:Zi (2=1,2), (3.50)
-
où x i , pour i = 1'2, représente un vecteur de caractéristiques soci*démographiques
comme l'âge, la scolarité, la taille du ménage, la présence de jeunes enfants, etc. Les
r, sont des vecteurs de paramètres à estimer.
En remplaçant les 6, par les équations (3.50) dans les fonctions d'offre de travail,
nous pouvons mesurer l'effet des caractéristiques démographiques sur l'offre de travail.
Nous introduisons les termes aléatoires (cic, cZC), correiés entre eux et normalement
distribués, de façon additive dans les fonctions d'offres conditionnelles. Le modèle
latent associé aux offres de travail non-contraintes est:
Dans le cas d'une solution intérieure, les offres de travail observées sont données par
les équations précédentes seulement lorsqu'elles sont strictement positives:
Les fonctions d'ofhes de travail non-contraintes peuvent être exprimées sous une forme
compacte qui sera utilisée dans la suite de l'exposé comme suit:
hl = h(XY; F )+ ,y
h2 = h(X;'; 82) + cy
3.4.2 Estirnations
Xous sommes intéressés par le comportement d'offre de travail des individus qui
cumulent des emplois. Pour cela, nous examinons la décision de participation aux
activités secondaires, l'offre d'emploi principal et l'offre de travail secondaire.
Le choix de participation aux activités secondaires implique d'une part que dans le
cas de participation, le nombre d'heures offertes et le salaire sont observés et peuvent
être définis. D'autre part, dans le cas où l'individu ne cumule pas d'emplois, l'offre de
travail secondaire est nulle et le salaire de travail secondaire n'est pas observé. Pour
imputer un salaire de travail secondaire à ceux qui ne travaillent pas dans plusieurs
emplois, nous utilisons une méthode à deux étapes (Maddala 1983).
avec 1' la variable latente qui indique le processus de sélection, Z le vecteur des
variables exogènes intervenant dans la décision de cumul d'emplois, C le vecteur
des paramètres à estimer et p, le terme d'erreur aléatoire qui reprhente les carac-
téristiques non observables influençant la décision de cumuler des emplois. Dans les
modèles qui ne considèrent que le rationnement comme motif de cumul d'emplois,
les variables relatives à l'emploi principal, comme les heures offertes, peuvent être
incluses dans 2. Dans notre cas, ces variables peuvent être endogènes a la décision
de cumul d'emplois et sont donc exclues de 2.
L'observabilité du cumul d'emplois est définie par une variable dichotomique I comme
suit:
( O sinon
Après cet te étape, nous pouvons passer à l'estimation des fonctions d'offres de travail.
Le choix du modèle estimé est largement influencé par les observations disponibles.
Dans notre échantillon, le faible taux du rationnement (6'8%) nous laisse très peu
d'observations (20) relatives aux travailleurs contraints qui cumulent des emplois.
Les différents essais envisagés pour estimer l'offre de travail secondaire contrainte
n'ont pas permis d'atteindre la convergence. La stratégie adoptée pour évaluer in-
directement I'importance du rat ionnement est la suivante. Dans un premier temps,
nous estimons le modèle (équations 3.52) pour l'ensemble des observations. Dans un
deuxième temps, nous réestimons ce modèle en excluant les obsenations rationnées.
Si le rationnement est significatif nous devrions obtenir des valeurs différentes des
coefficients estimés.
La vraisemblance du modèle estimé est présentée dans ce qui suit. Deux régimes sont
envisagés. Dans le premier régime, hl > O et h2 > O . L'individu offre des heures de
travail positives dans les deux emplois. La fonction de densité jointe des heures de
travail pour les deux emplois est alors donnée par:
avec f une densité normale biwriée, eYC= of, c2c/o,"cet pnCle coefficient de
corrélation de eyC et €2'. De façon rigoureuse, le jacobien de la transformation de
h vers e devrait apparaître. Comme ce jacobien est égale à l'unité, il est omis de
l'équation. .4insi, la contribution de ce régime à la vraisemblance est:
Nous supposons que les termes d'erreur entre les individus sont indépendants et iden-
tiquement distribués. La vraisemblance de l'ensemble des observations est donnée
par le produit des contributions à la vraisemblance des deux régimes.
L = n1 q i ( h 1 , b ) n2 92(h1,0)~ (3-60)
où IIi indique l'opérateur de produit des observations du régime i (i = 1,2). Les
résultats des différentes estimations sont présentés à la section qui suit.
3.5 Résultats
Avant de présenter les résultats, il est important de souligner quelques points. Tout
d'abord: les développements précédents conduisent à examiner les facteurs explicatifs
des comportements d'offres de travail individuels. Bien qu'on admette qu'à l'intérieur
de chaque ménage, les décisions de participer aux activités secondaires soient prises
individuellement, il est normal de penser que l'attitude des individus face au marché
du travail puisse dépendre de la situation globale du ménage auxquels ils appartien-
nent.
Ensuite, nous examinons le comportement d'offre de travail des hommes et des femmes
d'un pays en développement. Il est probable que leur comportement soit quelque peu
différent de celui des travailleurs des pays industrialisés, expliquant pourquoi certains
résultats obtenus ne coincident pas avec les résultats de la littérature convention-
nelle. C'est pourquoi nous essaierons dans la mesure du possible de comparer nos
observations aux travaux sur les pays en voie de déloppement.
Participation au travail secondaire
Nous présentons au tableau 3.5 les résultats de l'estimation de type probit sur la
participation aux activités secondaires. La première constatation concerne la vari-
able d'expérience qui accroit la probabilité de cumuler des emplois. Par contre.
l'ancienneté a un effet négatif, non significatif. Krishnan (1990) obtient des résultats
similaires et interprète alors l'ancienneté comme une approximation du coiit de pas-
sage de l'emploi principal à l'emploi secondaire; tandis que la variable d'expérience
reflète les habiletés générales transférables de l'emploi principal à l'emploi secondaire.
Xos résultats montrent que la probabilité que l'individu occupe un deuxième emploi
est d'autant plus élevée que ses habiletés générales sont grandes. De plus, cet effet
est amplifié lorsque nous excluons les travailleurs contraints.
CONST
AGE (1100)
SCOLAR (/IO)
EXPERY (/IO)
ANCIENN (/IO)
MARIE
CHEMENA
FEMME
NENFO6
NENF612
NPERSBEB
T-4ILiMEPi
ANGLAIS
EDUPE
REVHORT
BASSA
EUrC)NDO
BAMILEKE -0,324' -0,299'
(OJ 19) (0,124)
Log L = -539,69 -476,33
* : significatif à 5%
** : significatif à 10%
Yaoundé, ce sont les chefs de ménage et les femmes maxiées qui exercent majoritaire-
ment des activités secondaires. L'effet de la variable du statut de chef de ménage
diminue lorsqu'on exclut les travailleurs qui se disent contraints dans l'emploi princi-
pal. Ce résultat suggère que la probabilité de cumuler des emplois est élevée pour les
chefs de ménage contraints dans l'emploi principal. Cet effet peut être associé aux
responsabilités imposées à un chef de famille particulièrement dans le cas de famille
nombreuse (Abdukadir 1992).
Sous constatons que les variables de capital humain, âge et scolarité. n'affectent pas
la décision d'exercer des activités secondaires. La littérature empirique est partagée
sur l'effet de ces variables. Abdukadir (1992) trouve un effet positif de l'éducation et
de l'âge sur la probabilité de cumuler des emplois lorsque les contraintes de liquidité
sont la cause de cumul d'emploi. Van der Gaag et al. (1989) ne trouvent aucun
effet significatif de ces variables au Pérou et en Côte d'Ivoire. Kimmel et Conway (à
paraître) ne trouvent pas non plus d'effet significatif de l'éducation même si les statis-
tiques descriptives suggèrent des caractéristiques différentes pour ceux qui cumulent
et ceux qui ne cumulent pas.
Nos résultats, qui vont dans le sens de ces deux derniers travaux, ne montrent aucune
relation significative entre la participation aux activités secondaires et l'âge ou la
scolarité. Ceci indique que malgré le contexte de crise économique et les mesures
restrictives prises dans le cadre du programme d'ajustement structurel qui ont conduit
une abondante main d'oeuvre de jeunes diplômés à des conditions de travail précaires,
aucune relation significative n'est identifiée.
Équations de salaires
TABLEAU 3.6
Estimation du salaire principal et secondaire
(Écart-type entre parenthèses)
Ensemble des observations Excluant les contraints
salaire salaire salaire salaire
principal secondaire principal secondaire
CONST
FEMME
SCOLXR (/IO)
EXPER (/IO)
-4NCïEK (/IO)
BASSA
EWONDO
BALMILEKE
X
* : significatif à 5%
** : significatif à 10%
Les coefficients ont le signe attendu et la plupart sont significatïfTk à un niveau de
confiance élevé. Le coefficient de détermination R2 est comparable à celui d'autres
études sur la structure des salaires (Magnac 1991). Le R2 du salaire principal aug-
mente légèrement lorsqu'on exclut les travailleurs contraints; alors qu'un effet inverse
est obtenu pour le salaire secondaire.
Pour l'ensemble des observations, ainsi que lorsque les individus contraints sont ex-
clus de la base de l'estimation, les variables relatives à la scolarité, à l'expérience et
à l'ancienneté ont un effet positif et significatif sur le salaire de l'emploi principal.
Cependant, parmi ces trois variables, uniquement la scolarité affecte significative-
ment et positivement le salaire de l'emploi secondaire. Alors que le rendement de
l%ducation est de 13% dans l'emploi principal, il n'est que de 11%pour l'ensemble
des observations et de 10% lorsqu'on exclut les contraints.
Ce résultat , selon lequel les travailleurs reçoivent un rendement légèrement plus élevé
dans l'emploi principal que dans l'emploi secondaire, peut s'expliquer par le fait que
la majorité des activités secondaires n'exigent pas le même niveau de scolarité que
l'emploi principal. De plus, les individus contraints auraient un rendement supérieur
à celui des non-contraints dans l'emploi secondaire.
Les variables incluses dans les fonctions d'offre de travail se basent sur les variables
couramment retenues dans la littérature empirique sur l'ofbe de travail. Ainsi, nous
introduisons la variable NENFOG pour tenir compte de la présence de jeunes enfants
(moins de six ans). La littérature empirique montre que cette variable a un effet
négatif sur l'offre de travail des femmes. Notre spécification comprend également
le nombre de personnes hébergées au sein du ménage NPERSHEB. Cette variable
permet d'évaluer l'effet des pressions financières reliées aux ménages nombreux ainsi
que l'impact d'éventuelles différences d'attitude de travail des individus membres de
ces ménages. Nous incluons également une variable d'âge (-4GE) pour tenir compte
du comportement de cycle de vie. Enfin, l'effet de l'éducation est analysé à l'aide de
la variable SC0LAR. Les équations d'offre de travail montrent qu'une caractéristique
incluse dans b1 ou J2 affecte directement l'offre de travail et agit en interaction avec
le salaire de l'emploi principal ou de l'emploi secondaire dans la partie du revenu y*.
Nous estimons les équations d'offres de travail (3.51) par la méthode du maximum
de vraisemblance. Les gradients analytiques sont utilisés pour accélérer le traitement
informatique. Nous imposons la convexité globale de la fonction d'utilité indirecte en
fixant le paramètre 6 à zéro.
Les résultats des estimations pour l'ensemble des travailleurs puis pour les obser-
vations excluant les travailleurs contraints sont présentés respectivement dans les
colonnes (1)et (2) du tableau 3.7. Nous constatons que les paramètres Pl et ont un
TABLEAU 3.7.
Estimation des o h de travail principal et secondaire
ensem e des excluaqt les
traAeurs contramts
Ck
Br
&
71
72
61 -
61
NPERSHEB
NENFOG
CHMENA
FEMME
SCOLAR (/IO)
AGE (/ioo)
62 -
62
NPERSHEB
NENFO6
CHMEN.4
FEMME
SCOLAR (/IO)
AGE (/ioo)
01
02
P -0,109' 0.007
(0,045) (0,067)
h g L= -9962,4 -8903,s
Nombre 2162 20 10
* : significatif A 5%, ** : significatif à 10%
effet positif s i m c a t i f , à I'exception de ,& qui n'est pas significatif dans l'estimation
pour l'ensemble des observations. A prime abord, ce résultat semble contradictoire
avec l'hypothèse selon laquelle si -h2 est un bien normal, le revenu hors travail a un
effet négatif sur l'offre de travail secondaire. Cependant, ces paramètres correspon-
dent à l'ensemble des revenus y' et combinent les effets du revenu horstravail et ceux
des revenus de travail et les caractéristiques incluses dans les 6. Les valeurs des B
montrent un effet net positif de l'ensemble de ces variables sur l'offre de travail.
Les paramètres yl et a ne sont significatifs que dans le cas qui exclut les person-
nes qui se disent rationnées dans l'emploi principal. Par contre, 72 ne differe pas
significativement de zéro dans les deux estimations.
L'offre de travail secondaire est positivement influencée par le statut de chef de ménage
qui. comme nous l'avons vu, augmente aussi le taux de participation aux activités
secondaires. Néanmoins, cette variable n ' d e c t e pas l'offre de travail principal. Cet
effet ainsi que celui du nombre de personnes hébergées au sein du ménage suggèrent
que les décisions individuelles d'offre de travail principal sont fortement influencées
par le comportement des autres membres du ménage. Cependant, le travail secondaire
répond plus au sens de responsabilité qui incombent au chef de ménage.
L'âge (AGE) influence négativement l'offre de travail principal mais n'affectent pas
la partie de l'offre de travail secondaire. Ce résultat, conforme à l'intuition' indique
qu'il est possible que plus le travailleur est âgé moins il a des résistance physique lui
permettant de travailler de longues heures consécutives dans l'emploi principal. De
plus. aucun effet de compensation par le travail secondaire n'est observé.
Les expressions de la dérivation des heures par rapport au revenu hors-travail et aux
salaires peuvent être déduites des équations de hl et hl, (relation 3.51). Les élasticités
salaire et revenu sont alors évaluées pour l'ensemble des travailleurs puis en excluant
ceux qui se disent contraints. Nous présentons les résultats de cet exercice au tableau
3.8. Dans un premier temps, nous utilisons les moyennes des variables pour faire les
calculs dont les résultats sont présentés à la colonne (1). Dans un deuxième temps, ce
sont les valeurs des caractéristiques individuelles qui servent aux calculs. La colonne
(2) montre la moyenne des élasticités individuelles.
Nous constatons que les valeurs des moyennes des élasticités individuelles sont plus
élevées que les élasticités é d u é e s à la moyenne des variables explicatives. Par ailleurs,
pour l'ensemble des travailleurs, tout comme lorsqu'on exclut les travailleurs con-
traints, la sensibilité des heures de travail principal est plus élevée en valeur absolue
TABLEAU 3.8.
Calculs des élasticités
Premier régime
hl eW1 -0,032 -0,046 -0,027 -0,044
'hl 0,032 0,046 0,021 0,028
% 3,95" 3,6ga 8,38= 6, 71a
Deuxième régime
hl , ,é -0,022 -0,031 -0,002 0,032
ewz 0,056 0,081 0,078 0,079
e, 1.64= 2,22= 3,526 4,24"
note:(l) élasticités é d u é s à la moyenne des variables,
(2) la moyenne des éiasticités individuelles,
a: il faut multiplier ces valeurs par 10'~.
dans le premier régime où les travailleurs cumulent des emplois que dans le deuxième.
Lacroix et Fortin (1992) trouvent des résultats similaires qu'ils imputent au principe
de Le Chatelier.
Dans l'ensemble, les élasticités propres sont négatives. De tels résultats, indiquant
des offres de travail à pente négative, sont également observés pour les pays en
développement. Les premières observations de ce genre furent associées à l'irrationna-
lité de l'homme pauvre (Lipton 1983) ou à la culture de la pauvreté (Lewis 19661,
selon laquelle le pauvre travaille pour atteindre un objectif donné de revenu et se
retire du marché du travail une fois cet objectif atteint. Son offre de travail est
à rebroussement à un faible niveau de salaire. Dans la littérature récente, de plus
en plus d'auteurs documentent ce résultat comme un effet de pression de niveau de
subsistance qui s'exerce sur des ménages à faible niveau de revenu (Dessing 1989).
Cette interprétation nous semble cohérente avec les élasticités négatives obtenues
dans notre étude pour le cas de Yaoundé où les travailleurs doivent composer avec la
crise économique persitante, les récentes baisses de salaires nominaux et les mesures
restrictives du programme d'ajustement structurel.
Les élasticités croisées de travail secondaires sont plus élevées que celles de travail
principal. Ceci n'est pas surprenant si l'on considère que souvent, les heures de
travail principal sont généralement fixées par contrat de travail, de sorte qu'elles sont
peu sensibles aux variations de salaire dans L'emploi secondaire.
Enfin, l'élasticité des heures de travail secondaire est élevée lorsque les travailleurs ra-
tionnés sont exclus. Ceci voudrait dire que les travailleurs qui cumulent des emplois
hétérogènes sont plus sensibles aux changements dans les salaires que ceux qui re-
courent à la pluri-activité suite au rationnement dans l'emploi principal. Ces résultats
vont dans le même sens que Kimmel et Conway (à paraître) et Conway et Kimmel
(1992), qui montrent que l'offre de travail secondaire des travailleurs non-contraints
est plus sensible que celle des travailleurs contraints.
3.6 Conclusion
Notre analyse montre que de la probabilité de cumuler des emplois est d'autant plus
élevée que l'individu est chef de ménage ou que son nombre d'années d'expérience de
travail est élevé. Cependant, cet t e probabilité diminue lorsque l'individu appartient
à l'ethnie Bamiléké.
Les équations de salaire montrent un effet attendu des variables de capital humain et
du sexe dans l'explication du salaire de l'emploi principal. Néanmoins, à l'exception
de la scolarité qui demeure significative, ces mêmes variables n'ont aucun effet sur le
salaire de l'emploi secondaire.
Nos résultats metteiit en lumière des fonctions d'offre de travail à rebroussement pour
de faibles niveaux de salaire. Nous constatons une forte sensibilité de l'offre de travail
secondaire, plus importante pour les travailleurs qui cumulent des emplois hétérogènes
que pour ceux qui recourent à la pluri-activité suite au rationnement. Les élasticités
croisées de travail secondaires montrent que les heures offertes dans I'emploi principal
sont peu sensibles aux variations de salaire dans l'emploi secondaire.
Notre recherche a d'importantes implications sur l'analyse de l'ofbe de travail. Elle
souligne la nécessité de tenir compte du comportement d'ofie de travail principal
dans l'analyse de l'offre de travail secondaire. Nous avons trouvé que les approches
standards du cumul d'emplois, imposant des fonctions linéaires, n'ont pas de jus-
tification théorique à leur utilisation. Cependant, plusieurs développements sont à
venir. En effet, l'analyse proposée dans ce chapitre est conditionnée par les données
disponibles. Les extensions utilisant une gamme de données plus larges peuvent être
envisagées. Par exemple, nous avons supposé que les gains de l'emploi secondaire
sont linéaires dans les heures travaillées (taux de salaire paramétrique). Cependant.
il est possible que les revenus de travail secondaire soient une fonction non-linéaire
des heures travaillées, notamment dans le cas des travailleurs autonomes occupant des
activités secondaires. On peut aussi envisager les décisions de cumul d'emplois dans
le cadre d'un modèle du ménage. Enfin, un cadre dynamique devrait être utilisé pour
saisir les effets temporels et les ajustements du marché du travail suite aux divers
programmes. Cependant: toutes ces extensions ne peuvent être consiérées que si les
données nécessaires sont disponibles.
Bibliographie
[4] Conway, K. et J. Kimmel (à paraître), "Male Labor Supply Estimates and the
Decision to Moonlight" , Labour Economics.
[6] Dessing, M. (1989), "Labor Supply and the Family in the Course of Economic
Development, The S-Shaped Labor Supply Curve", Cahier de recherche, Cam-
brigde, M assachuset t S.
[IO] Inack, S. I., Ndiffo J. Nkwayeb R. et J.-P. Lachaud (1992), Pauvreté et marché
du travail au Cameroun: lc Cas de Yaoundé, Institut International d'Études
Sociales, Genève, DP/47/1992.
[20] Lernieux, T., Fortin, B. et P. Réchette (1994), "An Empirical Mode1 of Labor
Supply in the Underground Economy", American Economic Review, 84,231-254.
[21] Lipton, M. (1983), "Labor and Poverty" , World Bank StafT Working Paper. 616.
Washington D.C.,
The World Bank.
[25] Neaq , J.P. et K.W.S., Roberts (l98O), "The Theory of Consumer Behaviour
Under Rationning", European Economic Review, 13, 25-42.
[31]Stinson Jr, J.F. (1997), "New Data on Multiple Jobholding Available From
CPS" Monthly Labor Review, 120(3), 3-8.
[32] Stinson Jr, J.F. (1990), "Multiple Jobholding up Sharpiy in the 1980's7',Monthly
Labor Review. 113 (7), 3- 10.
[33] Stinson Jr, J.F. (1986), "Moonlighting by Women Jurnped to Record Highs'?,
Month- Labor Review, lOg(l1) , 22-25.
[34] Taylor, D.E.et E., Sekscenski (1982), "Workers on Long Schedules, Single and
Multiple Jobholders" , Monthly Labor Review, 47-53.
A partir des fonctions d'offres de travaii principal et secondaire, nous déterminons les
dérivés par rapport aux salaires et au revenu.
Chapitre 4
Conclusion
Bien que l'analyse sans rationnement suggère que la possession d'un diplôme soit un
passeport pour l'emploi, la prise en considération du rationnement indique que la sco-
larité ne garantit pas l'obtention d'un emploi dans les secteurs privé ou public. Ainsi,
les résultats de l'estimation avec rationnement rendent mieux compte du contexte
de la crise économique qui sévit au Cameroun, où les diplômés ne sont plus assurés
d'accéder au secteur privé ou aux emplois souvent qualifiés de stables dans le secteur
public.
Enfin. la modélisation avec rationnement montre que les modèles conventionnels qui
ne tiennent pas compte de la mobilité intersectorielle des travailleurs sous-estiment
la préférence des travailleurs pour les secteurs public et privé.
Parmi les résultats obtenus, deux points méritent d'être soulignés. En premier lieu,
l'application du modèle micr&conomique montre l'importance du statut de chef de
ménage, de l'expérience de travail et de l'appartenance à l'ethnie Bamiléké dans les
décisions d'offre de travail secondaire. Cependant, les variables telles que l'âge et la
scolarité ne semblent pas influencer la probabilité d'exercer plusieurs emplois.
Les élasticités montrent que l'offre de travail secondaire des travailleurs contraints est
moins sensible aux changements dans les salaires et le revenu que l'offre de travail
des non-rationnés. Dans la mesure où les travailleurs non-contraints semblent être
les plus nombreux, ces résultats impliquent que la pluri-activité se serait accentuée à
la suite des baisses du salaire nominal décrétés en 1993 et 1994. Le cumul d'emplois
serait ainsi un phénomène appelé à s'élargir et dont il faut tenir compte dans les
différentes politiques économiques.
Cette thèse analyse séparément les décisions de choix de secteur de travail et celle du
cumul d'emplois. Certains travaux empiriques ont déjà montré que les travailleurs du
secteur public ont un taux de cumul d'emplois plus élevé que celui des travailleurs
du secteur privé. Les statistiques descriptives de notre échantillon ne confirment pas
ces résultats. Ce sont plutôt les travailleurs du secteur informel qui enregistrent le
taux le plus élevé. D'un autre côté, on peut avancer que la possibilité qu'ont les
travailleurs de cumuler des emplois peut leur permettre de compenser en partie pour
le secteur préféré qu'ils ne peuvent pas occuper. Il faut néanmoins préciser que des
conclusions plus précises de l'incidence du cumul de travail sur le choix de secteur de
travail nécessite plus d'investigations qui débordent du cadre de cette thèse.
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